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Khadidja 37 ans 37

"Après le mariage, c’est devenu un autre homme. Il fermait la maison à clé, refusait de sortir ou de manger avec moi. Je me sentais nulle et coupable. J’ai fini par ne plus manger et par être hospitalisée. Il a fini par me faire quitter le domicile conjugal, et j’ai peur que cela se retourne contre moi. J’ai porté plainte mais je n’ai pas de preuves. J’ai eu moins de « chance » que d’autres victimes parce que je n’ai pas été frappée. Personne n’a voulu m’héberger ensuite. J’ai décidé de m’assumer seule, avec l’aide de médecins, d’éducateurs, de juristes, et du centre d’hébergement, où j’ai été très entourée et ai repris confiance en moi. J’ai encore beaucoup de problèmes de santé. Aujourd’hui, j’exprime à travers la peinture les sentiments que je ressens." "After the wedding, he became a different man. He used to lock the door and wouldn’t go out with me or eat with me. I felt stupid and guilty. I stopped eating and ended up in hospital. He made me leave home and I am afraid that will backfire on me. I filed a complaint against him but I didn’t have any proof. I wasn’t as “lucky” as other victims he didn’t beat me. Then nobody wanted to take me in. I decided to take my life into my own hands and with the help of doctors, social workers, lawyers and the shelter for women, where I was in very good company, I regained my self-confidence. Now I express my feelings through my painting."


Micaela

34 ans, employée de maison 34, employee

"Pendant six ans, jour après jour, il m’a frappée. Il m’a ouvert le crâne, cassé le nez, brûlé le bras avec une cigarette. Je me suis enfuie en Espagne avec ma fille sous le bras et mes quelques papiers. J’ai dû abandonner mon garçon, dont je suis sans nouvelle depuis huit ans. J’ai sombré dans la dépression, j’ai perdu mon travail, on m’a retiré la garde de ma fille qui a été victime, à son tour, de violences. Qu’ai-je fait pour mériter cela ? Pourquoi la vie s’acharne-t-elle maintenant sur ma fille ?" "For six years, day after day, he would hit me. He split my head open, broke my nose, burnt my arm with a cigarette. I ran away to Spain with only my daughter under my arm and my papers. I had to leave my son behind and I’ve had no news of him for eight years. I had a breakdown, lost my job and they took my daughter away. She has become a victim of violence too. What did I do to deserve all this? What did my daughter do to deserve the same fate?"


Sherine 31 ans 31

"Nous nous étions mariés par amour. Quelques temps après, il m’a séquestrée à la maison et frappée. Il m’a violée et m’a forcée à avoir des relations sexuelles que je ne voulais pas. J’étais couverte de bleus. Après m’avoir frappée, il fermait la porte à clé et partait. Il menaçait de bloquer mes papiers. Je voulais lui donner une chance encore, parce que je l’aimais. Aujourd’hui, je suis accueillie dans un centre d’hébergement d’urgence, sans pouvoir en sortir. Mon mari continue à me menacer et cherche à me récupérer. Il a escaladé la façade. Il attend dehors. Quand je sais qu’il est là, je tremble comme une feuille. Ce que je veux aujourd’hui, c’est retrouver mon fils." "We got married because we were in love. Some time later, he started locking me in the house and hitting me. He raped me and forced me to have sexual relations which I did not agree to. I had bruises everywhere. After beating me he would go out and lock me in. He threatened to stop me from getting my papers. I wanted to give him another chance because I loved him. Today I live in an emergency shelter and I am afraid to go out. My husband is still threatening me and trying to get me back. He has scaled the wall. He waits outside. Just knowing he’s there makes me shake like a leaf. All I want now is to get my son back."


Nassira 34 ans 34

"J’ai besoin de témoigner au nom des femmes victimes. La femme est l’avenir de l’homme. On lui doit respect. Je rends hommage aux hommes sans qui nous ne sommes rien. Nous ne pouvons enfanter que grâce à l’homme. Je dois être à l’abri du prédateur. J’ai peur parfois. Je suis perdue un peu moi-même. Je suis fatiguée, lasse. Mais je sais que j’ai besoin d’un amour nouveau, de tendresse, d’affection, de partage, de bien-être. Il faut de la solidarité entre les hommes et les femmes. " "I need to speak up for women victims. Women are the future of men. They deserve respect. But without men we are nothing either. It is thanks to them we can have children. I need to feel safe from predators. Sometimes I feel scared… lost… so tired and weary. But I know I need a new love, kindness, affection, sharing, being happy again. Men and women need each other’s support."


Une nouvelle vie commence A new life starts L’heure est venue de quitter le centre d’hébergement d’urgence pour un nouveau départ. Dans son logement, il faut réapprendre à mener une vie autonome, loin des résidentes du centre. The time has come to leave the shelter and make a fresh start. She has to get used to fending for herself again in her new home, far from the other people at the shelter.


Sonia

51 ans, auxilliaire de vie 51, assistant nurse

"J’ai quitté mon mari violent il y a 14 ans. Je suis partie à l’époque - avec mes trois jeunes enfants - pour ne pas mourir. Mon mari a été jugé irresponsable à l’époque des faits. Cela a été terrible pour moi d’apprendre qu’aucune charge ne serait retenue contre lui et qu’il ne serait pas condamné, mais plus terribles encore furent les mots de son psy estimant c’est moi qui devrait être punie pour ce que je lui faisait endurer. Il a juré de me tuer lorsque mon plus jeune fils sera majeur. J’y pense de plus en plus souvent depuis que cette échéance approche mais cela ne m’empêche pas de vivre. Je ne ferai plus jamais confiance à un homme, mais la vie reprend toujours le dessus. Je suis aujourd’hui membre d’une association d’aide aux femmes victimes de violences. Si, par mon témoignage, une seule femme trouve le courage de partir et de se battre, ce sera pour moi un peu de baume sur une blessure qui ne guérira jamais." "I left my violent husband 14 years ago, taking my three young children with me, because it was a matter of life or death. My husband was judged irresponsible for his acts at the time. It was horrifying to realise that no charges would be upheld against him and he would not be convicted. But even worse were the words of his psychologist who thought that I should be punished for what I’d made him go through. He swore that he would kill me as soon as my youngest son turned 18. I think about it more and more since that date is getting closer but it doesn't stop me from living. I will never trust a man again but life always goes on. Today, I am a member of a victim support association – if my testimony gives just one woman the strength to leave and to fight, it will slightly sooth a wound that will never heal. "


Anna

35 ans, employée 35, employee

"Nous vivions ensemble depuis sept ans. Les violences verbales ont commencé au début de ma grossesse. Il a tout fait pour m’éloigner de mes amis et de ma famille. Je n’avais pourtant rien à me reprocher. Lorsqu’il m’a frappée pour la troisième fois, je me suis enfuie avec mon enfant. Une collègue de bureau m’a recueillie. J’ai été mise en relation avec l’association SOS Femmes Solidarité. C’était le seul lieu sécurisé où je pouvais raconter mon histoire sans risque de représailles, sans honte. J’avais une peur terrible de rencontrer mon ex-mari à la sortie du travail, à la crèche, au coin de la rue ou même au pied de l’immeuble où je vivais, même s’il ne connaissait pas ma nouvelle adresse. Après le divorce et la condamnation pour violences et menaces de mort, j’ai tourné la page et fermé la porte. J’ai pu renouer une relation de confiance avec un homme que je connaissais de longue date. C’était lui et pas un autre. Il y a toujours de l’espoir. Il y a une vie après cet enfer." "We had been living together for 7 years. The verbal aggression started at the beginning of my pregnancy. He did everything he could to keep me away from my friends and family. Yet I had done nothing wrong. When he hit me for the third time, I ran away with my child. A work colleague took me in, and I was put in touch with the “SOS Femmes Solidarité” association. It was the only safe haven where I could tell my story without fearing reprisals or feeling ashamed. I was terrified of running into my exhusband when leaving work, at the nursery, at the end of the street or even in front of the block of flats where I live, even though he didn't know my new address. After the divorce and after he had been sentenced for violence and death threats, I turned the page and put it all behind me. I have been able to rebuild a trusting relationship with a man I had known for a long time – he was the one for me. There is always hope. There is a life after this hell."


Flora

35 ans, fonctionnaire 35, civil servant

" La danse nous avait réunis. Puis elle est devenue prétexte à jalousies. Les insultes, les propos dénigrants, les tentatives d'isolement, les menaces et les violences physiques ne faisaient pas partie de notre rencontre, j'ai pourtant du y faire face. J'ai pour cela consulté une association d'aide aux victimes, SOS femme solidarité, qui m'a beaucoup aidée tant moralement que pour ma protection. Après notre séparation, j'ai du fuir mon appartement suite à des menaces de mort. J'ai connu la vraie peur, celle où l'on tremble de la tête aux pieds par peur de mourir, d'être défigurée à vie ou de devenir invalide. Et pourtant nous étions alors séparés et j'avais porté plainte. Sans obligation de suivi, je me demande quels seront ses prochains passages à l'acte et sa prochaine victime. Ces clés sont aujourd'hui le symbole de l'appartement dans lequel je dors en sécurité. J'ai pu entrer dans une nouvelle histoire. " "Dancing brought us together. But then it provided an excuse for jealousy. There were no insults, degrading comments, attempts to cut me off from others, threats or physical violence when we first met, but they soon came. To cope with them, I contacted a victim support association, SOS Femme Solidarité, who helped me a great deal, both morally and materially. After we broke up I had to move out of my flat because he had sent me death threats. I experienced real fear – the type where you shake from head to foot for fear of dying, being disfigured for life or being disabled. And yet we had separated and I had reported him to the police. If he isn’t supervised, I wonder what offences he will commit next and who his next victim will be. These keys symbolise the flat where I can sleep safely now and have been able to start a new life."


Leila "Aujourd’hui, je vais de foyer en foyer. Lui est tranquille à la maison." "Today I drift from shelter to shelter while he sits comfortably at home."


Centre d’hébergement d’urgence Regain Regain emergency shelter Le centre d’hébergement d’urgence Regain de Strasbourg accueille 23 femmes et enfants, qui vivent en collectivité, volets mi-fermés pour les protéger. Souvent elles ont tout perdu et doivent recommencer à zéro. Le provisoire peut durer des mois. The Regain emergency shelter in Strasbourg houses 23 women and children, living as a group, behind half-closed blinds to protect them. In many cases they have lost everything and have to start again from scratch. Makeshift solutions can last for months.


Sur le chemin de l'école On the way to school Même dans des situations d’urgence, l’intérêt de l’enfant doit être sauvegardé. Il est important de garantir le droit de l’enfant à une scolarité normale. Even in desperate situations, the child’s interests must be safeguarded. It is important to guarantee the right of the child to a normal school-life.


Melek

25 ans, aide cuisinière 25, assistant cook

"Aujourd’hui, j’attends le procès pour qu’il soit jugé et emprisonné. Il s’excuse et il veut que je revienne. Mais il n’en est pas question. Je me suis fait taper par mon mari, mais aussi par mes beaux-parents pendant dix ans. Je ne suis jamais sortie de la maison pendant toutes ces années, sauf pour me rendre à mon travail, et toujours en présence de mon mari. J’en ai marre. Tous les jours je pleure et je pense à mes deux enfants. Je suis fatiguée mais je vais gagner. J’ai gravi une première marche en venant au centre d’hébergement, une seconde en trouvant un travail. Je veux encore gravir d’autres marches : récupérer mes enfants, trouver un appartement et être tranquille. À la fin, c’est moi qui vais gagner, pas mon mari." "Today I am waiting for the trial so that he can be judged and imprisoned. He says he is sorry and wants me to come back. There is no way that is going to happen. I was beaten by my husband but also by my parents-in-law for ten years. For all those years I never left the house except to go to work, and always accompanied by my husband. I’ve really had enough. Every day I cry and think of my children. I am tired but I am going to win through. I managed the first step by coming to the refuge and a second one by finding work. I want to go on from there: get my children back, find a flat and have a quiet life. In the end it is me who is going to win, and not my husband."


Martine

50 ans, employée 50, employee

"Il m’a laissé crever comme un déchet. J’ai déjà porté plainte en 2004 mais en l’absence de témoin, c’était ma parole contre la sienne. À quoi bon porter plainte ? La confrontation a été épouvantable. Bien sûr, je perdais les pédales. Lui restait sûr de lui. C’est un manipulateur, courtois, correct, serviable en société. À la maison, jamais rien, aucune sortie. Il suffisait d’un regard de travers pour que tout vole. Je suis défigurée et je porte encore les traces de ses mains sur mon cou. Je suis anéantie aujourd’hui. Je ne vois plus rien autour de moi. Je veux qu’il y ait une sanction. La non poursuite les encourage à continuer. Malgré tout, j’ai aimé mon mari et ça me fait souffrir." "He left me for dead like a piece of rubbish. I had already lodged a complaint in 2004 but there were no witnesses, and it was my word against his. What was the point of pursuing it? The stand-off between us was horrible. Of course, I was losing it, and he was sure of himself. He is manipulative, always polite, kind and decent in the company of others. At home, there was nothing, no way out. I only had to look at him the wrong way for him to kick off. I am disfigured and I still have the marks of his hands on my neck. Today I am in pieces. I don't see any of the things around me any more. I want him to be punished. Not prosecuting them only encourages them to carry on. Despite everything, I loved my husband and that made me suffer"


Christine, 43 ans, décédée le 23 février 2007 des suites des violences subies par son mari. Christine, 43, died on 23 February 2007 as a result of violence by her husband.

Stop domestic Violence against Woman  

Exhibition by Sandro Weltin, Council of Europe It starts with screams and must never end in silence. In present-day Europe, thousands of wom...