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MES DOSSIERS Généralement pris en charge par plusieurs journalistes, les dossiers sont des exercices qu’il m’a fallu parfois gérer seul. En voici un bouquet.

Samuel Balmeur Tél. 06.64.77.70.51 / E-mail : samuel.balmeur@orange.fr


dossier

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l'univers de la WWE boude son héros straight edge. cm Punk n'est plus le guide, ni le modèle que les fans voyaient en lui. coupable d'avoir attaqué le rock, d'avoir délaissé John cena, le second city saint est à présent un insurgé. sa lutte, il la mène contre les idoles de la foule. S'estimant insuffisamment respecté, le Champion suprême a amorcé ce que les américains appellent couramment un heel turn pour défendre une cause qui ne fait plus l'unanimité : la sienne. Dans le monde du catch, devenir un ennemi public est un choix. l'impact d'un tel revirement de personnalité n'est pas à sous-estimer. le heel turn a le pouvoir de bouleverser une carrière. Dossier réalisé par samuel Balmeur


S

oyons honnêtes, CM Punk ne s'est pas métamorphosé en crapule de la pire espèce. Il est loin de la racaille en chef qu'il incarnait avec la New Nexus ou encore de l'infâme délateur dont Jeff Hardy n'a jamais réussi à se débarrasser en 2009. Aujourd'hui, le Chicagoain assume pleinement le fait qu'il n'escompte plus agir pour plaire au public. Gaspiller sa réputation tourne à la hantise. Résultat, il n'agit et ne parle que pour claironner la théorie selon laquelle le monde entier lui doit le respect. De quoi copieusement barber les fans. Mais, il n'y a rien de bien original dans ses exigences. Moult Champions ont réclamé de la reconnaissance avant lui. Le Best in the World s'est plutôt illustré en exprimant sa colère en plein règne de Champion. Peu de catcheurs ont eu l'audace de virer de bord alors qu'ils portaient la ceinture. Parmi les rares intrépides : Macho Man Randy Savage. En 1988, Mr. Madness triomphe dans un tournoi pour le titre WWE à WrestleMania IV. Son mandat est un succès retentissant. Les fans l'adorent et Hulk Hogan, son meilleur ami, veille sur lui et sa future épouse, Miss Elizabeth, alors manager des deux hommes. Lorsque le Hulkster, avec lequel il forme l'équipe des Mega Powers, commence à empiéter sur ses plates-bandes, le Macho King dit stop. Il attaque son compagnon dans l'espoir de sortir de son ombre.

« un Jour ou l'autrE, cHaQuE catcHEur succomBE à l'EnviE DE cHanGEr D'attituDE » À l'époque, l'Immortel est le no 1 de la fédération, ceinture ou non autour de la taille, et le Macho Man se résout à l'affronter pour enfin se soustraire à son influence. Sa tentative, à WrestleMania V, est un échec. Cependant, elle atteste fort bien de l'utilité du heel turn. Se sentant en retrait, ne supportant plus de partager la vedette avec un autre, Savage choisit une autre voie. Une voie qui prend les spectateurs et téléspectateurs de court et provoque la stupeur. Ce revirement dans sa carrière porte les stigmates d'une envie de briller plus que les autres, plus que l'icône de son époque. Et c'est exactement la même situation que vit Punk. Exaspéré de voir John Cena et The Rock monopoliser l'attention des médias, investir les places de main eventers sans pour autant disposer de la ceinture de Champion, le Second City Saint a échafaudé un plan pour secouer l'ordre établi. Plus récemment, en janvier 2010, AJ Styles commet lui aussi un crime de trahison envers ses supporters. Ses motivations sont néanmoins légèrement différentes. À Genesis, le Champion TNA se mesure à Kurt Angle dans un clash scientifique de haute facture. Lors d'un coup de théâtre majeur, il révèle son alliance à Ric Flair et bat le médaillé olympique au moyen d'une tricherie grossière.

Pour étouffer la Hulkamania, Macho Man est prêt

Des heel turns que Planète Catch a adoré ■ tatanka rejoint la million Dollar corporation (summerslam - 1994) Après avoir accusé Lex Luger d'avoir cédé aux sirènes de l'argent et de Ted DiBiase, Tatanka révèle ses véritables couleurs. Il n'est pas un Peau-Rouge, mais plutôt un Peau-Verte. Le dollar est son véritable totem. Tatanka détruit Luger et quitte le ring après lui avoir enfoncé un billet dans la margoulette. ■ les reproches de chris Jericho à shawn michaels (raw - 2008) Arbitre du match HBK-Batista à Backlash, Y2J estime que Shawn a injustement simulé une blessure pour gagner. En guise de châtiment, le Canadien fracasse la tête du Showstopper en le projetant contre un écran de télévision durant le Highlight Reel. ■ samoa Joe remplit son compte en banque (slammiversary - 2009) Ennemi de la Main Event Mafia (clan formé par Kurt Angle), Samoa Joe s'efforce de défendre les intérêts de la TNA. Mais à Slammiversary, la conspiration éclate au grand jour. Joe aide Angle à gagner le King of the Mountain pour le Championnat poids lourds. Tout ça pour l'argent.

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AJ aspire à devenir légendaire, mais il s'y prend mal... très mal

■ Batista démolit rey mysterio (Bragging rights - 2009) Samoa Joe Champion en 2008, « J'en ai marre de voir mes amis me traître en 2009 poignarder dans le dos. » Après cette phrase, l'Animal éclate le luchador. Frustré de n'avoir remporté ni le titre par équipe ni le Championnat du monde, Batista pète un câble. D'une projection surpuissante, il envoie son ami s'écraser contre la barricade de sécurité.


Ce geste, Styles le justifie par l'envie d'être un nouvel homme, de suivre ses « propres » règles afin d'être le « nouveau » Nature Boy. Huit ans après ses premiers pas dans l'IMPACT Zone, AJ éprouve le besoin de donner un coup de collier à sa carrière et quelle meilleure stratégie que de s'allier au Dirtiest Player in the Game. Cette envie de changement, tous les favoris finissent par la ressentir un jour. Même le plus adulé des catcheurs cède aux brumes de la noirceur, surtout quand son image au sein de la profession vire au sépia, s'écule de jour en jour, de match en match. Hulk Hogan, la mégastar du catch américain en sait quelque chose.

Haïr et être haï pour mieux rebondir

à tout

Après dix années passées à porter la WWE sur ses épaules, Hulk Hogan quitte les rings de Vince McMahon. Terrassé par Yokozuna au King of the Ring 1993, le colosse vêtu de jaune comprend qu'il est temps de céder sa place à la nouvelle génération. Un an plus tard, il signe un contrat très lucratif à la WCW et reprend du service. Cette opportunité lui permet de combattre Ric Flair, d'évaluer les qualités d'un petit nouveau — The Giant (le Big Show) —, et d'étoffer son palmarès avec le titre poids lourds d'Atlanta. Hogan est encore sur les cimes. Seulement, de l'avis de tous, le Hulkster n'a plus étonné qui que ce soit depuis des lustres et en dépit de son aura, son poids dans la conjoncture du catch des années 90 n'a rien de comparable avec ce qu'il était une décennie auparavant. Hulk le sait, s'en inquiète et prépare discrètement un plan pour dévier la courbe de son déclin. À Bash at the Beach 1996, la révolution dont il a tant besoin se produit. Dans

le main event de la soirée, Randy Savage, Sting et Lex Luger s'allient pour dompter les Outsiders (Scott Hall & Kevin Nash) ainsi que leur mystérieux partenaire. Ce dernier absent au début des hostilités ne daigne montrer son visage que dans les dernières minutes de la bataille. Il s'agit de Hulk Hogan. Au premier abord, le public de l'Ocean Center, à Daytona, est persuadé que l'Américain vient porter secours à Sting. Y compris les commentateurs d'antan. Et puis la vérité éclate à la face des incrédules lorsque le Leg Drop atomique de Hogan s'abat comme une guillotine sur les gencives du Macho Man. Hulk Hogan, demi-dieu du catch, se range du côté de Nash et Hall. Impensable, mais ô combien salvateur pour l'Icône qui proclame incarner le futur de la discipline. À presque 43 ans. Le choc est retentissant, le changement de cap génial. Personne n'avait prévu une telle péripétie. Absolument personne. En reniant ses fans, le leader de la Hulkamania instaure son nouvel ordre mondial (nWo) et relance complètement sa carrière. Sans aucun doute la décision la plus importante de sa vie.

« QuanD anDrÉ lE GÉant sE muE En EnnEmi DE la Hulkamania, lE catcH amÉricain fait un BonD En avant » Abandonner les fans pour satisfaire ses propres désirs de grandeur n'est pas une option à prendre à la légère. Le sentiment de s'enliser, de devenir lisse et fade incite diablement à passer à l'acte. En 1987, André le Géant traverse la même phase que Hulk Hogan (en 1996). Las, le Français se

André le gentleman (ici avec le chanteur Adamo) abandonne son sourire pour WrestleMania III laisse berner par Bobby Heenan qui l'accuse de négliger son potentiel et de perdre son temps à naviguer autour du Championnat WWE sans chercher à s'en emparer. À ces mots, la légende décrète que Hulk Hogan – propriétaire de la ceinture – doit lui donner une chance à l'or à WrestleMania III. Afin de se montrer convaincant, André range son sourire aux vestiaires et défie le Champion devant les caméras de télévision. La

En 1987, Hogan est la référence En 1996, il est la honte du catch US

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scène est déchirante... L'amitié entre les deux hommes s'effiloche à mesure que les minutes passent. Hulk ne comprend pas comment son ami a pu se laisser embobiner par Heenan et, dans une scène culte, André l'empoigne méchamment par le col. D'un coup sec, il lui arrache son T-shirt. Le message est limpide, le Géant n'appartient plus à la caste des justiciers. Le plus grand match de sa carrière se profile à l'horizon grâce à ce geste, ce maillot jaune et rouge mis en charpie, un acte hautement blasphématoire. Les répercussions de ce heel turn sont encore perceptibles à l'heure actuelle. Si André n'avait pas voulu relancer sa carrière de cette manière, le clash de WrestleMania III n'aurait pas eu lieu et la compagnie de Vince McMahon n'aurait jamais atteint la prospérité qui est la sienne depuis près de trente ans. Pour quelle raison exactement ? Parce que le Géant jouissait d'un respect et d'une popularité qui dépassait l'entendement. Dans les années 80, André était une attraction mondiale précédée d'une réputation de gentleman, de force tranquille dont il n'émanait que de la bonté. Sacrifier l'amour des fans pour une chance au titre a provoqué un séisme dans la discipline. Sa volonté de rebondir au plus haut niveau a eu des conséquences bien supérieures à ce qu'il espérait. En revanche, l'exaspération du Géant s'est manifestée bien tard. Vers la toute fin de sa carrière. Une telle endurance n'est pas l'apanage de tous les catcheurs. Certains prennent des mesures bien plus rapidement... notamment dans les cas particuliers comme ceux du catch par équipe.

franchir un cap Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas dans le ring que Shawn Michaels a déclenché son plus célèbre Superkick. À l'aube des années 90, le Texan catche aux côtés de Marty Jannetty au sein de l'équipe des Rockers. Sa passion pour les combats en tag team s'amenuise et le jeune homme aspire à une carrière solo. Sur le plateau du show de Brutus Barber Beefcake, The Barber Shop, Michaels détruit son équipe à coup de savate et ponctue son travail de démolition en projetant son partenaire à travers une vitre. La scène choque la planète catch et place immédiatement Michaels dans la liste des vilains les plus dangereux qui soient : « À l'époque, ce genre d'agression était rare à la WWE. D'emblée, j'ai récolté la haine des fans. Je commençais ainsi ma carrière solo de la meilleure des manières », explique l'intéressé dans sa biographie Heartbreak & Triumph. Son initiative paie très vite. Quelques mois plus tard, il décroche le titre intercontinental et se retrouve même dans un match pour la ceinture suprême aux Survivor Series 1992. Débarrassé de l'étiquette tag team, le futur Hall of Famer franchit un cap monumental. Deux ans plus tard, Owen Hart vit une situation analogue

De Rocker, Shawn devient le Heartbreak Kid et agace tout avec son frère Bret. Le Rocket attaque son aîné au Royal Rumble 1994 et brise l'équilibre familial pour suivre enfin sa propre route et donner un vrai départ à sa carrière solo. Violenter son partenaire, son ami ou même son frère est un stratagème dont l'efficacité n'est plus à prouver. C'est une occasion unique d'affirmer sa personnalité et de planter le nouveau décor de ses ambitions.

« DEvEnu HEEl, scott stEinEr sE raPProcHE DE l'or WcW » Un tantinet oubliée, la scission des Steiner Brothers constitue un exemple probant. De 1989 jusqu'au début de l'année 1998, Rick et Scott Steiner

le monde, surtout Crush, en 1992-1993

sillonnent les rings du monde entier et raflent toutes les récompenses possibles. Ceintures NWA, WCW, WWF et IWGP atterrissent dans leur escarcelle. Leur notoriété est telle que les voir évoluer individuellement est inconcevable. Seulement Scott, tout comme Shawn Michaels, ne compte pas s'enterrer dans la division par équipe. Plus gourmand et plus arriviste que son frère, Big Poppa Pump passe la vitesse supérieure à SuperBrawl VIII en démolissant son frère pour se ranger du côté de la nWo. Le lendemain du payper-view, à Nitro, le parjure officialise sa radicalisation en arborant un nouveau look. Cheveux peroxydés, barbe colorée, lunettes de soleil, les fans reconnaissent à peine l'ancien spécialiste du catch à quatre. Les conséquences du fratricide prennent doucement forme. Fin 2000,

La fratrie Steiner explose en 1998, par la faute de Scott

(à droite)

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après avoir creusé son trou dans la fédération, il conquiert enfin l'or poids lourds. La WCW est au crépuscule de son existence, mais le heel turn de Scott s'est malgré tout avéré rentable à court terme. Sans le choc produit par la brutalité de cette rupture, il n'aurait pas gravi les dernières marches conduisant au sommet d'Atlanta. S'affranchir d'un équipier, comme l'ont fait Scott et Shawn, c'est une chose. Mais s'affranchir des représentations qu'un individu a de lui-même, c'en est une autre. Quand certains catcheurs ont l'impression de patiner dans la semoule, de n'arriver à rien de profitable pour leur avenir, la tentation de devenir un horsla-loi devient grande.

vince mcmahon le patron des salopards « Bret screwed Bret* ». C'est par ces mots prononcés devant les caméras de la WWE que Vince McMahon, chef d'orchestre du Montreal Screwjob, devient l'entité maléfique no 1 du catch américain. Avant cette fameuse trahison perpétrée aux Survivor Series 1997, le Chairman est relativement peu présent à l'écran. Commentateur, il ne s'implique pas dans les affaires des catcheurs. Mais pour empêcher Bret Hart de partir à la WCW avec sa ceinture de Champion, l'homme de pouvoir sort de l'ombre. Il préserve ses intérêts en truquant le clash Michaels-Hart (l'arbitre signale l'abandon de Bret sur un Sharpshooter alors que ce dernier préparait une parade) et commence à monopoliser le temps d'antenne. Lorsqu'il trouve en Steve Austin un ennemi idéal pour faire l'étalage de son pouvoir, Vinnie n'est plus simplement une figure de l'autorité. Il est la pierre angulaire de Raw autour de laquelle la majeure partie des intrigues gravite.

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Des heel turns inattendus Le plus digne d'un épisode de Dallas ■ Stephanie McMahon trahit son père à Armageddon 1999 et révèle sa liaison avec Triple H Le plus révoltant pour les fans des 80's ■ Hulk Hogan s'allie aux Outsiders (Kevin Nash & Scott Hall) à Bash at the Beach 1996 Le plus electrifying ■ The Rock devient le Corporate Champion de Vince McMahon aux Survivor Series 1998 Le plus sexy ■ Trish Stratus s'entiche de Christian et ridiculise Chris Jericho à WrestleMania XX Le plus frustrant ■ Matt Hardy assomme Jeff au Royal Rumble 2009 et lui coûte la ceinture WWE, laquelle revient à Edge. Le plus dark ■ L'Undertaker, au lendemain de Judgment Day 1998, fonde le Ministry of Darkness et crucifie ses victimes en compagnie de Paul Bearer. Le « plus moins » patriotique ■ L'Américain modèle, Sergeant Slaughter, s'allie au Colonel Adnan ainsi qu'au Colonel Mustafa (The Iron Sheik) en pleine guerre du Golfe.

sortir du marasme En catch, exister ne suffit pas. Chaque athlète désire exploser. La nuance est de taille. Persuadé d'être insignifiant, de passer à travers la tête des fans de la WCW sans y rester un peu, Chris Jericho ne supporte plus de voir son talent dilapidé. Entre 1997 et 1998, résolu à renverser la tendance, il adopte le sale caractère qu'on lui connaît aujourd'hui : celui d'un éternel insatisfait, d'une victime des plus ignobles conspirations. Son comportement imbuvable lui vaut railleries et quolibets. Qu'importe. Au fond de lui, il se délecte de son nouveau statut : « Ces huées résonnaient comme le clairon du paradis. Elles signifiaient qu'enfin je provoquais une réaction. Les fans façonnaient leur opinion à mon sujet et pour la première fois, ils s'intéressaient à ce que je faisais. » Ce comportement à la limite du supportable propulse le cruiserweight a un autre niveau. La WWE l'engage peu après. La suite est un conte de fées. Toujours dans la tranche canadienne des gladiateurs occidentaux, Edge, en 2004-2005 et Bobby Roode, en 2011 ont réellement pris une autre dimension en crachant sur le fair-play et l'honnêteté. Pour le premier, l'or poids lourds est aussi glissant qu'une savonnette. Trop lisse, le multiple Champion par équipe change son fusil d'épaule. Il se réincarne en

Le Taker, en Maître des ténèbres Rated R Superstar et abolit le statut d'espoir qui lui colle à la peau. En janvier 2006, il utilise sa mallette du Money in the Bank à New Year's Revolution et met un pied dans la sphère des main eventers pour ne plus jamais la quitter. Quant à Bobby, son échec dans la conquête du trophée poids lourds TNA — à Bound for Glory 2011 — l'oblige à repenser sa manière d'aborder le haut niveau. Sa métamorphose en « It Factor of Professionnal Wrestling » l'arrache à la déprime et aux revers successifs au pied du podium. Autre exemple, peutêtre encore plus probant, celui de Rocky Maivia. Alors qu'il expérimente le catch WWE depuis seulement un an, le rejeton de Rocky Johnson se heurte à l'ennui des fans. Qu'il gagne ou qu'il perde, Maivia ne séduit pas. Une partie du public, intransigeante, ne veut pas de lui. À WrestleMania 13, en pleine défense du titre intercontinental, face au Sultan, des chants descendent des tribunes. Des « Rocky sucks ! » emplissent les oreilles du Champion qui ne comprend pas d'où vient ce ressentiment. Trop gentil, à la limite de l'inoffensif, Rocky doit impérativement trouver la parade et s'adapter à son époque : « J'étais le genre de type qui aidait les grandsmères à traverser la route et câlinait les bébés […] les fans m'observaient, dans mon joli costume bleu, puis ils se farcissaient un Stone Cold qui jurait à tout va, tendait le majeur et buvait de la bière... cela suffisait pour qu'ils


se disent ''  laissons Rocky de côté  ''  ». En moins de deux ans, les fanatiques de catch semblent s'être déjà lassés de lui. C'est une catastrophe à laquelle la Superstar réagit prodigieusement.

« En s'alliant à la Nation of Domination, Maivia sort de l'anonymat et donne naissance au Rock » Privé de la ceinture par Owen Hart puis obligé de prendre du repos pour soigner un genou défectueux, le gentil Rocky prépare un retour qui décoiffe. Quand le Samoan débarque à Raw durant un match entre Chainz (des Disciples de l'Apocalyspe — DOA) et Faarooq (de la Nation of Domination - NOD), aucun spectateur ne se doute que l'histoire du catch prend un virage majeur. The Rock se jette sur le tapis et prête main-forte au chef de la NOD. Le clan afro-américain, auquel s'ajoutent Kama Mustafa et D'Lo Brown, l'adopte et lui permet de signifier son affiliation aux forces du mal. Cette nouvelle position s'apparente au véritable point de départ de son ascension vers le top  : « Je voulais catcher et être moi-même ; parfois, je souriais, d'autre fois, non. Si quelqu'un me criait ''tu crains'', je ne feignais plus de ne pas l'entendre. Sur le ring, je suis devenu plus agressif, plus brutal. J'avais la possibilité d'être une vraie crapule... et ça m'a libéré.  » Dans la peau d'un malfrat, le Great One s'épanouit et en vient à parler de lui à la troisième personne. Les fans savourent son sale caractère au point d'atteindre une osmose rarement égalée. Cet équilibre fragile, basé sur l'animosité, ne s'acquiert pas en claquant des doigts. De nombreux catcheurs ont parié sur le heel turn pour se renouveler. Et pour certains, l'épreuve s'est révélée être un horrible calvaire.

Avec Lita, Edge devient un monstre... de classe

The Rock entre dans la Nation of Domination et en prend le pouvoir

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Ça ne marche pas à tous les coups Eu égard à l'expérience du Most Electrifying Man in Sports Entertainment, l'influence des fans est un facteur essentiel dans l'évolution d'une personnalité. Sans les nuées de dédain dévalant des tribunes, Rocky ne serait jamais devenu The Rock. Le public a son mot à dire. Catcher, c'est interagir avec le peuple, l'écouter. En 2003, Eddie Guerrero goûte à cette loi tacite lorsqu'il désosse son ancien partenaire par équipe, Tajiri. Le luchador d'El Paso essaie de se justifier, mais il n'y a rien à espérer : « Peu importe les efforts que je fournissais pour être détesté, les fans avaient pris leur décision sans m'attendre. Le jour où j'étais censé expliquer mes exactions [à l'encontre de Tajiri], la foule était déterminée à me traiter comme l'un de ses favoris. » Tel qu'il est, Latino Heat plaît. D'un naturel comique, rescapé de graves addictions, Eddie ne peut emprunter d'autre chemin que celui de l'authenticité pour être accepté par ceux qui le regardent. Début 2004, sa popularité est telle qu'il accède au rang de challenger au Championnat WWE. À No Way Out, son sacre face à Brock Lesnar le propulse directement vers WrestleMania XX où il défend l'or contre Kurt Angle. Également contre nature, l'entente Vince McMahonStone Cold Steve Austin à WrestleMania X-Seven. Comme beaucoup avant lui,

le Rattlesnake s'estime arrivé à un stade où il ne surprend plus personne : « Je voulais choquer les gens, ce qui est devenu quasiment une tradition à WrestleMania. Je voulais qu'un vrai événement se produise et que tout le monde en parle pendant des années et des années. » Toutefois, lorsqu'il serre la main de son patron après un main event de folie contre le Rock, rares sont ceux qui comprennent la démarche d'Austin. Jim Ross est de ceux-là : « Je n'ai pas cru un instant que le heel turn de Steve fonctionnerait […] c'était comme si on avait voulu transformer John Wayne en nazi. Ça ne pouvait pas marcher. » Rebelle dans l'âme, anticonformiste, renégat, Stone Cold n'a pu accéder au statut de nanti auquel il aspirait. Le public, connaissant sa personnalité et sa propension à abuser des McMahon, n'a pas pris cette situation au sérieux. Porte-parole du DTA (Don't Trust Anybody – Ne faire confiance à personne), le multiple Champion WWE n'a pas convaincu parce que son style oscillait constamment entre le bien et le mal.

« JEff HarDy : l'antÉcHrist Qui rÉPanD lE BonHEur » Côté WCW, Bill Goldberg échoue lui aussi durant sa période d'essai chez les mauvais garçons de la faction New Blood (alors en pleine guerre contre le Millionaire's Club de Hulk Hogan et consorts). En 2000, l'empereur du Spear s'aligne dans le camp de Bischoff, Jarrett et Vince Russo. Sa décision est invraisemblable. Lui, le monstre de puissance, guerrier solitaire n'ayant besoin de personne pour

ic

Quoiqu'il fasse, Austin a toujours le publ dans sa poche obtenir ce qu'il désire, s'affiche avec les hommes les plus détestables de Géorgie. Son mandat est un fiasco et peu de temps après, Da Man se retourne contre Russo. Considéré comme un électron libre depuis ses premiers pas dans le ring, Goldberg s'intègre mal aux guerres de gangs. Les fidèles de la WCW préfèrent le voir errer seul plutôt qu'au milieu d'une meute. La magie noire n'opère pas. Tout comme c'est le cas pour Sting, en septembre 1999, lorsque ce dernier trahit Hulk Hogan à Fall Brawl. Dès novembre, le Stinger rachète son écart de conduite en serrant la main du Hitman dans la demi-finale d'un tournoi pour le titre mondial à Mayhem. Plus récemment, la TNA a goûté aux mêmes travers avec Jeff Hardy. Champion démoniaque du groupe Immortal (mené par Eric Bischoff et Hulk Hogan), Jeffrey ne parvient pas à s'imposer comme l'Antéchrist du catch professionnel, surnom qu'il s'est lui-même donné. Adulé à chacune de ses sorties, le Rainbow-Haired Warrior est tributaire

Bret Hart, l'homme aux deux publics En 1997, Steve Austin est la bête noire du Hitman. Afin de solder leurs comptes, les deux hommes s'affrontent à WrestleMania 13 dans un Submission Match. Le ring se transforme en champ de bataille. Quand le Canadien parvient à bloquer Stone Cold dans son Sharpshooter, l'arbitre de la rencontre (Ken Shamrock) prononce la fin des hostilités. Seulement Bret refuse de lâcher sa prise avant d'attaquer son adversaire alors que ce dernier est inconscient. Le public américain le prend immédiatement en grippe. Les semaines qui suivent, la Superstar renie les fans US dont le soutien indéfectible aux tricheurs et aux mauvais garçons (comme la DX et Austin) le répugne totalement. Il se produit alors un phénomène unique en son genre : aux États-Unis, Bret est un ennemi public ; au Canada et en Europe, il est soutenu et accueilli comme un modèle.

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Eddie Guerrero : trop bon pour être un mauvais garçon


de sa cote d'amour. Après un match catastrophique à Victory Road 2011, il reconnaît ses erreurs et demande une nouvelle chance à ses supporters. Clairement, les cas de Jeff, Steve, Sting ainsi que Bill démontrent que le heel turn n'est pas une science exacte. Ce phénomène répond à une atmosphère et à des codes bien particuliers. Tourner le dos aux fans ne suffit pas. De vrais motifs valables sont nécessaires, le timing ne doit rien laisser au hasard et surtout le catcheur qui l'entreprend doit se sentir à l'aise dans les objectifs qu'il se fixe. La Superstar qui ne vit pas à 100 % son insurrection contre le politiquement correct court au « suicide professionnel ».

un peu d'histoire En 1980, les États-Unis sont la scène d'un des heel turns les plus mémorables de l'histoire du catch moderne. Le jeune Larry Zbyszko catche depuis le début des années 70 et s'épanouit sur les rings de la WWWF (World Wide Wrestling Federation, ancêtre de la WWE). Il jouit d'une vraie notoriété, à la fois pour ses performances, mais aussi et surtout parce qu'il est l'élève d'une légende : Bruno Sammartino. L'ancien Champion poids lourds l'a pris sous son aile et lui a transmis son savoir. Malheureusement, Larry s'estime dans l'ombre de son maître. Il le défie en combat singulier afin de prouver sa valeur, avec la noble intention de se délester du poids de son héritage. La rencontre tourne au drame quand l'élève perd son sang froid et attaque son mentor avec une chaise. Ce geste le poursuivra pendant longtemps. La colère des fans — dont le respect pour Sammartino frise le culte — atteint une intensité jamais vue. Larry devient alors la cible des passionnés qui l'agressent à de multiples reprises. Canardé, poignardé dans la fesse, frappé avec une barre de fer, il a même le malheur de prendre un taxi qui finit retourné par des spectateurs en colère.

À quand un heel turn de John Cena ?

toP 5 des catcheurs qui collectionnent les heel turns comme des pin's 1 Kane 2 Big Show 3 Ric Flair 4 Jeff Jarrett 5 Kevin Nash

Et John cena dans tout ça Sept ans que John Cena bourlingue sur les rings américains. Sept ans qu'il se heurte à un public furieusement partagé. « Cena sucks » vs « Let's Go Cena », c'est la lutte des choristes de la bannière étoilée. Le Marine déchaîne les passions comme aucun autre catcheur avant lui en ce sens que ses performances génèrent 50 % d'encouragements contre 50 % de réprobation. Justicier, défenseur de la veuve et de l'orphelin, le Champ' incarne rigoureusement les valeurs de courage, d'abnégation, de

respect et de loyauté. Son dévouement et son investissement pour suivre le droit chemin plaisent autant qu'ils agacent. Depuis 2006, chacune de ses prestations à WrestleMania s'accompagne d'avalanche de quolibets et parfois, le leader de la Cenation paraît abandonné. Vaincu par le Rock à WrestleMania XXVIII, l'emblème de la génération actuelle a supporté quasiment seul le poids de son échec. En dépit du fait qu'il se bonifie continuellement, que son travail dans le ring est au-dessus de tout reproche pour un athlète de son gabarit, l'homme n'a jamais généré de consensus parmi les fans. L'heure n'est-elle pas venue

pour lui de changer de ton ? Après tout, Cena bénéficie de tous les arguments pour opérer sa mutation : il est la cible de tous les catcheurs, le nombre de ses détracteurs grandit de jour en jour tandis que ceux qui reconnaissent son talent ont l'air de se disperser. John aurait pu tomber dans la facilité contre Randy Orton en 2009, face à la Nexus en 2010 ou encore face au Rock en 2012. Mais il tient bon. Il est le seul à savoir si oui ou non le heel turn pourra lui profiter. À mesure que le temps passe, la fatalité enfle drastiquement. Jusqu'à ce que la patience et la bonté de Cena ne suffisent plus à contenir ses effets dramatiques...

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dossier

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Vince McMahon

Dixie Carter

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« Je crois que nous sommes tous d'accord sur une chose : les meilleurs catcheurs du monde travaillent pour la TNA. » Cette phrase, prononcée par la présidente de la TNA, Dixie Carter, lors de Slammiversary X, n'a pas échappé à l'équipe de la rédaction. Elle postule que sa fédération dispose actuellement de la meilleure écurie de catcheurs en activité. Bien sûr, ce n'est qu'un morceau de discours et chaque dirigeant de catch prétend toujours offrir ce qu'il y a de mieux dans le monde du divertissement sportif. Surtout chez les Américains. Mais, pour une fois, soyons bêtes et méchants. Prenons ces propos au premier degré et opposons-leur la vieille croyance populaire selon laquelle la WWE bénéficie toujours de l'écurie la plus talentueuse du globe terrestre. Roster TNA 2012 vs Roster WWE 2012, c'est Planète Catch qui va trancher ! Dossier réalisé par Samuel Balmeur *écurie de catcheurs


(arrêté au 1er août)

ÉCURIE

ÉCURIE

ÉTAT DES LIEUX ■ 66 Superstars ■ 14 Divas ■ 4 catcheurs sont actuellement blessés ou en cours de rétablissement (Evan Bourne – Mark Henry – Wade Barrett – The Great Khali)

(arrêté au 1er août) ■ 40 Superstars ■ 10 Knockouts ■ 2 catcheurs sont actuellement blessés (Chris Sabin – Jesse Sorensen) ■ 5 catcheurs sont considérés comme combattants occasionnels ou à venir (Hulk Hogan – Sting – King Mo - Joseph Park et Abyss) Note : Planète Catch n'a pas comptabilisé le clan Aces & Eights, lequel n'a pas encore révélé son rôle ni son affiliation à la TNA. Matt Morgan n'a pas été comptabilisé non plus, ni Velvet Sky. Chavo Guerrero a, par contre, été pris en compte.

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D'AFFICHE ? Vince McMahon et Dixie Carter ont de sacrés atouts en leur possession. Il y a du beau monde de part et d'autre. À la WWE, les têtes d'affiche actuelles sont au nombre de trois : John Cena, CM Punk et Daniel Bryan. C'est sur ses trois hommes que la fédération a organisé la majorité de ses shows. Bien sûr, il y a d'autres main eventers qui suivent comme Chris Jericho ou encore Randy Orton, mais ce ne sont pas les personnalités centrales au moment où nous imprimons ce numéro. Avec Triple H et Brock Lesnar propulsés à SummerSlam ainsi que le Rock annoncé au Royal Rumble dans le match de Championnat WWE, la fédération du Connecticut peut de surcroît jongler avec de grands noms, au sommet de leur forme. Même le plus chauvin des supporters de la TNA sait que sa compagnie favorite évolue un cran en dessous en terme de têtes d'affiche. Pourtant, Hulk Hogan (qui peut catcher quand ça le botte et solliciter Sting si l'envie lui en prend) a le choix entre Bobby Roode, Austin Aries, Kurt Angle, James Storm, AJ Styles et Jeff Hardy. Tous ont été au moins une fois Champion poids lourds. Mais en se concentrant sur la réalité des performances et non pas sur l'affect, Kurt Angle, AJ Styles et Jeff Hardy se sont éloignés, pour diverses raisons, du sommet de la hiérarchie. Tout en restant des main eventers naturels (à l'instar de Rob Van Dam), ils n'occupent pas pour l'instant les places centrales d'IMPACT Wrestling, même si leurs performances restent toujours aussi étincelantes. La vérité, c'est que Bobby Roode,

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■ 17 catcheurs sont considérés comme combattants occasionnels (ou potentiels) via des situations contractuelles diverses (Brock Lesnar – The Rock – Jerry Lawler – Kelly Kelly – Sakamoto – Triple H – Vickie Guerrero – Aksana – Booker T – Hornswoggle – Rosa Mendes – Undertaker – William Regal – Naomi & Cameron – Ricardo Rodriguez – Abraham Washington) Note : Vince McMahon, Matt Striker, Michael Cole et Teddy Long n'ont pas été comptabilisés comme catcheurs potentiels.

James Storm et Austin Aries sont les attractions des shows du jeudi soir (jour de diffusion aux ÉtatsUnis). Et l'écart majeur qui sépare la WWE de la TNA se situe précisément là, dans la relative fraîcheur qui caractérise Roode, Storm et Aries. En dépit de leur expérience, ces trois hommes reçoivent pour la première fois les clés de la fédération et cette responsabilité demande du temps, à la fois pour convaincre et drainer les foules. La TNA est jeune, ses leaders ont besoin de prendre leurs marques. De ce point de vue, le Marine et ses ennemis ont un avantage indéniable.

RÉPONSE : la WWE SCORE PROVISOIRE : 1

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LES VRAIES TÊTES D'AFFICHE PARLENT EN CHIFFRES

Bobby Roode : 7 main events sur les 7 derniers PPV 2012 (de Genesis à Destination X)

John Cena : 6 main events sur les 7 derniers PPV 2012 (du Royal Rumble à Money in the Bank)

2 ACCOMPLIE ? La WWE a de l'or entre les mains. La TNA a de l'or entre les cordes. La nuance résume tout. En 2012, ni Raw ni SmackDown ne proposent de vrai catch féminin. Le niveau de compétition s'est littéralement effondré. Impossible de prétendre le contraire ou de minimiser le désastre. Même hors ring, les Divas commettent l'erreur de devenir les modèles standards d'un glamour préfabriqué. À vouloir paraître plus sexy qu'il n'est possible de l'être, leur maquillage recouvre leur personnalité et l'étouffe. Toutes les Divas se ressemblent, s'habillent chez le même couturier et catchent sans se donner à fond. Même Beth Phoenix a cédé à la mini-jupe... Les exigences de la WWE quant à cette division vont en s'amenuisant. Leur beauté est bien tout ce qui leur reste avant le grand réveil, espérons-le. Peut-être qu'une gorgée de whisky distillé par ODB les sortirait de leur léthargie. Parce qu'à la TNA, les femmes ont un rôle essentiel et dans le ring, cela se sent. Face à l'hécatombe WWE, de nombreuses Divas ont troqué leur robe contre une paire de genouillères et l'appellation certifiée conforme « Knockouts ». Il en résulte que cette année, les dames du comté d'Orange avaient encore bien plus d'arguments que leurs rivales pour briller à la télévision. Avec Mickie James, Gail Kim, Tara, Madison Rayne et Miss Tessmacher, toutes s'épanouissant à

Kim et Tess ressemblent à des Divas... en bien meilleures ! leur façon dans l'IMPACT Zone, le combat n'a pas lieu d'être. L'écurie féminine est si riche et ses intrigues si passionnantes qu'elle réalise régulièrement les meilleures cotes d'audiences du show IMPACT. Le 16 février, à l'occasion de la bataille royale pour désigner l'aspirante au titre, les filles font grimper les cotes d'écoute de près de 20 % et réalisent le meilleur score de la soirée aux USA.

CATCHER OU SE DANDINER Puisqu'elles passent davantage de temps dans le ring, les Knockouts surclassent les Divas. Elles jouissent même d'un manager — Brooke Hogan — entièrement dévoué au bien-être de leur division, qui chapeaute les matchs. C'est dire. Le règne interminable de Gail Kim, le sacre mérité de Miss Tessmacher ne seront pas oubliés de sitôt, comparé à cela, le couronnement de Layla à Extreme Rules, semble étrangement anecdotique. La faute à Beth Phoenix et au peu de résistance qu'elle lui a opposé. À la WWE, les Divas ont tendance à se disperser : AJ tombe amoureuse toutes les deux minutes, Eve attend sa prochaine promotion canapé, Beth Phoenix se manucure et Natalya cherche une solution pour être moins fantomatique.

RÉPONSE : la TNA SCORE PROVISOIRE : 1

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LES KNOCKOUTS MIEUX REPRÉSENTÉES Les Divas représentent 21 % du roster de la WWE. Les Knockouts approchent les 25 %, soit quasiment le tiers. Et encore sur les 14 Divas engagées, seules 7 sont véritablement catcheuses à temps complet. Ce qui ne représente plus que 11 % du roster...

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3 MOYENS ? Tiens donc, la WWE ne propose pas de catégorie poids moyens. N'en propose plus. Le slogan archaïque de la WCW lui irait à merveille : « Where the big boys play* ». À Stamford, les catcheurs sont poids lourds et rien d'autre. Tyson Kidd, Rey Mysterio et Justin Gabriel n'ont d'autre alternative que combattre pour les ceintures majeures ou intermédiaires. Aucune ceinture ne correspond à leur catégorie alors que tous pèsent moins de 100 kilos. Du coup, les pauvres garçons se retrouvent parfois perdus dans la mélasse, à crapahuter au milieu des mammouths. Pour exister, ils n'ont

d'autre choix que terrasser des hommes qui font le double de leur poids. Qui se souciait de Tyson Kidd avant sa victoire contre Tensaï à Raw, dans les éliminatoires du Money in the Bank ? Pas grand monde. Le Championnat cruiserweight, abandonné en 2007, permettait de dissocier le clan des poids moyens et de leur dédier un objectif de compétition, tout comme le titre Light Heavyweight, son prédécesseur. En son absence, les poids légers gaspillent leur talent à droite à gauche, sans une quête qui convient réellement à ce qu'ils sont. À contre-courant du phénomène WWE qui privilégie les molosses, la TNA a consolidé ses fondations grâce à une catégorie X Division en béton. À travers le temps, celle-ci a connu des hauts et des bas, au point de soupçonner sa disparition l'année dernière. Mais en 2012, elle a connu un énorme regain d'intérêt avec les prestations remarquables d'Austin Aries ainsi qu'un effort évident de la direction floridienne pour intégrer de nouveaux catcheurs dans ses rangs.

Avec plus d'athlètes à moins de 100 kilos, la TNA a tenté concrètement d'étoffer la concurrence et de donner de l'importance à sa ceinture secondaire. Les Jesse Sorensen (actuellement blessé), Zema Ion, Doug Williams, Mark Haskins, Rubix, Kenny King, Kid Kash et Austin Aries ont dynamité l'IMPACT Zone parce qu'ils n'avaient qu'une chose en tête : régner sur leurs semblables. Les poids moyens de la TNA – dont le nombre varie à volonté — savent où ils vont. Quand ils catchent, leur détermination est à toute épreuve. Avantage TNA.

RÉPONSE : la TNA SCORE PROVISOIRE : 1

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Sonjay Dutt et Zema Ion ne catchent pas pour des queues de prunes mais pour une vraie ceinture Taka Michinoku, le premier Champion Light Heavyweight reconnu par la WWE en 1997, a eu dix successeurs avant que la ceinture ne devienne le trophée cruiserweight. À cette époque, la fédération du Connecticut valorisait réellement ses poids moyens, lesquels sont devenus en 2012 des laissés pour compte obligés de se raccrocher à de maigres opportunités. *La cour des grands

La ceinture X Division est réservée aux catcheurs dont le poids n'excède pas les 102 kg.

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RÉSERVISTES ? Qui sont les réservistes ? Ce sont les catcheurs que chaque fédération a sous la semelle pour insuffler de la fraîcheur à son roster. Il y a plusieurs catégories de réservistes : les nouveaux talents et les stars étant liées à chaque compagnie par des contrats spécifiques. Brock Lesnar est l'une d'elles, par exemple. Pour ce qui est des nouveaux talents, la Florida Championship Wrestling constitue la réserve principale de Stamford. Orlando forme ses apprentis à la Ohio Valley Wrestling. Ce territoire de développement, dans lequel évoluent près de trente athlètes, est composé d'une poignée de futures stars. L'entente TNA-OVW date de l'année dernière. Elle est donc récente et n'a pas encore porté ses fruits, bien que l'OVW soit l'ancien centre de formation de la WWE. Un cran supérieur en terme de promesses, la FCW, composée de quarante combattant(e)s, est une usine à stars. Avec ses récents recrutements du côté de la Ring of Honor, sur le reste du circuit indy et dans des familles renommées, la WWE s'est donné les moyens d'assurer un avenir brillant. Les Kassius Ohno, Seth Rollins (le Champion NXT), Dean Ambrose ainsi que l'étonnant Bray Wyatt (anciennement Husky Harris) et leurs amis risquent de casser la baraque d'ici peu. Les jeunes réservistes de la WWE ont largement de quoi redynamiser Raw et SmackDown,

LES CENTRES DE FORMATION EN CHIFFRES Ohio Valley Wrestling ( ) 25 catcheurs 4 Knockouts

La Florida Championship Wrestling ( ) 34 catcheurs 6 Divas

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qui plus est en s'échauffant par le biais du programme NXT. Difficile d'être aussi catégorique pour la TNA qui utilise généralement son programme Gut Check pour tester aussi bien des talents indy que ses propres élèves en live. De par sa relative ouverture aux autres compagnies, la TNA peut engager le temps d'un show des catcheurs de l'extérieur et en tirer profit ou non après, comme ce fut le cas avec Rubix, Lars Only et consorts dans le cadre des éliminatoires du dernier Championnat X Division. Mais là où la WWE creuse définitivement l'écart, c'est dans les Superstars sous contrat spécifique. Rien qu'avec The Rock et Brock Lesnar, elle remporte la palme. Citer l'Undertaker, HHH ou encore Booker T n'est pas nécessaire. La TNA ne peut compter que sur le légendaire Hulk Hogan et l'icône Sting. Ces deux-là catchent occasionnellement et malgré leur statut mythique, n'ont plus le même

Le fighter King Mo va secouer la TNA

pouvoir d'attraction. Ce n'est la faute de personne. Ce n'est pas un reproche, c'est la simple et belle nature des choses. Reste que Dixie Carter n'a pas encore joué la carte King Mo. Le fighter, ancien Champion Light Heavyweight du StrikeForce (compagnie de MMA — arts martiaux mixtes) est un lutteur d'exception. Sous contrat avec le Bellator (une autre fédération de MMA), il sera le seul homme à mener une double carrière fighter-catcheur aux États-Unis, comme Bobby Lashley en 2009. Ses débuts constitueront un événement, mais pas de l'ampleur d'une apparition de Dwayne ou Brock en live...

RÉPONSE : la WWE SCORE PROVISOIRE : 2

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5 SENSATIONNELS ? Opposer les hommes de la WWE et de la TNA en terme de matchs, n'est-ce pas un peu osé ? Oh que si ! Laquelle des deux écuries gâtent le plus les fans ? En 2012, les deux promotions ont gratifié le public de combats à couper le souffle (voir encadré) et, à bien y regarder, trancher entre l'une et l'autre ne peut s'effectuer objectivement. Les véritables esthètes du catch comprendront qu'en dépit de la similarité du sport que les deux compagnies proposent, la façon dont les athlètes combattent dans chaque camp est bien différente. Ce qui est certain c'est que les performances

sont d'un niveau exceptionnel. En revanche, chaque roster pratique un catch bien particulier. Pour schématiser à l'aide d'un autre sport, la Mannschaft et la Roja, respectivement équipes nationales de football de l'Allemagne et de l'Espagne, jouent toutes les deux au football. Elles le pratiquent cependant d'une manière complètement différente. Le principe est similaire en catch. Les Superstars WWE ont tendance à employer des techniques exprimant concrètement leur personnalité, si bien que les duels développent une histoire à travers le mouvement. Pour la TNA, les athlètes s'impliquent d'une façon plus globale dans le combat de « catch » (au sens employer toutes les techniques attenantes au sport et non plus seulement à un répertoire personnalisé à 100 %). Ce qui les incite à développer une certaine polyvalence. Le catch d'Orlando est moins dans la confrontation identitaire que dans le défi sportif. Bien sûr, chaque combattant à ses bottes

secrètes, mais elles ne constituent pas l'unique voie menant à la victoire. Alors, dans ce cas, si les méthodes d'affrontements empêchent notre équipe de trancher, à quoi bon mentionner l'importance des matchs ? Simplement pour affirmer qu'aucune écurie n'est meilleure dans l'offre de performance. Cela dit, la WWE, en raison du prestige de son roster a la possibilité d'offrir des affiches de rêve. Dans ce secteur de la compétition, la TNA a un choix plus restreint, mais elle compense avec des oppositions hypertechniques qui sont devenues sa marque de fabrique.

RÉPONSE : Aucun vainqueur (1 point pour chaque équipe) SCORE PROVISOIRE : 3

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LES MATCHS 2012 À RETENIR ■ The RockJohn Cena à WrestleMania XXVIII ■ John Cena-Brock Lesnar à Extreme Rules 2012 ■ CM Punk-Daniel Bryan à Money in the Bank 2012 ■ Dolph Ziggler-Sheamus à Extreme Rules 2012

■ Austin Aries-Bully Ray à Sacrifice 2012 ■ Kurt Angle & AJ Styles-Kaz & Daniels à Slammiversary X ■ Bobby Roode-James Storm à Lockdown 2012 ■ Samoa Joe-Kurt Angle à Destination X

6 PROMETTEUSES ? Chaque fois — ou presque — qu'une structure de catch engage un sportif, elle réalise un placement financier. Un promoteur rédige généralement ses contrats dans l'espoir que les individus qu'il embauche le gratifieront d'un bon retour sur investissement. Logique. Dans ses escadrons de Raw et SmackDown, Vince McMahon a rassemblé de nombreux professionnels au potentiel évident et dont l'avenir semble teinté d'or mondial. Parmi ces derniers, en 2012, les noms de Cody Rhodes, Dolph Ziggler et Wade Barrett sont les plus couramment cités. Oui, Dolph a déjà été Champion. Oui, il détient la mallette du Money in the Bank. Mais, en dépit de tout cela, il demeure un catcheur de « milieusupérieur de carte », pas un main eventer. Wade est blessé, mais son retour est imminent. Quant à Cody, peu importe ce que la direction lui impose, une étincelle glorieuse sommeille en

lui. Outre ce trio, Zack Ryder, Drew McIntyre (eh oui !) ou encore Ryback sont des hommes à surveiller de très près. En regardant cette troupe évoluer de semaine en semaine, les observateurs ont l'impression que quelque chose se prépare. Sans savoir dire quoi exactement. La sensation est clairement moins perceptible du côté de la TNA. Qui de Gunner, Magnus, Crimson et Zema Ion donne l'impression d'approcher d'un nouveau cap ? Aucun. Cela finira bien par arriver, mais en cette fin d'été 2012 ces garçons brillent peu ou pas. Zema trône sur la X Division avec la lourde tâche de convaincre. Gunner est transparent, Crimson perdu et Magnus en demi-teinte. Jesse Sorensen est sur la touche le temps de sa rééducation et Garett Bischoff poursuit sa formation. Pour résumer, pas un seul de ces catcheurs n'incarne le nouveau James Storm ou le prochain Bobby Roode. Un domaine dans lequel la TNA pèche excessivement.

RÉPONSE : la WWE SCORE PROVISOIRE : 4

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Avec Wade, la WWE a de l'avenir 27


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ÉQUIPES ? En 2011, il n'y avait pas photo. Dans l'exercice du catch à quatre, la TNA offrait davantage de richesses que sa concurrente située plus au nord. Beer Money, Mexican America, les Motor City Machine Guns ou encore Ink Inc, le roster floridien se composait de bien meilleures équipes que la WWE (dont les associations d'individualités sont devenues une rengaine). Hormis le superbe duo Air Boom (Kingston-Evan Bourne), la division tag team n'avait guère d'arguments pour faire rêver les spectateurs. Cette année, la TNA s'est, volontairement ou non, dépouillée de son fortuné catch à quatre. Si bien qu'il n'y a plus qu'une seule équipe à l'identité bien affirmée : Kaz & Daniels. Samoa Joe & Magnus, brillants au premier trimestre, aujourd'hui Champions par équipe Global Honored Crown (GHC) à la NOAH (fédération japonaise) ne s'affichent plus ensemble dans l'IMPACT Zone. Bref, les matchs tag team de la TNA n'ont pas chuté en qualité. Ils sont même plus relevés que ceux de la WWE et davantage pris en considération, mais le fait est que c'est bel et bien

8 CATCH ? Un peu de fantaisie, ça ne fait pas de mal. Toute écurie qui se respecte a son lot de catcheurs spécialistes du vaudeville. Chaque troupe est portée par une poignée d'artistes au style baroque, à la verve maboule et aux techniques improbables. Champion US, Santino Marella est le chef de file des boute-en-train de Vince McMahon. Sa démarche inimitable, son accent spaghetti et son Cobra fatal ont conquis le public. Derrière suivent l'étrange Brodus Clay, le mirmidon Hornswoggle et dans une certaine mesure le fantasque Zack Ryder. Ricardo Rodriguez n'est pas mal non plus dans son costume de bouffon. Pour autant, la TNA, avec moins de monde, parvient à voler la vedette à ces artistes de l'humour potache. Quatre personnalités très caricaturales permettent à Dixie Carter de l'emporter dans ce secteur de la compétition. Pendant de Santino Marella en plus adulte, Eric Young, époux de l'intenable ODB, est un magicien du rire dont la naïveté attendrissante n'a d'égale que

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Stamford qui fournit le plus d'effort dans ce domaine. Ainsi, l'écurie McMahon propose six équipes dont la symbiose, sans être exceptionnelle, s'avère efficace. Truth-Kingston (les Champions), Camacho-Hunico, les Prime Time Players, les Usos, Reks-Hawkins et Primo-Epico n'ont pas encore marqué leur division d'une pierre blanche, en revanche, ils s'investissent pour amorcer un début de renouveau pour le catch à quatre. Ces duos sont un luxe qui donne du relief aux effectifs. Il leur faut encore s'améliorer pour que la fédération leur donne davantage d'importance. Ce qui est loin d'être gagné. Pour en revenir à Orlando, le catch par équipe possède une ramification féminine qui navigue entre deux eaux. Rarement défendues, les ceintures ont peu de prétendantes, car peu d'équipes soudées. Le sacre de Miss Tessmacher, à la tête des Knockouts, a mis un coup d'arrêt à l'équipe TNT. Quant aux « Championnes », Eric Young et ODB, elles n'ont comme véritables adversaires que Sarita & Rosita (épisodiquement à l'antenne), ou Gail Kim & Madison Rayne (complices entre deux disputes). En somme, rien de bien transcendant. Ou plutôt un bilan décevant. Ni la WWE ni la TNA n'accueillent de vraies belles équipes, crédibles à l'heure où nous écrivons ces lignes. La tristesse de ce constat nous invite à prendre une décision surprenante : attribuer un point à la WWE.

sa voix de bûcheron. Marié en slip, adepte des malentendus dans le ring, roi des agressions stupides contre ses propres partenaires lors des matchs par équipe, il est le symbole d'un humour un poil moins enfantin que celui de la WWE. Dans un style plus agaçant, le duo Robbie E-Robbie T se distingue aussi par sa crânerie. Les deux hommes sont des stéréotypes de ce que les discothèques « branchées » peuvent offrir de pire. Robbie T est le videur baraqué qui recale les clients pour un malheureux pli sur une chemise, et Robbie E le danseur beau-gosse dont le QI équivaut au nombre de

Les époux Young, ODB et Eric, ont célébré le mariage le plus improbable de l'histoire du catch à IMPACT. La cérémonie a eu lieu dans une cage, en sous-vêtements avec, en bonus, deux chicas (Sarita et Rosita) essayant de séduire le marié par l'intermédiaire d'un effeuillage épicé. La popularité d'Eric est telle que depuis le 30 juillet, le batifoleur anime sa propre émission de pêche (Off the Hook – Extreme Catches) sur Discovery Channel et Animal Planet.

RÉPONSE : la WWE SCORE PROVISOIRE : 5

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Kaz & Daniels, la dernière équipe TNA ?

6 CONTRE 1 L'écurie WWE compte actuellement six équipes soudées contre une seule à la TNA (Kaz-Daniels). Pourtant, c'est bien le catch tag team TNA qui a la meilleure réputation.

boucles d'oreille qu'il arbore les soirs de sortie : 2. En début d'année, la TNA pouvait aussi compter sur les services de Mexican America et de son leader Anarquia, tellement raciste à l'égard de la bannière étoilée que c'en était tordant.

RÉPONSE : la TNA SCORE PROVISOIRE : 5

Magic Eric

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EFFICACES ? Ils font partie des écuries et ils contribuent à les mettre en valeur. Souvent, il s'agit bien d'anciens catcheurs, alors leur place dans cette analyse est amplement justifiée. Les dirigeants d'une fédération ont pour mission de faire régner l'autorité et de dicter le rythme des shows grâce à leurs décisions et à leurs initiatives. Un devoir que Hulk Hogan a mené de main de maître depuis sa prise de fonctions en tant que GM d'IMPACT (le 29 mars, en suppléant de Sting). Le moustachu est à l'origine des Open Fight Nights (soirées mensuelles au cours desquelles les catcheurs ont la possibilité de défier n'importe quel athlète du roster), du Gut Check (chaque

chacun repousse les décisions de l'autre si bien qu'à l'arrivée, le public est perdu tout en étant ravi de voir défiler des vedettes au pouvoir. Aucune star n'a réussi à accrocher durablement le poste de GM. À présent, AJ occupe le fauteuil le plus prestigieux de Raw et ce, sans avoir prouvé qu'elle en avait les compétences. Au bénéfice du doute, la WWE se rattrape de justesse en effectuant — enfin — le choix de la stabilité. Une décision qui lui sauve la mise à la toute dernière minute. Le score est nul, mais pas vierge !

RÉPONSE : Aucun vainqueur (1 point pour chaque équipe) SCORE PROVISOIRE : 6

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LES PIRES DIRIGEANTS DE 2012

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mois un catcheur indépendant obtient une chance de remporter un contrat à Orlando) et de la jurisprudence qui permet désormais au Champion X Division de devenir challenger au titre poids lourds à Destination X. En outre, la légende et Dixie Carter se sont accordées pour nommer Brooke Hogan au poste de manager des Knockouts. Beaucoup de projets qui se sont révélés très attractifs avec, par ailleurs, l'apparition intéressante d'autres décisionnaires comme Bruce Prichard et Al Snow (jury du Gut Check). La WWE n'est pas en reste avec son COO Triple H, son insupportable exGM « intérim-puis permanent-puis viré » John Laurinaitis, le sympathique Teddy Long et tous les GM de passage. Seul souci : qui commande le navire ? Aucun fan ne saurait répondre. Est-ce le Board of Directors ? Vince McMahon ? Hornswoggle ? Stephanie McMahon ? Dans une compagnie comme celle de Stamford, la lisibilité du pouvoir n'est pas simple. D'une semaine à l'autre,

VERDICT

SCORE FINAL : En 2012, l'équipe de Planète Catch estime que la WWE a à sa disposition la meilleure écurie de catcheurs. Malgré un partage de points avec la TNA sur la part des combats et des figures de l'autorité, Stamford reste la mieux équipée. Ce résultat est en partie justifié par la longévité des deux enseignes. Après seulement « une » décennie dans le business du catch, le camp de la Total Nonstop Action atteint, sur le plan qualitatif, un niveau de prestige et de

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diversité remarquable. C'est néanmoins chez les McMahon que le trophée revient pour une raison évidente : le roster 2012 résulte d'un travail de « plusieurs » décennies effectué en amont. D'où les légendes, d'où les structures de formations, d'où les catcheurs de seconde ou troisième génération. Ce score reflète une évolution naturelle des effectifs. Par ailleurs, la WWE a également plus d'arguments, car plus de monde sous son toit. La quantité ne

5 fait pas la qualité, mais elle autorise une diversité qui échappe à la TNA et donc, un supplément non négligeable. À effectif équitable, le résultat serait néanmoins le même. Quoi qu'il en soit, Dixie Carter, Jeff Jarrett et Hulk Hogan ont déjà bien travaillé. IMPACT Wrestling appartient à l'élite du catch US. La WWE est installée sur les cimes de la discipline.

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ANNIVERSAIRE 44


Une prouesse. Un tour de force. Pour la TNA, tout commence en 2002. Le 19 juin, très exactement, la petite promotion fondée par les Jarrett père et fils se lance sur le marché du catch. Sous l'égide de la National Wrestling Alliance (NWA), elle prend vie grâce à un format de pay-per-view hebdomadaire ambitieux et risqué. Beaucoup lui prédisent un avenir funeste. La formule est unique en son genre, mais elle marche. Plutôt bien d'ailleurs, parce qu'une décennie plus tard, les fans du monde entier connaissent le sigle TNA et savent qu'ils ont une alternative au catch WWE. La fédération d'Orlando a donc réussi son premier pari  : creuser sa place dans un univers monopolisé par Stamford. Une mission accomplie avec maestria qui mérite un grand BRAVO...

«

  Ne vous y trompez pas. Nous prenons de l'ampleur. Mais j'aimerais que le phénomène TNA soit encore plus important (…) J'aimerais que le nom de notre compagnie devienne courant, que les gens l'assimilent, qu'ils se disent ''IMPACT Wrestling, oui, je connais.'' Lorsque nous franchissons le service de sécurité des aéroports, à l'immigration, il nous arrive encore d'entendre les agents s'esclaffer ''ah ! C'est comme la WWE ?'' Je ne veux plus entendre ça. » AJ Styles est gourmand, affamé. Sa fédération, celle dans laquelle il a grandi, mûri, doit poursuivre ses efforts. Lui qui a refusé pour des raisons familiales une offre de formation à la OVW (proposée par John Laurinaitis), respire, mange et dort TNA. Soucieux de repousser sans cesse les limites de la gloire et de la notoriété, il en oublie presque l'immense exploit qu'ont réalisé Jeff Jarrett, Dixie Carter et leur écurie de combattants. À une époque où la WCW et la ECW sont avalées par l'ogre Vince McMahon, il faut un cran fou et des tripes solides pour oser s'aventurer sur le territoire du catch télévisé, surtout en s'appuyant exclusivement sur un système de pay-per-views.

« Dès le début, la TNA se montre pleine de promesses » Le principe existe déjà avec l'Ultimate Fighting Championship, mais aucune promotion de catch n'a projeté d'exister suivant ce modèle. Pourtant, la tentative est un succès, car à l'écran, le résultat est époustouflant. Le premier match

10 MATCHS MARQUANTS DANS L'HISTOIRE DE LA TNA ■ Genesis 2006 : Kurt Angle vs Samoa Joe ►Lors de son premier match à la TNA, le Champion olympique met un terme à l'invincibilité de Joe ■ Unbreakable 2005 : AJ Styles vs Samoa Joe vs Christopher Daniels ►Sans doute le match le plus connu de l'histoire de la fédération ■ PPV no 10 : Low Ki vs AJ Styles vs Jerry Lynn

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►Pour donner de l'importance au titre X Division, en 2002, il fallait des matchs comme celui là ■ Final Resolution 2005 : Petey Williams vs AJ Styles vs Chris Sabin ►Le meilleur Ultimate X Match à ce jour ■ Turning Point 2004 : America's Most Wanted vs Triple X ►Le match lors duquel Elix Skipper joue au funambule au sommet de la cage. De la pure folie ■ Lockdown 2005 : AJ Styles vs Abyss ►David contre Goliath version moderne : un bijou

■ Lockdown 2008 : Kurt Angle vs Samoa Joe ►La Samoan Submission Machine remporte enfin le titre poids lourds ■ IMPACT 12 août 2010 : Motor City Machine Guns vs Beer Money ►Un Tag Team 2 out 3 Falls Match d'anthologie, le pinacle du règne des MCMG ■ Bound for Glory 2010 : Jeff Hardy vs Kurt Angle vs Mr. Anderson ►Jeff Hardy renie ses fans et rejoint Immortal ■ Sacrifice 2012 : Austin Aries vs Bully Ray ►LE match de l'année 2012 (voir page 50)

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envoie un message fort  : AJ Styles, Low Ki et Jerry Lynn entrent en scène contre les Flying Elvises (Jimmy Yang, Jorge Estrada & Sonny Siaki) et donnent le ton dans un match survitaminé. Immédiatement – et grâce à ses athlètes de la X Division – la TNA dévoile ses arguments pour affirmer son identité. Mêlant habilement nouvelles têtes et Superstars confirmées (Ken Shamrock, ancienne vedette de la WWE, est couronné Champion poids lourds NWA-TNA lors de la soirée inaugurale), la petite fédération est pleine de promesses. Plus de 100 PPV montés en deux ans de dur labeur et le grand saut sur une chaîne de télévision a lieu. Fox Sports Net héberge la petite merveille en 2004 puis Spike TV reprend le flambeau.

Ils REprésentent l'avenir de la TNA : ■ Gunner ■ Crimson ■ Madison Rayne ■ Jesse Sorensen ■ Brooke Tessmacher ■ Magnus

Depuis cette transition inespérée, la TNA a mis tout en œuvre pour se développer. D'emblée, elle s'y applique en utilisant un ring à six côtés, sa marque de fabrique durant de nombreuses années. Surtout, elle accentue les points forts de sa recette initiale. La X Division brille tandis que des monstres de la discipline viennent donner du fil à retordre aux

Célian Varini

« La TNA incarne la bonne relève de la WCW. » Commentateur phare de la TNA, qui mieux que Célian Varini pouvait célébrer les dix ans de la fédération d'Orlando avec Planète Catch  ? La Plaque Tournante évoque ses souvenirs. Planète Catch  : «  Célian, quel bilan dressez-vous de la TNA depuis que vous commentez IMPACT ? CÉLIAN VARINI  : Voilà un peu plus de six ans que je commente la TNA, j'ai assisté à énormément d'évolutions comme le ring hexagonal, des règles différentes, l'arrivée de grandes stars. J'estime que la TNA est la bonne relève de la WCW. Et puis la TNA est le parfait complément de la WWE. En mettant l'accent davantage sur le vrai catch, alors que la WWE s'est déportée vers le côté familial des shows, tout le monde y trouve son compte. Désormais, Orlando a trouvé le compromis entre le catch moderne avec les promos micro, les histoires et un excellent niveau dans le ring.

des cassettes VHS. J'ai donc pu voir le premier show cinq jours après qu'il soit passé aux USA. J'étais à l'époque un grand fan des Flying Elvises (avec Sonny Siaki, Jimmy Yang, Jorge Estrada). Donc la première image que j'ai vue, c'est tout simplement la première émission. PC  : À votre poste de commentateur, quels sont les moments qui vous ont le plus marqué ? CV  : Il y en a deux. Le premier, plus général, qui est d'avoir la chance de commenter en direct les PPV pour Ma Chaîne Sport. Une première en France. Sur le plan sportif, le geste le plus fou que j'ai commenté est la performance de funambulisme d'Elix Skipper en haut de la cage et son Frankensteiner sur Chris Harris (à Turning Point 2004). Un moment complètement dingue ! Ah oui, j'oubliais... plus près de nous et plus

Gunner triste, la blessure de Jesse Sorensen (à Against All Odds 2012). PC : Quelles nouveautés voudriez-vous que la TNA mette en place au cours des dix prochaines années ? CV  : Ce serait super de voir la renaissance de la X Division. Les poids moyens ont souvent été humiliés dans l'histoire et pourtant les fans adorent les voir. Ils proposent toujours un catch spectaculaire. Et que la TNA devienne un phénomène global en ne faisant pas qu'une tournée mondiale, mais plusieurs. En somme, que ce ne soit plus un produit uniquement made in Floride. »

PC : Vous souvenez-vous de la première image que vous avez vue de la TNA ? CV : Lorsque la TNA a commencé en juin 2002, j'étais à mon niveau le plus élevé de fanatisme de catch. Je regardais tout, de la plus grande fédération à la plus petite en indy. À cette époque, il n'était pas aussi facile d'échanger des dossiers comme maintenant avec Internet, alors j'avais un ami américain qui enregistrait les shows et qui m'envoyait

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M. et Mme Varini

S.B.


Planète Catch les adorait : ■ Desmond Wolfe : Privé de compétition pour raison de santé, l'Anglais était un combattant unique

LES PLUS

+ Une alternative innovante à la WWE + La X Division qui donne la part belle aux poids légers

+ La catégorie des Knockouts : sexy et brutale

+ Un Championnat par équipe de très

haut niveau + Des légendes du catch (Angle, Sting, Flair, Hogan) + Des shows plus axés sur l'action que sur le spectacle

LES MOINS ■ Taylor Wilde Tellement mimi... et efficace

- Disparition du ring hexagonal - Moins d'ouverture qu'à ses débuts/

autres fédérations - Des stipulations qui ont disparu

(World X Cup – King of the Mountain – Steel Asylum) - Des talents sous-exploités (Dinero, Hernandez, Morgan, Joe) - Un catch qui s'est quelque peu standardisé

LES ÉVOLUTIONS ATTENDUES ■ Qu'IMPACT soit live toute l'année, comme Raw ■ La TNA doit sortir de l'IMPACT Zone et tourner dans les salles américaines ■ Continuer à restaurer le prestige de la X Division ■ Poursuivre la formation d'Originals jusqu'à éclosion (comme Bobby Roode et James Storm en 2011-2012)

■ Jay Lethal : Son duel au micro contre Ric Flair à IMPACT restera dans les annales. Son catch profite désormais à la RoH

■ Petey Williams : Mapple Leaf avait tout : le physique, la technique et un finish de folie, le Canadian Destroyer

■ Curry Man : Bioman force jaune-odeur curry qui parle le japonanglais... culte !

■ Anarquia : Une icône en matière de crapulerie

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Les Beautiful People : arguments de charme de la TNA talents locaux. Les recrutements de Sting (2003), Jeff Hardy (2004), Christian et la Team 3D (2005) et de Kurt Angle (2006) propulsent la compagnie à un niveau supérieur. Avec ces héros de la WWE, de la ECW et de la WCW, elle acquiert un standing et une reconnaissance croissants. En 2009, Dixie Carter s'adjoint un partenaire inattendu  : Hulk Hogan. L'Immortel annonce qu'il est prêt à donner de sa personne pour bousculer l'ordre établi et chambouler le paysage du catch américain.

« On peut déjà se donner rendez-vous dans 10 ans » Le 4 janvier 2010 est une date historique puisque la TNA accueille officiellement le Hulkster et tente de diffuser IMPACT en compétition directe avec Raw. L'espace de quelques semaines, les fans assistent au Monday Night Wars version  2010.

L'expérience ne s'éternise pas, mais cette volonté de jouer à fond le jeu du catch alternatif est une véritable source d'enthousiasme pour la planète catch. Depuis, Orlando poursuit sa marche en avant. Ses catcheurs mûrissent et démontrent chaque semaine leur ardeur au combat. La récente explosion de Bobby Roode et James Storm, pour ne citer qu'eux, prouve que la TNA se trouve sur la bonne voie. Ses succès en Europe (les épisodes d'IMPACT tournés à Londres en février ont largement dépassé les audiences de Raw), ses projets à l'étranger avec la Ring Ka King (le premier show aurait été vu dans 14 millions de foyers) et la diffusion en live d'IMPACT durant tout l'été  2012 cimentent chaque jour un peu plus les fondations de la fédération floridienne sur le globe. Avec ce démarrage sur les chapeaux de roues, on peut déjà se donner rendez-vous dans dix ans...

Samuel Balmeur

Ils ont aussi participé à la construction de la TNA Johnny B. Baddw – DDP – Scott Hall – Randy Savage – Bob Backlund – Mick Foley Raven – Tyson Tomko – Sean Waltman – Homicide – Michael Shane - Kip James Roxxi – Taylor Wilde – Lauren – Matt Hardy – Abdul Bashir – Bobby Lashley Rhino - Ron Killings – Consequences Creed - Don West...


En couverture

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DANIEL BRYAN VS CM PUNK

UNE RIVALITÉ À LAQUELLE L'HISTOIRE NE PEUT PLUS ÉCHAPPER « Si on surfe sur Internet, on trouve toujours quelqu'un qui affirme : ''ce catcheur est le meilleur au monde''. Mais, ce qui est réellement important, ce n'est pas ce que ces gens aiment, c'est ce que le public [au sens large du terme] aime. Les catcheurs dont parlent ces internautes combattent devant 50 individus, pas 20 000. Et c'est tout simplement parce que personne ne veut les voir. » Triple H

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ormé à l'école McMahonienne, Triple H résume à merveille la vision qu'il a du catch indépendant. Une vision qu'il partage avec son beau-père, Vince McMahon. Si les meilleurs athlètes mondiaux ne parviennent qu'à remplir des salles miteuses du fin fond des USA, à attirer l'attention de 35-40 amateurs de prowrestling, c'est qu'il y a un problème. Pour le Game, effectuer des courbettes devant les sportifs de la Ring of Honor (RoH), de la Chikara, de la Pro Wrestling Guerilla (PWG) ou d'ailleurs n'est qu'une attitude propre à des esthètes qui n'ont aucun sens du business.

« CM Punk et D-Bryan ont refusé en bloc les déterminismes édictés par la WWE » De son point de vue, le meilleur catcheur doit catcher dans la meilleure compagnie, avec les meilleurs adversaires, dans les meilleures salles et par conséquent, permettre de réaliser le meilleur chiffre d'affaire possible. Avec 50 billets vendus à 10 $, HHH n'aurait même pas de quoi payer le plein de gazole pour les semi-remorques qui transportent son matériel de tournée. Le décor est planté : l'indy, c'est bien, ça existe, mais ce n'est pas le noyau du catch. On peut picorer dedans à l'occasion (récemment Claudio Castagnoli, de la RoH, est arrivé à SmackDown sous le nom d'Antonio Cesaro), mais uniquement pour la forme, pour garnir les effectifs. Le discours semble transpirer l'inflexibilité, frissonnant d'un déterminisme contre lequel il est impossible de lutter. Avec une Modern Era bâtie sur les épaules de John Cena, Randy Orton et Batista (élèves studieux des centres de formation stamfordiens), réussir à la WWE lorsqu'on vient d'ailleurs tient « presque » du miracle. Espérer


toucher une ceinture majeure tient « quasiment » de la folie. Seulement, s'arrêter à ce constat signifierait donner raison à Hunter, Vince et tous leurs subalternes. Ce serait transformer une opinion en dogme. Exactement tout ce qu'ont refusé en bloc CM Punk et Daniel Bryan.

De vieilles prises de bec La Straight Edge Superstar et la Vegan Superstar sont aujourd'hui réunies dans une rivalité poétisée par leurs origines communes. Punk et Bryan ont connu les mêmes galères : cachets minables dans de petites promotions, shows organisés dans les recoins perdus de l'Amérique profonde, aucune assurance de pouvoir payer le loyer chaque mois... Ils ont aussi expérimenté des succès similaires : être adulé sur tous les rings, remporter de nombreuses ceintures, être encensé pour leur savoir-faire technique, être salué pour leur personnalité atypique. Bien que deux années ne les séparent (Punk est l'aîné), les deux hommes ont profité de ces racines identiques pour se retrouver dans le ring bien avant que la WWE ne braque ses projecteurs sur eux.

« Ricky Steamboat fut l'arbitre spécial de leur premier combat singulier » À la RoH, à la IWA Mid-South puis à la FIP, les futures Superstars ont offert au public de formidables joutes. Contrairement à ce que les fidèles de Raw ou SmackDown pourraient croire, CM Punk n'a pas eu beaucoup de

Passé par la ECW, Punk a gravi les échelons de la WWE un à un

La légende du Dragon Américain n'a pas besoin de caméras pour perdurer Le 7 juin 2010, D-Bryan s'acharne à détruire le plateau de Raw en compagnie de la Nexus. Il étrangle Justin Roberts avec sa propre cravate et provoque l'indignation. Exprimant des regrets pour ce geste sadique, il est dégagé du show rouge et passe une partie de l'été sur le circuit indépendant. C'est durant les quelques semaines qui précèdent SummerSlam, exactement le 24 juillet, que l'American Dragon déchaîne les passions dans un combat pour le compte de la Dragon Gate USA (DGUSA). Puisque contraint de respecter une clause spécifique de compétitivité prescrite par la WWE, Bryan est autorisé à catcher pour n'importe quelle promotion à la condition de ne pas être filmé pendant 90 jours. Aligné en main event du show anniversaire de la DGUSA (qui soufflait sa première bougie), il participe à ce que les rares élus situés sur place ont qualifié de « match de l'année ». Face à Shingo Takagi, le « rookie NXT » subjugue les spectateurs et retourne la presse spécialisée américaine avec une performance dont il ne reste plus aucune trace à par l'odeur d'un mythe. Au bout de 29 minutes, quand Bryan obtient

Bryan à la DGUSA la victoire, Gabe Sapolsky (promoteur de la DGUSA et ancien dirigeant de la RoH) déclare : « Le match a dépassé toutes nos espérances (…) Il a toutes les chances de remporter le trophée du match de l'année 2010. » Dommage que le joyau n'ait pas été immortalisé sur une bande vidéo. En tout cas,

caméra ou pas, D-Bryan a prouvé qu'il œuvrait sans relâche pour fasciner les plus incrédules. Son retour au pay-perview estival, dans le choc Team WWE vs Nexus, n'est alors que justice.

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Ce que les suiveurs de Planète Catch pensent de cette rivalité Adrien Bosloup : « On voit enfin de nouvelles têtes pour le titre de la WWE. » Yoan Ayroles : « Cette rivalité pourrait bien être la rivalité de l'année, car ces deux techniciens du ring se connaissent déjà par cœur et peuvent nous donner certains des meilleurs matchs de ces derniers mois. Un TLC Match serait dantesque pour les départager ! » Eva Reitzer : « Personnellement, je trouve que [Bryan] n'est pas de la trempe de CM Punk, et c'est pour ça que je pense que cette rivalité ne va pas durer. C'est une perte de temps. » Ce que les followers de Planète Catch disent de la guerre Bryan-Punk

Premier show NXT, premier main event pour D-Bryan réussite contre son adversaire. Sur cinq affrontements (dont un - le premier dans un Gauntlet Match), l'American Dragon l'a emporté quatre fois. Un joli score. À ce titre, leur notoriété était déjà si prégnante dans le milieu que, lors de leur premier clash en combat singulier, à RoH Reborn : Stage One, en 2004, le légendaire Ricky Steamboat avait été désigné arbitre spécial pour contrôler la situation. Huit ans plus tard, la paire génère un intérêt si fort que la WWE ne peut plus fermer les yeux. Envers et contre toutes les barrières qui se sont dressées devant eux, Punk et Bryan se mesurent l'un à l'autre à Raw en janvier 2012, dans un Champion vs Champion Match. Une affiche en apparence impossible il y a encore quelques années. Nul besoin de revenir sur l'incroyable parcours de CM Punk. Par contre, le chemin de celui qui pourrait devenir son plus grand ennemi mérite un petit close-up.

Bryan, le surdoué « Alors comme ça Bryan est de retour ? Tout ce que je peux dire c'est que c'est un choix judicieux de la part de la WWE. Elle ne pouvait pas laisser à l'abandon pareil talent. » Plutôt discret sur les qualités des autres catcheurs, Shawn Michaels s'empresse d'exprimer sa joie lorsqu'il apprend que D-Bryan réintègre la WWE après sa suspension ayant suivi le terrible épisode de Raw du 7 juin 2010 (voir encadré). Pourquoi tant de satisfaction ? Parce que Bryan est son élève, le meilleur combattant qu'il a formé à la Texas Wrestling Academy, son école. Pour le Heartbreak Kid, ce retour est logique. D-Bryan est un compétiteur

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dont aucune fédération ne saurait faire le tour en quelques épisodes de télé-réalité, façon NXT. Le rookie est bien supérieur aux autres apprentis de sa promo. Il a voyagé dans le monde entier, sur tous les continents. Le circuit américain était trop petit pour lui. Si bien qu'il est parti au Japon (NJPW/Noah), a effectué des tournées en Australie, au Mexique.

« Pour rester au top, D-Bryan a besoin d'un vrai rival » Lorsque la WWE l'engage pour passer à la télévision, elle ose lui suggérer d'esquiver le passage au centre de formation (ce qu'il refuse). Bryan est un surdoué et il peut catcher sans être contraint d'apprendre des mois durant le catch à la sauce Connecticut. Même l'actuel Best in the World, CM Punk, n'a pas bénéficié de cette faveur puisqu'il est resté près d'un an dans l'ombre à se perfectionner. Sur le plateau de NXT, les pros n'ont d'yeux que pour Dany. Le main event du premier show lui est réservé, avec en guise de préambule à sa future réussite, une lutte technique de haute volée face à Chris Jericho. Le débutant se débrouille comme un chef, s'illustre par un plongeon suicidaire à l'extérieur des cordes et démontre un courage épatant. Le jeune homme a un talent fou. Sa maîtrise technique, bien que ternie par une quantité ahurissante de défaites, devient de jour en jour une référence. Il a beau perdre, il est le préféré des pros. Les sondages sont de son côté. Il semble favori pour NXT

@wadeheelfan : « Deux des meilleurs catcheurs techniques à la WWE en ce moment. » @French_Ezilda60 : « C'est la cata. Ils vont en profiter pour nous sortir des discours de latrines. »

et puis rien. En tout cas, pas dans l'immédiat. Ce n'est qu'à partir de l'été 2010 et à travers 2011 que Bryan monte en flèche. Il passe par la case titre US, Money in the Bank et récolte enfin le Graal : le Championnat du monde. À ce niveau là, et surtout pour y rester, un grand rival s'impose. Sheamus ne lui convient pas réellement... mais CM Punk... c'est une autre histoire.

Meilleur contre meilleur Surnommé « Best in the World » sur le circuit indy (Davey Richards a repris ce surnom depuis à la RoH) Daniel Bryan se pose tout naturellement en adversaire rêvé du « Best in the World » de la WWE, CM Punk. Les deux hommes ne pouvaient pas catcher dans la même fédération et s'éviter éternellement. Ils ont grimpé un à un les échelons de la discipline et sont à présent si populaires que leur opposition est synonyme d'un bon pactole pour les officiels. Pour le Dragon, nul doute que la fameuse catchphrase « Yes ! » a accéléré le phénomène, mais il était évident qu'à un moment donné ou à un autre, la crème du catch scientifique devait se retrouver au plus haut niveau. Si le match de Championnat WWE programmé à Over the Limit n'a été que le résultat d'un Beat the Clock Challenge remporté par Bryan, la suite des événements s'annonce beaucoup plus palpitante. D'une part, CM Punk reste sur une victoire amère.


Les rivalités mythiques de la WWE Dans l'idéal, la rédac' de Planète Catch se régalerait de voir la rivalité Punk-Bryan se perpétuer à travers le temps pour devenir un véritable pan de l'histoire de la WWE. Un peu à l'instar des rivalités suivantes : Hulk Hogan-Ric Flair : Champion du monde vs Champion WWE Contexte : Fin des années 80, début des années 90 Flair est considéré comme le meilleur catcheur au monde. Hogan, lui, est la plus grande star jamais créée sur un ring de catch. Le pic : À Bash at the Beach 1994, le dream match a enfin lieu. La WCW organise l'affrontement, ce que Vince McMahon n'a pas osé trois ans auparavant. Hogan l'emporte. Une foule de matchs suivront. The Rock-Steve Austin : Le blockbuster de l'ère Attitude Contexte : En pleine période Attitude, la WWE accouche de stars qui mettent le public en transe. À leur tête, The Rock et Steve Austin se mènent une guerre qui représente à elle seule toute une époque. Le pic : WrestleMania X-Seven. L'un des plus grands main events de tous les temps dans lequel l'impossible se produit : Austin se ligue à Vince pour s'imposer. Shawn Michaels-Bret Hart : Incompatibilité de caractères Contexte : Les leaders de la New Generation. Traditionaliste, Hart est l'adversaire du fougueux Michaels dans une WWE qui oscille entre deux époques. Le pic : Aux Survivor Series 1997, Michaels et Vince McMahon arnaquent Bret et lui prennent le titre suprême avant son départ à la WCW. Brock Lesnar- Kurt Angle : Lutteurs dans l'âme Contexte : Brock et Kurt sont nés sur les tapis de lutte et se retrouvent sur les rings de catch au sortir de l'Attitude Era. Le pic : Tout 2003. Cette année, c'est celle de Lesnar et Angle... John Cena-Randy Orton : Les piliers de la Modern Era Contexte : Formés à la OVW, Johnny et Randy prennent les clés de la WWE. Le premier se comporte en héros, le second en crapule de la pire espèce. Le pic : Bragging Rights 2009 est la scène d'un 60-Minute Iron Man Match de toute beauté. Après ce duel remporté 6-5 par Cena, les tensions s'apaisent lentement.

D-Bryan croit en lui plus que n'importe qui... et ça paie

« AJ pourrait jouer un rôle capital dans ce micmac entre excellents techniciens » Toutes les caméras ont filmé son abandon sur le Yes Lock, ce qui implique sur le plan strictement compétitif la nécessité d'une autre manche. Quant au match lui-même, il a été couvert d'éloges. Jim Ross a avoué qu'il s'agissait de « l'un des plus beaux combats » auxquels il a assisté depuis des années. Et si JR' en redemande, que les fans ont adoré, la WWE n'aura d'autre alternative que de continuer dans cette direction. Mais l'argumentaire sportif ou historique pèse peu en comparaison d'un détail autrement plus important : AJ. La ravissante brunette, cœur traumatisé par Daniel après son humiliation contre Sheamus à WrestleMania XXVIII, est en train de jeter de l'huile sur le feu. Depuis qu'elle se rapproche de CM Punk, se laisse fondre dans ses bras avec un regard espiègle, la rivalité entre les deux hommes prend une autre tournure. Elle devient plus personnelle. L'idylle naissante entre le Chicago Kid et AJ est l'ingrédient qu'il manquait à la recette du succès pour cette guerre du catch. Sept ans en arrière, Lita, Edge et Matt Hardy

AJ... la cerise sur le gâteau ? captivaient le monde entier dans leurs cafouillages sentimentaux. En 2004, Chris Jericho et Christian se battaient passionnément pour Trish Stratus. En 2000, Stephanie McMahon semait la confusion au milieu de Triple H et Kurt Angle. En 1992, Flair courtisait Miss Elizabeth, l'amour de Randy Savage... Toutes ces rivalités ont déclenché des cascades de rires et de larmes. Toutes sont mémorables. Et si AJ peut jouer un rôle capital dans ce micmac, permettre à Punk et Bryan de se détester au point de se battre trois fois par semaine pour notre plus grand bonheur, et bien qu'il en soit ainsi. Qu'elle leur pourrisse la vie. Ce sera, en plus, une méthode très innovante pour démontrer une bonne fois pour toutes que, dans le catch comme ailleurs, la femme demeure indubitablement l'avenir de l'homme. Samuel Balmeur

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