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LETTRE SUR UN

VOYAGE

solus d’y passer la nuit, malgré la remontrance de mes guides. Ils allèrent chercher du bois, dont j’avais grand besoin pour me sécher. Nous entretînmes le feu tant qu’il put durer: mais le bois, pénétré par la pluie, avait beaucoup de peine à s’enflammer , et donnait plus de fumée que de chaleur. Le froid de l’air devint piquant, et l’humidité le rendit plus sensible. J’étais souvent mouillé par les eaux qui tombaient de la voûte sur la pierre dont j’avais fait mon lit , et leur fraîcheur me glaçait. Ajoutez à cela le triste et long gémissement des vents, qui roulaient dans ces souterrains comme des voix plaintives. Quand le foyer fut éteint, et mon cortége endormi, j’essayai de m’assoupir ; mais après une heure de mauvais sommeil , je fus réveillé en sursaut par un bruit épouvantable. J’imaginai d’abord que la caverne s’écroulait. J’appelle mes nègres, qui ne répondent pas : je les crois morts. L’esprit encore frappé de rêves conformes à ma situation , je me lève : un second bruit se fait entendre. Figurez-vous , madame , les bondissements du tonnerre dans les échos des montagnes : tel fut l’effet de ce fracas produit par la chûte de quelques rochers dans les

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

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