Page 1

LE FLEUVE ET LA VILLE DE PARIS A SHANGHAI

Directrice d’étude: Mme Bonneau Emmanuelle Etudiante: Mlle Boulet Sara MASTER 1 UPEPT Année: 2016/2017





2


REMERCIEMENTS

Je tiens à exprimer toute ma gratitude à ma professeur Emmanuelle Bonneau ma directrice d’étude sur ce mémoire - pour m’avoir apporté ses conseils et ses connaissances, son aide ainsi que pour sa disponibilité et son investissement afin de mener à bien l’écriture de ce travail.

Je me dois aussi de remercier toute l’équipe de l’Agence Ter pour m’avoir accueilli dans leur grande famille et pour m’avoir fait confiance afin de les aider à réaliser les projets à Shanghaï. Je remercie tout particulièrement Namgyel Hubert qui sans hésitation a répondu à mes questions pour avancer dans mes recherches. Merci pour son soutien et ses conseils au cours de ce stage, qui m’ont permis d’en apprendre beaucoup sur les métiers de l’urbanisme et du paysage.
 
 Je souhaite aussi remercier Mingli Huan pour sa patience, qui malgré son travail d’intermédiaire sur tous les projets chinois, a toujours répondu à mes interrogations pour que je puisse avancer dans ma réflexion et acquérir de nouvelles compétences.

Merci à mes parents et à toutes ceux et celles qui ont contribué, de près ou de loin, à l’écriture de ce mémoire. 


3


SOMMAIRE

Remerciements

03

Introduction

06

I // L’eau : créatrice de vi(ll)es


09

1.1 - L’évolution des villes et des usages de l’eau : entre orient et occident

10

• les usages de l'eau à travers l’histoire

11

• l’eau comme élément structurant du projet urbain

14

1.2 - Le paysage de l’eau, fondateur et révélateur du paysage urbain

17

• les traditions culturelles liées à l’eau

18

• approche symbolique et poétique du paysage chinois

21

1.3 - Les enjeux liés à l’eau dans l’aménagement urbain

24

• l’eau, matrice de biodiversité

25

• la conception d’un paysage intégré dans nos villes

28

II // L’Agence TER : la singularité d’une démarche conceptuelle

31

2.1 - Une approche paysagère du projet urbain

32

• la construction d’une philosophie du paysage

32

• concevoir des espaces publics vivables grâce à l’eau

35

2.2 - Compréhension du territoire dans sa globalité à travers l’eau

38

• quelle lecture paysagère pour penser le projet urbain ?

38

• composer avec les éléments naturels

41 4


2.3 - L’importance d’une approche transversale

44

• regard sur les stratifications paysagères

44

• le partage des cultures : outils de compréhension des enjeux

47

III // Shanghai et Paris : un échange culturel pour un projet international

50

3.1 - Mise en oeuvre de la démarche de projet en Chine

51

• le contexte oriental dans la fabrication du projet urbain

51

• la notion du temps

54

3.2 - Adresser la ville à son fleuve

57

• une mégapole chinoise déconnectée de son fleuve

57

• requalification de 21 km de berges

59

3.3 - Le paysage urbain de demain : vers une approche sensible commune ?

63

• conserver les traditions dans un monde d’uniformité

63

• processus de construction des « villes de l’eau »

66

Conclusion

69

Bibliographie

72

Annexes

75

5


INTRODUCTION

Sept milliards et demi d’êtres humains, le multi-culturalisme et le dérèglement climatique sont autant de sujets qui poussent aujourd’hui à réfléchir sur le rôle de l’urbanisme au XXIème siècle. Et demain ? L’humanité est menacée par l’effondrement des écosystèmes et de sa biodiversité. C’est dans une approche pluridisciplinaire que l’aménagement urbain est susceptible d’intervenir pour assurer aux générations futures un avenir durable. Le rapport à l’environnement qui nous entoure est en constante évolution et tend à devenir primordial pour construire les villes de demain.

Depuis plusieurs décennies, les territoires anthropisés - urbanisme et espaces paysagers - génèrent de nombreux impacts sur la ressource en eau et la gestion de celle-ci. Avec l’accroissement démographique que connaît notre planète et les activités économiques qui se développent, nos territoires sont soumis à de fortes pressions, consommant de plus en plus d’espaces. Aussi, sa prise en compte dans les documents d’aménagement urbain est de plus en plus intégrée1. En effet, l’appropriation de cette question est régie par l’augmentation des fréquences d’inondations, l’augmentation du risque de pollution, le risque quantitatif de la ressource en eau potable de qualité, la destruction des zones humides ou encore la détérioration des cours d’eau. L’eau fonde l’identité de la ville et la philosophie de son action - y compris dans la création d’un paysage urbain - qui assemble être ville et nature2 . L’eau est aujourd’hui considérée comme une composante majeure du cadre et de la qualité de vie que peut offrir un territoire. Les relations entre eau et urbanisme sont étroitement liées depuis l’émergence des civilisations dans les vallées des grands fleuves. La Chine est entrée dans une ère de « dégradation de l’eau  » liée aux activités humaines - qu’il s’agisse de pollution, de gaspillage en milieu rural et urbain ou de

Voir en annexes les documents d'urbanisme qui prennent en compte les problématiques de l'eau et la préservation de cette ressource 1

L'association « ville-nature » est employé dans de nombreux livres de l’agence Ter et d’autres paysagistes comme Michel Corajoud qui fait partie des influences qui ont fondées la philosophie de l’agence Ter 2

6


dégradation écologique fluviale3 . Plus tôt, on parlait souvent de la pénurie de l’eau, de sa qualité, de l’accès aux ressources de l’eau de surface et des nappes souterraines. A cette « pénurie », s’ajoute désormais en parallèle, la dégradation de la biodiversité. Lieu d’habitat de la faune et la flore aquatique, soit l’eau est polluée, soit l’écosystème est devenu pratiquement inexistant. La capacité de renouvellement naturel de cet écosystème fragilisé est radicalement en baisse, tout comme les cultures qui lui sont propres, comme la pisciculture. Les réservoirs d’eau sont désormais transformés en réservoirs et perdent leur propre vitalité. Pour sensibiliser l’opinion publique concernant les problématiques de l’eau, les autorités compétentes du pays ont décidé d’agir, notamment à Shanghaï4. Dans la peinture et l’art du paysage chinois, montagne et eau forment un couple inséparable. Veines irriguant le paysage chinois, âme donnant vivacité et mouvement au jardin français, l’eau apparaît dans les deux cultures comme mouvante. C’est l’élément primordial qui creuse, sculpte, nourrit et rassemble les Hommes sur ses berges pour leur procurer plaisir, détente et beauté. L’eau constitue l’un des fondements les plus importants de la culture traditionnelle chinoise. C’est dans un projet de requalification urbaine et paysagère en plein coeur de Shanghaï que la principale mission de mon stage s’est déroulée. Un linéaire de 21km de berges - le long du fleuve Hangpu devient le théâtre de nouveaux usages tournés vers le cadre de vie et sa qualité environnementale. L’exercice ici, était de réconcilier Shanghaï et son fleuve pour que cette ville puisse retrouver son contexte. C’était un travail particulièrement intéressant, d’une part parce qu’il est situé dans l’un des pays le plus peuplé et le plus pollué du monde et d’autre part parce qu’il y a une grande réflexion sur l’intégration du paysage dans le projet d’espaces publics. La participation à la conception de ce projet est une véritable confrontation aux problématiques actuelles. L’Agence TER agit sur la transformation des espaces au regard du contexte de l’intervention dans toute sa complexité. 3

Informations recueillies sur le site : www.rfi.fr/contenu/20091214-leau-chine-ressource-gaspillee-mal-geree

Nous verrons au cours de ce travail le projet de requalification de 21km de berges en plein coeur de la mégapole shanghaïenne. Les lauréats de ce concours - l'équipe de l'agence Ter - ont conçu une grande partie des nouveaux espaces publics le long du fleuve Hangpu. 4

7


C’est lors d’un stage au sein de l’Agence TER que j’ai pu me rendre compte de l’importance de la valeur paysagère pour mener à bien un projet urbain. « Le paysagiste ne travaille donc pas seul mais avec le temps, le climat, et tous les aléas du dehors et du vivant ». Cette phrase extraite du livre « Le paysage c’est l’endroit où le ciel et la terre se touchent  » de Michel Corajoud, résume parfaitement le pouvoir du paysage dans la conception de nos villes. L’équipe de l’agence m’a donné l’opportunité d’expérimenter sa démarche qui vise à « révéler la ville par le paysage ». C’est à travers une philosophie de «  Landscape Urbanism  »5 que l’équipe de Henri Bava, de Olivier Philippe et de Michel Hoessler a fabriqué ses propres outils de compréhension territoriale. C’est dans une approche paysagère et transversale que l’agence permet l’adaptation de la biodiversité dans l’urbanisation et donne une attention particulière au vivant et au temps. Cette démarche vise à anticiper les conflits d’usages et permettre une conception pérenne de nos lieux de vies. Le « Landscape Urbanism » répond à une mise en scène de la nature en ville dans le but de créer des espaces publics qui accueillent les dynamiques naturelles. Ce mouvement défini le végétal comme vecteur du projet, l’eau comme matrice de biodiversité au coeur de la conception de la ville avec une vision d’ensemble sur le territoire.


Quelle place occupe l’eau dans le processus de fabrication des villes à travers le paysage ? Shanghaï : comment la mégapole modifie son rapport au fleuve pour devenir une ville internationale agréable sans perdre les traditions chinoises ?

C’est donc dans cette réflexion que j’introduirai mon propos par la question de l’eau en tant que créatrice de nos villes et de nos vies. Enfin, avant de terminer en évoquant la conception d’un projet international à Shanghaï, mon discours portera sur les enseignements d’une expérience de stage au sein de l’Agence TER pour en découvrir la singularité de sa démarche.


5

Au cours de ce travail, il conviendra de s'intéresser à l'origine de ce terme dans la pratique du paysage.

8


I L’eau : créatrice de vi(ll)es

9


Dans ce chapitre, il conviendra de s’intéresser aux multiples visages de l’eau, créatrice de nos vie comme de nos villes. Deux cultures seront abordées : la culture occidentale avec le cas de Paris et la culture orientale avec l’étude de Shanghaï. Aussi, le paysage de l’eau sera traité dans cette partie afin de démontrer son pouvoir fondateur et révélateur des paysages urbains. Il s’agira ici d’approfondir l’approche symbolique et poétique du paysage chinois, entre montagne et eau. Enfin, avant de prendre connaissance des apports d’une expérience de stage à l’Agence Ter et de sa philosophie, il conviendra de s’intéresser aux enjeux liées à l’eau dans l’aménagement urbain. Plus particulièrement à la biodiversité que génère l’eau et à la conception d’un paysage intégré.

1.1 - L’eau et l’évolution des villes : entre orient et occident

Le cheminement de l’eau jusque dans les centres urbains, la maîtrise des inondations, les questions de la salubrité sont depuis des siècles à l’origine de la réalisation d’infrastructures majeures. L’eau est considérée comme nécessaire au développement des territoires, mais cette perception s’est longtemps limitée à la vision utilitariste d’un élément que nous nous devions de contrôler et de maitriser pour mieux le consommer. Récemment, au regard de cette histoire, une approche plus intégrée nous amène à considérer l’eau comme une composante essentielle du territoire. D’un bien de consommation, grâce à la prise de conscience de la fragilité de cette ressource, l’eau devient progressivement un facteur de qualité de vie, d’attractivité du territoire et de bien-être. Les liens entre eau et urbanisme se sont progressivement renforcés. La gestion et l’usage de l’eau ne doit plus être perçue par les urbanistes et paysagistes comme une contrainte, mais comme un enjeu majeur de développement. L’eau est d’ailleurs souvent un atout : protéger les ressources, c’est tout simplement rendre possible le développement et c’est aussi conforter les services qu’offrent les milieux aquatiques. A travers sa linéarité, le fleuve qui traverse une ville, se doit d’intégrer pleinement l’ensemble urbain qui l’habite. Le statut de l’eau a changé au fil du temps à la manière d’un éternel recommencement. 10


Quelles sont les traditions culturelles liées à l’eau ? Quelle évolution du statut de l’eau dans la ville au fil des siècles en orient et en occident ?

• Les usages de l’eau à travers l’histoire

Dans cette étude, un voyage entre orient et occident va permettre d’illustrer les transformations d’usages de nos berges. C’est plus précisément à Paris et à Shanghaï que cette comparaison va s’opérer afin de comprendre deux regards bien distincts sur la façon d’aborder la notion de « paysage  » et la manière de se l’approprier pour donner naissance à des espaces publics.

« La Seine est une entité complexe, un système de systèmes dont les logiques se côtoient et se superposent dans un espace fini, tout particulièrement dans Paris où elle est bordée de puissants quais. Les occupations se déploient dans cet espace en fonction d’arbitrages qui évoluent selon les époques. Au siècle dernier ils ont été favorables aux flux, notamment ceux des véhicules. A l’aune des récentes appropriations dont la Seine est l’objet, il est nécessaire de rééquilibrer les usages et d’en concevoir de nouveaux. » Atelier Parisien d’Urbanisme

C’est dans l’ouvrage de l’Atelier Parisien d’Urbanisme6 que la compréhension des relations entre Paris et son fleuve apparaissent plus claires. Au fil des siècles, les changements d’usages ont fait de la Seine un « terrain de jeu  » pour les urbanistes comme pour les parisiens.

Paris est une ville touristique ancienne qui se compose d’un patrimoine culturel immense. Elle est traversée en son centre par un axe fluvial : la Seine. Ce fleuve fait l’objet d’une réflexion importante en termes de requalification urbaine. La métropole parisienne est appréciée car elle offre une diversité de dimensions : son patrimoine, ses 6

Atelier Parisien d’Urbanisme. Paris, métropole sur Seine. éd. Textuel, 2010

11


habitants, sa gastronomie, sans oublier ses berges. Cette ville aux multiples visages tente de répondre aujourd’hui à une attente de plus en plus grande : celle d’un espace public plus praticable et agréable, où le lien social et le cadre de vie dominerait l’omniprésence de l’automobile. C’est donc comme beaucoup d’autres villes, que Paris se tourne de nouveau vers son fleuve qui détient un fort potentiel. Outre le fait d’être un espace naturel humide, traversant la capitale d’est en ouest, la Seine véhicule une image forte d’un espace à la fois puissant et agréable qui offre un paysage ouvert et tranquille. La Seine offre aujourd’hui un trio d’attractivité : patrimoine, modernité et évènementiel.

Commençons d’abord par son histoire et l’évolution de ses usages. Au XIXème siècle, le fleuve apparaît comme un facteur de productivité (transports, déchets, nourriture…). Les transports de commerces et de nourritures, vont alors conditionner les aménagements de berges. Peu à peu, les quais adoptent des chemins de halage et des pavés descendant en pente douce dans le fleuve. Les marchandises sont débarquées des bateaux sur des charrettes amenés le plus loin possible dans le lit du fleuve avec l’aide de passerelles en bois. A cette époque, l’animation est permanente, autant sur les rives que dans l’eau. De nombreux évènements s’y déroulent, les habitants se baignent et profitent de l’ambiance que génère la Seine. Le fleuve devient, en terme de ravitaillement de la capitale, le plus pratique, économique et rapide. Le long de la Seine parisienne, de nombreux matériaux de construction sont vendus comme le bois. Son marché flottant quant à lui, propose du charbon de bois et de terre, du foin, des pierres à plâtre et des bûches. En face de l’île Saint-Louis, quai des Celestins, les céréales, le blé, l’orge, l’avoine et les farines sont mis en sacs pour être commercialisés. La Seine est la principale ressource en eau. Lorsqu’elle n’est pas livrée à domicile et filtrée, elle est bue à même les fontaines. Cependant, le fleuve sert également de fosse et déchetterie, ou encore d’abreuvoir pour les cheveux. au milieu du XIXème siècle, les rues de Paris ont encore une allure de Moyen-Âge et se présentent sombres étroites et insalubres. L’empereur Louis-Napoléon Bonaparte va alors décider de faire de Paris une ville référence en terme d’hygiène et d’urbanisme moderne. Haussman commence les Grands Travaux de Paris à travers son obsession de la ligne droite et de l’esthétique du 12


rationnel. Avec près de quarante milles ouvriers, dix-sept ans de travaux et l’équivalent de vingt-cinq milliards d’euros aujourd’hui, Napoléon III ordonne une reconstruction de Paris pour en donner l’image d’une capitale moderne. Dans le but d’améliorer l’hygiène, il emménage un certains nombre de parcs et jardins, dessine les Grandes Avenues et pense la construction des égouts de Paris7 .

Paris, 1930. Photographe indépendant

Paris, 1963. Unjourdeplusaparis.com

Au XXème siècle, les parisiens s’éloignent peu à peu de leur fleuve au profit d’un espace qui se technicise. En effet, si la Seine est, de manière évidente, en plein coeur des espaces topographiques et géographiques de la ville parisienne, il en est autrement pour son insertion dans le paysage sensible et économique de la capitale. L’éloignement progressif de la Seine de Paris, semble être pour les spécialistes, la

Dans son ouvrage « Paris, capitale du XIX ème siècle », Walter Benjamin entreprend un constat sur les travaux réalisés à partir des propositions du Baron George-Eugène Haussman. 7

13


conséquences de nombreux conflits d’usages entre les acteurs sociaux. On note alors une relative indifférence des parisiens vis à vis des berges. Mais petit à petit, la Seine va connaître alors un nouveau cycle de valorisation touristique et esthétique. Les urbanistes doivent alors concilier trois types d’intérêts : la vie traditionnelle, la majesté du décor et les besoins modernes de l’industries. C’est à partir des années 1930 que le développement des services de chemins de fers et le développement des routes, va entraîner la perte progressive du trafic fluvial. Jusqu’à la fin des années 1970, c’est le monopole de l’automobile qui va prendre le dessus sur l’aménagement urbain et de ses berges.

« En définitive, de ces anciens régimes du fleuve ressort le fait que la ville et son fleuve ont été marqués et indissociablement liés par le travail avec tout un ensemble d’implications sociales, qui s’accordaient à une ville radicalement différente du Paris d’aujourd’hui, comme en témoigne Albert Guérard8 : La Seine nourricière et propice au négoce est la raison d’être de Paris ; et Paris, à son tour, transformant le fleuve à son usage et à son image, l’a sacré municipal et historique ». Atelier Parisien d’Urbanisme

• L’eau comme élément structurant du projet urbain

Les fleuves et les villes possèdent un lien particulier et ancestral. L’existence des fleuves a souvent conditionné la présence humaine et le développement urbain et économique d’un territoire. Mais si ils ont toujours étaient une source d’échanges commerciaux, de ressources domestiques, d’activités artisanales, industrielles et touristiques ou encore de transports, les fleuves ont aussi longtemps représenté une source de danger - inondations, pollution - et de nuisances.

Albert Guérard (1880-1959) est un historien français. Diplômé en lettres de l’Ecole normale supérieure de SaintCloud, agrégé d’anglais, il enseigna aux Etats-Unis au Williams College de l’Université de Californie et à l’Institut Rice de Stantford. Il a notamment écrit « L’avenir de Paris » en 1929 qui fait référence à l’urbanisme français et américain, à la beauté de Paris en danger,, ses extensions, sa circulation, son industrie et la Charte du Grand Paris. 8

14


La disparition progressive de l’attractivité économique portuaire au fil des décennies, a laissé comme héritage aux villes modernes, des friches industrielles, des réseaux fluviaux recouverts ou disparus, des éléments et des lieux oubliés et délaissés en plein centre-ville. Que ce soit les quais, les rampes, les grues, les hangars et les usines désaffectées, ces sites ont un fort enjeu aujourd’hui au regard de la « reconquête urbaine. Ces renouvellements urbains sont soumis par les politiques publiques, à travers une véritable attente des citadins en mal d’espaces naturels. Entre les années 1970 et 2000, la Seine va connaître un important programme de restauration et d’embellissement, suivi d’une ouverture progressive du fleuve aux promeneurs. En effet, en 1991, le site de la Seine est classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

« La Mairie de Paris inaugure son parc rives de Seine. (…) Des terrains de pétanque, des buvettes, des jeux pour enfants, des parcours de santé et des pelouses. Là où passaient les voitures il y a un peu plus d’un an, poussent aujourd’hui des aménagements destinées à la balade à pied ou à vélo. Du tunnel des Tuileries à la sortie du tunnel Henri IV, ce parc est long de 3,3km pour une surface de 8 hectares. »9


Afin de préserver les qualités et les atouts de ce linéaire, des prescriptions sont élaborées par l’APUR - Agence parisienne d’urbanisme - pour la mise en valeur des berges de la Seine. Tout au long de son parcours, le fleuve est d’abord un milieu naturel avant d’être un espace public.

La Mairie de Paris a montré ici une réelle volonté d’améliorer le cadre de vie mais également la qualité de vie des parisiens. Lorsque vous êtes en plein coeur d’une ville dont la composante principale est son fleuve, la proximité avec les berges est un atout majeur. Au delà de cette proximité avec l’eau, il est question ici de rapprocher les

Propos recueillis sur le site : https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/pollution/le-parc-rives-de-seineinaugure-ce-dimanche-a-paris_111874 9

15


citadins de la nature. Inconsciemment ou pas, cette relation à l’environnement naturel est un élément majeur dans le développement du bien-être de l’Homme10. Nombreux débats ont éclatés lors de la mise en place de ce projet de reconquête des berges de la Seine parisienne. En effet, la première inquiétude des parisiens motorisés, était celle d’une circulation encombrée. Cependant, la réalité nous démontre aujourd’hui que le comportement des habitants et la circulation s’adaptent aux changements. L’exemple de Bordeaux ou Lyon, soulève des inquiétudes similaires qui ont finalement abouties à une amélioration de la qualité de vie - qualité de l’air et des espaces publics - dans ces métropoles.

« Les berges de Seine rive droite piétonnières visent à devenir un lieu majeur pour le rayonnement, l’attractivité et l’identité de Paris, et un nouvel espace public de 4,5 hectares améliorant la qualité de vie des habitants dans le respect du classement au patrimoine mondial de l’UNESCO de ce site.11

Photographies récupérées sur les site figaro.fr et paris.fr

Nous le verrons un peu plus tard dans ce mémoire : la rapport à la nature est une composante essentielle au bon développement de la santé humaine. En effet, la ré-introduction de la nature en ville est devenue une problématique majeure pour les urbanistes et paysagistes de demain, car c’est une réalité qui a été trop souvent oubliée. Nous verrons plus particulièrement l’influence positive de la philosophie chinoise, plus particulièrement le Feng Shui. 10

Propos recueillis sur le site : https://www.paris.fr/berges
 Il s’agit ici d’une étude sur la piétonnisation des berges qui démontre la pertinence de ce projet 11

16


Des externalités positives sont déjà visibles. En effet la Seine présente un bilan très positif en matière de qualité de vie et d’écologie12 : • diminution en moyenne de 15% de dioxyde d’azote sur le site • développement rapide de la biodiversité, notamment sur l’archipel de jardins flottants • reports de circulations maîtrisés • forte diminution - de jour comme de nuit - des niveaux de bruit sur les berges au niveau du quai (10 dB en moyenne)

On constate finalement que malgré les nombreuses inquiétudes des citoyens de Paris, les aménagement urbains sont aujourd’hui indispensables dans le processus de l’amélioration de la qualité de vie. Le fleuve en ville est un élément à prendre en compte tout particulièrement car il est source de biodiversité, de cadre de vie naturel et apaisant en ville, mais aussi d’attractivité. La ville de Paris compte poursuivre ce travail de piétonnisation des berges, pour démontrer la pertinence de ce projet dans la lutte contre la pollution, l’amélioration de la qualité de vie mais aussi l’attractivité et l’identité de Paris.

1.2 - Le paysage de l’eau, fondateur et révélateur du paysage urbain

Peu a peu, le monde occidental a développé le modèle rationnel de planification. En terme d’aménagement, cela se traduit par la construction rationnelle et globale. Petit à petit, cette nouvelle façon de penser l’urbanisme va s’installer en tant que dominante de la planification urbaine. Accompagnée par l’apogée d’une société de consommation, la révolution industrielle et son obsession du progrès, ce modèle va aussi être adopté en Chine par les nationalistes qui mènent alors une politique de modernisation des villes. La tradition philosophique chinoise avec le confucianisme et le taoïsme correspond à l’influence la plus ancienne, toutefois l’Occident est aussi une source d’inspiration pour les théories et les pratiques de la planification. 12

Etude menée par la ville de Paris avec l’aide notamment de Airparif et Bruitparif

17


• Les traditions culturelles liées à l’eau

« Dans notre langue, ainsi que dans beaucoup d’autres, le mot «  paysage  » désigne à la fois les choses de l’environnement et la représentation de ces choses. On parlera par exemple des paysages de la Picardie ou du Trièves, comme on parlera d’un paysage de Monet ou de Vlaminck. Or il y a entre ces deux acceptions du terme «  paysage  » une différence essentielle : dans la première, celle du paysage grandeur nature, il s’agit de la réalité au premier degré, telle qu’elle apparaît directement à nos sens ; mais dans la seconde acception, le paysage est une image, une représentation des choses en leur absence. Qu’est ce qui nous fonde à parler dans les deux cas de paysage ? L’usage, bien sûr. » Augustin Berque 13

La mégapole de Shanghaï est initialement un immense marécage. A l’origine, c’était un petit village de pêcheurs et de tisserands. Ce port modeste n’était pas promis à un pareil développement urbain. De part sa position stratégique, Shanghaï est très rapidement devenue un centre économique important. La ville s’est développée dans le milieu deltaïque du bas Yangzi. La rivière Hangpu traverse son territoire d’est en ouest. Shanghaï s’est développée en tant que port, avant de devenir une base industrielle. Le fleuve du Hangpu, de 400 mètres de large en moyenne, traverse Shanghai pour se jeter dans la mer de Chine orientale. Il sépare la mégapole en deux parties, Pudong à l’Est et Puxi à l’Ouest14. Il est encore aujourd’hui largement utilisé à des fins économiques et de transports, et garde un important caractère industriel. Le fleuve Hangpu a également un attrait touristique fort, par le biais de ses nombreuses navettes fluviales. Une partie de ses berges est particulièrement emblématique de Shanghaï. Elle prend toute sa dimension précisément à la tombée de la nuit, avec d’un côté à l’Ouest le Bund et sa terrasse-spectacle, et de l’autre côté à l’Est, Pudong, quartier financier de la ville, qui s’anime aux rythmes changeant des enseignes lumineuses commerciales de ses gratte13

Extrait du livre « Les raisons du paysage de la Chine antique aux environnements de synthèse » éd. Hazan, 2000

14

Informations recueillies sur le site suivant : http://www.filiere-3e.fr/2016/12/14/long-fleuve-huangpu-a-shanghai/

18


ciels dont certains culminent à plus de 600 m de haut. Cette représentation iconique des berges constitue aujourd’hui la silhouette emblématique de la mégapole chinoise.

Shanghaï, 1930. Photographe indépendant

Le Bund - nom d’origine anglo-indienne désignant une « rive boueuse  » - a toujours été pour la ville de Shanghai, un centre névralgique qui offre un point d’observation extraordinaire sur les deux rives de la mégapole. Ce lieu constitué de terres boueuses stériles et de roseaux, n’était pourtant pas destiné à devenir plus tard une icône mondialement connu de la mégapole shanghaïenne. Aujourd’hui le Bund est appelé par les chinois « waitant » qui signifie « la berge des étrangers ». C’est devenu un lieu mythique sur la rive ouest du fleuve Hangpu puisqu’il offre d’une part une vue spectaculaire sur le quartier des affaires « Liujiazui » situé dans le district de Pudong, et d’autre part un aperçu atypique sur les édifices au style occidental des anciennes banques et comptoirs coloniaux des années 1930. Au XIX ème siècle, les guerres de l’opium et l’émergence du port aux Occidentaux va donner naissance à un traffic commercial intense. Les bateaux étrangers viennent accoster sur les rives du Bund et après plusieurs décennies les fortunes s’installent. Fleurissent alors des constructions au coûts extravagants appartenant à un standard élevé pour l’époque. A la fin des années 1930, avec le début de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux bateaux militaires britanniques, américains, français, italiens et japonais - stationnent dans le port le long 19


du Bund, pour investir dans le début des années 1940, la majorité des entreprises chinoises dont les quatre principales banques de la République de Chine. Avec l’arrivée des communistes au pouvoir en 1949 dirigé par Mao, la quasi-totalité des institutions financières vont quitter le pays, de même que les statuts coloniales sur la promenade le long du fleuve.

« Entre 1950 et 1990, aucun building n’est construit, mais aucun n’est détruit. La ville est dans un état de gel avancé sous Mao » Patrick Cranley, co-fondateur de la Shanghai Historic House Association

Depuis les années 1950, la ville de Shanghaï a connu de nombreuses et importantes transformations urbaines. A la fin des années 1970 et au début des années 1980, la libéralisation de la Chine va provoquer la restauration de la majeure partie des bâtiments du Bund, pour redevenir des hôtels, des banques ou des institutions financières. Un nouvelle promenade fut construite. Dans les années 1990, le Bund devient alors l’une des attractions touristiques les plus importantes de Shanghaï. Le style architectural les cinquante-deux édifices le long du fleuve Hangpu, varient du style roman au style gothique, en passant par les styles de la Renaissance, du baroque, du néo-classique, des Beaux-Arts jusqu’à l’Art déco. Ces mutations sont en partie le reflet de la pratique urbanistique et des influences théoriques provenant de l’Occident. Avec l’exode rural, les villes chinoises sont passées de 77 millions d’habitants en 1953 à 190 millions en 1980, puis à 470 millions en 2000, pour atteindre aujourd’hui près de 650 millions d’habitants. La ressource hydrique pose aujourd’hui un défi majeur au développement métropolitain, celui de l’approvisionnement en eau de Shanghaï et des autres villes multimillionnaires du delta. L’urbanisation et l’industrialisation ont été responsables d’une dégradation rapide du milieu, par la pollution des eaux de surfaces. L’alimentation durable en eau engage des solutions technologiques, elles s’additionnent aux nouveaux objectifs de préservation écologique du milieu.

20


Carte de Shanghaï réalisée personnellement à partir du site snazzymaps.com, localisation du projet de requalification de 21km de berges

• Approche symbolique et poétique du paysage chinois

La Chine fût la première et la plus éminente civilisation paysagère de l’histoire. L’Europe quant à elle, à suivi une toute autre direction en matière de philosophie du paysage, des millénaires plus tard. Selon les conceptions philosophique et cosmologiques de la Chine antique, le monde se divise en trois parties : le ciel, la terre et l’homme. L’Homme se situe entre le ciel et la terre et fait donc le lien visuel entre les deux. Ce que voit l’Homme en levant la tête, ce sont des monts élevés, des cascades, des brumes, des nuages, c’est-à-dire tout ce qui exprime la notion de paysage au regard du paysage de l’eau. La langue chinoise - à la différence des langues européennes possède un grand nombre de termes pour dire « paysage », lesquels expriment chacun une nuance particulière. Dans l’histoire des arts et de la pensée, toutefois, le terme le plus important - et qui sublime tous les autres - est shanshui, mot qui se transcrit par les 21


deux sinogrammes15 de la montagne et de l’eau. « Montagne-eau », ou « les monts et les eaux  », tel est l’équivalent chinois de «  paysage  ». Chacun des mots de base, shan (montagne) et shui (eau, rivière), est bien entendu très ancien, et largement antérieur au shanshui en tant que tel. Il en découle un problème d’interprétation. En effet, la langue chinoise étant fondamentalement monosyllabique, il est impossible de distinguer si, dans un texte, shanshui veut vraiment dire « paysage » ou seulement « des montagnes et des rivières »16 .

« L’Homme avisé aime l’eau, l’homme vertueux, les montagnes. L’Homme avisé se meut comme l’eau, l’homme vertueux est stoïque comme la montagne. L’Homme avisé est heureux ; l’homme vertueux a une longue vie. » Les Analectes - Confucius17

De nos jours en Chine, on invoque souvent cette phrase pour signifier que les chinois auraient depuis bien plus longtemps que les européens une vive conscience écologique et paysagère. En réalité, lorsque l’on observe de plus près les conséquences désastreuses des activités chinoises sur notre planète, on peut en douter. Cependant, il semblerait que ce constat soit plausible pour les régions rurales qui utilisent la nature et ses rythmes pour vivre. Que ce soit pour la culture ou pour la manière d’habiter, les traditions chinoises sont relativement intéressantes au regard du paysage. Sans conscience paysagère, c’est une autre chose que l’ont voit dans l’environnement. Le paysage n’existe qu’à partir du moment où on le considère comme tel. En peinture traditionnelle chinoise, peindre des paysages de montagne et d’eau est un acte spirituel autant qu’artistique. Les tableaux sont des supports qui permettent de révéler les aspects métaphysiques de la nature.

15

Caractère chinois, unité de l’écriture logographique des langues chinoises

Informations recueillies sur le site : http://www.peinture-chinoise.com/articles/paysages mais également dans l’ouvrage LES CARNETS DU PAYSAGE. Le paysage comme espace public. éd. Acte sud, 1998 16

Confucius - en chinois Kongzi ou Kongfuzi (maître Kong) - est un sage chinois (551 - 479 avant J-C). Les Analectes sont l’oeuvre représentative du Confucianisme. Aujourd’hui encore, cette compilation de discours de Confucius et de ses disciples, a une grande influence sur le mode de pensée et les valeurs des chinois et les peuples de l’Asie de l’Est. 17

22


« Les chinois qui se rendent à la campagne n’y vont pas seulement pour admirer le panorama mais pour absorber un peu de la vitalité de la cascade ou de la force de la montagne qui se dresse devant eux ».18

Tableaux du peintres Guo Xi.

La Chine a vu naître de nombreuses théories sur les relations entre la peinture, la poésie, la calligraphie mais également l’interprétation paysagère des sites pour la bonne disposition des maisons et des villes. Il est vrai que de nombreux éléments essentiels à notre qualité de vie sont aujourd’hui mis en péril. La pollution croissante et l’environnement dégradé qui nous entoure, sont des éléments qui créer une agression permanente dans nos cadre de vie. L’Orient a beaucoup inspiré les occidentaux sur cette qualité de vie, vitale pour notre bien-être. Que ce soit à l’échelle urbaine jusqu’à l’intérieur de notre habitat, des principes pourraient régir nos relations avec le lieu que nous occupons. Nous allons donc ici nous intéressé à une discipline très présente en Chine : Le Feng Shui19 .

Propos recueillis sur le site : http://l-ocre-bleu.fr/peintureetcalligraphiechinoise/la-peinture-chinoise-de-paysageshanshui/ 18

19

Vent et eau, en langue chinoise

23


« Le Feng Shui est pratiqué en Extrême Orient depuis des millénaires. Ses principes fondamentaux reposent sur l’étude des flux d’énergie qui influencent tous les domaines de la vie, et se déplacent selon un « bagua » : cette carte, qui existe depuis des milliers d’années, distingue cinq types d’énergie : l’eau, l’arbre la terre, le métal et le feu. Plus généralement, le Feng Shui traite de l’influence de notre environnement proche, habitation et lieu de travaill, sur notre bien-être physique, affectif et spirituel. (…) Cette pratique nous aide à comprendre que les lieux où nous vivons ne sont que des extensions de nous-mêmes, des miroirs qui nous renvoient notre propre image. »20

En résumé, le Feng Shui est pratiqué depuis des millénaires en Chine. Dans cet univers, notre attention se porte sur le monde de l’invisible et à l’énergie de l’environnement dans lequel nous évoluons. Comme de nombreuses cultures anciennes à travers le monde, le Feng Shui s’intéresse au lien qui unit l’Homme et sa vie sur Terre aux influences célestes : le cycle des saisons, le mouvement des astres et les phénomènes naturels. Ceci rejoint les intentions du paysagiste qui oeuvre pour que nos villes soient en harmonie avec son environnement et la nature qui la compose.

1.3 - Les enjeux liés à l’eau dans l’aménagement urbain

Cette partie à pour objectif de montrer les enjeux liés à l’eau dans l’aménagement urbain. D’une part en étudiant la manière dont l’eau se veut créatrice de biodiversité, et d’autre part en décrivant la conception d’un paysage intégré dans les villes. Aussi, il n’est pas négligeable de s’intéresser à l’évolution de ces enjeux face aux problèmes climatiques et écologiques que nous sommes en train de connaître. Nous verrons en effet, que ces changements entraînent une approche du paysage de plus en plus guidée par la gravité de la situation planétaire.

20

Propos recueillis dans l’ouvrage de Gina Lazenby « La maison Feng Shui », éd. Flammarion, 2000

24


• L’eau, matrice de biodiversité

Lors de la conception d’un espace public au regard du paysage, les enjeux liés à l’eau sont forcément d’actualités car indissociables de notre vie et de la durabilité de nos villes. Il convient en premier lieu de distinguer le « petit cycle » et le « grand cycle » de l’eau afin de bien comprendre le rapport à la ressource en eau. Le petit cycle de l’eau correspond à une gestion hydraulique des espaces publics s’appuyant sur une ressource « fabriquée » comme le captage, l’épuration, l’assainissement… ; à savoir que beaucoup de collectivités utilisent encore l’eau potable pour arroser voire même nettoyer leurs espaces publics. Ce petit cycle dépend de son inscription dans le « grand cycle  » de l’eau qui lui, correspond à une gestion hydrologique qui s’appuie exclusivement sur la ressource naturellement disponible, donc en premier lieu sur les précipitations. L’aménagement urbain d’aujourd’hui et de demain, répond petit à petit à une sortie de ce «  petit cycle  » de l’eau. Cette volonté suppose donc de choisir des végétaux adaptés aux conditions pédoclimatiques21 du lieu de projet pour que la préservation et la protection des sols naturels bénéficient des conditions optimales.

Depuis plus de quarante ans, nous sommes dans l’attente d’un urbanisme qui fait la part de l’eau. La pression foncière sur les zones inondables et humides créé une urbanisation qui peut parfois être mal maîtriser. La problématique principale dans la construction de nos villes aujourd’hui, s’avère être l’étalement urbain. Celui-ci a des impacts considérables sur l’aménagement urbain : consommation de foncier non bâti (espaces de mobilité et les milieux humides), la transformation d’espaces naturels en espaces verts artificialisés, l’imperméabilisation extensive des sols ou encore l’expansion massive des surfaces de voiries. Afin de limiter les impacts négatifs de l’urbanisation sur l’environnement, la France s’efforce depuis plusieurs années d’améliorer l’intégration des enjeux liés à l’eau dans les documents d’urbanisme afin de rapprocher les acteurs

Le pédoclimat se définit par l’ensemble des conditions de température et d’humidité du profil d’un sol, qui donne naissance au micro-climat de ce sol. www.cnrtl.fr 21

25


de l’eau et ceux de l’urbanisme. L’eau est devenue aujourd’hui un enjeu planétaire tout comme le changement climatique. 
 « Le dérèglement climatique a un impact direct sur les écosystèmes et les sociétés. L’eau est au coeur de ces changements, les observations et les projections des principaux scientifiques réunis autour du GIEC22 le démontrent. Le cycle hydrologique se trouve affecté dans tous ses aspects par le changement climatique: modification des régimes de précipitations, du ruissellement, augmentation du niveau de la mer, processus de désertification, etc. »23

Le mouvement des ONG françaises engagées pour l’accès à l’eau et à l’assainissement pour tous a mené de nombreuses recherches sur les enjeux communs entre l’eau et le changement climatique. Selon ces études, les disparités concernant la répartition des ressources en eau vont s’amplifier : sécheresses de plus en plus fréquentes, demande en eau en augmentation dans les latitudes nord de la planète, diminution de l’accès à l’eau, insécurité alimentaire et danger pour la santé.

Ces dérèglements climatiques entraînent des changements dans le cycle de l’eau qui ne sont pas sans conséquences pour les sociétés et les écosystèmes. L’importance de l’eau dans le changement climatique est reconnue au niveau international par la CCNUCC24. Aussi, l'ONU intervient en matière de politique de recherche sur l’eau. En effet, c’est à travers le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) que

22

Groupe d'experts d’Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat

Propos recueillis sur le site : http://www.coalition-eau.org/wp-content/uploads/Etude-Eau-et-Climat-CoalitionEau.pdf 23

La communauté internationale s’est dotée de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) en 1994 afin de répondre aux enjeux liés au changement climatique et à l’eau. L’objectif de la convention est le suivant : « stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique ». 24

26


les agences spécialisées des Nations Unies notamment l’OMS25 et l’UNESCO26 mènent des actions. Les 2 principaux programmes mis en oeuvre par l’UNESCO sont27:

• le programme sur l'homme et la biosphère (MAB - Man And Biosphere) : créé en 1971, ce programme vise à mettre en place une base scientifique dans le but d’améliorer les relations homme-nature au niveau planétaire. Le MAB encourage des approches nouvelles pour le développement économique sans oublier les valeurs sociales, culturelles et écologiques. L’équilibre durable pour conserver la diversité biologique et sauvegarder les valeurs culturelles est l’objectif de ce programme.

• le programme hydrologique international (IHP - International Hydrological Programm) : ce programme est le seul mis en place et exclusivement consacré à l’eau. Créé en 1975, il vise a renforcé la gestion de l’eau, mais aussi l’éducation sur notre comportement vis à vis de cette ressource. Pensé à travers six phases différentes - de 2014 à 2021 - ce programme peut -être adapté en fonction des nécessités du monde en constante évolution et mutation.

« On détecte l’influence des activités humaines dans le réchauffement de l’atmosphère et de l’océan, dans les changements du cycle global de l’eau, dans le recul des neiges et des glaces, dans l’élévation du niveau moyen mondial des mers et dans la modification de certains extrêmes climatiques. On a gagné en certitude à ce sujet depuis le quatrième Rapport d’évaluation. Il est extrêmement probable que l’influence de l’homme est la cause principale du réchauffement observé depuis le milieu du XXème siècle »28 .

25

Organisation Mondiale de la Santé

26

United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization

27

Informations recueillies sur le site officiel de l'UNESCO ainsi que sur le site : www.laviegiedeleau.eu/node/90

Le dernier rapport du GIEC publié en septembre 2013 réaffirme le rôle de l’activité anthropique sur le système climatique. 28

27


• La conception d’un paysage intégré dans nos villes

Il existe aujourd’hui un réel enjeu autour de la conception d’espaces publics paysagers qui constituent un coeur végétal partagé collectivement par les habitants et qui participent à l’identité de la ville.

« La présence de la nature en ville fournit de nombreux bienfaits à ses habitants comme la contribution à l’amélioration de la santé humaine, le sentiment de bien-être ainsi que la préservation de la biodiversité, véritable «  assurance vie  » des sociétés humaines. (…) Les espaces publics paysagers contribuent à la qualité du cadre de vie et à l’attractivité des villes. Ils répondent à des enjeux non seulement sociaux et écologiques mais aussi économiques. Les services rendus par la nature en ville constituent des bien publics non marchands, communs à l’ensemble des membres de la collectivité. »29


Les espaces publics présentent une multitudes de formes et d’usages comme des jardins publics, des parcs urbains, ou encore des promenades le long des cours d’eau. A travers sa contribution au cycle de l’eau et à son infiltration, la présence de la végétation en milieu urbain constitue un atout contre les risques environnementaux (inondations, érosions et stabilité des sols…).
 Selon une étude menée en 2014, par l’organisation « Plante & Cité  »30 , il est important d’aborder les différents enjeux dans un projet d’espace public dans le coeur de nos villes. Au cours de ces recherches - et avec l’aide du «  Référenciel de gestion écologique des espaces verts  » publié dans le cadre du label de gestion écologique EcoJardin31 - plusieurs domaines ont capté l’attention pour permettre de mieux Extrait recueilli sur le site : https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-23002-guide-conceptionespace-public-ecologique.pdf 29

Cette association étudie l’ingénierie de la nature en ville, et elle a proposé en 2014 un guide méthodologique de conduite de projet pour la conception écologique d’un espace public paysager 30

Le Label EcoJardin reconnait la qualité de gestion écologique d’espaces publics ou privés ouverts au public. Associé à un référentiel et à des grilles d’évaluation, il est le fruit de deux ans de travail entre Plante&Cité et 14 partenaires. www.label-ecojardin.fr 31

28


comprendre les enjeux particuliers et identifier les objectifs à atteindre dans la conception et l’intégration de la nature en ville :

Domaine d’enjeux et objectifs à atteindre dans le contexte de la conduite d’un projet public paysager écologique, schéma personnel

Ici, il convient donc de s’intéresser plus particulièrement à la préservation des ressources en eau. La nature nous procure en théorie assez d’eau pure et renouvelée pour répondre à nos besoins. Cependant, l’est est à juste titre considérée comme une ressource rare et précieuse. En effet, de nombreux problèmes se posent partout sur la planète. Même sous nos climats tempérés, nous pouvons souffrir de stress hydrique32 notamment en été, et malgré tous les efforts d’épuration des eaux, nous constatons On assiste à un stress hydrique lorsque la demande en eau dépasse la quantité disponible pendant une certaine période ou lorsque sa mauvaise qualité en limite l’usage. Le stress hydrique entraîne une dégradation des ressources d’eau douce en termes de quantité (surexploitation des eaux souterraines, rivières asséchées, etc) et de qualité (eutrophisation, pollution par la matière organique, intrusion saline, etc). Source UNEP Freshwater in Europe Glossary, traduit par greenfacts.org 32

29


encore aujourd’hui de nombreux problèmes de pollutions dans les cours d’eau et les nappes phréatiques.


« Depuis 150 ans, le développement de l’urbanisation est allé de pair avec le développement d’un immense réseau de tuyaux enterrés permettant de distribuer l’eau potable à tous les citadins, de recueillir les eaux usées et de les acheminer vers les installations de traitement des eaux usées et enfin, de recueillir les eaux pluviales en ville et de les relâcher dans le milieu naturel en aval. Au delà de cette eau « technique », celles des tuyaux, qu’elle soit propre ou sale, il y aussi l’eau « naturelle », celle des ruisseaux et des rivières mais aussi celle de la pluie, source et support de vie, de paysages et d’usages. » Plante&Cité

On peut constater aujourd’hui un nouveau rapport à l’eau en ville qui s’élabore petit à petit. Après de nombreuses décennies où l’eau était la plupart du temps hors de la vue, les rivières et fleuves canalisés voire recouverts, elle est à nouveau mise en scène par le travail des paysagistes. Il s’agit là d’un changement culturel important qui répond d’une part à une évolution des techniques et d’autre part à un besoin des citadins de retrouver un rapport à la nature en ville. Ce changement de relation à l’eau, passe donc par la conception de paysage intégré dans nos espaces urbains. Pour créer un espace paysager intégrer dans la ville, il est important de connaître le fonctionnement hydraulique du site. Tout d’abord, le périmètre géographique naturel de la gestion de l’eau est le bassin versant. Sa gestion, en majeure partie collective, nécessite toutefois de regarder au delà de l’aspect administratif. La connaissance du fonctionnement hydraulique d’un site de projet - cycle de l’eau, circulation de l’eau en surface, topographie, zones humide, etc - est essentielle pour la création et la conception d’un paysage végétal intégré, qui se fond dans le paysage urbain.

30


II

L’agence Ter : la singularité d’une démarche conceptuelle

31


Dans ce second chapitre, il s’agira ici de s’intéresser à la structure d’accueil de mon stage : l’Agence Ter. Equipe pluridisciplinaire et cosmopolite, cette organisme se penche sur les problématiques de l’urbanisme en s’appuyant sur une composante essentielle de notre environnement : le paysage. Tout d’abord, nous allons découvrir cette approche paysagère dans le projet urbain, à travers une philosophie singulière de la pensée du paysage, mais également la conception d’espaces publics vivables au regard de l’eau. Puis, avant de nous concentrer sur l’importance d’une approche transversale,

nous allons tenter de comprendre la méthodologie d’une lecture du

paysage au regard de ces différentes échelles et strates.

2.1 - Une approche paysagère du projet urbain

Ici, nous allons découvrir la manière dont l’agence Ter a construit sa pensée de paysagiste. En effet, cette philosophie est dû à plusieurs influences qui alimentent chaque jour la réflexion de l’équipe de l’agence. Quelle démarche propose l’agence Ter ? Quels types de projets façonnent la pensée et l’image de Ter ?

• La construction d’une philosophie du paysage

L’agence Ter est créée en 1986 par Henri Bava, Michel Hoessler et Olivier Philippe à Paris. A ce moment là, elle s’établie dans la capitale française qui connait alors la naissance d’une nouvelle génération de paysagistes formés à l’urbanisme. A cette époque, Michel Corajoud de l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles porte cette philosophie et nourrit la pensée de l’agence. La France commence à se pencher sur les questions urbaines comme les problématiques de la démographie et de l’extension des villes, mais toujours dans un soucis d’intégration du paysage. L’agence TER fonctionne aujourd’hui à l’international puisqu’elle compte des bureaux à Barcelone, Karlsruhe, Los Angeles. Un autre pôle est aussi en train d’émerger à Shanghaï.


32


La démarche de l’agence Ter se décompose avec le rythme de la Terre comme socle du projet. A la manière de stratification géographique - géologie, hydrologie, topographie ou encore strates végétales - la philosophie de Ter donne une attention particulière aux éléments naturels qui feront vivre le projet. Le travail en duo entre les urbanistes et les paysagistes, permet à l’équipe d’avoir une approche différente d’une approche urbanistique traditionnelle ; autrement dit qui répond à une programmation. Au delà d’un simple programme, une attention particulière est donné au temps. C’est un facteur déterminant dans l’approche paysagère du projet urbain. En effet, le paysagiste prend en compte le vivant et le temps. Le projet s’imprègne alors de toute la puissance des éléments qui le compose: les plantes, l’érosion, le mouvement, la nature des sols, etc.

« Si tu gommes la géographie, tu dois la remplacer . C’est à partir du paysage que l’on peut arriver à faire de l’urbanisme.» Namgyel Hubert, chef de projet à l’Agence Ter

Lors de la conception d’un projet urbain, la pensée est tournée ici vers des espaces publics qui accueillent les dynamiques naturelles. L’agence Ter veut mettre en scène la nature - contrôlée ou sauvage - pour créer un discours à la fois pédagogique et de rêves, le tout dans un décor paysager sobre. Il s’agit de s’inspirer des phénomènes naturels et des dynamiques écologiques pour résoudre les problèmes techniques dans une logique de paysage intégré.

C’est avec des concepts de Charles Waldheim et James Corner, que le « Landscape Urbanism  » a fait son apparition à la fin des années 1990. La réflexion paysagère européenne du XX° siècle a toujours inclus les problèmes urbanistiques. Les parts de paysage influent sur la création de systèmes métropolitains, et ceux-ci, en retour, engendraient de nouveaux concepts et formalisations pour le paysage et ses segments. Tout part du paysage et y revient. En Europe, la force de la pensée paysagiste en matière d’urbanisme repose sur une tradition interdisant l’égalité des deux 33


composantes dans le terme « Landscape Urbanism ». Ici le paysage devient la ligne de force de l’urbanisme et de la construction de nos villes.

Le « Landscape Urbanism » décrit un réajustement disciplinaire actuellement en cours dans lequel le paysage remplace l’architecture en tant que base fondamentale de l’urbanisme contemporain. Pour beaucoup, dans un large éventail de disciplines, le paysage est devenu à la fois l’objectif à travers lequel la ville contemporaine est représentée et le moyen par lequel la ville se construit. 

Dans le livre « Territoires » de l’agence Ter, « Henri Bava confie que « la rencontre physique avec le site reste un moment essentiel dans le processus du projet de paysage » et qu’ « à partir du sol et de son caractère apparaissent des lignes de force qui vont articuler la composition du projet  » et surtout que «  quelle que soit la tenue intellectuelle qui a présidé au projet, sa réussite ne peut s’évaluer qu’à l’aune de son appropriation par les utilisateurs, ce qui demeure, à chaque expérience, un défi » car le principal souci est bien «  d’offrir aux hommes un paysage habitable  ». Olivier Philippe disserte sur les flux et les sens. A ce propos, il reconnaît que «  nous passons indubitablement de l’ère du tuyau à celle du relais et du capteur. Cette profonde transformation n’est pas anodine dans l’exercice de notre métier. » Il précise aussi que « l’instrumentalisation des fonctions ou des contraintes techniques par le simple jeu de leur confrontation ou de leur détournement est une source fréquente d’inspiration dans la quête poétique propre aux projets de l’agence ». Enfin, Michel Hoessler affirme que « Landscape oriented urbanism » est le néologisme qui exprime le mieux notre pensée, celle d’un urbanisme où prime le paysage. Il ajoute sur son travail que «  le paysagiste doit pouvoir laisser la « porte ouverte » à d’autres initiatives tout en tenant ferme le cap initial ». »33

Propos recueillis dans l’ouvrage : TER, Agence. Henri Bava, Michel Hoessler, Olivier Philippe. Territoires, révéler la ville par le paysage. éd. Lisa Diedrich, 2009 33

34


• Concevoir des espaces publics vivables grâce à l’eau

Qu’es-ce qu’un espace public vivable ? En quoi peut-il avoir cette qualification grâce à l'eau ? Nous allons ici tenter de répondre à cette question avec un des projets de l’agence Ter. La ville de Boulogne-Billancourt et son aménageur, la SAEM Val de Seine Aménagement, ont conçu le projet qui s’élève sur les anciens terrains des usines Renault en privilégiant une clé essentielle : le développement durable et le cadre de vie, deux axes majeurs qui ont guidé sa conception.

En effet, depuis les débuts du projet, les enjeux climatiques, environnementaux et sociaux ont été au coeur de la méthode de programmation. Avant l’apparition et le développement du terme « d’éco-quartier » en France et même en Europe, l’opération de l’Ile Seguin - Rives de Seine avait déjà défini des critères et des objectifs très précis en matière de construction et de consommation d’énergie. De plus, un système de gestion des eaux pluviales a été mis au point pour protéger les nappes phréatiques tout en étant un atout pour le cadre de vie et la biodiversité du site. De manière générale, le projet a privilégié la mixité, les déplacements doux, les espaces publics aérés et la présence de végétation à différentes échelles. D’ailleurs, la première étape du chantier sur l’Ile Seguin fut dédiée à la réalisation du jardin. Ce projet vise tout simplement à donner un cadre de bien-être en ville, tout en participant à la protection de la planète. Le projet traduit une volonté d’un environnement durable selon quatre priorités: - un quartier attractif, multiple et vivant - une gestion de l’eau globale, économe et innovante - une forte exigence pour des bâtiments économes en énergie - un réseau de chaud et de froid qui privilégie les énergies renouvelables

Tout comme l’énergie, l’eau constitue, à l’échelle de la planète, un enjeu crucial du développement durable. Gérer au mieux cette précieuse ressource est l’une des priorités de l’opération Ile Seguin - Rives de Seine. Dans ce but, la SAEM Val de Seine Aménagement a mis en place un système de triple réseau d’assainissement dont la clé 35


est le parc de Billancourt. De multiples défis sont à relever car la ZAC présente une importante particularité, celle d’être située en zone inondable. Limiter les risques d’inondation liés aux fortes pluies et aux crues de la Seine est donc le premier enjeu du projet. qui a présidé à l’aménagement du site. Plusieurs objectifs sont fixés: garantir la qualité et limiter la quantité des eaux de pluie rejetées dans le fleuve de la Seine, réduire la consommation d’eau potable et intégrer la gestion de l’eau dans la conception paysagère du site. Le système mis en place répond à ces exigences selon le schéma34 ci-dessous :

34

Schéma fait personnellement à partir d’un schéma réalisé par l’agence Ter

36


Coupe conceptuelle du principe du projet, Boulogne-Billancourt, Agence Ter

Cette coupe réalisée par l’équipe de paysagistes de l’agence Ter, nous permets de bien comprendre ce que le projet veut offrir à la ville de Boulogne-Billancourt. Il s’agit d’une linéarité végétale offrant ensuite des connexions visuelles et piétonnes au fleuve de la Seine. De plus, cet îlot de nature propose une continuité du fleuve puisqu’elle laisse place libre à l’action de l’eau sur le paysage. En effet, des îlots se forment et permettent une évolution et des transitions en suivant le rythme des crues, des évènements pluvieux et donc de la nature35 .

Photos personnelles, visite du site de projet de Boulogne-Billancourt, 2017 35 Voir

en annexes, les documents du projet de Boulogne-Billancourt permettant de comprendre le fonctionnement de ce parc inondable. A noter que ces documents ont été réalisés par l'agence Ter.

37


2.2 - Compréhension du territoire dans sa globalité à travers l’eau

Dans cette partie, nous allons nous pencher sur la méthodologie de compréhension d’un site que l’agence Ter peut avoir. Un territoire est un tout. Le travail des urbanistes et des paysagistes peut notamment commencer par une lecture globale du lieu, au regard de la systémique écologique. Dans ce schéma de fonctionnement, on retrouve l’eau.

• Quelle lecture paysagère pour penser le projet urbain ?

La pratique du projet de paysage par l’agence Ter privilégie l’étude attentive de la stratification physique ou mémorielle du site, afin de dégager un « code source » qui permet ensuite d’écrire un projet. Il s’agit de la mise en relation de différents lieux par autorisant à la fois un système de référence et une multiplicité de points de vue.

Développer une démarche de projet de paysage ne nous restreint pas à certaines échelles d’intervention : traverser les échelles n’implique ni de changer de registre ni d’intervenir au détriment du paysage. La pertinence en matière de paysage reste la même. C’est l’expérimentation incessante de ce glissement d’une échelle à l’autre, sans être exclusive, qui constitue une des conditions sine qua non du projet de paysage, que celui-ci s’applique à un parc urbain, un quartier, une vallée habitée ou à l’immensité d’une périphérie de grande métropole. Le territoire ne constitue donc qu’une des échelles du projet de paysage. La plus petite étendue comme la plus grande sont abordées avec les mêmes outils conceptuels : une attention particulière est portée aux « horizons multiples », physiques ou mémoriels, qui composent le contexte considéré, au flux du « territoire en mouvement », hydrauliques et infrastructures qui le traversent, vecteurs de déplacements de tous ordres, afin de dégager une idée, un « code source », qui nous permet de développer et formuler un projet36 .

Informations recueillies et retranscrites à partir du livre : TER, Agence. Henri Bava, Michel Hoessler, Olivier Philippe. 357 824 ha de paysages habités. éd. AAM, 2012 36

38


Différentes étapes peuvent être distinguées dans le processus de projet urbain: - fabriquer ses propres outils de compréhension du site - rechercher le concept préalable fondateur du projet - imaginer des composantes permettant d’alimenter ce concept - organiser les interactions entre chaque éléments

« A l’échelle du monde, la complexité des enjeux - environnementaux, sociaux, énergétiques - s’est accrue à l’orée du XXIème siècle avec la montée en puissance de la globalisation et des outils de communication. La chose est entendue. L’emploi des termes « mutation » et « changement » défile les politiques, met à mal les experts et les techniciens en tous genres ébranle les certitudes. Elle embarque les questions urbains et territoriale - évidemment »37 .

Dans ce livre écrit par la célèbre urbaniste Ariella Masboungi, que nous pouvons redécouvrir la pensée paysagiste de l’agence Ter, parmi beaucoup d’autres influences. Elle décrit même le projet urbain en dix points principaux:

• de la vertu des catastrophes et de la volonté de changer d’échelle • la revitalisation urbaine comme levier de régénération économique et sociale • le développement durable comme philosophie de l’action • faire la ville par l’espace public et faire la ville piétonne • l’architecture partie prenante du projet urbain • rechercher des leviers pour lancer un processus dynamique de projet urbain • articuler plan et projet • promouvoir les outils de mise en oeuvre et les partenariats public-public et publicprivé • accueillir des initiatives pour enrichir le projet urbain • oser agir au risque de se tromper

37

Propos recueillis dans le livre : MASBOUNGI, Ariella. Projets urbains durables: stratégies. éd. du Moniteur, 2012

39


En terme de lecture paysagère, il est important de comprendre la démarche sensible de l’agence Ter : sensible au contexte, aux strates, au fonctionnement du paysage et aux rythmes naturellement présents. Cette approche démontre l’ouverture, la curiosité mais aussi la volonté de l'agence, de participer à la transformation du monde de manière durable.

« La ville contemporaine se transforme en permanence, il faut considérer l’urbain, le péri-urbain et le suburbain avec une présence accrue du paysage. Il faut donc réussir à associer paysage et urbanité dans une recherche constante. C’est à partir du paysage et de sa compréhension que l’on peut développer de nouvelles formes urbaines : le champ d’expérimentation est large aujourd’hui, favorisé par le souhaite amplement partagé, et le devoir de prise en compte dès l’amont du projet des aspects environnementaux, de gestion des eaux de surfaces, de limitation énergétique, de rationalisation de l’entretien des espaces publics. (…) Bien au delà de constructions durables, c’est la notion de territoire durable qui doit être considérée au sein d’une démarche de projet (…) pour renforcer la biodiversité d'un site. L'agence Ter compose avec l’existant pour inventer de nouvelles manières d’habiter et de vivre la ville autrement. »38

Photographie d’un projet de l’agence Ter, Genève « Floor Works » 38

Ces propos ont été recueillis sur le site officiel de l’agence Ter : agenceter.com

40


• Composer avec les éléments naturels

Aujourd'hui, de plus en plus de professionnels de l’urbanisme et du paysage concepteurs d’espaces publics - intègrent le végétal dans leurs projets. Ainsi, les espaces végétalisés sont convoqués pour dessiner des éco-quartiers, composer des parcs et jardins et répondre à la demande de nature des habitants pour réinventer la ville de demain. Le végétal n’apparaît plus comme un simple décor ou un simple mobilier. Il propose une stratégie par étapes pour engager une démarche d’aménagement pérenne à travers une gestion durable des espaces verts publics.
 
 L’agence Ter travaille aujourd’hui sur une grande question du XXIème siècle pour les paysagistes et les urbanistes : peut-on réconcilier la ville et la nature ? comment construire la ville par le paysage ?

« Accepter ces nouvelles dimensions permet de considérer le paysage comme une entrée dans le champ de l’environnement. L’environnement est ici compris comme un l’ensemble des réalités visibles et invisibles dans lesquelles se manifestent l’imbrication des écosystèmes et des systèmes sociaux, et les interactions qui les solidarisent. »39

La question du paysage40 n’est pas que la nature : c’est une hybridation entre la nature et la culture. C’est une totalité qui nous entoure. Le paysage est la rencontre entre le naturel et l’humain. Ces rencontres se font entre les énergies naturelles, fragiles et puissantes. L’action de l’Homme - comme l’action de l’eau - le compose et le sculpte. L’environnement est dans un processus de transformation continu. L’Homme exprime sur les territoires ses besoins, ses usages et ses rêves. Chaque élément n’a d’existence que dans la relation aux autres éléments pour former une composition à la fois

39

Propos recueillis sur le site : https://hal.archives-ouvertes.fr/halshs-00795804/document

C’est lors d’un cours, durant ma première semaine à l’IATU, sur les fondamentaux du paysage, donné par le professeur Brunet, que de nombreux concept sur cette notion sont apparues beaucoup plus claires. 40

41


singulière et changeante. Le paysage serait donc un système de mise en relation de tous ces éléments. L’Homme élabore une double relation avec son environnement :

• une ration physique : utilitaire et fonctionnelle • une relation sensible : esthétique et symbolique

La seconde relation est celle qui nous différencie de l’animal, mais elles sont toutes les deux d’un ordre culturel. Le paysage est simultanément un système physique, dynamique, une matérialité née de la nature et de l’action de l’Homme. C’est un sytème de signes, un ensemble de perceptions sensibles et de représentations culturelles et symboliques. C’est une forme de pensée et de rapport au monde qui relie connaissances et expériences sensibles. Il relie des champs différents qui relèvent de la science et de l’art. Beaucoup de termes sont employés pour parler d’écologie urbaine, de paysage et de conception d'espaces publics :

• nature : ensemble de ce qui, dans le monde physique, n’apparaît pas comme transformé par l’Homme • écologie : sciences ; études des milieux où vivent et de se reproduisent les êtres vivants ainsi que des rapports de ces êtres avec milieu41 • environnement : ensemble des éléments naturels ou artificiels - matérialité - qui entourent un être humain, un animal ou un végétal - cadre de vive - (depuis 1964) • paysage : désigne une partie de territoire telle que perdue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations (2000). C’est le regard culturel que l’on porte sur ce qui nous entoure • lieu : partie circonscrite d’un espace, où se situe une chose, où se déroule une action. Espace physique vécu. • patrimoine : bien, héritage commun d’une collectivité, d’un groupe humain • valeur : objet de jugement que l’on porte sur les choses

41

1886, Haeckel

42


La conception d’un espace paysager correspond à un élément structurant de l’urbain et du territoire. Son rôle social est affirmé : un lieu d’usages, de rencontres et d’échanges.

Nous pouvons tout de suite faire un parallèle avec la culture chinoise. En effet, quand on revient sur la pratique du Feng Shui, on peut trouver beaucoup de similitudes avec l’approche occidentale. La culture occidentale s’est imprégné de cette notion de bien être et de travail avec les éléments à travers des inspirations orientales. Pour vivre en harmonie avec les lois naturelles, il est utile de connaître les formes de ce changement. Ces transformations permanentes de la vie peuvent s’exprimer par cinq éléments: le bois, le métal, le feu, la terre et l’eau. En occident, les éléments du bois et du métal son remplacés par l’air. En Feng Shui, c’est la circulation et l’interaction des énergies qui priment :

Finalement, le but de toutes les conceptions de projets de l’agence Ter repose sur le caractère systémique de la nature et de l’environnement. Il s'agit de composer avec éléments, de mettre en scène la complexité du fonctionnement naturel et de donner au paysage le pouvoir de faire pousser nos villes. 43


2.3 - L’importance d’une approche transversale

Après avoir vu précédemment la lecture paysagère pratiquée par l’agence ter et inspirée de nombreuses pensées paysagistes - avec notamment l’utilisation des éléments qui composent la nature, nous allons ici nous intéresser à l'approche transversale de l’équipe Ter. Dans cette partie, il convient de s’intéresser à deux piliers du processus de conception du projet urbain : les strates du paysage qui compose un lieu et le partage des cultures comme outils de compréhension des enjeux. En effet, la notion de transversalité est multiple : • d’une part en terme de « l’analyse intentive  »42 de l’horizontalité des lieux, de l’émergence des strates de l’activité humaine mais aussi des traces linéaires que l’érosion de l’eau fait naître dans nos paysages • d’autre part en terme d’ouverture sur d’autres horizons et d’autres cultures qui permettent un partage de connaissances et une prise de conscience globale

• Regard sur les stratifications paysagères

« L’étroite relation entre géographie et urbanisme s’est illustrée par des similitudes entre les mangels de géographie et la littérature professionnelle des urbanistes français tout au long du XXème siècle, qui révèlent des périodisations convergentes quant à l’usage de la notion de paysage urbain: notamment sa rareté avant la deuxième guerre mondiale, son éclipse dans les années d’après guerre jusqu’aux années 1960. (…) La circulation des notions entre géographie et urbanisme a pu être stimulée par la proximité et les interactions entre les acteurs de l’aménagement. »43

En géologie comme dans d'autres domaines - géomorphologie, pédologie, archéologie, paléontologie - une strate est une couche de roche qui se distingue des

Terme employé dans un article rédigé par Bernard Lassus en 2015, « La transversalité, une démarche essentielle à la conception paysagère ». Lien du site : https://rm.coe.int/168048d89d 42

43

Propos recueillis sur le site : https://strates.revues.org/4953#tocto2n5

44


autres par des caractéristiques propres comme la minéralogie ou la granulométrie. Très souvent ces couches de sol sont mises en évidence par le processus de l’érosion. Cet ensemble sédimentaire, plus ou moins homogène, est témoin de nombreuses variations et discontinuités à travers le temps. Visuellement, elles se traduisent par différentes couches de couleurs ou textures différentes notamment au niveau des flancs de falaises. Ces strates renvoient à la notion de l’horizon qui constitue l’essentiel de notre regard sur le paysage. Ci dessous, le travail d'un photographe, Alexis Jarry qui nous fait voyager jusqu’à l’Arctique à la découverte de ses paysages et de son ambiances.

« Soumis à des conditions climatiques rudes, le Svalbard44 offre un environnement sublime, et grandiose, une nature à la fois pure et austère qui réveille les sentiments d’immensité et d’insondable. (…) Le résultat s’apparentait plus à des miniatures, à des coupes de paysage laissant mieux apparaître les strates le composant ; cela m’a très vite rappelé une pensée du philosophe François Jullien dont j’avais relu le livre «  Vivre le Paysage »: « Il y a paysage quand s’opère subrepticement cette conversion du regard (…) quand il n’est plus à la poursuite d’identifications ou d’informations, mais se laisse absorber ». Il s’agissait de saisir dans un cadre plus restreint la grammaire du paysage et ses règles de composition. »45

44

Région de l’Arctique

45

Propos recueillis sur le site : thetwopines.com/strates-de-paysage

45


En paysage, comme en urbanisme, lors de l’analyse du site d’un projet urbain paysager, le concepteur commence en tout premier lieu par étudier les composantes du territoire. Ceci débute donc par la géologie, la topographie jusqu’aux strates végétales. En effet, ces différents niveaux d’étagement vertical de la végétation, sont caractérisés par un microclimat et une faune qui lui appartient. Toutes ces strates peuvent être en relation dans le même milieu - à la manière de la permaculture46 - et présentent diverses connexions et interactions de la nature, synonyme de biodiversité. Il existe donc différentes strates végétales47 comme:

• la strate hypogée ou infracryptogamique composée de la flore souterraine et microfaune su sol (20 premiers centimètres du sous-sol) • la strate cryptogamique ou musicale composée de lichens et mousses, jusqu’à quelques millimètres de hauteur • la strate herbacée composée notamment d’herbe et d’adventices (jusqu’à 1m à 1m50 de hauteur à maturité) • la strate arbustive composée d’arbustes et de buissons (30cm à 2m à l’état adulte pour la strate arbustive basse ; de 2 à 7m pour la strate arbustive haute) • la strate arborée composée d’armes dont la hauteur débute vers les 6m

La permaculture (agriculture permanente) est la conception consciencieuse et la gestion de systèmes agricoles productifs qui possèdent les caractéristiques de diversité, de stabilité et de résilience des écosystèmes naturels. 46

47

Informations recueillies sur le site : www.ecosystemes.fr/strates.html

46


Ces strates évoluent dans l’espace mais aussi dans le temps, au rythme des perturbations écologiques et de la régénération naturelle. Ce sont ces rythmes que les paysagistes interprètent dans l’implantation de la nature en ville. Dans tous ces changements qui modifie notre rapport au paysage, il y a aussi l’évolution des cultures. Là est aussi présent le travail d’un paysagiste : un travail sociologique qui permet non seulement de réunir l’Homme et la nature, mais également les Hommes entre eux.

• Le partage des cultures : outils de compréhension des enjeux

« L’intégration des eaux pluviales dans la planification urbaine nécessite une réflexion globale, consistant à les prendre en compte dans une démarche transversale de projet urbain. Cette approche considère les enjeux locaux, partagés au niveau international, autour du cycle de l’eau, des paysages, de la trame verte et bleue… et requiert l’intervention de tous les acteurs de l’aménagement. (…) Cette approche de la gestion de l’eau urbaine concerne donc aussi bien les voiries, l’assainissement que les espaces verts, les zones humides, les espaces agricoles, le bâti… ce qui suppose de sensibiliser les différents services des collectivités pour réussir à fonctionner en transversalité et repenser certaines interfaces entres métiers. »48

L’équipe de l'agence Ter est une équipe pluridisciplinaire qui aborde la ville et le paysage dans toutes ses dimensions. Ainsi,une multitudes de compétences et de métiers sont présents au sein de l’agence : paysage, urbanisme, architecture, infographisme jusqu’au géographe, sociologue et même scénographe. Cette diversification des approches apporte de nombreuses compétences pour couvrir l’ensemble des champs de l’urbain et répondre au mieux aux problématiques de façon transversale. L’élargissement de ces compétences se fait en parallèle d’une ouverture vers des profils internationaux. En effet, les formations dispensées en Italie, en Espagne, en Allemagne,

Propos recueillis sur le site : http://www.audap.org/userfiles/downloads/etudes/ res_urbanisme_hauteur_eau_20170518.pdf 48

47


en Belgique, en Angleterre mais également en Chine, offrent des complémentarités à l’éducation française.

Ainsi, cette richesse culturelle permet d’être en phase avec les échanges internationaux de nos sociétés où la rencontre des cultures devient une composante de notre quotidien. Cela permet à l’agence qui travaille à l’étranger de pouvoir répondre au mieux aux cultures locales.

Pour illustrer cette approche transversale, au delà de la dimension des métiers, le projet des Deux-Rives à Strasbourg apparaît comme un bel exemple. En effet, cet aménagement paysager répond à des attentes de la métropole française, mais aussi de l’autre côté du Rhin, chez les voisins allemands à Kehl. Ce projet est l’aboutissement d’une volonté de reconquête des espaces du port. L’agence Ter décrit le concept autour de trois grands axes49 :

• premièrement, il s’agit de reconnecter la ville et son fleuve grâce au port. Strasbourg est une ville hybride et son développement se fait à travers l’intégration urbaine des infrastructures mais également par le traitement et les connexions avec le végétal ; • deuxième, Ter développe ici une stratégie urbaine fondée sur le socle paysager déjà existant. En effet, le fleuve du Rhin propose une multitude de forme comme des canaux, des darses ou encore des bassins qui structure se paysage de l’eau. Les espaces publics se développent donc sur les deux rives qui jouent un rôle de connexion avec la ville. Les berges sont végétalisées à l’échelle de la métropole pour offrir un réseau de mobilité douce ; • troisièmement, ce projet met en évidence un nouveau mode d’habiter et de vivre l’espace public dans une ville comme Strasbourg. Les concepteurs de Ter imaginent de larges espaces libres qui laissent place à l’appropriation des lieux. Aussi, ces espaces poussent à la pratique du sport grâce à des équipements mis à dispositions. Ces informations ont été recueillis directement à l’agence Ter, en interrogant des urbanistes et paysagistes qui ont travaillés sur ce projet. Aussi, le site de l’agence a été consulté pour compléter la compréhension du projet des DeuxRives. 49

48


Cette expérimentation d’espace public se distingue par son identité franco-allemande, et son côté « sauvage ».

Dans la dynamique du projet, la ligne D du tramway de Strasbourg a été prolongé jusqu’à la ville de Kehl. Ainsi, les frontières s’effacent pour laisser place à des espaces que les habitants des deux rives peuvent se partager.

Image réalisée par l'équipe de l’agence Ter

49


III

ShanghaĂŻ et Paris : un ĂŠchange culturel pour un projet international

50


Dans ce troisième et dernier chapitre, il sera important de s’intéresser à cet échange culturel entre orient et occident - plus précisément entre Paris et Shanghaï pour la conception d’un projet de paysage. Tout d’abord, nous allons étudier le contexte de la législation chinoise en terme d’urbanisme de manière très simpliste, afin de comprendre les différences et les points communs avec la France. Nous verrons que la construction d’un projet urbain peut s’avérer très complexe lorsque nous sommes en présence de diverses façon de travailler et d’aborder les problématiques. Il conviendra également de ressortir les points forts de cet échange qui peut s’avérer très enrichissant. Aussi, ce chapitre va permettre d’exposer le projet de requalification de 21km de berges à Shanghaï et d’en expliquer les apports d’expérience. Pour terminer, nous allons tenter d’apporter une réflexion ouverte sur les problématiques des villes de demain construites avec l’eau.

3.1 - Mise en oeuvre de la démarche de projet en Chine

Ici, nous allons nous intéresser à la démarche orientale dans la conception d’un projet urbain. Premièrement, il s’agit de comprendre les différences mais aussi les apports entre le contexte en Chine et celui qui correspond à l’occident. Une notion sera ensuite abordée dans plusieurs de ses définitions : celle du temps.

• Le contexte oriental dans la fabrication du projet urbain

« La Chine est engagée, depuis une trentaine d’années, dans un processus qui n’est pas sans rappeler, par certains aspects économiques, la période française dite des «  trente glorieuses ». Tout le pays, toutes ses structures urbaines sont confrontées à un massif exode rural, à une prodigieuse demande de nouveaux logements, donc de terrains à urbaniser. En France, lors des « rentres glorieuses », la force déterminante a été la puissance publique, s’appuyant sur le savoir-faire d’institutions techniques existants, telle l’Ecole des Ponts et Chaussées. En Chine, les réponses à ces nouveaux défis ont 51


relevé, durant des années, d’un mélange d’empirisme ponctué de grandes options étatiques, mais avec lesquelles interfèrent de manière très complexe les initiatives des divers niveaux territoriales, ainsi que la montée en puissance d’un secteur privé audacieux et avide de profits.»50 
 Cette transformation qui jusqu’ici s’est faite de manière assez fulgurante, entraine aujourd’hui une remise en question de la part des urbanistes sur le fonctionnement de ces villes. En effet, la rapidité d’exécution des travaux peut parfois être synonyme d’incompréhension du cadre de vie. Ceci apparaît d’autant plus paradoxal dans le pays du Feng Shui et du bien-être. La plupart des villes chinoises sont lancées à la poursuite d’images urbaines ambitieuses qui impliquent des choix urbanistiques parfois démesurés.

Deux modes de raisonnement et d’efficacité51 50

Propos recueillis dans une thèse de doctorat : Procédures et acteurs de l'utilisation du foncier chinois dans un contexte de mutations socio-économiques, le cas de Beijing, Shanghaï et Xi’an. Lien : https://tel.archives-ouvertes.fr/ tel-00557956/document Schéma personnel tiré d'informations recueillis sur le site : https://books.google.fr/books? id=G65UCwAAQBAJ&pg=PA72&lpg=PA72&dq=la+rapidité+d'exécution+des+projets+en +chine&source=bl&ots=80opA1_wQ2&sig=qCB8aYhC-py3Dzv0ggwxyJqgdg&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjE9uiK6OvVAhUKWhoKHb8LBFIQ6AEIXTAJ#v=onepage&q=la%20rapidité %20d'exécution%20des%20projets%20en%20chine&f=false 51

52


Au cours du stage à l’agence Ter, et dans la participation à la conception d'un projet international - entre France et Chine - il est tout à fait intéressant de comprendre ce que l’occident peut apporter à l’orient et vice versa. En grande différence, la plus visible, est celle de la hiérarchie. A Shanghaï, le fonctionnement est très complexe : tout en haut de l’échelle hiérarchique il y a le maire de Shanghaï et le représentant du parti communiste. Le maire de Shanghaï commande le maire de Pudong et le vice maire de Pudong. Ce dernier gère tous les bureaux comme : architecture, urbanisme hydrologie, foncier, etc. Au même niveau que le vice maire de Pudong, il y a le chargé d’urbanisme qui lui est dirigé par le représentant du parti communiste, et c’est lui qui gère le bureau d’étude technique (BET) et notamment l’agence Ter. L’institut d’urbanisme quant à lui est représenté directement par le maire de Shanghaï. Et pour terminer, le propriétaire du linéaire de 21km de berges n’est autre que l’Etat. Il est certain que chaque culture, chaque pays a son mode de fonctionnement. Le tout est de ne pas voir ces différences comme un problème. C’est ici une force qui permet d’avoir un panel de solutions, d’avis et de compétences afin d’aboutir à une conception de projet qui se veut pertinent et durable.

Aussi, il y a un point très important a ne pas négliger en Chine : la hiérarchie est très respectée dans le sens où il n’y a pas de discussions sur les décisions à prendre. Autrement dit, en France, le temps d’un projet est également celui de la négociation. En Chine, on ne négocie pas ou très peu. C’est une des raisons pour laquelle la Chine a une rapidité d’exécution impressionnante. C’est là qu’entre en jeu une notion de base dans tout projet, de paysage ou d’urbanisme : le temps.

53


• La notion du temps

« L’archéologue en quête des traces du passé exhume les artéfacts qui lui révèleront ou l’aideront à comprendre le paysage passé ; quand certains agronomes s’attachent aux objets agricoles indices passés ou présents d’une activités humaines ; d’autres engagent un questionnement sur le rôle du temps dans la production physique des objets par lesquels les paysages existent et évoluent ; le paysage est donc une mosaïque d’éléments qui n’offrent pas la même lisibilité selon l’observateur considéré. »52

Les temporalité du paysage peuvent être abordées à différentes échelles, du temps long au temps court, avec des amplitudes multiples : de la minute à la décennie, en passant par la préhistoire à nos jours, jusqu’aux temps de la Terre.

Il est évident de constater aujourd'hui que le paysage est petit à petit grignoté par le développement progressif de nos villes. Ce qui est fascinant aujourd’hui, dans une métropole comme Paris - et une mégapole comme Shanghaï - c’est l’adrénaline que procurent ces villes. Les transports millimétrés à la minute, la rapidité des bâtiments qui poussent au rythme de l’augmentation démographique fulgurante, le dictat des horloges sont autant d’éléments qui composent aujourd’hui les métropoles de nos sociétés modernes. Même en temps d’ultra-connexion entre individus, le paysage urbain nous empêche de profiter de la lenteur du paysage qui nous entoure. Nous avons même créé la restauration rapide, au point de ne plus connaître ni apprécier ce que l'on mange : on fini par se déconnecter de nos propres sources53 . Dans une démarche parallèle à la prise de conscience des problématiques écologiques, le travail des urbanistes et des paysagistes d’aujourd’hui apparaît comme un travail de réconciliation entre la ville et la nature. En effet, les citadins de nos jours sont parfois

52

Propos recueillis sur le site : https://www.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2006-1-page-97.htm

Ici, il est question de notre base vitale qui concerne tous les êtres vivants: la planète et la richesse de sa nature, le silence des espaces libres de l’environnement, le végétal mais aussi la faune, etc. 53

54


déconnectée des réalités du paysage qui façonne nos vies. Le progrès et nos nouveaux modes de vies, nous ont finalement petit à petit éloigné de notre premier lieu d’habitation : la Terre. La Terre comme un tout, dont chaque éléments interagissent entre eux pour participer à la biodiversité et au fonctionnement complexe de la vie. Là est le travail d’un concepteur de ville pour aujourd’hui, mais aussi pour demain.

« Renouer avec la nature, écouter le rythme des saisons, admirer les fleurs de pruniers ou de cerisiers, goûter la fraîcheur du soir, contempler les premières neiges, ou surprendre l’envol des grues ou des oies sauvages sont autant d’occasions de longs voyages ou de simples promenades. Des gens de toutes conditions sillonnent les routes du pays et contemplent l’infinie variété de paysages : la mer, la montagne, les côtes, les rizières, les fleuves, les cascades, les lacs suscitent l’émerveillement de tous. »54 
 
 Le paysage est continuellement concerné par le temps qui passe et qui, sans cesse, le fait naître, évoluer jusqu’à le faire mourir. Dans l’absolu, c’est un phénomène qui s’écoule, de secondes en minutes, de mois en années, de siècles en millénaires, à la manière du paysage de l’eau qui forme les montagnes, et nourrit l’écosystème55 .

Le mouvement Citta Lenta56 a donné quelques recommandations pour promouvoir et retrouver un peu de lenteur dans nos villes envahies par la vitesse. Ces idées se fondent sur la volonté de réinventer nos manières de vivre ensemble. Dans son

Propos recueillis sur le site : http://expositions.bnf.fr/japonaises/arret/06.htm
 Il s’agit ici d’un article sur l’avènement de l’estampe de paysage au XIXème siècle. Ces paysages sont célébrés dans la peintures japonaise mais également chinoise. L’estampe de paysage servait de décor pour une scène narrative ou un portrait. Aujourd’hui, ils sont considérés comme des sujets en soi. 54

55

Informations recueillies sur le site: cths.fr/ed/edition.php?id=3834

En 1996 est fondé en Italie par Carlo Petrini le mouvement « slowfood », qui lutte contre l’uniformisation des goûts, la mauvaise qualité de la nourriture accélérée par la mondialisation et la « culture MacDo ». A Paris, cette même année, est officiellement constitué le mouvement internationall Slow Food avec la rédaction d’un Manifeste signé par les délégués de 15 pays. Puis le mouvement Slow s’étantd à la ville et aux problèmes urbains en 1999. Le mot d’ordre est l’éloge de la lenteur, en des temps où celle-ci n’est pas vraiment au goût du jour, noyée sous les mots d’efficacité, de rentabilité et de croissance. Ces informations ont été recueillies sur le site : base.d-p-h.info/fr/fiches/dph/fichedph.8035.html 56

55


manifeste, le mouvement décrit certaines obligations pour faire d’une ville, un espace lent comme par exemple: • la mise en valeur du patrimoine urbain historique • la réduction des consommations énergétiques • la promotion des technologies écologiques • la multiplication des espaces verts et de loisirs • la priorité aux transports en communs et aux mobilité douces • l’augmentation des zones piétonnes • le développement des commerces de proximité • le développement d’une démocratie participative • la préservation et le développement des traditions locales et des produits régionaux

« Le temps est une notion importante dans notre travail. Il y a un temps de fabrication. Quand les choses sont fabriquées, il est d’usage de disparaître. Pourtant, lorsque nous travaillons dans un milieu qui n’est pas exclusivement vivant, mais en grande partie vivant, il y a un certain nombre de choses qu’il n’est pas possible de maîtriser tout de suite. Le caractère incertain est lié à la gestion future. C’est d’ailleurs assez plaisant parce que l’idée du pouvoir absolu est insupportable. Nous sommes là pour initier les choses qui vont ensuite avoir leur vie propre. (…) La notion de temps est centrale dans notre travail. Elle nous oblige à une certaine distanciation, à une certaine raison, presque à une acceptation d’une certaine forme de sagesse sinon de fatalité. »57

Privilégier la marche, prendre le temps de regarder et d’observer ce qui nous entoure, la lenteur est un sujet profond qui fait naître aujourd’hui beaucoup d’inspirations pour les paysagistes dans le but de créer des espaces publics que les citoyens peuvent s’approprier progressivement et se sentir vivants.

Propos recueillis dans l’ouvrage : TER, Agence. Henri Bava, Michel Hoessler, Olivier Philippe. 357 824 ha de paysages habités. éd. AAM, 2012
 il s’agit ici d’une interview de Olivier Philippe lors d’une conversation à trois avec Michel Hoessler et Henri Bava. 57

56


3.2 - Adresser la ville à son fleuve

Cette partie est dédiée à l'étude de la manière dont la mégapole améliore son interaction avec le fleuve. En effet, nous verrons ici que cette ville est un exemple de déconnexion avec un élément primordial de sa construction : les eaux du Hangpu. Il s’agira ensuite de s’intéresser plus précisément au programme lancé depuis peu dans la cité chinoise. La municipalité de Shanghaï a débuté en 2016 un vaste programme de réaménagement de la rive droite du fleuve Hangpu sur une longueur de 21 kilomètres.


• Une mégapole chinoise déconnectée de son fleuve

Le paysage et l’urbanisme se fondent de plus en plus étroitement sur le territoire de « l’entre-ville  »58. Ce terme est volontairement flou : désigne-t-il une nouvelle forme de « paysage » ou de « ville » ? La ville de Shanghaï quant à elle, peine à définir l’espace entre sa ville et son fleuve. L’Agence TER porte sa philosophie du projet urbain au regard du paysage :

« Le paysagisme est une discipline capable de résoudre le flou de l’urbanisme contemporain, d’offrir structure et matière à la ville dispersée. La paysage est en mesure de donner des réponses concrètes là où le débat sur « l’entre-ville  occupera longtemps encore et pour de bonnes raisons les esprits des urbanistes et des architectes ».

Avec plus de 23 millions d’habitants, Shanghaï est aujourd’hui le symbole du dynamisme économique d’une Chine ouverte sur l’extérieur. La ville connaît de nouvelles attractivités urbaines qui font d’elle un pôle structurant de la mondialisation et de la façade maritime chinoise. Vitrine de l’économie chinoise, Shanghaï se caractérise aujourd’hui par des transformations urbaines et sociales très rapides. Au delà de la simple verticalisation de l’espace bâti et des politiques de rénovation urbaine, les rues

Notion soulevée dans l’ouvrage : TER, Agence. Henri Bava, Michel Hoessler, Olivier Philippe. Territoires, révéler la ville par le paysage. éd. Lisa Diedrich, 2009 58

57


participent activement à la modernisation de Shanghaï. Mais quand est-il des connexions entre la ville et son fleuve ? Les berges sont des espaces voués à de nouvelles pratiques urbaines au regard des mutations sociales et paysagères. L’eau contenue par les aménagement hydrauliques, a historiquement été le support d’une économie agraire productive, en même temps qu’elle a été le théâtre d’un chevelu dense de canalisation. Mais peu à peu, le gouvernement de Shanghaï n’a vu qu’une seule est unique solution pour appréhender les problématiques liées à l’eau : déconnecter le fleuve et sa ville avec un mur anti-crue.

La presse de Shanghai a dénoncé en mars 2013 une hécatombe de plus de treize mille cadavres de porcs repêchés dans le fleuve Hangpu. De quoi alerter sur la pollution des eaux. En effet, le Hangpu représente plus de 22% de la consommation d’eau de la mégapole de Shanghaï. Après analyse des échantillons prélevés dans cette eau, le gouvernement de Shanghaï avait affirmé la qualité « normale  » malgré le scepticisme général. Cette affaire qui a fait couler beaucoup d’encre, illustre parfaitement non seulement la face sombre de l’industrie agro-alimentaire de la Chine où prime de rendement face à la population immense, mais également la pollution des cours d’eau dangereux pour la santé publique.

Photographies prises par la presse chinoise

58


En Chine, « le respect de l’environnement est souvent sacrifié sur l’autel de la croissance économique »59. Aussi, le fléau de cette pollution des eaux passe par des fuites de colorants des industries de textiles de la région. En résumé, la situation est venue urgente à Shanghaï.

La Chine s’éveille aujourd’hui et prends petit à petit conscience de l’impact nuisible de l’activité humaine sur la qualité de l’eau. La gravité de la problématiques de cette ressource est désormais d’actualité. C’est pourquoi, le projet de réaménagement de 21km de berges, vise à favoriser un art de vivre au bord du fleuve, à donner un visibilité et une identité forte à la mégapole en créant des usages variés et permanents pour l’ensemble du linéaire au coeur de l’agglomération. Le projet d’aménagement lauréat a donc été proposé par l’équipe des paysagistes de l’Agence Ter lors d’un concours international.

• Requalification de 21 km de berges

Repenser un linéaire de plus de 21km de berges dans une mégapole les plus grande du monde est un défi assez impressionnant. Ce stage a fait l’objet de plusieurs découvertes : le travail en Chine et avec les chinois, un projet de paysage dans une immense ville mais aussi la confrontation à des enjeux importants qui permet d’acquérir une certaine autonomie.

Il s’agit ici de redéfinir l’espace de la berge comme une interface entre la ville et le fleuve et de donner une épaisseur articulant modes doux, écologie, espaces publics et activités. Chacun de ces espaces est accompagné d’équipements permettant d’impulser la berges à travers de nouveaux usages au bord de l’eau. Il y a 100 ans, le Bund est n’existe pas. 1994 marque l’apparition de la perle d’orient, la tour de radio et de télévision qui symbolise le nouveau quartier de Pudong, et donc, le nouveau Shanghaï. Le fleuve Hangpu devient alors un axe majeur pour les transports, 59

mais

Propos recueillis sur un article du 20 minute.

59


surtout pour son effet miroir qui reflète le passé et le futur de la ville. La berge est ainsi redéfinie comme un espace de vie quotidienne autant diurne que nocturne, mais il devient également le support de nombreuses festivités locales et nationales. La continuité de ces 21 km est assurée par un trio d’espaces permettant de définir différents types de flux et d’usages : une grande promenade, une piste découverte et une voie sportive. Voici, en quelques traits l’objectif principal de ce projet :

Symbole

Life style

Public space associated

Schéma personnel

« Shanghaï trouve dans ce projet une waterline reflet de sa symbolique et célèbre skyline, et un nouvel espace public support d’expression des modes de vies locaux »60

Propos recueillis dans un article de Isabelle Arnaud sur le site : http://www.filiere-3e.fr/2016/12/14/long-fleuvehuangpu-a-shanghai/ 60

60


Plusieurs sites de projets ont animés le déroulement de ce stage, à savoir Lujiazui Nord et Sud, la zone de l’ancienne Cimenterie ou encore la Place des Ferry61. Chaque lieu a son identité propre, mais une approche bien précise en fait un linéaire homogène :

• en tout premier lieu, il s’agit de créer un espace public le long des berges en tant qu’acteur principal de la vie urbaine de Shanghaï • aussi, la dimension écologique est primordiale, en terme de biodiversité végétale endémique et cohérente avec les ambiances orientales recherchées - et de protection de la ressource, au regard des enjeux liées à l’eau62 • ensuite, la linéarité visuelle n’est pas seulement végétale sur ces 21 km, elle l’est aussi grâce aux systèmes de mobilités douces • enfin, tout cet ensemble d’espaces publics permet de créer une mixité d’usages à travers la culture chinoise

Localisation des différents projets réalisés sur le linéaire des 21km, agence Ter

61

A noter que ces sites ont directement été abordés au cours du stage en phase de conception (ESQ, AVP et PRO)

Il ne s’agit pas uniquement de se protéger des éventuelles grandes crues, mais d’apprivoiser l’eau et de réapprendre à la maîtriser pour en faire un cadre de vie 62

61


Bien évidemment, même si l’objectif est d’obtenir un parc le long du Hangpu mondialement connu, il ne fallait surtout pas oublier son identité de base : la culture chinoise. Ainsi, tous les espaces, sont pensés en fonction des pratiques et du mode de vie à l’orientale : méditation, Qi Gong63, jardin traditionnels composées de plantes endémiques offrant une ambiance de sérénité, sans oublier la dimension Feng Shui, etc.

La rive des 21 km est un dialogue entre l’ouest et l’est du Bund, un dialogue entre l’histoire et le futur, un dialogue entre la ville et la nature.

Dans les parcs ou même dans les usines, les chinois sont des millions a pratiquer quotidiennement des exercices physiques qui ressemblent à une gymnastique douce. De plus en plus d’occidentaux suivent l’exemple et pratiquent le Tai Chi. Ensemble, ces deux approches sont considérées comme étant de l’entrainement énergétique selon les principes de la médecine traditionnelle chinoise. 63

62


3.3 - Le paysage urbain de demain : vers une approche sensible commune ?

Dans cette dernière partie, il s’agit de se poser la question sur les réponses que les paysagistes et urbanistes peuvent apporter à nos villes de demain. Aujourd’hui, le défi de ces concepteurs est celui de construire des villes modernes agréables en retrouvant les traditions. De plus, nous allons donc nous intéresser à ces « villes de l’eau  », fabriquées grâce à cet élément qui les fait vivre. Mais alors, quels sont les traditions chinoises en terme d’urbanisme et de paysage ? Peut-on les intégrer à la conception des villes actuelles ? Comment les « villes de l’eau » sont elles construites ?

• Conserver les traditions dans un monde d’uniformité

« Dialogue inter-culturel ou simple coup commercial et immobilier ? L’apparition en Chine de villes ou de monuments occidentaux, copiés au détail près, pose beaucoup de questions sur la volonté du régime chinois de faire sortir de terres ces répliques architecturales. La tour Eiffel et ses immeubles haussmaniens, la ville écolo de Anting en Allemagne ou Florence en Italie y sont reproduits à l’identique. »64

Certains architectes expliquent ce phénomène par les changements dans la société chinoise et l’enrichissement des classes moyennes et supérieures. Ces projets se sont répandus jusqu’à Shanghaï, mais la ville a aujourd’hui adopté une nouvelle politique d’aménagement urbain. Il est intéressant de voir les influences culturelles : la Chine est en train de réapprendre à l'occident son rapport à la nature et à son corps médecine traditionnelle chinoise, méditation, pratiques énergétiques ou encore une fois le Feng Shui - à l’heure où l’occident rappelle à la Chine a ne pas oublier sa culture.

Tandis que l’apparence de plusieurs villes chinoises se transforment grâce à certains bâtiments majeurs, Shanghaï et son exposition universelle de 2010, est immergée dans quelque chose de bien plus profond : il s’agit d’une transformation de 64

Propos recueillis sur le site : www.slate.fr/lien/72595/chine-reproduit-villes-occidentales

63


sa structure physique qui reconsidère des relations fondamentales du paysage urbain. C’est dans la vitesse, l’échelle et la politique que se distingue la transformation unique de Shanghaï. L’agence Ter étudie certains phénomènes - physiques, économiques, sociaux et environnementaux - pour ainsi comprendre les processus complexes afin d’explorer de nouvelles possibilités vers le futur. C’est ici une approche bien différente que nous allons étudier, puisqu’il s’agit d’un concours concernant l’ancien site qui a été consacré à l’Expo Universelle 201065 .
 
 Comment transformer 200 ha d’expositions pour éviter l’abandon urbain à la manière jeux olympiques ? Comment proposer un parc urbain de l’eau en conservant les traditions chinoises ?

Lors de cette expérience de projet, il était intéressant de voir les différents aspects de la réalisation d’un concours d’urbanisme. Le but ici était finalement d’obtenir l’accord de la mairie de Shanghaï pour pouvoir concevoir ce projet qui fait partie du linéaire des 21 km, déjà conçu par l’agence Ter. En effet, il est pertinent de pouvoir travailler de façon homogène sur ce grand projet.

Coupe conceptuelle personnelle, réalisée pour le concours66

Ce site de l’Expo Universelle 2010 est dans le linéaire des 21 km de berges qui concerne le projet de recréation d’un parc urbain de l’eau 65

Cette coupe représente le fonctionnement d’une grande serre installée dans le parc. La première partie est une banque de graine, ensuite il y a une serre avec trois types de climat en Chine avec les plantes associées, et la dernière partie est un jardin botanique. La coupe se lit de droite à gauche. 66

64


A gauche, une vue d’ensemble sur le projet, agence Ter
 



 En bas, une perspective sur l’ambiance de ce futur parc de l’eau, en plein coeur de Shanghaï

65


• Processus de construction des « villes de l’eau »

« Dans la région autour de Shanghaï, l’eau a toujours été un élément essentiel. Il faut dire que cette région est humide, parsemée d’étangs, traversée par de grands fleuves dont le plus grand de tous, le Fleuve Bleu. Les habitants de la région du delta du Fleuve Bleu se sont adaptés et ont utilisé cette ressource à leur avantage, en construisant des canaux pour circuler et construisent leurs villages autour. Aujourd’hui, plusieurs villages ont été restaurés plus ou moins bien et on peut les visiter depuis Shanghaï. »67

C’est à partir des grandes villes de l’est de la Chine, qu’il est très facile de rejoindre ces « villes de l’eau ». Prenons tout d’abord l’exemple de la ville de Qibao68 . C’est un quartier de Shanghaï situé au sud ouest de la mégapole, qui se caractérise par une «  rue d’eau  ». On peut y observer un joli canal central dans la ville, et un pont typique des villes d’au de la région. Lorsqu’on regarde cette courbe d’eau traversant la petit ville, on ressent la lenteur qui imprègne ce village, donnant une certaine sérénité. Un autre village est intéressant a observé, il s’agit de Zhoujiajiao - également très facile d’accès depuis Shanghaï - et ses maisons blanches aux toits foncés. Aussi, Zhouzhuang est la plus ancienne de ces « villes d’eau » mais également la plus grande. On peut y voir des ruelles qui bordent les canaux et des ponts assez atypiques qui enjambent le cours d’eau. Enfin, Xitang reste l’un des plus beaux village d’eau de la région de Shanghaï. Des lanternes rouges donnent une atmosphère très chaleureuse sur le canal de jour comme de nuit. D’autres villages sont très typiques de cette culture traditionnelle chinoise des « villes de l’eau » comme Wuzhen ou Nanxun.


Propos recueillis sur le site : http://blog.imandarin.fr/index.php/voyage-en-chine/item/377-visiter-les-villages-deau-autour-de-shanghai-et-suzhou 67

68

C’est cette ville qui a inspiré les récits de Hergé pour l’écriture de Tintin au Lotus Bleu

66


Dans ces « villes de l’eau  », finalement c’est le calme et la sérénité de cet élément qui rythme la vie des habitants. Pas de voie principale encombrée de voitures, mais plutôt quelques barques silencieuses qui se déplacent lentement sur le cours d’eau.

Photographie d’un blog de voyage, indépendant

« Malgré la forte diversité physico-géographique des fleuves à l’intérieur des villes et celle des échelles des opérations, les villes fluviales sont confrontées à un certain nombre de problèmes et d’enjeux communs. Tout aménagement des bordures d’eau présuppose d’abord une protection contre le fleuve dont les crues peuvent toujours représenter une menace, une dimension prise en compte par les différents plans bleus (législation occidentale) en collaboration avec les gestionnaires des voies d’eau. Au coeur de toutes les réflexions sur l’aménagement des berges figure aussi la question de la circulation qui nécessite une révision des schémas d’accessibilité et une détournement 67


des flux de trafic automobile à l’approche des rives aménageables. Les axes de circulations le long des fleuves, hier encore considérés comme offrant de multiples facilités et qui ménageaient même des perspectives privilégiées sur le fleuve, sont aujourd’hui bannis selon une nouvelle conception misant sur la qualité récréative de ces espaces « naturels » en contact avec la ville. »69

C’est finalement avec ces petits villages historique, de la région de Shanghaï, que l’on comprend la qualité d’un espace à travers la ville au regard de l’eau. Il est possible d’avoir un mariage entre l’urbanité et son paysage.

Photographie montrant l’ambiance diurne de ces villes de l’eau, presse chinoise

Il est évident de comprendre aujourd’hui le rôle des urbanistes, des paysagistes, des architectes et de tous ceux qui participent à la construction des villes de demain: la gestion du risque et de l’incertitude, l’augmentation de la résilience des populations face au changement climatique, l’atténuation des dangers grâce à l’adaptation.

Propos recueillis sur le site : www.cdu.urbanisme.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/ fleuvedanslavilleaveccouv_cle24aafe.pdf 69

68


CONCLUSION Ce travail a fait l’objet d’une réflexion sur la place que l’eau peut occuper dans le processus de fabrication des villes à travers le paysage. Cette étude menée dans le temps, s’est portée sur deux pays très différents par leurs cultures, et qui pourtant s’apportent beaucoup : la France et la Chine.

« Autrefois, le fleuve était un élément fort et structurant du développement urbain, des quartiers environnants et de l’animation de la ville. Avec l’abandon des activités générées par le fleuve, sa centralisé se perd et l’organisation première de la ville n’est plus lisible. Néanmoins, le fleuve conserve un capital symbolique fort et constitue une ligne de repère fondamentale pour l’orientation et la perception urbaine. La récupération des berges et des espaces portuaires délaissés comme lieux urbains, le retournement de la ville vers son fleuve peuvent ainsi être mis à contribution pour redonner de la ville et un élément privilégié du paysage urbain. Leur valorisation représente des enjeux multiples pour la ville et le développement local. »70

L’eau est un enjeu qui nous concerne tous. En effet, nous avons vu dans ce travail que le dérèglement climatique tend à modifier les approches dans la construction des villes de demain. Architectes, urbanistes et paysagistes sont aujourd’hui dans une transition d’idéologies, de théories et de philosophie pour repenser et panser les aménagements urbains paysagers. A la manière d’un médecin qui cherche comment guérir ses patients, l’urbaniste va établir un diagnostic de la situation pour réinventer la ville. Le fleuve est au coeur de beaucoup de questionnements à l’heure actuelle dans le monde de l’urbanisme. C’est un sujet que j’avais déjà abordé à l’IATU avec le projet de paysage sur la commune de Saint-Louis de Montferrand. A la suite de ce travail, mon stage au sein de l’équipe de l’agence Ter n’a fait qu’approfondir mon étude sur l’eau.

Propos recueillis sur le site : www.cdu.urbanisme.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/ fleuvedanslavilleaveccouv_cle24aafe.pdf 70

69


L’Agence Ter m’a permis de vivre une expérience forte et de découvrir le monde professionnel du paysage. Le travail en autonomie m’a permis de développer une volonté de propositions sur les projets. Cependant, le travail dans une grande agence comme celle-ci n’est pas toujours en adéquation avec l’image que je me fais des métiers de l’urbanisme et du paysage. En effet, je pense que dans ce milieu, l’écoute et la concertation ne sont pas négligeables. Même si l’agence Ter est une grande famille, il est parfois difficile de prendre le temps de réfléchir ensemble dans le processus de conception d’un projet. En revanche, cette expérience m’a appris que dans la réalisation et la réflexion d’un projet, la remise en question est sans cesse présente, le plus dur étant de faire des choix. Le duo entre orient et occident a fait l’objet de nombreux désaccords qui ont fini par devenir des atouts pour proposer un aménagement qui correspond au mieux aux attentes de chacun. C’est donc à Shanghaï que les aménagements de berges s’inscrivent dans un programme de 21 km de berges de restructuration et de régénération urbaine. Ce stage m’a permis de comprendre que le fleuve peut jouer un rôle d’axe fort dans un espace urbain. Grâce à ces nombreuses modifications d’espaces publics, Shanghaï a su rebondir pour améliorer son rapport au fleuve et ainsi devenir une mégapole qui tente de retrouver un cadre de vie agréable sans oublier sa culture orientale.

« La difficulté actuelle d'éclaircir le concept de paysage n'est pas sans rapport avec une libération progressive et vraisemblablement illusoire des contingences territoriales. La terre n'est plus l'unique fond de nos nécessités et nous sommes entrés dans le théâtre des signes et des images en ne sachant plus comment rejoindre la consistance du monde. La réalité sensible s'efface derrière l'écran de nos représentations. Les sciences, et celles du paysage notamment, ont elles-mêmes largement contribué à cette désaffection; elles ont tranché dans la réalité pour constituer des isolats; elles ont, de ce fait, rompu les distributions, désarticulé les montages; elles ont tari la source de tous les indices du paysage, celle qui jaillit entre les phénomènes, dans l'intervalle où s'établissent les flux et les correspondances. Le paysage n'est pas

70


réductible aux apparences et, sans doute, règne-t-il entre les choses comme principe de foisonnement et comme puissance nouante. »71

Ce fût tout à fait enrichissant de travailler sur un pays comme la Chine, puisque son approche poétique et sensible sur le paysage, est une philosophie de vie voire même une spiritualité que j’entretiens depuis plusieurs années. Chaque culture a ses raisons de penser le monde d’une manière où d’une autre, le tout est d’accepter ces différences et de tenter de les comprendre pour en créer des atouts. Cette échange culturel qui s’est opéré au cours de ce travail, était bien évidemment présent durant le stage. C’est une richesse qu’il est possible d’avoir aujourd’hui dans ces métiers et qu’il est important de nourrir pour répondre aux enjeux actuels pour les générations futures.

Finalement, nombreux sont les thèmes qui méritent d’être abordés au regard de l’eau. En effet, après avoir étudié l’approche urbaine à travers le paysage de l’eau en Chine et France, quand est-il des autres pays ? Aussi, quand est-il des milieux ruraux extrêmement touchés par le dérèglement climatique qui affecte la ressource en eau ?
 Je ressens aujourd’hui, à la fin de ce mémoire, le besoin de poursuivre cette réflexion et cette étude autour de la problématique de l’eau dans l’urbanisme et le paysage.

Propos recueillis sur le site : http://www.cdu.urbanisme.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/ fleuvedanslavilleaveccouv_cle24aafe.pdf 71

71


BIBLIOGRAPHIE > OUVRAGES DE REFERENCES:

• APU, Atelier Parisien d’Urbanisme. Paris, métropole sur Seine. éd. Textuel, 2010 • BENJAMIN, Walter. Paris, capitale du XIXème siècle. éd. Allia, 2003 • BERQUE, Augustin. Milieu et identité humaine. éd. Donner Lieu, Paris, 2010 • BERQUE, Augustin. Les raisons du paysage de la Chine antique aux environnements de synthèse. éd. Hazan, 2000 • BOOKCHIN, Murray. Qu’est-ce que l’écologie sociale ? éd. Atelier de création libertaire, 2012 • GEDDES, Patrick. Città in evoluzione. éd. Il Saggiatore, 1970 • GIDDENS, Anthony. Fondamenti di sociologia. éd. Il Mulino Manuali, 2006 • HAMMAN, Philippe. Lévy Jean-Pierre et Hajek Isabelle. De la ville durable à la nature en ville: entre homogénéité urbaine et contrôle social, regards croisés nord-sud. Presses universitaires du Septentrion, 2015 • ICI Consultants. Ville perméable - L’eau, ressource urbaine. éd. ICI Interface, 2016 • LAZENBY, Gina. La Maison Feng Shui, la décoration du bien-être. éd. Flammarion, 2010 • LES CARNETS DU PAYSAGE. Le paysage comme espace public. éd. Acte sud, 1998 • LES CARNETS DU PAYSAGE. Sacré. «éd. Acte Sud & ENSP de Versailles, 2017 • MAGNAGHI Alberto. La Biorégion urbaine, petit traité sur le territoire bien commun. éd. Eterotopia, 2014 • MASBOUNGI, Ariella. Le plaisir de l’urbanisme. éd. Parenthèses, 2016 • MASBOUNGI, Ariella. Breda, faire la ville durable. éd. du Moniteur, 2008 • MASBOUNGI, Ariella. Projets urbains durables: stratégies. éd. du Moniteur, 2012 • PIGEAT, Jean-Paul. Que d’eau ! Que d’eau ! Conservatoire International des parcs et jardins et du paysage. 1997 • SHANNON, Kelly. DE MEULDER, Bruno. Water Urbanisms East. éd. Park Book, 2008 • SHANNON, Kelly. DE MEULDER, Bruno. Water Urbanisms. éd. UFO SUN, 2008 72


• TER, Agence. Henri Bava, Michel Hoessler, Olivier Philippe. Territoires, révéler la ville par le paysage. éd. Lisa Diedrich, 2009 • TER, Agence. Henri Bava, Michel Hoessler, Olivier Philippe. 357 824 ha de paysages habités. éd. AAM, 2012 • TER, Agence. Henri Bava, Michel Hoessler, Olivier Philippe. Eaux, Strates, Horizons. éd. Quart Lucerne, 2001 • WALDHEIM, Charles. The Landscape Urbanism Reader. éd. Princeton Architectural Press, 2006

> ENTRETIENS:

• HUBERT, Namgyel. Ingénieur paysagiste & urbaniste à l’Agence TER. Chargé de projet « Shanghaï 21km » • HUANG, Mingli. Architecte HMONP & urbaniste à l’Agence TER. Chargée de projet « Shanghaï 21km »

> LECTURES DIVERSES:

• ARTHUS-BERTRAND, Yann. 6 milliards d’autres. éd. de la Martinière, 2015 • ARTHUS-BERTRAND, Yann. Human. éd. de la Martinière, 2015 • CALLEBAUT, Vincent. Paris 2050, les cités fertiles face aux enjeux du XXIème siècle. éd. Michel Lafon, 2015 • CONRAN, Terence. Eco-Maison. éd, Grund, 2010 • GAZZOLA, Antida. Uno sguardo diverso, la percezione dello spazio natural e costruito. éd. Franco Angeli, 2011 • GAZZOLA, Antida. Trasformazioni urbane, società e spazi di Genova. éd. Liguori, 2003 • JOHNSON, Béa. Zéro déchet. éd. Les arènes, 2013 • KOOLHAAS, Rem. Junkspace, repenser radicalement l’espace urbain. éd. Manuels Payot, 2011

73


• LEFORT, Isabelle - THULEAU Alain. L’Atlas de la planète positive. éd. LLL (Les Liens qui Libèrent), 2015 • MONOD, Théodore. Le chercheur d’absolu. éd. Gallimard, 1997 • NIEMEYER, Oscar. Il mondo è ingiusto. éd. Mondadori, 2012 • PANERAI, Philippe. Analyse urbaine. éd. Parenthèses, 2012 • PRAT, Georges. Architecture invisibles. éd. Arkana Vox, 1999 • RABHI, Pierre. Manifeste pour la terre et l’humanisme. éd. Colibris, 2008 • RABHI, Pierre. Part du colibri: l’espèce humaine face à son devenir. éd. de l’autre, 2012 • REEVES, Hubert. Mal de Terre. éd. Points, 2015 • ROBIN, Marie-Monique. Sacrée croissance ! éd. la Découverte, 2014 • TANIZAKI, Junichiro. Eloge de l’ombre. éd. Verdier, 2011 • ZEVI, Bruno. Apprendre à voir l’architecture. Les éditions de minuit, 1959 • ZUMTHOR, Peter. Atmosphères. éd. Birkhaüser, 2008

> REVUES:

• Architecture à Vivre • EK • GEO • La Revue de l’Urbanisme

74


ANNEXES • Réglementation sur l’eau : EUROPE Directive cadre EAU
 La directive 2000/60/CE du 23 octobre 2000 (DCE) > établit un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l’eau et fixe plusieurs objectifs : - atteindre un bon état des eaux en 2015 - réduire progressivement les rejets émissions ou pertes pour les substances prioritaires -supprimer les rejets d’ici à 2021 des substances prioritaires dangereuses La directive 2006/11/CE du 15 février 2006 > concerne la pollution causée par certaines substances dangereuses déversées dans le milieu aquatique > définit deux listes de substances dangereuses et imposent aux Etats membres de prendre des mesures appropriées pour éliminer la pollution des eaux par les substances dangereuses relevant de la liste I et pour réduire la pollution des eaux par les substances relevant de la liste II FRANCE La loi sur l’eau et les milieux aquatiques du 30 décembre 2006 > son ambition est de permettre d’atteindre les objectifs de la DCE en particulier le retour à un bon état des eaux d’ici 2015 > réforme plusieurs codes Le code de l’environnement Chaque projet a des incidences « potentielles  » sur l’environnement et notamment sur les milieux aquatiques. C’est pourquoi il pourra être soumis au code de l’Environnement qui fixe, dans article L. 211-1, le principe d’une gestion équilibrée de la ressource visant à : - protéger et à restaurer les écosystèmes aquatiques et les zones humides - protéger contre les pollutions les eaux superficielles et souterraines - préserver et développer la ressource en eau - lutter contre les inondations Le code civil 75


Les propriétaires ne doivent pas : - modifier l’écoulement naturel sur le fond inférieur (quantitativement et qualitativement) - détourner les eaux de l’amont dans le but de se protéger et donc de modifier les écoulements sur des parcelles voisines - faire obstacle aux écoulements et entraîner un stockage sur la parcelle amont - faire s’écouler directement sur les terrains avoisinants les eaux de pluies recueillies. Ces eaux doivent être conservées, ou s’écouler sur la voie publique sans qu’elles n’engendrent de gêne Le Code Général des Collectivités Territoriales Les communes ou leurs établissements publics de coopération doivent établir, entre autres, un zonage d’assainissement pluvial définissant : - « les zones où des musées doivent être prises pour limiter l’imperméabilisation des sols et pour assurer la maîtrise du débit et de l’écoulement des eaux pluviales et de ruissellement » ; - «  les zones où il est nécessaire de prévoir des installations pour assurer la collecte, le stockage éventuel et, le traitement des eaux de pluie et de ruissellement lorsque la pollution qu’elles apportent au milieu aquatique risque de nuire gravement à l’efficacité des dispositifs d’assainissement » La loi du 21 avril 2004 (loi de transposition de la DCE) > renforce la portée juridique du SDAGE (Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux) et des SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux) par des modifications du code de l’urbanisme (articles L 122-1, L 123-1 et L 124-2) : les documents d’urbanisme (SCOT, PLU et carte communale) doivent être compatibles avec les orientations définies par le SDAGE et les objectifs définis par les SAGE. En outre, le PPRI (Plan de Prévention du Risque Inondation) crée des servitudes d’utilité publique intégrées dans le PLU auquel toute demande de construction doit être conforme. Il en est de même pour tous les zonages à valeur réglementaire.

76


• Projet Boulogne-Billancourt :

77


78


• Projet Shanghaï, 21km :

79


Ce mémoire est un travail sur les problématiques de l’eau - plus particulièrement le fleuve - et son rapport à nos villes. Il s’agit également d’étudier l’urbanisme à travers le paysage qui apporte un cadre de vie. C’est une comparaison entre l’orient et l’occident à travers deux villes qui m’ont marqué : Paris, mon lieu de stage à l’agence Ter et Shanghaï, lieu de conception d’un projet d’aménagement de berges sur lequel j’ai travaillé.

Mots clés : fleuve - urbanisme - paysage - orient - agence ter

80

Le Fleuve et La Ville - De Paris à Shanghaï  
Le Fleuve et La Ville - De Paris à Shanghaï  
Advertisement