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LETTRE SUR UN VOYAGE

qui nous effraie ; le danger même ajoute au plaisir, et semble nous rendre plus cher l’élément que nous bravons. On se sent je ne sais quelle audace dans cette maison mobile qui, soutenue de trente voiles, rase l’onde avec la légéreté d’un oiseau. Ce fut dans ces dispositions heureuses que je saluai le beau rivage de la France , et les citoyens aimables que je laissais à Nantes. Je dis adieu aux Muses que je n’espérais plus revoir de longtemps, et je partis. A cinquante lieues des cotes de Bretagne, nous fûmes visités par de petits oiseaux que la force des vents avait poussés vers la pleine mer. Plusieurs venaient se réfugier dans les cages de nos poules, et quand ils s’étaient reposés de leurs fatigues, ils reprenaient leur vol vers la terre. Nous les traitions avec bonté : c’étaient nos derniers amis de France. A la hauteur des Canaries , nous eûmes une nuit charmante. Le ciel était semé d’une multitude d’étoiles bien plus brillantes que les vôtres. Des.feux légers parcouraient l’atmosphère dans tous les sens. La mer, un peu sombre , était animée d’une brise fraîche , et ses flots, devenus phosphoriques, étincelaient

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

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