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Marché de l’art

Expo en vue

Bruxelles attire des galeries étrangères alors que des locales s’installent ailleurs.P.5

Une vente d’art et objets précieux a été marquée par de forts contrastes. P.14

A Gand, Jacques Charlier crée un pastiche grandeur nature. PP.2-3

COURTESY GALERIE FORTLAAN 17, GENT

Focus

SQUELETTE D’UN OURS “GRIZZLY” MONTÉ SUR SOCLE, MUNI DE SON PERMIS CITES H: 90 CM; L: 140 CM; P: 60 CM/ ESTHER VERHAEGHE DE NAEYER

Supplément à La Libre Belgique - N°167 - Semaine du 14 au 20 décembre 2012

UN OURS

POUR NOËL PP. 10-11

© S.A. IPM 2012. Toute représentation ou reproduction, même partielle, de la présente publication, sous quelque forme que ce soit, est interdite sans autorisation préalable et écrite de l'éditeur ou de ses ayants droit.


L'actu

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SEMAINE DU 14 AU 20 DÉCEMBRE 2012 ARTS LIBRE

l Expo en vue

Commentaire

Création et marché : quel rapport ?

L’art en son statut

Les grands artistes, les vrais, ne sont pas dupes de la pièce dans laquelle ils jouent ! Qu’on leur fait jouer. Pas tou­ jours à leur insu mais alors, souvent, à leur corps défendant. Jusqu’à ce qu’ils s’insurgent à l’encontre d’un miroir aux alouettes dont ils ne sortent ni indemnes, ni vainqueurs. Les tireurs de ficelles sont plus malins, œil et oreille aux aguets du bon coup fourré. Eux, leur truc, c’est la pompe à fric plus que la pompe aux gratons chère aux Bour­ bonnais. Eux, c’est la rentabilité opéra­ tionnelle et fi de l’émotion. L’art pour eux : un alibi de plus. Et c’est vrai à tous les niveaux. Au niveau institution­ nel, quand des politiciens sans autre charisme voient dans un subterfuge artistique le moyen d’arrondir vers le haut un budget jusqu’alors brut de coffrage. L’art alibi existe hors toute considération romantique, culturelle. L’art refuge aussi quand politiques, économistes et fonctionnaires standar­ disés lorgnent, comme un seul homme, les potentielles rentrées juteuses d’une opération artistico­médiatique qui fera parler la poudre au profit d’un Etat qui, par ailleurs, se fout de l’art comme de colin­tampon. Les marchands, les galeristes, c’est tout autre chose. Ils font un métier, noble en soi, qui les oblige à en retirer quelque profit, une question de survie. Nous connaissons de ces galeristes qu’obnubilent un sacerdoce, un amour de l’art qu’ils sont, quelque part, les seuls à pouvoir promouvoir, au bénéfice d’artistes qui ne le leur rendent pas toujours. Imbro­ glio tout ça ? Ce billet n’a d’autre fin que d’aider à ouvrir l’œil. Simplistes au vu d’une mondialisation du tout à l’égout sauf s’il rapporte, ces considé­ rations nous sont venues à la lecture d’une interview du Nouvel Observa­ teur, relayée dans un récent Journal des Arts. En exergue, le coup de gueule du grand Anselm Kiefer : “J’interdis à mes galeristes d’exposer mes œuvres dans les salons et les foires, ce sont des endroits abominables où les gens ne prennent même pas le temps de regarder les œuvres. Ils viennent là pour consommer. Pour moi, l’art ce n’est pas du loisir. Aujourd’hui, on mélange tout, l’art et le design, l’art et la mode, c’est ridicule. L’art exige un effort, une attention.” A méditer et rapprocher du credo de Giacometti avouant à Caroline, son dernier modèle : “Qu’est­ce que créer ? Faire, faire et refaire. C’est cela créer. Refaire sans cesse. Là où j’en suis”. Le grand Alberto disait ça quelques mois avant de mourir !

COURTESY GALERIE FORTLAAN 17, GENT/LAURENCE CHARLIER

Par Roger Pierre Turine

h A Gand, Jacques Charlier investit de ses “Peintures de bureau” tous les espaces de la galerie Fortlaan 17 transformée en lieu d’affaires un lendemain de fête. Un pastiche grandeur nature. EN OCCUPANT LES TROIS ÉTAGES DE LA GALERIE gantoise, Jacques Charlier ne s’est pas privé d’y aller d’une vaste installation totale à laquelle participe tout ce qui se trouve dans les espaces de la galerie, jusqu’au moindre détail. Il travaille un peu à la ma­ nière de Guillaume Bijl en transformant un lieu pour lui donner une autre fonction, à l’énorme différence près que tout ici est du Charlier et que le bureau évo­ qué ressemble à s’y méprendre à une galerie d’art. L’ambiguïté sur laquelle joue constamment l’artiste liégeois marque son empreinte dès l’abord, d’autant plus que l’on se situe dans une maison bourgeoise dont la connotation déteint également sur la propo­ sition qui trouve ici son cadre idéal. Le décor ? Un lendemain de fête bien arrosée dans un bureau, à la fois lieu d’affaires, d’accueil, de con­ versation, qui se veut de style moderne bon genre et belle prestance dans lequel rien en principe ne de­

vrait dénoter. Il y règne un certain désordre, confettis et serpentins, bouteilles de champagne et d’alcool, étant les résidus les plus tangibles des festivités. On ne sait exactement où l’on se trouve mais les publica­ tions savamment disséminées, le mobilier assez typé, les peintures accrochées aux murs, feraient pencher pour un bureau privé où se pratique le commerce de l’art. Ce n’est ni une galerie, ni une maison privée mais un entre deux où l’on mise sur la convivialité, où le client doit se sentir confortablement à l’aise dans un environnement agréable, adéquat, porteur de messages bien positifs et rassurants. S’il règne une certaine pagaille, ce n’est que temporaire, tout ren­ trera dans les normes calculées dès le passage du ser­ vice de nettoyage. En plaçant sur le bureau, les fauteuils, les tables, des revues d’art, des catalogues de salles de ventes des plus prestigieuses ouvertes à certaines pages précises

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SEMAINE DU 14 AU 20 DÉCEMBRE 2012 ARTS LIBRE

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social Infos pratiques Jacques Charlier. Office

COURTESY GALERIE FORTLAAN 17, GENT

Paintings et mini-rétrospective. Galerie Fortlaan, 17, rue Fortlaan, 9000 Gand. Jusqu’au 26 janvier. Du mercredi au vendredi de 14h à 18h, samedi de 12h à 18h. La galerie sera fermée du 23 décembre au 8 janvier inclus.

ÉVENT

COURTESY GALERIE FORTLAAN 17, GENT

Célébrant comme il se doit, entre amis et con­ naissances, la fin du monde le 21 décembre, Jacques Charlier et la Fortlaan 17, proposeront dès le lendemain une exposition souvenir de l’apocalypse annoncée. Pas de doute qu’il subsis­ tera de beaux restes et que le monde nouveau comme le Beaujolais chaque année renaîtra de ses cendres. Et Jacques Charlier annonce pour l’occasion rien moins qu’une Zone absolue ! Le premier événement d’une ère nouvelle se tein­ dra donc le samedi 22 et le dimanche 23 dé­ cembre, de 14h à 18h, au 17 de la rue de la Senne, à 1000 Bruxelles. Un rendez­vous qui s’impose.

De gauche à droite, Jacques Charlier, Office Paintings, photo (éd. “ex.), 2012; “Art Men 13”, acrylique sur bois, 165 x 190 cm, 2011 et une œuvre de la mini-rétrospective, Painting for “Peau de Balle”, huile et acrylique sur panneau et objets, 108 x 142, 1991.

“Il semble que nous soyons assignés à la rétrospective infinie de tout ce qui nous a précédés. Ce qui est vrai de la politique et de la morale semble vrai de l’art aussi.” Jean Baudrillard (cité par l’artiste)

Bio express (les bonnes valeurs), en posant des objets décoratifs choisis et surtout en montrant des peintures, de vrais Charlier faux Richter, Rothko, Dorazio et autres… on comprend rapidement que l’artiste pointe à la fois un comportement récurrent dans les milieux des hautes affaires et, par la parodie, qu’il vise aussi l’une de ses cibles favorites, les stratégies commerciales, de la production à la diffusion, du système artistique. Jacques Charlier opère ainsi par glissements et im­ brications qui jettent le trouble, conduisent à sourire et à percevoir la zone critique qui atteint le sommet dans cette photographie où posent le boss (l’artiste) et sa secrétaire. On s’assume jusqu’à l’autodérision ! Par cette installation, inspirée par la série améri­ caine Mad Men qui campe une agence de publicité sise sur Madison Avenue à New York dans les années

soixante, Jacques Charlier entend interroger le rôle souvent assigné à l’art dans les bureaux. Le prestige et l’image priment, on se fabrique une identité, on assoit son statut social par œuvres interposées. L’art n’est pas présent pour lui­même mais comme reflet de ce que l’on est supposé être professionnellement, socialement, financièrement, avec dose culturelle et intellectuelle en valeur ajoutée. Dans ce contexte, l’art est un outil parmi d’autres, les œuvres sont des emblèmes, des images BCBG rassurantes. Un hasard si l’art abstrait domine ? Non, il faut être moderne sans choquer. Mais que fait donc cet homme isolé qui semble évoluer en apesanteur dans ces peintures ? Que veut­il ? Il est perdu, désorienté, baladé ? Pas bon signe ! Et si l’on revenait à l’humain ? Claude Lorent

Il est né liégeois en 1939 et le reste aujourd’hui tout en étant un artiste plasticien reconnu internationalement. Annexant le tout de l’art, surtout contemporain, il le prend de face, de biais, de revers pour le décortiquer jusque dans sa substantifique moelle. Que ce soit en peinture, en photographie, en installation, en intervention, en musique et l’on en passe, son propos qui tient volontiers du pastiche n’est pas seulement critique, il est lucidement à contre sens de tous les courants. Ce qui n’empêche pas Jacques Charlier, en cheval de Troie, d’exposer au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, au Mudam à Luxembourg, et en rétrospective au S.M.A.K. à Gand. Ses œuvres font partie de collections d’Etats et muséales.

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Sm’Art

SEMAINE DU 14 AU 20 DÉCEMBRE 2012 ARTS LIBRE

l Expo en vue

Foire OFF

Les savantes variations plastiques d’Uslé

Version 2013 à T&T La première s’est tenue à La Bourse. Vu le succès, la seconde et les suivantes occu­ peront 5600 m² à Tour et Taxis et ras­ sembleront cette fois 40 galeries. La foire d’art contemporain, bien entendu inter­ nationale, OFF, comme son nom l’indi­ que, reprendra donc du service parallè­ lement à la Art Brussel, juste en décalage d’un jour et avec des horaires qui offri­ ront une belle complémentarité pour les visiteurs et les galeristes. Elle change de nom aussi, OFF toujours mais Art Fair 2013. On y retrouvera une grande partie des participants de la première mouture mais pas mal de nouveaux venus, des Italiens et autres. Elle se veut spacieuse, conviviale et aérée. A la barre ? Pas de changement, le galeriste bruxellois An­ tonio Nardone qui donne rendez­vous le 19 avril 2013. A noter que la Slick s’an­ nonce également pour une seconde édi­ tion bruxelloise. (C.L.)

Coup de griffe Peinture bien évidemment mais aussi en certains cas comme politique, plinthure (à la Charlier), peinturlure ou poubelle, le tout dans le même panier. Et on vient de le vérifier peinture n’est nullement synonyme de art. Après une vie de poli­ ticien, Jean­Claude Van Cauwenberghe devient artiste peintre, suite à un bout de conduite avec le prof Charles Szym­ kowicz. Mais voilà, avec des chromos criards qui font mal aux couleurs et d’une affligeante pauvreté plastique on ne passe pas la rampe de l’art. Qu’on se le dise. Et pour une fois que la RTBF en son journal sur la Première parle d’une expo dans une galerie d’art, elle s’est plantée ! A moins qu’il ne s’agissait pas de cela ? P aussi comme people, peut­être. (C.L.)

Michel Mouffe Bela édition Depuis 2007 Bela Editions produit des multiples d’art contemporain à tirages très limités. Ces éditions sont l’occasion d’acquérir des œuvres originales d’artis­ tes connus à prix doux. Une aubaine pour les fêtes ? Parmi les artistes repré­ sentés, on citera Michel François, Ann Veronica Janssens, Lawrence Weiner, Daniel Buren, Lucia Bru, Lionel Estève, Saâdane Afif, Dan Graham… et Michel Mouffe, auteur en 2009 de “Barby”, des tissus monochromes imprimés, tendus sur châssis et forme en métal, selon le principe même de son travail pictural. En cette fin d’année, en association avec le joalier designer Enric Majoral, il pro­ pose une sculpture double, Collateral Damage. La galerie Bela, située 28, rue Lens à Bruxelles présente en perma­ nence les éditions. Du mercredi au sa­ medi de 14h à 18h. (C.L.)

Erratum Dans notre édition du 7 décembre, le nom de notre jeune artiste Arts Libre a été orthographié de deux manières. La bonne orthographe est : Delphine De­ guislage. Nos excuses auprès de l’artiste et de nos lecteurs.

COURTESY GALERIE LELONG & ARTIST

P comme…

Juan Uslé, “Desplazado matriz”, 2011, vinyle, dispersion et pigment sur toile 203 x 275 cm. A droite, “Soñé que revelabas” (Yukon), 2012, vinyle, dispersion et pigment sur toile 274 x 203 cm.

h Première chez Daniel Lelong pour le peintre espagnol Juan Uslé et partage de sensations entre nuit noire et chromatismes ardents. JUAN USLÉ N’AVAIT PLUS EXPOSÉ EN FRANCE depuis 1995 (chez Templon) et le voici à la Une chez Lelong avec une exposition tout en contrastes et séductions diverses. De la peinture en veux­tu en voici et, en ces temps relativement lourds pour une forme d’art ances­ trale et heureusement inexpugnable, l’artiste basque frappe un beau coup. Nous ne le connaissions guère, même s’il exposa à Anvers chez Tim Van Laere et au Smak à Gand et cette découverte est à saluer, car elle nous conforte l’idée que la création plastique actuelle est loin d’être asphyxiée par les ersatz, pourvu que de vrais tempéraments s’en mêlent. Uslé est de ceux­là, qui n’hésite pas, depuis des an­ nées déjà, à diversifier ses propos entre une peinture comblée de silences et de lumières incidentes et une autre qui s’enflamme et joue sa partition entre une imagerie presque baroque et un choix de couleurs vi­ ves. Dans le catalogue, Jean Frémon a les mots justes pour dire un état de fait qui est signature et credo : “Peindre c’est incarner, rendre tangible, matériel, vivant, une idée, une sensation, une vision, un concept.” Uslé partage sa vie entre New York et Saro, en Canta­ brie. C’est là que, depuis 1997, il poursuit une série de toiles – et le peintre préfère le mot “famille” à “série” –

d’un format toujours identique – 274 x 203 cm – et toujoursle même dans sa formulation : fond noir, lignes horizontales irrégulières et blanches, jeu de petits traits verticaux, eux aussi irréguliers, base blanche de la toile. Des tableaux qu’il démarre, invariablement, en début de soirée et poursuit la nuit durant, sa toile se trouvant à plat sur une table basse. Rigueur et calme, solitude du soir pour un ouvrage qu’Uslé apparente aux battements et rythmes de son pouls quand il ap­ puie brosse ou pinceau sur la toile en gestation. Ces ta­ bleaux ont un titre unique “Soñé que Revelabas” qui, s’il peut être traduit “J’ai rêvé que tu révélais” et faire référence au surgissement de l’image photographique dans le révélateur, fait plus largement référence au mo­ ment magique, unique et mystérieux, du tableau mené au port, qu’on découvre ébloui par la lumière qui, comme chez un Soulages, surgit du noir. Le texte de Frémon est essentiel et fort beau qui montre à quel point Uslé fait corps et biens avec son œuvre, y insufflant sans relâche le rythme de sa vie. Rythme dès lors tout intérieur, spatial et temporel, nourri par le flux qui le pousse à poser ses couleurs et

Bio express Né à Santander en 1954. Vit et travaille à New York et à Saro. En 2010 a exposé au Musée d’Art moderne et contemporain de Palma ; en 2011, expos Galerie Joan Prats, à Barcelone, et Cheim & Read, à New York ; en 2012, Galerie Soledad Lorenzo, à Madrid, et Lelong, à Paris.

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l Focus

COURTESY GALERIE NOMAD BRUXELLES/MIAMI

COURTESY GALERIE LELONG & ARTIST

La mobilité artistique internationale

PRIX De 22000 à 110000 euros.

“Soñè que Revelabas” : “Je commence ces tableaux par une recherche du silence. C’est un peu l’écho des battements du cœur, le roulement des vagues sur le sable.” Juan Uslé

ses sensations. Dans cette famille de tableaux verti­ caux, grand format, Uslé constate l’impossibilité de ré­ péter deux fois les mêmes traits, les mêmes sonorités et résonnances. Ce qui va de soi, une vie n’étant jamais la même d’un instant à l’autre, même si les gestes pour y parvenir peuvent paraître identiques. Tableaux créés par nécessité et Uslé insiste : “Je ressens un besoin de faire ces tableaux, comme s’il s’agissait d’un rituel, ou d’une prière : je cherche à associer le calme et l’action, j’essaie de ne pas penser, d’écouter mon corps.” L’autre versant de son ouvrage, c’est la couleur. Autre méthode, autres particularités stylistiques, “pour ne pas devenir esclave d’une formule. Ne pas se peindre soi­ même.” Et ses toiles colorées tranchent carrément : oranges, verts, jaunes, mauves et gris entremêlés s’en donnent à cœur joie en des sarabandes de lignages, de quadrillages, de formes qu’on croit deviner sans les re­ connaître vraiment. Une sorte de monde mécanique et industriel disloqué et fantasque, quasi jubilatoire. Chez Uslé, deux univers s’entrechoquent tout en s’épousant harmonieusement. De la haute voltige réussie. Roger Pierre Turine

Infos pratiques Galerie Lelong, 13 rue de Téhéran, 75008 Paris. Jusqu’au 12 janvier, du mardi au vendredi, de 10h30 à 18h ; le samedi, de 14 à 18h30. Infos : www.galerie-lelong.com. Catalogue. Paris en 1h22 avec Thalys, 25 fois par jour. www.thalys.com

Aimé Mpane, Mapasa (Twins), 2012. Une œuvre de l’artiste présentée par la galerie Nomad Bruxelles/Miami et acquise par la Phillips Collection in Washington D.C.

h Bruxelles attire sans cesse de nouvelles galeries d’art contemporain étrangères alors que des enseignes locales s’installent ailleurs. CHACUN DANS LE MILIEU de l’art contemporain s’accorde à considérer que Bruxelles devient une plate­forme européenne avec laquelle il faut compter. Les principales raisons évoquées sont la curiosité d’un public in­ ternational, la qualité de vie d’une ville à dimension hu­ maine, le prix relativement ac­ cessible des loyers, l’action du Wiels et la présence des collec­ tionneurs belges et français. Cet engouement pour Bruxel­ les est intéressant à plus d’un ti­ tre car les mouvements des gale­ ries et aussi des artistes étrangers qui sont nombreux à s’installer chez nous, est également le reflet de la mobilité et des stratégies d’un marché qui confirme mon­ dialement son expansion et sa croissance. La mondialisation a marqué un tournant dans les pratiques de diffusion de l’art. La première conséquence fut la transformation, la consolidation internationale et les extensions des grandes foires traditionnelle­ ment établies d’art contempo­ rain. Même la modeste Art Bruxelles a opéré un virage au point de s’imposer à un niveau

européen. La seconde fut la mul­ tiplication de ces foires et leur installation dans des régions du monde où elles n’avaient pas cours. La troisième concerne le comportement des grandes gale­ ries qui ont décidé de ne plus at­ tendre la ponctualité de ces foires pour diversifier leurs points de chute dans le monde et toucher ainsi en direct et en permanence les nouveaux publics potentiels, en Europe, aux États­Unis, mais aussi en Chine et en Amérique du Sud principalement. Peu de doute que le Moyen­Orient et l’Inde, par exemple, suivent rapi­ dement. White Cube ouvre à Rio après Hong Kong (un signe de l’extension du marché), Perrotin ouvre à New­York, Gagosian compte douze galeries dans le monde dont Hong Kong et Ge­ nève, Bernard Ceysson en compte cinq en Europe… Bruxelles dans cette expan­ sion ? Elle n’a pas résisté à la va­ gue, mieux, elle l’a attirée et s’est même perchée quelque part au­ delà de la morosité ambiante créée par la crise. Les Rech, Riva, Gladstone, Waldburger, Tu­ lips&Roses, Obadia,… récemment Lazarew (Paris), Krethlow (Berne), Mot International (Lon­ dres), Feizi, Paris­Beijing, Motive (Amsterdam), Claering (Broad­ way)… s’y sont installées, soit en déménageant, soit en se dédou­ blant. D’autres mouvements se font jour, comme Sébastien Ri­ cou qui a gagné le haut de la ville ou la galerie Dubois­Friedland qui va poursuivre ses activités dès janvier dans la même rue Souveraine du quartier Louise.

Au Sablon, on compte désormais La galerie Julien et la galerie Ro­ berto Polo. Et la Rainhart Gallery, spécialisée dans l’art de l’Améri­ que du Sud vient de s’ouvrir à la rue de Washington ! Les galeries anversoises ferment, lorgnent sur Bruxelles et s’y installent comme Van der Mieden. Et un nouveau phénomène est apparu, double. Pour la première fois, une galerie bruxelloise va se dédoubler sur place. Au printemps, Xavier Huf­ kens qui insiste sur la priorité qu’il donne à Bruxelles, va y ouvrir une seconde galerie, pas loin de la sienne. Les jeunes y trouveront une place adéquate. Et, autre nouveauté qui inverse la tendance, des galeries bruxelloi­ ses ont entendu les sirènes de l’étranger et partent ouvrir une seconde enseigne. Antonio Nar­ done, en partenariat, a désormais pignon sur rue à Turin où il mon­ tre en ce moment une bonne douzaine d’artistes belges. Jan Mot s’est posé “pour se faire plai­ sir” en seconde résidence à Mexico où il travaille avec Mario Garcia Torres et où il côtoie de bons collectionneurs. Enfin, de­ puis huit mois Walter De Weerdt (Nomad Gallery) prend l’am­ biance latino à Miami où il fait découvrir avec succès la généra­ tion émergente d’artistes afri­ cains tout en organisant ainsi qu’à Bruxelles, des pop­up shows. Ses participations aux foi­ res américaines lui ont donné le vent en poupe au point de placer des œuvres d’Aimé Mpane en de très bonnes collections américai­ nes. A suivre. Claude Lorent

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Les galeries

SEMAINE DU 14 AU 20 DÉCEMBRE 2012 ARTS LIBRE

Jeux

URue E. Allard 33 - 1000 Bruxelles 02 512 25 23 - www.galeriepierrehallet.com

BRUXELLES

Quest 21 Berliner Grafiker: Affiches culturelles de la ex-RDA. Tirages originaux de la période 1968-1982. ‣ Jusqu'au 16·12. Le Me. de 12 à 16h, les V. et S. de 12 à 18h.

COPYRIGHT GALERIE LELONG/PHOTO FABRICE GIBERT

Galeries Vertige Mathieu Boxho. Sculptures. Mousse, bas nylon, résine, soldats en plastique, plomb, caoutchouc... se superposent et s'assemblent pour donner naissance à des formes ouvertes ou fermées. ‣ Jusqu'au 26·12. Du L. au V. de 10 à 16h, présence de l'artiste le S. 15·12 de 14 à 17h. URue de Veeweyde 60 - 1070 Bruxelles 02 523 37 68 - www.galerievertige.be

ABC Hommage à Andre Eijberg. Rétrospective des dessins entre 1979 et 2010. ‣ Jusqu'au 29·12. Du Ma. au S. de 10h30 à 12h30 et de 14h30 à 18h30. URue Lebeau 53 - 1000 Bruxelles 02 511 32 53 ou 0475 37 59 27

Albert Dumont Xavier Martin. Peintures. ‣ Jusqu'au 23·12. Du J. au D. de 13h30 à 19h ou sur rdv. URue Léon Lepage 43 - 1000 Bruxelles 02 512 49 43 - www.galeriedumont.be

Albert Ier Itinéraires XXXIII. Hommage à Edmond Dubrunfaut autour des artistes de la galerie. ‣ Jusqu'au 13·01. Du Ma. au S. de 13 à 19h, le D. de 11 à 13h. URue de la Madeleine 45 - 1000 Bruxelles 02 512 19 44 - www.artsite.be/albert1

Alice Gallery Adjusting Infinity. Photos de Nicolas Karakatsanis. ‣ Jusqu'au 21·12. Du Me. au S. de 14 à 18h ou sur rdv. URue du Pays de Liège 4 - 1000 Bruxelles 02 513 33 07 - www.alicebxl.com

aliceday - project space Le Suicide Altruiste. Peintures de Bart Baele. ‣ Jusqu'au 22·12. Du Ma. au S. de 14 à 18h ou sur rdv. UQuai au Bois à Brûler 39 - 1000 Bruxelles 02 646 31 53 - www.aliceday.be

B-Gallery Joris Perdieus. La métropole et son agitation constituent la source d’inspiration de ses installations et sculptures stylisées. ‣ Jusqu'au 15·12. Du Me. au S. de 13 à 18h, fermé les j.f. UGalerie Bortier - Rue Saint-Jean 17 1000 Bruxelles - 02 279 64 03 www.brupass.be

Catherine Bastide Constellation of Forms & Processes. Carte Blanche à Amélie Laplanche, avec Manuel Burgener, Lorna Macintyre et Freek Wambacq. ‣ Jusqu'au 19·01. Du Ma. au S. de 11 à 18h ou sur rdv. URue Vandenbrandenstraat 1 - 1000 Bruxelles - 02 646 29 71 www.catherinebastide.com

Estampes et trio gagnant Quelle plus belle réunion possible que celle qui, à la galerie­librairie, chez Lelong, réunit les estampes de trois noms de magiciens à leur manière ! Ryman, Scully, Serra : il n’en faut pas davantage pour s’y sentir en pays de complicité, de gravures reines qui, sans crier gare, signent et illuminent des évidences. Des silences et des intériorités sourdes à toute complaisance, quand l’Américain Ryman (1930, Nashville), dans des aquatintes de 1972, la joue, belle habitude chez lui, blanc sur blanc, retenue et apaisement. De jeux de verticales et d’horizontales, de colorations et constructions gorgées de sensibilité, l’Irlandais Sean Scully (Dublin, 1945) tire des bonheurs chromatiques (illu.) qui semblent nés de rêves emplis de nature et de saisons de la vie. Enfin, contraste frappant entre deux Américains aussi entreprenants en leurs temps réciproques, le sculpteur Richard Serra (1939,

Emilie Dujat Sois sage, ô ma douleur... Oeuvres de Jean-Marc De Pelsemaeker. ‣ Jusqu'au 20·01. Les J. et V. de 11 à 17h, le S. de 11 à 18h et le D. de 11 à 16h ou sur rdv. URue Ernest Allard 22 - 1000 Bruxelles 0475 83 31 67 - www.galerielibertine.com

Espace Blanche André Navez. ‣ Jusqu'au 06·01. de 14 à 18h, présence de l'artiste les S., D. et j.f. URue Marché au Charbon 3 - 1000 Bruxelles - 02 510 01 41 - www.espaceblanche.be

Fine Art Studio Zinkpè. Oeuvres de l'artiste béninois

UAvenue de Stalingrad 21 - 1000 Bruxelles 0473 81 36 90 - www.quest21-art.be

Sorry We're Closed Longmore. Oeuvres de Sean Landers. ‣ Jusqu'au 21·12. 24h/24. URue de la régence 65 - 1000 Bruxelles 0478 35 42 13 - www.sorrywereclosed.com

Synthèse Pierre Duclou. Oeuvres récentes sur toile et sur papier. ‣ Jusqu'au 22·12. Du J. au S. de 14h30 à 18h30. URue E. Allard 24 - 1000 Bruxelles 02 514 40 55 - www.galeriesynthese.be

San Francisco) n’y va pas par quatre chemins en noircissant entièrement sa page blanche, et ça résonne, ça tumulte autant que cela apaise, ces noirs profonds dégorgeant leurs mystères à la pelle. De Serra aussi, il y a ses “Promenade Notebook”, constructions sculpturales réduites avec tact et mesure aux deux dimensions. Et il y a ses “Bight”, déclinaisons serpentines perpétrées de taches, datées 2011. Tous bonheurs de papier qui, tous comptes faits, ont parfois bien plus à dire que tant d’autres élucubrations tellement plus prétentieuses, insipides. On le répète : un régal à savourer entre blanc et noir, couleurs et partage de vérités premières. (R.P.T.)

U Galerie Lelong, 13 rue de Téhéran, 75008 Paris. Jusqu’au 12 janvier (attention : fermeture exceptionnelle du 23/12 au 2/1 inclus). Infos : 01.45.63.38.62 et www.galerie­lelong.com

Zinkpè. ‣ Jusqu'au 06·01. Du Me. au S. de 11 à 18h ou sur rdv. URue des Sablons 13 - 1000 Bruxelles 02 514 25 92 - www.fineartstudio.be

Gladstone Gallery Keith Haring. Peintures. ‣ Jusqu'au 21·12. Du Ma. au S. de 12 à 18h. URue du Grand Cerf 12 - 1000 Bruxelles 02 513 35 31 - www.gladstonegallery.com

Group 2 Gallery Sites naturels, urbains et industriels. Peintures et dessins de Roger Dudant. ‣ Jusqu'au 22·12. Du Me. au S. de 14 à 18h. URue Blanche 8 - 1000 Bruxelles 02 539 23 09 http://artalog.net/gallery/gallery.php?id=286

J. Bastien-Art Un monde en quatre dimensions. Architecte visionnaire et dessinateur renommé, Luc Schuiten travaille depuis de nombreuses années à imaginer le futur de nos villes. Résolument engagé dans une pensée écologique, il imagine la mutation de grandes cités. Pour cette expo, il s'agira de Shangai. ‣ Jusqu'au 20·01. Du Ma. au S. de 11 à 18h30, le D. de 11 à 13h, fermé les j.f. URue de la Madeleine 61 - 1000 Bruxelles 02 513 25 63 - www.jbastien-art.be

Jan Mot AWB 082-3317 7922. Oeuvres de Sven Augustijnen. ‣ Jusqu'au 12·01. Du J. au S. de 14 à 18h30 ou sur rdv.

URue A. Dansaert 190 - 1000 Bruxelles 02 514 10 10 - www.janmot.com

Keitelman Gallery The Space of Variations. Peintures de James Brown. ‣ Jusqu'au 12·01. Du Ma. au S. de 12 à 18h ou sur rdv. URue van Eyck 44 - 1000 Bruxelles 02 511 35 80 - www.keitelmangallery.com

MH Gallery A voir et à manger. Oeuvres de Pierre Dessons, Yann Goerlinger, Celina Gram, Frédérique Jacquemin, Mai Tabakian... ‣ Jusqu'au 22·12. Du J. au L. de 11 à 18h, le D. de 10 à 13h ou sur rdv. URue Haute 11 - 1000 Bruxelles 0478 84 89 81 www.mathildehatzenberger.eu

MOT International Tomas Bernardet. ‣ Jusqu'au 19·01. Du Me. au S. de 11 à 18h ou sur rdv. Ur. Vandenbranden 1 - 1000 Bruxelles 02 511 16 52 - www.motinternational.org

Nomad Gallery Cameron Platter. ‣ Jusqu'au 12·01. Du J. au S. de 12 à 18h30 ou sur rdv. URue de Laeken 99 - 1000 Bruxelles 0475 21 92 50 - www.nomadgallery.be

Pierre Hallet Aurélie William Levaux. Broderies. ‣ Jusqu'au 23·12. Du Ma. au S. de 14h30 à 18h30 (fermé le Me.), le D. de 11h30 à 13h30.

van der Mieden Villa Volta. Oeuvres de Dirk Vander Eecken. ‣ Jusqu'au 22·12. Du Me. au S. de 14 à 18h. URue d’Alost 10 - 1000 Bruxelles 02 513 62 12 - www.vandermieden.com

Young Gallery Magic Circus. Dans les photos de Kristian Schuller, le cirque sert de décor à des histoires imaginaires où des silhouettes féminines colorées côtoient des clowns ou des éléphants. ‣ Jusqu'au 26·01. Du Ma. au S. de 11 à 18h30. UAvenue Louise 75b (Hôtel Conrad) 1050 Bruxelles - 02 374 07 04 www.younggalleryphoto.com

Artiscope Women’s Roundabout. Exposition collective. ‣ Jusqu'au 25·01. Du L. au V. de 14 à 18h ou sur rdv, fermé du 21-12 au 07-01.

UBoulevard Saint-Michel 35 - 1040 Bruxelles - 02 735 52 12 - www.artiscope.be

Quadri Roger Dewint. Gravures récentes et livres illustrés. ‣ Jusqu'au 22·12. Les V. et S. de 14 à 18h ou sur rdv. UAvenue Reine Marie-Henriette 105 1190 Bruxelles - 02 640 95 63 www.galeriequadri.be

Albert Baronian The Paris Objects. Peintures de Thomas Bogaert. ‣ Jusqu'au 22·12. Du Ma. au S. de 12 à 18h. URue Isidore Verheyden 2 - 1050 Bruxelles 02 512 92 95 - www.baronianfrancey.com

Almine Rech Olga Forever !. Oeuvres de Francesco Vezzoli. ‣ Jusqu'au 02·02. Du Ma. au S. de 11 à 19h. URue de l'Abbaye 20 - 1050 Bruxelles 02 648 56 84 - www.alminerech.com

anyspace Darkaesth. Oeuvres de Jean-Luc Moerman, Gert & Uwe Tobias, Bozidar Brazda, Frederic Fourdinier, Daniel Johnston... ‣ Jusqu'au 12·01. Du J. au S. de 14 à 18h ou sur rdv. URue Van Eyck 59 - 1050 Bruxelles 0471 88 26 17 - www.anyspace.be

Artemptation No Name. Oeuvres d'Igor Dumont, Chantal Gillet et Johanne 8. ‣ Jusqu'au 22·12. Du Ma. au V. de 11 à 18h30, le S. de 12 à 18h. UAvenue Louise 475 - 1050 Bruxelles 02 669 77 78 - www.artemptation.com

Arthus Gallery Boundaries - Edge of Silence. Photos de Jörg Bräuer. ‣ Jusqu'au 26·01. Du

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SEMAINE DU 14 AU 20 DÉCEMBRE 2012 ARTS LIBRE

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Un livre

Nadine Feront End of the world party. Oeuvres de Julien Ammillard, Amélie Bouvier, Moolinex, Jonas Ranson, Transquinquenal... ‣ Jusqu'au 21·12. Du J. au S. de 14 à 18h30.

BNF

URue Saint-Georges 32 - 1050 Bruxelles 02 640 34 44 - www.nadineferont.com

Soulages : l’œuvre imprimé Pierre Soulages, un nom qui claque comme drapeau noir au vent. Le vent de l’insoumission aux forces colorées qui nieraient la valeur lumineuse de l’Outrenoir. Un sacerdoce remis sur le tapis de ses toiles et papiers depuis plus d’un quart de siècle. Depuis que cet opiniâtre des combats avec l’ange comme avec l’âge ne se soucie pas plus de ses 93 printemps que des préséances artistiques dans un monde bousculé et basculé par des cotes d’alerte qui n’en sont pas, dollars et euros à tous les étages de la créativité. Soulages va son chemin, imperturbable, tranquille, déterminé. En 2003, la BNF Bibliothèque nationale de France avait exposé son œuvre imprimé et la réédition de l’important catalogue, complété depuis, qui en était issu, accompagne le corpus entier de ses gravures d’ores et déjà offert au futur Musée Soulages de Rodez (sa ville natale) qui devrait être inauguré en 2014. Inventeur né, Soulages a contraint la peinture à ses dévotions aux champs lumineux. Il n’a pas agi moins fermement avec l’estampe, soumise à ses expérimentations et trouvailles. Le parcours est édifiant, des premières eaux­fortes de 1952, traits puissants architecturés de bleu et de noir, aux lithographies, puis aux sérigraphies de 2008, bruns y jonglant avec noirs et blancs. Mis en mots qui chantent par Pierre Encrevé et Emmanuel Pernoud, ce beau livre carré est empli d’audaces enchantées de lumières. (R.P.T.)

Nathalie Obadia In Between. Exposition collective. Oeuvres de Carole Benzaken, Jorge Queiroz, Enoc Perez, Guillaume Bresson, Ramin Haerizadeh, Sarkis, Ben... ‣ Jusqu'au 22·12. Du Ma. au V. de 10 à 18h, le S. de 14 à 18h. URue Charles Decoster 8 - 1050 Bruxelles 02 648 14 05 - www.galerie-obadia.com

Puls Contemporary Ceramics Happy Christmas Clay. Oeuvres de Zsolt Jozsef Simon, Malene Hartmann Rasmussen, Hugo Meert et Aneta Regel Deleu. ‣ Jusqu'au 22·12. Du Me. au S. de 13 à 18h. URue du Page 19 - 1050 Bruxelles 02 640 26 55 - www.pulsceramics.com

Rodolphe Janssen Sean Landers. Peintures récentes.

‣ Jusqu'au 21·12. Du Ma. au V. de 10 à 18h, le S. de 14 à 18h.

URue de Livourne 35 - 1050 Bruxelles 02 538 08 18 www.galerierodolphejanssen.com

Sébastien Ricou Gallery Veil of the invisible one. Oeuvres de Manor Grunewald. ‣ Jusqu'au 26·01. Du J. au S. de 12 à 18h30 ou sur rdv. URue Souveraine 54 - 1050 Bruxelles 02 350 71 31 - www.ricougallery.com

Twig Gallery Pleasure Centre. Oeuvres de Dave McDermott. ‣ Jusqu'au 22·12. Du Ma. au V. de 11 à 18h30, le S. de 12 à 18h. URue Tenbosch 74 - 1050 Bruxelles 02 344 23 68 - www.twiggallery.com

Xavier Hufkens Pièces à conviction. Oeuvres de Michel François. ‣ Jusqu'au 12·01. Du Ma. au S. de 11 à 18h. URue Saint-Georges 6-8 - 1050 Bruxelles 02 639 67 30 - www.xavierhufkens.com

XXL ART on Waterloo 503 Tout en art pour 2013. Exposition des artistes de la galerie. ‣ Jusqu'au

19·01. Du J. au S. de 14 à 18h.

UChaussée de Waterloo 503 - 1050 Bruxelles - 0472 45 81 49

Zedes Art Gallery Food for Thought. Photos de Natalya Zaloznaya, Thierry Gonze, et photos et objets de Vincent Strebell. ‣ Jusqu'au 21·12. Du Me. au V. de 12 à 18h et le S. de 14 à 18h. URue Paul Lauters 36 - 1050 Bruxelles 02 646 00 04 - www.zedes-art-gallery.be

Aeroplastics Contemporary Al Farrow. Oeuvres récentes. ‣ Jusqu'au 22·12. Du Ma. au V. de 11 à 18h, le S. de 14 à 18h ou sur rdv. Hoodoo Eternity. Oeuvres de Ryuta Amae, Nicolas Crombez, Bernard Gigounon, Tracey Snelling, Mircea Suciu, Kate Waters... ‣ Jusqu'au 22·12. Horaires ci-dessus. URue Blanche 32 - 1060 Bruxelles 02 537 22 02 - www.aeroplastics.net

Antonio Nardone Instants Fossiles. Oeuvres de Bénédicte van Caloen. ‣ Jusqu'au 23·12. Du Me. au S. de 14 à 18h ou sur rdv.

U “Soulages : l’œuvre imprimé”, coédition Bibliothèque nationale de France et Musée Soulages, 210 pages lumineuses, environ 40 euros

Ma. au V. de 14 à 18h30, le S. de 11 à 18h30 ou sur rdv.

15·12. Du J. au S. de 14 à 19h ou sur rdv.

Bodson-Emelinckx Cristallisation du paysage. Oeuvres d'Albano Afonso. ‣ Jusqu'au 22·12. Du Me. au S. de 14 à 19h.

Fred Lanzenberg Stéphane Erouane Dumas. Peintures. ‣ Jusqu'au 12·01. Du Ma. au V. de 14 à 19h, le S. de 10 à 19h ou sur rdv.

URue de Hennin 70 - 1050 Bruxelles 02 648 40 06 - www.bodson-emelinckx.com

UAvenue des Klauwaerts 9 - 1050 Bruxelles - 02 647 30 15 ou 0475 73 40 15 www.galeriefredlanzenberg.com

Box Galerie Americana. Photos de Marina Cox, Larry Fink, Debbie Fleming Caffery, Michael Kenna, Bernard Plossu, Takeshi Shikama, Bill Steber, Mark Steinmetz et Michel Vanden Eeckhoudt. ‣ Jusqu'au 05·01. Du Me. au S. de 14 à 18h.

Galerie d'Ys Duo. Peintures de Mario Gigli, dessins et gravures de Sabine Delahaut. ‣ Jusqu'au 16·12. Du J. au S. de 14 à 18h, le D. de 11 à 15h.

URue Simonis 33 - 1050 Bruxelles 02 544 07 25 - www.arthusgallery.com

URue du Mail 88 - 1050 Bruxelles 02 537 95 55 - www.boxgalerie.be

Didier Devillez Who's Who ?. Oeuvres de Jacques Calonne et Eugène Savitzkaya. ‣ Jusqu'au 15·12. Du J. au S. de 14 à 18h30 ou sur rdv. URue E. Van Driessche 53 - 1050 Bruxelles 02 215 82 05 - www.galeriedidierdevillez.be

Elaine Levy Project Inside, Outside, Downside. Oeuvres de Philippe van Wolputte. ‣ Jusqu'au

URue Fourmois 9 - 1050 Bruxelles 02 534 77 72 - www.elainelevyproject.com

URue de l'Arbre Bénit 84 - 1050 Bruxelles 0499 22 57 66 - www.galeriedys.com

Jozsa Gallery Ne me dis pas au revoir. Peintures de Krista Autio. ‣ Jusqu'au 22·12. Du J. au S. de 12 à 18h ou sur rdv. URue Saint-Georges 24 - 1050 Bruxelles 0478 48 77 09 - www.jozsagallery.com

Libre Cours Flux. Peintures d'Isabel Michel. ‣ Jusqu'au 22·12. Du J. au S. de 14h30 à 18h30 ou sur rdv. URue de Stassart 100 - 1050 Bruxelles 0473 59 02 85 - www.galerielibrecours.eu

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SEMAINE DU 14 AU 20 DÉCEMBRE 2012 ARTS LIBRE

Associations

Mise en abyme

Automatesgalerie Animals 7. Sculptures en bronze de Jacques Jauniaux et sculptures mixed-media de Dean Patman. ‣ Jusqu'au 20·12. Du Me. au S. de 13 à 18h ou sur rdv. UChaussée de Charleroi 24-26 1060 Bruxelles - 0487 16 32 23 www.automatesgalerie.be

D+T Project Geometric Analogies. Oeuvres de Mona Vatamanu et Florin Tudor. ‣ Jusqu'au 22·12. Du J. au S. de 12 à 18h30. URue Bosquet 4 - 1060 Bruxelles 02 537 76 30 - www.dt-project.com

Faider Lever du jour. Oeuvres de Michael Kravagna. ‣ Jusqu'au 22·12. Du Me. au V. de 14 à 19h, le S. de 14 à 18h ou sur rdv. URue Faider 12 - 1060 Bruxelles 02 538 71 18 - www.galeriefaider.be

Le Salon d'Art Le Combat avec l'âge. Peintures récen-

COURTESY MOTINTERNATIONAL, BRUXELLES/LONDRES ©PHOTO D.R.

URue Saint-Bernard 34-36 - 1060 Bruxelles 02 333 20 10 www.galerieantonionardone.be

Thomas Bernardet (France, 1975 – Vit à Bruxelles) est à sa manière un prédateur. Une photo dans la rue, un morceau de papier découpé, la repro d’une œuvre d’un artiste, une invitation d’expo… Il accumule des images qui retiennent son attention, décide de se les approprier et de les inclure dans ses “Documents Travaillés”, ainsi qu’il les nomme. A partir de ces données, il recompose une autre image plurielle qui peut aller du simple agencement à une véritable mise en abyme. Il superpose, il décale, il agence, il inverse, il colle ou laisse flotter, il accumule des matériaux divers, parfois il répète l’exercice en plusieurs déclinaisons. On ne cherchera pas de sens précis à ce travail d’association sur des pages blanches, parfois se glissera une pointe d’humour, mais le plaisir est celui d’éprouver les éléments

tes de Pierre Alechinsky. ‣ Jusqu'au 24·12. Du Ma. au V. de 14 à 18h30, le S. de 9h30 à 12h et de 14 à 18h. URue de l'Hôtel des Monnaies 81 1060 Bruxelles - 02 537 66 40 www.lesalondart.be

Libre Choix Les Garde-Temps. Oeuvres sur papier de Michel Bocart. ‣ Jusqu'au 23·12. Du V. au D. de 14 à 19h. URue Defacqz 152 - 1060 Bruxelles 0476 77 53 60 - www.librechoix.be

choisis au contact des autres dans des dispositifs esthétiques conçus et réalisés par l’artiste. A ces séries un peu littérales dans leur propos, on préférera de loin celle des “Ajourées” où à partir d’une photographie des grilles sont méticuleusement découpées et re­contextualisées sur fond blanc en incluant la notion de vide et d’espace, ainsi que celle du dépaysement, le tout dans une formulation esthétique qui tient autant du dessins, de la peinture que de la photo­collage. A retenir aussi la photo inversée “Reklav Snave” (Walker Evans) et le “Pas d’entrée vidéo” sur fond bleu. (C.L.)

U Thomas Bernardet. Galerie Motinternational, 1 rue Vandenbranden, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 12 janvier. Du mercredi au samedi de 11h à 18h.

Pascal Polar Visions. Exposition collective. Oeuvres de Miroslav Tichý, Maïmouna Guerresi, Max Neumann, Bernadette Prédair, Karl Waldmann... ‣ Jusqu'au 02·02. Du Ma. au S. de 14 à 19h ou sur rdv. UChaussée de Charleroi 108 - 1060 Bruxelles - 02 537 81 360 ou 0477 25 26 92 www.pascalpolar.be

Valérie Bach There's no place like home. Depuis ses débuts, Jeanne Susplugasplace la médication et les addictions au coeur de sa pratique, mêlant installation, dessin, photographie et vidéo. ‣ Jusqu'au 19·01. Le Me. de 14 à 18h, du J. au S. de 11 à 13h et de 14 à 19h ou sur rdv. URue Faider 6 - 1060 Bruxelles 02 502 78 24 - www.galerievaleriebach.com

Galerie Verhaeren Une collection - Souvenir. Exposition de l'asbl “Croiseregard” - Photos de Gaby Rehm. ‣ Jusqu'au 20·01. Du Me. au S. de 14 à 18h, le D. de 10 à 13h, entrée libre. URue Gratès 7 - 1170 Bruxelles 02 662 16 99 - www.lavenerie.be

HAINAUT

‣ Jusqu'au 20·01. Du Me. au D. de 14h30 à 18h30 ou sur rdv.

URue Diale Colas 5 - 6530 Thuin 071 51 00 60

LIÈGE LIÈGE Nadja Vilenne L'Idiotie des palmiers. Oeuvres de Raphaël Van Lerberghe. ‣ Jusqu'au 22·12. Du J. au S. de 14 à 18h ou sur rdv. Sans titre. Oeuvres de Walter Swennen. ‣ Jusqu'au 22·12. Voir ci-dessus. URue du Commandant Marchand 5 4000 Liège - 04 227 19 91 www.nadjavilenne.com

SPACE Bates Motel. En prenant comme point de départ le célèbre film d'Hitchcock, “Psychose”, l'expo souligne les inspirations communes et jeux d'influence entre cinéma de genre et art contemporain. Avec des oeuvres de Cathy Alvarez, Pascal Bernier, Xavier Noiret-Thomé, Emilia Ukkonen, Sophie Langohr... ‣ Jusqu'au 17·02. Du V. au D. de 15 à 17h ou sur rdv. UEn Féronstrée 116 - 4000 Liège 0485 56 63 90 - www.space-collection.org

COUILLET Jacques Cerami Food for Swans. Photographies et enregistrements sonores de Mirjam Siefert réalisés durant ses séjours au Bray Head, un immense hôtel de style victorien situé à dans la ville irlandaise de Bray, au bord de la plage. ‣ Jusqu'au 23·12. Du Me. au V. de 14 à 19h, le S. de 11 à 18h, fermé les j.f. URoute de Philippeville 346 - 6010 Couillet - 071 36 00 65 ou 0477 78 44 34 www.galeriecerami.be

SPA Galerie Azur Alfredo Garzon. Rétrospective de l'artiste argentin, rendant hommage à une vie entière consacrée à la sculpture, à la peinture et à la joaillerie. ‣ Jusqu'au 16·12. Du Me. au S. de 11 à 18h, le D. de 11 à 13h et de 15 à 18h ou sur rdv. UAvenue Reine Astrid 48 - 4900 Spa 087 77 11 88 - www.galerieazur.be

THUIN

STAVELOT

Antécédence / Galerie Ephémère JE est NOUS. Oeuvres d'André Fromont, Christian Grenier et Fred Michiels.

Triangle bleu Free. Yves Zurstrassen présente son travail pictural inspiré du free jazz.

Arts Libre. Supplément hebdomadaire à La Libre Belgique. Coordination rédactionnelle : Gilles Milecan et Camille de Marcilly. Réalisation : IPM Press Print. Administrateur déléguééditeur responsable : François le Hodey. Rédacteur en chef : Vincent Slits. Rédacteur en chef adjoint : Pierre-François Lovens. Conception graphique : Bruno Bausier, Jean-Pierre Lambert. Publicité : Martine Levau (0032.2.211.29.12 – martine.levau@ipmadvertising.be).

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SEMAINE DU 14 AU 20 DÉCEMBRE 2012 ARTS LIBRE

A l’étranger

Le livre de la semaine

Messager et Nannucci – Edition Paris – Galerie Michèle Didier “Whichever word”, un texte en néon (illu) inédit de Maurizio Nannucci est présenté chez la galeriste belge conjointement à Ma collection de proverbes d’Annette Messager. Un intérêt particulier pour les mots et les couleurs rassemble les deux œuvres, la première est éditée en bleu, jaune et rouge, la se­ conde en mots colorés. U Jusqu’au 5 janvier. Galerie mfc­Michèle Didier, 66 rue Notre­Dame de Nazareth, 75003 Paris. www.micheledidier.com

COURTESY GAL. GUILLAUME

Sabine Weiss – Photographie Paris – Galerie Guillaume

COURTESY MAGDA DANYSZ

Accompagnant l’exposition éponyme, qui se tient aux Anciens Abattoirs de Mons jusqu’au 6 janvier et qui est à voir séance tenante, un beau livre de Prisme Editions témoigne de l’activité picturale d’Antoine Mortier (1908­1999) durant un demi­siècle de remises constantes sur un métier qui lui était sacerdoce, conviction et salut. Homme de son temps, héritier d’un Expressionnisme flamand tendu et costaud, coriace, Mortier n’a pas fait dans la dentelle. Il allait à l’abordage de ses tableaux comme il pédalait sur son vélo de course, la rage au ventre. Authentique et décidé, réduisant à sa merci tout superflu, tout entrave à sa liberté du coup de brosse et de tension. Mortier fut, par rapport à d’autres grands contemporains – un Kline, un Soulages, par exemple – un créateur recréant avant tout son quotidien. A l’encontre de ceux­là, jamais il ne se départit d’un environnement qui était aussi sa raison de vivre et créer. D’où cette “Transfiguration du réel”, constante et révélatrice d’un parcours au long cours, qu’explicite tellement bien Camille Brasseur, par ailleurs commissaire de l’exposition montoise. Tout au long de sa vie, Mortier a approfondi des thématiques liées aux objets et sujets qui étaient aussi sa vie. Brasseur en témoigne idéalement, écriture souple et fouillée, étude précise et approfondie, témoignage vibrant et lucide. (R.P.T.)

COURTESY GAL. M. DIDIER

France Antoine Mortier, la transfiguration du réel

PRISME ÉDITIONS

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U “Mortier, la transfiguration du réel”, Prisme Editions, 216

A travers les clichés de 1950 à 1990, on découvre des êtres saisis dans leur quotidien. Sans artifice, avec un sens aigu du cadrage et une maîtrise parfaite de la lumière et des contre­ jours, la photographe cherche à capter l’essentiel et traite de la thématique de la main, qui est en filigrane dans l’ensemble de son travail. U Jusqu’au 12 janvier. Galerie Guillaume, 32 rue de Penthièvre, 75008 Paris. www.galerieguillaume.com

Collectif – Photo Paris – Magda Danysz Qiu Minye, Wang Tong (illu.), Chen Xiaowei, Xu Zhe et Feng Fangyu forment la jeune génération émergente de la photo­ graphie chinoise. Témoins de la Chine actuelle, moderne et dynamique, ils prouvent à travers leurs clichés la capacité des artistes à regarder aujourd’hui la Chine en face. U Jusqu’au 22 décembre. Galerie Magda Danysz, 78, rue Amelot, 75011 Paris. www.magda­gallery.com

pages en couleurs, trilingue. 39,50 euros

NAMUR JAMBES Détour Bob Verschueren. En privilégiant les vég��taux à travers ses installations, il valorise le premier medium des civilisations. ‣ Jusqu'au 29·12. Du Ma. au V. de 12h30 à 17h30, le S. de 14 à 18h ou sur rdv, fermé les j.f. UAvenue Jean Materne 166 - 5100 Jambes 081 24 64 43 - www.galeriedetour.be

NOVILLE-SUR-MÉHAIGNE Au détour du chemin Territory of Broken Dreams. Les photographies d'Alexandra Demenkova explorent les périphéries russes, ces villages restés presque en marge de l'histoire et des évolutions récentes de la Fédération de Russie. ‣ Jusqu'au 17·01. Du J. au S. de 9h30 à 18h30, le D. de 9h30 à 12h30. URue du Village 147 - 5310 Noville-sur-Méhaigne - 081 74 70 36 - www.addc.be

ANVERS ANTWERPEN Fifty One Fine Art Photography Sleeping Beauties. La nouvelle série de Friederike von Rauch. ‣ Jusqu'au 26·01. Du Ma. au S. de 13 à 18h ou sur rdv. UZirkstraat 20 - 2000 Antwerpen 03 289 84 58 - www.gallery51.com

Micheline Szwajcer Vintage Discounter. Oeuvres de François Curlet. ‣ Jusqu'au 26·01. Du Ma. au V. de 10 à 18h30, le S. de 12 à 18h30. UVerlatstraat 14 - 2000 Antwerpen 03 237 11 27 - www.gms.be

Tim Van Laere Gallery Being Here. Oeuvres de Fred Bervoets, Armen Eloyan, Gelitin, Adrian Ghenie,

Kati Heck, Jonathan Meese, Peter Rogiers, Rinus Van de Velde et Aaron van Erp. ‣ Jusqu'au 26·01. Du Ma. au S. de 13 à 18h. UVerlatstraat 23-25 - 2000 Antwerpen 03 257 14 17 - www.timvanlaeregallery.com

Zeno X Gallery Hommage à Raoul De Keyser. ‣ Du 19·12 au 26·01. Du Me. au S. de 14 à 18h, fermé du 22-12 au 01-01. ULeopold De Waelplaats 16 - 2000 Antwerpen - 03 216 38 88 - www.zeno-x.com

ZIAD ANTAR

UCour de l'Abbaye 5 - 4970 Stavelot 080 86 42 94 - www.trianglebleu.be

UKattenberg 12 - 2140 Borgerhout 03 295 86 36 - www.basealphagallery.com

ZANDHOVEN 7S Art Gallery Venus in zwart & wit. Photos d'Andre Brito. ‣ Jusqu'au 25·01. Du L. au J. de 11h30 à 19h, le V. jusqu'à 22h. ULangestraat 219 - 2240 Zandhoven 03 385 88 64 - www.7sgallery.com

FLANDRE ORIENTALE

UFortlaan 17 - 9000 Gent - 09 222 00 33 www.fortlaan17.com

Contact

Armleder et Dolla – Peinture Genève – Galerie Bernard Ceysson En gestion partagée de l’espace intérieur/extérieur, John M Armleder (Genève, 1948) investit la grande surface vitrée de la galerie, tandis que Noël Dolla (Nice, 1945) expose une di­ zaine de pièces toutes récentes, faisant le lien avec l’héritage des années Supports/Surfaces et aujourd’hui. U Jusqu’au 12 janvier. Galerie Bernard Ceysson, 7, Rue du Vieux­Billard, 1205 Genève. www.bernardceysson.com

Pays-Bas Meschac Gaba – Sculpture Amsterdam – Lumen Travo

GENT Fortlaan 17 Office Paintings. Oeuvres de Jacques Charlier. ‣ Jusqu'au 26·01. Du Me. au V. de 14 à 18h, le S. de 12 à 18h, fermé du 23·12 au 08·01.

L’artiste libanais (1978) utilise des pellicules périmées et un vieil appareil Kodak Reflex datant de 1948. Le sujet est pour­ tant contemporain, des bâtiments sensés évoquer la moder­ nité, des gestes architecturaux grandioses (illu : La roue de Londres, 2012)… mais l’image floue, avec des taches, évoque l’idée que l’on se fait de l’échec photographique. U Jusqu’au 22 décembre. Galerie Almine Rech, 19 rue Saintonge, 75003 Paris. www.alminerech.com

Suisse

BORGERHOUT Base-Alpha Gallery Ice Hypnotic Therapy #2. Oeuvres de Rémi Tamburini. ‣ Jusqu'au 22·12. Du Me. au S. de 14 à 18h. Ruth Van Haren Noman. Peintures. ‣ Jusqu'au 22·12. Voir ci-dessus.

COURTESY GAL. B. CEYSSON

18h30 ou sur rdv.

NILS KLINGER

‣ Jusqu'au 23·12. Du J. au D. de 14 à

Ziad Antar – Photographie Paris – Galerie Almine Rech

L’exposition de l’artiste béninois (vit à Amsterdam), le “Lac de Sagesse”, est un travail sur la mémoire, l’histoire et la recon­ naissance. L’installation comprend 12 cubes de verre posés sur miroir et contenant autant de cerveaux de personnages qui ont influencé la vie de l’artiste. Parmi ceux­ci, Marcel Broodthaers. U Jusqu’au 12 janvier. Lumen Travo Gallery, Lijnbaansgracht 314, 1017WZ Amsterdam. www.lumentravo.nl

Agenda culturel : Tél. : 02.211.27.23 Email : agenda@lalibre.be

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Adjugé!

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l Vente publique

Le 5 décembre dernier chez Piasa, on procéda dans une salle de l’hôtel Drouot à une dispersion consacrée à la Haute­Epoque. Quelques lots émergèrent avec brio à l’instar d’une plaque en serpentine repré­ sentant le Christ avec la Vierge et saint Jean­Baptiste, tous debout. Ce lot sans doute byzantin du XIe siècle a été adjugé à 223 600 €. Il y eut encore une très belle en­ chère pour un groupe sculpté dans du tilleul, vers 1550 et par un artiste de l’Allemagne du sud, anonyme. Il s’agissait d’une “Cruci­ fixion”. Le produit total de la vacation fut de 778 914 €.

De mémoire d’amateurs d’art et de commissai­ res­priseurs, il n’est pas sûr que le record obtenu par le dessin de Raphaël figurant une tête d’homme, sans doute un apôtre, soit battu de si­ tôt. Le record n’est pas situé dans la somme obtenue mais bien dans le timing, entre le dé­ but des enchères et leur fin. En effet, il aura fallu dix­sept minutes pour venir à bout des convoitises et finalement la feuille a quitté dé­ finitivement le château de Chatsworth contre la modique somme de 36,6 millions d’euros. Le duc de Devonshire va pouvoir entretenir son château, les centaines de membres de son personnel, acheter du matériel neuf et s’il le veut, agrandir ses territoires pour rivaliser avec ceux du duc de Buccleuch qui dépassent les 600000 hectares.

ESTHER VERHAEGHE DE NAEYER

223 600 €

SOTHEBYS

Raphaël

PIASA

Haute-Époque

36 600 000€ Cette superbe na­ ture morte de fruits et de co­ quillages posés sur un entable­ ment était à ven­ dre le 5 décembre à Londres chez Sotheby’s. La va­ cation du soir comprenait trois tableaux d’époque Renaissance de la collection du duc de Devonshire, comme le dessin de Raphaël cité ci­contre. Cette nature morte était annon­ cée à 400000 £. Le panneau mesurait 36 x 50 cm. Il était signé du peintre brabançon Bal­ thasar van der Ast, né à Middelburg en 1593. Il décéda à Delft en 1657. Au final, le marteau fut frappé à 1497250 £.

1 497 250 £

David Aubert

SOTHEBY’S

SOTHEBY’S

Van der Ast Voici un nom que seuls sans doute les bibliophiles versés dans les textes re­ naissants de la cour de Bourgogne con­ naissent. C’était un écrivain et relieur qui travailla pour Philippe le Bon. Il mourut en 1479. C’est à lui que l’on doit les “Actes de Gillion de Traze­ gnies”, volume ma­ nuscrit passé en vente chez Sothe­ by’s le 5 décembre et qui apparte­ nait jusque­là au duc de Devonshire cité par ailleurs. Aubert avait rédigé cette chroni­ que pour Louis de Gruuthuse, en 1464. Il était un des personnages les plus puissants de son temps et possédait une bibliothèque im­ portante. 180 volumes furent donnés par son fils à François Ier roi de France. Le volume ici sortit des collections royales dès le XVIe siècle. Il était le dernier connu en mains privées de cette provenance brugeoise. Le lot a été vendu entre les estimations à 3849250 £.

3849250£

h Esther Verhaeghe de Naeyer change de maison mais pas de genre. De PBA à Millon il n’y a qu’un pas. DIMANCHE PROCHAIN, À 15H, IL Y AURA une vente amusante chez Millon au “Forum”, derrière l’église du Sablon. Mais en attendant ce jour, il faut aller ce vendredi et demain en la rue Mignot Delstanche (51) qui n’est pas une adresse très habituelle pour visiter une exposition précédant une vente publique. L’exposition se déroule dans une maison par­ ticulière, chamboulée en salles de représen­ tation éphémère pour acclimater les ama­ teurs aux objets et aux espaces dont on es­ père qu’ils ressemblent à ce mariage de genres et d’idées offerts par Esther Verhae­ ghe de Naeyer. L’idée est celle qui fonctionna si bien chez PBA au Sablon à savoir de réunir des objets de vitrines, des meubles décoratifs ou meublants parfois cocasses, toujours cu­ rieux et surtout plein de fantaisie. Sortir de l’ordinaire, telle est la voie tracée par le con­ cept qui s’appellera désormais “Eclectic Chic” pour ne pas reprendre l’ancienne ap­ pellation. “Eclectic Chic” sera la première d’une série de ventes que Mme Verhaegen nomme “la­

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Adjugé!

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Eclectic chic et plus shabby chic

ESTHER VERHAEGHE DE NAEYER

De Pierre-Yves Renkin, on trouvera cette “Tête de caméléon” en papier mâché avec yeux en verre, montée sur socle. Le lot est annoncé à 500/800 €. Ci-dessous, table basse en aluminium coulé, signée Chale sur le bord. Edition en deux exemplaires, début années 1980. L’estimation varie de 12000 à 16000€.

boratoires”, soit des ventes à thèmes, qui se voudront originales, divertissantes et trans­ versales. La prochaine aura lieu pour le prin­ temps ! En attendant, on pourra acheter avec légè­ reté un petit cabinet flamand ancien (3 000 €) ou une lampe design de Louis Wei­ sendorf (1 200 €) ou encore un pied d’élé­ phant en guise de porte­parapluies (800 €). Mais il y aura aussi un petit ours polaire natu­ ralisé mais pas par Pierre­Yves Renkin (2500

€), voire quelques tapis géométriques de Ki­ lims dont les prix sont très variables mais pas l’esthétique. Un des plus beau lots ce sera une robe en papier, peinte par Isabelle de Bor­ chgrave dont on espère 5 000 €. Il y a juste trop de meubles de design nordiques qui font croire que ce sont des invendus ou des stocks de marchands. A part ça, on s’amuse beaucoup. Ph.Fy. U Infos : www.millon­associes.com

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l Ouverture

Une perle sur le Sablon Bague “Arabesque” en or rose et saphirs et bague de la collection “Bahia”.

LEYSEN

à travers le temps et passer crises et guerres, avec plus ou moins de bonheur. Le passage à une nouvelle génération est la plus belle chose qui puisse arriver à ces négociants. D’autant plus que la jeune Perrine a créé sa propre ligne de bijoux exposés à des prix attractifs. Il en est de même avec des bijoux conçus au Brésil et présentés entre 50 et 300 €; c’est aussi beau que c’est bon marché. Par ce biais les Leysen s’ouvrent aux 25­35 ans et notamment aux jeunes mariés et aux jeunes parents. “Ce sont des ache­ teurs réguliers en bijoux commémoratifs en quelque sorte”, nous disait notre hôte. Mais les bijoux de grande qualité sont également recherchés. Les Leysen sont de ce point de vue de créateurs à peu près sans concurrence à Bruxelles et c’est à Paris et à Londres qu’il faut trouver une réelle rivalité et notamment chez Graff qui est le plus fort au monde. “Là aussi c’est une histoire très belle, qui mériterait un livre car ce sieur Graff a commencé dans les galeries Burlington près de l’Académie à Londres et qu’en une seule vie, il est devenu le joaillier le plus puissant de Grande­Bretagne”. On sou­ haite aux jeunes Leysen d’aller sur la même voie du succès mais aussi d’atteindre une clientèle internatio­ nale et notamment celles des pays orientaux où la ca­ pacité de dépenses dans le secteur des bijoux contem­ porains est immense. On l’a vu à la Biennale des Anti­ quaires à Paris. Les Chinois étaient là, partout. Philippe Farcy

sur le Sablon. En allant toujours plus haut. La nouvelle boutique est superbe. Tout est à l’avenant. NON, LE SABLON À BRUXELLES n’est pas mort pour le commerce d’art. Les derniers jours et semaines mon­ trent avec netteté que des gens jeunes et dynamiques y croient encore. Ce que nous disait Roberto Polo la se­ maine passée pour montrer ses certitudes sur un quartier sans pareil, a été confirmé avec force et foi par d’autres acteurs éminents de la place la plus chic et la plus internationale de notre capitale. L’opportunité de cette semaine trône sur les têtes des Leysen, Henri, Maxime (qui a fait ses armes chez Car­ tier à Londres) et Perrine. Depuis le 5 décembre leur nouvel espace est ouvert après de très lourds travaux. Le père et deux de ses enfants possèdent les clés d’un avenir prometteur posé sur des bases solides. La mai­ son Leysen existe depuis 1855 avec un critère majeur : bien faire. Les Leysen sont “Fournisseur brevetés de la Cour” et à ce titre, ils se doivent d’être parfaits en tout.

L’architecture ici les aide beaucoup. De l’an­ cienne maison occupée par la firme Flament déployée dans la grande galerie sur le même trottoir, on n’aura gardé que la fa­ çade. C’était une demeure avec de petits salons, idéale pour de la décoration mais inadaptée pour de la haute joaillerie, notamment pour des questions de sé­ curité. Les murs ont été renforcés par­ tout, de même que les baies et ouvertu­ res, ce qui fit dire à Maxime Leysen un souvenir cocasse remontant à la der­ nière guerre mondiale. “Au début du conflit mon arrière­grand­père a mis les trois quarts du stock dans des cylindres en métal puis les a enfouis dans les murs sous une épaisse couche de plâtre. On a retrouvé 75 % des lots dissimulés et donc dans l’immeu­ ble de la rue du Marché aux Poulet où la maison était installée depuis les années de la Belle­Epo­ que, il reste quelques cylindres. Mais l’immeuble a été vendu en 1979, quand nous sommes venus au Sa­ blon, à l’émir du Qatar”. Et notre hôte de se réjouir de codiriger une des très rares maisons de joaillerie belge ayant pu se maintenir LEYSEN

h Leysen en est à sa troisième adresse

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l Vente publique

Le million de Millon en bandes dessinées Au lot 168, on trouvait de Roba, “Jeux de Bill”, estimés entre 25000 et 30000€. La feuille fut vendue 40483€.

le grand Alexandre, d’avoir réussi à dépasser le cap du million d’euros pour une vacation de BD à Bruxelles.

MILLON

h Trop content

LES EXPÉRIENCES BÉDÉPHILES DE L’ÉTUDE MILLON EN col­ laboration avec Alain Huberty et Marc Breyne de la Galerie des Petits Papiers continuent à porter des fruits intéressants. Elles montrent que nul n’est besoin de se trouver à Paris pour obte­ nir des cotes internationales. En vendant plus de 80 % des 318 lots pour près d’un million deux cent mille euros, l’étude se po­ sitionne comme la seule rivale de “Banque Dessinée” qu’ani­ ment les Partz et Moretus. L’autre concurrence se trouve à Paris avec Artcurial. Il y eut quelques très belles enchères sur les artistes classi­ ques et déjà anciens, à l’instar de cette rare planche de Roba ex­ traite de l’album “Jeux de Bill”, estimée entre 25 000 et 30000€, qui a atteint 40483€. Signalons encore ce gag de “Gai­Luron” réalisé par Gotlib, estimé à 3500€, qui a trouvé preneur à 5158€. Parmi les œuvres phare de la vacation, la planche tant atten­ due d’Uderzo, extraite de “La Grande Traversée”, a largement dépassé la valeur expertisée. Estimée entre 70 000€ et 80000€, celle­ci a été adjugée à 134 948€. Les autres grandes signatures du IXe art qui ont également surpassé la valeur ex­ pertisée. Citons notamment cette encre de Chine réalisée par Fran­ quin pour un gag de Gaston, estimée à 50 000 €, qui a atteint 73608€ ou encore l’édition originale de l’album “On a marché sur la Lune”, signé d’Hergé et des trois astronautes, qui a pres­ que doublé son estimation pour trouver acquéreur à 12268€. Puis il y avait une section d’érotique de fort belle tenue, voire facture, dont celles qui regardaient le numéraire ne furent pas innocentes et étaient parfois accessibles. Ce fut le cas avec la belle feuille (240 x 400 mm) de Liberatore figurant “Sana de face”, pour laquelle on donna 1 400 €, sans les frais comme pour les autres chiffres cités ensuite. Il n’y eut pas beaucoup de coups d’éclat financier dans cette partie à l’exception bien sen­ tie d’une encre et aquarelle de Manara figurant Claudia assise sur une chaise. La feuille était intitulée “Le Stanze del deside­ rio”. Annoncé entre 18000 et 20000 €, le lot fut disputé jus­ qu’à 34000 €. “L’Extase de sainte Thérèse” du même auteur fit moins bien en se vendant juste au­dessus de l’estimation haute à 10 000 €. Mais quel coup de crayon plein de sensualité chez cet artiste italien qui apparaissait encore à travers une gouache de 1999 intitulée “Aphrodite”. Le lot s’en alla à 7 800 € à l’estimation basse. Nous avions évoqué Manara naguère à propos de ses aquarelles inspirées de Wagner. Pour la feuille figurant “Waly­ rie”, on donna 11 000 €. Et pour la “Walkyrie II”, on démarra les enchères à 7 000 € pour les terminer presque aussitôt à 1 000 € de plus. Ph. Fy.

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l Vente publique

e

M Aguttes entre joie et stupeur h La vente du 7 décembre a été marquée par de forts contrastes qui ont stupéfait le commissaire­priseur.

AGUTTES

A PARIS, CE 7 DÉCEMBRE, ON VIT en­ core la Chine briller, quand l’Europe pa­ tinait. Le monde change. Ce qui s’est passé vendredi dernier dans les salles 1 et 7 de l’hôtel Drouot louées par l’étude Aguttes fut assez emblématique de la si­ tuation culturelle que nous traversons. La Chine à travers des œuvres intéres­ santes et importantes du XVIIIe siècle a crevé les cotes préétablies par l’expert Vincent l’Herrou que l’on reverra à la Brafa à Bruxelles dans un mois. Par con­ tre, et sauf exception, ce fut le contraire avec les fournitures européennes de la même période que les lots orientaux proposés en première partie de vaca­ tion. D’un côté, les milliers d’euros ont filé avec vigueur et célérité quand du côté européen, les lots se vendirent avec difficulté dans une ambiance morne et parfois à des prix dérisoires qui firent s’estomaquer le commissaire­priseur de Neuilly qui en a vu beaucoup dans sa longue carrière et qui n’en revenait pas de la braderie à laquelle il était con­ traint de participer. Commençons par les choses brillantes accumulées par une famille française qui possédait ses biens d’Extrême­Orient depuis plus de cent ans et qui, d’après l’expert, “ne sa­ vait pas grand­chose de l’histoire ni du contenu des pièces qu’elle voulait mettre en vente. Il m’a fallu travailler beaucoup

pour cerner tout l’intérêt du lot 56 qui contenait un rouleau peint par Zhiang Weibang (actif pendant l’ère Qianlong en­ tre 173 et 1795), d’après Lu Huang. L’œuvre est datée de 1752 et j’ai pu retrou­ ver la provenance impériale de ce lot”. Il s’agissait d’une peinture en couleurs sur papier de 304 x 54 cm, conservée de manière partielle car on sait que la tota­ lité de l’objet mesurait plus de cinq mè­ tres. Le lot était annoncé entre 300000 et 500000 € et après plus de cinq minutes d’enchères, c’est un télé­ phone qui l’emporta à 1,2 million d’euros, plus les frais de 27,5 % TTC. La salle a applaudit cet achat avec une cer­ taine vigueur, le faisant plus discrète­ ment ensuite pour deux robes en soie jaune brodées du XIXe siècle et prove­ nant elles aussi de la cour impériale. Ici, Vincent L’Herrou avait placé les barres très basses malgré le parfait état de ces pièces d’étoffe très fraîche. Il fit démarrer les enchères à 3000 € d’autant que sa fourchette d’estimation fluctuait entre 4000 et 6000 €. Mais la salle qui avait de l’appétit trouva la fourchette bien étroite et fit compren­ dre que les plats servis méritaient mieux que cela. La table était ornée de quatre convives en salle, sans oublier quelques amateurs sur le net et d’autres à nouveau aux téléphones. A 50 000 €, il y avait toujours quatre mains. A 84 000, il en restait deux et c’est à 85 000 € que le marteau chut, plus les frais toujours. La seconde robe haute comme la pré­ cédente de 132 cm, fila droit dans les mêmes étoiles partant à 5 000 € pour achever sa course bien au­delà à

AGUTTES

Ce rouleau peint en 1756 (détails) pour l’empereur de Chine a été vendu ce lundi chez Aguttes à Paris contre la somme de 1,2 million d’euros.

145 000 €. Suivait un grand tapis pro­ venant de la Cité interdite. Il datait de la fin du XVIIIe siècle sans doute et mesu­ rait 267 x 183 cm. En laine à couleur abricot pour le fond, orné d’une foule de dragons bleus, il entama sa course sous l’estimation basse soit 12000€. Il fallut à nouveau plusieurs minutes pour dé­ partager les amateurs et finalement le lot fut roulé à 70 000 €. Il y eut ensuite une très belle bataille pour un cabinet indo­portugais et son piétement en pla­ cage d’écailles brunes et de nacre, riche­ ment orné que L’Herrou pensait négo­ cier entre 3000 et 4000 €. Ici encore la salle montra un appétit qui fera la joie du déposant car le lot fut vendu à 31000€. Vint le tour du mobilier européen avec

une mise en bouche batave quand appa­ rut une grosse armoire (213 x 208 x 79 cm) à puissante corni­ che, toute marquetée de rinceaux et fleurs, sur ses côtés comme sur ses deux portes et même les frises des trois plan­ ches. Les enchères démarrèrent à 6 000 € et se clôturèrent péniblement à 9 500 €, ce qui était juste sous l’estima­ tion basse. Très peu de lots ici dépassè­ rent voire atteignirent l’estimation basse. C’est donc qu’il faut encore revoir les cotes à la baisse car les amateurs doivent conserver le sentiment de gérer les en­ chères à leur guise. Dans cet esprit, une très belle console en placage de bois de violette, galbée et à deux tiroirs, estam­ pillée Pelletier, était annoncée entre 15 000 et 20 000 €. Elle ne fit que 12 000 €, sans les frais il est vrai. Un beau fauteuil à dossier plat d’époque Louis XV en chêne massif, est parti pé­ niblement à 120 €, au point de stupéfier Me Aguttes devant un tel désintérêt. Puis on vit passer quatre fauteuils et un canapé à oreilles à huit pieds (trois à quatre places), pour 4 100 € sur une base de 4500 à 8 000 € (fourchette bien grande, non ?). Une bergère d’époque Louis XV, estampillée Julienne ne fit que 600 €; elle allait avec un canapé deux places qui ne fit que 1 200 €. Un bien beau secrétaire lui aussi Louis XV d’époque, estampillé de Malle eut bien du mal à se vendre et le marteau ne tomba qu’à 3 500 €. L’estimation basse était fixée à 5 000 €. Et tout ceci dans une ambiance d’un morne, on ne vous dit pas. Parmi les lots importants, une paire de gaines attribuées à Levasseur (époque Louis XVI) fit 210 000 €, soit l’estimation basse, puis un surtout de table en bronze ciselé et doré d’après Thomire, long de 370 cm, ne fit que 55 000 €, et encore avec difficulté. Les experts de chez Dillée avaient escompté 75000 à 80000 €. Philippe Farcy

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Le marché

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GROS

l Vente publique

“Le Voyage légendaire” de Delvaux, 1974, fut le clou de la vente chez Gros-Delettrez ce lundi, à Paris. On en donna 2,3 millions d’euros plus les frais.

Chaudfontaine à Paris h L’étude Gros­Deletrez a vendu ce lundi les toiles de Delvaux qui ornaient le casino de Chaudfontaine. CE LUNDI À 16 HEURES DÉBUTAIT LA VENTE DE tableaux modernes organisée par l’étude parisienne Gros­Deletrez. Chose curieuse, la société de ventes volontaires s’était vue confier deux ensembles pro­ venant des familles ayant des liens avec les casinos. Le premier ensemble concernait le casino de Vichy “Elysée Palace” dont les dirigeants et en particuliers Léon Roubot, avaient commandé un peu avant la Grande Guerre, des décors muraux peints sur toiles. On était en 1910 et Georges Stein (1870­1955) reçut

une commande qui fit les délices des visiteurs. Stein faisait partie de ces nombreux peintres à avoir décrit les scènes des rues de Paris, rendues avec efferves­ cence. C’était le cas ici en partie, car Vichy, quand même, était et devait être la vedette de la commande. On vit donc passer “L’Arrivée des Calèches” ou “La Fête des Fleurs”, belle toile de 130 x 195 cm. Puis il y eut “L’Arrivée du Grand Prix à l’Hippodrome de Vichy”, suivi par une “Soirée élégante au Cercle des Sports” et enfin par “Le Dîner au Restaurant du Casino”. Tou­ tes les toiles de dimensions identiques étaient an­ noncées entre 25 000 et 35 000 €. Elles firent dans l’ordre 23 000, 24 500, 24 000 et 25 000 €. C’était une manière de se mettre en bouche avant d’aborder des objets qui provenaient de la collection Nellens, dirigeants bien connus de divers casinos bel­

ges dont ceux du Zoute et de Chaudfontaine. Roger Nellens fut notamment le propriétaire du “Rossi­ gnol”, charmant oiseau revu par Niki de Saint­Phalle et Jean Tinguely. La sculpture de 200 x 220 x 125 cm monta à 180 000 €, plus les frais. L’“Adam et Eve” des mêmes auteurs fila de 100 000 € à 480 000 €. Puis vint le tour du lot le plus important de la vente : “Le Voyage légendaire”. Il s’agissait d’une commande de Jacques Nellens à Delvaux, alors âgé de 72 ans, pour le casino de Chaudfontaine. Les toiles mesuraient 13 mètres sur 4m40 et furent livrées en 1974. On dé­ buta les enchères à 400 000 €. Elles se terminèrent à 2,3 millions d’euros plus les frais. Reste à savoir pourquoi personne dans le monde culturel belge n’a bronché ! Achat français semble­t­il. Ph. Fy. U Infos : www.gros­delettrez.com

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L'actu

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l Photographie

MARTINE STIG

Retour vers le futur

L’impression énigmatique d’un futur qui a déjà eu lieu.

h Dans “Cauchy Horizons”, Martine Stig débusque une mémoire du futur. À PRIORI, IL N’Y A RIEN DE PLUS antinomi­ que que la photographie et l’avenir. En tant qu’image physique, la photo est toujours une trace du passé et en tant qu’action, un enregis­ trement au présent. Ce n’est qu’en tant qu’image mentale qu’elle peut donner des si­ mulacres du monde futur. À vrai dire, tout simplement parce qu’elle se défait alors de sa spécificité technique pour se fondre dans le monde de l’imagination. Dans “Cauchy Horizons”, la photographe néerlandaise Martine Stig fait le pari de nous projeter dans l’avenir en photographiant ce qu’elle voit (et non pas ce qu’elle crée) avec un appareil analogique. Cela peut sembler risqué car ce n’est précisément pas là un outil de de­ main. Cependant, c’est finement joué car utili­ ser l’argentique pour nous évoquer ce qui n’existe pas encore, c’est aussi faire la démons­ tration que la photographie est bien plus qu’une empreinte physique. Mieux, c’est montrer par l’empreinte physique qu’elle est aussi une empreinte immatérielle qui tinte au gré de nos représentations. Chez Motive Gallery où elle expose actuelle­ ment cette série, le visiteur est invité d’abord à un tour d’horizon esthétique, à une sorte d’initiation formelle qui donne d’ailleurs très bien à “voir” cette idée de résonance dans le

monde de l’image. Ensuite, dans une seconde salle, ce même visiteur est emmené petit à pe­ tit dans une narration d’un tour du monde dont il se demande s’il est fictif ou réel. Ceci pour se rendre compte en définitive qu’il ne s’agit ni de l’un ni de l’autre, mais bien de l’un ET de l’autre. Martine Stig a effectivement bien voyagé à Tunis, Shenzhen, Genève et Athènes et ce qu’elle en a ramené ce sont “de brèves visions du futur dans ces villes qui se trouvent dans des états transitoires” ou, dit autrement “l’impression énigmatique d’un futur qui a déjà eu lieu”. La manière de les proposer en série évoque une séquence cinématographique. Pas étonnant de la part d’une artiste qui utilise aussi ce mé­ dium et qui dans ses films ­ “Suto­ri” (2007) et “Play” (2010)­ s’était déjà employée à transfor­ mer la réalité documentaire des villes moder­ nes. On ne s’étonnera donc pas si “Cauchy Ho­ rizons” a des accents de la science­fiction dont le cinéma a toujours fait ses choux gras. (Du “Voyage dans la lune” à “2001 : L’Odyssée de l’espace” en passant par “Métropolis”, il s’est en effet écrit une sorte de grammaire esthéti­ que du futur pour tous.) On comprendra sur­ tout mieux que ce “vrai” voyage est en fait une manière de nous emmener dans une visite du futur par le biais de notre mémoire visuelle collective. Jean-Marc Bodson U “Cauchy Horizons”, photographies de. Martine Stig. Bruxelles, Motive Gallery, rue Vandenbranden, 1. Jusqu’au 12 janvier, du mercredi au samedi de 14 à 18h30. Info : http://www.motivegallery.nl

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Arts Libre du 14 décembre 2012