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La Grèce acculée JUILLET > Un an de crise politique belge à la “Une”. Fallait-il parler des SMS de Leterme? Jorge Semprun, l’écriture ou l’oubli.

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LA CRISE DE LA ZONE EURO

La zone euro entre Charybde et Scylla UPP. 4-7

JOHANNA DE TESSIERES

Sous le règne de l’urgence UPP. 8-11 Entretien avec Jean-Claude Juncker UPP. 12-17 Comment la Grèce a roulé l’Europe UPP. 18-19 Sans l’euro, la Grèce n’en serait pas là! UPP. 20-21

Reportage photo a Tunis dans les anciennes maisons de la famille Ben Ali. pp. 76-81 La crise croquée par les caricaturistes UPP. 50-51

Tunisie: Psychanalyse d’une révolution UPP. 72-75

La jeunesse espagnole clouée au nid UPP. 25-27

Fallait-il parler des SMS d’Yves Leterme? UPP. 52-55

ECONOMIE

La Belgique va bien mais ne sait pas où elle va - Les bons conseils de madame Europe UPP. 28-31

Enseignement: Petit Robin, grand accord UPP. 56-57

Le goût amer de Porto UPP. 22-24

Quotas de femmes: c’est oui! UPP. 84-85

Santé: Café sans fumée? Ils aiment! UPP. 58-59

Conjoncture: Croissance belge au top U PP. 86-87

PLANÈTE

INTERNATIONAL

SPORTS

Le Giec croit au renouvelable UPP. 36-37

Afghanistan: Obama tourne la page Bush UPP. 62-63

Roland Duchâtelet: de l’oxygène à tous les étages UPP. 90-91

Entretien avec Pervenche Berès UPP. 32-35

BELGIQUE

Le Pakistan arrête 5 agents de la CIA UPP. 64-66

Un an de crise politique à la Une UPP. 40-43

Maison de correction pour talibans UPP. 66-67

Entretien avec Bart De Wever UPP. 44-47

Libye: De Ben Laden à Kadhafi UPP. 68-69

Ce que “het slimste mens” ne vous dit pas UPP. 48-49

Entretien avec Salam Kawakibi UPP. 70-71

Vice-président du CA et du CP: Patrice le Hodey Administrateur délégué-éditeur responsable: François le Hodey Directeur général: Denis Pierrard Rédacteur en chef: Vincent Slits Rédacteur en chef adjoint: Pierre-François Lovens Rédaction: 02.211.28.11 Abonnements: 02.744.44.44

CULTURE

L’art du graffiti, de la rue au musée UPP. 92-95 Hommage: Jorge Semprun, l’écriture ou l’oubli UPP. 96-97

Courriel: abonnements@saipm.com La Libre Mensuelle : Jean-Paul Duchâteau (responsable éditorial du mensuel), Hugues Feron (coordination), Jean-Pierre Lambert (conception graphique), Etienne Scholasse et Johanna de Tessières (iconographie) et tous les membres de la rédaction de La Libre Belgique.

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Ouverture | Crise de la zone euro

La zone euro, entre Charybde 씰 En

dépit des plans d’aide à la Grèce, à l’Irlande, au Portugal; de l’élaboration de fonds de secours; des avancées législatives et politiques qui renforcent la gouvernance économique de l’Union, la zone euro ne parvient pas à revenir en eaux calmes. Pourquoi ?

Récit Olivier le Bussy

H

erman Van Rompuy s’éclipse momentanément du cadre feutré de la bibliothèque Solvay, à Bruxelles, où il avait convoqué les vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne (UE), pour affronter le vent piquant qui balaie le parc Léopold, en ce 11 février 2010. “Sa” première réunion informelle en tant que président stable du Conseil européen devait évoquer la stratégie économique de l’Europe, à moyen et long terme. Les événements en ont décidé autrement : les finances publiques grecques sont dans le rouge et le pays est l’objet d’attaques spéculatives de plus en plus féroces. A fortiori que les marchés financiers doutent de la solidarité des autres membres de la zone euro. Il faut éteindre l’incendie, et vite, avant qu’il ne se propage dans l’union économique et monétaire. Flanqué du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, Herman Van Rompuy s’avance vers les micros et les caméras muni d’une simple feuille de papier, qu’il lit en anglais. “Les Etats membres de la zone euro prendront des mesures déterminées et coordonnées, si nécessaire, pour préserver la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble. Le gouvernement grec n’a demandé aucun soutien financier”, conclut le Belge. Seize mois plus tard, de très préoccupante à l’époque, la situation financière de la Grèce est devenue alarmante – à tel point que les Européens s’apprêtent à devoir, pour la seconde fois en un peu plus d’un an, voler financièrement à son secours. Dans le même temps, l’UE, et la zone euro en particulier, ont emprunté, avec une célérité peu commune, un chemin qui mène vers un renforcement de l’intégration – dites plutôt de la gouvernance – économique des deux ensembles. Pour-

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tant, en dépit d’avancées législatives et politiques, hier encore difficilement imaginables, la zone euro n’est toujours pas – quoi qu’en disent les dirigeants européens – à l’abri du scénario catastrophe : l’amputation de ses membres les plus fragiles économiquement, puis sa dislocation et ses imprévisibles conséquences quant à la poursuite du projet européen. Comment diable en est-on arrivé là ? Il faut en premier lieu rappeler que la construction de l’euro est entaché d’une faute originelle. Comme l’ancien président de la Commission, Jacques Delors l’a souvent répété, “l’euro ne marche que sur une jambe”. Adopté en 1992, le traité de Maastricht, qui précise les conditions du passage à la monnaie unique, insiste sur la convergence des critères budgétaires, mais laisse en friche le chantier de la coordination des politiques économiques des Etats membres. Le 1er janvier 1999, dix pays embarquent pour le lancement de la zone euro – ils seront rejoint par la Grèce, en 2001. Pour obtenir leur billet, la Belgique, l’Italie, l’Espagne et la Grèce ont dû cravacher pour remplir (ou presque) les critères d’entrée : dont un déficit inférieur à 3% du PIB et une dette publique inférieure à 60% du PIB ou qui tend vers cet objectif. Mais le jeu en vaut la chandelle : stabilité monétaire, garantie de la valeur de la deuxième monnaie de réserve du monde par la Banque centrale européenne (BCE), avantages pour les entreprises européennes... Une fois “qualifiés” pour l’euro, certains en profitent pour relâcher les efforts fournis et se laisser tirer par les bons wagons européens. La Grèce est de ceux-là. Les salaires grecs s’envolent au même rythme que se dégrade la compétitivité du pays. Qui plus est, Athènes joue sur le fait que personne n’est trop regardant sur l’état des comptes publics grecs,


et Scylla

plombés par le laxisme fiscal et l’économie souterraine, allégrement falsifiés. Une telle attitude va se payer cash, quand les vagues du tsunami financier déclenché outre-Atlantique à l’automne 2008 vont atteindre les rivages européens. Les Etats membres de l’Union doivent mettre la main à la poche pour renflouer leur secteur bancaire défaillant et éviter une crise systémique. Quand la crise économique s’ajoute à la crise financière, les Vingt-sept décident, en novembre 2008, d’ouvrir les vannes budgétaires pour financer des plans de relance et amortir le choc social – 200 milliards, à l’échelon européen. Les finances publiques européennes accusent le choc. Plus ou moins fort, selon les pays. Même si elle lance, à l’automne 2009, des procédures contre 20 pays membres pour déficit excessif, la Commission laisse la bride du pacte de stabilité sur le col des capitales. Momentanément. Car déjà les Européens en appellent à la conso-

lidation budgétaire, les uns visant l’horizon 2011, les autres 2012 ou 2013. Pour la Grèce, il apparaît rapidement que ce sera mission impossible, non seulement de ramener ses finances publiques à l’équilibre, mais d’empêcher qu’elles dérapent plus encore. Désigné Premier ministre le 6 octobre 2009, deux jours après la victoire du Pasok (Parti socialiste grec) aux législatives, le chef du nouveau gouvernement, George Papandreou, héritier d’une lignée de Premiers ministres, révèle, un mois plus tard que le déficit public grec pour 2009 sera de 12,7% du PIB. Soit le double ce qu’avait annoncé le précédent gouvernement. “Nous devons changer ou sombrer”, annonce Papandreou à la population grecque. Le projet de budget 2010 prévoit de ramener le déficit à 8,7% du PIB en 2010 et la dette de 121 à 113% du PIB. Mais les agences de notation ont tour à tour dégradé le rating de la Grèce, qui

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Ouverture | Crise de la zone euro

éprouve par conséquent de plus en plus de difficultés à emprunter sur les marchés financiers, qui exigent d’elle des taux d’intérêt supérieurs à 10% et l’entraînent dans le cercle vicieux d’une dette publique qui s’auto-alimente. Apparaît le spectre d’un défaut de paiement de la Grèce. Et avec lui, des inquiétudes sur la solidarité et la solidité de la zone euro, que les marchés financiers ne considèrent pas comme un tout, mais comme un assemblage de seize pièces, dont certaines – l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, et même la Belgique ou l’Italie – pourraient se révéler défectueuses. La déclaration du 11 février 2010 devrait suffire à ramener tout le monde à la raison, escomptent les Européens. Il n’en est rien. La crise grecque se poursuit. Papandreou regrette que ses partenaires aient tant tardé à manifester à la Grèce leur soutien qu’il trouve, de plus, bien timide. Et pour cause. L’Allemagne qui avait jadis accepté d’abandonner le fiable deutschmark pour l’euro, ne décolère pas que la monnaie unique puisse être menacée par les “cigales méditerranéennes”. Pour la chancelière Angela Merkel, il est hors de ques-

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tion de laisser accroire au contribuable allemand qu’il paiera pour la gabegie grecque. Surtout que sa coalition, formée de l’attelage chrétien-démocrate CDU/CSU et les libéraux du FPD – va devoir affronter une série de scrutin électoraux régionaux. “Une manifestation de solidarité rapide ne peut pas être la bonne réponse”, lance le 17 mars la chancelière devant le Bundestag, glissant au passage que la zone euro devrait pouvoir exclure un de ses membres “s’il ne remplit pas les conditions”. Suivez son regard. “Ceux qui sont insolvables doivent vendre tout ce qu’ils ont pour payer leurs créditeurs. La Grèce possède des bâtiments, des entreprises et des îles inhabitées, qui pourraient tous être utilisés pour résorber la dette”, estime pour sa part Josef Schlarmann, un député CDU. “On vous donne du fric, vous nous donnez Corfou”, résume le journal populaire allemand “Bild”. Berlin fait aussi valoir que les traités européens interdisent formellement le renflouement d’un Etat membre par l’Union. Puisque c’est comme ça, j’irai voir le Fonds monétaire international (FMI), glisse Papandreou, de passage à Bruxelles. L’idée déplaît à beaucoup de dirigeants européens, qui ne veulent pas donner l’impression que la zone euro est incapable de régler ses affaires seules. Fi-


nalement, confrontée à la pression des marchés mais aussi à celle de ses partenaires européens, qui lui reprochent ses atermoiements, Angela Merkel se rallie à l’idée d’un plan d’aides bilatérales européennes pour la Grèce, complétées par un soutien du FMI, lors du sommet extraordinaire des dirigeants de la zone euro qui se tient le 25 mars à Bruxelles. Un mois plus tard, le 23 avril, le gouvernement grec tire la sonnette d’alarme. Le plan de sauvetage est activé le 2 mai : 110 milliards d’euros, dont 80 milliards à charge des pays européens, seront versés à la Grèce, par tranches, pour lui permettre de reprendre son souffle, à l’abri des marchés pendant trois ans. Mais on n’a rien sans rien. D’abord, le taux d’intérêt, s’il est plus favorable que celui des marchés, oscille tout de même autour d’un solide 5%. Ensuite Athènes est prié par l’UE et le FMI de poursuivre un sévère programme de redressement budgétaire. La rue grecque gronde. Le 5 mai, lors d’une manifestation trois personnes meurent accidentellement dans l’incendie d’une banque. Malgré que l’Union soit venue au secours de la Grèce, la pression ne diminue par sur la zone euro pour autant,

et en particulier sur son versant sud. Les dirigeants de la zone euro se réunissent à Bruxelles le vendredi 7 mai, avant une réunion des Vingt-sept. Et s’accordent sur la nécessité de dresser une muraille pour protéger l’eurozone de tout risque de défaillance d’un de ses membres. “Lundi à l’ouverture des marchés, l’Europe sera prête à défendre l’euro”, déclare le Français Sarkozy. Parce que l’Europe le veut, mais aussi parce que le président américain Obama a téléphoné au Français et à Angela Merkel pour appeler les Européens à enrayer la contagion, au niveau mondial. Deux jours plus tard, les ministres des Finances de l’Union ficellent, aux petites heures de la nuit du dimanche 9 au lundi 10 mai, un fonds de secours européen. En avant-garde de ce fond vient le Mécanisme européen de stabilité financière, outil communautaire qui permet à la Commission de lever 60 milliards d’euros sur les marchés. Le gros des troupes est fourni par les Etats qui garantissent 440 milliards de prêts bilatéraux à la Facilité européenne de stabilité financière, une société ad hoc créée en droit luxembourgeois. L’arme est intergouvernementale et ne peut-être actionnée qu’en dernier recours, et à l’unanimité. Le FMI, de son côté, dépose 250 milliards d’euros sur la table. Total: 750 milliards d’euros pour un embryon de “Fonds monétaire européen”. Au-delà des montants, si l’on y regarde de plus près, on constate que la zone euro vient de vivre une petite révolution. Pour contourner la règle de no bail out, les Européens avancent le paragraphe 2 de l’article 122 du traité, qui prévoit “un soutien financier pour les Etats membres qui connaissent des difficultés en raison de circonstances exceptionnelles échappant à leur contrôle”. Comme par exemple, quand les marchés s’affolent. De son côté, la BCE a effectué un mouvement peu orthodoxe, mais décisif. A titre exceptionnel, elle décide de se porter acquéreur d’obligations d’Etats sur le marché secondaire pour parer à une nouvelle crise de liquidités. Après avoir été si longtemps réticente à ce que l’Europe vienne en aide aux Etats pris en défaut de laxisme budgétaire, l’Allemagne a fini par accepter de souscrire au plan de 750 milliards. “Si l’euro échoue, ce n’est pas seulement la monnaie qui échoue mais bien plus, c’est l’Europe qui échoue et avec elle l’idée de l’Union européenne”, admet publiquement Mme Merkel. Mais Berlin exige des contreparties : l’UE doit désormais travailler d’urgence au renforcement de la discipline budgétaire et les Etats membres mettre de l’ordre dans leurs comptes. A commencer par l’Espagne et le Portugal. C’est pourtant un autre pays, plus au nord, qui sera le premier à devoir faire usage du fond de secours : l’Irlande. (LLB 20 juin) Juillet 2011 - La Libre Mensuelle

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