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NOS CRÉOLES

soigneusement attifée pour plaire. Elle a posé sur sa tête, aux. cheveux noirs et luisants, relevés sur la nuque, le foulard de soie bleue ou rouge, ou le madras bien raide, bien tendu, bien voyant, sous la couche de chrome d’un récent calendage ; elle a disposé avec art ses plus brillantes épingles, sur cette coiffure imitée de celle de nos Bordelaises, et qu’elle a faite sienne en l’embellissant, la rejetant en arrière ou l’inclinant sur le côté avec une crânerie décidée, l’un des bouts dressé comme un pompon ou étalé comme en éventail. Sa robe, d’étoffe blanche ou bariolée de couleurs claires, est serrée lâchement sous les seins (comme l’ancienne gaule de nos aïeules) ; elle balaye la rue de sa longue traîne et se relève en avant sur une jupe empesée, assez courte pour découvrir un bas blanc, bien tendu sur une jambe irréprochable. Des bijoux d’or partout, lourds et massifs, aux oreilles, au cou, aux poignets, ou, sur la gorge, un collier de fausses graines noires (ouabé), qui rehausse l’éclat de la chair. Et cette autre ! Elle s’abandonne au doux farniente, pelotonnée sur la natte qui recouvre le plancher de sa case, ou se balance mollement dans le large fauteuil à bascule qui fait partie de tout ameublement créole. Elle a pour tout vêtement le mince peignoir, dérobant à peine ses charmes, et joue de son pied nu avec ses mules ; elle babille paresseusement avec la petite ser-

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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