Page 1

POSTER

ADNAN JANUZAJ

J-26

ON L’A RETROUVÉ EN JAMAÏQUE

“Ce but de Wilmots, je l’annulerais encore !” N E R P TE R

N° 27 MAGAZINE GRATUIT 17 MAI 2014

T S A G DER

lic b u p mi e PE n n is e u & p e e r 2 d t 0 s i 0 e b 2 g r n l A e e des Be - Brésil iqu g l e B


LA SEMAINE DIABOLIQUE

LA TRADITION Quand Van Buyten douche Pep

Ü ÉDITO Benoît Delhauteur

MAUVAISE FOI

Pep Guardiola a eu près de deux mois pour s’y préparer, mais il n’a pas pu y échapper. Juste après la victoire contre Stuttgart, le Catalan a pu vérifier que la tradition qui veut que les joueurs du Bayern douchent leur entraîneur à la bière avait encore de beaux jours devant elle. Et Daniel Van Buyten s’est fait un malin plaisir de rincer son entraîneur…

REPORTERS

SOMMAIRE

Tout bon supporter belge se souvient où il se trouvait l’après-midi du 17 juin 2002, quand Marc Wilmots a inscrit ce fameux but contre le Brésil. Malgré le copieux examen universitaire qui nous attendait le lendemain matin, nous étions sur la GrandPlace de Bruxelles. Il avait fallu une bonne minute avant que la foule ne cesse de bondir et se rende compte que Peter Prendergast avait annulé le but. Cruelle désillusion. C’était le début de la fin du rêve. Comme tout supporter des Diables, nous n’avons gardé qu’un souvenir de cette phase de jeu : le sentiment d’une immense injustice. Nous avions d’emblée inscrit le nom de cet arbitre jamaïcain sur la (courte) liste des ennemis du football belge. Et si nous avions tort ? On peut se poser la question quand on entend les propos de Peter Prendergast que nous avons retrouvé chez lui, à Kingston. Aujourd’hui, il soutient encore fermement cette décision. Ses arguments tiennent même assez bien la route. Et si, dans l’emballement du moment, nous avions oublié que tout supporter fait forcément preuve de mauvaise foi ? Le témoignage de Peter Prendergast mérite en tout cas d’être lu. Il est celui d’un homme raisonnable et visiblement honnête. On ne peut pas en dire autant d’un certain Kurt Roethlisberger, qui avait grugé les Diables en 1994 et qui, depuis, a été banni à vie pour avoir tenté de truquer des matches… l

Alderweireld sait y faire

BELGA

9

LE PARDON

Comme celle de Thibaut Courtois, la responsabilité de Toby Alderweireld était clairement engagée sur le but encaissé face à Malaga. Mais à la différence du gardien, le défenseur a eu l’occasion de se rattraper en égalisant d’une tête rageuse. Pour se faire pardonner, il n’y avait pas mieux…

2 La semaine diabolique y De Daniel

Van Buyten à Hazard, retour sur l’actu brûlante des Diables 4 Reportage y En visite en Jamaïque chez Peter Prendergast, l’arbitre qui avait annulé le but de Wilmots en 2002 face au Brésil 9 Portrait y À la découverte du néo-Diable Divock Origi 10 Souvenirs endiablés y Retour sur la World Cup 1994 avec les témoignages de Philippe Albert et de Michel Preud’homme + Poster et portrait technique y Adnan Januzaj

2 I

I

la dernière heure - les sports

REPORTERS

AP

02/744.44.55

NUMÉRO GÉNÉRAL Administrateur délégué et éditeur responsable François le Hodey Directeur général Denis Pierrard Rédacteur en chef Ralph Vankrinkelveldt Responsable du magazine Benoît Delhauteur Responsable rédaction sportive Philippe Lacourt Mise en pages IPM Press Print Direction, administration, rédaction rue des Francs, 79 1040 Bruxelles Fax > (02) 211.28.70 Publicité IPM Advertising > (02) 211.29.59 Abonnements > (02) 744.44.55 Fax > (02) 744.45.55. E-mail > dh.foot@dh.be Internet > www.dh.be Crédits Une MC HBvL/Shutterstock/Montage DH Magazine gratuit avec la DH du 17 mai 2014. Ne peut être vendu séparément.


LA CÉLÉBRATION

BELGACOM, SPONSOR DES DIABLES DEPUIS 20 ANS

Kompany, en famille

“Attendez-vous à l’impossible”

Quand Benteke rime avec frustré

Ü CAÏPIRINHA

LE MODÈLE

TWITTER

Le 3 avril 2014 restera dans la carrière de Christian Benteke comme le jour où son rêve de disputer la Coupe du Monde au Brésil s’est envolé. “Dès que j’ai entendu le bruit et que je suis tombé, j’ai tout de suite demandé à un coéquipier si cela n’était pas cassé ou s’il n’y avait pas une ouverture. Le fait qu’il me dise ‘non’, je me suis dit ‘ouf, j’ai des chances d’aller au Brésil’. J’ai évidemment tout de suite pensé à la Coupe du Monde”, a confié l’attaquant à la RTBF. “Ensuite, j’ai voulu me relever, mais je suis retombé directement car je n’avais plus d’équilibre. Ensuite, je suis allé dans la salle de kiné et le médecin m’a alors annoncé que je serais sans doute out 6 mois car c’était déchiré. J’ai toujours voulu garder l’espoir aussi longtemps que je n’avais pas passé le scanner. Lorsque la nouvelle est tombée, je n’étais pas triste mais frustré !”

Tel sera le slogan que le bus des Diables arborera au Brésil. La formule a été plébiscitée par les internautes qui avaient également le choix entre “Onze joueurs, un seul rêve” et “Petit pays, grands joueurs”

PENDANT CE TEMPS­LÀ, AU BRÉSIL

LES BRÉSILIENS VEULENT IBRAHIMOVIC ! “Une Coupe du Monde sans moi, ça ne vaut pas la peine de la regarder”, avait lâché Zlatan Ibrahimovic. Les Brésiliens partagent visiblement cet avis : ils veulent absolument que le Suédois soit là pendant la Coupe du Monde. Ce ne sera pas sur le terrain avec la Bosnie, comme l’a fait croire un site suisse, mais simplement pour qu’il participe à la fête. Un journaliste brésilien a ainsi lancé une campagne sur les réseaux sociaux avec le hashtag #VemIbra (Viens, Ibra). Très vite, des anciennes vedettes de la Seleção telles Ronaldo, Bebeto, Raï et Denilson ont marqué leur soutien à cette campagne. Ibrahimovic a visiblement apprécié, puisqu’il a répondu sur son compte Twitter en postant une photo de lui en vacances, avec le message suivant : “Brésil, je pense que je vais changer mes plans de vacances !”

59

Joue­la comme Ronaldo

Comme le nombre de buts inscrits par les Belges cette saison en Premier League : 15 pour Lukaku, 14 pour Hazard, 10 pour Benteke, 8 pour Mirallas, 4 pour Kompany, 4 pour Januzaj, 2 pour Lamah, 1 pour Chadli et 1 pour Dembélé

CHELSEA FC

29 matches joués, 4 buts marqués. À dix ans d’intervalle, Adnan Januzaj et Cristiano Ronaldo, tous deux nés un 5 février, présentent exactement le même bilan au terme de leur première saison. Logique dans un sens, puisque le second inspire le premier : “je l’observe beaucoup et j’essaie de reproduire ce qu’il fait”, a reconnu l’ancien Anderlechtois.

J-26

LA CONFIDENCE

PHOTO NEWS

REPORTERS

Une fois évacués les milliers de supporters de Manchester City venus envahir la pelouse de l’Etihad Stadium au coup de sifflet final de la victoire sur West Ham qui a offert le titre aux Citizens, les joueurs ont pu célébrer leur sacre en comité restreint. L’occasion pour Vincent Kompany de faire la fête en famille. À l’aise devant les médias, le Diable a pu voir que sa fille Sienna ne se laissait pas démonter, cette dernière lançant au micro “mon papa l’a fait”.

LE COLLECTIONNEUR Hazard, chouchou des Blues

Forcément, en inscrivant 14 buts, Eden Hazard avait tout fait pour. Et le Brainois a été élu Joueur de l’Année par les supporters de Chelsea, devant Cesar Azpilicueta, John Terry et Gary Cahill. Commentaire du lauréat : “Désolé les gars, l’année prochaine, il faudra travailler un peu plus.” Jose Mourinho valide…

LE TWEET “Je ne rentrerai pas en Belgique même si j’ai apprécié les moments passés en équipe de jeunes” Charly Musonda, pas près de revenir au pays

la dernière heure - les sports I

I 3


PETER PRENDERGAST

REPORTAGE

4 I

I

x Peter Prendergast souriant sur le toit de l’immeuble de bureaux qu’il a fait construire à Kingston. (MC HBVL)

“CE BUT DE WILMOTS, JE L’ANNULERAIS ENCORE” Peter Prendergast, Prendy pour les intimes, est perçu comme un homme qui a les moyens en Jamaïque. Il est un homme d’affaires à succès que son jogging matinal emmène le long de la villa d’Usain Bolt. Il fut marié à l’une des filles de Bob Marley et officiera bientôt comme juge dans le scandale de dopage touchant les sprinters de son pays. Pour le supporter belge, toutefois, Peter Prendergast restera pour toujours l’arbitre qui refusa le but de Marc Wilmots lors du Mondial 2002. Nous lui avons rendu visite chez lui, à Kingston. Ce fameux Belgique ­ Brésil, il s’en souvient lui aussi encore très bien…

la dernière heure - les sports


Tactique “Il sent le jeu et se crée son propre espace” “Il y a une chose qui est très difficile à apprendre aux jeunes joueurs : le rapport à l’espace. Chez Januzaj, c’est naturel, presque inné. Il se crée son propre espace. Il arrive toujours à se mettre dans des situations confortables de passe. Cela demande de l’intelligence, de l’anticipation et des déplacements adéquats. Il se défait facilement du marquage parce qu’il crée beaucoup de fausses pistes pour le défenseur. Il sent le foot mieux qu’un autre. Pour moi, Januzaj est d’ailleurs beaucoup plus qu’un joueur de flanc. Jouer à gauche, c’est bien pour une première saison. S’il peut jouer à toutes les positions offensives, c’est un numéro 10 par excellence ! Ce qu’il doit encore améliorer – mais c’est normal à son âge –, ce sont ses prises de décision. Il doit davantage jouer en première intention. Parfois, il passe un homme pour déborder puis il revient pour le dribbler à nouveau. Des gars comme Rooney et van Persie attendent des centres dans le rectangle ! Mais ça, ce sont des automatismes que Januzaj va acquérir quand il deviendra titulaire fixe.”

Physique “Sans en avoir l’air, son accélération est phénoménale” “Il est longiligne et aérien. Par moments, il donne presque l’impression de voler. On ne le détecte pas forcément, mais Januzaj possède une accélération phénoménale ! Quand il contrôle et qu’il part en conduite de balle, il va à du 200 à l’heure, personne ne le suit. Cette capacité d’accélération passe presque inaperçue parce que le joueur le fait de manière très fluide. C’est, déjà, un signe de maturité. L’Angleterre a été une très bonne école pour lui. Car la Premier League a beau avoir des défauts, c’est le championnat dont le rythme est le plus élevé. Il n’y a presque jamais de temps mort. Dans ce contexte peu évident, Januzaj s’est adapté très vite physiquement.”


(Reporters)

Adnan Januzaj


Mental “Devant 1.000 ou 80.000 personnes, c’est pareil !” “En Belgique, les entraîneurs formateurs ont parfois un mauvais réflexe : quand ils disposent d’un joueur talentueux qui leur fait gagner des matches, ils ne le font pas travailler et donc pas suffisamment progresser. Januzaj a donc très bien fait de rejoindre Manchester United. Car là-bas, finies les louanges, plus personne n’allait lui dire : tu es le meilleur. Il a dû travailler et s’accrocher pour percer. Et il a réussi, notamment en passant par la case des réserves de ManU, dont il est capitaine. Malgré une certaine forme de timidité, il a une énorme confiance en lui sur le terrain. Il peut jouer devant 1.000 ou 80.000 personnes, on dirait que, pour lui, cela ne fait aucune différence ! Voilà pourquoi je ne me fais aucun souci quant à son intégration chez les Diables. Notre équipe nationale doit être très contente d’avoir un tel joueur. Et je ne suis pas d’accord avec eux qui prétendent qu’il ne fallait pas encore reprendre Januzaj ! C’est un joueur qui est déjà en train de devenir adulte. Il doit beaucoup à son père, assez sévère, qui l’a préservé de toute mauvaise influence. Mais à un moment, il faudra aussi couper le cordon pour qu’il continue son développement.”

Technique “Très rarement vu un aussi grand talent” “J’avais très rarement vu à l’œuvre un aussi grand talent qu’Adnan Januzaj. Il a une élégance naturelle qui saute aux yeux. Bref : il pue le talent ! Pour Anderlecht, c’était grillé d’avance car c’était presque impossible de garder une telle pépite en Belgique. Il a quelque chose en lui. Ce n’est pas un hasard si dès son plus jeune âge, il avait déjà un ballon entre les pieds… La qualité de son pied gauche est remarquable. Il utilise peu son pied droit, mais on ne peut pas lui reprocher, car il n’en a pas besoin. C’est assez typique des joueurs gauchers. Il a ce côté imprévisible et trouve des angles de passes différentes. Un défenseur est toujours plus ennuyé d’affronter des gauchers… Ce qui est également exceptionnel chez Januzaj, c’est la qualité de ses passes dans le dos des défenseurs. Il distille ces ballons-là de manière juste et dans le bon timing. Il est précis dans le jeu court comme dans le jeu long. Il aime dribbler et provoquer. Sa protection de balle est également de très grande qualité. Il utilise tous les contrôles possibles pour se défaire de son adversaire. Et à moins d’être agressé, il n’est jamais par terre. Ça fait énormément de qualités en un seul joueur !”

Ü LE PORTRAIT TECHNIQUE par Alex Teklak, consultant DH et Belgacom


BELGACOM, SPONSOR DES DIABLES DEPUIS 20 ANS

x D’un coup de tête rageur, Marc Wilmots ouvre le score face au Brésil en huitième de finale du Mondial 2002. Du moins le croyait-il. Car Peter Prendergast avait vu une faute au préalable...(REPORTERS)

“Bien entendu que je me rappelle de cette rencontre”, nous dit-il. “Ce fut un bon match, qui connut un prolongement controversé avec cette déclaration ridicule de Marc Wilmots lors de la conférence de presse.”

ENVOYÉ SPÉCIAL EN JAMAÏQUE MARC CORNELISSEN (BELANG VAN LIMBURG) TRADUCTION SERGE FAYAT

L

à où Londres a son 10 Downing Street et Bruxelles son 16 rue de la Loi, Kingston a son 56 Hope Road. C’est l’adresse du lieu de résidence de Bob Marley et l’endroit où il enregistra ses plus grands tubes. Demandez le 56 Hope Road et chaque Jamaïcain vous indiquera le chemin du Bob Marley Museum. C’est à un kilomètre de là, lorsque Hope Road rejoint Old Hope Road, que Peter Prendergast a fait construire un nouvel immeuble de bureaux. Un gynécologue et un agent de

change ont déjà pris possession des lieux, mais des ouvriers s’affairent encore au parking et à la terrasse sur le toit. Peter Prendergast a installé son bureau au deuxième étage. Tout sent encore la peinture et il n’y a pour simple mobilier qu’une table et trois chaises, mais l’ancien arbitre est fier de son nouveau projet. Prendy, comme les Jamaïcains le surnomment, était déjà un homme d’affaires bien avant ce fameux Belgique - Brésil. “Je vends depuis 25 ans des vêtements de sport et des uniformes scolaires”, raconte-t-il. “Et désormais, je gère également une série d’agences de Western Union.”

“LA FAUTE EST UNE POUSSÉE, QUI A EU LIEU AVANT QUE LES JOUEURS NE SAUTENT” Peter Prendergast nous reçoit de manière très décontractée, une casquette de Bob Marley sur la tête, un short et un t-shirt bleu de l’Uefa avec le slogan Respect. L’accueil est chaleureux, à la jamaïcaine. Il n’est toutefois pas dupe et sait qu’un journaliste belge n’est venu que pour une chose: le but de Marc Wilmots, il y a douze ans déjà. Brésil - Belgique s’acheva sur le score de 2-0 à Kobe, au Japon. Les Brésiliens ont fini champions du monde, les Belges ont dû rentrer à la maison. L’histoire aurait pu être différente si Peter Prendergast n’avait pas annulé le 0-1 de Marc Wilmots.

Vous vous souvenez de ce fameux but ? “Absolument. Et je ne peux que répéter ce que j’ai déjà dit 2.000 fois. Commencez par regarder la phase qui précède ce but. Les Brésiliens commettent une faute dans l’entrejeu, mais je laisse l’avantage aux Belges. Si j’avais voulu leur nuire, j’aurais facilement pu arrêter cette attaque, non ? Cet avantage amène un centre de la droite (NdlR : de Jacky Peeters). Wilmots marque de la tête, mais je siffle une faute avant même que le ballon n’atterrisse dans les filets. Elle a lieu avant que Wilmots et Roque Junior ne sautent. La main gauche de Wilmots est le nœud du problème. Sur les images, on ne voit que le saut, mais pas la poussée qui le précède. Wilmots retient Roque Junior, ce qui lui permet de reprendre librement cette balle de la tête. Roque Junior est plus grand que Wilmots (NdlR : 4 cm), mais il saute à peine. Et vous avez vu la réaction de Wilmots ? Vous êtes en Coupe du Monde, on vient de vous annuler un but et vous n’affichez aucun étonnement sur votre visage. Marc ne vient même pas protester. Le seul joueur qui s’approche de moi est cet attaquant de couleur (NdlR : Mbo Mpenza). Pourquoi Wilmots ne viendrait-il pas vers moi s’il n’avait pas poussé son adversaire ?” Certes, mais tout ce que l’on voit, c’est un très léger contact… “On peut dire qu’il s’agit d’une petite poussée. Mais, à mes yeux, elle est suffisamment importante car elle empêche l’autre joueur de disputer le ballon comme il le souhaiterait. Il y a contact de la main par derrière, une partie du corps que vous ne pouvez pas utiliser sauf si vous êtes gardien de but. Je prendrais dès lors encore aujourd’hui la même décision qu’à l’époque, parce qu’il en est ainsi. Vous ne pouvez jamais tirer avantage d’une faute.” lll

la dernière heure - les sports I

I 5


REPORTAGE lll“QUE PENSEZ­VOUS DE TOUTES

LES OCCASIONS RATÉES DE LA BELGIQUE ?” Vous maintenez donc votre décision ? “La chose seule qui m’attriste, c’est l’affirmation de Marc. Lors de la conférence de presse, il est allé dire que j’avais reconnu mon erreur à la mitemps. N’importe quoi ! La seule chose que je lui ai dite à la mi-temps, c’est qu’il devait calmer son n°11 (NdlR : Gert Verheyen). Je trouvais qu’il parlait un peu trop. Marc m’a répondu : c’était un but tout à fait valable. J’ai rétorqué qu’il ne devait pas charrier, qu’une poussée était une poussée. Rien d’autre, mes juges de ligne peuvent en attester. La rencontre s’est poursuivie sans le moindre incident. La controverse n’est survenue que lors de la conférence de presse. Mais lors du débriefing des arbitres, il n’y a guère eu de discussion. Les images de derrière le but me donnaient raison. Mais bon, cela fait partie du jeu. Lors du premier tour, j’avais dirigé Russie - Tunisie. J’avais sifflé un penalty. Ridicule, il n’y a même pas de contact, avaient hurlé les commentateurs. Trois ralentis plus tard, j’avais raison. Vous savez, j’ai moi-même joué au football et je sais dès lors ce qui se passe sur un terrain. Cela fait une énorme différence en tant qu’arbitre. J’ai joué dans la plus haute division en Jamaïque et j’ai été vice-capitaine de l’équipe Espoirs.” Depuis ce fameux match, vous faites partie intégrante de la mémoire collective des Belges. Connaissez-vous le site internet

À MEXICO, TRAHIS PAR UN ARGENTIN

“J’aimerais poser une question à Wilmots : pourquoi a-t-il été dire que j’avais reconnu avoir commis une erreur ?” www.wilmotsrevenge.be ? Et le groupe sur Facebook qui s’intitule Je n’ai toujours pas pu pardonner à Peter Prendergast. Vous êtes célèbre chez nous. “Peut-être, mais en tout cas pour les mauvaises raisons. Un : parce que Marc m’a traité de façon incorrecte. Et deux : parce que personne ne regarde vraiment la phase de jeu.” Nous, Belges, sommes persuadés que sans ce but annulé, nous nous serions qualifiés pour les quarts de finale… “Et quelles preuves avancez-vous pour étayer vo-

DR

I

tre théorie ? La phase en question s’est produite peu avant la mi-temps (NdlR: à la 35e minute). Il est vrai que la Belgique était bien dans le match, en tout cas mieux que le Brésil. Vous aviez également plus d’occasions. Mais que pensez-vous du fait que vous les avez toutes galvaudées ?”

Ce jeudi-là, ils sont près de 105.000 spectateurs à avoir pris d’assaut l’Estadio Azteca. La veille, l’URSS avait assuré paisiblement sa qualification en battant le Salvador (2-0), un adversaire modeste que la Belgique (3-0) et le Mexique (4-0) avaient au préalable laminé. Après cette victoire au petit trot, les Diables s’étaient toutefois lourdement inclinés trois jours plus tard face à l’URSS (4-1) contre qui le pays organisateur avait partagé l’enjeu (0-0) en match d’ouverture. Pour avoir une chance de rejoindre les quarts de finale, nos compatriotes n’ont dès lors plus d’autre solution que de vaincre les poulains de l’entraîneur Raul Cardenas sur leurs propres terres. Déjà difficile sur papier, cette mission ne met pas plus d’un quart d’heure à devenir carrément impossible. Christian Piot qui défendait nos filets se rappelle plutôt bien du cadeau offert par l’arbitre argentin Coerezza, 36 ans à l’époque : “Une balle en profondeur qui rebondit à hauteur du point de penalty et que Léon Jeck s’empresse de dégager avec vigueur mais proprement aux yeux de tout le monde, la télé le confirmera. Le referee ne l’a pas vu comme ça : il a accordé un penalty cadeau aux Mexicains pour une faute tout à fait imaginaire !” Autre acteur de cette rencontre disputée sous un soleil de plomb, Georges Heylens s’en souvient également : “Je suis formel, le prétendu contact fautif de Léon ne s’est produit qu’après que le ballon n’a quitté le rectangle. Mais cette décision injuste ne nous a qu’à moitié étonnés car deux fois plutôt qu’une, notre coach, Raymond Goethals, nous avait prévenus que le Mexique bénéficierait tôt ou tard d’une largesse de l’homme en noir. Nous avons bien tenté de contester sa décision, mais c’était évidemment peine perdue.” Pena transforma le coup de réparation et nos compatriotes ne purent combler leur handicap, certains d’entre eux n’étant pas fâchés de rentrer prématurément au pays. Pour l’anecdote, Christian Piot se remémore aussi de l’après-penalty : “Geste à l’appui, je me suis adressé au public mexicain posté derrière mon goal pour lui signifier que l’arbitre avait sûrement reçu une petite enveloppe sur ce coup-là. J’ai reçu en retour quelques pièces de monnaie que je me suis empressé de remettre au sieur Coerezza en rentrant aux vestiaires à la mi-temps.” Ces petits arrangements entre amis, Enzo Scifo estime aussi en avoir été victime dans la même enceinte seize ans plus tard à l’occasion de la demi-finale contre l’Argentine, très exactement le mercredi 25 juin 1986. La direction de la partie avait été confiée au Mexicain Antonio Marquez Ramirez. Scifo raconte : “Je ne veux pas être médisant, mais à 0-0, Nico Claesen s’est retrouvé par deux fois en position idéale pour aller battre Pumpido. À chaque fois, le juge de ligne a levé son drapeau pour signaler un hors-jeu qui n’en était pas un. La volonté de vouloir avantager les prétendus grands ne se limite pas à ce seul exemple et existera toujours…” l M. M.

Le 11 juin 1970, Christian Piot, Georges Heylens et les Diables s’inclinaient 1­0 face au Mexique. Avec les compliments d’un certain Angel Norberto Coerezza…

6 I

x “C’est moi qui siffle”, semble indiquer Peter Prendergast à Marc Wilmots. Sur le coup, seul Mbo Mpenza était allé se plaindre auprès de l’arbitre. (REPORTERS)

la dernière heure - les sports


BELGACOM, SPONSOR DES DIABLES DEPUIS 20 ANS

Quelques jours plus tard est sortie l’histoire que vous étiez en vacances à Rio de Janeiro, aux frais de la Fédération brésilienne de football… “Vraiment ? C’est la première chose que j’en entends. C’est ridicule. Je ne suis allé qu’une seule fois au Brésil de toute ma vie et c’était bien avant que je devienne arbitre. Renseignez-vous auprès des services d’immigration brésiliens !” Seriez-vous prêt à rencontrer encore un jour Marc Wilmots ? “J’aimerais lui poser une question : pourquoi ? Pourquoi a-t-il été dire que j’avais reconnu à la mi-temps avoir commis une erreur ?”

“USAIN BOLT EST VENU ME TAPER SUR L’ÉPAULE, TRANQUILLEMENT…” Vous avez 50 ans aujourd’hui. Vous n’arbitrez plus, mais vous travaillez encore pour la Fifa. “C’est exact. J’avais à nouveau été sélectionné pour la Coupe du Monde en 2006, mais j’ai dû renoncer à une semaine du début en raison d’une blessure au genou. J’officie désormais comme instructeur pour les arbitres des pays anglophones qui nous entourent, parmi lesquels les États-Unis, le Canada et les Caraïbes.” Est-il vrai que vous êtes marié à la fille de Bob Marley ? “Ce fut mon premier mariage. J’ai été marié trois fois au total (NdlR : Sharon Marley était en réalité la fille d’une précédente relation de Rita Marley, mais Bob l’avait adoptée et elle avait élevé ses autres enfants). Bob Marley est le Jamaïcain le plus célèbre au monde. Trente ans après sa mort, il est toujours populaire. Sa musique a influencé énormément de gens, dont moi. Pour chaque situation sociale existe sans doute une chanson de Bob Marley. Sa musique console et rassure. (Il chante) Everything is gonna be alright…” Être marié à une Marley, cela doit signifier quelque chose en Jamaïque ? “No, man. (sic) Les Jamaïcains n’ont pas des allures de star, nous nous comportons de lll

x La fille de Peter Prendergast, Donisha, est une star en Jamaïque. Activiste pour le droits des rastafaris, chanteuse, poète, elle n’est autre que la petite fille d’un certain… Bob Marley. (D. R.)

la dernière heure - les sports I

I 7


PHOTO NEWS

REPORTAGE

ROETHLISBERGER A ÉTÉ RADIÉ À VIE ! Le 2 juillet 1994, l’Allemagne éliminait la Belgique (3­2) avec l’aide de l’arbitre suisse Kurt Roethlisberger. Depuis, il a été banni pour avoir tenté de truquer un match ! Piégée trois jours plus tôt par l’Arabie saoudite, notre équipe nationale est contrainte de se farcir en huitième l’Allemagne, le champion du monde sortant, et non l’Eire comme initialement escompté. L’explication se déroule à Chicago (pas de doute, ça va flinguer…) et l’Helvète Kurt Roethlisberger (43 ans à l’époque) est chargé de la diriger. Le premier quart d’heure est d’enfer. Völler ouvre le score à la 6e, Grün riposte deux minutes plus tard mais à la 11e, Klinsmann redonne l’avance aux siens. Nos Diables n’en démordent pas, à l’image de Josip Weber qui se fait couper en deux en plein rectangle alors qu’il s’apprête à ajuster le gardien Illgner. Un penalty monstrueux que l’arbitre feint de ne pas voir comme la faute évidente de Völler sur Smidts et qui va permettre à l’Allemagne réunifiée d’aborder la seconde période en toute quiétude. Le but de Philippe Albert à la 90e ne changera rien. Vingt ans après, Enzo Scifo revoit le film de ce match pipé d’avance. “Nous avons vite senti que nous ne pouvions pas avoir le dernier mot dans cette triste histoire. Je considère toujours que nous n’avions rien à envier à la Mannschaft mais devant un tel parti pris, il n’y avait vraiment rien à espérer. Je sais qu’un arbitre ne peut pas tout voir mais fermer les yeux sur un penalty aussi gigantesque, je ne peux l’admettre. Nous avons rouspété tant et plus, mais le ref nous a vite fait comprendre qu’il sortirait les cartons si nous insistions. De là à dire que l’on se serait qualifié, on ne le saura jamais.” Maigre consolation, Roethlisberger sera prié de quitter la compétition par la petite porte. Pire, en 1997, ce triste sire sera exclu à vie pour avoir proposé aux dirigeants des Grashoppers de Zurich d’acheter les services de l’arbitre biélorusse, un certain Vadim Zhuk, pour un match de Ligue des Champions qui devait opposer le club suisse à l’AJ Auxerre. Le deal nauséabond portait sur une somme de 100.000 FS, soit environ 80.000 euros… l M. M.

lll manière très détendue avec les gens célèbres. Je vais vous raconter une anecdote. Au lendemain des Jeux Olympiques, Usain Bolt avait délaissé la Jamaïque pendant un petit temps afin de pouvoir se ressourcer tranquillement. Le hasard veut que lorsqu’il est rentré, nous étions assis dans le même avion, en business class. J’étais en train de terminer un rapport de la Fifa sur mon ordinateur. Il m’a reconnu et est venu me taper sur l’épaule. Nous avons discuté d’un match de foot de la Jamaïque et ensuite il est retourné à sa place. La personne assise à côté de moi n’a rien compris. C’était Usain Bolt. Et il vient comme ça discuter avec vous ? Oui et alors ? Cela se passe comme ça en Jamaïque. On ne fait pas tout un foin autour d’un personnage célèbre. Lorsqu’Usain Bolt va manger un bout dans une grande surface, personne ne l’apostrophe. Chris Brown est venu récemment donner un concert, mais personne ne l’a ennuyé dans la rue. Il y a beaucoup de respect, mais sans plus. Avec Bob Marley, il n’en allait pas autrement. Il est une source d’inspiration, mais nous ne l’adulons pas. S’il vivait encore, il irait dans les bars et les restaurants comme tout le monde. Les Jamaïcains n’idolâtrent personne. C’est un pays où l’on craint Dieu, même s’il y a tant de meurtres. Qu’il faut toutefois situer principalement dans la sphère privée.”

“JE SUIS JURÉ DANS LE PROCÈS DE DOPAGE PARCE QUE JE SUIS UN HOMME INTÈGRE” Vous, dans quelle mesure êtes-vous célèbre en Jamaïque ? “Je suis un gars normal. J’ai été le premier arbitre jamaïcain à officier lors d’une Coupe du Monde et l’on y accorde toujours une certaine importance. Je suis un vieux de la vieille. Je suis quelqu’un de cool et je peux m’entendre avec tout le monde.” Votre fille, la petite-fille aînée de Bob Marley, est également célèbre en Jamaïque, comme actrice, réalisatrice et activiste. “Donisha est une fille adorable. Elle ne se prend pas au sérieux et essaie toujours d’aider les autres au maximum. Je dis toujours que je suis un social-démocrate. Comme Jésus Christ, qui a toujours côtoyé les pauvres et cherché à leur procurer une existence meilleure. J’essaie d’aider un maximum et Donisha est comme ça aussi. Lorsque je lui demande combien d’argent elle a, elle me répond : papa, je n’ai pas d’argent. Mais elle se rend bien en Inde, en Afrique ou au Canada pour lutter contre les ingérences de territoire ou pour les droits des rastafaris. Elle s’est plongée dans la culture rasta et représente cette branche de sa famille. J’ai six enfants et deux beaux-enfants. Quatre fils et quatre filles. Ils font tous ce qu’ils veulent, je ne les pousse dans aucune direction. Personne ne s’est d’ailleurs dirigé vers le football. Un fait partie du groupe Biggz General, l’autre est cascadeur.” Vous faites aussi partie du jury qui va devoir statuer sur les récentes affaires de dopage et notamment celle qui touche le sprinter Asafa Powell. Comment vous êtes-vous retrouvé là ? “Peut-être parce qu’ils me considèrent comme un homme intègre. Je ne suis pas familier du monde de l’athlétisme mais cette affaire en est une de justice classique. Les débats reprendront

8 I

I

la dernière heure - les sports

“Un arbitre européen aurait peut-être pris une autre décision. Mais une poussée est une poussée. Il y avait faute…” au mois de janvier. Ils ont été reportés suite au décès de Nelson Mandela.”

DERNIER AVEU DANS LES EMBOUTEILLAGES DE KINGSTON Soudainement, Peter Prendergast se lève. Il est grand temps pour lui d’aller chercher deux de ses filles à l’école. Il me demande si j’ai déjà déjeuné et me propose de l’accompagner. L’école est située un peu plus loin dans la même rue. Les filles montent dans la voiture, toutes mignonnes dans leur uniforme et tout excitées car elles ramènent un bon bulletin pour la Noël. “C’est la meilleure école de Kingston. Mes quatre filles y sont toutes allées, même Donisha, la rebelle”, glisse le père, pas peu fier. Nous nous arrêtons en vitesse dans une grande surface pour prendre un en-cas. Entretemps, Prendy a déjà été reconnu à deux reprises. Il n’a plus la possibilité de me ramener. Je dois donc le suivre à travers Kingston. L’une des filles a cours de danse, l’autre doit se rendre chez sa mère, dans un quartier de la banlieue, au pied des montagnes. L’arbitre doit encore aller chercher un long pantalon à la maison et en profite pour me présenter, furtivement, à Madame Prendergast III. Suivra aussi une visite éclair au 56 Hope Road, au musée Bob Marley. Sur le chemin, nous butons sur un contrôle de police. Lorsque l’agent feuillette les papiers du véhicule, il affiche un regard étonné. “Football”, dit-il en faisant une grimace. Peter Prendergast reçoit ses papiers et peut continuer sa route. “Je n’en abuse pas, mais dès qu’ils me reconnaissent, le contrôle est généralement terminé”, raconte-t-il, en s’excusant. Le trajet durera environ deux heures et dans le trafic dense, Peter Prendergast me donne des explications sur Kingston et sur la vie en Jamaïque en général. Tout d’un coup, il se remet à évoquer le but de Marc Wilmots. “Vous ne trouvez pas cela étrange que Marc ne soit pas venu protester ?” demande-t-il. “Des arbitres belges m’ont dit qu’il aurait toujours fait cela en temps normal. Vous savez, ce n’était peutêtre qu’une petite poussée. Mais une poussée est une poussée. J’en ai également discuté avec Pierluigi Colina. Je sais que le football en Europe est plus costaud que chez nous, qu’ils ont plus l’habitude des contacts physiques. Un arbitre européen aurait peut-être pris une autre décision. Mais la poussée y était...” conclut-il.l


PORTRAIT

BELGACOM, SPONSOR DES DIABLES DEPUIS 20 ANS

À LA DÉCOUVERTE DU NÉO­DIABLE DIVOCK ORIGI

chez “Je mérite ma sélection chez les Diables.” Quand Divock Origi avait prononcé ces mots le week­end dernier avant l’annonce de la liste de Wilmots, personne ne l’avait vraiment pris au sérieux. Depuis, tout a changé : l’attaquant de Lille ira au Mondial. Mais qui est ce joueur de 19 ans que la Belgique va très vite apprendre à aimer ? “Divock a tout”, résume Gert Verheyen, qui l’a coaché chez les moins de 19 ans PAR BENOÎT DELHAUTEUR

Le grand public ne connaît pas Divock Origi. Seuls les suiveurs du football français le connaissent vraiment… tout comme les entraîneurs de la Fédération belge. Gert Verheyen, qui était au Mondial 12 ans avec Origi, l’a souvent coaché chez les moins de 19 ans. “Divock a tout”, s’enthousiasme l’ancien Brugeois. “Il est fort techniquement et peut éliminer un homme avec un bon dribble. Il est explosif et très rapide, aussi sur départ arrêté. Quand il est

x Divock Origi a réalisé une très bonne deuxième partie de saison avec Lille. Où il joue tantôt en pointe, tantôt sur un flanc. (AFP)

en sprint, il est même encore capable de réaccélérer.” Le joueur lui-même voit deux autres atouts à son arc : “C’est vrai que j’ai de la vitesse, de la technique et la capacité de gagner des un contre un. Mais je peux également marquer des buts et je suis polyvalent : je peux jouer aussi bien en pointe que sur un flanc, comme à Lille. Franchement, je n’ai pas de préférence. En équipe nationale de jeunes, j’ai souvent joué en pointe et j’ai inscrit beaucoup de buts. Je sais que j’ai le profil pour évoluer en tant que numéro 9 dans le futur.”

“EN JEUNES À GENK, ON ME COMPARAIT SOUVENT À BENTEKE” C’est visiblement aussi l’avis de Marc Wilmots, qui l’a repris suite à la blessure de Benteke. “Durant mes classes de jeunes à Genk (NdlR : qu’il a quitté pour Lille à l’âge de 15 ans), on me comparait déjà souvent à Benteke. Je regarde d’ailleurs souvent ses matches, comme

ceux de Lukaku. En fait, j’essaie de prendre tout ce que je peux chez tous les grands attaquants.” Divock Origi, plus souvent comparé à Patrick Kluivert, a soif d’apprendre. Et il est évident que son passage en équipe nationale A va accélérer son évolution. “J’ai encore des choses à travailler, comme mon jeu de tête. Je dois également mieux utiliser mon corps. Je dois pouvoir profiter de mon physique ! Mais j’ai déjà beaucoup gagné en puissance ces derniers temps. Je dois aussi gagner en régularité, comme tout jeune joueur. La prochaine étape pour moi, c’est de devenir un joueur important pour Lille.” Gert Verheyen ne doute pas qu’il y parviendra. “Divock est habile des deux pieds et s’il n’a pas encore la puissance de Lukaku ou de Benteke, il va très bien dans la profondeur. Il a toutes les qualités requises et en plus, il a une mentalité exemplaire. On a joué certains matches en U19 devant dix personnes. Et bien il se donnait comme s’il jouait devant 20.000 spectateurs...” l

la dernière heure - les sports I

I 9


SOUVENIRS ENDIABLÉS

WORLD CUP 1994

x Philippe Albert et Michel Preud’homme, les deux héros du match victorieux contre nos voisins néerlandais, prennent la pose. (REPORTERS)

“CE MONDIAL A CHANGÉ MA VIE” Chaque semaine, nous vous proposons de vous plonger dans les Mondiaux disputés par la Belgique entre 1982 et 2002, en publiant des extraits du livre Diables d’hommes. L’épopée belge en Coupe du Monde, de Xavier Thirion, d’Olivier Beaujean et de Frédéric Renson (éditions Mardaga, février 2014). Aujourd’hui, retour sur le Mondial américain avec les témoignages de Philippe Albert et de Michel Preud’homme 10 I

I

E

n traversant l’Atlantique, Philippe Albert ne savait pas encore que cette World Cup allait constituer un tournant dans sa carrière. “Avec le recul, je peux dire qu’elle a non seulement changé ma carrière mais aussi ma vie. J’avais tout gagné avec Anderlecht les deux dernières saisons avec, en bonus, deux titres de Joueur Pro de l’Année. Les USA allaient me permettre de passer un cap. Kevin Keegan, l’entraîneur de Newcastle, était sur place en tant que consultant pour la BBC. Et il a justement vu nos rencontres face à la Hollande et à l’Allemagne. J’y ai, à chaque fois, marqué un but. Deux mois plus tard, je signais à Newcastle. J’y ai passé les cinq plus belles années de ma vie. Ma façon de voir les choses a changé suite à cette expérience.”

“CET ENFOIRÉ D’ARBITRE N’A PAS BRONCHÉ” Le franc-parler de Philippe Albert, par contre, n’a pas changé et lui vaut, aujourd’hui, d’être sollicité comme consultant à la RTBF. La polémique autour de l’élimination face à l’Allemagne en huitième de finale nourrit encore tous ses regrets. “Avec un autre

la dernière heure - les sports

arbitre, je suis sûr qu’on les sortait ! Ce monsieur Röthlisberger, c’est un scandale. De la malhonnêteté. D’ailleurs, il a été suspendu pour corruption quelques mois après le tournoi. La règle de la carte rouge pour un tacle par derrière venait d’entrer en vigueur. Et cet enfoiré d’arbitre n’a pas bronché quand Josip Weber a été fauché de la sorte à 4 mètres du but. Il y avait un penalty flagrant avec exclusion à la clef. Je suis certain qu’à 11 contre 10, on sortait l’Allemagne. À la fin du match, si Michel Sablon et quatre de mes équipiers ne m’avaient pas retenu, je serais allé régler son compte à cet arbitre suisse. Trois minutes avant, de l’extérieur du pied droit, je mettais mon plus beau but sous la vareuse des Diables Rouges après un double une-deux. Hélas! il ne servirait à rien…” Ce tournoi, le compagnon de chambrée de Marc Wilmots (“on était inséparable”) l’avait débuté en tribune face au Maroc. Il était suspendu suite à son exclusion face à la Tchécoslovaquie lors du dernier match des qualifications. De retour au sein de l’arrière-garde belge face aux Pays-Bas, il allait marquer le match de son empreinte avec l’unique but ouvrant les portes du second tour aux Diables Rouges. “Suite à un corner de Marc Degryse et une déviation de Georges Grün, il a fallu un peu de chance pour que le ballon arrive dans mes pieds et que Jan Wouters, le défenseur hollandais, se troue en ratant son dégagement au poteau. Pour moi, ce but, c’était comme une délivrance. J’avais été gravement blessé quelques mois auparavant lors d’un match face au FC Bruges et j’étais incertain pour les USA.”


BELGACOM, SPONSOR DES DIABLES DEPUIS 20 ANS

“BIEN QUE MEILLEUR GARDIEN DU TOURNOI, J’ÉTAIS FRUSTRÉ”

Seul gardien de but à avoir reçu deux Souliers d’Or en Belgique, Michel Preud’homme allait connaître la consécration sur la planète foot en 1994. Elle sera double même, avec le prix Oleg Yachine récompensant le meilleur keeper de la World Cup et le titre de Gardien de l’Année ! “Sur le plan individuel, je les mets sur le même pied d’égalité que mes Souliers d’Or. C’est évidemment très valorisant, mais un prix individuel ne remplacera jamais la liesse qui fait suite à une victoire collective.” L’ex-rempart du FC Malines, vainqueur de la Coupe des Coupes en 1988, a reçu ces deux trophées sur la pelouse du Benfica Lisbonne où il a atterri après une Coupe du Monde quasi parfaite aux USA. Le match référence de Michel Preud’homme reste cette victoire face aux Pays-Bas. “J’ai eu une dizaine d’arrêts délicats à réaliser contre la Hollande. Les plus marquants resteront le ballon de Denis Bergkamp que je vais déloger de la lucarne, et ma déviation sur la barre transversale du tir détourné d’Overmars, dans les arrêts de jeu. J’ai peut-être fait la différence sur ce match-là aux yeux du jury désignant le meilleur gardien de la Coupe du Monde. Mais on ne le devient pas sur une seule rencontre. Je pense avoir également livré de bons matches face au Maroc et à l’Allemagne. J’ai aussi eu du boulot face à l’Arabie, quand on mettait tout devant pour essayer de revenir au score. Cette défaite face aux Arabes reste difficile à digérer. On n’aurait pas dû affronter l’Allemagne si rapidement dans le tournoi.” Michel Preud’homme pourrait se consoler avec ce prix Oleg Yachine d’autant plus remarquable que le Brésilien Taffarel et l’Italien Pagliuca avaient eu trois matches en plus pour briller jusqu’en finale. “Mais je ressentais avant tout la frustration de ne pas avoir battu l’Arabie. Finalement, mes deux Coupes du Monde m’auront laissé le sentiment qu’il y avait moyen d’aller plus loin.” l

Il y a 20 ans, Michel Preud’homme était sacré meilleur joueur de la planète à son poste

x Ce but d’Albert face aux Pays-Bas aurait dû valoir de l’or… (REPORTERS)

DES DIABLES DÉSHYDRATÉS : PLUS DE 50° ! Ce Belgique - Pays-Bas s’est disputé dans une chaleur torride à Orlando. “Nous avons joué à midi par plus de 50°c et énormément d’humidité. Nous étions bien préparés grâce, notamment, à un stage en altitude à Font-Romeu. Mais ce match a marqué les organismes. Lorenzo Staelens et Franky Van der Est, qui étaient les plus forts physiquement, ont chacun perdu plus de 6 kilos durant la rencontre. Dans le vestiaire, on a dû les allonger sur les tables et les réhydrater par baxter ! De mon côté, ça allait même si j’avais perdu 4 kilos au cours de ce qui aura été un véritable derby. Nous étions forts collectivement, notre entrejeu s’était montré très costaud. Nous nous étions procuré pas mal d’occasions même si Michel Preud’homme nous avait sorti trois ou quatre ballons très chauds. Il allait d’ailleurs être désigné meilleur gardien du tournoi.” Les soirs de match étaient consacrés à la détente, les joueurs retrouvaient femmes et amis. “Notamment Fabrice Silvagni et Roch Gerard qui avaient fait le déplacement comme supporters. On était en Coupe du Monde, mais on pouvait décompresser. Paul Van Himst, notre entraîneur, pouvait se montrer cool, mais il savait aussi être très rigoureux. J’ai eu quelques prises de tête avec lui, notamment pendant le stage à Font-Romeu. À table, il m’avait adressé une remarque devant tout le groupe juste après un match amical où je ne m’étais pas laissé faire face à des Français qui mettaient le pied… Franchement, même si cet arbitre a tout gâché, cette Coupe du Monde aux USA reste inoubliable. C’est mon meilleur souvenir en équipe nationale. Comment oublier l’accueil dans les stades, les hôtels ? Tout est grand là-bas. Il faut y aller pour le voir. Et puis, avec mes deux goals, j’y ai terminé meilleur buteur de notre équipe. Ce qui n’est pas mal pour un défenseur.” l

12 ans qu’on l’attendait, les Diables rouges se sont qualifiés pour une 12 ème Coupe du Monde ! 1982- 2002 6 Coupes du Monde en 20 ans : des souvenirs de tous les Diables… COMMANDEZ DÈS À PRÉSENT NOUS VOUS OFFRONS LA LIVRAISON ! Faites un virement sécurisé en ligne via

www.dh.be/page/diables OU Versez 24 € sur le compte BE 95 310-1802523-58 avec la communication « Livre Diables ».

24 € Livraison gratuite

Un livre de : Olivier Beaujean Frédéric Renson Xavier Thirion Editeur : MARDAGA

la dernière heure - les sports I

I 11


Samedi 17 mai 2014 dès 17h30

v : e s i r s o t u r n u o C

e r i t itre m e r p

e n L i ga ?

Barcelone

Atlético Madrid

À suivre ce soir en exclusivité sur Belgacom 11+ Le Real n’est plus. Le duel entre Courtois et Messi, qui avait tourné à l’avantage du belge en UEFA Champions League, va se produire à nouveau. L’attaquant prendra-t-il sa revanche face au gardien ? Qui va poser la coupe sur son étagère ? Pour ne pas rater ce match au sommet, abonnez-vous maintenant à Belgacom 11+ pour € 9,95/mois.

Plus d’infos sur belgacom11.be Prix TVAC. L’offre Belgacom 11+ est un bouquet complémentaire réservé aux clients de l’offre de base de Belgacom TV. L’UEFA Champions League est diffusée à partir des play-offs jusqu’à la finale et ne comprend pas les matchs de qualification. La Copa del Rey n’inclut pas la finale. Les matchs de la Jupiler Pro League sont ceux du lot 3.

Red Dingue des Diables (17-05-2014)  

Red Dingue des Diables (17-05-2014)

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you