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La matière est le premier élément par lequel nous entrons en contact avec le projet. Avant même de l’approcher, d’y pénétrer, de le toucher nous avons au moins ce contact visuel, presque sensuel avec la masse qui nous attire plus ou moins. Dans le cas des deux bâtiments modernes que j’ai choisi, je me souviens parfaitement de la sensation que j’ai ressentie lors de ma première approche. Je pense que la façon dont l’épiderme y est traité n’y est pas étrangère. Dans chacun des deux bâtiments, il y a une volonté claire de l’architecte de porter un soin particulier au traitement du matériau et à la surface de la façade. La casa das mudas, centre d’art contemporain dessiné en 2004 par l’architecte portugais Paulo David est implantée à flanc de falaise sur l’île de Madère et se lit dès la première approche comme un monolithe rocheux qui dialogue avec son entourage volcanique (bloc de couleur sombre qui rappelle les falaises qui le jouxtent). L’architecte a utilisé le basalte, matériau produit par l’île, pour recouvrir tout l’extérieur de son bâtiment. La roche est disposée en minces strates horizontales de différentes épaisseurs et le calepinage provoque un premier effet de linéarité qui contraste avec la forme initiale accidentée de la roche volcanique. La galerie de David Zwirner sur la 20ème rue à l’ouest de Manhattan fraîchement achevée en février 2013 par Annabelle Selldorf est un autre exemple d’attention extrême portée au matériau, ici le béton brut. Contrairement au musée de Madère, je n’avais pas la connaissance de cette galerie avant d’aller la visiter. Je pense que la simplicité de son architecture, cette façade lisse sur cinq niveaux m’a attiré naturellement alors que je me promenais dans le quartier (Chelsea). En effet, il est courant de trouver aujourd’hui dans le quartier de Chelsea une surenchère de bâtiments aux formes élaborées, aux matériaux inédits et aux signatures de stars internationales à l’image des façades clinquantes de Gerhry ou Nouvel au bout de la rue. Le fait de revenir à une échelle plus humaine et un traitement pur et simple du béton est ici remarquable. L’architecte s’est d’ailleurs également inspirée de l’environnement, Chelsea étant historiquement le quartier industriel de New-York, marqué par des anciennes usines aujourd’hui en reconversion, mais conservant leur esthétique de matériau brut (brique/béton). 11

Les pierres éternelles  

Travail de mémoire en semestre 9 pour mon master à l'école d'architecture de Bordeaux

Les pierres éternelles  

Travail de mémoire en semestre 9 pour mon master à l'école d'architecture de Bordeaux

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