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WATER TO WATER


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Water to Water Sandrine Gutierrez Mémoire de Bachelor Sous la direction de Marie Velardi édhéa 2020


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pour commencer en motio

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daphnia broute o

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roni horn, identity is a river aesthesis

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water to water

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une conclusion

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remerciements

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bibliographie

annexe

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P O U R

C O M M E N C E R

L’eau qui coule l’eau qui tombe l’eau qui s’étend l’eau qui se répand l’eau qui noie l’eau qui fait des vagues l’eau qui bout l’eau qui s’évapore l’eau qui disparait l’eau qui détrempe l’eau qui manque l’eau qui empoisonne l’eau qui stagne l’eau qui jaillit l’eau qui irrigue l’eau qui nous constitue.

Il y a quelques temps, j’ai découvert la démarche de Karen Houle, pour l’écriture de son ouvrage The Grand River Watershed, a Folk Ecology, publié en 2019, en visionnant une conférence traitant de la narration et des enjeux environnementaux à laquelle participait Emilie Hache.1 Karen Houle est est professeure à l’Université de Guelph, au Canada. Diplômée en sciences du vivant (biologie et chimie) et en sciences humaines (philosophie), elle est notamment spécialiste d’écopoétique, et poétesse. Elle a vécu trois mois en résidence à la North House au nord de Cambridge (Canada), près de la rivière Grand, avec l’intention d’y écrire des poèmes. Elle n’a pas emmené avec elle un travail entamé dans l’intention poursuivre sur place, car elle explique qu’étant donné l’histoire des relations coloniales-autochtones du lieu, elle considérait qu’y aller en « utilisant simplement la beauté de l’endroit et son calme pour s’inspirer en tant qu’artiste serait une attitude colonialiste grossière ».2 Au contraire, elle a souhaité réfléchir à la manière d’entrer réellement en dialogue avec le lieu. Elle a naturellement commencé par le découvrir en pratiquant des marches, le parcourant, observant le milieu. Malgré tout, il lui a semblé que son regard, sa compréhension restaient en quelque sorte superficiels. Qu’il lui manquait des outils pour dialoguer vraiment avec l’endroit.

1 Émilie Hache est une philosophe et autrice française, spécialisée en écologie politique et philosophie pragmatique, dont les travaux s’articulent notamment autour de l’écoféminisme. 2 Propos repris et traduits depuis une interview pour le journal littéraire en ligne Queenmobs. https://queenmobs.com/2019/10/interview-karen-houle/

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Elle est alors entrée en contact avec des scientifiques réalisant des études sur ce milieu, intéressée à connaître leurs approches et observations. Elle a notamment pu prendre connaissance de leurs rapports écrits. La lecture de ces documents lui a permis d’entrer plus profondément en relation avec le terrain, et elle dit avoir trouvé au sein de ceux-ci des formes de poésies magnifiques.1 Pour articuler des poèmes qui appréhendent la complexité du bassin-versant de la rivière Grand dans le sud de l’Ontario, des sources de pensée issues de différents domaines scientifques sont maniées. Elle utilise des fragments décomposés bruts extraits de ces sources d’inspiration scientifiques et compose ses poèmes en juxtaposant des éléments parfois discordants, dressant un portrait complexe et profond de la rivière. 7

Ayant décidé pour ce mémoire de m’intéresser de près à l’eau, d’en faire une observation, une ré-observation, de re-conscientiser mon rapport à elle, je me suis inspirée de sa démarche. Je mêle dans ce travail différents types d’attention afin de construire une narration faite de plusieurs voix, de fragments interconnectés. Perceptions sensibles, analyses scientifiques, approches artistiques, écrits philosophiques ou poétiques, personnels ou empruntés à des auteuricexs2 dont les textes nourrissent ma recherche.

1 Résumé de ses propos lors de la conférence. https://www.canal-u.tv/video/ehess/entre_narrations_et_enjeux_environnementaux.19152 2 Dans ce mémoire, lorsque une écriture utilisant des expressions épicènes n’est pas privilégiée, je choisis d’utiliser une écriture inclusive sans points médians, joignant à la suite la forme masculine et féminine d’un mot et ajoutant le «x» désignant l’inclusivité des personnes transgenres, intersexes, non binaires. L’écriture inclusive ne possédant en effet par encore de règles strictes établies et étant encore en mouvement, je choisis d’opter ici pour les formules qui sont communément usitées dans les collectifs et mouvements sociaux desquels je fais partie.

Je propose notamment un regard à partir de l’oeuvre de Roni Horn, artiste ayant travaillé autour de l’eau dont le discours m’intéresse particulièrement pour sa nature sensible, ses mises en perspectives identitaires et politques. Le récit principal de ce mémoire a été écrit à partir de ma propre attention perceptive mêlée à des extraits tirés d’un rapport et d’une thèse scientifiques sur les eaux du lac Léman.3 Ici, les textes en italique non légendés sont des parties isolées de ces rapports que j’ai souhaité integrer tels quels à la matière de ce récit afin d’en approfondir et d’en faire évoluer la substance.

3 Rapport de communication pour la protection des eaux du Léman contre la pollution, CIPEL, Campagne 2018 Thèse de doctorat de Régis Kottelat, sous la direction de Dominik Janusz, Caractérisation physico-chimique de microcosmes alimentés encontinu et leur utilisation dans l’étude des voies d’exposition de Cd etCr (III) chez «Daphnia magna», UNIGE, 2008


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E N

M O T I O


Je vous sens. Vous êtes là. Avec vos angoisses, vos maux de ventre, le rêche de vos doigts, vos frissons, vos cœurs dégonflés, vos algues à la place des bras, qui ne savent plus bien empoigner, serrer, saisir. Je vous vois, avec vos sourires agrippés à la falaise, vos yeux jamais vides, vos narines qui palpitent et la peau qui est rouge ou pâle, qui voudrait se laisser caresser. 9

Je vous entends avec vos cris à peine retenus, vos sarcasmes tièdes et fatigués, vos mots doux aussi, et vos murmures dégoulinant d’envies. Je prends tout. Il y a tout ça qu’il faudrait que ça coule, que ça gicle, que ça saute, que ça inonde, et que ça fasse des bulles. Tout ça, que ça explose. Et puis de la fumée.


D A P H N I A B R O U T E

Je suis le courant. Il y a un son continu, comme un grésillement humide qui coule sans interlude dans mes oreilles. Le son de toutes ces gouttes qui avancent en essaim vers la suite des choses, en s’éclatant pour certaines contre les rochers, devenant de plus petites gouttes encore, se séparant de la meute. J’entends que cela vient de bien plus loin que je ne peux voir, et que je ne pourrais pas courir assez vite et longtemps pour rattraper l’endroit où l’écoulement se termine ; d’autant que ça coule en même temps que je suis, à tous les endroits d’avant et d’après. Fatalement, me voilà en avance ou en retard.

Les rochers, selon qu’ils sont secs ou trempés, changent de couleur, ou peut être seulement de ton. L’essaim les rend plus denses. Plus brillants et plus sombres. Ils absorbent ce qu’il a amené, ce qui a été frôlé, emporté, délavé. La créature qui dévale le lit du courant n’a pas vraiment de couleur. En vérité, si je me fie à mes perceptions, je vois plutôt qu’elle donne aux matières d’autres surfaces, d’autres manières de briller, d’autres opacités, et parfois les efface, les dissimule. Je regarde un petit caillou posé sur la rive, sec. Lorsque je le saisis, je sens sa rugosité, sa granularité, il semble déposer une minuscule poussière sablonneuse à peine perceptible sur mes doigts. Je fixe un autre petit caillou recouvert par l’essaim et tends ma main pour le saisir w; mon geste est dévié, je dois exercer une pression de la gauche vers la droite et le petit caillou semble s’être rapproché, ou éloigné, j’ai de la peine à dire. Quand je le touche, le contact est comme légèrement poreux. La sensation de différence de texture, de température, de densité n’est pas prononcée.

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Je replonge mes yeux sous la surface miroitante. Je scrute entre les rochers, aperçois un tout petit être, d’un blanc translucide, avec des antennes aussi longues que son corps et des petites pattes qui s’agitent près de sa tête et de ses deux grands yeux noirs. Sa queue se recourbe un peu sous son ventre lorsqu’il se laisse flotter d’un petit rocher à son voisin. Je me demande jusqu’où il peut se laisser flotter. À l’exutoire du lac J’imagine toutes les communautés de petits êtres à carapaces molles et grands yeux qui agitent leurs sortes de mandibules en ce moment même, un peu plus loin. Calanides Eudiaptomus gracilis et Cyclops prealpinus et des cladocères Daphnia sp.Eubosmina sp.Leptodora kindtii et Bythotrephes longimanus... 11

Et d’autres minuscules crustacés qui, en existant, en avalant du phytoplancton, en n’existant plus et en n’avalant rien, colorent et décolorent la créature. J’observe l’immense cratère entre les montagnes. L’essaim s’y est installé. L’apparence est calme. Le mouvement léger à la surface semble recouvrir un abîme silencieux et presque arrêté, seulement traversé par quelques sombres créatures poissonnesques. À vrai dire, seule une partie de l’essaim s’attarde ici, le mouvement vers la suite des choses est bien là, simplement non-visible. Je n’entends plus le grésillement mou humide. Ici, la créature est silencieuse, sauf quand elle fait des vagues, et on entend alors ses éclats contre les pierres à intervalles réguliers. Cela peut dépendre du vent. Je reste un moment le nez planté vers le sol immergé à la recherche de petites choses animées.


Le zooplancton comprend deux principales classes : les crustacés et les rotifères. Il constitue un maillon majeur dans le fonctionnement de l’écosystème, car il est à la fois une source de nourriture pour les consommateurs secondaires et un facteur de contrôle de l’abondance et de la composition des communautés phytoplanctoniques. Daphnia Magna, cladocère filtreur, mange beaucoup, sa petite trompe à l’affût d’appétissantes particules en suspension. Chrysophycées, Cyanobactéries, Dinophycées, Zygophycées, Xantophycée, picocyanobactéries, grains d’argile, grains de plastique sédimentés ou non. Tout cela transporté et abrité par et dans la créature, participant à lui donner sa texture, à modifier ses teintes. Quand le lac n’est pas encore stratifié Certaines daphnies broutent, surtout en surface. Elles broutent goulûment. Parfois, quand je viens regarder le troupeau, sa surface est claire, j’aperçois le sol rocheux en son dessous. Parfois, je vois une matière, plus opaque, une couleur. C’est que les daphnies ne broutent pas toujours autant en chaque saison, ni selon qu’elles sont nombreuses ou pas. En juin, l’augmentation de la transparence résulte du broutage par une population de daphnies relativement abondante, qui conduit à une baisse de la biomasse phytoplanctonique. Les communautés de daphnies sont très présentes dans les espaces de la créature qui ne sont pas salés. Je ne les vois pas mais près de moi tous les jours des multitudes de daphnies meurent, naissent, flottent, nagent, nourrissent de plus grands qu’elles, broutent, rendent la créature plus claire. Partout dans de plus vastes espaces d’autres petits êtres aussi vivent, comme par exemple le Limacina Helicina.1 Ils permettent, en prenant en quelque sorte soin d’eux, à des écosystèmes variés de continuer à exister.

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Voir annexe page 92

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Lorsque la situation devient défavorable et que les réserves de nourriture risquent de manquer, les daphnies cessent de se reproduire et privilégient d’abord le maintien des individus déjà vivants. Elles broutent un peu moins, et ne se multiplient plus tant que la situation ne semble pas favorable à nouveau. Elles sentent et savent qu’il vaut mieux s’arrêter et prendre soin des vivantes avant de continuer à croître et se reproduir. Au début de l’hiver, les daphnies s’endorment pour toujours sur le sol, avec dans leurs ventres leurs œufs d’hiver, ceux qui ont été fécondés par des daphnies mâles. Ces oeufs écloront au printemps. des œufs « longue durée » appelés éphipies Le reste de l’année, Daphnia femelle se reproduit toute seule. Les daphnies mâles n’existent pas longtemps, seulement au début du printemps. 13

un mode asexué appelé parthénogenèse lorsque les conditions du milieu sont favorables Des oeufs se forment dans une poche, comme des minuscules perles noires, grandissent le lendemain. Un grand œil sombre se forme, un petit cœur prêt à propulser le liquide vital directement de toute part dans tout le corps de Daphnia, sans passer par un réseau de veines. Le troisième jour, jeune Daphnia est larguée au large. un mode sexué lorsque la nourriture ou la température sont défavorables Peut-on imaginer que Daphnia, si le climat continue à se réchauffer, que les hivers viennent à disparaître, se séparera alors définitvement de ses mâles ?


...

Baignade estivale, nage sportive du matin. Je sens un petit quelque chose s’emmêler dans mes doigts, plus rigide et moins gluant qu’une algue. Les plastiques observés dans les océans transitent par les milieux aquatiques d’eau douce. Sur ce parcours, les lacs constituent des zones de stockage temporaires ou de long terme des plastiques de différentes tailles. Daphnia Magna a un gros ventre et de fins petits bras qu’elle utilise comme des rames. Depuis quelques années, Daphnia Magna perd son appétit et son énergie. Lorsqu’elle fait entrer dans son oesophages des objets vides de nutriments ou pauvres en ceux-ci, cela produit des ballonnements, une sensation de satiété, mais le corps n’est pas proprement nourri. une incorporation de microplastiques dans les tissus Or, la colonie des restes d’objets usagés par les personnes humaines s’étend dans le Léman et ailleurs dans la créature. Durant leur « vie », les plastiques sont sujets à différents processus de dégradation, produisant des particules de plus en plus petites, les microplastiques. Les teneurs en microplastiques peuvent atteindre dans les lacs des niveaux de concentrations équivalents à celles des gyres océaniques. Daphnia en a plein dans son gros ventre. Elle transporte tout ce petit matériel plus loin. Si un plus gros qu’elle la gobe, ce petit matériel polluant sera encore emporté, dans un estomac plus gros, jusque dans un océan peut-être, ou un supermarché.

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Le contenu stomacal est extrait au laboratoire. Les minuscules restes de substances filtrées, d’objets oubliés sur le sol ou tombés dans la créature se sont installés. Ils s’agrègent, sont recouverts de micro-organismes. La colonie s’est transformée en une nappe stromatolithique. Des couches fines sur des couches fines, un mille-feuille calcaire, organique et synthétique. Une symbiose de champignons, algues, protozoaires… Ce biofilm que la créature abrite, tel notre salive abrite la plaque dentaire, a recouvert une partie des minuscules, les liant en un nouvel organisme parfois invisible, parfois formant une nappe gigantesque et colorée. le caractère parfois spectaculaire de la pollution par les plastiques La créature coule partout emmenant avec elle ses nouvelles nappes recouvertes de stromatolithes, des sables, bientôt ses roches comme des cailloux bouchant les artères. Daphnia Magna en a plein le ventre. 15

le flux de matière organique rejeté le stock de plastique en devenir Zone pélagique. Transit intestinal. Alburnus alburnus, Rutilus rutilus, Gobio gobio Les poissons, les crustacés et les céphalopodes, représentent la quasi-totalité des animaux tués par les humains. Plusieurs milliers de milliards chaque année. Le plastique nous est retourné. La mutation se poursuit.


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« Il y a des corps utilisés socialement comme sources de plaisir, valeur ou connaissance pour les autres. D’autres absorbent le plaisir, la valeur et la connaissance. Il y a des gens qui ne sont pas considérés comme des citoyens à cause de la couleur de leur peau. Il y a ceux qui marchent sur un tapis roulant pour se maintenir en forme. Tandis que d’autres marchent 600 kilomètres à pied pour échapper à la guerre. Il y en a qui ne possèdent pas leur propre corps. Et d’autres qui croient que le corps des animaux leur appartient. Que le corps des enfants leur appartient. Que le corps des femmes leur appartient. Que le corps des prolétaires leur appartient. Que les corps non blancs leur appartiennent. »

Paul B. Preciado, «Corps Mouvants», Un appartement sur Uranus, Grasset, 2019, page 307


J’ai choisi de récupérer quelques petits éléments lacustres afin de les exposer directement sur papier photosensible, en laboratoire, afin de marquer leur trace. Pour ne pas les extraire complètement de leur milieu et rendre compte de leur nature mouvante, je les transporte dans un bocal et expose le papier au travers de l’eau, sans me préoccuper du possible flou que le léger mouvement produira. Je c h o i s i d’ impr ime r d’ une maniè re p h o to grap hique qui implique le co nt a c t d ire c t ave c la lumiè re ce s é l é m e nt s d ’ appare nce no n imp o rt a nt s a f i n d e m arque r le ur e mpre inte e t de l e s re n d re v isib le s. J’ai ramassé dans l’eau sur une plage de Villeneuve des petits graviers, de la mousse, des brisures de coquillages, des fragments de plastique, une petite algue.

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3. METHODOLOGIE 

La liste  complète  des  substances  recherchées  est  donnée  en  annexes  1  et  2;  elle  comprend  118  produits  phytosanitaires,  33  principes  actifs  pharmaceutiques,  deux  agents  anticorrosion  (le  benzotriazole  et  le  tolyltriazole) et deux composés organiques (le 1.4‐dioxane et le méthyl tertbutyl éther ‐ MTBE). Onze nouvelles  substances correspondant à une production industrielle spécifique avaient été introduites dans le suivi en 2013.  Pour des questions de confidentialité, le nom de ces API (Active Pharmaceutical Ingredient) n’est pas publié. Suite  à  la  découverte  de  1,4‐dioxane  (solvant  très  soluble  dans  l’eau)  par  les  investigations  du  réseau  d’observation  national des eaux souterraines (NAQUA) dans les eaux souterraines dans le secteur de Viège, cette substance a  également été analysée à partir de 2014 dans tous les échantillons des eaux du Rhône. Un nouveau fongicide (le  fenpyrazamine)  a  été  introduit  dans  la  liste  des  produits  analysés  car  il  est  fréquemment  utilisé  en  viticulture  depuis 2015.  3.1 ANALYSES  Toutes  les  analyses  ont  été  réalisées  par  le  laboratoire  Scitec  Research  SA,  laboratoire  d’analyses  chimique,  bactériologique  et  environnement,  situé  à  Lausanne.  Les  méthodes  d'analyse  sont  décrites  dans  BERNARD  et  MANGE (2015).  L’ensemble des résultats d’analyses sont présentés dans le tableau en annexe 1. La mention « bmdl » désigne les  résultats  d’analyses  inférieurs  au  seuil  de  quantification :  la  substance  a  été  détectée,  en  général  à  une  concentration inférieure à 0.01 µg/L. Dans le cas contraire, la case reste vide.  3.2 CONTRÔLES  Le  laboratoire  mandaté  est  accrédité  selon  la  norme  ISO  CEI  LEN  17025  ainsi  qu’auprès  du  Département  de  la 

29 Santé de  l'Etat  de  New‐York  (NYDOH),  dans  le  cadre  du  programme  ELAP  (Environmental  Laboratory  Approval  Program).  Il  participe  depuis  quelques  années  aux  intercalibrations  organisées  par  la  CIPEL  (VARGAS,  2017)  et  procède également aux analyses de résidus médicamenteux de la CIPEL (KLEIN, 2017). 

4. RESULTATS 4.1 CONCENTRATIONS DES PRODUITS PHYTOSANITAIRES DANS LES EAUX DU RHÔNE  Les résultats de l’analyse des 27 échantillons du Rhône prélevés à la Porte du Scex en 2018 sont disponibles dans  le  tableau  en  annexe  1.  Un  total  de  19  substances  PPS  ont  été  détectées  sur  118  recherchées  soit  un  nombre  inférieur à celui recensé dans le programme NAWA Spez mis en place par l’OFEV en 2012 sur 5 cours d’eau de  taille moyenne (WITTMER et al., 2014) et en 2015 sur 5 petits cours d’eau dont le bassin versant est fortement  exploité  par  l’agriculture  (DOPPLER  et  al.,  2017).  Cette  différence  est  explicable,  d’une  part,  parce  que  les  analyses de l’étude de l’OFEV ont porté sur 220 PPS en 2012 et 257 en 2015 avec des seuils de quantification et  détection  plus  bas  et,  d’autre  part,  parce  que  l’échantillonnage  a  été  pratiqué  sur  des  petits  cours  d’eau  dans  lesquels les capacités de dilution des substances étaient bien inférieures aux eaux du Rhône.  En 2018, aucune substance n’a dépassé ou atteint l’exigence de 0.1 µg/L de l’Ordonnance sur la protection des  eaux (OEaux). Toutefois, le glyphosate et l’AMPA ont été majoritairement présents tout au long de l’année sans  dépasser 0.08 µg/L.   Sur la période 2008‐2018, les concentrations maximales des produits phytosanitaires sont en diminution pour la  plupart des substances. La même observation peut être faite sur les concentrations en produits phytosanitaires  dans les eaux du Léman entre 2005 et 2017 (KLEIN 2017) et (KLEIN et PLAGELLAT 2018). 


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Daphnia Magna est certainement l’un des organismes les plus étudiés et les plus utilisés pour les tests écotoxicologiques car c’est un organisme très sensible aux polluants et que le genre Daphnia se retrouve dans la majorité des lacs. Daphnia est amenée chez les humains dans des poches. Des microcosmes et des mésocosmes sont organisés afin de l’accueillir.

de nombreuses daphnies ont été aspirées par le trop-plein il arrivait que des daphnies restent collées au tamis le Cr(III) a été assimilé et se trouve réellement dans l’organisme 31

Ensuite, les daphnies ont été lyophilisées et dorées Les daphnies ont été déshydratées dans l’éthanol après fixation dans la glutaraldéhyde Les daphnies étaient séchées sur un papier absorbant


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« La catégorie «espèces compagnes» est plus vaste et plus hétéroclite que celle d’ «animaux de compagnie», et pas seulement parce qu’il faut y inclure le riz, les abeilles, les tulipes, la flore intestinale et tout autre être organique auquel l’existence humaine doit d’être ce qu’elle est, et réciproquement. » Donna Haraway, Manifeste des espèces compagnes, Editions Climats, Paris, 2018, page 40


Les années de blooms de M. Gracillima Quand je marchais cet été près d’une route assez calme que s’était dessinée la créature, j’ai remarqué qu’à un endroit celle-ci semblait plus calme et plus profonde. L’espace plus calme se trouvait derrière un amas de branchages, de terre, de pierres - et de quelques détritus - longs de deux ou trois mètres. L’amas était organisé comme une ligne haute et épaisse et celle-ci retenait une partie de l’essaim qui avançait continuellement sur sa route. Je m’assois, je reste, j’observe. Aux alentours du bassin plus calme j’observe une riche variété de fleurs et d’herbes, partout des petits terriens à 6 pattes ailés. La vie semble plus animée ici, même en dessous de la surface de la créature. Les éléments semblaient parfaitement s’intégrer les uns aux autres. Ce barrage de castors offrait des recoins d’ombres, petites galeries, dépôts de pollens, divers types de terres... Il donnait l’impression que la construction avait été pensée dans une optique communautaire.

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« Car si le castor est protégé, c’est aussi parce que ses facultés de paysagiste lui valent d’être considéré comme le grand artisan de la biodiversité. (...) Dans les espaces aménagés par les castors, on trouve plus d’amphibiens, d’oiseaux, de libellules et d’espèces de poissons. Aussi bien la diversité des espèces que la densité des populations sont plus élevées que dans des eaux sans castor. Un cours d’eau qui n’est pas occupé par les castors sera bordé d’une végétation peu variée. La différence avec un autre colonisé par une famille est spectaculaire. Il accomplit ce qu’aucun être humain n’est capable de faire. Même si des paysagistes s’évertuent à restructurer un cours d’eau, le résultat ne sera pas le même. Ce sera joli, mais il manquera la dynamique. Le castor retravaille en permanence son territoire, ce qui permet de le renouveler en permanence et profite à la faune et à la végétation. »

Propos de Christophe Angst, biologiste, recueills par Lucie Monnat dans le 24h du 30 juillet 2017


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Daphnia Magna, illustration au micronpen, encre de Chine


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L’artiste américaine Roni Horn dit de l’eau que celle-ci est monolithique, indivisible, en continuité avec les autres eaux, de l’iceberg au verre d’eau, en passant par nous. Disparitions, transformations, mutations. Roni Horn a questionné et mis en relation l’eau à son identité, son androgynie. L’eau est un des sujets les plus indéfinissables, insaisissables.

R O N I H O R N , I D E N T I T Y I S A R I V E R

Elle envisage l’identité comme mutable et multiple, évoluant dans le temps (pensée visible notamment dans son travail sur ses propres portraits) plutôt que comme une unicité fixe. Identity is a river. Elle considère l’androgynie comme offrant la possibilité de contenir plusieurs identités, mettant l’intégration de la différence à la base de l’identité. La variété de ses travaux et des médiums ou supports qu’elle utilise est une illustration de son intérêt pour la multiplicité qui se manifeste particulièrement dans certaines pièces, notamment celles qui mettent l’eau en scène. Elle envisage en effet la nature fluide et complexe de l’eau comme élément exemple d’identité qui change avec le mouvement, le temps et le contexte. C’est dans la rencontre des spectateuricexs avec ses oeuvres que la vision de Horn sur l’identité prend forme. « I want to make the meaning of a work people’s experience of it », dit-elle. Au travers notamment d’installations intégrant eau, verre, surfaces réfléchissantes ou translucides, la personne qui regarde devient active au travers de sa propre expérience. Il y a dans ses œuvres une grande maîtrise des matériaux ; les pièces sont sensuelles et ludiques tout en étant sérieuses, possédant une réelle force imaginative au delà de leur surface. C’est là l’intensité de son travail, qui pourrait paraître uniquement formel mais transmet bien plus si on se laisse aller à entrer en contact avec lui. Horn a suivi une formation de sculptrice et la spatialité est vivement présente dans ses eaux, qui donnent fortement le sens de la profondeur sous leur surface texturée. Les phénomènes de miroir, de réflexion, de déformation ou multiplication matérialisent également cette notion spatiale fluide. Plusieurs travaux de Horn nous font regarder vers le bas, nous mettant dans une position de personne qui scrute, dévisageant peut-être notre double (non-identique) dans les réflexions plus ou moins claires des images ou de la matière, emplissant le dessous de la surface. L’image que l’on voit sert de support l’intéraction, à l’énergie sculpturale entre nous et l’oeuvre et à l’intérieur de l’oeuvre elle-même. Il y a une attention portée sur ce qui est invisible mais bien réel.

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Roni Horn s’est intéressée particulièrement à la Tamise dans son travail Another Water, dans lequel elle en dessine le portrait. Elle explore le lien entre le fleuve et la disparition, dépicte une eau de la transformation, du miroir, de la mort. L’eau est en effet un corps changeant, un corps qui peut prendre, absorber, faire disparaître et transformer. Une eau sombre, couvrante, où les gens viennent de loin pour mourir. Un fleuve ancien, historique, et sale depuis aussi longtemps que Londres existe. Elle photographie des fragments de la surface de cette eau qu’elle relie à des moments de vie, des souvenirs, comme un journal de bord écrit par le flux de la rivière. Elle nous amène à songer à la différence, tant ces images ne sont pas identiques malgré ce que l’on pourrait attendre. Parfois les variations sont subtiles, parfois très nettes. La texture de ces surfaces ni vraiment réfléchissantes ni vraiment translucides nous amènent à penser la profondeur. La mutabilité de la matière est tangible, parfois presque inquiétante tant par son intensité que par son apparente impossibilité à être fixée, retenue, figée. Le mouvement semble indomptable, même si l’on tentait de le contenir dans un objet, une tuyauterie… Horn a travaillé sur l’eau de diverses manière, mais son affinité avec la Tamise est particulière dans sa dimension plus personnelle et narrative. 39

Roni Horn dit qu’elle n’aime pas que l’on regarde ses travaux de manière chronologique, et qu’elle-même travaille en quelque sorte à l’envers, du moins pas forcément de manière linéaire. Par cela est induit le fait que les processus inconscients n’ont pas la même temporalité que l’organisation du conscient, et des surgissements du premier au second peuvent intervenir après des mois ou des années. Cette idée signifierait que l’inscription chronologique d’une oeuvre n’est pas forcément assimilable seulement au moment de sa production ni même de sa conceptualisation consciente, et celui-ci peut revivre encore plus tard par une possible réinterprétation. Une autre manière d’appréhender sa production comme un travail se voulant profond et axé sur ce qui n’est pas immédiatement visible ou perceptible. Les perceptions, le ressenti et donc le sensible sont des notions centrales dans son œuvre. Il pousse aussi à la contemplation, ce qui va à l’encontre du rythme toujours pressé auquel nous sommes façonnés. Elle donne de l’importance et de l’attention à des phénomènes d’apparence simple comme


l’eau ou les conditions météo afin d’étudier le lien que nous avons avec eux. Dans sa série de portraits photographiques qu’elle intitule You are the Weather, le titre incite à envisager non plus l’impact de la météo sur nos journées, mais notre impact sur celle-ci, et par extension penser l’influence des humains sur le climat. Cette série invite aussi à la pause, à l’attention appuyée, puisque c’est toujours la même personne qui est photographiée de manière assez similaire, légèrement depuis le dessus, dans une piscine. Le fait que la personne soit immergée jusqu’au cou avec des gouttes qui coule sur son visage peuvent symboliser ici encore une vulnérabilité, mais aussi une interdépendance avec l’élément eau et les éléments dits naturels en général.

De par sa fascination pour l’eau, les éléments, la mutabilité, l’Islande s’est imposée comme une source d’inspiration et un terrain de jeux fertile pour elle. Elle y va régulièrement depuis 1975. En Islande, la présence submergeante de l’eau est plus que manifeste. Au-delà de l’océan qui crevasse l’île de nombreux fjords et bras de mer, elle est lézardée de cours d’eau aux cascades nombreuses et souvent spectaculaires. La terre y est souvent marécageuse, et l’eau surgit de celle-ci sous forme de vapeur et de bouillonnance sur de nombreux sites. Les conditions météo sur l’île sont imprévisibles, les pluies y sont fréquentes et parfois très fortes. Une des sensations qui me vient automatiquement quand je pense à l’Islande est le sentiment d’humidité. Il y a une très forte énergie brute, presque originelle, élémentaire, et je crois que c’est ce sur quoi Roni Horn souhaite nous faire nous arrêter. Plutôt qu’une course au nouveau ou au progrès, nous intéresser à une expérience de la matière, de la lenteur, la conscience de ce qui est, le respect des formes naturelles, c’est-à-dire de toute forme vivante, humaine et non-humaine.

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Sans Titre. Photographie analogique dans une zone à activité géothermique près de Mývatn, Islande, après qu’il a fortement plu et que mon appareil a pris l’eau.


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Les photographies qui suivent montrent l’arrivée de la rivière Veveyse dans le lac, prisent à la fin du crépuscule, à l’aide d’un appareil digital. Les paramètres ISO sont réglés à leur maximum afin de pousser la sensibilité du capteur, avec un temps de pose néanmoins court, provoquant une sous-exposition du cliché. Avec le logiciel Camera Raw, je force à faire ressortir fortement l’exposition de l’image, faisant ainsi apparaître nettement le bruit digital qui devient ici texture voire matière, donne à l’image un aspect palpable et sensible.


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« Ce grand circuit des eaux n’est-il pas l’image de toute vie? N’est-il pas le symbole de la véritable immortalité? Le corps vivant, animal ou végétal, est un composé de molécules incessamment changeantes, que les organes de la respiration ou de la nutrition ont saisies au dehors et fait entrer dans le tourbillon de la vie; entraînées par le torrent circulatoire de la sève, du sang ou d’autres liquides, elles prennent place dans un tissu, puis dans un autre, et dans un autre encore; elles voyagent ainsi dans tout l’organisme jusqu’à ce qu’elles soient enfin expulsées et rentrent dans ce grand monde extérieur, où les êtres vivants, par millions et par milliards, se pressent et se combattent pour s’emparer d’elles comme d’une proie et les utiliser à leur tour. Aux yeux de l’anatomiste et du micrographe, chacun de nous, en dépit de son dur squelette et des formes arrêtées de son corps, n’est autre chose qu’une masse liquide, un fleuve où coulent avec une vitesse plus ou moins grande, comme en un lit préparé d’avance, des molécules sans nombre, provenant de toutes les régions de la terre et de l’espace, et recommençant leur voyage infini, après un court passage dans notre organisme. Semblables au ruisseau qui s’enfuit, nous changeons à chaque instant; notre vie se renouvelle, de minute en minute, et si nous croyons rester les mêmes, ce n’est que pure illusion de notre esprit. »

Elysée Reclus, Histoire d’un ruisseau, Actes Sud, 2005, p. 194


A E S T H E S I S

Je suis assise et j’observe. La créature étendue ici est un sujet de contemplation infini (pour moi et tous les riverains). Nous sommes souvent plusieurs. Aujourd’hui il n’y a que moi. C’est l’hiver. J’ôte chaussures, chaussettes, pantalon ; j’ai un long pull chaud. Je glisse mes pieds puis mes jambes lentement à travers la surface légèrement brillante, pleine de ridules qui ondulent. Je ressens comme plein de petits couteaux sur toute ma peau immergée. La chose ne présente aucune dureté matérielle ni aucune résistance concrète, mais c’est comme si elle avait emmagasiné tout le froid des glaciers et l’avait rapporté jusqu’ici, la sensation est dure. Malgré tout l’expérience présente des aspects agréables ; la satisfaction de sentir son corps autrement, la capacité à accepeter le froid en agitant les jambes et en ralentissant sa respiration, un regain d’énergie.

Pourquoi cela fait-il du bien ? Le bain. Se couler dans ce qu’il y a de plus fluide en nous-mêmes. Dé-tendre. Se plonger et brouiller la géométrie de l’environnement qui m’entoure. L’image de mon corps est différente quand je regarde ce qui est de moi en dessous de la surface. Les distances semblent modifiées, les choses paraissent plus proches. Je ne suis plus vissée au sol, la pesanteur est moins forte. Je peux m’imaginer être autre chose, un lamantin, une murène, un narval, une écrevisse, une daphnia, ou un bateau, un sous-marin, une algue, une bouée qui flotte. Cette immersion stimule mon imagination, mes perceptions et ma capacité à ressentir et appréhender autrement le milieu environnant. Mon immersion et mes mouvements font remuer la créature autour de moi, la font remuer mais ne semble pas l’altérer. Cette relation est sans douleur.

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La créature réagit à tout, sans hiérarchie. Ce qui l’entoure, ce qui la contient, ce qu’elle contient, au moindre mouvement. Sans discrimination. Elle sent et répond à toutes les textures. Son habileté, agilité, est infinie. Jamais immobile. Je tournoie à l’intérieur de sa substance.


Je fais tourner la poignée fraîche et dure et observe jaillir du bout du bec d’acier une partie de l’essaim. Je peux le contrôler avec ma main ; fin, mou, translucide, ou bien droit, blanc, bruyant et rapide. Il s’écrase après une court élan et se met à tourner pour disparaître dans l’orifice au centre de l’évier. Il s’écrase en même temps qu’il jaillit, relie les deux orifices. Je passe mes mains dans le courant et observe des jaillissements s’éparpiller de toute part, petite pluie sur la peau de mes bras, me chatouillant. J’encercle le courant avec mes mains et parvient à retenir, en serrant fort les doigts, une partie de la bande que je peux à présent amener à mon visage et étaler sur celui-ci en mouvement circulaire. Je répète l’opération plusieurs fois. À côté de moi, dans un grand cube vrombissant, une autre partie de la créature est tourneboulée en une valse effrénée avec mes vêtements et du savon. la concentration en phosphore total diminue progressivement dans les couches superficielles La créature est jaillie, saisie, frottée, écrasée et disparue dans les orifices après avoir suivi un chemin circulaire. La créature me débarrasse de ce qui reste sur la peau, ce qui reste sur ce qui m’est utile. Je donne à la créature ces restes. Je les oublie. Les eaux usées domestiques contiennent à la fois des microplastiques primaires issus des produits de soins personnels et cosmétiques utilisés quotidiennement et des microplastiques secondaires, principalement sous forme de microfibres, issus des machines à laver le linge. Par la simple pression et rotation de ma main et de mon poignet, je peux activer et désactiver l’écoulement d’un élément vital à ma survie, mais aussi utile à mon confort. Pour que cela soit possible, cet élément, cette créature, a été canalisée et organisée, passe par des mètres ou kilomètres de tuyaux.

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Contenue, dirigée, bloquée, relâchée. Organisée en réseau, d’habitation en habitation, utilisée en tant que ressource, comme corps rendu industriellement exploitable. Ouvrir et fermer le robinet m’octroie le contrôle. Mais cette forme de domination sur la créature, du moins sur une partie de ses troupeaux, toute nonchalante soit-elle, est précaire. J’ai un absolu besoin de la créature pour vivre, alors même qu’elle me compose à 65 %. Je tourne dans un sens et dans l’autre le robinet, observe l’écoulement, son absence, notre vulnérabilité respective, notre interdépendance.

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Lorsque l’on ressent des émotions fortes ou des sensations comme la douleur, mais aussi le plaisir, notre peau, à un niveau presque microscopique, se met à perler. Cela est dû à la conductance cutanée qui innerve les glandes sudoripares. L’apparition de petites gouttes d’eau à la surface de l’épiderme intervient quelques secondes après le stimulus, c’est-à-dire l’émotion.

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En utilisant un microscope digital, j’ai cherché à observer ce phénomène. À quelques reprises, j’ai filmé avec cet objet la peau de mes doigts en me soumettant moi-même à divers stimuli. J’ai tout d’abord fait un essai simple en me piquant avec une aiguille sur l’avant-bras. La réponse a été assez rapide et nette : j’ai pu observer à travers la lentille des petites gouttes surgir lentement de certains pores de ma peau. J’ai ensuite procédé à des essais visant à tester des stimulis émotionnels, en tâchant de provoquer volontairement le rire, la colère ou le chagrin. Pour le rire et le chagrin, je me suis soumise au visionnage d’une sélection de vidéos, scènes de films, que je savais préalablement capables de déclencher chez moi hilarité ou tristesse sincère. Pour la colère, je pourrais résumer en disant que j’ai lu le journal. Les expériences ont fonctionné, avec un délai plus ou moins long (néanmoins toujours une poignée de secondes). J’ai pu observer des gouttes perler sur ma peau, peu ou fort intensément. Parfois cette « eau » qui soudainement remonte creuse le relief et le rend d’autant plus lisible, définissant ses aspérités et dessinant ce qui ressemble à des vues aériennes. Sachant que toutes empreintes digitales sont différentes d’une personne humaine à une autre, je me demande si nos manières de perler nos émotions sont elles aussi singulières, dessinant tant de microscopiques petits paysages que d’individus sensibles. Je présente ici quelques stills de ces prises de vues.


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« La précarité désigne la condition dans laquelle on se trouve vulnérable aux autres. Chaque rencontre imprévue est l’occasion d’une transformation : nous n’avons jamais le contrôle, même pas de nousmêmes. Pris dans l’impossibilité de nous fier à une structure communautaire stable, nous sommes projetés dans des agencements fluctuants qui nous refabriquent en même temps que les autres. Nous ne pouvons nous appuyer sur aucun statu quo : tout est toujours en mouvement, y compris notre capacité à survivre. Penser avec la précarité change l’analyse sociale. Un monde précaire est un monde sans téléologie. L’indétermination, ou l’imprévisible nature du temps, à quelque chose d’effrayant, mais penser avec la précarité fait que l’indétermination rend aussi la vie possible. »

Anna Tsing, Le champignon de la fin du monde, La Découverte, 2017, p.56, chapitre L’art d’observer


Je suis née après que les eaux furent relâchées.

W A T E R T O WA T E R

Le flux de matière organique rejeté À l’intérieur de ce que j’appelle mon propre corps, mes veines et mon cœur palpitant contiennent, dirigent, bloquent et relâchent une substance liquide, interconnectant toutes les parties de mon corps les unes avec les autres, les irriguant et leur permettant de rester en vie, en mouvement. Ma vulnérabilité me rend plus humide. Je suis une créature d’eau qui en observe une autre.

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Water reflecting water, reflet d’un iceberg sur la surface de l’Atlantique Nord, Baie de Baffin , photographie analogue, 2018


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U N E C O N C L U S I O N

Une de mes motivations concernant la rédaction de cet ouvrage était l’opportunité de m’intéresser à des petites choses, d’apparence simple. Donner de l’importance à des sujets qui ne sont pas habituellement considérés ainsi que donner une place prépondérante aux émotions et à la sensibilité. Il m’intéresse de ne pas être dans une course à l’efficience et la productivité, mais plutôt dans une recherche de la conscience de l’être et des êtres. La recherche de cette position m’importe dans le contexte politico-social actuel. Dans une logique décroissante et anti-consumériste, ré-appréhender nos espaces géographiques et temporels ainsi que nos relations à ceux-ci est nécessaire afin d’y coexister différemment, redéfinir nos priorités, nos besoins.

Inspirée par le mouvement et les textes écoféministes, je choisis de mettre en scène différents textes en mêlant approche scientifique et poétique. L’approche poétique m’intéresse puisqu’elle est assimilée à peu près uniquement au monde des émotions et des sentiments et de ce fait souvent considérée comme romantique, liée à des attributs « féminins » péjoratifs. Pourtant, je vois dans l’approche poétique la possibilité de focaliser l’attention sur les sensations, les ressentis, les choses éminemment réelles mais pas concrètement visibles, ou invisibilisées. « Poétique ne signifie pas joli ou agréable mais expérience d’un sentir profond en image qui se laisse affecter

par les états du monde comme le manifeste l’épreuve des eaux usées, sales ou impures. »1

Il me semble important de valoriser ce type d’approche, ainsi que l’acceptation des émotions et de la vulnérabilité comme des objets non pas de faiblesse mais bien de force. Le mouvement écofeministe considère les forces dominantes destructrices de l’environnement comme étant les mêmes qui oppressent les femmes ou les personnes non cis-genre, ou encore non blanches… C’est un mouvement très critique qui utilise, au delà d’approches académiques, des outils populaires comme des manifestations dansées, des objets et matériaux du quotidien, ou des textes poétiques et thérapeutiques s’exprimer. « Mouvement inventif, capable de s’adapter

souplement à des situations différentes, cet écoféminisme rencontre les traditions anarchistes, celles des mouvements antibureaucratiques, de la désobéissance civile, refusant de respecter la logique du système de “canaux appropriés”, résistant avec les corps autant qu’avec les mots. »2

Ce que je perçois de ce lac et de son eau sont surtout son milieu environnant, ses attributs esthétiques, ses capacités vibratoires, et sa texture sensuelle si j’entre en contact physique avec lui. Cette attention-là est une attention que je valorise. Je connais aussi certaines choses sur sa géographie, son histoire... Je sais celadit que cette eau que je vois possède des caractéristiques plus étendues que mes perceptions et connaissances me permettent jusque-là d’appréhender.

1 Pierron Jean-Philippe, « Penser comme un fleuve ». Le rôle de l’imagination dans l’agir environnemental : prévision, prospective, rêverie », Géocarrefour, 92/1 | 2018 2 Joanna Macy dans son texte « agir avec le désespoir environnemental. » in HACHE Emilie, Reclaim, recueil de textes écoféminsites, Editions Cambourakis, 2016

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J’entame une recherche et trouve à disposition un rapport de 300 pages de la CIPEL - Conseil scientifique de la commission internationale pour la Protection des eaux du Léman contre la pollution1 qui détaille tout ce qu’il y a à savoir sur l’eau du Léman, en terme de composition, analyse de l’écosystème, pollution. Je décide donc de le lire et d’observer en quoi sa lecture modifiera ma perception et ma compréhension de l’eau du Léman, son écosystème, l’élément eau en soi.

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Cette recherche entremêle différents types d’attention. J’ai commencé par me concentrer sur les eaux du Léman. L’eau est au centre des préoccupations écologiques. Après avoir lu plusieurs articles récents traitant de la pollution du Léman par les microplastiques et du risque d’appauvrissement des ressources en eau douce dû à la fonte des glaciers, je questionne mon regard sur ce lac devant lequel j’ai grandi et que je regarde tous les jours, mais finalement sans vraiment le connaître. Mais la nature totale et interconnectée de l’eau me pousse rapidement à faire de cet ouvrage non pas seulement une focalisaton sur le Léman mais bien une recherche autour de nos liens avec l’eau et ses écosystèmes apparentés, nos émotions, et la nature politique de ces liens. J’ai grandi face au Léman. Villages et villes se sont construits autour du lac. Chaque jour, chaque soir, nous sommes

1 CIPEL - Conseil scientifique de la commission internationale pour la protection des eaux du léman contre la pollution, Rapports sur les études et recherches entreprises dans le bassin lémanique, Campagne 2016-2020, Rapp. Comm. int. pour la protec. des eaux du Léman contre la pollution, Nyon, 2018

beaucoup de personnes humaines et animales à graviter autour de ce lac, pour s’y nourrir, y converser, se déplacer, contempler, s’arrêter. Là où l’on peut longer les bords la créature sont des communs points de ralliement. Lacs, mers, étangs, piscines, fontaines... Rivières, canaux, robinets... Tous les troupeaux, les morceaux, les essaims, les meutes de la créature sont la créature et sont totalement interconnectés. L’eau se glisse dans tout, existait avant et existe après, mémorise, s’imprime, se teinte, communique parfois bruyamment, se mélange à un milieu, à la manière d’un réseau vibratoire, d’une connexion virtuelle. Il est communément admis qu’une des plus puissantes forces d’évolution et d’accomplissement des espèces serait la compétition, la lutte pour la survie. Néanmoins, nombreuses recherches, principalement depuis les années 70, démontrent également que l’entraide a une importance prépondérante dans l’organisation et le développement du vivant, et que la prédation n’est de loin pas le seul rapport que les espèces entretiennent entre elles. Ainsi, des formes d’entraides existent à tous niveaux. Ces associations entre animaux, bactéries et végétaux, entre terriens identiques ou très différents, peuvent relever de la coopération, d’associations ponctuelles, même de fusions. Ces formes d’entraides sont partout, et nous impliquent potentiellement nous, personnes humaines. L’entraide, l’anti-individualisme sont des notions que je côtoie familièrement dans des milieux militants, qui donnent notamment de la voix sur « les réseaux », et via des plateformes de messageries, des interfaces permettant de se relier avec des


personnes physiquement inatteignables, à la manière de canaux souterrains. Il est possible de discuter des idées, de s’organiser, de diffuser du contenu là où les gens peuvent voir, et s’ils le veulent, se servir de cette «eau» et la partager plus loin. La manière d’agir de l’eau et notre rapport à elle fait miroir de notre rapport à nous-même et à nous autres. Plus je l’observe et tente de noter mes observations et pensées à son sujet plus elle me semble éminemment sociétale et politique. Mon choix de sujet pour cette étude découle en outre des questions liées au réchauffement climatique et la représentation de celles-ci dans les médias. La question de la destruction de la nature est devenue récurrente. Mais que signifie vraiment la nature ? Ce terme, ce sujet que l’on distancie de nous, que l’on romantise, que l’on associe à un terrain à exploiter. Un terrain sauvage pouvant être dompté afin d’être utile à la production ? Est-ce le monde ambiant qui dépasse l’écoumène, dépasse les capacités physiques et mécaniques de l’homme ? Ciel, haute montagne, jungle profonde, océans, fond des eaux ? En tant que personne de sexe assigné femme et d’expression de genre féminine, je constate aussi parfois intimement que la manière dont on s’adresse à cette nature fait écho à la manière dont on s’adresse ou se comporte avec les femmes. Corps à manipuler, féconder, pénétrer, admirer, coloniser... Il convient de ne pas parler de nature, mais de ce qui est, ou alors de se référer à un milieu, un terrain, un environnement. Les sciences occidentales de la nature se concentrent sur l’objet, la notion de pay-

sage, ce qui reflète le point de vue induit. L’idée de nature renvoie aussi à une notion esthétisante, le vert des arbres, la beauté des fleurs, le coucher du soleil, un lion qui court dans la savane... Dans cette manière scientifique occidentale d’approcher la nature, les objets peuvent être compris par la dissection, la classification. On sépare l’esprit de la matière, les êtres de leur écosystème, les organes des corps. Je me demande, une fois les parties découpées, comment prendre en compte les effets dûs aux interactions de celles-ci. L’eau m’intéresse ici pour ses caractéristiques d’élément total, connecté, indissociable et présent en tout. Une puissance sensible et vulnérable. Penser l’eau amène à penser notre rapport au monde, et à considérer qu’il n’y pas la nature et nous, mais qu’il y a. J’ai choisi d’entremêler différentes partie de textes, des vues sur le travail de Roni Horn ainsi que des images pour raconter une histoire non pas faite d’une seule voix, lisible en une seule chronologie figée, mais un récit multiple aux fragments interconnectés, laissant de l’espace aux propres émotions des lecteuricexs. C’est grâce aux émotions que nous entrons en relation, que nous ressentons, que nous trouvons de la force et que nous (sur)vivons. La peur provoque le pic d’adrénaline qui permet de fournir l’effort nécessaire. Le rire permet d’irriguer le corps d’énergie. Toutes nos émotions, qui font perler notre peau, parfois pleurer nos yeux, nous rendent humides, sont le signe d’une compréhension intime et instantanée d’une situation. L’intelligence émotionnelle est une forme d’intelligence. C’est peut-être en restant humides

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que nous trouvons notre capacité d’empouvoirement, qui n’est non pas le pouvoir de domination mais une puissance qui vient du dedans - et de ce qui nous entoure, à quoi nous nous connectons. « Notre peine pour le monde est enracinée dans notre interdépendance avec toute vie, et il en va de même pour notre pouvoir. Mais le pouvoir à l’œuvre dans le réseau de la vie, dans et à travers les systèmes ouverts, est tout à fait différent de nos notions habituelles de pouvoir. À partir de là, face à un futur incertain et au désespoir que cela pourrait causer, il est peut-être important d’embrasser notre peine de manière collective afin de rendre possible d’en tirer énergie et capacité d’action. »1

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Il me semble important de communiquer sur ces sujets autrement que dans les médias afin de les appréhender avec profondeur et d’échange. Se réapproprier notre aquaticité interconnectée et sensible. S’éloigner des tendances validistes à valoriser nos capacités productives et nos performances en tant que compétiteuricexs mais porter de l’attention à tous les êtres, accepter l’existence et la monstration de toutes les émotions. Travailler l’art du soin.2 Affirmer notre vulnérabilité et comprendre sa qualité empouvoirante.

1 Propos d’Ynestra King in LARRÈRE Catherine, L’écoféminisme ou comment faire de la politique autrement, Dans Multitudes 2017/2 (n° 67) 2 Notion discutée par Isabelle Stengers en parlant d’écologie dans STENGERS Isabelle, Résister au désastre, Wildproject, 2019


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R E M E R C I E M E N T S

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MERCI Marie Velardi pour son attention, ses riches connaissances et ses conseils éclairés qui m’ont aidé à fournir un meilleur effort. MERCI Clovis Paul Toraman pour sa disponibilité, ses suggestions bien pensées et pour avoir été «agréablement surpris». MERCI Justine Marzack pour son soutien à distance et sa relecture enthousiaste. MERCI Jacques Viredaz pour ses corrections scrupuleuses, pour sa bienveillance, et pour m’avoir permis de maintenir un équilibre alimentaire de qualité pendant que je ne lâchais plus mon ordinateur. MERCI Jessica Decorvet pour les bains d’eau froide et les coups de pouces. MERCI à toustes mes camarades humainexs et non-humainexs qui me donnent la joie et le courage, me font réléchir. MERCI aux auteuricexs qui ont nourri mes refléxions et mes inspirations dans cette étude. MERCI à l’ensemble des bactéries, champignons et autres micro-organismes de mon corps pour m’avoir -presque toujours- maintenue en bonne santé pendant cette recherche. MERCI Charlotte Olivieri ; grâce à son soutien sans faille et nos longs échanges animés, elle a été ma soeurcière tout au long de ce travail.


B I B L I O G R A P H I E

OUVRAGES BACHELARD Gaston, L’eau et les rêves : Essai sur l’imagination de la matière, José Corti, France, 1985 DESCOLA Philippe, Par-delà nature et culture, Gallimard, collection Folio essais, Paris, 2015 HACHE Emilie, Reclaim, recueil de textes écoféminsites, Editions Cambourakis, Paris, 2016 HARAWAY Donna, Manifeste des espèces compagnes, Editions Climats, Paris, 2018 HOULE Karen, The Grand River Watershed ; a Folk Ecology, Gasperau Press, Canda, 2019 PIERRON Jean-Jean-Philippe « La Poétique de l’eau, pour une nouvelle écologie », François Bourin Editions, France, 2018 PRECIADO Paul B., Un appartement sur Uranus, Grasset, France, 2019 RECLUS Elysée, Histoire d’un Ruisseau, Actes Sud, France, 2005 STENGERS Isabelle, Résister au désastre, Wildproject, France, 2019 TSING Anna Lowenhaupt, Le champignon de la fin du monde, La Découverte, France, 2017

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RAPPORTS SCIENTIFIQUES CIPEL - Conseil scientifique de la commission internationale pour la protection des eaux du léman contre la pollution, Rapports sur les études et recherches entreprises dans le bassin lémanique, Campagne 2016-2020, Rapp. Comm. int. pour la protec. des eaux du Léman contre la pollution, Nyon, 2018 KOTTELAT Régis sous la direction de Dominik Janusz, Caractérisation physico-chimique de microcosmes alimentés en continu et leur utilisation dans l’étude des voies d’exposition de Cd et Cr (III) chez «Daphnia magna», UNIGE, 2008 AARHUS UNIVERSITY, DCE – DANISH CENTRE FOR ENVIRONMENT AND ENERGY, Eastern Baffin Bay A strategic environmental impact assessment of hydrocarbon activities, Editors David Boertmann and Anders Mosbech, Scientific Report from Danish Centre for Environment and Energy, Department of Bioscience, Danemarque, 2011

ARTICLES 87

BERQUE Augustin, L’écoumène, mesure terrestre de l’homme, mesure humaine de la Terre : pour une problématique du monde ambiant, L’Espace géographique, Année 1993 22-4 pp. 299-305 BOUILLET Michel, Géographie et anarchie. Reclus, Kropotkine, Metchnikoff, Philippe Pelletier, Éditions du Monde libertaire & Éditions libertaires, 2013, 632 pages, p. 105-108 LARRÈRE Catherine, L’écoféminisme ou comment faire de la politique autrement, Dans Multitudes 2017/2 (n° 67), pages 29 à 36 MONNAT Lucie, L’embarrassant retour du castor, journal 24 Heures du 30 juillet 2017 NATIONAL GEOGRAPHIC, Microplastiques : quels risques pour la santé ?, numéro de juin 2018 STRANG Veronica, introduction: fluidscapes: water, identity and the senses, Worldviews Vol. 10, No. 2 (2006), pp. 147-154


PODCASTS ET CONFERENCES BOURGOIS Raphaël, France Culture, Bruno Latour, le nouveau régime climatique, 2017, consulté le 10.11.2019 https://www.franceculture.fr/emissions/avis-critique/bruno-latour-le-nouveau-regime-climatique DAVID Pascal, podcast Philolille, La Poétique De L’eau, Pour Une Nouvelle Écologie 24 11 2018, Jean-Philippe Piérron, 2018, consulté le 01.10.2019 https://soundcloud.com/user-946726599/la-poetique-de-leau-pourune-nouvelle-ecologie-24-11-2018 EHESS, « Entre narrations et enjeux enivronnementaux », conférence avec Emilie Hache, Karen Houle, Yannick Rumpala et Margot Lauwrens, 2015, consulté le 29.09.2019 https://www.canal-u.tv/video/ehess/entre_narrations_et_enjeux_ environnementaux.19152 GESBERT Oliva, France Culture - La nature politique de Bruno Latour, 2017, consulté le 12.11.2019 https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/la-grande-table-2eme-partie-lundi-9-octobre-2017 MARTIN Nicolas, France Culture, Quand l’art dialogue avec la science, 2017, consulté le 02.12.2019 https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/ quand-lart-dialogue-avec-la-science MOSNA-SAVOYE Géraldine, France Culture, Philosophie de l’eau, 2018, consulté le 04.01.2020 https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-de-la-philo/lejournal-de-la-philo-du-jeudi-22-mars-2018 SISMIQUE, podcast, « Ouvrir les imaginaires » avec Daniel Kaplan, 2019, consulté le 10.10.2019 https://sismique.fr/podcast/ouvrir-les-imaginaires-daniel-kaplan/ SOYEUX Alexia, Présages #14 - Emilie Hache : écologie politique et écoféminisme, 2018, consulté en juin 2019 https://www.presages.fr/blog/2018/emilie-hache SOYEUX Alexia, Présages #7 - Pablo Servigne : collapsologie, intuition et émotions, 2018, consulté en juin 2018 https://www.presages.fr/blog/2018/pablo-servigne SOYEUX Alexia, Présages #18 - Damien Deville : dépasser la dualité entre nature et culture, 2019, consulté le 1er octobre 2019 https://www.presages.fr/blog/2019/damien-deville

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WEB Ackermann Julie, Le Chtulucène de Donna Haraway, 2018, consulté le 26.10.2019 https://www.lesinrocks.com/2018/02/05/arts/arts/le-chthulucenemanuel-de-survie-sur-une-planete-polluee/ Art21, Water - Roni Horn, 2009, consulté le 28.12.2019 https://art21.org/watch/extended-play/roni-horn-water-short/ Arte France, Roni Horn, 2002, consulté le 28.12.2019 https://www.youtube.com/watch?v=0AxTSHt_dLk https://www.youtube.com/watch?v=AEjEGtjhea4 Educational Video Library, Daphnia - Life Story of a Water Flea Basic Life Science, Youtube, 2017, consulté le 09.02.2020 https://www.youtube.com/watch?v=xbfc30nw1PQ Fondation Beyeler, Roni Horn, Dossier de presse, 2016, consulté le 29.12.2019 https://www.fondationbeyeler.ch/fileadmin/user_upload/Presse/ Medienmitteilungen_F/20160930_MM_FR_roni_horn_dossier_de_ presse.pdf

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Hill Jeremy Luke pour Queen Mob’s tea House, Interview de Karen Houle, 2019, consulté le 02.02.2020 https://queenmobs.com/2019/10/interview-karen-houle/ Louisiana Channel, Roni Horn interviewed by Dayanita Singh, 2013, consulté le 28.12.2019 https://www.youtube.com/watch?v=bhaMDSDQ-rQ Pierron Jean-Philippe, « Penser comme un fleuve » Le rôle de l’imagination dans l’agir environnemental : prévision, prospective, rêverie, Géocarrefour [En ligne], 92/1 | 2018, consulté le 04 février 2020 http://journals.openedition.org/geocarrefour/10382 https://doi.org/10.4000/geocarrefour.10382 Routa Elisa sur panthalassa.org, Water as a form of perpetual relation by Roni Horn, consulté le 29.12.2019 http://www.panthalassa.org/water-as-a-form-of-perpetual-relation-by-roni-horn/


INSPIRATIONS CHOLLET Mona, Sorcières, Editions Zones, Paris, 2018 D’EAUBONNE Françoise, Le féminisme ou la mort, FeniXX réédition numérique (Pierre Horay), 2018 DRABBLE Barnaby, Along ecological lines, Gaia Project Press et Edhéa, 2019 HARAWAY Donna, Staying with the trouble, Editions Cambourakis, Paris, 2016 LATOUR Bruno, Face à Gaïa, Huit conférences sur le Nouveau Régime Climatique, Les Empêcheurs de penser en rond, France, 2015 LINZEY Andrew, Animal Rights: A Historical Anthology, Columbia University Press, USA, 2004 LÖWY Michael, Walter Benjamin : avertissement d’incendie Une lecture des Thèses «Sur le concept d’histoire», Editions de l’Eclat, Paris, 2018 SERVIGNE Pablo et STEVENS Raphaël, Une autre fin du monde est possible, Editions Seuil, France, 2018 SERVIGNE Pablo, avec Gauthier Chapelle, L’entraide, l’autre loi de la jungle, Editions Les Liens qui Libèrent, France, 2019 STENGERS Isabelle, Activer les possibles, Editions Esperluètes, Belgique, 2018

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Lors d’une résidence de trois semaines sur un petit voilier aux abords ouest du Groenland, à l’occasion d’une baignade matinale dans la baie de Baffin, une de mes camarades et moi avons eu la surprise de découvrir une eau fort peuplée de minuscules êtres sombres qui se déplaçaient lentement comme une volée d’oiseaux. J’ai été fascinée par leur élégance et impressionnée par leur nombre.

Le Limacina Helicina est un tout petit mollusque pélagique polaire, un ptéropode décortiqué, adapté à la vie en haute mer arctique. Pour se déplacer, ils battent élégamment deux membranes qui ressemblent à des ailes ; pour cette raison, ils sont surnommés papillons de mer. Hermaphrodites, ils produisent de grandes nappes de mucus pour filtrer le phytoplancton, mais aussi le petit zooplancton ou leur propre progéniture. La composition aragonitique de la coquille la rend très sensible à la dissolution. C’est un des principaux organismes de cet écosystème, d’une grande importance dans le maintien de son équilibre au niveau trophique (lié à l’alimentation). Ces ptéropodes décortiqués jouent également un rôle géochimique dans les océans, car ils contribuent à l’exportation de carbonate de calcium et peuvent représenter une composante majeure du transport du carbone vers l’océan profond. Malgré la grande vulnérabilité des zones polaires à l’acidification des océans, et bien qu’il soit établi que Limacina Helicina soit directement menacé par une acidification trop importante, les conséquences biologiques, écologiques et biogéochimiques ne sont pas bien documentées. 1

1 AARHUS UNIVERSITY, DCE – DANISH CENTRE FOR ENVIRONMENT AND ENERGY, Eastern Baffin Bay, A strategic environmental impact assessment of hydrocarbon activities, Editors David Boertmann and Anders Mosbech, Department of Bioscience, Denmark, 2011


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Profile for Sandrine G. Grise

Water to Water  

Mémoire de Bachelor édhéa 2020 Sandrine Gutierrez Direction Marie Velardi

Water to Water  

Mémoire de Bachelor édhéa 2020 Sandrine Gutierrez Direction Marie Velardi

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