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LA

NOUVELLE

dans cette occasion combien l'art quelquefois peut embellir la nature. Toutes vives, toutes légères qu’étaient ces villageoises , leur danse me parut froide et sans grâce : il fallait voir Henriette ! il fallait voir la molle souplesse de ses mouvements , cette négligence aisée qui plaît sans y prétendre , cette variété de formes, de positions, de tableaux qui présentent la beauté sous les aspects les plus riants ! Nous fûmes reconduits jusqu’à notre barque , et ce départ fut un triomphe. Henriette, pendant la route, me parut triste et rêveuse. Le calme du soir, et l’obscurité formée par l’ombre des arbres , favorisaient sa mélancolie. J’étais auprès d’elle; je l’observais; nous gardions le silence, et j’étais heureux. Je ne desirais rien ; ma jouissance était complète. Un accident nous troubla : je me tenais sur le bord de la barque , et par un mouvement qu’elle fit, je manquai d’être renversé dans l’eau. Henriette effrayée jette un cri, me tend les bras, et s’éloigne aussitôt avec dépit. Toute la soirée elle eut du chagrin , me marqua une politesse froide , affectée , se plaignit d’une indisposition , et se renferma dès que nous fûmes arrivés. Henriette alors me détesta sû-

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

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