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ALEXIS,

Alexis gémit de ce que les dieux n’avaient point donné à une fille aimable la durée qu’ils prodiguent souvent à des êtres moins dignes de la lumière ; et comme il s’éloignait, des sanglots se firent entendre. Il écarta doucement le feuillage, et vit paraître Délie, mais pâle, abattue et défigurée par la douleur. Ses yeux étaient flétris ; ses cheveux négligés tombaient au hasard , et sa démarche annonçait le trouble de son esprit. Elle s’approcha du tombeau , et le couvrit des fleurs qu’elle portait. Tous les jours elle allait le visiter; tous les jours elle y versait des larmes, et rien ne pouvait les tarir. Églé avait été l’amie de son enfance et la confidente de ses pensées : elle l’avait aimée avec une tendresse qu’on citait pour modèle. Il est un âge où tout est passion. Elle disait en pleurant : Que n’es-tu encore sur la terre, ô ma fidèle amie ! Tu partageais tous mes plaisirs ; nous dansions sur le même gazon ; le même ruisseau nous baignait de son onde ; la fleur que tu cueillais était celle que j’allais cueillir ; nous n’avions qu’un desir et qu’une ame. O ma chère Églé! puisse la terre qui te couvre être légère à ta cendre ! puissent les filles des pasteurs y dé-

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

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