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LETTRE SUR UN VOYAGE

commençaient à luire , et je voyais avec inquiétude les approches d’un orage. Après avoir longtemps erré avec un jeune nègre qui ne connaissait pas mieux que moi ces déserts , j’aperçus une lumière dans le fond des montages : j’y dirigeai ma course , et j’arrivai à la porte d'une cabane où je fus reçu par un vieillard plus qu’octogénaire. De beaux cheveux blancs lui tombaient sur les épaules; il était au milieu de sa nombreuse famille , dont la misère me parut extrême. Cependant tout ce monde était gai : le bon homme donnait l’exemple de la joie. Cette petite cabane, éloignée de tout commerce , était gouvernée par ses propres lois. Les enfants cultivaient le champ paternel, qui fournissait en abondance des patates, des bananes et du manioc : les filles faisaient le travail de la maison ; un peu de coton, recueilli parmi les rochers , était filé par leurs mains : le père ne portait pas un vêtement qui n’eût été fait par elles. Pour les ouvrages les plus pénibles, ils avaient un nègre , et c’était leur seul domestique , ou plutôt il faisait partie de la famille. La nourriture de ses maîtres était la sienne : on le choyait, on craignait de le fatiguer; souvent,

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

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