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SCENE

VII.

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ARISTE, séchement.

Emile, de sang-froid voulez-vous bien m’entendre ? Je prends pitié des pleurs que je vous vois répandre. Dans ces gémissements, dans ce trouble confus, Je cherche mon élève, et ne le trouve plus. Maintenant amolli dans une vie oisive, La beauté le gouverne et l’amour le captive. Il est venu vers vous, cet enfant plein d’attraits, Timide , souriant, vous dérobant ses traits, Couvrant ses trahisons des jeux de l’innocence : Vous l’avez dans vos bras reçu sans défiance ; Enivré, transporté vous ne m’écoutiez pas Quand mon expérience annonçait vos combats. ÉMILE. Le ciel semblait ouvert dans les yeux de Sophie, Et je croyais y voir le bonheur de ma vie. ARISTE.

Oui, l’on veut être heureux: c’est le premier desir, Le seul qui reste en nous jusqu’au dernier soupir ; Mais ce bonheur, Emile, on s’use à le poursuivre, Et sans l’avoir atteint on achève de vivre : Nous le voyons de loin comme un phare trompeur, Qui semble en l’attirant fuir le navigateur. Ami, lorsqu’attestant la suprême puissance, Je te reçus d’un père au jour de ta naissance , Quand je vouai mes jours pour embellir les tiens, Savais-je oh mon serment étendait ses liens ? Qu’il soit heureux, disais-je, et je suis sûr de l’être ! Mon espoir avec toi parut toujours s’accraître. Quand l’âge dans ton sein fit germer la raison,

I.

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Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

Œuvres de Léonard. Tome I  

Nicolas-Germain Léonard / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antill...

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