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ŒDIPE, ŒDIPE.

Est-ce vous , mes amis , dont la voix me rassure ? Oui, je vous reconnais dans cette nuit obscure. Quoi ! généreux Thébains , vous ne me fuyez pas ! Quoi ! vous daignez me plaindre après mes attentats! Vous n’abandonnez point ce monstre abominable ! Ah ! détournez de moi votre bras secourable ! Chassez ce parricide et cet incestueux , Trop digne du courroux des mortels et des dieux! LE

GRAND-PRÊTRE.

Hélas ! chacun de nous gémit de vous connaître. Nous reprochons au ciel de vous avoir fait naître. ŒDIPE.

Malheur à l’inhumain dont la compassion Me sauva lâchement sur le mont Cithéron ! La faim m’eût dévoré !. . . Trop funeste service ! Pour prix de sa pitié, dieux ! faites qu’il périsse ! Qu’il épargnait de maux à mes amis , à moi, A tout ce peuple , helas ! victime de son roi ! Je n’aurais pas du moins , par le crime et l’inceste, Fait descendre sur vous la colère céleste ; Et me voilà couvert de crimes inouïs , Meurtrier de mon père, et fière de mes fils! CRÉON.

Pourquoi vous accuser ? Jouet d’un sort sinistre , Malgré vous de ses lois vous étiez le ministre. ŒDIPE.

Non , ne me dites pas que lui seul m’a perdu ; Mais , en me punissant , j’ai fait ce que j’ai dû. Après l'affreux serment dont la chaîne me lie,

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

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