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CLÉMENTINE.

LETTRE

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XXIX.

A LA MÊME. O MADEMOISELLE ! j’arrive de l’horrible prison : j’ai l’ame encore déchirée de cet affreux tableau. Le seul aspect des geolières m’a fait frémir. Je ne vous dirai point par où elles m’ont conduite : je ne voyais rien ; à chaque pas je sentais mon cœur défaillir. On m’a laissée sous une voûte ou le jour n’entrait que par une étroite ouverture. J’ai entendu des gémissements ; je me suis avancée : j’avais peine à distinguer les objets ; j’ai étendu mes mains vers une ombre qui semblait s’approcher de moi. Je lui ai dit d’une voix tremblante : Henriette, est-ce vous? est-ce vous, ma sœur? je suis Cécile. A l’instant je me suis sentie pressée dans les bras de l’infortunée. Sa tête s’est appuyée sur mon sein ; sa bouche y est restée collée, et ses larmes , qui coulaient par torrents, m’ont inondée. Nous nous sommes tenues longtemps muettes , immobiles , dans les bras l’une de l’autre. J’ai rompu le silence :

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

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