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ALEXIS,

prosterné , il s’écria : Ombre d’Églé ! je te conjure , au nom de ton amitié pour Délie, de la rendre sensible à mon amour ! Une voix lui répondit : « Elle t’aime. » Il courut au lieu d’où sortait la voix ; mais il ne vit personne , et il crut qu’une divinité bienfaisante lui avait parlé. L’été penchait vers sa fin ; l’instrument de Cérès faisait tomber les épis, et l’air retentis* sait des chansons du moissonneur. Alexis avait repris sa gaieté ; l’espoir d’être aimé de Délie le ranimait; on le voyait promener la faucille, ou ramasser les gerbes et dresser la meule dorée. Il aperçut dans les sillons éloignés une bergère couronnée de roses : ses bras nus rassemblaient les javelles ; une douce langueur était répandue sur son visage.; elle ne se mêlait point au chant de ses compagnes ; triste et pensive , elle restait quelquefois immobile au milieu de ses travaux , et la gerbe s’échappait de ses mains. Elle s’approcha de la fontaine de Diane pour se désaltérer. Trois grands chênes ombrageaient la source, que le reflet du feuillage teignait d’un vert sombre , quoiqu’elle fût aussi pure que le cristal. Alexis reconnut Délie, et l’aborda. Permets-moi, lui

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

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