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COIFFURE, MANGBETU, PROVINCES ORIENTALES, CONGO BELGE VERS 1930-35. PHOTO : © CASIMIR ZAGOURSKI/BOX GALLERY

Supplément à La Libre Belgique - N°214 - Semaine du 10 au 16 janvier 2014

CINQ PHOTOGRAPHES

ET L’AFRIQUE P.5

© S.A. IPM 2014. Toute représentation ou reproduction, même partielle, de la présente publication, sous quelque forme que ce soit, est interdite sans autorisation préalable et écrite de l'éditeur ou de ses ayants droit.


L'actu

2 Commentaire

SEMAINE DU 10 AU 16 JANVIER 2014 ARTS LIBRE

l Expo en vue

Par Roger Pierre Turine L’époque étant aux souhaits, vrais ou faux, souscrivons­y, souhaitant, sin­ cèrement, que les nôtres, aussi ardents que possible, atterrissent dans les bonnes oreilles, y provoquent en dou­ ceur des explosions bénéfiques à la planète terre, à la création plastique, aux artistes, à tous les amateurs des arts. Que souhaiter pour 2014 sinon, répétition de vœux pieux échelonnés de longue date, une année qui, dans le domaine des arts, n’ait plus l’argent pour exclusive. Les musées, les galeries, les artistes eux­mêmes, et surtout eux, doivent pouvoir vivre, grandir, s’épa­ nouir et formuler des projets auda­ cieux qui quémandent, comment en irait­il autrement, des moyens d’action et de subsistance. Indéniable ! Ce que nous contestons, c’est la propension, affichée jusqu’à l’indécence, à la sem­ piternelle surenchère trébuchante qui finit par faire croire aux indélicats et aux niais que la valeur d’un art se mesure à l’aune de ses résultats sur la scène de ventes trop souvent toni­ truées historiques. Depuis quelques années, le fossé s’est agrandi entre les créateurs dits du haut du panier et tous ceux, innombrables, les plus nom­ breux, qui, fidèles à une éthique, à une foi inébranlable en une écriture qui leur colle à la peau, jouent leur parti­ tion en retrait des cénacles à pognon, en sourdine, sans hisser une voile trop grande pour eux, parce que ce qu’ils ont à dire au monde ne se mesure jamais en deniers mais se joue dans l’intimité d’une création à tu et à toi avec des vérités discrètes, secrètes, infiniment estimables. Bien plus que ces autres qui, s’appuyant sur des marchandages et des manipulations, sur des campagnes de pubs pour gogos, installent en devanture de leurs vitri­ nes mercantiles et puantes, de fausses valeurs pour trônes en toc. Nous ne sommes pas dupes, ne nous faisons aucune illusion, et pas plus en 2014 qu’en 3014 : le monde restera ce qu’il aura toujours été, une humanité aussi vite déshumanisée que vendue aux avantages, pactoles, mains mises des uns sur les autres. Foires à bestiaux ou foires à l’encan : kifkif bourricot ! Gar­ dons­nous alors des dérives qui font mal, laissons entre eux les bonimen­ teurs de pacotilles. Eux morts, leurs fausses valeurs crèveront pareil. L’his­ toire n’a jamais été dupe. Et c’est elle qui, in fine, querelles et passe­droits apaisés, règle les vraies préséances. Pas gai pour les réprouvés, morts miséra­ bles. Van Gogh en est un exemple frappant, révoltant.

COURTESY : RAINHART GALLERY, BRUSSELS ©D.R.

Vœux de circonstance

Brésil – Cuba : confrontation dessinée h A Bruxelles, la Rainhart Gallery a sélectionné les œuvres de six artistes, trois Cubains et trois Brésiliens de Recife pour entamer un dialogue artistique latino­ américain. SI L’ON CONNAÎT QUELQUES ARTISTES de stature internationale en provenance d’Amérique du Sud, ils constituent néanmoins la minorité dans ces pays où la production locale est cependant abondante et souvent fort intéressante. Malgré la mondialisation croissante, le développement du marché interne dans ce demi­continent en plein essor, la présence de galeries et de collectionneurs, la plupart des ar­ tistes n’ont ni l’opportunité ni les moyens d’expor­ ter leurs œuvres qui restent donc à découvrir sur place. Fort heureusement la Rainhart Gallery de Bruxelles effectue un travail de diffusion à leur égard et propose en ce moment un ensemble d’œuvres d’artistes du Brésil et de Cuba. Le dessin est le dénominateur commun de ce dia­ logue composé de trois artistes brésiliens de Recife sélectionnés par la directrice du musée Mamam, Beth da Matta, et de trois artistes cubains. Le plus connu de ces derniers est certainement Yoan Ca­ pote dont une exposition personnelle de ses œuvres se tient actuellement à Londres chez Ben Brown Fine Art. Essentiellement sculpteur, la plupart de ses objets pourraient tenir d’une forme de surréa­ lisme par leur décalage, voire leur drôlerie, mais compte tenu du contexte autobiographie, ils pren­ nent surtout un tour politique en lecture au second degré. La chaise déformée à laquelle sont attachées de menottes, les mains dessinées (elles existent aussi en sculpture) constituant un alphabet de si­ gnes, le cerveau labyrinthique qu’il a réalisé pour la biennale de La Havanne ou les images de la mer qui isole l’île, sont suffisamment parlantes en ce sens.

D’une autre façon, René Francisco traite aussi de la condition humaine et de la situation de Cuba à tra­ vers des figures symptomatique de l’architecture du passé réalisées par accumulation de personnages sans tête. Son œuvre repose sur un indéniable ca­ ractère social. Les dessins du troisième artiste cu­ bain, Douglas Argüelles Cruz, se présentent comme des accumulations d’éléments disparates apparte­ nant apparemment au passé. Ils seraient une sorte de mémoire des choses contre l’effacement du temps. Le travail de Marcio Almeida, le plus reconnu des artistes brésiliens de l’exposition, se focalise sur la maison, les constructions, l’urbanité et partant les migrations et déplacements des populations à l’in­ térieur même du pays. Ses dessins abstraits et anno­ tés dans lesquels il utilise des couleurs franches sont des associations libres de données constituant fina­ lement une cartographie aussi imaginaire qu’inspi­ rée du réel. Ce sont à la fois des inventaires et des utopies, des constats et des rêves dans lesquels s’in­ sèrent des préoccupations sociales. La participation réduite de Bruno Vitela permet d’apprécier la qua­ lité d’un dessin précis et évocateur. Quant à Kilian Glasner dont le travail habituel est essentiellement photographique, on remarquera son grand dessin à l’encre noire de la série “Obscura” dans laquelle il exploite les ressources de la blancheur du papier pour créer des contrastes et des luminosités rayon­ nantes sur la thématique des éclats de verre qui prennent une dimension cosmique. Claude Lorent

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SEMAINE DU 10 AU 16 JANVIER 2014 ARTS LIBRE

L'actu

Infos pratiques Brasil. Dessins d’artistes cubains et brésiliens. Rainhart Gallery, 90 rue de Washington, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 31 janvier. Du mardi au samedi de 11h à 18h. Yoan Capote. “Emotional objects”. Ben Brown Fine Arts, 12 Brook’s Mews, Londres W1K 4DG. Jusqu’au 29 janvier.

COURTESY : RAINHART GALLERY, BRUSSELS ©D.R.

Dialogos entre Cuba-

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“Le défi pour les artistes cubains est de traiter de la réalité cubaine, mais en même temps de faire de l’art qui peut être universellement apprécié.” Yoan Capote

Les participants Douglas Argüelles Cruz. Né en 1977, formé à Cuba où il enseigne, il a exposé principalement dans son pays ainsi qu’aux USA et au Brésil. René Francisco. Né en 1960, formé à Cuba, il jouit d’une certaine reconnaissance internationale. Il a participé à la biennale de Venise en 2007. Professeur, il s’engage dans un processus pédagogique doublé d’une action sociale. Yoan Capote. Né en 1977, formé à Cuba. Enseignant, il a acquis une notoriété internationale en exposant à la biennale de Venise de 2011, chez Yvon Lambert à NY, à la Brownstone Fondation à Paris et actuellement chez Ben Brown Fine Art à Londres. Marcio Almeida. Né en 1963 à Recife. Outre dans ses nombreuses expos au Brésil, ses œuvres ont été montrées à l’Arco à Madrid, à Valence (Espagne) et dans le cadre de la Documenta 12 de Kassel. Il a participé à la biennale de São Paulo. Bruno Vilela. Né en 1977 à Recife. A exposé au Brésil et Art on Paper Brussels. Fait partie des artistes Saatchi online. Kilian Glasner. Né en 1977 à Recife. Formé aux Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de Penone. Résident à la Villa Medicis à Rome. Expose au Brésil, en Europe et aux USA. Vit à Recife et Berlin.

La Rainhart Gallery

COURTESY : RAINHART GALLERY, BRUSSELS ©D.R.

Installée voici un peu plus d’un an dans un quartier bruxellois mid-town qui depuis a pris de l’ampleur artistique par la venue d’autres galeries d’art contemporain, la Rainhart Gallery poursuit ses activités dans la ligne annoncée dès l’ouverture. A savoir la présentation d’artistes, généralement inédits chez nous, originaires d’Amérique du Sud, principalement de Cuba, du Brésil, de Colombie, de Bolivie et du Pérou. La galerie est dirigée par la Brésilienne Andréa Pastore qui s’est adjoint une conservatrice cubaine, Clarisa Crive. La galerie travaille avec des commissaires et conservateurs muséaux des pays d’origine des artistes. La garantie est celle de la découverte.

Yoane Capote. “Doctrina”, dessin sur carton, 100 x 70 cm. Kilian Glasner. “Redoma di vitro” (éclats de verre), encre sur papier, 100 x 200 cm. Marcio Almeida. “Sans titre”, dessin.

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L'actu

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SEMAINE DU 10 AU 16 JANVIER 2014 ARTS LIBRE

l Expo en vue

Le fil d’Ariane de Mireille Liénard

installation de Mireille Liénard, vue d’exposition à la Galerie.be. Ci-dessous, dessin préparatoire.

h A la Galerie.be, Mireille Liénard a créé une installation réfléchie comme un livre ouvert sur la vie.

PRIX De 80 euros (petites maquettes en 3D) à 350 euros pour les dessins préparatoires, de 500 à 650 euros pour les sculptures labyrinthes, de 450 pour l’Arme de Thésée en cuivre à 1700 pour la fresque photographi­ que.

“De tout temps, l’Homme a cherché à éprouver ses limites, à raconter comment il ne peut être, n’est plus, ou essaie de devenir, dans un instant privilégié, semblable aux Dieux.” Mireille Liénard

d’une grande fresque murale conçue à l’ordinateur par Fabien de Cugnac à par­ tir de photographies de murs en ruine du site archéologique de Délos, l’installation “Le fil d’Ariane” de Liénard développe, à l’étage, sa vaste toile d’araignée rectiligne toute de fils rouges tendus, ajustés du plafond au plancher. Et c’est là que se joue, presque instantanément, une com­ plicité, vive et animée, entre une créa­ trice et un ou plusieurs spectateurs re­ convertis en arpenteurs d’un labyrinthe qui vous aspire comme à ravir. S’appuyant sur la phrase de Sartre, “Les mythes sont des symboles, comme nos rê­ ves”, Mireille Liénard, qui a longtemps vécu en Grèce et y retourne souvent, as­ sortit régulièrement ses interventions plastiques de références mythologiques dont la Grèce antique fut si friande, à rai­ son. Et ses rêves y trouvent des allégean­ ces, les mobiles d’une création revue et corrigée façon XXIe siècle. Rappelons­ nous : “Thésée tua le minotaure et sortit vainqueur du labyrinthe grâce à la pelote de laine qu’Ariane lui avait donnée…” D’où notre “fil d’Ariane”, devenu image cou­ rante de langage, pas toujours justement

appropriée. D’où celui de Liénard de mè­ che avec l’emprise sur elle des anciens ré­ cits. Cinq kilomètres de fil rouge tendu en une sorte de parcours initiatique qui in­ vite à la circulation, à la méditation entre surprise et réjouissance, entre partage et renaissance. A nous le parcours de Dé­ dale et la sensation de s’y colleter avec la vie, ses périls, ses vanités. Des petits nœuds épars de ci de là ravalent, en effet, les fils tendus au rang de fils entremêlés d’outrages à la vie, au temps… Une ma­ nière active et ludique de penser plus loin que le bout de son pied, le rouge n’étant pas non plus couleur anodine. Accrochés sur les murs, rares mais bien présents, trois bas­reliefs en titane et cire rouge redessinent le labyrinthe comme une écriture qui nous taraude. Tandis qu’au cœur de l’espace, animal déchu et vaincu, l’ombre du Minotaure git, amal­ game de lanières de textile qui jonchent le sol, l’arme de Thésée, bien en vue et fi­ chée dans le tas, parachève l’aventure. Il y a de la magie dans cette réappropriation de la légende à des fins d’actualité. Roger Pierre Turine

FABIEN DE CUGNAC/COURTESY GALERIE.BE

L’EFFET EST SURPRENANT ! ET, QUI DIT SURPRISE, dit aussi souci pressant d’y al­ ler voir. La réussite d’une exposition tient à peu de choses, en fait essentielles : un espace, accordé aux évolutions mura­ les ou spatiales de l’intervenant, et un(e) artiste qui a quelque chose à dire (et c’est loin d’être toujours le cas !), capable d’éveiller notre curiosité et, presque plus encore, une adhésion et une réaction à ses cogitations. Mireille Liénard qui, depuis longtemps, jongle avec des formes cosmiques ou or­ ganiques, avec le titane, le plâtre et le rouge pour viatique, ne pouvait, cette fois, trouver meilleur lieu d’expression, d’expansion, pour une installation réflé­ chie comme un livre ouvert sur la vie. L’étage de la Galerie.be a bien des char­ mes à faire valoir : ses vieux murs de bri­ ques à nu, son passé de passementerie qui alignait les métiers à tisser, la roue très présente de son monte­charge, son sol d’auguste chêne ciré, enfin son envi­ ronnement vert dans un quartier pour­ tant déprécié. Pensée depuis un an pour un lieu aussi choisi, imaginée à travers une suite de dessins au crayon de cou­ leurs – essentiellement du rouge, un peu de noir, le blanc du papier – et puis des petites maquettes de papier en trois di­ mensions, ludiques à elles seules, qu’on peut découvrir au rez­de­chaussée de la galerie, elles­mêmes accompagnées

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L'actu

SEMAINE DU 10 AU 16 JANVIER 2014 ARTS LIBRE

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l Photographie

Bio express Née à Bruxelles

Photographie de Bernard Descamps.

Infos pratiques

FABIEN DE CUGNAC/COURTESY GALERIE.BE

La Galerie.be, 65, rue Vanderlinden, 1030 Bruxelles. Jusqu’au 19 janvier. Infos : 0475.60.66.97 et www.lagalerie.be Présence de l’artiste le samedi 11, de 16 à 19h.

BERNARD DESCAMPS / BOX GALERIE

en 1963, vit et travaille entre la Belgique, la France et la Grèce. Etudes à Mons et à La Cambre, à Bruxelles. Organise des séminaires de sculpture en Grèce. Commissaire d’expositions.

Le continent noir… et blanc h À la Box Galerie, cinq photographes et l’Afrique. EN CE DÉBUT 2014, LA BOX GALERIE à Bruxelles a des airs de “The Little Galleries”, cet endroit mythique au 291 de la 5ème avenue à New York où, il y a tout juste un siècle, le grand Alfred Stieglitz initiait un dialogue entre la photo­ graphie et les arts plastiques. Particulièrement l’art mo­ derne, mais aussi et surtout l’art africain que l’on décou­ vrait alors au­delà de la seule lecture ethnographique. À la rue du Mail, sous l’intitulé “Afrique africaine”, on dé­ couvre donc à la fois des images du continent noir d’une dizaine de photographes occidentaux (sauf un) et des sculptures d’artistes – congolais pour la plupart – réalisées entre la fin du 19e siècle et 1930. Ce face­à­face entre la production d’artistes renommés et cet art anonyme nous incite à regarder les statuettes et masques Yaka, Bakongo, Suku ou Luba pour leurs formes superbes plus que pour un reliquat culturel que bien peu sont à même de déchiffrer. En même temps, il offre aux photos un contrepoint, voire un ancrage bienvenu.

Le mot

Infos pratiques

Pour l’Anglais George

“Afrique africaine”,

Rodger (1908-1995), co-fondateur de l’agence Magnum qui avait couvert l’essentiel de la Seconde Guerre mondiale, l’Afrique constitua un contrepoint salutaire : “Pour chasser de mon esprit les souillures de la guerre, les cris des blessés, les râles d’agonie des mourants, j’ai cherché dans le monde un endroit vierge, pur, et c’est dans l’Afrique tribale que je l’ai trouvé.” En l’occurrence, un village reculé du Soudan où il se rendit dès 1948.

photographies de Marina Cox, Bernard Descamps, Hugues de Wurstemberger, Samuel Fossa, Isabel Munoz, Bernard Plossu, George Rodger, Elisabeth Sunday et Casimir Zagourski. Bruxelles, Box Galerie, rue du mail, 88. Jusqu’au 1er février, du mercredi au samedi, de 14h à 18h. Rens. : www.boxgalerie.be

PRIX Statuettes : à partir de 3500 € (dont deux à 40 000 €). Photographies quelques­unes à 800 €, la plupart autour de 2000 € et certaines (Zagourski et Munoz) au­delà de 4000 €. Dès l’entrée, impossible de ne pas voir le magnifique et unique tirage de ce cliché de Zagourski montrant de trois quarts dos une jeune femme du Congo (belge en ces an­ nées 30) à la coiffure sophistiquée. Profil saisissant, teintes chaleureuses, une belle ouverture qui se poursuit avec d’autres images de cet ex­militaire polonais qui, fuyant le bolchevisme, s’était installé dès 1924 comme photographe à Léopoldville. Zagourski fit un travail de très grande qua­ lité qui est un peu aujourd’hui ce que celui d’Edward Cur­ tis est à la nation indienne, à savoir le témoignage d’un monde aujourd’hui disparu. Mise en relation à cette mémoire visuelle, la série de Ma­ rina Cox ne manque pas de piquant puisqu’elle a été réali­ sée à la fin des années 80… en Belgique. Entre pastiche de l’orientalisme et esthétique, l’auteure interroge surtout les ambiguïtés du medium photo. George Rodger, co­fondateur de Magnum, ne se posait pas ce genre de questions (voir ci­dessous). Ses photos re­ flètent surtout son émerveillement par rapport à la vie tri­ bale préservée des Noubas dans l’immédiat après­guerre. Un état d’esprit qui semble bien être celui d’un Bernard Descamps au Mali et plus encore chez les pygmées Aka de Centrafrique. On y sent la volonté de comprendre une fa­ çon de vivre autre, héritière d’une culture ancestrale riche. Une culture qui, comme partout dans le monde, s’effiloche et se métisse, mais qui continue, comme on le voit dans les très belles images de Bernard Plossu et d’Hugues de Wurs­ temberger à fasciner le voyageur de passage. Avec les ima­ ges plus esthétisantes d’Isabelle Munoz et d’Elisabeth Sun­ day, tout cela nous fait un bien bel ensemble tout en noir et blanc. Jean-Marc Bodson

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Les galeries Sm’Art

SEMAINE DU 10 AU 16 JANVIER 2014 ARTS LIBRE

Espaces enchantés

Offres 2014 des Midis du Cinéma

MAURICE WYCKAERT, LA GUEULE QUI AVALE JONAS, 1971/ COURTESY GALERIE PIERRE HALLET

La trente­cinquième saison des Midis du Cinéma réserve, pour les amateurs de films sur l’art à la pause de midi du jeudi, de belles surprises : le 16 janvier, “L’impression­ nisme, éloge de la mode”, de Anne Andreu et Emérance Dubas (2012), 52’; le 30 janvier, en hommage à Luc de Heusch et pour saluer le Musée Fin de Siècle : “Je suis fou, je suis sot, je suis méchant, autoportrait de James Ensor”, par Luc de Heusch (1990), 55’; le 13 février, toujours pour fêter le Musée Fin de Siècle : “La tête dans les étoiles ou la Tour Eiffel inspirée”, de Dominik Rimbault (2010), 22’, et “La maison de fer, l’hôtel Van Eetvelde”, de Stan Neumann (1995), 26’: le 27 février, “La toile blanche d’Edward Hopper”, de Jean­Pierre Devillers (2012), 51’; le 13 mars, “Paper Heart – Isabelle de Borchgrave”, de Ja­ nick Cardiec (2012), 51’; enfin, le 27 mars, “Ann Veronica Janssens”, de Jan Blondeel (2012), 52’. Infos : 02.673.41.07 (R.P.T.) U Les séances se déroulent à 11h30, 12h30, 13h30, 14h30. Projections à l’Auditorium B du Musée d’Art ancien, 3 rue de la Régence, 1000 Bruxelles. Participation aux frais : 5 euros.

Encore quelques jours Outre les expos que nous avons traitées dans nos colon­ nes en 2013, quelques autres restent accessibles en gale­ ries bruxelloises pour quelques jours seulement. Chez Jan Mot (rue Dansaert 190), Tris Vonna­Michell reste d’actualité jusqu’au 18 janvier. Chez Greta Meert (Rue du Canal 13), les espaces sont réservés jusqu’au 25 jan­ vier à Suzan Frecon et à Éric Baudelaire. Chez Michel Rein (rue de Washington 51A), l’expo Michael Riedel reste en place jusqu’au 1er février. En la galerie d’Anto­ nio Nardone, “Les mondes particuliers” de Pablo Mesa Capella, Giuseppe Paolillo et Elisabeth Houtart sont à dé­ couvrir jusqu’au 25 janvier. En la galerie Arielle d’Haute­ rives (37, rue Tasson­Snel) elles sont trois à se partager les cimaises jusqu’au 24 janvier : deux parisiennes, Ra­ phaèle Bernard­Bacot, Sibylle Baltzer et une japonaise, Yuko Nakaya. (C.L.)

Expos d’ensembles Début d’année festif pour quelques galeries qui en profi­ tent pour mettre tous leurs œufs dans un même panier et nous offrent des ensembles chatoyants. C’est encore le cas à Bruxelles de la Galerie française Laurentin (43, rue Ernest Allard, 1000 Bruxelles, 02.540.87.11) qui, jus­ qu’au 27 mars, aligne 29 artistes aux cimaises, quelques­ uns fameux, rarement montrés en galerie : Chaissac, Maurice Denis, César Domela, Foujita, Julio Gonzales, Hartung, Herbin, Lanskoy, Laurens, Lemmen, Nemours, Ozenfant, Picasso, Riopelle, Alfred Stevens, Vasarely, Zadkine, notamment. La MG Art (Rederskaai 16, 8380 Zeebrugge, 0475.983.999 et www.mgart.be) agit de même, jusqu’au 10 mars, en réunissant 19 artistes et, parmi eux, Belgeonne, de Villiers, Dopchie, Fourez, Jean­ Michel François, Keguenne, Lambotte, Maury, Olyff, Oos­ terlynck, Vandenbranden. De la diversité au rendez­vous des deux côtés. (R.P.T.)

Arts Libre. Supplément hebdomadaire à La Libre Belgique. Editeur responsable: François le Hodey.

Un très bel ensemble ! Période des fêtes entre congés et reprise des activités, Pierre Hallet a trouvé la période opportune pour rassembler en sa galerie des peintures, dessins et sculptures choisis et variés. L’ensemble a du chien, qui allie couleurs, mystères, créativité, formes et, souvent aussi, du bel âge. De Mendelson à Wyckaert, Jacqueline Devreux et Alexandra Duprez, diverses tendances s’allient pour conférer à la démonstration une valeur qui n’est jamais usurpée. Voilà des œuvres qui ont le bon goût d’avoir mûri sans s’avarier, une garantie d’avenir. Variés et différents, les artistes aux cimaises ont pour ciment une qualité bien présente en chaque pièce d’un puzzle qui joue autant sur les contrastes que sur les harmonies. Les trois grandes toiles de Maurice Wyckaert, datées respectivement 1966, 1971, 1996, démontrent comment un peintre peut rester fidèle à lui­même tout en avançant. Champion des chromatismes et des espaces enchantés, Wyckaert s’affirmait déjà, royal, en sa “Liberté chérie” de 1966; il est impérial dans “La gueule qui avale Jonas”, de 71 (illu.). Un Delahaut bien inattendu, de

Galeries BRUXELLES Albert Dumont Par feuillages divers. Oeuvres de Jacques Calonne et Jacques Vilet. ‣ Du 17·01 au 16·02. Du J. au D. de 13h30 à 19h ou sur rdv. URue Léon Lepage 43 - 1000 Bruxelles 02 512 49 43 - www.galeriedumont.be

c-l-e-a-r-i-n-g Derrière, après les chutes. Oeuvres ré-

1947/48, n’est pas sans faire penser aux premiers Alechinsky, et “Matière” de Marc Mendelson, une huile sur toile de 1962, est un bijou de jaune vêtu. Que dire de l’encre sur papier d’Antoine Mortier, datée 1954, sinon qu’elle est majestueuse et tonique, quand un Gaston Bertrand intitulé “Comacina I” interpelle par sa sérénité. A épingler, trésor à coup sûr, un petit James Brown, un “Stabat Mater N°41” tout en retenue, de 1988. Parmi la plus jeune génération, un grand et percutant Bernard Gaube, “Homme debout”; deux Devreux tout juste sortis de l’atelier, vibrants et loquaces, “Jeune fille en uniforme” et “Narcisse”; l’univers onirique et sensible de Duprez; une superbe “Offrande” en polyester et plâtre, de Mireille Liénard; une déclinaison tendre et cosmique de Willy Desmedt… (R.P.T.)

U Galerie Pierre Hallet, 33, rue Ernest Allard, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 31 janvier, les mardis, jeudis, vendredis, de 14h30 à 18h30; les samedis, de 11 à 18h30; dimanche, de 11h30 à 13h30. Infos : 02.512.25.23

centes de Neil Beloufa et Dorian Gau- Christine De Cuyper Art Gallery din. ‣ Jusqu’au 01·03. Du Me. au S. de Dirk De Keyzer, Rietje Geurts, Patricia 11 à 18h. Broothaers et Jully Denis. Sculptures UAvenue Louise 292 - 1000 Bruxelles et peintures. ‣ Jusqu’au 30·01. Du Ma. 02 644 49 11 - www.c-l-e-a-r-i-n-g.com au D. de 11 à 18h30. URue de la Madeleine 43 - 1000 Bruxelles Champaka Automotiv. Impressions aux encres 02 503 21 12 ou 0479 93 94 74 pigmentaires d’Ever Meulen. ‣ Jus- www.christinedecuyperartgallery.be qu’au 18·01. Du Me. au S. de 11 à Galerie Double One 18h30 et le D. de 10h30 à 13h30. URue Ernest Allard 27 - 1000 Bruxelles Portraits cachés. Photos d’Irving S. T. 02 514 91 52 ou 0475 26 94 08 Garp. ‣ Du 14·01 au 15·03. Du Ma. au www.galeriechampaka.com S. de 14 à 18h.

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Les galeries

SEMAINE DU 10 AU 16 JANVIER 2014 ARTS LIBRE

UGalerie du Roi 11 - 1000 Bruxelles 02 761 96 70 http://irvingstgarp.wix.com/pictures

UAvenue Reine Marie-Henriette 105 1190 Bruxelles - 02 640 95 63 www.galeriequadri.be

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18h, le S. de 12 à 18h.

URue Charles Decoster 8 - 1050 Bruxelles 02 648 14 05 - www.galerie-obadia.com

Albert Baronian Jan Mot Puls Contemporary Ceramics ‣ Du 17·01 au Claudi Casanovas & Mette Maya GreDavid Horvitz. ‣ Jusqu’au 25·01. Du J. Erik Frydenborg. 22·02. Du Ma. au S. de 12 à 18h. au S. de 14 à 18h30 ou sur rdv. gersen. ‣ Du 11·01 au 15·02. Du Me. Postscript II (Berlin). Oeuvres de Tris Marc Trivier. Photos. ‣ Du 17·01 au au S. de 13 à 18h. 22·02. Du Ma. au S. de 12 à 18h. Vonna-Michell. ‣ Jusqu’au 18·01. URue du Page 19 - 1050 Bruxelles URue A. Dansaert 190 - 1000 Bruxelles 02 514 10 10 - www.janmot.com

URue Isidore Verheyden 2 - 1050 Bruxelles 02 512 92 95 - www.baronianfrancey.com

Box Galerie Keitelman Gallery Behind the Screen. Oeuvres de Nam Afrique africaine. Objets d’art africain June Paik (1932-2006). ‣ Jusqu’au et photos de Marina Cox, Isabel Muñoz, 18·01. Du Ma. au S. de 12 à 18h ou sur Bernard Plossu, Bernard Descamps, George Rodger... ‣ Jusqu’au 01·02. Du rdv. Me. au S. de 14 à 18h. URue van Eyck 44 - 1000 Bruxelles 02 511 35 80 - www.keitelmangallery.com

URue du Mail 88 - 1050 Bruxelles 02 537 95 55 - www.boxgalerie.be

02 640 26 55 - www.pulsceramics.com

Rainhart Gallery Dialogos entre Cuba - Brasil. Dessins de six artistes latino-américains contemporains: Kilian Glasner, Bruno Vilela, Marcio Almeida, Douglas Argüelles Cruz, René Francisco et Yoan Capote. ‣ Jusqu’au 31·01. Du Ma. au S. de 11 à 18h. URue Washington 90 - 1050 Bruxelles -

Maruani & Noirhomme Gallery 02 649 24 69 - www.rainhart.net Gas Stations. Oeuvres de David LaCha- Delire Gallery Pat McCarthy . ‣ Jusqu’au 18·01. Du J. pelle. ‣ Jusqu’au 25·01. Rodolphe Janssen au S. de 13 à 18h ou sur rdv. URue de la Régence 17 - 1000 Bruxelles Ember Harbor. Oeuvres de Davide BaURue de Praetere 47D - 1050 Bruxelles 02 512 50 10 lula. ‣ Du 17·01 au 16·03. Du Ma. au 0487 12 52 50 - http://deliregallery.com www.maruani-noirhomme.com V. de 10 à 18h, le S. de 14 à 18h. Oops. Oeuvres de Dylan Lynch. ‣ Du Didier Devillez Morbee Galerie au 14·02. Body in Space. Sculptures et dessins Un Canadien à Tokyo. Photographies 17·01 URue de Livourne 35 - 1050 Bruxelles de Didier Leemans. ‣ Du 17·01 au de Tim Porter. ‣ Du 17·01 au 08·02. 02 538 08 18 Du J. au S. de 14 à 18h30 ou sur rdv. 01·03. Les V. et S. de 14h15 à 19h. www.galerierodolphejanssen.com UAvenue de Stalingrad 26 - 1000 Bruxelles 02 502 32 67 ou 0475 37 43 73 www.morbeegalerie.com

Office Baroque Gallery Banana Tourist. Dessins, peintures et oeuvres sculpturales de Kyle Thurman. ‣ Jusqu’au 08·02. Du Me. au S. de 11 à 18h ou sur rdv. UPlace du Jardin aux Fleurs 5 - 1000 Bruxelles - 0484 59 92 28 www.officebaroque.com

URue E. Van Driessche 53 - 1050 Bruxelles 02 215 82 05 - www.galeriedidierdevillez.be

duboisfriedland Epines d’Eden. Vingt-sept artistes approfondissent le thème du Jardin d’Eden et de sa face noire par le biais de photos, vidéos, peintures, installations... ‣ Du 17·01 au 01·03. Les V. et S. de 14 à 18h ou sur rdv. URue Souveraine 97 - 1050 Bruxelles 0470 54 98 98 - www.duboisfriedland.com

Elaine Levy Project Petits Papiers Callisto and other matters. Oeuvres de Misfits. Oeuvres de Philippe Van WolDave Mc Kean. ‣ Jusqu’au 19·01. Du L. putte. ‣ Du 16·01 au 15·02. URue Fourmois 9 - 1050 Bruxelles au S. de 10 à 18h30. 02 534 77 72 - www.elainelevyproject.com UPlace du Grand Sablon - Rue de Bodenbroek 8 - 1000 Bruxelles - 02 893 90 30 www.petitspapiers.be

Fred Lanzenberg Nathalie Grenier. Peintures. ‣ Du 16·01 au 28·02. Du Ma. au V. de 14 à Roberto Polo Gallery Silent Treatment. Oeuvres de Mil Ceu- 19h, le S. de 10 à 19h. lemans. ‣ Jusqu’au 19·01. Du Ma. au UAvenue des Klauwaerts 9 - 1050 Bruxelles 02 647 30 15 ou 0475 73 40 15 V. de 14 à 18h, les S. et D. de 11 à 18h -www.galeriefredlanzenberg.com ou sur rdv. URue Lebeau 8-10 - 1000 Bruxelles Galerie Lazarew 02 502 56 50 - www.robertopologallery.com Exposition collective. Oeuvres récentes, pour la plupart inédites, de FulSchiller Art Gallery Johan Baudart. Peintures, collages et crand, Sergio Moscona, Olivier Catté, Yuriko Takagi, Samuel et Rafiy. ‣ Jussculptures. ‣ Jusqu’au 31·01. qu’au 22·02. Du Ma. au S. de 14 à 19h. URue van Moer 12 - 1000 Bruxelles 0496 23 88 54

UAvenue Louis Lepoutre 112 - 1050 Bruxelles - 02 345 30 83 - www.galerie-lazarew.fr

Synthèse Gallery Flash Black. Sélection d’oeuvres sur Jozsa the Steps of... Oeuvres d’Anna Byspapier en noir et blanc de Pol Bury, Ma- On kov. ‣ Du 17·01 au 21·03. Du J. au S. dlen Herrström, John-Franklin Koenig, de 12 à 18h ou sur rdv. Mark Tobey... ‣ Jusqu’au 19·01. Du J. URue Saint-Georges 24 - 1050 Bruxelles au S. de 14h30 à 18h30. 0478 48 77 09 - www.jozsagallery.com URue E. Allard 24 - 1000 Bruxelles 02 514 40 55 - www.galeriesynthese.be

Le Caméléon Coquet ANNe Herbauts. Planches originales de Young Gallery son dernier album paru chez CasterAcross the Ravaged Land. Par le biais man, ainsi que quelques surprises. de son objectif, Nick Brandt nous con- ‣ Jusqu’au 14·02. Du Me. au V. de 13 à fronte à une réalité dérangeante où les 18h ou sur rdv. anciens rois sont devenus des marty- UAvenue A. Buyl 12 - 1050 Bruxelles res, des portraits d’animaux aux allu- 0478 93 42 79 - www.lecameleoncoquet.be res d’icônes d’une Afrique autrefois préservée. ‣ Jusqu’au 08·02. Du Ma. Nadine Feront Metacognitive Artefacts. Oeuvres de au S. de 11 à 18h30. UAvenue Louise 75b (Hôtel Conrad) Christina Mitrentse et Emmanuel Dun1050 Bruxelles - 02 374 07 04 dic. ‣ Jusqu’au 01·02. Du J. au S. de www.younggalleryphoto.com 14 à 18h30. URue Saint-Georges 32 - 1050 Bruxelles -

Quadri 02 640 34 44 - www.nadineferont.com Des usines et des palais. Gouaches et peintures de Luc Van Malderen. ‣ Jus- Nathalie Obadia qu’au 01·02. Les V. et S. de 14 à 18h ou Eugène Leroy. Peintures et fusains. ‣ Jusqu’au 08·03. Du Ma. au V. de 10 à sur rdv.

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SEMAINE DU 10 AU 16 JANVIER 2014 ARTS LIBRE

COURTESY : D + T GALLERY, BRUSSELS © PHOTO : CHRISTOPHE LOUERGLI

Doublé

Investigations picturales La peinture tient du phénomène de rémanence. Condamnée par d’aucuns faux prophètes, victime d’une mort programmée, elle offre une résistance imparable à toutes les épreuves et tel le phénix renaît sous toutes les formes. Cette survivance ne cesse de provoquer ceux qui l’abordent et la pratiquent dans des tentations qui vont du rien, de l’absence, à la surenchère, voire au refuge passéiste. Les deux artistes réunis en cette confrontation investiguent cette persistance de l’image picturale qui ne livre rien d’autre qu’elle­même et qui s’impose donc pour elle­même. Dans ce type de pratique on est à contre­courant des voies artistiques dominantes actuellement qui redonnent clairement la priorité à la représentation, à l’illustration, à la traduction visuelle d’une idée, plutôt qu’à la pure expression visuelle. Les travaux de Stephan Balleux (1974 – Vit à Bruxelles) correspondent à ce qu’il a montré récemment à l’Iselp. Ses repeints de versos de tableaux

photographiés sont avant tout des peintures autarciques dont le sujet, bien que bien présent et évoquant les atours d’une œuvre, est simple prétexte et concept pictural d’une absence d’image à l’endroit où on l’attend. Les peintures de Hannu Prinz (Berlin, 1978) constituées de morceaux de cuir peints généralement au spray sont des illusions visuelles véhiculant aussi bien des empreintes d’images que mixant les techniques et les genres. Ce sont des partitions polymorphes attirantes pour l’œil et au toucher (pourtant refusé !) qui brassent de multiples investigations du support, aux matières, à la surface, des motifs à leur absence, auxquelles l’art contemporain continue à soumettre la peinture qui se voit ainsi constamment régénérée. (C.L.)

U Stephan Balleux – Hannu Prinz. Peintures récentes. D + T Project Gallery, 4 rue du Bosquet, 1060 Bruxelles. Jusqu’au 25 janvier. Du jeudi au samedi de 12h à 18h.

‣ Jusqu’au 18·01. Du Ma. au S. de 11 à Rossicontemporary Daniel Coves. Peintures récentes. 19h. URue Hôtel des Monnaies 66 - 1060 Bruxel‣ Jusqu’au 25·01. Les J. et V. de 13 à les - 02 851 04 13 17h et le S. de 14 à 18h ou sur rdv. www.galerieparisbeijing.com URue Blanche 32 - 1060 Bruxelles Du bout des doigts. Oeuvres d’Eleo02 537 22 02 - www.aeroplastics.net nore Gaillet. ‣ Jusqu’au 25·01. Le Salon d’Art Lights Out. Encres sur papier de JonaDynamiques des danses. Oeuvres ré- than Rosic. ‣ Jusqu’au 25·01. Antonio Nardone Les Mondes Particuliers. Oeuvres de centes de Gundi Falk. ‣ Jusqu’au URivoli Building - Chaussée de Waterloo Pablo Mesa Capella, Giuseppe Paolillo 15·03. Du Ma. au V. de 14 à 18h30, le 690 - 1180 Bruxelles - 0486 31 00 92 www.rossicontemporary.be et Elisabeth Houtart. ‣ Jusqu’au S. de 9h30 à 12h et de 14 à 18h. 25·01. Du Me. au S. de 14 à 18h ou sur URue de l’Hôtel des Monnaies 81 1060 Bruxelles - 02 537 66 40 Galerie Verhaeren rdv. www.lesalondart.be Beauté du Liban. Deux photographes URue Saint-Bernard 34-36 - 1060 Bruxelles du Proche-Orient, Rend Haffar et 02 333 20 10 Pascal Polar www.galerieantonionardone.be Houda Kassatly, nous apportent leur viQuel avenir pour notre art ?. Les pein- sion du Liban, entre beauté et destructures de Chéri Samba, sur une période tion, nostalgie et espoir... ‣ Jusqu’au D+T Project Stephan Balleux & Hannu Prinz. Pein- allant de 1989 à 2009, révèlent sa per- 19·01. Du Me. au S. de 14 à 18h, le D. tures. ‣ Jusqu’au 25·01. Du J. au S. de ception de la réalité sociale, politique, de 10 à 13h. économique et culturelle du Zaïre, ex- URue Gratès 7 - 1170 Bruxelles 12 à 18h30 ou sur rdv. posant toutes les facettes de la vie quo- 02 662 16 99 - www.lavenerie.be URue Bosquet 4 - 1060 Bruxelles 0494 62 43 13 - www.dt-project.com tidienne à Kinshasa. ‣ Jusqu’au 01·02. Du Ma. au S. de 14 à 19h ou sur BRABANT WALLON Faider rdv. In Situ. Transformations sculpturales UChaussée de Charleroi 108 - 1060 BruxelBRAINE-L’ALLEUD de Rainer Gross. ‣ Du 17·01 au 22·02. les - 02 537 81 360 ou 0477 25 26 92 www.pascalpolar.be Galerie 360° Du Me. au S. de 14 à 18h ou sur rdv. Anne Dorselaer. ‣ Du 15·01 au 15·02. URue Faider 12 - 1060 Bruxelles Valérie Bach 02 538 71 18 - www.galeriefaider.be Le Me. de 15 à 18h et le S. de 14 à 17h Velvet Skin. Oeuvres de Gudrun Kampl. en présence de l’artiste. ‣ Jusqu’au 22·02. Du J. au S. de 11 à UPlace Abbé Renard 1 - 1420 Braine-l’Alleud Galerie Arielle d’Hauterives - 02 384 61 03 Découvertes hivernales. Peintures et 13h et de 14 à 19h. http://galerie360.braine-lalleud.be URue Faider 6 - 1060 Bruxelles oeuvres plastiques de Sibylle Baltzer, 02 502 78 24 - www.galerievaleriebach.com Yuko Nakaya et Raphaèle Bernard-Bacot. ‣ Jusqu’au 24·01. Du J. au S. de LOUVAIN-LA-NEUVE LaGalerie.be 14 à 19h. Le Fil d’Ariane . Installation de Mireille Espaces Loungeatude URue Tasson Snel 37 - 1060 Bruxelles Liénard. ‣ Jusqu’au 19·01. Du J. au S. Blancs. Peintures de Pierre Debatty. 0477 70 02 32 - www.arielledhauterives.be de 16 à 19h ou sur rdv (présence de ‣ Jusqu’au 15·01. Du L. au V. dès 11h l’artiste le S. 11·01). et le S. dès 18h. Galerie Paris-Beijing Vanderlinden 65 - 1030 Bruxelles UPlace Polyvalente - 1348 Louvain-la-Neuve Day is Done. Collages et sculptures du URue 0475 60 66 97 - www.lagalerie.be - 010 45 64 62 - www.loungeatude.be collectif new-yorkais Ghost of a Dream. Aeroplastics Contemporary HeHe. Anthroposphere. ‣ Du 16·01 au 15·03. Du Ma. au V. de 11 à 18h, le S. de 14 à 18h.

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SEMAINE DU 10 AU 16 JANVIER 2014 ARTS LIBRE

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A l’étranger

La parution de la semaine

Natacha Nisic

ACTES SUD/JEU DE PAUME

Première monographie consacrée à l’artiste française (1967) dont le média de prédilection est la vidéo dans une conception qui croise la pratique filmique et l’installation. La publication qui contient un entretien par Marta Gili et textes inédits de Ph­A. Michaud, B. Jee­ Sook et F. Perrier, balise le parcours depuis 1994 de cette artiste dont les images extrêmement soignées sont empreintes d’une véritable aura picturale, à travers le traitement des gestes dont elle établit un véritable ‘catalogue’ à partir de 1995, des détails, des attitudes, des sujets en accointance tantôt avec l’art du passé, tantôt en corrélation avec l’aujourd’hui (Fukushima). Dans son texte, Philippe­Alain Michaud définit le travail de l’artiste en la citant : “L’image porte en elle sa propre contradiction”. Il ajoute : “C’est ainsi que Natacha Nisic a pu décrire la manière dont elle construit ses dispositifs de représentation face aux objets, aux corps, aux paysages qu’elle filme ou qu’elle photographie; l’image, fixe ou en mouvement, n’est pas une description, mais révélation d’un état de tension qui traverse les choses, […]”. L’ouvrage est publié conjointement à l’exposition rétrospective qui se tient actuellement au Jeu de Paume à Paris (jusqu’au 26 janvier). S’il est une caractéristique générale se rapportant à ce travail, c’est l’importance constante accordée à la part humaine ancrée dans la vie courante. (C.L.)

COURTESY NEW SQUARE GAL.

France JonOne – Peinture et sérigraphie Lille – New Square Gallery Pour ses 50 ans, l’artiste qui vient du Street art, qui a intégré les galeries avec grand succès comme on a pu le constater en Belgique, peintre à part entière dans une abstraction vive, graphique et gestuelle, réalise 50 nouvelles sérigraphies re­ haussées et expose plus de trente toiles ! U Jusqu’au 25 janvier. New Square Gallery, 40 rue Voltaire, 59000 Lille. www.newsquaregallery.com

COURTESY GAL. LJ

Swoon – Installation Paris – Galerie LJ Elle vient de la rue (1978), elle vient du Street, elle est l’une des seules femmes à avoir pratiqué cet art à la sauvette. Aujourd’hui, elle réalise surtout des installations monumen­ tales qui ont gagné quelques­uns des grands musées améri­ cains, elle est humaniste, elle grave dans le lino et construit avec des bois trouvés. U Jusqu’au 15 janvier. Galerie LJ, 12 rue de Commines, 75003 Paris. www.galerielj.com

Luxembourg

COURTESY GAL. CLAIREFONTAINE

Steve McCurry – Photo Luxembourg – Galerie Clairefontaine La galerie Clairefontaine fête ses 25 ans d’existence par une expo d’ensemble de ses principaux artistes et dans l’espace 2 par un ensemble exceptionnel d’un des plus célèbres repor­ ters travaillant pour l’agence Magnum et qui fut dès les an­ nées 70 sur tous les terrains sensibles de l’Afghanistan au Golfe. U Jusqu’au 25 janvier. Galerie Clairefontaine, 21, rue du St­ Esprit, 1475 Luxembourg. www.galerie­clairefontaine.lu

U Natacha Nisic. “Écho”. 208 p., 154 ill. coul. Éd. Actes Sud/Jeu de Paume. Env. 35 €

UPlace de l’Université 1348 Louvain-la-Neuve

HAINAUT

ANVERS ANVERS Fifty One Fine Art Photography Hans-Christian Schink. ‣ Jusqu’au 25·01. Du Ma. au S. de 13 à 18h ou sur rdv. UZirkstraat 20 - 2000 Anvers 03 289 84 58 - www.gallery51.com

TOURNAI

COURTESY GAL. B. CEYSSON

Galerie des Halles Connexions. Oeuvres de Pierre Debatty. ‣ Jusqu’au 25·01. Du L. au S. de 11 à 18h.

Denis Castellas – Peinture Luxembourg – Galerie Bernard Ceysson

Rasson Art Gallery Christo, Jeanne Claude - Voltz / Arman Fifty One Too / Claude Gilli. ‣ Jusqu’au 12·01. Du J. All about Eve. Oeuvres d’Annie Kevans. au D. de 14 à 18h30 ou sur rdv. ‣ Du 12·01 au 01·03. Du Ma. au S. de URue de Rasse 13 - 7500 Tournai 13 à 18h ou sur rdv. 069 64 14 95 - www.rassonartgallery.be

Tim Van Laere Gallery Corn in your fruity basket. Peintures Monos Gallery Yakusa & Heavenz. Oeuvres d’Anton d’Armen Eloyan. ‣ Jusqu’au 25·01. Du Kuster. ‣ Jusqu’au 15·01. Du J. au D. Ma. au S. de 13 à 18h. UVerlatstraat 23-25 - 2000 Anvers de 14h30 à 18h30.

STAVELOT

Claude Hermann – Desssin Genève – Art&Public

UHostraat 2 - 2000 Anvers - 03 233 88 14 www.gallery51.com

LIÈGE

URue Henri Blès 39 - 4000 Liège 04 224 16 00 ou 0485 91 16 02 www.monosgallery.com

Suisse

03 257 14 17 - www.timvanlaeregallery.com

COURTESY ART&PUBLIC

LIÈGE

Jan Van Oost – Dessin et sculpture Genève – Galerie Bernard Ceysson

UFortlaan 17 - 9000 Gent - 09 222 00 33 www.fortlaan17.com

JAMBES Détour Dominique Collignon. Peintures. ‣ Du 15·01 au 15·02. Du Ma. au V. de 12h30 à 17h30, le S. de 14 à 18h. UAvenue Jean Materne 166 - 5100 Jambes 081 24 64 43 - www.galeriedetour.be

Contact

COURTESY GAL. B CEYSSIN

GENT

NAMUR

“Je ne sais rien de l’Art”, déclare l’artiste français (1948, vit en Suisse) auteur de dessins, “c’est peut­être une aide pour conju­ rer mes angoisses ou peut­être à mon âge m’éviter de découvrir tout ce que je n’ai jamais vécu. Lorsque je quitte mes personnages, je les abandonne, ils s’en vont, je les oublie.” U Jusqu’au 21 février 2014. Galerie Art&Public, 37, rue des Bains, 1205 Genève. www.artpublic.ch

FLANDRE ORIENTALE

Triangle bleu Krystal Fontaine. Installation, dessins Fortlaan 17 et peintures de Sylvie Macías Díaz. I Told You So. The World is Flat. ‣ Du 12·01 au 09·03. Du J. au D. de 14 Oeuvres de Jan Verbruggen. ‣ Jusà 18h30 ou sur rdv. qu’au 31·01. Du Me. au V. de 14 à 18h, UCour de l’Abbaye 5 - 4970 Stavelot le S. de 12 à 18h ou sur rdv. 080 86 42 94 - www.trianglebleu.be

Autant qu’à l’histoire de l’art, les peintures de l’artiste fran­ çais (1951, vit à Nice et NY) prennent leur source dans divers territoires – le cinéma, la photographie, la bande dessinée, la littérature, le monde du sport – et plus globalement dans ce qui constitue l’imaginaire d’un artiste européen né à la moitié du 20e siècle. U Jusqu’au 18 janvier. Galerie Bernard Ceysson, 2, rue Wiltheim, 2733 Luxembourg. www.bernardceysson.com

L’artiste flamand (Deinze, 1961) se sert autant du dessin que de la sculpture pour véhiculer son point de vue sur la caducité de l’existence humaine. Il refuse au monde ses apparences, son enveloppe ou sa chaire, et, puisant aux origines du sym­ bolisme, décline toutes les formes de vanité. U Jusqu’au 08 février 2014. Galerie Bernard Ceysson, 7 rue du Vieux­Billard, 1205 Genève. www.bernardceysson.com

Agenda culturel: Tél.: 02.211.27.23 Email : agenda@lalibre.be

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Adjugé!

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l Chiffres annuels

Papillon

Cette impression­ nante paire de scriban en mar­ queterie de l’Alle­ magne du sud était à vendre chez Aguttes à Neuilly, le 19 dé­ cembre dernier. Annoncée à 20 000 €, elle a été poussée jus­ qu’à 35 700 € plus les frais, ce qui est rare en ces temps de mépris pour les choses du XVIIIe siècle. Il passe assez régulièrement des scribans allemands et des armoires ou gar­ de­robes en placage ou en marqueterie, d’Outre­Rhin, et les prix actuels sont généra­ lement placés sous les 10000 €.

Chez Millon à Bruxelles, à la mi­ décembre, on a pas mal ramé pour vendre des bijoux anciens et modernes, de belle facture pourtant. Il y eut donc de nom­ breux retrait, plus de 35 % et les en­ chères n’ont guère flambé. Dom­ mage, il y avait là un très beau tra­ vail de la nouvelle experte en bijoux et argenterie qu’est Laure Dorchies. Ce papillon en forme de broche en or de 15 carats et argent, serti en son centre d’un diamant taille ancienne, de 49 petits dia­ mants, de 18 saphirs et de 2 cabochons de ru­ bis pour les yeux, était à prendre vers les 3000 €. Il en fit 2800 € frais compris.

Combats

2800€ SOTHEBY’S

35700€

D.R.

D.R.

Scribans

h Les chiffres de l’année 2013 sont tombés un peu avant Noël. Pour les grandes maisons, tout fut bénéfique. 2013 RESTERA COMME UN GRAND CRÛ pour les salles de ventes de niveau internatio­ nal. La seule maison qui publie des chiffres parfaitement transparents c’est Sotheby’s, du fait de sa cotation en Bourse de New York. Cette firme a dès lors donné des chiffres tant pour Paris qui nous intéresse ici, que pour le monde entier. Et là, l’augmentation du chif­ fre d’affaires fut de 19 %, à 5,2 milliards de dollars. Pour l’ensemble du globe, Sotheby’s domine dans les secteurs de la joaillerie (ac­ croissement du CA de 32 %), de l’impression­ nisme et de l’art moderne (+ 21 %), et dans les arts asiatiques (+ 50 % grâce à des vacations à Pékin entre autres). Ce sont des écarts consi­ dérables d’une année sur l’autre et cela ré­ jouit Bill Ruprecht, un des grands patrons de la firme américaine. Paris dans cet ensemble, à bien y regarder ne pèse pas bien lourd. La salle du Faubourg­ Saint­Honoré n’y réalise “que” 188 millions d’euros, ce qui place Sotheby’s devant Chris­ tie’s mais en ergotant sur des chiffres et des transactions que l’un comptabilise et l’autre pas. Sur Paris, la progression n’est que de 3 % pour Sotheby’s. Christie’s recule un peu et af­ fiche 186,5 millions d’euros de chiffre d’af­ faires, ce qui est de l’ordre de 3,5 % de moins qu’en 2012. Ceci ne concerne que les ventes au marteau, car de plus en plus les salles ef­ fectuent des ventes avec des lots retirés lors des vacations mais qui se négocient encore juste après. Puis, il y a les ventes de gré à gré qui prennent de l’ampleur et là se pose un autre problème pour les grands marchands et c’est celui de la concurrence directe dans

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SEMAINE DU 10 AU 16 JANVIER 2014 ARTS LIBRE

Adjugé!

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de rois à Paris Chez Sotheby’s, l’art moderne et impressionniste reste une des valeurs sûres permettant de compenser une rude concurrence en art contemporain où Christie’s domine. mière. La famille Dassault et ses associés font preuve d’un dynamisme incroyable et d’après le service de presse on aurait engagé pas loin de cent personnes en moins de 14 mois grâce à l’internationalisation de la so­ ciété. Le siège de Bruxelles animé par la com­ tesse Vinciane de Traux est un exemple du redéploiement de la firme parisienne. Artcu­ rial est donc troisième sur le podium, avec un chiffre d’affaires de 178 millions d’euros. La progression dépasse les 20 %, ce qui est re­ marquable dans cette France tétanisée par la crise et dont l’état d’esprit est marqué par l’abattement. Chez Tajan, on augmente de 12,5 % à 41 millions, ce qui est un joli cadeau pour Rodica Seward qui avait acheté la com­ pagnie voici dix ans à Maître Tajan. Chez Piasa on a fait également des bons de joie car le CA est passé de 27,3 millions à 36 millions d’euros, ce qui représente un ac­ croissement considérable de 33 %. Cela est en partie dû à l’ouverture d’une nouvelle salle sur la rive gauche de la Seine et peut­être aussi à l’arrivée de Frédéric Chambre.

leurs zones d’activités. Les biens immobiliers font également partie des activités, surtout dans le chef de Sotheby’s.

D.R.

LISA JOHANSSON PAPE

Face à ces deux monstres mondiaux, les autres salles, où qu’elle se trouvent ne font que de la figuration. Mais il n’empêche que parfois cela peut peser très lourd. Un jour on connaîtra les chiffres de Bonham’s, première dans le secteur automobiles anciennes. La salle britannique est talonnée par Artcurial qui elle, sur Paris et donc la France, est la pre­

Voici donc pour les principales salles de ventes officiant sur Paris où l’on voit que les affaires marchent bien depuis un an, du moins en chiffres d’affaires. Si on gratte un peu, on trouve rapidement des faiblesses, comme le nombre de lots retirés, des zones où les lots vendus ne valent plus grand­chose comme dans les styles classiques des der­ niers rois ou du Premier Empire. A Drouot par exemple, il passe encore des millions de lots par an dans des dispersions de qualité se­ condaire. Et par là, c’est la galère. Mais c’est aussi et toujours du marché de l’art. Ph. Fy.

Ce tableau de Basquiat est passé en vente chez Tajan le 20 novembre 2013 et il y fit 1,3 million d’euros, soit l’estimation basse.

De Lisa Johansson Pape (1907-1989), on a vendu chez Piasa à Paris le 30 octobre, une paire de lampadaires en laiton, métal laqué, verre opalin, cuir, hauts de 210 cm. Vers 1950. Le marteau est tombé à 118236 €.

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l Au marteau

Les Orléans au pinacle h Un prince de Bourbon des Deux­Siciles, déposa 132 lots dans une vente royale à Paris. Il y avait près de 300 lots à prendre. Tout fut vendu. IL Y A UN PEU PLUS D’UN MOIS, Paris qui allait vibrer de mille feux pour les souvenirs du chanteur Maurice Cheva­ lier, rendit d’abord un hommage pas­ sionné à des effets princiers dont une bonne part provenait des princes d’Or­ léans. C’était le 2 décembre à Drouot et

le marteau était détenu par l’étude Col­ lin du Bocage et Delorme. L’expert se nommait Xavier Dufestel, spécialiste des Bourbons­Orléans. La part Orléans de la vacation ne provenait pas pour une fois des souvenirs directs du comte de Paris (Henri VI, de jure), mais du prince Gregory de Bourbon­Siciles, des­ cendant direct du prince Philippe de Belgique, comte de Flandre et petit­fils de la princesse Marie­Louise d’Orléans. Le prince Gregory amenait 132 lots. Ils étaient estimés aux alentours de 80 000 €. Mais devant l’enthousiasme du public, la totalité des lots s’en allè­ rent pour plus de 250000 €. Xavier Dufestel nous manifesta sa joie

de voir “des acheteurs du monde entier se livrer à une véritable bataille d’enchères pour cette dispersion qui nous a permis de vendre 100% des 291 lots, provenant tous de familles royales et princières. Elle s’est d’ailleurs déroulée en présence de certains membres de la famille d’Orléans et du prince et de la princesse Jean de Luxem­ bourg”. Parmi les lots phares qui firent quel­ ques étincelles par rapport à des estima­ tions très basses, il y avait ce tableau provenant des collections du château d’Eu, en Normandie. Eu était la rési­ dence préférée de la précédente com­ tesse de Paris. Il s’agissait du portrait de la princesse Nicole de Lorraine, acquis

D.R.

La ménagère en métal doré créée par Christofle pour la table du roi Louis-Philippe au château d’Eu a atteint la somme de 39 800€ (lots 9 à 27 vendus avec faculté de réunion).

pour 6250 € et celui de la reine de Por­ tugal, l’un et l’autre peints par Jean Du­ cayer. Le second fut adjugé pour 10 000€. C’est bien mieux que les 3 800 € donnés pour un portrait de dame de qualité, peint par le même ar­ tiste, chez Me Binoche à Paris également, le 12 décembre dernier. Ducayer est un de ces artistes dont on ne connaît pres­ que rien et qui sert un peu de tiroir d’hypothèses, comme le fut le lorrain Claude Deruet (1588­1660), avant lui. Mais revenons à des choses plus pro­ saïques avec ces dessous de bouteilles provenant d’un service du roi Louis­ Philippe (lots 5/6 vendus avec faculté de réunion), portant les poinçons de l’orfè­ vre Jean­Baptiste Claude Odiot. Ils ont trouvé preneur à 8 750€. La chocola­ tière du même orfèvre a atteint 6500€. Le musée régional du château de Ran­ dan a tenté, en vain, de remporter une partie des ménagères de la table du roi Louis­Philippe au château d’Eu. Mais c’est un capitaine d’industrie français qui remporta à lui seul la ménagère en métal doré créée par Christofle, pour la somme de 39 800€ (lots 9 à 27 vendus avec faculté de réunion). Il fit de même avec la ménagère en métal argenté éga­ lement produite par Christofle, pour un prix de 19 800€ (lots 28 à 42 vendus avec faculté de réunion). Rien ne change sous le soleil; le besoin des gens qui réussissent d’asseoir leur image de mar­ que passe par ce genre de charmant ca­ price. Dommage pour le musée de Randan, site sublime du Puy­de­Dôme où le châ­ teau des Orléans était une chose magni­ fique, brûlé par un incendie de la vie quotidienne en juillet 1925. C’est là que vivait fréquemment la princesse Adé­ laïde (1777­1847), sœur du roi Louis­ Philippe. Randan appartient depuis peu à l’Etat français. Ensuite, un presse­papier de Marie­ Amélie, reine des Français, fut vendu pour 11 880€. Puis on vit passer une

Souvenirs de nos princes h D’autres lots d’objets royaux ont également atteint de jolies sommes. POUR CE QUI CONCERNE LES OBJETS ISSUS des collections d’autres familles royales et aristocrati­ ques, notons que les neuf albums de la famille royale des Deux­Siciles (lots 181­182­183) atteignirent 22 500€ et enfin le lot 173, la “Vénus couchée” par le peintre romain Girolamo Pesci (1684­1759), élève de Carlo Maratta, méritait toute attention. La toile provenait des collections du roi Stanislas II Auguste de Pologne, puis des princes Poniatowski, et avait décoré un palais à Varsovie que l’empereur de Russie Alexandre Ier, acheta en 1820. La toile de 95 x 114 cm

fut acquise par un collectionneur privé pour la somme de 65 500€, soit plus du double de l’estima­ tion haute. A propos de nos princes, on vit passer un médaillon en or, gravé de fleurs et orné d’une bar­ rette de pierres précieuses. En l’ouvrant on décou­ vrait en miniature sur vélin, un “portrait” de l’œil du comte de Flandre, Philippe, père du roi Albert Ier. Louise­Marie possédait plusieurs objets de ce genre, parmi ses plus intimes. Le lot, daté de 1843, a été ac­ quis par un citoyen français pour un peu plus de 2 600€. Juste avant était proposé un nécessaire à

couture de la reine Louise­Marie, exécuté par la mai­ son Aucoc. Il a été acquis pour 3 000€ par un autre Français. Le lot 143 était occupé par un collier à cinq rangs de perles fines baroques, de la princesse Hen­ riette de Belgique, sœur du roi Albert Ier et duchesse de Vendôme. Il a fait plus de trois fois son estimation et fut acquis par un acheteur étranger du Moyen­ Orient, pour 30 360€. Quelques nappes provenant sans doute de Laeken firent aux alentours des mille euros. Ph. Fy

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l Vente publique

Ces quelques feuilles écrites au crayon par le liégeois Georges Simenon se sont envolées à Paris, chez Artcurial, le 16 décembre. On les vendit à 22733 €.

aquarelle de fleurs sur vélin peinte par Madame Adelaïde, précitée. L’objet fut préempté par le musée de la Vie roman­ tique, à Paris, au prix de 7 920 €. Les musées français ont encore exercé leur droit de préemption et le musée de la Vie romantique à Paris se porta acqué­ reur du chapelet de Marie­Amélie, pour la somme de 3000 €. Il en fut de même pour une aquarelle de fleurs de Ma­ dame Adélaïde, acquise pour 7500€ et également de la statuette du duc d’Or­ léans attribuée à James Pradier, préemptée pour la somme de 1500 €. Le très beau dessin représentant le roi Louis­Philippe et la reine Victoria en ca­ valcade dans les bois de Windsor, daté de 1844, fut acquis pour la somme de 8125€ par un membre du Gotha euro­ péen allié à la famille royale de Belgique et descendant direct du roi des Français. L’aquarelle du château d’Osborne, ré­ sidence régulière des princes anglais fut elle aussi très disputée. Il faut dire que le paysage et la haute demeure étaient ici tracés par les mains mêmes de la reine Victoria d’Angleterre. Ce lot exception­ nel, par son auteur mais aussi par la qualité du trait, culmina à 15840€; on en attendait 2000 à 3000 €. Le lot 114 figurait un portrait de la du­ chesse de Nemours, vue de dos. La toile de 45 x 35 cm était attribué à Sir Edwin Landseer. Elle fut vendue à 17 190€, pour une estimation similaire au lot précédant. Les prix ne comportent pas les frais. Philippe Farcy

ARTCURIAL

D.R.

Ce médaillon en or, gravé de fleurs et orné d’une barrette de pierres précieuses renferme un portrait de l’œil de Philippe de Belgique, comte de Flandre et père du roi Albert Ier. Il est parti pour un peu plus de 2600 €.

Simenon surpasse son monde

h Une vente de livres et de manuscrits modernes chez Artcurial le 16 décembre a permis au Liégeois de dominer ses contemporains. IL Y AVAIT UN PEU PLUS DE 370 LOTS à prendre chez Artcurial voici trois semaines dans une vente de litté­ rature française du XXe siècle, et de volumes divers consacrés à des mouvements artistiques, essentielle­ ment. Notre compatriote y aura brillé à trois reprises (plus un retrait), sans faire exploser les estimations, mais juste assez pour que la concurrence des ses illus­ tres confrères ne vienne pas lui faire de l’ombre. Re­ jeté en fin de vacation, Simenon a donné un peu d’éclat à cette vente où l’autre vedette fut Céline et la troisième le nombre de lots retirés. Le résultat global de la dispersion fut de 456 667€, frais compris, avec un peu plus de 65 % de lots vendus. Simenon a donc toujours et pour toujours ses fans et son fils continue à promouvoir la réputation d’un père hors­norme qui écrivait comme un métronome de 6h à 9h du matin. Le lot le plus disputé fut celui d’un manuscrit préparatoire d’une dizaine de pages sorties d’un carnet à spirales, écrit à la mine de plomb et intitulé “La Disparition d’Odile”. Nous étions ici en 1971 et le volume fut édité en 1972. Les experts de la salle avaient annoncé une fourchette d’estimations allant de 10 000 à 12 000 €. Il en vint 22 733 €, avec les frais. Ce travail rédigé à Epalinges annonçait de fa­ çon prémonitoire les soucis de la fille de Georges Si­ menon, qui deviendront dramatiques puisque Ma­

rie­Jo, la fille de l’auteur ira jusqu’au suicide. Peut­ être est­ce cette tension sous­jacente, ce lien entre fiction et réalité, quoique démenti par Simenon à l’époque, qui poussa les enchères si haut. Le lot précédant fit mieux encore en terme finan­ cier, mais causa moins de surprise car nous fûmes alors dans la zone précise des estimations. Il s’agissait à nouveau d’un manuscrit du même genre que le lot déjà évoqué et cette fois plus vieux d’un an, soit 1969. Il s’agissait du roman “Maigret et le tueur”. On propo­ sait la rédaction d’une vingtaine de pages du début de cette histoire que les experts évaluèrent entre 20000 et 25 000 €. Le marteau chuta à 23 382 €, toujours avec les frais. En cette même année 1969, Simenon rédigea un autre roman intitulé “Novembre”. A nouveau il s’agis­ sait d’un manuscrit sur un calepin à spirales. Le cata­ logue signale que l’auteur rédigeait plus régulière­ ment à la machine et que les manuscrits, premiers jets d’une histoire à l’état d’ébauche, sont rares, voir très rares. Ici, on offrait aux amateurs un ensemble de dix pages. Elles étaient annoncées entre 8 000 et 10 000 €. Les passionnés se sont disputés le lot jus­ qu’à 17537 €. Terminons cette courte évocation par le plus haut prix obtenu ce 16 décembre. On trouvait au lot 343 le manuscrit complet, dédicacé à Zola d’un roman de J.K. Huysmans, auteur naturaliste, proche de Flaubert et des Goncourt, qui figurait ici avec “Les Sœurs Va­ tard”. Le volume datait des années 1876­1878. La salle annonçait 60 000 à 80 000 € comme estima­ tions. Il en vint 68711 €. Dès lors, avec quatre lots, la vente était couverte à 25 %. Ph. Fy.

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l Résultats

Des cristaux accessibles Ce vase de modèle “Serpent” proposé à partir d’avril 1924, par les atelier de René Lalique à Wingen, en Alsace, s’est vendu à 13000 €.

h Une vente récente chez Ader­

LE 18 DÉCEMBRE DANS LA SALLE 1 DE L’HÔTEL DROUOT, l’étude Ader­Nordmann proposait une vente intégralement consacrée à René Lalique (1860­ 1945), ce qui n’est pas fréquent. La vente s’est bien déroulée en terme de nombre de lots vendus, plus de 80 %, mais aussi en terme de chiffres, toujours con­ formes aux prévisions de l’expert Emmanuel Eyraud. Il n’y eut donc pas de surprises et, mis à partdeux lots parmi les plus importants, annoncés à plus de 10000 € et retirés, ce fut un succès. Reste que la cote de ce maître de l’art déco n’est pas prodigieuse et que Lalique reste donc un artiste accessible, tant pour ses vases que pour ses objets décoratifs ou ses services de verre de table. Il n’y avait que 91 à prendre et ils étaient proposé en avant­première d’une autre vaca­ tion consacrée à une foule d’artistes de la même épo­ que, ayant travaillé dans des domaines divers, y com­ pris des meubles. Tout cela se voit sur le site internet de cette étude. Un volume complet de l’œuvre de René Lalique a été publié aux Editions de l’Amateur sous la plume de Félix Marcilhac, en 2004. Rappelons également qu’un musée à la gloire de ce créateur im­ portant pour l’image de marque de la France, a été ouvert encore récemment à Wingen­sur­Moder, en Alsace, là où se trouvent les ateliers Lalique. Wingen est un village de tradition verrière, réactivé en 1921 après cinquante ans d’interruption de travail, par

ADER

Nordmann permet de donner un reflet de cette maison illustre.

René Lalique puis son fils Marc, né en 1900. Le jour du 18, cela commença fort avec une coupe haute de 17,8 cm en verre soufflé et moulé au décor de branchages émaillé de brun. Le modèle fut créé en 1912 et produit jusque avant 1928. On en attendait 4000 à 6000 € et il en vint sans les frais l’équivalent de l’estimation basse. Vint ensuite un flacon illustre “Leurs âmes d’Orsay”, dont le bouchon moulé com­ porte deux jeunes femmes pendant nues à des bran­ chages. Ici aussi le commissaire­priseur obtint l’esti­ mation basse, soit 5200 €. Pour une carafe et cinq verres en cristal soufflés en forme de lotus, il ne fallait

assumer que 400 €. Pour douze verres à Madère et six coupes de champagne, en cristal bien sûr, de mo­ dèle Quincy, créé en 1935, il ne fallut débourser que 600 €. Et pour six autres verres à Madère de type Rambouillet, seuls 120 € furent suffisants. Par con­ tre, il fallut monter à 4500 € pour un très rare service de modèle Beaune, créé en 1934 et produit jusqu’en 1946. Le lot était composé de cinquante­deux pièces quand même. Pour un flacon d’une suite de garniture de toilette, le marteau tomba à 200 €. Il s’agissait du modèle Dahlia sorti en 1931. Les frais sont compris. Ph. Fy.

l Vente publique

Belle vente de fin d’année chez h Quelques livres anciens ont

GODTS

provoqué de belles enchères à la mi­décembre.

“Le grand théâtre sacré du duché de Brabant” paru en 1729 a été vendu chez Godts le 16 décembre contre 4200 €.

LES BATAILLES D’ENCHÈRES COMMENCÈ­ RENT TRÈS TÔT avec l’apparition de deux lots de catalogues de ventes publiques de livres. Les deux lots, numérotés 3 et 4 étaient annoncés entre 600 et 800 €. Ils étaient composés, pour le premier, de six fascicules in­8°, datant des années 1769 à 1776 et relatifs à des vacations de livres, à Louvain, sous le marteau du com­ missaire­priseur Jean­François Van Overbeke. Il était éditeur, imprimeur et libraire. Le pre­ mier lot pour les années susmentionnées est parti à 1300 €. Le second, relatif aux an­ nées 1790 et 1792 (7 pièces), s’est envolé à 7 000 €. Un peu plus tard, dans une section de dessins et gravures on donna le double de l’es­ timation haute (1500 €), pour un dessin attri­ bué à un artiste bruxellois inconnu sauf de ra­ res spécialistes, à savoir Lucas Achtschellink (1629­1699). Il s’agissait d’un grand paysage de 460 x 360 mm. Juste après, deux gravures

d’après Jérôme Bosch, exécutées par Pieter van der Heyden (vers 1530, après 1572), firent un bel effet sur le public venu nombreux dans la salle de ventes Horta qui sert de cadre habituel pour le libraire de l’avenue Louise. La première feuille pour “Die Blaù Schùyte”, éditée par Jé­ rôme Cock en 1559 est partie à 4800 €. La se­ conde qui figurait la “Célébration du Mardi gras”, éditée en 1567, s’en est allée à 4000 €. Le deuxième plus haut prix de la vacation est tombé sur un recueil de 37 planches d’époque romantique et qui n’en manquaient guère en leur contenu. Il était question de scènes éroti­ ques que le libraire annonçait avec prudence entre 800 et 1000 €, mais une verve considé­ rable emplit la salle qui se disputa les pièces avec ardeur jusqu’à bourse délier à hauteur de 10000 €. On donna par après le prix de l’estimation basse, soit 3000 € pour un volume de descrip­ tion de la Chine datant de 1668 et édité à Ams­ terdam. L’auteur en était Athanase Kircher (1602­1680), père jésuite allemand. Le volume était complet de ses vingt­quatre planches. Antoni van Leeuwenhoek (1632­1723), était un scientifique néerlandais qui ici étudia la physiologie des plantes et des animaux, le tout

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l Porcelaine

Temps difficiles pour certains porcelaine de Tournai n’ont pas trouvé acquéreur. PHILIPPE FROMENTIN ET PHILIPPE Desbuis­ son sont associés dans une étude de commis­ saires­priseurs à Paris sous le nom de “FL Auc­ tion”. Le 13 décembre ils proposaient dans une vacation classique peuplée de nombreux lots de céramique, un important ensemble de divers services en porcelaine de Tournai da­ tant de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle. Rien qu’à travers les photos et les amoncelle­ ments de pièces sur les quatre pages et les six lots à prendre, c’était très beau à voir. Ce le fut moins en termes financiers car il ne fut pas aisé de se défaire de ces lots parfois impor­ tants. Le premier lot était dévoué à sept pots cou­ verts en pâte tendre à décor de chenille. On at­ tendait 400 à 600 € pour cette fantaisie et il en vint 500 €. Le lot suivant était dévolu à un ser­ vice du même décor comprenant 119 assiettes plus des objets de forme dont une soupière. On attendait 4000 à 6000 € et l’estimation basse n’ayant pas été atteinte, le lot a été retiré. Il en fut de même avec un très beau service à décor “Ronda”, composé de septante assiettes diverses et des pièces de formes. Ici on avait ta­ blé sur 2000 à 3000 €. Un autre lot identique

de décor au précédant, mais limité à 21 assiet­ tes et cinq plats eut plus de chance puisqu’il trouva preneur. Mais le marteau chut à 1100 €, sur une base de 1500 à 2000 €. Tout ceci est en pâte tendre, comme le lot suivant, plus sou­ tenu et décoré de vannerie et du modèle “Ronda”. Il s’agissait à nouveau d’une partie de service, incluant trois raviers, un grand plat profond, et vingt­six assiettes, entre autres. Ici, l’expert Manuela Finaz de Villaine escomptait 1000 à 1500 € et il lui en vint 1900 €. Le der­ nier ensemble du jour était composé de soixante assiettes en camaïeu bleu “Ronda” et vingt­deux assiettes aux épis. On espérait 1000 à 1500 € pour ce lot. Il en vint 500 €, seulement. Ce qui signifie que les prix de ré­ serve, sous lesquels on ne peut vendre, étaient écrasés. Mais malgré cela, certains numéros ne trouvèrent pas preneur. Pour les chineurs, la période est bonne. Ils sont en position de force. Ph. Fy.

D.R.

h Quelques beaux lots de

Godts publié en anglais d’abord et présentement en la langue de Vondel. C’en était la première édi­ tion de 1684 qui donna plusieurs volumes jus­ que 1718. Et ceci faisait suite à des conférences données à Londres. L’auteur fut un médecin célèbre en son temps, malgré le fait qu’il ne fit aucune étude et qu’il ne pratiquait pas le latin. Il fut le premier à décrire la circulation du sang. Les deux volumes in­4° étaient annoncés en­ tre 2500 et 3000 €. Ils furent vendus à 7500 €. Le lot 317 obtint lui aussi la cote de 7500 €. Il était porteur de la retranscription d’une confé­ rence donnée par Stéphane Mallarmé le 1er mars 1894, à Oxford. La conférence se fit en Français, mais fut traduite pour le public local. L’auteur et poète traita de la musique et des lettres. Le lot était annoncé entre 500 et 600 €. Arthur Rimbaud fit mieux en terme de score mais moins bien eu égard aux estimations. Le citoyen de Charleville était présent par deux lots importants. Il s’agissait d’abord d’“Une Saison en enfer”, publié à Bruxelles en 1873 par l’Alliance Typographique et relié par Geor­ ges Huser. Il s’agit de la première œuvre pu­ bliée par Rimbaud, en première et seule édi­ tion. Henri Godts avait prévu 8000 à 10000 € pour ce lot. Il en vint 12000 €. Le lot suivant

était occupé par “Les Illuminations” de 1886, agrémentées d’une notice par Paul Verlaine. On offrait là une édition originale tirée à deux cents exemplaires, relié par le maître belge Vladimir Tchékéroul (1899­1992), qui avait été l’objet d’une exposition au musée Charlier à Bruxelles en 1993. 8000 à 10000 € étaient également attendus, mais le public poussa un peu plus loin le bouchon et le lot fut adjugé à 15000 €. Tchékéroul avait encore fourni une reliure plus classique cette fois, pour le plus célèbre travail de Marcel Proust “A la recherche du temps perdu”, publié chez Grasset en 1913­ 1914. Le lot était annoncé entre 4 000 et 5000 €. Il fut attribué à un collectionneur avisé contre 6500 €. On terminera cette évocation par les 4200 € offerts sur “Le grand théâtre sacré du duché de Brabant”, œuvre anonyme publiée en 1729, proche du théâtre profane de Le Roy, mais pas de cet auteur célèbre. Ici on trouvait en deux volumes la description des églises et abbayes. Le lot était évalué entre 1800 et 2000 €. Il changea de mains contre 4200 €. Les frais sont compris. Philippe Farcy

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