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LES MŒURS

PRIVÉES

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vante, attendant l’heure des visites, du bain ou de la promenade. Quel corps, sous le vêtement simple ou coquet ! La mulâtresse a réalisé toutes les beautés plastiques de la statuaire antique. Elle est svelte sans maigreur, bien en chair sans embonpoint, et les proportions de son corps, avec quelque chose de masculin, lui donnent précisément ce cachet esthétique, que les Grecs ont imprimé à leurs plus gracieuses déesses. La main seule laissé à désirer; les doigts, effilés, sont un peu noueux aux articulations, secs et parfois déplaisants. Qu’on ne croie pas que ces femmes-là ne possèdent d’autres attraits que les charmes physiques. Un grand nombre, sans doute, ne sont guère que de jolis jouets, animés seulement par l’ébat amoureux. Mais d'autres amusent et captivent par la vivacité de leur esprit, le sel de leurs reparties, un enjouement du meilleur aloi. Quelques-unes, tout comme leurs sœurs antiques, essayent même de cultiver la muse à leurs moments perdus. A Bourbon, la mulâtresse Gélimène, qui tenait une sorte de cabaret fort bien fréquenté, régalait ses clients de chansons de sa composition, avec accompagnement de guitare. Elle a rimé son portrait : le français et la prosodie sont en faute, mais l’entrain le fait oublier :

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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