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ACTE II, SCENE II.

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Ne m’inspira pour lui qu’une amitié de mère. Ce n’était point ces feux, enfants des passions , Et de nos premiers ans douces illusions. Te l’avoûrai-je ? hélas ! soit rigueur, ou justice, Le ciel nous réunit sous le plus noir auspice. Je ne sais quel pouvoir semblait me repousser : De ces nœuds en tremblant je me sentais presser. Je ne puis démêler cet embarras pénible , Ces contrariétés d’une ame trop sensible ! Œdipe m’était cher ; j’admirais sa valeur Et je lui savais gré d’avoir été vainqueur. Si mon engagement eût été volontaire , Ce choix était le seul que j’aurais osé faire : J’y crus voir le bonheur , du moins je l’espérais, Et j’ai vu mon espoir se changer en regrets; J’ai vu fuir loin de moi la paix , la confiance : Il semblait que mon cœur eût perdu l’innocence. Que de plaintives nuits ! que de rêves affreux Nés des fantômes vains d’un esprit malheureux! Cette nuit même encor , ( le dirai-je, Phœdime ?) Des enfers sous mes pas j’ai vu s’ouvrir l’abîme : Laïus assassiné s’est montré devant moi. Ce n’était point un songe.... il parle , je le voi , J’entends encor l’arrêt qui sortit de sa bouche : « Perfide ! cesse enfin de profaner ma couche ! » Il m’entraîne, à ces mots , dans la nuit du trépas. Œdipe entend mes cris : je lui tendais les bras : Il accourt. ... O terreur ! dans mes mains défaillantes J’ai trouvé de mon fils les dépouilles sanglantes. Ces spectres menaçants , ces gouffres ténébreux ,

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

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