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Belgique 6,50€ - Luxembourg 6,50€

N° 1187-1188-1189 du 1er au 21 août 2013 courrierinternational.com Belgique : 6,50 €

noir

Ils résistent à tout : à la modernité, aux scandales, aux républicains

AVEC CE NUMÉRO 32 PAGES SPÉCIALES

ÉGYPTE— LE CHOIX DES FRÈRES MUSULMANS SÉRIE D’ÉTÉ— ZAHI HAWASS, LE PHÉNIX DES ANTIQUITÉS MOZAMBIQUE— LA RUÉE VERS LE CHARBON

Etats-Unis Balade dans le zoo du Bronx

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Les monarques ne meurent jamais


100â‚Ź de rĂŠduction

sur toute l’Europe RÊservez votre vol dès le 15 juillet

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Sommaire

ÉDITORIAL JEAN-HÉBERT ARMENGAUD

A nos lecteurs Notre prochain numÊro paraÎtra le jeudi 22 aoÝt en kiosque. D’ici là, suivez l’actualitÊ et retrouvez le meilleur de la presse internationale sur notre site, qui, lui, ne s’arrête pas.

En couverture : —Photo Suzanne Plunkett/Reuters —Illustration supplÊment Miguel Gallardo —Photo Gus Powell

Ă  la une

LES MONARQUES NE MEURENTJAMAIS

Une abdication en Belgique, une naissance princière en Grande-Bretagne et voilà la planète qui se passionne à nouveau pour ces affaires royales. MalgrÊ les scandales, malgrÊ ses opposants, malgrÊ aussi une profonde rÊsistance à la modernitÊ, l’institution monarchique se maintient. Tour d’horizon de ces royaumes Êternels.

TIOUNINE

L

e choix d’Elisabeth II – plus exactement de son clone de cire du musĂŠe Madame Tussauds de Londres  – en couverture d’un numĂŠro de Courrier international consacrĂŠ aux monarchies dans le monde s’imposait. Doyenne des tĂŞtes couronnĂŠes europĂŠennes, la souveraine britannique incarne, plus que toutes les autres, le mystère de la longĂŠvitĂŠ d’une institution qui sent justement la cire et mĂŞme la naphtaline. Car ce système exige que le poste de chef d’Etat soit hĂŠrĂŠditaire : a priori une aberration dĂŠmocratique. Mais pourquoi changer une couronne qui gagne ? Valeur refuge de ses sujets, qui l’admirent plus qu’ils ne l’aiment, pilier de la nation, incarnation de l’Etat, Elisabeth II rassure et rassemble une sociĂŠtĂŠ en crise, qui a perdu conďŹ ance en son autre socle, le parlement de Westminster. Ses soixante et un ans de règne conďŹ rment que la monarchie anglaise est la reine de toutes les monarchies, comme l’avait senti Farouk Ier d’Egypte – avant le sacre d’Elisabeth – dans un casino de Deauville, brandissant les quatre rois d’un jeu de cartes : “Encore quelques annĂŠes et il n’y aura plus que cinq rois au monde : ceux de ce jeu de cartes et le roi d’Angleterre.â€? On en est encore loin, mais toutes les monarchies ne sont pas immortelles – Farouk, en sa tombe, en sait quelque chose. Ce qui est vrai outreManche ne l’est pas, par exemple, au-delĂ  des PyrĂŠnĂŠes. A Madrid, Juan Carlos, minĂŠ par les scandales comme un vulgaire homme politique, est sur un trĂ´ne ĂŠjectable. Et avec lui une couronne raďŹ stolĂŠe qui avait servi de ciment politique après la mort du dictateur Franco, il y a bientĂ´t quarante ans. Mais, lĂ -bas aussi, la monarchie rĂŠsiste encore.

p.34

p.6 TUNISIE

Ennahda, un coupable idĂŠal

s dans 7 jour le monde.

Le parti islamiste au pouvoir est dÊsignÊ comme le responsable des meurtres de Mohamed Brahmi et de Chokri Belaïd. L’analyse du site Leaders.

p.46

Signaux. La goutte d’eau qui fait dÊborder le vase

360°

p.48

Zahi Hawass,

l’Osiris des antiquitÊs L’archÊologue rÊgnait sans partage sur les trÊsors de l’Egypte. Jusqu’à la rÊvolution de 2011. Grandeur et dÊcadence (4/8)

p.24

Nicaragua. Tous ces canaux mènent à PÊkin

p.55 HISTOIRE

Un siècle après la construction de celui de PanamĂĄ, Managua vient d’annoncer la crĂŠation d’un grand canal interocĂŠanique, ďŹ nancĂŠ par la Chine, comme bien d’autres projets dans l’isthme.

SUR NOTRE SITE‌

Mystère aux Açores

www.courrierinternational.com MALI, ZIMBABWE Elections : les analyses de la presse africaine. HISTOIRE DĂŠbarquement de Dieppe : le sacriďŹ ce des Canadiens (Ă  paraĂŽtre le 19 aoĂťt). SÉRIES D’ÉTÉ Chaque semaine, le jeudi, un nouveau volet de nos deux sĂŠries. —Des animaux et des hommes : Les chats de Buenos Aires et les dragons de Komodo. —Grandeur et dĂŠcadence Rajat Gupta, le ďŹ nancier indiscret, et les frères Bourequat, trop près du pouvoir. Retrouvez-nous aussi sur Facebook, Twitter, Google+ et Pinterest.

‌ pendant l’ÊtÊ, l’actualitÊ continue

BRIDGEMAN

La reine des monarchies


         



Sommaire Les journalistes de Courrier international sÊlectionnent et traduisent plus de 1 500 sources du monde entier : journaux, sites, blogs. Ils alimentent l’hebdomadaire et son site courrierinternational.com. Les titres et les surtitres accompagnant les articles sont de la rÊdaction. Voici la liste exhaustive des sources que nous avons utilisÊes cette semaine : ABC Madrid, quotidien, Aftonbladet Stockholm, quotidien, Ahram Online Le Caire, en ligne, Ha’Aretz Tel-Aviv, quotidien, BBC Chinese Londres, en ligne, Bergens Tidende Bergen, quotidien, Bhutan Observer Thimbu, quotidien, Corriere della Sera Milan, quotidien, The Daily Telegraph Londres, quotidien, Expresso Lisbonne, hebdomadaire, El Faro (elfaro.net) San Salvador, en ligne, Financial Times Londres, quotidien, Foreign Policy Washington, bimestriel, Il Giornale Milan, quotidien, De Groene Amsterdammer Amsterdam, hebdomadaire, The Guardian Londres. quotidien, Guernica (guernicamag.com) New York, en ligne, Harper’s Magazine New York, mensuel, infoLibre (infolibre.es) Madrid, en ligne. Jutarnji List Zagreb, quotidien, Leaders (leaders.com.tn) Tunis, en ligne, Los Angeles Times Etats-Unis, quotidien, Mail & Guardian Johannesburg, quotidien, Mint New Delhi, quotidien, De Morgen Bruxelles, quotidien, La Nación Buenos Aires, quotidien, The Nation Bangkok, quotidien, The New York Times Etats-Unis, quotidien, Now. (now.mmedia.me/lb/ar) Beyrouth, en ligne, Ogoniok Moscou, hebdomadaire, El País Madrid, quotidien, La Presse MontrÊal, quotidien, La Repubblica Rome, quotidien, Saveur New York, mensuel, Smithsonian Magazine Washington, mensuel, The Spectator Londres, hebdomadaire, Sßddeutsche Zeitung Munich, quotidien, The Sunday Times Londres, hebdomadaire, Superinteressante BrÊsil, mensuel, Die Tageszeitung Berlin, quotidien, The Wall Street Journal New York, quotidien.

â†? Toutes nos sources Chaque fois que vous rencontrez cette vignette, scannez-la et accĂŠdez Ă  un contenu multimĂŠdia sur notre site courrierinternational.com (ici, la rubrique “Nos sourcesâ€?).

A la une

7 jours dans le monde 6. Tunisie. Assassinats politiques : Ennhada, coupable idÊal 8. Portrait. Robert Mugabe : prÊsident inamovible et roi de l’injure 9. Controverse. La littÊrature nous rend-elle meilleurs ?

D’un continent à l’autre —AFRIQUE 10. Mozambique. A Moatize, la malÊdiction du charbon

—ASIE 14. Chine. La case prison pour les citoyens engagÊs 15. Cambodge. Hun Sen, l’art de durer

—AMÉRIQUES 16. Etats-Unis. Le zoo du Bronx, miroir de la nature humaine

—MOYEN-ORIENT 19. Egypte. OÚ vont les Frères musulmans ? 20. Liban. La galaxie Hezbollah 21. IsraÍl. Shimon PÊrès lave propre à bon marchÊ

34. Les monarques ne meurent jamais

—AMÉRIQUE

Transversales

22. Canada. Chasseurs d’icebergs à la pelle et à la carabine 24. AmÊrique centrale. Tous ces canaux mènent à PÊkin

42. Economie. Deux visions opposÊes du dÊveloppement Il faut tempÊrer les excès du marchÊ

—EUROPE 25. Italie. Un ghetto sous les oliviers 26. MontÊnÊgro. La nouvelle Riviera russe 28. Bulgarie. Russie, une errance de chien 28. Espagne. Madrid en 2020 : un cauchemar

—FRANCE 29. Environnement. Les loups vont entrer dans Paris

44. Ecologie. Quand l’Europe pille l’or vert amÊricain 46. Signaux. Ces gouttes d’eau qui font dÊborder le vase

360º 48. Grandeur et dÊcadence 4/8. Zahi Hawass, l’Osiris des antiquitÊs

—BELGIQUE

48. Tendances. Non au capipitalisme

30. Rencontre avec un ufologue belge qui a les pieds sur terre 31.Énergie Pourquoi le parc ĂŠolien du banc Thornton, enďŹ n prĂŞt, a-t-il ĂŠtĂŠ pris de vitesse par des projets lancĂŠs ultĂŠrieurement

50. Culture. Si Tito m’Êtait contÊ‌ 52. Histoire. Mystère aux Açores

Le meilleur de la presse mondiale chaque jeudi chez vous ! TARIF ABONNEMENT + l’accès au site et à ses archives depuis 1997 Option 1

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12 mois 145 â‚Ź au lieu de 191,10 â‚Ź

ISSN n°1154-516X ImprimÊ en France/Printed in France RÊdaction 6-8, rue Jean-Antoine-de-Baïf, 75212 Paris Cedex 13 Accueil 33 (0)1 46 46 16 00 Fax gÊnÊral 33 (0)1 46 46 16 01 Fax rÊdaction 33 (0)1 46 46 16 02 Site web www.courrierinternational. com courriel lecteurs@courrierinternational.com Directeur de la rÊdaction Eric Chol RÊdacteurs en chef Jean-HÊbert Armengaud (16 57), Claire Carrard (Êdition, 16 58), Odile Conseil (web, 16 27) RÊdacteurs en chef adjoints Catherine AndrÊ (16 78), Raymond Clarinard (16 77), Isabelle Lauze (16 54). Assistante Dalila Bounekta (16 16) RÊdactrice en chef technique Nathalie Pingaud (16 25) Direction artistique Sophie-Anne Delhomme (16 31) Directeur de la communication et du dÊveloppement Alexandre Scher (16 15) Conception graphique Javier Errea Comunicación Europe Catherine AndrÊ (coordination gÊnÊrale, 16 78), Danièle Renon (chef de service adjointe Europe, Allemagne, Autriche, Suisse alÊmanique, 16 22), Gerry Feehily (Irlande, 19 70), Lucie Geroy (Italie, 16 86), Daniel Matias (Portugal, 16 34), Iwona Ostapkowicz (Pologne, 16 74), Marie BÊloeil (chef de rubrique France, 17 32), Iulia Badea-GuÊritÊe (Roumanie, Moldavie, 19 76), Wineke de Boer (Pays-Bas), Solveig Gram Jensen (Danemark, Norvège), Alexia Kefalas (Grèce, Chypre), Mehmet Koksal (Belgique), Kristina RÜnnqvist (Suède), Alexandre LÊvy (Bulgarie, coordination Balkans), Agnès Jarfas (Hongrie), Mandi Gueguen (Albanie, Kosovo), Miro Miceski (MacÊdoine), Martina Bulakova (RÊpublique tchèque, Slovaquie), Kika Curovic (Serbie, MontÊnÊgro, Croatie, Bosnie-HerzÊgovine), Marielle Vitureau (Lituanie), Katerina Kesa (Estonie), Russie, est de l’Europe Laurence Habay (chef de service, 16 36), Alda Engoian (Caucase, Asie centrale), Larissa Kotelevets (Ukraine) AmÊriques BÊrangère Cagnat (chef de service, AmÊrique du Nord, 16 14), Eric Pape (Etats-Unis, 16 95), Anne Proenza (chef de rubrique, AmÊrique latine, 16 76), Paul Jurgens (BrÊsil) Asie Agnès Gaudu (chef de service, Chine, Singapour, Taïwan, 16 39), Christine Chaumeau (Ase du Sud-Est, 16 24), Ingrid Therwath (Asie du Sud, 16 51), Ysana Takino (Japon, 16 38), Zhang Zhulin (Chine, 17 47), Elisabeth D. Inandiak (IndonÊsie), Jeong Eun-jin (CorÊes), Kazuhiko Yatabe (Japon) Moyen-Orient Marc SaghiÊ (chef de service, 16 69), Hamdam Mostafavi (Iran, 17 33), Hoda Saliby (16 35), Pascal Fenaux (IsraÍl), Philippe Mischkowsky (pays du Golfe), Pierre Vanrie (Turquie) Afrique Ousmane Ndiaye (chef de rubrique, 16 29), Hoda Saliby (Maghreb, 16 35), Chawki Amari (AlgÊrie), Sophie Bouillon (Afrique du Sud) Economie Pascale Boyen (chef de service, 16 47) Sciences Anh Hoà Truong (chef de rubrique, 16 40) Magazine Isabelle Lauze (16 54) Insolites Claire Maupas (chef de rubrique, 16 60) Ils et elles ont dit Iwona Ostapkowicz (chef de rubrique, 16 74) Site Internet Hamdam Mostafavi (chef des informations, 17 33), Catherine Guichard (rÊdactrice, 16 04), Pierrick Van-ThÊ (webmestre, 16 82), Mathilde Melot, Albane Salzberg (marketing) Agence Courrier Sabine Grandadam (chef de service, 16 97) Traduction Raymond Clarinard (rÊdacteur en chef adjoint, 1677), Natalie Amargier (russe), Catherine Baron (anglais, espagnol), Isabelle Boudon (anglais, allemand), Françoise Escande-Boggino (japonais, anglais), Caroline Lee (anglais, allemand, corÊen), Françoise Lemoine-Minaudier (chinois), Julie Marcot (anglais, espagnol, portugais), Daniel Matias (portugais), Marie-Françoise Monthiers (japonais), Mikage Nagahama (japonais), Ngoc-Dung Phan (anglais, italien, vietnamien), Olivier Ragasol (anglais, espagnol), Danièle Renon (allemand), MÊlanie Sinou (anglais, espagnol), Leslie Talaga RÊvision Jean-Luc Majouret (chef de service, 16 42), Marianne Bonneau, Philippe Czerepak, Fabienne GÊrard, Françoise Picon, Philippe Planche, Emmanuel Tronquart (site Internet) Photographies, illustrations Pascal Philippe (chef de service, 16 41), Lidwine Kervella (16 10), StÊphanie Saindon (16 53) Maquette Bernadette Dremière (chef de service), Catherine Doutey, Nathalie Le DrÊau, Gilles de Obaldia, Josiane Petricca, Denis Scudeller, Jonnathan Renaud-Badet, Alexandre Errichiello, CÊline Merrien (colorisation) Cartographie Thierry GauthÊ (16 70) Infographie Catherine Doutey (16 66) Calligraphie HÊlène Ho (Chine), Abdollah Kiaie (Inde), Kyoko Mori (Japon) Informatique Denis Scudeller (16 84) Directeur de la production Olivier MollÊ Fabrication Nathalie Communeau (directrice adjointe), Sarah TrÊhin (responsable de fabrication). Impression, brochage Maury, 45330 Malesherbes Ont participÊ à ce numÊro Torunn Amiel, Virgilio Azevedo, Hano Baumfelder, Gilles Berton, Jean-Baptiste Bor, ValÊrie Brunissen, Isabelle Bryskier, Anastazia Dupuy, Roman Eftimescu, ChloÊ Emmanouilidis, Manon Flausch, Nicolas Fresneau, Violette Giang, Marion Gronier, Mira Kamdar, Baptiste Laerrerie, Antonin Lambert, Camilo Moreno, Valentine Morizot, ChloÊ Paye, Corentin Pennarguear, Laura Rodriguez, Isabelle Rosselin, HÊlène Rousselot, Isabelle Taudière, Marine Zambrano SecrÊtaire gÊnÊral Paul Chaine (17 46). Assistantes : Natacha Scheubel (16 52), Sophie NÊzet (partenariats, 16 99), Sophie Jan. Gestion : Julie Delpech (responsable, 16 13). ComptabilitÊ : 01 48 88 45 02. Responsable des droits Dalila Bounekta (16 16). Ventes au numÊro Responsable publications : Brigitte Billiard. Direction des ventes au numÊro : HervÊ Bonnaud. Chef de produit : JÊrôme Pons (0 805 05 01 47, fax : 01 57 28 21 40). Diffusion internationale : Franck-Olivier Torro (01 57 28 32 22). Promotion Christiane Montillet Marketing Sophie Gerbaud (directrice, 16 18), VÊronique Lallemand (16 91), Lucie Torres (17 39), Romaïssa Cherbal (16 89).

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EditÊ par Courrier international SA, sociÊtÊ anonyme avec directoire et conseil de surveillance au capital de 106 400 ₏. Actionnaire La SociÊtÊ Êditrice du Monde. PrÊsident du directoire, directeur de la publication : Antoine Laporte. Directeur de la rÊdaction, membre du directoire :Eric Chol. Conseil de surveillance : Louis Dreyfus, prÊsident. DÊpôt lÊgal Juillet 2013. Commission paritaire n° 0712c82101.

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GEIE COURRIER INTERNATIONAL EBL COURRIER INTERNATIONAL pour la Belgique et le Grand DuchÊ de Luxembourg est commercialisÊ par le GEIE COURRIER INTERNATIONAL EBL qui est une association entre la sociÊtÊ anonyme de droit français COURRIER INTERNATIONAL et la sociÊtÊ anonyme de droit belge IPM qui est l’Êditeur de La Libre Belgique et de La Dernière Heure Les Sports. Co-gÊrant Antoine Laporte Co-gÊrant et Êditeur responsable François le Hodey Directeur gÊnÊral IPM Denis Pierrard Direction logistique IPM Christian De Coster Coordination rÊdactionnelle Gilles Milecan et Pierre Gilissen

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7 jours dans le monde. TUNISIE

Assassinats politiques : Ennahda, coupable idÊal Le parti islamiste au pouvoir est dÊsignÊ comme le responsable des meurtres de Mohamed Brahmi et de Chokri Belaïd. Le site Leaders dÊcortique cette hypothèse en quatre points.

—Leaders (extraits) Tunis

[AssemblĂŠe nationale constituante] et les ďŹ gures d’Ennahda. On ne peut nier remier niveau de lecture, le plus qu’à chaque fois le gouvernement et le ĂŠvident, le plus facile, le plus dĂŠma- parti sont fortement ĂŠbranlĂŠs. Donc, gogique : le coupable est Ennahda ! pourquoi Ennahda, qui a tout Ă  perdre C’est le scĂŠnario soutenu par les familles, de ces ĂŠvĂŠnements, en serait-il l’auteur ? partis et proches des deux victimes. C’est BelaĂŻd et Brahmi sont plus dangereux ĂŠgalement la position d’autres partis de morts que vivants pour ce mouvement. l’opposition et d’une grande partie de la Ennahda serait-il suďŹƒsamment ingĂŠnu sociĂŠtĂŠ civile. Le raisonnepour creuser sa propre tombe ment est simple : Chokri et susciter la colère de popuBelaĂŻd [assassinĂŠ le 6 fĂŠvrier] lations entières ? Cela est peu comme Mohamed Brahmi probable. [assassinĂŠ le 25 juillet] ĂŠtaient Troisième niveau de lecde fervents opposants au parti ture : chaque parti, et Ennahda ANALYSE le premier, prĂŠpare sa camau pouvoir, dĂŠnonçant sans relâche les faiblesses et la pagne ĂŠlectorale [le Premier mauvaise gouvernance de la troĂŻka en ministre a proposĂŠ que les ĂŠlections aient gĂŠnĂŠral [les trois partis qui se partagent lieu le 17 dĂŠcembre ; jusqu’alors, elles le pouvoir : Ennahda, le Congrès pour restaient prĂŠvues mais Ă  une date indĂŠla RĂŠpublique (CPR), gauche nationaliste, terminĂŠe]. Si nous tentions un bref procès et Ettakatol, gauche] et d’Ennahda en purement populiste de ce parti, nous particulier, s’attelant Ă  “ouvrir les yeuxâ€? conclurions très rapidement Ă  un constat aux Tunisiens sur l’hypocrisie et l’in- sans appel : “DĂŠfenseur de l’islam et des compĂŠtence des dirigeants nahdaouis. valeurs morales, mais incompĂŠtent dans Ce parti chercherait donc Ă  liquider des la gestion des aaires publiques, laxiste opposants gĂŞnants et acharnĂŠs. et complaisant avec les salaďŹ stes et autres Deuxième niveau de lecture : les pre- extrĂŠmistesâ€?. L’homme de la rue ne parmiers Ă  faire les frais de ces deux assas- donne ni les ĂŠvĂŠnements de l’ambassinats sont indiscutablement la troĂŻka sade des Etats-Unis [le 14 septembre mais aussi, et surtout, Ennahda. Le 2012, une attaque perpĂŠtrĂŠe par des islameurtre de Chokri BelaĂŻd a valu son mistes a fait quatre morts et des dizaines poste au Premier ministre [Hamadi Jebali, de blessĂŠs] ni ceux de Chaambi [la traque issu du parti Ennahda, il a dĂŠmissionnĂŠ de djihadistes retranchĂŠs dans cette le 19 fĂŠvrier]. Celui de Mohamed Brahmi montagne a fait plusieurs victimes dans a soulevĂŠ les masses, ĂŠveillĂŠ l’acharne- les rangs de l’armĂŠe et de la garde natioment des opposants, retournĂŠ l’opinion nale depuis avril]. Ni les morts gratuites publique contre le gouvernement, l’ANC de LotďŹ Nagdh [ďŹ gure du parti de

P

↙ Dessin de Haddad paru dans Al-Hayat, Londres. l’opposition Nidaa Tounes, il a ĂŠtĂŠ battu Ă  mort le 18 octobre 2012 par des membres de la Ligue de protection de la rĂŠvolution, proche d’Ennahda], BelaĂŻd, Brahmi ni la circulation d’armes un peu partout‌ Ennahda est le premier Ă  ĂŞtre conscient de cette ĂŠvaluation et Ă  mesurer ses consĂŠquences. L’urgence est donc de marquer les distances avec la nĂŠbuleuse extrĂŠmiste, de sacriďŹ er ces salaďŹ stes non seulement encombrants mais de surcroĂŽt ingrats ! La solution est machiavĂŠlique mais toute trouvĂŠe : se dĂŠbarrasser des opposants par le bras salaďŹ ste [celui qui est suspectĂŠ d’avoir tirĂŠ sur Brahmi et BelaĂŻd est un salaďŹ ste], prendre le risque dans un premier temps de mĂŠcontenter l’opinion publique, conclure Ă  la culpabilitĂŠ djihadiste et se dĂŠbarrasser d’un seul et mĂŞme coup des deux rivaux, en raant au passage la reconnaissance de l’homme de la rue : pour le moins ingĂŠnieux et très possible ! Quatrième niveau de lecture : convenons d’abord qu’il y a Ennahda et Ennahda. Le parti compte plusieurs tendances que nous rĂŠsumerons sommairement en l’aile dure et l’aile modĂŠrĂŠe. Souvenons-nous que l’aile dure d’Ennahda entretient, sans se cacher, des relations conďŹ rmĂŠes avec les diÊrentes mouvances salaďŹ stes et extrĂŠmistes, avec lesquelles elle partage d’ailleurs nombre de principes et de convictions. Partant de lĂ , l’hypothèse d’une guerre fratricide n’est pas Ă  exclure dans l’aaire des assassinats politiques : commanditer les meurtres, les faire exĂŠcuter par les alliĂŠs salaďŹ stes, saborder l’aile modĂŠrĂŠe et rester enďŹ n seul maĂŽtre Ă  bord ! Quel que soit le scĂŠnario, on relèvera que trois hypothèses sur quatre amènent Ă  conclure qu’Ennahda n’est pas ĂŠtranger aux meurtres de BelaĂŻd et de Brahmi, sans compter celui de Nagdh. On ne prĂŞte qu’aux riches : Ennahda est au pouvoir. Coupable, peut ĂŞtre pas ; responsable, certainement ! —Radhi Meddeb* PubliĂŠ le 27 juillet * PrĂŠsident de l’Institut de prospective ĂŠconomique du monde mĂŠditerranĂŠen.

SOURCE

220 000 C’est le nombre de Colombiens morts en cinquante-cinq ans de conit dans le pays, entre 1958 et 2013. Ce chire provient d’un rapport remis le 24 juillet au gouvernement colombien par le “Groupe de la mĂŠmoire historiqueâ€?, qui a passĂŠ cinq ans Ă  collecter ces donnĂŠes. Ces 434 pages contiennent des chires qui donnent la chair de poule. Outre les morts – 80 % sont des civils –, il recense 4,7 millions de dĂŠplacĂŠs, 25 000 disparus, 6 400 enfants recrutĂŠs par les groupes armĂŠs, près de 2 000massacres, dont 59 % commis par les groupes paramilitaires, 17 % par les guĂŠrillas et 8 % par l’Etat‌ “Une radiographie de notre sauvagerie domestique perpĂŠtrĂŠe – quel paradoxe ! – en pĂŠriode dĂŠmocratiqueâ€?, soupire El Espectador.

DiffĂŠremment payĂŠs ÉTATS-UNIS — “Les secteurs oĂš la compĂŠtition est impitoyable et les syndicats faibles ont vu les salaires rĂŠduits jusqu’à l’os ; dans le secteur minier [oĂš les syndicats sont forts], c’est une autre histoire.â€? C’est en ces termes que Bloomberg Business Week commente le graphique ci-dessous. Utilisant la mĂŞme source gouvernementale (le Bureau amĂŠricain des statistiques du travail), USA Today prĂŠcise que le taux de syndicalisation (11,3 % en 2012) n’a jamais ĂŠtĂŠ aussi faible dans le pays depuis 1936.

ProductivitĂŠ et salaires aux Etats-Unis (ĂŠvolution entre 2001 et 2011, en %) productivitĂŠ

MÉTIERS DE L'EXPLOITATION MINIĂˆRE

+ 24 + 181

EXTRACTION DE PÉTROLE ET DE GAZ

– 15

VENTE EN GROS

– 17

(produits ĂŠlectroniques)

LEADERS Tunis, Tunisie Webzine www.leaders.com.tn CrĂŠĂŠ en 2008, ce site en français se veut ouvert aux “opinions et blogs qui favorisent la pluralitĂŠ des points de vue et suscitent les ĂŠchangesâ€?. Il publie de nombreuses analyses politiques et ĂŠconomiques sur la Tunisie.

salaires

‌ les grands gagnants

+ 119

+ 104

‌ les grands perdants VENTE AU DÉTAIL (produits Êlectroniques et appareils ÊlectromÊnagers)

+ 227 +4 + 137

VENTE PAR CORRESPONDANCE FABRICATION DE PRODUITS ÉLECTRONIQUES

+ 34 + 82 – 17

SOURCES : “BLOOMBERG BUSINESS WEEKâ€?, BUREAU AMÉRICAIN DES STATISTIQUES DU TRAVAIL


         

 



LA CARTE DE LA SEMAINE

BHOUTAN — Dorji Choden, 53 ans, est la première femme à obtenir un portefeuille ministÊriel dans ce petit pays qui vient, pour la deuxième fois de son histoire, d’Êlire un nouveau Parlement. NommÊe ministre du Travail et du DÊveloppement humain dans le nouveau gouvernement formÊ par le Parti dÊmocratique du peuple, elle est aussi, remarque le Bhutan Observer, la première femme bhoutanaise ayant un diplôme d’ingÊnieur ; elle a ÊtudiÊ en Inde et aux Etats-Unis.

didat Ă  un siège au ComitĂŠ permanent du bureau politique du Parti communiste chinois, la plus haute instance politique Ă  PĂŠkin avant le secrĂŠtariat gĂŠnĂŠral, qui a ĂŠtĂŠ renouvelĂŠe Ă  l’automne 2012. La date du procès n’a pas ĂŠtĂŠ annoncĂŠe, mais il a lieu habituellement dans les semaines suivant l’inculpation. Des informations circulant Ă  Hong Kong ĂŠvoquaient la ďŹ n aoĂťt. (voir aussi p. 14)

ÉGYPTE

MAURITANIE

Soutenir les lanceurs d’alerte

Bo Xilai bientĂ´t jugĂŠ

SÉNÉGAL GAMBIE GUINÉE-BISSAU GUINÉE SIERRA LEONE LIBERIA

MALI

NIGER

ÉRYTHRÉE SOUDAN

TCHAD

DJIBOUTI

1. 3. 2. CÔTE GHANA D'IVOIRE

NIGERIA

SOUDAN RÉP. CENTRAFR. DU SUD

CAMEROUN

OUGANDA

Pourcentage de ďŹ lles et de femmes âgĂŠes de 15 Ă  49 ans ayant subi une excision (2013) 98 %

CHINE — Près d’un an après avoir

ĂŠtĂŠ dĂŠmis de ses fonctions et emprisonnĂŠ, l’ancien chef du Parti de la ville de Chongqing “a ĂŠtĂŠ inculpĂŠ le 25 juillet par le parquet de Jinan, capitale de la province du Shandong [est de la Chine], pour corruption active, dĂŠtournement de fonds et abus de pouvoirâ€?, prĂŠcise Xinhua, l’agence oďŹƒcielle chinoise. Avant son arrestation, en aoĂťt dernier, Bo Xilai ĂŠtait can-

L’excision en Afrique : moins mais encore trop

ÉTHIOPIE

KENYA

TANZANIE

80 % 50 % 25 % 10 %

DANEMARK — Une majoritÊ par-

lementaire de centre gauche veut renforcer le soutien apportĂŠ aux fonctionnaires prĂŞts Ă  dĂŠnoncer la corruption. Selon Michael Gøtze, professeur de droit Ă  l’universitĂŠ de Copenhague, citĂŠ par le quotidien Berlingske, cette loi devrait renforcer la libertĂŠ d’expression des fonctionnaires, en principe assurĂŠe par la Constitution danoise et par la Convention europĂŠenne des droits de l’homme, mais en principe seulement : “Les tĂŠmoignages montrent que beaucoup de fonctionnaires ne se sentent pas libres de leurs actes.â€?

1% Pas de donnĂŠes AbrĂŠviations : 1 Burkina Faso, 2 Togo, 3 BĂŠnin.

C’est une demi-bonne nouvelle : “les adolescentes risquent moins que leurs aĂŽnĂŠes d’être excisĂŠesâ€? dans les 27 pays d’Afrique oĂš cette pratique persiste, note The New York Times en rendant compte des chires publiĂŠs le 22 juillet par l’Unicef. Si elle rĂŠvèle des situations terribles – 98 % des femmes mutilĂŠes en Somalie, 91 % en Egypte –, cette enquĂŞte montre toutefois que cette pratique est en baisse dans certains pays, au Kenya et en RĂŠpublique centrafricaine notamment. Et elle met aussi en avant un changement gĂŠnĂŠrationnel : en Egypte, par exemple, un tiers “seulementâ€? des adolescentes interrogĂŠes pensent que ces mutilations doivent persister, contre deux tiers pour leurs aĂŽnĂŠes. Trente millions de ďŹ llettes ou d’adolescentes devraient ĂŞtre excisĂŠes dans le monde au cours de la prochaine dĂŠcennie.

ILS PARLENT DE NOUS

↗ RUDOLF BALMER, Die Tageszeitung (Berlin) —Dans une première rÊaction spontanÊe, je serais tentÊ de plaider le droit à la paresse, naguère dÊfendu par le gendre de Karl Marx, Paul Lafargue. On n’a jamais trop de vacances, de temps libre pour s’Êpanouir ! Le travail reste pour la plupart des contemporains synonyme de contrainte, d’exploitation et

DR

“Les vacances, un bonheur françaisâ€? Une fois n’est pas coutume, nous interrogeons cette semaine plusieurs correspondants de la presse ĂŠtrangère avec une seule question : les Français ont-ils trop de vacances ?

SOMALIE

SOURCES : “THE NEW-YORK TIMES�, UNICEF

Une femme ministre, première  !

de soumission. Ceux qui, de l’Êtranger, pensent que les Français auraient trop de vacances ne sont que des envieux ! Après, la triste rĂŠalitĂŠ nous rattrape et nous oblige Ă  nous poser des questions sĂŠrieuses : face Ă  la crise, au dĂŠďŹ cit des comptes sociaux, est-il raisonnable de demander plus de temps libre ? Mais, enďŹ n, on a toujours au moins le droit de rĂŞver. Et cela surtout pendant les vacances. ↗ ZHENG RUOLIN, Wenhui Bao (Shanghai) —Oui, absolument ! Surtout Ă  l’Êpoque de la mondialisation. Trente jours en moyenne pour les Français, c’est plus que les autres EuropĂŠens (vingt-six jours), sans parler

des travailleurs des pays ĂŠmergents, qui ont souvent moins de quinze jours, comme en Chine si vous avez moins de vingt ans d’anciennetĂŠ. Un salariĂŠ dĂŠbutant chinois a droit Ă  cinq jours de vacances lors de sa première annĂŠe de travail. Ensuite, il lui faut avoir travaillĂŠ dix ans pour obtenir‌ dix jours de vacances. Pourtant ce n’est pas Ă  la France de changer les règles, mais aux autres pays de rattraper leur “retardâ€? dans ce domaine. Car si les vacances ne sont pas synonyme de bonheur, le bonheur – surtout le bonheur familial – serait impossible sans les vacances. Les vacances, c’est le progrès de l’humanitĂŠ, mais aussi le droit des travailleurs.

â†? JOHN LICHFIELD, The Independent (Londres) —Oui et non. Oui, l’annĂŠe scolaire est trop courte en France et les vacances sont ridiculement longues. Oui, la France est le seul pays d’Europe oĂš rien de sĂŠrieux ne semble pouvoir se faire au mois d’aoĂťt. Non, parce que, d’après les chires oďŹƒciels, les Français ne prennent pas plus de vacances que les Allemands ou les Britanniques. En fait, les Français peuvent ĂŞtre ĂŠtonnamment durs avec eux-mĂŞmes. Cette annĂŠe, le 14 juillet est tombĂŠ un dimanche et il n’y a pas eu de jour fĂŠriĂŠ de compensation le 15. En Angleterre, il y en aurait eu. Ce qui fait la particularitĂŠ de la France, c’est la semaine de trente-cinq heures et tous les RTT, ponts et autres viaducs que cela crĂŠe. Reste Ă  savoir combien de temps cela peut durer avec la mondialisation. Depuis seize ans que je vis en France, j’ai une certaine sympathie pour le point de vue français. L’art de vivre* Ă  la française est l’une des raisons pour lesquelles tant d’Êtrangers veulent passer leurs vacances en France. * En français dans texte.




         

 

ILS/ELLES ONT DIT

Robert Mugabe PrÊsident inamovible et roi de l’injure

—Mail & Guardian (extraits) Johannesburg

A

près trente-trois ans de pouvoir, le discours de Robert Mugabe reste entachĂŠ de mots abjects : guerre, batailles, conquĂŠrir, ĂŠcraser l’ennemi et autres termes innommables. Il ne semble pas connaĂŽtre d’autre lexique. Faute d’idĂŠes, les campagnes politiques de Robert Mugabe n’ont rien Ă  voir avec la proposition de nouveaux programmes nationaux. Si le droit du Zimbabwe interdit aux citoyens d’insulter le prĂŠsident, ce dernier en revanche a le droit d’insulter les autres. Et la frontière entre critique et insulte est extrĂŞmement poreuse si l’on en juge par l’enthousiasme des personnes chargĂŠes de manifester de la colère en son nom : les membres de la police et les agents secrets. Des dizaines de civils ont ainsi ĂŠtĂŠ arrĂŞtĂŠs et traĂŽnĂŠs devant les tribunaux pour les reproches les plus insigniďŹ ants adressĂŠs au prĂŠsident. Les propos incriminĂŠs sont variĂŠs, simples blagues sur le fait que Son Excellence n’est pas si excellente ou critiques sĂŠrieuses sur le rĂ´le qu’a jouĂŠ Robert Mugabe dans l’eondrement de l’Êconomie nationale et la destruction du tissu socioculturel du pays. D’un homme âgĂŠ, on pourrait attendre une certaine retenue, signe de la sagesse acquise avec les annĂŠes et l’expĂŠrience. Mais, lorsque Mugabe se retrouve – politiquement – au pied du mur, il ne fait pas valoir ses arguments de façon rationnelle. Il injurie violemment ceux qu’il soupçonne de l’avoir placĂŠ dans une position inconfortable. Ses rĂŠserves de vocabulaire abject ne semblent pas connaĂŽtre de limites. Il y a quelques semaines, il a qualifiĂŠ la diplomate sudafricaine Lindiwe  Zulu [conseillère du prĂŠsident Jacob Zuma en matière de relations internationales] de “femme des rues stupide et idioteâ€? parce qu’elle insistait pour que le prĂŠsident zimbabwĂŠen [qui a dĂŠcidĂŠ de la date des ĂŠlections de manière unilatĂŠrale] respecte l’accord conclu avec l’opposition.

explique Khaled Gadallah, mÊdiaplanneur à l’agence Tonic International, installÊe à Dubaï, (Emirats arabes unis), à propos des recettes publicitaires engrangÊes à l’occasion du ramadan. (CNN, Atlanta)

A la veille de la prĂŠsidentielle du 31 juillet, tout laissait penser qu’il serait rĂŠĂŠlu Ă  la tĂŞte du Zimbabwe. Sa campagne a pourtant ĂŠtĂŠ marquĂŠe par une absence totale de propositions et par des propos orduriers dirigĂŠs contre ceux qui lui dĂŠplaisent. En tant que dirigeant suprĂŞme de la nation, il s’estime au-dessus de sa propre parole. Recevoir des instructions sur la façon de se comporter de la part d’une femme, jeune qui plus est, l’a mis hors de lui. Il a donc choisi de l’insulter, pendant que les problèmes qu’elle a soulevĂŠs sont restĂŠs sans solution. Dans la langue shona [la plus utilisĂŠe au Zimbabwe], “femme des ruesâ€? signiďŹ e en rĂŠalitĂŠ prostituĂŠe et Robert Mugabe est parfaitement conscient de l’insinuation. Il est absolument opposĂŠ Ă  l’idĂŠe de traiter une femme en ĂŠgale. Cet ĂŠternel patriarche semble penser que l’unique rĂ´le d’une femme est d’être une ĂŠpouse et une machine Ă  faire des enfants. Il a menacĂŠ de jeter les lesbiennes en prison si elles ne se fĂŠcondent pas entre elles. La diplomatie n’a jamais fait partie des points forts de Robert Mugabe. Condoleeza Rice, ancienne secrĂŠtaire d’Etat amĂŠricaine et par consĂŠquent la diplomate la plus haut placĂŠe des Etats-Unis, a ĂŠgalement fait les frais de la vulgaritĂŠ du prĂŠsident zimbabwĂŠen. Il a eu le culot de l’appeler “la petite esclaveâ€?

Robert Mugabe, 89 ans, dirige le Zimbabwe depuis trente-trois ans – comme Premier ministre entre 1980 et 1987, comme prĂŠsident ensuite. Au ďŹ l des ans, le hĂŠros de la dĂŠcolonisation est devenu un autocrate qui a laminĂŠ l’opposition, pillĂŠ son pays et truquĂŠ les ĂŠlections.

↙ Dessin de Riber, Suède.

INDIGNÉ

car, pour lui, elle sert son maĂŽtre blanc sans rÊÊchir, avec soumission et docilitĂŠ. C’est l’insulte la plus cruellement vulgaire que l’on puisse iniger Ă  un Africain-AmĂŠricain. Elle rappelle l’inďŹ nie tristesse des souffrances inigĂŠes jadis aux esclaves par les dirigeants d’Afrique noire et les marchands d’esclaves blancs. Les dĂŠclarations de Robert Mugabe montrent son ignorance totale des aberrations de l’Histoire et des responsabilitĂŠs qui incombent aujourd’hui aux dirigeants africains. Sa dĂŠclaration insulte tous les Noirs qui ont souert de l’esclavage et de ses consĂŠquences. MĂŞme les gens les moins au fait de l’histoire du peuple noir seront choquĂŠs par son insensibilitĂŠ. Le comble est atteint lorsque la première dame – Grace Mugabe, dĂŠpensière en chef – s’en mĂŞle, comme elle l’a fait mi-juillet en qualiďŹ ant Morgan Tsvangirai [Premier ministre et principal opposant de Mugabe, candidat Ă  la prĂŠsidentielle] de “laidâ€?, comme si les ĂŠlections ĂŠtaient un concours de beautĂŠ. Pendant que la pauvretĂŠ accable la population, le prĂŠsident est occupĂŠ Ă  inventer de nouvelles insultes. A l’approche de cette ĂŠlection cruciale, nous aurions prĂŠfĂŠrĂŠ des idĂŠes neuves et des propositions pour faire avancer le pays. —Chenjerai Hove* PubliĂŠ le 23 juillet

“Le niveau des salaires en Grande-Bretagne est tellement bas que c’en est scandaleux.â€? John Sentamu, archevĂŞque de York, prĂŠsidera pendant un an une commission qui planchera sur le concept de “salaire dĂŠcentâ€?. (The Observer, Londres)

FERME

“Nous maintenons nos plaintes devant les organisations internationales pour empĂŞcher qu’une telle situation ne se rĂŠpète dans le futur.â€? Le prĂŠsident de la Bolivie, Evo Morales a, malgrĂŠ tout, acceptĂŠ les excuses de ses homologues français, italien, espagnol et portugais. Les quatre pays lui avaient interdit de survoler leur territoire le 2 juillet, les Etats-Unis soupçonnant Edward Snowden d’être Ă  bord de son avion. (PĂĄgina Siete, La Paz)

FERVENT

“Je refuserais d’aller au paradis si c’Êtait [un endroit] homophobeâ€?, a dĂŠclarĂŠ Desmond Tutu, archevĂŞque anglican d’Afrique du Sud et laurĂŠat du prix Nobel de la paix, au Cap, le 26 juillet, lors du lancement de la campagne pour la promotion des droits des homosexuels, parrainĂŠe par les Nations unies. “Je suis aussi passionnĂŠ par cette campagne que je l’Êtais contre l’apartheidâ€?, assure le prĂŠlat Ă  la retraite, âgĂŠ de 81 ans. (BBC, Londres)

* Ecrivain, poète, essayiste, c’est l’un des plus grands noms de la littÊrature zimbabwÊenne. Fervent dÊfenseur des droits de l’homme et opposant virulent à Robert Mugabe, Chenjerai Hove a ÊchappÊ à plusieurs tentatives d’assassinat. Il vit en exil, entre l’Europe et les Etats-Unis, depuis 2001.

LOCAL

“Nous n’avons que faire de visas pour faire du tourisme. Tout ce que nous faisons, c’est nous rendre au sud [du Liban], dans la vallĂŠe de la Bekaa et en montagne.â€? Hassan

PHOTOS DR

ILS FONT L’ACTUALITÉ

RAVI

“C’est comme le Super Bowl et NoĂŤl en mĂŞme temps, sauf qu’au lieu de durer une semaine ou dix jours ça dure un moisâ€?,

Nasrallah, secrÊtaire gÊnÊral du Hezbollah, à propos de la dÊcision de l’Union europÊenne d’inscrire la branche armÊe du Hezbollah sur sa liste des organisations terroristes. (L’Orient-Le Jour, Beyrouth)


         

 



CONTROVERSE

La littÊrature nous rend-elle meilleurs ? S’immerger dans Proust, guerroyer au côtÊ de Tolstoï ou vibrer avec Jane Austen renforce-t-il nos qualitÊs humaines ? Le texte ci-dessous, plutôt sceptique, a lancÊ un pavÊ dans la mare et suscitÊ bien des rÊactions.

NON

Ou, en tout cas, cela reste à prouver —The New York Times (extraits) New York

J

e suppose que vous serez d’accord avec moi pour dire que la frĂŠquentation de ďŹ ctions littĂŠraires stimulantes pour l’intellect est bonne pour nous. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous dĂŠplorons le nivellement par le bas des programmes scolaires et l’essor d’Internet et de sa culture de l’hyperlien. Peut-ĂŞtre ne lisons-nous pas tous de la “grande littĂŠratureâ€?, mais nous pouvons nous sentir coupables de ne pas le faire et penser que c’est l’une des choses qui nous empĂŞchent de franchir la barre de l’excellence. ConnaĂŽtre l’histoire d’Anna KarĂŠnine, des bonnes gens de Middlemarch [de George Eliot] ou de Marcel Proust ne permettraitil pas de dĂŠvelopper notre imagination et d’aďŹƒner notre sensibilitĂŠ morale et sociale ? Maintenant, si quelqu’un vous demandait des preuves ĂŠtayant cette aďŹƒrmation, j’imagine que vous rĂŠagiriez en posant l’une des questions suivantes, voire les deux. La première serait : “Pourquoi aurait-on besoin de prouver quelque chose d’aussi ĂŠvident ?â€? Et la seconde : “Quel type de preuve voulez-vous ?â€? RĂŠpondre Ă  la première est facile : s’il n’existe aucune preuve – mĂŞme indirecte – de la puissance civilisatrice de la ďŹ ction littĂŠraire, nous ne devons pas prĂŠsumer qu’elle existe. Vous direz peut-ĂŞtre qu’il y a des questions auxquelles on peut apporter une rĂŠponse satisfaisante autrement qu’en ayant recours Ă  des preuves : en invoquant la foi, par exemple. Mais, s’il existe des questions de ce type, je suis sĂťr que personne ne pensera que celleci en fait partie. Quel type de preuve pourrions-nous fournir ? Eh bien, nous pourrions donner des exemples prĂŠcis de personnes devenues plus aimantes et plus sages grâce Ă  leur contact avec la littĂŠrature. Mais pouvez-vous ĂŞtre sĂťr que cet ami si intelligent, gĂŠnĂŠreux, attentif aux autres et qui lit Proust est devenu cet homme-lĂ  en partie Ă  cause de ses lectures ? Est-ce que ce ne pourrait pas ĂŞtre le contraire ? Que les gens brillants, comprĂŠhensifs et socialement compĂŠtents aient plus d’inclination que les autres Ă  goĂťter les tableaux complexes des interactions humaines que l’on trouve dans la littĂŠrature ? Il y a un argument frĂŠquemment utilisĂŠ par ceux qui rĂŠfutent la valeur civilisatrice de la littĂŠrature et qui a ĂŠtĂŠ repris cette annĂŠe dans un article publiĂŠ sur le site du New Yorker. Rappelant le grand nombre de nazis

très cultivĂŠs, Teju Cole fait remarquer la facilitĂŠ avec laquelle un prĂŠsident qui lit des romans et de la poĂŠsie [Obama] signe chaque semaine des documents autorisant les frappes de drones. Qu’est devenu ce “pouvoir de la littĂŠrature d’inspirer l’empathie que l’on nous vante tant ?â€? demande-t-il. Personne ne devrait maintenir que la frĂŠquentation de la littĂŠrature assure une protection sans failles contre la tentation morale ou qu’elle peut amender les plus mauvais d’entre nous. Nous devons aller plus loin que le recours Ă  l’expĂŠrience courante et nous aventurer sur le territoire de la recherche en psychologie, suďŹƒsamment avancĂŠe aujourd’hui pour qu’on puisse commencer Ă  vĂŠriďŹ er la validitĂŠ de notre proposition. Les psychologues ont entamĂŠ des travaux dans ce domaine et nous ont dĂŠjĂ  appris deux ou trois choses. Nous savons que, si l’on fait lire Ă  des gens une nouvelle tragique sur l’assassinat d’un enfant, ceux-ci diront avoir une reprĂŠsentation du monde plus noire que s’ils ne l’avaient pas lue. Ces changements, gĂŠnĂŠralement de courte durĂŠe, montrent que les Ĺ“uvres de ďŹ ction “appuient sur nos boutonsâ€? [suscitent des rĂŠactions]. Mais ils ne prouvent pas qu’elles nous aďŹƒnent ĂŠmotionnellement ou d’une autre manière.

Obama, qui lit des romans et de la poĂŠsie, autorise pourtant chaque semaine des frappes de drones Nous avons ĂŠgalement appris que les gens sont capables (apparemment) de capter les donnĂŠes factuelles ĂŠnoncĂŠes ou sous-entendues dans le contexte ďŹ ctionnel. Curieusement, ils le font davantage lorsque l’histoire se dĂŠroule loin de chez eux : dans une ĂŠtude eectuĂŠe en 1997, il est apparu que des ĂŠtudiants de Princeton retenaient davantage de dĂŠtails lorsqu’une histoire se dĂŠroulait Ă  Yale plutĂ´t que sur leur propre campus (ne vous inquiĂŠtez pas, Princetoniens, les Yalies sont tout aussi mauvais lorsqu’on fait l’expĂŠrience dans l’autre sens). Mais nous n’avons pas d’ÊlĂŠments prouvant de façon irrĂŠfutable que les individus sont socialement ou moralement meilleurs après avoir lu TolstoĂŻ. Il y a un dĂŠcalage ĂŠtonnant entre la virulence de l’opinion sur ce sujet et les ĂŠlĂŠments probants disponibles. Je soupçonne en fait que ce qui se passe est pire encore. Les partisans de la thĂŠorie de la littĂŠrature ĂŠducatrice et civilisatrice ne surestiment pas l’importance des preuves : ils ne croient simplement pas qu’elles soient nĂŠcessaires. La valeur de la littĂŠrature ne devrait pas ĂŞtre une question de foi ; or c’est exactement ce qu’elle est pour beaucoup d’entre nous. Je suis sĂťr que nous disposerons un jour de meilleures preuves. Je suis moins optimiste sur ce qu’elles montreront.

Nous avons dĂŠjĂ  une raison de penser que l’idĂŠe d’un apprentissage moral et social par la littĂŠrature pourrait ĂŞtre erronĂŠe. La voici en quelques mots : l’une des choses qui poussent certaines personnes, comme [la philosophe] Martha Nussbaum, Ă  dĂŠfendre la thèse des bienfaits de la littĂŠrature [en particulier dans son ouvrage La Connaissance de l’amour, essai sur la philosophie et la littĂŠrature, ĂŠd. du Cerf, 2010], c’est que la littĂŠrature fait commerce de la complexitĂŠ. La littĂŠrature nous arrache aux règles morales simples qui se rĂŠvèlent si souvent inutiles lorsque nous sommes confrontĂŠs Ă  des dĂŠcisions diďŹƒciles dans la vraie vie et nous prĂŠpare au voyage mouvementĂŠ dans le monde social que les individus moraux sensibles et ĂŠclairĂŠs sont censĂŠs entreprendre. En d’autres termes, la littĂŠrature nous aide Ă  ĂŞtre des “experts morauxâ€? ou nous met sur la voie pour le devenir. Le problème avec les arguments de ce type, c’est que nous avons depuis longtemps la preuve qu’une grande partie de ce que nous considĂŠrons comme de l’expertise dans des domaines complexes et imprĂŠvisibles – dont la morale fait assurĂŠment partie – repose sur du vent. Depuis les travaux du psychologue Paul Meehl, il y a cinquante ans, les ĂŠtudes montrent les unes après les autres que suivre des règles simples – des règles qui tiennent compte de beaucoup moins de facteurs que ceux qu’un expert prendrait la peine de considĂŠrer – donne des rĂŠsultats au moins aussi bons, voire meilleurs, que de se ďŹ er au jugement d’un expert.

Un grand nombre de ceux qui apprÊcient les plaisirs durement acquis de la littÊrature ne se contentent pas de rÊcolter les rÊcompenses esthÊtiques de leur lecture ; ils insistent sur le fait que leurs efforts les Êclairent aussi sur le plan moral. Or c’est exactement ce que nous ne savons pas encore. —Gregory Currie PubliÊ le 1er juin ↓ Dessin de Selçuk Demirel paru dans The Washington Post, Etats-Unis.

OUI

Elle dÊveloppe l’empathie

R

ĂŠagissant dans Time Magazine Ă  l’article de Gregory Currie, l’essayiste Annie Murphy Paul rĂŠplique que si, il existe des preuves. Et de citer des articles publiĂŠs en 2006 et 2009 par Raymond Mar, psychologue Ă  l’universitĂŠ York au Canada, et Keith Oatley, professeur ĂŠmĂŠrite de psycho logie cognitive Ă  l’universitĂŠ de Toronto, qui rapportent que “les gens qui lisent souvent des ďŹ ctions ĂŠcrites semblent mieux Ă  mĂŞme d’Êprouver de l’empathie, de comprendre les autres et de se mettre Ă  leur placeâ€?. Rendant compte de la querelle, The Atlantic Monthly avance pour sa part que l’objet de la grande littĂŠrature, plus encore que de dĂŠvelopper le sens moral, “est de toucher l’âme humaineâ€?, rappelant au passage que la lecture est l’une des rares activitĂŠs qui distingue l’homme de l’animal – “au contraire du langage parlĂŠ, la lecture [‌] doit ĂŞtre enseignĂŠeâ€? – et prĂŠcisant que la façon dont nous lisons compte plus encore que ce que nous lisons. Ce qui nous ramène au texte d’Annie Murphy Paul. “La ‘lecture profonde’, par opposition Ă  la lecture souvent superďŹ cielle Ă  laquelle on se livre sur Internet, est une pratique en voie de disparition. Sa disparition mettrait en pĂŠril le dĂŠveloppement intellectuel et ĂŠmotionnel des gĂŠnĂŠrations qui grandissent ‘en ligne’, ainsi que la perpĂŠtuation d’une composante cruciale de notre culture : les romans, poèmes et autres genres littĂŠraires qui ne peuvent ĂŞtre apprĂŠciĂŠs que par des lecteurs dont les cerveaux ont ĂŠtĂŠ, littĂŠralement, entraĂŽnĂŠs en vue de les comprendre.â€? Elle rappelle que de rĂŠcentes recherches en sciences cognitives, en psychologie et dans les neurosciences “ont montrĂŠ que la lecture profonde constitue une expĂŠrience diÊrente par nature du simple dĂŠcodage de mots. Cette immersion est rendue possible par la façon dont le cerveau traite le langage riche en dĂŠtails, en allusions et en mĂŠtaphores : en crĂŠant une reprĂŠsentation mentale qui fait appel aux zones qui seraient activĂŠes si la scène se dĂŠroulait dans la vie rĂŠelle, [‌] augmentant aussi notre capacitĂŠ d’empathie dans la vie rĂŠelle.â€?—


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D’UN CONTINENT À L’AUTRE

Courrier international — no 1187 du 1er au 21 août 2013

d’un continent. à l’autre afrique

Asie ............14 Moyen-Orient ....19 Amériques .......22 Europe ..........25 France ..........29

Mozambique. A Moatize, la malédiction du charbon Depuis qu’on y a découvert le plus grand gisement de charbon au monde, la croissance de la ville se transforme en développement incontrôlé.

—Guernica New York

Photos Gregor Zielke/Panphotos Cooperative Lac Malawi

E

TANZANIE OCÉAN INDIEN

MALAWI

bèze am

Nacala

PROVINCE DE TETE

terminus d’une future liaison ferroviaire d’exportation du charbon (prévue en 2015)

Tete Mine de charbon de Moatize ZIMBABWE 20° S 200 km

MOZAMBIQUE

Cateme

Sena Canal du Mozambique

Beira, terminus de la voie ferrée utilisée pour exporter le charbon

SOURCE : WWW.NCONDEZICOAL.COM

Z

ZAMBIE

manioc – avec presque rien, si ce n’est une machette et une large houe pour travailler n 2009, lorsque la population de la terre de son jardin, sur les rives de la Moatize a été informée de l’exis- Revuboe. La province de Tete [dont fait tence de ce mégaprojet, on l’a mise partie le district de Moatize] est une région devant le fait accompli. Moatize, une petite aride et chaude, mais les terres qui jouxville au cœur d’un district rural dans le tent la rivière sont suffisamment fertiles nord-ouest du Mozambique, ne tarderait pour que l’on puisse y pratiquer une agripas à accueillir la plus grande mine de char- culture viable. Outre leur activité agricole, bon à ciel ouvert au monde. Le géant minier Isabel Pedro et son mari vendent des sacs brésilien, Vale do Rio Doce, de charbon. Aussi, au fil des et une société australienne, ans, ils ont pu construire une Riversdale, avaient obtenu maison tellement grande qu’il la location de concessions leur a fallu 22 feuilles de zinc dans la région. Et plus de pour confectionner le toit. 2  000 familles devaient Isabel connaissait déjà Cateme, partir. Mais les autorités l’endroit où la majorité des locales ont garanti aux chefs familles devaient être relocaREPORTAGE de village que les familles lisées, et elle ne voulait pas seraient relogées dans de meilleures condi- vivre là-bas. A Cateme, à 40 kilomètres de tions – dans des casas melhoradas, des “mai- la petite ville de Moatize, il n’y a rien. Ni sons améliorées”, avec des fondations en ville ni cours d’eau. Elle et son mari ont béton, l’électricité et l’eau courante, qu’il d’abord refusé de s’en aller. Mais, lorsque y aurait de l’argent pour des écoles et des leurs voisins ont plié bagage et accepté les cliniques médicales. Et, bien sûr, que les conditions négociées par le gouvernement mines créeraient de l’emploi. avec Vale, Isabel a compris qu’on ne lui Dès l’annonce de la relocalisation, Isabel laissait pas le choix, la mine serait construite Pedro fut sceptique. La quarantaine avan- de toute façon [elle a donc été relogée, mais cée, cette fermière du village de Malaboe à Moatize]. “Estado é Estado, Branco é Branco”, a les pieds craquelés, les mains puissantes souffle-t-elle, en lorgnant le soleil du coin et fripées. Elle a labouré ses champs toute de l’œil : “L’Etat c’est l’Etat, et les Blancs sont sa vie – maïs, bananes, pois d’Angole, les Blancs.”


AFRIQUE.

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↙ Le quartier du 25 de Setembro a été construit par l’entreprise Vale pour accueillir les travailleurs de la mine.

Pour Manuel Guimarães, administrateur du district de Moatize depuis 2010, “le projet minier de Moatize est irréversible, il n’y a aucun moyen de l’arrêter, car le monde a besoin des ressources du Mozambique”. La mine de Vale a attiré à Moatize des étrangers par milliers. La route qui traverse la ville a été refaite et le chemin de fer colonial qui mène à la mer a été réhabilité. Moatize était un trou sans vie depuis la fermeture des puits miniers, en 1997. Aujourd’hui la ville est au centre de toutes les attentions. Moatize est en train de changer. Des hôtels à moitié construits surgissent de la savane. Un gigantesque entrepôt colonial de coton a trouvé une seconde vie en hébergeant des pick-up Mitsubishi flambant neufs. Mais, loin de profiter du confort d’une casa melhorada, Isabel et sa famille vivent encore plus mal que dans leur village de Malaboe. Elle et ses voisins ne voient pas ce développement avec le même entrain que Manuel Guimarães.

Plus de 23 milliards de tonnes de charbon – de quoi faire fonctionner toutes les centrales à charbon des Etats-Unis pendant vingt-cinq ans

Dans le quartier de Moatize où les familles ont été relogées, il n’y a pas de terre à cultiver. Pour survivre, la famille Pedro doit donc louer sa casa melhorada à un homme qui travaille à la mine. Isabel, son mari, leurs cinq enfants et leur petit-fils, eux, vivent dans ce qui était censé être une cuisine extérieure, un petit bâtiment de la taille de deux lits doubles adjacent à la maison. Pendant la première phase de construction de la mine, un de ses fils a trouvé un emploi dans le bâtiment, mais son contrat n’a même pas duré un an.

Découverte. Isabel Pedro n’en démord pas : elle avait raison de ne pas vouloir aller à Cateme. “Il n’y a pas d’eau !” lâche-t-elle d’un ton sans appel. Pour un agriculteur, la seule chose qui compte, c’est l’eau. A Moatize, on a exploité le charbon par intermittence dès 1930. Puis, au début des années 2000, l’activité minière de la région s’est tassée : seuls des habitants utilisaient du charbon des mines abandonnées par Carbomoc, entreprise autrefois détenue par l’Etat qui a aujourd’hui disparu, pour faire cuire des briques [servant à la construction des maisons]. Puis, en 2008, des géologues en visite à Tete ont fait une étonnante découverte : le sous-sol de Moatize est le plus grand bassin charbonnier non exploité de la planète. On estime aujourd’hui qu’il

Actu

La tension monte pour Vale ●●● La tension est montée d’un cran pour Vale do Rio Doce et ses associés. Mi-juin, des groupes armés, soutenus par le parti du Renamo, ont menacé d’“attaquer” les convois qui acheminent le charbon de Moatize jusqu’au port, rapportait Bloomberg. Les mines ont dû suspendre les exportations pendant plusieurs jours. Profitant de la frustration des populations locales, le Renamo “pourrait reprendre un conflit armé”, après dix années de paix. La réaction du gouvernement ne s’est pas fait attendre : les camps de guérilla ont été détruits début juillet. Vale avait déjà dû revoir à la baisse ses ambitions. Des pluies torrentielles ont affecté la ligne de chemin de fer en mai. Les exportations ne devraient pas dépasser les 3,4 millions de tonnes cette année, contre 5 millions de tonnes prévus.

contient plus de 23 milliards de tonnes de charbon – de quoi faire fonctionner toutes les centrales à charbon des Etats-Unis pendant vingt-cinq ans. Depuis cette découverte, on afflue du monde entier pour faire fortune dans la province de Tete et pour exploiter aussi vite que possible les ressources naturelles de la région : investisseurs chinois et indiens, techniciens hydrauliques venus d’Afrique du Sud, foreurs australiens, entreprises du bâtiment portugaises, opérateurs de grue britanniques, sans oublier un vendeur américain spécialisé dans les poids lourds et les excavateurs. Entre 2001 et 2011, les investissements dans le secteur minier sont passés de 20 millions de dollars par an à plus de 1 milliard [de 15 millions d’euros à 750 millions]. Le Mozambique fait désormais partie des pays à la croissance la plus rapide au monde [+ 7,5 % du PIB en 2012]. Cette tendance s’inscrit dans un boom mondial des ressources. En Inde et en Chine, la demande explose et les ressources s’appauvrissent. Au Mozambique comme dans le reste de l’Afrique, la hausse des cours des matières premières engendre une nouvelle vague d’investissements étrangers dans les secteurs des mines et de l’exploitation gazière et pétrolière, souvent à des endroits que l’on considérait autrefois comme non rentables, voire impossibles à exploiter, c’est-à-dire dans des zones reculées dépourvues d’infrastructures et des pays politiquement instables. Dans sa soif de capitaux étrangers, le gouvernement mozambicain a ouvert le pays à un afflux d’investissements qu’il ne semble pas capable de gérer. A Tete, capitale de la province, les bureaux gouvernementaux sont débordés, les entreprises locales sont dépassées et des milliers de fermiers, comme Isabel Pedro, ont dû abandonner leurs terres en échange de bien maigres compensations. The Economist a dressé la liste des dix économies du monde dont la croissance a été la plus rapide entre 2000 et 2010. Les histoires des pays qui figurent sur cette liste aux côtés du Mozambique – l’Angola, le Tchad, le Nigeria, etc. – révèlent les travers de l’exploitation des richesses minières. En octobre 2012, la Banque mondiale faisait remarquer que les performances des pays d’Afrique exportateurs de pétrole étaient pires que celles de tout autre groupe de pays en termes de stabilité politique, de corruption, de responsabilité et d’Etat de droit. En mai, Roger Nord, directeur adjoint chargé de l’Afrique à la Banque mondiale, s’inquiétait : “Que peuvent faire ces pays pour éviter d’être le prochain Nigeria ou le prochain Angola [qui figurent parmi les pays les plus corrompus et les plus inégalitaires au monde] ?” Cependant, faisait-il remarquer, des Etats comme le Mozambique, l’Ouganda et la Tanzanie ont mis en place “des institutions démocratiques plus solides […] que les premiers pays africains producteurs de pétrole”. Après plus de vingt-cinq années de conflit armé presque continu [la guerre d’indépendance a duré de 1964 à 1974 ; la guerre civile de 1976 à 1992], le Mozambique connaît aujourd’hui la paix, et enregistre un record de quatre élections présidentielles libres, raisonnablement équitables, suivies de transferts de pouvoir pacifiques. Et le gouvernement commence à fournir des ser-


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AFRIQUE

vices publics de base : des services de santé ruraux, une éducation primaire et des soutiens à l’agriculture. Alors que les premiers trains de charbon quittent Tete, en septembre 2011, Lagos Correia travaille dans son bureau, à côté d’une climatisation souffreteuse, dans la chaleur de midi. Il est ingénieur en chef de la section des ressources minérales du ministère des Ressources minérales et de l’Energie de la province de Tete. Un représentant de Vale est assis en face de lui. Ensemble ils préparent l’envoi de deux cargaisons de 30 tonnes de charbon par charter à des laboratoires d’Allemagne et d’Australie. Lagos Correia, un homme alerte et souriant, avec une moustache en pointe et la silhouette d’un jockey, semble perdre patience. Il inscrit de longs codes sur des pages et des pages de formulaires d’expédition. Toute l’opération est menée dans la précipitation. Lagos Correia a besoin de la signature de son chef, or son chef n’est pas là. Mais le représentant de Vale n’a pas le temps d’attendre. “Vous voyez, commente Correia, quand le gouvernement a besoin de quelque chose, on peut toujours attendre, mais ces entreprises, elles, sont toujours pressées.” “Quand j’ai commencé, en 1992, on avait parfois le temps de prendre un soda ou une tasse de café.” Il secoue la tête : “Maintenant nous avons beaucoup de travail, et c’est plus compliqué.”

Far West. Son bureau autrefois somnolent doit désormais travailler avec les richissimes multinationales qui opèrent dans la province de Tete. Correia supervise les différends avec la population locale et s’occupe de questions de “géologie, cartographie, inspection, analyses en laboratoire et sismologie”. Mais le reste n’a pas changé : son équipe travaille toujours au sixième étage d’un bâtiment dont les canalisations et l’ascenseur ont cessé de fonctionner il y a des années. Pour que des mégaprojets comme la mine de Vale accélèrent les créations d’emplois et le développement du Mozambique, il faudrait que le gouvernement veille à ce que les profits soient convenablement déclarés et à ce que les taxes soient dûment payées pour permettre d’investir dans d’autres secteurs. Et pour assurer l’avenir du pays après le charbon il doit également se faire le garant des retours [sociaux] sur investissements [étrangers]. Au lieu de cela, le gouvernement mozambicain semble aller tout droit vers ce que certains appellent la “dépendance aux minéraux”, avec une situation où l’argent des mines pousse les responsables publics à travailler dans l’intérêt des entreprises étrangères plutôt que dans celui de la population. “Si je vais inspecter une entreprise, raconte Lagos Correia, il faudra que j’y aille à moto ou en voiture, et que je fasse le plein. Eux, ils ont des Toyota, de belles voitures neuves, et de meilleures conditions de travail que les miennes. En arrivant, je ressentirai une sorte de complexe d’infériorité parce qu’ils me diront : ‘Laissez votre voiture ici et montez dans celle-là.’ Ils m’offriront de l’eau ou des pommes… Après, ils me proposeront peut-être d’aller déjeuner. On bavardera et ils me diront que tout est en ordre. Ensuite, il faudra que je fasse mon rapport. Mais est-ce que je vais écrire un rapport sur ce que

Courrier international — no 1187 du 1er au 21 août 2013

↑ La ligne de chemin de fer utilisée pour exporter le charbon est souvent interrompue par les villageois en colère ou par de fortes pluies.

↑ Vale a relogé les paysans à Cateme, un village à 40 kilomètres de la ville située dans une zone aride.

j’ai vu ou sur ce qu’ils m’ont fait voir ?” Outre le fait qu’elles ont les moyens de se payer de belles Toyota, des bouteilles d’eau et des pommes, ces multinationales possèdent un considérable capital humain. Vale do Rio Doce, par exemple, emploie près de 200 000 personnes de par le monde et engrange des profits annuels équivalents à près de quatre fois le budget de l’Etat du Mozambique. Vale est ainsi en mesure de recruter, former et rémunérer les employés représentant ses intérêts bien mieux que le gouvernement. En 2011, le gouvernement mozambicain a publié une étude indépendante sur les secteurs des mines, du pétrole et du gaz dans le pays. Réalisé par la société de conseil ghanéenne Boas and Associates, le rapport souligne le manque de personnel qualifié dans les agences en charge de presque tous les aspects de l’extraction des ressources naturelles au Mozambique : autorisation, prospection, exploitation et forage, vente et

exportation. Selon ce document, le gouvernement mozambicain n’a aucun moyen de vérifier la qualité et la quantité des minéraux présents dans les concessions qu’il loue à des sociétés privées, il n’a que les données que lui fournissent ces sociétés. Pis, il ne possède aucun système de contrôle des prix mondiaux des matières premières ni de suivi des coûts d’investissement supportés par les sociétés, ce qui signifie qu’il n’est pas en mesure de vérifier le montant des profits qu’elles déclarent. Dans le district de Moatize, d’énormes machines s’activent sur les collines. La ville de Tete, elle, est envahie par des hôtels et des banques. Le week-end, les bars s’emplissent de belles femmes venues courtiser des étrangers de trente ans leurs aînés. Mais la majorité des affaires générées par cette ruée minière vont à des entreprises étrangères. “Ici c’est le Far West”, commente Manish Kotecha, la directrice financière britannique de la Ncondezi Coal Company, dans son

bureau situé à proximité de Tete [sa société est chargée d’acheminer l’électricité dans la mine et de construire une centrale à charbon]. “Tous les fournisseurs ont commencé à venir, et nous n’avons aucun mal à trouver la plupart des services dont nous avons besoin.” La nourriture livrée à la société, par exemple, est envoyée par avion de Johannesburg par l’entreprise sud-africaine Servco. “Nous avons eu des fraises et du yaourt à la grecque au petit déjeuner ce matin. Ce ne sont pas des produits locaux, mais c’est soit ça, soit rien. Nous aimerions embaucher autant de locaux que possible, précise Manish Kotecha. Mais l’éducation est un gros problème. J’espère que ça s’arrangera avec le temps.” Partout on construit des logements, et les transports publics se développent – en restant ce qu’ils sont : des minibus bondés. En 2012, les investissements directs étrangers, estimés à plus de 7 milliards de dollars par le cabinet d’audit Ernst & Young, n’ont créé que 8 000 emplois, ce qui revient


         

“Savez-vous pourquoi il fait si chaud Ă  Tete ? plaisante Edson. Parce que c’est près de l’enfer.â€? Ă  près de 1 million de dollars par poste. Plus de 300 000 jeunes Mozambicains entrent chaque annĂŠe sur le marchĂŠ du travail, et Pinto de Abreu, l’un des directeurs exĂŠcutifs de la Banque nationale du Mozambique, tire la sonnette d’alarme : “Les emplois dans le secteur informel sont une aberration Ă  long terme. Nous ne pouvons pas nous satisfaire du fait que les gens travaillent comme vendeurs de rue.â€? Au Sundowners, un bar mal ĂŠclairĂŠ, je rencontre Edson, jeune mĂŠcanicien chargĂŠ de rĂŠparer les excavateurs qui extraient le charbon de la mine de Vale. Avec deux amis de Maputo, il a surfĂŠ sur la vague minière en venant jusqu’à Tete, et passe ses week-ends Ă  boire faute, assure-t-il, d’une meilleure occupation. Beaucoup semblent considĂŠrer le temps passĂŠ Ă  Tete comme une peine de prison bien rĂŠmunĂŠrĂŠe. Le Sundowners, protĂŠgĂŠ par un toit de chaume, est empli d’hommes cĂŠlibataires, les yeux rivĂŠs sur un match de rugby retransmis sur ĂŠcran plat. “Savez-vous pourquoi il fait si chaud Ă  Tete ? plaisante Edson. Parce que c’est près de l’enfer.â€? Ses amis partent d’un grand ĂŠclat de rire. Dans les rues de Tete, la politique ďŹ scale du gouvernement pour les compagnies minières donne lieu Ă  des rumeurs que les locaux se rĂŠpètent avec une conviction presque religieuse. “Tout le monde sait que Guebuzaâ€?, l’actuel prĂŠsident mozambicain, “touche une commission de Valeâ€?, m’assure Edson. Personne ne sait combien, admet-il, mais, après tout, son prĂŠdĂŠcesseur [Joaquim Chissano, qui a quittĂŠ le pouvoir en 2005] a bien touchĂŠ sa part, alors pourquoi pas lui ? Le gouvernement accorde de gĂŠnĂŠreuses conditions Ă  ceux qui investissent dans des mĂŠgaprojets : les rĂŠductions d’impĂ´t octroyĂŠes aux entreprises du Fortune 500 [classement des 500 plus grandes entreprises amĂŠricaines rĂŠalisĂŠ par le magazine Fortune] – BHP Billiton, Vale, Anadarko– correspondent chaque annĂŠe Ă  un manque Ă  gagner d’au moins 0,5 milliard de dollars, soit près de 4 % du PIB du Mozambique. Et le grand ĂŠconomiste mozambicain Carlos Nunes Castel-Branco a calculĂŠ que moins de 5 % des proďŹ ts gĂŠnĂŠrĂŠs par les investissements directs ĂŠtrangers ĂŠtaient rĂŠinvestis au Mozambique, alors que 1 milliard de dollars de proďŹ ts gĂŠnĂŠrĂŠs par ces mĂŠgaprojets sortaient du pays. Pourquoi le gouvernement est-il si exible envers les multinationales ? Les populations dĂŠplacĂŠes se posent la mĂŞme question. Raul Coelho, le rĂŠgulo, le “chef de villageâ€? de Malaboe, m’invite Ă  m’asseoir sur un petit banc en bois contre le mur ombragĂŠ de sa nouvelle maison, construite par un sous-traitant de Vale. Il vit dĂŠsormais dans une zone de relocation, Ă  Cateme, le long d’une route de terre dĂŠfoncĂŠe, au milieu d’une savane grise et broussailleuse. “Vale n’a pas honorĂŠ sa part du contratâ€?, explique-t-il d’une voix gutturale et en roulant les r avec extravagance. Deux ans après le dĂŠbut de la relocalisation, la

sociÊtÊ n’a pas tenu ses engagements. Les 2 000 dollars qu’elle a oerts à chaque famille ont ÊtÊ dÊpensÊs en nourriture et autres biens et services indispensables pendant la première annÊe passÊe dans ces nouveaux quartiers, les cultures ont à peine poussÊ et, les transports jusqu’aux villes de Moatize et de Tete, oÚ l’on aurait pu faire des petits boulots, ayant un coÝt prohibitif, il n’Êtait pas rentable d’aller y chercher un travail. En l’absence du rÊservoir d’eau en bÊton qui lui avait ÊtÊ promis, la population de Cateme dÊpend de rÊservoirs en plastique qui fonctionnent à l’ÊlectricitÊ. Aussi, lorsque le courant est coupÊ, comme c’est souvent le cas, les gens n’ont pas d’eau. Et les 2 hectares de sols cultivables promis à chaque famille se sont en rÊalitÊ transformÊs en 1 hectare de terres de piètre qualitÊ.

Menaces. Au cours des mois qui ont suivi la relocalisation, le mĂŠcontentement est allĂŠ croissant Ă  Cateme. En aoĂťt 2011, les fermiers ont ĂŠtĂŠ contraints de planter leurs cultures dans un sol mĂŠdiocre pour la deuxième annĂŠe. En septembre, les premiers trains de charbon quittaient Moatize sur le chemin de fer de l’Êpoque coloniale rĂŠhabilitĂŠ, mais les courriers et les questions des habitants de Cateme Ă  propos du deuxième hectare de terres sont restĂŠs sans rĂŠponse. Un matin de janvier 2012, une foule de 500 personnes s’est rassemblĂŠe au bord de la voie ferrĂŠe qui achemine le charbon de Moatize jusqu’aux ports de l’ocĂŠan Indien. Elles ont dĂŠposĂŠ des bĂťches en travers des rails et empilĂŠ de gros tas de pierres sur la route voisine, en menaçant de dĂŠtruire le train qui transportait le charbon jusqu’au port. En fĂŠvrier, la voie ferrĂŠe a ĂŠtĂŠ fermĂŠe Ă  cause de toute une sĂŠrie de problèmes techniques, suivis de fortes pluies qui ont emportĂŠ plusieurs kilomètres de rails. Du fait de l’arrĂŞt des expĂŠditions, d’immenses tas miroitants de charbon ont commencĂŠ Ă  s’accumuler Ă  cĂ´tĂŠ de l’usine de traitement, tels une petite chaĂŽne de montagnes grandissant chaque jour un peu plus. Vale n’arrivait pas Ă  exporter plus de 0,25 million de tonnes de coke, et la production a dĂť ĂŞtre suspendue pendant plusieurs semaines d’aďŹƒlĂŠe. On ne sait qui blâmer pour les problèmes techniques de la ligne de chemin de fer. La Banque mondiale, qui a ďŹ nancĂŠ sa rĂŠhabilitation ? Le sous-traitant indien qui l’a rĂŠalisĂŠe ? Vale, qui a importĂŠ des locomotives dĂŠfectueuses ? Ou le gouvernement, dont la tâche ĂŠtait de surveiller les trois prĂŠcĂŠdents ? Alors que quatre projets de voie ferrĂŠe sont en cours pour relier Tete aux ports, les obstacles Ă  l’exportation se multiplient. Les mines devraient produire pas moins de 50 millions de tonnes de charbon par an d’ici Ă  2015, or la ligne ne pourra transporter que 6 millions de tonnes par an. Et, pour l’heure, le dĂŠveloppement de Tete a vu son rythme ralenti par les infrastructures dĂŠlabrĂŠes du Mozambique et le mĂŠcontentement des dĂŠplacĂŠs, qui continuent Ă  bloquer les rails. Ils exigent des compensations supplĂŠmentaires et les protestations continuent. —Rowan Moore Gerety PubliĂŠ le 15 mai A propos de la revue Guernica, lire notre rubrique Source de la semaine p.45.

 


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   !

         

↙ Dessin de Beppe Giacobbe, Italie.

asie

Chine. La case prison pour les citoyens engagÊs FondÊ il y a dix ans par Xu Zhiyong, aujourd’hui incarcÊrÊ, le Mouvement des nouveaux citoyens prônait le renouveau social d’initiative populaire.

—BBC Chinese Londres

L

e 16 juillet Ă  20 heures, Xu Zhiyong, docteur en droit, a ĂŠtĂŠ oďŹƒciellement placĂŠ en ĂŠtat d’arrestation par la police pĂŠkinoise. Il se trouvait dĂŠjĂ  depuis exactement trois mois en rĂŠsidence surveillĂŠe Ă  son domicile Ă  PĂŠkin. Le motif de son arrestation est le suivant : “trouble Ă  l’ordre publicâ€?. Auparavant, la police avait interpellĂŠ quinze de ses ďŹ dèles, pour des raisons quasiment similaires : “attitude agressive ou provocanteâ€?, “rassemblement portant atteinte Ă  l’ordre publicâ€?, etc. Les vraies raisons ne sont bien sĂťr pas si simples. Les quinze personnes arrĂŞtĂŠes ĂŠtaient pour la plupart des militants du Mouvement des nouveaux citoyens, dont Xu Zhiyong est reconnu comme ĂŠtant l’initiateur. Le seul objectif de leur arrestation ĂŠtait de faire place nette aďŹ n de resserrer les mailles du ďŹ let autour de Xu le 16 juillet.

De quelles vertus et de quels pouvoirs est donc dotĂŠ ce Mouvement des nouveaux citoyens de Xu Zhiyong pour que les autoritĂŠs soient ainsi “aux petits soinsâ€? pour lui ? Après l’arrestation de Xu Zhiyong, un de ses anciens textes, intitulĂŠ Ces dix annĂŠes, dans lequel il dĂŠcrit le Mouvement des nouveaux citoyens, a fait le tour du web. Le propos de ce mouvement est simple : il faut agir collectivement en tant que citoyens, aller de l’avant tous ensemble, dĂŠvelopper les liens sociaux pour mieux se connaĂŽtre, par exemple par le biais de repas pris en commun entre militants d’une mĂŞme ville, s’associer pour devenir une force saine Ă  l’extĂŠrieur du rĂŠgime et promouvoir Ă  terme une mutation paciďŹ que de la Chine. Du fait de tels objectifs, le mouvement ne peut bien sĂťr se tenir Ă  l’Êcart de la politique, mais comme il prĂŠconise une mutation paciďŹ que, il n’est pas dans ses intentions de renverser le pouvoir.

Aussi, le Mouvement des nouveaux citoyens n’est-il rien d’autre qu’un mouvement de renouveau social d’initiative populaire. Il milite par exemple pour l’ÊgalitĂŠ des droits d’accès Ă  l’enseignement, avec la possibilitĂŠ pour les enfants de migrants de passer leurs examens dans les villes oĂš travaillent leurs parents [ce qui leur est impossible après le collège], ou encore demande la publication du patrimoine des hauts fonctionnaires. Dans une sociĂŠtĂŠ chaque jour un peu plus en dĂŠroute, alors que le capital social fait de conďŹ ance, de conscience du bien et du mal et de respect de l’ordre s’Êrode rapidement, un tel mouvement arrive vraiment Ă  point nommĂŠ et apparaĂŽt indispensable ! Malheureusement, mĂŞme un mouvement comme celui-ci peut subir une forte rĂŠpression politique. La circulaire ĂŠmise en juin par le Parquet suprĂŞme semble avoir ĂŠtĂŠ faite sur mesure pour lui ; elle demande Ă  tous les parquets de

“combattre rĂŠsolument tous les rassemblements illĂŠgaux ayant pour but de renverser le pouvoir de l’Etat et toutes les activitĂŠs dĂŠlictuelles comme les rĂŠunions troublant la sĂŠrĂŠnitĂŠ de la sociĂŠtĂŠ ou l’ordre de lieux publicsâ€?. Les accusations portĂŠes Ă  l’Êgard de Xu Zhiyong et de ses partisans reposent sur ce document. Il va sans dire qu’elles sont pour la plupart mensongères. Le Mouvement des nouveaux citoyens n’a aucune intention subversive. Pourquoi alors invoquer ce motif ? Cela cache un petit secret peu reluisant : ce que les autoritĂŠs considèrent comme des activitĂŠs subversives ne le sont pas au sens lĂŠgal du terme ! Aux yeux des pouvoirs publics, les activitĂŠs subversives ne se limitent pas au fait de vouloir renverser l’ordre ĂŠtabli. Instinctivement, les dirigeants sont rĂŠfractaires Ă  toute pression et Ă  tout contrĂ´le eďŹƒcace, qu’ils considèrent simplement comme sources de tracas. Quand ces tracas dĂŠpassent leur seuil de tolĂŠrance psychologique, ils jugent alors qu’il s’agit d’activitĂŠs subversives Ă  rĂŠprimer fermement. Entre un pouvoir qui n’est soumis Ă  aucune contrainte et une sociĂŠtĂŠ civile en plein dĂŠveloppement, les relations sont naturellement tendues. La sociĂŠtĂŠ civile ĂŠtant pour le pouvoir synonyme de tracas, ce dernier ne veut pas en entendre parler et en considère les leaders comme autant de fauteurs de troubles. Ce sont donc ses bĂŞtes noires et c’est ce qui explique le sort de Xu Zhiyong aujourd’hui. Pourtant, les autoritĂŠs ne sont pas stupides. Si le rĂŠgime connaĂŽt des diďŹƒcultĂŠs, et qu’elles n’arrivent pas Ă  rĂŠsoudre les problèmes, elles savent que c’est la ďŹ n du Parti et de l’Etat. Aussi s’inquiètent-elles et cherchent-elles Ă  faire ĂŠvoluer les choses. Cependant, les autoritĂŠs veulent ĂŞtre Ă  l’origine de tous les changements, et ne dĂŠsirent surtout pas que d’autres se mĂŞlent de leurs aaires. Les gouvernants refusent une vie politique publique, oĂš les pressions, l’ouverture, les citoyens ont leur place, et ce quels que soient la profondeur de la crise et le besoin pressant d’unir les forces sociales. En fait, ils ont chevillĂŠ au corps un sentiment de propriĂŠtĂŠ indiscutable : c’est mon pouvoir et seul ce que je dis compte ! Quelle que soit l’Êpoque oĂš ils vivent, ils gardent soigneusement les usages anciens. Cela montre qu’ils sont encore très ĂŠloignĂŠs de la civilisation moderne, que la transformation de la Chine est Ă´ combien diďŹƒcile et surtout Ă  quel point est mĂŠritoire l’action de gens comme Xu Zhiyong. —Xiao Shu* PubliĂŠ le 19 juillet * Ancien chroniqueur de l’hebdomadaire cantonais Nanfang Zhoumo.

Gauche, droite : les zigzags de Xi Jinping

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e prĂŠsident Xi Jinping serait-il en train d’opĂŠrer un “virage Ă  gaucheâ€? ? C’est la question que posent des commentateurs en Chine et Ă  Hong Kong. Bien des espoirs de libĂŠralisation avaient ĂŠtĂŠ placĂŠs dans le secrĂŠtaire gĂŠnĂŠral du Parti avant son accession au pouvoir, en novembre dernier. Or, tandis que Xi lançait une vaste campagne contre la corruption en mars, il multipliait ĂŠgalement dans ses discours les rĂŠfĂŠrences au langage employĂŠ par Mao TsĂŠ-toung. Le 12 juillet, lors d’une visite Ă  Xibaipo, dans le Hebei, oĂš l’ArmĂŠe populaire de libĂŠration ĂŠtablit temporairement son siège peu avant la prise du pouvoir, en 1949, Xi a dĂŠclarÊ : “Assurons-nous que les euves et les montagnes rouges ne changent jamais de couleur !â€? Xi a lancĂŠ de mĂŞme une sĂŠrie d’appels Ă  observer la “ligne de masseâ€?, expression appartenant au verbiage maoĂŻste et qualiďŹ ant un resserrement des liens entre le Parti et la population, souligne le South China Morning Post. Le 16 juillet dernier, la tĂŠlĂŠvision centrale a par ailleurs diusĂŠ des images d’archives pour commĂŠmorer la traversĂŠe Ă  la nage du euve YangtsĂŠ par Mao en 1966, date du dĂŠbut de la RĂŠvolution culturelle. Cette diusion ĂŠtait exceptionnellement longue, le sujet faisant quatre minutes. Tout cela signale-t-il un rĂŠel virage Ă  gauche ou bien une stratĂŠgie plus subtile ? Le magazine hongkongais Chengming estime que l’objectif de Xi est de “combattre la droite, qui prend de l’ampleur au sein du Partiâ€?. La droite, c’est-Ă -dire les partisans d’une politique plus libĂŠrale et plus tolĂŠrante vis-Ă -vis des mouvements de dĂŠfense des droits. Cela serait Ă  rapprocher de la sĂŠrie d’arrestations de membres du mouvement citoyen, comme celle de Xu Zhiyong (voir ci-contre). Pour le commentateur Hua Po, qui rĂŠside Ă  PĂŠkin et ĂŠcrit sur le site d’information chinois de l’Êtranger Boxun, c’est le contraire : Xi cherche Ă  convaincre la “gaucheâ€? qu’elle trouve en lui une oreille, en lui donnant des gages par ses dĂŠclarations maoĂŻstes. Cela alors mĂŞme que Bo Xilai, inculpĂŠ de corruption le 24 juillet, devrait comparaĂŽtre en justice d’ici Ă  l’automne. Le chef dĂŠchu du Parti communiste de la ville de Chongqing a en eet longtemps ĂŠtĂŠ vu comme un chef de ďŹ le pour la gauche. —


         

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CAMBODGE

LE MOT DE LA SEMAINE

Hun Sen, l’art de durer Au pouvoir depuis presque trente ans, le Premier ministre cambodgien pourra continuer à gouverner après sa victoire aux lÊgislatives.

“Gongmeng� L’Alliance des citoyens

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ongmeng – littĂŠralement, “alliance des citoyensâ€? – est le nom de la plus importante ONG se consacrant Ă  la dĂŠfense des droits des citoyens en Chine. Elle est aussi le meilleur tĂŠmoin des dix ans d’histoire de ce mouvement. CrĂŠĂŠe en 2003 par trois juristes, dont Xu Zhiyong (voir ci-contre), l’Alliance a ĂŠtĂŠ interdite en 2009 pour “fraude ďŹ scaleâ€?. Mais ce revers n’a pas dĂŠcouragĂŠ Xu et ses amis, qui, dĂŠsormais sous le nom de Mouvement des nouveaux citoyens, cherchent Ă  mettre en pratique ce dont la sociĂŠtĂŠ tout entière est convaincue et qui est soutenu par l’opinion publique, surtout Ă  travers la blogosphère : les trois axes du mouvement sont l’ÊgalitĂŠ des droits Ă  l’Êducation, la transparence du patrimoine des dirigeants et l’appel Ă  organiser des repas collectifs en ville. Il vise Ă  la fois des objectifs concrets et le renforcement de la conscience citoyenne. Quelques mois avant sa crĂŠation, en 2003, un ĂŠvĂŠnement a retenu l’attention de tous : grâce Ă  une pĂŠtition signĂŠe par trois juristes, la Chine rĂŠvoquait son système de “dĂŠtention et rapatriementâ€?, qui permettait d’enfermer les migrants sans droit de rĂŠsidence en ville. Ce succès marqua un grand pas en avant de l’Etat de droit contre le système arbitraire. Gongmeng, crĂŠĂŠe par ces mĂŞmes juristes, devint ainsi le rĂŠsultat et le symbole du mouvement pour le respect du droit. L’annĂŠe 2003 est mĂŞme considĂŠrĂŠe par certains comme l’an I du mouvement des citoyens. Dès lors, Xu devint peu Ă  peu l’un des ennemis les plus dangereux du rĂŠgime. Pourtant, fort de sa modĂŠration et de son positionnement Ă  l’abri de la Constitution chinoise, Xu a toujours su surmonter les obstacles, malgrĂŠ les arrestations et autres mesures rĂŠpressives Ă  son ĂŠgard. Cette fois-ci, pourra-t-il encore s’en sortir indemne ou bien son arrestation suďŹƒra-t-elle Ă  verrouiller le long processus vers un Etat de droit ? —Chen Yan Calligraphie d’HĂŠlène Ho

→ Dessin de Cost, Belgique.

—The Nation Bangkok

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ormulĂŠe quelques jours avant le scrutin, la demande de grâce royale en faveur de Sam Rainsy, l’opposant historique, ĂŠtait soigneusement calculĂŠe [revenu le 19 juillet, celui-ci n’a pas pu se prĂŠsenter mais son parti, le Parti du sauvetage national du Cambodge, a remportĂŠ 55 sièges, selon les rĂŠsultats provisoires*]. Grâce Ă  ce geste, Hun Sen a fait d’une pierre trois coups. Il se pose en dĂŠmocrate favorable Ă  un système multipartite – en l’absence d’un adversaire crĂŠdible, l’Êlection aurait semblĂŠ peu dĂŠmocratique, ce qui aurait donnĂŠ une piètre image de son rĂŠgime. En outre, airant la possibilitĂŠ de former une coalition, Hun Sen fait des appels du pied Ă  l’opposition [Sam Rainsy a jusqu’ici rejetĂŠ toute possibilitĂŠ d’alliance]. EnďŹ n, l’Occident, qui critiquait son style de gouvernement, observe dĂŠsormais une certaine neutralitĂŠ. Tout au long des annĂŠes 1990, le pays

s’est dotĂŠ de services et d’infrastructures de base grâce Ă  des montages ďŹ nanciers contrĂ´lĂŠs par les Occidentaux. Mais, Ă  partir de 2000, la Chine a pris progressivement le relais en matière d’aide internationale, et elle est maintenant le principal bailleur de fonds. En rĂŠsumĂŠ, le dĂŠtenteur du record de longĂŠvitĂŠ au pouvoir en Asie [depuis 1985] est un dirigeant incontestablement machiavĂŠlique, qui n’aime rien tant que relever les dĂŠďŹ s et aronter les diďŹƒcultĂŠs – causĂŠes parfois par ses propres contradictions. Il rĂŠajuste volontiers sa stratĂŠgie, observant les dĂŠveloppements politiques au sein de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) et en tirant les leçons appropriĂŠes. Il copie les meilleures pratiques, pas nĂŠcessairement dĂŠmocratiques, tant en politique qu’en ĂŠconomie, du moment qu’elles permettent d’amĂŠliorer la compĂŠtitivitĂŠ du pays. Hun Sen apprĂŠcie les rĂŠsultats positifs des rĂŠformes introduites prudemment et progressivement en Birmanie, ainsi

que les relations entre le prĂŠsident Thein Sein et la chef de l’opposition, Aung San Suu Kyi. Ces deux personnalitĂŠs donnent une image positive de leur pays, gagnant ainsi la sympathie de la communautĂŠ internationale et attirant l’aide et les investissements ĂŠtrangers. Nourrissant l’ambition de faire du Cambodge un pays riche, pleinement intĂŠgrĂŠ Ă  l’Asean, Hun Sen ne peut pas laisser des turbulences du type “printemps arabeâ€? se produire. Sam Rainsy a ĂŠtĂŠ condamnĂŠ Ă  onze ans de prison en 2010 [pour atteinte Ă  la sĂŠcuritĂŠ de l’Etat, une incrimination dĂŠnoncĂŠe comme ĂŠtant politique] et a pris le chemin de l’exil. La grâce royale constitue une soupape de sĂŠcuritĂŠ destinĂŠe Ă  empĂŞcher la pression politique de monter jusqu’à l’explosion. La prĂŠsence d’une foule ĂŠtonnamment nombreuse pour accueillir l’opposant Ă  son retour [100 000 personnes environ] vient conďŹ rmer l’aspiration des Cambodgiens Ă  vivre dans un pays plus ouvert et plus dĂŠmocratique, oĂš l’opposition joue un rĂ´le actif. La moindre instabilitĂŠ porterait atteinte Ă  l’industrie orissante du tourisme. Le “royaume des merveillesâ€? a accueilli 3,5 millions de touristes en 2012. Le secteur du tourisme pèse 2,2 milliards de dollars [1,6 milliard d’euros], soit 12 % du PIB, et emploie 500 000 personnes. Phnom Penh soutient fermement l’instauration d’un visa commun Ă  l’Asean, s’inspirant de la libre circulation des personnes dans l’espace Schengen au sein de l’Union europĂŠenne. En 1993, le Cambodge ĂŠtait une jeune dĂŠmocratie. Le taux de participation aux ĂŠlections organisĂŠes sous l’Êgide des Nations unies avait atteint 89,6 % [une rĂŠussite incontestable après des annĂŠes de guerre civile et malgrĂŠ les menaces que la guĂŠrilla khmère rouge faisait peser sur le dĂŠroulement du scrutin]. Nul ne s’attendait Ă  l’Êpoque Ă  voir un jour le Cambodge devenir un petit tigre ĂŠconomique avec un taux de croissance de 10 %, comme il en a connu durant dix ans, avant que n’Êclate la crise ďŹ nancière de 2008. L’Êvolution politique a ĂŠtĂŠ tout aussi inattendue. Personne ne s’imaginait alors un seul instant que le pays se transformerait en un Etat autocratique après avoir bĂŠnĂŠďŹ ciĂŠ d’un tel soutien Ă  la libertĂŠ de la part de la communautĂŠ internationale. A prĂŠsent, l’espoir d’Êriger le Cambodge en modèle de transformation Ă  l’intention des pays en dĂŠveloppement s’est ĂŠvanoui. —Kavi Chongkittavorn PubliĂŠ le 22 juillet * Le Parti du peuple cambodgien (PPC) du Premier ministre Hun Sen aurait remportĂŠ 68 des 123 sièges.


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ÉTATS-UNIS

Le zoo du Bronx, miroir de la nature humaine DES ANIMAUX ET DES HOMMES 4/8

SociÊtÊ. Pour l’essayiste David Samuels, ce grand parc animalier et les personnes qui gravitent autour orent une rÊexion saisissante sur notre rapport au monde sauvage. Photos Gus Powell.

—Harper’s Magazine (extraits) New York

A

quelques pas d’un vieux quartier italien, dans l’arrondissement le plus pauvre de la ville de New York, le zoo du Bronx est le euron de toutes les rĂŠserves naturelles urbaines du monde : 4 000 animaux appartenant Ă  plus de 600 espèces et vivant sur 107 hectares, pour un coĂťt de fonctionnement annuel de 48 millions de dollars [36 millions d’euros]. Il est gĂŠrĂŠ par l’ONG internationale Wildlife Conservation Society, qui dirige plus de 500 projets dans 65 pays. Pendant trois ans, lors de mes frĂŠquentes visites au zoo, j’ai pris l’Express n° 5 Lexington Avenue depuis ma maison de Brooklyn jusqu’au Bronx dans l’espoir de comprendre le fonctionnement concret et mĂŠtaphorique d’un zoo moderne, une quĂŞte dictĂŠe par le fait que, comme j’en pris plus tard conscience, je m’identiďŹ e aux animaux contraints de vivre en cage. Le 24 mars 1897, le maire de la ville, William Strong, octroie une partie du South Bronx Park Ă  Madison Grant et Ă  sa New York Zoological Society, ďŹ nancĂŠe par les plus riches habitants de New York. Madison Grant conďŹ e la direction de son zoo Ă  William Temple Hornaday, Ă  l’Êpoque le plus cĂŠlèbre dĂŠfenseur de la nature d’AmĂŠrique. Et pour former et entretenir ses collections, il porte son choix sur Henry FairďŹ eld Osborn, un homme remarquablement prĂŠtentieux et sournois, qui a dirigĂŠ le service de palĂŠontologie des vertĂŠbrĂŠs de l’American Museum of Natural History. La construction du zoo dĂŠbute pendant l’ÊtĂŠ 1898, et les animaux commencent Ă  arriver au printemps suivant, de façon quelque peu chaotique – des loups gris, des otaries de Californie, deux ours polaires,

trois orangs-outans, sept Êlans et un tigre du Bengale baptisÊ Dewey. Dans les annÊes 1920, Frank Buck, un aventurier de Gainesville, au Texas, fait sept fois le tour du monde en bateau pour rapporter à divers zoos des spÊcimens vivants d’anoas, un bue de l’Île de CÊlèbes, en IndonÊsie, de singes long nez et d’oiseaux bleus des fÊes de BornÊo et de cacatoès noirs de Nouvelle-GuinÊe.

Racisme. Grant et Hornaday espèrent que le zoo du Bronx deviendra un grand refuge pour les animaux d’AmĂŠrique du Nord, menacĂŠs par les vagues incessantes de “pauvresâ€? et d’“extĂŠnuĂŠsâ€? qui arrivent sur ses cĂ´tes [rĂŠfĂŠrence au poème d’Emma Lazarus Le Nouveau Colosse, gravĂŠ sur le socle de la statue de la LibertĂŠ]. Dans The Destruction of Our Birds and Mammals [La destruction de nos oiseaux et mammifères], Hornaday ĂŠcrit : “En Floride, un Etat dont la population aviaire ĂŠtait autrefois merveilleusement riche, les oiseaux se sont fait dĂŠcimer au point d’être devenus presque aussi rares que dans le dĂŠsert du Colorado.â€? Et d’ajouter : “Si nous ne prenons pas sans attendre des mesures de protection bien plus radicales et gĂŠnĂŠrales, au cours des quinze prochaines annĂŠes, nous assisterons aux EtatsUnis Ă  l’anĂŠantissement total de pratiquement tous nos oiseaux et de tous nos quadrupèdes sauvages, Ă  l’exception des lapins‌â€? Parmi les coupables, il cite les artilleurs, les chasseurs amateurs, les oisifs, les chasseurs professionnels qui revendent la viande, ceux qui revendent les plumes, les boys, les fermiers, les collectionneurs d’œufs et la population de couleur d’AmĂŠrique. Lorsque je visite le zoo, je descends du quai de la station West Farms Square vers la Boston Road en empruntant un escalier

mĂŠtallique ďŹ liforme. Des mères passent en tenant Ă  la main des boĂŽtes en polystyrène contenant du poulet pour leurs enfants, pendant que des camĂŠras de surveillance gardent un Ĺ“il sur les fenĂŞtres protĂŠgĂŠes par des grilles des Lambert Houses, un ensemble d’immeubles de logements sociaux. En face de l’entrĂŠe de service du zoo, on lit dans la vitrine d’une ĂŠpicerie l’inscription “Nous acceptons les bons alimentaires et les WIC [bons rĂŠservĂŠs aux mères de famille et aux enfants de foyer Ă  faibles revenus]â€?. A l’intĂŠrieur du zoo, Joe Briller, un jeune quarantenaire trapu et chauve, s’apprĂŞte Ă  recevoir la première livraison de nourriture de la journĂŠe. Il a grandi sur Webster Avenue, dans le sud du Bronx. Joe travaille de nuit Ă  l’intendance du zoo avec son ami Quincy Banks, un homme doux au visage poupon et Ă  la carrure solide, les cheveux en brosse, qui ne rechigne pas Ă  passer de longues heures Ă  nourrir les animaux. Il explique que la nuit il est plus sĂťr d’être Ă  l’intĂŠrieur du zoo que dans la rue, avant d’ajouter, sans acrimonie : “Les animaux mangent mieux que nous.â€? A 3 h 21 du matin, un gros camion monte en marche arrière la rampe de livraison, Joe et Quincy emplissent deux grands congĂŠlateurs de morceaux de poulets, de

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viande surgelĂŠe et de crevettes. Chaque animal a son propre rĂŠgime. Il y a notamment les repas des insectivores que sont les hĂŠrissons, les reptiles ou les merles d’AmĂŠrique. Joe pèse des carottes sur une balance de la taille d’un homme, puis mĂŠlange des pommes et des oranges dans une caisse destinĂŠe au Monde de la jungle, selon les instructions inscrites au stylobille sur son tableau de livraison. Le mardi, la Maison des ĂŠlĂŠphants reçoit 30 kilos de pommes, 20 kilos de bananes, 25 kilos de carottes, 20 kilos de patates douces et 18 kilos de chou. A 5 h 03, les livraisons sont ďŹ nies. La nourriture est rĂŠpartie dans des cartons, on y ajoute des souris vivantes, puis les cartons sont chargĂŠs Ă  l’arrière d’une voiturette spĂŠciale pour le transport de lourdes charges. Premier arrĂŞt Ă  l’enclos des zèbres, qui hĂŠritent des pommes et des oranges. En l’absence des singes et de leur tumulte, l’intĂŠrieur de la Maison des singes ressemble aux dioramas couverts de boue d’une exposition scientiďŹ que qui aurait mal tournĂŠ. Au menu inscrit sur le tableau noir devant la cuisine des ours : 25-35 poissons, 3 poulets et, en gras, PAS DE POMMES. Le Monde des oiseaux reçoit des myrtilles, des pommes, des assortiments de lĂŠgumes et 100 gros rats.

C’EST LE NOMBRE d’espèces animales considÊrÊes Êteintes à l’Êtat sauvage et qui ne vivent plus qu’en captivitÊ dans des zoos


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Courrier international — no 1187 du 1er au 21 aoÝt 2013

“Les oiseaux n’ont pas notre perďŹ die, notre mauvaisetĂŠ, tous les traits horribles des ĂŞtres humainsâ€? Tasha Hook prĂŠpare les repas pour sa tournĂŠe des oiseaux, qui rassemblera une grande variĂŠtĂŠ d’amis, me dit-elle d’une voix de jeune lady dĂŠvote, telle une reine qui sert le cafĂŠ Ă  une rĂŠunion des Alcooliques anonymes. Tandis que nous discutons, Tasha coupe du poisson en morceaux pour un couple d’ombrettes africaines [oiseau ĂŠchassier aquatique], dans l’espoir de rĂŠĂŠquilibrer leur relation, qui semble dĂŠsespĂŠrĂŠment inĂŠgale. “Elle est gourmande, m’explique Tasha, et il la laisse tout manger parce qu’il l’aime ĂŠnormĂŠment, j’imagine.â€?

Ecodivertissement. Susan Leiter, qui a la charge de la couveuse, s’occupe d’une avocette ĂŠlĂŠgante, dont la patte est infectĂŠe, dans une des salles de quarantaine. Cette femme Ă  l’air blessĂŠ est assise par terre au milieu de acons d’antalgiques. Je reste quelques minutes Ă  la porte jusqu’à ce qu’elle se sente plus Ă  l’aise pour parler. “Ils sont mieux que nous Ă  tellement de niveauxâ€?, explique-t-elle en faisant rĂŠfĂŠrence aux oiseaux. “Ils n’ont pas notre perďŹ die, notre mauvaisetĂŠ, tous les traits horribles des ĂŞtres humains. Alors quand ils disent : ‘Je m’en remets Ă  tes soins’, c’est un moment très important.â€? A cĂ´tĂŠ d’elle, un acon de butorphanol, un puissant analgĂŠsique. Un oiseau blessĂŠ se blottit sur ses genoux. “Notre petit junkie du jourâ€?, lâche-t-elle gaiement. Dans leur essai Naturally Cultural: The Zoo as Cultural Landscape [Naturellement

culturel : le zoo comme paysage culturel], Bonnie C. Hallman et Mary Benbow dĂŠcomposent l’Êvolution des zoos occidentaux en trois stades distincts. Il y a d’abord la “mĂŠnagerieâ€?, dont les alignements de cages prĂŠsentant des spĂŠcimens isolĂŠs avaient pour but de renforcer “les notions de pouvoir et de supĂŠrioritĂŠ de l’humain sur le monde naturel Ă  l’Êpoque du colonialisme et de l’empireâ€? ; puis le “musĂŠe vivantâ€?, qui “met l’accent sur les relations ĂŠcologiques et la conservation des espècesâ€? grâce Ă  des enceintes construites pour ressembler Ă  des jungles, des forĂŞts, etc., et destinĂŠes Ă  bannir la rĂŠaction ĂŠmotionnelle que suscite la domination de l’humain sur les animaux moins puissants, rĂŠaction que le naturaliste Desmond Morris appelait “la honte de la cage nueâ€? ; et enďŹ n le “centre de conservationâ€?, stade oĂš les zoos “se montrent prĂŠoccupĂŠs par la relation d’exploitation que les humains entretiennent avec les animauxâ€?, et amènent donc le visiteur humain â€œĂ  l’intĂŠrieur de la cageâ€?. MĂŞme si ces deux derniers stades de dĂŠveloppement du zoo moderne sont bien prĂŠsents au zoo du Bronx, le mode principal d’exposition, me semblet-il, est celui de l’Êcodivertissement – un quatrième stade dans lequel des amusements grisants de parc d’attractions soulagent le visiteur du poids de savoir que la nature n’est rien qu’une illusion de plus crĂŠĂŠe par l’homme. SpĂŠcialiste en conservation du zoo du Bronx, George Schaller est l’un des plus grands naturalistes vivants au monde, un homme qui ne passe pas inaperçu, ĂŠquipĂŠ pour l’observation minutieuse, avec de grands yeux marron enfoncĂŠs dans leurs orbites et un nez proĂŠminent, de longs doigts et des mains fortes. Je le rencontre au zoo, en face des tigres de → 18

↖ Bulle d’observation des chiens de prairie. ↗ DĂŠcor artiďŹ ciel pour panthère très naturelle.

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Chronologie UNE VIEILLE ATTRACTION 3 500 avant J.-C. — Des gravures murales trouvĂŠes en Egypte et en MĂŠsopotamie tĂŠmoignent des premières mĂŠnageries. 400 Ă  300 avant J.-C. — On trouve des zoos dans la plupart des grandes citĂŠs grecques. Alexandre le Grand est connu pour ramener des animaux exotiques de ses campagnes de conquĂŞte. 1204 — La Tour de Londres accueille une grande collection d’animaux. 1752 — CrĂŠation du zoo de SchĂśnbrunn Ă  Vienne (Autriche), le plus vieux des zoos modernes. Il est toujours en activitĂŠ. 1794 — Ouverture de la mĂŠnagerie du Jardin des plantes Ă  Paris. 1899 — Sur une initiative de la New York Zoological Society, le zoo du Bronx ouvre oďŹƒciellement ses portes.

SUR LE WEB courrierinternational.com Autrefois symbole de grandeur en CĂ´te d’Ivoire, le parc animalier d’Abidjan a ĂŠtĂŠ laissĂŠ Ă  l’abandon. Aujourd’hui, il abrite mĂŞme‌ des hommes. “Le zoo des animaux rĂŠsignĂŠsâ€?, un article du journal satirique ivoirien L’ElĂŠphant dĂŠchaĂŽnĂŠ, Ă  lire sur notre site.

1935 — Fondation de l’Union Internationale des directeurs de jardins zoologiques (IUDZG). Elle sera plus tard l’un des membres fondateurs de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). 1953 — L’Africa USA Park une attraction ouverte en Floride jusqu’en 1961, est le premier parc safari : les animaux sont en semi-libertÊ et les visiteurs peuvent les observer depuis leur voiture. AnnÊes 1970 — De nombreux parcs proposent encore des spectacles avec des animaux. Mais, à mesure que le mouvement Êcologiste prend de l’ampleur, de plus en plus de zoos font de la conservation des espèces leur mission principale. Depuis, la tendance est à l’amÊlioration des conditions de vie des pensionnaires, notamment en reproduisant leur habitat naturel. 2000 — L’IUDZG est renommÊe Association mondiale des zoos et des aquariums (Waza). Ce rÊseau regroupe aujourd’hui près de 1 300 Êtablissements.


18.

AMÉRIQUES ↙ Visite de la volière et de l’enclos aux primates.

17 ← Sibérie, un jour d’hiver. Sa tignasse argentée est assortie à son pull en laine grise, son pantalon de toile beige éculé témoigne de sa vie passée sur le terrain. Schaller dégage un profond besoin de solitude qui fait penser à la fois à une parenté avec les animaux solitaires et au désir de toute une vie de se tenir à distance des êtres humains. Il a passé son enfance dans l’Allemagne nazie et vécu la montée au pouvoir d’Hitler. A la fin de la guerre, il a quitté l’Allemagne pour les Etats-Unis, pour se rendre finalement jusqu’en Afrique, où son goût de l’observation patiente et minutieuse des gorilles et d’autres animaux a posé les bases de l’observation humaine d’autres espèces. Préserver les tigres est une manière de sauvegarder quelque chose d’une grande valeur esthétique, me raconte-t-il, tandis que nous toisons un tigre allongé sur un rocher, en train de prendre un bain de soleil hivernal. Il tient moins de l’homme polémique que de l’artiste visuel qui travaille avec des matériaux vivants. “Il y a une puissance, une beauté grave, tout ce que l’on recherche dans une œuvre d’art, explique-t-il, et ça bouge tout seul.”

Monde de cages. George Schaller s’emploie à enregistrer les spécificités du comportement animal en veillant à ne pas y mettre d’affect. Grâce à la méthode d’observation de près qui a donné lieu à son grand livre The Serengeti Lion [Le lion du Serengeti], il est parvenu à distinguer une soixantaine de lions à l’aide des marques naturelles qu’ils portaient  ; avec des collaborateurs, il a également marqué 156 autres lions en plaçant dans une ou deux de leurs oreilles des étiquettes métalliques pour bétail colorées et numérotées. La façon distancée dont il observe les animaux dans la nature apporte un contrepoids fort et équilibré à la profonde misanthropie des fondateurs du zoo du Bronx. Cela dit, les zoos d’aujourd’hui ne manifestent qu’un intérêt de pure forme pour les méthodes de Schaller. Les petites réserves naturelles ne peuvent entretenir qu’un nombre limité d’animaux, impliqués dans un nombre d’interactions très restreint et vivant dans un environnement à la fois dépouillé des éléments qui enrichissent la vie et de ceux qui la menacent. Recourant aux mêmes techniques familières que les dessins animés du samedi matin, les zoos adoptent la logique et l’illusion anthropomorphique pour maintenir le lien entre l’amour des animaux et le désir d’échapper aux maux que les hommes infligent à la fois aux bêtes et à leurs semblables. Les zoos nous promettent un refuge loin des horreurs gravées dans les cœurs des hommes et nées de la nature conditionnelle de nos existences – horreurs qui sont en conséquence permanentes et inextirpables. Les zoos sont un trait distinctif et représentatif de notre monde de cages et d’enclos habité par les hommes comme par les animaux. Un jour, assis dehors sur un banc du zoo du Bronx, je feuilletais un livre d’un homme répondant au nom de Heini Hediger, dont le domaine de spécialité est l’étude des différentes espèces de crimes propres au zoo.

qui pesait près de 7  kilos, lui a coûté 3 000 dollars en liquide. Il l’a transporté jusqu’à Harlem dans sa grosse voiture. Et un an après, il a pris un tigre, Ming, qui lui a été enlevé et vit aujourd’hui dans le centre pour animaux Noah’s Lost Ark, à Berlin Center, dans l’Ohio. “Tout cela dépasse l’imagination d’une personne lambda”, admet-il. Aujourd’hui, son objectif est de récupérer son tigre, m’explique-t-il lors d’une deuxième conversation téléphonique bien plus longue. Outre retrouver Ming, poursuit-il après une brève pause, il veut construire un zoo à Las Vegas, projet pour lequel il espère obtenir le soutien de Jermaine Jackson, frère de Michael Jackson, et d’un ancien membre du groupe Kool & The Gang.

Les zoos nous promettent un refuge loin des horreurs gravées dans les cœurs des hommes et nées de la nature conditionnelle de nos existences Il y a aussi des gens “qui semblent stimulés sexuellement par la vue de certains animaux, par exemple une tortue à long cou” Il explique qu’il a y deux genres de visiteurs qui vont au zoo. Le premier s’y rend mû par un intérêt sain pour les animaux, pour se détendre et se divertir. “Le second possède une vision des choses perverse ou des tendances criminelles”, qu’il exprime en cueillant des fleurs, en dérangeant les animaux, en grimpant sur les barrières, en ignorant les interdictions de nourrir les animaux, et ainsi de suite. Il y a aussi les ivrognes et “les malades mentaux et physiques (comme les épileptiques)”, qui mettent en danger tout le fonctionnement du zoo. “C’est pourquoi ils ne devraient pas être autorisés à entrer”, explique-t-il, citant l’incident du zoo de Zurich survenu le 10 juillet 1951, lorsqu’un jeune homme ivre tomba dans la piscine des ours polaires avant de se livrer à une performance gymnastique impromptue, ainsi qu’un autre incident survenu en 1957 dans le même zoo, lors duquel “un jeune Mongol” entra dans une cage occupée par des chimpanzés, sans aucun effet regrettable durable pour l’une ni l’autre partie.

Selon Hediger, le genre des pervers attirés au zoo comprend les escrocs, qui s’ingénient à ne pas payer l’entrée  ; les psychopathes, une catégorie qui inclut les personnes qui veulent libérer certains animaux en particulier ; et les pervers sexuels, avec notamment ceux qui espèrent voir des animaux s’accoupler. (A en croire mon comportement au zoo, je fais partie de ces trois catégories.) Il y a aussi des gens “qui semblent stimulés sexuellement par la vue de certains animaux, par exemple une tortue à long cou, et font en conséquence des visites à des fréquences inhabituelles”, de même que des sadiques, qui tourmentent les animaux, “les torturent parfois à mort en les blessant avec un instrument, leur causant des coupures ou des plaies avec des lames de rasoir, des éclats de verre, des épingles de divers types, ou leur plantant dans le corps une canne, un morceau de fil de fer pointu ou un objet similaire” ; et des suicidaires, qui espèrent finir empalés sur des cornes ou dévorés par des carnivores. Cette nuit-là, je reçois un appel téléphonique d’un homme qui se présente comme “Antoine”. Il me faut un moment pour identifier mon interlocuteur comme étant Antoine Yates, un homme qui a élevé un tigre et un alligator dans son appartement de Harlem et s’était porté candidat pour un poste au zoo du Bronx. Son histoire, une tentative tout américaine visant à créer son éden personnel, a été racontée dans le New York Daily News et c’est elle qui m’a amené à m’intéresser aux zoos. “Je suis tout sauf fou, a-t-il déclaré au journal en 2003. Mais s’ils veulent me coller l’étiquette de fou parce que j’aime les animaux, alors oui, je suis fou.” Lors de notre première conversation, Antoine me dit qu’il a commencé à vivre avec de grands prédateurs lorsqu’il a acquis un lion auprès d’une animalerie. Le lion,

Dangereux prédateurs. Il y a une nette différence entre l’homme tendu et extrêmement observateur assis en face de moi et la caricature de l’amoureux des animaux dont j’ai lu qu’il aimait regarder les films Le Parrain en compagnie de son tigre. La caricature sort tout droit de la mythologie des tabloïds new-yorkais, mais l’homme qui est actuellement assis en face de moi a réellement vécu dans un appartement de Harlem avec un tigre et un alligator. Et partager un espace clos avec de dangereux prédateurs nécessite de savoir contrôler leur comportement, prévoir leurs réactions et réagir rapidement. Quand je lui demande comment il est parvenu à survivre si longtemps avec un alligator, il finit par sourire : “Je suis un manipulateur.” “Le cerveau d’un alligator est de la taille d’une petite pièce de monnaie. Pas la peine d’essayer de lui faire comprendre quoi que ce soit. Il faut apprendre à tourner la situation à son avantage.” Je prends conscience qu’Antoine est un homme habitué à contrôler son environnement. Je suis frappé par le fait qu’Antoine Yates a payé en liquide un lion dans un quartier où beaucoup mangent grâce aux bons alimentaires, mais aucun de ceux qui ont écrit sur lui n’a jugé ce fait notable. “Les cinq années que j’ai passé coupé du monde”, commente-t-il à propos de l’exil qu’il s’est imposé avec un alligator et un tigre pour seule compagnie, “m’ont aidé à préserver ma vie. J’aurais pu me faire descendre dans la rue. J’ai progressé.” Quel que soit l’homme qu’il ait été à l’époque à Harlem, il n’est pas naïf ; il est fou à sa manière. “J’ai élevé Ming dans un environnement qui est exactement le même que celui du zoo du Bronx”, proteste-t-il, lorsque je l’interroge sur les dangers que des prédateurs exotiques peuvent faire peser sur ses voisins. “Le zoo est situé juste en face d’une zone résidentielle. Il compte des centaines de prédateurs.” —David Samuels Publié en juin 2012

A LIRE SUR NOTRE SITE LES 7 ET 14 AOÛT VOLETS 5 ET 6 : LES CHATS DE BUENOS AIRES ET LES DRAGONS DE KOMODO


         

moyenorient

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↙ Dessin de Luojie paru dans China Daily, PÊkin.

Egypte. OÚ vont les Frères musulmans ? La confrÊrie doit rapidement choisir : persister à tenter de prendre la rue par la force ou envisager un accord avec l’armÊe.

problèmes Êconomiques en matière d’emploi, de sÊcuritÊ alimentaire et de pauvretÊ. La seconde option passerait par une mÊdiation entre l’armÊe et la direction des Frères musulmans. Si la première gÊnÊration de la confrÊrie et ses dirigeants ne sont pas disposÊs à nÊgocier pour mettre un terme aux violences et au chaos quotidien imposÊs aux Egyptiens, le rÊgime en place doit ouvrir le dialogue avec la nouvelle gÊnÊration. Le guide suprême Mohamed Badie et son entourage ont une responsabilitÊ historique, celle de comprendre la scène politique actuelle et de s’incliner devant l’intÊrêt public des Egyptiens.

Accepter les compromis. Les

—Ahram Online Le Caire

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es Frères musulmans n’ont sans doute plus que deux options Ă  leur disposition : soit ils poursuivent les manifestations et les sit-in et continuent Ă  dĂŠambuler armĂŠs pour se livrer Ă  des violences – ce qui risque de porter des torts irrĂŠversibles Ă  l’organisation – ; soit ils font preuve de sagesse et se retirent de la rue après avoir obtenu un accord avec l’armĂŠe par le truchement d’un mĂŠdiateur indĂŠpendant, accord qui permettra de dĂŠpasser la mĂŠďŹ ance qui règne dans les deux camps. A voir les ĂŠvĂŠnements en cours au SinaĂŻ, sur la place Rabaa AlAdawiya [Ă  Nasr City, un quartier du Caire, lieu de rassemblement des pro-Morsi], et les morts enregistrĂŠs place Tahrir au cours d’affrontements entre partisans et adversaires de Mohamed Morsi, c’est la première option qui semble aujourd’hui prĂŠvaloir [depuis la

destitution de Mohamed Morsi, le 3 juillet, les arontements entre partisans et opposants au prÊsident dÊchu et entre les manifestants et les forces de l’ordre ont fait plus de 300 morts]. Or, si les violences et les combats se poursuivent à ce niveau d’intensitÊ, c’est la mort assurÊe pour les Frères musulmans. Les habitants du quartier de Rabaa Al-Adawiya ont dÊjà exprimÊ leur colère et leur frustration à se voir occupÊs par les partisans du prÊsident dÊchu : il ne se passera pas longtemps avant que ce campement des pro-Morsi ne soit ÊvacuÊ de force.

Nouvelles gÊnÊrations. Les dirigeants de la confrÊrie, en particulier son guide suprême, Mohamed Badie, et Mohamed el-Beltagui [secrÊtaire gÊnÊral du Parti de la libertÊ et de la justice (PLJ), vitrine politique des Frères musulmans], pourraient choisir de mettre en danger leur organisation et l’Egypte, en les jetant

dans une spirale de violence et d’instabilitÊ : ils refusent d’accepter le dĂŠpart de Morsi comme dĂŠďŹ nitif. Ils ne sont pourtant pas en mesure de jouer d’Êgal Ă  ĂŠgal avec le nouveau rĂŠgime en place. Les Frères musulmans n’ont visiblement pas tirĂŠ les leçons de leur confrontation avec Nasser dans les annĂŠes 1950 : Ă  l’Êpoque, la direction de la confrĂŠrie, avide de pouvoir, avait refusĂŠ ce que le prĂŠsident lui proposait. De mĂŞme, aujourd’hui, les dirigeants devraient comprendre que ce qui s’est passĂŠ devant le complexe de la Garde rĂŠpublicaine [le 8 juillet, 51 manifestants pro-Morsi sont morts sous les balles de l’armĂŠe] montre bien celui des deux camps qui l’emportera si l’on cherche Ă  rĂŠgler les conits par la force. C’est un scĂŠnario suicide pour les chefs des Frères musulmans et mĂŞme un pĂŠchĂŠ au regard de l’histoire de l’organisation. Ce choix est de plus contraire aux intĂŠrĂŞts de l’Egypte, confrontĂŠe Ă  de pressants

Etats-Unis, l’Union europĂŠenne, le Qatar et l’Arabie Saoudite pourraient soutenir un accord qui garantisse Ă  la confrĂŠrie qu’elle ne fera pas l’objet d’une rĂŠpression et qui facilite son implication dans la pĂŠriode de transition. Il serait dĂŠsastreux d’exclure les diÊrents courants pro-Morsi, car ce sont des Egyptiens, et ils pourraient sombrer dans la violence comme l’avaient fait les islamistes dans les annĂŠes 1940 [avec notamment l’assassinat du Premier ministre en 1948], 1980 [le 6 octobre 1981, le prĂŠsident Anouar El-Sadate est tuĂŠ par des soldats islamistes] et 1990 [grande vague de terrorisme menĂŠe par la Gamaa Islamiya, un mouvement issu des Frères musulmans mais distinct de la confrĂŠrie]. La colère gronde au sein mĂŞme de la confrĂŠrie, oĂš certains dĂŠnoncent la gestion de la crise par le guide suprĂŞme : ces mĂŠcontents pourraient former cette nouvelle gĂŠnĂŠration de Frères musulmans qu’il faudrait intĂŠgrer aux nĂŠgociations si la direction actuelle refuse tout dialogue de paix. Il convient de rappeler que les Frères musulmans n’avaient jamais eu le pouvoir depuis 1928 [date de leur fondation] : diďŹƒcile , donc, pour la confrĂŠrie d’y renoncer sans combattre. Chaque fois qu’ils ont ĂŠtĂŠ puissants, ou se sont crus puissants, les Frères ont systĂŠmatiquement eu recours Ă  la force et Ă  la violence. L’assassinat du Premier ministre Al-Noukrachi Pacha en  1948 en ĂŠtait dĂŠjĂ  la dĂŠmonstration. A cela s’ajoute leur tendance Ă  se considĂŠrer comme perdants dès lors qu’ils n’ont pas tout raÊ – ce dont tĂŠmoignent, par exemple, leurs eorts pour prendre la main sur toutes les commissions parlementaires après leur victoire aux ĂŠlections de 2012. A l’inverse, quand ils sont en situation de faiblesse, les Frères musulmans savent coopĂŠrer et accepter les compromis. Ainsi, pendant l’ère Moubarak, ils n’ont jamais

cherchĂŠ Ă  obtenir un grand nombre de sièges au Parlement et n’ont cherchĂŠ Ă  imposer aucun de leurs membres Ă  la tĂŞte d’un syndicat. Certes, la confrĂŠrie n’a pas perdu toute sa puissance, mais, depuis son arrivĂŠe au pouvoir, elle a perdu son crĂŠdit auprès des Egyptiens. Les Frères ne sont plus des victimes, image qui leur collait Ă  la peau de longue date. Ils ne sont plus en position de force, comme c’Êtait le cas Ă  la veille de la rĂŠvolution du 25 janvier. Pour les Frères musulmans comme pour l’Egypte, le scĂŠnario idĂŠal serait qu’un accord soit trouvĂŠ avec le rĂŠgime. La confrĂŠrie devrait prendre exemple sur son fondateur, Hassan Al-Banna, qui avait retirĂŠ sa candidature aux lĂŠgislatives et obtenu en ĂŠchange la crĂŠation de nouvelles branches pour son organisation et la fermeture des maisons closes [quelques mois après le meurtre d’Al-Noukrachi, Al-Banna a ĂŠtĂŠ ĂŠliminĂŠ par les services secrets ĂŠgyptiens, en fĂŠvrier 1949]. EnďŹ n, il faut signaler que le projet islamique, dans le monde arabe, est pour l’heure presque terminĂŠ. L’organisation s’opposant dĂŠsormais Ă  une large frange de la sociĂŠtĂŠ et de l’appareil d’Etat, les Frères musulmans ont intĂŠrĂŞt Ă  se protĂŠger des attaques en Egypte. Pendant des annĂŠes, j’ai dĂŠfendu les Frères musulmans, et je continue de penser que l’organisation doit faire partie de la vie politique. Mais, s’ils persistent dans leur volontĂŠ d’escalade guerrière pour ramener Morsi au pouvoir, ils risquent de s’aaiblir. Et pour des dĂŠcennies. J’ai l’espoir, et la conviction, que la voix de la sagesse saura s’imposer pour que soit trouvĂŠ un accord qui mettra un terme aux violences et Ă  l’instabilitĂŠ. —Said Shehata PubliĂŠ le 25 juillet

SOURCE

AHRAM ONLINE Site d’information, Le Caire www.english.ahram.org.eg

Ce site d’information, lancÊ en novembre 2010 et ÊditÊ par la sociÊtÊ Al-Ahram, est dirigÊ par Hani Shukrallah, l’ancien directeur d’Al-Ahram Weekly, qui fut limogÊ de son poste par le prÊsident dÊchu Hosni Moubarak. Le webzine propose un lien vers un portail d’information en arabe Êgalement ÊditÊ par la sociÊtÊ Al-Ahram et portant le même nom.


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LIBAN

La galaxie Hezbollah

—Now. (extraits) Beyrouth

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Le site libanais Now. a dressĂŠ un ĂŠtat des lieux sur plusieurs continents pour mieux comprendre l’action du Parti de Dieu, ses rĂŠseaux internationaux et ses sources de ďŹ nancement.

PrĂŠsence en Europe

epuis des annĂŠes, les EtatsUnis et plusieurs Etats membres de l’Union europĂŠenne s’inquiètent publiquement des activitĂŠs et de l’inuence du Hezbollah Ă  travers le monde. Après l’attentat terroriste commis en juillet 2012 dans un petit aĂŠroport de Bulgarie, qui avait fait six morts, cinq touristes israĂŠliens et un chaueur de bus bulgare, les Etats-Unis et IsraĂŤl ont intensiďŹ ĂŠ leur pression sur l’UE aďŹ n que le Parti de Dieu libanais

SUĂˆDE La Suède hĂŠberge une importante communautĂŠ de partisans du Hezbollah, qu’elle laisse agir librement dans le pays. En 2012, deux SuĂŠdois d’origine libanaise ont ĂŠtĂŠ arrĂŞtĂŠs alors qu’ils prĂŠparaient des attentats contre des IsraĂŠliens.

DANEMARK danemark Le Hezbollah dispose d’un rÊseau d’organisations caritatives auxquelles ses partisans font des dons, gÊnÊralement via diverses mosquÊes. Les agents du Parti de Dieu utiliseraient aussi le Danemark pour leurs recrutements. En 2010, deux militants arabes israÊliens recrutÊs au Danemark avaient ÊtÊ accusÊs d’espionnage pour le compte du Hezbollah.

soit placĂŠ sur liste noire, et plus encore après que l’implication d’agents du Hezbollah eut ĂŠtĂŠ ĂŠtablie. [Le 22 juillet, l’Union europĂŠenne a inscrit la branche armĂŠe du Hezbollah libanais sur la liste des organisations terroristes.] Aux Etats-Unis, les autoritĂŠs ont tirĂŠ la sonnette d’alarme il y a vingt ans dĂŠjĂ  et traquent sans relâche les traďŹ quants de drogue, les marchands d’armes et les entitĂŠs de blanchiment d’argent liĂŠs Ă  des agents du Hezbollah et actifs sur le continent amĂŠricain. En

SLOVAQUIE Le 21 novembre 2009, trois ressortissants libanais possĂŠdant des titres de sĂŠjour slovaques ont ĂŠtĂŠ arrĂŞtĂŠs Ă  Philadelphie alors qu’ils se livraient Ă  du traďŹ c d’armes et de biens volĂŠs. Les chefs d’accusation les plus graves concernaient Dani Tarraf, 38 ans, qui aurait tentĂŠ d’acheter 10 000 fusils d’assaut M4 et 100 missiles antiaĂŠriens Stinger pour “la rĂŠsistance libanaiseâ€?.

MOLDAVIE MOLDA Le consul honoraire libanais Mahmoud Ahmad Hammoud, expulsÊ de la Roumanie voisine dans les annÊes 1990 pour avoir tentÊ d’acheter des armes russes en Transdniestrie pour le compte du Hezbollah, avait obtenu la nationalitÊ moldave. Selon un document de 2003, Hammoud a organisÊ le transport de 50 missiles Strela-2M vers le Liban. Les armes avaient ÊtÊ achetÊes en Transdniestrie et envoyÊes à Beyrouth depuis Chisinau.

Stockholm

ALLEMAGNE ALLEMAGNE Selon l’OďŹƒce fĂŠdĂŠral de la Constitution (le service de renseignements allemand), le pays comptait près de 950 militants en 2011. En 2010, une aaire de traďŹ c de drogue a alertĂŠ les autoritĂŠs allemandes. Der Spiegel a rapportĂŠ l’arrestation Ă  l’aĂŠroport de Francfort d’une famille libanaise transportant une somme importante en liquide. L’enquĂŞte rĂŠvĂŠlera que la famille faisait partie d’un rĂŠseau de traďŹ c de cocaĂŻne liĂŠ aux cartels sudamĂŠricains.

Copenhague Berlin Bruxelles

Bratislava

Madrid

ESPAGNE Selon le journaliste amĂŠricain Nicholas Blandford, après la mort de 6 membres espagnols des forces de maintien de la paix dans le sud du Liban [Finul] en juin 2007, des agents des services de renseignements espagnols ont rencontrĂŠ secrètement des militants du Hezbollah. Ces derniers ont acceptĂŠ de fournir des “escortesâ€? chargĂŠes de protĂŠger les patrouilles espagnoles de la Finul. En ĂŠchange, les soldats espagnols fermeront les yeux sur le rĂŠarmement du Hezbollah.

BELGIQUE Les traďŹ quants libanais de diamants opĂŠrant Ă  Anvers apparaissent dans l’aaire de la Banque libanaise canadienne. Figurant sur la liste noire du TrĂŠsor amĂŠricain depuis 2011, cette banque a ĂŠtĂŠ vendue Ă  la SociĂŠtĂŠ gĂŠnĂŠrale de banque au Liban après que les autoritĂŠs amĂŠricaines eurent dĂŠcouvert par hasard un des rĂŠseaux de traďŹ c et de blanchiment d’argent les plus sophistiquĂŠs au monde, liĂŠ au Hezbollah.

AmĂŠrique du Sud, le rapprochement idĂŠologique entre, d’une part, l’Iran et le Hezbollah et, d’autre part, les Etats dits bolivariens s’est traduit par une coopĂŠration militaire et des accords commerciaux. En Afrique de l’Ouest, plaque tournante notoire du traďŹ c de drogue et des “diamants de conitsâ€? [blood diamonds en anglais, dont le traďŹ c alimente les guerres], la prĂŠsence d’un grand nombre d’hommes d’aaires proches du Hezbollah dans des pays oĂš l’Etat

Chisinau

SoďŹ a

Nicosie

LIBAN

CHYPRE Un tribunal a condamnÊ en mars un membre du Hezbollah à trois ans de prison pour avoir prÊparÊ des attentats visant des intÊrêts israÊliens à Chypre. Hossam Taleb Yaccoub, un SuÊdois d’origine libanaise de 25 ans, a reconnu avoir ÊtÊ recrutÊ par le Hezbollah pour des missions de surveillance dans plusieurs destinations touristiques en Europe. L’accusÊ a ÊtÊ arrêtÊ en juillet  2012 en possession d’un petit carnet rouge contenant les numÊros d’immatriculation de deux cars transportant des vacanciers israÊliens.

BULGARIE Avant la mi-juillet 2012, quand un jeune homme au sac à dos chargÊ d’explosifs s’est fait sauter dans un bus plein de touristes israÊliens à l’aÊroport de Bourgas, une station balnÊaire sur la mer Noire, on ignorait tout des activitÊs du Hezbollah en Bulgarie. Mais après cet attentat, qui a fait 6 morts (5 touristes et le chaueur bulgare), tant le FBI que les autoritÊs israÊliennes ont accusÊ le Hezbollah. Au terme d’une enquête d’environ six mois, le ministre de l’intÊrieur annonçait que des agents du Hezbollah Êtaient eectivement impliquÊs dans la prÊparation de l’attentat.

SOURCE : //NOW.MMEDIA.ME/LB/EN


         

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↙ Sur l’Êcusson : IsraÍl. Dessin de Kichka pour Telad TV, JÊrusalem.

ISRAĂ‹L est faible et corrompu alimente les spĂŠculations sur les entreprises qui contribuent au ďŹ nancement de l’organisation.

RĂŠalitĂŠ et fantasme. En Europe, l’implantation politique et ĂŠconomique du Parti de Dieu, qui y collecte des fonds de bienfaisance, est source de polĂŠmique dans les cercles politiques et intellectuels de l’UE. Parallèlement, les dĂŠcideurs politiques s’inquiètent des activitĂŠs ďŹ nancières du Hezbollah. Sur plusieurs continents, les forces de police et la justice sont parvenues Ă  dĂŠbusquer des rĂŠseaux et Ă  apporter la preuve que des agents du Hezbollah et des reprĂŠsentants des milieux d’aaires ĂŠtaient impliquĂŠs dans des activitĂŠs illĂŠgales permettant Ă  l’organisation de lever des fonds et d’acheter des armes. Pour dĂŠmĂŞler la rĂŠalitĂŠ du fantasme Ă  propos du Hezbollah, de ses opĂŠrations ĂŠconomiques et de son empire ďŹ nancier, mais aussi de ses partisans et des activitĂŠs illĂŠgales qui gravitent autour de lui, Now. s’est penchĂŠ sur les enquĂŞtes existantes aďŹ n de dresser un ĂŠtat des lieux dans toute une sĂŠrie de pays sur les cinq continents*. Ana Maria Luca PubliĂŠ le 18 juillet * Courrier international publie la carte de l’implantation du parti chiite libanais en Europe. Vous pouvez consulter les autres cartes en utilisant les liens suivants : https ://now.mmedia.me/lb/en/special reports/hezbollah-in-north-america https ://now.mmedia.me/lb/en/special reports/hezbollah-in-central-america https ://now.mmedia.me/lb/en/special reports/south-americas-hezbollahmap-tentative-title https ://now.mmedia.me/lb/en/special reports/hezbollah-in-west-africa

SOURCE

NOW. Beyrouth, Liban now.mmedia.me/lb/ar CrÊÊ en 2007, Now Lebanon se voulait un site d’information en arabe et en anglais largement consacrÊ au Liban. Fin 2012, Now Lebanon est devenu Now., avec le souci de s’ouvrir sur tout le Moyen-Orient.

Shimon PĂŠrès lave propre Ă  bon marchĂŠ Le prĂŠsident d’IsraĂŤl se prĂŠsente habilement en Occident comme un homme de paix aďŹ n de mieux cacher son passĂŠ et les discriminations inigĂŠes aux Palestiniens.

—Ha’Aretz Tel-Aviv

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u cours des dĂŠbats Ă  la Knesset qui ont prĂŠsidĂŠ Ă  la formation du gouvernement, le 10 mars 1949, l’un des deux dirigeants du Mapam, le Parti uniďŹ ĂŠ des travailleurs [marxisant, Ă  gauche du Parti travailliste], Ya’akov Hazan, aďŹƒrma : “En ce qui nous concerne, l’Union soviĂŠtique est‌ notre seconde patrie.â€? C’est l’un des symptĂ´mes de la vie politique israĂŠlienne. Les ĂŠlites dominantes, les promoteurs des reprĂŠsentations et des valeurs nationales sont restĂŠs passionnĂŠment attachĂŠs au monde extĂŠrieur. En cela rĂŠside la nature coloniale du projet. Les immigrants juifs en Palestine sous mandat britannique [19201948] disposaient d’un arrière-pays symbolique. Leur mĂŠtropole n’Êtait pas comme celle des colons blancs du Kenya ou du SĂŠnĂŠgal ; elle faisait une bonne place aux fantasmes et aux voyages – entre Londres et New York, Berlin et Paris. Paris, par exemple, dès le lendemain de la Première Guerre mondiale et jusqu’au milieu des annĂŠes 1960, a tenu un grand rĂ´le dans la vie culturelle des immigrants Ă  Tel-Aviv. Autrement dit, si l’IsraĂŠlien commun est lĂ , Ă  demeure, et que l’on attend de lui qu’il accepte [son sort] comme l’accomplissement d’une sorte d’idĂŠal messianique, les ĂŠlites nationales, elles, s’envolent vers de lointaines destinations. Le voyage, aux frais de leurs hĂ´tes ou de leur employeur, est perçu comme un vrai cadeau. Ne serait-il pas formidable que la gauche israĂŠlienne passe autant de temps Ă  aller de place en

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place en IsraĂŤl qu’à participer Ă  d’ineptes confĂŠrences dans toutes sortes de villes d’Italie ou d’Allemagne, Ă  y ĂŠcouter des dĂŠclarations vides de sens sur la coexistence paciďŹ que [entre IsraĂŠliens et Arabes], Ă  la Shimon PĂŠrès ? PĂŠrès tient un rĂ´le essentiel dans la vie d’IsraĂŤl. Il est ce bon Etat

d’IsraĂŤl que l’on peut chanter en Occident sans fausse note. Il est l’IsraĂŤl dans lequel on peut se reconnaĂŽtre quand, Ă  l’Êtranger, on vous dit : “Votre prĂŠsident, par exemple, est pour la paix.â€? Bien entendu, les “mouchardsâ€? savent que Shimon PĂŠrès a lancĂŠ la course Ă  l’arme nuclĂŠaire au Moyen-Orient. Ils savent qu’il fut membre de chacun des cabinets du pays qui nous ont conduits Ă  la situation actuelle ; en d’autres termes, Ă  cet IsraĂŤl “que les gens n’aiment pasâ€?. L’IsraĂŤl rĂŠel jouit d’un puissant soutien occidental et n’a rien Ă  craindre en termes de dĂŠlĂŠgitimation. Les dĂŠclarations politiques de l’Union europĂŠenne, de Barack Obama ou de John Kerry ne jouent aucun rĂ´le dans les relations d’IsraĂŤl avec les Etats occidentaux. La dĂŠsintĂŠgration du nationalisme arabe et les euves de sang qui coulent sur ses terres ont bien entendu rendu plus lointaines encore les perspectives de solution paciďŹ que du conit israĂŠlopalestinien, car il n’existe aucun facteur qui presse l’Occident de faire Ă  son tour pression sur IsraĂŤl. Ainsi PĂŠrès et l’IsraĂŤl imaginaire qu’il reprĂŠsente permettent-ils la mĂŠtamorphose des relations clandestines entre la politique de discrimination israĂŠlienne et l’Occident en quelque chose de noble, qui dĂŠborde d’aspirations Ă  la paix et nous grandit vraiment. Le prix Ă  payer pour mener une double vie, pour qu’IsraĂŤl puisse continuer Ă  faire partie de l’Occident ĂŠclairĂŠ, c’est le prĂŠsident PĂŠrès et ses propos superďŹ ciels. Aussi, vous tous, membres des ĂŠlites israĂŠliennes et autres ďŹ ns gourmets, si vous voulez vivre Ă  la fois ici et en de bien plus belles citĂŠs avec concerts et musĂŠes Ă  la clĂŠ, ou passer des annĂŠes sabbatiques Ă  l’ombre des terrasses de la cĂ´te est des Etats-Unis, prenez PĂŠrès en guise de pommade et cessez de gĂŠmir. —Yitzhak Laor PubliĂŠ le 24 juin

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↙ Dessin de Kazanevsky, Ukraine.

amĂŠriques

Canada. Chasseurs d’icebergs à la pelle et à la carabine Les clients de M.Kean? un brasseur, un fabricant de vodka, une entreprise viticole‌

Traquer et collecter les prÊcieux blocs de glace n’est pas une opÊration simple, mais cela peut rapporter gros, car la demande d’eau pure des icebergs est en plein boom.

d’immenses ďŹ lets, d’un gigantesque bras hydraulique et parfois mĂŞme Ă  l’aide d’une carabine et uelque part entre l’Île d’une tronçonneuse. M. Kean doit Random et le lac Deer, maintenant batailler avec des iceaprès les premières appa- bergs dĂŠrivants, ce qui accroĂŽt ses ritions d’Êlans, mais avant celles coĂťts en carburant, et il est vivedes ours bruns, le tĂŠlĂŠphone d’Ed ment critiquĂŠ par les tour-opĂŠraKean se met Ă  sonner : plusieurs teurs, qui l’accusent de grignoter dizaines d’icebergs ont ĂŠtĂŠ repĂŠ- peu Ă  peu les icebergs que leurs rĂŠs au large de la cĂ´te nord de clients viennent admirer. Terre-Neuve. Pas convaincu, Chaque printemps, avant de M. Kean poursuit sa route. “Il prendre la mer, M. Kean sillonne faut vĂŠrifier par soi-mĂŞme, car on les routes pour repĂŠrer les sites reçoit toutes sortes d’informationsâ€?, oĂš conduire son chalutier, le Green explique-t-il. Waters, lors de sa chasse annuelle Chaque ĂŠtĂŠ, cet homme de 53 ans, aux icebergs. Au mois de mai, il digne rejeton d’une famille de a ainsi parcouru plus de 1 500 kilomarins, met le cap sur l’Atlantique mètres depuis Saint-Jean-de-TerreNord pour rĂŠcupĂŠrer des morceaux Neuve, oĂš il habite, jusqu’au nord de glace qui se sont dĂŠtachĂŠs des de la province aďŹ n de localiser les glaciers du Groenland et dĂŠrivent icebergs les plus prometteurs de vers le sud-ouest. Il travaille pour la saison. Il a contactĂŠ des amis un fabricant de vodka, un brasseur, et des connaissances installĂŠs une entreprise viticole et un dans les villages cĂ´tiers pour colproducteur d’eau en bouteille. lecter des informations. Et il a Ces entreprises utilisent l’eau passĂŠ de nombreux appels tĂŠlĂŠqui a ĂŠtĂŠ retenue dans les glaciers phoniques Ă  sa femme, Marina, pendant des milliers d’annĂŠes en qui garde l’œil rivĂŠ sur les sites la vantant comme la plus pure de de localisation des icebergs comme la planète. Selon elles, la demande icebergďŹ nder.com. ne cesse d’augmenter, mais la colUne fois qu’il trouve un iceberg lecte des prĂŠcieux blocs de glace qui lui convient, il ĂŠtablit son devient de plus en plus diďŹƒcile. trajet et la date approximative Ă  Leur rĂŠcupĂŠration se fait Ă  l’aide laquelle le bloc de glace dĂŠrivera

Q

dans une baie ou une crique paisible. Puis il rentre chez lui, rÊcupère son bateau, constitue une Êquipe et navigue vers sa proie. La collecte d’icebergs requiert une autorisation des autoritÊs de la province.

Vaste zone de “chasse� 500 km GROENLAND KALAALLIT NUNAAT (Danemark)

Nuuk

60° N

O C ÉA N AT L A N T IQU E

PROVINCE DE TERRE-NEUVEET-LABRADOR

Labrador QUÉBEC 50° N

Conche Terre-Neuve

CANADA Saint-Jean

É-U

St-Pierreet-Miquelon (France)

COURRIER INTERNATIONAL

—The Wall Street Journal (extraits) New York

La plupart du temps, M. Kean trouve suďŹƒsamment de blocs pour fournir ses principaux clients, mĂŞme si la demande en eau d’iceberg est en plein boom. Hugh McDermott, le directeur gĂŠnĂŠral de la brasserie Quidi Vidi Brewing, Ă  Saint-Jean, a par exemple du mal Ă  produire suďŹƒsamment de bières Iceberg, vendues localement durant l’ÊtĂŠ. David Myers, le patron de Canadian Iceberg Vodka, un distillateur installĂŠ Ă  Toronto, conďŹ rme que les aaires “marchent très bienâ€?. Sur la liste des clients de M. Kean ďŹ gurent aussi l’entreprise viticole Auk Island Winery et l’embouteilleur Berg Water, tous deux installĂŠs Ă  Terre-Neuve et qui se fournissent uniquement chez lui. Tous font valoir que leur eau, extraite des icebergs et donc prĂŠservĂŠe pendant des siècles des impuretĂŠs contenues dans l’air et la mer, est naturellement plus pure que l’eau ordinaire. Et ils rĂŠalisent des tests pour contrĂ´ler sa puretĂŠ. Mark Serreze, directeur du Centre national des donnĂŠes sur la neige et la glace de l’universitĂŠ du Colorado, Ă  Boulder, ne procède pas Ă  des tests, mais, comme la glace vient de la calotte du Groenland, il conďŹ rme qu’elle est “vraiment très pureâ€?. L’hiver, M.  Kean a d’autres sources de revenus : il est guide d’expĂŠditions Ă  motoneige et rĂŠcupère et transporte des vieux mĂŠtaux. Mais il passe de plus en plus de temps chaque saison Ă  traquer les

icebergs, une activitĂŠ qui, les bonnes annĂŠes, peut lui rapporter plusieurs centaines de milliers de dollars. Une fois en mer, il dĂŠtache Ă  la pelle ou Ă  la main des morceaux de glace dans des blocs pouvant avoir la taille d’une petite voiture. Puis il charge la glace sur le bateau Ă  l’aide d’un treuil et la transporte sur la cĂ´te. ArrivĂŠ Ă  destination, il la fait fondre et stocke l’eau jusqu’au moment de la livraison. Il y a quelques annĂŠes, quand il n’y avait pas de blocs d’assez petite taille Ă  la surface de l’eau, il tirait dans les gros icebergs avec une carabine pour qu’ils se fendent en petits morceaux sous l’eet des ondes sonores. Aujourd’hui, pour dĂŠtacher des blocs, il utilise le bras hydraulique de son bateau. En dernier recours, il s’approche et se sert d’une hachette ou d’une tronçonneuse. Des agences de tourisme lui reprochent de mettre en pĂŠril la beautĂŠ immaculĂŠe des icebergs, qui attirent chaque annĂŠe des foules de visiteurs. Cecil Stockley, la patronne de l’agence Iceberg Man Tours Ă  Twillingate, souligne que M. Kean devrait opĂŠrer loin des villages cĂ´tiers et des parcours touristiques, “aďŹ n que personne ne puisse le voir briser des icebergs en morceauxâ€?. M. Kean rĂŠtorque que la proportion de glace qu’il recueille est minuscule par rapport au volume total et qu’il s’eorce d’Êviter les zones très touristiques. RĂŠcemment, Ă  l’occasion d’un voyage de repĂŠrage, M. Kean a parcouru plusieurs centaines de kilomètres jusqu’à la petite ville de Conche. Au cours du trajet, il s’est arrĂŞtĂŠ Ă  de nombreuses reprises pour scruter la mer avec des jumelles. Un ĂŠpais brouillard l’empĂŞchait de voir les icebergs. Sur la route, il a rencontrĂŠ une connaissance. “Tu as vu des icebergs dernièrement ?â€? lui a-t-il demandĂŠ. L’homme a rĂŠpondu par la nĂŠgative. Alors qu’il s’apprĂŞtait Ă  rentrer chez lui, M. Kean a repĂŠrĂŠ ce qu’il croyait ĂŞtre un petit iceberg. Il a marchĂŠ jusqu’au point de vue le plus proche. Il y avait bien trois petits icebergs, mais ils ne mĂŠritaient pas le voyage, car ils auraient probablement fondu avant que son bateau n’arrive Ă  destination. Entre-temps, un autre contact lui a signalĂŠ un iceberg Ă  quelques centaines de kilomètres au sud. M. Kean s’est aussitĂ´t mis en route, mais, une fois sur place, il n’y avait plus rien Ă  voir. Il a alors dĂŠcidĂŠ de prendre le chemin du retour, conscient que, cet ĂŠtĂŠ, il devrait naviguer plus au nord, jusqu’au Labrador, pour s’assurer de bonnes prises. “Dame Nature peut ĂŞtre très cruelleâ€?, conclut-il. —Will Connors PubliĂŠ le 5 juin


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↙ Dessin de Vazquez paru dans El País, Madrid.

AMÉRIQUE CENTRALE

Tous ces canaux mènent Ă  PĂŠkin Un siècle après l’ouverture de celui de PanamĂĄ, le Nicaragua vient d’annoncer la crĂŠation d’un grand canal interocĂŠanique ďŹ nancĂŠ par la Chine, comme bien d’autres projets dans l’isthme.

—El Faro (extraits) San Salvador

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n vent d’ouest soue sur l’AmĂŠrique centrale avec une force magique et le soue du colossal dragon chinois nous consume. On peut mĂŞme dire que l’Êtoile rouge de la Longue Marche brille dans notre ciel avec l’Êclat du progrès. Dans ce petit isthme que Pablo Neruda a appelĂŠ la “gorge pastoraleâ€? de l’AmĂŠrique, il y aura bientĂ´t au moins trois nouveaux canaux interocĂŠaniques – l’un classique [maritime] et les deux autres “secsâ€? [par terre] –, tous ďŹ nancĂŠs et construits par des entreprises privĂŠes ou publiques de la rĂŠpublique populaire de Chine. Ces nouveaux corridors faciliteront la navigation des gigantesques navires pĂŠtroliers dits Post-Panamax d’un ocĂŠan Ă  l’autre, ainsi que la circulation de trains Ă  grande vitesse

qui relieront les cĂ´tes, et ils entraĂŽneront la crĂŠation d’olĂŠoducs, de raďŹƒneries, de ports automatisĂŠs et de centrales ĂŠlectriques qui exploitent l’Ênergie marĂŠmotrice. Des montagnes seront dĂŠtruites et des forĂŞts rasĂŠes. Les euves changeront de cours et on creusera le lit des lacs. Faites la liste de vos souhaits les plus fous, car ce supermarchĂŠ des illusions n’a pas de limite : les dirigeants et les entrepreneurs chinois sont lĂ  pour livrer la richesse Ă  domicile. Si les comptes sont bons, il y aura quatre canaux dans la mĂŞme rĂŠgion, car le canal de PanamĂĄ existe dĂŠjĂ . MĂŞme cinq, si l’on ajoute le projet du Costa Rica de construire une autoroute reliant les CaraĂŻbes au PaciďŹ que ; n’oublions pas que c’est le seul pays de la rĂŠgion qui a des relations diplomatiques avec le gouvernement chinois. D’ailleurs, le Costa Rica a reçu dĂŠbut juin la

visite oďŹƒcielle du prĂŠsident Xi Jinping. Quant au sixième projet, c’est la Colombie qui nĂŠgocie avec la Chine l’ouverture de son propre canal entre la baie de Solano, sur le PaciďŹ que, et celle d’Acandi, dans les CaraĂŻbes, juste Ă  la frontière avec le PanamĂĄ. Tous ces travaux sont Ă  la charge de la China Railway Engineering Company. Et il y aura peut-ĂŞtre un septième ouvrage, si l’on tient compte d’un ĂŠventuel canal au Mexique, dans l’isthme de Tehuantepec. La liste s’arrĂŞte lĂ , car le Salvador n’a malheureusement pas de littoral donnant sur les CaraĂŻbes. Nous savons dĂŠjĂ  que le canal devant traverser le Nicaragua est le projet le plus complet. Son coĂťt est estimĂŠ Ă  40 milliards de dollars [30 milliards d’euros] – soit cinq fois le PIB du pays – et rien n’a ĂŠtĂŠ oubliÊ : un canal adaptĂŠ aux navires de toutes tailles, un chemin de fer interocĂŠanique, des routes, un olĂŠoduc, des ports sur chaque littoral, des aĂŠroports, des zones de libreĂŠchange. L’ensemble a ĂŠtĂŠ conďŹ ĂŠ Ă  la sociĂŠtĂŠ Hong Kong Nicaragua Development, domiciliĂŠe Ă  Hong Kong mais inscrite au registre du commerce des ĂŽles CaĂŻmans. Cette entitĂŠ n’a qu’un seul actionnaire, Wang Jing. Selon les porte-parole du gouvernement nicaraguayen, la construction de ces multiples ouvrages ne crĂŠera pas moins de 1 million d’emplois (la population active du pays compte 2 millions de personnes) dès le lancement des travaux et le PIB augmentera de 15 % chaque annĂŠe, pour commencer. En comparaison, les miracles de la Bible ne font pas le poids, y compris l’ouverture de la mer Rouge. Le bâton de Wang Jing est plus puissant que celui de MoĂŻse. Le canal “secâ€? devant traverser le Honduras, un peu plus modeste, coĂťtera moitiĂŠ moins cher que celui du Nicaragua, soit 20 milliards de dollars. En revanche, ces voies ferrĂŠes, prĂŠvues pour des trains Ă  grande vitesse, seront alimentĂŠes par l’Ênergie d’une centrale marĂŠmotrice installĂŠe dans le golfe de Fonseca. La conception et la construction de ce projet incombent Ă  la sociĂŠtĂŠ China Harbour Engineering Company (Chec). Le Guatemala a cependant l’intention d’aller plus loin que ses concurrents. Le prĂŠsident Otto PĂŠrez Molina aďŹƒrme que son canal est “un projet de 390 kilomètres, comprenant un gazoduc et un olĂŠoduc, une autoroute et un chemin de ferâ€?. Selon lui, les ĂŠtudes de faisabilitĂŠ sont dĂŠjĂ  terminĂŠes. Le coĂťt est estimĂŠ Ă  10 milliards de dollars et les investisseurs chinois “sont particulièrement intĂŠressĂŠs par l’olĂŠoduc, qui permettra d’acheminer le pĂŠtrole du Venezuelaâ€?, d’après le prĂŠsident.

Des projets de liaisons interocĂŠaniques c Projets de : v voie ferrĂŠe

Canal existant Capitale d’Etat

canal m

a autoroute mixte

Plusieurs tracĂŠs pour le futur canal

Golfe du Mexique

NICARAGUA Lac du Nicaragua

Isthme de Tehuantepec

c

BELIZE

MEXIQUE GUAT.

Managua Brito HOND.

v

m

Mer des CaraĂŻbes SA.

OcĂŠan PaciďŹ que

10° N AbrÊviations : GUAT. Guatemala, HOND. Honduras, SA. Salvador

Golfe de Fonseca

Canal de PanamĂĄ

c COSTA RICA

a PANAMĂ

Comme on peut le voir, tous les chemins mènent Ă  PĂŠkin et non plus Ă  Rome. Selon ces plans tirĂŠs sur la comète, les investissements chinois – ne serait-ce qu’au Nicaragua, au Honduras et au Guatemala  – devraient se monter Ă  70 milliards de dollars [53 milliards d’euros] pour la construction de trois canaux interocĂŠaniques. Et jusqu’à prĂŠsent personne ne s’est demandĂŠ pourquoi trois projets sont lancĂŠs au lieu d’un. En eet, la concurrence mènera Ă  la ruine cette rĂŠgion si petite et si pauvre qui a de grandes ambitions d’intĂŠgration. Cette situation me rappelle un ďŹ lm classique de 1953 : Bienvenue, monsieur Marshall, du rĂŠalisateur [espagnol] Luis GarcĂ­a Berlanga. Après la ďŹ n de la Seconde Guerre mondiale, le fameux plan Marshall a ĂŠtĂŠ mis en Ĺ“uvre pour reconstruire l’Europe, Ă  une ĂŠpoque oĂš les EtatsUnis ĂŠtaient vus comme un bienfaiteur tout-puissant – exactement comme la Chine aujourd’hui. Les habitants d’un petit village espagnol, Villar del RĂ­o, apprennent l’arrivĂŠe imminente desdits bienfaiteurs qui transforment les pauvres en riches partout oĂš ils passent. Ils se prĂŠparent Ă  les recevoir en grande pompe et ils rĂŠpètent mĂŞme une chanson de bienvenue : “Les Yankees sont arrivĂŠs avec mille prĂŠsents et ils vont sĂŠduire les jolies ďŹ lles avec des avions Ă  rĂŠaction qui fendent l’air et des gratte-ciel conservĂŠs au frais grâce au frigidaire‌â€? Pourtant, le jour J, les habitants sortent dans la rue pour attendre le cortège, mais la caravane passe Ă  cĂ´tĂŠ du village. Tous les visages s’assombrissent. Non seulement les illusions sont brisĂŠes, mais après cet ĂŠchec les autoritĂŠs du village obligent les habitants Ă  payer les frais de cette fĂŞte avortĂŠe, et ils ďŹ nissent plus pauvres qu’ils ne l’Êtaient. —Sergio RamĂ­rez PubliĂŠ le 28 juin

c Baie de Solano

500 km

Baie d’Acandi

COLOMBIE

L’auteur SERGIO RAM�REZ Ecrivain, journaliste, homme politique nÊ en 1942 à Managua, rÊcompensÊ par de nombreux prix littÊraires, il s’est engagÊ dans la rÊvolution sandiniste pour lutter contre la dictature de Somoza. Il a ÊtÊ vice-prÊsident du premier gouvernement sandiniste Êlu, de 1984 à 1990. Mais il a ensuite pris ses distances avec le prÊsident Daniel Ortega.

Contexte â—?â—?â—? Une concession de cinquante ans renouvelable au consortium chinois HKND pour la rĂŠalisation d’un canal, d’une ligne ferroviaire, de deux ports, d’un aĂŠroport, d’un olĂŠoduc et de deux zones franches a ĂŠtĂŠ approuvĂŠe le 13 juin. “L’annonce a dĂŠclenchÊ  un immense scandale politique au Nicaraguaâ€?, souligne El Nuevo Diario. Le prĂŠsident Ortega est accusĂŠ de “vendre la patrieâ€?.

SUR NOTRE SITE courrierinternational.com A lire ĂŠgalement : Un article du site nicaraguayen ConďŹ dencial qui aďŹƒrme que la construction du canal interocĂŠanique au Nicaragua entraĂŽnera “Un dĂŠsastre ĂŠcologique irrĂŠmĂŠdiableâ€?.

COURRIER INTERNATIONAL

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↙ Dessin de Cau Gomez paru dans A Tarde, Salvador de Bahia.

europe

Italie. Un ghetto sous les oliviers Chaque ĂŠtĂŠ, dans les Pouilles, 800 travailleurs saisonniers d’origine africaine auent et s’entassent dans un village de fortune. Ils gagnent 20 euros par jour Ă  ramasser des tomates dix heures d’aďŹƒlĂŠe.

—La Repubblica (extraits)

Rome

I

ls sont entassĂŠs les uns Ă  cĂ´tĂŠ des autres, debout. Il fait chaud. Pas le moindre ďŹ let d’air. La fourgonnette parcourt Ă  toute vitesse un dĂŠdale de chemins, loin des regards indiscrets. “Encore quelques secousses et nous serons Ă  la maison.â€? Rachid, 36 ans, petits yeux noirs, connaĂŽt par cĹ“ur les trous du sol qui ĂŠmaillent le trajet. Il les compte. C’est le seul moyen pour s’orienter : il n’y a aucune fenĂŞtre Ă  l’arrière. Le camion roule depuis plus ou moins une heure. Pour les passagers, le trajet se fait dans l’obscuritĂŠ, les mains et les vĂŞtements recouverts de terre, le dos endolori et la tĂŞte cognant contre le toit du fourgon, qui accĂŠlère, cahote, avant de freiner brusquement. Le moteur s’Êteint. La portière arrière s’ouvre. Une lumière de ďŹ n de journĂŠe ĂŠclaire l’immense ĂŠtendue de baraquements, un village de plas-

tique et de carton au milieu d’une vaste plaine brĂťlĂŠe par le soleil. Nous sommes dans “le Ghettoâ€?, le ghetto de Rignano Garganico, Ă  quelques kilomètres de Foggia [dans les Pouilles]. C’est un no man’s land habitĂŠ par une armĂŠe d’ouvriers en situation irrĂŠgulière qui travaillent pour l’industrie de la tomate. Des poutres de fortune collĂŠes les unes aux autres maintiennent les habitations sur pied : les parois sont en carton. A l’intĂŠrieur, de vieux matelas et couvertures jetĂŠs Ă  mĂŞme le sol, sur la terre. Ni eau ni ĂŠlectricitĂŠ. Pas de système d’Êgout ni de sanitaires. Pour se laver, il faut remplir des jerricans et chauer l’eau dans une casserole. L’ÊtĂŠ, le Ghetto se remplit. De toute l’Italie, les migrants Ă  la recherche de travail accourent Ă  Tavogliere delle Puglie [grande plaine situĂŠe dans le nord des Pouilles] et le bidonville accueille jusqu’à 800 habitants. On y trouve restaurants et bars de fortune, et

)#

mĂŞme de petites boutiques oĂš des biens de première nĂŠcessitĂŠ sont vendus Ă  des prix exorbitants. Une fois par semaine, les vendeurs ambulants passent : des Roumains pour la plupart, qui vendent des vĂŞtements de travail, des matelas et du matĂŠriel de rĂŠcupĂŠration utile pour construire des baraquements. Rachid, d’origine malienne, vit avec Boubacar, Amadi, Talib et vingt autres personnes toutes originaires de la mĂŞme rĂŠgion d’Afrique. Le Ghetto est divisĂŠ par pays d’origine : CĂ´te d’Ivoire, Burkina Faso, GuinĂŠe, SĂŠnĂŠgal, Nigeria, Mali, BĂŠnin. Tous connaissent très bien l’Italie. Les saisonniers africains qui travaillent dans les Pouilles vivent dans notre pays depuis des annĂŠes. Certains ont travaillĂŠ Ă  Milan, Ă  Turin, Ă  Brescia, dans le Nord, dans les usines ou sur les chantiers. Puis la crise les a mis Ă  la porte et ils ont migrĂŠ vers le Sud. “Le système est contrĂ´lĂŠ par des chefs noirsâ€?, explique Omar, 32 ans,

Ivoirien de naissance. “Ce sont des Africains qui habitent lĂ  depuis longtemps. Ils connaissent les propriĂŠtaires des champs. Ils recrutent les ĂŠquipes. C’est avec eux qu’il faut parler si tu veux travailler.â€? Aux premières lueurs de l’aube, les saisonniers attendent les chefs devant les baraquements. “Les chefs noirs sont de mèche avec les chefs blancsâ€?, explique Dramane, originaire du Nigeria, qui a vĂŠcu six ans Ă  Milan. “Une palette de tomates de 500 kilos rapporte 5 euros : 1,50 euro pour les chefs noirs et le reste pour nous. Pour en remplir une, il faut compter environ une heure de travail. Dix caisses rapportent 35 euros‌ pour dix heures de travail. Mais dans ce qu’on te donne il faut encore enlever l’aller-retour du Ghetto aux champs : 5 euros que nous prĂŠlève le chef noir. Si bien qu’à la ďŹ n de la journĂŠe il te reste tout juste 20 euros en poche. Les chefs, eux, gagnent dix fois plus.â€? Si Dramane est rĂŠsignĂŠ, Saer, lui, voit les choses diÊremment. “Si on a du boulot, c’est grâce Ă  eux. Les Italiens, eux, nous arnaquent. Ils te font travailler et ne paient pas. Je prĂŠfère travailler avec une personne de conďŹ ance, qui est lĂ  depuis des annĂŠes, qui connaĂŽt les gens. C’est plus sĂťr.â€? Kito est un SĂŠnĂŠgalais de 40 ans. Visage marquĂŠ par la fatigue, regard dans le vague, mais idĂŠes claires. “Ce n’est pas la faute des chefs noirs, mais celle des Italiens. Ce sont les chefs blancs qui utilisent les chefs noirs pour recruter les saisonniers. Les Italiens exploitent le système Ă  leur avantage en spĂŠculant sur notre travail. Ils achètent les tomates sans se demander d’oĂš elles viennent.â€? Deux coups de klaxon annoncent l’arrivĂŠe du camion-citerne de la commune. Les habitants du Ghetto se prĂŠcipitent, des bouteilles Ă  la main. Un homme descend et sort des tuyaux de la citerne. “Vous avez soif, hein !â€? lance-t-il Ă  Kito. Sur le camion, on lit clairement : “Ville de San Severoâ€?. Tout le monde sait. Sur le bas-cĂ´tĂŠ de la route, deux hommes s’aairent autour d’un groupe ĂŠlectrogène. Le moteur a du mal Ă  redĂŠmarrer. A la troisième tentative, l’appareil cesse de tousser et les lumières s’allument enďŹ n. Des baraques du fond du bidonville jusqu’à la route, la musique emplit l’air. Les rues commencent Ă  s’animer.

Situation I TA L I E

Rignano Garganico

Rome Foggia

Bari

Tarente

200 km

AFRIQUE

RÉGION DES POUILLES Mer MÊditerranÊe

C’est l’heure du dĂŽner. Kito anque sa main dans la poche. “Encore 5 euros.â€? La place pour dormir n’est pas payante, mais les saisonniers sont tenus de consommer sur place au moins un plat par jour. “Tu vis ici, tu es obligĂŠ de payer, explique Kito. Cartes pour le tĂŠlĂŠphone, shampoing, dĂŠtergent, lames de rasoir et papier-toilette.â€? Une sorte d’impĂ´t en somme. MĂŞme l’ÊlectricitĂŠ pour recharger les tĂŠlĂŠphones portables a un coĂťt : 0,50 euro. N’importe qui aurait envie de partir d’ici, dit Boubacar, mais les chefs noirs nous retiennent. Ils veulent qu’on reste dans le Ghetto. Ils vivent avec nous et, dès qu’ils voient qu’on veut partir, ils arrĂŞtent de nous payer. Saer n’est pas d’accord : “Moi je n’ai pas envie de partir d’ici. Je me sens bien, en sĂŠcuritĂŠ, entourĂŠ de mes frères. C’est ma maison.â€?

Radio pirate. Le plat arrive sur la table : de la chèvre rĂ´tie, du riz et des lĂŠgumes. C’est Mariam qui sert. SĂŠnĂŠgalaise, 25 ans, elle est arrivĂŠe au Ghetto avec sa tante il y a trois ans. “Quand on a mis les pieds ici pour la première fois, on s’est demandÊ : ‘Mais oĂš est-ce qu’on va se laver ?’ On venait de Brescia. LĂ bas, ça fonctionne mieux.â€? Boubacar et ses amis sont en train de manger quand les premières femmes arrivent. Talons hauts, habits courts et visage maquillĂŠ. Le Ghetto a aussi ses prostituĂŠes. Avec l’obscuritĂŠ qui tombe, voilĂ  les premières voitures. Ce sont des Italiens qui vivent alentour. Les saisonniers ne peuvent pas se permettre les prostituĂŠes. “97.0. Nous sommes en direct de Radio Ghetto.â€? La voix de Runako, celle du Ghetto, s’Êchappe d’un vieux haut-parleur. Ce soir, il y a aussi Bachir et Mamadou Ă  l’antenne. Ils discutent, font des blagues et lancent la polĂŠmique. “J’ai vu des gens se blesser dans les champs et le patron n’a mĂŞme pas envoyĂŠ les secoursâ€?, dĂŠnonce Bachir. “Ils ne peuvent pas t’amener Ă  l’hĂ´pital chaque fois, sinon ils auraient trop de demandesâ€?, renchĂŠrit Mamadou. Runako annonce le prochain morceau : â€œĂ‡a, c’est Quitte le pouvoir, de Tiken Jah Fakoly, ĂŠcoutez et mĂŠditez, mes frères. Ensemble on peut changer les choses.â€? Une vieille table de mixage et une antenne improvisĂŠe. Chaque nuit, les histoires des saisonniers du Ghetto courent sur les ondes d’une radio pirate entre musique et free-style. Mais les ondes ne dĂŠpassent pas le bidonville. AĂŻcha a les yeux clairs. Assise sur une boĂŽte en plastique, elle regarde l’obscuritĂŠ avaler le Ghetto. Plus aucune lumière Ă  l’horizon. Elle penche la tĂŞte et chantonne une mĂŠlodie : “There is a land, far far away, it’s called Addis-Abeba.â€? —Rosella Anitori PubliĂŠ le 3 juin


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↙ Dessin d’El Roto paru dans El País, Madrid.

MONTÉNÉGRO

La nouvelle Riviera russe Les investissements touristiques russes dÊvastent le littoral, favorisent la corruption et compromettent la venue d’autres touristes, estiment les MontÊnÊgrins. Mais sont-ils les seuls coupables ?

—Jutarnji List Zagreb

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ès qu’on passe de la Croatie au MontĂŠnĂŠgro par le postefrontière de Debeli Brijeg, on s’aperçoit que nos voisins montĂŠnĂŠgrins ont enďŹ n rĂŠalisĂŠ leur rĂŞve, vieux de plusieurs dĂŠcennies, qu’illustre le dicton “Avec les Russes,

on fait 300 millions�. Les touristes russes ont envahi les plages et les hôtels, occupÊ les cafÊs et les restaurants, les rues et les magasins‌ En 2012, 1,5 million de touristes ont visitÊ le MontÊnÊgro. Sur les 18 millions de nuitÊes enregistrÊes, au moins 7 millions sont à mettre au compte des Russes.

La publicitĂŠ et les petites annonces en russe sont partout ; on fait la pub pour une station de radio en russe installĂŠe au MontĂŠnĂŠgro ; et des journaux en russe sont imprimĂŠs dans le pays. Mais ce qui saute le plus aux yeux, ce sont les nombreux panneaux en bois portant une petite annonce

Ă  ce projet mĂŠgalo, une seule tour de 21 Êtages a ĂŠtĂŠ construite. Ce monstre en fer et en verre se trouve Ă  quelques centaines de mètres de la cĂŠlèbre Plage slovène. Dans ce King Kong balnĂŠaire de 37 417 m2 de surface d’habitation, le prix minimal du mètre carrĂŠ est de 3 000 euros. “Le problème du MontĂŠnĂŠgro a ĂŠtĂŠ longtemps l’absence d’institutions pĂŠrennes. Depuis 1989, le pays a connu quatre cadres ĂŠtatiques [sucFolie immobilière. Rade Ratkovic, cessivement la rĂŠpublique socialiste le doyen de la FacultĂŠ de mana- fĂŠdĂŠrale de Yougoslavie, la rĂŠpublique gement et de tourisme Ă  Budva, fĂŠdĂŠrale de Yougoslavie (1992), aďŹƒrme que personne ne connaĂŽt l’Union de Serbie-et- MontĂŠnĂŠgro la part de marchĂŠ de l’immobilier (2003), l’Etat indĂŠpendant du dĂŠtenue par les Russes. “Ils ont MontĂŠnĂŠgro (2006)]â€?, explique construit et achetĂŠ des milliers d’im- Branko Kazenegra, l’un des doyens meubles, de maisons et d’apparte- du tourisme montĂŠnĂŠgrin. “Jusqu’à ments sur la cĂ´te montĂŠnĂŠgrine pour l’indĂŠpendance du pays, en 2006, les revendre au bout de deux ou trois l’anarchie rĂŠgnait dans les domaines ans. Ils ont construit partout, sans qui auraient dĂť ĂŞtre sous le contrĂ´le respecter la loi sur le littoral et, par de l’Etat. Chacun construisait Ă  sa consĂŠquent, ils ont dĂŠvastĂŠ la cĂ´te.â€? guise, lĂ  oĂš l’occasion se prĂŠsentait : Il raconte qu’une jeune Russe lui les Russes ont proďŹ tĂŠ de la brèche a rĂŠcemment rendu visite et qu’elle ouverte. Or cela a fait des dĂŠgâts irrĂŠlui a “avouĂŠ possĂŠder dix immeubles parablesâ€?, regrette-t-il. Dragan Ivancevic fait remarsur la cĂ´te montĂŠnĂŠgrine, avec pluquer que la dĂŠfersieurs appartements lante de touristes louĂŠs au noir, bien russes dĂŠcourage les ĂŠvidemment. Elle est touristes d’autres venue me voir pour pays de se rendre au me demander la MontĂŠnĂŠgro. “En licence de guide toumoyenne, on compte ristique qui lui perREPORTAGE 60  % de touristes mettrait d’obtenir un russes. Les autres sont permis de travail. Les cas comme celui-lĂ  sont quotidiens.â€? originaires d’Allemagne, de France, Dragan Ivancevic Purko, lĂŠgende de Grande-Bretagne et de Scandinavie. du tourisme montĂŠnĂŠgrin, direc- Et ils ne sont pas très heureux de se teur et copropriĂŠtaire du cĂŠlèbre retrouver avec un tel entourage. hĂ´tel Queen of Montenegro, aďŹƒrme Certes, les Russes sont de très bons que l’Êconomie grise est un vĂŠri- consommateurs, ils ne se soucient table Êau pour la branche. “Le pas de l’argent, ils sont galants ; mais marchĂŠ noir du tourisme est ĂŠnorme, ils sont trop bruyants et souvent hors de tout contrĂ´le, et il a un impact excessifs. L’idĂŠal serait d’avoir un sur la qualitĂŠ des services et sur les maximum de 25 % de touristes en prix. La concurrence dĂŠloyale menace provenance d’un pays, ce qui est la tous ceux qui travaillent dans le res- règle adoptĂŠe en Suisse. Toutefois, pect de la lĂŠgislation. La plupart des les Russes ont apportĂŠ le capital inipropriĂŠtaires d’appartements – en tial, ils ont investi beaucoup d’armajoritĂŠ russes et serbes – ne dĂŠcla- gent au MontĂŠnĂŠgro, ce qui nous rent pas leurs touristes ; les agences oblige Ă  bien les traiter et Ă  fermer ne paient pas d’impĂ´t sur l’organi- souvent les yeux sur leurs capricesâ€?, sation d’excursions et autres ser- ajoute Ivancevic. L’invasion des Russes n’est pas vices, etc.â€? L’anarchie en matière d’urba- la seule Ă  inquiĂŠter les MontĂŠnisme a commencĂŠ Ă  menacer le nĂŠgrins. Les Serbes, eux aussi, ont patrimoine architectural datant envahi la cĂ´te. Au dĂŠbut de la dĂŠsindes ĂŠpoques ottomane, vĂŠnitienne, tĂŠgration de la Yougoslavie, dans napolĂŠonienne ou austro-hongroise les annĂŠes 1990, au moment oĂš et Ă  changer le paysage. DĂŠsormais, l’indĂŠpendance du MontĂŠnĂŠgro les jolis villages de pĂŞcheurs, avec se proďŹ lait Ă  l’horizon, la Serbie leurs monastères, ĂŠglises, fortiďŹ - a incitĂŠ ses citoyens Ă  y acheter cations mĂŠdiĂŠvales et villas patri- des biens immobiliers aďŹ n d’y ciennes sont surplombĂŠs d’Ênormes obtenir le droit de vote et d’embâtiments ambant neufs, aux cou- pĂŞcher l’indĂŠpendance lors du leurs tape-Ă -l’œil, qui dĂŠtonnent rĂŠfĂŠrendum. Cela explique pourquoi les Serbes, avec les Russes, dans le paysage. Les Russes avaient l’intention sont les propriĂŠtaires majoritaires de bâtir pas moins de onze tours, des biens immobiliers et pouravec des appartements Ă  louer le quoi ils constituent la grande majolong des plages de sable, Ă  Budva. ritĂŠ des touristes. “Les Serbes Heureusement, on a mis un frein rĂŠalisent 30 % de sĂŠjours lĂŠgaux, artisanale, ĂŠcrite dans la plupart des cas Ă  la main : “Prodaja kvartirâ€? (Appartements Ă  vendre). Les panneaux “A vendreâ€? sont aďŹƒchĂŠs sur presque tous les immeubles neufs, de Herceg Novi Ă  Ulcinj. Toutefois, après avoir longĂŠ la cĂ´te, on se rend vite compte que les MontĂŠnĂŠgrins ne sont pas si heureux d’avoir rĂŠalisĂŠ leur rĂŞve historique de rapprochement avec la “mère Russieâ€?.


         

laissÊs à l’abandon, ainsi que par les maisons aux couleurs criardes pas du tout dans le style mÊditerranÊen.

Le pays de la “montagne noire� SERBIE

BOSNIEHERZÉGOVINE

ataires en attente li i d d

43° N

MONTÉNÉGRO CROATIE

KOSOVO

ALBANIE

ADRIATIQUE

Ulcinj

L’urbanisme sauvage a ravagĂŠ cette partie de la cĂ´te adriatique d’une beautĂŠ exceptionnelle autant que les Russes, mais probablement encore davantage de sĂŠjours qui ne sont pas dĂŠclarĂŠsâ€?, aďŹƒrme Ratkovic. Après son adhĂŠsion Ă  l’Union europĂŠenne [le 1er juillet], la Croatie a dĂť introduire des visas pour les Russes. Par consĂŠquent, les touristes russes seront encore plus nombreux au MontĂŠnĂŠgro. Cette annĂŠe, on s’attend aussi Ă  une arrivĂŠe en masse des Ukrainiens. Selon les estimations, ils seraient 70 000 Ă  passer leurs vacances au MontĂŠnĂŠgro ; 57 vols charters atterrissent toutes les semaines dans les aĂŠroports montĂŠnĂŠgrins. FĂŞte low cost. Il n’y a pas de secret : ce sont les prix qui attirent la majoritĂŠ des touristes. Sur une cĂ´te longue de 295 kilomètres seulement, on trouve des sĂŠjours pour tous les budgets : des stations balnĂŠaires huppĂŠes de la jet-set, Ă  l’instar de la cĂŠlèbre ĂŽle de Sveti Stefan ou de Milocer, oĂš il faut compter entre 3 000 et 7 000 euros par jour ; mais, Ă  Petrovac, on loue des appartements trois ĂŠtoiles entre 24 Ă  83 euros par jour. C’est encore moins cher chez l’habitant, oĂš l’on peut dormir pour 15 Ă  20 euros par personne. Ces prix bon marchĂŠ attirent les jeunes touristes qui ne viennent pas pour se reposer, mais plutĂ´t pour faire la fĂŞte. Les enquĂŞtes indiquent que les touristes hĂŠbergĂŠs dans les hĂ´tels de luxe se plaignent des nuisances sonores dues Ă  la musique qui retentit toute la nuit dans les res-

40 km

taurants et les cafĂŠs, ainsi que dans les rues. Le MontĂŠnĂŠgro manque de main-d’œuvre qualiďŹ ĂŠe et le tourisme est le premier Ă  en sourir : depuis le dĂŠbut de l’annĂŠe, l’Etat a dĂŠlivrĂŠ pas moins de 8 000 autorisations de travail Ă  des ĂŠtrangers, les chefs de restaurants et de bars, les barmen et les cuisiniers ĂŠtant les plus demandĂŠs. En plus du chaos qu’ils ont crĂŠĂŠ dans le secteur du bâtiment, les Russes ont contribuĂŠ Ă  la montĂŠe de la corruption. Mais ce qui aige le plus les MontĂŠnĂŠgrins, c’est que, les Russes se dĂŠbrouillent mieux qu’eux-mĂŞmes. Le propriĂŠtaire d’un cafĂŠ Ă  Ulcinj nous a racontĂŠ qu’il voulait embaucher un jeune Russe comme barman, mais qu’il n’arrivait pas Ă  obtenir son autorisation de travail. “Le lendemain après-midi [de la rencontre], il est venu me voir avec une autorisation de travail Ă  la main. Il a rĂŠussi Ă  dĂŠcrocher en quelques heures ce que je ne suis pas parvenu Ă  obtenir après avoir frappĂŠ Ă  une dizaine de portesâ€?, raconte-t-il. Bien ĂŠvidemment, les Russes ne sont pas la cause principale de tous les problèmes du tourisme et de l’environnement. Si les Croates sont parfois dĂŠsespĂŠrĂŠs par la dĂŠvastation du littoral dalmate, il suďŹƒt de visiter les quatre splendeurs de la Riviera montĂŠnĂŠgrine, Kotor, Budva, Bar et Ulcinj, pour se rendre compte qu’il y a encore pire. L’urbanisme sauvage a ravagĂŠ cette partie de la cĂ´te adriatique d’une beautĂŠ exceptionnelle : la Riviera de Budva dispose de 11 km de plages magniďŹ ques, celle d’Ulcinj de 15 km, alors que la petite ville de Tivat peut se vanter Ă  elle seule de pas moins de 17 plages de sable. Mais la beautĂŠ de la cĂ´te montĂŠnĂŠgrine a ĂŠtĂŠ dĂŠnaturĂŠe par les squelettes de bâtiments continuellement en chantier, par des milliers de maisons sans façade et par des abords

COURRIER INTERNATIONAL

Tivat Podgorica Poste frontière Kotor de Debeli Brijeg Kumbor Budva Petrovac MER Ile de Sveti Stefan Bar

AviditĂŠ internationale. Nos interlocuteurs constatent que les Russes et les Serbes ne sont plus les premiers investisseurs dans le tourisme montĂŠnĂŠgrin. Le plus important investissement ĂŠtranger, Ă  savoir la marina Porto MontĂŠnĂŠgro Ă  Tivat, a ĂŠtĂŠ rĂŠalisĂŠ par le businessman canadien Peter Munk, qui a transformĂŠ l’ancien chantier naval de l’Arsenal en marina de luxe en obtenant une concession de quatre-vingt-dix ans. Jusqu’à prĂŠsent, Munk a investi 100 millions d’euros dans ce projet. Par ailleurs, la sociĂŠtĂŠ arabe Orascom Development a investi dans le grand projet Lustica Bay, oĂš elle a commencĂŠ la construction de 275 villas de luxe, 8 hĂ´tels et 271 appartements ; la sociĂŠtĂŠ azerbaĂŻdjanaise Socar a dĂŠcidĂŠ de placer 258 millions d’euros dans le rĂŠamĂŠnagement de l’ancienne caserne de Kumbor, tandis que Kerzner International ďŹ nance la construction d’un des plus grands complexes hĂ´teliers de luxe, One&Only Montenegro, composĂŠ de 150 villas de luxe, d’une marina et d’une acadĂŠmie de tennis. A Tivat, un hĂ´tel et un terrain de golf sont en cours de construction. La restauration de l’Île de Sveti Stevan, la station balnĂŠaire de luxe, a ĂŠtĂŠ ďŹ nancĂŠe par une sociĂŠtĂŠ de Singapour. Le montant total des investissements dĂŠpasse les 2,5 milliards d’euros. —Mladen Plese PubliĂŠ le 23 juin

SOURCE

JUTARNJI LIST Zagreb, Croatie Quotidien, 52 700 ex. www.jutarnji.hr CrĂŠĂŠ en 1998, le “Journal du matinâ€?, d’orientation libĂŠrale, est l’un des quotidiens les plus lus du pays. Il est apprĂŠciĂŠ pour ses reportages et enquĂŞtes de qualitĂŠ, ainsi que pour ses tribunes d’Êcrivains. En fĂŠvrier 2008, le quotidien a ĂŠtĂŠ victime d’un canular montĂŠ par un journal concurrent : Jutarnji List avait publiĂŠ une fausse interview du Premier ministre de l’Êpoque, Ivo Sanader.


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          ↙ Dessin de Krauze paru dans The Guardian, Londres.

BULGARIE

ESPAGNE

Comprendre les manifestants

Madrid en 2020 : un cauchemar

Dans le pays le plus pauvre de l’UE, la contestation ne se limite pas aux “couches moyennes�.

Une fable futuriste, oÚ les PDG sont messianiques, les soupes populaires dÊbordÊes et la sociÊtÊ civile à genoux. A moins que‌

—The Guardian Londres

Jeu pervers. A travers sa fable

L

e 23 juillet, la capitale de la Bulgarie, SoďŹ a, a vĂŠcu une nuit de violences. Après quarante jours de protestations, le Parlement a ĂŠtĂŠ assiĂŠgĂŠ par des manifestants exigeant la dĂŠmission du gouvernement, et les forces de police ont chargĂŠ la foule paciďŹ que. Un autobus rempli de parlementaires qui cherchaient Ă  s’enfuir a ĂŠtĂŠ encerclĂŠ et ses vitres brisĂŠes. Une vingtaine de personnes ont ĂŠtĂŠ blessĂŠes. Le lendemain, le prĂŠsident du Parlement, Mihail Mikov, a dĂŠclarĂŠ que “la recherche de solu- bouts dans l’Etat membre le plus tions dĂŠmocratiques [devenait] de plus pauvre de l’Union europĂŠenne. en plus diďŹƒcileâ€?. Dans le pays lui-mĂŞme, partisans Un bref retour en arrière peut et adversaires des manifestations expliquer pourquoi. La chute du ont recours Ă  la mĂŞme dĂŠďŹ nition gouvernement de centre droit en du mouvement. Si l’Êmergence fĂŠvrier dernier Ă  la suite de mani- d’une forte classe moyenne grâce festations contre la hausse des tarifs Ă  la transition vers une dĂŠmocrade l’ÊlectricitĂŠ a conduit Ă  la tenue tie libĂŠrale et une ĂŠconomie de d’Êlections anticipĂŠes marchĂŠ a un jour ĂŠtĂŠ en mai. Une coalition un rĂŞve collectif, elle entre le Parti socialiste est utilisĂŠe aujourd’hui bulgare (PSB) et le pour diviser le pays. Mouvement pour les Les intellectuels de droits et les libertĂŠs droite parlent des OPINION (MDL), parti soutenu contestataires comme par la minoritĂŠ turque de gens “intelligentsâ€?, de Bulgarie, a pris la direction “honnĂŞtesâ€?, mĂŞme “beauxâ€? et “soudu pays sous la houlette du nou- riantsâ€?. Cette â€œĂŠlite culturelle et veau Premier ministre, Plamen professionnelleâ€? autoproclamĂŠe se Oresharski. prĂŠsente, elle, comme “europĂŠenneâ€?, Depuis le 14 juin, les manifes- “non violenteâ€? et “ayant les moyens tants demandent la dĂŠmission de payer ses factures et ses impĂ´tsâ€?, Ă  d’Oresharski. Elu sur la promesse la diÊrence des “barbaresâ€? qui ont de rĂŠformes populaires destinĂŠes manifestĂŠ en fĂŠvrier. Pour la pluĂ  venir en aide aux plus vulnĂŠrables, part des manifestants – des ĂŠtuil a vu son capital de conďŹ ance dila- diants et des employĂŠs des services pidĂŠ lorsqu’il a nommĂŠ Delyan publics –, toutes les manifestations Peevski Ă  la tĂŞte de l’Agence d’Etat sont ĂŠtroitement liĂŠes. Ceux-ci ne pour la sĂŠcuritĂŠ nationale (Dans). formulent toutefois aucune revenPour la majoritĂŠ des Bulgares, ce dication ĂŠconomique ni aucune crimagnat de la presse est l’incarna- tique contre les politiques de tion de la corruption [il a dĂŠmis- privatisation et d’austĂŠritĂŠ inspisionnĂŠ]. rĂŠes par le FMI et l’UE, qui ont Les manifestations paciďŹ ques entraĂŽnĂŠ un chĂ´mage massif et – qui ont coĂŻncidĂŠ avec des pro- dĂŠmantelĂŠ le système de protectestations plus violentes au BrĂŠsil, tion sociale. en Turquie et en Egypte – ont ĂŠtĂŠ Le PSB et ses sympathisants dans prĂŠsentĂŠes comme un mouvement les mĂŠdias ont ĂŠgalement recours des “classes moyennesâ€? par les au thème des “classes moyennes mĂŠdias internationaux, qui ne leur soďŹ otesâ€? pour dresser la population ont gĂŠnĂŠralement accordĂŠ aucune contre les contestataires, qu’ils importance. Cette qualiďŹ cation dĂŠpeignent comme les membres masque la rĂŠalitĂŠ sur le terrain, oĂš d’un rĂŠseau international et ĂŠlitiste les gens peinent Ă  joindre les deux liĂŠ aux centres de pouvoir Ă 

gent, mais oĂš personne n’a rien fait pour les changerâ€?, fait-il valoir. L’autre grand personnage du livre est Bruno Gowan, le dirigeant d’une chaĂŽne de tĂŠlĂŠvision qui abandonne son travail et sa famille pour ĂŠcrire une sorte de nouvel ĂŠvangile capitaliste. L’homme est un peu un messie en quĂŞte d’une justiďŹ cation mĂŠtaphysique de la dĂŠrĂŠglementation ďŹ nancière. “Gowan n’est pas très ĂŠloignĂŠ des grands personnages qui dessinent notre quotidien, comme le dĂŠfunt Steve Jobs, souligne le romancier.â€?

—infoLibre Madrid

L Washington et Ă  Bruxelles. Ils prĂŠtendent que ce sont des “sorosoĂŻdesâ€? soudoyĂŠs par le ďŹ nancier George Soros et l’Open Society Institute [Fondation pour une sociĂŠtĂŠ ouverte], lesquels sont dĂŠsignĂŠs comme les cerveaux Ă  l’œuvre derrière les manifestations. Quant aux timides rĂŠformes d’Oresharski, elles sont prĂŠsentĂŠes comme un acte de rĂŠsistance contre une conspiration mondiale au dĂŠtriment des gens ordinaires. Ce qui empĂŞche les manifestants de formuler une politique d’Êmancipation sociale, c’est l’hĂŠgĂŠmonie nĂŠolibĂŠrale des dernières dĂŠcennies, qui a assĂŠchĂŠ la pensĂŠe politique collective. Les manifestants se disent ouvertement “anticommunistesâ€? et ils dĂŠnoncent le “communismeâ€? du PSB comme complice de la politique d’austĂŠritĂŠ et des accords de privatisation opaques. Or parler d’“anticommunismeâ€? fait avorter tout dĂŠbat rĂŠel sur l’Êconomie et les alternatives sociales. Dans le mĂŞme temps, les rĂŠcentes mesures lĂŠgislatives compliquent de plus en plus l’Êmergence de nouveaux acteurs politiques, maintenant ainsi la Bulgarie sous la tutelle de l’oligarchie et des potentats locaux. En consĂŠquence, la crise ĂŠconomique et politique croissante et la prĂŠcaritĂŠ de la majoritĂŠ de la population sont livrĂŠes Ă  l’extrĂŞme droite raciste, dont le pouvoir s’Êtend lentement dans l’isoloir. —Mariya Ivancheva* PubliĂŠ le 26 juillet * Chercheuse en sociologie Ă  l’universitĂŠ d’Europe centrale de Budapest.

e Madrid de demain qu’a imaginÊ l’Êcrivain Javier Moreno dans son nouveau roman, 2020 [Êditions Lengua de Trapo, non traduit en français], prÊsente un panorama dÊsolant mais hÊlas vraisemblable. Dans sept ans, la crise Êconomique sera toujours là : l’Espagne est revenue à la peseta, Caritas se retrouve sans ressources et les soupes populaires sont saturÊes. Des centaines de locataires expulsÊs occupent des avions abandonnÊs sur le terminal  4 de Barajas, l’aÊroport de Madrid. La Bourse s’eondre – à l’exception des titres des compagnies d’ÊlectricitÊ, d’Inditex [gÊant de la confection, dont la principale enseigne est Zara], de Capio [groupe sanitaire] et de Mapfre [multinationale de l’assurance]. Eurovegas [l’Ênorme casino dans la banlieue de Madrid actuellement en projet] tourne à plein rÊgime. Les mouvements de contestation citoyenne ont ÊchouÊ.

Comme Steve Jobs. La rĂŠsignation gagne. “Je ne veux pas jouer les trouble-fĂŞteâ€?, tempère Moreno, assis Ă  une table du CafĂŠ Comercial Ă  Madrid. “Au fond, j’ai une vocation d’antiprophète : je n’espère qu’une chose, c’est que rien de ce que je raconte ne se produise.â€? Il veut servir de repoussoir. “Je voudrais que les gens prennent conscience que ces choses-lĂ  peuvent arriver et j’aimerais qu’ils rĂŠagissent Ă  temps.â€? Ce Madrid contre-utopique sert de dĂŠcor Ă  Moreno pour raconter l’eondrement de six personnages. Dans ce roman presque sans action, l’auteur fait alterner les discours de chacun – et notamment le sien, un dĂŠclassĂŠ parmi d’autres. Dans cette hypothĂŠtique annĂŠe 2020, Moreno a perdu son emploi de professeur de mathĂŠmatiques et la banque lui a saisi son logement. Il regarde vers le passĂŠ – notre prĂŠsent – avec rancĹ“ur. “Je me rappelle 2011 comme l’annĂŠe oĂš les gens manifestaient pour que les choses chan-

futuriste, Moreno aborde des questions controversĂŠes de notre prĂŠsent, comme le conformisme, l’opacitĂŠ du pouvoir, les paradoxes de la responsabilitĂŠ des grandes entreprises, le triomphe de la dĂŠrĂŠglementation ďŹ nancière. Le Javier Moreno de l’avenir s’insurge contre la passivitĂŠ des citoyens d’aujourd’hui. “L’Espagne ĂŠtait un pays marquĂŠ par le terrorisme, qui avait donc stigmatisĂŠ toute forme de violence. A cela venait s’ajouter l’Êducation de plusieurs gĂŠnĂŠrations, ĂŠlevĂŠes dans des valeurs comme la non-violence et la tolĂŠrance, et dans cette idĂŠe conservatrice que la violence ne mène nulle part.â€? L’auteur cherche ainsi Ă  ouvrir le dĂŠbat. “Ce que je dis, c’est qu’on revendique beaucoup dans la rue mais que ça s’arrĂŞte lĂ , ce qui d’un certain cĂ´tĂŠ est peut-ĂŞtre souhaitable. Ce que je veux, c’est battre en brèche certaines opinions. Il suďŹƒt de regarder un livre d’histoire pour savoir que si les travailleurs ont obtenu certaines garanties dans leur travail, cela s’est toujours fait grâce aux luttes ouvrières. PeutĂŞtre est-ce un discours qui a fait son temps, mais il se pourrait aussi qu’il faille le remettre au goĂťt du jour.â€? Dans le cauchemar de 2020, Moreno passe de nombreux sujets au crible de la critique. A propos de l’opacitĂŠ du pouvoir, il met en garde contre une hypocrisie. “Le pouvoir veut que nous soyons visibles, mais lui cherche Ă  ĂŞtre invisible, notet-il. C’est un jeu pervers et fascinant. Il faut qu’à travers la littĂŠrature – ou dans les mĂŠdias d’Internet – ce pouvoir devienne visible.â€? Le romancier souligne ĂŠgalement les paradoxes des entreprises â€œĂŠcoresponsablesâ€? (“des entreprises qui fabriquent des produits toxiques tout en donnant de l’argent pour la prĂŠservation de telle ou telle espèce en voie d’extinctionâ€?). Quoi qu’il en soit, Moreno nie que son roman porte un “messageâ€?. “Si j’ai un quelconque talent, il est littĂŠraire et non politique, assure-t-il. Je ne milite pour aucun parti. Mes opinions personnelles, je les garde pour moi.â€? Son objectif est de crĂŠer un sursaut. “Si cela pouvait agiter les consciences de mes quelques lecteurs, je m’en contenterais.â€? —Abel Grau PubliĂŠ le 1er avril


         

france

Environnement. Les loups vont entrer dans Paris Le prĂŠdateur est de retour. Cette hantise des bergers rĂŠveille des peurs ancestrales.

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↙ Dessin de Kopelnisky, Etats-Unis. tel est le nom de cet endroit dans les Alpesde-Haute-Provence. Tous les matins, quand il monte dans les alpages, il revoit la scène du massacre. Derbez s’est procurĂŠ des “patouxâ€?, ces bergers des PyrĂŠnĂŠes, et une clĂ´ture ĂŠlectrique. Mais il sait que tout cela n’ore qu’une protection limitĂŠe contre une meute aamĂŠe. Si le loup attaque une fois de plus, il renoncera. La peur de “la bĂŞteâ€?, un prĂŠdateur sournois, sanguinaire et douĂŠ de pouvoirs presque surnaturels, est de retour en France, et elle se rĂŠpand. En 1992, pour la première fois de mĂŠmoire d’homme, deux individus du genre Canis lupus ont ĂŠtĂŠ aperçus dans le parc national du Mercantour. Depuis, ils se sont lancĂŠs Ă  la reconquĂŞte de leurs anciennes terres. Aujourd’hui, dans cette contrĂŠe des loups qu’Êtait autrefois la France, on en recenserait 250, selon les chires du gouvernement. Les associations d’Êleveurs parlent, elles, d’au moins 500. Les autoritĂŠs signalent que les loups auraient franchi les montagnes en provenance d’Italie. De nombreux bergers aďŹƒrment quant Ă  eux que les prĂŠdateurs auraient ĂŠtĂŠ rĂŠintroduits secrètement par des fanatiques de la protection de l’environnement ou des propriĂŠtaires de rĂŠserves naturelles malins. Tout cela ne serait qu’un complot. Quoi qu’il en soit, les loups sont passĂŠs des Alpes dans les PyrĂŠnĂŠes, les CĂŠvennes, le Massif central et jusque dans les Vosges. D’annĂŠe en annĂŠe, ils attaquent de plus en plus de moutons, d’agneaux et de chèvres

“Les Français courent beaucoup plus le risque d’être mordus par un de leurs 8 millions de chiensâ€?

—Die Sßddeutsche Zeitung (extraits) Munich

I

l Êtait une fois un berger heureux, qui vivait avec ses moutons dans les hauteurs verdoyantes et sauvages du Mercantour. L’ÊtÊ, ses bêtes paissaient en libertÊ dans les alpages, et pas un danger ne les menaçait. Depuis des dÊcennies, le grand mÊchant loup avait ÊtÊ ÊradiquÊ en France. Mais un jour, il revint. Il bondit sur les brebis et les agneaux et en tua beaucoup. Depuis, le berger n’est plus heureux du tout. En rÊalitÊ, c’est toute une meute qui, une nuit de juillet 2011, s’est attaquÊe au troupeau d’Yves Derbez. Le matin, quand

l’Êleveur arriva dans la montagne, il fut surpris par une vision d’horreur. Des centaines de ses bĂŞtes gisaient, mortes, gorge arrachĂŠe, le ventre ouvert, ĂŠviscĂŠrĂŠes. “C’Êtait un massacreâ€?, commente cet homme aux traits durs et Ă  la peau brunie par le soleil. En une nuit, onze mois de travail avaient ĂŠtĂŠ anĂŠantis. Ce ne sont pas seulement les pertes ĂŠconomiques qui l’inquiètent – il a ĂŠtĂŠ dĂŠdommagĂŠ par l’Etat. Le pis, c’est l’impact psychologique. “Les gens ne savent pas Ă  quel point les ĂŠleveurs et les bergers sont attachĂŠs Ă  leurs bĂŞtes.â€? Tout en nous parlant, Yves Derbez conduit son pick-up noir sur une route de gravier abrupte. Pra Loup, le “prĂŠ du loupâ€?,

– 6 000 en 2012. Ils rôdent autour des fermes et s’en prennent aux troupeaux même en plein jour, en prÊsence des bergers. Et ils se reproduisent rapidement, sous la sÊvère protection de la convention de Berne sur la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel et de la directive Habitats-FauneFlore de l’Union europÊenne. Ainsi Êclate un conit que l’on croyait Êteint depuis bien longtemps : l’homme contre la bête. La civilisation contre la nature sauvage. DÊfenseurs de l’environnement, biologistes spÊcialistes de la faune et citadins amis des animaux s’empoignent avec les bergers, les Êleveurs et les chasseurs. D’autres pays sont concernÊs par ce bras de fer. Mais, en France, on s’y livre avec passion. Car la France est tout simplement le pays oÚ a ÊtÊ suivi à la lettre le commandement de Dieu d’assujettir la terre, jusqu’aux haies de buis taillÊ. Ici, plantes et animaux sont traitÊs avant tout en fonction de leur utilitÊ, d’oÚ la grande richesse du pays en savoureux produits du terroir, du vin à la viande d’agneau en passant par les fromages. Et c’est dans ce monde façonnÊ par l’homme pour ses semblables que le loup sauvage fait aujourd’hui irruption. Yves Derbez, prÊsident de l’association Eleveurs et montagnes, en est le tÊmoin earÊ. Pour lui, il faudrait abattre les loups. Avant de s’Êloigner dans son pick-up, il lance cet avertissement : le loup serait un prÊdateur

particulièrement adaptable. Si on ne l’arrĂŞte pas, il descendra dans les plaines. Il atteindra bientĂ´t Aix-en-Provence et Nice. Puis il marchera sur Paris. “Un jour, il s’attaquera Ă  l’homme.â€? Un scĂŠnario qui fait sourire Patrick Boy. “Bien sĂťr, il pourrait toujours y avoir un accident. Mais les Français courent beaucoup plus le risque d’être mordus par un de leurs 8 millions de chiens.â€? Chaque annĂŠe, 500 000 morsures commises par le prĂŠtendu meilleur ami de l’homme seraient signalĂŠes aux assurances. Mais il est dans la nature de l’homme d’avoir peur du loup. Patrick Boy est lui aussi partie prenante dans ce conit. Enseignant en sciences naturelles Ă  la retraite, il est membre de l’association Ferus, qui dĂŠfend les grands prĂŠdateurs comme le loup, l’ours et le lynx. Mais il n’appartient pas Ă  cette espèce d’Êcologistes romantiques qui, des terrasses des cafĂŠs parisiens du boulevard Saint-Germain, se fĂŠlicitent du retour du loup dans les campagnes. Patrick Boy prend au sĂŠrieux les inquiĂŠtudes des ĂŠleveurs et des bergers, tout en estimant qu’ils ne devraient pas faire du loup le bouc ĂŠmissaire des problèmes que connaĂŽt l’agriculture. Le loup fait partie de la chaĂŽne alimentaire, dit-il, sa prĂŠsence est nĂŠcessaire pour rĂŠguler la prolifĂŠration des populations de chevreuils, de cerfs et de sangliers. Le loup ne s’approche pas des villes, il prĂŠfère la forĂŞt. En outre, l’Etat verse des indemnitĂŠs pour chaque mouton tuĂŠ et prend en charge 80 % du prix des clĂ´tures ĂŠlectriques et des chiens de berger. VoilĂ  la solution. Les loups et les bergers peuvent donc cohabiter. “Un animal sauvage dans une sociĂŠtĂŠ civilisĂŠe, c’est fascinantâ€?, conclut le professeur. Tout le monde n’est pourtant pas de cet avis et, comme toujours en France lorsque la colère gronde, on se tourne vers l’Etat. Le Plan d’action nationale loup a ĂŠtĂŠ approuvĂŠ – du bout des lèvres – par tous les acteurs concernĂŠs (ĂŠleveurs, bergers, dĂŠfenseurs des animaux, scientiďŹ ques et responsables politiques). Ce plan ne vise rien de moins que l’impossible et prĂŠvoit de mieux protĂŠger Ă  la fois les troupeaux de moutons des loups et les loups des braconniers. “Le loup s’adresse Ă  une part profondĂŠment enfouie de notre ĂŞtreâ€?, explique Florent Favier, un des responsables du parc national du Mercantour et de ses 150 000 hectares. “Il incarne la peur ancestrale des habitants troglodytesâ€?. A cette ĂŠpoque, le loup reprĂŠsentait autant une menace qu’un rival pour l’accès Ă  la nourriture. Au Moyen Age, l’Eglise en avait fait un symbole du diable. Dans toute l’Europe, les hommes le chassaient pour l’exterminer. En mĂŞme temps, Canis lupus est l’ancĂŞtre de nos chiens. Il y a donc quelque chose d’ambivalent dans les relations entre l’homme et le loup. “Son cĂ´tĂŠ sombre et sauvage se retrouve en nousâ€?, souligne-t-il. Le loup est aussi une ďŹ gure protectrice, comme dans la lĂŠgende de Romulus et Remus, estiment ses dĂŠfenseurs, qui rappellent son rĂ´le très positif dans la mythologie romaine ou indienne. “Mais le jour oĂš un homme sera tuĂŠ par un loup, conclut Favier, ça deviendra compliquĂŠ de le dĂŠfendreâ€?. —Stefan Ulrich PubliĂŠ le 19 juillet


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union europĂŠenne

â&#x2020;&#x2122; Dessin dâ&#x20AC;&#x2122;Alex, Suisse.

Energie.Desertec, les leçons dâ&#x20AC;&#x2122;un ĂŠchec Exploiter lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠnergie solaire du dĂŠsert pour approvisionner lâ&#x20AC;&#x2122;Europe en ĂŠlectricitĂŠ ĂŠtait une idĂŠe grandiose. Mais elle peine Ă  se rĂŠaliser. Comprendre les faiblesses du projet permettra de ne pas refaire les mĂŞmes erreurs.

â&#x20AC;&#x201D;SĂźddeutsche Zeitung Munich

L

e projet tirait sa force des images quâ&#x20AC;&#x2122;il vĂŠhiculait. Le soleil, dâ&#x20AC;&#x2122;abord, qui symbolisait la ďŹ n du dilemme ĂŠnergĂŠtique, après le dĂŠclin du nuclĂŠaire. Puis le dĂŠsert, qui ĂŠvoquait lâ&#x20AC;&#x2122;immensitĂŠ, lâ&#x20AC;&#x2122;espace, lâ&#x20AC;&#x2122;inďŹ ni â&#x20AC;&#x201C; y compris en matière dâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠes. Le projet Desertec, dont lâ&#x20AC;&#x2122;objectif ĂŠtait de produire de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlectricitĂŠ dans le Sahara pour lâ&#x20AC;&#x2122;acheminer en Europe, en a enthousiasmĂŠ plus dâ&#x20AC;&#x2122;un et fut

qualiďŹ ĂŠ de plus belle â&#x20AC;&#x153;idĂŠe verteâ&#x20AC;? de ces dernières annĂŠes. Lâ&#x20AC;&#x2122;en gouement fut tel que les grands groupes se bousculèrent au portillon. Siemens, Deutsche Bank, Munich Re â&#x20AC;&#x201C; une cinquantaine dâ&#x20AC;&#x2122;entreprises locales ou ĂŠtrangères apposèrent leur signature. Mais le train est en perte de vitesse. Des partenaires de premier plan se sont retirĂŠs, une des responsables du projet, Aglaia Wieland, qui entendait mener Ă  bien la feuille de route initiale, a ĂŠtĂŠ remerciĂŠe. Tout ce projet nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait-il quâ&#x20AC;&#x2122;un coup

de communication reposant sur des chimères, une grande idĂŠe ruinĂŠe par la mesquinerie de certains ? Ce serait une erreur de nâ&#x20AC;&#x2122;y voir quâ&#x20AC;&#x2122;un simple ratage. Car le projet Desertec et les enseignements quâ&#x20AC;&#x2122;il nous prodigue prĂŠďŹ gurent lâ&#x20AC;&#x2122;avenir de la politique environnementale et la rĂŠussite ou lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠchec de nombreux dossiers politiques qui se trouvent confrontĂŠs Ă  de grandes inconnues.

Leçon n° 1 : les ingĂŠnieurs, les managers et les scientiďŹ ques ne

remplacent pas lâ&#x20AC;&#x2122;action politique. Il est certes tentant de voir la carte du monde ou dâ&#x20AC;&#x2122;un pays comme une simple feuille de papier sur laquelle on trace des lignes Ă  loisir, grandes ou petites. Quiconque entend mettre en Ĺ&#x201C;uvre un grand projet serait toutefois bien inspirĂŠ de songer en premier lieu aux acteurs politiques, Ă  leurs intĂŠrĂŞts, aux frontières du pays et Ă  ses rĂŠgions. Il convient dâ&#x20AC;&#x2122;associer au projet les riverains et les voisins. Tant que lâ&#x20AC;&#x2122;on nâ&#x20AC;&#x2122;a pas pris langue avec lâ&#x20AC;&#x2122;ensemble des intĂŠressĂŠs pour savoir ce quâ&#x20AC;&#x2122;ils en pensent ou tout au moins pour leur dire ce qui les attend, on court le risque de se crĂŠer un adversaire potentiel : et une poignĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;adversaires peut suďŹ&#x192;re Ă  faire capoter un projet. Dans les pays en plein chambardement, comme en Afrique du Nord, les partenaires peuvent rĂŠpondre aux abonnĂŠs absents du jour au lendemain. Cet ĂŠlĂŠment doit ĂŠgalement ĂŞtre pris en compte par ceux qui prĂŠvoient de quadriller un pays de lignes ĂŠlectriques Ă  la faveur de la transition ĂŠnergĂŠtique.

Leçon n° 2 : il ne faut pas confondre la communication avec le dialogue et le processus politiques. La communication est une grosse machine : prĂŠsentations PowerPoint, vidĂŠos dâ&#x20AC;&#x2122;entreprise, campagnes publicitairesâ&#x20AC;Ś Des visages avenants au milieu des panneaux photovoltaĂŻques, dans des voitures ĂŠlectriques ou sous le soleil du dĂŠsert. Câ&#x20AC;&#x2122;est lâ&#x20AC;&#x2122;aďŹ&#x20AC;aire des conseillers en communication. Pour autant, la campagne de communication nâ&#x20AC;&#x2122;est un succès que si le commanditaire parvient Ă  imposer sa vision du projet. Au bout du processus politique, Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;inverse, on trouve gĂŠnĂŠralement un compromis. Comme cela a ĂŠtĂŠ le cas pour le projet Desertec : les pays dâ&#x20AC;&#x2122;Afrique du Nord se serviront les premiers. Ce qui est loin dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre un mauvais compromis. Et si le rĂŠsultat est bien diďŹ&#x20AC;ĂŠrent du projet de dĂŠpart, au moins le doiton Ă  des acteurs qui y sont directement intĂŠressĂŠs. Certains membres du mouvement ĂŠcologiste appellent de leurs vĹ&#x201C;ux une politique environnementale Ă  la mode chinoise : des Etats autoritaires dont les cadres dirigeants imposent leur conception de la politique par la force. Or lâ&#x20AC;&#x2122;expĂŠrience nous apprend que ce

nâ&#x20AC;&#x2122;est jamais un seul â&#x20AC;&#x153;cerveauâ&#x20AC;? qui sauve le monde, mais une multitude de tĂŞtes pensantes et produisant des idĂŠes. La pluralitĂŠ des acteurs et la dĂŠfense de leurs intĂŠrĂŞts respectifs, si elles peuvent retarder certaines prises de dĂŠcision, rendent ĂŠgalement ces dĂŠcisions plus durables. Certes, il est toujours possible dâ&#x20AC;&#x2122;imposer telle ou telle technologie, mais si lâ&#x20AC;&#x2122;on souhaite une politique environnementale qui dure, il convient de changer les habitudes de consommation et les mentalitĂŠs, les stratĂŠgies dâ&#x20AC;&#x2122;innovation et les processus de production.

Leçon n° 3 : prĂŠfĂŠrer les projets locaux, dĂŠcentralisĂŠs et rĂŠversibles, aux grands projets centralisateurs. Si lâ&#x20AC;&#x2122;on veut penser la croissance de manière intelligente, et donc respectueuse de lâ&#x20AC;&#x2122;environnement, une question se pose : qui dĂŠcide de ce qui est intelligent et de ce qui ne lâ&#x20AC;&#x2122;est pas ? Les dĂŠfenseurs de lâ&#x20AC;&#x2122;atome, par exemple, pensaient jadis avoir trouvĂŠ la clĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;une ĂŠnergie propre et inĂŠpuisable. Ne sont restĂŠs que des problèmes : que faire des centrales obsolètes et de leurs dĂŠchets ? Dans La Troisième RĂŠvolution industrielle [ĂŠd. Les Liens qui libèrent, 2012], lâ&#x20AC;&#x2122;essayiste Jeremy Rifkin attribue le pouvoir rĂŠvolutionnaire de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠnergie solaire aux possibilitĂŠs quâ&#x20AC;&#x2122;elle oďŹ&#x20AC;re en matière de dĂŠcentralisation. Chacun peut devenir producteur Ă  domicile, ĂŠcrit-il. Dâ&#x20AC;&#x2122;autant quâ&#x20AC;&#x2122;il sera bientĂ´t possible dâ&#x20AC;&#x2122;incruster des cellules solaires de sĂŠrie sur les tuiles ou dans le crĂŠpi des maisons. Il nâ&#x20AC;&#x2122;y aura plus besoin alors de faire venir lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlectricitĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;un autre continent. Les petits projets dĂŠcentralisĂŠs nâ&#x20AC;&#x2122;ont pas seulement lâ&#x20AC;&#x2122;avantage dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre aisĂŠment ajustables en fonction du contexte, mais permettent aussi de promouvoir lâ&#x20AC;&#x2122;innovation et de vĂŠriďŹ er leur acceptation par le grand public.

Leçon n° 4 : les grandes visions donnent naissance Ă  de petits projets et Ă  de petites idĂŠes. Ce qui a dĂŠbutĂŠ comme un projet Ă  400 milliards visant Ă  produire du courant dans le Sahara pour alimenter lâ&#x20AC;&#x2122;Europe se termine aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui par de simples centrales ĂŠlectriques en Afrique. Un ďŹ asco ? Pas pour les gens qui en bĂŠnĂŠďŹ cient sur place. Il est parfois utile de voir large pour dĂŠgager un objectif qui vaille la peine dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre poursuivi. Si le processus est jalonnĂŠ par de petites ĂŠtapes clairement dĂŠďŹ nies, cela peut mĂŞme ĂŞtre un avantage. Sâ&#x20AC;&#x2122;il est parfois nĂŠcessaire dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre radical dans ses visions, il lâ&#x20AC;&#x2122;est presque toujours dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre pragmatique dans leur mise en Ĺ&#x201C;uvre. â&#x20AC;&#x201D;Alexandra Borchardt


         

â&#x2020;&#x2122; Dessin de Falco, Cuba.

CULTURE

La crise nâ&#x20AC;&#x2122;a pas sa langue dans sa poche La crise de la zone euro appauvrit des pans entiers de lâ&#x20AC;&#x2122;Europe, mais elle contribue Ă  crĂŠer des nĂŠologismes colorĂŠs. Grâce Ă  elle, des principes ĂŠconomiques complexes font dĂŠsormais partie du langage courant.

â&#x20AC;&#x201D;International Herald Tribune Paris

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es Portugais ont un nouveau mot, nĂŠ de la crise de lâ&#x20AC;&#x2122;euro : grando-lar. Il signiďŹ e : â&#x20AC;&#x153;soumettre un ministre Ă  une manifestation oĂš lâ&#x20AC;&#x2122;on chante un hymne rĂŠvolutionnaireâ&#x20AC;?. Mais aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui, au bout de trois ans dâ&#x20AC;&#x2122;austĂŠritĂŠ, mĂŞme les enfants portugais sont capables de â&#x20AC;&#x153;grandolerâ&#x20AC;? leurs parents quand ils ne veulent pas prendre leur bain. Les Italiens, qui suivent dĂŠsormais lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcart entre le rendement des obligations allemandes et italiennes avec une passion dont seul

le football faisait autrefois lâ&#x20AC;&#x2122;objet, balancent des nĂŠologismes comme la spreaddite (â&#x20AC;&#x153;ĂŠcartiteâ&#x20AC;?), dĂŠďŹ nie non sans humour par le quotidien romain La Repubblica comme â&#x20AC;&#x153;lâ&#x20AC;&#x2122;intensiďŹ cation des souďŹ&#x20AC;rances causĂŠes par un spread [lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcart entre les taux dâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠrĂŞt allemands et ceux des autres pays] croissantâ&#x20AC;?. En Grèce, les conversations dans les cafĂŠs, au bureau et dans le mĂŠtro sont truďŹ&#x20AC;ĂŠes de phrases elles aussi issues de la crise. Elles ont en particulier recours, de façon ironique, Ă  des expressions ou Ă  des slogans profĂŠrĂŠs par les dirigeants politiques. Comme quand, en 2009, Georges PapandrĂŠou, alors Premier

ministre, avait aďŹ&#x192;rmĂŠ quâ&#x20AC;&#x2122;il y avait de lâ&#x20AC;&#x2122;argent, alors que ce nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait clairement pas le cas. â&#x20AC;&#x153;Ne vous inquiĂŠtez pas, câ&#x20AC;&#x2122;est pour moiâ&#x20AC;?, a ainsi dit un Grec qui fĂŞtait son anniversaire dans un bar dâ&#x20AC;&#x2122;Athènes Ă  ses amis qui se prĂŠparaient Ă  sortir leurs portefeuilles. â&#x20AC;&#x153;Eh, il y a de lâ&#x20AC;&#x2122;argent, vous vous souvenez ?â&#x20AC;? La crise ĂŠconomique qui nâ&#x20AC;&#x2122;en ďŹ nit plus en Europe est la cause dâ&#x20AC;&#x2122;un chĂ´mage record et de manifestations turbulentes, mais il existe bien dâ&#x20AC;&#x2122;autres façons plus subtiles dâ&#x20AC;&#x2122;en jauger les eďŹ&#x20AC;ets. Pays après pays, elle a ĂŠgalement engendrĂŠ une langue Ă  part entière, faisant entrer des termes financiers exotiques dans le langage commun pour donner naissance Ă  un argot qui est le reflet de lâ&#x20AC;&#x2122;humour noir auquel beaucoup ont recours pour faire face Ă  leurs difficultĂŠs incessantes. Lâ&#x20AC;&#x2122;argot de la crise transparaĂŽt mĂŞme dans le discours de ceux qui se trouvent au sommet du gouvernement et de la sociĂŠtĂŠ. Dâ&#x20AC;&#x2122;aucuns redoutant que lâ&#x20AC;&#x2122;Espagne, comme la Grèce, ait besoin dâ&#x20AC;&#x2122;un renďŹ&#x201A;ouement international, CristĂłbal Montoro, le ministre espagnol du Budget, a promis lâ&#x20AC;&#x2122;an dernier Ă  ses concitoyens tendus que â&#x20AC;&#x153;los hombres de negroâ&#x20AC;? â&#x20AC;&#x201C; ou les â&#x20AC;&#x153;men in blackâ&#x20AC;? [hommes en noir], comme lâ&#x20AC;&#x2122;on surnomme dorĂŠnavant les responsables de lâ&#x20AC;&#x2122;Union europĂŠenne â&#x20AC;&#x201C; nâ&#x20AC;&#x2122;allaient pas arriver. Ces nouveautĂŠs linguistiques ont ĂŠtĂŠ assez nombreuses pour quâ&#x20AC;&#x2122;en juin lâ&#x20AC;&#x2122;AcadĂŠmie royale espagnole, gardienne de la langue espagnole, mette la touche ďŹ nale Ă  une version modernisĂŠe du dictionnaire contenant 200 mots nouveaux ou ayant pris un sens diďŹ&#x20AC;ĂŠrent. On y trouve entre autres lâ&#x20AC;&#x2122;inquiĂŠtante prima de riesgo (â&#x20AC;&#x153;prime de risqueâ&#x20AC;?), avec cette phrase en guise dâ&#x20AC;&#x2122;illustration : â&#x20AC;&#x153;La prime de risque de notre dette souveraine a augmentĂŠ de plusieurs

points.â&#x20AC;? Les Espagnols, dont beaucoup nâ&#x20AC;&#x2122;avaient jamais entendu de tels termes avant la crise ďŹ nancière de 2008, les emploient maintenant avec une telle rĂŠgularitĂŠ quâ&#x20AC;&#x2122;ils ont tout autant de chances de surgir dans la conversation avec un chauffeur de taxi quâ&#x20AC;&#x2122;au journal tĂŠlĂŠvisĂŠ. Du point de vue linguistique, on peut distinguer entre poukou, le mot quâ&#x20AC;&#x2122;utilisent les Grecs pour dĂŠsigner la pĂŠriode dâ&#x20AC;&#x2122;avant la crise, et aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui. De mĂŞme, plusieurs termes ancrĂŠs dans la crise ĂŠconomique font partie des 5 000  mots ajoutĂŠs Ă  la nouvelle version mise Ă  jour du Duden, la rĂŠfĂŠrence en matière de dictionnaires allemands, parue en juillet. On y trouve schuldenbremse, littĂŠralement â&#x20AC;&#x153;frein Ă  la detteâ&#x20AC;?, ou encore eurobond, une rĂŠfĂŠrence aux propositions de lâ&#x20AC;&#x2122;Union europĂŠenne dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmettre des obligations pour couvrir la dette des pays de la zone euro  ; les Allemands craignent que de telles obligations ne grèvent leur propre ĂŠconomie. MĂŞme si le mot existe, la chancelière Angela Merkel a tout mis en Ĺ&#x201C;uvre pour que les euroobligations nâ&#x20AC;&#x2122;existent pas. Pour ne pas ĂŞtre en reste, un sociologue français, Denis Muzet, a rĂŠcemment publiĂŠ un livre, Les Mots de la crise [ĂŠd. Eyrolles, 2013], oĂš il analyse les termes entrĂŠs dans la langue depuis le dĂŠbut de la crise. Y sont notamment rĂŠpertoriĂŠes des expressions comme â&#x20AC;&#x153;perte du triple Aâ&#x20AC;?, â&#x20AC;&#x153;suppressions dâ&#x20AC;&#x2122;emploisâ&#x20AC;? et â&#x20AC;&#x153;choc de compĂŠtitivitĂŠâ&#x20AC;? â&#x20AC;&#x201C; des mesures associĂŠes au rĂŠveil brutal quâ&#x20AC;&#x2122;a constituĂŠ la crise. â&#x20AC;&#x153;La manière dont on parle de la crise contribue Ă  la panique, cela contribue au dĂŠpressionnisme nationalâ&#x20AC;?, assure M. Muzet, utilisant un nĂŠologisme Ă  lui. Le climat dâ&#x20AC;&#x2122;austĂŠritĂŠ est si gĂŠnĂŠralisĂŠ que le mot â&#x20AC;&#x153;austĂŠritĂŠâ&#x20AC;? luimĂŞme sâ&#x20AC;&#x2122;applique Ă  tout et nâ&#x20AC;&#x2122;importe quoi. Si une Portugaise

porte une minijupe, un admirateur pourra lui demander si câ&#x20AC;&#x2122;est lâ&#x20AC;&#x2122;eďŹ&#x20AC;et de lâ&#x20AC;&#x2122;austĂŠritĂŠ, si elle fait des ĂŠconomies de tissu. La crise en Europe dure depuis si longtemps quâ&#x20AC;&#x2122;elle a sa propre gĂŠnĂŠration : les ni-ni en Espagne, câ&#x20AC;&#x2122;est-Ă -dire ces jeunes qui nâ&#x20AC;&#x2122;ont ni travail ni diplĂ´me, ou encore, la geração Ă  rasca au Portugal, cette gĂŠnĂŠration fauchĂŠe et au bout du rouleau. â&#x20AC;&#x153;Malheureusement, je connais bien les ni-ni : jâ&#x20AC;&#x2122;en ai une Ă  la maisonâ&#x20AC;?, explique Carmen Blanco, 43 ans et au chĂ´mage, et dont la ďŹ lle de 20 ans a abandonnĂŠ ses ĂŠtudes et vit avec elle. â&#x20AC;&#x153;Je lui ai dit que sans diplĂ´me elle risquait de rester ni-ni toute sa vieâ&#x20AC;?, poursuit-elle. La nomenclature qualiďŹ ant les dĂŠsespĂŠrĂŠs ne touche pas que les jeunes. En Grèce, les baisses de salaire et le chĂ´mage, qui concerne 27 % de la population, ont conduit Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmergence dâ&#x20AC;&#x2122;une nouvelle classe sociale : les neoptohi, autrement dit les â&#x20AC;&#x153;nouveaux pauvresâ&#x20AC;?, une expression calquĂŠe sur â&#x20AC;&#x153;nouveaux richesâ&#x20AC;?. Le vocabulaire pour dĂŠďŹ nir les types de manifestations et les manifestants est lui aussi dâ&#x20AC;&#x2122;une grande richesse. En Espagne, on les appelle les indignados, les â&#x20AC;&#x153;indignĂŠsâ&#x20AC;?. Les retraitĂŠs qui manifestent sont les yayoďŹ&#x201A;autas, les â&#x20AC;&#x153;vieilles ďŹ&#x201A;Ăťtesâ&#x20AC;?. La marea blanca, la â&#x20AC;&#x153;marĂŠe blancheâ&#x20AC;?, ĂŠvoque le raz-de-marĂŠe de mĂŠdecins et dâ&#x20AC;&#x2122;inďŹ rmières qui ont dĂŠďŹ lĂŠ en blouse blanche dans les rues du pays pour protester contre les coupes budgĂŠtaires dans le secteur de la santĂŠ. Le mot que presque tout le monde partage en Europe est â&#x20AC;&#x153;troĂŻkaâ&#x20AC;?, qui dĂŠsigne le FMI, la Banque centrale europĂŠenne et la Commission europĂŠenne, ces trois organismes internationaux accusĂŠs par les citoyens europĂŠens, de Lisbonne Ă  Athènes, dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;origine de tous leurs maux. â&#x20AC;&#x201D;Raphael Minder

Politique, sociĂŠtĂŠ, dĂŠbats Retrouvez toute lâ&#x20AC;&#x2122;actualitĂŠ de lâ&#x20AC;&#x2122;Europe en dix langues

w w w. p re s s e u ro p. e u


         



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LES MONARQUES NE MEURENT JAMAIS A priori, rien de plus obsolète quâ&#x20AC;&#x2122;une monarchie coĂťteuse, figĂŠe dans ses traditions et souvent malmenĂŠe par les scandales. Pourtant, le système perdure, notamment au sein mĂŞme des dĂŠmocraties europĂŠennes. Au Royaume-Uni (lire ci-contre), la Couronne nâ&#x20AC;&#x2122;a jamais ĂŠtĂŠ aussi populaire. En Belgique (p. 37), la monarchie survit miraculeusement dans un pays rĂŠgulièrement au bord de lâ&#x20AC;&#x2122;implosion. En Espagne, Juan Carlos sâ&#x20AC;&#x2122;accroche Ă  son trĂ´ne malgrĂŠ une succession de scandales (p. 37). Quelles sont les recettes de cette longĂŠvitÊ ?

â&#x20AC;&#x201D;Courrier international


         

Royaume-Uni : reine par la grâce du peuple Lien rassurant avec lâ&#x20AC;&#x2122;Histoire, prĂŠsence bienveillanteâ&#x20AC;Ś Autour dâ&#x20AC;&#x2122;Elisabeth II, la monarchie britannique est une institution eďŹ&#x192;cace. â&#x20AC;&#x201D;De Groene Amsterdammer (extraits) Amsterdam e Royaume-Uni nâ&#x20AC;&#x2122;abrite pas seulement la mère de tous les Parlements, mais aussi la mère de toutes les monarchies. Actuellement, alors que les ĂŠlus de la Chambre des communes nâ&#x20AC;&#x2122;ont jamais ĂŠtĂŠ aussi impopulaires, les Windsor, eux, prospèrent. Leur secret ? Leur proximitĂŠ. Une matinĂŠe de printemps Ă  Greenwich. La pluie frappe les parois en verre du voilier Cutty Sark. Derrière les barrières de sĂŠcuritĂŠ, les gens attendent. Ils ont formĂŠ de longues ďŹ les. A grandpeine, ils tentent de maĂŽtriser leurs parapluies. Les enfants courent partout, ils sautent dans les ďŹ&#x201A;aques. Des agents de police surveillent le tout. Soudain, une clameur se fait entendre ; on dĂŠgaine les appareils photo. Sa MajestĂŠ est là : la femme quâ&#x20AC;&#x2122;ils connaissent, pour lâ&#x20AC;&#x2122;avoir vue sur les pièces de monnaie, les timbres-poste et les billets de banque. Souriante, saluant de la main, elle fait le tour du bateau qui servait autrefois au commerce du thĂŠ et vient dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre rĂŠnovĂŠ. Elle est venue lâ&#x20AC;&#x2122;inaugurer. Pour sa visite dans ce quartier de Londres qualiďŹ ĂŠ depuis peu de royal, Elisabeth a choisi de porter du rouge foncĂŠ. â&#x20AC;&#x153;Elle est plus petite que je me lâ&#x20AC;&#x2122;imaginaisâ&#x20AC;?, constate une femme. â&#x20AC;&#x153;Welcome maâ&#x20AC;&#x2122;am !â&#x20AC;? lance une autre. Philip, ĂŠpoux de la reine et ancien sabreur, sourit. La promenade se termine en quelques minutes. Les sujets de Sa MajestĂŠ ďŹ lent se mettre au chaud. Il en va ainsi depuis plus de soixante ans pour la souveraine et pour les membres de sa famille. Ils voyagent Ă  travers le royaume, dans lequel ils possèdent encore un vaste domaine foncier, pour poser la première pierre dâ&#x20AC;&#x2122;un ĂŠdiďŹ ce, assister Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;anniversaire dâ&#x20AC;&#x2122;une association fĂŠminine ou inaugurer un hĂ´pital auquel il nâ&#x20AC;&#x2122;est pas rare quâ&#x20AC;&#x2122;on attribue le nom dâ&#x20AC;&#x2122;un enfant de la famille royale. Les journaux conservateurs publient chaque jour un â&#x20AC;&#x153;bulletin de la courâ&#x20AC;?, contenant dâ&#x20AC;&#x2122;intrigants comptes-rendus de ces pĂŠrĂŠgrinations comme â&#x20AC;&#x153;La reine et le duc dâ&#x20AC;&#x2122;Edimbourg ont visitĂŠ ce matin les locaux de Mars Chocolate UK, oĂš ils ont ĂŠtĂŠ accueillis par le lord lieutenant du comtĂŠ royal du Berkshire et le prĂŠsident de Mars Chocolate Royaume-Uniâ&#x20AC;?. La famille royale, câ&#x20AC;&#x2122;est une institution caritative amĂŠliorĂŠe, mais surtout une petite ďŹ oriture dans un monde de plus en plus rationnel, eďŹ&#x192;cace et fonctionnel.

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Avant mĂŞme que son prĂŠnom soit connu, la naissance le 22 juillet du ďŹ ls du prince William et de son ĂŠpouse Kate a ĂŠtĂŠ annoncĂŠe en grande pompe par toute la presse. Ironisant sur ce raz de marĂŠe mĂŠdiatique, le magazine satirique Private Eye titrait, lui, Ă  la façon dâ&#x20AC;&#x2122;un fait divers : â&#x20AC;&#x153;Une femme a eu un bĂŠbĂŠ. A lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠrieur : dâ&#x20AC;&#x2122;autres trucsâ&#x20AC;?.

â&#x2020;? Dessin de Tiounine, Russie.

Dès son plus jeune âge, Elisabeth a compris que la visibilitĂŠ serait le meilleur moyen de survivre. Elle savait que la reine Victoria [qui rĂŠgna de 1837 Ă  1901] avait mis la monarchie en pĂŠril en faisant peu dâ&#x20AC;&#x2122;apparitions publiques. A la ďŹ n des annĂŠes 1960, Elisabeth a mĂŞme dĂŠcidĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;ouvrir les portes du palais de Buckingham aux camĂŠras de Richard Cawston, qui tournait un ďŹ lm pour la BBC. Son collègue, David Attenborough, estimait que le mystère ĂŠtait une condition essentielle Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;existence de la famille royale et que cette ouverture ďŹ nirait par entraĂŽner la chute de la monarchie. Sa crainte sâ&#x20AC;&#x2122;est rĂŠvĂŠlĂŠe sans fondement. Le documentaire Royal Family [1969] a produit un eďŹ&#x20AC;et rassurant : des millions de Britanniques ont pu constater, par cette atteinte volontaire Ă  la vie privĂŠe, que la vie des Windsor â&#x20AC;&#x201C; le spectacle de Philip cuisant des saucisses au barbecue reste inoubliable â&#x20AC;&#x201C; nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait pas fondamentalement diďŹ&#x20AC;ĂŠrente de la leur. Ils sont comme tout le monde, mais pas tout Ă  fait, bien entendu.

Les sept Ĺ&#x201C;ufs de Charles. Dans notre sociĂŠtĂŠ dĂŠjĂ  très mĂŠdiatique, les Britanniques ont pu se faire une idĂŠe encore plus prĂŠcise de la vie qui se dĂŠroulait derrière les rideaux du palais : de la reine qui sait bien imiter les gens, de Philip qui, allongĂŠ Ă  plat ventre, peste contre les boutons, impossibles Ă  trouver, des tĂŠlĂŠviseurs modernes et de Charles, qui chaque matin fait cuire sept Ĺ&#x201C;ufs, pour en consommer lâ&#x20AC;&#x2122;exemplaire le plus rĂŠussi. Ce regard familier posĂŠ sur le palais en a fait une maison ouverte, que lâ&#x20AC;&#x2122;on ne connaĂŽt dĂŠsormais pas quâ&#x20AC;&#x2122;Ă  travers la galerie de portraits accessible au public. Philip avait raison quand il sâ&#x20AC;&#x2122;est comparĂŠ Ă  un personnage de sĂŠrie tĂŠlĂŠvisĂŠe. Les heurs et malheurs des Windsor prĂŠsentent tous les ingrĂŠdients nĂŠcessaires pour quâ&#x20AC;&#x2122;on sâ&#x20AC;&#x2122;y reconnaisse : les rancunes, les relations extraconjugales, les divorces tragiques et les catastrophes, de lâ&#x20AC;&#x2122;incendie du château de Windsor Ă  la mort de Diana. Ils sont en quelque sorte la famille par alliance du peuple britannique. La monarchie fait partie de lâ&#x20AC;&#x2122;ADN britannique. Plus quâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs en Europe, elle est profondĂŠment enracinĂŠe dans lâ&#x20AC;&#x2122;histoire du pays. La monarchie nĂŠerlandaise serait tellement plus solide si elle avait rĂŠgnĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque [très prospère, autour du XVIIe siècle] du Siècle dâ&#x20AC;&#x2122;or ! Le phĂŠnomène monarchique rĂŠpond ĂŠgalement Ă  un intĂŠrĂŞt croissant pour lâ&#x20AC;&#x2122;Histoire. Contrairement aux Pays-Bas, oĂš tout doit Ă  tout prix ĂŞtre nouveau et moderne, au Royaume-Uni, le terme â&#x20AC;&#x153;conservateurâ&#x20AC;? nâ&#x20AC;&#x2122;a rien dâ&#x20AC;&#x2122;un gros mot. En jouant un rĂ´le proĂŠminent au sein de la sociĂŠtĂŠ, les membres de la famille royale ĂŠtablissent un lien avec un passĂŠ exotique, avec une organisation sociale ancienne, avec lâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠe romanesque que lâ&#x20AC;&#x2122;âme â&#x20AC;&#x201C; notamment celle de la nation â&#x20AC;&#x201C; est immortelle. VoilĂ  au moins un phĂŠnomène facile Ă  comprendre dans une sociĂŠtĂŠ complexe. Le grand avantage dâ&#x20AC;&#x2122;une famille royale est quâ&#x20AC;&#x2122;elle permet de continuer de faire vivre le passĂŠ. Sans famille royale, par exemple, les pièces de Shakespeare

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frapperaient moins lâ&#x20AC;&#x2122;imagination, et les professeurs dâ&#x20AC;&#x2122;histoire auraient plus de diďŹ&#x192;cultĂŠs Ă  ĂŠvoquer les temps anciens. Les Windsor sont une source dâ&#x20AC;&#x2122;inspiration historique. Ne peut-on voir dans la ďŹ Ă¨re et exubĂŠrante princesse Diana une Anne Boleyn rĂŠincarnĂŠe ? La populaire Camilla, une femme remariĂŠe, nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠvoque-t-elle pas Catherine Parr, la dernière femme dâ&#x20AC;&#x2122;Henri VIII ? Dans Pippa, la sĹ&#x201C;ur de Kate, ne retrouve-t-on pas exactement The Other Boleyn Girl [Deux sĹ&#x201C;urs pour un roi, 2008] ? Elisabeth II a peu de pouvoir politique. Quant Ă  sa prĂŠfĂŠrence partisane, elle est le secret le mieux gardĂŠ du Royaume-Uni, mĂŞme si lâ&#x20AC;&#x2122;on ne risque pas de se tromper en aďŹ&#x192;rmant quâ&#x20AC;&#x2122;elle est, comme bon nombre de ses compatriotes, une conservatrice avec un petit â&#x20AC;&#x153;câ&#x20AC;?. La reine a le droit dâ&#x20AC;&#x2122;encourager ou de mettre en garde le Premier ministre, qui peut la consulter. Pour un Premier ministre, lâ&#x20AC;&#x2122;audience dans une pièce du palais de Buckingham chauďŹ&#x20AC;ĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;aide dâ&#x20AC;&#x2122;un radiateur ĂŠlectrique est un moment unique. Seul face Ă  la reine, il peut dire ce quâ&#x20AC;&#x2122;il pense, sans crainte de retrouver ses rĂŠďŹ&#x201A;exions ĂŠtalĂŠes le lendemain dans le journal. Lâ&#x20AC;&#x2122;ancien Premier ministre travailliste James Callaghan comparaĂŽt ces entretiens Ă  une sĂŠance chez le psychiatre. Au ďŹ l des ans, la monarchie constitutionnelle a montrĂŠ que ses rouages ĂŠtaient bien huilĂŠs. Au sein de lâ&#x20AC;&#x2122;Europe, la Norvège, le Danemark, la Suède, les Pays-Bas, lâ&#x20AC;&#x2122;Espagne et le Royaume-Uni comptent parmi les pays les plus stables. Quant Ă  la Belgique, sans roi elle aurait sans doute cessĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;exister. Les Britanniques, qui ont lâ&#x20AC;&#x2122;esprit empirique, se posent cette question rhĂŠtorique : pourquoi remplacer un système qui fonctionne, qui produit des eďŹ&#x20AC;ets thÊâtraux, est favorable aux relations commerciales, attire les touristes et ne coĂťte au contribuable que 62 pence par an ? Aux Pays-Bas, les partisans dâ&#x20AC;&#x2122;une rĂŠpublique peuvent encore se rĂŠfĂŠrer au glorieux Siècle dâ&#x20AC;&#x2122;or, mais, au Royaume-Uni, la rĂŠpublique est aussitĂ´t associĂŠe historiquement au chaos. Maintenir la monarchie ĂŠvite ĂŠgalement de se poser des questions compliquĂŠes telles que : quelle rĂŠpublique instaurer ? Faut-il adopter le modèle allemand ? Le français ? Le suisse ? chinois ? amĂŠricain ? Le problème de toutes ces solutions : elles nâ&#x20AC;&#x2122;ont rien de britannique.

Partage des rĂ´les. Lâ&#x20AC;&#x2122;an dernier, un long cortège de bateaux a dĂŠďŹ lĂŠ le long de la Tamise Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;occasion du jubilĂŠ de diamant dâ&#x20AC;&#x2122;Elisabeth, la reine et le prince consort se tenant debout sur le premier bateau, des heures durant, sous la pluie. Les rives du ďŹ&#x201A;euve royal ĂŠtaient envahies par des centaines de milliers de spectateurs trempĂŠs. Parmi eux, une centaine de rĂŠpublicains venus protester. A leurs yeux, la famille royale est une institution antidĂŠmocratique et rĂŠpressive, qui nâ&#x20AC;&#x2122;est plus de ce temps. Mais en cet après-midi de juin, ils ont dĂť une fois de plus constater quâ&#x20AC;&#x2122;ils se battaient pour une cause perdue. Paradoxalement, câ&#x20AC;&#x2122;est le rĂŠpublicanisme qui a un caractère ĂŠlitiste, parfois mĂŞme snob, alors que lâ&#x20AC;&#x2122;amour de la monarchie a un cĂ´tĂŠ populaire. Si Sa MajestĂŠ règne, ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas tant par la grâce de Dieu (â&#x20AC;&#x153;God Save the Queenâ&#x20AC;?, dit lâ&#x20AC;&#x2122;hymne national) que par la grâce du peuple. Quand la monarchie ne bĂŠnĂŠďŹ ciera plus du soutien du public, elle â&#x2020;&#x2019; 36

Elisabeth II a peu de pouvoir politique. Quant Ă  sa prĂŠfĂŠrence partisane, câ&#x20AC;&#x2122;est le secret le mieux gardĂŠ du Royaume-Uni




         

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Norvège : ce prince cool, une vÊritable catastrophe CAG LE C ART OON S

Sympathique, branchĂŠ et populaire, le prince Haakon est Ă  lui seul un argument pour le maintien de la monarchie, regrette ce chroniqueur rĂŠpublicain.

31 â&#x2020;? sâ&#x20AC;&#x2122;eďŹ&#x20AC;ondrera. Ce rapport de force est apparu clairement durant les jours qui ont suivi le dĂŠcès de Diana [en 1997]. La famille royale a ĂŠtĂŠ contrainte par la vox populi â&#x20AC;&#x201C; sous la pression du [magnat de presse] rĂŠpublicain Rupert Murdoch â&#x20AC;&#x201C; de prendre lâ&#x20AC;&#x2122;avion pour se rendre de leur rĂŠsidence dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtĂŠ de Balmoral Ă  Londres aďŹ n de participer publiquement au deuil. Le peuple a montrĂŠ, lâ&#x20AC;&#x2122;espace dâ&#x20AC;&#x2122;un instant, qui ĂŠtait le chef. Quinze ans plus tard, les Windsor connaissent une popularitĂŠ inĂŠgalĂŠe. Quant aux journalistes, aux banquiers et aux politiciens, ils ont perdu de leur autoritĂŠ. La dernière chose dont ont envie les Britanniques, câ&#x20AC;&#x2122;est de voir arriver dâ&#x20AC;&#x2122;autres politiciens, avec leurs fausses promesses et leurs ordres du jour secrets. Tandis que les politiciens se dĂŠmènent pour ĂŠcrire lâ&#x20AC;&#x2122;Histoire, la souveraine, elle, nâ&#x20AC;&#x2122;a quâ&#x20AC;&#x2122;Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;incarner. Ce partage des rĂ´les est parfaitement illustrĂŠ lors de lâ&#x20AC;&#x2122;inauguration de la rentrĂŠe parlementaire, qui sâ&#x20AC;&#x2122;accompagne de rites sĂŠculaires, du moins de ceux qui nâ&#x20AC;&#x2122;ont pas encore ĂŠtĂŠ abolis. Dans cette pièce de thÊâtre â&#x20AC;&#x201C; lâ&#x20AC;&#x2122;amour du thÊâtre est ĂŠvidemment une des raisons de la popularitĂŠ de la monarchie auprès des Britanniques â&#x20AC;&#x201C;, les membres de la Chambre des communes se rendent en rangs serrĂŠs, sans chahuter, Ă  la Chambre des lords pour ĂŠcouter le discours de la reine. Il faut, semble-t-il, un monarque non ĂŠlu pour incarner la dĂŠmocratie. Un chef dâ&#x20AC;&#x2122;Etat, choisi par le sort biologique, qui assure lâ&#x20AC;&#x2122;unitĂŠ au sein dâ&#x20AC;&#x2122;un pays divisĂŠ par lâ&#x20AC;&#x2122;individualisme, le multiculturalisme, lâ&#x20AC;&#x2122;argent, les querelles politiques, les guerres culturelles et les classes sociales. Le monarque est en somme comparable Ă  la ďŹ gure de proue du Cutty Sark : le bateau pourrait sâ&#x20AC;&#x2122;en passer, mais il serait nettement moins beau, moins reconnaissable et moins impressionnant. â&#x20AC;&#x201D;Patrick Van Ijzendoorn PubliĂŠ le 25 juin

29 MONARCHIES DANS LE MONDE

Ce nombre sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlève à 45 si lâ&#x20AC;&#x2122;on ajoute les 16 Etats dont la reine dâ&#x20AC;&#x2122;Angleterre est la souveraine. Les royaumes sont principalement prĂŠsents en Europe (10), en Asie et au Proche-Orient.

â&#x20AC;&#x201D;Bergens Tidende (extraits) Bergen

â&#x2020;&#x2013; Dessin dâ&#x20AC;&#x2122;Aislin paru dans The Gazette, MontrĂŠal.

3 ABDICATIONS

Câ&#x20AC;&#x2122;est le bilan royal de lâ&#x20AC;&#x2122;annĂŠe 2013 dans le monde. La reine Beatrix des Pays-Bas a renoncĂŠ au trĂ´ne en avril et lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmir du Qatar, Cheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani, le 25 juin. Dernier en date : Albert II, le roi des Belges, Ă  la retraite depuis le 21 juillet.

Lâ&#x20AC;&#x2122;auteur PATRICK VAN IJZENDOORN est correspondant Ă  Londres du quotidien nĂŠerlandais De Volkskrant. Il collabore Ă  diďŹ&#x20AC;ĂŠrentes publications et tient un blog â&#x20AC;&#x201C; London Calling â&#x20AC;&#x201C; sur le site de lâ&#x20AC;&#x2122;hebdomadaire De Groene Amsterdammer, dont est extrait lâ&#x20AC;&#x2122;article ci-contre. En 2008, il a publiĂŠ Londen Denkt (Londres pense, non traduit en français), sur lâ&#x20AC;&#x2122;Angleterre dâ&#x20AC;&#x2122;après Tony Blair.

our nous, rĂŠpublicains norvĂŠgiens, le prince hĂŠritier Haakon est un rĂŠel problème. Et cela sera particulièrement manifeste lorsquâ&#x20AC;&#x2122;il fĂŞtera son quarantième anniversaire [le 20 juillet] : très branchĂŠ, notre prince se verra oďŹ&#x20AC;rir un concert de rock, avec probablement BiďŹ&#x20AC;y Clyro, lâ&#x20AC;&#x2122;un des meilleurs groupes du moment. Il recevra sĂťrement un VTT, une combinaison de plongĂŠe et de nouveaux bâtons de ski en carbone. Autant dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlĂŠments qui consolident la â&#x20AC;&#x153;marque Haakonâ&#x20AC;?, laquelle respire la fraĂŽcheur, la jeunesse, la volontĂŠ de changement et la dĂŠcontraction. Aux yeux des rĂŠpublicains, ce prince est donc une catastrophe, prĂŠcisĂŠment parce quâ&#x20AC;&#x2122;il est si sympathique. Haakon est un paradoxe vivant : sa fĂŞte dâ&#x20AC;&#x2122;anniversaire conďŹ rme son appartenance au cercle des cĂŠlĂŠbritĂŠs les plus en vue. Pourtant, lâ&#x20AC;&#x2122;une de ses principales missions aura ĂŠtĂŠ de transformer lâ&#x20AC;&#x2122;image de la famille royale, jusque-lĂ  considĂŠrĂŠe comme menant la vie privilĂŠgiĂŠe des quartiers ouest huppĂŠs dâ&#x20AC;&#x2122;Oslo, faite de beau monde, de relations et de ďŹ&#x201A;irts de salon. Si Haakon avait choisi de perpĂŠtuer cette image, la royautĂŠ se serait dĂŠsintĂŠgrĂŠe et la monarchie se serait encore plus rapprochĂŠe de sa chute. Or Haakon est actif et coopĂŠratif, il sâ&#x20AC;&#x2122;exprime bien et sait prendre des risques, ce qui le rend plus humain. Mais un prince parfait ne suďŹ&#x192;t pas toujours. Il ne peut se contenter dâ&#x20AC;&#x2122;avoir le bon ADN et des relations. Les hĂŠritiers de la monarchie doivent aussi sâ&#x20AC;&#x2122;entourer des meilleurs conseillers en communication du royaume, apprendre Ă  gĂŠrer les mĂŠdias et Ă  ĂŠlaborer leur image de marque, et mettre au point une stratĂŠgie cohĂŠrente pour lĂŠgitimer leur statut de privilĂŠgiĂŠ. Câ&#x20AC;&#x2122;est lĂ  un autre grand paradoxe : la monarchie est ancrĂŠe dans la Constitution et dans des traditions sĂŠculaires, ce qui devrait suďŹ&#x192;re Ă  la lĂŠgitimer. Pourtant, le palais royal sâ&#x20AC;&#x2122;eďŹ&#x20AC;orce chaque jour de justiďŹ er sa position vis-Ă -vis du peuple. Les mĂŠdias sont si friands dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠvĂŠnements festifs comme lâ&#x20AC;&#x2122;anniversaire du prince Haakon quâ&#x20AC;&#x2122;ils en oublient de discuter les fondements très douteux de la monarchie hĂŠrĂŠditaire. Un quarantième anniversaire, câ&#x20AC;&#x2122;est forcĂŠment amusant ! Ils sont tellement beaux et prĂŠsentent si bien ! Et vous avez vu ces robes ! Le fait que le â&#x20AC;&#x153;journalisme vestimentaireâ&#x20AC;? soit devenu un genre Ă  part entière illustre, Ă´ combien tristement, la couverture timorĂŠe qui est faite de la famille royale. Tant que les mĂŠdias se concentrent sur les robes insolites de Mette Marit [lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpouse de Haakon], le vrai dĂŠbat sâ&#x20AC;&#x2122;enfonce un peu plus encore dans les limbes. Personne ne comprend mieux ces mĂŠcanismes que le prince Haakon lui-mĂŞme. Je suis convaincu que, durant sa vie de civil â&#x20AC;&#x201C; Êtudiant, diplĂ´mĂŠ

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en sciences politiques et citoyen du monde â&#x20AC;&#x201C;, il a soigneusement analysĂŠ la situation et saisi le fragile ĂŠquilibre quâ&#x20AC;&#x2122;un souverain doit maintenir pour exercer les privilèges du pouvoir tout en adoptant une posture appropriĂŠe. Il sait quâ&#x20AC;&#x2122;Ă  long terme la combinaison des deux est impossible dans une dĂŠmocratie ĂŠclairĂŠe et moderne. Haakon est un type futĂŠ qui a consacrĂŠ les dix dernières annĂŠes Ă  se construire une image de fonceur-libĂŠral-conservateur-modĂŠrĂŠ, privilĂŠgiant les valeurs ĂŠcologiques, humaines et universelles. MĂŞme si le rĂ´le dâ&#x20AC;&#x2122;un futur monarque doit par dĂŠďŹ nition ĂŞtre apolitique et vide de sens, la consolidation de sa propre position est un acte politique. Haakon a ĂŠtĂŠ ĂŠlevĂŠ pour incarner Ă  lui seul un argument pour la dĂŠfense de la royautĂŠ sans quâ&#x20AC;&#x2122;il puisse toutefois en parler ouvertement, et câ&#x20AC;&#x2122;est sans doute lĂ  lâ&#x20AC;&#x2122;aspect le plus triste de son destin : le fait quâ&#x20AC;&#x2122;il ne puisse pas participer au dĂŠbat sur la monarchie, sur lâ&#x20AC;&#x2122;avenir de la Norvège, sur les principes de sĂŠparation des pouvoirs et de gouvernance, sur lâ&#x20AC;&#x2122;engagement politique, lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠgalitĂŠ et la dĂŠmocratie participative. Jâ&#x20AC;&#x2122;aurais bien aimĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;entendre approfondir ces questions, mais il irait alors Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;encontre de son rĂ´le. Tel est notre cercle vicieux royal : plus la sociĂŠtĂŠ devient moderne, plus elle exige des rois quâ&#x20AC;&#x2122;ils aient des responsabilitĂŠs et quâ&#x20AC;&#x2122;ils sâ&#x20AC;&#x2122;engagent politiquement. Mais, ce faisant, ils dĂŠtruisent le principe mĂŞme de leur fonction. La ďŹ lle du prince Haakon, Ingrid Alexandra, sera Ă  mon avis le dernier monarque de Norvège. Et Haakon sera, quant Ă  lui, le dernier roi de Norvège. Dommage que ses fonctions soient hĂŠrĂŠditaires. Il aurait peut-ĂŞtre fait un remarquable prĂŠsident. â&#x20AC;&#x201D;Frode Bjerkestrand PubliĂŠ le 18 juin


         

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BELGIQUE : UN ROI, FAUTE DE MIEUX

FOIS HUĂ&#x2030;S

Câ&#x20AC;&#x2122;est ce Ă  quoi le roi dâ&#x20AC;&#x2122;Espagne et sa famille ont dĂŠjĂ  eu droit en 2013, dâ&#x20AC;&#x2122;après le journal en ligne infoLibre. Ces derniers mois, les protestations se sont multipliĂŠes, et les sondages montrent que la popularitĂŠ de la famille royale est en chute libre depuis 2008.

Il en va de la royautĂŠ comme du nouveau souverain, Philippe : autant sâ&#x20AC;&#x2122;en contenter. â&#x20AC;&#x201D;De Morgen Bruxelles u cas oĂš cela ne serait pas clair, rappelons-le : nous, les Belges, sommes des partisans plutĂ´t mesurĂŠs de la monarchie, par rapport aux Britanniques et aux NĂŠerlandais. Ainsi, Ă  Amsterdam ou dans quelque lieu que ce soit au nord de la frontière, la fĂŞte de la Reine [la fĂŞte nationale des PaysBas] transforme le pays en une marĂŠe orange. Les façades des maisons, les visages, la sauce des frites : tout y passe, sans exception ! De mĂŞme, lâ&#x20AC;&#x2122;autre jour Ă  la BBC, quelquâ&#x20AC;&#x2122;un ĂŠvoquait le plus sĂŠrieusement du monde â&#x20AC;&#x153;la grossesse du peupleâ&#x20AC;?, tandis quâ&#x20AC;&#x2122;un journaliste concluait lâ&#x20AC;&#x2122;une de ses innombrables interventions â&#x20AC;&#x201C; dans laquelle il annonçait quâ&#x20AC;&#x2122;il nâ&#x20AC;&#x2122;y avait toujours rien de neuf Ă  annoncer [sur la grossesse de la princesse Kate] â&#x20AC;&#x201C; par le commentaire suivant : â&#x20AC;&#x153;Nous vous retrouvons dans quelques instants pour plus dâ&#x20AC;&#x2122;informations. Il nâ&#x20AC;&#x2122;y a toujours rien de nouveau, mais quâ&#x20AC;&#x2122;Ă  cela ne tienne !â&#x20AC;? En comparaison, les commentaires de la presse belge sur la prestation de serment du nouveau roi [le 21 juillet] ĂŠtaient presque un soulagement. Certes, beaucoup de pages y ĂŠtaient consacrĂŠes, mais pas des cahiers entiers remplis dâ&#x20AC;&#x2122;absurditĂŠs. Les comptes rendus ĂŠtaient plutĂ´t tranquilles ; ils nâ&#x20AC;&#x2122;ont pas ĂŠvincĂŠ les gros titres de lâ&#x20AC;&#x2122;actualitĂŠ. MĂŞme les journaux les plus populaires ont fait preuve dâ&#x20AC;&#x2122;une sorte de distance bienveillante â&#x20AC;&#x201C; sans marques dâ&#x20AC;&#x2122;hostilitĂŠ, mais sans engouement religieux non plus. â&#x20AC;&#x153;Nous nâ&#x20AC;&#x2122;avons pas trouvĂŠ le temps de mettre sur pied une rĂŠpublique le mois dernier ; nous allons donc devoir nous contenter de ce que nous avons. Et puis, en ďŹ n de compte, ce premier jour de règne sâ&#x20AC;&#x2122;est beaucoup mieux dĂŠroulĂŠ que ce que lâ&#x20AC;&#x2122;on craignait.â&#x20AC;? VoilĂ  ce que disaient les nouvelles et, espĂŠrons-le, ce que lâ&#x20AC;&#x2122;on pourra dire ĂŠgalement du règne de Philippe. Celui-ci est en tout cas parvenu Ă  se dĂŠpartir pour la première fois de la raideur et du trac qui ont caractĂŠrisĂŠ nombre de ses interventions publiques. Bien sĂťr, Philippe ne sera jamais lâ&#x20AC;&#x2122;aise et la grâce incarnĂŠes â&#x20AC;&#x201C; cela nâ&#x20AC;&#x2122;est dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs pas nĂŠcessaire â&#x20AC;&#x201C;, mais il ĂŠmanait de lui, en ce premier jour, une assurance relativement sereine, et toute nouvelle, du moins pour le monde extĂŠrieur. Il sâ&#x20AC;&#x2122;est mĂŞme ĂŠcartĂŠ du scĂŠnario prĂŠvu, formulant un message que personne ne pouvait critiquer, mais auquel on pouvait diďŹ&#x192;cilement donner une interprĂŠtation autre que politique : la Belgique est dĂŠsormais le symbole de â&#x20AC;&#x153;lâ&#x20AC;&#x2122;unitĂŠ dans la diversitĂŠâ&#x20AC;?. Ce message sâ&#x20AC;&#x2122;est ĂŠgalement traduit par la nomination dâ&#x20AC;&#x2122;une jeune Flamande dâ&#x20AC;&#x2122;origine turque dans le cabinet du nouveau roi. On peut considĂŠrer avec cynisme que cette nomination nâ&#x20AC;&#x2122;est quâ&#x20AC;&#x2122;une manĹ&#x201C;uvre symbolique ou bien lâ&#x20AC;&#x2122;apprĂŠcier pour ce quâ&#x20AC;&#x2122;elle est : une petite ĂŠtape historique, qui marque la reconnaissance par le palais de la diversitĂŠ du pays. â&#x20AC;&#x201D;Yves Desmet PubliĂŠ le 23 juillet



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ESPAGNE : JUAN CARLOS Sâ&#x20AC;&#x2122;ACCROCHE AU TRĂ&#x201D;NE Le palais royal lance une vaste opĂŠration de communication pour redorer lâ&#x20AC;&#x2122;image du monarque. Sa cote de popularitĂŠ est au plus bas, mais il se refuse Ă  parler dâ&#x20AC;&#x2122;abdication. â&#x20AC;&#x201D;La NaciĂłn Buenos Aires De Madrid ĂŠbut juillet, la tĂŠlĂŠvision a prĂŠsentĂŠ Ă  Juan Carlos un miroir gĂŞnant : son ami Albert II, acculĂŠ en raison des scandales et des problèmes de santĂŠ liĂŠs Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;âge, annonçait au peuple belge son abdication. Le roi dâ&#x20AC;&#x2122;Espagne a immĂŠdiatement compris quâ&#x20AC;&#x2122;on allait Ă  nouveau faire pression sur lui pour quâ&#x20AC;&#x2122;il quitte la vie publique, comme lorsque la reine Beatrix des Pays-Bas ou le pape BenoĂŽt XVI ont dĂŠcidĂŠ de renoncer Ă  leur charge. Mais, cette fois, il a voulu se montrer bien dĂŠcidĂŠ Ă  rĂŠsister. AccrochĂŠ Ă  la couronne, Juan Carlos fait tout

D â&#x2020;&#x2018; Le roi Juan Carlos. Dessin de Tiounine, Moscou. â&#x2020;? Albert et Philippe de Belgique. Dessin de Kroll paru dans Le Soir, Bruxelles.

pour amĂŠliorer son image, rĂŠcupĂŠrer son rĂ´le de mĂŠdiateur dĂŠcisif dans la politique locale et envoyer au plus vite des signaux très forts en matière de transparence. La Maison du roi a commencĂŠ par publier un communiquĂŠ concernant lâ&#x20AC;&#x2122;argent hĂŠritĂŠ par Juan Carlos Ă  la mort de son père, en 1993, et placĂŠ en Suisse. Lâ&#x20AC;&#x2122;existence de ces fonds (quelque 2 millions dâ&#x20AC;&#x2122;euros) avait seulement ĂŠtĂŠ rendue publique ďŹ n mars, alors quâ&#x20AC;&#x2122;on a toujours cru que le père du roi ĂŠtait mort dĂŠsargentĂŠ. Lâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠe que Juan Carlos puisse avoir des comptes en Suisse a fait scandale et sâ&#x20AC;&#x2122;est ajoutĂŠe Ă  la longue liste de ses nombreux problèmes, dont le plus sĂŠrieux est sans doute lâ&#x20AC;&#x2122;aďŹ&#x20AC;aire de corruption qui implique son gendre, IĂąaki UrdangarĂ­n, et qui touche sa ďŹ lle lâ&#x20AC;&#x2122;infante Cristina. Le palais de la Zarzuela a tenu Ă  prĂŠciser quâ&#x20AC;&#x2122;après trois mois de recherches il ĂŠtait en mesure dâ&#x20AC;&#x2122;assurer que le roi avait dĂŠpensĂŠ cet argent â&#x20AC;&#x153;pour payer les dettes et les engagementsâ&#x20AC;? de ses parents. Et que depuis 1995 â&#x20AC;&#x153;il nâ&#x20AC;&#x2122;avait pas de compte Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtrangerâ&#x20AC;?. De mĂŞme, ce communiquĂŠ conďŹ rme que le roi a payĂŠ les frais de succession, mĂŞme sâ&#x20AC;&#x2122;il ne sâ&#x20AC;&#x2122;agit que dâ&#x20AC;&#x2122;une â&#x20AC;&#x153;convictionâ&#x20AC;?, les papiers nâ&#x20AC;&#x2122;ayant pas ĂŠtĂŠ conservĂŠs. Quelques heures après cette publication, entourĂŠ de ministres et de dĂŠputĂŠs, Juan Carlos sâ&#x20AC;&#x2122;exprimait sur la rĂŠcession qui accable son pays. â&#x20AC;&#x153;Lâ&#x20AC;&#x2122;Espagne compte sur nous tous pour vaincre ses diďŹ&#x192;cultĂŠs. Et cette rĂŠussite est entre nos mains. Mais pour rĂŠussir il nous faut rester unis.â&#x20AC;? La mĂŞme semaine, la Casa del Rey a ĂŠgalement annoncĂŠ la reprise des voyages Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtranger de Juan Carlos, après lâ&#x20AC;&#x2122;opĂŠration de la hanche qui lâ&#x20AC;&#x2122;immobilisait depuis le dĂŠbut de lâ&#x20AC;&#x2122;annĂŠe. â&#x20AC;&#x153;Certains disent que je suis très malade, mais câ&#x20AC;&#x2122;est faux. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai juste un problème de visserieâ&#x20AC;?, a dĂŠclarĂŠ le roi, 75 ans, lors de lâ&#x20AC;&#x2122;une de ses dernières apparitions publiques. Depuis, il sâ&#x20AC;&#x2122;est montrĂŠ très dĂŠtendu, osant mĂŞme quelques pas sans bĂŠquilles. Le message est sans ĂŠquivoque, dit-on dans son entourage : Juan Carlos nâ&#x20AC;&#x2122;a pas la moindre intention de cĂŠder face aux demandes chaque fois plus persistantes pour quâ&#x20AC;&#x2122;il abdique en faveur de son ďŹ ls, le prince Felipe. Il est dĂŠterminĂŠ Ă  se battre pour reconquĂŠrir lâ&#x20AC;&#x2122;estime de la majoritĂŠ des Espagnols, quâ&#x20AC;&#x2122;il a perdue ces temps-ci. Selon le dernier sondage du Centre de recherches sociologiques (CIS), la conďŹ ance des Espagnols en leur monarque est au plus bas et, dâ&#x20AC;&#x2122;après des sondages privĂŠs, sa cote de popularitĂŠ serait encore plus faible que celle de son ďŹ ls. â&#x20AC;&#x201D;MartĂ­n RodrĂ­guez Yebra PubliĂŠ le 5 juillet




         

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Bien-aimĂŠs princes scandinaves

â&#x2020;&#x2019; Dessin de Cost, Belgique.

SUĂ&#x2C6;DE :UNE FAMILLE TROP NORMALE POUR SĂ&#x2030;DUIRE Si les tĂŞtes couronnĂŠes ĂŠpousent des roturiers et se comportent comme des citoyens ordinaires, Ă  quoi bon une monarchie ? â&#x20AC;&#x201D;Aftonbladet Stockholm ans les familles royales, les mariages â&#x20AC;&#x201C; tout comme les naissances et les dĂŠcès â&#x20AC;&#x201C; renforcent gĂŠnĂŠralement lâ&#x20AC;&#x2122;adhĂŠsion du peuple Ă  la Couronne. Or le dernier sondage en date montre que seuls 57 % des SuĂŠdois soutiennent la monarchie, un chiďŹ&#x20AC;re en baisse [alors que la princesse Madeleine vient de convoler, le 8 juin dernier, avec le roturier Christopher Oâ&#x20AC;&#x2122;Neill]. Il y a vingt-cinq ans de cela, la monarchie recueillait 90 % dâ&#x20AC;&#x2122;opinions favorables. Dans le mĂŞme temps, la cote de conďŹ ance de la famille royale a dĂŠvissĂŠ. Dans une ĂŠtude rĂŠcente qui les invitait Ă  noter 21 institutions de leur pays, les SuĂŠdois ont relĂŠguĂŠ la Couronne Ă  la 12e place. La plupart des dĂŠputĂŠs du Parlement suĂŠdois, y compris des parlementaires de droite, sont opposĂŠs Ă  la monarchie, mais nâ&#x20AC;&#x2122;entreprennent

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â&#x2020;&#x201C; Mariage royal. Dessin de Komanitski, Bulgarie.

rien tant que leurs ĂŠlecteurs souhaitent voir le roi rester sur le trĂ´ne. Les responsables politiques continuent donc de se rendre aux rĂŠceptions et autres rĂŠjouissances du palais, se lèvent devant les princesses et sâ&#x20AC;&#x2122;inclinent devant le roi. Le jour oĂš la cote de popularitĂŠ de la Couronne sâ&#x20AC;&#x2122;approchera des 50 % ou descendra sous ce seuil, la question de lâ&#x20AC;&#x2122;avenir de la monarchie deviendra brĂťlante et politique. Et ce jour pourrait bien venir assez vite. A titre personnel, je souhaite Ă  la princesse Madeleine dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre heureuse en mĂŠnage et le meilleur aux jeunes mariĂŠs. Pour autant, ce grand mariage est une nouvelle pierre dans le jardin de la Couronne et la fragilisera Ă  terme. Lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtĂŠ prochain, ce sera peut-ĂŞtre au tour du prince Carl Philip de convoler avec [la roturière] SoďŹ a Hellqvist, prĂŠcipitant ainsi le dĂŠclin de la monarchie. Car chaque union dâ&#x20AC;&#x2122;une tĂŞte couronnĂŠe avec un roturier ou une roturière ternit lâ&#x20AC;&#x2122;image de la Couronne : la famille royale est de plus en plus ordinaire. Ses membres ĂŠpousent des sujets ordinaires, donnent naissance Ă  des enfants ordinaires, qui frĂŠquentent des ĂŠcoles ordinaires et choisissent des professions ordinaires. Ces familles connaĂŽtront les mĂŞmes problèmes que tout le monde, commettront des erreurs et des bĂŠvues comme tout le monde, et au bout du compte une question brĂťlera de plus en plus de lèvres : Ă  quoi cela rime-t-il ? A quoi jouons-nous  ? Pourquoi devrions-nous faire des courbettes devant cette famille de la haute qui a de moins en moins de sang bleu dans les veines ? Ne serait-il pas temps de choisir nous-mĂŞmes notre chef dâ&#x20AC;&#x2122;Etat par la voie des urnes ?

â&#x2014;?â&#x2014;?â&#x2014;? Ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas ĂŠvident dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre rĂŠpublicain dans des pays comme le Danemark ou la Norvège : les familles royales y sont adulĂŠes. Que ce soit un mariage, un anniversaire ou un baptĂŞme dans la famille royale, les Danois saisissent chaque occasion pour sabler le champagne, se servir du pop-corn et sâ&#x20AC;&#x2122;installer devant la tĂŠlĂŠ. A tous les coups, les ĂŠmissions sur les tĂŞtes couronnĂŠes sont des succès, et avant mĂŞme leur diďŹ&#x20AC;usion. Selon une ĂŠtude rĂŠalisĂŠe lâ&#x20AC;&#x2122;an dernier au Danemark par lâ&#x20AC;&#x2122;institut de sondages Gallup, 93 % de la population est favorable au maintien de la monarchie et se dit satisfaite du travail de la famille royale. Il y a mĂŞme une majoritĂŠ de Danois (56 %) qui estiment que la dotation de la famille royale â&#x20AC;&#x201C; environ 13 millions dâ&#x20AC;&#x2122;euros par an â&#x20AC;&#x201C; nâ&#x20AC;&#x2122;est pas excessive. Si la famille royale danoise est peu dispendieuse, elle se fait dĂŠpasser par la norvĂŠgienne, qui coĂťte, selon le quotidien Aftenposten, 28 millions dâ&#x20AC;&#x2122;euros par an. Et pourtant : selon un sondage Ipsos rĂŠalisĂŠ pour le journal Dagbladet en 2012, 93 % des NorvĂŠgiens estiment que le roi Harald fait bien son travail. Un pour cent seulement se disent mĂŠcontents. Si ces deux pays et leurs monarchies se ressemblent, la maison royale norvĂŠgienne est bien plus moderne. A titre dâ&#x20AC;&#x2122;exemple, elle est très active sur les rĂŠseaux sociaux, tandis que la famille royale danoise se contente pour lâ&#x20AC;&#x2122;instant dâ&#x20AC;&#x2122;un site web. Le tournant pourrait survenir dâ&#x20AC;&#x2122;ici dix ans. Mais le roi a un moyen dâ&#x20AC;&#x2122;assurer la survie de la Couronne pour trente ans au moins : en abdiquant de son propre chef. Victoria deviendrait ainsi reine et [sa ďŹ lle] Estelle princesse hĂŠritière. Lâ&#x20AC;&#x2122;arrivĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;un nouveau souverain serait Ă  la fois un coup de fouet et un formidable coup de pub pour la Couronne. Victoria est, Ă  juste titre, la ďŹ gure la plus populaire de la famille royale et sâ&#x20AC;&#x2122;est dĂŠjĂ  montrĂŠe parfaitement capable dâ&#x20AC;&#x2122;assurer sa fonction avec charme et glamour. Une abdication volontaire aurait par ailleurs pour eďŹ&#x20AC;et de redorer le blason du roi et lui vaudrait plus dâ&#x20AC;&#x2122;opinions favorables quâ&#x20AC;&#x2122;il nâ&#x20AC;&#x2122;en a eu pendant ses quarante annĂŠes de règne. Aucun Bernadotte [la famille royale suĂŠdoise] nâ&#x20AC;&#x2122;a jamais passĂŠ la main de son propre grĂŠ. Tous sont restĂŠs sur le trĂ´ne jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă  un âge très avancĂŠ, et câ&#x20AC;&#x2122;est sans doute ce que le roi Carl XVI Gustaf prĂŠvoit pour lui. Si rien ne bouge et quâ&#x20AC;&#x2122;elle reste bloquĂŠe sur les rails de lâ&#x20AC;&#x2122;Histoire, la monarchie suĂŠdoise ďŹ nira selon toute vraisemblance par sâ&#x20AC;&#x2122;autodissoudre, comme un suicide Ă  petit feu, le jour oĂš le temps rattrapera lâ&#x20AC;&#x2122;antique institution et que les responsables politiques jugeront que lâ&#x20AC;&#x2122;heure du changement a sonnĂŠ. A lâ&#x20AC;&#x2122;inverse, une abdication serait une bouďŹ&#x20AC;ĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;oxygène pour la monarchie et rabattrait le caquet des rĂŠpublicains pour un moment. â&#x20AC;&#x201D;Herman Lindqvist PubliĂŠ le 8 juin


         

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Bhoutan : les hommes qui ne voulaient pas ĂŞtre rois Visionnaires, les derniers monarques absolus ont choisi de mener leur pays pas Ă  pas vers une dĂŠmocratie parlementaire.

â&#x20AC;&#x201D;Bhutan Observer (extraits) Thimbu e suis fondamentalement opposĂŠ Ă  la monarchieâ&#x20AC;?, dĂŠclare Frank Aen lorsquâ&#x20AC;&#x2122;il rencontre le quatrième roi du Bhoutan, Ă  Thimbu, en 1998. â&#x20AC;&#x153;A ma grande surprise â&#x20AC;&#x201C; ainsi quâ&#x20AC;&#x2122;Ă  celle de tous les autres membres de la dĂŠlĂŠgation [danoise venue visiter certains chantiers ďŹ nancĂŠs par Copenhague dans le royaume] â&#x20AC;&#x201C;, le roi me rĂŠpond que lui aussi.â&#x20AC;? Pendant les heures qui suivent, les deux hommes parlent donc de la dĂŠmocratie au Bhoutan. M. Aen entend avec stupĂŠfaction le monarque aďŹ&#x192;rmer que â&#x20AC;&#x153;le peuple devrait davantage participer Ă  la gouvernance du paysâ&#x20AC;?. Lorsquâ&#x20AC;&#x2122;il prend congĂŠ, il se dit que si le roi du Bhoutan est incontestablement un monarque absolu, il ne se conduit vraiment pas comme tel. A Copenhague, Frank Aen fait pourtant partie des principaux militants pour lâ&#x20AC;&#x2122;abolition de la monarchie. Le quatrième roi du Bhoutan [père de lâ&#x20AC;&#x2122;actuel monarque] lui-mĂŞme ne croyait pas Ă  la monarchie comme système de gouvernement. Il ĂŠtait dâ&#x20AC;&#x2122;avis quâ&#x20AC;&#x2122;un seul homme ne devrait pas contrĂ´ler le destin de tout un pays et rappelait souvent Ă  ses sujets que â&#x20AC;&#x153;lâ&#x20AC;&#x2122;on naĂŽt roi, on ne le devient pas par son mĂŠriteâ&#x20AC;?. Il nous disait toujours que notre pays irait bien tant que nous aurions un bon roi, mais quâ&#x20AC;&#x2122;adviendrait-il si nous en avions un mauvais ? Les gens qui ne connaissent pas bien lâ&#x20AC;&#x2122;histoire du Bhoutan pensent que la dĂŠmocratie est apparue du jour au lendemain, mais câ&#x20AC;&#x2122;est faux. Le roi

CAI-NYT

J

ne sâ&#x20AC;&#x2122;est pas levĂŠ un matin en se disant quâ&#x20AC;&#x2122;il fallait instaurer la dĂŠmocratie. Durant ses vingt ans de règne, Jigme Dorji Wangchuk, troisième roi de lâ&#x20AC;&#x2122;actuelle dynastie (1952-1972), a posĂŠ les bases du système dĂŠmocratique sur lesquels le quatrième roi, Jigme Singye Wangchuk (1972-2006), a continuĂŠ Ă  bâtir. Ainsi, le troisième roi introduit le droit de vote avec une voix par foyer, que son successeur ĂŠtendra plus tard Ă  une voix par personne majeure. Câ&#x20AC;&#x2122;est la première fois que les Bhoutanais sont consultĂŠs et appelĂŠs Ă  constituer le gouvernement de leur pays ; les chefs locaux participent au processus en aidant la population Ă  sâ&#x20AC;&#x2122;habituer Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠe du vote.

Graine de dĂŠmocratie. En 1998, pour la première fois, le souverain dĂŠcide de dissoudre son propre gouvernement. Jusquâ&#x20AC;&#x2122;alors, il a toujours nommĂŠ ses ministres. Cette fois, il dĂŠsigne six nouveaux ministres et demande Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;AssemblĂŠe de voter pour ou contre leur nomination. Tous sont acceptĂŠs, mais, au moins, les Bhoutanais ont pu se prononcer sur une dĂŠcision de leur roi. Quatre postes viennent ensuite complĂŠter le gouvernement. Cette fois, le roi propose sept noms et demande Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;AssemblĂŠe de choisir parmi eux. Mais elle refuse â&#x20AC;&#x201C; comment sâ&#x20AC;&#x2122;opposer Ă  une nomination royale ? En 2006, coup de thÊâtre : le roi annonce son abdication en faveur de son ďŹ ls de 26 ans, ouvrant ainsi la voie Ă  une monarchie constitutionnelle.



Le roi a introduit la dĂŠmocratie pendant une pĂŠriode de paix et de stabilitĂŠ. En regardant autour de nous, nous voyons que ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas toujours le cas. De nombreux gouvernements sont le rĂŠsultat de conďŹ&#x201A;its et de rĂŠbellions ; les graines de la dĂŠmocratie sont souvent plantĂŠes sur un mauvais terreau. Lâ&#x20AC;&#x2122;histoire du Bhoutan est diďŹ&#x20AC;ĂŠrente. Le sol ĂŠtait fertile, il avait ĂŠtĂŠ prĂŠparĂŠ, irriguĂŠ et fertilisĂŠ longtemps avant de recevoir les graines de la dĂŠmocratie. Vingt annĂŠes de prĂŠparation minutieuse ont permis de crĂŠer les meilleures conditions pour lâ&#x20AC;&#x2122;avènement de la dĂŠmocratie. Pour Frank Aen, qui est toujours membre du Parlement danois, le quatrième roi du Bhoutan ĂŠtait un homme exceptionnel et un monarque bien plus moderne que sa propre reine. â&#x20AC;&#x201D;Tshering Tashi PubliĂŠ le 14 juin

ThaĂŻlande

Bhumibol très interventionniste SOURCE

BHUTAN OBSERVER Thimbu, Bhoutan DiďŹ&#x20AC;usion n.c. http://bhutanobserver.bt En anglais et en dzongkha Le Bhutan Observer est le premier quotidien non gouvernemental du pays. FondĂŠ en 2006, lâ&#x20AC;&#x2122;annĂŠe de lâ&#x20AC;&#x2122;accession de lâ&#x20AC;&#x2122;actuel souverain au trĂ´ne après lâ&#x20AC;&#x2122;abdication de son père, il symbolise la marche du pays vers plus dâ&#x20AC;&#x2122;ouverture et de dĂŠmocratie. Parfois critiquĂŠ pour des articles sensationnalistes, il reste une rĂŠfĂŠrence. Sa version en dzongkha, la langue oďŹ&#x192;cielle, connaĂŽt de grandes diďŹ&#x192;cultĂŠs ďŹ nancières.

â&#x2020;? Sur la pancarte : monarchie bouthanaise. Sur les ailes : transition, volontaire. Dans la fumĂŠe : dĂŠmocratie. Dessin de Keshav paru dans The Hindu, New Delhi.

â&#x2014;?â&#x2014;?â&#x2014;?La monarchie absolue est oďŹ&#x192;ciellement abolie depuis 1932, mais, depuis, elle â&#x20AC;&#x153;continue de dominer la sphère politique et empĂŞche la dĂŠmocratisation, creusant la polarisation de la scène politiqueâ&#x20AC;?, analysait, il y a quelques mois, dans le South China Morning Post, Pavin Chachavalpongpun, professeur associĂŠ au centre dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtudes dâ&#x20AC;&#x2122;Asie du Sud-Est de lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ de Kyoto. Câ&#x20AC;&#x2122;est un rĂŠquisitoire sĂŠvère envers une institution Ă  laquelle une majoritĂŠ de citoyens thaĂŻlandais demeure attachĂŠe.Depuis la ďŹ n de la monarchie absolue, le pays a connu deux rois. Le second, Bhumibol Adulyadej, montĂŠ sur le trĂ´ne en 1946, a succĂŠdĂŠ Ă  son frère, mort mystĂŠrieusement dix ans après son intronisation, en 1935. Musicien averti, Bhumibol Adulyadej a notamment composĂŠ du jazz ; câ&#x20AC;&#x2122;est un amateur de ďŹ&#x201A;eurs et un promoteur de projets agricoles : il a ainsi conquis le cĹ&#x201C;ur de ses sujets, et, dans chaque maison, on trouve son portrait. Les sĂŠances de cinĂŠma dĂŠmarrent par un court-mĂŠtrage composĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;images dâ&#x20AC;&#x2122;Epinal vantant sa personnalitĂŠ ou son travail, et il est de rigueur de se lever durant sa diďŹ&#x20AC;usion en signe de respect. Depuis 2006, une multiplication des condamnations pour crime de lèse-majestĂŠ visant des intellectuels, des journalistes ou des militants a terni lâ&#x20AC;&#x2122;image de la famille royale et de son entourage, paralysant toute discussion sur la succession de Bhumibol Adulyadej, qui a fĂŞtĂŠ ses 85 ans en dĂŠcembre dernier. Son ďŹ ls, le prince Maha Vajiralongkorn, nâ&#x20AC;&#x2122;est pas apprĂŠciĂŠ. Plus de quatre-vingts ans après la disparition de la monarchie absolue, â&#x20AC;&#x153;lâ&#x20AC;&#x2122;institution royale ne semble pas près de cesser dâ&#x20AC;&#x2122;interfĂŠrer ni de se rĂŠformer, poursuit lâ&#x20AC;&#x2122;analyste. Mais plus elle rĂŠsiste au changement, plus elle sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcarte de la rĂŠalitĂŠ et plus il lui sera diďŹ&#x192;cile de survivre.â&#x20AC;?


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MAROC : LES SUBTILS CALCULS DE MOHAMMED VI

A la une

Pour rĂŠsister au â&#x20AC;&#x153;printemps arabeâ&#x20AC;?, le roi a lancĂŠ une sĂŠrie de rĂŠformes en 2011, mais en rĂŠalitĂŠ le palais ne lâche rien de son pouvoir. â&#x20AC;&#x201D;Financial Times (extraits) Londres algrĂŠ la vague de contestation qui a dĂŠferlĂŠ sur la rĂŠgion en 2011, cette monarchie dâ&#x20AC;&#x2122;Afrique du Nord de 32 millions dâ&#x20AC;&#x2122;habitants a rĂŠussi Ă  ĂŠviter le sort des autres pays arabes, que ce soient les spasmes dâ&#x20AC;&#x2122;un soulèvement chaotique ou une violente rĂŠpression. Pour certains, lâ&#x20AC;&#x2122;expĂŠrience marocaine est un modèle pour les monarchies du Moyen-Orient, confrontĂŠes au mĂŠcontentement populaire. Pour dâ&#x20AC;&#x2122;autres, au contraire, lâ&#x20AC;&#x2122;exemple du Maroc dĂŠmontre lâ&#x20AC;&#x2122;incapacitĂŠ de ces rĂŠgimes Ă  mettre en place des rĂŠformes de fond. A première vue, un gouvernement ĂŠlu, dirigĂŠ par un parti islamiste Ă  tendance populiste, partage le pouvoir avec lâ&#x20AC;&#x2122;hĂŠritier dâ&#x20AC;&#x2122;une dynastie monarchique qui remonte Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque mĂŠdiĂŠvale. Mais, dans les faits, le roi, la cour et les forces de sĂŠcuritĂŠ â&#x20AC;&#x201C; le Makhzen, le palais â&#x20AC;&#x201C; continuent Ă  garder la main sur les questions ĂŠconomiques et politiques. â&#x20AC;&#x153;Nous vivons une sorte de cohabitation entre le palais et le gouvernement islamisteâ&#x20AC;?, explique Abdellah Tourabi, rĂŠdacteur en chef du mensuel Zaman. â&#x20AC;&#x153;Les points de friction ne portent pas seulement sur lâ&#x20AC;&#x2122;argent ou le pouvoir, mais sur chaque question ou dĂŠcision politique. Ils poursuivent des objectifs divergents.â&#x20AC;? Le Maroc a pris une voie diďŹ&#x20AC;ĂŠrente de celle des autres monarchies arabes dès lâ&#x20AC;&#x2122;arrivĂŠe au pouvoir de Mohammed VI, en 1999, qui a succĂŠdĂŠ Ă  son père, Hassan II, dont le règne fut marquĂŠ par un despotisme cruel et de graves violations des droits de lâ&#x20AC;&#x2122;homme. A son accession au trĂ´ne, Mohammed VI â&#x20AC;&#x201C; qui fĂŞtera ses 50 ans cet ĂŠtÊ â&#x20AC;&#x201C;

M

choisit de donner une nouvelle orientation au pays : il libĂŠralise la vie politique, autorise une marge de libertĂŠ Ă  la presse et crĂŠe une commission destinĂŠe Ă  faire toute la lumière sur les crimes perpĂŠtrĂŠs par le rĂŠgime de son père. Ses collaborateurs lui forgent une image de â&#x20AC;&#x153;roi des pauvresâ&#x20AC;? et ses manières simples sĂŠduisent le pays, mĂŞme si, par ailleurs, les mesures ĂŠconomiques libĂŠrales mises en place creusent encore le fossĂŠ entre les riches et les pauvres. MalgrĂŠ les rĂŠformes ĂŠconomiques, les changements politiques de fond se font attendre. Comme dans les autres pays arabes, les puissants Ă  la tĂŞte des institutions sĂŠcuritaires et de lâ&#x20AC;&#x2122;appareil ĂŠconomique craignent pour leurs privilèges, le zèle rĂŠformateur du roi constituant une menace pour le Makhzen. Et si des gratte-ciel sortent de terre, les salaires stagnent et de larges pans de la population demeurent misĂŠreux et analphabètes. Le â&#x20AC;&#x153;printemps arabeâ&#x20AC;? de 2011, qui a fait tomber pas moins de trois gouvernements en Afrique du Nord [en Tunisie, Egypte et Libye], a ĂŠgalement souďŹ&#x201E;ĂŠ sur le Maroc avec le Mouvement du 20 fĂŠvrier, qui regroupait des libĂŠraux, des reprĂŠsentants de la gauche et des islamistes. â&#x20AC;&#x153;Les gens sont sortis dans les rues dans 53 villes le mĂŞme jour Ă  la mĂŞme heureâ&#x20AC;?, raconte Karim Tazi, militant et homme dâ&#x20AC;&#x2122;aďŹ&#x20AC;aires, copropriĂŠtaire de lâ&#x20AC;&#x2122;hebdomadaire TelQuel. â&#x20AC;&#x153;Câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait une première dans lâ&#x20AC;&#x2122;histoire du pays. Lâ&#x20AC;&#x2122;image parfaite du roi commençait Ă  se ďŹ ssurer. Les gens commençaient Ă  parler. Les Marocains osaient exprimer leur colère et montrer quâ&#x20AC;&#x2122;ils nâ&#x20AC;&#x2122;avaient pas peur.â&#x20AC;? Mais, plutĂ´t que de rĂŠprimer les manifestations avec des gaz lacrymogènes et des matraques, les

TELQUEL Deux ans après lâ&#x20AC;&#x2122;adoption par le Maroc dâ&#x20AC;&#x2122;une nouvelle Constitution, TelQuel constate que â&#x20AC;&#x153;la mise en application de la Loi fondamentale reste au point mortâ&#x20AC;?. Lâ&#x20AC;&#x2122;hebdomadaire marocain explique : â&#x20AC;&#x153;Le monarque est Ă  la fois arbitre et joueur, alors forcĂŠment câ&#x20AC;&#x2122;est lui qui gagne Ă  la ďŹ n.â&#x20AC;? Si, pour Mohammed VI, câ&#x20AC;&#x2122;est â&#x20AC;&#x153;le match parfaitâ&#x20AC;?, pour les Marocains â&#x20AC;&#x153;câ&#x20AC;&#x2122;est une royale dĂŠsillusionâ&#x20AC;?.

3 TECHNIQUES POUR SURVIVRE AU â&#x20AC;&#x153;PRINTEMPS ARABEâ&#x20AC;?

â&#x20AC;&#x153;Il est dĂŠconcertant dâ&#x20AC;&#x2122;observer que les monarchies du Golfe ont rĂŠsistĂŠ au tumulte du â&#x20AC;&#x2DC;printemps arabeâ&#x20AC;&#x2122;, malgrĂŠ leurs ĂŠlites vieillissantes, des règles de successions ďŹ&#x201A;oues, la corruption, les inĂŠgalitĂŠs et lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmergence dâ&#x20AC;&#x2122;une jeunesse ĂŠduquĂŠe mais sans emploiâ&#x20AC;?, note le quotidien pakistanais The National. Trois raisons Ă  cela : lâ&#x20AC;&#x2122;argent du pĂŠtrole, qui a ĂŠtĂŠ largement utilisĂŠ pour arroser le peuple dâ&#x20AC;&#x2122;allocations en tout genre ; la diversitĂŠ de la population (tribale, religieuse, idĂŠologique, etc.), qui lâ&#x20AC;&#x2122;empĂŞche de sâ&#x20AC;&#x2122;unir autour dâ&#x20AC;&#x2122;un mĂŞme objectif ; enďŹ n, bien sĂťr, la rĂŠpression, qui bloque la constitution de mouvements dâ&#x20AC;&#x2122;opposition.

â&#x2020;? Mohammed VI. Dessin de Khalid, Maroc.

autoritĂŠs choisissent de leur accorder le droit de manifester. Quelques semaines après, le roi dĂŠclare quâ&#x20AC;&#x2122;il va revoir la Constitution : le nouveau texte donne plus de pouvoir au Parlement, plus dâ&#x20AC;&#x2122;indĂŠpendance Ă  la justice et plus de responsabilitĂŠs au Premier ministre, que le roi devra choisir au sein du parti le plus reprĂŠsentĂŠ au Parlement. NĂŠanmoins, le roi conserve son autoritĂŠ sur les questions cruciales de sĂŠcuritĂŠ et de politique ĂŠtrangère. Les manifestants du 20 fĂŠvrier ont beau juger ces rĂŠformes trop timides, la Constitution est massivement approuvĂŠe par rĂŠfĂŠrendum et applaudie par les partenaires occidentaux du Maroc, notamment la France, lâ&#x20AC;&#x2122;Espagne et les Etats-Unis. Des ĂŠlections sont organisĂŠes pour ĂŠlire un Parlement et un gouvernement selon les nouvelles dispositions de la Constitution. Convaincus de la popularitĂŠ du roi, les partis libĂŠraux, proches de la cour, unissent leurs forces Ă  cette occasion. Mais, Ă  leur grande stupĂŠfaction, câ&#x20AC;&#x2122;est le parti dâ&#x20AC;&#x2122;Abdelilah Benkirane [Parti de la justice et du dĂŠveloppement, PJD] qui lâ&#x20AC;&#x2122;emporte. Lui qui avait toujours refusĂŠ de soutenir le Mouvement du 20 fĂŠvrier ďŹ nit par en ĂŞtre le grand bĂŠnĂŠďŹ ciaire. â&#x20AC;&#x153;MĂŞme le PJD nâ&#x20AC;&#x2122;avait jamais pensĂŠ remporter ces ĂŠlectionsâ&#x20AC;?, explique Mehdi Ben Said, du Parti authenticitĂŠ et modernitĂŠ (PAM), un mouvement dâ&#x20AC;&#x2122;opposition proche de la monarchie.

Lâ&#x20AC;&#x2122;amertume des militants.Le Makhzen se retrouve alors avec comme adversaire M. Benkirane, un Premier ministre très populaire, issu dâ&#x20AC;&#x2122;un parti quâ&#x20AC;&#x2122;il avait essayĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠradiquer et mĂŞme prĂŠsentĂŠ comme un ennemi de la couronne en 2003. Orateur de talent, Abdelilah Benkirane sait aussi bien sâ&#x20AC;&#x2122;indigner du sort des plus dĂŠmunis que titiller avec humour ses opposants ; son franc-parler et ses expressions populaires lui permettent de sĂŠduire les plus pauvres du pays et les petites classes moyennes. De son cĂ´tĂŠ, le roi cherche Ă  contrer la montĂŠe en puissance du PJD en mettant en place une ĂŠquipe de conseillers qui font oďŹ&#x192;ce de cabinet fantĂ´me. Lors de la publication dâ&#x20AC;&#x2122;un rapport amĂŠricain sur les droits de lâ&#x20AC;&#x2122;homme au SaharaOccidental [avril 2013], il nâ&#x20AC;&#x2122;hĂŠsite pas Ă  humilier son ministre des AďŹ&#x20AC;aires ĂŠtrangères, Saad-Eddine El-Othmani, en envoyant lâ&#x20AC;&#x2122;un de ses conseillers Ă  sa place Ă  Washington. Le PJD nâ&#x20AC;&#x2122;est pas le seul Ă  ĂŞtre dans la ligne de mire du Makhzen : le Mouvement du 20 fĂŠvrier en a aussi fait les frais. Lors dâ&#x20AC;&#x2122;une manifestation en mai dernier, un ĂŠvĂŠnement qui a lieu tous les mois aďŹ n de raviver les braises du mouvement, la police a envahi Bab El-Had, la place centrale de Rabat, Ă  proximitĂŠ de lâ&#x20AC;&#x2122;ancien quartier fortiďŹ ĂŠ de la ville oĂš est nĂŠ le mouvement. Les manifestants ont ĂŠtĂŠ tabassĂŠs et dĂŠlogĂŠs de force, ce qui a rĂŠduit Ă  nĂŠant toute tentative de faire de ce mouvement un parti. De nombreux militants avaient dĂŠjĂ  abandonnĂŠ la partie, dÊçus de voir que leur mobilisation avait menĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;accession au pouvoir dâ&#x20AC;&#x2122;un parti islamiste. â&#x20AC;&#x153;Le plus grand clivage nâ&#x20AC;&#x2122;est pas entre le palais et le PJD, mais au sein du peuple : entre ceux qui veulent la dĂŠmocratie et ceux qui prĂŠfèrent le statu quoâ&#x20AC;?, fulmine Larbi Hilali, blogueur et militant de la première heure du 20 fĂŠvrier. Les piliers du 20 fĂŠvrier ont beau ĂŞtre amers, le processus quâ&#x20AC;&#x2122;ils ont lancĂŠ a permis certains changements. â&#x20AC;&#x153;Il faut reconnaĂŽtre quâ&#x20AC;&#x2122;il y a eu un retour en arrièreâ&#x20AC;?, explique Karim Tazi, homme dâ&#x20AC;&#x2122;aďŹ&#x20AC;aires partisan du Mouvement du 20 fĂŠvrier. â&#x20AC;&#x153;Mais, Ă  long terme, la situation va sâ&#x20AC;&#x2122;amĂŠliorer.â&#x20AC;? Il marque une pause avant de se reprendre : â&#x20AC;&#x153;Non, elle sâ&#x20AC;&#x2122;est dĂŠjĂ  amĂŠliorĂŠe.â&#x20AC;? â&#x20AC;&#x201D;Borzou Daragahi PubliĂŠ le 15 juillet


         

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trans. versales mie

Ecologie ........44 Signaux .........46

ĂŠcono

Deux visions opposĂŠes du dĂŠveloppement Inde. Un duel idĂŠologique oppose les deux plus cĂŠlèbres ĂŠconomistes du pays, Amartya Sen et Jagdish Bhagwati. Lâ&#x20AC;&#x2122;un dĂŠfend une approche sociale, lâ&#x20AC;&#x2122;autre est franchement libĂŠral.

â&#x2020;&#x2122; Dessin de Walenta, Pologne.

â&#x20AC;&#x201D;Mint (extraits) New Delhi

B

hagwati contre Sen, ça nâ&#x20AC;&#x2122;a peut-ĂŞtre pas la mĂŞme rĂŠsonance que Modi contre Gandhi [Narendra Modi est le chef de ďŹ le des nationalistes hindous, dans lâ&#x20AC;&#x2122;opposition ; Rahul Gandhi est vice-prĂŠsident du Parti du Congrès, au pouvoir], il nâ&#x20AC;&#x2122;en demeure pas moins que derrière lâ&#x20AC;&#x2122;aďŹ&#x20AC;rontement politique prĂŠvu pour les ĂŠlections lĂŠgislatives de 2014 un duel oppose deux idĂŠologies ĂŠconomiques. Les protagonistes de ce combat intellectuel, Jagdish Bhagwati [professeur Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ Columbia Ă  New York] et Amartya Sen [Prix Nobel dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠconomie 1998, professeur Ă  Harvard], sont sans aucun doute les meilleurs ĂŠconomistes que lâ&#x20AC;&#x2122;Inde ait jamais produits. La bataille entre ces brillants esprits mĂŠrite ĂŠgalement dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre suivie Ă  cause de sa composante politique. Amartya Sen et son collaborateur de longue date, [lâ&#x20AC;&#x2122;universitaire indien dâ&#x20AC;&#x2122;origine belge] Jean Drèze, soutiennent en eďŹ&#x20AC;et les programmes sociaux lancĂŠs par la coalition dirigĂŠe par le parti du Congrès, alors que Bhagwati et son collaborateur de longue date, Arvind Panagariya, admirent ce quâ&#x20AC;&#x2122;ils appellent le modèle du Gujarat [Etat dirigĂŠ par Narendra Modi depuis 2001]. Sen est un fervent partisan du projet de loi sur le droit Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;alimentation qui sâ&#x20AC;&#x2122;est attirĂŠ les foudres de Bhagwati. Drèze est membre du puissant Conseil consultatif national [organisme public chargĂŠ de vĂŠriďŹ er lâ&#x20AC;&#x2122;application du programme gouvernemental], qui a lâ&#x20AC;&#x2122;oreille de Sonia Gandhi, la prĂŠsidente du Parti du Congrès. Quant Ă  Panagariya, il a ĂŠcrit des articles soutenant la politique ĂŠconomique de Narendra Modi. Les chemins de Bhagwati et de Sen ne se sont jamais croisĂŠs au cours de leur longue carrière acadĂŠmique. Lâ&#x20AC;&#x2122;un et lâ&#x20AC;&#x2122;autre se sont forgĂŠs une rĂŠputation mondiale dans des domaines diďŹ&#x20AC;ĂŠrents, la thĂŠorie des ĂŠchanges pour Bhagwati et la thĂŠorie du choix social pour Sen. Le dĂŠbat qui les oppose est complexe mais on pourrait le rĂŠsumer ainsi : pour Bhagwati, la forte croissance ĂŠconomique a directement amĂŠliorĂŠ la vie des Indiens pauvres alors que, pour Sen, cette croissance est ternie par le très faible niveau du dĂŠveloppement humain. Les solutions quâ&#x20AC;&#x2122;ils proposent diďŹ&#x20AC;èrent ĂŠgalement. Bhagwati dĂŠfend fermement la libertĂŠ des marchĂŠs ; Sen est plus ĂŠtatiste. Pour Bhagwati, lâ&#x20AC;&#x2122;Inde a besoin de rĂŠformes pour doper la croissance. Sen pense que la croissance nâ&#x20AC;&#x2122;a aucun sens si lâ&#x20AC;&#x2122;Etat nâ&#x20AC;&#x2122;investit pas dans les capacitĂŠs humaines. Lors dâ&#x20AC;&#x2122;une brillante confĂŠrence donnĂŠe devant les parlementaires indiens en dĂŠcembre 2010, Bhagwati a aďŹ&#x192;rmĂŠ quâ&#x20AC;&#x2122;il ĂŠtait faux de dire que les rĂŠformes nâ&#x20AC;&#x2122;avaient pas aidĂŠ les pauvres. â&#x20AC;&#x153;Les responsables politiques feraient bien de renforcer les rĂŠformes structurelles, ce que jâ&#x20AC;&#x2122;appelle lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtape 1, en poursuivant le programme inachevĂŠ de rĂŠformes du dĂŠbut des annĂŠes 1990, a-t-il dĂŠclarĂŠ. La libĂŠralisation du commerce, lâ&#x20AC;&#x2122;ouverture substantielle du secteur de la distribution et presque toutes les rĂŠformes du marchĂŠ du travail sont toujours au point mort. Cette intensiďŹ cation et cet ĂŠlargissement des rĂŠformes de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtape 1 ne pourraient quâ&#x20AC;&#x2122;augmenter les eďŹ&#x20AC;ets bĂŠnĂŠďŹ ques quâ&#x20AC;&#x2122;elles ont eus pour les pauvres et les dĂŠfavorisĂŠs. Ces rĂŠformes ont en outre gĂŠnĂŠrĂŠ des recettes qui peuvent ĂŞtre


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â&#x2020;? Dessin de Vlahovic, Belgrade.

aďŹ&#x20AC;ectĂŠes aux politiques de santĂŠ et dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠducation, ce qui amĂŠliorera encore le bien-ĂŞtre des pauvres. Câ&#x20AC;&#x2122;est ce que jâ&#x20AC;&#x2122;appelle les rĂŠformes de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtape 2, qui ĂŠtaient, permettez-moi de vous le rappeler, ce que nos premiers planiďŹ cateurs avaient en tĂŞte [la politique ĂŠconomique indienne est rythmĂŠe par des plans quinquennaux depuis 1951].â&#x20AC;?

Derrière la Chine. Comparons cela avec ce que Sen ĂŠcrivait le mois dernier dans The New York Times : â&#x20AC;&#x153;Depuis des annĂŠes, lâ&#x20AC;&#x2122;Inde aďŹ&#x192;che le deuxième taux de croissance parmi les grandes ĂŠconomies du monde, après la Chine, derrière laquelle elle traĂŽne toujours dâ&#x20AC;&#x2122;au moins un point. Lâ&#x20AC;&#x2122;espoir que la croissance indienne puisse un jour dĂŠpasser celle de la Chine semble loin de pouvoir se concrĂŠtiser. Mais ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas cette comparaison qui devrait inquiĂŠter les Indiens. Lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcart le plus important entre lâ&#x20AC;&#x2122;Inde et la Chine concerne lâ&#x20AC;&#x2122;oďŹ&#x20AC;re de services publics essentiels â&#x20AC;&#x201C; une dĂŠfaillance qui fait baisser les niveaux de vie et freine la croissance.â&#x20AC;? La polĂŠmique entretenue par Bhagwati et Sen refait rĂŠgulièrement surface et dâ&#x20AC;&#x2122;autres se joignent Ă  la mĂŞlĂŠe. Le dĂŠbat aussi instructif que divertissant qui a opposĂŠ sur un forum en ligne plusieurs ĂŠconomistes de premier plan au dĂŠbut 2011 en est un excellent exemple. Quelques jours après la confĂŠrence de Bhagwati en faveur des rĂŠformes, Sen avait dĂŠclarĂŠ quâ&#x20AC;&#x2122;il ĂŠtait â&#x20AC;&#x153;complètement idiotâ&#x20AC;? de se focaliser autant sur la croissance alors que le niveau de malnutrition ĂŠtait aussi ĂŠlevĂŠ en Inde. La discussion sur Internet sâ&#x20AC;&#x2122;est rapidement transformĂŠe en un pugilat entre deux camps, tandis que certains, comme [lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠconomiste indien et vice-prĂŠsident de la Banque mondiale] Kaushik Basu, tentaient bravement de trouver un terrain dâ&#x20AC;&#x2122;entente. â&#x20AC;&#x153;Je crois que les diďŹ&#x20AC;ĂŠrences entre Sen et Bhagwati sont moins substantielles que ce quâ&#x20AC;&#x2122;on se plaĂŽt Ă  dire. Sur plusieurs sujets importants, ils emploient un langage diďŹ&#x20AC;ĂŠrent mais disent des choses très proches. Ma seule crainte, câ&#x20AC;&#x2122;est que mĂŞme sur ce point Sen et Bhagwati seront dâ&#x20AC;&#x2122;accord pour dire que jâ&#x20AC;&#x2122;ai tortâ&#x20AC;?, ĂŠcrivait-il. Il ne sâ&#x20AC;&#x2122;agit pas seulement dâ&#x20AC;&#x2122;une bataille dâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠes. Sen considère depuis longtemps le modèle du Kerala [Etat rĂŠputĂŠ pour son niveau de dĂŠveloppement] comme un idĂŠal, alors que ses dĂŠtracteurs soulignent que les indicateurs de dĂŠveloppement humain de cet Etat du Sud ĂŠtaient dĂŠjĂ  relativement meilleurs avant lâ&#x20AC;&#x2122;indĂŠpendance, en 1947, et que son bon classement nâ&#x20AC;&#x2122;a rien Ă  voir avec la politique menĂŠe depuis. Bhagwati est davantage convaincu par le modèle du Gujarat, qui repose sur une croissance ĂŠconomique rapide, alors que les opposants Ă  Modi mettent en avant ses piètres performances en matière de dĂŠveloppement humain. Fait intĂŠressant, chacun des deux duos dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠconomistes vient de publier un ouvrage prĂŠsentant ses solutions pour lâ&#x20AC;&#x2122;Inde. Dans Why Growth Matters [Pourquoi la croissance est importante, ĂŠd. Public AďŹ&#x20AC;airs, mars 2013], Bhagwati et Panagariya prĂŠsentent une nouvelle fois la croissance comme la panacĂŠe. Dans An Uncertain Glory: India and its Contradictions [Une gloire incertaine : lâ&#x20AC;&#x2122;Inde et ses contradictions, ĂŠd.  Allen Lane, juillet 2013], Sen et Drèze prescrivent Ă  nouveau dâ&#x20AC;&#x2122;importants programmes sociaux correctement gĂŠrĂŠs par lâ&#x20AC;&#x2122;Etat. â&#x20AC;&#x201D;Niranjan Rajadhyaksha PubliĂŠ le 10 juillet

Il faut tempĂŠrer les excès du marchĂŠ Plus de vingt ans après lâ&#x20AC;&#x2122;ouverture de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠconomie indienne, Amartya Sen et Jean Drèze prĂ´nent le renforcement de lâ&#x20AC;&#x2122;Etat providence. Lâ&#x20AC;&#x2122;intellectuel Ramachandra Guha nâ&#x20AC;&#x2122;est pas totalement dâ&#x20AC;&#x2122;accord. â&#x20AC;&#x201D;Financial Times (extraits) Londres

A

près lâ&#x20AC;&#x2122;indĂŠpendance de lâ&#x20AC;&#x2122;Inde, en 1947, lâ&#x20AC;&#x2122;Etat a eu la mainmise sur lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠconomie pendant plus de quatre dĂŠcennies. Sous la houlette du Parti du Congrès, il a dirigĂŠ des secteurs comme lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠnergie, la sidĂŠrurgie, lâ&#x20AC;&#x2122;exploitation minière, le transport et les communications. Les entreprises privĂŠes avaient certes accès au marchĂŠ des biens de consommation, mais leurs activitĂŠs ĂŠtaient strictement encadrĂŠes : câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait lâ&#x20AC;&#x2122;Etat qui dĂŠcidait oĂš lâ&#x20AC;&#x2122;on pouvait installer une nouvelle usine, combien elle produirait et combien sa main-dâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;uvre serait payĂŠe. Quant aux investissements ĂŠtrangers, ils ĂŠtaient purement et simplement interdits. En 1959, lâ&#x20AC;&#x2122;intellectuel et homme dâ&#x20AC;&#x2122;Etat Chakravarthi Rajagopalachari a inventĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;expression â&#x20AC;&#x153;Raj [empire] des autorisations, des permis et des quotasâ&#x20AC;? pour dĂŠsigner ce contrĂ´le sĂŠvère, presque obsessionnel, de lâ&#x20AC;&#x2122;Etat sur les activitĂŠs de production. Il a crĂŠĂŠ un nouveau parti, Swatantra, très attachĂŠ aux principes de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠconomie de marchĂŠ,

Les mĂŠdias indiens sâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠressent plus aux stars quâ&#x20AC;&#x2122;aux inĂŠgalitĂŠs sociales qui a obtenu de modestes rĂŠsultats ĂŠlectoraux et a tranquillement disparu en 1974. Dix-sept ans plus tard pourtant, Swatantra a obtenu une sorte de reconnaissance posthume lorsque le gouvernement de Narasimha  Rao, membre du Parti du Congrès, sâ&#x20AC;&#x2122;est mis Ă  dĂŠmanteler le système de contrĂ´le ĂŠtatique. Il fallait libĂŠraliser lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠconomie, et mĂŞme les capitaux ĂŠtrangers ĂŠtaient dĂŠsormais les bienvenus. Câ&#x20AC;&#x2122;est dans ce contexte quâ&#x20AC;&#x2122;a ĂŠtĂŠ publiĂŠ en 1995 India: Economic Development and

Social Opportunity [Inde : dĂŠveloppement ĂŠconomique et opportunitĂŠ sociale, ĂŠd. Clarendon Press, inĂŠdit en français] de Jean Drèze et Amartya Sen. Dans cet ouvrage, les deux auteurs aďŹ&#x192;rment que dans une sociĂŠtĂŠ extrĂŞmement hiĂŠrarchisĂŠe lâ&#x20AC;&#x2122;Etat a encore un rĂ´le important Ă  jouer pour dĂŠfendre lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠgalitĂŠ des chances. Sâ&#x20AC;&#x2122;ils reconnaissent que le secteur public ne doit plus gĂŠrer des hĂ´tels et des boulangeries, ils estiment quâ&#x20AC;&#x2122;il doit en revanche renforcer sa prĂŠsence dans la santĂŠ et lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠducation. Seul lâ&#x20AC;&#x2122;accès Ă  des ĂŠcoles et Ă  des hĂ´pitaux publics bien gĂŠrĂŠs peut permettre aux membres des castes infĂŠrieures, aux femmes

et aux minoritĂŠs de rivaliser avec leurs concitoyens plus favorisĂŠs. Quoi quâ&#x20AC;&#x2122;il en soit, la libĂŠralisation a fait ses preuves. Le taux de croissance a augmentĂŠ brutalement, passant de 2-3 % Ă  59 % par an. Certains secteurs, comme celui des technologies de lâ&#x20AC;&#x2122;information, se sont fortement dĂŠveloppĂŠs. Auparavant privĂŠe de devises ĂŠtrangères, lâ&#x20AC;&#x2122;Inde en a ĂŠtĂŠ inondĂŠe. Les meilleures marques occidentales (ou du moins les plus chères) ont fait leur apparition dans les magasins. Le pays a construit ses premiers centres commerciaux, ses premiers cinĂŠmas multiplexes et mĂŞme un circuit de formule 1. Des noms indiens se sont ajoutĂŠs au classement Forbes des personnalitĂŠs les plus riches du monde, et la classe moyenne a connu une forte expansion. Plusieurs centaines de millions dâ&#x20AC;&#x2122;Indiens ont proďŹ tĂŠ de cette nouvelle prospĂŠritĂŠ. Mais bien plus encore sont restĂŠs dĂŠsespĂŠrĂŠment misĂŠrables. Que devraient ĂŞtre les politiques publiques face Ă  la persistance de cette pauvretĂŠ dans une ĂŠconomie en croissance ? Les avis sont partagĂŠs. Pour les marxistes, il faut revenir sur le processus de libĂŠralisation et rendre Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;Etat le contrĂ´le de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠconomie. Certains plaident Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;inverse pour un renforcement de la dĂŠrĂŠgulation. Si lâ&#x20AC;&#x2122;on assouplissait le code du travail [peu ou pas appliquĂŠ dans le secteur informel, qui reprĂŠsente 80 % de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠconomie] et si on laissait les entreprises acheter directement des terres aux paysans au prix du marchĂŠ, plus dâ&#x20AC;&#x2122;emplois et de richesse seraient crĂŠĂŠs. La troisième approche, dont Jean Drèze et Amartya Sen sont les plus inďŹ&#x201A;uents partisans, en appelle Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;Etat providence pour tempĂŠrer les excès du marchĂŠ. Dans An Uncertain Glory: India and its Contradictions [Une gloire incertaine : lâ&#x20AC;&#x2122;Inde et ses contradictions, ĂŠd. Allen Lane, 2013], les deux ĂŠconomistes dĂŠveloppent cette thèse dans une prose sobre et ĂŠlĂŠgante en citant toute une sĂŠrie dâ&#x20AC;&#x2122;exemples rĂŠcents. Loin de se cantonner au taux de croissance, ils â&#x2020;&#x2019; 44




         

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â&#x2020;&#x2122; Dessin de Chubasco paru dans Reforma, Mexico.

Ă&#x2030;COLOGIE

* Cet historien indien renommÊ vient de publier Patriots and Partisans: from Nehru to Hindutva and Beyond [Patriotes et partisans : de Nehru au nationalisme hindou et au-delà, Êd. Penguin, 2012, inÊdit en français].

Quand lâ&#x20AC;&#x2122;Europe pille lâ&#x20AC;&#x2122;or vert amĂŠricain

que pourrait avoir un boom des granulĂŠs de bois aux Etats-Unis. â&#x20AC;&#x153;La Commission europĂŠenne analyse les risques environnementauxâ&#x20AC;? dâ&#x20AC;&#x2122;une production de biomasse Ă  grande ĂŠchelle, nous a expliquĂŠ une porteparole du commissaire Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;Energie de la Commission europĂŠenne. La Commission, ĂŠcrit-elle dans un courriel, sâ&#x20AC;&#x2122;eďŹ&#x20AC;orce de dĂŠterminer â&#x20AC;&#x153;si de tels risques peuvent ĂŞtre eďŹ&#x192;cacement gĂŠrĂŠs par les politiques forestières et environnementales en vigueurâ&#x20AC;?. Cet essor du marchĂŠ des granulĂŠs de bois a commencĂŠ en 2007, quand la Commission sâ&#x20AC;&#x2122;est donnĂŠ pour objectif de rĂŠduire, dâ&#x20AC;&#x2122;ici Ă  2020, les ĂŠmissions de gaz Ă  eďŹ&#x20AC;et de serre en Europe de 20 % par rapport aux niveaux de 1990. Elle sâ&#x20AC;&#x2122;est accordĂŠ le mĂŞme dĂŠlai pour porter Ă  20 % la part des ĂŠnergies renouvelables dans les ressources ĂŠnergĂŠtiques de lâ&#x20AC;&#x2122;Europe. Les responsables des pays europĂŠens ont reconnu que le second objectif ĂŠtait impossible Ă  atteindre avec les seules ĂŠnergies solaire et ĂŠolienne, et que le bois pouvait constituer une source dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠnergie renouvelable Ă  condition quâ&#x20AC;&#x2122;il vienne de forĂŞts pouvant ĂŞtre rĂŠgĂŠnĂŠrĂŠes.

DĂŠforestation. La demande de granulĂŠs de bois explosant, les centrales Ă  charbon du Vieux Continent exploitent les forĂŞts du sud des Etats-Unis, oĂš les rĂŠglementations sont plus laxistes.

â&#x20AC;&#x201D;The Wall Street Journal (extraits) New York

D

es exploitants forestiers de Windsor, en Caroline du Nord, sont en train de dĂŠboiser une forĂŞt de zone humide dont les arbres ont une trentaine dâ&#x20AC;&#x2122;annĂŠes. Lâ&#x20AC;&#x2122;opĂŠration a ĂŠtĂŠ lancĂŠe depuis lâ&#x20AC;&#x2122;Europe, oĂš les Etats tentent de rĂŠduire lâ&#x20AC;&#x2122;utilisation de combustibles fossiles et les ĂŠmissions de dioxyde de carbone. Sous la pression des autoritĂŠs, nombre de centrales Ă  charbon europĂŠennes se convertissent aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui au bois et se tournent vers les forĂŞts des Etats-Unis, plus grandes et moins rĂŠglementĂŠes quâ&#x20AC;&#x2122;en Europe. Si cette dynamique crĂŠe des emplois dans des localitĂŠs amĂŠricaines durement touchĂŠes par les fermetures des scieries, elle irrite aussi les ĂŠcologistes, pour qui le dĂŠboisement Ă  des ďŹ ns de production ĂŠnergĂŠtique est loin dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre bĂŠnĂŠďŹ que sur le plan environnemental. En bordure de la rivière Roanoke, des ĂŠquipes de bĂťcherons abattent des arbres sur une parcelle de 33 hectares. La plupart des troncs sont utilisĂŠs comme bois de charpente, mais les branches et les petits arbres sont transportĂŠs jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă  une scierie situĂŠe Ă  48 kilomètres, oĂš le bois est rĂŠduit en sciure, compressĂŠ en granulĂŠs, puis chargĂŠ sur des bateaux Ă  destination de lâ&#x20AC;&#x2122;Europe. â&#x20AC;&#x153;Lâ&#x20AC;&#x2122;exploitation forestière locale est morte il y a quelques annĂŠesâ&#x20AC;?, explique Paul Burby, patron de Carolina East Forest Products, une entreprise qui achète les droits de coupe aux propriĂŠtaires puis fait appel Ă  des sous-traitants pour abattre les arbres. â&#x20AC;&#x153;Maintenant que lâ&#x20AC;&#x2122;Europe nous achète les granulĂŠs, nous pouvons Ă  peine survivre.â&#x20AC;?

Ce type dâ&#x20AC;&#x2122;abattage est tout Ă  fait lĂŠgal en Caroline du Nord et, plus gĂŠnĂŠralement, dans le sud des Etats-Unis. Mais ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas le cas dans une grande partie de lâ&#x20AC;&#x2122;Europe. Au Royaume-Uni, par exemple, les exploitants forestiers doivent obtenir un permis pour les coupes de grande ampleur. En Italie et en Lituanie, les coupes rases, câ&#x20AC;&#x2122;estĂ -dire lâ&#x20AC;&#x2122;abattage de tous les arbres et pas seulement de ceux parvenus Ă  maturitĂŠ, sont prohibĂŠes dans certaines rĂŠgions. La Suisse et la SlovĂŠnie les interdisent complètement, alors quâ&#x20AC;&#x2122;aux Etats-Unis câ&#x20AC;&#x2122;est une pratique courante. Lâ&#x20AC;&#x2122;Agence europĂŠenne pour lâ&#x20AC;&#x2122;environnement cherche Ă  ĂŠvaluer les consĂŠquences

Ecosystème dĂŠtruit. Selon les estimations de la sociĂŠtĂŠ Argus Media, qui suit lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠvolution des marchĂŠs de la bioĂŠnergie, les neuf plus grandes compagnies de distribution dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠnergie europĂŠennes ont consommĂŠ 6,7 millions de tonnes de granulĂŠs de bois en 2012 et la consommation europĂŠenne devrait pratiquement doubler dâ&#x20AC;&#x2122;ici Ă  2020. Une bonne partie de la demande devrait ĂŞtre satisfaite par les scieries amĂŠricaines, qui ont exportĂŠ 1,9 million de tonnes de granulĂŠs lâ&#x20AC;&#x2122;an dernier, un chiďŹ&#x20AC;re qui a quasiment quadruplĂŠ en trois ans. Les autoritĂŠs europĂŠennes nâ&#x20AC;&#x2122;ont pas la possibilitĂŠ de choisir les forĂŞts Ă  dĂŠboiser dans dâ&#x20AC;&#x2122;autres pays, elles peuvent simplement indiquer aux entreprises europĂŠennes quel genre de combustible Ă  base de bois donne droit Ă  des crĂŠdits carbone. Avec des règles aussi vagues, câ&#x20AC;&#x2122;est essentiellement aux sociĂŠtĂŠs productrices dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠnergie et aux fournisseurs de granulĂŠs quâ&#x20AC;&#x2122;il revient dâ&#x20AC;&#x2122;assurer la durabilitĂŠ des forĂŞts. La plupart des usines de granulĂŠs qui voient le jour aux Etats-Unis sont situĂŠes près de plantations de pins implantĂŠes depuis

Situation SOURCE VIRGINIE

ComtĂŠ de Northampton

TENNESSEE

Charlotte

Ahoskie

Windsor Raleigh CAROLINE DU NORD

CAROLINE DU SUD GĂ&#x2030;ORGIE 200 km

OcĂŠan Atlantique

COURRIER INTERNATIONAL

43 â&#x2020;? sâ&#x20AC;&#x2122;appuient aussi sur des statistiques qui montrent la stagnation des salaires rĂŠels, le haut niveau de malnutrition, lâ&#x20AC;&#x2122;accroissement du dĂŠsĂŠquilibre dans le ratio hommefemme et lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtat dĂŠplorable de la situation sanitaire. Le champ de cette ĂŠtude des inĂŠgalitĂŠs sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlargit via une excellente analyse des mĂŠdias indiens. Les deux auteurs fustigent la presse pour â&#x20AC;&#x153;sa partialitĂŠ en faveur des riches et des puissantsâ&#x20AC;?. Le fait que les journaux et les magazines soient ďŹ nancĂŠs par de grands groupes commerciaux â&#x20AC;&#x153;favorise une tendance gĂŠnĂŠrale Ă  gloriďŹ er la culture et les valeurs de lâ&#x20AC;&#x2122;entrepriseâ&#x20AC;?. De plus, â&#x20AC;&#x153;dans cet univers dĂŠpendant des entreprises, les journalistes sont soumis Ă  dâ&#x20AC;&#x2122;intenses pressions dans leur travailâ&#x20AC;?. Les milliardaires, les mannequins, les stars du sport et du cinĂŠma occupent une place disproportionnĂŠe dans les mĂŠdias ; les sujets liĂŠs Ă  la santĂŠ nâ&#x20AC;&#x2122;occupent que 1 % de lâ&#x20AC;&#x2122;espace ĂŠditorial dans les journaux. â&#x20AC;&#x153;Du fait de ce traitement dĂŠsĂŠquilibrĂŠ, ĂŠcrivent les deux auteurs, les inĂŠgalitĂŠs, qui sont sidĂŠrantes, sont Ă  la fois moins dĂŠbattues et plus tenaces.â&#x20AC;? Amartya Sen et Jean Drèze prĂ´nent une plus grande implication de lâ&#x20AC;&#x2122;Etat. De mon point de vue, leurs recommandations sont plus des exhortations que des prĂŠconisations concrètes. Ils notent que â&#x20AC;&#x153;la plupart des pays classĂŠs parmi â&#x20AC;&#x2DC;les moins corrompusâ&#x20AC;&#x2122; dans le monde, comme la Suède, le Danemark, le Canada et Singapour, ont des secteurs publics plus importants, par rapport Ă  la taille de leur ĂŠconomie, que lâ&#x20AC;&#x2122;Indeâ&#x20AC;?. Mais pourquoi ces pays sont-ils moins corrompus ? Lâ&#x20AC;&#x2122;Inde dâ&#x20AC;&#x2122;aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui a-t-elle les moyens institutionnels nĂŠcessaires pour oďŹ&#x20AC;rir des services publics aussi eďŹ&#x192;caces que ceux dâ&#x20AC;&#x2122;Europe occidentale ? VoilĂ  sans aucun doute la question clĂŠ. Lâ&#x20AC;&#x2122;une des principales causes du dĂŠclin des institutions publiques â&#x20AC;&#x201C; que les deux ĂŠconomistes occultent largement â&#x20AC;&#x201C; est la façon dont les partis et les dirigeants politiques se comportent. Tous ceux qui pensent pouvoir rĂŠduire la pauvretĂŠ en Inde grâce au marchĂŠ ne sont pas nĂŠcessairement des libĂŠraux fondamentalistes. Mais vu la situation actuelle, ils redoutent ce qui pourrait se passer si lâ&#x20AC;&#x2122;Etat acquĂŠrait de nouveaux pouvoirs et de nouvelles (ir)responsabilitĂŠs. Les chantiers ne manquent pas. Il faudrait retirer aux responsables politiques le pouvoir de distribuer des postes dans la fonction publique et dâ&#x20AC;&#x2122;attribuer les marchĂŠs publics, faire entrer des professionnels qualiďŹ ĂŠs dans une administration dominĂŠe par des gĂŠnĂŠralistes dĂŠpassĂŠs, sanctionner les ministres et les fonctionnaires corrompus, promouvoir la dĂŠmocratie au sein de ces entreprises familiales que sont aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui les partis, modiďŹ er les lois ĂŠlectorales pour rendre le ďŹ nancement des partis plus transparentâ&#x20AC;Ś Lorsque ces rĂŠformes seront mises en Ĺ&#x201C;uvre, Ă  supposer quâ&#x20AC;&#x2122;elles le soient un jour, les arguments en faveur de lâ&#x20AC;&#x2122;Etat providence seront plus solides quâ&#x20AC;&#x2122;aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui. â&#x20AC;&#x201D;Ramachandra Guha* PubliĂŠ le 12 juillet

THE WALL STREET JOURNAL New York, Etats-Unis Quotidien, 2 millions dâ&#x20AC;&#x2122;ex. http://online.wsj.com (anglais) Câ&#x20AC;&#x2122;est la bible des milieux dâ&#x20AC;&#x2122;aďŹ&#x20AC;aires. A manier avec prĂŠcaution : dâ&#x20AC;&#x2122;un cĂ´tĂŠ, des enquĂŞtes et reportages de grande qualitÊ ; de lâ&#x20AC;&#x2122;autre, des pages ĂŠditoriales tellement partisanes quâ&#x20AC;&#x2122;elles tombent souvent dans la mauvaise foi.


         

LA SOURCE DE LA SEMAINE RuĂŠe vers le bois QuantitĂŠ de granulĂŠs expĂŠdiĂŠs vers lâ&#x20AC;&#x2122;Europe depuis six Etats* du sud des Etats-Unis (en millions de tonnes) 2012 1,72 million

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â&#x20AC;&#x153;Guernicaâ&#x20AC;? Ce magazine en ligne installĂŠ Ă  Brooklyn sâ&#x20AC;&#x2122;est taillĂŠ une solide rĂŠputation sur le web.

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* Floride, GĂŠorgie, Alabama, Virginie, Louisiane, Caroline du Nord. SOURCES : â&#x20AC;&#x153;THE WALL STREET JOURNALâ&#x20AC;?, WOOD RESOURCES INTERNATIONAL

des dĂŠcennies pour alimenter le marchĂŠ aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui atone de la pâte Ă  papier. Mais Enviva, le plus gros exportateur amĂŠricain dans le domaine, a adoptĂŠ une approche diffĂŠrente. Cette sociĂŠtĂŠ a installĂŠ certaines de ses usines Ă  proximitĂŠ des forĂŞts naturelles oĂš lâ&#x20AC;&#x2122;abattage des arbres ĂŠtait en perte de vitesse Ă  cause de la fermeture des scieries. Selon Brian Haines, un porte-parole du Services des forĂŞts de la Caroline du Nord, lâ&#x20AC;&#x2122;abattage des arbres est autorisĂŠ dans les zones humides tant quâ&#x20AC;&#x2122;il respecte les lois de lâ&#x20AC;&#x2122;Etat interdisant la destruction de voies navigables. Mais, si lâ&#x20AC;&#x2122;on en croit certains exploitants forestiers, des arbres de plus de 100 ans

Cet essor du marchĂŠ a commencĂŠ en 2007, quand la Commission sâ&#x20AC;&#x2122;est donnĂŠ pour objectif de rĂŠduire les ĂŠmissions de gaz Ă  eďŹ&#x20AC;et de serre ďŹ nissent aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui en granulĂŠs, y compris dans les zones humides. Ces derniers mois, des coupes rases ont ĂŠtĂŠ eďŹ&#x20AC;ectuĂŠes dans deux secteurs situĂŠs en bordure de la rivière Roanoke. Selon des universitaires spĂŠcialistes des forĂŞts humides, certaines de celles situĂŠes sur les rives de la Roanoke sont des zones ĂŠcologiquement fragiles oĂš le principe des coupes rases nâ&#x20AC;&#x2122;est peut-ĂŞtre pas viable Ă  long terme. William Conner, professeur de sylviculture Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ de Clemson [en Caroline du Sud], aďŹ&#x192;rme, en se fondant sur des recherches rĂŠcentes, quâ&#x20AC;&#x2122;après des coupes rases les arbres de la zone humide de la Roanoke repoussent lentement et avec une variĂŠtĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;espèces amoindrie. Stanley Riggs, gĂŠologue Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;East Carolina University, observe que, en plus de garantir un habitat animal et vĂŠgĂŠtal, les forĂŞts humides parvenues Ă  maturitĂŠ contribuent Ă  prĂŠvenir les inondations. Selon lui, en pratiquant des coupes rases, on â&#x20AC;&#x153;dĂŠtruit tout un ĂŠcosystèmeâ&#x20AC;?. La Dogwood Alliance, une association de Caroline du Nord, et lâ&#x20AC;&#x2122;ONG Natural Resources Defense Council viennent quant Ă  elles de lancer une campagne contre les usines de granulĂŠs. â&#x20AC;&#x201D;Justin Scheck et Ianthe Jeanne Dugan PubliĂŠ le 29 mai

e mot dâ&#x20AC;&#x2122;ordre de Guernica ? Lâ&#x20AC;&#x2122;ouverture dâ&#x20AC;&#x2122;esprit. FondĂŠ en 2004 Ă  New York par Michael Archer et Joel Whitney, deux amis passionnĂŠs de littĂŠrature et de journalisme, ce quinzomadaire a pour volontĂŠ aďŹ&#x192;chĂŠe de traiter tous les sujets â&#x20AC;&#x153;au carrefour de lâ&#x20AC;&#x2122;art et du politiqueâ&#x20AC;?. Dans chaque livraison du magazine, mis en ligne le 1er et le 15 du mois, le journalisme long format (reportage, enquĂŞte) cĂ´toie poèmes, nouvelles et interviews. Le tout de grande qualitĂŠ. Le magazine peut ainsi sâ&#x20AC;&#x2122;enorgueillir, en près de dix ans dâ&#x20AC;&#x2122;existence, dâ&#x20AC;&#x2122;une longue liste dâ&#x20AC;&#x2122;entretiens avec des personnalitĂŠs prestigieuses, comme les ĂŠcrivains John Updike et Arhundati Roy, lâ&#x20AC;&#x2122;historien amĂŠricain Howard Zinn ou encore le prĂŠsident du Costa Rica et Prix Nobel de la paix Oscar Arias. Sans Ĺ&#x201C;illère en ce qui concerne le choix des sujets â&#x20AC;&#x201C; dans sa dernière livraison, Guernica nous emmène du Salvador Ă  la Lybie en passant par lâ&#x20AC;&#x2122;Afrique du Sud et la frontière qui sĂŠpare le Mexique des Etats-Unis â&#x20AC;&#x201C;, Guernica est en outre ouvert Ă  des contributeurs venant de divers horizons. Une formule unique et un goĂťt pour lâ&#x20AC;&#x2122;international qui lui a permis de se tailler une solide rĂŠputation sur le web et de sĂŠduire des lecteurs dans plus de cent pays. Lire p. 10 lâ&#x20AC;&#x2122;article de Guernica â&#x20AC;&#x153;A Moatize, la malĂŠdiction du charbonâ&#x20AC;?.

GUERNICA New York (Etats-Unis) Quinzomadaire www.guernica.com


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PRODUITS DE TOUS LES JOURS La fabrication des biens durables est, elle aussi, très gourmande en eau.

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Chaque semaine, une page visuelle pour prĂŠsenter lâ&#x20AC;&#x2122;information autrement

La plus grande partie de lâ&#x20AC;&#x2122;eau que nous consommons est cachĂŠe dans des produits courants.

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Ces gouttes dâ&#x20AC;&#x2122;eau qui font dĂŠborder le vase

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Les deux litres quâ&#x20AC;&#x2122;il est recommandĂŠ de boire quotidiennement ? Une goutte dâ&#x20AC;&#x2122;eau dans lâ&#x20AC;&#x2122;ocĂŠan de nos vĂŠritables besoins. INFOGRAPHIE ANDRĂ&#x2030; BERNARDO, KARIN HUECK ET JORGE OLIVEIRA

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d’un jeune urbain au Brésil. Les consommations indiquées intègrent le cycle de vie complet des produits ou des services utilisés, comme l’eau qu’il aura fallu pour produire 200 g de bœuf ou celle nécessaire pour une douche, savon et shampoing compris.

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EN MILLIERS DE LITRES

SUPERINTERESSANTE. Ce mensuel brésilien généraliste s’adresse à un lectorat jeune. Tourné vers la découverte et la vulgarisation, il fait la part belle à l’image et à l’infographie, qui occupe parfois la moitié de ses pages. Publiée en février 2012, cette infographie s’inspire de la journée type

8h

NB : Selon l’Organisation des Nations unies (ONU), il faut à chaque individu 110 litres d’eau par jour pour satisfaire ses besoins élémentaires de consommation et d’hygiène. Sources Companhia de Saneamento Básico do Estado de São Paulo (Sabesp, services de l’hygiène publique de l’Etat de São Paulo) ; Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ; Sistema Nacional de Informações sobre o Saneamento (Snis, système national d’information sur l’hygiène publique) du ministère de la Ville brésilien ; plan national des ressources hydriques du secrétariat aux Ressources hydriques (ministère brésilien de l’Environnement) ; Waterwise, Waterneutral et le Water Footprint Network (WFN). Icônes Samuel Rodrigues

La source

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MAGAZINE Non au capipitalisme Si Tito mâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait contĂŠ Mystère aux Açores

Tendances Exposition Histoire

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â&#x2020;&#x2019; Zahi Hawass. Illustration de Helder Oliveira, Portugal, pour Courrier international.

Zahi Hawass, lâ&#x20AC;&#x2122;Osiris des antiquitĂŠs Grandeur et dĂŠcadence 4/8 Lâ&#x20AC;&#x2122;archĂŠologue ĂŠgyptien rĂŠgnait sans partage sur les trĂŠsors de son pays. Jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă  ce que, en 2011, le souďŹ&#x201E;e de la rĂŠvolution balaie sa toute-puissance, son statut de superstar de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠgyptologie et ses projets. Il ne sâ&#x20AC;&#x2122;avoue pourtant pas vaincu. â&#x20AC;&#x201D;Smithsonian Magazine (extraits) Washington

Le 8 aoĂťt, dĂŠcouvrez sur notre site Internet le cinquième volet de notre sĂŠrie dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtÊ : Rajat Gupta, le ďŹ nancier indiscret. Et le 15 aoĂťt : les frères Bourequat, trop près du pouvoir.

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ahi Hawass nâ&#x20AC;&#x2122;aime pas le spectacle quâ&#x20AC;&#x2122;il a sous les yeux. VĂŞtu de son habituel costume de safari et de son chapeau de brousse Ă  large bord, le cĂŠlèbre archĂŠologue se tient Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠrieur de la chambre funĂŠraire de la pyramide Ă  degrĂŠs du roi Djoser, ĂŠdifiĂŠe il y a près de cinq mille ans. Lâ&#x20AC;&#x2122;immense salle plongĂŠe dans la pĂŠnombre est encombrĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠchafaudages. Le projet de restauration et de conservation lancĂŠ par Hawass en 2002 sur le site de Saqqarah, Ă  cĂ´tĂŠ du Caire, a permis de consolider le plafond et les murs, qui menaçaient de sâ&#x20AC;&#x2122;effondrer. Mais la rĂŠvolution de fĂŠvrier 2011, qui a renversĂŠ Hosni Moubarak â&#x20AC;&#x201C; et mis un terme au règne controversĂŠ de Hawass en tant que responsable suprĂŞme des antiquitĂŠs ĂŠgyptiennes â&#x20AC;&#x201C;, menace aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui dâ&#x20AC;&#x2122;emporter son legs. Les travaux de prĂŠservation de la pyramide sont Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;arrĂŞt. Dans une tentative dĂŠsespĂŠrĂŠe pour mettre fin

aux mouvements de protestation, Moustapha Amine [son remplaçant au sein du gouvernement islamiste rĂŠcemment renversĂŠ] a utilisĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;argent de la rĂŠnovation pour embaucher des milliers de diplĂ´mĂŠs en archĂŠologie, affirme Hawass. En somme, â&#x20AC;&#x153;il nâ&#x20AC;&#x2122;a rien faitâ&#x20AC;?, lâche lâ&#x20AC;&#x2122;archĂŠologue tout en examinant le plafond et les murs de calcaire brut, avec dans la voix une pointe de satisfaction maligne. Hawass dirige sa torche sur le sarcophage en granite du pharaon Djoser. Je le suis Ă  quatre pattes dans un ĂŠtroit boyau qui fait partie dâ&#x20AC;&#x2122;un rĂŠseau de tunnels long de près de 8 kilomètres, creusĂŠs sous la pyramide au XXVIIe siècle avant J.-C. Lâ&#x20AC;&#x2122;air sent la boue et la poussière. â&#x20AC;&#x153;Le roi dĂŠfunt devait parcourir ces tunnels et y affronter des crĂŠatures sauvages pour devenir Osiris, le dieu de lâ&#x20AC;&#x2122;autre mondeâ&#x20AC;?, mâ&#x20AC;&#x2122;explique-t-il tandis que nous ressortons dans la lumière du soleil.


         

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Dans la mythologie ĂŠgyptienne, Osiris rĂŠgnait sur la terre en roi tout-puissant jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă  ce que le dieu Seth, jaloux, le tue et usurpe son trĂ´ne. La chute dâ&#x20AC;&#x2122;Osiris mit en branle un cycle de rivalitĂŠs et de vengeances au terme duquel Seth fut ďŹ nalement vaincu et Osiris ressuscitĂŠ. Ce nâ&#x20AC;&#x2122;est que par le retour du roi que lâ&#x20AC;&#x2122;ordre pouvait ĂŞtre restaurĂŠ en Egypte. Pendant plus dâ&#x20AC;&#x2122;une dĂŠcennie, Hawass fut en quelque sorte lâ&#x20AC;&#x2122;Osiris des antiquitĂŠs ĂŠgyptiennes. Un ĂŠtonnant mĂŠlange de showman et dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠrudit. Il rĂŠgnait sur un monde tĂŠnĂŠbreux de tombeaux et de temples, et menait Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcran, pour la plus grande joie des tĂŠlĂŠspectateurs fascinĂŠs, des enquĂŞtes sur de très vieux mystères, comme le lieu dâ&#x20AC;&#x2122;inhumation dâ&#x20AC;&#x2122;Antoine et de ClĂŠopâtre ou la cause de la mort de Toutankhamon. La mĂŠgalomanie de Hawass ĂŠtait lĂŠgendaire. Dans Sur la trace des momies : les extraordinaires aventures de Zahi Hawass, une ĂŠmission de tĂŠlĂŠ-rĂŠalitĂŠ diďŹ&#x20AC;usĂŠe sur [la chaĂŽne amĂŠricaine] History Channel, lâ&#x20AC;&#x2122;archĂŠologue entraĂŽnait ses stagiaires dans ses aventures avec un tel ĂŠtalage dâ&#x20AC;&#x2122;autogloriďŹ cation quâ&#x20AC;&#x2122;un critique du New York Times avait malicieusement ĂŠcrit : â&#x20AC;&#x153;On espère [â&#x20AC;Ś] que le Dr  Hawass mettra au jour une boĂŽte dâ&#x20AC;&#x2122;antiques pilules calmantes et en avalera une bonne dose.â&#x20AC;? Mais Hawass sâ&#x20AC;&#x2122;est ĂŠgalement attirĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;admiration de ses pairs et de millions de fans. La National Geographic Society lâ&#x20AC;&#x2122;a nommĂŠ explorateur en rĂŠsidence en 2001. Il a ĂŠcrit plusieurs livres qui ont ĂŠtĂŠ des best-sellers. Il demandait entre 10 000 et 50 000 dollars [quelque 83 millions dâ&#x20AC;&#x2122;euros] pour animer une confĂŠrence. Toutankhamon et lâ&#x20AC;&#x2122;âge dâ&#x20AC;&#x2122;or des pharaons, une exposition itinĂŠrante quâ&#x20AC;&#x2122;il a montĂŠe Ă  partir dâ&#x20AC;&#x2122;une soixantaine de pièces venant du MusĂŠe ĂŠgyptien, au Caire, a rapportĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;Egypte 110 millions de dollars au terme de sa tournĂŠe dans sept villes europĂŠennes et amĂŠricaines. Ce fut lâ&#x20AC;&#x2122;une des expositions musĂŠographiques les plus rentables de lâ&#x20AC;&#x2122;Histoire. Tout cela sâ&#x20AC;&#x2122;arrĂŞta avec la rĂŠvolution. Hawass fut vilipendĂŠ quand les manifestations hostiles Ă  Moubarak ĂŠclatèrent sur la place Tahrir, en janvier 2011. Les manifestants lâ&#x20AC;&#x2122;appelaient le â&#x20AC;&#x153;Moubarak des antiquitĂŠsâ&#x20AC;? et lâ&#x20AC;&#x2122;accusaient de corruption. Des subalternes du ministère des AntiquitĂŠs et des diplĂ´mĂŠs en archĂŠologie au chĂ´mage assiĂŠgèrent son bureau en exigeant quâ&#x20AC;&#x2122;il soit dĂŠmis de ses fonctions. â&#x20AC;&#x153;Et nâ&#x20AC;&#x2122;oublie pas ton chapeauâ&#x20AC;?, criaient-ils. En juillet 2011, après avoir servi sous deux gouvernements post-Moubarak successifs, Hawass fut ďŹ nalement contraint de renoncer Ă  ses fonctions. Dâ&#x20AC;&#x2122;après un blogueur ĂŠgyptien, il fut â&#x20AC;&#x153;escortĂŠ hors du ministère par une porte dĂŠrobĂŠe et fourrĂŠ dans un taxi, sous les insultes et les slogans vengeurs de jeunes archĂŠologuesâ&#x20AC;?, une scène ďŹ lmĂŠe en vidĂŠo que des milliers dâ&#x20AC;&#x2122;Egyptiens ont pu voir sur Internet. Aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui, Hawass voit des parallèles entre sa chute et celle dâ&#x20AC;&#x2122;Osiris. â&#x20AC;&#x153;Jâ&#x20AC;&#x2122;avais des tas dâ&#x20AC;&#x2122;ennemis â&#x20AC;&#x201C; les ennemis de la rĂŠussite, dit-il. Ils sont les amis du dieu Seth, le dieu du mal de lâ&#x20AC;&#x2122;Egypte ancienne.â&#x20AC;? Beaucoup de ses collègues au sein de la communautĂŠ archĂŠologique semblent dâ&#x20AC;&#x2122;accord avec lui. â&#x20AC;&#x153;Personne nâ&#x20AC;&#x2122;a accompli en ĂŠgyptologie ne serait-ce quâ&#x20AC;&#x2122;une fraction de ce que Zahi a fait. Câ&#x20AC;&#x2122;est cela, plus sa cĂŠlĂŠbritĂŠ, qui a rendu les gens furieuxâ&#x20AC;?, estime Peter Lacovara, un ĂŠgyptologue de lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ Emory, Ă  Atlanta, qui connaĂŽt Hawass depuis plusieurs dĂŠcennies. â&#x20AC;&#x153;Les gens sont devenus jaloux de sa rĂŠputationâ&#x20AC;?, souligne quant Ă  lui un grand ĂŠgyptologue amĂŠricain. Dâ&#x20AC;&#x2122;autres aďŹ&#x192;rment que ses fanfaronnades et son comportement parfois dĂŠprĂŠciateur, ainsi que sa totale incomprĂŠhension de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtat dâ&#x20AC;&#x2122;esprit de la population Ă  la veille du renversement de Moubarak, ont provoquĂŠ sa chute.

â&#x20AC;&#x153;Personne nâ&#x20AC;&#x2122;a accompli autant de choses en ĂŠgyptologie. Câ&#x20AC;&#x2122;est cela, plus sa cĂŠlĂŠbritĂŠ, qui a rendu les gens furieuxâ&#x20AC;? Quelle que soit sa cause rĂŠelle, le dĂŠpart de Hawass suscite des inquiĂŠtudes sur lâ&#x20AC;&#x2122;avenir des antiquitĂŠs ĂŠgyptiennes. Il sâ&#x20AC;&#x2122;attirait sans doute lâ&#x20AC;&#x2122;hostilitĂŠ de nombreuses personnes, mais il ĂŠtait ĂŠgalement un gestionnaire eďŹ&#x192;cace et enthousiaste qui â&#x20AC;&#x153;savait contourner la bureaucratieâ&#x20AC;?, fait observer Naguib Amin, ami et conseiller de Hawass. Aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui, de nombreux projets, dont celui de Saqqarah, sont au point mort et certains disent que la chute de Hawass a eu des consĂŠquences nĂŠgatives aussi bien sur les ďŹ nancements que sur la gestion des trĂŠsors du pays. Le tourisme, qui reprĂŠsentait une part importante de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠconomie ĂŠgyptienne, a diminuĂŠ de moitiĂŠ par rapport Ă  2010. â&#x20AC;&#x153;Son charisme faisait aďŹ&#x201E;uer lâ&#x20AC;&#x2122;argent, fait remarquer Ali Asfar, le directeur des pyramides. Personne ne pourra le remplacer.â&#x20AC;?

J

â&#x20AC;&#x2122;ai fait la connaissance de Hawass pendant une fraĂŽche matinĂŠe du mois de dĂŠcembre dernier, dans le bureau quâ&#x20AC;&#x2122;il occupe Ă  prĂŠsent au neuvième ĂŠtage dâ&#x20AC;&#x2122;un immeuble dâ&#x20AC;&#x2122;habitation dĂŠfraĂŽchi dâ&#x20AC;&#x2122;un quartier animĂŠ du Caire, proche du Nil. Lâ&#x20AC;&#x2122;appartement de deux pièces se trouve au bout dâ&#x20AC;&#x2122;un couloir lugubre envahi dâ&#x20AC;&#x2122;eďŹ&#x201E;uves de cuisine. Il partage cet espace avec une assistante et un protĂŠgĂŠ, Tarek Al-Awady, quâ&#x20AC;&#x2122;Hawass a engagĂŠ comme archĂŠologue de terrain, envoyĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ et, plus tard, nommĂŠ directeur du MusĂŠe ĂŠgyptien. DĂŠterminĂŠ Ă  arracher lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠgyptologie des mains des Occidentaux, qui dominent ce domaine depuis lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque de NapolĂŠon, Hawass â&#x20AC;&#x153;a encouragĂŠ la formation des jeunes Egyptiens et leur a oďŹ&#x20AC;ert des opportunitĂŠs Ă  un degrĂŠ jamais vu jusque-lĂ â&#x20AC;?, estime Lacovara. Al-Awady mâ&#x20AC;&#x2122;accompagne jusquâ&#x20AC;&#x2122;au modeste bureau de Hawass. VĂŞtu dâ&#x20AC;&#x2122;un ensemble en jean, lâ&#x20AC;&#x2122;ancien chef des AntiquitĂŠs est assis derrière une table encombrĂŠe. Il sâ&#x20AC;&#x2122;entretient au tĂŠlĂŠphone avec les membres dâ&#x20AC;&#x2122;une ĂŠquipe de tĂŠlĂŠvision russe qui doit lâ&#x20AC;&#x2122;interviewer. Soudain, Hawass se met Ă  hurler en arabe dans lâ&#x20AC;&#x2122;appareil. La tirade dure une vingtaine de secondes. Le visage cramoisi, il raccroche et me regarde dâ&#x20AC;&#x2122;un air dâ&#x20AC;&#x2122;excuse. â&#x20AC;&#x153;Un imbĂŠcileâ&#x20AC;?, lâche-t-il en secouant la tĂŞte. Il mâ&#x20AC;&#x2122;explique quâ&#x20AC;&#x2122;il a essayĂŠ de donner des indications au chauffeur ĂŠgyptien de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠquipe russe, mais que celui-ci nâ&#x20AC;&#x2122;a cessĂŠ de lâ&#x20AC;&#x2122;interrompre. Les colères de Hawass sont lĂŠgendaires, mais je suis surpris quâ&#x20AC;&#x2122;il me laisse entrevoir cet aspect de sa personnalitĂŠ quelques secondes Ă  peine après notre première rencontre. Hawass se dĂŠbat toujours dans les problèmes juridiques qui lâ&#x20AC;&#x2122;ont assailli pendant la rĂŠvolution. Au printemps dernier, le procureur gĂŠnĂŠral lui a interdit de quitter lâ&#x20AC;&#x2122;Egypte, en attendant les rĂŠsultats de plusieurs dizaines dâ&#x20AC;&#x2122;enquĂŞtes ouvertes pour irrĂŠgularitĂŠs ďŹ nancières et corruption [une interdiction levĂŠe en juin]. Hawass est accusĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;avoir gaspillĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;argent public et exposĂŠ les antiquitĂŠs ĂŠgyptiennes Ă  de possibles vols en les expĂŠdiant Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtranger sans autorisation. Après que certains ont pointĂŠ de possibles conďŹ&#x201A;its dâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠrĂŞts, il a par ailleurs rĂŠsiliĂŠ son

contrat avec le National Geographic, qui lui rapportait 200 000 dollars par an. Hawass mâ&#x20AC;&#x2122;assure pourtant quâ&#x20AC;&#x2122;il nâ&#x20AC;&#x2122;a jamais ĂŠtĂŠ aussi heureux. Il se dit soulagĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre libĂŠrĂŠ de ses responsabilitĂŠs administratives et des intrigues politiques qui ont jalonnĂŠ sa dernière annĂŠe en poste. â&#x20AC;&#x153;La seule chose qui me manque, insiste-t-il, ce sont mes fouilles. Attention, je ne me plains pas, je ne pleurniche pas sur mon sort.â&#x20AC;? Il abat bruyamment la main sur son bureau. â&#x20AC;&#x153;Jamais je nâ&#x20AC;&#x2122;ai ĂŠtĂŠ dĂŠprimĂŠ de toute mon existence !â&#x20AC;? Zahi Hawass est nĂŠ en 1947 dans un village proche de la ville de Damiette, dans le delta du Nil. Après avoir envisagĂŠ dans un premier temps de devenir avocat, il passe des diplĂ´mes dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠgyptologie Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ du Caire, ainsi que dâ&#x20AC;&#x2122;archĂŠologie grecque et romaine Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;Alexandrie, avant de travailler comme inspecteur des pyramides, un poste combinant les fonctions dâ&#x20AC;&#x2122;archĂŠologue et dâ&#x20AC;&#x2122;administrateur. A 33 ans, il obtient une bourse Fulbright qui lui permet de poursuivre ses ĂŠtudes Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ de Pennsylvanie, oĂš il dĂŠcroche son doctorat â&#x20AC;&#x201C; une pĂŠriode qui marque le dĂŠbut dâ&#x20AC;&#x2122;une histoire dâ&#x20AC;&#x2122;amour ininterrompue avec les Etats-Unis. Lâ&#x20AC;&#x2122;archĂŠologue passe la majeure partie de son sĂŠjour de sept ans aux Etats-Unis Ă  ĂŠtudier et Ă  travailler. â&#x20AC;&#x153;Je vivais Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠâ&#x20AC;?, se souvient-il. Il dirige sur le campus lâ&#x20AC;&#x2122;Union des ĂŠtudiants ĂŠgyptiens et eďŹ&#x20AC;ectue de frĂŠquents dĂŠplacements pour donner des confĂŠrences. Il noue des contacts qui lui serviront plus tard Ă  rassembler des fonds, dĂŠveloppe une ĂŠlocution pleine dâ&#x20AC;&#x2122;assuranceâ&#x20AC;Ś Et son admiration pour les Etats-Unis ne cesse de croĂŽtre. â&#x20AC;&#x153;Jâ&#x20AC;&#x2122;ai dĂŠcouvert que les AmĂŠricains sont les meilleures personnes qui soient, dit-il. Vous pouvez vous en faire des amis pour la vie.â&#x20AC;? Il rentre en Egypte en 1987 et il est engagĂŠ comme directeur des sites de Gizeh et de Saqqarah. Trois ans plus tard, non loin du Sphinx, il fait une dĂŠcouverte majeure : un cimetière antique contenant 600 tombes et 50 tombeaux plus ĂŠlaborĂŠs appartenant aux constructeurs des pyramides, Ă  leurs familles et Ă  leurs surveillants. Riche de hiĂŠroglyphes dĂŠcrivant les oďŹ&#x20AC;randes rituelles et les activitĂŠs quotidiennes telles que le broyage des cĂŠrĂŠales et la fabrication de la bière, le cimetière procure une foule de renseignements inĂŠdits sur la vie des Egyptiens ordinaires durant les IVe et Ve dynasties [du XXVIe au XXIIIe siècle avant notre ère]. Puis, en 2002, il est choisi pour diriger le Conseil suprĂŞme des antiquitĂŠs ĂŠgyptiennes. En clair, il obtient la responsabilitĂŠ des milliers de sites archĂŠologiques ĂŠgyptiens, vĂŠritable tremplin pour bâtir sa rĂŠputation. A cette pĂŠriode, lâ&#x20AC;&#x2122;attaque terroriste perpĂŠtrĂŠe en 1997 au temple de Hatshepsout, Ă  la pĂŠriphĂŠrie de Louxor, au cours de laquelle 62 touristes furent tuĂŠs, puis les attentats du 11 septembre 2001 ont quasiment rĂŠduit Ă  nĂŠant le tourisme en Egypte. Et Zahi Hawass est probablement celui qui a dĂŠployĂŠ le plus dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠnergie pour attirer Ă  nouveau les visiteurs ĂŠtrangers. Ses ĂŠmissions tĂŠlĂŠvisĂŠes, ses tournĂŠes de musĂŠes, ses fouilles prestigieuses et sa


         

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Dans la tempĂŞte du Printemps arabe

SOURCE fĂŠvrier 2011

CHUTE DU RĂ&#x2030;GIME MOUBARAK

1989 ENTREPREND LA RESTAURATION DU SPHINX DE GIZEH

1987

2002

DIRIGE LE CONSEIL SUPRĂ&#x160;ME DES ANTIQUITĂ&#x2030;S

DOCTORAT Dâ&#x20AC;&#x2122;ARCHĂ&#x2030;OLOGIE, DIRECTEUR GĂ&#x2030;NĂ&#x2030;RAL DES ANTIQUITĂ&#x2030;S DU PLATEAU DE GIZEH

1947 NAISSANCE DE ZAHI HAWASS

1950

juin 2013 2009 VICE-MINISTRE DE LA CULTURE, PUIS MINISTRE DES ANTIQUITĂ&#x2030;S

1979

DIPLĂ&#x201D;ME Dâ&#x20AC;&#x2122;Ă&#x2030;GYPTOLOGIE, INSPECTEUR DES ANTIQUITĂ&#x2030;S

LIBRE DE VOYAGER, IL ENTREPREND UNE TOURNĂ&#x2030;E MONDIALE DE CONFĂ&#x2030;RENCES

juillet 2011 DĂ&#x2030;MISSIONNE, EST INTERDIT DE SORTIE Dâ&#x20AC;&#x2122;Ă&#x2030;GYPTE

1960

1970

1980

rĂŠhabilitation de sites antiques â&#x20AC;&#x153;ont rendu sa dynamique Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠgyptologieâ&#x20AC;?, selon son vieil ami Rainer Stadelmann, lâ&#x20AC;&#x2122;ancien directeur de lâ&#x20AC;&#x2122;Institut archĂŠologique allemand du Caire. Hawass lance une vigoureuse campagne aďŹ n de rapatrier les objets ĂŠgyptiens qui avaient ĂŠtĂŠ emportĂŠs par les EuropĂŠens â&#x20AC;&#x201C; le buste de NĂŠfertiti, aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui au Neues Museum de Berlin, ou encore la pierre de Rosette, conservĂŠe au British Museum, Ă  Londres â&#x20AC;&#x201C;, provoquant ainsi lâ&#x20AC;&#x2122;hostilitĂŠ de certains conservateurs et dirigeants mondiaux tout en alimentant sa notoriĂŠtĂŠ. Ainsi, en 2009, Zahi Hawass demande que le Louvre restitue cinq peintures murales sur calcaire, volĂŠes dans une tombe de Louxor dans les annĂŠes 1980 et acquises par le musĂŠe parisien en 2000 et 2003. Devant la ďŹ n de non-recevoir que lui oppose le directeur du Louvre, Hawass bloque un chantier de fouilles soutenu par le musĂŠe Ă  Saqqarah. â&#x20AC;&#x153;Cela a fait lâ&#x20AC;&#x2122;eďŹ&#x20AC;et dâ&#x20AC;&#x2122;une bombe, se souvient-il. A 8 h 45, un matin, je suis en train de prononcer une confĂŠrence quand je reçois un coup de ďŹ l de Moubarak. â&#x20AC;&#x2DC;Zahi, me dit-il, Sarkozy vient de mâ&#x20AC;&#x2122;appeler. Que se passet-il ?â&#x20AC;&#x2122; Je lui explique la situation et il me dit : â&#x20AC;&#x2DC;Vous avez eu parfaitement raison dâ&#x20AC;&#x2122;agir ainsi.â&#x20AC;&#x2122;â&#x20AC;? Le Louvre a ďŹ nalement rendu les pièces en 2009. â&#x20AC;&#x153;Ce retour est partout devenu un symbole, souligne Hawass. En 2006, le magazine Time mâ&#x20AC;&#x2122;a inclus dans sa liste des 100 personnes les plus inďŹ&#x201A;uentes de lâ&#x20AC;&#x2122;annĂŠe, en raison du courage dont jâ&#x20AC;&#x2122;ai fait preuve, de toutes les choses que jâ&#x20AC;&#x2122;ai faites dans le monde.â&#x20AC;? Hawass adore son statut de star. Il sillonne Le Caire dans un gros 4 x 4 avec chauďŹ&#x20AC;eur, boit des bouteilles de vin Ă  300 dollars, fait ĂŠtalage de son amitiĂŠ avec lâ&#x20AC;&#x2122;acteur Omar Sharif, assiste Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;occasion Ă  des rĂŠceptions dans la villa de Moubarak. En juin 2009, il fait visiter les pyramides au prĂŠsident Barack Obama. Il commercialise mĂŞme une rĂŠplique de son borsalino Ă  la Indiana Jones et conclut un accord avec une entreprise amĂŠricaine pour produire

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1990

2000

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sa ligne de vĂŞtements. Mais lâ&#x20AC;&#x2122;accord capote avec la survenue de la rĂŠvolution. En dĂŠpit de ses incontestables rĂŠussites, Hawass sâ&#x20AC;&#x2122;est attirĂŠ la vindicte de nombreux milieux. Les dĂŠfenseurs de lâ&#x20AC;&#x2122;environnement lui reprochent dâ&#x20AC;&#x2122;avoir â&#x20AC;&#x153;disneyiďŹ ĂŠâ&#x20AC;? certains sites antiques comme Louxor et Saqqarah en les rĂŠnovant avec des matĂŠriaux modernes inadaptĂŠs, parmi lesquels le ciment, la brique, le bois et le mĂŠtal. Sa politique consistant Ă  restreindre lâ&#x20AC;&#x2122;accès Ă  certains sites aďŹ n de les protĂŠger des vols et du vandalisme â&#x20AC;&#x201C; par exemple avec ce mur ĂŠdiďŹ ĂŠ autour des pyramides, auxquelles les visiteurs ne peuvent plus accĂŠder quâ&#x20AC;&#x2122;en franchissant deux grilles protĂŠgĂŠes par des gardes â&#x20AC;&#x201C; a abouti Ă  ce que certains considèrent comme une forme dâ&#x20AC;&#x2122;apartheid. â&#x20AC;&#x153;Il a ĂŠdiďŹ ĂŠ un mur physique et ĂŠmotionnel entre les Egyptiens et leur hĂŠritage culturelâ&#x20AC;?, dĂŠnonce ainsi Monica Hanna, une ancienne collègue qui enseigne aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui lâ&#x20AC;&#x2122;archĂŠologie Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ Humboldt de Berlin.

I

l sâ&#x20AC;&#x2122;est par ailleurs attirĂŠ de vives critiques en interdisant aux archĂŠologues de divulguer eux-mĂŞmes leurs dĂŠcouvertes et en exigeant quâ&#x20AC;&#x2122;elles soient dâ&#x20AC;&#x2122;abord validĂŠes et annoncĂŠes par lui-mĂŞme. Lorsquâ&#x20AC;&#x2122;une ĂŠgyptologue britannique de lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ de York, Joann  Fletcher, annonce unilatĂŠralement quâ&#x20AC;&#x2122;elle a identiďŹ ĂŠ la momie de NĂŠfertiti parmi celles mises au jour au XIXe siècle dans une tombe proche de Louxor, Hawass qualiďŹ e la dĂŠcouverte de â&#x20AC;&#x153;pure ďŹ ctionâ&#x20AC;?, critique vertement la chercheuse et lui interdit de travailler en Egypte. Pour les dĂŠfenseurs de Zahi Hawass, pourtant, cela fait longtemps quâ&#x20AC;&#x2122;on aurait dĂť adopter son approche. â&#x20AC;&#x153;Ses adversaires prĂŠtendent quâ&#x20AC;&#x2122;il sâ&#x20AC;&#x2122;est attribuĂŠ le mĂŠrite de toutes les dĂŠcouvertes faites en Egypte, alors quâ&#x20AC;&#x2122;en rĂŠalitĂŠ il les a fait connaĂŽtre dans le monde et a diďŹ&#x20AC;usĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;information Ă  travers des canaux appropriĂŠsâ&#x20AC;?, souligne Peter Lacovara. Certains

â&#x20AC;&#x153;Je ne me plains pas, je ne pleurniche pas sur mon sort. Jamais je nâ&#x20AC;&#x2122;ai ĂŠtĂŠ dĂŠprimĂŠ de toute mon existenceâ&#x20AC;?

THE SMITHSONIAN MAGAZINE Washington, Etats-Unis Mensuel, 2 millions dâ&#x20AC;&#x2122;ex. www.smithsonianmag.com Ce magazine culturel mâtinĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;histoire naturelle et dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcologie est lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmanation du Smithsonian Institute, une entitĂŠ publique fondĂŠe Ă  Washington et rassemblant notamment 16 musĂŠes et divers centres de recherche internationaux.La totalitĂŠ des articles est disponible sur le web, mais sans les illustrations. Le site ne propose aucune information complĂŠmentaire.

de ses collègues se plaignent quâ&#x20AC;&#x2122;il ait monopolisĂŠ les projecteurs. â&#x20AC;&#x153;Quâ&#x20AC;&#x2122;y puis-je ? rĂŠpond-il. Dieu mâ&#x20AC;&#x2122;a donnĂŠ ce charisme, il ne lâ&#x20AC;&#x2122;a pas donnĂŠ Ă  un autre. Qui est la star aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui, dites-moi ? Pouvez-vous me citer le nom du responsable actuel des antiquitĂŠs ĂŠgyptiennes ?â&#x20AC;? Le 31 janvier 2011, en pleine rĂŠvolution, Ahmed ChaďŹ q [Premier ministre durant la transition militaire] propose Ă  Hawass le poste nouvellement crĂŠĂŠ de ministre dâ&#x20AC;&#x2122;Etat pour les AntiquitĂŠs au sein dâ&#x20AC;&#x2122;un gouvernement ĂŠlaborĂŠ en toute hâte. Ce changement de gouvernement relève dâ&#x20AC;&#x2122;une ultime tentative dâ&#x20AC;&#x2122;apaiser les manifestants et de sauver Moubarak. â&#x20AC;&#x153;ChaďŹ q a dit aux gens : â&#x20AC;&#x2DC;On a vu le visage de Zahi sur tous les ĂŠcrans de tĂŠlĂŠvision du monde, les Egyptiens lâ&#x20AC;&#x2122;adorent et, si nous crĂŠons ce nouveau ministère rien que pour lui, il ne pourra pas refuser.â&#x20AC;&#x2122; Je me suis dit que mon pays avait besoin de moi et que je ne pouvais pas rester sans rien faire. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai donc acceptĂŠâ&#x20AC;?, raconte Hawass. Certains de ses collègues pensent que câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait un mauvais calcul de sa part. â&#x20AC;&#x153;Il sâ&#x20AC;&#x2122;est dit quâ&#x20AC;&#x2122;il devait faire son devoir, explique Rainer Stadelmann. Lâ&#x20AC;&#x2122;Egypte ĂŠtait en plein chaos, le MusĂŠe ĂŠgyptien avait ĂŠtĂŠ pillĂŠ. Il nâ&#x20AC;&#x2122;a pas senti la colère dont Moubarak ĂŠtait la cible. Il a fait preuve de naĂŻvetĂŠ politique.â&#x20AC;? Deux annĂŠes plus tard, Zahi Hawass ne se dĂŠdit pas. Il assure nâ&#x20AC;&#x2122;avoir â&#x20AC;&#x153;jamais ĂŠtĂŠ procheâ&#x20AC;? de lâ&#x20AC;&#x2122;ancien prĂŠsident. â&#x20AC;&#x153;Jâ&#x20AC;&#x2122;ai beaucoup souďŹ&#x20AC;ert du rĂŠgime Moubarak. Les ministres me combattaient, mâ&#x20AC;&#x2122;attaquaient personnellement.â&#x20AC;? Il reconnaĂŽt que Moubarak a commis des erreurs dans les dernières annĂŠes de son mandat. Mais aucune autre personnalitĂŠ ĂŠgyptienne, objecte-t-il, nâ&#x20AC;&#x2122;avait la capacitĂŠ de maintenir la cohĂŠsion du pays. â&#x20AC;&#x153;En tant quâ&#x20AC;&#x2122;homme, Moubarak nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait pas mauvais, dit-il. Pendant vingt ans, sa prĂŠsidence a ĂŠtĂŠ positive. Mais trente annĂŠes au pouvoir, câ&#x20AC;&#x2122;est trop.â&#x20AC;? Je retrouve lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠgyptologue un samedi soir au Caire, dans une salle de bal de lâ&#x20AC;&#x2122;hĂ´tel Four Seasons. Il est dâ&#x20AC;&#x2122;humeur irritable. Son avenir reste incertain. Il aďŹ&#x192;rme quâ&#x20AC;&#x2122;il ne veut pas retrouver son ancien emploi, mais il ne cesse dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠvoquer le dĂŠclin du ministère depuis quâ&#x20AC;&#x2122;il lâ&#x20AC;&#x2122;a quittĂŠ. â&#x20AC;&#x153;Quand jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtais lĂ , le bâtiment ĂŠtait une ruche, les gens travaillaient de 9 heures Ă  18 heures tous les jours, alors quâ&#x20AC;&#x2122;aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui ils ne font rien.â&#x20AC;? En fait, quand il se laisse aller, Zahi Hawass semble dĂŠjĂ  prĂŠparer sa propre rĂŠsurrection. 2012, mâ&#x20AC;&#x2122;expliquet-il, a marquĂŠ le centième anniversaire du transfert du buste de NĂŠfertiti, vieux de 3 300 ans, de lâ&#x20AC;&#x2122;Egypte Ă  Berlin par lâ&#x20AC;&#x2122;archĂŠologue allemand Ludwig Borchardt. Hawass a fait campagne pour son rapatriement. Les autoritĂŠs allemandes ont dit non, mais lui ne baisse pas les bras. â&#x20AC;&#x153;Jeudi prochain je vais ĂŠcrire un article sur NĂŠfertitiâ&#x20AC;?, me dit-il tandis que les serveurs circulent entre les tables et que lâ&#x20AC;&#x2122;orchestre commence Ă  jouer. â&#x20AC;&#x153;Et je prĂŠviendrai les Allemands que la bataille nâ&#x20AC;&#x2122;est pas terminĂŠe.â&#x20AC;? Comme Osiris, Zahi Hawass semble convaincu que le triomphe de Seth ne sera que temporaire. â&#x20AC;&#x201D;Joshua Hammer PubliĂŠ dans le numĂŠro de juin


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tendances. Griller les feux

Non au capipitalisme En Allemagne, sur les aires dâ&#x20AC;&#x2122;autoroute, lâ&#x20AC;&#x2122;accès aux toilettes est cher. Ce commerce bien rodĂŠ commence Ă  faire grincer des dents. â&#x20AC;&#x201D;Die Tageszeitung Berlin

V

acances. DĂŠplacements. Bouchons sur les autoroutes. Besoins pressants. Sur les aires de repos des autoroutes allemandes, le business des toilettes se porte bien. Très bien : le secteur pèse des millions dâ&#x20AC;&#x2122;euros. Pour ce prix, on a en gĂŠnĂŠral droit Ă  de la musique douce et Ă  des sanitaires propres. Trois cent quatre-vingt-dix anciennes aires de repos publiques appartiennent aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui Ă  la sociĂŠtĂŠ de services Tank & Rast. Celle-ci dĂŠtient plus de 90 % des concessions pour les â&#x20AC;&#x153;activitĂŠs annexesâ&#x20AC;? sur les aires dâ&#x20AC;&#x2122;autoroute. Les exploitants se plaignent de subir une pression croissante de sa part, on leur impose un système de caisse et dâ&#x20AC;&#x2122;achats communs, une formation obligatoireâ&#x20AC;Ś Bref, leur marge de manĹ&#x201C;uvre se rĂŠduit. MĂŞme les toilettes sont en voie de standardisation.

Sanifair est la ďŹ liale de Tank &  Rast, qui gère les sanitaires. Pour utiliser les lieux, le voyageur paye 70 centimes dâ&#x20AC;&#x2122;euros, sur lesquels il peut rĂŠcupĂŠrer 50 centimes sous forme de bon dâ&#x20AC;&#x2122;achat, Ă  faire valoir [dans les boutiques gĂŠrĂŠes par Tank & Rast] sur nâ&#x20AC;&#x2122;importe quel produit, du Coca Ă  la tasse thermos en passant par le tabloĂŻd Bild. Il nâ&#x20AC;&#x2122;y a pas de remboursement en espèces. Le besoin de consommer succĂŠdant immĂŠdiatement Ă  celui dâ&#x20AC;&#x2122;uriner, la valeur ajoutĂŠe est plus grande [pour lâ&#x20AC;&#x2122;entreprise]. Ces bons se nĂŠgocient mĂŞme sur Amazon et eBay, les enfants fouillent les poubelles pour en trouver, et les chauďŹ&#x20AC;eurs de car les acceptent comme pourboire. Au ďŹ nal, si 80 % des bons sont utilisĂŠs, 20 % disparaissent de la circulation, estime Tank & Rast. En partant du principe que Sanifair distribue 75Â��millions de bons par an, les utilisateurs de toilettes font donc cadeau Ă  la sociĂŠtĂŠ de

7,5 millions dâ&#x20AC;&#x2122;euros, a calculĂŠ le quotidien Die Welt. MĂŞme lâ&#x20AC;&#x2122;Adac, le lobby des automobilistes allemands, sâ&#x20AC;&#x2122;insurge contre ce procĂŠdĂŠ et fait valoir quâ&#x20AC;&#x2122;il existe une alternative : les AutohĂśfe [des aires de repos qui ne disposent pas dâ&#x20AC;&#x2122;un accès direct Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;autoroute]. Lâ&#x20AC;&#x2122;utilisateur nâ&#x20AC;&#x2122;y paie que 50 centimes et reçoit la somme royale de 70  centimes sous la forme dâ&#x20AC;&#x2122;un coupon. Les AutohĂśfe entendent ainsi compenser le dĂŠsavantage liĂŠ Ă  leur situation gĂŠographique. Pour y accĂŠder, le voyageur doit en eďŹ&#x20AC;et quitter brièvement lâ&#x20AC;&#x2122;autoroute [en empruntant un ĂŠchangeur autoroutier]. Cela dit, une fois sorti, il peut très bien aussi se chercher un buisson ou un arbre â&#x20AC;&#x201C; histoire dâ&#x20AC;&#x2122;aďŹ&#x192;cher sa libertĂŠ contre le principe dâ&#x20AC;&#x2122;exploitation capitaliste. â&#x20AC;&#x201D;Edith Kresta PubliĂŠ le 14 juillet

5/E9 D N LE W E K E

DU

REUMANN, PAYS-BAS

bientĂ´t griller les feux rouges pour aller tout droit ou tourner Ă  droite. De nouveaux panneaux ont fait leur apparition dans les rues de lâ&#x20AC;&#x2122;agglomĂŠration, indique le quotidien belge Le Soir : â&#x20AC;&#x153;Des triangles renversĂŠs ďŹ gurant un vĂŠlo jaune sur un fond blanc, qui permettent aux cyclistes de franchir le feu Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;orange ou au rouge.â&#x20AC;? Pour le secrĂŠtaire du Gracq, une association qui encourage lâ&#x20AC;&#x2122;utilisation des deux-roues, lâ&#x20AC;&#x2122;initiative est excellente Ă  tous points de vue : â&#x20AC;&#x153;Câ&#x20AC;&#x2122;est une ĂŠconomie de temps pour le cycliste, mais aussi dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠnergie. Pour redĂŠmarrer Ă  un feu, le cycliste doit faire beaucoup plus dâ&#x20AC;&#x2122;eďŹ&#x20AC;orts quâ&#x20AC;&#x2122;un automobiliste.â&#x20AC;?

Jolies poupĂŠes

ARGENTINE â&#x20AC;&#x201D; De petites poupĂŠes de toile cousues et peintes Ă  la main connaissent un succès de plus en plus grand Ă  Buenos Aires, rapporte le magazine argentin Brando. Quâ&#x20AC;&#x2122;elles soient Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;eďŹ&#x192;gie de cĂŠlĂŠbritĂŠs ou dâ&#x20AC;&#x2122;individus lambda, les commandes sur le site mediodescocido.com.ar se multiplient : poupĂŠes de Salvador DalĂ­, de Kurt Cobain, de Hugo ChĂĄvez, Ă  qui de petites ailes ont ĂŠtĂŠ cousues après lâ&#x20AC;&#x2122;annonce de sa mort, en mars â&#x20AC;&#x201C; un procĂŠdĂŠ utilisĂŠ pour la première fois après le dĂŠcès de lâ&#x20AC;&#x2122;ex-prĂŠsident argentin NĂŠstor Kirchner, en octobre 2010. En ce moment, les poupĂŠes politiques ont le vent en poupe, signale le magazine. Les clients rĂŠclament celle de Cristina Kirchner, lâ&#x20AC;&#x2122;actuelle prĂŠsidente de lâ&#x20AC;&#x2122;Argentine, pour la transformer en poupĂŠe vaudoue. Les commandes nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmanent pas que de particuliers : le musĂŠe du Bicentenaire de Buenos Aires a par exemple commandĂŠ les poupĂŠes de tous les prĂŠsidents ĂŠlus dĂŠmocratiquement. Si les crĂŠateurs ne refusent rien, ils confessent que cela leur coĂťte de reproduire en miniature les personnalitĂŠs quâ&#x20AC;&#x2122;ils nâ&#x20AC;&#x2122;aiment pas.

MEDIODESCOCIDO

COST, PARU DANS LE SOIR, BRUXELLES

BELGIQUE â&#x20AC;&#x201D; Les cyclistes bruxellois pourront

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LA VOIX EST LIBRE  


         

*. 360°.

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INSOLITES

DR

Le sens artistique des souris sous morphine

Bienvenue dans ma champignonnière Les designers lâ&#x20AC;&#x2122;appellent le â&#x20AC;&#x153;bois liquideâ&#x20AC;?. En fait, ces meubles sont faits de champignons. Phil Ross, un artiste et mycologue PHOTO de San Francisco qui travaille cette matière depuis plus de vingt ans, vient de sâ&#x20AC;&#x2122;associer Ă  des menuisiers pour crĂŠer toute une sĂŠrie de sièges faits de bois de rĂŠcupĂŠration et de champignons. Plus prĂŠcisĂŠment, de reishi, un champignon de souche utilisĂŠ dans la mĂŠdecine chinoise traditionnelle. â&#x20AC;&#x153;Ces organismes croissent Ă  grande vitesse, explique lâ&#x20AC;&#x2122;artiste au Financial Times. Vous dĂŠmarrez avec quelque chose qui a la taille dâ&#x20AC;&#x2122;une rognure dâ&#x20AC;&#x2122;ongle, et ça ne prend quâ&#x20AC;&#x2122;une dizaine de jours pour faire pousser une chaise.â&#x20AC;?

Pas de quoi en faire un Ramzan

MANAN VATSYAYANA/ AFP PHOTO

INDE â&#x20AC;&#x201D; Dans

le nord du souscontinent indien, les musulmans parlent gĂŠnĂŠralement hindi ou ourdou, un hĂŠritage de la très ancienne culture indo-persane. Dans ces langues, le mois du jeĂťne, que conclut lâ&#x20AC;&#x2122;AĂŻd El-Fitr, se dit â&#x20AC;&#x153;Ramzanâ&#x20AC;?. Mais maintenant, fait remarquer la chroniqueuse Rana Safvi dans lâ&#x20AC;&#x2122;hebdomadaire indien Tehelka, la prononciation arabe est en vogue

et on se souhaite volontiers un â&#x20AC;&#x153;bon Ramadanâ&#x20AC;? plutĂ´t quâ&#x20AC;&#x2122;un â&#x20AC;&#x153;bon Ramzanâ&#x20AC;?. Cette arabisation va de pair avec lâ&#x20AC;&#x2122;inďŹ&#x201A;uence croissante des pays du Golfe et lâ&#x20AC;&#x2122;essor du wahhabisme dans la rĂŠgion, ainsi quâ&#x20AC;&#x2122;avec la volontĂŠ de certains orthodoxes locaux de se conformer Ă  un islam censĂŠ ĂŞtre plus pur. Mais â&#x20AC;&#x153;nous nâ&#x20AC;&#x2122;allons quand mĂŞme pas, simplement Ă  cause de la gĂŠopolitique contemporaine, renoncer Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;inďŹ&#x201A;uence persane dans nos vies, notre culture et notre façon de parler !â&#x20AC;? proteste Safvi.

Les poivre et sel se sĂŠparent ROYAUME-UNI â&#x20AC;&#x201D; On les appelle les â&#x20AC;&#x153;divorcĂŠs

argentĂŠsâ&#x20AC;?. Au Royaume-Uni, le nombre de divorces chez les plus de 60 ans ne cesse dâ&#x20AC;&#x2122;augmenter, note The Observer. Ils sont plus de 15 000 Ă  ĂŞtre passĂŠs devant le juge en 2011. A tel point quâ&#x20AC;&#x2122;un acronyme est mĂŞme nĂŠ pour dĂŠsigner leurs enfants : les â&#x20AC;&#x153;acodâ&#x20AC;?, pour adult children of divorce, les enfants adultes de divorcĂŠs. Un rapport de lâ&#x20AC;&#x2122;organisation de charitĂŠ Relate paru ďŹ n juin alerte quant Ă  lui sur les consĂŠquences de ces sĂŠparations tardives : â&#x20AC;&#x153;La gĂŠnĂŠration nĂŠe après la guerre, entre 1946 et 1964, sera sans doute la première pour laquelle vivre seul son grand âge sera la norme, avec tout ce que cela implique en termes de soins, de solitude et dâ&#x20AC;&#x2122;insĂŠcuritĂŠ ďŹ nancière.â&#x20AC;?

Et allez hop ! Au feu les chefsdâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;uvreâ&#x20AC;Ś Matisse, Picasso, Gauguin, Monet : zou, on crame tout ! Mme Dogaru a-t-elle rĂŠduit en cendres des toiles de maĂŽtre pour protĂŠger son ďŹ ls, accusĂŠ du vol de sept tableaux au musĂŠe Kunsthall de Rotterdam ? Selon ses premiers aveux, la villageoise roumaine aurait brĂťlĂŠ le tout dans son poĂŞle Ă  bois, rapporte Ring. Mme Dogaru sâ&#x20AC;&#x2122;est rĂŠtractĂŠe, mais les pigments retrouvĂŠs dans les cendres par les enquĂŞteurs ĂŠvoquent furieusement des restes de toiles. Lâ&#x20AC;&#x2122;amour ďŹ lial, ça nâ&#x20AC;&#x2122;a pas de prix. Detroit est en faillite : les toiles inestimables du Detroit Institute of Arts pourraient ĂŞtre vendues pour satisfaire les crĂŠanciers de la ville amĂŠricaine, relate le Detroit Free Press. Quelques milliards, ça nâ&#x20AC;&#x2122;a pas de prix. Une souris peut distinguer un Picasso dâ&#x20AC;&#x2122;un Renoir ou dâ&#x20AC;&#x2122;un Mondrian, a montrĂŠ le psychologue nippon Shigeru Watanabe. En temps normal, les rongeurs se moquent de lâ&#x20AC;&#x2122;art comme de lâ&#x20AC;&#x2122;an 40. Sous morphine, câ&#x20AC;&#x2122;est une autre aďŹ&#x20AC;aire, lit-on dans The Economist. Chaque souris ĂŠtait confrontĂŠe aux Ĺ&#x201C;uvres de deux artistes diďŹ&#x20AC;ĂŠrents. Face Ă  la première, elle recevait une injection dâ&#x20AC;&#x2122;opiacÊ ; face Ă  la seconde, une solution inactive. Peu Ă  peu les cobayes ont commencĂŠ Ă  sâ&#x20AC;&#x2122;attarder auprès des Ĺ&#x201C;uvres associĂŠes Ă  la morphine â&#x20AC;&#x201C; signe quâ&#x20AC;&#x2122;ils distinguaient un tableau dâ&#x20AC;&#x2122;un autre. Mieux : confrontĂŠes après dopage Ă  diďŹ&#x20AC;ĂŠrentes crĂŠations dâ&#x20AC;&#x2122;un seul artiste, les souris ont montrĂŠ une prĂŠfĂŠrence pour dâ&#x20AC;&#x2122;autres travaux du mĂŞme peintre quâ&#x20AC;&#x2122;elles nâ&#x20AC;&#x2122;avaient pas vu auparavant. La sensibilitĂŠ artistique, ça nâ&#x20AC;&#x2122;a pas de prix. NB : M. Watanabe avait dĂŠjĂ  montrĂŠ que les pigeons pouvaient distinguer un Chagall dâ&#x20AC;&#x2122;un Van Gogh. La science, ça nâ&#x20AC;&#x2122;a pas de prix.

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â&#x2020;&#x201C; Vues de lâ&#x20AC;&#x2122;exposition Vive la vie, la vie en Yougoslavie entre les annĂŠes 1950 et 1990, Ă  Belgrade.

DR

culture.

Si Tito mâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait contĂŠ Le temps dâ&#x20AC;&#x2122;une exposition itinĂŠrante, les Serbes peuvent sâ&#x20AC;&#x2122;immerger dans le quotidien de lâ&#x20AC;&#x2122;exYougoslavie. Un passĂŠ aux couleurs du bonheur. â&#x20AC;&#x201D;Jutarnji List (extraits) Zagreb

aux chaises de bois projettent des ďŹ lms de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque ; dans dâ&#x20AC;&#x2122;autres salles, de vieux tĂŠlĂŠa scène a quelque chose de sur- viseurs rediďŹ&#x20AC;usent les programmes les plus rĂŠaliste : dans ce qui ressemble Ă  populaires de ce temps : les inĂŠvitables quiz une salle de classe du temps de la et les matchs de foot. On peut aussi humer Yougoslavie socialiste, des jeunes ďŹ lles font des ďŹ&#x201A;acons de parfum (les vieilles gĂŠnĂŠrala queue pour sâ&#x20AC;&#x2122;installer au bureau de la maĂŽ- tions se souviennent encore de la fragrance tresse. Chacune sâ&#x20AC;&#x2122;y assoit Ă  tour de rĂ´le, pen- peu raďŹ&#x192;nĂŠe de la lotion après-rasage Brion). dant que les autres la prennent en photo Une cantine socialiste typique a ĂŠtĂŠ reconsavec leurs smartphones. Le simulacre est tituĂŠe, avec son menu traditionnel que peuparfait, sauf que ces â&#x20AC;&#x153;ďŹ gurantesâ&#x20AC;? vent dĂŠguster les visiteurs. nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtaient pas nĂŠes Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque on peut se retrouver au EXPOSITION EnďŹ n, quâ&#x20AC;&#x2122;elles sont en train de visitravail dans un bureau caracter. Elles la connaissent seutĂŠristique de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque socialement Ă  travers les souvenirs de leurs parents. liste, avec la photo de Tito accrochĂŠe au mur. Lâ&#x20AC;&#x2122;exposition Vive la vie, la vie en Yougoslavie Maletkovic et Milivojevic ĂŠvitent dâ&#x20AC;&#x2122;ementre les annĂŠes 1950 et 1990 sâ&#x20AC;&#x2122;est imposĂŠe ployer le mot â&#x20AC;&#x153;yougonostalgieâ&#x20AC;?. Pour eux, il comme un phĂŠnomène Ă  Belgrade [oĂš elle sâ&#x20AC;&#x2122;agit dâ&#x20AC;&#x2122;une reconstruction mĂŠticuleuse du ĂŠtait visible jusquâ&#x20AC;&#x2122;au 31 juillet] : elle a accueilli quotidien dans la Yougoslavie socialiste. Le 20 000 visiteurs dans les deux semaines qui cĂ´tĂŠ politique de cette ĂŠpoque est absent, Ă  ont suivi son lancement. Il nâ&#x20AC;&#x2122;est pas diďŹ&#x192;cile lâ&#x20AC;&#x2122;exception des photos de Tito sur les murs. de deviner pourquoi. Dans la vitrine cen- Et peut-on considĂŠrer le serment des piontrale du Grand Magasin de Belgrade â&#x20AC;&#x201C; dont niers* aďŹ&#x192;chĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe de lâ&#x20AC;&#x2122;exposition comme trois ĂŠtages sont devenus pour lâ&#x20AC;&#x2122;occasion un message idĂŠologique ? Personnellement, une galerie ĂŠphĂŠmère â&#x20AC;&#x201C;, une Vespa attirait jâ&#x20AC;&#x2122;en doute : Ă  quelques mots près, de nomtous les regards. Câ&#x20AC;&#x2122;est celle que conduisait breux visiteurs amĂŠricains ou allemands lâ&#x20AC;&#x2122;actrice Beba Loncar dans la comĂŠdie musi- pourraient le prononcer. cale romantique Amour et mode [de Ljubomir Si Milivojevic ne rĂŠfute pas totalement la Radicevic], qui a battu tous les records prĂŠsence du politique dans lâ&#x20AC;&#x2122;exposition, il dâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠes en 1960. se refuse Ă  idĂŠaliser le socialisme. Il est nĂŠ Lâ&#x20AC;&#x2122;exposition [qui va maintenant circuler en 1982 et ne lâ&#x20AC;&#x2122;a presque pas connu, mais en Serbie et dans le reste de lâ&#x20AC;&#x2122;ex-Yougoslavie] son grand-père a passĂŠ quelques annĂŠes Ă  rĂŠveille une profusion de souvenirs Ă  travers Goli Otok, le goulag communiste de Tito, des milliers dâ&#x20AC;&#x2122;objets et de situations du quo- crĂŠĂŠ en 1948, après la rupture avec Staline. tidien. Il ne sâ&#x20AC;&#x2122;agit aucunement de jouer sur MalgrĂŠ tout, dâ&#x20AC;&#x2122;après le vieil homme, un la seule carte de la nostalgie. Les commis- citoyen moyen ĂŠtait plus heureux Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque saires de lâ&#x20AC;&#x2122;exposition, Zivko Maletkovic, que dans la Serbie surendettĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui, Aleksandar Milivojevic et Uros Radulovic, oĂš le taux de chĂ´mage bat tous les records. considèrent que les visiteurs doivent sâ&#x20AC;&#x2122;im- Il pouvait prendre un crĂŠdit pour sâ&#x20AC;&#x2122;acheter merger dans cette ĂŠpoque, faire corps avec un tĂŠlĂŠviseur, voire une voiture ; il pouvait elle. Câ&#x20AC;&#x2122;est une exposition sensorielle, une se procurer un appartement via son entreâ&#x20AC;&#x153;inventionâ&#x20AC;? quâ&#x20AC;&#x2122;ils ont dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs inscrite au prise ; et les plus dĂŠbrouillards rĂŠussissaient Registre national des brevets. Cela passe par mĂŞme Ă  sâ&#x20AC;&#x2122;oďŹ&#x20AC;rir des rĂŠsidences secondaires. la simulation dâ&#x20AC;&#x2122;une classe dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcole ou par la La classe moyenne, surtout dans les plongĂŠe dans lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠrieur dâ&#x20AC;&#x2122;un avion de la JAT annĂŠes 1960 et 1970, sâ&#x20AC;&#x2122;en sortait bien, alors [la compagnie nationale] ; des salles de cinĂŠma quâ&#x20AC;&#x2122;elle a ĂŠtĂŠ balayĂŠe par la tempĂŞte de la

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transition et poussĂŠe Ă  la marge de la sociĂŠtĂŠ. MalgrĂŠ tout, le renoncement Ă  la â&#x20AC;&#x153;yougonostalgieâ&#x20AC;? est dâ&#x20AC;&#x2122;après Maletkovic lâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠe clĂŠ de Vive la vie. Câ&#x20AC;&#x2122;est la raison pour laquelle les objets prĂŠsentĂŠs ne datent pas de 1945, mais surtout des annĂŠes 1960, de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque oĂš la Yougoslavie sâ&#x20AC;&#x2122;est tournĂŠe radicalement vers la sociĂŠtĂŠ de consommation. Ce fut lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque des revues illustrĂŠes Ă  profusion, lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque oĂš les familles ne pouvaient plus se passer de rĂŠfrigĂŠrateurs, oĂš lâ&#x20AC;&#x2122;on ouvrait les premiers supermarchĂŠs et fast-foods locaux. Les chansons des enfants gloriďŹ aient la Zastava 750, la populaire â&#x20AC;&#x153;Ficoâ&#x20AC;? [une copie sous licence de la Fiat 600]. La tĂŠlĂŠvision venait de supplanter le cinĂŠma comme mĂŠdia le plus populaire. Elle faisait la promotion des succès des sportifs yougoslaves, retransmettait les festivals de musique de variĂŠtĂŠs, parlait de la bonne rĂŠception internationale des ďŹ lms yougoslaves. Le pays, qui se situait du cĂ´tĂŠ est du Rideau de fer, avait un style de vie proche de celui de lâ&#x20AC;&#x2122;Europe de lâ&#x20AC;&#x2122;Ouest, bien que le train de vie de ses habitants fĂťt très ĂŠloignĂŠ de celui des pays occidentaux. Le sport est lui aussi très prĂŠsent dans lâ&#x20AC;&#x2122;exposition. Une grande carte de la Yougoslavie recense tous les clubs de football qui participaient alors Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;un des meilleurs championnats europĂŠens. Aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui, les matchs des clubs croates ou serbes ne sont que lâ&#x20AC;&#x2122;ombre des ĂŠvĂŠnements dâ&#x20AC;&#x2122;autrefois, tant par le nombre de billets vendus que par la qualitĂŠ des rencontres. Dans cette reconstitution de lâ&#x20AC;&#x2122;espace yougoslave, la musique â&#x20AC;&#x201C; notamment le rock and roll â&#x20AC;&#x201C; joue un rĂ´le important. Toutes les pochettes des 33 tours de Bijelo Dugme [le groupe fondĂŠ Ă  16 ans par Goran Bregovic], de Parni Valjak, Azra, de Riblja Corba et de bien dâ&#x20AC;&#x2122;autres sont exposĂŠes. Câ&#x20AC;&#x2122;est la musique que connaissent et chantent les jeunes dâ&#x20AC;&#x2122;aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui, car ces tubes des annĂŠes 1980 sont devenus des classiques. Lâ&#x20AC;&#x2122;exposition a suscitĂŠ un grand intĂŠrĂŞt. Après Belgrade, elle va voyager Ă  Nis et Ă  Novi Sad [dans lâ&#x20AC;&#x2122;est et le nord de la Serbie]. On nĂŠgocie son organisation en SlovĂŠnie et en Bosnie-HerzĂŠgovine, et on la verra sans doute cet automne Ă  Zagreb. Dans chaque Etat issu de lâ&#x20AC;&#x2122;ex-Yougoslavie, elle sera enrichie et adaptĂŠe en fonction de lâ&#x20AC;&#x2122;expĂŠrience vĂŠcue dans lâ&#x20AC;&#x2122;ancien pays commun. â&#x20AC;&#x201D;Nenad Polimac PubliĂŠ le 23 juin * Serment prononcĂŠ par les jeunes qui adhĂŠraient au Mouvement des pionniers, dans les anciens Etats du bloc communiste.

Chronologie Lâ&#x20AC;&#x2122;EX-YOUGOSLAVIE EN NEUF DATES 1918 â&#x20AC;&#x201D; CrĂŠation du royaume des Serbes, Croates et Slovènes, qui devient en 1929 le royaume de Yougoslavie. 1941 â&#x20AC;&#x201D; Invasion par les troupes de lâ&#x20AC;&#x2122;Axe. 1945 â&#x20AC;&#x201D; Fondation de la rĂŠpublique populaire fĂŠdĂŠrative de Yougoslavie, qui comprend les rĂŠpubliques populaires de Bosnie-HerzĂŠgovine, de Croatie, de MacĂŠdoine, du MontĂŠnĂŠgro, de Serbie, de SlovĂŠnie, ainsi que le Kosovo et la VoĂŻvodine. Après lâ&#x20AC;&#x2122;adoption dâ&#x20AC;&#x2122;une nouvelle Constitution en 1946, Josip Broz Tito devient Premier ministre fĂŠdĂŠral et chef du Parti communiste. 1965 â&#x20AC;&#x201D; Le pays adopte un socialisme de marchĂŠ et commerce avec lâ&#x20AC;&#x2122;Occident. 1980 â&#x20AC;&#x201D; Mort de Tito, après trentecinq ans au pouvoir. 1990 â&#x20AC;&#x201D; Premières ĂŠlections libres en SlovĂŠnie. Les communistes sont chassĂŠs du pouvoir. 1991 â&#x20AC;&#x201D; Les rĂŠpubliques de Croatie et de Bosnie-HerzĂŠgovine proclament leur indĂŠpendance, suivies par la MacĂŠdoine. 2003 â&#x20AC;&#x201D; Après plus de dix ans de guerres interethniques, la rĂŠpublique de Yougoslavie cesse dâ&#x20AC;&#x2122;exister.

ARCHIVES

courrierinternational.com â&#x20AC;&#x153;Les enfants de Tito refusent de grandirâ&#x20AC;?. En 2007, le quotidien Vecernji List sâ&#x20AC;&#x2122;inquiĂŠtait de la â&#x20AC;&#x153;yougonostalgieâ&#x20AC;? et de la cĂŠlĂŠbration â&#x20AC;&#x153;pathologiqueâ&#x20AC;? des annĂŠes Tito. Retrouvez sur TĂŠlĂŠmatin la chronique de Marie Mamgioglou sur â&#x20AC;&#x153;lâ&#x20AC;&#x2122;expo nostalgieâ&#x20AC;? dans lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmission de William Leymergie, samedi 3 aoĂťt Ă  9 h 10.


         

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histoire.

Mystère aux Açores PrĂŠhistoire Portugal Les navigateurs portugais nâ&#x20AC;&#x2122;auraient pas ĂŠtĂŠ les premiers Ă  mettre les pieds sur ces ĂŽles perdues dans lâ&#x20AC;&#x2122;Atlantique.

â&#x2020;&#x2014; Des navires marchands phĂŠniciens sâ&#x20AC;&#x2122;aventurent dans lâ&#x20AC;&#x2122;Atlantique au VIIe siècle avant J.-C. Photo Bridgeman

â&#x20AC;&#x201D;Expresso Lisbonne

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es dizaines de sĂŠpultures creusĂŠes dans la roche (appelĂŠs â&#x20AC;&#x153;hypogĂŠesâ&#x20AC;?), ressemblant fort Ă  celles construites un peu partout en MĂŠditerranĂŠe par la culture phĂŠnicopunique il y a plus de deux mille ans, des constructions de pierres caractĂŠristiques dâ&#x20AC;&#x2122;une ĂŠpoque plus ancienne encore, le nĂŠolithique (10 000 à 3 000 avant JĂŠsus-Christ), une colonne gravĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;inscriptions datant apparemment des Romainsâ&#x20AC;Ś Ces dernières annĂŠes, les dĂŠcouvertes archĂŠologiques se multiplient aux Açores, laissant penser quâ&#x20AC;&#x2122;il y avait probablement une prĂŠsence humaine dans lâ&#x20AC;&#x2122;archipel bien avant sa dĂŠcouverte par les Portugais en 1427. Dans la communautĂŠ scientiďŹ que la polĂŠmique enďŹ&#x201A;e : si lâ&#x20AC;&#x2122;origine prĂŠportugaise de ces constructions ĂŠtait conďŹ rmĂŠe, il faudrait rĂŠcrire non seulement lâ&#x20AC;&#x2122;histoire de la dĂŠcouverte des Açores, mais aussi tout ce que lâ&#x20AC;&#x2122;on pense savoir de lâ&#x20AC;&#x2122;histoire de la navigation dans lâ&#x20AC;&#x2122;Atlantique. On estime dĂŠjĂ  Ă  une centaine les hypogĂŠes dissĂŠminĂŠs sur tout le territoire de Corvo, cette ĂŽle de lâ&#x20AC;&#x2122;extrĂŞme ouest de lâ&#x20AC;&#x2122;archipel. Sur lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŽle de Terceira, sur lâ&#x20AC;&#x2122;imposant Monte Brasil qui domine la baie dâ&#x20AC;&#x2122;Angra do HeroĂ­smo, on retrouve aussi

identiďŹ ĂŠes â&#x20AC;&#x153;impliquerait la prĂŠsence dâ&#x20AC;&#x2122;une population très importante, dissĂŠminĂŠe dans lâ&#x20AC;&#x2122;archipel, une colonisation capable de ďŹ&#x201A;ux dĂŠmographiques considĂŠrables, et ce bien avant lâ&#x20AC;&#x2122;arrivĂŠe des Portugais.â&#x20AC;? Or â&#x20AC;&#x153;il nâ&#x20AC;&#x2122;y a nulle part de sites dâ&#x20AC;&#x2122;habitation attestĂŠs, et lors de la reconstruction dâ&#x20AC;&#x2122;Angra do HeroĂ­smo après le sĂŠisme de 1980, qui a dĂŠtruit 80 % de la ville, on nâ&#x20AC;&#x2122;a pas retrouvĂŠ le moindre vestige dâ&#x20AC;&#x2122;une occupation humaine [ancienne].â&#x20AC;? Pourtant, il nâ&#x20AC;&#x2122;y a pas que des AçorĂŠens pour dĂŠfendre la thèse dâ&#x20AC;&#x2122;une prĂŠsence humaine antĂŠrieure aux Portugais dans lâ&#x20AC;&#x2122;archipel. Nuno Ribeiro et Anabela Joaquinito, qui dirigent lâ&#x20AC;&#x2122;Association portugaise de recherche archĂŠologique (Apia) et ont mis au jour certaines des constructions Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;origine de la polĂŠmique, reconnaissent que seules des fouilles archĂŠologiques et une datation au carbone permettront de dĂŠterminer avec certitude lâ&#x20AC;&#x2122;âge de ces dĂŠcouvertes. Mais il existe des â&#x20AC;&#x153;pistes solidesâ&#x20AC;? plaidant pour une datation prĂŠportugaise, assurent-ils, et â&#x20AC;&#x153;lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠrĂŞt de la communautĂŠ scientiďŹ que internationale [pour cette hypothèse] est immenseâ&#x20AC;?. â&#x20AC;&#x153;Je ne serais absolument pas ĂŠtonnĂŠ que des navigateurs se soient approchĂŠs des Açores avant lâ&#x20AC;&#x2122;arrivĂŠe des Portugaisâ&#x20AC;?, dĂŠclare pour sa part JosĂŠ MalhĂŁo Pereira, membre de lâ&#x20AC;&#x2122;AcadĂŠmie de marine et auteur de plusieurs ĂŠtudes sur lâ&#x20AC;&#x2122;histoire naudes structures creusĂŠes dans la roche, bien moins tique. Selon lui, â&#x20AC;&#x153;il ĂŠtait possible de naviguer de la nombreuses mais plus vastes. Et Ă  4 kilomètres MĂŠditerranĂŠe jusquâ&#x20AC;&#x2122;aux Açores sur les voiliers de de cette citĂŠ classĂŠe au patrimoine mondial de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque des PhĂŠniciens ou des Romains.â&#x20AC;? lâ&#x20AC;&#x2122;Unesco quâ&#x20AC;&#x2122;est Angra do HeroĂ­smo, sur la comRomeo Hristov, archĂŠologue Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ du mune dâ&#x20AC;&#x2122;EspigĂŁo, des ĂŠdiďŹ ces en pierre, sans doute Texas, Ă  Austin (Etats-Unis), est lui aussi venu mĂŠgalithiques, ĂŠmergent dâ&#x20AC;&#x2122;une formidable jungle. observer les structures de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŽle de Terceira. â&#x20AC;&#x153;Il La thèse dâ&#x20AC;&#x2122;une prĂŠsence antĂŠrieure aux Portugais nâ&#x20AC;&#x2122;est pas improbable quâ&#x20AC;&#x2122;une dĂŠcouverte importante dans lâ&#x20AC;&#x2122;archipel des Açores a ĂŠtĂŠ prĂŠsentĂŠe ďŹ n mai soit faite dans les Açores, rĂŠvĂŠlant lâ&#x20AC;&#x2122;existence dâ&#x20AC;&#x2122;une devant le congrès international de lâ&#x20AC;&#x2122;Association navigation largement antĂŠrieure dans lâ&#x20AC;&#x2122;Atlantique, des ĂŠtudes mĂŠditerranĂŠennes, qui rĂŠunissait dit-il. Mais impossible dâ&#x20AC;&#x2122;aboutir Ă  une conclusion Ă  Angra do HeroĂ­smo des reprĂŠsentants de dĂŠďŹ nitive tant que des fouilles nâ&#x20AC;&#x2122;auront pas ĂŠtĂŠ menĂŠes.â&#x20AC;? plus de 50 universitĂŠs du monde entier. FĂŠlix  â&#x20AC;&#x201D;VirgĂ­lio Azevedo RodrĂ­gues, professeur Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ des Açores, PubliĂŠ le 8 juin et Antonieta Costa, chercheuse Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ de Porto â&#x20AC;&#x201C; tous deux açorĂŠens â&#x20AC;&#x201C; ont prĂŠsentĂŠ des dĂŠcouvertes apparemment prĂŠportugaises et ConquĂŞte accompagnĂŠ un groupe dâ&#x20AC;&#x2122;archĂŠologues de diďŹ&#x20AC;ĂŠrents pays pour les voir in situ sur lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŽle de Terceira. PAS Dâ&#x20AC;&#x2122;Ă&#x2030;NIGME AUX CANARIES Certains ont conďŹ rmĂŠ la similitude de ces strucEnvahies par les Espagnols Ă  partir de tures avec des constructions du nĂŠolithique 1402, ces ĂŽles situĂŠes au large de lâ&#x20AC;&#x2122;Afrique ailleurs en Europe. abritaient bel et bien une civilisation avant Ana Arruda, spĂŠcialiste de la civilisation lâ&#x20AC;&#x2122;arrivĂŠe des EuropĂŠens. Les Guanches, qui phĂŠnico-punique du Centre dâ&#x20AC;&#x2122;archĂŠologie de vivaient encore Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;âge de pierre, sâ&#x20AC;&#x2122;y lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ de Lisbonne (Uniarq), invitĂŠe en avril seraient installĂŠs durant le premier dernier par la Direction rĂŠgionale de la culture millĂŠnaire avant notre ère, causant la des Açores Ă  examiner sur place les dĂŠcouvertes disparition dâ&#x20AC;&#x2122;une faune locale particulière, de Terceira, nâ&#x20AC;&#x2122;est pas de cet avis : â&#x20AC;&#x153;Les donnĂŠes composĂŠe entre autres de rats et de disponibles Ă  ce jour et observĂŠes sur lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŽle de Terceira lĂŠzards gĂŠants. Ils sont gĂŠnĂŠtiquement et ne permettent pas dâ&#x20AC;&#x2122;en dĂŠduire une occupation linguistiquement proches des Berbères. ancienne de lâ&#x20AC;&#x2122;archipel des Açores.â&#x20AC;? Aucune des strucLeur prĂŠsence a ĂŠtĂŠ attestĂŠe par des tures observĂŠes, souligne-t-elle, â&#x20AC;&#x153;ne peut ĂŞtre assivoyageurs phĂŠniciens et romains, et Rome milĂŠe Ă  la prĂŠhistoire (pĂŠriode antĂŠrieure Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;invention commerçait avec eux. Les Guanches de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcriture) ni Ă  la protohistoire (pĂŠriode au cours opposèrent une rĂŠsistance farouche Ă  de laquelle des populations ne possĂŠdant pas ellesleurs conquĂŠrants espagnols, mais ďŹ nirent mĂŞmes lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcriture sont mentionnĂŠes dans des textes par ĂŞtre dĂŠcimĂŠs, asservis et assimilĂŠs. dâ&#x20AC;&#x2122;autres peuples contemporains)â&#x20AC;?. Comme lâ&#x20AC;&#x2122;explique la chercheuse, â&#x20AC;&#x153;la datation des monuments et des sites sâ&#x20AC;&#x2122;eďŹ&#x20AC;ectue grâce au matĂŠriel archĂŠologique que lâ&#x20AC;&#x2122;on peut leur associer. Or [dans le cas açorĂŠen], le rare matĂŠriel existant renvoie Ă  une date postĂŠrieure Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;arrivĂŠe des Portugais, ce que conďŹ rment les documents dont nous disposons sur les structures SUR NOTRE SITE du Monte Brasil et dâ&#x20AC;&#x2122;EspigĂŁo.â&#x20AC;? courrierinternational.com Quand on ĂŠlabore une thèse de ce genre, rappelle Ana Arruda, â&#x20AC;&#x153;il est nĂŠcessaire, pour pouvoir â&#x20AC;&#x153;Les PhĂŠniciens, ces grands navigateursâ&#x20AC;? : pour en savoir plus sur Hannon et ses camarades, la conďŹ rmer, de disposer de preuves absolument sans qui explorèrent les cĂ´tes de lâ&#x20AC;&#x2122;Afrique aux VIIe ĂŠquivoque, et de matĂŠriel archĂŠologique associĂŠ Ă  une et VIe siècles av. J.-C. culture prĂŠcise.â&#x20AC;? De plus, le nombre de sĂŠpultures


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