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Supplément Culture Su pplément g ratuit à La Libre Belgique réa lisé pa r la Ré gie Gé néra le de P ublicité - 29 août 2012


BRÈVES Et hop ! en voiture ! La Maison du Cirque a retapé une vieille roulotte Buggenhout qui lui sert aujourd’hui d’ambassadrice du monde circacien dans la capitale. La roulotte fait la tournée des évènements bruxellois, un périple baptisé « Le cirque, ça roule à Bruxelles ! ». A l’intérieur de ce symbole nomade, les passants sont plongés dans l’ambiance sonore du cirque et peuvent assister à la projection d’un court-métrage. Prochaines étapes prévues en septembre: la Fête des Saltimbanques dans les Marolles les 8 et 9, Embarquement immédiat à Bruxelles-Maritime le 16, Portes ouvertes de Cirq’conflex à Anderlecht le 22, et les Fêtes romanes à Woluwe-St-Lambert le 30. www.lamaisonducirque.be

Pensez cadeau Un anniversaire ? un mariage ? un départ à la retraite ? Pensez à offrir des places de théâtre. Diverses formules existent. Certains théâtres proposent des formules toutes prêtes : celui du Méridien dispose de 6 formules (de « 2 places avec champagne » à 50 € au « dîner concert pour 4 » à 140 €) ; celui de la Toison d’Or vend des pochettes de 25 et 70 € ; à la Monnaie, ce sont des chèques-cadeaux de 10 à 50 € qui sont disponibles ; etc. Autre solution, l’ASBL Plurithéâtre peut vous faire un chèque-théâtre sur mesure pour leur sélection de 24 spectacles dans 17 salles de la capitale (www.pluritheatre.be). Dans les coffrets cadeaux Bongo « Compilation » et « Brussels », le bénéficiaire peut aussi choisir des places pour le Théâtre National, le Théâtre 140, celui de la Toison d’Or ou de Namur (www.bongo. be). Enfin, rien ne vous empêche aussi d’acheter en direct dans n’importe quel théâtre des billets, de les mettre dans une enveloppe avec un petit mot.

Les Arts de la Scène 2

Le statut d’artiste en cause Depuis près d’un an, la question du statut des artistes fait débat. Vu la spécificité de leurs conditions de travail, les artistes bénéficient d’un statut particulier qui leur permet, par exemple, de maintenir plus longtemps leur droit au chômage (souvent complémentaire). Mais l’ONEM a décidé en 2011 de modifier son interprétation de la réglementation et d’effectuer un contrôle plus poussé de la nature des activités exercées par les artistes et les techniciens du spectacle. Certains abus avaient en effet été constatés ; des coiffeurs ou des esthéticiennes, par exemple, se considéraient comme des artistes. Le problème, pour les associations représentatives des artistes, c’est que l’ONEM va aujourd’hui trop loin dans la restriction du statut d’artiste. Certains comédiens et techniciens du spectacle ont ainsi vu sensiblement diminuer leurs allocations. Une pétition organisée par Smart, coopérative qui gère les contrats de nombreux artistes, a réuni en mai 23.000 signatures, demandant une révision de la nouvelle interprétation de l’ONEM. Saisi de l’affaire, le Conseil national du travail (CNT) laisse entrevoir une régularisation rapide des dossiers des artistes et des techniciens injustement exclus par l’ONEM, mais propose d’instaurer une distinction entre artistes professionnels et amateurs et d’exclure les techniciens du spectacle de certains avantages sociaux, ce que Smart rejette catégoriquement.

Nouveau cycle de cours au théâtre action Le théâtre-action est reconnu en tant que tel par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il rassemble près de 20 compagnies. Il s’attache à ce que soit prioritaire la parole des personnes écartées par le système dominant. Le théâtreaction s’inscrit dans le développement d’une culture participative, à contre-courant de la culture de consommation qui prédomine habituellement.

l’analyse institutionnelle. Les stages dans les compagnies permettent de découvrir la diversité du secteur, renforcer l’expérience et l’autonomie. La formation CASTA est proposée dans le cadre de l’enseignement de promotion sociale, ce qui permet à ses participants de conserver leurs droits sociaux. Elle se donne à Fléron, près de Liège.

Depuis 2008, le Centre du Théâtre Action et la Cie Acteurs de l’Ombre organisent une formation de Comédien animateur spécialisé en Théâtre action (CASTA). Elle vise à former des professionnels dont le travail se situe à l’interface entre l’animation, la création théâtrale et l’éducation citoyenne.

www.theatre-action.be

Un nouveau cycle de trois ans démarre cette année à la rentrée de septembre. La formation permet d’acquérir les connaissances et les outils spécifiques à la pratique du théâtre-action tels que le jeu et le training de l’acteur, la dramaturgie, la mise en scène, l’histoire du théâtre-action, la communication et la dynamique de groupe,

Formations à l’art à l’école Le Centre dramatique de Wallonie pour l’enfance et la jeunesse (CDWEJ) propose différentes formations en matière d’Art à l’école destinées principalement aux professionnels de la petite enfance, aux enseignants, aux artistes et aux médiateurs culturels.

Cette saison, le CDWEJ organise 8 formations : art et petite enfance, danse à l’école, écriture à l’école, marionnettes, théâtre à l’école, art à l’école. Plus d’infos : tél. 64 / 66 57 07. www.cdwej.be

Le Centre des arts de la rue A Ath, le Centre des Arts de la rue (CAR) est un lieu de création pour les compagnies professionnelles. Une salle de répétition, une d’échauffement et des bureaux sont mis à disposition des compagnies qui le souhaitent. Il développe aussi des formations pour amateurs et professionnelles sur des techniques plus pointues comme la pyrotechnie et les techniques du déambulatoire. Des ateliers sur les arts du feu, les percussions urbaines, la commedia dell’arte et le boniment y sont également organisés. www.centredesartsdelarue.be

La boite à troc des Tanneurs Beaucoup de scènes cherchent à fidéliser leurs spectateurs en les associant à la vie du théâtre. Le Théâtre Les Tanneurs a trouvé un moyen original en les faisant participer à des œuvres picturales collectives et en installant une « boite à troc » à l’entrée.

l’entrée du théâtre. Y est intégrée la boite à troc, dont le principe est simple : après chaque spectacle, les spectateurs sont invités à revenir et y laisser un objet que leur a inspiré la pièce. Les autres spectateurs peuvent s’en saisir, à condition d’y laisser, eux aussi, un objet.

Deux fois par an, les membres du comité de spectateurs sont invités à un atelier pour réaliser un grand patchwork reprenant leurs impressions de spectacles. Cette œuvre collective est exposée à

On a ainsi vu s’échanger des patates décorées et des tickets pour un autre spectacle, dans un autre théâtre ! www.lestanneurs.be


AVANT-PROPOS

SOMMAIRE Brèves de scène ................................p.2 Avant-propos .....................................p.3 Le théâtre de boulevard .............. p.4 à 7 Aux sources de la tragédie et de la comédie ........................ p.8 à 10 Des Belges au Cirque du Soleil ..........................p.11 Petit abécédaire du théâtre belge ....................... p. 12-13 Les bons plans pour payer moins p. ..................... 14-15 L’affiche et le théâtre ................ p.16-17

Re Renouant avec une pratique que l’on pe pensait révolue depuis longtemps, certain taines salles de cinéma coupent à nouvea veau les films avec un entracte. Voici ce qu’a q répondu le plus grand groupe multiplexe belge à un cinéphile qui s’en mult est plaint p en écrivant que s’il allait au cinéma néma, « c’est pour regarder un film dans

Ils ont dit .........................................p.19

bo de bonnes conditions et sans coupures de public publicité » :

Les aides publiques ................. p. 23-24

« Suite à une enquête, il s’avère qu’une grande partie de notre clientèle est favorable g au ux pauses, pau aux c’est pour répondre à cette dema ande que q nous en plaçons un peu plus pour mande l’ins nstant. C l’instant. Cela permet à nos clients de se dégourdir les l jambes, jam d’aller aux toilettes, d’acheter un ck ou de spéculer sur la suite du film. » snack C’est vrai v que qu les « clients » oublient de faire pipi avant d’entre d d’entrer dans la salle, que les vendeurs de pop corn corn s’ennuient s’en pendant les films et que les spectate eurs nécessitent né spectateurs l’avis de leurs amis à la mifilm… Il ne n reste rest plus aux scénaristes qu’à prévoir un suspense en e fin d de première partie afin d’alimenter les conversatio ons d’e conversations d’entractes… Ou alors, vous restez chez vous à regar rder la télévision. C’est la même chose et le regarder pop corn est moins cher. Autre solution : le théâtre. Là, vous pouvez êt tre sûr que s’il a des pauses, c’est qu’elles ont être été prévues par l’auteu l’auteur ou le metteur en scène. Mettre ainsi en com mpétit compétition le théâtre et le cinéma, ce n’est pas bien, nous en convenons. con nvenon L’un n’exclut pas l’autre. Mais il y a encore plein d’autres m auvais raisons de fréquenter nos salles de mauvaises spectacles. Comme celle-ci : nous sommes dans une année olympique, les Jeux font référence à l’A Antiqu l’Antiquité grecque, notre théâtre plonge en grande partie ses racines da ans la ttragédie et la comédie grecques, CQFD. dans Il y a surtout des dizaines d ’excell d’excellentes raisons pour s’offrir un ticket de théâtre. Ou encore un billett pour l’opéra ou pour un spectacle de danse, arts de la scène que nous as ssocion pour la première année, tant ils nous associons paraissent complémentaire es à l’ar complémentaires l’art de Molière. Nos artistes, auteurs, comédiens et metteurs en scè ène, la qualité, l’originalité et la diversité des scène, spectacles qui sont proposé és dans notre pays, le confort et l’accessibilité proposés des salles, le prix (oui, nou nouss le rép répétons chaque année : le théâtre n’est pas cher), etc, sont autant de bo bonnes raisons de se bouger. Il y a surtout ceci : le thé âtre, la danse, l’opéra ou le cirque sont des théâtre, spectacles vivants, avec d de vraies vrai personnes en face de vous, sur la scène. Leur but, c’est de vous offrir o ce qu’elles pensent être le meilleur. Cela implique un éc change et un partage. A chaque salve d’apéchange plaudissements, les artis stes reçoivent reç artistes autant qu’ils donnent. Et cela dépasse toutes les autre autress consi considérations temporelles…

Les derniers festivals de l’été.........p.18

Lectures .................................... p.20-21 L’échec sur scène ...........................p.22

Jeu: rendez la bonne tirade à son auteur ....................................p.25 Danse et théâtre, mélange de genres .........................p.26 Brèves de danse..............................p.27 Magic van Dam................................p.28 Brèves d’opéra ................................p.29 Grétry et l’opéra comique ...............p.30

SUPPLÉMENT GRATUIT À LA LIBRE BELGIQUE RÉALISÉ PAR LA RÉGIE GÉNÉRALE DE PUBLICITÉ - 29 AOÛT 2012 Rue des Francs,79 - 1040 Bruxelles Tèl: 02. 211 31 44 - Fax: 02. 211 28 20 EDITEUR RESPONSABLE: Emmanuel Denis, Henry Visart. COORDINATION ET PUBLICITÉ: Luc Dumoulin (02/211 29 54) luc.dumoulin@saipm.com RÉDACTION: F. Baterna, Simone Hubert MISE EN PAGE: Azurgraphic sprl PHOTOS: www.photos.com, www.shutterstock.com François Hubert, Simone Hubert, CTA, Les Tanneurs, Festival des Brigittines, Théâtre des Galeries, Théâtre du Parc, Bruxellons!, Chapelle musicale Reine Elisabeth. INTERNET: www.lalibre.be


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Des maris polygames, des épouses volages, des filles à marier, avec ou sans dot, des banquiers ruinés, des portes qui claquent, des quiproquos, le voisin qui débarque, et puis le secrétaire, et puis la bonne, mais qui est le vrai amant dans tout ça ? Pendant longtemps, le vaudeville et le théâtre de boulevard ont fait le bonheur du public et de certains théâtres. Mais ont-ils vraiment disparu ? vaudeville, qui mélangeait chansons et texte, en était la forme la plus courante, même si de nombreux auteurs font la distinction entre boulevard et vaudeville. Souvent, plusieurs courtes pièces se succédaient dans une même soirée jusque tard dans la nuit. La rotation des spectacles était rapide et les auteurs de vaudeville nombreux : on en comptait 163 vers 1845-1850.

Madame Chapeau, personnage inoubliable de Bossemans et Coppenolle, a même sa statue au cœur de Bruxelles.

aurait-il un regain d’intérêt pour le genre ? On retrouve dans les festivals de théâtre de l’été et les programmes des théâtres des saisons récentes et de celle à venir pas mal de titres aux noms évocateurs : Panique au Plazza, Boeing Boeing, La puce à l’oreille, Hôtel du Libre échange, Les cheveux de ma femme, Chat et souris, Belle(s) famille(s), etc.

jouxtant, construits en bois sur les anciennes fortifications de Paris transformées en promenade. C’est le théâtre d’une bourgeoisie issue de la Révolution, avide de comédies faciles, après la dictature du théâtre « royal », tout en alexandrins.

Le théâtre de boulevard est né à la fin du XVIIIe siècle, boulevard du Temple, à Paris. Ce boulevard était même surnommé « le boulevard du crime », en raison des nombreux mélodrames et histoires de meurtres qui étaient présentés dans les théâtres le

libre entreprise. Un théâtre commerçant où l’entrepreneur, le directeur (parfois directeur-auteur, comme Bernstein aux Ambassadeurs) est prépondérant, et où les impératifs de rentabilité dominent, imposant des règles, un style, des esthétiques ». Amuser

Y

Il est populaire et se doit de l’être car, dit l’Encyclopédie Universalis, « c’est aussi le théâtre de la

L’origine du mot vaudeville est incertaine. Ce qui est sûr, c’est que le mot désigne à l’origine non pas un genre théâtral mais un type de chanson populaire française, caustique et grivoise, né à la fin de la guerre de Cent Ans. Le mot lui-même viendrait de Val-de-Vire (au pluriel, Vaux-de-Vire), la région normande d’où sont originaires les premières chansons de vaudevire ou vaudeville. Ce n’est que vers la fin du XVIIe siècle que le vaudeville se transforme en théâtre, lorsque les comédiens et les auteurs se mirent à introduire des airs chantés dans leurs spectacles, donnant ainsi naissance à la « comédie en vaudeville ». Dans le genre, les couplets chantés sont entrecoupés de scènes parlées. Le vaudeville connaît son apogée au XIXe siècle, lorsqu’un certain public bourgeois, avide de divertissement et de légèreté, est lassé par les comédies « sérieuses » en cinq actes et en vers. Le mot désigne alors une comédie populaire légère, pleine de rebondissements. Les thèmes sont des situations grivoises, sur fond de relations amoureuses ou pécuniaires multiples et complexes, qui reflètent bien une certaine société bourgeoise et oisive de l’époque. Le quiproquo est régulièrement utilisé pour provoquer le comique.

le public – à n’importe quel prix – et le flatter était la garantie d’un succès commercial. S’il est toujours resté facile, il n’a cependant pas toujours conservé son côté naïf : « Poussé par la

concurrence, le Boulevard a su créer des genres dramatiques féconds, comme la féerie et le mélodrame ; il a su faire évoluer la farce, la parade et l’ancien vaudeville vers la comédie de mœurs ou le comique de situation », explique encore l’encyclopédie.

L’avènement de grands auteurs Le théâtre de boulevard connaît son âge d’or entre Napoléon III et la Première guerre mondiale. Le

Eugène Scribe (1791-1861) était le plus célèbre d’entre eux : il nous a laissé plus de 500 œuvres, dont la majorité de vaudevilles. Mais il a aussi écrit des livrets d’opéras et opérettes, comme celui de La muette de Portici, l’opéra d’Auber qui a déclenché la Révolution belge en 1830. De grands auteurs le suivent :

« Vers 1860, le vaudeville perd sa dimension musicale récupérée par l’opérette pour se fondre avec la comédie de mœurs, et gagner ses lettres de noblesse avec E. Labiche et G. Feydeau, qui parachèvent l’évolution amorcée par Scribe. Avec eux, le vaudeville devient une merveille de mécanique théâtrale, dont l’éblouissante virtuosité (sensible dans la subtile construction de l’intrigue, la multiplication des quiproquos, l’enchaînement frénétique des situations loufoques) n’exclut pas la puissance corrosive dans la mise à nu des mensonges et des conventions sociales ; d’où, sans doute, l’intérêt des grands metteurs en scène contemporains (P. Chéreau, J.-P. Vincent, G. Lavaudant) pour ces deux auteurs, longtemps considérés par les intellectuels comme les parangons du théâtre petit-bourgeois de pur divertissement », explique-t-on dans l’Encyclopédie Larousse.

Mademoiselle Beulemans à la tévé Après la Première guerre, le théâtre de boulevard semble s’essouffler, tandis que le théâtre « d’auteur » prend de l’importance. Il sombre d’autant plus dans la facilité que les spectateurs exigeants le désertent pour XXX


THÉÂTRE

Les Arts de la Scène 6

DE BOULEVARD qui avait fait du genre son fonds de commerce. C’était la grande époque des Christiane Lenain, Serge Michel, Jacques Lippe, Jacqueline Maillan, Marthe Mercadier, Jean Lefebvre, Robert Lamoureux, Jacques Balutin, Maria Pacôme, Michel Leroux… Pour beaucoup de téléspectateurs de l’époque, théâtre était devenu synonyme de comédie de boulevard…

XXX

« Monsieur chasse », de Georges Feydeau (photo Galeries)

Proposer du rire crédible Aujourd’hui, le genre semble dépassé. « Ca ne veut plus rien dire du tout », explique David Michels, le directeur actuel du théâtre des Galeries. « Le boulevard a un côté David Michels, directeur du théâtre des Galeries

des scènes plus modernes. Le fameux triangle mari-épouseamant, dont Sacha Guitry s’est fait une spécialité, s’impose pratiquement comme unique ressort dramatique. Très parisien, le théâtre de boulevard s’est imposé dans toute la France, ainsi qu’en Belgique. On lui donne des accents régionaux. Dans le Midi, c’est Marcel Pagnol qui en délivre les plus beaux moments. Chez nous, ce sont Fernand Wicheler, Frantz Fonson, qui

créent ensemble Le mariage de Mademoiselle Beulemans, Paul Van Stalle et Joris d’Hanswyck, à qui l’on doit Bossemans et Coppenolle… A partir des années soixante, la télévision joue un rôle majeur dans la popularité du vaudeville et théâtre de boulevard. Quasiment chaque semaine, on avait droit à une retransmission de pièce. Une fois sur deux, la RTB (pas encore F) réalisait sa captation au théâtre des Galeries, la scène bruxelloise

suranné. Le théâtre est le reflet de la vie. Comment peut-on encore croire en ces pièces où les femmes ne travaillent pas, où les hommes vivent de leurs rentes, où il n’y a pas de GSM ni d’internet… ? Les pièces que l’on montait dans les années soixante, on ne peut plus les monter : nous devons proposer du rire crédible. » Pour autant, David Michels, qui se bat depuis plus de dix ans pour changer l’image de son théâtre, ne jette pas le bébé avec l’eau du bain : « Le boulevard a créé

d’excellentes pièces, avec des personnages humains et des sentiments qui évoluent, avec des références à l’actualité, à l’histoire ». D’ailleurs, les Galeries, bien qu’ayant changé de style, proposent encore chaque année au moins une pièce du répertoire. Cette année, c’est Panique au Plazza, de Ray Cooney (« l’héritier de Feydeau », dit David Michels), avec des imbroglios, des portes qui claquent, de la mauvaise foi et des rebondissements…, les ingrédients essentiels d’un bon vaudeville.

Les comédiens faisaient leur show Le mariage de Mademoiselle Beulemans est aussi régulièrement remis à l’affiche. « Au moins

une fois tous les dix ans. Certaines pièces sont indémodables », précise le directeur. C’est vrai que le succès de la pièce ne s’est jamais démenti. Les acteurs changent, les générations se succèdent, mais la salle est toujours remplie. Les jeunes redécouvrent cette pièce truculente en diable, où pour une fois, ce sont les Belges qui tournent en dérision les Français.

« Mais quand je remonte Beulemans, il y a certaines scènes qui semblent un peu longues. Il faut redynamiser la pièce. Dans le rire, on va plus vite aujourd’hui. Le public anticipe les faits. On va aussi beaucoup plus loin dans

CIEL !

MON MARI

!

A force d’entendre l’expression, devenue le symbole du vaudeville, on ne sait plus exactement qui l’a inventée ni même si elle a été un jour écrite. Eh bien oui, elle existe bien, et dans l’une des plus emblématiques pièces de boulevard, La puce à l’oreille, de Georges Feydeau ! Elle est prononcée par Raymonde, une des protagonistes principales, qui croit apercevoir son mari dans l’escalier d’un hôtel louche après avoir difficilement repoussé les avances d’un prétendant empressé et pressant. Prise de panique, elle se réfugie dans la chambre d’un Anglais qui, pas plus étonné que ça, croit qu’elle vient pour lui. Il referme la porte de sa chambre, dont Raymonde ne ressortira que quelques minutes plus tard en s’écriant « Voulez-vous me laisser, espèce de satyre ! ».

le souci du détail, dans le réalisme et la sincérité. Autrefois, les pièces étaient tirées par des grosses vedettes qui faisaient leur numéro de baratin. On allait voir Christiane Lenain ou Serge Michel… Ils étaient presque plus importants que la pièce. Ce n’est plus vrai maintenant. La scénographie a pris de l’importance. Et la technique aussi a beaucoup évolué », raconte David Michels. A côté de ces classiques, la programmation a bien changé, mais les comédies y sont toujours majoritaires. « Il y a une nou-

velle manière d’écrire depuis les années quatre-vingt. Des auteurs comme Françoise Dorin, Josiane Balasko, Agnès Jaoui et JeanPierre Bacri ont beaucoup apporté à la comédie », explique le directeur du théâtre.


7 Les Arts de la Scène

THÉÂTRE DE BOULEVARD que l’on se souvient davantage des fous rires de Bourvil dans La bonne planque et des yeux écarquillés de Jacques Lippe dans Le mariage de Mademoiselle Beulemans que du reste… Est-ce à dire qu’il n’y a plus en Belgique de comédiens capables de faire ce qu’on appelle un « gros numéro » ? « Non, nous avons par

Du premier au second degré Au théâtre de la Toison d’Or aussi, on a ressorti pour la nouvelle saison Boeing Boeing, un vaudeville de Marc Camoletti créé en 1960 qui a connu un succès mondial. L’argument est simple : un journaliste a trois maîtresses, toutes hôtesses de l’air ; grâce aux fuseaux horaires différents pour chacune d’entre elles, il parvient à suivre ses trois histoires d’amour sans problème… jusqu’à ce que son petit système se grippe. Nathalie Uffner, qui monte la pièce, a la même vision sur le théâtre de boulevard que son collègue des Galeries : « Autrefois,

il y avait des comédiens avec une personnalité tellement forte qu’ils se permettaient d’avoir la même interprétation, quelle que soit la pièce qu’ils jouaient. Mais le reste était moins bon. » C’est vrai

UN

exemple, monté il y a deux ans ‘Eux’, une pièce de Juan d’Oultremont où Michel de Warzée nous a fait un véritable show. Ce genre de numéro est tellement jubilatoire pour les spectateurs que ce serait dommage de s’en priver… » répond Nathalie Uffner. « Mais j’ai quand même comme objectif d’avoir des comédiens qui soient tous aussi bons les uns que les autres, qui soient des perles aussi bien dans les petits rôles que dans les grands. » Pour Boeing Boeing, Nathalie Uffner va garder l’esthétisme des années soixante. « Ca ne me plai-

rait pas de la monter à la mode actuelle », dit-elle, « d’autant plus qu’elle est très bien écrite.» Mais elle avoue que si elle devait monter d’autres pièces de boulevard ou vaudevilles, elle y ajouterait sans doute une touche un peu plus décalée. Le second degré, une particularité belge ? Sans doute. « Nous

avons une forme de rire entre le premier degré français et le nonsens anglais », analyse David Michels. C’est peut-être pour cela que nous aimons toujours autant les pièces de boulevard françaises : parce que nous rions souvent au second degré d’une œuvre qui a souvent été écrite au premier…

BOULEVARD DE

DVD

La RTBF a eu la bonne idée de ressortir de ses archives quelques pièces de boulevard, de les restaurer et de les éditer en DVD. C’est ainsi que vous pouvez retrouver des pièces comme « Madame Sans-Gêne », « J’y suis, j’y reste » ou « Les portes claquent », avec Christiane Lenain, « Le vison voyageur », avec Serge Michel, « La bonne planque », avec Bourvil, et évidemment « Le mariage de Mademoiselle Beulemans » et « Bossemans et Coppenolle ». La plupart de ces pièces ont été captées lors d’une représentation au Théâtre des Galeries. Elles sont disponibles dans la boutique en ligne de la RTBF, ainsi que des pièces d’autres éditeurs, comme « Boeing Boeing », captée au Théâtre Saint-Michel, « La puce à l’oreille », avec Louis de Funès, « Tailleur pour dames » et tant d’autres. Prix : de 9,90 à 15,90 € www.rtbf.be/boutique

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THÉÂTRE

Les Arts de la Scène 8

ANTIQUE

La Grèce a été pas mal mise à l’honneur – si l’on peut dire – ces derniers temps. Entre soubresauts financiers et électoraux, certains commentateurs ont quand même rappelé qu’elle avait été le berceau de la démocratie. Cet été, on s’est souvenu qu’elle avait aussi inventé les jeux olympiques. Notre théâtre moderne, lui aussi, doit beaucoup aux anciens Grecs…

une sorte de concours où cinq comédies étaient présentées. Enfin, les trois derniers jours étaient réservés aux agôns tragiques, pour lesquels chaque poète ou dramaturge disposait d’un jour pour proposer sa tétralogie : trois tragédies et un drame satyrique.

Le théâtre de Dionysos au pied de l’Acropole, à Athènes

T

Théâtre de la Flûte Enchantée 18, rue du Printemps - 1050 Bruxelles SAISON 2012-2013

ABONNEZ-VOUS Pour 8 ou 6 spectacles (au choix)

ADULTES SENIORS

95 €/8spect . 75 €/8spect .

Boomerang

80 €/6spect . 65 €/6spect .

Jeux de scène

Bernard Da Costa

Victor Haïm

Les dames du jeudi

Légende d’une vie

Incorrigible !

La nuit sera chaude

Erreur judiciaire !

Bien mal... à qui ?

Loleh Bellon

'ĠƌĂƌĚīĂŐĂƌĚ Marc Helsmoortel

out a commencé avec Dionysos, le dieu de la vigne et du vin. Son culte était l’occasion de grandes cérémonies qui se sont, au fil du temps, transformées en représentations théâtrales. C’est ainsi que petit à petit, Dionysos est aussi devenu le dieu du théâtre.

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Josiane Balasko

Roland-François Aebi

RENSEIGNEMENTS RÉSERVATIONS de 11h00 à 18h00

0474 / 28 82 69 ZZZODÀXWHHQFKDQWHHEH

Trois grandes fêtes étaient célébrées en son honneur : les Grandes Dionysies (ou Dionysies urbaines), les Petites Dionysies et les Lénéennes. Les Grandes Dionysies étaient ouvertes à tous, Athéniens ou étrangers, riches ou pauvres. Elles se déroulaient à Athènes, pendant six jours au printemps. La place coûtait deux oboles (soit un tiers de drachme), mais les pauvres pouvaient bénéficier du theorikon, une somme d’argent offerte par la cité pour compenser leur journée de travail et qu’ils puissent s’acquitter de l’entrée. Hé oui, déjà à cette époque, les pouvoirs publics subventionnaient l’accès à la culture et à la religion… Danse, chant, poésie, tragédie, comédie…, il y en avait pour tous les goûts ! Les festivités s’ouvraient par une procession solennelle. La statue de Dionysos était transportée depuis Eleuthère jusqu’à son sanctuaire, sur le flanc sud de l’Acropole. Le deuxième jour était consacré aux dithyrambes, des poèmes lyriques consacrés au dieu. Cinquante hommes dansaient et chantaient autour de l’autel, situé au milieu de l’orchestre du théâtre de Dionysos, que l’on peut encore voir aujourd’hui à Athènes. Le quatrième jour, se déroulaient les agôns comiques,

Les Petites Dionysies (ou Dionysies rurales) avaient lieu durant l’hiver. Les fêtes étaient centrées sur des processions pour la fertilité, notamment les Phallophories, pendant lesquelles on promenait un phallus en bois. Toujours en l’honneur du dieu du théâtre, les Lénéennes se déroulaient peu après les Petites Dionysies mais ne présentaient que des comédies. Elles étaient davantage réservées aux Athéniens, bien que les étrangers puissent faire partie des chœurs et que les métèques – les étrangers résidents d’Athènes – puissent devenir chorèges, c’est-à-dire sponsors officiels des chœurs.

La tragédie, reflet de l’histoire

Les tragédies étaient divisées en scènes, composées de dialogues et de poèmes lyriques chantés par le chœur. Ces pièces s’inspiraient de la mythologie, et parfois de l’histoire antique, notamment la guerre de Troie, les exploits d’Héraclès ou le destin d’Oedipe. Le nombre d’acteurs se limitait à trois, tous des hommes. Quatorze choristes et un chef composaient le chœur.


9 Les Arts de la Scène Elles posaient souvent des questions politiques, liées à l’actualité, comme par exemple l’Orestie, une trilogie d’Eschyle qui soulevait la question du rôle de l’Aréopage, le tribunal athénien en charge des homicides et qui avait perdu toute importance politique après une grosse réforme. Les tenues de scènes, très colorées, étaient conçues pour grandir les trois protagonistes et les rendre plus impressionnants. Ainsi, des masques leur permettaient de jouer plusieurs rôles, dont des femmes, et servaient

Voilà un mot qu’il est beau !

« Qui loue, qui exalte avec emphase », nous apprend le Petit Robert. Mais la première signification de cet adjectif est « qui appartient au dithyrambe ». Les dithyrambes étaient ces poèmes lyriques à l’éloge de Dionysos. A l’origine, ils étaient récités dans le temple du dieu ou sur l’agora, la place où siégeait l’assemblée du peuple. Mais lentement, un lieu spécifique s’est ajouté au temple pour les représentations théâtrales. Et la scène vit le jour…

de porte-voix, malgré l’excellente acoustique des théâtres grecs. Les cothurnes, chaussures aux talons de bois, pouvaient atteindre plusieurs dizaines de centimètres d’épaisseur et permettaient d’encore se grandir et de se conférer un air plus majestueux. Les costumes étaient des chitons, ces longues tuniques tombant jusqu’aux aux talons. La longueur de la tenue permettait de grandir davantage les acteurs, une illusion renforcée par le fait qu’ils remontaient leur ceinture au-dessous de la poitrine et non aux hanches, comme dans la vie ordinaire. Les chitons plus courts étaient réservés aux rôles de serviteurs, signalant par là l’infériorité sociale du personnage dès son entrée en scène.

La comédie, portrait d’une société Les historiens de l’art distinguent l’ancienne et la nouvelle comédie. L’ancienne comédie désigne la production comique athénienne du Ve siècle avant notre ère. Elle se caractérise par des intrigues traitant de la vie de la cité. Elle présente un schéma dramatique simple en deux parties : dans la première, le héro cherche et trouve un moyen de se dépêtrer d’une mauvaise situation ; dans la

Le théâtre antique grec est physiquement divisé en trois parties : • Un orchestre : aire circulaire réservé au chœur, aux danseurs et aux musiciens. • Des gradins (appelés koïlon ou theatron) disposés en demicercle autour de l’orchestre. Les premiers rangs, plus confortables, étaient réservés aux spectateurs de marque. • L’espace réservé aux acteurs, composé de deux parties : le proskénion (scène), longue estrade en bois ou en pierre située en face de l’orchestra ; et derrière ce proskénion, la skènè, le bâtiment où se cachaient les acteurs, la machinerie et les décors constitués de toiles peintes suspendues Ca vous rappelle quelque chose ? Effectivement, le théâtre grec est considéré comme l’ancêtre du théâtre à l’italienne. deuxième, le triomphe du héros et ses conséquences sont mises en scène. Aristophane en est l’auteur le plus connu.

die ancienne. Et devinez quel est le thème le plus souvent utilisé ? L’amour, évidemment, et plus spécialement les amours contrariées.

Dans la comédie nouvelle, l’action se rapproche davantage de l’homme en se situant dans le cadre domestique et familial. L’intrigue devient plus importante, l’action plus cohérente, bien que le hasard y joue toujours un grand rôle. Les personnages y sont décrits de manière encore plus stéréotypée que dans la comé-

Malgré cette évolution vers des thèmes plus triviaux, le style s’assagit, les vulgarités sont bannies et les règles de politesse respectées. Bien que n’ayant remporté que huit victoires pour plus d’une centaine de pièces (souvenezvous : il s’agit de concours…), Ménandre était l’auteur le plus populaire de ce type de comédie. XXX


XXX

THÉÂTRE

Les Arts de la Scène 10

ANTIQUE

L’invention de l’espace scénique L’organisation spatiale du théâtre telle qu’on la connaît aujourd’hui, avec des gradins étagés autour d’une fosse d’orchestre (où se tenait le chœur), avec une scène derrière laquelle on préparait l’entrée en scène des personnages, doit aussi beaucoup au théâtre antique. Etymologiquement, le mot « théâtre » vient du grec « theatron », qui désignait les gradins, l’endroit où l’on voit. De même, le mot « scène » dérive de la « skéné », qui correspondait plutôt aux coulisses actuelles, le « proskénion » correspondant, lui, à la vraie scène.

jours jouées, qui ont été adaptées des centaines de fois et ont inspiré de nombreux auteurs et metteurs en scène contemporains… jusqu’à parfois en devenir résolument avant-gardistes.

Pour éviter de devoir construire des gradins, les architectes grecs ont eu l’intelligence de profiter du terrain pour bâtir leurs théâtres à flanc de colline. En choisissant soigneusement le site, il suffisait de creuser un peu la colline et de l’aménager pour obtenir un splendide et large bâtiment. Mais la facilité de construction n’était pas le seul objectif : un tel environnement permettait d’obtenir une excellente acoustique. Si un jour vous avez la chance de visiter le théâtre d’Epidaure, l’un des mieux conservé de l’Antiquité, vous serez émerveillé par son acoustique : même assis tout en haut des gradins, vous pourrez facilement entendre la personne se tenant debout au centre de l’orchestre, sans qu’elle doive élever la voix. Pouvant accueillir jusqu’à 12.000 spectateurs, le théâtre d’Epidaure est toujours en activité : chaque année, il est le centre du Festival d’Epidaure, qui combine art lyrique et théâtre antique. Les auteurs anciens, eux aussi, sont restés d’actualité. Antigone, Œdipe roi, Médée, Iphigénie, Oreste et tant d’autres ne sont pas que des textes barbants enseignés à quelques collégiens en mal de culture antique : ce sont aussi des œuvres qui sont tou-

Le théâtre d’Epidaure: 12.000 places et encore en activité.

Simone Hubert

Etymologiquement parlant, l’hypocrite est un acteur. De « hypo » (en-dessous) et « kritês » (qui interprète, qui explique). Le premier hypocrite connu, c’est celui qui s’est détaché du chœur antique pour lui donner la réplique. L’histoire a retenu le nom de Thespis, un choreute du VIe s. avant notre ère, pour avoir été le premier comédien de l’histoire du théâtre : il aurait récité un monologue auquel le chœur répondait, créant ainsi l’art dramatique. L’hypocrite grec est donc celui qui fait semblant d’être un autre. Ce n’est que plus tard que le mot a pris le sens péjoratif de celui qui veut mal intentionnellement se faire passer pour meilleur qu’il n’est. Le comédien qui joue Tartuffe est donc doublement hypocrite. Mais c’est son métier, comme l’a souligné l’acteur Jacques Fabbri : « L’homme

de théâtre est un hypocrite professionnel alors que les autres sont des hypocrites occasionnels ».


ARTS FORAINS

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An De Win en tenue de scène au milieu des ses partenaires du “power track” dans Alegria. (photo Desmarais)

An De Win, Mieke De Vriendt et Stéphanie Van Buynder de passage à Bruxelles.

A

legria, c’est un univers habité par des fous du roi, des ménestrels, des gueux, des vieux aristocrates, des enfants ainsi que des clowns. Ce spectacle de cirque parle du pouvoir, des changements d’époques et de régimes, de liberté et de transformations sociales. Alegria, c’est aussi 22 semi-remorques, dix millions de spectateurs et une troupe d’une centaine de personnes, dont 55 artistes de 18 nationalités différentes. Le Cirque du Soleil semble aimer la Belgique… et inversement. Il ne se passe presque pas une année sans qu’un spectacle ne passe par chez nous. Cette année est exceptionnelle puisque ce sont deux spectacles qui sont proposés, dont Alegria, qui revient pour la deuxième fois, dix ans après son premier passage. A 59 euros pour la place la moins chère, faut-il que les Belges aiment ce genre de spectacle, qui allie les acrobaties, la poésie, la musique et l’humour !

« C’est vrai que nous sommes bien mieux reçus en Belgique qu’en France, par exemple », explique Bruno Darmagnac, le metteur en scène, lui-même français. « Peut-

être que les Français sont plus accrochés à une vision traditionnelle du cirque… Et puis, en Belgique, vous avez Franco Dragone. » Justement ! Alegria a été le premier spectacle du Cirque du Soleil mis en scène par Franco Dragone, en 1994. A part le fait qu’il a été adapté en 2009 pour pouvoir être joué en « arène » plutôt que sous chapiteau, le spectacle est pratiquement le même qu’à sa naissance. Les moindres détails sont consignés dans des « bibles », même les maquillages. Et pas question d’en changer un seul

Créé en 1984 à Montréal, le Cirque du Soleil fait aujourd’hui tourner simultanément 23 spectacles dans le monde, emploie 5.000 personnes, dont 1.300 artistes. Il a drainé la bagatelle de 100 millions de spectateurs. Cette année, le cirque a visité la Belgique avec deux spectacles différents, Alegria à Bruxelles, et Corteo à Anvers.

sans en référer aux créateurs originaux. Le metteur en scène en poste veille surtout à ce que tout se passe bien. S’il a peu de marge dans la création, le metteur en scène est cependant essentiel pour insuffler l’esprit « Cirque du Soleil » aux artistes. Car pour beaucoup, ceux que l’on nomme artistes aujourd’hui ne l’étaient pas hier : la plupart des acrobates viennent du sport de haut niveau. « Je suis

tique, championne de Flandre de tumbling, avait envoyé une vidéo à Montréal. Six mois après, elle était embauchée. Enfin, c’est un autre professeur, mais de mathématiques, et trois fois championne nationale de

tumbling, qui est venue compléter le trio. Mieke De Vriendt, 28 ans, a également envoyé une vidéo, sur les conseils de ses amies. Comme les autres, elle a dû s’exiler quelque mois à Montréal, histoire d’assimiler des pas de danse et d’apprendre les chorégraphies. A Montréal, les ex-sportifs doivent en effet suivre des classes de comédie, de danse et de musique. Des sorties culturelles ou des formations sont organisées pour affiner le sens artistique – et par là la qualité du jeu scénique – des nouveaux artistes. Malgré leur virtuosité dans leurs disciplines respectives, cela demande pas mal d’efforts : « Jouer la comé-

die, ce n’était pas facile au début. Ici, ce qui compte, c’est le public, alors qu’en compétition, c’était uniquement la performance », explique An De Win. Aujourd’hui, An et ses copines se considèrent comme des artistes à part entière. Les entraînements se poursuivent tous les jours, comme pour les sportives de haut niveau qu’elles étaient, mais c’est surtout le trac de manquer un pas de danse, de ne pas sourire quand il faut et de ne pas captiver le public qu’elles ressentent avant de monter en scène.

là pour que les artistes restent dans la peau de leur personnage, pour qu’ils ne se mettent pas en pilotage automatique au bout d’un certain nombre de représentations. Pour les acrobaties, ils ont leurs entraîneurs », explique encore Bruno Darmagnac. Parmi les 55 artistes d’Alegria qui sont passés à Bruxelles cette année, on trouve trois Belges, cumulant à elles trois une dizaine de titres nationaux de gymnastique, plus quelques titres régionaux. An De Win, 31 ans, assistante sociale de formation, a été sept fois championne de Belgique de tumbling, une discipline qui impose d’effectuer des acrobaties sur une piste élastique de 25 mètres de long sur 1,5 mètre de large. Elle a été repérée il y a quatre ans lors d’une compétition par un scout du Cirque du Soleil, qui lui a demandé de venir passer une audition à Paris. « C’était un

rêve qui s’accomplissait. J’avais vu Alegria à Anvers quand j’avais seize ans et pour moi, c’était le top. », raconte-t-elle. Une Belge en entraînant une autre, c’est Stéphanie Van Buynder, 27 ans, qui a rejoint An peu après. Ce professeur de gymnas-

An De Win, Mieke De Vriendt et Stéphanie Van Buynder de passage à Bruxelles.


ABÉCÉDAIRE

A lternatives théâtrales Revue périodique fondée en 1979 par Bernard Debroux, qui fut entre autres directeur des maisons de la Culture de Tournai et de Namur, et Georges Banu, professeur au Centre d’études théâtrales de Louvain. Chaque numéro d’Alternatives théâtrales est consacré à un thème, un auteur, une œuvre. www.alternativestheatrales.be

Les Arts de la Scène 12

C hassepierre Le Festival International des Arts de la Rue de Chassepierre, à la mi-août en Gaume, en est à sa 39e édition. Cette grande kermesse qui envahit tout un village et réunit une cinquantaine de troupes professionnelles et plus de 200 artistes est le rendezvous immanquable pour les arts de la rue. C’est malheureusement trop tard pour cette année-ci. Revenez l’année prochaine. www.chassepierre.be

D elcampe

B ellone La Maison du Spectacle - la Bellone est, depuis sa fondation par Serge Creuz en 1980, «le » centre voué au spectacle en Fédération Wallonie-Bruxelles. Outre des initiatives telles que l’organisation ou l’accueil d’expositions consacrées au spectacle, les entretiens, les spectacles, les publications, la Bellone abrite le Centre d’Information et de Documentation Théâtre (CID). C’est aussi un très bel endroit un peu caché au cœur de Bruxelles. www.bellone.be

Né en 1939, Armand Delcampe a fondé en 1968 à Louvain le Centre d’études théâtrales ainsi que le Théâtre universitaire de Louvain, qui devint plus tard l’Atelier Théâtre Jean Vilar de Louvain-la-Neuve. Acteur et metteur en scène, il a monté et joué plus d’une centaine de pièces. www.ateliertheatrejeanvilar.be

E tienne Claude Etienne (1917-1992), de son vrai nom Adrien De Backer, fut l’un des principaux animateurs de la vie théâtrale d’après-guerre à Bruxelles, selon le Dictionnaire encyclopédique du théâtre (Bordas). Comédien et

metteur en scène, il fonda le Rideau de Bruxelles. www.rideaudebruxelles.be

F alk

K ings of Comedy Cette maison de production qui fait tourner des artistes comme Alexis, Walter ou Alex Vizorek, est une « écurie» de jeunes humoristes belges « élevés à l’esprit Canal Plus » (sic). Kings of Comedy organise depuis 2011 le Brussels Comedy Festival et a fondé la première académie de l’humour en Belgique. www.kingsofcomedy.be

L ansman Née en 1922, Suzy Falk est la doyenne des comédiennes belges. Elle a pratiquement défendu tous les auteurs, de Shakespeare à Brecht en passant par Ionesco et Giraudoux. Elle a été élue meilleure comédienne en 2001. Elle a aussi joué dans près d’une vingtaine de films, dont le dernier, Le plus long détour, d’Anton Stettner, en 2007.

Emile Lansman est un éditeur très actif dans le domaine du théâtre francophone. Il a publié depuis 1989 plus de 600 titres d’auteurs de théâtre, belges d’abord mais aussi africains, québécois et français. www.lansman.org

M onnaie

G helderode Michel de Ghelderode (1898-1962) est l’auteur d’une quarantaine de pièces publiées et d’autant de pièces inédites. On a dit de lui qu’il écrivait un théâtre flamand en français. Il a réutilisé certains grands thèmes du théâtre (Don Juan, Faust) en les réadaptant à la sauce belge, avec ce qu’il faut de fête et de truculence.

H uisman Jacques Huisman (1910-2001), metteur en scène, a été pendant plus de quarante ans le directeur du Théâtre National. Il est également le créateur du Festival de théâtre de Spa. Ayant beaucoup œuvré à l’amélioration de la formation et du statut des comédiens, un prix qui porte son nom est décerné chaque année depuis 2002 pour permettre aux jeunes comédiens et metteurs en scène de Wallonie-Bruxelles et ayant déjà une expérience significative de faire un stage à l’étranger. www.prixjacqueshuisman.be

I IAD et INSAS L’Institut des arts de diffusion (IAD), à Louvain-la-Neuve, et l’Institut national supérieur des arts du spectacle (INSAS), à Bruxelles, sont, avec le Conservatoire pour ce qui est de l’interprétation, les deux plus grandes écoles qui forment aux métiers de la scène (théâtre, mise en scène, image, régie, etc.). www.iad-arts.be – www.insas.be

J eunesse Le théâtre pour le jeune public est représenté par la Chambre des Théâtres pour l’Enfance et la Jeunesse (CTEJ) qui rassemble environ une soixantaine de compagnies. Chaque année en décembre, la CTEJ organise « Noël au théâtre », un festival qui propose des spectacles dans plusieurs salles. www.ctej.be

C’est au Théâtre royal de la Monnaie qu’a débuté la Révolution belge. Le 25 août 1830, on donne La Muette de Portici, grand opéra d’Auber. Sur l’air Amour sacré de la patrie, qui exalte le sentiment patriotique, les spectateurs se déchaînent. Ils sortent du théâtre et s’en vont attaquer le journal de l’occupant hollandais. www.lamonnaie.be

N ational Le Théâtre National, établissement d’utilité public créé en 1945, est le bâtiment phare de la Fédération Bruxelles-Wallonie pour les arts de la scène. Durant la durée de son contrat-programme (5 ans), le Théâtre National doit présenter au moins 80 spectacles, dont au moins trente productions propres ou coproductions et quinze accueils. Pour ce faire, il bénéficie d’une importante subvention. www.theatrenational.be

O péra Jean Absil, Philippe Boesmans, Albert Grisar, Charles-Louis Hanssens, Franz Servais…, la Belgique n’a pas manqué de compositeurs d’opéras. Mais c’est surtout au baryton José van Dam, popularisé par le film Le maître de musique, que l’on doit le récent regain d’intérêt pour l’art lyrique dans notre pays.


ABÉCÉDAIRE

13 Les Arts de la Scène

P ie Tshibanda Pie Tshibanda est un écrivain et conteur congolais né en 1951 et installé en Belgique depuis 1995, après l’épuration ethnique dont ont été victimes les habitants du Kasaï. Dans ses spectacles, il décrit avec humour la perception qu’ont les Africains et les Belges les uns envers les autres.

Q uote-part En 2011, le budget global du Service Théâtre de la Fédération WallonieBruxelles s´élevait à près de 40 millions d’euros dont 4 127 000 euros pour les jeunes publics, 33 397 000 euros pour le Théâtre adulte professionnel et 677 000 euros pour le théâtre amateur et dialectal. www.artscene.cfwb.be

R evue

fin d’année. Paillettes, danses, chansons, accents, premier, deuxième et troisième degrés, il faut être belge, ou pas, pour adorer. www.trg.be

S pa Le Festival de théâtre de Spa, créé en 1959, est le festival de théâtre le plus important en Belgique francophone. Chaque année en août, il se veut la vitrine de toute la production théâtrale belge. Cette année encore, il propose 6 créations, 26 spectacles et 23 compagnies. www.festivaldespa.be

T oone

Toone est une dynastie bruxelloise de marionnettistes qui perdure depuis 1830. Mais la transmission ne se fait pas nécessairement de père en fils : chaque nouveau Toone doit être adopté à la fois par son prédécesseur et par son public. L’accent bruxellois est de mise, même quand il s’agit de présenter des pièces en anglais… www.toone.be

U nion des Artistes du Spectacle Fondée en 1927, c’est la plus ancienne union d’artistes du spectacle en Belgique. Elle aide les artistes financièrement, juridiquement et moralement. Une part importante de l’aide financière revient aux artistes les plus âgés qui ne bénéficient pas d’une pension convenable. www.uniondesartistes.be

V ert

La Revue, où l’on raille nos institutions et nos hommes politiques avec force imitations, est devenue une institution à la période des fêtes de

Le festival Théâtre au Vert, qui en est à sa 11e édition et dure jusqu’au 26 août, installe le théâtre en pleine campagne. Pendant quatre jours, dans le petit village de Thoricourt, une dizaine de spectacles pour tous publics ont lieu dans des granges, en rue, sous chapiteau… www.theatreauvert.be

W allon Chaque année, l’Union culturelle wallonne décerne le Grand Prix du Roi Albert Ier pour encourager et valoriser le théâtre d’amateurs en langues régionales. Cette année, c’est la Compagnie Marius Staquet, de Mouscron, qui a remporté le trophée. www.ucwallon.be

X L’ XL-Théâtre du Grand Midi s’annonce comme un théâtre de création orienté vers les grands textes véhiculant de grandes idées… en vue de titiller les bonnes consciences et de bousculer les idées préconçues. www.xltheatredugrandmidi.be

Y Le Groupe Théâtral Y-Grec, est une compagnie assez éclectique capable de jouer de l’Euripide et du Sophocle aussi bien que du Pirandello, du Ghelderode ou du Bacri.

Z Le théâtre Zanni s’adresse aux enfants à partir de 2 ans, avec des comédiens-conteurs, des marionnettes et de la musique. Enfin, le Zirk Théâtre est davantage axé sur le cirque et la rue, avec un sens de l’humour axé sur le visuel. Zut, c’est fini… www.theatre-enfants.be www.zirktheatre.be


BONS PLANS

Les Arts de la Scène 14

Déjà, au départ, ce n’est pas très cher d’aller voir jouer une pièce de théâtre… En tout cas, bien moins que ce que la plupart des gens pensent ! Les théâtres, les pouvoirs publics et quelques associations font de gros efforts pour rendre la culture accessible à tous. Certaines catégories de personnes peuvent même s’offrir une place dans un théâtre prestigieux pour moins de trois euros… Mais quel que soit votre profil, il existe plein de formules et d’astuces pour payer moins cher et assister à un spectacle de qualité sans mettre en péril son compte en banque.

RIDEAU DE BRUXELLES 1 S’abonner S’abonner revient toujours moins cher qu’acheter des places à la pièce. Par exemple, l’abonnement « gourmand » au Théâtre National fait chuter le prix du spectacle à 8,50 euros au lieu de 19 euros. Les théâtres proposent de plus en plus souvent différentes formules d’abonnement, allant de la découverte de trois spectacles au choix pour ceux qui ne sont pas tentés par l’ensemble de la programmation ou pas sûrs d’être disponibles, jusqu’à l’ensemble des spectacles de l’année pour les plus assidus.

2 Bien choisir son jour et sa place Une entrée par abonnement pour un jour fixe en semaine et une place au deuxième balcon sera sensiblement moins chère qu’un fauteuil d’orchestre réservé pour une soirée de gala. Surfez sur les sites internet des théâtres ou téléphonez-leur pour voir quelle formule vous est la mieux adaptée. A titre d’exemple, pour le même spectacle, la place la moins chère pour un adulte au Théâtre

du Parc revient à 5 euros (et 2,50 euros pour les seniors !) contre 30 euros pour la plus chère. Notons que certains théâtres, comme le Théâtre de la Vie, vous offrent le spectacle le jour de votre anniversaire. Merci qui ?

3 Montrer ses papiers Vous êtes chômeur, étudiant, senior, voisin, handicapé, famille nombreuse, en groupe… ? Montrez vos papiers : tous les théâtres accordent des réductions à certaines catégories de personnes. Au Rideau de Bruxelles, par exemple, les demandeurs d’emploi et les moins de 30 ans payent moitié moins que les autres. Renseignez-vous à l’avance car ces avantages ne sont pas nécessairement pas les mêmes partout. Et ils ne sont pas cumulables.


15 Les Arts de la Scène

BONS PLANS 7 Des jeux, des concours, des partenariats, des parrainages…

4 Un kit découverte : Labonnement.be Labonnement.be est un abonnement de théâtre – en partenariat avec La Libre Belgique – qui vous permet de voyager de salle en salle, à Bruxelles et en Wallonie, en vous proposant une sélection de spectacles de tous genres. De 98 € pour 6 séances à 227 € pour 16 (tarif plein) au choix parmi 32 spectacles, ce kit découverte des théâtres francophones de Belgique est à réserver aux spectateurs nomades. www.labonnement.be

Certaines sociétés et institutions ont monté un partenariat avec un ou plusieurs théâtres et peuvent ainsi proposer des places gratuites (souvent des avant-premières) à leurs clients ou leurs habitués. Les médias sont aux avantpostes pour lancer des concours ou des tirages au sort et faire gagner leurs lecteurs/auditeurs/ internautes. Il suffit d’être un peu attentif et de bondir à temps sur son clavier ou sur son téléphone. Certains théâtres eux-mêmes proposent aussi des places ou des abonnements gratuits à ceux qui parrainent un certain nombre de nouveaux spectateurs. Demandezleprogramme.be mérite une mention spéciale. Cette association propose à la fois des concours et des réductions. www.demandezleprogramme.be

5 La dernière minute : Arsène 50 Lancé par la Fondation pour les Arts et financé par la Commission communautaire française, Arsène 50 offre des places de spectacles à moitié prix pour le soir même. Environ une centaine d’entreprises culturelles partenaires à Bruxelles participent à l’opération. Plus de 200 places sont mises quotidiennement à disposition du public. C’est « le » bon plan par excellence pour ceux qui s’y prennent tard… On peut retirer ses places, du mardi au samedi entre 12h30 et 17h30, à la billetterie du BIP (2, rue Royale à Bruxelles, juste à côté du Palais royal), ou réserver sur internet, de 14h à 17h30. Attention, les premiers arrivés sont les premiers servis. www.arsene50.be

6 Des promos sur le net Ticketnet.be est un site de réservation pour des spectacles, des soirées ou des concerts. Un onglet « promotions » propose très régulièrement un grand nombre de réductions sur les spectacles, même très longtemps à l’avance. www.ticketnet.be

8 Les sites d’enchères Sur certains sites de vente entre particuliers, on peut trouver des places pour des spectacles de théâtre, des concerts, de la danse, de l’opéra… Il s’agit bien souvent d’enchères, mais des particuliers revendent aussi leurs places à un prix fixe. Il s’agit ici bien souvent de spectateurs qui ne peuvent se rendre au spectacle, et non pas d’un marché noir organisé. Ainsi, sur Ebay, nous avons pu trouver deux places pour le spectacle de Jérôme de Warzée mises à prix à 3 euros (au lieu de 17), et deux autres pour Don Camillo à Villersla-Ville à 25 euros (au lieu de 35). Sur 2ememain, nous avons déniché des places pour le gala Verdi à l’Opéra de Liège à 20 euros, prix fixe (au lieu de 50). www.ebay.be www.2ememain.be

9 Les chèques Culture A l’instar des chèques Repas, certains organismes ou entreprises distribuent des chèques Culture à leurs employés. Ces chèques sont utilisables chez les partenaires culturels (cinémas, théâtres, musées, salles de spectacles, concerts…) qui ont adhéré au programme. Parmi ces partenaires, notons le Bozar, Wolubilis, le Théâtre 140, l’Opéra royal de Wallonie, le Théâtre royal du Parc, le Poche Charleroi, le Théâtre de la Vie, le Rideau de Bruxelles, le Marni, etc. www.sportculturepass.be


À L’AFFICHE

Comme le cinéma, le théâtre entretient une longue tradition avec l’affichage. Une belle affiche attire le regard, tente, dit si le spectacle est drôle ou sérieux, donne les indicaqu tions pratiques, héâtre à sa relie le théâtre ville…

E

lle nous a bien fait f rire, l’affiche du Théâtre des Doms pour le Festival d’Avignon de cette année ! Pour rappel, le Théâtre des Doms, propriété avignonnaise de la Fédération Wallonie-Bruxelles, est la vitrine de notre théâtre en France. Le graphiste a sans doute longtemps hésité entre la moule et le papillon pour illustrer la programmation du théâtre. Finalement très inspiré, il a pris les deux : une moule en forme de papillon, ce qui illustre bien à la fois la belgitude et la légèreté. Dans leur éditorial du programme, les directeurs Isabelle Jans et Belgitude et Hervé d’Otreppe saluent d’ailleurs l’exploit :

« L’année de la moule du papillon. Légère, tourbillonnante, mais ancrée dans le réel. Belge mais sans frites. Poétique dans sa crudité. Féminine en diable sans une touche de rose. Notre affiche porte bien, dans son envol, l’esprit de notre programmation. Neuf œuvres qui, les pieds sur les planches, osent la créativité, prennent de la hauteur, aiguisent le regard et l’écoute, pour un envol des idées. »

Les Arts de la Scène 16

Une tradition ancienne Créer une affiche pour le théâtre n’est pas un art qui date d’hier. Selon le Dictionnaire encyclopédique du théâtre (Bordas), il y en aurait déjà eu dans la Rome antique. Sous Louis XIII, en France, les affiches étaient apposées uniquement dans les endroits autorisés (175 à Paris en 1753). Avec force couleurs, elles indiquent le nom de la troupe, l’endroit, l’heure et le titre de la pièce. Ce n’est que petit à petit qu’apparaissent le genre ainsi que les noms des auteurs et des acteurs principaux. Les affiches de théâtre (ou de cabaret ou d’opéra) deviennent des œuvres d’art à part entière vers la fin du XIXe siècle. Est-il besoin de rappeler celles de ToulouseLautrec, de Chéret, de Mucha, de Bonnard ? En Belgique aussi, les peintres et graphistes se sont démenés pour rendre le théâtre attractif. Françoise Bernardi, une auteure spécialisée dans les estampes, les affiches et le symbolisme, cite entre autres Jacques Richez, Manfred Hürrig, Raymond Renard, Patrice Junius, Olivier Wiame, Julian Key, Nicolas Claes et tant d’autres dans une de ses chroniques parues en 2001 (Mémoires. La lettre mensuelle).


17 Les Arts de la Scène

À L’AFFICHE

Dessiner l’identité du théâtre

il a créé sa propre agence et a travaillé notamment pour le Théâtre de la Balsamine.

La qualité d’une affiche ne tient pas au nombre de spectateurs qu’elle amène au théâtre. Elle ne vient qu’en sixième position, après la télévision, la radio, la presse écrite, internet et le bouche à oreille, pour ce qui est de convaincre quelqu’un d’assister à un spectacle. Son intérêt est ailleurs : c’est une question de style, de l’image qu’on veut donner au théâtre. Du branding ou de la communication corporate, diraient les marketeurs.

En 2001, alors qu’il cherche à décrocher un contrat avec les Halles de Schaerbeek, Jo Dekmine, du Théâtre 140, lui présente Philippe Grombeer et Isabelle Jans, qui vont prendre la direction d’un théâtre nouvellement acquis par la Communauté française, celui des Doms.

« Depuis leurs créations, les théâtres ont compris qu’il est important de se définir un graphisme et une mise en page originale afin d’être reconnus rapidement par le public. Dans les années 50, des théâtres nouvellement créés comme le National et le Poche définissent un schéma d’affiche caractéristique. Celui-ci se répète d’un spectacle à l’autre, seules les informations textuelles changent. L’illustration n’est pas en rapport avec le spectacle annoncé, c’est plutôt le thème du théâtre de façon générale qui est repris », écrit Françoise Bernardi. A partir des années soixante, les affiches deviennent de plus en plus précises sur le plan visuel. Elles se rapprochent de la pièce elle-même et de sa mise en scène. Elle « illustrent » davantage. A cette époque, deux graphistes se détachent des autres : Manfred Hürrig qui travaille pour le Théâtre National de Belgique, et Jacques Richez qui, lui, œuvre pour le Théâtre de Poche et le Théâtre de l’Atelier Rue SainteAnne. « Ils sont tous les deux re-

connus en Belgique mais aussi à l’étranger. Ils font l’objet de nombreuses expositions mais aussi de récompenses », écrit encore la spécialiste.

L’expérience d’un graphiste L’auteur de la moule volante du Théâtre des Doms, c’est Lucas Racasse. Ce graphiste sévit depuis le début au théâtre belgo-avignonnais. Il a démarré à dix-neuf ans au Théâtre 140, en se mettant au service de son graphiste attitré, André Piroux. Puis,

Pendant dix ans, Lucas Racasse va dessiner pour les Doms. Il joue la carte de la dérision. A la belge. Plutôt avec bonheur, parce que ses affiches arrachent souvent un sourire au passant et qu’elles se détachent du magma des autres affiches collées dans la ville. En 2004, par exemple, il présente un cornet de glace avec l’Atomium en guise de boules ; en 2005, c’est un piment rouge sur fond jaune et lettrage noir ; en 2010, ce sont des choux de Bruxelles transformés en grenades prêtes à péter… Dans une longue interview accordée pour le livre paru pour les dix ans du théâtre, le graphiste revient sur son expérience et ses débuts :

« Il fallait donner une identité à ce théâtre et ce n’était pas simple. Il s’agissait de dire: Voilà, nous venons de Belgique, nous ouvrons un théâtre dans le sud de la France, nous allons vous montrer ce que nous faisons chez nous – mais en fait, vous savez, c’est plus compliqué que ça, il ne s’agit pas de toute la Belgique, juste de la Communauté française, c’est à dire une moitié de la Belgique, un tiers, en fait, parce qu’avec les germanophones...» L’affiche crée un lien entre le théâtre et la ville qui l’abrite. Une belle affiche habille le mur et attire le regard. Elle ancre le théâtre dans la rue, dans la galerie commerciale, dans le quotidien des habitants. Elle dit : ce théâtre est de chez vous. Il est rare que l’on affiche dans une autre cité que la sienne. Confrontés aux réalités économiques, il est malheureusement de moins en moins fréquent que les théâtres engagent un peintre ou un graphiste pour réaliser leurs affiches. Heureusement qu’il en reste encore quelques uns : il eût été dommage de passer à côté d’une si belle moule papillonnante…


FESTIVALS

X Bruxellons ! théâtre,

musique

Les Arts de la Scène 18

X Festival international des Brigittines danse, théâtre Christoffa, au Festival des Brigittines

Jasmina Douieb et Georges Lini dans « Une liaison pornographique », de Philippe Blasband, au festival Bruxellons

Festival de théâtre au château de Karreveld (Bruxelles), avec des grandes œuvres et du contemporain, pas mal de comédies (« Toc-toc » de Laurent Baffie, « Fugueuses » de Pierre Palmade, « Une liaison pornographique », de Philippe Blasband, « Le jeu de l’amour et du hasard » de Marivaux, etc.), « Le Carnaval des ombres » de Serge Dumoulin, « La vie devant soi » de Romain Gary, un hommage à Brel, Annie Cordy en concert, etc. Tous les soirs, le festival ouvre par un buffet à 19h et se termine au « bar du lac ». Jusqu’au 8 septembre, château de Karreveld (Molenbeek). De 7,65 à 30 €. www.bruxellons.net

X Cap Sonic 2011 multidisciplinaire C’est le dixième anniversaire de ce parcours d’art sonore ouvert aux autres formes artistiques. Ce festival propose des concerts, des installations et des prestations visuelles. Si Mons, avec son parcours sonore urbain, ses événements… reste son centre, le festival se déploie également pour la première fois à Bruxelles et à Huy, pour le parcours des Arts Contemporains.

X Festival du Théâtre en Rue théâtre

23 août X 16 septembre, à Mons, Bruxelles et Huy. Gratuit. www.citysonic.be

X Convention Danse d’Engis Festival de danse contemporaine qui mélange allégrement les genres (théâtre, musique, arts visuels…). Chaque année, il nous apporte son lot de découvertes chorégraphiques et théâtrales. Jusqu’au 1er septembre, à la Chapelle des Brigittines (Bruxelles). 12 €. www.brigittines.be

danse Stages, expositions, projections, performances, cinéma en plein air, centre de documentation, jam et programmation ... Tout sur la danse ! C’est la troisième convention de ce genre à Engis, près de Liège. 23 août X 1er septembre, à Engis. 9 € www.ccengis.be

A l’occasion des Fêtes de Wallonie, Mons organise pour la 8e année consécutive son Festival de Théâtre en Rue, un festival totalement gratuit permettant à tous, petits et grands, de goûter aux plaisirs du théâtre en plein cœur de la cité. 4 X 16 septembre, à Mons. Gratuit Tél. : 065/40 51 87 www.mons.be


19 Les Arts de la Scène

ILS ONT DIT

Au fil des livres, des articles de presse, des émissions de télévision, des pages internet, nous avons receuilli les citations de quelques professionnels belges du spectacle. Une mosaïque de mots qui soulève de temps en temps une question et répond parfois à une autre…

Sur le comédien… « Le comédien est comme une harpe éolienne qui émet des sons, donne des couleurs et une réalité à un personnage dont il est l’instrument. »

Jean-Claude Drouot, comédien, metteur en scène, directeur de théâtre « Le comédien, c’est l’hypocritès grec, celui qui porte un masque. Moi, mon plaisir, toute ma vie, c’est qu’on ne me reconnaisse pas. »

René Hainaux, comédien « Quand je travaille avec mes acteurs et danseurs, je me sens comme un aveugle hors de chez lui. Et eux sont mes chiensguides, qui m’emmènent loin, là où je ne m’attendais pas à aller »

« Je ne vais pas au théâtre pour entendre déclamer un livre. Ou alors, j’apporte le mien. »

Claude Semal, chanteur, auteur et comédien

Sur le théâtre… « Dans un univers de produits calibrés pour plaire immédiatement aux consommateurs et formatés pour correspondre aux intentions non dénuées d’arrièrepensées mercantiles, le théâtre, aujourd’hui plus que jamais, doit proclamer sa différence qualitative, développer son éthique citoyenne et affirmer sa spécificité artistique. »

Roger Deldime, directeur de théâtre et sociologue

Jan Fabre, auteur, artiste, metteur-en-scène

«Nous ne sommes pas là pour montrer mais pour représenter - au sens fort d’en être les représentants - une réalité qui échappe à toute mise en scène»

Sur le spectateur…

Frédéric Dussenne, acteur, metteur-en-scène.

« Au théâtre, on imagine des choses qui ne sont pas là donc il y a davantage de distance. On n’a pas forcément besoin de décor car on travaille sur la force de suggestion. On arrive à créer des images chez un spectateur rendu actif et qui travaille en permanence pour imaginer ce que la pièce lui raconte. »

Philippe Blasband, scénariste, dramaturge, réalisateur « Qu’est-ce que le théâtre ? C’est du réel dans de la production symbolique. L’acteur est réel. Et aussi l’acte théâtral hic et nunc. [...] Que regardaient du temps de Racine les spectateurs quand ils voyaient bouger les seins d’Andromaque ? Le rôle ? L’actrice ? Il y a toujours eu autour de cette histoire du réel – y compris dans les formes les plus stylisées de théâtre – des ambiguïtés. »

Jacques Delcuvellerie, metteur en scène

« Plus je vieillis, plus j’ai envie de dire que le théâtre, c’est un ensemble de sons humains fondamentaux, qui sont matérialisés à partir de la pensée et de l’écriture d’un poète et transmis le plus fraternellement possible au plus grand nombre. »

Armand Delcampe, comédien, metteur en scène, directeur de théâtre.

Sur sa place dans la société… « Le théâtre est le lieu où apparaissent violence et cruauté. Leur représentation doit servir à ce que l’horreur ne se reproduise pas. »

Gerard Mortier, directeur d’opéra. « Shakespeare n’a empêché ni la crise de 1929 ni les camps de concentration »

Thierry Debroux, dramaturge, comédien et metteur en scène.


LIVRES

Les Arts de la Scène 20

Sont-elles sèches ?

Aller à bonne école Régulièrement remanié depuis près de 25 ans, « Le guide du comédien » se targue d’être « la » référence de la profession pour ce qui est de l’enseignement de l’art dramatique et va même jusqu’à décerner des Masques d’or aux meilleurs établissements ou enseignants. Entre un quiz, la revue des différents établissements d’enseignement, un recensement des festivals, un guide de lectures et quelques conseils pour présenter un concours ou une audition, c’est vrai que ce guide est plutôt bien fait. Dommage qu’il accorde si peu d’importance aux écoles belges, alors que de plus en plus d’apprentis comédiens français s’y présentent. « Le guide du comédien », A. Hegel & E. Normand, 320 p., Ed. du Puits Fleuri, 2012. 22 €

« Le goût des mots », une petite collection bien intéressante pour pas cher pour ceux qui aiment s’amuser avec la langue. On y trouve entre autres Motamorphoses, de Daniel Brandy, qui part à la recherche de l’origine des mots de façon amusante, ou le Petit Fictionnaire illustré, un petit recueil de néologisme. Retenons ici Les chaussettes de l’archiduchesse, de Julos Beaucarne, un recueil de virelangues, ces expressions que l’on doit répéter sans se tromper. Exemples ? « Tuile ôté, trou au toit », « trois petites truites cuites », « suis-je bien chez ce cher Serge ? »… Et il continue en allemand, en anglais, en grec, en chinois, en viet… ! « Les chaussettes de l’archiduchesse », coll. Le goût des mots, 136 p., Ed. Points, 2007. 5,50 €

C’est le geste qui compte « Histoires de gestes » décortique douze de nos gestes les plus simples, comme marcher, tomber, tourner, courir, frapper… en partant du mouvement du danseur et en le confrontant à la philosophie, à l’histoire de l’art ou à d’autre sciences humaines. C’est, par exemple, la statue L’Homme qui marche, de Giacometti, qui donne à penser, ou les évolutions de derviches tourneurs et les portés des danseurs de ballet russes qui sont analysés… L’ouvrage prolonge une série de rencontres organisées par le Théâtre National de Chaillot et l’université Paris VIII mais reste très accessible à tout un chacun. « Histoires de gestes », collectif dirigé par Glon et Launay, 231 p., Actes Sud, 2012. 23 €


21 Les Arts de la Scène

LIVRES

L’art de l’éphémère Né à Etterbeek, Stéphane Georis a fondé avec sa femme la Compagnie des chemins de terre, qui voyage à travers le monde. En vingt ans, il s’est produit dans vingt-cinq pays. Ses créations mêlent des grands thèmes littéraires, des masques, des échasses, du cirque ou des marionnettes. « Le triomphe du saltimbanque » est un essai sur son art éphémère. « Après le numéro, le magicien est parti dans son chapeau. Il n’a aucune raison d’être fier, ni d’être prétentieux d’aucune manière, ni de se prendre pour un héros, un artiste, un grand homme. Jamais, dans ce métier, on ne peut se considérer comme arrivé. Aussitôt terminée, l’œuvre a disparu », écrit-il. « Le triomphe du saltimbanque », Stéphane Georis, 89 p., éd. Transboréal, 2011. 8 €

D’Auber à Wagner Plus qu’un dictionnaire, c’est un vrai guide destiné à un large public qui, curieux ou passionné, cherche des repères pour s’orienter dans le monde de l’art lyrique. « Le guide de l’opéra » offre un panorama très représentatif de l’opéra en suivant un fil chronologique, des premiers opéras au contemporain en passant par l’opéra-bouffe, le drame wagnérien, l’opérette, etc. Pour chaque œuvre majeure, l’auteur analyse les rôles et les voix, l’orchestre, l’argument, la musique, le contexte, les prolongements et les différentes versions discographiques. Un glossaire aide également à s’y retrouver dans les différents termes utilisés. « Le guide de l’opéra », Marie-Christine Vila, 312 p. Larousse, 2012. 30,30 €

Les illusions de la scène On ne se lasse pas de ce livre qui nous fait découvrir les coulisses de l’Opéra de Paris et de la Comédie-Française au XIXe siècle, avec l’impression du spectateur à qui un magicien dévoile ses tours. Car l’ouvrage ne se contente pas de relater l’histoire des décors et des révolutions scéniques. Il s’attache aussi à l’anecdote, aux différentes sortes de tomber le rideau, aux secrets des coulisses, aux premières utilisations de l’électricité sur scène ou aux trucages utilisés à l’époque des pantomimes, tel ce piano qu’un comédien devait traverser… « L’envers du décor » n’est pas seulement un livre d’histoire, c’est aussi un livre sur l’art de l’illusion. « L’envers du décor », collectif, 191 p., Ed. Gourcuff Gradenico, 2012. 29 €


Les Arts de la Scène 22

Une salle presque vide, de rares applaudissements, des spectateurs qui se lèvent avant la fin, des sifflets, des critiques éreintantes… L’échec fait partie du pari que constitue le montage d’une œuvre théâtrale. Il permet souvent de rebondir. Dans son numéro d’avril du « Petit Cyrano », la CTEJ (Chambre des Théâtres pour l’Enfance et la Jeunesse) en a fait le tour en donnant la parole aux auteurs, metteurs en scène, comédiens… Voici une sélection des réactions qu’a suscitées un tel thème.

« Peu de gens sont capables de voir une dramaturgie, un projet en devenir. Peu de gens sont capables de souffler sur les braises d’un spectacle pour que le feu prenne. »

Didier De Neck (Théâtre de Galafronie) « L’échec est un luxe ! »

Céline Delbecq (auteure et metteuse en scène) « Il n’y a pas d’échec, il n’y a que des transitions à aménager, des ponts à négocier dans son propre parcours, des lucidités à se construire, comme des frontières qu’il faut accepter sereinement de franchir. »

Catherine Simon (Quoi d’autre ASBL) « En scénographie, l’échec se dévoile à deux moments. Celui où on découvre les comédiens dans la scénographie : soit elle fonctionne, soit elle ne fonctionne pas ou pas bien. Et lors de la représentation devant les spectateurs. Il y a une mayonnaise qui prend ou ne prend pas. »

Christine Flasschoen (scénographe)

« L’échec, dans notre métier, est souvent compris comme ‘insuccès’ (spectacle qui ne se vend pas) ou pire comme ‘bide’ ou ‘four’ (spectacle que les gens applausissent du bout des doigts de façon polie, spectacle que les gens sifflent…). Il y a à la fois une notion de reconnaissance et d’appréciation venue de l’extérieur […] et aussi une notion de valeur marchande […], qui dépend elle aussi de l’extérieur. »

Michèle Moreau (Faux comme il faut) « Qu’est ce j’ai fait chers spectateurs ? - Vous ne savez pas… Vous balbutiez… - Vous bégayez… […] - Vous voilà redevenu comme un petit enfant pris en flagrant délit d’avoir voulu faire comme les grands ! - Vous tremblez ! - Eh oui - Vous vous sentez coupable ! »

Ariane Buhbinder (L’Anneau Théâtre) « Tout artiste sait que dans le processus de création on se tient sans cesse aux portes de l’échec. L’art dialogue en permanence avec l’échec parce que l’échec possède en lui des possibles infinis. Là où le succès n’a qu’un chemin, l’échec lui est un labyrinthe, un dédale qui semble sans fin. Pour découvrir précisément ce chemin unique qui mènera à la réussite, l’artiste devra bien souvent emprunter tel un aveugle errant, des dizaines voire des centaines de voies qui se révèleront sans issue. »

Sybille Cornet (Welcome to Earth) « L’influence des rumeurs, du bouche-à-oreille, est énorme et le succès d’un spectacle dépend souvent de quelques impressions de quelques individus isolés, de quelques lignes dans la presse. »

Lievens Baeyens (Cie Iota)

« L’échec ! Je hais ce mot qui parle d’un moment précis : ça, c’est l’échec ! Phonétiquement sec, visuellement peu souple et peu riche : comment faire un vilain mot de 5 lettres avec 3 ? Non, c’est moche, ce mot qui ne laisse entrevoir aucun avenir, aucune ouverture. Il vaut le TILT du flipper : voilà oublie tout (même le plisir que tu as eu), va te rasseoir, tu as juste perdu ton argent de poche. Il entretient un pouvoir malsain de la part de ceux qui le distribuent. Ce mot ne permet aucune entrevue de rebondissement quelconque, il est un point final. Je ne le veux pas. Je lui préfère : erreur (3 lettres aussi c’est drôle), maladresse, connerie même, oh raté, on aurait dû ceci, on veillera à cela. On continue, c’était pas le bon chemin. Ah, intéressant le vilain détour qu’on vient de faire. »

Valérie Joyeux (Les pieds dans le vent) « Ne me dites pas que Vincent Van Gogh n’a jamais raté un seul tableau, que ses coups de pinceaux ont toujours eu cette magnificence? »

Jean-Paul Fréhisse (Siba ASBL) « Selon une étude, avant de pouvoir réussir une activité humaine telle que marcher, nous devons réaliser un peu plus de 1400 tentatives. Cette observation redonne espoir aux créateurs de spectacles. Si l’on compte les quelques fancy-fair, les spectacles entre copains et une vingtaine ou trentaine de créations, disons qu’il reste 1350 essais avant de parvenir à réaliser un spectacle réussi. »

Loris Liberale (Sequenza) www.ctej.be


AIDES

23 Les Arts de la Scène

Des théâtres dynamiques, des créations originales, des salles pleines… tout cela dépend aussi des pouvoirs publics et de l’aide qu’ils peuvent apporter au monde du spectacle. Les six opérateurs qui bénéficient cette année le plus largement des subventions de la Communauté française, grâce à leur contratprogramme, sont :

X Le Théâtre National 6.516.000 €

X Le Théâtre de la Place 2.494.000 €

X Le Public

1.870.000 €

X L’Atelier Théâtre Jean Vilar u sein de l’Administration de la Culture dépendant de la Fédération WallonieBruxelles, le Service des Arts de la Scène occupe une place importante. Il a pour objet l’encouragement et le soutien de la création artistique et de la production de spectacles vivants, leur promotion et leur diffusion auprès des publics les plus larges.

A

Cinq domaines artistiques y sont traités: le théâtre, la musique classique et contemporaine (y compris l’art lyrique), les musiques non classiques, la danse, les arts forains, du cirque et arts de la rue. Le théâtre est quantitativement le plus important de ces cinq domaines. Il se divise en sous-catégories : théâtre adulte, théâtre pour l’enfance et la jeunesse, théâtre action, danse, arts forains, du cirque et de la rue, sans compter le théâtre amateur et les festivals. Cette catégorisation n’est toutefois pas parfaite, certaines compagnies pouvant se produire, par exemple, à la fois sur une scène, dans la rue ou même dans des entreprises pour de l’animation. Différents types d’interventions sont prévus par le décret-cadre des Arts de la Scène. Entre autres des bourses, qui peuvent être accordées à des personnes physiques pour aider à la création artistique, à la formation continuée ou à la recherche ; des aides ponctuelles, qui visent à soutenir un projet de spectacle ; des conventions, qui sont conclues pour des durées de deux ou quatre ans et consistent en des subventions annuelles de fonctionnement ; des contrats-programmes, les

aides les plus importantes mais liées à un cahier des charges plus lourd que pour la convention. Les contrats-programmes doivent aussi respecter des critères spécifiques concernant la décentralisation, la coproduction, l´accueil en création et en résidence, les pourcentages de masse salariale et de recettes propres.

tant, 39,7 millions d’euros ont été attribués au Service du Théâtre. Et dans ce service, c’est bien sûr le théâtre adulte professionnel qui se taille la part du lion, avec 33,4 millions d’euros (y compris le Théâtre National et les centres dramatiques).

1.798.806 €

X Le Théâtre Varia 1.768.775 €

X Le Rideau de Bruxelles 1.541.075 €

Source : www. artscene.cfwb.be

XXX

D’autres aides sont encore mises en place, qui peuvent aussi bien profiter au théâtre qu’aux secteurs musical, circassien ou chorégraphique : des aides pour la diffusion des arts de la scène en milieu scolaire, dans les centres culturels, des bourses à la création, etc.

Venez découvrir La Fabrique de Théâtre ! Première partie de saison

Toute demande est examinée par le Service du Théâtre de la Communauté française et fait l´objet d´une analyse par le Conseil de l’Art dramatique (CAD), qui évalue la valeur artistique du projet. Son avis est transmis au Ministre pour décision.

Aprem Exploration # 2 (Ateliers-rencontres)

Vernissage de l’exposition d’Emelyne Duval Septembre 2012

Œdipe à Colone (Théâtre) Septembre

Vu le nombre important de scènes dans notre pays (certains disent que c’est la plus grande concentration de théâtres au monde), la tendance est au regroupement des ressources dans le subventionnement. Les aides à l’année sont de plus en plus délaissées au profit des contrats-programmes et des conventions. C’est plutôt un bien de privilégier un soutien durable dans le temps, mais cela a pour effet que les petits théâtres ont moins de chances de bénéficier des bienfaits des pouvoirs publics. En 2011, la Communauté française a dépensé 87,7 millions d’euros pour le Service général des Arts de la Scène. De ce mon-

27, 28 et 29 septembre 2012 de 14h à 22 h

Les Filles de l’Ogre (Théâtre) 12 et 13 octobre à 20 h

Michel Mainil et Adrien Volant Quintet (Jazz) 19 octobre 2012 à 20h

Sur un air de jazz de seconde zone acheté dans un station essence (Théâtre - Visionnement) 26 octobre à 14 heures

Blind poets blues (Théâtre) 6,7, 8, 9 et 10 octobre 2012

Yves Robbe et Macha Makarevich (Concert de piano) 30 octobre 2012 à 20h

Infos et réservations : Spas/ La Fabrique de Théâtre 128, rue de l’Industrie 7080 La Bouverie 065/61.34.60 ou spas.lafabrique@hainaut.be http://fabriquedetheatre.hainaut.be


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AIDES

Les Arts de la Scène 24

Théâtre de rue

Théâtre pour l’enfance et la jeunesse

Théâtre action

Théâtre amateur

Le « Cirque, les Arts forains et les Arts de la Rue » sont officiellement reconnus comme Arts de la scène par la Fédération Wallonie-Bruxelles depuis 1999. Sept compagnies bénéficient actuellement de subventions, mais le secteur est évidemment bien plus riche que ça. Le secteur est représenté par la FAR (Fédération des Arts de la rue, des Arts du cirque et des Arts forains) qui réunit 24 compagnies et par la Maison du Cirque.

Depuis 2005, ce théâtre militant bénéficie d’une reconnaissance officielle par la Fédération WallonieBruxelles. Une vingtaine de compagnies jouissent actuellement d’une convention. Le Centre du Théâtre Action (CTA), également subventionné, se veut un lieu de réflexion, promotion, soutien, coordination et organisation de l’ensemble du mouvement du théâtre action en Wallonie-Bruxelles. Il dispense aussi des formations.

Il existe cinq fédérations reconnues :

Tél. 494-54 28 35

Environ 25 théâtres et compagnies sont subventionnés (par le biais d’un contrat-programme ou d’un agrément) par la Fédération WallonieBruxelles, mais elles sont près de 80 compagnies à être membres de la CTEJ (Chambre des Théâtres pour l’Enfance et la Jeunesse), la principale association du secteur. Chaque année en décembre, la CTEJ organise « Noël au théâtre », un festival qui propose des spectacles dans plusieurs salles. Certains de ces spectacles sont accessibles à partir d’un an et demi.

www.lamaisonducirque.be

www.ctej.be

www.theatre-action.be

Tél. 02 - 678 09 90

Tél. 02-643 78 80

Tél. 064-21 64 91

www.la-far.be

© Olivier Rijckaert

© CTA

X Fédération ABCD : Tél. 02/502 33 33 X FNCD : Tél. 02/502 81 83. www.fncd-theatre.be X Union Culturelle wallonne (UCW) : Tél. 04/342 69 97 X Interfédérale du Théâtre d’Amateurs (ITA) X Fédération des Compagnies de Théâtres d’Amateurs (FECOTA) : Tél. 071/48 84 39. www.fecota.be © Thierry Dumoulin


25 Les Arts de la Scène

QUIZ

Voici dix extraits de pièces célèbres. Tirades ou dialogues archi-connus, d’autres qui le sont moins dans des œuvres que l’on croit connaître par cœur. Choisissez dans la liste ci-dessous d’où proviennent les extraits choisis. A hommes, j’ai le secret de

Je sais l’art de traire les

F sans doute qu’un homme

m’ouvrir leur tendresse, de chatouiller leurs cœurs, de trouver les endroits par où ils sont sensibles.

puisse vivre sans passé. Déjà les enfants trouvés sont mal vus… Mais enfin on a eu le temps de leur inculquer quelques petites notions. Mais un homme, un homme fait, qui avait à peine de pays, pas de ville natale, pas de traditions, pas de nom… Foutre ! Quel scandale !

La femme qui dirigeait l’ate-

B lier s’est aperçue de mon agitation désespérée, je suais, haletante. Elle s’est approchée de moi. Je lui ai dit : « J’ai perdu mon clitoris. Il a glissé. J’aurais pas dû nager avec.» - Avec vos façons de parler, de faire des manières…On dit que vous êtes un faiseur d’embarras. Et on vous évite. - Monsieur, je n’ai jamais remarqué cet ostracisme. - Ostracisme ! Ouïe, que moi je n’aime pas ce garçon ! La nuit, je dors sur le canapé D et en dehors de cette pièce, je n’ai que le cabinet de toilette et la kitchenette, où il est impossible de vous cacher, sauf si je vous découpe en morceaux... A moins que... Vous pensez que vous pouvez loger, dans ce frigo ?

C

J’ignorais la douceur fémiE nine. Ma mère ne m’a pas trouvé beau. Je n’ai pas eu de sœur. Plus tard, j’ai redouté l’amante à l’œil moqueur. Je vous dois d’avoir eu, tout au moins, une amie. Grâce à vous une robe a passé dans ma vie.

16. 17. 18. 19. 20.

J’ai essayé de faire du feu,

G Majesté. Ça ne fonctionne pas. Les radiateurs ne veulent rien entendre. Le ciel est couvert, les nuages n’ont pas l’air de vouloir se dissiper facilement. Le soleil est en retard. J’ai pourtant entendu le roi lui donner l’ordre d’apparaître. L’amour est une fumée de

H soupirs ; dégagé, c’est une

flamme qui étincelle aux yeux des amants ; comprimé, c’est une mer qu’alimentent leurs larmes. Qu’est-ce encore ? La folle la plus raisonnable, une suffocante amertume, une vivifiante douceur ! Je ne me rappelle avoir ren-

I contré personne hier. Mais

demain je ne me rappellerai avoir rencontré personne aujourd’hui. Tu as l’air de mauvaise hu-

J meur. Serait-ce parce que j’ai fait mourir ton fils ?

Bossemans et Coppenolle, d’Hanswyck et Van Stalle Caligula, d’Albert Camus Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand Dom Juan, de Molière En attendant Godot, de Samuel Beckett Hibernatus, de Jean Bernard-Luc L’Avare, de Molière La bonne planque, de Jean-Louis Bordessoules La Puce à l’oreille, de Georges Feydeau Le Cid, de Corneille Le jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux Le Mariage de mademoiselle Beulemans, de Fonson et Wicheler Le roi se meurt, d’Eugène Ionesco Le voyageur sans bagage, de Jean Anouilh Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, de Gray et Dewandre Les Monologues du vagin, d’Eve Ensler Les trois sœurs, d’Anton Tchekhov Roméo et Juliette, de William Shakespeare Ubu roi, d’Alfred Jarry Une liaison pornographique, de Philippe Blasband A7, B16, C12, D8, E3, F14, G13, H18, I5, J2

1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15.

Cela a fait peur aux gens


THÉÂTRE ET DANSE

Les Arts de la Scène 26

grammation intègrent aussi des formes artistiques étrangères au théâtre. « C’est une évolution évi-

dente et souhaitable. Je suis partisan de la rencontre des genres et des publics. Les arts de la scène ne sont que le reflet de l’évolution de la société dans son ensemble et donc, d’une certaine pluridisciplinarité qui en émerge. », explique son directeur, Jean-Michel Van den Eeyden.

La danse se marie-t-elle bien avec le théâtre ? Avec la vidéo, la photographie, les arts plastiques… ? A priori, oui. A posteriori aussi.

E

n France, certains puristes poussent encore des cris d’orfraie quand on leur parle de mélange des genres. Ils s’offusquent, par exemple, lorsque le chorégraphe Boris Charmatz ou le multi-artiste Jan Fabre (dessinateur, sculpteur, chorégraphe, metteur en scène) sont associés à la programmation du Festival d’Avignon. Ils en appellent alors à la soi-disant pureté théâtrale de Jean Vilar, le fondateur du festival, oubliant que celui-ci avait été le premier à y présenter de la danse en invitant Maurice Béjart, ou du cinéma en projetant un film de Jean-Luc Godard… Lors de la dernière édition, on a remarqué une déferlante de la vidéo dans les spectacles, au point que certains s’en irritent. Dans l’Hexagone, les frontières entre le théâtre et d’autres expressions artistiques provoquent toujours le débat

« Pour nous, Belges, c’est tout à fait bizarre que les Français s’interrogent là-dessus. Mais c’est sans doute parce qu’ils fonctionnent avec une sorte de culture à tiroirs », analyse Patrick Bonté, le directeur des Brigittines et du festival du même nom. Les artistes belges semblent en effet faire preuve de moins de formalisme. « Notre rapport par rapport

au langage est assez différent de celui des Français. Quel est l’expression artistique la plus importante en Belgique ? C’est l’image ! Que ce soit les peintres flamands, la bande dessinée ou la poésie… »

Un centre d’art et un festival métis Le Centre d’Art contemporain du Mouvement Les Brigittines, qui se définit comme « un pôle de recherche et de rencontre autour des œuvres contemporaines »,

illustre bien la complémentarité des disciplines en programmant des spectacles qui associent à la danse d’autres arts comme la musique, la performance, le cirque, le théâtre, la photographie, le cinéma, etc. « On a ré-axé

toute la programmation sur le mouvement, mais un mouvement qui se confronte à la théâtralité, à des thématiques, à des incarnations. », explique Patrick Bonté. Le Festival des Brigittines suit cette même logique en proposant des spectacles de gens qui ont un univers très personnel avec, par exemple, une chorégraphe qui décortique le langage des prédicateurs et des hommes politiques. « Quand on a un uni-

vers particulier, on ne s’embarrasse pas trop du chemin que l’on prend. La modernité traverse les genres. Le festival est davantage dirigé vers la danse que vers le théâtre car il me semblait qu’on y trouvait plus de formes inventives. L’intérêt de la danse, c’est qu’elle explore des territoires troubles et inconnus. En cela, elle est proche de la peinture.»

Une évolution souhaitable Patrick Bonté se réjouit du succès que la danse connaît actuellement. C’est vrai qu’il y a vingt ou trente ans, un spectacle de danse était encore une rareté. Aujourd’hui, les centres culturels sont pratiquement forcés de programmer au moins une fois de la danse par an, et de plus en plus de théâtres en intègrent également dans leur programmation. Le Théâtre de l’Ancre, par exemple, intègre chaque année de la danse dans son programme, en collaboration avec Charleroi Danses. Mais plusieurs autres spectacles théâtraux de la pro-

« Danse et théâtre, la Flandre est là-dedans depuis plus de vingt ans ! Côté francophone, c’est vrai qu’il y avait une certaine frilosité quant aux formes hybrides de théâtre. Mais il y a aujourd’hui sur la scène francophone, une véritable émergence de la création avec des formes artistiques qui alternent. Les jeunes sont nés làdedans. »

La Flandre en avance, la France en retard La danseuse et chorégraphe Nicole Mossoux a toujours associé la danse et la sculpture. « Je

me souviens de ma fascination pour la statutaire crétoise, dont je tentais d’analyser les positions en fonction de leur potentiel de mouvement », écrit-elle dans L’actuel et le singulier (éd. Lansman, 2006). Anne Longuet Marx, dramaturge, metteur en scène et chargée de cours à l’Institut d’études théâtrales à la Sorbonne, partage le même avis : « J’ai très vite consi-

déré la sculpture et la danse comme indissociables, dans leur dépendance et leur jeu essentiels avec l’espace » (L’actuel et le singulier). Pour elle, danse, sculpture et théâtre sont complémentaires. « Maria Casarès disait

qu’elle ne pouvait entrer dans un rôle que si on lui indiquait d’abord comment se poser et mettre ses pieds », rappelle-t-elle dans un Alternatives Théâtrales consacré au théâtre-danse.

Si la Flandre est un peu en avance, c’est peut-être parce qu’elle est plus proche du monde anglosaxon, où l’apprentissage de la comédie va de pair avec le chant, les claquettes, la danse, etc. Une compagnie comme DV8 (dont le créateur Nigel Charnock est décédé cette année) mélange allégrement danse et théâtre depuis plus de trente ans. « Et regardez

le nombre de comédies musicales qui se donnent à Londres et qui sont des vecteurs d’emploi ! Il faudrait questionner nos cinq écoles de théâtre : aucune ne se situe par rapport au physique, à la chorégraphie…Il n’y a pas non plus de metteur en scène qui soit en même temps chorégraphe », ajoute le directeur de l’Ancre. En revanche, les Français sont encore à la traîne par rapport à la scène belge francophone : « Ils

sont dans le verbe. En France, il y a encore parfois une dictature de l’histoire et du mot ».

Le théâtre hybride, une longue tradition Depuis ses toutes premières origines, le théâtre a pourtant intimement été associé à la danse et à la musique. Dans l’Antiquité, le théâtre grec est un spectacle total. Il repose autant sur la musique et les formes spectaculaires que sur le texte lui-même. En Allemagne, le « théâtre dansé » (Tanztheater) remonte au XVIIIe siècle. Vers 1920, les metteurs en scène Kurt Jooss et Rudolf von Laban en deviennent les ambassadeurs. Ils mettent en scène la comédie humaine, avec des danses sociales, costumes de ville, robes et talons hauts, qui inspireront plus tard Pina Bausch. Si l’association du théâtre avec la danse et d’autres formes artistiques semble souhaitable, il faut cependant se méfier des abus.

« Le danger est que le théâtre se noie dans la multidisciplinarité. Il ne faut pas tomber dans la démonstration gratuite », tempère Jean-Michel Van den Eeyden. Des spectacles hybrides, oui. La performance pour le seul plaisir de la performance, non.

Monkey, un spectacle hybride du Flamand Stef Lernous : danse, théâtre, images, sons… (Festival des Brigittines)


BRÈVES DANSE

27 Les Arts de la Scène

Un centre de ressources incontournable

Crip walk pris en grippe

Contredanse est une association créée en 1984 pour soutenir et de stimuler la création chorégraphique. Elle a pris ses quartiers à la Maison du spectacle La Bellone. Concrètement, elle dispose d’un centre de documentation où se côtoient danseurs et chorégraphes, chercheurs, amateurs de danse, et professionnels du spectacle. Elle informe également les danseurs et les chorégraphes sur les formations, les festivals et les auditions. Elle propose chaque mois une vingtaine d’offres d’emploi dans le secteur de la danse. Une base de données permet de consulter environ 10.000 adresses de programmateurs, journalistes, compagnies, etc., en Wallonie-Bruxelles et à l’étranger. Contredanse publie aussi le trimestriel NDD L’actualité de la danse et des ouvrages qui sont devenus des références pour bon nombre de chorégraphes, danseurs et chercheurs en Belgique et à l’étranger. Enfin, l’association organise des formations et des événements destinés à favoriser l’échange et la réflexion sur les développements actuels et futurs de la danse. www.contredanse.org Tél. : 02/502 03 27

Jeux de pole dance

Sur le Boléro de Ravel, douze danseuses solitaires jouent avec des mâts de pole dance, ces barres que les gogo girls utilisent dans les bars pour attirer le regard des hommes. Ici, il ne faut pourtant n’y voir rien de sexuel, sinon le rythme, la cadence répétitive du Boléro. L’énergie s’amplifie, les danseuses se synchronisent, se désolidarisent, ralentissent… toujours sans lâcher leur barre. Une performance envoûtante. Comme chaque année, le Festival des Brigittines apporte son lot de découvertes chorégraphiques et théâtrales. Quatorze spectacles, au total, qui racontent des histoires, interpellent et transmettent des émotions, avec le mouvement comme trait d’union. Festival international des Brigittines Jusqu’au 1er septembre. 12 € l’entrée (8 € tarif réduit) www.brigittines.be

des chorégraphes de la Fédération, et l’organisation de manifestations croisées avec d’autres opérateurs artistiques de Wallonie et de Bruxelles. Deux lieux accueillent les activités de Charleroi Danse : les Ecuries de Charleroi et la Raffinerie de Bruxelles. www.charleroi-danses.be

Tango libre

www.artscene.cfwb.be

Charleroi Danses

Après sa victoire aux Jeux olympiques, Serena Williams, toute contente, a entamé un petit pas de danse sur le court de tennis. Seulement voilà, ce pas est un « crip walk », une danse inventée et codifiée par un gang violent de Los Angeles. Leurs membres avaient pour habitude de faire ces quelques pas après avoir tabassé ou assassiné un membre du gang rival. Pas sûr que Serena savait vraiment ce qu’elle faisait, mais sa danse en a scandalisé plus d’un. A quand David Goffin claquant ses pieds sur le sol, une orange dans sa main levée, comme les Gilles de Binche ?

Tous ensemble, tous !

Révolution, c’est le nom du spectacle du chorégraphe Olivier Dubois qui clôturera ce 1er septembre le Festival international des Brigittines, à Bruxelles.

Budgétairement, le Service de la Danse est le domaine des Arts de la Scène qui a connu l´augmentation la plus significative : en dix ans, le budget dévolu à la danse est passé de 3,5 à plus de 6 millions d´euros en 2011. Ce dernier montant comprend la subvention au Centre chorégraphique de la Communauté française Charleroi/Danses (3 320 000 €), les subventions de fonctionnement aux compagnies et associations bénéficiant d´un contrat-programme ou d´une convention (2 317 000 €) et les subventions ponctuelles ou aides aux projets et festivals (450 000 €).

La blast dance, vous connaissez ? C’est une performance de danse collective dans l’espace public. Le principe est simple : un lieu public, une date, une heure, et un maximum de gens prêts à apprendre quelques pas de danse et à danser tous ensemble, le temps d’un petit délire. C’est ainsi qu’est née la Kosmocompany, le 14 août 2011, avec le tout premier blast dance organisé dans les Galeries royales Saint-Hubert et sur la Grand’ Place de Bruxelles. Quelques dizaines d’amateurs s’étaient réunis pour danser la petite chorégraphie inventée par Clément Thirion, le comédien à l’origine du projet. Le prochain blast dance aura lieu à Namur le samedi 13 octobre. Aucune capacité physique requise, juste l’envie de danser à l’unisson. www.kosmocompany.net

Au service de la danse La danse bénéficie d’un service à part au sein des Arts de la Scène dépendants de la Fédération WallonieBruxelles. Les missions du Service de la Danse se traduisent notamment par l´octroi de subventions aux compagnies, aux projets chorégraphiques et aux festivals de danse, ainsi que par la réalisation de documents de référence et de matériel promotionnel.

Charleroi Danses, c’est le nom de scène – si l’on peut dire – du Centre chorégraphique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui lui-même est issu de l’ancien Ballet royal de Wallonie. Ce centre, subventionné par la Fédération, est radicalement orienté vers la création contemporaine. Il est dirigé depuis 2006 par un quatuor artistique composé de Michèle Anne De Mey, Pierre Droulers, Thierry De Mey et Vincent Thirion. Les activités de Charleroi Danses sont tournées vers la production et la diffusion du travail des artistes directeurs et des résidents, la programmation d’événements tels que la Biennale de la danse, Compil d’Avril ou le Festival hip-hop, la promotion

C’est le nouveau film du cinéaste belge Frédéric Fonteyne, Tango libre, qui ouvrira la 27e édition du Festival international du film francophone de Namur (FIFF) se déroulera du 28 septembre au 5 octobre. Le film est interprété par François Damiens, Anne Paulicevich, Sergi Lopez, Jan Hammenecker et Zacharie Chasseriaud. L’histoire, c’est celle de JC, gardien de prison sans histoire qui ne connaît qu’une passion : le tango. Un jour, il retrouve sa partenaire de danse en visiteuse de prison. Elle vient voir son mari et son amant. JC est fasciné par cette femme libre. Fascination de la vie et de la danse. www.fiff.be


Les Arts de la Scène 28

Le plus célèbre des barytons belges, connu dans le monde entier, a fait ses classes au Conservatoire royal de Bruxelles. Lauréat de plusieurs concours prestigieux, il quitte la Belgique et chante dans les plus grands opéras et festivals : Salzbourg, Berlin, Paris, Milan, New York, Vienne… Après quelque temps, il revient à Bruxelles, où il chantera pendant une trentaine d’années au Théâtre royal de la Monnaie. En 1979, il joue dans Don Giovanni, un film de Joseph Losey. Mais c’est surtout sa prestation dans Le maître de musique, le film de Gérard Corbiau qui a remporté l’Oscar du meilleur film étranger en 1989, qui le fera connaître du grand public. Parmi ses nombreuses distinctions, citons les Victoires de la musique (trois fois lauréat) et les Grammy Awards (deux fois). Il a également été fait baron par le roi Albert II en 1998. Après cinquante ans de carrière, il fait ses adieux à l’opéra en 2010, en interprétant Don Quichotte. Il se consacre surtout aujourd’hui à l’enseignement de l’art lyrique aux jeunes espoirs, entre autres à la Chapelle musicale. © Isabelle De Beir

La septantaine passée, notre José van Dam national délaisse sans regret l’art lyrique qui l’a rendu célèbre dans le monde entier pour le théâtre. A l’automne, le « maître de musique » deviendra « Le maître des illusions », de Thierry Debroux, dans la pièce du même nom jouée au Théâtre royal du Parc. Une occasion pour lui de retrouver des sensations. Il ira même jusqu’à nous faire quelques tours de magie…

spectateurs. J’espère seulement que Pierre Dherte, comédien et magicien qui jouera mon fils dans le spectacle [et qui s’occupe des effets d’illusion. NDLR], ne va pas me donner des choses trop difficiles à réaliser techniquement. Nous aurons toutefois cinq semaines de répétitions pour nous mettre au point.  Que craignez-vous le plus ?

 Vous passez aujourd’hui du chant au théâtre, mais vous avez connu auparavant le cinéma, avec « Don Giovanni », de Joseph Losey, et « Le maître de musique », de Gérard Corbiau. Comment ressentezvous la différence ?  C’est très différent parce que

dans le cinéma, il n’y a pas de continuité. On peut tourner la scène 16 avant la 3, puis la 7. Au théâtre, c’est essentiel de faire une progression dans la soirée, d’installer un crescendo, d’aller doucement vers le moment le plus fort. C’est également une obligation dans l’opéra.  Le théâtre, c’est une nouvelle vocation tardive ou juste une parenthèse ?  L’opéra, c’est fini pour moi, à

part quelques contrats qui ont été signés il y a deux ou trois ans pour des représentations en Allemagne et à Madrid. C’est un peu une question de ras-le-bol, et beaucoup à cause de jeunes metteurs en scène qui veulent révolutionner l’opéra et qui font des c…neries immenses. Et puis, je suis très content de ma carrière de chanteur. Cela fait cinquante ans que je chante. C’est une belle manière de la terminer.

 Justement, si l’on survole votre biographie, on s’aperçoit que vous avez suivi en quelque sorte une voie « royale », tant au propre qu’au figuré : Conservatoire royal de Bruxelles, Théâtre royal de la Monnaie, Opéra royal de Wallonie et aujourd’hui le Théâtre royal du Parc, sans compter l’ordre de Léopold II et votre titre de baron…  Tiens, c’est vrai, maintenant

que vous le dites... Et vous pouvez ajouter quelques reconnaissances impériales ou républicaines… [José a été fait chevalier de la Légion d’honneur française en 2011. NDLR]  Vous voyez dans le milieu lyrique belge des chanteurs qui pourraient suivre votre voie ?  Il y a bien quelques chan-

teurs que je connais, mais ce ne sont plus vraiment des jeunes. Parmi les jeunes dont je m’occupe à la Chapelle musicale Reine-Elisabeth, il y a des chanteurs prometteurs, comme Sébastien Parotte [finaliste du Concours Reine Elisabeth en 2011. NDLR]. Mais il faut dire que les temps ont changé : j’ai grandi dans une période en manque de talents

en Belgique. J’ai d’ailleurs dû quitter le pays quand j’avais vingt ans et je n’y suis revenu qu’à trente-sept ans, à l’invitation de Gérard Mortier. Grâce à lui, je me suis produit chaque année à la Monnaie. Se faire un nom en Belgique, ce n’est vraiment pas facile, mais je suis fier et heureux d’être belge  Dans « Le maître des illusions », vous allez encore chanter. Et tous les soirs, alors qu’à l’opéra, on laisse la voix se reposer ! Comment allezvous gérer cette difficulté ?  C’est d’abord dans un très bon

petit théâtre à l’italienne, avec une excellente acoustique. Donc, pas besoin de pousser la voix. Ensuite, j’ai une partie chantée, et une autre parlée. Enfin, il y a des moments où je chante en coulisses, où il y aura peut-être un micro. Au stade actuel, on ne sait pas encore ce que les techniciens vont décider.  Il y aura aussi quelques tours de magie. Vous devrez en faire ?  Oui. Nous ne pouvons pas di-

vulguer les effets d’illusions pour les tours de magie mais ce sera sensationnel pour les

 Je n’ai pas peur. Ca me plaît

beaucoup comme nouveau défi, mais si je dois dire quelque chose, ce serait la manipulation. Le côté physique, lui, ne me fait pas peur du tout.  Vous avez d’autres projets de théâtre ?  Je n’ai pas vraiment de projets

théâtraux. On verra bien… Je fais ce qui me plaît. Je fonctionne au coup de cœur. C’est l’avantage de l’âge… Pour l’instant, je suis en relation avec des gens à Paris pour monter un spectacle sur Charlie Chaplin. Ce n’est pas un spectacle de chant mais j’y chanterai quand même les grands airs que Charlie Chaplin a écrits pour ses films... mais tout cela est encore très vague.  Et votre voix ? Ne craignezvous pas l’âge où elle pourrait commencer à se fatiguer ?  J’ai la chance que ma voix soit

encore assez commerciale. Mais cela requiert des exercices quotidiens, même en vacances. C’est comme en gymnastique, pour garder sa souplesse, il faut travailler tous les jours…


29 Les Arts de la Scène

Le New York Metropolitan Opera sur grand écran

BRÈVES OPÉRA KlaraFestival « Knockin’ on Heaven’s Door » (On frappe aux portes du paradis), tel est le titre du programme du KlaraFestival 2012 qui démarre en cette fin du mois d’août. Chaque année, le KlaraFestival propose autour d’un thème de grands concerts de musique dans différentes salles de la capitale (La Monnaie, Bozar, Flagey…). Cette année, c’est donc la spiritualité, qu’elle soit évidente – pour des œuvres à caractère religieux – ou implicite. L’art lyrique y occupe une place importante, avec par exemple Das Lied von der Erde de Mahler, ou encore Les noces de Figaro de Mozart. Du 31 août au 14 septembre, à Bruxelles www.klarafestival.be

Le Discopéra du jeudi

Anna Netrebko, dans L’Elixir d’Amour, de Donizetti, qui sera diffusé sur grand écran à partir du New York Metropolitan Opera

Pour la sixième année, le groupe de cinéma Kinepolis propose d’assister en direct à 12 opéras du Metropolitan Opera de New York, diffusés en haute définition sur écran géant. Au programme : Donizetti, Mozart, Berlioz, Handel, Adès, Wagner, Verdi… Depuis 2006, le New York Metropolitan Opera conclut un accord de collaboration avec une multitude de cinémas aux quatre coins du globe afin de diffuser ses productions en direct. Mais cela coûte quand même 21 euros pour assister à la retransmission du prestigieux opéra, alors que les premiers tickets pour l’opéra à Liège et à Bruxelles, avec des chanteurs en vrai, sont mis en vente respectivement à 12 et 13 euros. www.kinepolis.be

La Chapelle musicale La Chapelle musicale Reine Elisabeth est une institution belge d’enseignement supérieur artistique fondée en 1939 par la reine Elisabeth. Elle accueille en résidence à Waterloo une quarantaine de jeunes musiciens, chanteurs et compositeurs. Elle fonde actuellement sa formation sur cinq disciplines : le piano, le violon, le violoncelle, la musique de chambre et le chant, cette dernière section étant dirigée par notre baryton national José van Dam.

Et si l’apéro se faisait lyrique? C’est la proposition que fait l’Opéra Royal de Wallonie en invitant les amateurs d’art lyrique quelques jeudis à 18h30 dans son Petit Théâtre afin de découvrir et redécouvrir une collection de disques exceptionnelle et autant d’extraits, parfois introuvables. Chaque soirée est axée autour d’une œuvre (La Stradella, La belle Hélène, Guillaume Tell, etc.) et animée par le conférencier Michel Béro, producteur d’émissions musicales à Musiq3. www.operaliege.be

Des chœurs d’enfants à l’opéra En collaboration avec l’Académie d’Auderghem, la Monnaie a fondé trois chœurs d’enfants et de jeunes, qui comptent au total une centaine d’enfants et sont régulièrement associés aux productions du théâtre: le Chœur préparatoire (7-9 ans), la Maîtrise (9-13 ans), la Choraline (1418 ans). Chaque année, en fin juin et début septembre, les Chœurs d’enfants de la Monnaie organisent des auditions. http://choeursenfantsmonnaie.over-blog.com La Chapelle Musicale se veut un acteur de la vie musicale et lyrique majeur en Belgique et dans le monde, en créant un lien entre la formation et l’accès à la scène musicale. Elle a établi des liens avec les orchestres, les festivals et les salles de concert, aussi bien sur le plan local qu’à l’étranger (plus de 200 concerts et productions pour ses « étudiants » en 2012). Elle est également connue pour être la retraite pour les participants au fameux Concours Reine Elisabeth : c’est là qu’ils découvrent et étudient dans un isolement total l’œuvre inédite qu’ils devront interpréter lors de leur prestation finale. Mais au fait, pourquoi une « chapelle » ? Parce que la reine Elisabeth était d’origine allemande et qu’en Allemagne, la musikkappelle est la retraite tranquille où l’on étudie la musique. www.cmre.be


Les Arts de la Scène 30

2013 sera l’année du bicentenaire de la mort du compositeur liégeois André-Modeste Grétry. Cet anniversaire sera l’occasion pour la Cité ardente d’organiser des évènements dignes de ce musicien de génie. C’est également une opportunité pour rappeler ce qu’est cet opéra comique dont il s’était fait une spécialité.

« Il est jeune, il a l’air pâle, blême, souffrant, tourmenté, tous les symptômes d’un homme de génie. »

Baron Grimm, diplomate et homme de lettre « La Cour a dénigré tes chants dont Paris a dit des merveilles Grétry, les oreilles des grands sont souvent de grandes oreilles »

Voltaire « Sa musique [...] paraît se plier à tous les caractères, mais elle semble faite surtout pour le pathétique. »

Le Mercure de France

l figurait sur nos anciens billets de 1.000 francs, car à son époque, il a certainement été l’un des Belges les plus connus au monde grâce à son talent. André Grétry a en effet occupé des positions très hautes dans la hiérarchie musicale de son époque: directeur musical de la reine Marie-Antoinette, il ne fut même pas inquiété pendant la Révolution et reçut de surcroît la Légion d’Honneur des mains de Napoléon Bonaparte en 1802. Ses opérascomiques étaient fort réputés et son autorité grandissante l’amena à tenir les plus hauts rangs du Conservatoire de musique en France. Il fut également l’ami de Voltaire.

I

André Grétry est né à Liège le 11 février 1741. Son père est violoniste à l’église Saint-Martin, et le jeune Grétry suit difficilement les cours de chant de la paroisse de Saint-Denis. A l’adolescence, il suit des cours de clavecin, mais c’est surtout la musique qu’il va écouter à la Comédie Italienne de Liège qui l’intéresse. Issue de la commedia dell’arte, la comédie italienne mélangeait allègrement le texte et la musique légère. Les comédiens italiens étaient considérés comme une alternative distrayante aux comédiens et chanteurs « officiels » de l’Opéra et de la Comédie-Française. A dix-neuf ans, il a déjà écrit un motet, une messe et quelques autres pièces lorsqu’il reçoit une bourse pour parfaire son éducation musicale à Rome. Le jeune Grétry est un élève brillant. Il gagne quelques concours et est accepté à la prestigieuse Accademia dei Filarmonici de Bologne. De l’Italie, il déménage en Suisse, à Genève, où il donne des cours de musique et de composition. Il a vingt-cinq ans et fait la connaissance de Voltaire, qui habite non loin de là. Malheureusement, l’écrivain philosophe ne lui écrira pas de livret pour sa musique, ce qui était l’un de ses grands souhaits. Il contourne l’obstacle et obtient de livret de Favart, un auteur d’opéras et de vaudevilles, sur un récit de Voltaire. Cela devient Isabelle et Gertrude, son premier opéra comique Deux ans plus tard, il s’installe enfin à Paris, où il a des difficultés à faire accepter ses compositions : on lui reproche de trop grandes influences italiennes. Qu’à cela ne tienne, il crée Le Huron pour la Comédie italienne de Paris, qui est un succès. Et c’est parti pour lui : il crée deux à trois opéras par an, qui sont d’abord donnés devant la cour à Versailles ou Fontainebleau, puis à la Comédie italienne. Zémire et Azor, une grandiose comédie ballet est un tel succès qu’il obtient une rente royale et devient le maître de musique de MarieAntoinette. Ses œuvres sont alors traduites en plusieurs langues et jouées dans toute l’Europe.

Une chose lui résiste : l’Opéra. Il tente en vain d’y entrer, barré par Gluck qui en est le compositeur officiel. Grétry continue alors d’écrire pour l’Opéra comique. La Révolution française, qui aurait pu le briser puisqu’il bénéficiait des privilèges de la cour, ne l’inquiète pas. Mieux, il est nommé à l’Institut de France par le Directoire et devient inspecteur du Conservatoire de musique de Paris. En 1802, il reçoit même la Légion d’honneur des mains de Napoléon, après avoir écrit son hymne Eloge à Bonaparte. Il termine enfin ses jours à Montmorency, dans l’ancienne demeure de Jean-Jacques Rousseau, où il décède, le 24 septembre 1813. Suivant ses volontés, il est enterré au cimetière du Père-Lachaise, mais son cœur est rapatrié dans sa ville natale après de longs procès. Cette relique est déposée dans une urne, toujours visible dans une niche du socle de sa statue en bronze, en face de l’Opéra Royal de Wallonie. L’année Grétry sera l’occasion de nombreux hommages. La Ville de Liège produira et réalisera de nombreux projets sous la forme de concerts et d’un spectacle. Elle mettra aussi en valeur les collections du Musée Grétry, point d’ancrage de l’année anniversaire. www.gretry2013.be

Le vocabulaire français étant le seul à avoir adopté l’expression « opéra-comique » pour désigner une forme de théâtre lyrique où les dialogues parlés alternent avec les scènes chantées, ce terme devrait s’appliquer à des œuvres aussi différentes que Fidelio, de Beethoven, et Carmen, de Bizet. En fait, la grande période de l’opéra-comique français proprement dit est la seconde moitié du XVIIIe siècle et le premier tiers du XIXe. Une de ses origines est la comédie mêlée de chants (opéra-comique en vaudevilles) qu’à partir de 1715 présentent le théâtre de la Foire et son rival le Nouveau Théâtre italien, et à laquelle s’intéresse une bonne partie du public parisien, lassé par les formules un peu guindées de l’opéra traditionnel. (Encyclopédie Universalis)



Dossier RGP du 29 août 2012