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LES MŒURS PRIVÉES

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un partage de faveurs... en concurrence avec le mari ! Mais, sans aller si loin, elle ne trouve rien de choquant à des contacts qui froisseraient, chez nous, les suceptibilités les moins ombrageuses. J’ai entendu raconter qu’aux noces d’un magistrat, la maîtresse, bien attifée, et remplie d’attentions, servait de première femme d’atours à l’épousée, qui n’ignorait pas ses fonctions plus intimes auprès de son seigneur. De ces unions en partie double, des enfants naissent : de quelque mère qu’ils viennent, ils seront également bien reçus. J’ai logé, pendant plusieurs mois, chez une mulâtresse du genre conventionnellement respectable ; elle avait des enfants, dont un créole blanc, riche, en situation officielle, marié, avait accepté la paternité : la famille irrégulière avait accès dans la maison de la famille légitime, et, le jour de la communion de l’une des filles au nom paternel, ce furent les filles au nom maternel qui préparèrent les pâtisseries obligatoires, avec un soin méticuleux. Les enfants, déjà rapprochés dans leur bas âge, le sont davantage sur les bancs de l'école. C’est alors que les différences d’origine engendrent, dans les rapports, les plus fâcheuses conséquences, surtout parmi les filles. La petite mulâtresse, qui a vécu de la vie libre et trop ouverte, apprend à la petite blanche, à la vie jusqu’alors plus claustrée, beaucoup de choses qu’il est fort désirable de cacher aux enfants.

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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