Page 184

178

LETTRE SUR UN VOYAGE

nourrir jusqu’au passage du premier navire, qui ne pouvait tarder à paraître dans une mer aussi fréquentée ? Ces réflexions me consolèrent un peu : tout ce que j’imaginais était dans l'ordre naturel, et je ne serais pas éloigné de penser que mon petit mousse fût sauvé. Nous passâmes le tropique avec les vents alisés, qui me rappelaient cette douce température dont j’avais joui dans vos campagnes. Un navire anglais fit route avec nous pendant quelques jours; il vint nous voir, et nous lui rendîmes sa visite. La société est bientôt faite quand les besoins sont réciproques. Notre compagnon nous traita généreusement ; et les vins ne furent point épargnés. Chacun avait devant soi douze verres continuellement remplis. Les voix de nos marins , pendant le repas, allaient frapper l’écho des nuages ; et quand il fallut retourner au navire, plusieurs étaient si chancelants , qu’ils faillirent de se noyer. Les gens timides qui n’avaient pas osé nous suivre, faisaient grande chère de leur côté ; on se portait des santés d’un bord à l’autre ; et nos deux bâtiments, déployant leurs voiles sur une mer superbe , flottaient majestueusement ensemble. Je n’ai jamais vu de

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Profile for scduag
Advertisement