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crédit mini, plagiat maxi Un mois seulement après la sortie de son album Gadji en Or, Melissa Lacoste débuta sa tournée européenne. Après le Dôme de Marseille, c’est à Paris au Zénith de la Villette que l’artiste se représenta. Le concert touchait à sa fin quand les réseaux sociaux ont commencé à s’enflammer. La cause : un problème technique survenu durant « SMIC 18K ». Des spectateurs ont pu capturer cet instant et l’ont immédiatement partagé sur la toile. Sur la dizaine de vidéos, on peut apercevoir Melissa Lacoste sur scène, chantant le dernier couplet du morceau, lorsque l’instrumentale s’interrompt laissant la rappeuse poursuivre a capella. Mais ce n’est pas tout, au même moment l’auto-tune de l’artiste s’arrête brusquement durant quelques secondes. La rappeuse ne se laisse pas déstabiliser et poursuit, avec sa voix non-retouchée, devant plus de 6000 personnes. Si l’incident n’a pas semblé gêner le public qui a continué à profiter du concert, il a fourni aux détracteurs de Melissa Lacoste un nouvel argument pour la décrédibiliser. L’utilisation de l’auto-tune est pourtant très courant dans le milieu du rap et il est souvent confondu à tort avec le vocoder. En effet, le vocoder est un dispositif électronique qui permet de modifier sa voix en un son synthétique la rendant proche d’un son robotique. L’auto-tune, lui, est un outil qui sert à corriger la tonalité d’une voix et donc à l’harmoniser.

Le fait que Melissa Lacoste utilise cette technique et que cela soit révélé aux yeux et surtout aux oreilles de tous apparaissait donc pour certains comme une escroquerie. Si des personnes considèrent l’auto-tune comme un outil qui permet à des amateurs de pouvoir entrer dans le monde de la musique sans être dotés d’une voix de cristal, pour d’autres il n’est rien d’autre qu’un gadget, une supercherie. C’est pourquoi le succès de Melissa Lacoste, comme d’autres artistes tel que Jul ou encore PNL, a été remis en question par beaucoup: experts, puristes ou simples auditeurs ne comprennent pas comment une personne qui ne sait pas chanter peut être reconnue, adulée et proclamée chanteuse. Mais ce n’est pas le seul bémol venu entacher le succès de l’album Gadji en Or et de son interprète. En effet, lors de sa sortie, l’album bat tous les records que ce soit en termes de vues, d’écoutes ou de ventes. L’artiste a également remporté une dizaine de récompenses sur l’année 2017 en plus de la certification de disque de diamant. Pourtant, un peu moins d’un an après sa sortie, l’album est retiré des ventes et des plateformes de streaming. Après une incompréhension totale que ce soit chez les fans ou sur les sites spécialisés, l’artiste finira par s’exprimer sur le sujet. C’est sur sa page officielle Facebook qu’elle explique avoir «   décidé d’arrêter la diffusion de

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l’album suite à des problèmes juridiques au niveau des instrus   ». Il se trouve que les instrumentales utilisées par l’artiste sont disponibles sur la chaîne Youtube d’un certain Rjacks Prod et qu’elles ont été mises en ligne bien avant la sortie de Gadji en Or. Ce sont ce que l’on appelle dans le milieu des type-beats, soit des «  beats à la manière de  ». L’utilisation de type-beats s’est démocratisée dans le domaine du rap français, notamment grâce à des artistes comme PNL. Le groupe n’a jamais acheté ses instrumentales et s’est retrouvé à plusieurs reprises dans des complications judiciaires pour plagiat. Leur clip «  Tchiki Tchiki  » a d’ailleurs été supprimé de Youtube seulement quatre heures après sa mise en ligne. Des internautes se sont donc chargés d’analyser les morceaux de Melissa Lacoste afin de découvrir d’où venaient réellement les instrumentales qu’elle utilisait. Melissa Lacoste n’a jamais mentionné le nom de son beatmaker et sur son album, on ne trouve qu’un seul et unique crédit: son nom à elle. Pourtant, lorsqu’un artiste commande ou achète une instrumentale déjà réalisée, il se doit de créditer le beatmaker en question. Le terme utilisé pour désigner cette pratique n’est autre que le plagiat. Or, d’un point de vue juridique le mot plagiat n’existe pas, il est défini comme un type de « contrefaçon ».

Melissa Lacoste : De la barrette de shit au Zénith  

Sara Sadik : Master's Thesis

Melissa Lacoste : De la barrette de shit au Zénith  

Sara Sadik : Master's Thesis

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