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COURS DE JEAN-FRANÇOIS FAYET SEANCE 11 : LA GUERRE FROIDE

: III/I I I : L A LENTE SORTIE DE LA GUERRE FROIDE (1953-1991) A. L A COEXISTENCE PACIF IQUE ET L ’EQUIL IBRE DE LA (1953-1962)

TERREUR

1) Une coexistence forcée (1953-1956) a) DU COTE SOVIETIQUE : Retour à une direction collégiale : le Présidium du CC (l’ancien BP) dix membres : dont Malenkov, Beria, Molotov, Khrouchtchev, Boulganine et Kaganovitch. Beria est éliminé en 1953, Malenkov en 1955. Avec Khrouchtchev (1953-64) la coexistence pacifique cesse d’être un état de fait imposé de l’extérieur pour devenir l’objectif central du Kremlin. Les causes : —L’équilibre de la terreur —Sentiment de sécurité soviétique : possession de la bombe A (1949), de la bombe H (en 53), et bientôt de vecteurs intercontinentaux (Superbombardiers, fusées) —Profiter de la paix pour que l’économie soviétique dépasse celle des Etats-Unis en 1980. Cela implique : —Renonciation à l’usage des armes pour faire progresser la révolution —Renonciation à l’idée d’une guerre inévitable. —Renonciation à la propagande en faveur de la révolution mondiale au profit de la lutte pour la Paix. Pas un abandon des objectifs de la révolution mondiale, mais un report dans un lointain futur. b) Du côté américain : La rupture est moins marquée. Le secrétaire d’Etat Foster Dulles (roll back) Le président républicain Eisenhower containment renforcé. Cette politique est complétée —par l’adoption d’une nouvelle doctrine stratégique : les REPRESAILLES MASSIVES —par la constitution d’un réseau serré de traités impliquant une 50aine d’Etat (l’OTASE en 1954, le pacte de Bagdad 1955) —par le recours à la CIA (Allen Dulles) : Mossadegh en 1953, Arbenz en 1954 c) Le dégel, des signes multiples : —Accord soviétique à la nomination de Dag Hammarskjöld au secrétariat de l’ONU —Conférence préalable à la fondation de la future agence internationale de l’énergie nucléaire installée en Vienne en 57 —Armistice en Corée, (53) paix en Indochine (54). —Traité de paix avec l’Autriche, paraphrasé par tous les vainqueurs (mai 55). COURS DE JEAN-FRANÇOIS FAYET

2 2) Une coexistence pacifique parsemée de crises : 1956-1962 a) Les révoltes dans les démocraties populaires. Réconciliation de l’URSS avec la Yougoslavie de Tito (dès 1953) Le Rapport Khrouchtchev au XXe congrès du PCUS (février 1956) favorise les tendances polycentristes dans les démocraties populaires. Des origines communes : brutalité de la collectivisation, dureté des conditions de vie des ouvriers, persistance de structures traditionnelles (église, …) et d’un fort sentiment national. Contestation polonaise : insurrection ouvrière de juin 1956 à Poznan puis Plénum du CC


d’octobre lors duquel les partisans de la ligne dure sont écartés au profit de communistes nationaux (Gomulka) Hongrie : gouvernement formé par Imre Nagy, annonce d’élections libres, neutralité de la Hongrie et sortie du Pacte de Varsovie, intervention soviétique soutenue par Kadar. b) La seconde crise de Berlin : la construction du mur de Berlin (août 1961) Plus de 3 millions d’Allemands de l’Est sont déjà passés à l’Ouest depuis 1945 Le 13 août 1961, la RDA construit un mur autour de Berlin-Ouest c) La crise des fusées : 1959 : renversement du dictateur pro-américain Batista par les guérilleros de Fidel Castro. 1961 : débarquement manqué de la Baie des Cochons 1962 : installation à Cuba de rampes de lancement soviétique, Discours télévisé de Kennedy du 22 octobre 1962 : blocus de l’Ile. Les Soviétiques reculent et renoncent à installer des missiles à Cuba en échange de la promesse américaine de ne plus tenter d’envahir Cuba et du retrait de missiles américains en Turquie.

B. L A DETENTE (1963-1979) Crise des missiles, Le docteur Folamour film de Stanley Kubrick, 1963 Accords dans le domaine nucléaire et mise en place du “téléphone rouge” “Adversaires-partenaires” 1) Les stratégies de la détente a) Du côté soviétique : Prolongement de la coexistence pacifique, mais en essayant de tirer les leçons des échecs : — sur le plan économique, les objectifs de Khrouchtchev semble inatteignables —sur le plan extérieur : isolement et perte d’influence des PC occidentaux, relance de la course aux armements par Kennedy sous prétexte du “missile gap”. Le temps ne joue pas forcément en faveur du camp socialiste, affaibli par les tensions sinosoviétiques. XXIIIe congrès du PCUS (1966) la direction brejnévienne accepte de jouer le jeu de la détente avec les Américains. Leurs objectifs : —des relations privilégiées et égalitaires avec les Etats-Unis —la reconnaissance du droit à la parité stratégique, pas seulement le statut quo —la reconnaissance du statut quo territorial de l’URSS et des Démocraties populaires —la coopération économique et l’intensification des échanges avec l’Ouest. COURS DE JEAN-FRANÇOIS FAYET

3 b) Du côté américain L. Johnson de 1963-68, puis Nixon et son secrétaire d’Etat Kissinger Relatif déclin des Etats-Unis révélé et accentué par la guerre du Vietnam. « Purger la politique extérieure américaine de tout sentimentalisme » Kissinger Nixon et Kissinger acceptent la “coexistence avec le diable” (l’URSS) si celui-ci accepte de modérer sa conduite. Les Etats-Unis vont jouer sur la rivalité sino-soviétique (voyage de Nixon en Chine en 1972) et les échanges économiques et technologiques avec l’URSS (thèse dite de la convergence). 2) Les principales manifestations de la détente a) Limitation des armements (pas le désarmement): 1963 : TRAITE DE MOSCOU interdisant les essais nucléaires autres que souterrains. 1968 : TRAITE DE NON-PROLIFERATION NUCLEAIRE.


1972 et 1979 : LES ACCORDS SALT (I et II) sur la limitation des armes stratégiques. b) L’Ostpolitik de Willy Brandt (1969 à 1973) -L’adhésion de la RFA au traité de non-prolifération (1970) -La reconnaissance des frontières orientales de l’Allemagne (ligne Oder-Neisse, 1970) -La garantie du libre accès à Berlin-ouest par l’URSS (1971). -La reconnaissance diplomatique de la RDA par la RFA et réciproquement (1972) -Leur adhésion à l’ONU (1973) -L’établissement de contacts entre les populations est- et ouest- allemandes. c) Les accords d’Helsinki : l’apogée de la détente Projet d’origine soviétique (Déclaration Molotov, 1954) 1973 : Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE), 33 Etats européens 1975 : les accords d’Helsinki : — l’inviolabilité des frontières et la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat. — la coopération entre Etats (économie, science, technique...) — les droits de l’homme, des formules vagues sans engagement précis. 3) Les limites de la détente : a) Des interprétations différentes de la détente. Alors que du côté américain la détente repose sur désarmement idéologique et le maintien du statu quo, chacun renonçant à obtenir des avantages unilatéraux, de leur côté les Soviétiques n’entendent renoncer ni à la compétition idéologique, ni à faire avancer leurs positions dans des zones n’ayant pas fait l’objet d’un partage explicite. b) Des conflits périphériques multiples : — Conflits dans la péninsule indienne (guerre du Cachemire en 1965, puis guerre du Bengladesh) —le conflit israélo-palestinien (guerre des six jours de juin 1967 et guerre du Kippour) qui permettent aux Soviétiques de faire une percée spectaculaire dans la région — l’interminable conflit vietnamien : accords de paix signés en 1973, unification du Vietnam au profit des communistes en 1975. COURS DE JEAN-FRANÇOIS FAYET

4 —En Afrique : l’URSS soutient directement ou par le biais de Cuba les mouvements de libération marxistes des anciennes colonies portugaises du Mozambique et de l'Angola (le MPLA), la prise de pouvoir du colonel Mengistu en Ethiopie. —En Amérique latine : arrivée au pouvoir des sandinistes au Nicaragua. Les Occidentaux ont l’impression d’avoir été dupé.

C. L A F IN — INATTEND UE — DE

LA GUERRE FROIDE

(1979-1991)

1) U N NOUVEAU CLIMAT DE GUERRE FROIDE (1979-1987) a) L’invasion soviétique de l’Afghanistan en décembre 1979 b) La crise des euromissiles L’URSS a installé au début des années 1980 des missiles SS 20 Reagan : installation en Europe de l’Ouest de fusées Pershing II et de missiles de croisière, Initiative de Défense Stratégique (IDS) : protéger le territoire américain en détruisant en vol, grâce à un réseau de canons à lasers placés sur orbite, tous les missiles provenant des bases de l'adversaire. c) Le nouveau “containment” l’administration Reagan : EN AMERIQUE LATINE, le plan Reagan de 1982 : soutien militaire et financier aux Etats en lutte contre le communisme : Au Nicaragua : la “Contra”, débarquement américain dans l’Ile de la Grenade, en EN ASIE : soutien politiquement et militairement aux dictatures en Thaïlande, aux Philippines, en Corée du Sud et au Pakistan.


Absence de sommets internationaux et boycott des J.O. (Moscou 1980, Los Angeles 1984) 2) D E LA PERESTROÏKA A L ’AUTODISSOLUT ION DU BLOC COMMUN ISTE (19871991) a) La Perestroïka de Gorbatchev : a1. Les causes Décès de 3 secrétaires généraux successifs en 4 ans : Brejnev, Andropov, Tchernenko —Crise économique : stagnation économique, recul du niveau de vie, corruption généralisée —Crise sociale : baisse de l’espérance de vie, alcoolisme, violences urbaines —Crise politique : le vieillissement des cadres —Crise militaire : enlisement en Afghanistan —Crise morale : montée en force la dissidence (Andreï Sakharov 1980) —Crise écologique : assèchement de la Mer d’Aral et accident de Tchernobyl en 1986. a.2. Le projet : La Perestroïka = restructuration de l’économie La Glasnost : “rendre public ce qui doit l’être”. XXVIIIème Congrès du PCUS (juillet 1990) : fin du monopole du parti communiste Valse des indépendances des Républiques soviétiques Coup d’Etat d’août 1991 (Ianaev, vice-président de l’URSS nommé par Gorbatchev) Décembre 1991, fin de l’URSS (déclaration de Minsk) : quinze nouveaux pays. b) Les révolutions de 1989 La Pologne en 1989, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Roumanie, la Bulgarie et la RDA, réunifiée à la RFA avec l’accord de l’URSS en octobre 1990.


Essai