Page 315

CLÉMENTINE.

309

vrance prochaine ; je lui parlais de Séligny : elle restait froide , muette, inanimée. Enfin elle m’a pris la main , et s’approchant du soupirail, elle m’a dit : Regarde-moi. — Je l’ai regardée ; elle m’a fait peur. Elle était pâle , décharnée , mourante. J’allais sortir pour lui chercher du secours: elle m’a retenue.—Les morts n’ont besoin de rien , et tu vois que je suis dans mon tombeau. Séparée des vivants, je n’ai de société qu’avec mes bourreaux : du moins, quand je serai dans la terre , ils me laisseront en paix. — Comment puis-je achever ? je ne vois plus ce que j’écris : mes larmes baignent ce papier. On est venu nous avertir qu’il fallait nous séparer. Elle s’est jetée dans mes bras en poussant des cris déchirants ; elle s’attachait à moi de toute sa force, et me conjurait de ne la point quitter. Le voyez-vous , disait-elle , ce Norton qui me poursuit? et elle se pressait, avec épouvante , sur mon sein. La voix terrible des geolières s’est fait entendre ; elle a frémi, son regard mourant s’est levé avec effort vers le ciel, et un faible soupir est sorti de sa bouche. Ma sœur, s’est-elle écriée, si vous le voyez , dites-lui que je meurs pour lui !

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Profile for scduag
Advertisement