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Focus

Expo en vue

Hantaï atteint des sommets chez Sotheby’s. P. 10

Bruxelles mise sur l’art contemporain chinois. P. 16

Les univers insondables de Djurovic. PP. 4-5

COURTESY GALERIE ZUID

Vente publique

Supplément à La Libre Belgique - N°157 - Semaine du 5 au 11 octobre 2012

EQUATION ARTISTIQUE PP. 2-3

OLGA KISSELEVA, “DOUBLE JEU”(TIME WILL TELL), 2012 - COURTESY GAL. JOZSAG

© S.A. IPM 2012. Toute représentation ou reproduction, même partielle, de la présente publication, sous quelque forme que ce soit, est interdite sans autorisation préalable et écrite de l'éditeur ou de ses ayants droit.


L'actu

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SEMAINE DU 5 AU 11 OCTOBRE 2012 ARTS LIBRE

Commentaire

l Expo en vue

Des pavillons nationaux

Des outils numéri

À chaque nouvelle biennale de Venise, une question revient, identique : faut­il maintenir des pavillons nationaux ou, comme à Sao Paulo, faut­il balayer les identités nationales et concevoir une grande exposition, confiée à des com­ missaires ? Jusqu’à présent la formule initiale tient bon, les pavillons natio­ naux conservent leurs prérogatives et leur autonomie. Pourtant, des failles apparaissent. La France a, très tôt, annoncé qu’elle attribuait son pavillon à Anri Sala, un artiste originaire de Tirana, en Albanie. Voilà qui n’a pas soulevé plus de vagues que d’habitude, car l’artiste travaille essentiellement à Paris et les résidents d’un pays sont normalement comptabilisés dans le quota national. L’Allemagne a emboîté le pas, en dési­ gnant quatre plasticiens dont un seul, le Français Romuald Karmakar, vit en Allemagne. Les trois autres étant le Chinois Ai Weiwei, le Sud­africain Santu Mofokeng et l’Indienne Dayanita Singh. On connaît les démêlés de Ai Weiwei avec le pouvoir chinois et donc, on applaudit. Cela crée, malgré tout, une faille dans laquelle d’autres pourraient s’engouf­ frer. On ne le sait que trop, le marché de l’art est aujourd’hui mondialisé. Et c’est la finance qui le gère. La main mise de galeries internationales et autres acteurs sur ce marché permet d’imposer des artistes partout, et en toutes circonstances. Il n’est pas une manifestation internationale d’enver­ gure qui échappe au phénomène. Les pavillons nationaux le pouvaient en­ core, tout au moins partiellement, et avaient encore l’opportunité de pro­ mouvoir, par ce biais, des artistes de qualité, dont la réputation internatio­ nale restait à établir. La démonstration fut sans appel pour Angel Vergara, qui représentait la Belgique en 2011. Et c’est fort heureux. La fin des représen­ tations nationales risquerait de ne plus laisser aucune chance à ces artistes, qui seraient supplantés par les stars du top, chacune soutenue par des moyens face auxquels on ne résiste pas. La vigilance est donc de mise. En attendant la Belgique (la Flandre en l’occurrence) a désigné pour 2013 Berlinde de Bruyckere, une artiste dont le rayonnement international est déjà très bien assuré. Et d’aucuns voient déjà plus loin. Au cours d’un vernissage récent au Wiels, un nom courrait sur bien des lèvres pour 2015, Joëlle Tuer­ linckx, bien évidemment ! Les paris sont ouverts.

COURTESY JOZSA GALLERY, BRUSSELS - PHOTO D.R.

Par Claude Lorent

h Par sa formation scientifique et sa participation au centre d’études et de recherches en arts plastiques à Paris, l’artiste d’origine russe Olga Kisseleva, développe une démarche d’investigation. Expo solo à Bruxelles. TROIS PARAMÈTRES PRINCIPAUX DÉTERMINENT une bonne part de la démarche de la plasticienne d’origine russe Olga Kisseleva, dont l’exposition en la Jozsa Gallery donne un bel aperçu. D’une part, précisément son origine soviétique et sa vie sous le régime du communisme; en second sa très solide formation scientifique avec un attrait pour les ma­ thématiques; enfin son intérêt pour les technologies de pointe, qui envahissent, qu’on le veuille ou non, notre quotidien, et dont il devient de plus en plus difficile de se passer sans se sentir déconnecté du monde qui nous entoure. C’est en brassant ces trois données – auxquelles s’ajoute la dimension esthéti­ que et plasticienne, l’expression par les images – que l’artiste aborde une sorte de décodage de l’environ­ nement dans lequel nous évoluons quotidienne­ ment. Elle est ainsi la première plasticienne à user d’un

outil technologique relativement récent : les tags, des espèces de petits labyrinthes géométriques en noir et blanc, de plus en plus souvent utilisés afin de livrer des informations, que ce soit dans des espaces publics ou dans des lieux aussi bien commerciaux que culturels. Illisibles comme tels, ils cachent leur contenu dans cette apparence abstraite et ne le li­ vrent qu’à ceux qui sont munis d’un décodeur. À sa­ voir un téléphone portable intelligent (Smart­ phone), dont la caméra contient un programme spé­ cifique qui déchiffre le dessin et le traduit en texte. On retrouvera fréquemment dans les œuvres de l’artiste ce type de pratique, à savoir la révélation d’un contenu volontairement caché. Une forme d’in­ vestigation qui provient de la transmission de mes­ sages dans les pays où la censure s’exerce, et où il convient donc de la déjouer. Outre son côté ludique, en relation avec l’usage fré­ quent des téléphones et autres nouvelles technolo­ gies, et le fait qu’il décrit par là des attitudes couran­ tes, ce jeu de cache­cache suggère aussi les sens non directement révélés de multiples messages adressés par les commerciaux, les politiques et tous ceux qui entendent formater plus ou moins les comporte­ ments humains. Ces messages subliminaux attei­ gnent précisément les individus de manière non consciente. Ainsi, à travers ce type d’œuvres, sous lesquelles elle glisse souvent des images elles­mê­ mes peu lisibles, Olga Kisseleva pointe des postures

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ques pour révéler le monde Bio express

“Lorsque je crée une œuvre d’art, je pars toujours d’une équation pour être sûre de ce que l’œuvre va exprimer. Je ne me lance dans la création que lorsque je suis sûre à 200 % de cette base scientifique.” Olga Kisseleva

Fille d’un scientifique réputé, Olga

COURTESY JOZSA GALLERY, BRUSSELS - PHOTO D.R.

Kisseleva est née en 1965 à Saint-Pétersbourg, où elle a suivi un cursus universitaire scientifique. Elle quitte la Russie en 1990, se rend en France puis aux États-Unis, où elle poursuit ses études sur la technologie numérique et où elle travaille comme graphiste pour Google, en Californie à la Silicon Valley. Revenue en France, elle s’inscrit à l’École pratique des Hautes études, où elle a notamment comme professeur Eric Duyckaerts. En 1999, elle est présente à la Biennale de Venise, puis à Istanbul et à Dakar, et, depuis, expose très régulièrement en France, en Russie ainsi qu’aux ÉtatsUnis. En 2008, elle réalise une importante et vaste exposition à l’Abbaye de Maubuisson. Et la même année, elle expose pour la première fois à Bruxelles en la Jozsa Gallery, qui devient sa galerie de référence avec la Arka Gallery de Moscou et de Vladivostok. Elle a exposé aux musées de Bucarest, de Valladolid, de Pecci, au MoMa, ainsi que dans des centres d’art réputés dont le Consortium, la Criée et, récemment, le Château des Adhémar à Montélimar. Elle vit et travaille à Paris et Saint-Pétersbourg.

Olga Kisseleva. “Boîtes de Vices”. Jozsa Gallery, 24 rue Saint- Georges, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 27 octobre. Du jeudi au samedi de 12h à 18h.

À gauche : Olga Kisseleva, “Paradise”, mirrors installations, 50 frosted mirrors, 2007. Ci-dessus : “Resquillage/Volubility/ Nombrilisme”, frosted mirror, 60 x 60 cm, 2012, et “Boîte de Vices”, plexi cubes with electronic tag, Varnish wood box, 18 x 18 cm, 2012. Ci-contre : “Photo précieuse – Rancune”, photo digitale sur Diasec et plexiglass noir, édition 1/3, 60 x 90 cm, 2011.

COURTESY JOZSA GALLERY, BRUSSELS - PHOTO D.R.

qui innervent la vie journalière par le biais des ima­ ges et de la technologie. Elle rappelle également que la présence de cette dernière dans la vie courante est devenue quasi indispensable si l’on souhaite rester branché à son époque ! Il faudra découvrir les por­ traits de ses “Boîtes de Vices” ! Le vôtre ? Son entreprise générale repose sur le principe du décodage. Dans sa série “Divers Faits”, quelques photographies se présentent telles de natures mor­ tes, composées d’éléments de notre temps. Chaque photo est accompagnée d’un récit en relation avec les objets agencés. Et dont le choix n’est pas fortuit, puisqu’il se réfère à la symbolique de ces derniers. La lecture de l’œuvre sera ainsi orientée en fonction de la portée de ce signifiant, qui diverge selon la culture. En l’occurrence, et vu ses doubles attaches, l’artiste a travaillé sur les cultures russe et française. Aucune de ces photos, apparemment bien sages, n’est inno­ cente et nous révèle dans notre lecture. Elle com­ plète cette série par un dictionnaire, qui livre les dif­ férences d’interprétations symboliques dans les deux cultures. L’approche des autres œuvres s’opérera par des ca­ naux de décryptage un peu semblables, et chaque fois adaptés à la finalité des images proposées. Qui, toutes, investiguent la société actuelle et ses rouages au­delà des apparences, et par là la révèlent. Son œuvre est aussi politique. Claude Lorent

Infos pratiques

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l Expo en vue “J’aime les gris et les tons terreux, mais j’aime aussi la lumière et le rouge me fascine. La lumière est source de mystère dans la peinture et la photo, comme au cinéma ou au théâtre. L’essence même de toute chose est mystérieuse…” Goran Djurovic

Galerie Zuid, Pacificatiestraat 34, 2000 Antwerpen. Jusqu’au 13 octobre, mercredi de 14 à 18h, jeudi de 14 à 21h, vendredi et samedi de 14 à 18h. Infos : 03.248.84.83 et www.galeriezuid.be Djurovic sera présent par ailleurs sur le stand de Zuid à l’occasion d’Art Gent, à partir du 29/11.

COURTESY GALERIE ZUID

Infos pratiques

Les mondes assourdis de Goran par l’attente. Attente d’un regard, d’un échange, d’un sourire, d’une main tendue toujours en suspens. Peints à l’huile, travaillés au couteau, couche sur cou­ che, formats allongés ou carrés, touches et couleurs subtiles, matières qui luisent, les tableaux de Djurovic dégagent des lumières, une énergie jusque dans leur silence et leur nuit glacée. Les mises en espace y sont souvent vertigineuses. Avec des surprises en chaque tableau. Car chacun d’eux recèle sa lumière. Et voici “La nuit” ou “The Night”, deux personnages sur un toit. Mais voici aussi “Aura” et un visage de jeune fille lumineux et fragile, comme aurait pu en

COURTESY GALERIE ZUID

scène pour ne rien dire et de scènes à l’emporte­pièce, que dépeint un Djurovic qui a connu la guerre, ses af­ fres, ses mensonges et ses crimes. C’est le petit théâtre l’ancienne, qu’il est par sa maîtrise du secret qu’il couve en lui pour exorciser l’inquiétude. métier, d’un regard lucide sur le monde Un jeu de massacre sans assassins ni victimes appa­ rents. Mais un jeu qui devrait donner à réfléchir avant dans lequel nous jouons ! que ne sonne l’heure fatale. “Le bal”, “La file”, “La chambre”, “Se taire”, “Le jour­ UN BEL ENSEMBLE DE SES TRAVAUX L’AVAIT, L’AN nal”, “Écouter”, “À la fenêtre”… Ces titres de tableaux dernier, à la Maison de la Culture de Namur, fait mieux sont éloquents et plus diserts que le silence, qui les connaître de la partie francophone du pays, alors que nimbe sous des lumières filantes, des tonalités crues la Flandre l’accueille régulièrement à Anvers, et que le ou pesantes, des espaces vides, comme déshumanisés Musée du Docteur Guislain, de Gand, l’avait mis à son affiche en 2008. Cette présence chez nous du peintre serbe doit énormément à l’entregent, la patience et la détermination de son galeriste anversois, Stéphane Van Kerkhoven. Univers insondables et secrets, petits théâtres de l’in­ conscient collectif, le monde dépeint par Djurovic tient à la fois du spectacle insolite et de la pièce de per­ sonnages en quête d’un auteur. On y est dans une vie de tous les jours, transposée sur une scène dont on ne sait très bien si elle est irréelle ou véritable, ses “ac­ teurs” ressemblant, à s’y méprendre, aux personnages étranges et perturbants qu’il nous arrive de croiser sans cesse là où nous ne les attendons pas. L’incommunicabilité est le fait d’une société, la nô­ tre, qui n’a pourtant jamais autant promu la commu­ nication, le téléphone portable s’avérant indicateur omniprésent et discutable. La superficialité en est le lot courant, quand notre monde court à sa perte faute de valeurs et de foi en un avenir durable. La foi elle­ même n’a pourtant jamais été autant à la une d’un quotidien frelaté par de bonnes consciences, qui se croient investies d’une vérité unique et irremplaçable. Ce qui n’existe pas. C’est ce monde glauque et ce climat d’incertitude et de peur latente, de dégoût et d’eaux usées, d’avant­

h Goran Djurovic double le peintre à

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l Portrait

Fred Lanzenberg, la passion d’abord !

Ci-contre : Goran Djurovic, “Prime Time”, huile sur toile sur panneau, 33 x 45 cm, 2012. Ci-dessous, à gauche : “Overview”, huile sur toile sur panneau, 27 x 40 cm, 2012. Ci-dessous, à droite : “das Schweigen”, huile sur toile sur panneau,30 x 40cm, 2012.

PRIX Huiles sur bois ou sur toile, de 2 500 à 15 000 euros.

CHRISTOHPE BORTELS

“Je ne vois pas comment on pourrait exprimer l’âme autrement qu’à travers l’art. Pour paraphraser Thomas Brasch, je dirais : toute œuvre d’art exprime aussi la volonté de trouver une autre manière de vivre.” Goran Djurovic

h Il est sans doute le plus ancien galeriste de Bruxelles, et peut­être de Belgique. Une longévité qui prit date en 1966. Il y a 46 ans !

Djurovic peindre Vermeer. L’art, quand il rejoint l’indicible qualité, n’est jamais démodé. C’est son actualité. Roger Pierre Turine

Bio express Né à Belgrade en 1952, vit à Berlin. Études à l’Acadé-

COURTESY GALERIE ZUID

mie de Dresde. En 2012, Maison de la Culture, Namur; en 2011, Halle am Wasser, Berlin et Los Angeles; en 2009, Museum Dr Guislain, Gent.

UN RIRE PROLONGÉ… FRED LANZENBERG ne se targue de rien, sinon d’une passion qui lui dévore encore la barbe, à 79 ans bien son­ nés. Une passion née sur le tas, entretenue par des choix de qualité. De plus jeunes confrères, férus d’autres tendances, l’ont certes mis sur la touche de foires d’art qu’il alimentait pour­ tant en beaux faits d’armes et statures de poids. Qu’importe les chiquenaudes, l’homme garde le cap et le temps jugera. Et Fred d’y aller d’un rire franc, qui sourit plus qu’il ne toni­ true. Il apprécie ces résurgences d’un métier qui reste sa vie. Il se remémore, inventorie, s’accommode du temps qui passe. Pour le con­ naître depuis trois décennies, nous savons son importance, un impact qui perdure. Parce qu’il est homme de bien et de rencontres. Un aventurier efficace qui fit ses classes à Paris, où il naquit en 1933. Fred Lanzenberg se souvient d’anecdotes à la pelle. Par exemple, dans les années 1970, Broodthaers lui proposa pour 10 000 francs belges, une paille, un monumental tondo de moules… qu’il refusa, lui trouvant des airs de trop vu, depuis dix ans que ça durait. “Ah si je l’avais, ce tondo ! Je n’aurais pu le garder, il fallait vivre…” Et de sourire à ce mot de Claude Lo­ rent, hier déjà : “Fred, tu seras le dernier à fer­ mer boutique !” Fred est là ! Ancré face à ces étangs d’Ixelles, dont les entours lui sont un village et leurs eaux paisibles, un ressource­ ment. “Je ne suis pas un peintre refoulé, comme on dit de certains. J’avais un oncle décorateur impor­ tant à Paris et, à l’idée de prendre sa suite, j’ai voulu tâter les bases : École Camendo, Académie Julian, Beaux­Arts. Puis, marié, pour croûter, j’ai abandonné et me voici, heureux de ce que j’ai fait.” Marchand de tableaux ? “Terre, peinture… Je sais de quoi il s’agit. C’est un petit avantage.” Et les choses de s’être faites “naturellement”. Un adverbe qu’il apprécie, qui dit tout. Sa pre­ mière femme étant peintre, le couple habita

un vaste atelier… “L’art était invendable, on y créait des fêtes et mes amis étaient du milieu. Cé­ sar, qui ramait, Erro, Segui, Mark Brusse, d’autres. Puis, j’ai gagné Bruxelles.” Il ouvre Rive Gauche au Sablon, lieu de déco et d’art mo­ derne. Et, dans sa cour reconvertie en théâtre élisabéthain, invite Jérôme Savary et Copi, fait parler de lui. “C’était du culot. Je n’étais per­ sonne ! Grâce à Ileana Sonnabend, j’ai exposé Warhol, Lichtenstein, Wesselman et, dans la fou­ lée, les Nouveaux Réalistes, soutenus par Pierre Restany.” En 1971, il est avenue Louise avec sa propre galerie, à son nom. À l’affiche, des artis­ tes chers à Alain Jouffroy : Erro, Monory, tou­ jours César, Fromanger, Takis… Enfin, dernier virage, cinq ans après, il prend pied avenue des Klauwaerts, lieu qu’enflamme presque aussi­ tôt l’art du Colombien Luis Caballero. “Une rencontre de la plus haute importance. Je n’étais plus un endroit de passage annonçant de grands noms. Désormais, je m’investirais dans l’œuvre d’artistes à découvrir, promouvoir, soutenir.” Trente­six ans après, Fred est toujours là. Georges Jeanclos, Camille De Taeye, Yvan Theys, Eugène Dodeigne, Nicolas Alquin, Mi­ chaël Irmer, Edith de Vries… Plus récemment, Michaël de Kok, Stéphane Erouane Dumas. Lanzenberg cible “la nécessité intérieure, l’œuvre “indispensable”, loin des modes, l’émo­ tion, l’humain…” Il continue, passionné. Comme le prouve cette surprenante exposi­ tion de Malgorzata Paszko : des paysages brû­ lants, sourds aux facilités, envoûtants, mysté­ rieux. Songeons à cette forêt que prolonge un étang tout de mauve irradié. La veine n’est pas tarie et la source coule, vivante. Éternelle. Roger Pierre Turine

U Galerie Fred Lanzenberg, 9 avenue des Klauwaerts, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 27 octobre. Infos : 02.647.30.15, www.galeriefredlanzenberg.com et www.paszko.net

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Les galeries

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Perspective

Keitelman Gallery Sense of Colors. Oeuvres d'Yves Klein, Ann Veronica Janssen, James Brown, Peter Halley, Joseph Albers, Allan McCollum, Evsa Model... ‣ Jusqu'au 20·10. Du Ma. au S. de 12 à 18h ou sur rdv.

Galeries BRUXELLES A.L.I.C.E. Domesticated Souls. Oeuvres de Clare Rojas, Olivier Kosta Théfaine, Pica Pica, Mike Swaney, Chris Duncan, Sophie d’Ansembourg... ‣ Jusqu'au 26·10. Du Me. au S. de 14 à 18h ou sur rdv.

URue van Eyck 44 - 1000 Bruxelles 02 511 35 80 - www.keitelmangallery.com

La Verrière Hermès Iota Pictura. Oeuvres de Patrick Neu. ‣ Du 11·10 au 01·12. Du L. au S. de 11 à 18h.

URue du Pays de Liège 4 - 1000 Bruxelles 02 513 33 07 - www.alicebxl.com

UBoulevard de Waterloo 50 - 1000 Bruxelles - 02 511 20 62

aliceday - project space Au Noir. Oeuvres de Stéphane Calais. ‣ Jusqu'au 27·10. Du Ma. au S. de 14 à 18h ou sur rdv. UQuai au Bois à Brûler 39 - 1000 Bruxelles 02 646 31 53 - www.aliceday.be

M. CAEIRO, AMAZING TRANSPARENT EMPTYNESS – COURTESY CROWN GALLERY

B-Gallery Feux de camp et autres vestiges. Sculptures et installations de Rachel Labastie. ‣ Jusqu'au 20·10. Du Me. au S. de 13 à 18h. UGalerie Bortier - Rue Saint-Jean 17 1000 Bruxelles - 02 279 64 03 www.brupass.be

Catherine Bastide Domino Effect. Carte blanche à Marie de Gaulejac, avec Florian Auer, Leo Gabin, Yngve Holen, Renaud Jerez, Ilja Karilampi, Sean Raspet et John Sparagana. ‣ Jusqu'au 27·10. Du Ma. au S. de 11 à 18h ou sur rdv. URue Vandenbrandenstraat 1 - 1000 Bruxelles - 02 646 29 71 www.catherinebastide.com

Champaka “Pigalle 62-27”. Oeuvres de Jacques de Loustal. ‣ Jusqu'au 21·10. Du Me. au S. de 11 à 18h30, le D. de 10h30 à 13h30. URue Ernest Allard 27 - 1000 Bruxelles 02 514 91 52 ou 0475 26 94 08 www.galeriechampaka.com

Crown Gallery Amazing Transparent Emptyness. Oeuvres de Manuel Caeiro. ‣ Jusqu'au 20·10. Du J. au S. de 14h30 à 18h30 ou sur rdv. UNouveau Marché aux Grains 13 1000 Bruxelles - 0475 52 18 72 www.crowngallery.be

dépendance If There Would Be a Face, This Would Be a Cat. Oeuvres de Richard Aldrich, Will Benedict, Karl Holmqvist, Alexandra Leykauf, Michaela Meise, Markus Selg, Andreas Slominski, Oscar Tuazon et Haegue Yang. ‣ Jusqu'au 03·11. Du Me. au V. de 14 à 18h, le S. de 12 à 18h. URue du Marché aux Porcs 4 - 1000 Bruxelles - 02 217 74 00 - www.dependance.be

Fine Art Studio C'me. Oeuvres de Luc Vleugels. ‣ Jusqu'au 18·11. Du Me. au S. de 11 à 18h ou sur rdv. URue des Sablons 13 - 1000 Bruxelles 02 514 25 92 - www.fineartstudio.be

Galerie VidalCuglietta Dances around the hourglass. Oeuvres de Nel Aerts. ‣ Jusqu'au 17·11. Du Me. au V. de 12 à 18h30, les S. et D. de 12 à 19h. Reincarnare. Oeuvres d'Amy Granat. ‣ Jusqu'au 17·11. Du Me. au V. de 12 à 18h30, les S. et D. de 12 à 19h. UBoulevard Barthélémy 5 - 1000 Bruxelles 02 502 53 20 - www.vidalcuglietta.com

Greta Meert Niele Toroni.

‣ Jusqu'au 10·11. Du

Figures picturales abstraites Son exposition précédente en la Crown Gallery avait laissé une forte impression et connu un franc succès. Le peintre portugais Manuel Caeiro (Evora, 1975, vit au Portugal) poursuit son œuvre picturale dans la même voie, tout en changeant de figure. L’expo antérieure se basait sur des structures architecturales, celle­ci donne la priorité au plan, sans pour autant quitter le principe de construction. Ce qui prime dans toutes les œuvres, c’est la peinture, les motifs traités étant essentiellement un prétexte pictural permettant de s’engager dans de multiples variations. Il est d’ailleurs symptomatique que certains tableaux puissent se regarder dans tous les sens. Le travail se base sur des lignes de perspective sur lesquelles s’agencent, de manière plus ou moins complexe et en nombre variable, des figures géométriques simples. Des panneaux qui sont autant de morceaux de peinture indépendants, et qui constituent,

Ma. au S. de 14 à 18h.

finalement, un sujet pictural. Chaque parcelle est traitée comme une individualité autonome, qui se présente tantôt de face, tantôt de biais, tantôt sur la tranche. Bien qu’il existe de toute évidence un sujet, on peut considérer cette peinture comme abstraite, et, à l’intérieur, chaque composante comme une abstraction. La présence du verre neutre dans ces ensembles de rectangles transparents et partiellement peints, insiste sur la spatialité. Si les couleurs sourdes dominent, animées de multiples nuances, de temps en temps, des accents chromatiques plus vifs – des noirs denses ou des accords de tonalités proches – dynamisent les compositions. Qui échappent souvent à toute forme de logique. (C.L.)

U Manuel Caeiro. “Amazing Transparent Emptyness”. Crown Gallery, 13, Nouveau Marché aux Grains, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 20 octobre. Du jeudi au samedi de 14h30 à 18h30.

URue du Canal 13 - 1000 Bruxelles 02 219 14 22 - www.galeriegretameert.com

brant était passionné par l’art populaire, l’antiquité classique et l’imagerie précolombienne. ‣ Jusqu'au 27·10. Du Me. au S. de 14 à 18h.

Group 2 Gallery Heerbrant né il y a 100 ans. Dessinateur-architecte de formation, Heer-

URue Blanche 8 - 1000 Bruxelles 02 539 23 09 http://artalog.net/gallery/gallery.php?id=286

Jan Mot Belle comme le jour. Oeuvres de Dominique Gonzalez-Foerster et Tristan Bera. ‣ Jusqu'au 27·10. Du J. au S. de 14 à 18h30 ou sur rdv. URue A. Dansaert 190 - 1000 Bruxelles 02 514 10 10 - www.janmot.com

Meessen De Clercq Without (Jonathan Monk). Avec les artistes Olivier Babin, Pierre Bismuth, Christian Burnoski, Ryan Gander, Alek O., Dan Rees, Yann Sérandour, Ariel Schlesinger, Markus Sixay et Ron Terada. ‣ Jusqu'au 10·11. Du Ma. au S. de 11 à 18h. URue de l'Abbaye 2 - 1000 Bruxelles 02 644 34 54 - www.meessendeclercq.com

MH Gallery Behind the curtain. Voyage en zones secrètes. Oeuvres érotiques de Hans Bellmer, Yoshifumi Hayashi, Pierre Dessons, Dominique Kippelen, Alan Tex, Pierre Molinier, Andrew Sexton... ‣ Jusqu'au 12·11. Du J. au L. de 11 à 18h, sauf le D. de 10 à 13h. URue Haute 11 - 1000 Bruxelles 0478 84 89 81 www.mathildehatzenberger.eu

Nomad Gallery Acts of Alterity. Oeuvres de Kuhl & Leyton, Roberto Visani et Shoshanna Weinberger. ‣ Jusqu'au 03·11. Du J. au S. de 12 à 18h30 ou sur rdv. URue de Laeken 99 - 1000 Bruxelles 02 219 81 82 ou 0475 21 92 50 www.moba.be

Pierre Hallet Antoine Mortier. Peintures. ‣ Jusqu'au 15·11. Du Ma. au S. de 14h30 à 18h30 (fermé le Me.), le D. de 11h30 à 13h30. URue E. Allard 33 - 1000 Bruxelles 02 512 25 23 - www.galeriepierrehallet.com

Sorry We're Closed Famous Artist. Oeuvres de Joshua Abelow. ‣ Jusqu'au 10·11. Uniquement sur rdv. URue de la régence 65 - 1000 Bruxelles 0478 35 42 13 - www.sorrywereclosed.com

Synthèse Variations sur Papier. Dessins et gravures de Renaud Allirand, Alberto Cont, Christine Elias, Danielle Stabel... ‣ Jusqu'au 20·10. Du J. au S. de 14h30 à 18h30. URue E. Allard 24 - 1000 Bruxelles 02 514 40 55 - www.galeriesynthese.be

van der Mieden Introducing BXL. Exposition des artistes de la galerie. ‣ Jusqu'au 27·10. Du Me. au S. de 14 à 18h. URue d'Alost 10 - 1000 Bruxelles 03 231 77 42 - www.vandermieden.com

Young Gallery Second Tour. Photographies récentes de David Drebin. Des grands tirages qui reflètent la vie urbaine, ses lumières, ses couleurs, son atmosphère nocturne... ‣ Jusqu'au 24·11. Du Ma. au S. de 11 à 18h30. UAvenue Louise 75b (Hôtel Conrad) 1050 Bruxelles - 02 374 07 04 www.younggalleryphoto.com

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Les galeries

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GEORGES PAPAZOFF, LE CYCLOPE – COURTESY GAL. ANTOINE LAURENTIN

Cyclope

Peinture psychique et rebelle Georges Papazoff (1894­1972) doit­il à sa naissance bulgare à Jambol, non loin de la Grèce et du massif sacré des Rhodopes, où naquirent Orphée, joueur de lyre, et son Eurydice, ce surplus d’âme et d’inconscient savant qui en firent un libertaire pur et dur, un anar au grand cœur mais aux idées rebelles ? Arrivé à Paris en 1924, il côtoya et fréquenta la jeune avant­garde, mais jamais ne se soumit aux ukases de quelque groupe artistique. Et surtout pas aux préceptes des surréalistes, auprès desquels, par facilité, on le rangea. L’Univers fut son domaine, son monde d’élection, sa magie routinière. Œuvrant, solitaire, entre Futurisme, Cubisme et Surréalisme, adepte d’un automatisme poétique, il s’immergea dans un monde de formes géométriques et planétaires qui l’habitaient et qu’il transformait, au gré de ses aspirations. Son extase et son destin, disait­il. Ami de Desnos, Tzara, Eluard et, plus tard, Derain et Vlaminck, Papazoff fut une sorte d’éclaireur. Un antécédent pour Miro ou Ernst. Dans cette exposition qui, fort heureusement, le ressuscite après un trop long oubli, la parenté est réelle, même si c’est du Papazoff. “Cyclope” (illu) ou “Oiseaux en cage”, formes hybrides ou végétales, oniriques ou organiques, qui vous emmènent en voyage dans un imaginaire corsé de couleurs et d’étrangetés. Une vingtaine de toiles témoignent d’un art unique et providentiel, surtout en ses meilleures années. Des tableaux de 1924 à 1928 sont éloquents, qui emportent l’adhésion par l’éclatement des formes et des couleurs dans une sorte de jubilation maîtrisée. Parmi eux, un “Autoportrait” intrigant de 1928, sous l’aspect d’un hibou fantaisiste. Couleurs franches, des bleus, des blancs, des rouges et même de l’orange, matières parfois gorgées d’épaisseurs, plus bucolique ou plus énigmatique, Papazoff réapparaît et c’est justice. (R.P.T.)

rdv.

URue E. Van Driessche 53 - 1050 Bruxelles 02 215 82 05 - www.galeriedidierdevillez.be

Fred Lanzenberg Malgorzata Paszko. Peintures. ‣ Jusqu'au 27·10. Du Ma. au V. de 14 à 19h, le S. de 10 à 19h. UAvenue des Klauwaerts 9 - 1050 Bruxelles - 02 647 30 15 ou 0475 73 40 15 www.galeriefredlanzenberg.com

Jozsa Gallery Boîte de Vices. Oeuvres d'Olga Kisseleva. ‣ Jusqu'au 27·10. Du J. au S. de 12 à 18h ou sur rdv. URue Saint-Georges 24 - 1050 Bruxelles 0478 48 77 09 - www.jozsagallery.com

Libre Cours Red Land - Yellow Stars. Oeuvres de Gao Brothers, Dai Guangyu, Fan Jiupeng, Zane Mellupe, Li Rui, Mao Tongyan et Yang Xun. ‣ Jusqu'au 20·10. Du J. au S. de 14h30 à 18h30. URue de Stassart 100 - 1050 Bruxelles 0473 59 02 85 - www.galerielibrecours.eu

Nathalie Obadia Creationism's Kiss. Oeuvres de Rina Banerjee. ‣ Jusqu'au 03·11. Du Ma. au V. de 10 à 18h, le S. de 14 à 18h ou sur rdv. URue Charles Decoster 8 - 1050 Bruxelles 02 648 14 05 - www.galerie-obadia.com

Rodolphe Janssen Jürgen Drescher. Installations. ‣ Jusqu'au 27·10. Du Ma. au V. de 10 à 18h, le S. de 14 à 18h. URue de Livourne 35 - 1050 Bruxelles 02 538 08 18 www.galerierodolphejanssen.com

Twig Gallery Beyond Beauty. Oeuvres de Rashid Johnson, Theaster Gates, Hank Willis Thomas et Robin Rhode. ‣ Jusqu'au 20·10. Du Ma. au V. de 11 à 18h30, le S. de 12 à 18h. URue Tenbosch 74 - 1050 Bruxelles 02 344 23 68 - www.twiggallery.com

U Galerie Antoine Laurentin, 23 quai Voltaire, 75007 Paris. Jusqu’au 20 octobre. Infos : 01.42.97.43.42 et www.galerie­laurentin.com

U Bruxelles­Paris en 1h22 avec Thalys : www.thalys.com

URue de l'Abbaye 20 - 1050 Bruxelles www.alminerech.com

Artiscope Women’s Roundabout. Oeuvres de Renata Boero, Patricia Kinard, Noëlle Koning, Karen Shaw, Tapta, Sylvie Ronflette, Donna Moylan, Angelika Platen... ‣ Jusqu'au 14·12. Du Ma. au V. de 14 à 18h ou sur rdv.

Box Galerie Ode à la peau. Photos de Carla van de Puttelaar. ‣ Jusqu'au 10·11. Du Me. au S. de 14 à 18h.

UBoulevard Saint-Michel 35 - 1040 Bruxelles - 02 735 52 12 - www.artiscope.be

URue du Mail 88 - 1050 Bruxelles 02 537 95 55 - www.boxgalerie.be

Almine Rech Jeff Koons. ‣ Du 06·10 au 17·11. Du Ma. au S. de 11 à 19h.

Didier Devillez Berthe Dubail. Gouaches. ‣ Jusqu'au 20·10. Du J. au S. de 14 à 18h30 ou sur

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Les galeries

Un silence assourdissant

SEMAINE DU 5 AU 11 OCTOBRE 2012 ARTS LIBRE

“Noise” de Kumi Oguro est chez Stieglitz 19

KUMI OGURO

La photographe japonaise Kumi Oguro vit et travaille à Anvers. Après des études au City of Westminster College (Londres) et à Saint Luc (Bruxelles), elle a repris un cycle universitaire et termine un travail sur le rapport entre son œuvre et le cinéma. Elle expose en ce moment, et pour une semaine encore, chez Stieglitz 19, “Noise”, un ensemble qu’elle a publié aux éditions du Caillou Bleu en 2008 et qu’on avait pu voir chez Contretype l’année d’après. Une série qui balance, certes, du côté du 7e art, par ses mises en scène suggérant des scénarios très construits, mais tout autant – si ce n’est plus ­, du côté d’une chorégraphie qui n’est pas sans rappeler l’univers de Francesca Woodman. Pas seulement par l’inscription de la scénographie dans des lieux en déshérences, mais aussi par une tendance au symbolisme, et souvent même au tragique. Par la sobriété des moyens également : une ou deux actrices, quelques accessoires et le tour est joué. Kumi Oguro se démarque cependant de l’onirisme de sa consœur américaine par l’insistance sur l’aspect plastique de ses créations. Avec la vidéo, par un recours à des images décalées – notamment de lèvres muettes, dont on attend du son qui ne viendra jamais. Également avec la couleur, et avec ces agrandissements qui tirent son œuvre vers le spectaculaire plutôt que vers l’introspection. (J.­M. Bo.)

U Noise : photographies de Kumi Oguro. Anvers, Galerie Stieglitz 19, Klapdorp, 2. Jusqu’au 14 octobre 2012, vendredi de 16 à 18h, samedi et dimanche de 14 à 18h. Rens. : www.stieglitz19.be

LIÈGE LIÈGE Monos Gallery Jacques Clauzel - Jean Degottex. Peintures. ‣ Jusqu'au 21·10. Du Me. au D. (fermé le J.) de 14h30 à 18h30. URue Henri Blès 39 - 4000 Liège 04 224 16 00 ou 0485 91 16 02 www.monosgallery.com

SPA Galerie Azur Monica Cantillana. Sculptures en céramique. ‣ Jusqu'au 21·10. Du Me. au S. de 11 à 18h, le D. de 11 à 13h et de 15 à 18h. UAvenue Reine Astrid 48 - 4900 Spa 087 77 11 88 - www.galerieazur.be

LUXEMBOURG BASTOGNE

XXL ART on Waterloo 503 Prelude. Dessins, lithographies, sérigraphies et gravures de Kuutti Lavonen. ‣ Du 06·10 au 27·10. Du J. au S. de 14 à 18h ou sur rdv. UChaussée de Waterloo 503 - 1050 Bruxelles - 0472 45 81 49

Zedes Art Gallery Sweat Home. Forte de son expérience sur la perception de la couleur et de ses mulptiples recherches sur le volume dans l'espace, Delphine Deguislage développe un intérêt grandissant pour le monde physique des objets. ‣ Jusqu'au 20·10. Du Me. au S. de 12 à 18h. URue Paul Lauters 36 - 1050 Bruxelles 02 646 00 04 ou 0475 52 62 58 www.zedes-art-gallery.be

Aeroplastics Contemporary Tiré d'une histoire vraie - Based on a true story. Oeuvres de Léopold Rabus & Guests. ‣ Jusqu'au 27·10. Du Ma. au V. de 11 à 18h, le S. de 14 à 18h, les 08

et 09-09 de 12 à 19h. URue Blanche 32 - 1060 Bruxelles 02 537 22 02 - www.aeroplastics.net

D+T Project Close to me. Oeuvres d'Ivan Argote. ‣ Jusqu'au 27·10. Les J. et V. de 12 à 18h30. URue Bosquet 4 - 1060 Bruxelles 02 537 76 30 - www.dt-project.com

Faider Jeff Kowatch. ‣ Jusqu'au 20·10. Du Me. au V. de 14 à 19h, le S. de 14 à 18h ou sur rdv. URue Faider 12 - 1060 Bruxelles 02 538 71 18 - www.galeriefaider.be

Le Salon d'Art Buenos días. Photographies d'Ivan Alechine. ‣ Jusqu'au 20·10. Du Ma. au V. de 14 à 18h30, le S. de 9h30 à 12h et de 14 à 18h. URue de l'Hôtel des Monnaies 81 1060 Bruxelles - 02 537 66 40 www.lesalondart.be

Pascal Polar La Peinture n'a pas d'excuse. Peintures de Bernadette Prédair. ‣ Jusqu'au 27·10. Du Ma. au S. de 14 à 19h ou sur rdv. Vision. Oeuvres de Miroslav Tichý, Maïmouna Guerresi, Max Neumann, Norbert Schwontkovski, Miguel Sancho, Chéri Samba... ‣ Jusqu'au 27·10. Du Ma. au S. de 14 à 19h ou sur rdv. UChaussée de Charleroi 108 - 1060 Bruxelles - 02 537 81 360 ou 0477 25 26 92 www.pascalpolar.be

Valérie Bach Wonderful World. Photos de Gérard Rancinan. ‣ Jusqu'au 10·11. Le Me. de 14 à 18h, du J. au S. de 11 à 13h et de 14 à 19h ou sur rdv. URue Faider 6 - 1060 Bruxelles 02 502 78 24 - www.galerievaleriebach.com

Waldburger Don't call it future, m'am. Oeuvres d'Eli Cortiñas. ‣ Jusqu'au 03·11. Les J. et V. de 14 à 19h, le S. de 12 à 17h ou sur rdv. UChaussée de Waterloo 4 - 1060 Bruxelles 0494 76 39 47 ou 02 614 69 91 www.galeriewaldburger.com

LaGalerie.be Trajectoires contemporaines. Oeuvres de Florence Libotte, Filip Vandeputte et Jeroen Hollander. ‣ Jusqu'au 14·10. Du Me. au V. de 16 à 19h ou sur rdv. URue Vanderlinden 65 - 1030 Bruxelles 0485 79 95 01 - www.lagalerie.be

Rossicontemporary En Voiture Simone. Oeuvres de Thomas Mazarella. ‣ Jusqu'au 20·10. Les J. et V. de 13 à 17h, le S. de 14 à 18h ou sur rdv. Julien Meert. Peintures. ‣ Jusqu'au 20·10. Les J. et V. de 13 à 17h, le S. de 14 à 18h ou sur rdv. Le Somnambule. Oeuvres d'Emmanuel Tête. ‣ Jusqu'au 20·10. Les J. et V. de 13 à 17h, le S. de 14 à 18h ou sur rdv. URivoli Building - Chaussée de Waterloo 690 - 1180 Bruxelles - 0486 31 00 92 www.rossicontemporary.be

DS Galerie Vero Vandegh - Catherine Raynal. Gravures - Installations, encres, tissus, sculptures et boîtes-mémoire. ‣ Jusqu'au 14·10. Du V. au D. de 11 à 19h.

URue de l'Hospice communal 67 1170 Bruxelles - 02 675 83 80 www.louisedsgalerie.com

Galerie Verhaeren Anak: être né quelque part. Céline Duvivier a travaillé à Singapour pour Médecins sans Frontières. Ses portraits d'enfants (“anak”), durement contrastés en noir et blanc, reflètent la violence de leur situation: mendicité, vol, prostitution, drogue... sont les éléments quotidiens de leur survie. ‣ Jusqu'au 04·11. Du Me. au S. de 14 à 18h, le D. de 10 à 13h. Le village et l'océan. La photographe Alice Jones a vécu au sénégal, où elle a capté divers aspects de la vie urbaine et rurale. ‣ Jusqu'au 04·11. Du Me. au S. de 14 à 18h, le D. de 10 à 13h. URue Gratès 7 - 1170 Bruxelles 02 662 16 99 - www.lavenerie.be

BRABANT WALLON GLABAIS Espace B Terres et dessins. Oeuvres de Philippe Desomberg. ‣ Jusqu'au 07·10. Les S. et D. de 14 à 18h ou sur rdv. UHaute Rue 33 - 1473 Glabais 067 79 08 11 - www.espaceb.be

HAINAUT COUILLET Jacques Cerami Blurred Vision. Tableaux et dessins inédits de Ronny Delrue. ‣ Jusqu'au 20·10. Du Me. au V. de 14 à 19h, le S. de 11 à 18h. URoute de Philippeville 346 - 6010 Couillet - 071 36 00 65 ou 0477 78 44 34 www.galeriecerami.be

Les 3 Ours Willoos. Peintures. ‣ Jusqu'au 21·10. Le V. de 15 à 19h, le S. de 10 à 18h et le D. de 14 à 18h. URue des Récollets 12A - 6600 Bastogne 0475 46 52 46 - www.3ours.com

NAMUR GRAND-LEEZ Exit11 Contemporary Art It must have been a very windy day, when those apples fell from the tree. Robert Quint invite Sara Bomans, Charley Case, Chloé Coomans, Pascal Courcelles, Michael Dans, Nina Lassila et Jérôme Porsperger. ‣ Jusqu'au 09·12. Les S. et D. de 10 à 18h ou sur rdv. UChâteau de Petit-Leez - Rue de Petit-Leez 129 - 5031 Grand-Leez - 081 64 08 66 www.exit11.be

ANVERS ANTWERPEN Micheline Szwajcer 50 Shades. Peintures récentes de Lucy McKenzie. ‣ Jusqu'au 20·10. Du Ma. au V. de 10 à 18h30, le S. de 12 à 18h30. UVerlatstraat 14 - 2000 Antwerpen 03 237 11 27 - www.gms.be

Office Baroque Gallery The Ventriloquist. Oeuvres récentes de Matthew Brannon. ‣ Jusqu'au 20·10. Du Me. au S. de 14 à 18h ou sur rdv. ULange Kievitstraat 48 - 2018 Antwerpen 0484 59 92 28 - www.officebaroque.com

Tim Van Laere Gallery Dragonbaby “Johnny” (Erzmuttersöhnchen on the Rocks). Oeuvres de Jonathan Meese. ‣ Jusqu'au 20·10. Du Ma. au S. de 13 à 18h. UVerlatstraat 23-25 - 2000 Antwerpen 03 257 14 17 - www.timvanlaeregallery.com

Arts Libre. Supplément hebdomadaire à La Libre Belgique. Coordination rédactionnelle : Gilles Milecan et Frédérique Masquelier. Réalisation : Sodimco. Chef info:Vincent Slits. Chef info adjoint: Pierre-François Lovens. Conception graphique : Jean-Pierre Lambert. Publicité : Martine Levau (0032.2.211.29.12 – martine.levau@saipm.com).

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Les galeries

SEMAINE DU 5 AU 11 OCTOBRE 2012 ARTS LIBRE

À l’étranger

Le livre de la semaine

U Dits. N° 17. Été 2012. Publication semestrielle. 124 p., repros couleur, éd. MAC’s Grand Hornu.

Zeno X Gallery Vi Finns Inte. Oeuvres de Jockum Nordström. ‣ Jusqu'au 06·10. Du Me. au S. de 14 à 18h. ULeopold De Waelplaats 16 - 2000 Antwerpen - 03 216 38 88 - www.zeno-x.com

FLANDRE OCCIDENTALE KNOKKE Stephane Simoens Contemporary Fine Art Against Nature. Peintures de Johan Nobell. ‣ Jusqu'au 30·10. UGolvenstraat 7 - 8300 Knokke 050 67 75 90 - www.stephanesimoens.com

OTEGEM Deweer Gallery Re-Opening. Exposition collective. Oeuvres de Melissa Gordon, Michaël

COURTESY GAL. B. LEBON COURTESY GAL. AIR DE PARIS

UTiegemstraat 6a - 8553 Otegem 056 64 48 93 - www.deweergallery.com

La galerie présente la sculpture “Shade Between Rings of Air”, qu’il avait réalisée pour la Biennale de Venise en 2003. Réplique de l’architecture du jardin du pavillon italien, con­ çue par Carlo Scarpa en 1952, et une vidéo inédite de l’artiste dans lequel il joue avec un boomerang face au Golfe du Mexi­ que. U Jusqu’au 20 octobre. Galerie Marian Goodman, 79, rue du temple, 75003 Paris. www.mariangoodman.com

Piotr Klemensiewicz – Peinture Paris – Galerie Baudoin Lebon Un tournant s’opère dans l’œuvre de l’artiste français (1956) : les grandes peintures sur toile s’éloignent de plus en plus du motif figuratif de la photo de paysage sous­jacente. Les échelles restent présentes, mais sont clairement investies par une volonté d’effacement et de déconstruction. U Jusqu’au 20 octobre. Galerie Baudoin Lebon, 8, rue Charles­François Dupuis, 75003 Paris. www.baudoin­lebon.com

Les séries de photos ont trait au Sud­Soudan, en 2011 (sur les cérémonies officielles organisées à l’occasion de la déclara­ tion d’indépendance du pays); au Kosovo, en 2009 – en cours – (sur la construction d’un nouveau pays en Europe); et à Flo­ range 2012, (sur le conflit social opposant les salariés à la di­ rection du groupe Arcelor Mittal). U Jusqu’au 21 octobre. Galerie Air de Paris, 32, rue Louise Weis, 75013 Paris. www.airdeparis.com

Laurent Pernot- Multidisciplinaire Paris – Galerie Odile Ouizeman L’artiste français (1980) présente un ensemble d’œuvres iné­ dites mêlant objets, vidéos, photographies, installations et néons, pour traiter d’un fait historique. Un procès sur l’ori­ gine de l’homme, en entremêlant vérités empiriques, vérités spéculatives et vérités déterministes pour alimenter des questionnements. U Jusqu’au 27 octobre. Galerie Odile Ouizeman, 10­12 rue des Coutures Saint Gervais, 75003 Paris. www.galerieouizeman.com

FLANDRE ORIENTALE

Angleterre

GENT Fortlaan 17 # garden#cold drinks#finger food. Oeuvres de Lawrence Malstaf, Christoph De Boeck et Aernoudt Jacobs. ‣ Jusqu'au 31·10. Du Me. au V. de 14 à 18h, le S. de 12 à 18h ou sur rdv. UFortlaan 17 - 9000 Gent - 09 222 00 33 www.fortlaan17.com

Contact Agenda culturel :

Rita Ackermann – Peinture Londres – Hauser&Wirth COURTESY GAL. HAUSER&WIRTH

UPourbusstraat 15 - 2000 Antwerpen 03 231 77 42 - www.vandermieden.com

Aerts, Jan Fabre, Panamarenko, Benjamin Moravec, Günther Förg, Tatjana Gerhard... ‣ Jusqu'au 09·12. Du Me. au D. (fermé le S.) de 14 à 18h ou sur rdv.

Gabriel Orozco – Sculpture et vidéo Paris – Marian Goodman

Bruno Serralongue – Photographie Paris – Air de Paris

COURTESY GAL. O. OUIZEMAN

D.R.

Après dix ans d’existence et seize numéros thématiques, la revue du MAC’s, DITS, change de formule et de présentation, tout en conservant le même format. Moins touffue, faisant la part belle aux illustrations commentées, la revue – qui comprend aussi moins de contributions, cinq pour le présent numéro – prendra chaque fois appui sur une citation (commentaire, poème, chanson, slogan…) d’un auteur. “Une manière, nous précise Denis Gielen, le rédacteur en chef, de revenir à la définition du ‘dit’.” Ce qui laissera aussi le champ libre aux interprétations des intervenants. Pour ce premier numéro de la nouvelle série, c’est Laurent Busine qui a épinglé “cette réflexion curieuse de l’écrivain Samuel Beckett à propos de la peinture de Bram Van Velde : “Qu’est­ce en effet que cette surface colorée qui n’était pas là avant ? Je ne sais pas, n’ayant jamais rien vu de pareil.”” Pour Laurent Busine cette phrase de l’écrivain irlandais “d’une incomparable justesse” nous conduit à “mesurer le désarroi devant la nouveauté”. Il est vrai que le rejet d’une part de l’art contemporain par d’aucuns provient souvent du refus de la nouveauté, car elle met en péril nos certitudes. Et l’auteur d’évoquer des météorites aussi bien que le Guernica de Picasso pour étayer ses propos. Les autres contributions portent sur Blue de Derek Jarman par Julien Foucart, sur La couleur tombée du ciel (H.P. Lovecraft) par Denis Gielen, sur Miroslaw Balka par Yoann Van Parijs et sur Edward Munch par Anne Delvingt. (C.L.)

COURTESY GAL. M. GOODMAN

France DITS

van der Mieden Flatland Camp Project. Oeuvres d'Adam Jeppesen. ‣ Jusqu'au 20·10. Du Me. au S. de 14 à 18h.

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“Ces peintures, explique l’artiste hongroise (1968, vit à NY) sont venues à moi naturellement. Ou plutôt, comme un accident. Tout à coup, les formes sont apparues comme dans une hâte voire un certain gâchis et, sur la surface quelque chose de suggestif était là. Ce n’était ni une figure ni un visage, mais plutôt les deux ou une abstraction.” U Jusqu’au 3 novembre. Hauser&Wirth, 196a Piccadilly, w1j 9dy, Londres. www.hauserwirth.com

Tél. : 02.211.27.23 Email : agenda@lalibre.be

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Le marché

SEMAINE DU 5 AU 11 OCTOBRE 2012 ARTS LIBRE

l Vente publique

h La vente de la collection d’art français de Marcel Brient a vu certaines œuvres partir à des prix largement supérieurs aux estimations. MARCEL BRIENT, COLLECTIONNEUR FRANÇAIS, dispersait une partie de sa collection d’art français des quarante dernières années, avec, conjuguant réputa­ tion de la collection et qualité des œuvres, le souci de donner une impulsion au marché. La vente s’est dé­ roulée le 24 septembre dernier et 78 lots y furent dis­ persés en deux heures. Un résultat qui, s’il reste infé­ rieur à ce qui se passe à New York, peut, avec son total de 5,1 millions d’euros (frais compris) s’apparenter à un succès. “Pari gagné ! Le combat continue”, s’est d’ailleurs écrié un Marcel Brient ravi, tandis que Ste­ fano Moreni, directeur du département d’art contem­ porain chez Sotheby’s Paris, évoquant ce résultat qui doublait l’estimation basse, notait : “Nous avons gagné une petite bataille, pas encore la guerre. Mais c’est un bon signal pour un marché français qui reste solide.”

Plusieurs enchères ont signé des records mondiaux. Ainsi, phare de la vente, “Étude”, une huile sur toile de Simon Hantaï (qui exposera au Centre Pompidou en 2013), datant de 1969, aura coûté 720 750 euros à son acquéreur, sur une estimation de 250 000 à 350 000 euros. C’est un record mondial pour Hantaï. Autres records mondiaux : pour Bernard Frize et “Thouan”, acrylique, nacre, encre et résine, qui a triplé son estimation haute : 126 750 euros; et pour Ber­ trand Lavier (au Centre Pompidou actuellement), dont la “Peinture blanche et dorée N° 3”, acrylique et bois, de 1989, est partie pour 132 750 euros. Autres enchères appréciables : 432 750 euros et se­ conde plus haute enchère pour une pièce de 1987 de Joan Mitchell; 96 750 euros pour “Peinture N° 10”, de 1965, de Michel Parmentier; 216 750 euros pour “Ar­ bre”, un assemblage de bouteilles en plastique, de Martial Raysse, de 1959; 144 750 euros pour “Pous­ sette empaquetée”, 1962, de Christo; Gilles Aillaud et “Otaries dans l’eau”, 1976, ont obtenu 90 750 euros; Raymond Hains et une “Composition” d’affiches lacé­ rées sur tôle, de 1962, 180 750 euros, quand son com­ père Jacques Villeglé récoltait 162 750 euros pour “Quai des Célestins”, 1965, des affiches lacérées ma­

SOTHEBY’S

Beau succès chez Sotheby’s Simon Hantaï, “Étude”, huile sur toile, 275 x 238 cm, 1969. L’œuvre a été estimée entre 250 000 et 350 000 € et adjugée à 720 750 €. Un record mondial pour l’artiste. rouflées sur toile; Paul Rebeyrolle, qui a connu une belle expo cet été au Château de Chambord, a pu voir, de là­haut, “Fumée (On dit qu’ils ont la rage)”, une huile sur toile de 1985, s’envoler à 102 750 euros; ci­ tons enfin le triptyque “L’homme invisible, retour sur le lieu du crime”, huile sur toile de 1999, du Chinois d’Ivry, Yan Pei­Ming, 192 750 euros. Constat obli­ geant : 74 % des lots ont, in fine, dépassé leur estima­ tion haute. Roger Pierre Turine

l Vente publique

Quelques bons moments chez VDK h En septembre, les objets traditionnels,

CHEZ VANDERKINDERE, STÉPHANE NICAISE ET son talentueux commissaire­priseur, Serge Hutry, ont entamé la dernière ligne droite de l’année 2012 d’une assez jolie manière. La salle, nous a­t­on dit, était presque pleine les deux soirs de la mi­sep­ tembre, quand les feux des enchères s’allumèrent juste après ceux des puissants projecteurs. Il y eut quelques enchères intéressantes et des scores sta­ bles pour certains artistes belges. La vacation du premier soir commença sur les 1 200 €, frais compris, donnés pour quatre aqua­ relles de 22 x 30 cm, d’Henri Cassiers (1848­ 1944), qui aura connu tous nos rois vivants. Il s’agissait de vues de Bruges. Une belle toile figu­ rant une vue d’un fleuve au Congo, de 65 x 100 cm, signée et datée par Léon Dardenne (1865­ 1912) en 1900, a été disputée jusqu’à 3 000 €. Pour un petit carton du peintre suisse Alexandre Ca­ lame, connu pour ses paysages néoclassiques et ro­ mantiques, on donna 850 €. Il s’agissait, en l’occur­ rence, d’un paysage animé de ruines. Le lot suivant fut le plus chèrement payé de la se­ maine. Il s’agissait d’une suite de quatre compositions de James Ensor, non peintes, ni dessinées, mais bien gra­ vées. Et c’est là que réside la grande cote obtenue ce soir­là. Car peu de personnes s’attendaient à voir le mar­ teau tomber à 19 500 € pour des gravures, fussent­elles du grand maître d’Ostende. Les feuilles représentaient

VDK

comme les tableaux, ne se déparent pas d’un certain succès en nombre de lots vendus.

Cette tête de dignitaire égyptien de la XIXe dynastie a été vendue chez VDK pour 12 000 € plus les frais.

“La Paresse”, “L’Envie”, “L’Orgueil” et “La Colère”. Les eaux­fortes mesuraient 96 x 149 mm. Elles dataient de 1902 et 1904. On notera juste après le passage à 5 200 € d’un “Départ pour la Fête”, peint par un anonyme italien – sans doute napolitain – du milieu du XIXe siècle. Le panneau était très petit et n’affichait que 27 x 33 cm. Roger Somville s’est vendu, mais avec difficulté (entre 400 et 700 €), et ce fut pire encore pour un Wyckaert de 1987, qui était estimé entre 7 000 et 10 000 €. Il est resté en rade, tout comme l’huile sur carton de Bengt Lindstrom, datant de 1986 et évaluée pareillement. Un sort identique et peu drôle s’est abattu sur une grande et belle toile de Serge Vandercam (1924­2005), datant de 1957. Elle était an­ noncée entre 6 500 et 8 500 €. Par contre on enregistra un joli montant de 7 000 € pour une paire d’huiles sur toiles de 24 x 32 cm, figu­ rant des scènes de batailles. L’une d’elles était signée de Michel­Hamon Duplessis, artiste français de la fin du XVIIIe siècle, né à Versailles. Présent dans quelques musées hexagonaux, il avait exposé aux Salons de 1791 à 1799, comme l’indiquent Jean­François et Phi­ lippe Heim dans leur livre consacré aux “Salons de Peinture de la Révolution française” (CAC éditions, 1989). C’était sans doute la bonne affaire de la soirée. Pour revenir au contemporain – qui peut parfois se vendre bien par ici, même si ce n’est pas une marque de fabrique de la salle uccloise – il faut noter les 4 000 € ob­ tenus pour une composition, “Nu assis”, de Luciano Cas­ telli, peintre suisse né en 1951 et dont l’œuvre de 119 x 119 cm datait de 1992. On donna bien après 2 600 € pour une aquarelle d’Henri Lebasque (1865­1937), un de ces bons artistes français de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. La feuille figurait une jeune fille as­ sise sur une balustrade. Ph. Fy.

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Adjugé!

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Bibliothèques Louis XV SOTHEBY’S

Il y avait une vente de mobilier classique français, ita­ lien et an­ glais chez Sotheby’s à Londres ce 27 septem­ bre. Et cette paire de bel­ les biblio­ thèques en placage de bois de rose et autre amarante était attendue entre 10 000 et 15 000 livres sterling. Au bout d’une belle ba­ taille d’enchères, la paire a été cédée avec les frais à 75 650 livres sterling.

75 650 GBP

PHILLIPS DE PURY & COMPANY

Karamuta

Chez Phillips de Pury & Company ce 27 sep­ tembre à Londres, on a très bien vendu des ob­ jets et créations contemporaines inclus dans le segment du Design. Nous sommes à peine sor­ tis, à Bruxelles, du mois du Design, et l’am­ biance est encore très marquée dans le monde de l’art et de son marché chez nous. Chez les Anglais, on a vendu plus de 50 % des lots pré­ sentés, et parfois avec des cotes très fortes. À l’instar de ce fauteuil “Miss Blanche Chair”, de Shiro Karamuta, créé en 1988 mais réalisé en 1991. C’était le n°21 sur une édition de 56 lots. La pièce était annoncée entre 150 000 et 200 000 livres sterling. Elle a été vendue à 241 250 livres sterling, frais compris. Le total de la vacation est monté à 2 821 200 livres sterling.

241 250 GBP

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Le marché

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l Vente publique

e

La Chine du XIX se défend bien h On aime ou on n’aime pas cette production chinoise en ivoire, mais il se fait qu’elle se vend sans peine. Il en faut pour tous les goûts et les Chinois en raffolent. LES 19 ET 20 SEPTEMBRE, ON propo­ sait chez Athena pas mal de choses sans grande valeur, mais qui avaient un cer­ tain charme. L’époque est aux bonnes affaires quand on achète ce que plus personne n’aime, à commencer par les objets traditionnels de nos grands­pa­ rents. Genre petite argenterie, bronze du XIXe siècle répliqué et coulé cent fois, petits objets en porcelaine ou en faïence, entre Delft et la Chine. Évidemment, si on commence à regarder ce qui est dans l’air du temps on va le payer cher. Mais il ne faut jamais acheter ce qui est à la mode. La salle bruxelloise, postée à cent mè­ tres du musée de la Franc­Maçonnerie, vaut parfois le détour. Cette fois, ce sont les amateurs de la Chine du XIXe siècle qui étaient aux manettes. En effet, une collection d’objets chinois achetés par un ingénieur belge en Chine dans les an­ nées 1920 – dont nous avions parlé le 14 septembre dernier – passait sous les fourches caudines des amateurs d’art. “De tels ensembles, nous disait Jo Vander­ Cappelen, ne sont pas proposés dans une vente belge tous les jours. Des collection­ neurs – chinois principalement – se sont précipités pour les avoir. La plupart des

pièces ont été achetées par des Chinois et sont déjà parties à Pékin ou ailleurs.” La surprise de la collection fut un sceau en ivoire sculpté à décor de lion de Fô couché de la dynastie Qing, qui a quadruplé son estimation basse. On l’at­ tendait entre 1 000 et 1 500 € et il fut adjugé à 4 000 €. Ensuite, un vase en ivoire sculpté à décor de volatiles a trouvé amateur à 3 600 €. Soit plus du double de l’estimation basse. Un porte­ poignée a été adjugé à 2 000 €, soit le double de son estimation basse (1 000 à 1 500 €). Le grand vase couvert en ivoire sculpté a, quant à lui, trouvé amateur à 6 000 €, soit son estimation basse, de même que le pot à pinceau fut adjugé à 4 000 €. Les vases en laque rouge sculptée sont plutôt rares sur le marché belge. Un bel exemplaire de la dynastie Qing a suscité de vives enchères, et a trouvé amateur à 1 500 € sur des estimations de 450 à 600 €. Dans le domaine de l’argenterie, un grand vase couvert fut vendu 1 200 €, sur une base d’estimation de 500 €. Plus loin, un lot de trois vases du XIXe siècle a été emporté à 1 400 €, tandis qu’un vase en argent émaillé s’est vu disputé, si on peut dire, jusqu’à 700 €. Les esti­ mations variaient de 250 à 350 €. Pour ce qui concerne d’autres pièces d’origine belge, notons une intéressante horloge à gaine liégeoise en chêne sculpté d’époque Régence, qui fut ven­ due à 2 700 € sur une fourchette d’éva­ luation de 300 à 500 €. On va finir par trouver que 2 700 €, c’est bien vendu ! Ce qui est un comble. Et le malheur, pour ce genre de meuble régional, c’est

ATHENA

Ce sceau chinois au lion de Fô couché, en ivoire, a été disputé jusqu’à 4 000 €.

que les estimations présentées ici sont généralement en concordance avec la valeur réelle des gaines d’horloge. Évi­ demment, comme c’est du liégeois cela vaut un peu plus qu’une gaine prove­ nant d’une province française. Notons encore “Vue de ville arabe” par le peintre Gustave Walckiers, adjugée à 1 500 €. Soit à l’estimation basse. En­ suite, pour changer complètement d’époque et encore de goûts, on propo­

sait une paire de lampes “Escargot” en bronze, datant des années 1970. Elle a été adjugée à 750 €, ce qui est intéres­ sant car le vendeur se contentait mani­ festement des estimations qui lui oc­ troyaient entre 40 et 60 €. On terminera par une paire d’appliques d’après un de­ sign de Jules Wabbes, négociée avec un peu de peine à 700 €, soit l’estimation basse. Et les frais sont compris. Ph. Fy.

l Vente publique

Sadeler en vedette chez h Les livres illustrés et les atlas

GODTS

Ce dessin de Gilles de Sadeler, exécuté avant qu’il ne parte à Prague à la cour de Rodolphe II, est une petite merveille. Henri Godts le vend à 1 500 € déjà, mais sans doute fera-t-il plus ce 16 octobre.

continuent à plaire à une clientèle passionnée. La vente du 16 octobre chez Godts (vente chez Horta) n’échappera pas à la règle. HENRI GODTS EST TRÈS CONFIANT POUR son avenir proche. Et il est convaincu que les quelques lots réunis pour constituer sa pro­ chaine vacation vont déclencher de fort belles enchères. Tant mieux si c’est le cas bien sûr. Et il est vrai qu’à regarder son catalogue – sur pa­ pier ou sur son site internet – il y aura de quoi se réjouir. On commencera par ce lot de trois dessins et/

ou gravures, assemblés en trompe­l’œil de la fin du XVIIIe siècle, que la salle annonce entre 300 et 400 €. C’est très décoratif quand c’est encadré, ce qui n’est pas le cas ici. Le lot 58 est occupé par un dessin très rare de l’Anversois Gilles de Sadeler (1570­1629). Pour reprendre le catalogue en partie on y lit ceci : “Les armoiries, inversées, sont celles de Charles III, duc de Lorraine et de Bar (Nancy 1543­1608), fils de François Ier, filleul du roi de France homonyme, et de Christine de Danemark, nièce de Charles Quint. Il épousera en 1559 Claude de France, fille de Henri II et de Catherine de Médicis. Claude de France est la sœur d’Élisa­ beth de France que Philippe II d’Espagne épousa en secondes noces et dont il eut Isabelle, future gouvernante des Pays­Bas. Elle fêtera ses “Joyeu­ ses Entrées” dans nos régions en 1599 et 1600. Charles III de Lorraine est donc l’oncle par al­

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ATHENA

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Toujours en faveur de la Chine, ce vase couvert en ivoire sculpté a été adjugé à 6 000 €.

Godts liance de la gouvernante des Pays­Bas. Peut­être, en tant que membre de la famille, avait­il été in­ vité aux Joyeuses entrées des gouverneurs à Bruxelles en septembre 1599 (celles de Gand, Courtrai, Tournai ou Mons auront lieu en janvier et février 1600)”. Rien que sur le plan historique cette feuille est donc passionnante. Sa calligraphie ne l’est pas moins. On en escompte entre 1 500 et 2 000 €, ce qui est, de toute manière, un ca­ deau. La feuille mesure 390 x 300 mm. La no­ tice du catalogue pose des questions sur les textes écrits sur la feuille et sur les implications politiques des années 1580 à 1600, quand la France et l’Espagne se battaient sans cesse, sur les terres de l’actuelle Belgique. Ce dessin a, de toutes évidences, sa place dans nos musées. Comme nous sommes dans la période du pe­ tit festival “Art On Paper”, il est bon de men­

tionner le lot qui suivra. Il s’agit à nouveau de deux dessins, datés de 1690 et situés à Ver­ sailles. L’un d’eux est signé “Van Den Bogaert”, mais Henri Godts n’est pas sûr de leur authen­ ticité. Donc, prudent, il indique que les dessins sont attribués à cet artiste de Bréda qui fit sa carrière à la cour de Versailles et prit le nom de Martin Dujardin (1637­1694). Il s’agit de deux petites feuilles bien encadrées, figurant des scènes de jeux d’enfants, des bacchanales, comme il était à la mode d’en peindre depuis les Carrache à Bologne à la fin du XVIe siècle. On en espère entre 800 et 1 000 €. La Belgique, par moments, est un délicieux grenier où sommeillent des œuvres passion­ nantes. Ph. Fy.

U www.godts.com

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l Brussels Art Square

h Le Sablon à Bruxelles va vivre le week­end prochain au rythme du marché de l’art. L’air de rien, c’est presque surprenant, tant on n’y parle que chocolats. Cette fois il est question du BAS, pour “Brussels Art Square”. LES ANTIQUAIRES DU SABLON SONT UN PEU SUR les nerfs depuis trois, quatre ans. Soit depuis que la tendance à la transformation du quartier s’approfon­ dit. Ce qui devint la zone la plus importante du mar­ ché de l’art en Belgique, dans l’immédiat après­ guerre, est en train de perdre son statut à la faveur des négoces de chocolats. Et, dans une moindre mesure, des faiseurs de modes vestimentaires. N’oublions pas, dans cette mutation, la présence toujours forte des maisons de bouche. C’est pour contrecarrer cette image dégradée – que les antiquaires n’ont évidemment jamais désirée, mais qu’ils subissent car les crises économiques qui se succèdent ne leur sont jamais favorables – qu’un quintet de spécialistes a créé, en 2005, un premier “consortium”. Il se singularisait des autres en étant exclusivement consacré aux choses de l’art – arts an­ ciens, modernes, belges, européens ou non­euro­ péens. Ce ne fut pas facile au début, d’autant que le Sablon jouait bien plus facilement la carte des portes ouvertes de décembre, comme à Anvers et Gand. Il se fait que huit années plus tard, le quintet de base accueille à présent 34 galeries de plus. Ils sont donc 39, représentants de toutes les spécialités, pour autant qu’il s’agisse d’art et de qualité. Christian de Meeùs et Jacques de Caters mènent les troupes vers un trio de journées, qui a débuté sur invitation mer­ credi dernier, mais qui a ouvert hier pour le grand pu­ blic. Le prince Amaury de Merode, qui anime le Sa­ blon en soutenant largement les concerts estivaux des “Midis aux Minimes”, mais qui dirige aussi le

“Centre d’Œuvres de Merode”, actif en fa­ veur des plus démunis de la Marolle, est le président d’honneur de cette fête, où tous les amateurs d’art sont conviés. Les magasins sont donc accessibles à tous de 14h à 20h. Un site internet trilingue, remarquable de con­ cision et de netteté (www.brusselsartsquare.com), permet de garder en mémoire les galeries qui portent les flambeaux de ce que l’on veut absolument être un renouveau. Et les cartons, plus d’autres éléments de communication, ont été dessinés par Jean­Christophe Geluck, frère du Chat. C’est lui qui s’occupe de ces éléments pour Gisèle Croës et pour Jacques Billen (ga­ lerie Harmakhis, au Sablon, participante au BAS). L’union fait la force donc, plus que jamais. C’est ce qu’ont compris les deux salles de ventes du Sablon, à savoir BAA au 7 rue Allard et les Français de chez Millon, qui proposeront des expositions avant leurs prochaines vacations. Chez Million, on verra des bijoux créés pour Denise Poiret et, peut­être, des lots prévus à la vente du château de Voroux, annoncée la semaine prochaine. En cliquant sur certaines images fortes du site, nous avons remarqué un très beau masque Lumbu­Punu du sud du Gabon, collecté en 1927 par un exploitant forestier. L’œuvre de 31 cm de haut, sobre et assez géométrique, est restée depuis cette date dans la des­ cendance. Le masque se trouve chez Philippe Laere­ mans, au 27 rue des Minimes. Au 45 de la rue Allard, juste derrière l’église des Minimes, il ne faut pas hési­ ter à entrer dans la superbe galerie “Duchange et Ri­ ché”. Ils seront les rares représentants des arts chinois anciens. La galerie du “Cherche­Midi”, elle aussi rue Allard, fera partie de la fête avec, en cette caverne d’Ali Baba, des verreries et des cristaux de Vonêche et du Val­Saint­Lambert à foison. Jean Nélis, qui se trouve à deux pas sur la rue Coppens, propose parmi une vingtaine de tableaux du début du siècle passé un très doux portrait de jeune femme par Georges Lem­ men, signé et daté de 1905. Juste en face, chez Jean­ Pierre Alaerts, on pourra peut­être emporter une très belle feuille de Christian Dotremont, parmi d’autres

THEUNISSEN & GHELLINCK

Les antiquaires en tenue d’apparat

Ce buste italien du XVIIIe siècle, se trouvera chez Theunissen et Ghellinck au Sablon.

artistes belges des années 1950 et 1960. Vers le bas du Sablon, il faut aller chez Formanoir. Des objets du “Grand Tour” y sommeillent avec des tableaux an­ ciens décoratifs et des marbres dans un petit désordre très étudié. L’archéologie sera très bien défendue, comme l’art tribal déjà évoqué plus haut. On trouvera les galeries Drees, Harmakhis, D&V et Dominique Thirion. Le mobilier classique sera défendu chez Ré­ gis, Costermans et Theunissen. Le Sablon se veut plus que jamais le quartier phare en Belgique pour les antiquités. Les négociants ont bien compris que donner des rendez­vous aux clients par des événements privilégiés était une manière créative et concrète pour entretenir le fil de la tradi­ tion. “Le Sablon c’était et cela doit rester un quartier de chineurs”, nous disait Christian de Meuùs. On le sou­ haite pour cette corporation. Philippe Farcy

U http://www.brusselsartsquare.com/fr/exhibitors

l Parcours

h Frédéric Chambre avait quitté PBA sur des questions stratégiques. Il arrive chez Piasa avec son réseau. Une sacrée plus­value pour la salle de ventes parisienne. UN COMMUNIQUÉ TOMBÉ EN FIN DE semaine dernière faisait savoir que Fré­ déric Chambre, commissaire­priseur naguère associé à Pierre Bergé et An­ toine Godeaux, avait terminé sa traver­ sée du désert et rejoignait l’équipe de Piasa. C’est l’une des cinq plus grandes études de commissaires­priseurs de

France, non incluses les salles d’origine britanniques mais sous contrôle finan­ cier français. Ce transfert de compétences – car c’est de cela qu’il s’agit – est bien plus inté­ ressant encore pour Piasa que ne le fut celui de François Tajan chez Artcurial. Du fait, notamment, de l’étoffe du per­ sonnage, consécutive à son âge et à son expérience. Le fils Tajan s’est fait un pré­ nom, c’est déjà pas mal. Ce même juge­ ment eut valu pour les fils Cornette, ou d’autres descendants directs de patrons de salles de ventes. Chambre chez Piasa, c’est donc du tout bon. Car Chambre, c’était presque à lui tout seul ce que va­ lait PBA. Une salle qu’il avait littérale­ ment créée de toutes pièces. Et chez PBA on peut revendiquer aussi

un CA de l’ordre de 40 millions d’euros annuels, avec des hauts et des bas, comme partout. Passer chez Piasa, c’est aussi changer d’air. Mais apporter un souffle nouveau à une salle bien instal­ lée, depuis longtemps sur la place, mais qui ne peut refuser un tel apport de connaissances. “Pour moi c’est une nou­ velle aventure qui commence. Je vais être chargé du développement de la maison. Je trouve là un ensemble de compétences, d’individualités fortes, de gens passion­ nants et passionnés. C’est l’idéal. Il en est de même avec les actionnaires, comme Alain Camiou qui est le PDG du groupe, et Jérôme Clément qui est le président du CA. On va renforcer le livre ancien et le XXe siècle tout en tentant une percée dans la joaillerie et les bijoux en général.”

ALEXIS HAULOT

Chambre passe chez Piasa Frédéric Chambre rejoint l’équipe de Piasa. Outre les salles britanniques, qui sont sur une sphère inaccessible, Piasa a deux concurrents directs : Artcurial et Tajan. Bergé est entré dans une zone in­ termédiaire. La salle doit se refaire. Les déménagements et bouleversements des mois passés ont écorné son vol de croisière. Il faudra voir à quelle altitude cette salle va se trouver d’ici un an. Ph. Fy.

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l Foire d’art contemporain

Rendez­vous londoniens h Autour du

COURTESY GAL. ALMINE RECH PARIS-BRUXELLES – D.R.

premier grand rendez­vous de la nouvelle saison, la Frieze Art Fair, des événements satellites attirent aussi galeries et artistes de Belgique.

Gavin Turk, “Port” (Porte), néon, 2012, éd. de 8. Une œuvre exposée par la galerie Almine Rech Paris-Bruxelles, à la Frieze Art Fair. ELLES SONT DEUX INSTALLÉES DANS LE Regent’s Park, la Frieze de l’art contempo­ rain et la Frieze Masters, qui se consacre à l’art ancien et moderne. Certaines galeries – Gagosian, Lisson, Thomas Dane et autres – se partagent entre les deux espaces, car elles couvrent les deux secteurs. L’un, essentiel­ lement marchand, avec des œuvres de se­ conde main et du haut de gamme, l’autre, avec de l’inédit et de l’actuel. Parmi les 175 galeries contemporaines is­ sues de 34 pays, les White Cube, Crousel, Hauser&Wirth, Konrad Fischer, Yvon Lam­ bert et autre Gentil Carioca (Rio) sont de la partie, ainsi que sept galeries de Belgique. La Franco­Belge Almine Rech, Paris/Bruxelles, annonce Matthias Bitzer, Don Brown, Tom Burr, Beatrice Caracciolo, Aaron Curry, Joel Morrison, Peter Peri, Ugo Rondinone, Taryn Simon et Gavin Turk. La seconde Bruxel­ loise, Catherine Bastide, mise sur deux ar­ tistes : Jean­Pascal Flavin, dont le travail porte sur l’habitation (il est en ce moment au parc Saint Léger); et l’Américaine de Chi­ cago, Valérie Snobeck (vit à N.Y.), qui vient d’exposer au Consortium à Dijon. Deux ga­ leries anversoises en sont également, Mi­ cheline Szwacjer et Zeno X. Elles sont trois dans la section Focus : les Bruxelloises Dépendance – avec trois plasti­ ciens, Henrik Olesen, Nora Schultz, Josef Strau – et Mot International – avec un solo d’Élizabeth Price, qui est nominée pour le Turner Prize 2012; et l’Anversoise Office Ba­ roque Gallery – avec trois artistes installés à New York : Michel Auder (1944, France), Aaron Bobrow (1985, USA) et Mathew Cer­ letty (1980, USA). On notera encore la pré­

sence d’œuvres d’Evelyne Axell, dans le stand de l’Américaine Broadway 1602. Dans la section Masters, qui regroupe 90 ga­ leries, on retrouvera le Belge de New York, Van de Weghe, et De Jonckheere, de Paris. À la foire PAD, qui est essentiellement de­ sign et art classique, participent les Bruxel­ loises Caroline Van Hoek – avec des bijoux – et Vedovi – qui annonce notamment un mo­ bile de Calder. Consacrée aux multiples sous toutes leurs formes – livres, éditions, impressions, 3D ­, Multiplied regroupe 42 galeries, et parmi elles, Cynthia Corbett, qui montrera des pièces de Delphine Boël. Enfin la plus petite, Sunday Art Fair – à l’origine de laquelle se trouve, entre autres, une galerie originaire de Lithuanie et instal­ lée en Belgique, Tulips&Roses – est une sé­ lection de 20 jeunes galeries axées sur l’art conceptuel actuel. T&R présente deux artis­ tes, Liudvikas Buklys (1984, Vilnius) et Lucy Skaer (1975, vit à Londres). C. L.

U Frieze Art Fair et Frieze Masters : du 11 au 14 octobre, Regent’s Park, Londres. www.friezelondon.com et www.friezemasters.com U PAD London 2012 : Art et design, du 10 au 14 octobre, Berkeley SQ W1, Londres. www.pad­fairs.com U Multiplied 2012 : du 12 au 15 octobre, Christie’s South Kensington, 85 Old Brompton Road, SW7 3LD Londres. www.multipliedartfair.com U Sunday Art Fair : du 11 au 14 octobre, Ambika P3, Marylebone Road, Londres. www.sunday­fair.com

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L'actu

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l Focus

COURTESY GAL. LIBRE COURS, BRUXELLES – D.R.

L’art chinois contemporain à Bruxelles h Une exposition temporaire chez Libre Cours, deux nouvelles galeries dédiées à l’art chinois actuel… Bruxelles mise sur cet art émergent, déjà très côté. EN UNE TOUTE PETITE DIZAINE D’ANNÉES, L’ART chinois s’est imposé sur toutes les places où le marché de l’art a pris position. Il a littéralement flambé, et quelques­uns, toujours aux aguets de nouveautés, se sont embrasés au point de constituer des collections parfois gigantesques. En Chine même, les Belges Ullens en sont un exemple. Mais des collectionneurs de Belgi­ que n’ont pas davantage résisté à l’assaut. La première vague passée, la courbe de l’intérêt, et donc du marché, s’est quelque peu infléchie. Devant l’afflux pléthorique d’œuvres en tous genres, un écrémage est déjà en train de s’opérer. Et nul doute qu’il ira croissant, la poudre aux yeux d’une technique froidement appliquée n’ayant pas d’effet durable. Il est vrai qu’en moins de temps qu’il ne faut pour tremper son pinceau dans le pot de peinture, la plupart des ar­ tistes chinois ont tout assimilé des techniques occiden­ tales, des modes de production et des ressorts garantis d’une grande part de l’art contemporain. Ils sont très forts et se sont souvent contentés d’adapter les recettes éprouvées, en transposant le tout en couleur locale. Le ton est souvent à l’ironie, à la critique, à la moquerie, à la dénonciation, à l’interrogation sociétale, sociale, hu­ maine. Et les sujets ne manquent ni dans l’actualité, ni dans l’histoire d’un pays en attente de démocratie. Mao, le guide, est une des cibles favorites, comme on peut encore le constater à travers la sculpture des Gao Brothers à la galerie Libre Cours. Ces phénomènes d’emballement bien orchestrés exi­ gent une certaine distance si l’on ne veut pas se laisser

Gao Brothers, Sense of space, photographie, une œuvre exposée en ce moment à la galerie Libre Cours à Bruxelles. happer par un unique effet de soufflé, qui retombera immanquablement. Il est symptomatique de constater, entre autres exemples, l’engouement de certains artis­ tes pour les performances, pour l’art corporel, et autres pratiques très en vogue chez nous dans les années 1970. Comme s’il fallait absolument repasser par­là, s’insérer dans cette histoire. Vu la capacité d’absorp­ tion, il y a gros à parier qu’il ne faudra pas dix ans pour que les meilleurs artistes chinois donnent la mesure de leur talent en se détachant des stéréotypes encore trop souvent en vigueur. Quelques­uns y sont déjà parve­ nus, qu’il s’agisse notamment de Cao Fei, de l’explosif Cai Guo­Qiang, de Huang Yong Ping ou de Cang Xin… Bruxelles, qui a déjà accueilli quelques expositions d’art chinois, s’y éveille encore un peu plus puisque deux galeries se consacreront exclusivement à la dé­ fense de ce créneau. Irène Laub, directrice de la Feizy Gallery, qui a aussi pignon sur rue à Shanghai, n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’elle avait déjà monté une expo de groupe chez Bergé. La voici installée en galerie et présentant, en ce moment, sous forme d’éditions photographiques et d’une vidéo, deux figures recon­ nues : Cang Xin (1967), auteur de très nombreuses ac­ tions dans lesquelles il s’engage personnellement, et He Yunchang, qui pratique l’art corporel en se mettant relativement en danger. Le 13 octobre prochain s’ouvrira, dans un écrin archi­

tectural de Victor Horta, l’Hôtel Winssigner, le double espace de la galerie Paris­Beijing qui, comme son nom l’indique, est installée dans les deux villes et jouit donc déjà d’une solide expérience. L’exposition d’ouverture proposera en quatre sections – de la communauté al­ ternative du Beijing East village (1994­1998) aux artis­ tes émergents en passant par les Chen Jiagang, les Gao Brothers et l’incontournable Ai Weiwei – un parcours en vingt ans de photographie contemporaine chinoise. Enfin, et temporairement, la galerie Libre Cours a ras­ semblé, avec la participation des Gao Brothers, des œuvres de sept artistes qui donnent un bon aperçu de la diversité des arts plastiques chinois. Des bonnes oc­ casions pour se familiariser avec ces artistes. Claude Lorent

U He Yunchang et Can Xin. Feizi Gallery, 8b, rue de l’Abbaye, 1050 Bruxelles. Du mercredi au samedi, de 14h à 18h. U A History of Chinese Photography. Galerie Paris­Beijing, Hôtel Winssinger, 66, rue de l’Hôtel des Monnaies, 1060 Bruxelles. Jusqu’au 8 décembre. U Red Land, Yellow Stars. Dai Guangyu, Fan Jiupeng, Gao Brothers, Li Rui, Zane Mellupe, Mao Tongyan, Yang Xun. Galerie Libre Cours, 100 rue de Stassart, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 20 octobre. Du jeudi au samedi de 14h30 à 18h30.

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Arts Libre du 5 octobre 2012