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sara sadik

melissa lacoste de la barrette de shit au ZĂŠnith

2017


EBABX Mémoire en vue de l’obtention du DNSEP Art, conférant le grade de Master Sous la direction de Benjamin Thorel


Quoi que l’on ait dit de moi, et même lorsqu’on m’a traînée dans la boue, des milliers de personnes n’ont jamais cessé de m’aimer et de me témoigner leur soutien. Mon public était ce que j’avais de plus cher. Pendant un an, les gens m’ont vu décrocher des trophées et devenir célèbre, mais personne ne me connaît vraiment. Puis, un jour, je me suis tue, et je suis partie sans dire au revoir.


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mes victoires sont des chèques

sommaire

10 - 14

karcher r.mutt 15 - 17

des frites aux hits 18 - 21

tubes et snaps 22 - 25

d’or et de diamant 27 - 33

lacoste genuis 34 - 37

mĂŞme les jaloux sont fans


38 - 39

skyrock culture

sommaire

40 - 43

princesse du rap’n’b

44 - 47

authentik karismatik 48 - 50

mes locos en croco 51 - 53

crédit mini, plagiat maxi 54 - 56

riche, tristement célèbre

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mes échecs sont des chefs-d’oeuvre


Si vous saviez le cash que je me suis fait. J’ai eu tout ce que j’avais toujours espéré. Le succès et surtout les billets. Pendant un an et demi j’ai voyagé pour me représenter devant les fans. J’ai vendu tellement d’albums que vous le trouverez à coup sûr chez votre voisin. J’étais dans les oreilles de tout le monde. Les fans m’achetaient des albums et des places de concert. Les bookeurs me donnaient des cachets à cinq chiffres et me payaient des hôtels de luxe. Les marques s’offraient mon image et les collectionneurs mon merchandising. Mon but dans la vie a toujours été d’avoir assez d’argent pour vivre bien, même plus que bien. Je voulais de la sécurité, arrêter d’être dans la galère et pouvoir m’offrir tout ce dont j’avais besoin et envie. J’ai eu la chance que le public et les critiques m’apprécient, sans quoi je n’aurais jamais atteint mon but. J’ai jamais fait la belle ou crari la riche. Je suis restée moi-même malgré tout. J’ai amassé, un peu dépensé mais surtout placé. J’ai connu la hess et la richesse. J’ai tout gardé en cas de galère, et j’ai bien fait car la galère est vite arrivée.

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Me rie m

Be n

na ni,

a. video still, 2017 arib Gh

Jamais de ma vie j’aurais cru me retrouver aux Beaux-Arts. À mes yeux, cette école c’était pour l’élite et personne d’autre. Dans le rap français «  Beaux-Arts   » est souvent associé à «   Mozart  », deux bails qui sont très éloignés de notre monde. Et pourtant j’ai fini là-bas. Mon mektoub aurait été d’être mère-ado et caissière chez Lidl, mais j’ai décidé de tout faire pour éviter ça. Choisir un cursus artistique c’est la technique que j’ai trouvée pour être acceptée dans un des meilleurs lycées de la ville et quitter la ZEP. Au final, ce qui était un choix stratégique s’est transformé en un vrai projet professionnel, plus ambitieux que ceux des Anges de la Téléréalité1. J’étais jamais allée dans une exposition de ma vie, je connaissais presque rien à l’art. En entrant dans ce milieu j’ai eu la chance de découvrir masse de bails art contemp’. J’ai pu accéder à des techniques de production et des notions qui m’étaient inconnues.

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Dès que j’ai mis un pied dans cette école, j’étais choquée de voir que des blancs habillés comme des shlags. Je me suis assez vite rendue compte qu’en vrai, pour la plupart, leur background n’avait pas grand chose de «  pauvre  ». Issus de familles d’artistes, de la middle-classe bourge, de familles aisées, parfois même de la noblesse. En vrai, c’est grave compliqué de savoir d’où vient chaque personne, tout le monde se travestit en artiste miséreux. Mais dès que tu commences à parler avec certains tu te rends compte qu’ils ont un bagage culturel de références de fou, qui la plupart du temps n’a rien à voir avec l’apparence qu’ils se donnent. Tout le monde joue de son image, en essayant de se créer un personnage et une personnalité multiple en utilisant toute leur knowledge. C’est un vrai privilège que j’avais déjà découvert en entrant au lycée, quand j’ai arrêté de traîner avec des gens de ma classe sociale pour m’entourer que de riches. Quand j’allais chez mes potes blindés, c’était la Bibliothèque Municipale du Louvre le bordel. Des centaines de livres, des peintures à l’huile lassdeg mais qui devaient coûter une blinde, des objets de design exposés dans toute la baraque pour faire joli... Et à côté de ces trucs, t’avais des souvenirs de voyage, très souvent du Maghreb. Une petite théière, un pouf, un cendar pour le padre... Que de l’artisanal, j’imagine. Ils avaient dû bien se faire enculer sur les prix. Les babouches Burberry que j’avais pour 3 euros, ils devaient les payer 30 balles. Quand j’étais petite, j’allais tous les étés à Casablanca. Même pas de classe Eco. Traversée de l’Espagne, du Détroit de Gibraltar et du Maroc en Merco chargée. Maroc en force. Tahia l’Maghribi. Tahia l’Djazair aussi. 50/50.

Les gars aux Beaux-Arts ils kiffent dès que tu parles d’un truc qu’ils connaissent pas. C’est l’exotisme zehma, ça leur fait découvrir des trucs dont ils pourront parler après avec leurs potes. Direct j’ai capté que les mecs ils adoraient ça, une petite rebeu qui parle de la cité et de la classe pop’, c’est super. Ils trouvent ça «  sympa  ». En vrai tant mieux, moi j’dis ce que j’ai à dire, et eux parlent de moi. J’kiffe qu’on parle de moi. Dites mon nom, faites ma pub et achetez-moi. Si je devais lister les artistes que je porte dans mon cœur, les 3/4 seraient maghrébins ou arabes. En général c’est ceux qui traitent de sujets qui me sont proches et donc qui me touchent particulièrement. Le premier artiste dont je suis vraiment tombée love c’est Mohamed Bourouissa, en 2015. Un artiste franco-algérien que j’ai connu avec sa série de photos Périphérique . Des scènes urbaines, dans des quartiers, avec des banlieusards en tant que modèles. Je suis fan de ce mec. Un jour, il m’a offert une pièce à l’effigie de Booba, mon rappeur préféré, qu’il avait réalisée avec la Monnaie de Paris pour son show «  All-in  » chez Kamel Mennour. Coté gadji, en #1 dans mon cœur c’est Meriem Bennani, marocaine. Hyper chaude en post-production. Je l’ai découverte avec sa collection de hijab next-level :  Fardous Funjab . Dans ses productions elle s’inspire des femmes de sa famille, les met en scène, et traite de la vie quotidienne des Marocaines, sans tomber dans le drama.

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J’enseigne le sale, pas les Beaux-arts.


Mon but ultime : faire des millions et être riche mais pas tristement célèbre2. Dès que j’ai capté qu’y’avait des go qui avaient une vie de fou genre Paris Hilton ou Kim Kardashian, j’me suis dis que je voulais la même. J’veux pas être caissière, vendeuse, coiffeuse ou tous ces délires. J’veux pas être artiste si c’est pour pas vendre. Ils veulent le RSA, moi j’veux la villa. Si je peux vendre le moindre truc, je le fais. Donnez-moi, Dieu vous le rendra. Dès que j’ai capté que j’avais ma place dans ce milieu et que je pouvais réussir, j’ai décidé que je voulais parler de moi : ma vie de fille d’immigrés qui veut percer. De la hess de thunes à la fortune. J’ai quitté le quartier pour arriver à mes fins, mais le quartier ne m’a pas quittée. Toujours en moi et dans ce que je fais.

Le truc récurrent dans mon travail c’est l’interprétation de personnages. J’en ai créé une dizaine auxquels j’ai donné vie dans des autoportraits et des vidéos. Des formats et des techniques que j’ai mis en place en m’inspirant de différents artistes et en travaillant avec différents médiums. Cindy Sherman, Ryan Trecartin, Shana Moulton... des artistes qui travaillent en se mettant eux-mêmes en scène et auxquels mon travail a très vite été assimilé. En jouant de ça, j’ai poussé le bail à fond en me plaçant par rapport à ces artistes pour que mon travail soit considéré comme «  art  ». Je te montre des bails où je fous ma gueule partout et tu me payes. C’est réglo. Mais on va pas se mentir, c’est pas en faisant juste des productions d’art contemp’ que j’allais réussir à atteindre le plus de monde, et vendre en masse. Je voulais me lancer dans la musique. La musique c’est le meilleur média pour atteindre le grand public le plus rapidement possible et pour faire le plus de ventes. J’suis pas là pour faire faire de la musique expérimentale teh les Beaux-Arts. Je suis là pour faire du sale. Je voulais être une chanteuse de rap et de r’n’b. J’ai volé le blaze de Melissa M, elle était morte dans le game après son feat avec Khaled. Je me suis dis que j’étais sa relève.

Kareem Lotfy AC Archival pigment print, diasec 2016

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Les sociologues appellent omnivores culturels les membres de la classe moyenne qui ont la possibilité d’accéder à un large éventail de références culturelles, de les assimiler et de se sentir à l’aise dans leur réutilisation — du populaire à l’ésotérique, du local à l’international.

Au-delà de milieu de la musique, je veux donner de la visibilité aux banlieusardes en leur faisant une place dans le monde de l’art contemporain. Je veux que les filles dont je parle se sentent représentées dans un domaine qu’elles pensent inaccessible. Je veux qu’elles s’identifient à moi. Mais je suis aussi un vrai produit marketing, on va pas se mentir. Il faut qu’on consomme Melissa Lacoste. Qu’on écoute mes sons, qu’on regarde mes clips, qu’on vienne à mes concerts et qu’on m’achète mon merch. J’ai toujours eu deux types de productions : les pièces Deluxe pour les collectionneurs, et les pièces Discount pour les admirateurs. Mon premier public c’était celui de l’art contemporain. Artistes, curateurs, galeristes, critiques : c’était les premiers que je visais. Le jour où j’ai été contacté par un DA d’Universal, j’ai capté que j’avais enfin dépassé les frontières. En jouant sur plusieurs tableaux j’ai réussi à me mettre le milieu de la musique et le milieu de l’art dans la poche. C’est soit Melissa Lacoste la rappeuse, soit Melissa Lacoste l’artiste.

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Hassan Hajjaj Malicious Look Digital c-print inset 2000


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Pour participer à l’émission Les Anges de la Téléréalité, les candidats doivent avoir un projet professionnel qu’ils devront atteindre durant le tournage. Les projets professionnels sont toujours les mêmes d’une année à l’autre : danseuse, modèle photo, barman ou encore DJ. 2

«  J’fais des millions, j’fais des millions, j’suis riche tristement célèbre.  » «  RTC  » par Booba, sorti en 2012. Il explique : «   Riche tristement célèbre, ça veut dire que je suis célèbre mais pas forcément pour les bonnes raisons. Quand je fais la une des médias, c’est souvent pour les mauvaises raisons, soit dans des faits divers, soit pour parler de l’incident à Urban Peace, soit un clash, soit une bagarre. Je fais jamais la une des journaux parce que je suis disque de platine.  »

Le son « Selfie en Wiko » c’était pour l’art, l’album Gadji en Or c’est pour tout le monde. Le Gadji en Or Tour c’était un mélange de show-cases et de performances. Les premiers à vouloir me booker étaient des acteurs du milieu de l’art qui voulaient m’inviter pour des expos. Un petit concert dans un espace où certaines de mes pièces étaient exposées. Dans ce contexte, Melissa Lacoste c’est une performeuse qui apporte du dynamisme à l’expo. Très vite, ce sont les bookeurs de clubs et chichas qui sont arrivés. Ici, pas question d’exposition ou d’art, mais de showcase. Un court concert dans une boîte de nuit ou dans un bar à chicha, avec de vrais fans de Melissa Lacoste qui payent pour la voir en vrai. J’étais à Chicha Canal puis chez Perrotin, à la Java puis au Musée d’Art Moderne de Varsovie, au Dôme puis au Palais de Tokyo. Deux publics différents qui voient Melissa Lacoste différemment, mais qui la consomment tout autant.

Mohamed Bourouissa La fenêtre Tirage contrecollé sur aluminium 2005


Dans la musique, pour vendre en masse faut faire du commercial. Un son que tu peux entendre sur n’importe quelle radio et dans n’importe quel quartier. Mon premier son «  Selfie en Wiko  » devait n’être rien d’autre qu’un hit. Faut créer un vrai tube qui fait danser et qui reste en tête. Jamais de la vie je fais du rock ou de l’électro, mon bail c’est le rap. Fallait que je fasse un son de rap commercial. Un mélange de rap et de pop : de la pop urbaine. C’est ce qu’on appelle aussi du «  rap à chicha  ». Un rap léger, auto-tuné, dansant, tourné vers le pur divertissement dans la lignée de L’Algérino, Gradur, Alonzo et de nombreux rappeurs signés pour la majorité sur le label Def Jam. La base : l’instrumentale. Il faut un beat qui t’amène jusqu’à Pattaya1. Un son qui te rappelle l’été et te donne envie de coller la petite. Un mélange d’afro-beat et de rai, avec un côté pop qui te fait vriller. Faut miser sur une prod genre summertime pour que ton son devienne le tube de l’été. Le son qui sera le plus vendu et le plus écouté partout dans le monde. Qui fera zouker toutes les go en bikini. Y’a plusieurs tricks pour faire un hit, un son ne devient pas un hit tout seul. Il faut bien le travailler. Y’a masse d’études qui ont été mené pour analyser comment et pourquoi un son devenait un hit.

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Il faut créer la combinaison parfaite entre la rythmique et la mélodie qui permet d’aller directement exciter le cerveau. Les instrumentales de pop urbaine sont toutes produites de cette manière, mélangeant rythme et mélodie de façon harmonieuse. Si ce mix est parfaitement exécuté, il peut produire les mêmes effets de plaisir que les potatoes Mc Donald’s. Je suis pas experte en science, mais le principal c’est de faire une instrumentale à la fois dansante, harmonieuse et mélodieuse qui sonne juste à l’oreille. Le reste se joue dans la répétition. Il faut surtout miser sur le refrain. Dans «  Selfie en Wiko  » le titre est répété 7 fois et le refrain 11 fois. Sur un son de moins de 4 minutes, ça fait plus de la moitié d’un même texte répété. Que tu kiffes le son ou pas, quand t’entends masse de fois la même chose, tu la mémorises. Et pour faciliter la mémorisation, il faut que les paroles soient simples. Pas de paroles complexes, pas de sujets sérieux. Il faut des paroles légères. Le rap conscient c’est fini, maintenant c’est l’egotrip. Si tu veux vendre faut tout miser sur ça. Mon refrain est resté dans la tête de tout le monde. J’entends des gens le chanter dans mon école, à Carrefour, à La Plage le Club, partout. Une pote m’a même dit que son père chantait mon son sans s’en rendre compte. Même les étrangers qui captent R à ce que je dis le chantent pendant mes concerts. Un problème que j’ai dû rapidement résoudre, c’est ma voix. La vérité, je sais pas chanter. J’ai cru pendant longtemps, mais non. La majorité de mes sons sont rappés mais pour «  Selfie en Wiko » j’ai voulu faire quelques parties chantées pour appuyer le côté mélodieux. L’auto-tune a sauvé le son. C’est un outil de plus en plus utilisé dans le rap français depuis 2008. Une technique qui a d’abord était utilisée dans la pop américaine, puis par les rappeurs US.

Flyer showcase 555 Marrakech 21 février 2017

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Pattaya est une station balnéaire thaïlandaise qui est devenue depuis quelques années le paradis des jeunes de banlieue qui s’y rendeent pour relâcheer la pression du quotidien durant la saison estivale ou pour s’y installer et ouvrir des commerces de type restauration rapide, clubs ou chicha. 2

Lorsque des dealers importants à moyenne échelle souhaitent blanchir leur argent, ils créent des petits commerces de proximité leur permettant d’injecter leur argent sale dans leur chiffre d’affaires en faisant passer les rentrées d’argent de leur activité illégale en fausses recettes de leur activité « légale ». Selon le type de commerce, la clientèle est également composée de traficantes à petite échelle, qui viennent claquer leur bénéfice pour se faire plaisir que ce soit avec une bouteille de Belvé, une chicha pomme ou un grec-frites. Les billets qui tournent dans ce genre de lieu proviennent donc en très grande majorité du trafic de stups.

En plus d’arranger la tonalité, l’auto-tune permet d’atteindre des notes hyper dures à tenir en restant juste. Une voix auto-tunée c’est le plus beau truc au monde. C’est le bonus commercial. C’est le plus qui appuie le côté pop et qui fait que ton son peut presque rentrer dans la variété. Variété = public large = plus de ventes. L’album Gadji en Or est exclusivement constitué de sons type «  rap à chicha  », et qui dit «  rap à chicha  » dit showcases. Les showcases c’est des concerts d’une trentaine de minutes, sept sons, qui ont lieu dans des clubs ou des bars à chichas. Les bookeurs n’ont pas tardé à arriver. Ils savent qu’ils vont faire masse d’entrées avec moi, et qu’ils vont pouvoir vendre des bouteilles par centaines. Le cachet a commencé à 1000 euros pour arriver aujourd’hui à 10 000. Les avantages d’un showcase c’est la proximité avec le public, c’est un concert hyper intime où il n’y a aucune séparation avec les fans, mais le plus relou c’est qu’ils abusent sur l’heure de passage. 1h du matin minimum, allant même jusqu’à 3h du matin. Leur but c’est surtout de vendre le plus de bouteilles et de boissons, et ils profitent de l’attente pour que les clients consomment. Ces showcases c’est le meilleur moyen pour avoir la notoriété, le succès et l’argent rapidement. En faisant des sons qui se prêtaient à ce type de représentation, j’ai pu multiplier les concerts et les cachets. J’avoue, le plus souvent c’est de l’argent sale2. Et contrairement aux concerts que je donne dans des vraies salles ou dans des stades, les factures et les cachets pour ces représentations sont un peu moins légaux. Une partie en cash, une partie en virement et surtout une partie qui n’apparaît pas sur la facture. Mais le principal, c’est que ça finisse dans ma poche.

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tubes

Niska Barclay / Universal Music 2016


snaps

DES TUBES ET DES SNAPS ET DES TUBES ET DES SNAPS ET DES TUBES ET DES SNAPS ET DES TUBES ET DES SNAPS ET DES TUBES ET DES SNAPS

D

ifficile d’aller à l’encontre d’une des opinions les plus populaires concernant les chansons d’aujourd’hui : les paroles sont moins bien écrites qu’avant. De la plume militante d’Akhenaton aux «   hmm mouai  » de PNL, quelque chose a définitivement changé en termes de mots utilisés pour faire une chanson. Mais il ne s’agit pas juste des mots : l’idée de richesse dans la musique elle-même a changé. Les gens tiennent toujours aux mots, mais sous une lumière différente. C’est mieux s’ils servent, particulièrement sur les réseaux. Alors si, au mieux, les auditeurs souhaitent une citation ou un hashtag pour aller avec leur humeur Snapchat, pourquoi devraient-ils obtenir plus ? Les meilleurs auteurs sont toujours ceux en harmonie avec leur temps. Certains auditeurs, plus âgés, nostalgiques d’une «  belle  » époque ou détestant foncièrement le rap, adorent dire : on ne comprend rien à ce qu’ils disent ! À qui la faute, si quelqu’un ne comprend pas Melissa Lacoste, Jul ou PNL  ? Celle de celui qui fait ou de celui qui écoute ? La nouvelle musique est toujours faite pour s’adresser à de nouveaux auditeurs, ou atteindre de nouveaux consommateurs. Un bon auteur n’est pas quelqu’un avec des qualités d’écriture brillantes, mais quelqu’un qui a la capacité de créer un écho. La bulle d’émotions et de pensées qu’une phrase ou un couplet apporte est la réverbération qui fait de l’art quelque chose de grand.


Outre les mélodies et les cadences, une chanson peut aussi s’illustrer par l’originalité de son titre. Les thèmes des chansons à succès sont généralement les mêmes, parfois seul l’emballage peut permettre de se distinguer. De « Sapés comme jamais » à «  OKLM  », nombre de succès ont des titres de chanson uniques qui donnent une envie de consulter le contenu et aident celui-ci à être retenu. Comme Niska avec « Réseaux », avec « Selfie en Wiko », Melissa tenait son titre, à la fois en vogue dans le lexique commun et unique. Les auteurs savent qu’il faut savoir parler à ceux qui n’écoutent pas les mots. Aujourd’hui, il ne sert plus à grand chose de donner un sens profond aux phrases, puisqu’elles ne sont pas à l’abri d’être re-contextualisées. Il faut laisser les auditeurs finir d’écrire les chansons. C’est bien connu, les gens ne consomment pas des produits, mais de meilleures versions d’eux-mêmes. Écrire un tube, aujourd’hui, c’est donc proposer une super expérience utilisateur. Et quelle meilleure expérience que de se retrouver soi-même dans les chansons qu’on adore ? Melissa Lacoste vend la femme indépendante qui ne se laisse pas marcher dessus, encore moins par les hommes et nombreuses sont celles qui aimeraient avoir les pieds dans sa paire de requins. Avant de trouver les mots parfaits qui font un refrain, il faut aussi être capable de trouver ceux qui peuvent résonner dans un tweet ou une caption Insta.

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tubes

Cela fait un moment que les auteurs savent qu’il faut savoir parler à ceux qui n’écoutent pas les mots. De quoi est-ce que Melissa parle dans « Selfie en Wiko » ? Pêle-mêle d’histoire de love, d’argent et vaguement de délinquance. Les mots sont secondaires, ils habillent l’humeur, l’ambiance et donnent des gimmicks simples à répéter. Ils servent, comme tout le reste dans cette ère post-moderne, d’éléments à se ré-approprier et à re-contextualiser. Avec « Selfie en Wiko », Melissa Lacoste permet aux auditeurs de se faire leur propre interprétation plutôt que de simplement suivre ses intentions.


snaps

Le succès de Melissa Lacoste est simple à décrypter pour quiconque navigue sur les réseaux sociaux, Périscope ou Snapchat, des thèmes qu’elle aborde dans tous ses morceaux. Pour parler aux jeunes, il faut leur montrer qu’on a compris leur langage sur les réseaux, à coup d’exclusivités Snapchat et de filtres. Une chanson n’est pas terminée lorsqu’elle est diffusée et un refrain n’est plus décidé parce qu’il a été écrit à cet effet. Le pouvoir est entre les mains des gens. En 2015, le «  Freestyle PSG  » de Niska avait 5 couplets et une sorte de faux-refrain qui terminait la chanson. Ce morceau n’était pas pensé pour être un tube, et c’est le public qui a décidé que le gimmick «  matuidi charo  » était formidable, sans qu’il lui soit soufflé sans subtilité dans un refrain qui revient sans arrêt dans la chanson. Même technique pour le « non mais allô » intelligemment emprunté à Nabilla par  PNL dans «  Le Monde ou Rien   » et les exemples sont nombreux de moments clés qui n’ont été dictés que par la réaction du public, pas par un choix ni artistique ni une décision de label. Pour réellement entrer dans une chanson, les fans doivent obtenir quelque chose en retour, ou avoir la possibilité d’exprimer leur créativité. Est-ce qu’en citant les paroles de la chanson, l’utilisateur pourra espérer obtenir beaucoup de retweets ? S’il y a de l’argot à copier ou des chorés à danser, est-ce qu’ils vont rendre l’utilisateur cool, et l’aider à essayer de devenir une sensation virale  ? Intellectualiser est inutile pour des gens utilisant la musique comme une tendance ou comme des filtres Instagram : une simple façon d’apparaître au mieux sous la meilleure des lumières. Le contenu est là pour complimenter l’utilisateur. Pour beaucoup de jeunes, se snaper sur « Terma sur Tmax » en fond donne des points de cool et de lifestyle inestimables pour l’attention sur les réseaux. Melissa Lacoste a donné aux gens les mots et les gimmicks, et ils en ont fait une sensation. Melissa Lacoste est désormais numéro  1, la preuve que le meilleur des attachés de presse reste toujours les fans.


Page Facebook de Melissa Lacoste Message de remerciement posté le 26 décembre 2016 suite à la certification de Disque d’Or de l’album Gadji en Or.

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d’or et de diamant Partie de rien, Melissa Lacoste a réussi à bâtir un véritable empire dans le milieu du rap francophone et ce avec un unique album. Seulement huit mois après sa sortie, son premier album Gadji en or a été certifié disque de diamant en ayant dépassé les 500 000 ventes de disques en digital, physique et streaming. Un réel exploit pour un disque produit en total indépendance ainsi qu’une performance rarissime, y compris dans l’ère du streaming. L’artiste issue de la cité Félix Pyat a fait tomber toutes les barrières et bousculé les codes établis dans le monde du rap-game. Une réussite qu’elle ne doit qu’à elle même et à sa détermination. Le 26 mai 2016, Melissa Lacoste dévoile le clip du morceau « Selfie en Wiko  ». Ce titre est le premier de l’artiste. Elle nous offre un véritable court-métrage d’une durée de huit minutes. Ce dernier a atteint le cap symbolique du million de vues en seulement 9 heures. En 24 heures, la barre des 4 millions de vues avait été atteinte. Il aura suffi de 9 jours pour que le clip «  Selfie en Wiko  » batte le record du clip de rap francophone le plus vu obtenu jusqu’alors par Maître Gims. Deux mois plus tard, l’artiste sortait le clip « Terma sur Tmax  » battant encore une fois tous les records. Ses vidéos ont été regardées, likées et surtout partagées jusqu’à dépasser les frontières de l’Hexagone.

En seulement quelques mois Melissa Lacoste est devenue la rappeuse francophone la plus suivie sur les réseaux sociaux, la plus regardée sur Youtube et la plus écoutée sur les plateformes de streaming. En effet, dès la mise en ligne de ces deux morceaux sur Deezer et Spotify, « Selfie en Wiko » et « Terma sur Tmax » se sont hissés à la première et seconde place des Top titres. Comme le révèle le classement 2017 publié par Spotify, Melissa Lacoste est devenue l’artiste la plus streamée en France. Elle domine à la tête de deux classements : Top titres et Top artistes devant PNL, Kaaris ou encore Booba. Melissa Lacoste devient la première artiste féminine à se hisser à la tête du Top 5 jusqu’alors exclusivement masculin. À sa sortie, Gadji en Or prend la tête du classement Top Albums. L’album Gadji en Or ne sera pas seulement l’album le plus streamé, mais offrira à Melissa Lacoste de nouvelles récompenses. En effet, lors des Victoires de la Musique 2017, elle remporte le prix du Meilleur album de musiques urbaines de l’année face notamment à Jul. De plus, elle remporte le NRJ Music Award de l’Artiste féminine francophone de l’année devant Tal et Zaho, le NRJ Music Award de la Révélation francophone de l’année devant encore une fois Jul, ainsi que le NRJ Music Award de la Chanson française de l’année devant Maître Gims.

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C’est la première fois dans l’histoire du rap francophone, qu’un artiste réussit l’exploit de rafler autant de récompenses avec un premier album. Et c’est là toute la magie de la réussite de Melissa Lacoste : elle débarque dans le milieu sans que personne ne la connaisse et arrive à faire chavirer le cœur de tous les Français à l’aide d’un unique album. Quel est la recette du succès de Melissa Lacoste ? Début 2016, un nouveau style de rap Français s’est popularisé, la Pop Urbaine. Un mélange de sonorités pop et afro sur lesquels les rappeurs chantent leur texte. Les acteurs majeurs de la pop urbaine étaient jusqu’alors exclusivement des hommes. L’Algérino, MMZ ou encore Jul, les français étaient avides de ce nouveau style. Dès sa sortie, « Selfie en Wiko » à tout simplement fait le buzz. Le clip a été partagé par les sites et radios spécialisés comme Clique, Oklm Radio, BooskaP ou encore Skyrock. On pouvait entendre le refrain «  J’veux trainer en Louis Vui’, j’veux rouler en Ferrari  » à la sortie des lycées et des universités dans toute la France. Malgré le duel Paris-Marseille, présent dans le rap-game depuis ses débuts ainsi que le fait qu’elle affiche fièrement ses origines marseillaises, les fans se sont manifestés dans tout l’Hexagone. Melissa Lacoste a cette capacité à plaire aux hommes comme aux femmes et ce de tout âge et toute classe sociale.


Page Facebook de Melissa Lacoste Message de remerciement posté le 22 avril 2017 suite à la certification de Disque de Platine de l’album Gadji en Or.

Page Facebook de Melissa Lacoste Message de remerciement posté le 3 juillet 2017 suite à la certification de Disque de Platine de l’album Gadji en Or.

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De passages en radio aux interviews données aux magazines, Melissa est devenue la rappeuse numéro 1, à l’instar de Diam’s au début des années 2000. En effet, depuis que Mélanie Georgiades aka Diam’s avait annoncé qu’elle se retirait du monde de la musique en 2012, la France attendait sa prochaine étoile montante qu’elle trouva avec Melissa Lacoste. Et nombreuses sont les femmes ayant tenté de récupérer le trône, Keny Arkana, Shay ou encore Casey, en vain. Si Melissa a réussi avec brio cette passation de pouvoir, c’est qu’elle l’a mérité et s’est donnée pour l’avoir. En plus des mots, c’est sur l’image qu’elle a tout misé. Melissa Lacoste n’est pas une rappeuse sombre et trash, bien au contraire. Ses clips sont colorés et saturés, elle porte des ongles french-manucurés de dix centimètres ainsi que du gloss, elle se lisse les cheveux et même si elle porte des survêtements de sport, elle les choisit bien coupés et surtout bleu ciel, aux couleurs de l’Olympique de Marseille. Elle assume sa féminité sans la sexualiser, et c’est sûrement là tout son secret car les hommes tombent love et les femmes veulent lui ressembler. Melissa Lacoste c’est une jeune femme avec un bon flow, de bonnes paroles, qui plus est jolie et qui réclame son indépendance. Quand les hommes crachent sur les femmes, parlent de leurs milliers de conquêtes, Melissa les remet à leur place et c’est ce que les Français attendaient.

Stratégie mercantile ou réel dévouement, ce qui est certain c’est que si Melissa Lacoste a atteint un tel succès c’est aussi grâce à une technique devenue courante mais terriblement efficace. La chanteuse entretient un lien très fort avec son public. Elle enchaîne les publications sur les réseaux sociaux, les showcases et les apparitions en public. Le nom de sa fandom « Samalacoste » signifiant « la famille Lacoste » accentue par ailleurs ce sentiment d’appartenance à une famille, un groupe où proximité et honnêteté sont les maîtres mots.

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SELFIE EN WIKO G-STAR KHO LARMES 2 MISKINA

lacoste GENUIS LYRICS ET ANNOTATIONS


[Intro] Selfie en wiko, selfie en wiko Selfie en wiko, selfie en wiko1 [Couplet 1] Carreaux sur polo J’te carotte ton Wiko Tartan sur sacoche, Croco sur polo Il bibi la journée En Gucci je dodo Il m’rince en HFCé Me té-ma en Rayban Il a pas le permis Mais on fait des drifts, oklm Rim-k c’est mon bébé3 Mon hlel, passionnément Il va plus au lycée Mais il fait rentrer l’argent Pas de paparazzi Je suis plutôt selfie [Refrain] J’veux trainer en Louis Vui’ J’veux rouler en Ferrari Je veux porter du Gucci Mais j’veux pas d’pacotille J’veux trainer en Louis Vui’ J’veux rouler en Ferrari Je veux porter du Gucci Mais j’veux pas d’pacotille [Couplet 2] Si t’as pas les thunes T’as pas mon cœur Si t’as pas la maille C’est pas ton heure Le temps c’est d’l’argent Et t’as pas d’argent pour moi Me fais pas perdre mon temps Tu t’en mordras les doigts Hallal est ma viande Des pitbulls dans le ventre

On sort les cross volés C’est recel au quartier En gros, au détail Ou en pièces détachées4 Passe, viens nous acheter Mais avant prends un ticket [Refrain] J’veux trainer en Louis Vui’ J’veux rouler en Ferrari Je veux porter du Gucci Mais j’veux pas d’pacotille J’veux trainer en Louis Vui’ J’veux rouler en Ferrari Je veux porter du Gucci Mais j’veux pas d’pacotille (x2) [Couplet 3] 1,2,3 grecs par-ci, par-là 4,5,6, tout va dans mes cuisses 7,8,9, dans mon survet’ tout neuf 10,11,12, en mode traction, pépouze 1,2,3, quatre bars à chicha 4,5,6, vanille, fraise, cerise 7,8,9, mets nous du charbon neuf 10,11,12, qu’on s’enfume sur ce mouv [Refrain] J’veux trainer en Louis Vui’ J’veux rouler en Ferrari Je veux porter du Gucci Mais j’veux pas d’pacotille (x5) Nooooon [Outro] Selfie en wiko Selfie en wiko Selfie en wiko


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Wiko est une marque de téléphones mobiles et smartphones low-cost, de fabrication chinoise.

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Melissa fait ici référence à Jul qui en 2015 déclamait: « Sors le cross volé ». Le recel étant le fait de dissimuler, détenir, ou transmettre une chose en étant conscient que cette dernière provient d’un crime ou d’un délit, posséder un «  cross volé » relève donc du «  recel ». Cependant, là où Jul se servait de ces cross pour «  cabrer même si la roue est voilée », Melissa les revend dans son quartier, comme elle l’explique dans les lignes suivantes.

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HFC = Halal Fried Chicken Chaîne de restauration rapide inspirée de KFC qui se trouve être le fast-food préféré de Melissa pour son délicieux poulet frit certifié halal mais surtout pour ses prix attractifs.

Rim’K, de son vrai nom Abdelkarim Brahmi-Benalla, né le 21 juin 1978 à Vitry-sur-Seine, est un rappeur français membre du célèbre groupe 113.


[Couplet 1] Vernis rose fluo Pimpée de bas en haut Toujours au top niveau Pour tous ceux qui m’follow Tous les jours au McDo Mais juste le Filet-o1 Pas la peau sur les os Pas l’corps d’un ficello Ballerines dans l’sac à dos Parée pour l’apéro Ça finit entre potos Snapchat, vidéos Te l’a joue pas perso Fait né-tour le bédo Chicha goût pomelo Soirée au casino Remballe ta vielle go Bébé j’suis bien plus haut Elle est griffée GEMO Je suis griffée Saint Lau’ [Refrain] J’veux du LV, du G-star kho J’veux des millions de diamants Swaro J’suis la bimbo du ghetto Fais khey bébé, j’vais t’rendre loco (x2) [Couplet 2] Le dimanche c’est turbo Je rêve de ma Lambo D’après Doctissimo Melissa est schizo Fais pas le beau puto Une patate t’es KO

Allah y Rhamo Pauvre de toi, négro [Refrain] J’veux du LV, du G-star kho J’veux des millions de diamants Swaro J’suis la bimbo du ghetto Fais khey bébé, j’vais t’rendre loco (x2) Parking Casino En Y ou en O Avec tous mes frélos Mes renois, mes bikos Espagne, stock de garros Fais croquer, fréro En mode tractions, abdos À la salle je go Litron de ginto Lacrim dans la vago Pas de télololo J’laisse ça aux michtos2 J’veux du LV, du G-star kho J’veux des millions dE diamants Swaro J’suis la bimbo du ghetto Fais khey bébé, j’vais t’rendre loco (x2)

[Outro] Me sors pas tes mythos Muslim 2.0 Tu rhol du chorizo À chaque fois qu’t’es malo3


Melissa étant de confession musulmane, lorsqu’elle se rend au McDonald’s elle ne commande que des Filet-O-Fish. En effet, pour les musulmans, il est l’un des rares sandwichs consommables dans cette enseigne; les autres sandwichs contenant du porc ou de la viande non-halal. 1

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Gémo est une enseigne de vêtements à bas prix. Melissa explique donc ici que ses concurrentes sont cheap alors qu’elle est classe. 3

Une michto est une fille intéressée qui gratte le moindre mec avec un peu d’argent pour se faire rincer. Les michetonneuses commencent leur soirée dans des clubs et la finissent dans des chambres d’hôtel avec des rappeurs ou des footballeurs connus.

Une muslim 2.0 est une fille qui se dit muslima mais qui, même si elle porte le voile, ne se respecte pas, se montre provocante et succombre aux tentations haram. Leur expression préférée : «  Le haut pour Allah, le bas pour Abdallah.  » 4


[Couplet 1] Paire d’extensions synthétiques J’te fume, j’ramène ma clique À trois sur le R11 Ferme-la, tu sers à rien Droite dans tes dents Tu finis en sang Bave devant mon MK2 Parle pas ou j’sors l’AK Plus que le boule à Kim K Ferme-la, ne chiale pas Keh des chichas C’est tout c’que t’es3 Queen Melissa Tu n’seras jamais Il like mes posts Il m’lâche des coms Il veut que je pose Dis que c’est mon homme Elles m’envient Elles veulent ma vie Faut s’respecter Pour s’faire rincer Terma blindé Corps calibré Champagne Rosé Paire d’Louboutins Lourde chute de rein Loin d’être une tchoin [Refrain] Princesse ultime Reine du quartier T’es q’une miskine T’aimes me plagier Star des ré-soi Miss lourde pe-fra Tu parles sur moi Jusqu’à c’que j’t’attrape

[Couplet 2] Tes potes me kiffent Ils m’donnent du biff Me rincent en tise M’appellent leur miss Sois pas jalouse Ouvre pas ta bouche Tu sues le seum Je fais des leum Je sens le luxe, Ton hlel, j’suis J’sens la moula, Ton hlel, j’suis

je sens l’or son trésor4 j’sens le she-ca sa habiba

Plus de Kebab, t’es sa clocharde Même plus Do Mac, même plus de Axe T’es pas sa femme Remballe ta flamme Pas de passionnel T’es pas sa hlel4 Montre pas ton cul à mes potos Eux ils t’insultent, toi tu les suces Ils parlent de toi, pas qu’sur Insta Ils niquent ta vie, même sur Peri Terma blindé Corps calibré Champagne Rosé Paire d’louboutins Lourde chute de rein Loin d’être une tschoin [Outro] C’est lui et moi sur son bolide Il me rince en tise et en liquide Pas Pas Pas Y’a

de place pour toi de cash pour toi de biff pour toi R pour toi


Le R1, de son nom complet Yamaha YZF-R1, est un modèle de moto dont le prix avoisine les 15000€. Il est symbolique de la cité dont Melissa s’autoproclame princesse dans la chanson « Chicha Millions ». 1

Le terme «  keh  » s’est répandu après qu’Amine Mojito est devenu célèbre en postant des snaps sur lesquels il fouettait des femmes en string en répétant «  c’est la Michael Kors ke-ke-keh à mojito  » qui se est une marque traduit par «  c’est la pute de maroquinerie à mojito  ». L’expression haut-de-gamme. Ces sacs de luxe «  keh à chicha  » signifie donc «  pute à chicha  », soit une que Melissa peut fille dévergondée qui traîne s’offrir font dans les chichas et que ainsi baver les Melissa ne respecte pas. autres, c’est-à-dire les rendent jaloux. 3

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Le mot «  hlel  » qui signifie «  licite  » en arabe et désigne le mariage religieux dans l’islam a été détourné afin de remplaçer les dénominations «  petit copain  » et «  petite copine  ».


DM reรงu sur Instagram Melissa Lacoste Officiel 19 mai 2017

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même les jaloux sont fans Melissa Lacoste est aujourd’hui une artiste «  grand public  » de renommée internationale. Cependant, son public présentant une hétérogénéité flagrante : il n’est pas évident de se rendre compte des profils les plus réceptifs à sa musique et à sa personne. Touche-t-elle plus les femmes que les hommes ? Les adolescents sont-ils plus admirateurs que les jeunes adultes ? Dans quelle ville est-elle le plus écoutée ?

La chanteuse possède, au moment de l’enquête, une totalité de plus de 206 millions d’abonnés toutes plateformes confondues. Instagram étant le réseau social générant le plus d’activités, c’est sur celui-ci que l’on dénombre le plus de « followers  » avec un total de 102 millions. On retrouve en seconde position, Twitter avec 55 millions d’abonnés, puis Facebook avec 31 millions de «likes» et enfin Snapchat avec 16 millions d’ «amis».

Le sociologue Patrice Quarteron a décidé de mener une enquête sur le public de l’artiste, afin d’obtenir des données précises sur ses différentes caractéristiques. Cette enquête a été réalisée en janvier 2017, sur le terrain, dans les villes de Paris, Marseille et Bordeaux, ainsi que sur Internet. Son approche repose sur trois dispositifs d’enquête, à savoir : une analyse des « followers » présents sur les réseaux sociaux de l’artiste par les données fournies par leurs profils virtuels, un questionnaire diffusé auprès de personnes présentes lors de trois concerts de l’artiste, ainsi qu’une étude de la vente des disques en physique ainsi qu’en digital de l’artiste.

Il est évident que ces données ne sont en aucun cas représentatives avec exactitude du public de Melissa Lacoste en terme de chiffres. En effet, il est fort probable qu’une même personne se trouve à la fois dans la première et dans la seconde donnée, voire même dans les quatre simultanément. De plus, il nous faut prendre en compte le fait que la majorité des utilisateurs présents sur les réseaux est de sexe féminin : 76% des utilisatrices d’Internet sont présentes sur les réseaux sociaux contre 72% des utilisateurs d’Internet masculins. Ces utilisateurs ne sont pas présents sur ceuxci de façon équitable. En effet, selon une étude menée en 2015 par le cabinet Nielsen, 22% des femmes sont actives sur Twitter contre 15% des hommes. Facebook, qui est utilisé par 71% de la population en ligne, est également dominé par les femmes avec 76% d’entre elles contre 66% pour les hommes. Tout en étant conscient d’une probabilité erronée, la méthode d’échantillonnage permet tout de même de se faire une idée de la part hommes / femmes que représente le public de l’artiste.

Le début de l’enquête a été pensé afin d’établir qui des hommes ou des femmes étaient le plus présents chez son public. Cette première phase repose sur l’étude du taux de présence féminine et de présence masculine parmi les admirateurs de l’artiste. Melissa Lacoste est présente sur plusieurs plateformes sur lesquelles elle partage et communique quotidiennement avec ses nombreux fans.

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L’analyse de la totalité des «  followers  » réalisée par Patrice Quarteron a permis d’établir les pourcentages suivants : sur Facebook, 72,6% des «  followers  » sont des femmes contre 27,4% d’hommes; sur Instagram, il y a 59,4% de femmes contre 40,6% d’hommes; sur Twitter, 75,2% de femmes contre 24,8% d’hommes; enfin sur Snapchat, 51,9% de femmes contre 48,1% d’hommes. La totalité des «  followers  » représente un pourcentage de 64,8% de femmes contre 35,2% d’hommes. On remarque que les femmes sont en plus grand nombre sur Facebook et Twitter alors que l’écart se resserre sur Instagram et Snapchat. Cela peut s’expliquer par l’utilisation que l’artiste fait de ces réseaux. En effet, lorsque les deux premiers sont principalement utilisés pour la diffusion d’informations textuelles, les deux autres servent au partage de photos et de vidéos. Nous constatons que le public masculin porte un plus large intérêt à l’image de Melissa Lacoste qu’aux informations concernant sa musique, au conraire des femmes. La deuxième phase de l’enquête consiste pour Patrice Quarteron à aller à la rencontre du public. Le dispositif utilisé est un questionnaire. A l’hiver 2017, lors de sa tournée européenne «  Gadji en Or European Tour  », Melissa Lacoste donna trois concerts en France dans les villes de Paris, Marseille et Bordeaux. Cette seconde phase d’enquête a été réalisée auprès d’un échantillon de 150 personnes, dont 50 par ville.


Elle a été administrée lors d’entretiens individuels entre le sondeur et le sondé. L’échantillon est constitué de 50% de femmes et 50% d’hommes : 25 femmes et 25 hommes par ville, soit une totalité de 75 femmes et 75 hommes. Le questionnaire est composé de cinq questions fermées : 1 - Quel âge avez-vous ? 2 - Accompagnez-vous quelqu’un ? 3 - Êtes-vous venu de votre plein gré ? 4 - Quel est votre date de naissance ? 5 - Êtes-vous fan de Melissa Lacoste ? L’ensemble de ses questions permet d’extraire un échantillon de données non erronées, en extrayant les vrais fans donnant leur véritable âge des autres. La question numéro 2 et la question numéro 3 permettent d’éliminer les parents ou la personne venue accompagner un véritable fan. La question numéro 1 et la question numéro 4 permettent de connaître le véritable âge du sondé. Il est très simple de mentir sur son âge, mais lorsque l’on nous demande notre date de naissance la réponse est automatique. Effectivement, lors de ce sondage, 1,3% des sondés ont menti sur leur âge dont 0,9% l’ayant augmenté. Concernant la question du nombre de « vrais fans » présents dans le public, 13,6% des sondés étaient venus en tant qu’accompagnateurs, dont 11,9% se disant non-fans de Melissa Lacoste. En reconsidérant ces données, voici les résultats concernant les taux de classes d’âges calculés sur la totalité des fans de Melissa Lacoste présent lors de ces trois concerts : avec 78,3%, les 17-25 ans sont en plus grand nombre dans ce public, avec une majorité à 43,5% de jeunes âgés de 21 ans.

Viennent ensuite les 13-16 ans avec 15,6%. Puis les 2633 ans avec 4,2%, et enfin les 34-47 ans sont présents avec 1,9%. Patrice Quarteron a donc pu établir que le public de Melissa Lacoste se composait essentiellement d’adolescents et de jeunes adultes. Le troisième dispositif d’enquête de Patrice Quarteron s’appuie sur l’analyse des ventes de disques de Melissa Lacoste. Ces données permettent d’établir une cartographie du lieu de résidence de chaque acheteur en dégageant les villes dans lesquelles ils sont le plus nombreux. Quarteron a basé son enquête sur l’unique album de Melissa Lacoste, Gadji en Or sorti en juillet 2016. Les données exploitées par le sociologue sont celles de la semaine suivant sa sortie. Durant cette semaine, Gadji en Or s’est vendu à 51 497 exemplaires dont 30 625 ventes physiques et 20 832 ventes digitales. Il est vendu au prix unique de 9,99€ pour les deux formats. Sur ces 51 497 ventes, 36 226 soit 70,59% ont été effectuées en France dont 68,72% en France Métropolitaine. Ce chiffre conséquent s’explique tout d’abord par le fait que Melissa Lacoste, vient elle-même de ce pays. De plus ses paroles étant en français, il est plus probable qu’elle soit écoutée par des francophones. Les 15 271 restantes sont réalisées tout d’abord pour 9 380 d’entre elles soit 61,4% dans les pays voisins de la France Métropolitaine avec une majorité en Belgique (37%), Suisse (25%), Allemagne (23%) et Angleterre (13%). Puis 20,9% soit 3 199 des ventes ont été faites depuis les pays du Maghreb : Maroc (73,6%), Algérie (18,4%) et Tunisie (6%). Dans les 2 692 restantes, les ÉtatsUnis sont majoritaires avec 73,3% soit 1 973 ventes, avec une majorité dans les Etats

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de Californie (48,3%) et de Floride (39,1%). Les 1,4% restants représentant 719 ventes sont divisés dans le reste du monde avec une majorité pour le Japon (31,7%). Quarteron a décidé de s’intéresser plus particulièrement aux villes à fortes affluences afin d’en extraire celles dans lesquelles Melissa Lacoste était la plus populaire. Grâce aux informations bancaires fournies par les acheteurs lors de la transaction, une cartographie a été élaborée. En France Métropolitaine les départements de Paris, Bouches-du-Rhône et Gironde sont majoritaires avec une dominante dans les villes de Marseille (36,1%), Paris (27,9%) et Bordeaux (13,4%). Dans les autres pays les villes dominantes sont Bruxelles (49,6%), Genève (36,8%), Berlin (39,2%) et Londres (41,9%). Viennent ensuite le Maghreb avec les villes de Marrakech (41,2%), Alger (51,2%) et Tunis (61,8%). Enfin il y a les villes de Los Angeles (28,4%), Miami (22,9%) et Tokyo (62,3%). Afin d’établir le profil type d’un fan de Melissa Lacoste, Quarteron a réuni toutes les données récoltées au cours de cette enquête afin d’en dégager les caractéristiques de sexe, d’âge et de ville de résidence dominantes. Selon cette étude, un fan de Melissa Lacoste est à 64,8% une femme, à 78,3% âgée entre 17 et 25 ans dont 66% de probabilité d’avoir 21 ans, et à 68,72% résidant en France Métropolitaine, avec 36,1% de probabilité de vivre à Marseille. Le fan-type de Melissa Lacoste se révèle donc être : une jeune femme âgée de 21 ans et résidant à Marseille. Ce profil n’est pas sans en rappeler un autre: il correspond en tous points à Melissa Lacoste, elle-même marseillaise et âgée de 21 ans à l’époque de l’enquête.


DM reรงu sur Instagram Melissa Lacoste Officiel 1 mars 2017

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skyrock

Q

ue sa musique touche ou non, Melissa Lacoste est l’artiste la plus écoutée en France en 2016. Malgré de rares apparitions télé, elle peut se targuer d’enchaîner les disques d’or et de s’être fait une place de choix dans le paysage du rap français. Mais pas assez, visiblement, pour gagner le respect des médias. Réduite au statut de chanteuse pour ados, la rappeuse marseillaise ne bénéficie pas du même traitement médiatique que ses concurrents jugés plus «  intellectuels  » (Orelsan, Kery James ou plus anciennement, Oxmo Puccino et MC Solaar). Mais le cas Melissa Lacoste reste toutefois symptomatique d’un mépris plus général, conscient ou non, de nombreux médias français envers les rappeurs et surtout les rappeuses. Le journaliste du site Les Jours, Sophian Fanen, auteur du livre Boulevard du Stream, explique: «  On aime ou on n’aime pas, mais Melissa Lacoste est un personnage hyper intéressant. Ne serait-ce qu’en termes de business et de communication. Elle a compris, instinctivement, ce qui marchait. Mais les médias parisiens préfèrent parler de ses échecs plutôt que de sa musique. La majorité d’entre eux n’ont d’ailleurs jamais écouté un seul de ses sons.  » «  Il y a une réelle distorsion entre la place du rap dans la société française et sa couverture médiatique  », assure Sophian Fanen. Spécialiste du mouvement hip-hop, Olivier Cachin explique lui que la plupart des médias associent encore le rap à une «  sous-culture générée par des irresponsables décérébrés  ». S’il s’est initialement construit comme une contre-culture dans les ghettos noirs américains, le genre est aujourd’hui une culture dominante en France, où il règne en maître sur les plateformes de streaming. L’ex-directeur de Skyrock et auteur du livre Le Rap est la musique préférée des Français (2016), Laurent Bouneau explique : «   Ses influences, références, codes, rythmes, sons et attitudes ont infiltré toutes les couches de la société.   »


culture

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Malgré tout, la culture hip-hop reste liée, dans l’imaginaire collectif, aux classes populaires. Et plus particulièrement aux banlieues. Dans certains sites ou publications, elle est encore davantage traitée sous le mode du faits divers que de la rubrique culture. Pour Olivier Cachin, les idées reçues ne touchent pas uniquement la musique en elle-même, mais sont avant tout symptomatiques d’une fracture sociale : «  Le mépris de classe qui entoure le rap est un corollaire du mépris qui frappe les milieux populaires, bien sûr  ». Depuis ses débuts, le rap n’a cessé de se diversifier dans ses sonorités comme dans ses textes, et de toucher alors d’autres milieux. «  Dans cette discipline, on trouve désormais une palette très large de talents et de styles  », assure Olivier Cachin. Le traitement médiatique du rap, lui, n’a pas évolué au même rythme. Et n’a fait que nourrir le ressentiment des rappeurs à l’égard des journalistes. Un désamour mutuel entretenu par le goût de certains médias pour les contenus choc, comme la violence véhiculée dans le rap. Une violence que revendiquent ensuite, souvent par provocation, certains artistes. Ainsi, rares sont les médias grand public qui s’intéressent actuellement à la nouvelle scène du rap francophone qui propose pourtant une immense diversité artistique. Le premier album de Melissa Lacoste,  Gadji en Or , a connu un immense succès populaire. Combien de chaînes de télé ou de journaux en ont (réellement) parlé ? Presque zéro. Pourtant ses titres «  Selfie en Wiko  », «  Terma sur Tmax  » et «  G-star Kho  » ont battu des records de longévité en top des charts français. Et le fait d’être une femme n’arrange en rien l’affaire. Alors que ses entêtants singles connaissent un incroyable retentissement dans la culture populaire française, elle n’est que rarement mentionnée dans les médias.


Capture d’écran du Snapchat Aynine OMG 2017

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Je fais pas du rap conscient. Je veux pas que mes fans tombent en dépression en étant focus sur leur galère, mais qu’ils pensent à autre chose. Je parle d’amour, de rêves et surtout d’argent. Si quand j’raconte ma vie t’as l’impression que je rappe la tienne : j’ai tout gagné. Dans la lignée de Booba, Niska et Kaaris en version gadji. Depuis que Diam’s a arrêté le rap en 20101, le game féminin est mort. Plus aucune meuf ne perce vraiment. Y’a de la place que pour les gars. Pourtant pleins de go essayent mais le problème c’est qu’elles se font décrédibiliser en 2-2 par les soi-disant fans de rap. En vrai, je parle des mêmes trucs qu’elles, mais elles sont trop restées dans le r’n’b féminin des années 2000. Une période où la banlieusarde était sur le trône dans le domaine de la musique urbaine. Avant les rappeurs français invitaient des chanteuses de r’n’b pour faire leur refrain. La partie rap c’était pour le mec et la go devait chanter en montant dans les aigus. Après avoir fait un feat, certaines perçaient et sortaient leur propres morceaux tirant plus vers le rap que le r’n’b. En faisant des featurings, les rappeurs donnaient masse de visibilité à ces nouvelles rappeuses qui pouvaient prétendre à une certaine notoriété dans le milieu du rap français. Mais depuis qu’ils se sont mis à l’auto-tune, ils font leurs morceaux en solo. Les couplets rappés et les refrains peuvent être chantés sans être faux grâce à la correction. Les rappeurs ne font donc plus appel à elles et les médias spécialisés ne leur donnent presque plus aucune visibilité. Le blem c’est sûrement qu’elles sont mal entourées. À leurs côtés y’a que des mecs qui font rien pour elles voire qui niquent leur carrière. Exemple récent : la rappeuse Lyna Mahyem devait sortir son premier album LM en 2017, sortie qui a été annulée sans raison par son ancien producteur.

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Une des solutions est de travailler en indépendant mais encore une fois, personne veut te mettre en avant, y’en a que pour les mecs. Si tu veux pas qu’on nique tes projets, tes propos et ton image faut que tu gères tout et toute seule, de la production à la promotion. Je me méfie de tout le monde. J’ai toujours travaillé toute seule, pour n’importe quel projet. Jamais de la vie je laisse mon projet dans les mains de quelqu’un d’autre. Musical ou autre.

Logo du collectif de musique Rai’n’b Fever 2004

Avant que je rentre dans le game, il y avait déjà quelques meufs qui essayaient de percer, avec déjà une bonne fanbase. Aynine, Lylia Dollz, Eva Guess2 ... elles ont toutes commencé de la même façon. C’est presque impossible qu’une fille réussisse en sortant son propre son, alors elles commencent toutes par ce qu’elles appellent des remix de rappeurs français. Jul, L’Algérino, Lartiste, PNL, Booba... Ça leur permet de récupérer quelques uns de leurs fans et de lancer leur carrière. C’est la technique la plus réputée dans le rap français féminin, avec plus ou moins de succès à la clé. Si Lyna Mayhem n’a jamais été contactée par Booba après sa reprise de «   92i Veyron   » qui a pourtant fait le buzz avec presque 40 millions de vues sur Youtube, d’autres ont réussi à se faire repérer par les artistes ré-interprétés. Après avoir remixé «   Elle te balade   » et «   Tchikita  », la rappeuse Aynine s’est vue proposer une collaboration sur un featuring avec Jul. Perso, j’ai préféré ne pas me lancer dans les covers. La plupart du temps tu te fais juste clasher par les internautes sous prétexte que tu sais rien faire à part utiliser des sons déjà existants et qui ont bien marché. Je voulais prouver que je pouvais y arriver toute seule, avec mon propre son et mes propres paroles, sans être associée ou assimilée à qui que ce soit. Je voulais que les gens me découvrent avec mon propre projet, et que les fans m’aiment pour ce que je suis et ce que je fais.

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Un processus mené en solo de A à Z. C’est la meilleure solution que j’ai trouvée pour être sûre d’aller au bout de mes idées quitte à ce que ça ne me plaise pas au final. Mis à part Allah, j’ai confiance qu’en moi. Et j’aime me dire que c’est en travaillant comme ça que j’en suis arrivée ici aujourd’hui. J’veux pas qu’on m’explique, j’veux aucune aide, j’ai pas peur de finir solo2. Si je réussis, je peux être fière de moi, et si j’échoue je peux m’en prendre qu’à moi-même. Des manageurs, des agents, des bookeurs, nombreux ont voulu travailler pour moi, mais je n’ai jamais donné suite. Des propositions pour signer sur un label, pareil. Il faut pas oublier que ce qui intéresse ces gars c’est l’argent qu’ils peuvent se faire sur ton dos. En plus de les payer, ils prennent un pourcentage sur n’importe quelle vente. Même délire qu’avec la vente de pièces via des galeries. Et si tu veux être sûr de toucher la totalité de l’argent qui t’es dû, tu dois tout faire toute seule.

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À la fin de sa tournée « Sos », Diam’s publie un message sur sa page Facebook expliquant qu’elle se retire de la musique. «  J’ai juste eu besoin de retrouver une vie normale loin des strass et des paillettes et de rester auprès de ma famille.  » Elle sortira par la suite les livres Diam’s Autobiographie et Mélanie, française et musulmane dans lesquels elle explique en détail cette décision ainsi que sa conversion à l’Islam.En novembre 2017, elle crée sa propre marque de papeterie MelbyMel dans laquelle elle proprose des agendas et des notebooks.

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Ces rappeuses font ce que l’on appelle des remix et non des covers. Elles reprennent les paroles originales, et les modifient afin d’inverser les statuts homme dominant/femme dominée très présente dans le rap, et remplacent également les termes vulgaires afin de hlelifier (rendre hlel, licite) le son.

De la production à la transaction, en passant par la communication, je me suis rodée pour tout gérer en solo. Dès que j’ai eu besoin de faire telle ou telle chose, je me suis renseignée et j’ai appris comment faire. Que ce soit pour la musique, pour la réalisation et la post-production des clips, pour la scéno des concerts, le HMC sur les shootings, la communication sur les réseaux, les bookings et les relations presse, j’ai tout appris et appliqué pour mener mes projets à fond. J’ai même dû me faire passer pour Karim, l’agent de Melissa Lacoste, pour pouvoir conclure certains deals. Quand j’ai commencé, je répondais en mon nom avec mon adresse pro et je me suis vite rendue compte que j’étais pas vraiment prise au sérieux. En me créant une fausse adresse mail et un faux statut d’agent, les négociations étaient de suite plus sérieuses. Que ce soit dans l’art ou dans la musique, j’ai appris à m’adapter à la personne à qui je parlais, pour avoir ce que je voulais.

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Mélanie Georgiades Diam’s


Nike Air Max Tn Royal Bleu/Jaune Fluo 2016


La tenue que je saigne le plus c’est mon survêtement Olympique de Marseille. Contrefaçon Adidas achetée 60 euros à Porte de Clignancourt. En vrai, y’a pas un jour sans que je sois en survêt. Lacoste, Yamaha, Nike, Adidas, Reebok, peu importe tant qu’il est beau. Y’a rien de mieux qu’un ensemble de survêt. En vrai c’est juste que c’est le best outfit au monde. Tu peux courir quand tu te fais courser. Faire crari j’fais du sport alors que pas du tout. Bref, tu peux feinter en toute situation. Par contre crois pas que je te parle des joggings gris dégueulasses que tu mets le dimanche pour faire le ménage. J’te parle d’une lourde pièce. Avec le logo de la marque visible de fou surtout, faut qu’on capte que t’as mis de l’argent dedans. Le but c’est pas de ressembler à une clocharde. Les best c’est les trainings de foot. L’équipe je m’en fous, je les veux tous. Apparemment c’est la hchouma de pas choisir une équipe de cœur mais même Jul assume qu’il s’en bat les reins1. À 30 ans j’veux la plus grande collection d’ensembles de trainings de foot au monde. La coupe est resserrée vers la cheville, une révolution. Fini les ourlets dégueulasses ou le jogg’ dans les chaussettes avec l’effet zehma sarouel à la Aladdin.

À la base les trainings c’est pour les mecs. Genre à Go Sport c’est toujours au rayon gars, mais franchement sur une meuf y’a rien de plus beau qu’un jogging bien coupé. On m’a jamais réellement fait chier pour ça à part quand j’allais à des showcases dans des clubs. «  Tenue correcte exigée  », t’as bien compris ce que ça voulait dire. En mode robe et talons. Je finissais pieds nus sur les canap’ après même pas une heure. Le genre de boîte dont je parle, c’est les clubs où le public est majoritairement constitué de banlieusards qui eux aussi sont H24 en survêt-Tn mais sortent le costard trois pièces avec chaussures italiennes à bouts pointus pour faire les beaux en carré VIP. Y’a pas meilleur duo que le survêt-Tn. Adidas ou Nike, y’a pas de combat. Pour les fringues ce sera toujours Adidas, mais alors pour les baskets c’est Nike sans hésiter. Je sais pas c’est quoi leur secret mais putain c’est les paires les plus confortables que la Terre ait connue. 2016. Les requins2 tu les vois partout. Nike a  décidé de lui enlever sa réputation en créant des modèles couleurs pastels pour attirer toutes les gamines de Neuilly. Tout le monde en porte. Ça va passer j’espère. Mais moi, même à la maison de retraite, je serais en Tn.

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Toutes ces gosses de riches qui demandent à leurs parents de leur acheter une paire à 130 balles parce que c’est stylé, je les crame sur Youtube. J’suis H24 à matter les vidéos des Youtubeuses mode et beauté, mais crois pas que je claque mon Crous à Sephora. Par la grâce d’Allah j’ai une assez belle gueule sans trop d’imperfections, faut juste que je ramène ça au level-up. Sourcils dessinés et lèvres glossées, rien de plus. Faut pas oublier qu’y’a des gens qui me regardent constamment. Je veux pas ressembler à R non plus. Faut que je me pimpe un peu si j’veux garder mes fans. Make-up vite fait, et chevelure de frappe. Le meilleur ami des rebeux c’est le fer à lisser. Bien chaud, qui fume quand il te crame les cha3r. J’veux des cheveux longs, lisses et brillants. C’est addictif de fou. Dès que tu te vois avec les cheveux lisses tu te kiffes tellement que tu commences à détester tes cheveux naturels. Le sheitan est dans le détail. Quand t’as des millions de personnes qui te matent faut que tu sois au top. Déjà pour toi, parce que c’est la hchouma si t’es dégueu. Mais pour eux aussi, faut les respecter un peu. Ongles, manucure. Quand je suis sur scène, mic en main, le premier truc qu’on voit c’est mes ongles. Autant te dire que je rate jamais mon RDV chez l’asiat’ qui me fait la french. 35 balles la pose. Booba a son diamant noir sur la Rolex, moi je les ai sur mes ongles mais aussi sur ma gueule. Crois pas que je veux être Keny Arkana, je suis la bimbo du ghetto. Même si je me sape comme un gadjo, j’veux être une frappe. Un avion de chasse. Belle gueule et p’tit strass pour briller en toutes circonstances. 2 achetés = 1 gratuit. J’te fais la razzia en 2-2 chez Claire’s. Piercing de nez, diamants studs, strass dentaire, créoles scintillantes. J’te prends tout ce qui brille et j’suis Leila Bekhti sous Swarovski.

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«  J’mets survêt’ du Réal à celui de Rennes  ». Jul, «  Dans la légende  » , 2015. Il nous dit ici qu’il peut porter le survêtement du Real Madrid (grand club européen) comme celui de Rennes (équipe moyenne française) et montre ainsi son respect pour toutes les équipes de foot. On comprend donc qu’il apprécie tout simplement le football et kiffe s’habiller en survet’ pour être à l’aise. 2

Seuls les vrais savent ce que sont les « requins », surnom donné au modèle Tn de Nike. La première paire de Tn sortie en 1998 trouva très vite ce nom, grâce à sa forme allongée et sa couleur bleue rappelant la gueule d’un requin.

Slim Fit Training Football Officiel de l’équipe de Thaïlande

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Skyblog Houssam 115 2009

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Mes locos, en croco Mes locos, en croco Charlie, Delta, Commando Charlie, Delta, Commando Charlie, Delta, Commando Charlie, Delta, Commando

Lacoste a toujours eu le seum d’être assimilé aux «  racailles  ». Ils essayent même de faire genre c’est qu’un mythe en mettant que des modèles babtous sur le site, mais la vérité on sait très bien qui achète du Lacoste en masse. Le crocodile, ça fait des années qu’il n’est plus associé au stade Roland Garros mais bien aux city-stades. En même temps, à quoi ils pensaient en sortant des ensembles de survêts ? Même si la marque a du mal à se l’avouer, les vrais clients de Lacoste ne sont pas ceux qu’ils aimeraient. Enfin clients, quand on veut du Lacoste pour pas cher on va pas à la boutique officielle. À 210 balles l’ensemble, on va bien attendre que les Chinois fassent le job. Ça se trouve c’est leur technique marketing, zehma on met un prix de fou comme ça ils achètent pas. À Clicli1 c’est 25 euros l’ensemble, presque dix fois moins cher, tu vas pas nous arrêter comme ça. Après, je dis pas, y’en a plein qui achètent du vrai chez Lacoste parce que c’est quand même de la bonne qualité et que c’est bien fait. Même moi j’ai déjà hésité à m’acheter un vrai ensemble pendant les soldes, mais j’ai vite repris mes esprits. Le vrai souci chez Lacoste, c’est qu’ils arrivent pas à accepter le truc et à passer à autre chose. Ça les fait grave chier que ce soit les banlieusards qui font leur image parce qu’ils perdent des clients privilégiés.

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En mars 2017 la marque a fait un pas en avant en collaborant avec Suprême. Un bon bail marketing. Ils font des pièces sportswear portées par un mannequin type méditérannéen, tout en gardant des prix élevés pour pas niquer leur image prêt-à-porter haut de gamme. Même si c’était grave cher, la collab a été sold-out en 2-2. Ils ont dû capter qu’en faisant ça, leurs ventes et leur chiffre d’affaires avaient explosé. Fallait que je profite du buzz. Maintenant que j’étais en mode influenceuse j’avais plus qu’à demander. Ce que je voulais c’était très simple : je redesigne le croco, on le brode sur des polos blancs classiques et on fait un défilé dans les quartiers nord avec des vrais gars de là-bas. La vérité, j’étais pas sereine. J’ai enchaîné les rdv avec Felipe Olivera Baptista pendant grave de mois. Il était chaud pour la collection mais pas le défilé. Il disait que c’était trop focus sur les banlieusards. Ça le faisait chier et il voulait pas s’afficher devant ses clients et niquer sa réput’. Au final on s’est dit que ce serait une collab’ privée qui ne devrait pas être médiatisée. Fallait pas communiquer dessus, c’est tout. J’ai fait genre la meuf un peu saoulée parce qu’on était en mode négo, mais en vrai j’étais saucée de ouf. Pour une fois que les bails privés c’était pas pour les riches. J’ai designé deux logos : un avec le drapeau du Maroc, un avec le drapeau de l’Algérie. Maghreb United, mais sans la Tunisie, parce que je suis pas une tounsi et de toutes façons ils sont pas aussi nationalistes que nous2. Lacoste avait déjà décliné leur logo pour la collection capsule «  Polo Croco Flag  » pour les JO 2012, avec une dizaine de nations différentes. Bizarrement, ni le Maroc, ni l’Algérie n’avaient été représentés. Maintenant c’est fait. Les logos créés, les polos brodés. Un défilé sur le parking d’Édouard Vaillant avec des gars de Félix Pyat et des Iris. Les 500 pièces sold-out en moins d’une semaine.

Bien sûr j’ai fait de l’argent, je vais pas mentir. Mais mon principal kiff c’était de savoir qui portait mes sapes et c’était pas les modeux de Paris. Et vu que la mode s’en bat les couilles des gens d’en bas, même si elle adore leur voler leur codes pour revendre à prix d’or, pour une fois l’exclusivité leur était offerte. En scred, j’espère même qu’un jour les gens seront au courant et qu’y’aura un marché noir. S’ils peuvent se faire de la thune sur mon dos, tant mieux.

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De nombreux revendeurs de contrefaçons ont ouvert des boutiques et des stands aux Puces de Clignancourt, situées à l’arrêt de métro Porte de Clignancourt à Paris, proposant aux passants divers vêtements et accessoires de grandes marques contrefaites à des prix aux rabais. On y trouve de très bonnes affaires, la qualité étant A+, soit très bonne. On peut par exemple s’offrir une paire d’Airmax à 20 euros ou encore un sac à main Louis Vuitton pour seuleument 30 euros.

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Contrairement aux Tunisiens, les Marocains et les Algériens sont connus pour être très fiers de leur pays et n’hésitent pas à le faire savoir que ce soit en brandissant leurs drapeaux lors de cortèges de BMW pour un mariage ou en sortant dans les rues à chaque victoire de l’équipe de sport nationale ; comme le 11 novembre 2017 dans les rues de Bruxelles à la suite de la qualification du Maroc pour la Coupe du Monde 2018.

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crédit mini, plagiat maxi Un mois seulement après la sortie de son album Gadji en Or, Melissa Lacoste débuta sa tournée européenne. Après le Dôme de Marseille, c’est à Paris au Zénith de la Villette que l’artiste se représenta. Le concert touchait à sa fin quand les réseaux sociaux ont commencé à s’enflammer. La cause : un problème technique survenu durant « SMIC 18K ». Des spectateurs ont pu capturer cet instant et l’ont immédiatement partagé sur la toile. Sur la dizaine de vidéos, on peut apercevoir Melissa Lacoste sur scène, chantant le dernier couplet du morceau, lorsque l’instrumentale s’interrompt laissant la rappeuse poursuivre a capella. Mais ce n’est pas tout, au même moment l’auto-tune de l’artiste s’arrête brusquement durant quelques secondes. La rappeuse ne se laisse pas déstabiliser et poursuit, avec sa voix non-retouchée, devant plus de 6000 personnes. Si l’incident n’a pas semblé gêner le public qui a continué à profiter du concert, il a fourni aux détracteurs de Melissa Lacoste un nouvel argument pour la décrédibiliser. L’utilisation de l’auto-tune est pourtant très courant dans le milieu du rap et il est souvent confondu à tort avec le vocoder. En effet, le vocoder est un dispositif électronique qui permet de modifier sa voix en un son synthétique la rendant proche d’un son robotique. L’auto-tune, lui, est un outil qui sert à corriger la tonalité d’une voix et donc à l’harmoniser.

Le fait que Melissa Lacoste utilise cette technique et que cela soit révélé aux yeux et surtout aux oreilles de tous apparaissait donc pour certains comme une escroquerie. Si des personnes considèrent l’auto-tune comme un outil qui permet à des amateurs de pouvoir entrer dans le monde de la musique sans être dotés d’une voix de cristal, pour d’autres il n’est rien d’autre qu’un gadget, une supercherie. C’est pourquoi le succès de Melissa Lacoste, comme d’autres artistes tel que Jul ou encore PNL, a été remis en question par beaucoup: experts, puristes ou simples auditeurs ne comprennent pas comment une personne qui ne sait pas chanter peut être reconnue, adulée et proclamée chanteuse. Mais ce n’est pas le seul bémol venu entacher le succès de l’album Gadji en Or et de son interprète. En effet, lors de sa sortie, l’album bat tous les records que ce soit en termes de vues, d’écoutes ou de ventes. L’artiste a également remporté une dizaine de récompenses sur l’année 2017 en plus de la certification de disque de diamant. Pourtant, un peu moins d’un an après sa sortie, l’album est retiré des ventes et des plateformes de streaming. Après une incompréhension totale que ce soit chez les fans ou sur les sites spécialisés, l’artiste finira par s’exprimer sur le sujet. C’est sur sa page officielle Facebook qu’elle explique avoir «   décidé d’arrêter la diffusion de

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l’album suite à des problèmes juridiques au niveau des instrus   ». Il se trouve que les instrumentales utilisées par l’artiste sont disponibles sur la chaîne Youtube d’un certain Rjacks Prod et qu’elles ont été mises en ligne bien avant la sortie de Gadji en Or. Ce sont ce que l’on appelle dans le milieu des type-beats, soit des «  beats à la manière de  ». L’utilisation de type-beats s’est démocratisée dans le domaine du rap français, notamment grâce à des artistes comme PNL. Le groupe n’a jamais acheté ses instrumentales et s’est retrouvé à plusieurs reprises dans des complications judiciaires pour plagiat. Leur clip «  Tchiki Tchiki  » a d’ailleurs été supprimé de Youtube seulement quatre heures après sa mise en ligne. Des internautes se sont donc chargés d’analyser les morceaux de Melissa Lacoste afin de découvrir d’où venaient réellement les instrumentales qu’elle utilisait. Melissa Lacoste n’a jamais mentionné le nom de son beatmaker et sur son album, on ne trouve qu’un seul et unique crédit: son nom à elle. Pourtant, lorsqu’un artiste commande ou achète une instrumentale déjà réalisée, il se doit de créditer le beatmaker en question. Le terme utilisé pour désigner cette pratique n’est autre que le plagiat. Or, d’un point de vue juridique le mot plagiat n’existe pas, il est défini comme un type de « contrefaçon ».


Rappelons que la « contrefaçon  » est un domaine de prédilection chez l’artiste qui s’est à plusieurs reprises autoproclamée « collectionneuse officielle de fake  » ou encore «  princesse de l’import chinese  », postant également des milliers de photos sur lesquelles elle exhibe ses multiples pièces d’imitation de grands créateurs. Dans les marchés aux puces installés en ZUS, des centaines de produits contrefaits trouvent leur place ainsi que leurs acheteurs. Des produits venant d’Asie, le plus souvent importés via des pays du Maghreb. Ici la contrefaçon fait partie du paysage et devient donc une banalité pour des consommateurs qui oublient souvent que ces achats les mettent dans l’illégalité. Dans ce contexte, il est donc très simple, mais non excusable, pour une personne de ne plus avoir la notion de propriété intellectuelle. Après avoir fait face à de nombreuses accusations de plagiat, le procès de Melissa Lacoste s’ouvre en octobre 2017. L’artiste n’ayant pas pris ces accusations au sérieux et ne s’étant pas préparée à une procédure judiciaire, elle doit accepter en dernier recours un avocat commis d’office, Me Eboué. La défense s’est retrouvée face à une partie civile représentée par l’expert en propriété intellectuelle Me Wagner, une situation qui annonçait avant même que le procès ne débute un délibéré en faveur de Mr Mohamed Slimani connu sous le nom de RJacks Prodz. Durant six jours, les jurés ont dû analyser onze chansons interprétées par Melissa Lacoste et présentes sur l’album Gadji en Or, en parallèle avec les instrumentales créées par le beat-maker RJacks Prodz afin d’en dégager les similitudes. La cour et le jury se sont très vite rendus compte que Melissa Lacoste avait uti-

lisé les instrumentales sans les modifier tout en prenant soin de supprimer le tag du beatmaker ( signature vocale nommant le créateur ). Face à cette évidence, la rappeuse a tenté en vain de se défendre au nom des ressemblances récurrentes au sein de ce genre musical, expliquant que «  RJacks Prodz n’avait rien inventé  » et qu’il devait «  arrêter de se prendre pour Dj Khaled  », n’hésitant pas par la même occasion à insulter son avocat Me Eboué le désignant comme «  un vieux gadjo incapable, qui capte rien au rap  ». Des réflexions et une attitude qui se sont très rapidement retournées contre elle, l’artiste ayant été rappelée à l’ordre à de nombreuses reprises par le juge d’instruction et perdant toute crédibilité aux yeux de la cour et des jurés. En plus de l’arrêt de la mise en vente de l’album ordonné par l’avocat général à la demande de la partie civile, Melissa Lacoste doit faire face à des dommages et intérêts représentant une somme colossale avoisinant les 1 500 000 euros. Il est donc certain que l’artiste, en plus de perdre les recettes de son album, devra s’endetter afin de s’acquitter de ces intérêts. Un préjudice financier qui, on l’imagine, pourrait courir à sa perte et mettre définitivement fin à sa carrière.

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Capture d’écran Snapchat Melissa Lacoste 2017

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Concert Melissa Lacoste Orange VĂŠlodrome, Marseille 16 mars 2017


Je me suis acheté que des beaux trainings pour aller au procès. Crois pas que je t’ai sorti la robe et les talons, je reste moi-même jusqu’au bout. Je me suis retrouvé avec un clochard qui devait prendre ma défense, en deux semaines le mec il a juste dit «  bonjour  » et «  au revoir  ». Je sais même pas comment je me suis retrouvée là. Normalement quand t’es connu tu payes et t’es tranquille. Je crois c’est que dans les films, en vrai. Ils ont essayé de m’allumer, et je pouvais rien dire. Dès que je l’ouvrais on me disait que c’était pas mon tour et qu’il fallait que j’attende l’autorisation. Comment tu veux te défendre quand on te laisse même pas parler ? Ils disaient que j’avais volé les beats d’un mec sur Youtube. Bah déjà, tu mets tes prods sur Youtube et tu penses que personne va les prendre ? Tout le monde fait ça sans que personne ne dise rien, et là, parce que c’est moi, on me traîne en justice. Je vais pas mentir, ouais j’ai pris ses instrus, mais fallait pas qu’il les mette sur Internet aussi. En vrai, ils m’ont demandé tellement de thunes, j’étais choquée. J’ai demandé à faire appel, apparement c’était refusé. Je pense juste que l’autre con avait la flemme de retravailler sur l’affaire. Mais s’ils pensent qu’ils ont niqué ma carrière juste parce qu’on me demande du flouz, ils sont ouf.

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De la jalousie, rien que d’la jalousie. On te descend pour monter. T’as d’l’argent, t’es connu et tout ce qu’on peut te prendre, on te le prend. J’me suis faite descendre dans les médias, parce qu’ils kiffent donner leur avis khene : Melissa respecte rien, elle fait la go, elle a pris la grosse tête... J’étais ancienne pauvre et nouvelle riche, maintenant je suis nouvelle pauvre, et c’est la même. Croyezpas que j’me suis acheté la villa à Miami et que je roule en Ferrari1 (j’ai pas le permis donc c’est vite reglé), j’ai gardé le même style de vie et je vais pas tomber en depression juste parce que je peux plus ‘akl des kebabs tous les jours. J’suis toujours au quartier et j’y resterai toute ma vie. J’ai connu la hess, je sais ce que c’est, et je peux y retourner sans problème. Je vais me retirer du monde de la musique un petit moment, et continuer dans l’art contemporain. Je peux faire ce que je veux, et personne ne viendra me faire chier pour des histoires de plagiat ou j’sais pas quoi2. Mais je reviendrai, les fans m’attendent. Y’a des gens qui ont commencé à retourner leur veste sur les réseaux, mais je sais que la team est là et qu’elle me soutient quoiqu’il arrive. C’est les fans qui font la carrière et tant qu’ils ont confiance en toi, tu peux tout faire. Avec la force des fans, tu peux aller loin.

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«  À l’heure où je te parle j’suis peut-être à Miami, accompagné d’un 90 D à bord d’ma Ferrari  ». Booba, «  Garcimore  », 2007. Elie Yaffa aka Booba est orginiaire de Boulogne-Billancourt mais s’est très rapidement installé à Miami après avoir percé dans le rap-game. Sur les réseaux-sociaux, il affiche fièrement sa vie de rappeur riche en publiant des photos de voitures de luxe ou encore de ses bijoux à plusieurs carats.

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L’artiste Richard Prince s’est sorti d’affaire à trois reprises lors de procès à son encontre pour plagiat (Prince vs Patrick Cariou, Prince vs Dennis Morris et Prince vs Donald Graham). À chaque délibéré, le jury lui a donné raison au nom du fair use (variante américaine du droit de citation), remettant ainsi en question la notion de propriété intellectuelle et de droit d’auteur dans le domaine de l’art contemporain.

Yeah, j’suis dans mon jacuzzi, t’es dans ta jalousie Jalou-jalousie, jalou-jalousie J’reste dans mon jacuzzi, reste dans ta jalousie Jalou-jalousie, jalou-jalou-jalousie Les rageux parlent, on appelle ça d’la jalousie Les haineux parlent, on appelle ça d’la jalou-jalousie Tu portes l’oeil , on appelle ça d’la jalousie Laisse, laisse-les parler, jalou-jalou-jalousie

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Je suis venue, j’ai vu, j’ai tout niqué et les jaloux se sont réveillés. J’ai toujours été toute seule depuis mes débuts. Pas d’équipe, pas d’amis, pas de famille. Personne pour me conseiller, me stopper quand il le fallait. J’me suis lancée direct sans me poser des questions. Alors oui, j’ai fait une connerie. Et je me cherche pas d’excuses ou quoi, mais je pensais pas que ça finirait comme ça. J’suis ficha pour la vie, je pourrais plus rien sortir sans qu’on me tombe dessus. J’ai perdu tout mon putain de fric avec cette connerie mais aussi la confiance de tous. J’ai perdu mes partenariats et surtout j’y ai laissé mes fans. Quand on te descend partout, y’a plus rien à faire. Et encore une fois, j’étais toute seule pour affronter ça. C’était un risque à prendre. J’ai tout niqué, putain. Les mecs qui me clashent maintenant c’est les mêmes qui s’ambiançaient sur mes sons et disaient que j’étais la princesse du rap français. Pourquoi vous retournez votre veste comme ça ? Assumez que j’ai eu le trône, la gloire et que j’ai mérité tout ça.

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BIBLIOGRAPHIE DISCOGRAPHIE OUVRAGES

ARTICLES

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vidéos

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Bourouissa, Mohamed vidéo « All in » 2013, 4m09 https://vimeo.com/60086888

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Hiridjee, Vina ; Monet, Diego reportage pour Tracks, Arte « Mohamed Bourouissa artiste et fossoyeur » 30/11/2013, 5m45 https://www.youtube.com/watch?v=78cm0YpKcz0

Mouren, Léo « Les type beats : musique fast-food ou art de la contrefaçon? » in Les Inrocks, 14.06.2017 http://www.lesinrocks.com/2017/06/14/musique/ les-type-beats-musique-fast-food-ou-art-du-lowcoast-11953334/

Jamison, Thomas; Leach, Alec reportage pour Highsnobiety « Counterfeit Culture. Seoul: A Look Inside Korea’s Fake Fashion World » 2017, 15m49 https://www.youtube.com/watch?v=BALbGfjjsbc

Pillaut, Théophile « Le rap français, mal aimé des médias » in Les Inrocks, 20.12.2010 http://www.lesinrocks.com/2010/12/20/medias/presse/ le-rap-francais-mal-aime-des-medias-1122163/

Kassovitz, Mathieu long-métrage La Haine 1995, 1h38 voir notamment la séquence montrant un vernissage: https://www.youtube.com/watch?v=vdWCD9sISls

Prugneau, Pierre « Le maillot de foot thaïlandais, la tendance de l’été» in L’Équipe, 24.07.2016 https://www.lequipe.fr/Football/Actualites/Le-maillotde-foot-thailandais-la-tendance-de-l-ete/709317 Ravier, Thomas A. « Booba ou le démon des images » in Nouvelle Revue Française, N°567, octobre 2003 Seabrook, John « Inside Rihanna » in Audimat, N°2, juin 2014 Shkyd « Écrire des tubes à l’ère de Snapchat» in Yard, 24.10.2017 yard.media/ecrire-tubes-a-lere-snapchat/ Sqalli, Mohamed « Et si on laissait enfin les artistes arabes raconter euxmêmes leur(s) histoire(s)? » in Medium, 29.06.2017 https://medium.com/@mohamedsqalli/et-sion-laissait-enfin-les-artistes-arabes-raconter-euxm%C3%AAme-leur-s-histoire-s-24eabad165a7

Kamerameha vidéo-clip pour PNL « Tchiki Tchiki » 2016, 4m13 https://vimeo.com/212496165 Papatheodorou, Émilie reportage pour Clique, Canal + « La culture chicha » 29/10/2017, 6m33 https://www.youtube.com/watch?v=hTHtQc4l_uk Thomas, William vidéo-clip pour Niska « Réseaux » 2017, 3m30 https://www.youtube.com/watch?v=tul6zYBp9tA Weatherford, Ashley reportage pour The Cut « Long-nail goddesses » 29.09.2017, 2m42 https://www.thecut.com/2017/09/video-the-long-nailgoddesses-of-newark-new-jersey.html

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MUSIQUES Aynine « Il te balade » OMG MUSIC, 2016 « Toto Riina » OMG MUSIC, 2017 Booba « Illégal » paru sur l’album 0.9 Tallac Records, 2008 « Garcimore » paru sur l’album Autopsie Vol.2 Tallac Records, 2007 « Rolex » ft. Gato Da Bato « RTC » parus sur l’album Futur Tallac Records, 2012 Jul « Dans la légende » paru sur l’album My World D’Or et de Platine, 2015 « Sors le cross volé » paru sur l’album Dans ma paranoïa Liga One Industry, 2014

Melissa Lacoste « G-star Kho » « Larmes 2 Miskina » « Selfie en Wiko » « Terma sur Tmax » parus sur l’album Gadji en Or Miss Kina Records, 2016 Niska « J’suis dans l’truc » paru sur l’album Zifukoro Capitol Music France, 2016 → citation p.4) « Réseaux » paru sur l’album Commando Capitol, 2017 PNL  « Le monde ou rien » paru sur l’album Le monde chico QLF Records, 2015 Sch « 6.45i » paru sur l’album Deo Favente Capitol Music France, 2017

Kalash ft. Booba « Rouge et bleu » paru sur l’album Kaos Capitol Music France, 2017 Kenza Farah Authentik Up Above, 2007 Karismatik  Jive/Epic, 2014 Lacrim « Oh bah oui » ft. Booba paru sur l’album Force et honneur Def Jam Recordings France, 2017 « Je danse » ft. Brasco paru sur l’album Né pour mourir 13ème Art Music, 2013 Lafouine « À bout de bras » paru sur l’album Drôle de parcours Jive/Epic, 2013 « Jalousie » ft. Fababy, Six Coups MC & Leck paru sur l’album Banlieue Sale, 2011 → citation p.56 Lyna Mahyem « 92i Veyron (Remix Booba) » 2016 LM 2017 Melissa M « Benthi » ft. Khaled paru sur l’album Avec tout mon amour Warner Music France, 2007

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Achevé d’imprimer à l’EBABX en décembre 2017


Melissa Lacoste : De la barrette de shit au Zénith  

Sara Sadik : Master's Thesis

Melissa Lacoste : De la barrette de shit au Zénith  

Sara Sadik : Master's Thesis

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