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Le port du masque, il est temps de sortir de la pensée binaire Salomé Mulongo, Naturopathe et nutrithérapeute

Il est temps de sortir du schéma des bons pro-masques et des mauvais antimasques, des moutons-autruches d’un côté et des complotistes de l’autre, des trouillards versus des inconscients. Cette dichotomie est non seulement dépassée mais injurieuse et pour les uns et pour les autres.

Je ne suis pas complotiste

J

e n’en n’ai ni l’âme, ni l’envie et encore moins les compétences et le courage. Je suis juste une femme, une maman, une belle-grand-mère et naturopathe. Une simple naturopathe dans l’âme. J’ai découvert la naturopathie il y a 22 ans, lorsque j’ai perdu mon premier être cher, la chair de ma chair, mon petit garçon Thybalt à 6 mois de vie dans mon ventre. Avant lui, j’aurais répété « bêtement » et je l’ai sans doute fait, que je ne souhaiterais jamais à personne, même à ma pire ennemie, de perdre son enfant. Pourtant, je dois bien l’avouer, c’est sa mort qui m’a, pour la première fois, fait ressentir l’urgence de célébrer la vie. Toutes les vies. Pas uniquement celle de ma petite personne ou

des êtres que j’aime. Celle de tous les êtres, de la TerreMère, du monde visible et invisible. Et depuis, chaque nouvelle mort me rappelle cette urgence. Aujourd’hui, c’est cette même urgence de vie qui m’empêche de porter le masque. Je ne parle évidemment pas du masque qui est porté quelques minutes, le temps de faire des courses ou de croiser quelqu’un. Je parle de celui qu’on voudrait que je porte pendant huit heures au boulot. Celui qui empêche de respirer aisément pendant ces huit heures. Celui qui coupe le souffle de vie. Et ce qui coupe le souffle de vie n’est pas un acte de protection, ni pour soi, ni pour les autres. C’est une petite mort. Je parle de celui qui provoque des problèmes de peau, d’allergie, de sécheresse. Celui qui va à l’encontre du premier conseil que l’on donne pour s’assurer une meilleure santé en naturopathie, c’est de respirer. Au grand air. Et de bouger.


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Le port du masque, il est temps de sortir de la pensée binaire

Le port du masque, il est temps de sortir de la pensée binaire

Je ne porte pas de masque Parce qu’il est aussi anxiogène et que tout ce qui crée du stress diminue l’immunité, la base de la base en matière de santé. Il m’a fallu des années pour construire cette immunité. Des années à apprendre à poser des choix qui vont dans le sens de la vie, au détriment de plaisirs, certes fugaces, subtils et délétères, mais si présents et si encouragés dans notre société : manger hypotoxique plutôt que manger des produits transformés, du mauvais gras, des mauvais sucres, boire de l’eau plutôt que des sodas, de l’alcool, bouger, s’aérer et respirer plutôt que fumer, passer des heures à regarder des séries, à naviguer sur les réseaux sociaux, prendre sa voiture pour un oui pour un non et même l’avion pour de courtes distances, vivre dans la simplicité et se désencombrer plutôt que surconsommer et produire énormément de déchêts... et j’en passe. C’est cette même immunité construite par ces choix de vie que j’enseigne à mes étudiants en naturopathie et que je partage dans mes consultations et mes conférences. Cette immunité n’a jamais été encouragée dans toutes les mesures prises par le politique. Aucun des experts n’a soulevé l’intérêt de renforcer son immunité grâce à la gestion du stress, une alimentation hypotoxique, une respiration digne de ce nom, de l’activité physique régulière et un taux vitamines D suffisant... Ceux qui me connaissent savent que je suis appréciée pour ma bienveillance, mon souci de l’autre et ma capacité à le guider dans son apprentissage à (re)trouver son pouvoir de guérison, à (re)découvrir la sagesse de ses cellules et (ré)écouter son premier médecin : son corps, cette magnifique machine qui a tant à nous apprendre quand on l’écoute. Je n’accepterai donc pas d’être considérée comme une inconsciente, égocentrée ou, comme je l’ai lu sous la plume d’Aurélien Barrau que j’estime par ailleurs, « un enfant gâté paranoïaque qui ne veut rien, jamais, sacrifier de son confort ». Je ne suis pas paranoïaque et en matière de sacrifice, je pense avoir eu ma dose (mais c’est un autre sujet). Je ne porte pas ce masque qui fait croire au commun des mortels que la solution vient de l’extérieur et qu’il est protégé et au non porteur de masque qu’il est inconscient et responsable de la santé des autres. Rappelons d’abord que la taille moyenne d’un virus est mille fois plus petite qu’un cheveu. En outre, chaque année, il « pleut » plus d’un billion de virus par mètre carré sur notre planète et comme l’explique Curtis Suttle, virologue à l’Université de la Colombie-Britannique, au Canada, plus de 800 millions de virus se déposeraient chaque jour sur chaque mètre carré de la troposphère.

Comment, dès lors, imaginer qu’un bout de papier ou de tissu arrêterait ces particules si minuscules et si nombreuses ? Sans parler des masques qui chez certains se transforment en porte-menton, boucles d’oreille, collier, cache-moustache, décoration de rétroviseur, chapeau pour le pommeau du changement de vitesse, mouchoir au fond du sac à mains ou dans la poche et ressemblent alors plus à un nid de bactéries ambulant qu’à la protection censée apporter ! Et j’oubliais ceux qui utilisent le masque recto verso (si, si, je l’ai vu !) et à durée indéterminée même s’il est indiqué 4 heures maximum. Même si le message est difficile à entendre, j’aime à rappeler, toujours avec bienveillance, dans mes consultations, conférences et cours, que nous sommes seuls responsables, par nos choix et modes de vie, de l’immunité et de la santé que nous construisons. Croire que la santé vient des autres, d’une autorité, de l’extérieur, est un leurre (en tous cas, dans la majorité des pays occidentaux) et nous rend dépendants du bon vouloir des autres. Réaliser que nous avons un pouvoir sur notre santé est bien plus constructif et encourageant. Enfin, je ne porte pas de masques fabriqués en Chine, à Taiwan ou ailleurs, parfois, souvent ? dans des conditions peu éthiques parce que j’ai fait le choix précisément d’arrêter de polluer la planète par des produits non durables, non éthiques qui, plus est, ont fait le tour du monde. Cela m’a demandé des années d’organisation et de recherches pour dépolluer mes habitudes de vie, privilégier les produits éthiques et locaux, me déplacer de manière plus écologique... je l’ai fait parce que la planète aussi, a grand besoin d’être soignée, de vivre et de respirer. Et voilà qu’en plus ces masques qui ont fait le tour du monde terminent leur périple dans la nature et dans les océans et portent atteinte à d’autres vies que je trouve tout aussi précieuses que la nôtre.

Mon ami Benoît porte le masque Je ne porte pas de masques et parmi mes amis, mes vrais amis et certains proches, il y en a pour qui le port du masque est important. Une question de vie, même, pour certains. Et parmi eux, il y a mon ami Benoît. Un poète qui, dans une autre vie, a été infirmier. C’est dire si les infections, les contagions, la souffrance et la mort ont fait partie de sa réalité. C’est peut-être même tout cela qui en a fait le poète qu’il est devenu après toutes ces années et que j’aime tant. C’est dire aussi si les masques il connaît. Il connaît par coeur, lui au moins, les bons gestes pour le mettre et pour l’enlever en toute

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sécurité. Et peut-être même que chez lui, ce masque lui permet enfin de respirer paisiblement. Quand je lis le tout petit poème de mon ami Benoît « J’aime quand les gens portent un masque dans les transports en commun. On voit bien les yeux des gens. C’est souvent beau, les yeux des gens. Pas toujours. Mais souvent. Ça raconte des histoires très fortes, les yeux des gens. Pas toujours. Mais souvent. J’aime quand les gens portent un masque dans les transports en commun »1, je comprends qu’on a tous les deux le même souci de l’autre, le même amour pour la vie, pour toutes les vies. Je comprends que ce qui nous différencie c’est uniquement notre manière de prendre soin de soi et de l’autre et qu’il n’y en n’a pas une meilleure que l’autre. Il y a celle qui est juste et pour lui et pour moi, là où nous sommes l’un et l’autre aujourd’hui, avec nos bagages, nos craintes, nos croyances et notre amour de l’autre, de tous les autres. Quand je lis mon ami Benoît, je réalise que son approche est plus pasteurienne (comme souvent chez les porteurs de masques) et que la mienne est celle de Béchamp et de Claude Bernard (comme souvent chez les non-porteurs de masques) pour qui « le virus n’est rien, le terrain est tout ». Cet enseignement est en effet le mien. C’est celui que je partage avec mes collègues naturopathes et mes étudiants. Quand je lis mon ami Benoît, je comprends qu’on peut donc être pasteurien et poète et je suis heureuse qu’il mette des mots sur ce qui est encore invisible à mes yeux : la beauté dans les yeux des gens qui portent un masque, là où je ne vois encore que de la peur, de la soumission et parfois du désespoir et de la survie. Je suis heureuse qu’il voie tout ce qu’il voit dans les yeux des gens. Je suis heureuse qu’il soit mon ami pour toujours avec nos différences. Je suis heureuse qu’il soit poète et qu’il me nourrisse et me pousse à réfuter la pensée binaire et à réaliser que ce combat entre les deux écoles Pasteur et Béchamp est, lui aussi, purement stérile et dépassé. Qu’une autre voie est à trouver, réinventer. Une autre voie vers une vision plus globale et systémique de la santé qui inclut les deux courants. Quand je lis mon ami Benoît, j’ai envie de le prendre dans mes bras mais je n’ai pas de masque. Alors je ne peux pas. Je ne le ferai pas. Et dans le même temps, cette interdiction momentanée donne encore plus de valeur et d’intensité à l’attente de nos futures retrouvailles. Alors je cultive cette attente et je suis créative pour trouver quelque chose qui serre fort le corps de ceux qu’on aime sans les toucher. Je lui dédie ce texte et je le dédie à tous ceux que je ne peux toucher maintenant parce que je ne porte pas de masque. Toujours je reste créative, bienveillante et dans l’ouverture. Je ne


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Le port du masque, il est temps de sortir de la pensée binaire

vais pas dans les grandes surfaces et les endroits publics où le masque est obligatoire. Je fais mes courses dans mon petit magasin bio et chez mon maraîcher où il n’y a que 2 personnes à la fois qui peuvent entrer et où des casiers de ravitaillement sont à disposition à l’extérieur en dehors des heures d’ouverture. Je ne prends pas les transports en commun. Je fais tous mes déplacements à vélo (une quarantaine de kilomètres par jour). Je reçois en consultations et j’enseigne par vidéo-conférence ou à l’extérieur, en plein air, en respectant les distances recommandées. Au boulot, j’utilise la visière qui me permet de respirer un peu et qui permet à ce petit couple de malentendants qui vient régulièrement d’encore lire sur mes lèvres.

Il est plus que temps de sortir de cette pensée binaire et de reconstruire, de nous reconstruire et nous aimer. Très fort. Nous pouvons le faire. C’est une urgence. Une urgence de vie.

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Graphisme et illustrations : audreyfrancois.be

Quand je lis mon ami Benoît, je réalise qu’il est plus que temps de dépasser ces clivages, d’arrêter de combattre un dogme (celui des Pasteuriens et du méchant virus unique responsable) par un autre dogme (celui des partisans de Béchamp et du mauvais terrain unique responsable). Et vice versa. Quand je vois, de part et d’autre des deux courants l’énergie déployée par certains et le temps consacré à se moquer de celui qui a une approche différente dans cette crise qui nous dépasse, à le discréditer, le vilipender avec violence, hargne et même haine, j’ose à peine imaginer à quoi pourrait ressembler notre futur monde si toute cette énergie et ce temps étaient utilisés pour rencontrer l’autre, porter intérêt à sa vision, la respecter et puis la compléter tout en faisant preuve d’humilité en admettant que les lois de la vie nous dépassent, que nous sommes tout petits et que c’est pour cette raison que nous avons besoin les uns des autres. J’ose à peine imaginer ce monde où la place des poètes serait enfin reconnue parce qu’ « il nous faut des Poètes. Des femmes et des hommes à qui l’on reconnaît le don de toucher l’expression de nos souffles souterrains, invisibles et indicibles »1.

Benoît Coppée, juillet 2020

INFOS

salome.m@nutritionplaisir.be Tél. 32 (0)10 61 38 89 www.nutritionplaisir.be

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