Salamnews n°39

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N° 39 – juillet-Août 2012

ÉDITION Nationale

SPÉCIAL

RAMADAN 2012 ÉCONOMIE

Le business du Ramadan toujours florissant

Imprimé sur du papier recyclé. Ne jetez pas ce magazine sur la voie publique : donnez-le. Merci !

SPORT

JO de Londres, un défi pour les athlètes musulmans

PRATIQUE

RÉussir son jeûne

PAPE DIOUF

« Sans la diversité, le football français s’écroule »



SALAMNEWS N° 39 / Juillet-Août 2012

SOMMAIRE

ÉDITO Noblesse d’État

ACTU 4 Le HCI dénonce le chômage

L

des enfants d’immigrés Des congés payés pour les fêtes musulmanes ? La FIFA autorise le port du voile Bethléem au patrimoine mondial

SOCIÉTÉ 6 Manuel Valls inaugure

TÊTE D’AFFICHE 24 Pape Diouf : « Sans la diversité,

le football français s’écroule »

© Tschaen / SIPA

la Grande Mosquée de Cergy

CINÉMA 26 Les Enfants de Belle Ville

ou l’amour dans tous ses états Téléphone arabe ou l’antenne de la discorde

CULTURE 27 « Libertés ! », l’expression artistique

des révolutions arabes

est une femme qui s’assume »

De VOUS À NOUS 30 L’amour et le mariage

FOCUS

© Cyrille Choupas

BEAUTÉ 28 Nawel : « Une femme belle

Spécial ramadan

8 Le marché du Ramadan contente-t-il les consommateurs ? 10 Réussir son jeûne : conseils pratiques 12 Mon premier Ramadan 13 Le Ramadan en questions 14 Quand les mosquées régalent ! 16 L’iftar au resto 18 Les JO de Londres, un défi pour les athlètes musulmans 2 0 Ramadan, une pause détox 22 L’ordonnance beauté du Ramadan Salamnews est édité par Saphir Média, SARL de presse au capital de 10 000 euros. Salamnews : 113-115, rue Danielle-Casanova – 93200 Saint-Denis Directeur de la publication : Mohammed Colin. N° ISSN : 1969-2838. Dépôt légal : juillet 2012. Directeur commercial : Mourad Latrech. Directeur de la rédaction : Mohammed Colin. Rédactrice en chef : Huê Trinh Nguyên. Journalistes : Mérième Alaoui, Hanan Ben Rhouma, Mounir Benali, Nabil Djellit, Maria Magassa-Konaté, Karima Peyronie, Assmaâ Rakho-Mom. A participé à ce numéro : Chams en Nour. Rédaction : redaction@salamnews.fr – 01 70 24 39 46 – www.salamnews.fr Conception graphique : Pierre-André Magnier. Imprimé en France. Tirage : 110 000 exemplaires. Photo de couverture : © IBO/SIPA.

© Lahcène Abib

Zakât al-Fitr : boom des transferts d’argent

’Assemblée nationale s’est largement féminisée. Ce sont 150 femmes qui siègent au Palais Bourbon. Elles n’étaient que 107 dans la précédente Assemblée. Même si nous n’avons pas atteint la parité, le progrès est bien présent. Nous constatons aussi un progrès notable du côté de la représentation des minorités visibles. 11 candidats d’origine extra-européenne et ultramarins ont été élus députés. Certes, c’est un record historique mais il ne constitue pas un véritable tournant. Il ne faut pas oublier que ces élus ne constituent que le frontoffice, la vitrine politique, mais que le back-office, c’est-à-dire les hauts cadres des cabinets présidentiel et ministériels, les microprocesseurs de l’exécutif où transitent, voire s’élaborent, les grandes décisions de notre pays, manque cruellement de diversité : pas assez de femmes, de responsables issus des milieux populaires, de personnes issues des minorités visibles ; en revanche, une surreprésentation du mâle blanc quinquagénaire issu des milieux aisés et des grandes écoles. La gauche revenue au pouvoir avec des intentions louables n’aura donc pas échappé au recrutement de la « noblesse d’État ». Cette lenteur à réduire le décalage dans la représentation des élus nationaux et le peuple s’explique par les mécanismes d’autoreproduction sociale, où s’exercent les solidarités de formation, de corps et de réseaux. Pour mettre en phase le peuple et les élites, c’est sur un double front que le gouvernement devra prendre des mesures. Il passe par un plus large accès des classes populaires aux grandes écoles et par le renouvellement du corps des élus en limitant le temps et le cumul des mandats politiques pour faciliter l’arrivée de nouveaux visages et de nouvelles idées. ■ Mohammed Colin Pour la publicité, contactez-nous par téléphone au 01 48 09 53 24 ou par mail à pub@salamnews.fr


SALAMNEWS N° 39 / juiLLET-AOÛT 2012

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ACTU

w Pour plus d’actus, saphirnews.com, le premier quotidien musulman d’actualité

ÉCONOMIE

EN BREF

Le HCI dénonce le chômage des enfants d’immigrés EMPLOI. En France, les enfants d’immigrés non européens subissent la galère du chômage de plein fouet. Même s’ils sont Français et que beaucoup ont suivi des études supérieures, ils ont un taux de chômage supérieur à celui de leurs parents (24,2 % contre 20,2 %). Un taux qui est plus du double de celui des Français de naissance (8,7 %). C’est le constat que fait le Haut Conseil à l’intégration (HCI) dans un rapport publié à la mi-juin intitulé « Intégrer dans une économie de sous-emploi ». Les parents de ces jeunes d’origines maghrébine, subsaharienne ou asiatique ne sont déjà pas bien lotis avec un taux de chômage de 20,2 %. Les immigrés turcs sont les plus touchés (25,9 %), suivis par ceux du Maghreb (22,9 %), alors que le taux de chômage des immigrés originaires de l’Espace économique européen (EEE) est identique à celui de la population totale, relève le rapport. Une question se pose. Comment se fait-il que les enfants d’immigrés soient plus touchés par le chômage alors qu’ils sont le plus souvent Français et qu’ils

© Jackin

VOYAGES

sont de plus en plus nombreux à poursuivre leurs études dans le supérieur ? « Si le niveau de chômage est fortement corrélé avec le niveau de diplôme, il reste supérieur pour les descendants d’immigrés, quel que soit le diplôme : il est de 4,6 % pour des Français nés de parents français ayant le niveau licence et plus, mais de 14,1 % pour les descendants de pays tiers », constate le HCI. L’ascenseur social semble être en panne. Les immigrés et les descendants d’immigrés représentent plus de la moitié de la population âgée de 18 à 50 ans vivant dans une zone urbaine sensible (ZUS). Et on n’aide pas vraiment les enfants d’immigrés à s’en sortir, car ils sont majoritairement orientés vers les filières professionnelles. Ils y représentent 35 % des effectifs. Selon le HCI, la non-maîtrise des codes sociaux serait aussi un frein à l’insertion professionnelle des descendants d’immigrés. Mais il ne faut pas oublier que ces derniers sont également victimes de discriminations. ■ Maria Magassa-Konaté

ENTREPRISES

Des congés payés pour les fêtes musulmanes ? DIVERSITÉ. Les salariés musulmans pourront peut-être bientôt poser librement des congés payés pour profiter pleinement de l’Aïd al-Fitr et de l’Aïd el-Kébir. En effet, l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH) propose de supprimer trois jours fériés « chrétiens » pour les remplacer par trois autres jours de congés à la convenance du salarié. L’association soumettra cette proposition au ministre du Travail Michel Sapin. Elle suggère la suppression du jeudi de l’Ascension, du lundi de Pen-

tecôte et le jour de l’Assomption. À la place, les salariés musulmans ou juifs pourraient poser ces jours fériés lors des fêtes liées à leur religion. Une proposition qui entre dans l’optique de respecter la diversité des salariés français, indique l’association. Le tout se ferait « sous forme de congés payés », assure Jean-Christophe Sciberras, président de l’ANDRH. Noël, le lundi de Pâques et la Toussaint resteraient des jours fériés, car « ces fêtes revêtent désormais une forte dimension sociétale ». ■ Maria Magassa-Konaté

Guide des pèlerins La brochure d’information à destination des pèlerins en partance vers La Mecque a été réactualisée et publiée par le ministère français des Affaires étrangères. Elle recense les conseils voyage et santé ainsi que tous les contacts utiles. Un guide pratique pour les musulmans de France, à l’approche du mois du Ramadan qui débute le 20 juillet. Cette période est en effet propice à des départs vers La Mecque, où les pèlerins se rendent pour effectuer le petit pèlerinage (‘umra). Quant au grand pèlerinage (hajj), qui constitue le cinquième pilier de l’islam dans la mesure où les fidèles sont dans la capacité physique et matérielle de l’accomplir, il devrait se tenir, selon le ministère saoudien du Hajj, du 24 au 29 octobre 2012. L’an dernier, quelque 3 millions de musulmans s’y sont rendus, dont les deux tiers sont étrangers. w À télécharger sur www.diplomatie.gouv.fr

SPECTACLES Musiques du monde Brassage culturel et musical en plein air, à la Villette, en partenariat avec le festival Gnaoua d’Essaouira (Maroc). À 11 h, atelier (payant) de cuisine marocaine. À 15 h, concert du Maâlem Omar Hayat et ses Gnaoua. À 17 h, le Maâlem Omar Hayat fait rencontrer la musique gnaoua avec le hip-hop de la compagnie de danse XXe Tribu. Et à 19 h, avec la musique jazz de Vincent Segal (violoncelle), Mehdi Haddad (oud) et Mokhtar Samba (batterie). w Dimanche 12 août Parc de la Villette 211, avenue Jean-Jaurès Paris 19e www.villette.com

MONDE

La FIFA autorise le port du voile SPORT. Le 5 juillet, la FIFA (Fédération internationale de football international) a autorisé le port du voile dans les matchs de football féminin. Mais, en France, cette décision est loin de plaire. Dans le champ politique, à droite, on n’hésite pas à fustiger la décision de la FIFA comme c’est le cas du FN qui craint que cela « ouvre la voie à toute sorte d’exigences que ne manqueront pas de porter les islamistes radicaux ». En réaction à cette décision, la Fédération française de football (FFF) a même interdit à ses licenciées le port du voile. La FFF se positionne donc clairement contre la FIFA, qui a justifié l’autorisation du voile en indiquant qu’il n’y avait aucune contre-indication médicale ou de sécurité à le porter pendant un match. ■ M. M.-K.

Bethléem au patrimoine mondial CULTURE. Le 29 juin, à une majorité écrasante (13 voix contre 6 et 2 abstentions), l’UNESCO a décidé d’inscrire en urgence la ville de Bethléem, lieu de naissance de Jésus, et l’église de la Nativité sur la liste du patrimoine mondial. L’Autorité palestinienne s’est félicitée de cette décision, attendue de longue date, et qui constitue pour elle une reconnaissance des droits du peuple palestinien. Sans surprise, cette décision a suscité une vive protestation d’Israël. ■ Hanan Ben Rhouma



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SOCIÉTÉ Par Maria Magassa-Konaté

Manuel Valls inaugure la Grande Mosquée de Cergy

CULTE. « Une mosquée, quand elle s’érige dans la ville, dit une chose simple : l’islam a toute sa place en France », a proclamé Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur en charge des cultes, devant les très nombreux Cergyssois venus assister à l’inauguration de leur mosquée, située dans le quartier de Cergy-le-Haut. « Après tant et tant d’années d’attente, d’interrogations et d’incertitudes, nous sommes là enfin », a commenté, ravi, Dominique Lefebvre, le député-maire de Cergy (PS), qui a beaucoup soutenu et suivi la communauté musulmane dans ce projet.

Du gymnase à la mosquée

Enfin, car l’idée de la construction de cette mosquée « remonte à 9 ans en même temps que la création de la fédération qui regroupe 10 associations », explique Hamida Maïga, le président de la Fédération musulmane de Cergy (FCM) qui a porté ce projet.

© Saphir Média

La Grande Mosquée de Cergy, de 2 000 m², a bénéficié d’un bail emphytéotique de 99 ans et d’un prêt à taux zéro de 2,2 M€, pour un budget total de 3,7 M€ entièrement financés par les fidèles en France.

À présent, les fidèles, qui ont inauguré en avant-première la mosquée vendredi 29 juin, peuvent dire adieu au gymnase dans lequel ils faisaient la prière du vendredi. À la place, ils bénéficient d’une grande mosquée de 2 000 m² sur trois niveaux, qui peut accueillir jusqu’à 1 500 fidèles. Il faut dire que le lieu est vaste. La mosquée comprend deux grandes salles de prière : une pour les hommes et une pour les femmes, avec leur salle d’ablutions mais aussi deux cuisines, un salon de thé, un bureau pour l’imam, une salle funéraire, des salles de classe et une salle polyvalente.

Un bail de 99 ans

Nul doute que les musulmans de Cergy sauront occuper tout cet espace. Ils n’y sont d’ailleurs pas étrangers, puisque le financement de la mosquée provient uniquement des dons des fidèles. Plus de 3,7 millions d’euros ont été nécessaires à sa construction.

© Saphir Média

Vendredi 6 juillet, Manuel Valls inaugurait pour la première fois en tant que ministre de l’Intérieur un lieu de culte musulman : la Grande Mosquée de Cergy (Val-d’Oise).

Lors de son premier discours officiel adressé à la communauté musulmane de France, à l’occasion de l’inauguration de la Grande Mosquée de Cergy, Manuel Valls a assuré vouloir se départir de la politique menée ces dernières années : « Je ne veux pas que soient confondues les questions d’immigration, d’intégration et les questions liées aux cultes. »

Mais les appels aux dons ne sont pas terminés, car la FMC a bénéficié d’un prêt bancaire à taux zéro de 2,2 millions d’euros pour que les travaux puissent être achevés. Il reste donc encore beaucoup d’argent à collecter pour rembourser ce prêt. Le maire Dominique Lefebvre, pour qui il était nécessaire de permettre aux musulmans de « disposer d’un lieu de culte digne » et ainsi de garantir le « libre exercice des cultes », a consenti à un bail emphytéotique sur une durée de 99 ans. La municipalité a également garanti à hauteur de 50 % l’emprunt bancaire de la FMC.

Des musulmans et un maire unis

Très impliqué dans ce projet, le maire de Cergy est en effet celui qui a impulsé la création de la fédération, en poussant les différentes associations musulmanes de la ville à se rassembler. Aujourd’hui, réunis au sein de la FMC, les fidèles assurent qu’il n’y a aucun problème. « Il n’y a pas de conflits entre les communautés, pourtant la diversité est palpable » dans cette ville où cohabitent 130 nationalités d’origines différentes, souligne

Tahar Mahdi, l’imam choisi pour officier à la Grande Mosquée de Cergy. Selon lui, cette osmose est aussi due au fait que la majorité des fidèles appartient à l’obédience malikite : l’école religieuse suivie en grande partie par les musulmans originaires du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest.

« Un exemple de l’islam de France »

Un rassemblement salué par Manuel Valls, qui voit la Grande Mosquée de Cergy comme une « belle illustration de ce qui doit se passer dans notre pays ». Contre l’instrumentalisation politique de l’islam, le ministre a assuré « condamner tous les clichés, toutes les petites phrases, que l’on entend, ou que l’on tolère, et qui visent les musulmans », tout en précisant vouloir « défendre avec fermeté la laïcité ». « J’appelle les responsables du culte musulman à prendre la mesure des défis qui se posent à nous. Les divisions, les égoïsmes, la concurrence ne peuvent pas différer plus longtemps le dialogue indispensable qui doit s’ouvrir sur les sujets cultuels », a tenu à mettre en garde Manuel Valls, se posant en ardent défenseur d’« un islam de France ». ■



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FOCUS

Spécial RAMADAN

© Lahcène Abib

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Le marché du Ramadan

contente-t-il les consommateurs ?

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Par Mérième Alaoui

Le Ramadan est devenu un phénomène de société mais aussi un rendez-vous économique. Les professionnels de la distribution se préparent à un pic de consommation. Mais leurs efforts sont-ils à la hauteur des attentes ?

Ramadan. Si tous les ans, ceux qui jeûnent selon le quatrième pilier de l’islam ont droit aux mêmes questions de type « Est-ce que vous avez le droit de boire ? », la population hexagonale connaît ce précepte largement suivi par les musulmans de France. D’après l’IFOP (2011), 71 % des 5 millions de musulmans déclarent jeûner. Ils sont 84 % parmi les musulmans originaires du Maghreb (Horizons Shoppers 2012, du cabinet Solis). Le marché du Ramadan s’avère juteux. Tout comme Noël, Pâques ou tout événement à consonance religieuse, les grandes enseignes et les commerçants ont bien inscrit cette date sur leurs calendriers. D’autant plus que, cet été, la majorité des musulmans va rester en France (76 %, selon Solis). Mais la plupart des prospectus diffusés par les grandes surfa-

ces utilisent peu le terme « Ramadan » : ils évoquent encore des « saveurs d’Orient » (Dia) ou se fourvoient complètement, proposant, par exemple, une « bouteille de rosé pour l’achat d’un couscous royal » (Cora). De son côté, Carrefour semble s’être décomplexé et affiche clairement son catalogue 2012 « Spécial Ramadan », tout en sous-titrant « Découvrez mille et une saveurs orientales » pour garder une note d’exotisme ; l’an dernier, l’enseigne lançait simplement une « Invitation au palais des délices ».

Une communication multicanaux

Carrefour emboîte ainsi le pas à Casino, le précurseur, qui, d’emblée, avait choisi la transparence. Cette année encore, l’en-

seigne persiste et signe. « Nous célébrons le “Ramadhan” tout comme le nouvel an chinois ou Noël, pourquoi être hypocrite ? Nous voulons répondre aux demandes de tous nos consommateurs, c’est aussi simple que cela », explique-t-on à la direction. « Il ne faut pas prendre les consommateurs pour des imbéciles… En 2009, Casino a été le premier à lancer sa marque halal, Wassila, alors que Carrefour était sur le marché du halal bien avant », souligne Abderrahmane Bouzid, ancien « Monsieur Halal » pour Casino, qui continue de conseiller l’entreprise au sein de son cabinet AB Associates Conseil. Décomplexé, Isla Délice l’est aussi. La marque de charcuterie halal, qui s’était distinguée en 2010 avec ses panneaux « Fièrement halal » sur lesquels trônaient un coq ou un bœuf charolais, prépare un


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76 %

w C’est le pourcentage des personnes originaires du Maghreb vivant en France qui déclarent jeûner le mois de Ramadan en France. La grande majorité des musulmans va donc s’approvisionner dans les enseignes françaises. (Source : Solis, 2012)

nouveau coup marketing… À l’entrée du Ramadan 2012, Isla Délice va souhaiter « un bon Ramadan » dans des publicités diffusées sur toutes les chaînes de télévision nationales : TF1, France 2, France 3, M6 et BFM TV. « De plus, ce sera aux heures de grande écoute. Une première en France », se félicite Jean-Daniel Hertzog, directeur de Zaphir, détentrice de la marque Isla Délice aux 60 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2011. Pas tout à fait, pourrait-on lui rétorquer. Zakia Halal a été la première entreprise de la filière halal à diffuser un spot sur TF1 et M6 ainsi que sur des chaînes de la TNT, en plein mois de Ramadan 2009. Isla Délice « a fait le choix des canaux généraux », contrairement à son concurrent Fleury Michon, qui préfère communiquer sur le halal via les canaux dits communautaires.

La nouvelle bataille des MDD

Mais des enseignes comme Leclerc n’ont pas de politique marketing nationale en ce qui concerne le halal. Chaque directeur de magasin approvisionne ses rayons comme il le souhaite. Donc, pour l’heure, pas de MDD halal, alors que la vente des produits est en croissance de 11,3 % à la fin février 2012 dans les hyper- et supermarchés. Dans l’enseigne E. Leclerc, « la croissance est encore plus dynamique avec + 32 %. Le Groupe E. Leclerc constate bel et bien un pic de consommation durant la période du Ramadan », reconnaît-on chez Leclerc. Si le business est florissant, la communication reste encore timide chez la plupart des distributeurs. Le Ramadan 2012 intervient après une période particulièrement violente à l’égard des musulmans en général et du halal en particulier. « Les polémiques autour du Quick halal et celles qui ont été orchestrées par l’extrême droite durant la campagne électorale, freinent le mouve-

ment, mais celui-ci est inévitable, c’est une question de temps », analyse Florence Bergeaud-Blackler, auteure de Comprendre le halal (Edipro, 2010). Optimiste, la sociologue en veut pour preuve l’émergence des « marques de distributeur (MDD) comme celle de Casino (Wassila) et Carrefour halal [qui] ne sont qu’un début », préditelle.

350 M€ dépensés pendant le Ramadan

En attendant des jours meilleurs, ce marché très jeune répond-il à la demande croissante des consommateurs de culture musulmane ? Car, paradoxalement, ces derniers surconsomment pendant le mois de jeûne. « Le budget nourriture est évalué à 92 euros mensuels par personne. Les dépenses nationales sont estimées à 350 millions d’euros », explique Abbas Bendali, directeur du cabinet Solis. Que ce soit à la maison, dans les restaurants, dans les mosquées ou lors des repas organisés par les ONG, les ftours (repas de rupture du jeûne) ressemblent, dans bien des cas, à un repas de fête. D’après l’enquête 2012 de Solis, les produits phares du Ramadan restent les produits traditionnels. 86 % des sondés achètent « plus souvent » des feuilles de bricks, ils sont 85 % pour les dattes ou encore 72 % pour le lait fermenté. Mais la grande surprise de ce top 10 est l’apparition de produits comme les corn flakes, les yaourts, le fromage de type Kiri, les jus de fruits premium... « Cela casse l’image des musulmans traditionnels. Cette consommation est celle des jeunes de moins de 35 ans qui ont leurs propres habitudes. De façon générale, lors du Ramadan, on veut se faire plaisir », commente Abbas Bendali. C’est notamment le cas des adolescents qui font le Ramadan pour la première fois qui surconsomment du chocolat et des friandises...

Ainsi, Abbas Bendali déplore que ces produits non traditionnels « ne se retrouvent pas dans les prospectus promotionnels des enseignes... Dans les pays musulmans, les rayons de céréales de type corn flakes sont très bien achalandés ». Tandis que la marque Wassila de Casino est passée de 40 références en 2010 à 91 aujourd’hui, les efforts des commerçants sont, quant à eux, encore loin d’être à la hauteur.

La France, premier marché européen du halal

Pourtant, selon le World Halal Forum de Kuala Lumpur (Malaisie), la France représente 17 milliards de dollars par an (sur les 663 milliards de dollars pour le marché mondial). C’est le premier marché européen du halal. « Ce qui bloque en France, c’est que la question du halal est traitée de façon trop idéologique et pas assez économique… Si on traîne trop, ce sont les pays étrangers qui vont récupérer le marché halal français. La Belgique, l’Allemagne ou encore les pays du Maghreb se préparent déjà… », déplore Abderrahmane Bouzid. « Le budget nourriture halal sera toujours très important chez les musulmans, car ils n’ont pas de budget alcool et ils voyagent moins que le reste de la population en moyenne », précise-t-il. Des blocages incompréhensibles au vu de ces chiffres faramineux. Lors de la conférence consacrée à l’exportation des produits halal, organisée en juin par Ubifrance, certains producteurs français avouaient être davantage intéressés par l’exportation alors que le marché français est en plein essor. « C’est normal ! On met des bâtons dans les roues des producteurs, par exemple lors de l’abattage rituel. On se prive d’un marché énorme par manque d’ouverture… », se désole M. Bouzid. Reste encore le marché de l’e-commerce qui peut attirer des enseignes de la distribution. Ne serait-ce que pour étoffer les rayons virtuels de produits halal et offrir une communication plus ciblée. ■

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MÉMO ■ CA HALAL En 2010, le cabinet Solis évalue le chiffre d’affaires du marché halal à 5,5 milliards d’euros. Un chiffre supérieur à celui du marché bio ou casher. Mais, selon Abderrahmane Bouzid (AB Associates Conseil), le CA pourrait atteindre 10,5 milliards d’euros si la France produisait 100 % de la consommation des musulmans de France.

■ BUDGET Une famille ayant 2 enfants dépensera environ 368 € de courses lors du Ramadan. Cette moyenne est supérieure en région parisienne où « les consommateurs sont mieux payés et où les magasins offrent une plus grande disponibilité », précise Abbas Bendali. Le montant des dépenses globales est évalué à 350 millions d’euros.

■ DICTIONNAIRE Preuve que le mois de jeûne est une pratique ancrée dans la société française, contrairement à ce que l’on pense, le mot « Ramadan » est dans le Petit Larousse dès son origine, en 1905. « Ramadan » bénéficie même d’un article dans le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, de Pierre Larousse, publié en 1863.

■ IFTAR Les ftours (repas de rupture de jeûne) citoyens lors desquels les personnalités politiques sont invitées à rompre le jeûne avec des représentants de la communauté musulmane sont devenus légion. Parmi les plus connus, celui de la Grande Mosquée de Paris. Dans les grandes villes, cette pratique est devenue incontournable dans la politique locale des associations.


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FOCUS

Spécial RAMADAN

Par Assmaâ Rakho-Mom

Embarquer pour quatre semaines de jeûne, c’est avant tout affaire de préparation. Et dans son baluchon, le jeûneur devra disposer tant d’outils pratiques que de bonnes conditions physiques ou encore de menus adaptés.

our certains, il est déconseillé, voire complètement interdit, de jeûner. Diabétiques, femmes enceintes, personnes âgées et fragiles, etc., sont autant de personnes tenues de voir leur médecin avant le mois de Ramadan pour faire le point sur leur état de santé. S’agissant des diabétiques de type 1 insulino-dépendants et de type 2 non insulino-dépendants mais non équilibrés, le jeûne est d’ores et déjà interdit tant par les médecins que par la jurisprudence islamique. Seuls les diabétiques de type 2 non insulino-dépendants stables et équilibrés sont autorisés à jeûner, après un détour par la case médecin bien entendu. Quant aux femmes enceintes faisant le choix du jeûne, un rendez-vous pré-Ramadan chez le gynécologue s’impose. Repos, siestes et fraîcheur sont également de rigueur ! ■

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Et nous, les femmes ?

our celles qui ont l’habitude de prendre la pilule contraceptive, certaines femmes choisissent de ne pas interrompre la prise pour retarder l’arrivée des menstrues et ainsi jeûner tout le mois. La prise de pilules est permise si cela ne nuit pas à la santé, en raison de l’intérêt que cela représente pour les femmes. Pour celles qui allaitent, elles peuvent jeûner après l’autorisation de leur référent médical, c’est-à-dire si elles sont en bon état de santé général et qu’elles restent à l’écoute de leur corps et des besoins de leur bébé (risque de déshydratation pour la mère, de non-satiété pour l’enfant…). ■

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Gardez le rythme !

es nuits d’été, déjà courtes, seront fractionnées par le repas pris avant l’aube. La durée de sommeil profond et réparateur s’en verra donc fortement réduite. Imposez-vous donc, si cela est possible, une sieste en début d’après-midi pour reprendre des forces, et gardez des horaires constants de sommeil. Cela favorise la récupération. De même, évitez le soleil et réduisez vos efforts physiques. Pour les sportifs invétérés, sachez qu’il est recommandé de faire du sport deux heures après la rupture du jeûne mais sans trop d’efforts. Le sport durant la nuit, ça vous tente ?... La compétition est, elle, à bannir, étant donné les efforts demandés. Sinon les risques de déshydratation, voire d’hypoglycémie ou même de déchirures, sont certains. ■

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Prenez de bonnes résolutions !

ais si le jeûne est éprouvant, il l’est encore plus pour les dépendants au tabac et autres excitants comme le café ou le thé. Ceux-là ne sont pas exonérés de jeûne ; mais s’ils veulent passer un mois le plus serein possible, ils doivent suivre quelques recommandations. Si vous en faites partie, privilégiez le sevrage progressif. Pour cela, quelques semaines avant le début du mois de Ramadan, diminuez petit à petit vos prises. Cela vous permettra de ne pas subir les conséquences d’un arrêt brutal. ■

Restez branché ! Le Ramadan aussi compte son lot d’applications. Décompte des heures restantes avant les repas de l’aube et du coucher du soleil, horaires des prières, invocations, etc., tels sont les services proposés en général. Souvent gratuites, ces applications peuvent devenir payantes s’il vous prend l’envie d’envoyer une carte de vœux à l’occasion de l’Aïd al-Fitr (fête de fin du Ramadan). Voici quelques applis testées pour vous. @ Ramadan time : gratuit sur iTunes. Une interface soignée pour cette appli qui indique l’heure en page d’accueil ainsi que le temps restant avant l’heure de rupture du jeûne. Mais seuls sont indiqués les horaires quotidiens de début et de fin de jeûne. @ Ramadan : gratuit sur iTunes. Une appli à améliorer côté design, qui indique la date du jour selon les calendriers hégirien et grégorien, une invocation quotidienne, les horaires de prières et, en service payant, des cartes de vœux pour la fête de fin de Ramadan. @ Zakat calculator : payant sur iTunes (0,79 €). Pas indispensable, elle permet de calculer le montant de son aumône et d’avoir des réponses aux questions que l’on se pose à ce sujet.

© bloomua

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Le médecin vous consulterez

© Andrei Tsalko

Réussir son jeûne : conseils pratiques



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FOCUS

Spécial RAMADAN

Par Assmaâ Rakho-Mom

© Lahcène Abib

Mon premier Ramadan Toutes les premières fois ont un goût particulier. Ramadan ne fait pas exception. ÉDUCATION. Pour Kenza, 32 ans, mère de deux enfants, Ramadan 2011 restera un mois à part. Cette année-là, son fils Yasser, 10 ans, a jeûné pour la toute première fois. Mais Kenza l’avoue, elle s’est posé « quelques questions quant aux conséquences du jeûne sur la croissance de son enfant ». Devant l’insistance de Yasser et son « fort désir de faire “comme papa” », elle a fini par céder : « Pourquoi l’empêcher de vouloir se dépasser et le priver d’une expérience qui lui enseignera endurance et patience ? » Le Dr Mohcine Benyachou, psychiatre à Casablanca (Maroc), est

aussi de cet avis. « Pendant le mois de Ramadan, le jeune comme l’adulte découvrent leurs véritables forces et capacités psychiques », écrit-il sur son site Internet. « Le premier Ramadan pour le jeune enfant est un signe d’appartenance au rang des adultes. » Il le fait sortir de la catégorie des mineurs irresponsables. Avec leur premier Ramadan, les pubères, car il faut l’être pour jeûner, atteignent leur majorité religieuse. Cependant, même si le jeûne ne leur est pas obligatoire sur le plan religieux, les jeunes enfants sont également tentés par l’expérience.

« Une grande surprise » pour la mère de Yasser. « Il suivait sans souci notre rythme, ne manifestant aucune fatigue. C’est même lui qui me réveillait pour le repas de début de jeûne », raconte-t-elle. Le Dr Benyachou estime pour sa part qu’il faut encourager et féliciter les primo-jeûneurs. Cependant, certaines mesures de protection s’imposent. Il est indispensable de « préserver leur sommeil, d’insister sur l’importance du repas de début de jeûne et de veiller à leur repos physique ». Et si les premiers jours sont « difficiles pour tout le monde, rapidement l’orga-

nisme s’habitue. Le jeûne ne constitue aucun danger pour les pré-adolescents sauf, bien sûr, pour ceux qui sont malades et donc incapables de jeûner ». Kenza, elle, ne s’est pas arrêtée à l’aspect alimentaire. La jeune mère ne voulait surtout pas que son fils « réduise ce pilier de l’islam aux vertus si bénéfiques à un rituel à l’issue duquel on célèbre la “grande fête des gâteaux et des bonbons” ». C’est pourquoi c’est aidée de quelques livres de jeunesse qu’elle a « tenté de transmettre la dimension spirituelle qui accompagne ce rite ». ■


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1 000

w « Meilleure que 1 000 mois », la nuit du Destin, Laylat ul-Qadr (« nuit de la Majesté et de Prestige »), est une des nuits impaires des 10 derniers jours du mois sacré. Beaucoup privilégient la nuit du 27, qui tombe cette année le 15 août. Cette nuit-là, les croyants prient intensément.

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Le Ramadan en questions © Lahcène Abib

Comme à notre habitude, à l’approche du Ramadan, plusieurs questions nous taraudent l’esprit. En voici un échantillon.

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Le voyageur doit-il jeûner ? ous allez sûrement prendre la route des vacances. Alors sachez que vous avez le choix entre jeûner ou pas. C’est à vous de choisir la solution la plus confortable pour vous. Les avis des savants sont là-dessus unanimes : il est permis au voyageur de rompre son jeûne. S’il veut malgré tout jeûner alors il n’y a là aucun mal et son jeûne est valide. Mais en cas de difficulté, la rupture s’impose à lui. En effet, selon une tradition prophétique, le Prophète [PSL] aurait vu, lors d’un de ses voyages, un homme qui jeûnait et qui s’était mis à l’ombre à cause de la grande chaleur. Il lui aurait alors dit : « Ce n’est pas de la piété que de jeûner en voyage. » ■

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?

Quand débute t-on la journée de jeûne ? e jeûne débute à l’heure de la prière de l’aube. Mais alors pourquoi les calendriers d’horaires des prières indiquent, durant le Ramadan, l’heure de l’imsak (littéralement « s’abstenir ») ? Cette donnée doit être comprise comme étant une marge de sécurité d’une dizaine de minutes avant le début effectif du jeûne. L’abstinence de tout ce qui pourrait rompre le jeûne commence donc à compter de l’appel à la prière de l’aube. ■

L

?

Les personnes souffrant d’asthme peuvent-elles utiliser leur inhalateur pendant le jeûne ? l est permis au jeûneur d’utiliser son inhalateur s’il en a besoin et cela n’annule pas son jeûne. ■

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O ?

Peut-on goûter la nourriture que l’on prépare ? ui, cela est permis mais il faut recracher ce qui a été goûté et ne pas l’avaler. ■

Peut-on se brosser les dents durant le jeûne ? l est tout à fait permis au jeûneur de se brosser les dents avec du dentifrice tant qu’il n’avale rien. ■ Assmaâ Rakho-Mom

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Spécial RAMADAN

© D. R.

© Lahcène Abib

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En France, plusieurs centaines de mosquées servent des repas de rupture de jeûne (iftar) chaque soir de Ramadan. Ici, la Grande Mosquée de Clermont-Ferrand (Auvergne).

Quand les mosquées régalent !

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Par Maria Magassa-Konaté

En pleine période de crise, l’iftar organisé par les mosquées pendant tout le mois du Ramadan est un événement bienvenu pour les plus démunis. Mais pas seulement pour eux, car dans les lieux de culte ce moment de convivialité est ouvert à tous.

Comme chaque année, les mosquées françaises se préparent à accueillir les milliers de fidèles qui viendront accomplir chaque soir la prière de tarawih, qui permet de lire l’intégralité du Coran durant le mois de Ramadan. Mais nombreuses sont celles qui s’attachent aussi à organiser l’iftar, les repas servis lors de la rupture du jeûne. D’autant plus que face à la crise le nombre de bénéficiaires est en hausse.

La mosquée : lieu de refuge face à la crise

C’est le cas à la Grande Mosquée de Lyon, qui distribue entre 500 et 600 repas par jour lors du Ramadan. « Depuis quelques années, il y a davantage de personnes », note le recteur Kamel Kabtane. Mohammed El Bargi, un bénévole de la

Grande Mosquée d’Évry, fait le même constat : « C’est un moment où nous découvrons des gens qui sont dans le besoin. » Il faut dire que la mosquée est un « lieu de refuge », d’après Mourad Sandi, le président de la mosquée Arrahma de Nantes. Même hors période du mois de Ramadan, les effets de la crise sont visibles dans sa mosquée. « Pas une semaine se passe sans que des gens demandent des paniers alimentaires ou une aide financière. Certains ont des problèmes de loyer. Il y a beaucoup de sollicitations », raconte M. Sandi.

Un public élargi : de la mère célibataire aux étudiants

Conséquence de la crise économique : les bénéficiaires de l’iftar se diversifient. À la Grande Mosquée de Lyon, « de plus en plus

de familles et de femmes seules viennent rompre leur jeûne », indique Kamel Kabtane. Salah Merabti, le président de la Communauté islamique de la Grande Mosquée de Tours, dit maintenant rencontrer « des familles éclatées », dont les membres sont éparpillés en France et « des familles monoparentales » à la suite de « mariages cassés ». Hormis ces nouveaux publics, certains restent des inconditionnels : les travailleurs habitant dans les foyers et les étudiants, forcément nombreux dans les villes universitaires comme Tours, Évry ou Montpellier. « Les étudiants qui viennent des pays du Golfe ne sont pas très présents car ils ont souvent des appartements, ce sont surtout les étudiants maghrébins et d’Afrique subsaharienne qui viennent dîner à la mosquée », précise M. Merabti. À


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w Fixée à 5 € par personne, la zakât al-Fitr est une forme de purification du fidèle et de ceux

dont il a la charge versée en aumône avant la fin du Ramadan. Si on compte 5 à 6 millions de musulmans en France, la zakât al-Fitr s’élèverait entre 20 et 30 millions d’euros.

Évry, on note toutefois que le nombre d’étudiants baissera sans doute cette année puisque le Ramadan se déroule en pleines vacances, une période où beaucoup de jeunes « rentrent dans leur famille », selon Mohammed El Bargi. Malgré cela, le nombre de participants va sûrement rester élevé car, lors de l’iftar, le public est très hétéroclite. « Tout le monde vient », affirme Balla Diallo, un bénévole de la mosquée de Stains, où 250 à 300 personnes sont accueillies chaque soir.

Une organisation bien rodée

Pour satisfaire ce public diversifié, une bonne organisation est plus que nécessaire. À SaintÉtienne, où la mosquée Mohammed-VI vient d’être inaugurée, tout est millimétré. « L’iftar sera assuré par un prestataire externe. Tout est très organisé, un budget dédié à l’iftar est prévu », assure Aldo Oumouden, le porte-parole de la Grande Mosquée de Saint-Étienne, où 100 à 150 repas sont prévus. « On ne demande pas de dons », précise M. Oumouden. À l’inverse, les dons permettent de préparer les repas des 200 convives par soir de la mosquée Averroès à Montpellier. Chaque année, celle-ci reçoit des dons en nature de la part des commerçants de la ville : lait, sucre, dattes, café, eau, œufs... sans compter l’aide d’une cinquantaine de bénévoles qui cuisinent l’équivalent de deux bonnes marmites de 50 litres de soupe, en sus des plats préparés que les fidèles apportent aussi à la mosquée. Au total, Mohammed Khattabi, le recteur de la mosquée de Montpellier, esti-

me ces dons en nature à 100 000 € par Ramadan annuel. À Stains aussi, la générosité des commerçants est au rendez-vous. La mosquée de la ville, qui organise l’iftar depuis 7-8 ans, a établi « un réseau avec les commerçants qui fournissent le plus gros » nécessaire à la réalisation des plats, indique M. Diallo. À Tours, où l’iftar est organisé depuis 30 ans, les préparatifs « passent comme une lettre à la poste ». On est rôdé. « Le premier jour on prévoit un repas pour 100 personnes, et au fur et à mesure on fait une liste. On demande aux personnes de s’inscrire à l’avance et les personnes qui cuisinent sont payées », explique Salah Merabti, précisant que les repas sont réalisés « grâce à la zakât des fidèles ». Une bonne gestion reste donc importante pour assurer des repas en quantité suffisante. C’est d’ailleurs à cause de « problèmes d’organisation » que la mosquée Addawa, située dans le 19e arrondissement de Paris, ne peut plus assurer l’iftar comme elle a pu le faire pendant de nombreuses années. « 1 400 à 1 500 repas étaient proposés chaque jour. Mais depuis notre déménagement de la rue Tanger, en 2006, à la Porte de la Villette, nous ne pouvons plus organiser d’iftar collectif », explique Ahmed Ouali, le responsable de la mosquée Addawa, en attente de ses nouveaux bâtiments.

Convivialité, partage et ouverture

Quand l’iftar dans les mosquées peut s’organiser, il permet à ceux qui y participent de passer un très bon moment. « C’est un ins-

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tant de convivialité, de partage et de soutien. Les bienfaiteurs donnent », commente Mohammed El Bargi, de la Grande Mosquée d’Évry. Les repas sont « un mélange » et témoignent de la « richesse de la France » mais « tout le monde préfère la soupe marocaine », ajoute-t-il amusé. À la mosquée Averroès de Montpellier, les repas de l’iftar sont plutôt typiquement algériens mais la générosité est la même. En 2011, ce sont 46 000 € de zakât al-Fitr qui ont été collectés et reversés au Secours islamique France (SIF) au bénéfice de la Somalie, où une grave famine sévissait cette année-là. Mohammed El Mokhtari, le secrétaire général de la mosquée de Villeneuved’Ascq, où les « usagers apportent à manger » dans un « acte de dévouement », estime que l’iftar dans une mosquée symbolise « un esprit de partage ». À Nantes, la mosquée Arrahma, qui organise l’iftar depuis 1992 à raison de 140 à 150 repas servis par jour, a décidé d’ouvrir, cette année, ses portes aux « habitants du quartier ». L’iftar ne leur a jamais été fermé mais, pour la première fois, « des affiches et des annonces dans les journaux régionaux ont été diffusées pour permettre aux personnes de découvrir la mosquée », explique Mourad Sandi. Pour cette année 2012, les mosquées se fondent sur les années antérieures pour estimer le nombre de repas prévus. Mais certaines, qui pensent que beaucoup de musulmans vont renoncer à aller en vacances au bled à cause du Ramadan, tablent sur une hausse de la fréquentation. ■

Les mosquées ne sont pas les seules à organiser l’iftar durant le Ramadan. Les associations aussi organisent des repas teintés de convivialité et de partage. À Lyon, l’association El Wassila propose des repas de rupture du jeûne depuis 2006. « On peut servir de 10 à plus de 50 repas par jour. On prépare beaucoup à l’avance ; à chaque fois, il en reste et certains emportent la nourriture chez eux », explique Fassia Kadad, la créatrice de l’association. « Il y a beaucoup de jeunes mais aussi des personnes qui travaillent et n’ont pas le temps de préparer à manger. Les personnes passent ici car la Grande Mosquée qui propose aussi l’iftar est trop loin », ajoute-t-elle. Lyon est une ville qui sera également couverte cette année par les Étudiants mu-

sulmans de France (EMF). L’association interviendra dans une quinzaine de villes à destination des étudiants comme Paris, Amiens, Bordeaux, Caen, Lille, Grenoble, Toulouse et Marseille. Dans chaque ville, 150 repas seront servis. L’EMF est aidée financièrement par le Secours islamique France (SIF). Comme chaque année, l’ONG ouvrira pour l’iftar Les Tables du Ramadan à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, avec pour objectif, en 2012, d’augmenter d’un tiers, voire de doubler, le nombre de repas distribués. L’an dernier, ce sont 500 repas qui ont été servis quotidiennement. La distribution de 5 000 colis Ramadan aux détenus de la plupart des prisons d’Îlede-France et du Nord est également prévue.

© SIF

Les associations se mobilisent pour le Ramadan

Les Tables du Ramadan, le restaurant solidaire du Secours islamique France, à Saint-Denis, est ouvert à tous.


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Spécial RAMADAN

Par Mérième Alaoui

Période de rush pour les restaurants MENUS. C’est bien connu, le ftour est un repas qui se partage. Il faut rompre le jeûne entouré de sa famille, des amis ou même d’autres musulmans encore inconnus... Réputé pour être la cantine parisienne des jeûneurs, le restaurant Les 4 Frères, dans le 10e arrondissement de Paris, ouvrira ses portes une heure avant le ftour. La carte habituelle avec ses plats traditionnels algériens sera revisitée. « Évidemment, nous aurons de la chorba tous les soirs, elle est demandée même sous 40 °C ! Mais nous allons surtout proposer des plats de fête comme la “viande sucrée” », explique Ali Saïdi, gérant du restaurant qui se prépare à accueillir environ 150 à 200 personnes chaque soir du Ramadan, soit deux services par soir. La clien-

tèle traditionnelle des 4 Frères est composée de célibataires, mais de plus en plus de groupes d’amis investissent les tables. « Ils veulent garder un lien social. Parfois il y a aussi des non-musulmans qui partagent le repas avec leurs amis jeûneurs », se réjouit Ali Saïdi.

Gastronomie halal

Changement d’ambiance aux Enfants terribles. Les clients sont en majorité des couples qui viennent dîner en tête à tête et au calme. Situé dans le 12e arrondissement de Paris, le restaurant de gastronomie française halal, à la décoration délicate, conserve la même clientèle que durant le reste de l’année. « Nous avons aussi des jeunes originaires de province qui se retrouvent seuls à

Paris… Ou encore des familles qui veulent changer des repas habituels », précise Kamel Saïdi, directeur des Enfants terribles. Le restaurant, qui fait le plein chaque soir, ouvrira ses portes une demi-heure avant l’heure du repas. « Notre carte ne va pas changer sur le fond mais, pour rester dans l’ambiance, des plats comme des bricks seront proposés », poursuit-il. Surtout, « des dattes et de la harira seront disposées gratuitement sur toutes les tables à l’heure de rompre le jeûne », annonce-t-il. Au restaurant de la Grande Mosquée de Paris, pas de changement d’horaire mais un menu Ramadan. Ce lieu davantage touristique que religieux se prépare surtout à accueillir les visiteurs étrangers qui découvrent la culture orientale.

© D. R.

Les restaurants battent leur plein lors du Ramadan. Qu’on soit célibataire, qu’on y vienne entre amis ou en famille, les musulmans sont de plus en plus friands des ftours au restaurant.

Après avoir rompu le jeûne avec quelques dattes et la traditionnelle soupe, nombreux sont ceux qui apprécient de dîner dans un restaurant halal. Ici, un des plats confectionnés par les Enfants terribles, restaurant gastronomique français.

Tandis que le personnel musulman des restaurants va devoir se priver de repas en famille, la majorité de ceux des fast-foods halal décide de ne pas travailler. Le Mak-d’Hal, à Saint-Denis, l’un des plus grands fast-foods halal d’Europe, sera fermé tout le mois sacré. Il semble que les clients qui mangent des hamburgers toute l’année préfèrent des plats plus élaborés lors de la rupture du jeûne… ■

Boom des transferts d’argent BILLETS. Nombre de familles envoient leurs dons à une personne en difficulté qui vit dans le pays d’origine. Mais, depuis le 1er juin dernier, la Banque postale ne permet plus d’utiliser le TIP espèces vers le Maroc, appelé communément le « mandat TIP », c’est-à-dire l’envoi d’espèces au guichet de La Poste en direction du Maroc. En partenariat avec la banque marocaine Attijariwafa Bank, la Banque postale remplace le TIP par Trans’Med. Un nouveau mode de transfert d’argent de compte à compte vers le Maroc, notamment par Internet. Ce changement n’empêche donc pas la Banque postale de rester incontournable sur le marché du transfert des particuliers. En 2010, elle enregistre près de 8 millions

d’opérations traitées pour un montant global de 2,5 milliards d’euros. Pour maintenir ces chiffres, la Banque postale poursuit les collaborations. En 2011, elle signe un accord avec le leader mondial Western Union. Les clients de la banque peuvent réaliser les transferts d’argent Western Union en ligne à partir de leur compte bancaire. Les fonds expédiés sont disponibles en espèces quelques minutes plus tard. Un service bancaire 100 % en ligne accessible 24 heures sur 24.

mais à leurs clients d’envoyer des virements au Maghreb de façon plus facile. BNP Paribas et sa filiale marocaine BMCI proposent le « Home Cash » dédié aux transferts immédiats d’un compte en France vers une carte prépayée au Maroc, sans que le bénéficiaire ait besoin de détenir un compte. Le même système est possible en direction de la Tunisie ou de la Turquie. À la Société générale, les transferts se font grâce à un simple appel téléphonique sur un serveur vocal, accessible 24 heures sur 24 depuis la France ou l’étranger. Internet, Enfin, flouss.com lance une opécarte ou téléphone Les autres banques françaises ration ultra économique durant aussi veulent leurs parts du toute la période du Ramadan, gâteau. Elles proposent désor- permettant aux internautes pos-

© D. R.

Le Ramadan, c’est aussi la zakât al-Fitr. Ce don passe souvent par le transfert d’argent pour le plus grand plaisir des banques qui rivalisent d’originalité.

Qui paye la zakât al-Fitr ? L’aumône est un devoir pour toute personne, homme ou femme, qui dispose de nourriture pour elle et sa famille pour au moins un jour et une nuit. On doit s’en acquitter pour soi et pour ceux qui sont à sa charge. Quel est le montant ? Il est de 5 € par personne. Quand s’en acquitte-t-on ? La zakât al-Fitr doit être versée avant la prière faite à l’occasion de la fête de rupture du jeûne (Aïd al-Fitr), à tout moment pendant le mois du Ramadan.

sédant une carte bancaire de transférer de l’argent en ligne, 24 heures sur 24, pour 1 € seulement, quel que soit le montant envoyé. ■



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Spécial RAMADAN

Par Hanan Ben Rhouma

Les JO de Londres, un défi pour les athlètes musulmans

COMPÉTITIONS. Quelque 3 000 athlètes de confession musulmane sont attendus lors des jeux Olympiques de Londres le 27 juillet. Et une question devrait leur tarauder l’esprit : faudra-t-il manger ou jeûner durant la journée ? Pour les sportifs de haut niveau, se priver de nourriture en pleine compétition pendant la saison estivale peut affecter leurs performances, les désavantager sérieusement face à leurs concurrents, voire être dangereux pour leur santé.

Pas de traitement spécial

Ce n’est pas la première fois que le mois du Ramadan coïncide avec les JO. « Pékin a tenu les jeux Paralympiques de 2008 pendant le Ramadan. Et cette année 2012, le Royaume-Uni accueillera aussi les tests-matchs Npower de cricket contre le Pakistan durant le Ramadan », nous indique le service de communication du comité d’organisation des jeux Olympiques et paralympiques de Londres (LOCOG).

« Le LOCOG va aborder les dispositions pour le Ramadan d’une manière inclusive, en prenant en compte la présence de diverses croyances et pas uniquement l’islam. Nos collègues musulmans ont clairement fait savoir qu’ils ne cherchent pas un traitement particulier. Nous sommes conscients que le Ramadan est un événement clé que nous devons prendre en compte de façon positive mais nous ne voulons pas risquer l’isolement des autres groupes. (…) Le LOCOG doit adopter une approche multiconfessionnelle. C’est pourquoi il a mis en place un comité (consultatif, ndlr) de responsables religieux (Faith Reference Group) chargé de travailler sur de telles questions et de fournir des conseils d’experts », dont fait partie le Conseil des musulmans de Grande-Bretagne (MCB), principale organisation musulmane du pays, explique-t-on.

© D. R.

Les jeux Olympiques d’été de Londres se tiendront du 27 juillet au 12 août, en plein mois du Ramadan. Cependant, tous les sportifs seront logés à la même enseigne, selon le comité d’organisation des JO, qui privilégie une approche multiconfessionnelle.

Un centre multiconfessionnel rassemblant 9 religions et 193 aumôniers accueilleront les quelque 17 000 athlètes et 200 000 salariés et bénévoles présents aux jeux Olympiques de Londres.

le père des dieux et déesses grecs. Les athlètes offraient alors leurs prouesses sportives à leurs dieux. Depuis, les JO se sont modernisés et il convient maintenant aux organisateurs de gérer beaucoup plus qu’une religion dans un monde en perpétuelle connexion. Preuve de son implication auprès de toutes les croyances, un centre multiconfessionnel regroupant les 9 « grandes religions » (christianisme, islam, judaïsme, bouddhisme, sikhisme, hindouisme, zoroastrisme, jaïnisme et bahaïsme) ainsi qu’un service d’aumônerie seront en place au sein du village Toutes les religions olympique pour répondre aux sur le même plan Les jeux Olympiques antiques attentes des quelque 17 000 athavaient lieu dans le cadre d’une lètes et représentants officiels, fête religieuse en l’honneur de Zeus, 200 000 employés et bénévoles

ainsi que les 20 000 journalistes, mais aussi pour faire face aux éventuelles urgences (maladie, mort). À cet effet, 193 aumôniers ont été recrutés. Quant à la pratique du Ramadan, le LOCOG laisse ainsi le soin à « chaque comité olympique national de conseiller leurs athlètes sur ce qu’ils peuvent faire ou pas en fonction de leurs demandes individuelles », mais il est préparé à l’arrivée de ce mois. Des packs de repas pour la rupture de jeûne seront disponibles pour les sportifs qui jeûneront et les services de restauration au village des athlètes seront également ouverts 24 heures sur 24 afin que les jeûneurs soient en mesure de manger avant l’aube. ■

Les JO, motif suffisant pour ne pas jeûner ? CONSCIENCE. Rien ne nous dit que tous les

sportifs musulmans vont jeûner. Si les athlètes de certaines délégations où le conservatisme religieux fait loi tels l’Iran, l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Golfe seront tenus de jeûner, d’autres ont décidé de s’affranchir de cette obligation, aidés en cela par des avis religieux (fatwas) assimilant les athlètes participant aux JO à des voyageurs, qui sont dispensés d’observer le Rama-

dan et qui pourront rattraper les jours manqués au cours de l’année. D’autres savants estiment, en revanche, que la rupture du jeûne pour cause de JO est volontaire, auquel cas l’athlète devrait se « racheter » en faisant acte d’expiation par trois solutions : pour chaque jour non jeûné, il devra jeûner 60 jours ou bien nourrir 60 pauvres ou bien donner l’équivalent de la nourriture en argent.

Si l’athlète ne jeûne pas durant les 30 jours, il devra alors jeûner 1 800 jours (soit près de 5 ans !) ou bien nourrir au moins 1 800 pauvres. C’est le choix qu’a fait le rameur d’aviron britannique Mohammed Sbihi, premier musulman impliqué dans cette discipline. Il a décidé d’offrir la nourriture à 1 800 démunis au Maroc pour un coût d’environ 1 250 €. Libre aux athlètes, désormais, de choisir l’avis religieux qui correspond à leurs affinités.



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Spécial RAMADAN

Par Assmaâ Rakho-Mom

Ramadan, une pause détox

ÉQUILIBRE. Nombreux sont ceux qui voient en ce mois l’occasion de retrouvailles familiales autour de plats d’exception. Et ils ont raison. Seulement, convivialité peut tout à fait rimer avec diététique et santé. Reste à suivre quelques conseils simples mais efficaces. Il est ainsi important de conserver ses trois repas quotidiens. Gilles Demarque, nutritionniste à Paris, explique que « le paradoxe est d’arriver, dans le temps de la rupture, à manger l’énergie qui va correspondre à celle qu’on va dépenser le lendemain pendant la période de jeûne ». Il faudrait ainsi parvenir à manger, pour un homme, « l’équivalent de 2 500 calories, et pour une femme 1 800 ». Mais la première chose à faire quand on rompt le jeûne, c’est se réhydrater. Et là, le Dr Demarque a sa petite astuce : pour ne pas se couper l’appétit avec l’eau et le sel, contenus dans les soupes, « y ajouter une cuillerée d’huile permet de remplir le réservoir tout en se réhydratant ». Viennent ensuite les traditionnelles dattes qui apporteront un peu de sucre. Car le nutritionniste déconseille de rompre le jeûne avec des gâteaux ou du pain et du fromage : « Ils risqueraient de donner une satiété trop longue et trop importante qui fait qu’au repas suivant on n’aura pas l’appétit suffisant pour faire un repas conséquent. »

Répartir l’apport énergétique

Pour être en forme, l’apport énergétique journalier devra être bien réparti sur les trois repas de la journée. Le Dr Demarque estime que cela doit correspondre à « 55 % de glucides (féculents, fruits, légumes), 35 à 40 % de

lipides (huiles, graines oléagineuses, poissons, gâteaux) et seulement 10 % de protéines. Il faut manger l’équivalent de 100 à 150 g de viandes, pas plus ». Au repas suivant la rupture, il faut donc « charger un peu » pour préparer le jeûne du lendemain. Fruits et légumes frais apporteront la fraîcheur sans couper l’appétit. Sans oublier les fibres favorisant la digestion, les vitamines et les féculents, en variant les produits (pâtes, pommes de terre, lentilles, fèves, pois chiches, haricots blancs). L’idéal serait de manger par personne 200 à 300 g de féculents. Et encore une fois, l’astuce du Dr Demarque réside dans un paradoxe. Selon lui, « il faut manger à la rupture des aliments salés, et plus on s’approche du moment de reprise du jeûne, moins il faut manger salé pour ne pas avoir soif ». Afin de ne pas éliminer trop d’eau d’un coup, il faut privilégier l’hydratation par à-coups et boire plus de 2 litres par jour. Et, enfin, avant d’embrayer sur une nouvelle journée de jeûne, prendre un bon petit déjeuner plutôt gras et sucré, avec du pain, plutôt de l’oméga-3 que du beurre car il contient aussi de mauvaises graisses, des céréales, des fruits et des dattes. Et après le repas, « l’idéal serait de rester un peu sous la douche pour rafraîchir son corps, reprendre de l’eau par les pores de la peau avant d’attaquer la journée ». On le voit bien, le jeûne est une privation pour le corps. Le bénéfice est une mise au repos de tous les organes internes (foie, pancréas, intestins). Mais mal préparé la veille pour le lendemain, il peut entraîner un dérèglement de l’organisme. ■

© Elena Schweitzer

Connu pour être le mois de l’abstinence et de l’introspection, le Ramadan reste malheureusement pour beaucoup celui de tous les excès. Pour les éviter, cap sur la diététique !

La chrononutrition appliquée au Ramadan ■ Premier repas, avant le jeûne : solide

C’est le principal repas de la journée, qu’il ne faut absolument pas négliger. Dense, le « petit déjeûner » est en fait le « grand repas » qui fournit à l’organisme l’énergie et les réserves d’eau nécessaires pour la journée. • Potage • Fromages • Viandes, poissons gras • Féculents • Boissons : eau, thé, tisane, café

■ Deuxième repas de rupture du jeûne : sucré Ce repas sert à hydrater le corps et à le recharger rapidement, mais il ne doit pas être surchargé pour garder de l’appétit pour le repas du soir. • Dattes, fruits secs, fruits frais • Gras végétaux : amandes, noix, chocolat… • Boissons chaudes : thé, café, infusions…

■ Troisième repas, 2 ou 3 heures après la rupture du jeûne : léger et salé Contrairement aux idées reçues, il ne sert à rien de manger un repas copieux le soir, car le corps sera bientôt au repos et que la sensation de faim risque de ne pas se faire sentir le matin. • Bouillon, de légumes • Plat de poisson, de fruits de mer ou de viande blanche • Légumes verts cuits ou crus

■ Règles d’or • Ne pas commencer la journée sans avoir mangé le matin, avant l’aube ! • Ne pas terminer sa journée en se goinfrant au maghreb et en grignotant toute la nuit ! • Boire l’équivalent d’au moins 2 litres par jour sous différentes formes (eau, tisane, bouillon…). D’après Dr Alain Delabos et Guylène Neveu-Delabos, La Chrononutrition spécial Ramadan (Albin Michel, 2007).



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Spécial RAMADAN

Par Karima Peyronie

L’ordonnance beauté du Ramadan Le Ramadan est ce mois saint de restriction… et même dans votre trousse à maquillage ! Alors pour ne pas devoir afficher un teint blafard en vacances ou au bureau, voici quelques conseils et produits qui vous redonneront du rose aux joues.

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ZOOM SUR LE MAQUILLAGE « NATUREL » À défaut de ne pouvoir vous maquiller, vous pouvez toujours un peu tricher, sans mauvaise conscience… puisque cela ne se voit presque pas, et pourtant cela fait toute la différence !

Photos produits © D. R.

Crayon khôl black, Annemarie Borlind L’un des plus anciens rituels de beauté au monde, le khôl est avant tout une plante médicinale conseillée dans la Sunna et même pour les hommes. Pour éviter un rendu charbonneux, préférez une application la veille au soir. 12,70 € Perfect eyes stick d’Aloe Vera Planter’s Troquez votre correcteur de cernes teinté avec ce stick transparent, sans parfum ni paraben et dopé en actifs naturels, pour décongestionner tout le pourtour de l’œil. 14,50 € L’astuce : Démaquillez-vous à l’eau de rose le soir et passez-vous une tranche de citron sur le visage le matin. Rien de tel pour assainir la peau et l’éclaircir naturellement.

VRAI ou FAUX ?

Je n’ai pas le droit de me maquiller pendant le Ramadan ? Les avis sont très divergents. Pour résumer, on peut retenir que si vous vous maquillez dans le but de vous embellir pour séduire, de façon prononcée par exemple, alors clairement vous ne devez pas vous maquiller. En revanche, si vous vous maquillez très légèrement, par exemple pour camoufler une cicatrice, alors vous pouvez vous laisser aller à quelques touches de pinceau. Puis-je bronzer pendant le Ramadan pour avoir une meilleure mine ? Oui, puisque le bronzage est considéré non pas comme du maquillage mais comme une transformation naturelle de la peau. Vous pouvez aussi utiliser de la crème solaire, puisque l’application reste superficielle, le soin n’est pas ingéré ni digéré, et ne rompt donc pas l’abstinence. Attention tout de même au risque de déshydratation sous le soleil ! J’aime me parfumer, surtout l’été. Dois-je en faire l’impasse durant le Ramadan ? La discrétion est de mise. Ainsi, si votre parfum est entêtant et vous rendrait désirable, alors il est déconseillé. Il doit être assez léger, de telle sorte que vous-même ne puissiez pas l’inhaler. Si vous voulez remédier aux odeurs de transpiration, préférez les douches, en prenant soin, si possible, que l’eau n’entre pas dans la bouche, le nez ou les oreilles.

ET LE DÉO ? Pour celles qui renoncent à leur déodorant l’assimilant au parfum pendant le Ramadan, vous avez le choix entre le déodorant naturel Sanex à base de pierre d’alun, sans parfum ni alcool (3,75 €) ou les patchs anti-auréoles de chez Narta (3,95 €), qui s’appliquent directement sur les vêtements – et donc plus de produit à même la peau. Malin !



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Tête d’affiche

PAPE Diouf

© TSCHAEN / SIPA

Seul Noir, à ce jour, à avoir dirigé un grand club européen. Pape Diouf, ancien président de l’OM, va droit au but sur tous les sujets de société : foot, Nasri, quotas ou discriminations. Entretien.

« Sans la diversité, le football français s’écroule » Franco-Sénégalais né au Tchad, vous avez débarqué à l’âge de 19 ans à Marseille. En 2005, vingt-cinq ans après votre arrivée, vous êtes devenu le président du club le plus populaire de France. Un parcours comme le vôtre serait-il encore possible aujourd’hui ? Pape Diouf : Tout reste possible. Je n’avais jamais prévu de devenir président de l’OM. Ce sont les circonstances qui m’ont propulsé plus qu’un projet mis en place. Lorsque j’étais journaliste, et quand j’ai décidé de devenir agent de joueurs, c’était une volonté de ma part. Lorsque je suis devenu président de l’OM, ce fut beaucoup plus complexe, car il a fallu beaucoup d’insistance de la part des dirigeants et du propriétaire pour que j’accepte. Depuis vos débuts, qu’est-ce qui a le plus changé dans le football ? C’est l’emprise de plus en plus importante de l’argent. À une époque, un jeune joueur ne pouvait pas être l’objet d’un traitement salarial aussi important parce qu’il y avait des règles qui avantageaient plus les clubs que

les joueurs. Désormais, les règles font que les joueurs peuvent partir plus facilement. Pour ne pas perdre les meilleurs éléments, les clubs ont donné des gros salaires aux jeunes talents. La donne psychologique a changé. Plus tôt on gagne beaucoup d’argent, plus le comportement du jeune joueur peut en être altéré. Journaliste, agent ou dirigeant, vous connaissez tous les maillons du football. Imaginez-vous désormais accéder

à de hautes responsabilités au sein de la Fédération française de football (FFF) ? Après le Mondial 2010, certains ont eu ce projet-là pour moi. Vous êtes amené à occuper ce genre de fonction que grâce à l’appui d’un lobbying. Or je veux rester libre, je ne veux pas être l’homme d’une chapelle ni d’un groupe. Je remercie ceux qui ont eu cette idée pour moi, mais je ne suis pas non plus un homme qu’on peut instrumentaliser. Si cela doit se faire, c’est mon intuition qui m’y guidera.

BIO EXPRESS Pape Diouf, de son vrai nom Mababa Diouf, est né le 18 décembre 1951 à Abéché, au Tchad. Originaire du Sénégal, il y passera son enfance avant que son père, militaire dans l’armée française, ne l’envoie à Marseille à l’âge de 18 ans. Après des petits métiers et un concours d’entrée réussi à Sciences-Po, il devient journaliste sportif au sein de la parution communiste La Marseillaise. Une activité qu’il exercera également à L’Hebdo (1986), au Sport (1987-1988), avant de devenir agent de joueurs et de s’occuper des affaires de Didier Drogba, de Bernard Lama ou encore de Samir Nasri. En 2005, il change de costume et est nommé président de l’Olympique de Marseille (OM) ; un poste qu’il occupera pendant 5 ans, en réussissant à redonner un vrai élan à l’OM après des années de marasmes. Avec Bernard Tapie, il est certainement le dirigeant de l’OM d’après-guerre le plus populaire. Son charisme, sa connaissance et sa gouaille font de lui un des personnages incontournables du football national. En 2009, comme un retour aux sources, il a lancé avec Jean-Pierre Foucault une école de journalisme à Marseille. Dans les médias, il est encore présent comme consultant pour Orange Sport.


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« La France est un pays en retard sur beaucoup de choses. Le conservatisme est une force d’inertie qui phagocyte les esprits mêmes les plus agiles » Vous avez été l’agent de Samir Nasri. Avez-vous été surpris par son comportement vis-à-vis des médias lors de l’Euro ? C’est un garçon qui a toujours eu un caractère assez fort. Il a toujours fait plus que son âge. S’il avait réussi ses premiers matchs comme il le voulait ou l’attendait la presse, on n’aurait jamais eu à parler de « cas Nasri ». Ce sont les circonstances qui révèlent un caractère un peu tôt trempé dans l’acier qu’autre chose. Il est assez intelligent pour faire son examen de conscience. Depuis le Mondial 2010, et encore récemment à l’Euro, l’échec comportemental des footballeurs est davantage montré du doigt que les mauvais résultats sur le terrain. Est-ce la bonne analyse ? Si cela l’est, c’est dommage. Car le Mondial n’était juste qu’un accident de comportement, disait-on. Si, aujourd’hui, on revient sur ce point, c’est qu’il y a eu deux ans de palabres pour rien. À l’Euro, il y a aussi eu des insuffisances tactiques et techniques dont il faut parler. Il y a eu des défaillances individuelles susceptibles d’expliquer un échec sportif et pas simplement de comportement. Je suis convaincu d’une chose : si la France avait été jusqu’au bout, on aurait certainement salué ce qui s’est passé dans et autour du vestiaire. Entre la critique et l’encensement, la marge est étroite dans les médias. Que pensez-vous du courant de pensée qui explique, à travers le prisme du comportement de footballeurs millionnaires et issus de la diversité, les failles du multiculturalisme de notre société ? Nous sommes dans une société très mouvante. Aujourd’hui, les idéologues de tout bord tentent parfois de nous expliquer l’inexplicable. Il y a des gens qui, sous couvert d’analyse, de sociologie à bon marché, essayent de nous expliquer comment évolue la société dans toutes ses composantes. En 1998, quand la France a gagné la Coupe du monde, on était loin de toutes les théories qu’on entend aujourd’hui. Les « Black, Blanc, Beur » étaient de mise. Tout le monde s’est engouffré là-dedans, y compris les intellectuels. Depuis, qu’est-ce qui a fondamentalement changé ? Il faut se poser la question de savoir quels sont les éléments bloquants de la société dans laquelle nous vivons plutôt que de verser dans ce genre de commentaires terre à terre. Vous avez été l’une des rares personnalités à dénoncer l’affaire des quotas dans le football.

« La France qui exclut, expulse et pointe l’origine des gens », ce sont les mots que vous avez utilisés. Avec du recul, cette polémique a-t-elle laissé des traces ? C’est un problème important qui a été évacué par lâcheté, par commodité ou par ignorance parfois. C’est aussi un problème habilement contourné, voire détourné par une question insidieuse. Laurent Blanc est-il raciste ? Doit-il rester ou partir ? Le football français a manqué l’occasion de faire son examen de conscience et de reconnaître que ceux qu’on appelle « issus de la diversité » constituent pour l’essentiel la substance de notre football. Ces gens-là, une fois leur carrière terminée, sont laissés sur le bord de la route. Il n’y en a pas parmi les dirigeants, les techniciens ou les institutionnels. Pensez-vous que certaines leçons de l’Histoire de ce pays n’ont pas été retenues ? Oui. À une époque, c’était la main-d’œuvre arabo-subsaharienne qui avait été mise de côté. Un peu plus loin dans le temps, les tirailleurs africains ont servi et on les a renvoyés chez eux avec des pensions qui valaient un dixième de leurs camarades français. Sans les tirailleurs, l’armée française aurait eu des difficultés. Sans la main-d’œuvre des années 1960 et 1970, l’industrie française n’aurait pas été aussi forte. Aujourd’hui, si on enlève les éléments issus de la diversité, le football français s’écroule. Ce qui est dommage dans cette affaire des quotas, c’est que ceux qui ont été les instruments actifs et objectifs de cette discrimination – car il faut appeler les choses comme elles sont – sont toujours en place. Vous avez été la seule personne noire à la tête d’un grand club européen. Cela a été vécu comme un vrai sentiment de fierté en France et pas seulement que dans les quartiers populaires. Avec du recul, étiez-vous l’arbre qui cachait la forêt ? Évidemment et totalement. J’étais une forme d’anomalie sympathique. Mais une anomalie ! Ce sont les circonstances qui m’ont poussé à devenir président de l’OM plus qu’une volonté exprimée. Mais, après, je dois reconnaître que le propriétaire Robert Louis-Dreyfus n’a jamais fait autre chose que de me maintenir et de me soutenir. Les choses se seraient renouvelées 100 fois, 99 fois je ne serais pas devenu le président de l’OM. Il n’y aurait pas eu de président noir à la tête de l’OM. Je l’ai été et cela a permis aux gens de comprendre qu’un Noir le peut aussi. Et j’y suis resté cinq ans, alors que la durée de vie à ce poste est de deux ou trois ans. ■

Propos recueillis par Nabil Djellit

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Abcédaire

CConservatisme comme

La France est en retard sur le plan psychologique et intellectuel. Aux États-Unis, il y a plus de 50 ans, la discrimination raciale était institutionnalisée en loi. Aujourd’hui, c’est un Noir qui en est le président. Cela démontre qu’il y a une évolution infiniment plus grande dans les pays anglo-saxons.

D Discriminations comme

Le football français ne saurait être en dehors de ce qu’est la société française. Dans la réalité, il n’y a pas de personnalités issues de la diversité qui tiennent des postes importants au sein de l’armée ou dans les grandes entreprises du CAC 40.

E Extrémisme comme

La France est gangrenée par certains esprits, éclairés et éclairants. Le tissu intellectuel français a toujours eu du mal à se séparer de ses âmes damnées. Ces mêmes âmes qui continuent à nous agiter avec des idées complètement désuètes.

F Foi

comme

Elle est en chacun de nous, au contraire de la croyance. Elle ne s’apprend pas, elle est intuitive. Chez les musulmans, c’est une forme de croyance supérieure. La croyance provient souvent d’une sorte de matérialité. Il y a plus de matérialité dans la croyance que la foi, d’où la supériorité peutêtre de la croyance sur la foi.

M Médiatisation comme

Pendant les 5 ans passés à la tête de l’OM, je me suis efforcé de rester moi-même. Car rester soi-même permet de mieux gérer les situations et de les appréhender.


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CINÉMA Par Mounir Benali

Les Enfants de Belle Ville ou l’amour dans tous ses états

DILEMME. Akbar est un Iranien pas comme les autres : c’est un condamné à mort. Alors qu’il attend son exécution dans une prison de Téhéran, son meilleur ami A‘la (Babak Ansari) et sa sœur Firouzeh (Taraneh Alidoosti) vont tenter d’obtenir le pardon du père de sa victime, seul moyen, dans ce pays, pour lui d’échapper à son destin. À travers cette intrigue, Asghar Farhadi capte la jeunesse que la société iranienne rejette. Firouzeh et A‘la incarnent de manière intense ces Roméo et Juliette iraniens, dont l’histoire

amoureuse est d’emblée vouée à l’échec du fait du poids des traditions mélangées à la religion, créant ainsi des frustrations au sein d’un Iran où l’amour ne peut s’exprimer librement. Le père meurtri, M. Alboghassem (Faramarz Gharibian), est, quant à lui, touchant, pris entre le sentiment de venger sa fille décédée (plus par fierté que par amour parfois) et celui, ô combien difficile, de pardonner Akbar en lui exigeant le « prix du sang », appliqué par la justice iranienne. En réalité, le problème n’est pas le Coran,

© Mémento Films

Après la consécration internationale de son film Une séparation (2011), Asghar Farhadi fait connaître l’un de ses anciens films Les Enfants de Belle Ville (2004) : une véritable réussite !

c’est l’interprétation qui en est faite, comme l’évoque cette fameuse scène où l’imam explique au père que le Coran prône le pardon, tandis qu’un homme du gouvernement lui dira que la charia est on ne peut plus claire sur son droit à se venger. Comme dans son film Une séparation, le cinéaste offre la part belle aux femmes. Ces dernières sont toutes magnifiques : Mme Alboghassem (Ahoo Kheradmand), l’épouse qui a consacré sa vie à l’homme qu’elle aimait ; et surtout la fille de celle-ci, qui est le personnage le plus emblé-

matique de toutes. Handicapée moteur et donc exclue par tous, condamnée à une vie de misère, cette adolescente représente de manière symbolique la condition féminine en Iran. Une fois de plus, Asghar Farhadi frappe fort en établissant une véritable remise en question de la société iranienne : il nous offre une pépite estivale maintes fois récompensée (Festival de Fajr, Festival du film de Varsovie), à ne surtout pas manquer. ■ Les Enfants de Belle Ville, d’Asghar Farhadi, en salles le 11 juillet.

Téléphone arabe ou l’antenne de la discorde

SANS FIL. Jawdat (Razi Shawahdeh) est un jeune homme arabo-israélien insouciant, venant de terminer ses études avant l’université et pensant surtout à plaisanter avec ses amis et à trouver l’âme sœur. L’insouciance du jeune homme sera de courte durée. Son père, cultivateur d’olives, lui demande de l’aider dans sa lutte contre une antenne installée par la compagnie israélienne de téléphone en bordure de son champ. Celui-ci est convaincu que l’antenne a des répercussions négatives sur la récolte des olives et qu’elle peut mettre en danger la santé des villageois... On aurait pu croire à un énième film évoquant les déboires d’une jeunesse, mais il n’en est rien car Téléphone arabe se veut être une comédie politique avant tout.

Sameh Zoabi a choisi d’évoquer la situation des Palestiniens vivant en terre juive (dont le réalisateur est lui-même originaire) et constituant 20 % de la population israélienne. Ces Arabes israéliens sont restés après 1948 et ont donc bénéficié d’un passeport israélien. Le film évoque ainsi la situation d’exclusion que vivent au quotidien ces autochtones palestiniens, ce qui ne facilite pas une éventuelle tentative d’intégration en terre israélienne. Le personnage de Jawdat représente cette dichotomie distinguant peuple juif et peuple arabe sur une même terre : parler l’hébreu constitue un facteur de réussite sociale, ne pas maîtriser cette langue freine toute perspective d’un avenir professionnel certain. Le réalisateur n’oublie pas d’évoquer le fossé intergénérationnel. Pour les anciens, se battre

© Eurozoom

Pour son premier long métrage, Sameh Zoabi livre une comédie acerbe et fine, traitant du quotidien des Palestino-Israéliens. Une petite merveille d’humour.

contre l’antenne téléphonique symbolise la lutte contre l’oppression du peuple palestinien en souffrance luttant pour garder sa terre. Pour les jeunes, l’antenne représente plutôt une porte ouverte sur le monde. Ce dépassement des frontières est abordé lorsque Jawdat souhaite rencontrer de visu une fille de Ramallah, qu’il n’a jusqu’alors fréquentée que par conversations téléphoniques. Oscillant entre humour, tendresse et réalisme, le film de Sameh Zoabi atteint son but : servir d’antidote à la tension politique anxiogène existant entre Israéliens et Palestiniens. ■ Téléphone arabe, de Sameh Zoabi, en salles le 25 juillet. Antigone d’or au Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier 2011.


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CULTURE

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Par Huê Trinh Nguyên

« Libertés ! », l’expression artistique des révolutions arabes Jusqu’au 21 juillet, l’Institut des cultures d’islam invite des artistes à s’exprimer un an après le « Printemps arabe ».

montre la chute des dictatures à travers la chute des corps. Le 14 juillet, à 12 h, la poète syrienne Hala Mohammed réunit artistes et intellectuels pour débattre de l’actualité politique en Syrie. Le 14 juillet, à 20 h, le bal populaire, animé par DJ Missy Ness, se fait bal révolutionnaire en faisant le pont entre 1789 et 2012, où l’oud remplace l’accordéon.

PLURALITÉS. Brunchs littéraires, concerts et spectacles ponctuent la programmation du festival « Libertés ! » de l’Institut des cultures d’islam (ICI), à Paris 18e. L’ICI entend montrer la capacité émancipatrice du langage artistique et dépasser les points de vue sur le monde arabe actuellement en ébullition au-delà de l’aspect politique et/ou religieux. Tout au long du festival, la plasticienne Majida Khattari, à travers l’exposition « LibertéEs »,

Danser la révolution

Pour la première fois, des pièces chorégraphiques se jouent à l’ICI, les 19 et 20 juillet, à 20 h 30. And so!, de Seifeddine Manaï, met en scène, pour 6 danseurs, les espoirs et déceptions de la jeunesse tunisienne. Le solo Égale, de Hamdi Dridi, évoque la « révolution de soi ». Le 20 juillet, un battle de danse fait se confronter les danseurs de la compagnie tunisienne Brotha from another Motha et trois

groupes de hip-hop parisiens. Le 21 juillet, à 12 h, focus sur la jeunesse révolutionnaire branchée sur Internet, avec une relecture culturelle des soulèvements arabes par Raphaël Liogier, directeur de l’Observatoire du religieux. Également le 21 juillet, à 15 h, l’atelier « Liberté, je grapherai ton nom » initie le jeune public au graffiti. Le croisement des disciplines fait ainsi écho aux révolutions arabes en plein cœur de la Goutted’Or où est implanté l’ICI. La Goutte-d’Or, un quartier lui aussi marqué par les soulèvements populaires : la Commune de Paris, les manifestations ouvrières, la guerre d’Algérie et la lutte des sans-papiers à l’église Saint-Bernard. Au demeurant, l’esprit révolutionnaire reste vivant dans les arts. ■ Institut des cultures d’islam (ICI) 19-23, rue Léon – 75018 Paris – 01 53 09 99 84 www.institut-cultures-islam.org


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beauté

Confidences de

Par Karima Peyronie

Nawel

[4]

[1]

Vernis Acapulco de Peggy Sage

Boucles d’oreille Indian Spirit de Les Bijoux Acidulés

© Cyrille Choupas

[5]

[6]

[3]

« Une femme belle est une femme qui s’assume » Vous êtes française par

votre mère et tunisienne par votre père, comment avez-vous vécu vos origines ?

En Tunisie, on me prend pour une Slave. Je ne ressemble pas à mes parents, je n’ai d’ailleurs pas les mêmes gestes beauté que ma mère, très brune. Je m’identifie davantage à ma grand-mère qui est berbère.

Qu’avez-vous repris de l’identité berbère ?

Je collectionne les bijoux berbères [1], les bracelets, les boucles d’oreille, aux formes arrondies, épais, avec des pierres incrustées ou des motifs calligraphiés. Des coups de cœur que j’achète souvent en Tunisie.

Son grain de voix feutré fait voyager vers les rives chaudes de la Tunisie, le pays de son enfance. Nawel porte son métissage avec grâce et d’une beauté insaisissable, comme sa musique… confort, avec un jean et une veste en cuir.

Êtes-vous une « make-up addict » ?

Je commence par un soin de jour teinté et un mascara de Nivea [2]. Pour les yeux, j’applique le khôl en poudre : je ferme les yeux, je fais glisser le bâton sous toute la paupière, et j’attends quelques secondes avant de rouvrir les yeux pour laisser adhérer les pigments. Je termine par une touche de fards à paupières bronze et un rouge de chez Miss Helen [3].

Quelle garde-robe accordez- Quel est votre geste de beauté vous à ces bijoux ? par excellence ? Sur scène, c’est la simplicité de robes fluides ou des tissus près du corps, turquoise, rouges ou verts. À la ville, je suis une hyperactive, alors j’ai besoin de

Je suis une vraie vernista, surtout sur les pieds : noir, rouge, rose, vert… pourvu que ça soit flashy et que ça mette de bonne humeur ! [4]

Que faites-vous pour garder la ligne ?

Je me nourris de produits frais plutôt que surgelés : des légumes revenus à l’huile d’olive ou la fameuse raja tunisienne, à Quels sont vos produits base de sauce tomate et d’œufs, préférés pour le corps que j’adore. Côté sport, j’ai déet le visage ? J’ai une peau sensible, alors j’uti- couvert le yoga ashtanga qui lise toujours une crème anti-rou- fait travailler ma souplesse et geur sur le visage. Pour le corps, l’endurance. j’utilise un gel douche à base d’huile d’argan [5] pour hydra- Qu’est-ce qu’une femme ter. L’huile prodigieuse de Nuxe belle, selon vous ? est aussi très addictive mais elle C’est une femme charismatique, finit toujours trop vite ! qui s’assume, et sait composer au mieux avec ce qu’elle est. Elle connaît ses atouts et ses défauts. Comment entretenez-vous Je pense, par exemple, à Ronit vos cheveux ? Ils sont fins et bouclés, héri- Elkabetz pour sa belle liberté tage de mes origines. J’utilise d’esprit ou à Laetitia Casta pour le shampoing Volume Elsève sa beauté naturelle venue de au collagène pour décoller les Méditerranée. ■ racines, puis le zeste démêlant au jasmin du Petit Marseillais Ancien membre du groupe [6]. Je me fais des masques ca- d’électro-world Orange Blossom, pillaires d’huile aux amandes, Nawel prépare son album solo et en concert en France et en Tunisie que j’apporte de Tunisie pour est tout l’été. www.nawelmusic.com les pointes sèches.

Photos produits © D. R.

[2]

Émulsion corps satin à l’huile d’argan de Ritessens



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DE VOUS À NOUS Par Chams en Nour, psychanalyste

L’amour et le mariage

Vous traversez un moment difficile ? Vos réactions et celles des autres vous surprennent ? Vous avez l’impression d’être dans une impasse ? Quelle décision prendre ?… À partir du bel islam et d’une lecture appliquée du Coran, des solutions peuvent toujours être trouvées. Posez vos questions à : devousanous@salamnews.fr

« MES PARENTS SONT MARIÉS DEPUIS 28 ANS ET ONT 4 ENFANTS.

Depuis plusieurs mois, le comportement de ma mère avec mon père a changé. Elle est distante, elle ne communique plus avec lui comme avant et

ne se préoccupe pas de lui. Quand mon père essaye de lui parler, elle s’énerve. Mon père est un bon père de famille et un bon musulman. Elle dit qu’elle ne l’aime pas, que c’est son père qui l’a forcée à se marier et que depuis toutes ces années elle faisait semblant. Mais je ne pense pas qu’une personne puisse faire semblant d’être heureuse pendant si longtemps. Avant, elle avait toujours le sourire et bien qu’ils se soient déjà disputés, comme tous les couples, leur relation a toujours été correcte. Cela me fait de la peine pour mon père, car il n’a rien fait pour mériter ça. Il parle de vendre la maison et de se séparer. Je n’ai pas envie qu’une chose pareille nous arrive. J’aimerais avoir vos conseils, s’il vous plaît. » Najim, 19 ans

Chams en Nour. En effet, voilà une situation vraiment délicate, mais cela me paraît difficile que des enfants s’immiscent dans la vie intime de leurs parents. J’ai l’impression qu’après vous avoir élevés, vos frères et vous, votre mère souhaite vivre sa vie, retrouver sa liberté. Cela peut se comprendre si elle n’éprouve pas de sentiments pour votre père. Les sentiments ne se commandent pas comme on dit. C’est à votre père de faire le point avec sa femme pour comprendre s’il s’agit d’un mouvement passager ou d’un désir profond de changement. Il y a sûrement des secrets entre eux que même vous, leurs fils, ignorez. Dans les problèmes de couple, les responsabilités sont toujours partagées… Vous le découvrirez vous-même bientôt. ■

« J’AIMERAIS AVOIR VOTRE OPINION. UN FRÈRE EST VENU ME DEMANDER EN MARIAGE et a eu l’accord de mes parents mais depuis ce jour il a du mal à trouver du travail, un appartement, etc. Dès que cela devient compliqué, il décide de se rétracter et quand il se rend compte qu’il risque de passer à côté de quelque chose qu’Allah lui a donné, du coup il revient sur ses paroles. Mais, entre-temps, on m’a présenté d’autres frères qui ne sont pas aussi calés en religion que lui. Il est sous pression et supporte mal la situation, et je ne sais pas quoi faire. » Nasséra, 18 ans

Chams en Nour. Vous confieriez votre vie à un homme qui a du mal à se décider ? Vous en feriez le père de vos enfants ? Il ne suffit pas d’être savant en matière de religion pour faire un époux juste, à l’image du Prophète [PSL], et un père aimant. Franchement, s’il supporte mal la situation, il n’a qu’à prendre une décision. Vous êtes jeune, prenez le temps de la réflexion, certes ; mais n’oubliez pas d’écouter ce que dit votre cœur. Vous ne dites rien de vos sentiments, et pourtant ils ont un rôle à jouer quand on engage sa vie et celle de ses futurs enfants, non ? ■ $

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