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Dossier Thématique

Le soutien scolaire, l’abandon scolaire ?

W W. AS ILA.MA www.wassila.ma


Parce que

EDITO Acteurs associatifs, nous connaissons, vivons, travaillons avec des populations marginalisées, défavorisées, exclues, vulnérables, … Nous connaissons leurs besoins pour les avoir longuement observés, identifiés, étudiés,… Nous connaissons les solutions qui répondent (ou pas) à ces besoins parce que nous les avons testées, implémentées, améliorées ou abandonnées… Imaginons ensemble, le gain de temps, d’efforts, de moyens (humains, matériels et financiers) que nous pouvons réaliser si nous mettions en commun ces connaissances pratiques, ce savoir précieux accumulé à travers des expériences concrètes ! Imaginons l’impact de nos actions si elles pouvaient bénéficier de ces retours d’expériences, de la richesse des enseignements tirés et des bonnes pratiques

‫ﺍﻟﻐﺎﻳﺔ ﺗﺒﺮﺭ ﺍﻟﻮﺳﻴﻠﺔ‬ (la fin justifie les moyens)

‫ﺍﻟﻮﺳﻴﻠﺔ‬

Mettre à leur disposition un outil de communication associative dédié aux thématiques de développement et élaboré de manière participative (par et pour les associations).

‫ﺍﻟﻐﺎﻳﺔ‬

Contribuer efficacement à relever les défis sociaux du pays à travers une meilleure collaboration entre les acteurs de la société civile marocaine.


WASSILA est donc une newsletter trimestrielle interactive doublée d’un site qui propose des dossiers thématiques et transversaux, des articles, des focus sur des bonnes pratiques, … Cet outil se veut participatif : les thématiques et le contenu seront définis avec les acteurs de la société civile auxquels elle s’adresse … Pour ce premier numéro, nous avons vu grand en traitant une double thématique : l’abandon scolaire et le soutien scolaire.

(ht ps:/ www.linkedin.com/in/benchekroun-mounia-91929b28/

En partenariat avec Mounia BENCHEKROUN, experte dans le domaine social et éducatif, exdirectrice de la Fondation Zakoura Education (2005-2009), fondatrice et gérante de la société Oxygène Etudes et Conseil, spécialisée dans le domaine du développement social, nous avons conçu ce dossier autour de deux volets : analytique et pratique. Le premier permettra de situer la problématique de l’abandon scolaire, le cadre et les acteurs de référence. Le 2ème volet abordera le soutien scolaire comme un des moyens de lutte contre ce fléau. Il fournira des informations opérationnelles liées à la mise en œuvre de ce type de programme à travers l’expérience d’associations exécutant des programmes socio-éducatifs sur le terrain.

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Un grand merci à Mounia BENCHEKROUN d’avoir inspiré, encadré et participé à la réalisation de ce premier numéro. Un grand merci à l’association Initiative Urbaine, la Fondation Sanady et la Fondation Zakoura d’avoir joué le jeu de la transparence et de l’échange en participant à nos focus groups et en répondant à nos questions.

https:/ www.linkedin.com/in/salaheddineaitlakdoume/

Un grand merci aussi à l’association Al Jisr et Legacy International pour leur soutien logistique et à https://www.l Salaheddine inkedin.com/iAit n/salaLakdoume heddineaitlakdoume/ pour son accompagnement. Un grand merci enfin à vous – d’avance – pour vos commentaires et contributions qui serviront à enrichir ce numéro et à en développer d’autres ! Vos idées, interventions et propositions sont les bienvenues. N’hésitez pas à les partager avec nous à l’adresse suivante : edito@wassila.ma

Bonne lecture

htRokaya tps:/ www.linkedinEl.com/Boudrari in/rokaya-el-boudrari/


SOMMAIRE 1 Partie

L’abandon scolaire au Maroc, contours du phénomène Contexte et situation actuelle

Enjeux

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Causes

Les différents programmes de lutte contre le phénomène

2 Partie

Le soutien scolaire, Etat des lieux Etat des lieux

Partie

Parties prenantes

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Pratiques associatives

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Objectifs généraux Cible

4 Partie

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Conséquences et enjeux

Cadre de référence national

3

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Différents modèles Financement

Focus

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Avis des experts

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Entretien avec M. Abdellah RIMI

Entretien avec Mme Mounia BENCHEKROUN

Directeur pédagogique de la Fondation Sanady

Experte en Education et Développement Social

Bibliographie

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Partie 1 :

L’abandon scolaire au Maroc, contours du phénomène


Il existe plusieurs définitions de l’abandon scolaire et autant de termes pour le désigner dans les différents pays où ce phénomène social provoque une préoccupation grandissante. On parle ainsi de « démobilisation » en Belgique, « désengagement scolaire » au Québec, « désertion ou évasion » au Brésil … Le phénomène est donc international – avec certes des disparités importantes - et remet partout en question « l’école démocratique et les rêves d’égalité de nos sociétés » 1. L’abandon scolaire revêt différentes formes : il peut être précoce, s’il s’opère dans les premières années de l’enseignement fondamental, temporaire (décrochage) ou définitif, volontaire ou résulter d’une exclusion … Au vu de l’étendue et de la complexité du phénomène, ce dossier se propose de traiter de manière globale l’abandon scolaire au Maroc qui touche l’école primaire.

I- CONTEXTE ET SITUATION ACTUELLE 1.1 Historique du système éducatif contemporain La question de l’école publique a toujours été au coeur du débat politico-sociétal du Maroc contemporain2. D’abord, sous l’ère du protectorat (1912-1956) où le système éducatif était caractérisé par une fragmentation imposée de l’extérieur et une marginalisation du système éducatif musulman traditionnel. Les niveaux de développement de l’éducation hérités de la période coloniale étaient catastrophiques avec un taux d’analphabétisme des adultes estimé à 82% en 19563. A l’aube de l’indépendance, des efforts pour «nationaliser» et «gendariser » l’école 2 ont permis un progrès rapide dans l’élargissement de l’accès à l’enseignement primaire aux enfants de 7 ans : le taux d’accès est ainsi passé de 18% en 1956 à 53% en 1965. Cependant, à partir du début des années 80, le système éducatif est entré dans une période de crise prolongée et multidimensionnelle due notamment à l’impact du Plan d’Ajustement Structurel sur les dépenses sociales qui ont été drastiquement revues à la baisse. Les années 1990 ont connu des progrès importants en matière de généralisation de l’enseignement primaire mais d’autres problèmes relatifs à la qualité de l’éducation persistent ou s’aggravent. Toutes les composantes de la société s’indignent alors de la « faillite » du système éducatif marocain. Pour répondre à l’impératif national de surmonter cette crise, la Charte Nationale de l’Education et de la Formation a été adoptée en 1999 avec pour objectif de tracer, pour la décennie 2000, une réforme globale visant le renouvellement de l’école nationale. Suite aux importants retards enregistrés dans sa mise en œuvre, le Programme Najah ou Plan d’Urgence (2009-2012) a été élaboré pour donner un nouveau souffle à la dynamique de la Charte. Il a donc revêtu un contenu opérationnel ayant pour but de renforcer la composante programmatique et procédurale de la réforme éducative. Malgré le caractère ambitieux du Plan d’Urgence, ses activités innovantes, son coût et la richesse des partenariats qu’il a impulsés, les résultats sont en-deçà des attentes et les indicateurs de performance du système éducatif marocain restent alarmants, notamment le taux d’abandon scolaire …

1

Thibert Rémi (2013). Le décrochage scolaire : diversité des approches, diversité des dispositifs. Dossier d’actualité Veille et Analyses IFÉ, n° 84, mai. Lyon : ENS de Lyon. www.ife.ens-lyon.fr/vst/DA/detailsDossier.php?parent=accu Mouvement Anfass Démocratique - « Ecole marocaine : Quel système éducatif pour quel projet de société ? » le 23 Janvier 2014 - www.anfass.ma 3 UNESCO – Education au Maroc, analyse du secteur, 2010. 2

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1.2 Contours du phénomène de l’abandon scolaire Selon l’enquête Nationale de la DLCA, près d’un enfant sur 10 (8,90%) quitte l’école à un âge précoce ne dépassant pas les 15 ans. Le décrochage précoce a cependant légèrement baissé durant la période de mise en œuvre du Programme d’urgence puisqu’en ce qui concerne la cohorte de «l’école de la réussite », sur 100 élèves inscrits dans le primaire en 2009-2010, 57% sont arrivés à la quatrième année du primaire en 2013 sans aucun redoublement4. Sur 100 élèves inscrits en première année de l’enseignement primaire public en 1999-2000, 35% sont parvenus à la fin de ce cycle en 2005 sans aucun redoublement, 18% sont parvenus à la fin du secondaire collégial en 2008, 6% sont parvenus à la fin du secondaire qualifiant en 2011 mais seulement 3% ont obtenu le baccalauréat la même année sans aucun redoublement4.

De 2000 à 2012, environ 3 millions d’élèves déscolarisés ont quitté les bancs de l’école avant d’atteindre la dernière année du secondaire collégial, et la moitié d’entre eux n’a pas atteint la fin du primaire. Il est à préciser qu’une proportion importante de la population déscolarisée quitte le système national d’éducation et de formation lors des cycles fondamentaux sans bénéficier en retour d’un accompagnement en formation, que ce soit par une réintégration dans le système scolaire ou par un renforcement des acquis grâce à des formations qualifiantes dotant ces jeunes d’atouts en vue de leur entrée dans la vie active. En 2013-14 le nombre total de déperditions, tous cycles confondus, était de 352 179 élèves dont 86 358 au primaire5.

•Selon les régions : L’enquête nationale menée par le Département de Lutte Contre l’Analphabétisme (DLCA) en 2007 montre que « la non scolarisation tout comme la déscolarisation et la non fréquentation même d’un établissement scolaire, sont des phénomènes qui affectent avec des intensités fort variables les enfants des différentes régions du Royaume. ». Ainsi les régions qui émergent comme étant celles où les enfants sont les plus touchés par le phénomène de déscolarisation sont : Marrakech-Tensift-Al Haouz avec un taux de décrochage estimé à 15,12% suivie de celle de Doukala-Abda avec un taux de déscolarisation de 14,24% et en 3ème position la région de Souss-Massa-Draa pour lequel le taux enregistré est de 10,44%. Le Grand Casablanca s’affirme comme la région où les enfants ne sont que marginalement exposés à ce phénomène avec un taux de déscolarisation d’environ 3,59%. Elle n’est, en effet, devancée que par certaines des régions du Sud (Laayoune Boujdour Sakia Lhamra : 3,41%). La région de Fès-Boulmane succède au Grand Casablanca avec un taux de déscolarisation de l’ordre de 5,80%. 4 Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique – Rapport Analytique - la mise en œuvre de la Charte Nationale d’éducation et de formation 2000-2013 : Acquis, déficits et défis –Décembre 2014 5 L’Economiste : « Décrochage scolaire, là où tout commence » par Ahlam Nazih, paru le 28/03/2017.

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•Selon le milieu de résidence (urbain/rural) : Sans grande surprise, l’enquête de la DLCA révèle que c’est dans le rural que les enfants d’âge scolaire sont le plus exposés à l’interruption prématurée de leur parcours scolaire. Le taux de déscolarisation qui les caractérise atteint les 13,59% ; autrement dit, plus que le triple du risque de déscolarisation encouru par les enfants vivant en milieu urbain (4,44%). A lui seul, le rural abrite plus des trois quarts des enfants déscolarisés au niveau de tout le pays (75,18%). •Selon le genre Selon les résultats de l’enquête, le phénomène d’abandon scolaire semble toucher indifféremment filles et garçons dans les villes. Qu’il s’agisse, en effet, d’enfants de sexe féminin ou masculin, les risques de déscolarisation qu’ils encourent dans l’urbain sont quasi-similaires : 4,55% pour les premiers et 4,32% pour les seconds. En milieu rural, par contre, les filles sont exposées à des risques plus importants que les garçons : 16,20% pour les premières et 10,99% pour les seconds. •Selon l’âge et le niveau scolaire Selon les résultats de l’enquête, les enfants déscolarisés le sont, le plus souvent, aux âges les plus avancés de leur enfance. Ainsi, l’interruption de la scolarité est un fait qui caractérise plus les enfants âgés de 12-14 ans que ceux âgés de 9-11 ans. Il est à noter cependant que plus de 4 enfants de sexe masculin sur 10 dans le rural (41,98%) et un peu moins dans l’urbain (37,5%) ont, en effet, vu leur parcours scolaire s’arrêter avant même de dépasser la 3ème année du primaire. Ce sont ces enfants, qui viendront dans un futur plus ou moins proche renforcer les rangs des analphabètes. Le suivi des seules premières classes du primaire n’est pas suffisant pour prémunir contre l’analphabétisme une fois l’âge adulte atteint.

L’étude « Les jeunes en chiffres » publiée par le HCP en Aout 2012 révèle que : - Les jeunes marocains âgés de 15 à 24 ans représentent près du cinquième de la population marocaine - En milieu urbain : 144 564 (4,2%) d’entre eux n’ont aucun niveau scolaire ou uniquement le niveau coranique/préscolaire et 1 676 254 (48,7%) ont un niveau primaire ou collégial - En milieu rural ces chiffres sont respectivement de 648 085 (22,7%) et 1 830 055 (64,1%) - Seuls 8,2 % ont un diplôme de l’enseignement secondaire (5,9%), supérieur (1,2%) ou diplômes de techniciens (1,1%) Au niveau national, ce la représenterait donc un stock de plus de 4,3 millions de jeunes analphabètes ou faiblement lettrés.

II - LES ENJEUX L’ampleur du phénomène de l’abandon scolaire prive le Maroc des potentialités qu’offre l’éducation en termes de croissance économique, développement humain… et les enfants qui en sont victimes des vertus et effets positifs que l’éducation induirait sur leur vie personnelle et professionnelle. Paradoxalement, le problème de l’abandon scolaire est davantage considéré comme étant d’ordre social et économique que d’ordre scolaire ou psychologique. Il met en péril l’insertion professionnelle des jeunes dans un environnement changeant et de plus en plus exigeant. Il menace la sécurité de la société au motif de la forte corrélation entre abandon et délinquance. Les conséquences sociales sont donc importantes : la qualité de vie et la santé mentale et physique sont directement affectées par ce phénomène.

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De plus, une certaine reproduction sociale existe : des parents décrocheurs ont plus de risques d’avoir des enfants décrocheurs6.

2.1 Au niveau micro (individu) : L’abandon scolaire peut mettre définitivement fin aux possibilités d’apprentissage des ‘décrocheurs’ qui formeront, en bonne partie, les cohortes d’analphabètes de demain. En effet, le nombre de places limité au niveau des classes d’Education Non Formelle et des programmes de formation professionnelle (surtout pour les jeunes ayant un niveau inférieur à la 3ème année du collège) ne permet l’absorption que d’une minorité d’entre eux. Sans parler de la quasi-inexistence de dispositifs d’accompagnement et d’orientation adapté pour cette catégorie de la population. Cette situation met les « décrocheurs » dans un état d’oisiveté totale ou les pousse vers des emploi précaires avec tout ce que cela implique : frustration, sentiment d’exclusion, perte de confiance en soi, en l’avenir et en la société…D’ailleurs, selon l’étude sur les jeunes de 15-24 ans réalisée par le HCP, près de 66% d’entre eux perçoivent une « augmentation des inégalités sociales » durant ces 10 dernières années. Quant aux mesures qui leur semblent prioritaires, près de 96% d’entre eux s’accordent sur ‘l’offre d'emploi et l'égalité des chances pour y accéder », suivie de près par « la réforme de l’enseignement et de la formation » pour 84,2%. La disponibilité d’un « habitat décent » arrive en 3ème position pour 80,3% des jeunes. Ces chiffres montrent clairement l’enjeu de l’éducation pour ces jeunes qui représentent près du cinquième de la population marocaine et les effets dévastateurs de l’abandon scolaire sur leur possibilité d’insertion et d’évolution socioprofessionnelle. Près de 70% des 15-24 ans ont un faible niveau d’instruction (ne dépassant pas le collège). Quand ils ne sont pas au chômage, ils exercent des emplois précaires majoritairement dans l’informel comme le démontre l’étude de la Banque Mondiale. Cette même étude démontre que la plupart des jeunes sans-emplois possèdent des niveaux d’instruction faibles ou ne sont pas instruits : presque 80% ont un niveau inférieur à l‘enseignement secondaire (voire aucun niveau d‘instruction) ; moins de 5% ont un niveau d‘enseignement supérieur ; et pourtant, les interventions en matière de politique au Maroc se sont concentrées à ce jour sur les diplômés qui constituent une minorité parmi les jeunes chômeurs, et ont négligé la grande majorité des jeunes chômeurs moins instruits. La situation est encore plus grave du côté des filles/femmes qui se déclarent réticentes par rapport au travail ou incapables de travailler, compte-tenu des normes sociales ou de l‘attitude de leurs familles7.

2.2 Au niveau macro (pays) : •Enjeux liés au développement et à la lutte contre la pauvreté : L’approche en termes de développement humain met en exergue les liens étroits entre l’amélioration de l’échelle et du niveau de la scolarisation, notamment des filles d’une part, et le renforcement des potentialités élémentaires des individus et de leur autonomie, leur liberté et leur aptitude à se prendre en charge et à agir de soi-même, d’autre part8. Le rapport de l’UNESCO (EPT 2013/2014) démontre comment l’éducation contribue à la réduction de la pauvreté et renforce l’emploi et la croissance. Ainsi « chaque année d’étude supplémentaire passée dans le cycle primaire est susceptible de procurer 12,7% d’augmentation de salaire contre 10,4% dans le secondaire. Le gain est plus élevé d’environ un point de pourcentage pour les filles. »

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L’Economiste « Education/Benmokhtar: «A bas les restrictions budgétaires!» » Par Ahlam Nazih, paru le 23/03/2017 Banque Mondiale – Royaume du Maroc - Promouvoir les Opportunités et la Participation des Jeunes – Mai 2012 UNICEF – La non scolarisation au Maroc, une analyse en termes de coûts d’opportunités, 2007

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Le Maroc occupe, en 2012, la 131ème position dans le classement du PNUD, loin derrière des pays comparables comme la Turquie, la Tunisie ou la Jordanie. Cette situation est imputable essentiellement aux faibles résultats enregistrés en matière de scolarisation et d’alphabétisation. • Enjeux économiques : L’étude de l’UNICEF sur l’analyse du coût de la non scolarisation au Maroc a permis d’évaluer l’importance de l’éducation en termes de rationalité économique. Selon ses résultats, le rendement de l’éducation (de 10 à 12%) est tel que très peu de projets d’investissement peu-vent atteindre un tel niveau de rentabilité. Le manque à gagner engendré par la non scolarisation des enfants est d’autant plus élevé que d’autres dimensions du capital humain sont prises en considération. D’un autre côté, les pertes financières annuelles ou déperditions de ressources subies par l’Education Nationale en raison de ce phénomène de déscolarisation demeurent très élevées malgré la baisse des taux d’abandon scolaire. Selon une étude du Conseil Supérieur de l’Education (CSEFRS), ces déperditions représentaient en 2011 plus de 10% du budget de fonctionnement total de l’Education Nationale auxquelles s’ajoutent les efforts consentis au financement du dispositif de deuxième chance ou Ecole Non-Formelle, dont le budget dédié en 2012 s’élevait à plus de 51 millions de dirhams courants ce qui alourdit la « note » de l’abandon scolaire. • Enjeux sanitaires : L’éducation est l’un des moyens les plus efficaces d’améliorer la santé des individus et de s’assurerque ses bienfaits se transmettent de génération en génération. Elle sauve la vie de millions de mères et d’enfants, contribue à prévenir et à contenir les maladies et elle joue un rôle essentiel dans les efforts de réduction de la malnutrition9. L’abandon scolaire, surtout si il intervient précocement, peut ainsi enrayer ces effets positifs et être considéré comme une menace à la bonne santé des individus. • Enjeux sécuritaires : L’abandon scolaire pose aussi des problèmes sécuritaires. Le désœuvrement des jeunes et leur sentiment d’être « exclus du système » peut provoquer des comportements à risques qui peuvent constituer une menace pour la société (délinquance, vandalisme) et aussi pour eux-mêmes (immigration clandestine, extrémisme religieux…). • Enjeux politiques : L’éducation améliore la connaissance de la vie politique et renforce la participation à des processus politiques (voter, manifester, signer des pétitions…). Dans 12 pays d’Afrique subsaharienne, alors que 63 % des personnes sans instruction formelle ont une certaine compréhension de la démocratie, cette proportion passe à 71 % chez les individus ayant fait des études primaires et à 86 % chez ceux qui ont fait des études secondaires. Il a également été démontré que l’éducation valorise la tolérance et la cohésion sociale et contribue à limiter la corruption. L’abandon scolaire prive ainsi une bonne partie de la population de l’apprentissage de ces valeurs universelles, ciment de toute société saine et harmonieuse. • Enjeux environnementaux : En améliorant les connaissances, en instillant des valeurs, en stimulant les convictions et en modifiant les attitudes, l’éducation dispose d’un pouvoir considérable de changer les modes de vie et les comportements préjudiciables à l’environnement.

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UNESCO – Rapport Mondial EPT 2013/2014

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• Enjeux liés à l’image du pays à l’international Rappelons que le Maroc a ratifié de nombreuses conventions et traités internationaux pour promouvoir l’Education ou limiter le travail des enfants qui en constitue un des principaux freins. Le non-respect de certains engagements peut entacher l’image du pays à l’international et remettre en cause le sérieux de la volonté du Maroc pour mettre à niveau son système éducatif. - La Convention internationale des Droits de l’Enfant (CIDE): Ratifié par le Maroc en 1993, ce traité international adopté par l’Assemblée Générale des Nations Unies, le 20 novembre 1989, concrétise la reconnaissance de l’intérêt de l’enfant et de ses droits. Il s’agit du premier texte international juridiquement contraignant consacrant l’ensemble des droits fondamentaux de l’enfant. Le droit à l’Education en fait naturellement partie. - La Convention no. 138 de l’Organisation Internationale du Travail sur l’âge minimum d’admission à l’emploi et au travail : Ratifiée par le Maroc en 2000, la convention 138 de l’OIT fait correspondre l’âge minimum de travail à l’âge de scolarité obligatoire. L’objectif est de garantir aux enfants le plein développement de leur capital humain et de faire de l’éducation l’unique alternative au travail des enfants. - Les Objectifs du millénaire pour le Développement: Les huit objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) forment un plan approuvé par tous les pays du monde et par toutes les grandes institutions mondiales de développement en 2000. Ils ont impulsé des efforts importants pour répondre aux besoins des plus pauvres dans le monde et arrivent à expiration à la fin 2015. Le deuxième objectif est dédié à l’éducation (Objectif 2 : assurer l’éducation primaire pour tous) et le 3ème concerne l’égalité des sexes notamment dans le domaine de l’éducation (Objectif 3 : Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes). Le rapport national sur les OMD de 2009 montre que le Maroc a fait des progrès substantiels dans ce domaine. Les réalisations restent cependant insuffisantes dans les domaines de la santé juvénile, des disparités régionales et de l’égalité entre les sexes10. - Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 : Pour succéder aux OMD, les pays ont adopté en septembre 2015 un nouveau programme de développement durable, articulé autour de 17 objectifs. Cet accord projette de tirer parti de l’élan donné par les OMD pour définir un ambitieux programme de développement pour l’après-2015. Le plan consacre son 4ème objectif à l’éducation (« Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie »), le 5ème à l’égalité des sexes qui passe forcément par l’accès à l’éducation (« Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles ») et le 10ème à la réduction « des inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre » ce qui englobe les questions liées aux disparités régionales et sociales constatées dans les écoles. - Le mouvement Education Pour Tous11: Le mouvement de l’Éducation pour tous (EPT) est un engagement mondial qui consiste à donner une éducation de base de qualité à tous les enfants, jeunes et adultes. Le mouvement a été lancé lors de la Conférence mondiale sur l’éducation pour tous, à Jomtien (Thaïlande) en 1990. Selon un rapport du MEN dressant un bilan national par rapport aux objectifs de l’EPT, le Maroc a encore des efforts à fournir au niveau de : la généralisation de l’enseignement préscolaire • La réduction des taux de non-scolarisation et déscolarisation des 6-15 ans • La transition de l’enseignement primaire vers le collège ou la formation professionnelle dont les taux sont jugés trop faibles • Des progrès significatifs à apporter en matière d’équité et de qualité (au-delà de la parité de l’accès) • Persistance d’un fort taux d’analphabétisme, particulièrement pour les jeunes de la tranche d’âg 9 à 24 ans et pour les femmes rurales.

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L’Economiste « Objectifs du Millénaire : Lahlimi « Le Maroc sera au Rendez-vous de 2015 » » - Article paru le 20/09/2010 Source : Fédération Wallonie – Bruxelles (Directions des Relations Internationales)

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III- LES CAUSES L’abandon scolaire est le résultat d’un processus complexe. L’analyse de ses causes a fait l’objet d’une grande littérature : l’UNICEF et l’UNESCO s’y sont intéressés à travers de nombreuses études, le Ministère de l’Education Nationale (MEN) lui a également consacré de nombreuses publications, notamment l’ « Enquête nationale sur l’analphabétisme, la non scolarisation et la déscolarisation » en 2007, le Conseil Supérieur de l’Education et de la Formation l’a également abordé à travers différents évaluations et rapports … Une enquête menée par la délégation de Tanger Assilah dans le cadre du programme Maroc-Unicef distingue deux types de causes de l’abandon scolaire : 1. les causes intra scolaires : échec scolaire ; absentéisme répété ; curriculum non adapté au contexte ; relations enseignant-élèves (inégalité/violence/exploitation…) ; manque de matériel pédagogique/ inadaptation de l’infrastructure ; démotivation / absentéisme des enseignants ; manque d’activités para scolaires et ludiques ; inadéquation du profil du chef d’établissement ; manque de formation initiale des chefs d’établissement ; inadaptation de la formation initiale des enseignants aux besoins de l’école et des élèves. 2. les causes extra scolaires : faiblesse du revenu familial (situation économique) ; problèmes familiaux (séparation des parents, divorce..) ; attitude négative des parents vis-à-vis de l’école ; état de santé de l’élève ; l’éloignement des écoles et des collèges ; mariage précoce des filles ; mouvement des populations (flux migratoires) ; analphabétisme des parents. Tous ces éléments agissent et interagissent, avec plus ou moins de force, sur l’abandon scolaire11. Mais les facteurs les plus déterminants restent : A. L’échec scolaire et les redoublements : Dans le rural, deux jeunes filles sur dix soit 20,65%, ont cessé d’aller à l’école pour cette raison contre 13,15% les garçons. L’échec ou le renvoi sont des raisons plus évoquées pour les enfants de l’urbain où, près du tiers d’entre eux (32,95% des garçons et 31,40% des filles), ont, en effet, précocement interrompu leur scolarité pour des raisons du genre12. B. Le manque d’infrastructures et des équipements de base : « au titre de l’année scolaire 2001/02, et selon les statistiques du MEN, 70.7% des établissements scolaires ruraux ne sont pas équipés en latrines. (…) Cette situation favorise le désintérêt envers l’école et son abandon, en particulier par les filles. D’autre part, 60% de ces établissements n’ont pas d’accès direct à l’eau potable. Sans parler des « petites infirmeries » scolaires qui font défaut dans l’écrasante majorité des établissements scolaires ruraux ce qui favorise les absences répétées en cas d’accident ou de malaise.»13. C. Les problèmes d’accessibilité des établissements scolaires, notamment en milieu rural. Il s’agit « de toutes sortes d’obstacles physiques, climatiques et environnementaux, permanents ou saisonniers, qui poussent les familles à ne pas scolariser leurs enfants ou une partie d’entre eux, ou à les retirer du système scolaire avant l’achèvement du cycle obligatoire. L’éloignement des établissements évoqué assez souvent par les familles se traduit concrètement par le défaut de transport scolaire, de voies d’accès praticables, et aussi par le souci sécuritaire qu’ont les parents pour leurs enfants, particulièrement les filles. ». L’analyse des résultats scolaires démontre qu'il existe une corrélation négative entre les acquis scolaires et la variable distance. Globalement, les élèves qui habitent à moins d'un kilomètre de l'établissement scolaire, obtiennent, de meilleurs résultats que leurs collègues qui habitent plus loin14.

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MEN – Département de Lutte contre l’analphabétisme - Enquête nationale sur l’analphabétisme, la non scolarisation et la déscolarisation au Maroc - 2007 UNICEF – Rapport : Evaluation des stratégies de lutte contre l’abandon scolaire, 2004. CSEFRS – PNEA 2008 – Rapport synthétique

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D. La situation économique des familles d’élèves et leur niveau d’éducation : il s’agit là d’un frein important à la rétention des enfants. Il reste encore extrêmement difficile de convaincre les familles pauvres d’« accepter » de se passer des services d’une main d’œuvre « gratuite » en envoyant leurs enfants à l’école et surtout en faisant en sorte qu’ils y restent le plus longtemps possible. L’analphabétisme ou faible niveau d’éducation des parents, surtout en milieu rural, est un élément aggravant. E. Le climat de l’école : L’enquête Panel des ménages, menée en 2012 par l’Observatoire National de Développement Humain, montre que 31,9% des enfants déscolarisés de la tranche d’âge 6 à 17 ans, impute l’interruption de leurs études au fait « qu’ils n’aiment pas l’école » ; les statistiques relatives au « climat de l’école» éclairent ce que recouvre cette expression très générale « je n’aime pas l’école ». En effet, « le climat qui règne dans beaucoup d’établissements n’offre pas toujours un environnement de nature à favoriser une vie scolaire stimulante pour les apprentissages des élèves (...). Pour la période 2001-2011, les données des différentes enquêtes TIMSS et PIRLS, réalisées durant la décennie de la Charte, font état d’une dégradation du climat de l’école au Maroc liée aux enjeux de discipline.15». En plus des aspects liés à la sécurité, la relation élève-enseignant et la qualité de l’enseignement sont également des composantes du climat scolaire. Elles jouent un rôle important dans l’attractivité de l’école.

IV- LES DIFFERENTS PROGRAMMES MENES POUR LUTTER CONTRE L’ABANDON SCOLAIRE Les programmes de lutte contre l’abandon scolaire se situent généralement entre prévention et réparation. Le rapport d’évaluation des stratégies de lutte contre l’abandon scolaire (UNICEF, 2004) insiste sur la nécessité de prévoir « la mise en place de mesures préventives, de dépistage et d'intervention précoce systématiques et continues, car ces mesures sont souvent occultées aux dépens de celles, plus «concrètes» et à court terme, visant directement les élèves qui abandonnent l’école.». Le tableau ci-dessous donne un aperçu global des principaux programmes de lutte contre l’abandon scolaire.

Rappel des causes : A- L'échec scolaire et les redoublements B- Le manque d'infrastructure et d'équipement de base C- Les problèmes d'accessibilités des établissements scolaires D- La situation économique des familles d'élèves et leur niveau d'éducation

15 Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique – Rapport Analytique - la mise en oeuvre de la Charte Nationale d’éducation et de formation 2000-2013 : Acquis, déficits et défis –Décembre 2014

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16 Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique – Rapport Analytique - la mise en oeuvre de la Charte Nationale d’éducation et de formation 2000-2013 : Acquis, déficits et défis –Décembre 2014

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APPROCHE PREVENTIVE

Transport scolaire Le Département de l’Education Nationale a pris l’initiative d’acheter des bus de 15 à 25 places au profit de certains établissements scolaires ruraux enregistrant des taux de déperdition relativement élevés.

Cantines scolaires Le programme d’alimentation scolaire contribue à résoudre les difficultés liées à l’éloignement des établissements scolaires, notamment dans les zones rurales, et à favoriser la scolarisation des élèves. C&D

Les bénéficiaires des cantines collégiales ont vu leur effectif passer de 15 125 en 2000-2001 à 25 404 en 2008-2009 puis à 55 501 en 2012-2013, dontenviron 93% relèvent des collèges ruraux et 38% sont des filles. De 2004 à 2008, le Département a distribué 80 bus dans diverses régions du royaume. En 2012/13 les élèves bénéficiaires du transport scolaire sont au nombre de 21 604 en 2012-2013 dont 7% au primaire, 77% au secondaire collégial et 16% au secondaire qualifiant. On est donc loin d’atteindre l’effectif fixé par le Programme d’urgence à savoir 50 000 bénéficiaires. MEN INDH Associations locales

NA

Le nombre total de bénéficiaires du soutien pédagogique a atteint 1 072 368 entre le primaire et le collégial, soit un taux de réalisation moyen de 104% par rapport à l’objectif. Le nombre des bénéficiaires des sessions de mise à niveau, en 2011-2012 de la DENF, a atteint 141 911 élèves, dont 67,5% au primaire, et 32,5 % au collège, dépassant les objectifs attendus.

63,5% des 4-5 ans en 2013 : 79% dans l’urbain et 45,5% en milieu rural (généralisation prévue dans le cadre du PU mais pas atteinte).

Effectifs concernés

MEN

MEN (instituteurs) APTE Associations Secteur Privé MEN (instituteurs) APTE Associations Secteur Privé

MEN (instituteurs) APTE Associations Secteur Privé

A

Le soutien scolaire Dans le cadre du Programme d’urgence (2009-2012). le 4ème projet prévu dans le cadre de l’Espace 1 était dédié à la lutte contre le redoublement et l’abandon scolaire. Le dispositif du projet est constitué des 3 principales mesures suivantes : - Mesure 1 : La mise en place du suivi personnalisé des élèves - Mesure 2 : La mise en place d’un soutien pédagogique aux élèves en difficulté - Mesure 3 : La mise en place de sessions de mise à niveau pour lutter contre le redoublement En parallèle, de nombreuses initiatives menées par des associations visent à assurer un accompagnement adapté aux élèves en difficulté pour prévenir l’abandon scolaire. Généralement les programmes de soutien scolaire proposés par les associations sont complétées par d’autres activités (parascolaire, soutien social…). E

MEN Associations Secteur privé Autres départements ministériels

A

Préscolaire L’UNESCO rappelle (EPT 2015) que « l’accès à un enseignement préprimaire de qualité a un impact déterminant sur les résultats scolaires d’un enfant à l’école primaire, et ces effets se prolongent souvent tout au long de la vie. (…) D’une manière générale, les interventions précoces ont des effets positifs, notamment une probabilité accrue de scolarisation, un risque réduit de redoublement et d’abandon et de meilleurs résultats durant les premières années du primaire. Ces effets sont parfois très marqués et le sont plus encore chez les enfants pauvres et marginalisés. » Il est donc vital d’élargir l’accès à l’enseignement préscolaire pour donner aux enfants de meilleures chances dans la vie, renforcer l’efficacité du système éducatif et de ses ressources et réduire les inégalités dans l’ensemble de la société.

Parascolaire Il a été démontré à travers plusieurs études, notamment américaines, que la participation à des activités parascolaires favorisait la persévérance scolaire. Les activités parascolaires contribuent à créer des liens forts entre les élèves, elles leur permettent de se dépasser, de vivre des succès et de s’illustrer. Ces activités leur permettent de construire et de renforcer leur confiance en eux et de valoriser différentes compétences et aptitudes. La stratégie 2015-2030 a abordé ce volet dans le cadre des « centres d’épanouissement ».

Intervenants

Cause traitée / Finalité

Programme / Politiques de lutte contre les causes de l’abandon scolaire


15

APPROCHE PREVENTIVE

Veille éducative / Sensibilisation

D

Cantines scolaires La distribution de cartables / Initiative Royale « un million de cartables» Il s’agit d’un appui qui est fait aux familles ayant des enfants scolarisés dans le primaire et/ou le collège, sous la forme soit d’un kit complet, notamment pour les élèves de la première année du primaire (un cartable, des manuels scolaires, des stylos, ardoises, gomme, et couvertures en plastique), soit d’un kit constitué de manuels et de fournitures scolaires, soit encore des seuls manuels scolaires.

MEFP Dar Taliba / Entraide Nationale

C&D

MEN INDH Fondation Med VI pour la promotion des œuvres sociales Associations

Elèves, instituteurs Communauté locale

MEN Association AMAS

Intervenants

Cause traitée / Finalité

Opérations « Child to Child » et « Caravane » « Child to Child » est une opération de recensement des enfants non scolarisés par les enfants scolarisés. Elle vise la sensibilisation de la communauté et le recensement des élèves déscolarisés et non scolarisés par leurs pairs scolarisés, afin de leur proposer une seconde chance de regagner le système scolaire. Cette opération en est à sa 5ème édition en 2012-2013. « La caravane sociale » est une opération de mobilisation en faveurde la scolarisation et la « re-scolarisation ». Elle vise à fédérer les efforts de toute la communauté locale (acteurs éducatifs et partenaires) autour de l’école pour faire profiter les enfants non scolarisés et déscolarisés de la scolarisation formelle et informelle.

Programme “Tayssir” Le programme « Tayssir » est mis en place afin de lutter contre l’abandon scolaire chez les enfants issus des zones défavorisées. Il consiste à effectuer des transferts monétaires conditionnels, tous les deux mois, aux parents des élèves répondant à la condition d’assiduité aux cours. Ce programme est géré par l’Association Marocaine d’Appui à la Scolarisation (AMAS) dans un cadre de partenariats avec le Conseil Supérieur de l’Enseignement et le Département de l’Education Nationale. Le montant octroyé par mois s’élève à 60 DH par enfant pour les deux premières années du primaire, 80 D H pour les deux années qui suivent et 100 DH pour les deux dernières années du primaire et enfin 140 D H pour le cycle collégial. Les subventions sont accordées dix mois par an et les transferts monétaires se font tous les deux mois.

Les bourses de l’enseignement secondaire Les élèves de la 3ème année du secondaire collégialorientés -déplacés dans les internats des établissements dans lesquels ils sont admis bénéficient d’office de bourses. En revanche, les bourses pour les élèves de la 6ème année primaire promus-déplacés sont octroyées dans la limite des places disponibles dans les internats des établissements d’accueil.

Programme / Politiques de lutte contre les causes de l’abandon scolaire

En 2008-2009, l’opération « un million de cartables » a bénéficié à 2 808 264 élèves à raison de 93%pour le primaire et 7% pour le secondaire collégial. En 2010-2011, le nombre de bénéficiaires a atteint 3 214 580 élèves. Notons que 3 617 386 élèves ont bénéficié de cette opération en 2012-2013 dont 87% au primaire et 13% au secondaire collégial.

137 776 enfants non scolarisés ou déscolarisés ont été recensés, pour unobjectif de 400 000 enfants, soit un taux d’atteinte de 34,4%, Les trois quart des enfants recensés sont concernés par le niveau d’enseignement primaire, et 25% par le collégial, la part des filles recensées dans le total des enfants est de 51%.

En 2008-2009, 79 500 bénéficiaires répartis sur 274 secteurs scolaires relevant de 5 Académies Régionales d’Education et Formation. En 2009-2010, 300 000 élèves répartis sur 418 secteurs scolaires implantés dans 11 régions. 450 000 en 2010-2011et 690 000 élèves en 2012-2013.

32 653 collégiens en 2000-2001, 38014 en 2005 -2006 et 35 188 en 2008-2009. Avec le Programme d’urgence, les effectifs de collégiens internes ont connu une croissance soutenue en passant de 35 516 en 2009-2010 à 46 764 en 2012-2013 dont 41% sont des filles.

Effectifs concernés


UNICEF – La non scolarisation au Maroc, une analyse en termes de coûts d’opportunités, 2007 Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique – Rapport Analytique - la mise en oeuvre de la Charte Nationale d’éducation et de formation 2000-2013 : Acquis, déficits et défis –Décembre 2014

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APPROCHE PREVENTIVE

Les dispositifs d’orientation et d’insertion professionnelles Il s’agit de programmes ou services mis en place par des associations pour accompagner et orienter des jeunes déscolarisés en vue de leur réinsertion dans le ‘système’. Cette réinsertion peut prendre la forme de l’intégration dans des classes ENF ou d’alphabétisation, l’inscription dans une formation professionnelle, le placement en stage ou en emploi, l’accompagnement pour la création d’AGR selon le profil du candidat, son niveau scolaire, son parcours…

MEN DFP (CFA) OFPPT Associations Secteur privé

Associations (L’Heure Joyeuse, Al Karam, Casal dels infants…)

Absorption d’une partie des sortants en leur offrant une opportunité d’insertion dans le système FP

Accompagnement et orientation des déscolarisés en vue de leur réintégration socioprofessionnelle

MEN / DENF

Récupération des « décrocheurs » en vue de leur réinsertion dans le système éducatif (Ecole de la 2ème chance)

Le Programme de l’Education Non Formelle 17 L’Education Non Formelle (ENF), ou école de la « deuxième chance », a été mise en place dès 1997 à destination des enfants non scolarisés et déscolarisés, âgés de 8 à 16 ans. Ce programme vise à réinsérerces jeunes dans l’école initiale après une remise à niveau.

La Formation Professionnelle 18 La principale mission de la Formation Professionnelle consiste à répondre aux besoins des processus de développement social et économique, à travers la qualification des jeunes qui s’orientent, après le cycle obligatoire, vers la Formation Professionnelle, ou qui décrochent ou sont exclus de l’école durant ce cycle, en leur permettant d’acquérir des qualifications opérationnelles, et de s’insérer rapidement dans la vie active.

Intervenants

Cause traitée / Finalité

Programme / Politiques de lutte contre les causes de l’abandon scolaire

NA

La capacité d’accueil du système de Formation Professionnelle est insuffisante pour offrir à la majorité des sortants au niveau post-obligatoire, une voie de formation complémentaire pouvant les amener vers une certification professionnelle.

En 2012, le dispositif n’a pu couvrir que 10% du cumul des jeunes concernés. En 2012, environ 42% des inscrits en éducation non formelle ont réussi à réintégrer effectivement les cycles de l’Education Nationale ou de la Formation Professionnelle.

Effectifs concernés


Partie 2 : Le Soutien scolaire, contexte et acteurs


La partie précédente le met clairement en évidence, de multiples programmes sont mis en place pour répondre aux différentes causes à l’origine de l’abandon scolaire. Dans ce premier dossier thématique, nous avons choisi de traiter d’un programme qui nous paraît majeur dans la lutte contre le décrochage scolaire : le soutien scolaire, qui est destiné à donner une deuxième chance aux élèves pour combler les multiples lacunes accumulées en classe et à leur permettre de ne pas être accablés par un sentiment de découragement qui les pousse directement vers la porte de sortie, une sortie définitive aux conséquences désastreuses pour leur épanouissement et leur avenir !

I. Etat des lieux : Le faible niveau scolaire des élèves Durant la dernière décennie, le Maroc a réalisé des résultats très significatifs au niveau de la généralisation de la scolarisation dépassant les 97% au niveau primaire. Cependant, les résultats en termes d’apprentissage restent en dessous des attentes et même des réalisations d’autres pays similaires. En 2011, l’enquête internationale pour l’évaluation des élèves ‘Progress in International Reading Literacy Study’ (PIRLS) révélait que les élèves marocains du 4ème niveau étaient en queue du classement des 48 pays participants, avec le plus bas score (310 alors que le score médian était de 500)19. Selon le dernier rapport de l’UNESCO sur « l’état de l’éducation dans le monde » (2013-2014), seulement 35% des enfants de 4ème année au Maroc acquièrent la norme minimale d’apprentissage en lecture20.

1.1.1 Selon les niveaux scolaires Malgré une grande hétérogénéité selon les niveaux, les acquis scolaires des élèves sont globalement caractérisés par la faiblesse des résultats21. Ceci dit les études d’évaluation révèlent une « légère augmentation en termes d'acquis scolaires dans les années terminales de l'enseignement de base obligatoire par rapport aux années intermédiaires».

1.1.2 Selon les matières • Les matières scientifiques : Les enquêtes internationales TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study) et PIRLS (Progress in International Reading Literacy Study) définissent une échelle de compétences composée de 4 niveaux : le premier dit « niveau inférieur » correspond à un score global supérieur ou égal à 400, le dernier appelé « niveau supérieur » concerne les scores supérieurs ou égaux à 625. La répartition des performances des élèves marocains en mathématiques et sciences sur cette échelle montre que la majorité d’entre eux n’atteint pas le niveau inférieur22. Toujours selon ces enquêtes internationales (2011), le Maroc est l’un des pays où la proportion des élèves ne maîtrisant pas les compétences de base en mathématiques et en sciences est la plus élevée. Les résultats du Programme national d’évaluation des acquis des élèves (PNEA), mené en 2016, font été d’une légère amélioration au niveau des matières scientifiques et mathématiques.

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Rapport PIRLS 2011 UNESCO Rapport sur l’Etat de l’Education dans le Monde - 2013/2014 Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique – Programme National d’Evaluation des Acquis 2008 22 Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique – Rapport Analytique - la mise en oeuvre de la Charte Nationale d’éducation et de formation 2000-2013 : Acquis, déficits et défis –Décembre 2014 20 21

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• Les langues L’enquête PNEA 2016 confirme les constats de PIRLS 2011 qui avait révélé que : seuls 21% des élèves de 4e année du primaire et 61% de la 6e année du primaire atteignaient un score supérieur au minimum requis de 400 points en langue arabe. D’ailleurs, le Maroc occupait la dernière place parmi les 48 pays prenant part au classement de l’enquête PIRLS 2011 relative à la non-maitrise des compétences de base en lecture en langue arabe.

1.1.3 Selon le genre Le Rapport du PNEA 2008 révèle que « les niveaux des acquis scolaires réalisés par les filles en langues arabe et française sont meilleurs que ceux des garçons, et ceci à tous les niveaux d’enseignement. » Pour les autres matières (mathématiques et sciences) aucune disparité significative entre filles et garçons dans les différents niveaux d'enseignement n’a été signalée. Ceci a été confirmé par l'étude internationale TIMSS 2007 qui « n'a montré aucune différenciation significative entre les niveaux des acquis scolaires en mathématiques, entre les deux sexes » contrairement à celle de 2003 qui avait indiqué une différence avantageuse pour les garçons.

1.1.4 Selon le milieu (urbain/rural) Sans grande surprise, le PNEA révèle de grandes disparités entre les élèves appartenant au milieu rural et leurs collègues appartenant au milieu urbain. Les résultats des premiers sont en dessous des seconds dans toutes les matières et niveaux d'enseignement. Ces différences sont plus flagrantes dans l'enseignement primaire, surtout en langue française.

1.1.5 Selon le type d’enseignement (public/privé) Les disparités enregistrées entre les élèves de l’enseignement privé et ceux de l’enseignement public sont importantes. Les scores des élèves de ces derniers sont inférieurs à la moyenne, comme c’est le cas pour les mathématiques en 3ème année du collège, mais surtout en langues et en français. Ceci s’explique notamment par l’importance accordée à la langue française dans les établissements privés où elle est enseignée dès la première année du primaire et utilisée comme langue d’enseignement.

II. Conséquences et Enjeux : Le manque de qualité du système éducatif marocain est désormais un constat partagé par tous les acteurs du secteur et ses parties prenantes. Il se traduit par plusieurs phénomènes aussi préoccupants les uns que les autres : - L’abandon scolaire : le faible niveau des élèves entraîne des redoublements ou des passages automatiques d’un niveau à un autre qui creusent encore plus le gap en termes d’apprentissage. Ainsi, les élèves en difficulté cumulent les frustrations avec les mauvais résultats et finissent par déserter l’école. Les sortants, surtout ceux ayant quitté l’école avant la 4ème année, retombent dans l’analphabétisme et la vulnérabilité sociale et économique qui l’accompagne.

19


- Le nivellement par le bas : le cumul des retards d’apprentissage et les lacunes au niveau des compétences de base censées constituer le socle indispensable pour la construction intellectuelle des élèves rend très difficile la poursuite de leur apprentissage. Ce ‘faux départ’ scolaire est difficile à rattraper et peut hypothéquer leur avenir en entravant leur possibilité d’évolution durant leurs études ou même dans le milieu professionnel. - La remise en cause de l’utilité de l’école : Les promesses de transmission de savoirs, d’ascension sociale, de renforcement de compétences, d’épanouissement personnel, ne sont pas toujours tenues et la confiance est ainsi rompue entre l’école et ses élèves, l’école et les parents et même l’école et ses propres enseignants ! Cette situation crée un malaise généralisé qui dépasse les murs de l’institution et atteint toute la société … - La remise en cause du principe de l’égalité des chances au sein de l’Ecole marocaine : ce faible rendement de l’école creuse encore plus les inégalités. Seuls les élèves en difficulté ayant des parents instruits et impliqués dans leur éducation, et qui peuvent se permettre de financer l’accès à des systèmes alternatifs de soutien scolaire ont une chance de dépasser leurs difficultés ou de rattraper leurs retards. Les autres sont prédestinés à venir gonfler les rangs des décrocheurs qui,dans bien des cas, retombent dans l’analphabétisme (surtout dans les cas de décrochage scolaire précoce intervenant dans les premières années du primaire).

III- Cadre de référence national et acteurs de mise en œuvre 2.1. Le cadre de référence national 2.1.1 La Charte Nationale de l’Education et de la Formation (CNEF) Comme indiqué plus haut (voir Première partie - Chapitre I : Contexte et situation actuelle – Au niveau national), la Charte Nationale de l’Education et de la Formation adoptée en 1999 a été élaborée selon une approche consensuelle et participative impliquant toutes les parties prenantes des secteurs concernés. Elle a été pensée en réponse à la crise qu’a connue le système éducatif à la fin des années 1990 pour proposer une réforme globale de l’école marocaine. Bien que n’abordant pas la question du soutien scolaire dans les détails, la Charte a mentionné au niveau du levier 7 de l’Espace III (Amélioration de la qualité de l’Education et de la Formation) la nécessité de «réviser et adapter les programmes et les méthodes, les manuels scolaires-et les supports didactiques». Une des mesures préconisée dans ce cadre est d’ «établir une répartition de l'ensemble des cours, unités de formation ou modules en trois volets complémentaires un volet de 15 % du temps de formation environ est réservé « soit à des heures de soutien pédagogique aux apprenants qui en ont besoin, soit à des activités complémentaires parascolaires et d'ouverture pour les apprenants qui n'ont pas besoin de soutien pédagogique.»23 Ceci confirme l’importance de la prévention pour lutter contre les retards et décrochages scolaires et son rôle dans l’amélioration du système éducatif dans sa globalité. La charte prévoit donc que cette prévention se fasse dans le cadre du programme officiel en consacrant 15% du temps des cours au soutien scolaire ou pédagogique et aux activités parascolaires.

23

Ministère de l’Education Nationale – Charte Nationale de l’Education et de la Formation 1999

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2.1.2 Programme d’Urgence Le programme d’urgence (2009-2012), aussi appelé Programme Najah, peut être considéré comme le plan d’action opérationnel visant à concrétiser et accélérer la mise en œuvre de la Charte. Il consacre une partie à « la lutte contre le redoublement et le décrochage scolaire » (Espace 1 – Projet 5). Dans ce cadre, il se fixe comme objectifs : - D’atteindre en 2014-2015, un taux d’achèvement du primaire de 90% sans redoublement, pour les enfants de la cohorte 2009-2010 ; - D’atteindre en 2017-2018, un taux d’achèvement du collège de 80% pour les élèves de la cohorte 2009-2010. Pour cela, le Programme Najah propose 2 axes d’intervention : 1. Le suivi personnalisé des élèves pour permettre de détecter les élèves en difficulté scolaire et d’apporter des solutions, avant que l’enfant ne se retrouve en situation d’échec complet et de décrochage. Ce dispositif sera organisé autour de trois acteurs clés : les enseignants, les conseillers d’orientation et le conseil de classe. 2. Le soutien aux élèves en difficulté (primaire et secondaire) pour accompagner les élèves en difficulté scolaire et les aider à se mettre à niveau. Pour s’assurer de l’effectivité de ce dispositif, le programme propose d’ « institutionnaliser » le soutien scolaire en l’intégrant dans le service hebdomadaire des enseignants. Le programme prévoit aussi la création d’une commission de « déontologie » dans chaque Académie pour veiller à ce que les enseignants respectent l’interdiction formelle de dispenser des cours particuliers à leurs propres élèves et pour recueillir et instruire les plaintes des parents d’élèves sur d’éventuels abus dans ce domaine. Le programme et ses objectifs reflètent l’importance de la mise en place d’un dispositif de soutien scolaire ‘institutionnalisé’. Malheureusement ces mesures n’ont pas été appliquées de manière homogène et efficace sur le terrain. 2.1.3 Vision stratégique 2015-2030 du Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique (CSEFRS) Le Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique (CSEFRS) a été créé en mai 2014 en remplacement du Conseil Supérieur de l’Enseignement mis en place en 2006. Il s’agit d’une « instance consultative indépendante (…) qui a pour vocation de servir de creuset à la réflexion stratégique sur les questions de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique et d’espace pluriel de débat et de coordination sur toutes les questions intéressant l’éducation, la formation et la recherche scientifique.»24 Pour cela, le CSEFRS réalise régulièrement des évaluations quantitatives et qualitatives sur les différents aspects du système d’éducation et de formation. Récemment, en octobre 2015, le CSEFRS a proposé une vision stratégique de la réforme éducative articulée autour de 23 leviers. Le soutien scolaire est abordé dans le levier 7 : Mettre en place une École performante et attractive. Ce levier se traduit par la capacité de l’école à « mettre les apprenants, notamment ceux de l’enseignement obligatoire, dans des conditions d’éveil et

24

Voir ‘Présentation du conseil’ sur le site http://www.csefrs.ma/

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d’apprentissage, leur donner envie de rester à l’École et les protéger des risques de décrochage et de déperdition scolaires ». Parmi les actions préconisées dans ce sens, le soutien scolaire arrive en tête.

2.2. Les acteurs de mise en œuvre 2.2.1 Le Ministère de l’Education Nationale, de la Formation Professionnelle et de la Recherche Scientifique (MEN) Principal concerné par la problématique, le MEN et ses différentes instances (Direction centrale, académies régionales, délégations et écoles) en sont bien sûr les acteurs incontournables. En Mars 1998, le Ministère a élaboré la circulaire 138 concernant la gestion des cours de soutien scolaire. Ces cours y sont classés en 3 catégories : - Le soutien pédagogique intégré : C’est ce qu’on appelle le contrôle continu, qui est une forme d’évaluation formative qui permet d’identifier les difficultés des apprenants dans l’apprentissage de la matière en question afin d’y remédier. - Le soutien scolaire institutionnel, « qui consiste à former des groupes d’élèves par type de difficulté et sont confiés à des profs spécialisés. Ce type de soutien doit avoir lieu dans l’établissement lui-même, en dehors des heures de cours et gratuitement » - Le soutien pédagogique externe « confié à des associations ou autres ONG. Cela se passe au sein même de l’établissement mais en dehors de l’horaire normal des cours.»25 Cette circulaire n’a pas été appliquée et à l’heure actuelle, hormis quelques initiatives et projets pilotes au niveau régional le soutien scolaire est pratiqué sur une base volontariste à l’impulsion des directeurs des écoles ou de quelques enseignants. Généralement, cela se fait dans le cadre de projets d’établissement ou, dans certains cas, d’initiatives personnelles et bénévoles avec un soutien plus ou moins exprimé par les instances concernées (délégations, AREF…). Cependant la volonté du MEN de développer ce programme est clairement exprimée à travers ses différentes publications et études. 2.2.2 Les parents et tuteurs des élèves Pour l’école, les parents et tuteurs d’élèves sont un partenaire incontournable. Leur participation à la vie scolaire est un droit, mais elle est également un devoir. Selon la CNEF, ils ont « le devoir d’aide et de participation à la gestion et à l’évaluation ». Cette participation est concrétisée à travers les associations des parents et tuteurs d’élèves (APTE) qui se sont développées et sont présentes dans les établissements scolaires : 81% des écoles primaires, 94% des collèges sont dotés d’une association de parents et tuteurs d’élèves. L’APTE peut porter un regard et intervenir dans la gestion pédagogique et financière de l’établissement scolaire. Sa mission principale est de « Protéger et promouvoir les droits des enfants scolarisés ou en âge de l’être, notamment leur droit à une éducation démocratique et de qualité.»26. L’organisation de cours de soutien scolaire fait donc partie de ses actions pour appuyer les élèves en difficulté.

25 26

L’Opinon, « Les cours de soutien : Un dopage inutile contre les droits de l’enfant » - Septembre 2006 Site internet de la Fédération Nationale des Associations des Parents d’Elèves au Maroc www.fnapem.com

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2.2.3 Les acteurs associatifs Citées comme partenaires de taille au niveau de la Charte et comme acteurs pédagogiques par la Circulaire 138 relative au soutien scolaire, les associations jouent un rôle important dans la mise en œuvre et le suivi d’activités de soutien scolaire. Les programmes proposés différent en termes de contenus (aide aux devoirs, révision, renforcement), de lieu d’intervention (à l’intérieur ou à l’extérieur de l’établissement), d’approches (programmes intégrés ou activités complémentaires), de cibles (niveaux scolaires, situation sociale), de moyens mis en œuvre… mais tendent tous à contribuer à l’amélioration du rendement scolaire des élèves. Dans le cadre de la partie III de ce dossier, certaines « meilleures pratiques » du secteur seront analysées pour faire ressortir les différents modèles qui existent et fonctionnent sur le terrain et mieux comprendre leurs logiques d’intervention et leurs modalités de fonctionnement … 2.2.4 Le secteur privé La dégradation de l’enseignement public a créé un véritable business autour de la pratique du soutien scolaire. « Cette activité est pratiquée soit par des petites entreprises spécialisées, plus ou moins organisées, soit par des professeurs du privé ou du public, à titre personnel.»27 En réalité, l’offre ne s’adresse pas uniquement aux élèves de l’enseignement public. Certes les lacunes de ces derniers justifient le recours à ces cours particuliers souvent intensifs mais leurs homologues du privé ne sont pas en reste ! Les exigences des grandes écoles imposent la recherche de l’excellence et donc les meilleures mentions. Les entreprises l’ont vite compris et font tout pour exploiter ce nouveau filon. Des sites internet spécialisés ont même vu le jour récemment. Les nouvelles technologies sont d’ailleurs largement mises à contribution28. La nouvelle tendance est aux plateformes de E-learning, financées par des annonceurs et des partenaires, proposant gratuitement des cours sous forme de vidéos ou des classes virtuelles.

27 28

L’Economiste, « Le Soutien scolaire : une affaire de gros sous ? » - 24/03/2009 L’Economiste, « stratégie/cours particuliers un business difficile à contrôler » - 03/02/2015

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Partie 3 :

Pratiques associatives


Pour compléter ce Dossier Thématique dédié à l’abandon scolaire et au soutien scolaire comme moyen de remédiation, il était important de se pencher sur l’expérience associative dans ce domaine particulier. Nous avons ainsi constitué un panel d’associations composé de (par ordre alphabétique) : l’association Al Jisr, l’association Initiative Urbaine, la Fondation Sanady et la Fondation Zakoura Education. Le choix de ces associations s’est fait sur la base de l’importance accordée au soutien scolaire dans leurs programmations, de l’expérience acquise dans ce domaine, de l’originalité et diversité de leurs approches et bien sûr de leur volonté de partager leurs savoirs, pratiques, leçons apprises… Grâce au travail fait auprès des panelistes (focus group, entretiens...), nous avons tenté de collecter des informations concernant les composantes de leurs programmes de soutien scolaire et d'explorer avec eux les différentes possibilités et variantes pour chaque composante. Cette partie tente donc d’apporter quelques éléments de réponses à des questions incontournables pour toutes les associations souhaitant mettre en place un programme de soutien scolaire cohérent : -

Comment identifier/définir l'objectif du programme à mettre en place ? Quelle en est la cible ? Quel type de programme peut leur permettre d'atteindre cet objectif ? Pour quel "modèle de programme" opter ? Quel modèle de financement adopter?

I. Objectifs généraux Pour comprendre les motivations réelles des associations intervenant dans le domaine et les traduire en suite en activités cohérentes et efficaces, il est important de déterminer l’objectif général poursuivi par le programme mis en place. Les échanges ont permis de préciser que l’expression soutien scolaire englobe différentes activités et approches car elle suppose une adaptation continue aux besoins de l’élève qui sont évolutifs et peuvent passer de la remédiation au bachotage en passant par l’aide aux devoirs selon le niveau, la période de l’année, l’avancement du programme … Il a également été soulevé qu’il serait même plus judicieux de parler de soutien éducatif plutôt que de soutien scolaire puisque souvent les programmes couvrent des aspects extra-scolaires (orientation, implication des familles, développement personnel de l’enfant, sorties, animations…) qui sont intégrés comme composantes essentielles du programme. Malgré la complexité de classer les programmes selon leur objectif principal, les discussions ont permis de définir six catégories : 1. Remédiation : combler les lacunes des élèves antérieures à l’année en cours avec un programme spécifique élaboré en fonction du niveau des élèves (sur mesure) 2. Révision : réviser, compléter, refaire les leçons du programmes de l’année en cours 3. Renforcement : utiliser des techniques et méthodes nouvelles ou différentes pour ancrer certains apprentissage (exemple : le théâtre ou les ateliers de lecture pour l’expression orale en français ou encore le calcul mental pour la multiplication / addition / soustraction) 4. Aide aux devoirs : Aider à réaliser les exercices donnés aux élèves à titre de ‘devoirs’ à faire à la maison 5. « Bachotage » : Préparer les élèves à un test de passage / concours … 6. Mix de programmes : une combinaison d’au moins 2 des catégories précitées

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Positionnement des panelistes :

Organisation

Pogramme (primaire)

Al Jisr

Mix de programmes : Révision + Renforcement

Initiative Urbaine

Remédiation (nouveaux inscrits) Bachotage (élèves en fin de cycle) + Renforcement (calcul mental) + aide aux devoirs

Fondation Zakoura Education

Remédiation

Fondation Sanady

Mix de programmes : révision + remédiation + renforcement

Dans le souci d’orienter au mieux les associations souhaitant lancer un programme de soutien scolaire, nous avons tenté, avec l’aide et le retour d’expérience de nos panelistes, d’analyser les différentes catégories de programmes (avantages/inconvénients). En effet, en plus de certains éléments communs à tous les types de programmes de soutien scolaire, notamment : - l’utilité et la pertinence de ces programmes pour faire face au faible niveau de l’école publique marocaine, - la demande importante et le nombre de places généralement insuffisant, - la difficulté de trouver des intervenants compétents, - la difficulté de l’évaluation de l’impact réel de ces programmes sur le niveau de l’élève, - le maintien de l’engagement et de la motivation de l’élève, conditions indispensables pour la réussite de tels programmes,… Certains aspects spécifiques à tel ou tel programme ont été soulignés :

Programme de Remédiation Avantages • Construction d’un socle solide à partir duquel l’élève peut construire un savoir, poursuivre son apprentissage (impact durable) • Homogénéité des groupes en termes de niveau réel • Programme inclusif, ouvert à tous (dans la limite des places disponibles) • Programme facile à généraliser parce que centré sur l’acquisition des compétences de base

Inconvénients • Programme plus complexe parce qu’il nécessite des outils et un programme pédagogiques sur mesure • Difficulté de diagnostiquer le niveau réel des élèves à l’inscription (FZE : test de positionnement) • Demande > Places disponibles • Confusion de l’élève : le programme suivi est différent du programme ‘officiel’ (retour à des apprentissages antérieurs pour une meilleure acquisition) • Impact à moyen terme et non court terme donc nécessité d’un accompagnement plus long pour apprécier le résultat • Difficulté de l’évaluation • Hétérogénéité des classes en termes de niveaux scolaires • Engagement/motivation des enfants

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Programme de Remédiation Avantages

Inconvénients • Attitude des Parents et instituteurs : elle peut constituer un frein si leur perception de l’action est floue ou s’ils sentent une remise en question de leur travail (directeur et équipe pédagogique de l’école) ou si leurs attentes du programme sont différentes (révision/remédiation)

Programmes de Révision Avantages • Plus facile à mettre en place (on suit le programme officiel) • Plus facile de mesurer l’impact = différence entre moyenne de début et fin d’année (progression) • Plus rassurant pour les parents et les élèves : le programme scolaire est traité et suivi

Inconvénients • Certains enfants sont laissés pour compte car niveau trop faible et n’ont pas bénéficié de remédiation • Risque de refaire l’école après l’école en colmatant les brèches d’où nécessité de changer / enrichir les méthodes d’apprentissage

Programmes d’Aide aux devoirs Avantages

Inconvénients

• Réponse à un besoin de l’élève et de son • Passivité des élèves environnement familial (surtout dans les cas de • Absence d’apprentissage réel (d’où la nécessité de faire faire, impliquer les élèves notamment à parents ayant un faible niveau d’éducation) travers la résolution collective des exercices) • Lourd à gérer dans des classes hétérogènes

Programmes d’Aide aux devoirs Avantages • Réponse à un besoin de l’élève et de son environnement familial • Accompagnement durant des périodes critiques et décisives (passage au collège, normalisé…)

Inconvénients • Temps insuffisant pour combler réellement les lacunes • L’intervention peut être inutile parce que trop tardive (lacunes trop importantes) • Préparation mais pas forcément apprentissage (approche court-termiste)

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II. Différents Modèles Vu l’importance des intervenants (instituteurs, animateurs…) qui constituent la colonne vertébrale de tout programme éducatif, les modèles des programmes de soutien scolaire sont définis en fonction des profils de ces intervenants. Le choix des panelistes a d’ailleurs été fait de sorte à refléter la diversité de ces modèles : 1- Le modèle fondé sur les instituteurs : Certaines associations comme la Fondation Sanady ont opté pour le choix des instituteurs des écoles publiques comme intervenants de leur programme de soutien scolaire. Ce choix a été dicté par leur volonté de renforcer l’école à travers la formation des instituteurs et d’assurer ainsi une pérennisation de l’action. Il présente l’avantage de bénéficier de la formation initiale des instituteurs, de couvrir toutes les matières, de s’assurer un ancrage institutionnel plus fort et de garantir un impact positif et durable sur toute l’école (sous réserve de l’implication, l’efficacité et la motivation de l’instituteur). Par contre, en plus d’être onéreux – concurrence du privé oblige - et peu disponibles, les instituteurs peuvent faire preuve d’une grande résistance au changement par rapport à de nouvelles postures pédagogiques et leur formation initiale peut se révéler être un handicap en cas de manque d’ouverture, de remise en question et de flexibilité… A signaler que pour son intervention à Safi, la Fondation Sanady a dû recourir au recrutement d’animateurs à cause de la faible disponibilité des instituteurs dans la région d’intervention. 2- Le modèle fondé sur les bénévoles : L’association Al Jisr a construit son modèle autour de sa mission (mobiliser les ressources des entreprises en faveur de l’école publique) et fait donc appel à des bénévoles, salariés d’entreprises partenaires pour animer des séances de soutien scolaire sur leur temps de travail moyennant un accompagnement (coaching /formation) assuré par l’association. Bénévoles, ces personnes ne perçoivent donc aucune rémunération de la part de l’association. Des profils variés et avec des compétences personnelles et professionnelles diverses, ces bénévoles injectent du sang nouveau dans l’école publique et peuvent par leur parcours inspirer les élèves. Le manque d’expérience, de compétences pédagogiques et de connaissances du programme et la disponibilité limitée (2h/semaine), sont les principaux inconvénients de ce modèle en plus de l’absence de garantie de la continuité de l’engagement. Ce modèle nécessité un dispositif de formation, d’encadrement et de suivi assez lourd et une mobilisation importante des ressources internes. Depuis peu, AJ s’est également tournée vers les étudiants bénévoles plus nombreux et plus disponibles (pilote en cours). 3- Le modèle fondé sur les animateurs : forte de son expérience dans le domaine de l’Education Non Formelle et compte-tenu des contraintes liées à l’éloignement des zones d’intervention, la Fondation Zakoura Education a capitalisé sur son modèle basé sur le recrutement de diplômés chômeurs des régions d’intervention. Ce modèle lui permet d’avoir un contrôle et une maitrise du travail de ses salariés, de renforcer l’employabilité de jeunes chômeurs, de garantir des profils motivés, disponibles et frais à un coût maitrisé. Par contre, les ressources sont volatiles (taux de déperdition important), faiblement qualifiées et peu/pas expérimentées. Pour le cas de l’association Initiative Urbaine qui a opté pour un modèle d’animateurs-vacataires et non pas salariés, essentiellement étudiants ou chercheurs, elle déplore la concurrence du privé qui tire les rémunérations vers le haut et oblige l’association à s’aligner ou à prendre le risque de perdre ses animateurs qu’elle a longuement accompagnés et formés. Il ne s’agit pas là d’un recensement exhaustif, d’autres modèles peuvent exister. Il est aussi à noter qu’il ne s’agit pas de modèles exclusifs. Certaines associations peuvent opter pour des modèles hybrides (comme par exemple la Fondation Sanady instituteurs/animateurs) pour faire face à des contraintes particulières ou pour des besoins de diversifications ou d’adaptation à des contextes différents.

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Globalement et quelque soit le modèle retenu, le recrutement, l’accompagnement et la formation (initiale, continue) des intervenants sont au cœur de tout programme de soutien scolaire qui repose essentiellement sur les qualités pédagogiques et compétences humaines de ses intervenants.

III. Cible Un autre élément important à analyser pour construire un programme pertinent : la cible. Il est bien entendu que tous les programmes de soutien scolaire sont destinés aux élèves. Dans le cas des programmes gérés par les associations, on cible généralement les élèves des écoles publiques. Il s’agit donc de définir les matières et les niveaux scolaires d’intervention. Nous rappelons que, comme mentionné en première partie, ce dossier est dédié au cycle primaire. Au niveau des matières enseignées durant le cycle primaire, elles sont au nombre de 3 : - L’arabe - Le français : à partir de la 3ème AP - Les mathématiques en arabe Pour ce qui est des niveaux scolaires, le cycle primaire est constitué de 6 années (8 si on inclut 2 années de préscolaire non encore généralisé). La structure du programme officiel du MEN pour le primaire se présente comme suit : - Le préscolaire et les 1ère et 2ème AP constituent le cycle des apprentissages de base. - Soulignons ici que le programme officiel est construit sur la base des acquis d’un préscolaire généralisé dans le public or nous savons que moins de 50% des enfants sont inscrits au préscolaire et ceux qui le sont ne suivent pas forcément un programme adapté, les préparant au cycle primaire… - De la 3ème à la 6ème AP, il s’agit du cycle de l’approfondissement Bien qu’il n’existe pas d’année ‘idéale’ pour lancer un programme de soutien scolaire, l’analyse des préconisations et des informations remontées par les panelistes permet de faire ressortir certaines indications importantes à prendre en considération pour le choix du niveau scolaire d’intervention. En effet, il apparaît que prendre en charge les élèves dès la 2 AP dans le cadre d’un programme de soutien scolaire permettrait d’accompagner l’acquisition des compétences de base et de rattraper plus facilement les retards éventuels. D’un autre côté cela peut paraître trop précoce et contribuer à renforcer une sorte d’assistanat éducatif dans lequel l’élève est placé dès les premières classes. La 3 AP correspond au début du cycle d’approfondissement mais aussi à la première année d’apprentissage du français et constitue ainsi une année importante dans le cycle primaire. La 6 AP et donc la dernière année du cycle est une année de préparation au passage au collège. L’examen normalisé est donc une étape très importante dans la scolarité des élèves qui peut se révéler être un obstacle nécessitant un accompagnement et une prise en charge particulière. L’expérience terrain a cependant démontré qu’il était très difficile de démarrer le programme en 6AP car le cumul des lacunes peut entraver l’apprentissage. Dans les meilleurs des cas, un bon programme de bachotage peut permettre le passage mais sans apprentissages durables.

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Pour nos panelistes, le choix des matières et niveaux d’intervention est donc venu en réponse à un positionnement précis, une vision stratégique, des contraintes… et en cohérence avec leurs objectifs généraux : Organisation

Matières / justification

Niveaux / justification

Français + Mathématiques + Arabe Suite à un diagnostic terrain et selon les compétences des bénévoles.

3 et 4 AP Les élèves ont déjà acquis des compétences de base + sur recommandation de la fondation Sanady

Français + Mathématiques + arabe (uniquement en été) + Calcul mental Selon la demande

2, 3, 4, 5, 6 AP Selon leur expérience : Plus tôt l’élève est pris en charge et plus la durée de l’accompagnement est longue, meilleurs sont les résultats … 3, 4, 5, 6 AP pour accompagner le cycle d’approfondissement

Fondation Sanady

Français + Mathématiques + activités ludiques/artistiques en français Au départ Arabe/Fr/ Math mais suite aux constats du terrain et aux préconisations du MEN : trop gros déficit en Fr et donc suppression de l’arabe au profit du renforcement du français

Fondation Zakoura Education

Français + Mathématiques + arabe + parascolaire Sur la base de diagnostic- terrain qui définit également l’enveloppe horaire de l’intervention

2, 3, 4 AP Construction des compétences de base

Al Jisr

Initiative Urbaine

Les préconisations des associations ayant une expérience dans le domaine convergent vers l’année 2 ou 3 AP pour avoir un impact réel et durable sur le niveau d’acquisition et d’apprentissage des élèves. Pour le choix des matières, il est important de faire un diagnostic de la situation dans la zone d’intervention et d’analyser les données et informations du terrain d’une part, mais aussi les moyens que l’association peut mobiliser dans le cadre du programme (profil et compétences des intervenants).

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IV. Financement La question du financement est cruciale pour la mise en place de tout programme associatif. Plusieurs sources de financement peuvent être envisagées. L’analyse des programmes de nos panelistes nous offre un éclairage intéressant.

Organisation

Sources de financement

Al Jisr

• Partenaires – Entreprises privées dans le cadre du programme Parrainage

Initiative Urbaine

• Fondation Mohammed VI (local) • Cotisations (Entreprise socioéducative)

Fondation Sanady

• Partenaires – Entreprises privées pour faire bénéficier les enfants de leurs employés • Bailleurs de fonds

Fondation Zakoura

• Bailleurs de fonds

Vu la nature socio-éducative des programmes de Soutien Scolaire, leur durée dans le temps est une condition importante pour atteindre les résultats attendus. Ceux-ci nécessitent donc un soutien financier plus ou moins important et durable. La diversification des sources de financement permet de réduire la dépendance vis-à-vis d’un partenaire unique mais nécessite des efforts et des moyens de levée de fonds conséquents. Les systèmes hybrides (autofinancement via des cotisations complété par un apport extérieur) peuvent être considérés comme une réponse à la difficulté d’obtenir des subventions (cas d’Initiative Urbaine), mais étant donné la vulnérabilité des catégories ciblées, l’autofinancement via des cotisations n’est pas toujours possible.

V. Focus Pour zoomer un peu plus sur les programmes et leurs différentes composantes, trois responsables des associations panelistes ont répondu favorablement à nos demandes d’entretien. Vous trouverez ci-dessous une synthèse de leurs réponses à nos questions concernant : 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8.

La cible du programme L’effectif du programme Le choix des intervenants Le lieu de l’intervention Les périodes, horaires et durées des programmes L’équipement, matériel et fournitures La place du programme au sein de la structure Les programmes complémentaires

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Quelles sont les modalités ?

Qui intervient dans la sélection ?

Quels sont les critères retenus ?

Le Superviseur et l’animateur.

- Phase 1 : sensibiliser l’école et les parents à la démarche - Phase 2 : fixer le planning (emploi du temps) pour 3 séances par semaine - Phase 3 : organiser le test de positionnement en impliquant l’école (Directeur et instituteurs) - Phase 4 : Correction des tests par l’animateur + révision du superviseur - Phase 5 : répartir les élèves selon les besoins et niveaux réels et nombre de places disponibles - Phase 6 : Analyser les résultats pour élaborer le plan macro (difficultés par rapport aux compétences de base / lacunes communes) puis le plan micro pour 2 mois

L’entreprise partenaire transmet la liste des enfants ciblés à FS.

Inscription des élèves dans les centres les plus proches de leurs habitations.

- Une partie administrative : accueil, fiche, reçu, date du test, affichage des résultats, … - Une partie pédagogique : test de niveau en français, correction, lecture, …

Pour les élèves de 2 à 4 AP français : - Test collectif de niveau en français - Correction du test par le prof en charge puis confirmation par le prof du niveau concerné Pour les élèves de 5 et 6 AP français : - Test spécifique / programme de rattrapage et bachotage Pour les mathématiques, pas de test (révision avec des séances de remédiation si nécessaire) Séances de calcul mental : sans test et mix d’âges et de niveaux

NB : Le manque de discipline peut justifier un renvoi.

Diagnostic sur la base de leurs bulletins pour constituer des groupes homogènes.

La sélection selon les critères ci-dessous : Critères communs à l’ensemble des programmes de soutien scolaire : - Niveau scolaire (2,3 et 4 AP) - Difficultés d’apprentissage Critères spécifiques à chaque programme : Conditions propres au projet (fixées par le bailleur de fonds, partenaire, etc.), région d’intervention, etc.

Selon le modèle de la Fondation Sanady (FS), l’entreprise prend en charge le Soutien Scolaire des enfants des ouvriers employés par les partenaires de FS (essentiellement des entreprises industrielles). Les critères retenus sont : la proximité géographique du centre + le niveau scolaire (3 à 6 AP).

Critère unique : niveau scolaire de la 2 à la 6 AP

1. Cible du programme

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Les classes sont constituées d’élèves de niveaux hétérogènes. Il est donc difficile de leur proposer des contenus adaptés au niveau de tous.

Préconisation : - Se positionner clairement dès le lancement sur les critères de sélection : le niveau (ouvert à tous ou des difficultés particulières), le cycle, la filière…

Les parents perçoivent mal que =leurs enfants soient affectés à des niveaux ‘moins avancés. Les profs cherchent à maximiser Inconvénients / leurs effectifs pour augmenter limites leur rémunération (voir Statut des intervenants).

Préconisation : - Organiser un test collectif de sélection au lieu d’un test individuel qui déstabilise l’élève Leçons et biaise les résultats apprises / - Prévoir l’accompagnement Préconisations d’un prof lors des tests collectifs pour rassurer et répondre aux questions.

Avantages / Points forts

Les modalités de ciblage pemettent de refléter la diversité réelle des niveaux des élèves et donc de les amener à s’y adapter.

Les tests permettent de classer les élèves selon leur niveau réel ce qui permet d’avoir desclasses plus homogènes.

Préconisation : - S’entretenir avec l’instituteur pour compléter l’évaluation de l’élève.

Leçons apprises : - Pour éviter les perturbations, l’animateur veille à ne pas ‘déclarer’ l’écart entre le niveau réel et le niveau scolaire officiel - Même incomplet, le test de positionnement est important pour la suite du programme

Le test de positionnement n’est pas suffisant pour évaluer réellement l’élève car il ne tient pas compte de tous les aspects de la vie de l’élève. L’écart entre le niveau scolaire et le niveau réel est souvent très important.

La démarche décrite est structurée, expérimentée, testée maitrisée et efficace L’implication des parties prenantes en amont et durant toute l’intervention est assurée.

1. Cible du programme

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L’espace est insuffisant par rapport à la demande.

*Modèle payant pour IU

Plus l’effectif est important, plus il y a d’impact mais plus difficile est le suivi

L’espace ne permet pas de répondre à la demande.

Les effectifs sont gérables. L’encadrement est conforme aux normes internationales.

2015/2016 : 885 2014/2015 : 1683

2014/2015 : 2 829 (selon RA 2015)

2015-2016 : 274 (4 gratuités)* 2014-2015 : 209 (17 gratuités)*

Leçon apprise : Préconisations L’effectif maximum dépend de la qualité d’encadrement du / Leçons apprises professeur.

Inconvénients / limites

Avantages / Points forts

Combien d’élèves ont bénéficié de votre programme ces 2 dernières années ?

Quelle est la taille moyenne d’un groupe/ classe ?

Moyenne : 15 (exceptionnellement 20)

Minimum : 12 Maximum : 35

2. Effectif du programme

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Instituteurs Animateurs Instituteurs des écoles Animateurs, Bac+2 au moins

Animateurs vacataires.

Minimum Bac (primaire)

Quel est le statut des intervenants ?

Quelles sont les modalités de recrutement ?

Quels sont les critères retenus ?

Vacataires avec un contrat Instituteurs : Payés à l’heure d’engagement, payés sur la base + IR (17%) de l’effectif Animateurs : CDD (durée du projet)

Entretien avec le professeur - Entretien oral - Formation initiale de 5 semaines référent selon matière. + formation continue (3 fois/an)

Animateurs : le recrutement se fait sur la base d’une offre/annonce selon les critères suivants : - Issus de la région d’intervention (ancrage), - Compétences en communication

M o t i v a t i o n / e n g a g e m e n t Instituteurs : la sélection se fait par les superviseurs régionaux qui sont Proximité du centre également chargés de la formation de l’évaluation avec Les intervenants sont recrutés et l’encadrement du Directeur soit sur recommandation d’autres professeurs du centre, soit sur la pédagogique. Il peut aussi arriver de recevoir des recommandations base d’une sélection de CV. des délégations validées par un déposés, soit via la publication entretien avec le superviseur de l’offre (candidatures) régional.

Quel profil / niveau ? Etudiants – chercheurs.

Quel type d’intervenants ?

Salariés CDD 1 animateur gère 6 à 7 groupes

Toutes les recrues passent obligatoirement par un cycle de formation initiale qui permet de valider le recrutement et de les préparer pour les postes à occuper.

Expérience Bon état de santé global (certificat médical exigé) Autres considérations : compétences en communication + neutralité religieuse.

Licenciés

Animateurs salariés

3. Choix des intervenants

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Leçons apprises / Préconisations

Inconvénients / limites

Avantages / Points forts

Leçon apprise : Importance du cycle de formation initiale qui a un double objectif : valider le recrutement et préparer les recrues aux postes à occuper.

- Instituteurs : certains sont attirés par le privé, mieux rémunérateur. Ils peuvent en outre faire preuve d’un manque de disponibilité, de motivation ou même de compétence. - Animateurs : Ces derniers nécessitent un gros investissement mieux en formation. Il est par ailleurs nécessaire de lesoccuper toute la journée, étant donné leur statut de salarié.Enfin, l’intervention de ces derniers se limite à l’école primaire.

Préconisation : Impliquer les enseignants de l’école fréquentée par le bénéficiaire du soutien scolaire pour éviter que ces derniers sabotent ou encouragent leurs élèves à boycotter le programme de soutien scolaire.

privé,

Les intervenants ont parfois un faible niveau de français. Leurs formations et expériences sont en outre insuffisantes pour certains. Enfin, ces derniers peuvent faire preuve d’un manque de motivation ou de sérieux.

Les intervenants sont rémunérés selon l’effectif. Ils ont donc intérêt à grossir les groupes, ce qui peut se faire au détriment de la qualité (classes surchargées).

Concurrence du rémunérateur

Animateurs : Création d’emplois dans les Le recrutement d’animateurs permet régions d’intervention Ressources de renforcer l’employabilité des locales = meilleur ancrage jeunes de la région et de créer des vocations, surtout dans des régions enclavées. Les intervenants sont motivés et sérieux.

Les recrutements d’étudiants permettent d’un côté de renforcer leur employabilité et de l’autre de créer des « vocations dans l’enseignement »

4. Lieu de l’intervention

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Leçons apprises / Préconisations

Inconvénients / limites

Avantages / Points forts

Où se déroulent les séances de soutien scolaire ? Dans le cas de l’école, les cours sont dispensés dans des espaces adaptés, favorisant des interactions fréquentes avec les instituteurs, et dans un cadre institutionnel.

Les locaux abritant les programmes de soutien scolaire sont exploités gratuitement. La proximité avec l’Ecole permet d’impliquer les instituteurs et élèves de l’école dans les différentes activités.

Il est nécessaire de ‘coller’ aux disponibilités des élèves (surtout), de l’école et des instituteurs : planification des séances les après-midis ou les soirsEn outre, une bonne gestion des susceptibilités et une grande flexibilité sont importantes en tant qu’ « invités »

L’association bénéficie d’une autonomie et d’une certaine flexibilité dans la gestion des espaces d’accueil. Les coûts de fonctionnement sont en outre réduits du fait de l’absence de loyer.

L’espace disponible est insuffisant par rapport à la demande. Les charges fixes de fonctionnement sont considérables. Enfin, des travaux de réaménagement sont parfois nécessaires : en effet, l’architecture des salles/bureau n’est pas toujours adaptée.

Préconisation : Dans la mesure du possible, privilégier un local hors de l’école et proche de la population pour plus de liberté et d’autonomie dans le travail.

L’absence de classes dédiées au soutien scolaire (classes généralement partagées) impose une certaine adaptabilité. En outre, les contraintes logistiques liées aux vacances, horaires, etc., sont non négligeables.

Au sein d’une école partenaire ou d’un local en location ou association locale partenaire / critère : proximité de la zone d’intervention ciblée

Au sein du centre de la fondation Au sein d’écoles publiques en périMohamed V (partenariat avec le urbain ou dans le milieu rural RAUQS) aménagées en centre de Soutien Scolaire (locaux mis à disposition gratuitement)

4. Lieu de l’intervention

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Leçons apprises / Préconisations

Inconvénients / limites

midi (14h

(14h

matin pour les rattra-13h30)

après-midi

après

Préconisation : Adapter à la demande selon l’âge

- La planification des séances dépend de l’emploi du temps ‘officiel’, ce qui crée une dépendance vis-à-vis de la disponibilité des professeurs et des élèves. - L’équipe actuellement chargée du soutien scolaire est très sollicitée : 2 groupes pour assurer le fonctionnement (9h-21h du lundi au vendredi, 14h-20h30 le samedi et 9h-13h30 le dimanche)

2006

Date de démarrage

Avantages / Points forts

2h

Mercredi -18h30) Samedi -18h30) Dimanche pages (9h

Durée de la séance

planning

Période

Cours : Octobre à juin Fonctionnement : Septembre à juillet (fermeture en août)

2007/2008

Préconisation : Pour les animateurs, l’occupation partielle.

éviter

Les cours du soir représentent une Etant donné l’importance des contrainte importante par rapport à lacunes, l’enveloppe horaire reste la sécurité des enfants, surtout en insuffisante. hiver.

2009 (2006 pilote)

1h30

3 séances par semaine d’1h30 chacune planifiées selon la disponibilité des élèves et des classes.

2 séances de français et 1 séance de mathématiques par semaine planifiées en soirée dans le péri-urbain et l’urbain (parce que les élèves ont cours en journée) et en après-midi /dimanche en milieu rural. (pas assez de classes disponibles pour assurer les séances en semaine) 1h30

Octobre à juin

Octobre à mi-juin

5. Période, horaire et durée

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Leçons apprises / Préconisations

inconvénients / limites

Avantages / Points forts

Quelles sont les fournitures utilisées ?

De quels équipements dispose vos salles de cours ?

Quel est le matériel utilisé lors des séances ? Equipement classique de l’école publique

Leçons apprises : Nécessité de contrôler l’utilisation des photocopieurs pour éviter une exploitation non adaptée - Pour éviter le gaspillage, exiger des animateurs les anciennes fournitures pour vérifier leur usure avant le remplacement

Le coût des équipements est considérable.

Préconisation : Certains outils sont intéressants et peuvent compléter et enrichir l’intervention : ordinateur pour les animateurs / connexion Internet.

Conformité avec l’école publique (continuité)

Attractivité

Fournitures pour le dessin

Outils de géométrie, craie, papier

Chaises individuelles quand c’est possible ; sinon équipement disponible au sein de l’école

Chaîne Hi-fi

Feutres, outils de géométrie, posters, ardoises, photocopies

sièges-

Tableaux écritoires

blancs,

Rétroprojecteur

Rétroprojecteur (français, calcul mental) Lecteur DVD (français)

6. Equipement, matériel et fournitures

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Leçons apprises / Préconisations

Inconvénients / limites

Avantages / Points forts

Période

des

programmes

Le coût de l’activité de soutien scolaire est considérable.

Diversité proposés

Le Soutien Scolaire est en 2ème position après le préscolaire (programme phare) sur un total de 7 activités.

Leçon apprise : - Importance du suivi et l’évaluation d’impact Préconisation : - Adapter l’offre à la structure

de

Le soutien scolaire exige un processus de suivi assez lourd.

Concentration des efforts sur une Complémentarité des programmes mission/métier unique proposés

Activité prioritaire avec les langues, C’est le cœur de métier avec le l’informatique et l’alphabétisation parascolaire en complément/ Le Soutien scolaire représente renforcement 50% de l’ensemble des activités de l’association.

7.Place du Soutien scolaire au sein de la structure

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Leçons apprises / Préconisations

Inconvénients / limites

Avantages / Points forts

Activités complémentaires

Engagement de la fondation = Soutien Scolaire + dans la mesure du possible : réhabilitation de l’école et activités parascolaires (opérations ponctuelles)

Ces activités complémentaires proposées varient en fonction des budgets et partenaires. Des activités sont proposées en support aux apprentissages : pièces de théâtre, chansons, … gérées par l’animateur. L’approche adoptée impose ainsi qu’une 1 séance par semaine intègre 1 activité.

Selon les projets : Exemple: 1 projet intègre un programme de nutrition comme composante complémentaire.

Leçon apprise : Importance du parascolaire pour renforcer le Soutien Scolaire

Coût, manque de compétences, temps limité …

Une meilleure implication des élèves, renforcement de compétences personnelles, motivation / assiduité

- Pour les 5 et 6 AP : pour garantir le passage au collège et sa bonne préparation pour le normalisé, l’élève peut être amené à suivre 2 programmes en même temps : remédiation selon niveau réel et bachotage/ révision. - Le calcul mental est proposé en option, tandis que de nombreuses autres activités sont proposées occasionnellement (sorties thématiques, ateliers artistiques, lecture avec Théâtre Nomade…) Un programme parascolaire parallèle (renforcement) pourrait être intégré ultérieurement.

8. Programmes complémentaires

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Partie 4 :

Avis des Experts


Pour conclure ce dossier thématique, nous avons souhaité intégrer le point de vue de ‘professionnels’ expérimentés pour répondre à certaines questions à travers leur vécu et expériences professionnelles et apporter un éclairage supplémentaire sur certains aspects liés à la conception, l’implémentation, la gestion et le suivi d’un programme de soutien scolaire.Pour cela, nous vous proposons : - un premier entretien spécifiquement lié au volet pédagogique avec M. Abdellah RIMI, Directeur pédagogique de la Fondation Sanady, qu’on a notamment questionné sur les pratiques et postures pédagogiques à adopter, les points de vigilance à observer lors de la conception et de l’implémentation d’un programme de soutien scolaire… - un deuxième entretien plus « généraliste » avec Mme Mounia Benchekroun, présidente de l’association Kane Ya Makane, experte dans les domaines de l’éducation et du développement social qui a répondu à nos questions sur le rôle de la société civile dans la lutte contre l’abandon scolaire, les composantes d’un programme de soutien scolaire efficace et l’importance de l’évaluation pour garantir l’impact de l’intervention et son amélioration continue. Entretien – Abdellah RIMI, Directeur Pédagogique de la Fondation Sanady Selon l’expérience de la Fondation Sanady, quelles sont les principales phases de réalisation d’un programme de soutien scolaire ? Dans un premier temps, il est primordial de définir la cible du programme en termes de cycle, d’années mais également par rapport aux domaines disciplinaires (matières). En ce qui concerne le primaire (objet du dossier thématique), toutes les évaluations ont pointé les besoins dans les périmètres disciplinaires suivants : langues et mathématiques. D’autre part, il est important de bien savoir sélectionner les profils des personnes destinées à animer les séances du soutien scolaire. A noter qu’il y a une profusion de profils et d’expériences dans le champ associatif : enseignants, diplômés chômeurs, étudiants/lycéens … Quel que soit le profil retenu, il faut prévoir des formations spécifiques au soutien scolaire car il s’agit d’un domaine de haute spécialisation qui implique une bonne connaissance des programmes/curricula, un certain degré de maîtrise des approches méthodologiques et un intérêt particulier pour la réflexion autour du soutien scolaire et les courants pédagogiques qui l’alimentent … Pour son programme de soutien scolaire, la fondation Sanady a expérimenté 2 modèles : un 1er modèle basé sur les enseignants et un 2ème porté par les animateurs. Pouvez-vous nous décrire les particularités de ces 2 modèles ? Pour le « modèle-enseignants », il s’agit de gens qui ont a priori de l'expérience, qui ont reçu une formation initiale et continue dans le cadre de l'accompagnement qui est fait par le Ministère de l'Education Nationale. Ce sont donc des gens qui ont une connaissance et une maitrise des contenus et des démarches. Le recrutement de nos enseignants à la Fondation Sanady se fait sur la base d'un certain nombre de critères dont : la compétence, le degré de maîtrise des contenus et des démarches, la motivation et la volonté de ‘se dépasser’. L’expérience (notamment de 2009 à 2011) a démontré que certaines personnes, malgré les formations et l’accompagnement dont elles ont bénéficié, avaient beaucoup de réticence à l’idée de s’inscrire dans les orientations pédagogiques prônées par la Fondation. Mais, globalement, les enseignants qui ont pris conscience de l'importance d'adopter de nouvelles postures, d'intégrer de nouvelles techniques dans leurs pratiques de soutien scolaire et même d’enseignement, sont encore là avec nous et évoluent d'année en année. Donc, c'est le « modèle-enseignants » est très important parce qu'il suppose certains prérequis, des compétences,… qu'il s’agit d’enrichir et renforcer. A l’occasion d’un important partenariat, nous avons été amenés à déployer le même programme de soutien scolaire dans la région de Safi, en milieu rural. La région ciblée est reculée et

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défavorisée. Il était donc difficile de recruter des enseignants localement. Nous avons donc opté pour le recrutement d’animateurs parmi les jeunes diplômés en nous inspirant du modèle des écoles privées qui recrutent des diplômés, les forment sur une courte période (une formation de prise en charge), les placent dans les classes en situation d'observation ou de stage, avant de les mettre au cœur de l'action et de leur confier des classes. Nous avons décidé de recourir à des profils bac+2 ou +3 en faisant d'une pierre deux coups : nous offrions à la fois une opportunité d’emploi doublée d’une formation aux métiers de l'enseignement mais aussi l’opportunité pour ces jeunes d’agir concrètement en faveur du développement de leur région. Pour ce « modèle-animateurs », nous avons mis en place des formations qui s'étalent dans le temps : - une formation de prise en charge de trois semaines organisée en été - des formations complémentaires durant les vacances scolaires portant sur les compétences fondamentales : la connaissance des curricula, des approches méthodologiques, des théories d'apprentissage avec un zoom sur les techniques d'animation et de gestion d'activités dans le cadre du soutien scolaire au primaire. En plus de la formation, nous avons mis en place un dispositif d’encadrement assuré par les superviseurs pédagogiques. Chaque fin de semaine, ces derniers organisent une séance de concertation pendant laquelle ils effectuent un bilan de la semaine, analysent certaines actions ou techniques spécifiques, etc. Il est à noter que ce modèle nécessite un grand investissement en temps et efforts de formation, d’encadrement et d’accompagnement parce que le métier d'enseignant n'est pas aisé à acquérir et qu’il se construit dans le temps. Cependant, ce modèle présente l’avantage de s’appuyer sur des profils plus ouverts et faciles à former et qu’il n’est pas nécessaire de les « sevrer » de certaines pratiques. Par exemple, nos enseignants ont toujours cette tendance à se focaliser sur l'erreur en stigmatisant l’enfant ; nous essayons à l’inverse de former les enseignants pour les amener à « rallier l'erreur » et en faire un allié pédagogique. Les animateurs ne tombent par contre pas dans ce travers-là. En résumé, chaque modèle a ses avantages et inconvénients, il faut les gérer et en être conscient pour en tirer le meilleur parti ! Parlez-nous un peu du contenu des séances de soutien scolaire ? Comment sont élaborés les programmes ? Au démarrage de son activité, la Fondation Sanady a fait appel aux enseignants du Ministère de l’Education Nationale (MEN) sur la base d’un certain nombre de critères : compétences, expérience, une certaine fibre associative… Après le déploiement des activités, il y a eu une phase d’observation pour étudier comment les enseignants perçoivent le soutien scolaire et si leurs actions donnent lieu à des résultats. Une analyse des pratiques a permis notamment de révéler un certain nombre de perceptions soit de surface soit erronées qui ont été analysées et rectifiées par la suite. Par exemple : pour le français, la plupart des enseignants percevaient le soutien scolaire comme l’occasion de refaire les leçons de langue (grammaire, conjugaison…) car il s’agit d’un sous-domaine disciplinaire relativement aisé et maitrisable par rapport à d’autres (oral, lecture, production écrite…). Or il a été démontré que la maitrise de la compétence linguistique ne contribue pas forcément au renforcement des compétences orale et écrite des élèves. Suite à ce constat, des ateliers de réflexion avec des inspecteurs du MEN, des enseignants expérimentés en soutien scolaire et des experts étrangers ont permis d’aboutir à une décision importante pour la fondation Sanady : l’élaboration d’un programme spécifique pour le français. Au lieu de se greffer sur ce qui se fait à l’école, ce programme vise le développement de la compétence orale et de la compétence écrite à travers des activités cohérentes et une démarche adaptée (Renforcement). Aujourd’hui, la fondation dispose d’un programme pour chacun desniveaux de la 3ème à la 6ème AP (année primaire). Ainsi, 15 séquences pédagogiques ont été mises en place pour chaque niveau pour couvrir la totalité de l’année scolaire. Ces séquences ont

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été élaborées selon une architecture respectant un certain nombre de principes méthodologiques, intégrant des techniques d’animation adaptées et reflétant une vraie démarche d’enseignement de la langue française. Concernant les matières mathématiques et scientifiques, nous avons élaboré des fiches pédagogiques en partant de l’expérience des enseignants et en suivant les étapes suivantes : - nous avons d’abord réuni les enseignants par niveau et par matière et nous leur avons demandé de réaliser un listing des principales difficultés rencontrées par rapport au domaine disciplinaire et au niveau - nous leur avons ensuite demandé de sélectionner 20 difficultés selon 3 critères : o Les difficultés doivent être fréquemment constatées, o Elles doivent être partagées par un grand nombre d’élèves, o Il doit s’agir de difficultés liées à la logique d’apprentissage inhérente aux curricula - Sur cette base, un travail collégial a conduit à l’élaboration de fiches pédagogiques. Ces dernières sont un support pédagogique destiné aux intervenants (animateurs, instituteurs…) et permettant, pour chaque difficulté, de proposer un enchaînement d’activités. D’ailleurs, d’ici la fin de l’année scolaire 2016-2017, la Fondation Sanady publiera une mallette pédagogique comprenant un guide d’utilisation. Les outils proposés couvriront les matières suivantes : le français (primaire et collège), les mathématiques (primaire et collège) et la physique / chimie (collège). Quelles sont les postures pédagogiques à adopter dans le cadre d’un programme de soutien scolaire ? Il s’agit d’une question cruciale et fondamentale. D'abord, il faut définir ces postures : les mots-clés, les éléments-clés... : - l’enseignant doit être bienveillant par rapport aux propos que produisent les élèves, aux réponses qu'ils proposent et aux difficultés et différentes situations qui sont déployées en classe. Nous avons ainsi mis en place certains gestes très détaillés : par exemple, on incite nos enseignants à dire « bravo », « très bien », à reformuler « donc toi tu penses que », etc. C’est important de valoriser, parce qu'un élève qui est valorisé va revenir tout le temps à la charge, et va vouloir être acteur, force de proposition… Par contre, si on pénalise l’élève, il sera frustré et se renfermera sur lui-même. - L’enseignant ne valide pas. Il quitte un petit peu la peau d'un enseignant omniscient, pour mettre les élèves en situation de construction et leur laisser plus d’espace. Par exemple, l’enseignant peut mettre en place des tutorats : il va ainsi sélectionner un élève qui a acquis / une performance et faire en sorte que ce dernier partage sa connaissance avec un autre élève en difficulté. Ces postures s’acquièrent grâce aux formations (initiales et continues) et à l’encadrement assuré par les superviseurs pédagogiques. Ces derniers vont constamment sur le terrain pour veiller à développer ces postures et à les nourrir de nouveaux gestes. De quelle manière s’organise la formation dans vos différentes régions d’intervention ? La Fondation Sanady intervient dans 5 régions : - Souss Massa - Marrakech - Safi - Casablanca – Settat - Rabat – Salé - Kénitra - Tanger – Tétouan – El Hoceima

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En raison de contraintes techniques et logistiques, il est difficile de réunir régulièrement tous les intervenants pour organiser des formations centralisées. Nous avons 8 superviseurs pédagogiques (généralement des inspecteurs du MEN, recrutés sur la base de leurs compétences et expériences éducatives) qui encadrent les intervenants dans les 5 régions d’intervention et accompagnent l’action au quotidien dans les centres de la Fondation. Dans un premier temps, nous formons ces superviseurs avant que ces derniers ne relaient et déploient ces formations dans leur zone d’intervention. Par ailleurs, j’assure moi-même un suivi de par ma fonction de Directeur pédagogique. Au niveau du contenu, nous avons développé des formations spécifiques au soutien scolaire à travers différents modules tels que la différenciation pédagogique, la pédagogie de l’erreur, la pédagogie du contrat, … Lors de ces formations, l’accent est également mis sur certaines approchespédagogiques importantes dans le déploiement d’un programme de soutien scolaire tels que le constructivisme, l’évaluation …

L’évaluation est une question centrale dans le programme de la Fondation Sanady. Comment cela se traduit-il concrètement ?

«Au sein de la Fondation Sanady, l’évaluation est au cœur du dispositif du soutien scolaire»

L’évaluation est au cœur du dispositif du soutien scolaire. Pour ce qui est de l’évaluation des pratiques, celle-ci se fait par les superviseurs pédagogiques grâce au travail effectué sur le terrain. Pour l’évaluation des acquis, il existe différents types, moments et fonctions de l’évaluation. A la Fondation Sanady nous percevons l’évaluation de la manière suivante : une disposition pédagogique qui s’articule autour de 2 piliers : - le recueil de l’information : recueillir de manière méthodique de l’information pertinente sur l’apprentissage - l’action : agir pour remédier, renforcer, améliorer… Entre les deux piliers, intervient une phase d’analyse qui consiste à essayer de répondre principalement à la question suivante : quelles sont les origines probables de l’erreur/la difficulté ? Cette question peut concerner aussi bien l’enseignant que l’élève. L’enseignant est donc en permanence en train de recueillir l’information et de réagir instantanément après une petite analyse individuelle. Il s’agit donc d’une évaluation de tous les jours et de tous les actes… D’autre part, nous avons aussi des dispositifs d’évaluation assez lourds qui sont déployés en 2 temps durant l’année scolaire : en fin de premier semestre et en fin d’année. Grâce à l’expertise développée, nous avons été en mesure d’élaborer des cadres de référence par matière et par niveau de l’évaluation qui sont très importants pour l’élaboration des tests (outils de recueil d’information). Qu’est-ce qu’on évalue ? On évalue pratiquement tous les apprentissages censés avoir été abordés à la fois à la Fondation Sanady mais aussi dans les écoles d’origine pour éviter l’émiettement de l’information. Comment ? à travers des tests élaborés sur la base des cadres de référence (selon le niveau et la matière) et corrigés selon une grille prédéfinie en donnant une note pour chacun des objectifs fixés dans le cadre de référence. Que fait-on des résultats ? L’exploitation des résultats des tests se fait grâce à un système informatisé où sont saisies les notes par objectif, par domaine, par niveau et qui en fournit une analyse selon 4 échelons : Complètement acquis / Moyennement acquis / Faiblement acquis / Non Acquis. Nous avons donc la possibilité d’avoir une cartographie des performances des élèves selon les régions, les centres, les niveaux… A la fin de l’année, les conclusions sont discutées collectivement avant d’orienter les décisions et programmes de formation futurs. Pour résumer, l’évaluation est donc un acte qui se déploie au quotidien, dans les classes, au niveau micro, mais aussi au niveau macro pour évaluer les performances de la Fondation Sanady par centre,

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par domaine disciplinaire, par niveau … Dans les deux cas, l’évaluation donne lieu à des actions, régulations, améliorations à différents moments durant l’année scolaire. Il s’agit donc d’un dispositif lourd et coûteux en termes d’élaboration, de déploiement, de collecte et de traitement de l’information, mais il est essentiel : on ne peut pas parler de soutien scolaire sans évaluation. Comment assurez-vous un encadrement pédagogique adapté et régulier ? En effet, bien qu’importante, la formation à elle seule n’est pas suffisante. Il faut un accompagnement de proximité pour veiller à une implémentation efficace et efficiente des éléments acquis lors des formations. Les superviseurs assurent donc des visites régulières suivant un protocole formalisé (plan prévisionnel d’encadrement pédagogique). Ces visites permettent de sécuriser l’enseignant, de faire en sorte qu’il intègre progressivement certains gestes, techniques et postures dans sa méthode. C’est également une manière de s’assurer de la conformité des pratiques par rapport aux orientations pédagogiques arrêtées par la Fondation Sanady de manière collégiale. Il s’agit là, à mon sens, d’un dispositif incontournable pour déployer un programme et assurer son efficacité à un certain seuil. «…bien qu’importante, la formation à elle seule n’est pas suffisante. Il faut un accompagnement de proximité pour veiller à une implémentation efficace et efficiente des éléments acquis lors des formations. »

Pour une association qui souhaiterait mettre en place un programme de soutien scolaire, quels seraient selon vous les points de vigilance à observer ? A supposer que cette association ait fait ses choix par rapport aux cibles (quels enfants, quels niveaux, quelles matières…) et qu’elle ait de la visibilité pédagogique par rapport au contenu, aux démarches, à la formation, les points de vigilance les plus importants seraient : - l'évaluation : à la Fondation Sanady, nous nous plaisons à dire que toute chose qui s'évalue évolue naturellement. L'évaluation doit porter à la fois sur les performances des élèves et celles des enseignants. Un enseignant qui ne parvient pas à se perfectionner et qui ne parvient pas à développer ses pratiques, c'est un enseignant sur lequel il ne faut pas compter. L'évaluation me semble donc cruciale pour la réussite d’un programme de soutien scolaire. - l’évolution : c’est à dire inscrire toute la démarche pédagogique (contenus, postures, formations …etc.) dans un processus évolutif. Il faut constamment interroger les pratiques, évaluer, améliorer.... Quels sont les facteurs-clés de succès d’un programme de soutien scolaire ? Le premier facteur est d’abord de disposer d’une équipe pédagogique passionnée et patiente, capable d’évoluer, et centrée avant tout sur la réussite de l’élève.

Entretien 2 – Mounia BENCHEKROUN, Experte dans le domaine social et éducatif Quel rôle peut jouer la société civile pour lutter contre l’abandon scolaire ? L’abandon scolaire est un sujet d’une importance cruciale pour le Maroc car il conduit à une grande précarisation des élèves qui quittent l’école, et se retrouvent par la suite privés de toute perspective de participation sociale, économique, culturelle, politique. De nombreuses études y ont été consacrées nous permettant aujourd’hui d’y voir très clair par rapport à ses causes, ce qui permet de bien cibler les programmes à mettre en place face à chacune des causes. Les associations jouent un rôle très important dans cette lutte contre l’abandon scolaire, et ce à travers des interventions de nature et d’ampleur diversifiées : mise en place / gestion de foyers pour

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accueillir les élèves vivant trop loin de l’établissement scolaire, transport scolaire, sensibilisation des familles, cours de soutien scolaire dans les écoles pour éviter le découragement des élèves, activités parascolaires, préscolaire pour agir en amont du phénomène …

« La grande force des associations réside dans leur souplesse, leurs très fortes capacités d’adaptation aux contraintes du terrain et leur grande proximité avec les populations. »

La grande force des associations réside dans leur souplesse, leurs très fortes capacités d’adaptation aux contraintes du terrain et leur grande proximité avec les populations. Elles ont, comme précisé précédemment, développé une expertise en matière de mise en place de programmes de lutte contre l’abandon scolaire. Mais elles sont entravées par de nombreuses contraintes, qui les empêchent aujourd’hui de jouer pleinement leur rôle, parmi lesquelles le manque de moyens humains et financiers. Et selon moi, ce rôle des associations, aussi crucial et efficace soit-il, ne saurait se substituer au rôle de l’Etat à qui incombe cette responsabilité de garantir une éducation de qualité à tous les élèves et de veiller en parallèle à ce que tous ces élèves restent dans le système éducatif. Qu’est ce qui définit un bon programme de soutien scolaire selon vous ? Lorsqu’une structure décide de lancer un programme de soutien scolaire, elle devrait selon moi se poser un certain nombre de questions décisives avant de le faire. En premier lieu, celle des moyens : le soutien scolaire étant un programme à forte technicité pédagogique, la structure est-elle capable de mobiliser les ressources techniques adéquates pour le déployer ? Quels niveaux scolaires souhaite-t-elle cibler, quelles matières ? Un bon programme de soutien scolaire est tout d’abord un programme qui, dans sa conception initiale, s’est attaché à analyser l’existant, à recueillir les besoins et les contraintes du terrain, tout en tenant compte des moyens humains et financiers disponibles pour l’implémenter. Il doit évidemment comporter tout le dispositif pédagogique nécessaire pour assurer un programme de qualité : « Un bon programme de soutien scolaire est tout d’abord un programme qui, dans sa conception initiale, s’est attaché à analyser l’existant, à recueillir les besoins et les contraintes du terrain, tout en tenant compte des moyens humains et financiers disponibles pour l’implémenter. »

- Un cadre de référence pédagogique qui définit ce qu’on veut faire (quel type de soutien scolaire) et de quelle manière (approche pédagogique) ; - Des outils pédagogiques pour appuyer l’intervention des professeurs ou animateurs dans les classes de soutien, qui doivent être enrichis et complétés au fil des années par les enseignements tirés de l’expérience ;

- Un dispositif complet de formation initiale et continue des personnes assurant les cours de soutien scolaire (professeurs ou animateurs), permettant l’amélioration continue de l’approche pédagogique et le partage de bonnes pratiques entre les intervenants ; - Un dispositif complet d’évaluation qui permet d’identifier régulièrement les points forts et les besoins d’amélioration du programme, à travers l’analyse de la progression des compétences des élèves évalués. Comment une association peut évaluer concrètement l’efficacité de son programme ? L’évaluation d’un programme de soutien scolaire est une question essentielle et en même temps très complexe. Elle est essentielle pour vérifier l’efficacité du programme, détecter ses forces mais également ses points faibles pour mettre en place des actions correctives et permettre l’amélioration continue du programme à partir de l’expérience. Elle est en même temps très complexe. Que faut-il évaluer ? Dans le cas d’un programme de remédiation, par exemple, il s’agit d’évaluer si les lacunes initialement détectées chez les élèves ont pu être corrigées de manière solide. Mais comment vérifier que les compétences initialement non

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ancrées l’ont été de manière durable chez l’élève ? Comment vérifier que c’est l’impact du seul programme de soutien scolaire ? Dans le cas d’un programme de soutien scolaire qui consiste à consolider les compétences que les enfants acquièrent dans leur classe, comment vérifier, sans classe-témoin (qui ne dispose pas de soutien scolaire), que les progrès constatés sont imputables au seul programme de soutien scolaire ? Beaucoup de questions soulignant la complexité du processus. Cela étant, il me paraît primordial que tout programme de soutien scolaire soit assorti d’un dispositif d’évaluation adapté aux particularités de ce programme. Ce dispositif doit comporter un volet quantitatif ainsi qu’un volet qualitatif. En ce qui concerne l’aspect quantitatif, il s’agit de disposer, même si c’est par échantillonnage, d’une évaluation affinée du niveau des élèves dans les matières dispensées, qui doit être réalisée en début d’année, avant le démarrage du programme. Cette évaluation doit ensuite être complétée par une ou deux évaluations, à mi-parcours et en fin d’année. Une analyse approfondie de la progression de niveau par compétences et par objectifs entre deux périodes doit alors être réalisée. Parallèlement à cette évaluation quantitative « interne », une analyse peut être réalisée à partir de la progression des notes à l’école des élèves bénéficiant du programme, même si cette approche comporte des biais et des difficultés de mise en place. Enfin, tous ces aspects quantitatifs doivent être complétés par une approche qualitative : des entretiens individuels et collectifs avec les élèves eux-mêmes, leurs professeurs, les parents permettront en effet d’évaluer d’autres impacts qualitatifs du programme sur les élèves, sur leur rapport à l’apprentissage, sur leur autonomie…. Quels conseils, recommandations donneriez-vous à une association qui souhaite lancer ou développer un programme de soutien scolaire ? En premier lieu, je conseillerai à l’association de consacrer du temps à la conception du programme qu’elle souhaite mettre en place (cycle, niveau scolaire, matière…) et dans ce cadre, de se documenter sur différents aspects reliés au sujet, de rencontrer d’autres associations engagées dans le domaine pour avoir un retour d’expérience, pour être conscients de tous les choix et des contraintes associées à chacun des choix, pour voir les possibilités de collaboration en termes de formation, de partage d’outils, … Je lui conseillerai également d’y aller progressivement, avec une ou deux matières au démarrage et ce, pour des niveaux de 3ème et/ou 4ème année primaire car à ce stade, bien que de nombreuses lacunes soient déjà accumulées, le défi reste selon moi possible, ce qui me paraît beaucoup plus difficile (tout du moins pour un programme qui démarre) qu’avec les 5ème et 6ème années. Et je lui conseillerai de mettre en place un dispositif pédagogique de qualité, assorti d’un suivi rapproché du programme sur le terrain. Il y a évidemment une multitude d’autres points de vigilance tels que le recrutement des professeurs ou animateurs de soutien scolaire, leur formation initiale et continue, la mobilisation des parents et la création d’une relation de proximité avec les intervenants de l’école publique… Beaucoup d’éléments à prendre en considération qui témoignent selon moi de la complexité de ce programme.

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Bibliographie Titre du document

Auteur/ organisme

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« Ecole marocaine : Quel système éducatif pour quel projet de société ? »

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« Stratégie/cours particuliers un business difficile à contrôler »

L’Economiste

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« Education/Benmokhtar: «A bas les restrictions budgétaires!» »

L’Economiste

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« Décrochage scolaire, là où tout commence »

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2007

La non scolarisation au Maroc, une analyse en termes de coûts d’opportunités

UNICEF

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Programme National d’Evaluation des Acquis 2008 – Rapport synthétique

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Wassila ma le soutien scolaire  
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