Page 207

AUX

ANTILLES.

201

que l' une ou l’autre. Il y en a qui leur permettent de travailler pour eux le samedi, et se dispensent de les nourrir ; ce qui est encore pis. Alors ces malheureux errent pour chercher des aliments, et deviennent voleurs ou vagabonds. Pour peu qu’on eut en soi un sentiment de justice naturelle, on serait indigné d’entendre dire qu’il est dans le monde un pays où, après avoir occupé de pauvres serviteurs à labourer la terre , à la sueur de leur front, pendant six jours entiers de la semaine, on les congédie le septième sans les payer, sans les avoir nourris, en leur disant d’aller chercher leur pain. J’ai vu des habitants acheter des barils de harengs gâtés pour leurs nègres; ils aimaient mieux les empoisonner à peu.de frais, que de payer plus cher une nourriture salubre : tant l’avarice connaît peu ses intérêts ! La manière dont on nous élève dans l’enfance , nous accoutume , pour ainsi dire , à ne pas distinguer nos esclaves de nos chevaux. C’est une grande pitié de voir des marmots frapper de misérables domestiques dont ils connaissent déja la dépendance, et se préparer, par cette violence prématurée, à la ty-

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Profile for scduag
Advertisement