Page 1

Belgique 3,90€ - Luxembourg 3,90€

N° 1168 N° 1168 du 21du au2127au mars 27 mars 2013 2013 courrierinternational.com courrierinternational.com Belgique France : 3,90 : 3,70 € €

noir

Universités Quand la politique s’en mêle

Du Turkménistan à l’Iran, les étudiants victimes de la censure

CHYPRE— UN PLAN DE SAUVETAGE À HAUT RISQUE ARDENNES BELGES—MENACES SUR LE VILLAGE HIPPIE

Syrie Le choix des armes François Hollande et David Cameron poussent l’Europe à s’engager. Polémique

(!4BD64F-eabacj!:l;m




Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

Sommaire

ÉDITORIAL ÉRIC CHOL

* L’affaire Jean Zay, de Gérard Boulanger (éd. Calmann-Lévy, 2013).

François Hollande et David Cameron poussent l’Europe à aider la rébellion. La presse internationale s’interroge sur les risques d’un tel engagement. FRANCO PAGETTI/AGENCE VII

p.24

Chypre Un plan de sauvetage à hauts risques Même revu à la baisse, le plan européen qui prévoit une taxation des épargnants pour sauver les banques chypriotes provoque des réactions indignées.

360°

p.56

Ne l’appelez plus jamais Dracula !

On réduit à tort Vlad III à sa réputation d’autocrate assoiffé de sang. A l’occasion du Salon du livre, dont la Roumanie est l’invitée d’honneur, retour sur cinq cents ans de manipulations et de fantasmes.

OTTO

C

’est comment, la guerre en Syrie ? s’interroge un journaliste du New Yorker (lire page 36). Ça fait quel bruit, la guerre en Syrie ? insiste-t-il, en dressant dans un reportage poignant le portrait d’un peuple décimé par deux années de guerre. Des lignes qui conforteront les partisans du statu quo, opposés à la distribution d’armes à la rébellion syrienne, car, plaident-ils, la levée de l’embargo ne ferait qu’ajouter la guerre à la guerre. A l’inverse, les mêmes lignes finiront de convaincre ceux qui, pour plagier Winston Churchill, estiment que l’Occident a voulu, en Syrie, éviter la guerre au prix du déshonneur, et que non seulement il a le déshonneur, mais qu’il aura la guerre. Une certitude : la guerre, elle, est déjà bien là, immonde, injuste et meurtrière. Avec ses morts, ses réfugiés. Ses blessures, ses fractures. Depuis deux ans, l’Europe et les Etats-Unis ont plaidé la carte de la non-intervention au nom d’une solution politique qui n’a jamais vu le jour. A l’instar d’un Léon Blum qui, le 6 septembre 1936, défendait la neutralité de la France dans la guerre d’Espagne, pour lutter contre “la fatalité de la guerre”. On savait le président du Conseil socialiste déchiré par ce non-choix, lui si proche des républicains espagnols. Peu après, la France, en catimini, livrait des armes de l’autre côté des Pyrénées, en inventant le concept de “non-intervention relâchée”. Ce qui fit dire quelques années plus tard à l’ancien ministre Jean Zay du fond de sa geôle : “La France ne pouvait qu’être perdante, parce que là encore elle fit une politique à mi-chemin.*” Le mérite de la proposition soutenue aujourd’hui par la France et la Grande-Bretagne est justement de ne pas s’arrêter à mi-chemin.

à la une

SYRIE LE CHOIX DES ARMES

AKG

Des armes pour les Syriens

p.34

p.40

Universités. Quand la politique s’en mêle

Du Turkménistan à l’Iran, de Dubaï à Istanbul, les autorités multiplient les pressions parfois violentes sur les étudiants et n’hésitent pas à censurer toute pensée critique.

En couverture : Un combattant de l’Armée syrienne libre (ASL) à Alep, le 8 janvier. Photo Andoni Lubaki/4SEE-REA

Retrouvez Eric Chol chaque matin à 6 h 55, dans la chronique

“Où va le monde” sur 101.1 FM

SUR NOTRE SITE

www.courrierinternational.com

aussi se renouvelle !

MUSIQUE Ecoutez le morceau phare de Soosan Firoz [photo], la première rappeuse afghane. Dans cette chanson intitulée “Nos voisins” (paroles en dari du poète Suhrab Sirat), elle évoque le sort des réfugiés afghans et l’exil. ISRAËL Que vient faire Obama ? Les commentaires et analyses de la presse israélienne, américaine et palestinienne sur le premier voyage officiel, du 20 au 23 mars, du président américain, Barack Obama, dans l’Etat hébreu. BRÉSIL 30 % de la viande est produite clandestinement dans des conditions désastreuses. L’enquête de l’hebdomadaire Veja. Retrouvez-nous aussi sur Facebook, Twitter, Google+ et Pinterest.


  



     

 

 Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

Sommaire Les journalistes de Courrier international sÊlectionnent et traduisent plus de 1 500 sources du monde entier : journaux, sites, blogs. Ils alimentent l’hebdomadaire et son site courrier international.com. Voici la liste exhaustive des sources que nous avons utilisÊes cette semaine :

EditÊ par Courrier international SA, sociÊtÊ anonyme avec directoire et conseil de surveillance au capital de 106 400 ₏. Actionnaire La SociÊtÊ Editrice du Monde. Directoire Antoine Laporte, prÊsident et directeur de la publication ; Eric Chol. Conseil de surveillance Louis Dreyfus, prÊsident. DÊpôt lÊgal octobre 2012. Commission paritaire n° 0712c82101. ISSN n°1154-516X ImprimÊ en France/Printed in France

Ha’Aretz Tel-Aviv, quotidien. The Art Newspaper Londres, mensuel. Asahi Shimbun Tokyo, quotidien. Asharq Al-Awsat Londres, quotidien. O Correio da Cidadania (correio@cidadanet.org.br) São Paulo, en ligne. Cyprus Mail Nicosie, quotidien. Dawn Karachi, quotidien. L’Essor Bamako, quotidien. Etemaad quotidien, TÊhÊran. Fergananews (fergananews.com) Moscou, en ligne. Foreign Policy Washington, bimestriel. Gatopardo Bogotå, mensuel. The Guardian Londres, quotidien. Historia Bucarest, mensuel. National Review New York, bimensuel. Nepali Times Katmandou, hebdomadaire. The News quotidien, Karachi. The New Yorker New York, hebdomadaire. The New York Times New York, quotidien. L’Orient-Le Jour Beyrouth, quotidien. Ottawa Citizen Canada, quotidien. O Phileleftheros Nicosie, quotidien. Die Presse Vienne, quotidien. Público Lisbonne, quotidien. Radikal Istanbul, quotidien. RBC Daily (rbcdaily.ru) Moscou, en ligne. Al-Shourouk Le Caire, quotidien. La Stampa Turin, quotidien. The Standard Harare, hebdomadaire. Teshreen Damas, quotidien. Tunisia Live (tunisia-live.net) Tunis, en ligne. USA Today McLean (Virginie), quotidien. De Volkskrant Amsterdam, quotidien. The Wall Street Journal New York, quotidien. The Washington Post Washington, quotidien. Yale Environment 360 (http://e360.yale.edu) New Haven, en ligne.

RĂŠdaction 6-8, rue Jean-Antoine-de-BaĂŻf, 75212 Paris Cedex 13 Accueil 33 (0)1 46 46 16 00 Fax gĂŠnĂŠral 33 (0)1 46 46 16 01 Fax rĂŠdaction 33 (0)1 46 46 16 02 Site web www.courrierinternational. com courriel lecteurs@courrierinternational.com Directeur de la rĂŠdactionEric Chol RĂŠdacteurs en chef Jean-HĂŠbert Armengaud (16 57), Claire Carrard (ĂŠdition, 16 58), Odile Conseil (web, 16 27) RĂŠdacteurs en chef adjoints Catherine AndrĂŠ (16 78), Raymond Clarinard (16 77), Isabelle Lauze (16 54). Assistante Dalila Bounekta (16 16) RĂŠdactrice en chef technique Nathalie Pingaud (16 25) Direction artistique Sophie-Anne Delhomme (16 31) Directeur de la communication et du dĂŠveloppement Alexandre Scher (16 15) Conception graphique Javier Errea ComunicaciĂłn

â†? Toutes nos sources Chaque fois que vous rencontrez cette vignette, scannez-la et accĂŠdez Ă un contenu multimĂŠdia sur notre site courrierinternational.com (ici, la rubrique “Nos sourcesâ€?).

—AMÉRIQUES

7 jours dans le monde 4. Economie. Le jour oÚ les banques ont failli 9. Portrait. Mahabir Pun 10. Controverse. Obama doit-il rejeter le projet d’olÊoduc Keystone XL ?

20. Argentine. Au boulot François 22. Etats-Unis. Le calvaire des soldates de retour au bercail

—EUROPE 24. Chypre. Un plan à hauts risques 26. Portugal. Les petits Portugais montent sur le ring

—FRANCE 28. NKM est-elle bobo ?

D’un continent à l’autre —ASIE 12. Pakistan. Le sermon sur la chute d’Islamabad 14. Chine. Le rail descend de son piÊdestal

—AFRIQUE 16. Zimbabwe. Une nouvelle Constitution... et toujours Mugabe 17. Libye. Pour en ďŹ nir avec les milices 18. Mali. Ces tĂŞtes encore voilĂŠes

—BELGIQUE 30. Mesnil-Eglise, un village alternatif menacÊ ?

A la une 34. Syrie : le choix des armes

Transversales 40. UniversitĂŠs. LibertĂŠ pour les ĂŠtudiants !

46. Economie. La Namibie plombÊe par le prix de l’uranium 47. Ecologie. Chut, on tue des Êcolos ! 48. MÊdias. Black-out sur l’info au Mali 49. Signaux. La diaspora indienne

360º 50. Voyage. Abou Dhabi entre sable, ciel et bÊton 56. Histoire. Ne l’appelez plus jamais Dracula 59. Culture. La discrète sœur jumelle de Tombouctou 60. Tendances. Prendre le livreur de vitesse 62. Plein Êcran. Du temps d’antenne pour les papas japonais

Europe Catherine AndrÊ (coordination gÊnÊrale, 16 78), Danièle Renon (chef de service adjointe Europe, Allemagne, Autriche, Suisse alÊmanique, 16 22), Gerry Feehily (Irlande, 19 70), Lucie Geroy (Italie, 16 86), Daniel Matias (Portugal, 16 34), Iwona Ostapkowicz (Pologne, 16 74), Marie BÊloeil (chef de rubrique France, 17 32), Iulia Badea-GuÊritÊe (Roumanie, Moldavie, 19 76), Wineke de Boer (Pays-Bas), Solveig Gram Jensen (Danemark, Norvège), Alexia Kefalas (Grèce, Chypre), Mehmet Koksal (Belgique), Kristina RÜnnqvist (Suède), Alexandre LÊvy (Bulgarie, coordination Balkans), Agnès Jarfas (Hongrie), Mandi Gueguen (Albanie, Kosovo), Miro Miceski (MacÊdoine), Martina Bulakova (RÊpublique tchèque, Slovaquie), Kika Curovic (Serbie, MontÊnÊgro, Croatie, Bosnie-HerzÊgovine), Marielle Vitureau (Lituanie), Katerina Kesa (Estonie), Russie, est de l’Europe Laurence Habay (chef de service, 16 36), Alda Engoian (Caucase, Asie centrale), Larissa Kotelevets (Ukraine) AmÊriques BÊrangère Cagnat (chef de service, AmÊrique du Nord, 16 14), Eric Pape (Etats-Unis, 16 95), Anne Proenza (chef de rubrique, AmÊrique latine, 16 76), Paul Jurgens (BrÊsil) Asie Agnès Gaudu (chef de service, Chine, Singapour, Taïwan, 16 39), Christine Chaumeau (Ase du Sud-Est, 16 24), Ingrid Therwath (Asie du Sud, 16 51), Ysana Takino (Japon, 16 38), Zhang Zhulin (Chine, 17 47), Elisabeth D. Inandiak (IndonÊsie), Jeong Eun-jin (CorÊes), Kazuhiko Yatabe (Japon) Moyen-Orient Marc SaghiÊ (chef de service, 16 69), Hamdam Mostafavi (Iran, 17 33), Hoda Saliby (16 35), Pascal Fenaux (IsraÍl), Philippe Mischkowsky (pays du Golfe), Pierre Vanrie (Turquie) Afrique Ousmane Ndiaye (chef de rubrique, 16 29), Hoda Saliby (Maghreb, 16 35), Chawki Amari (AlgÊrie), Sophie Bouillon (Afrique du Sud) Economie Pascale Boyen (chef de service, 16 47) Sciences Anh Hoà Truong (chef de rubrique, 16 40) Magazine Isabelle Lauze (16 54) Insolites Claire Maupas (chef de rubrique, 16 60) Ils et elles ont dit Iwona Ostapkowicz (chef de rubrique, 16 74) Site Internet Hamdam Mostafavi (chef des informations, 17 33), Catherine Guichard (rÊdactrice, 16 04), Pierrick Van-ThÊ (webmestre, 16 82), Mathilde Melot, Albane Salzberg (marketing) Agence Courrier Sabine Grandadam (chef de service, 16 97) Traduction Raymond Clarinard (rÊdacteur en chef adjoint, 1677), Natalie Amargier (russe), Catherine Baron (anglais, espagnol), Isabelle Boudon (anglais, allemand), Françoise Escande-Boggino (japonais, anglais), Caroline Lee (anglais, allemand, corÊen), Françoise Lemoine-Minaudier (chinois), Julie Marcot (anglais, espagnol, portugais), Daniel Matias (portugais), Marie-Françoise Monthiers (japonais), Mikage Nagahama (japonais), Ngoc-Dung Phan (anglais, italien, vietnamien), Olivier Ragasol (anglais, espagnol), Danièle Renon (allemand), MÊlanie Sinou (anglais, espagnol), Leslie Talaga RÊvision Jean-Luc Majouret (chef de service, 16 42), Marianne Bonneau, Philippe Czerepak, Fabienne GÊrard, Françoise Picon, Philippe Planche, Emmanuel Tronquart (site Internet) Photographies, illustrations Pascal Philippe (chef de service, 16 41), Lidwine Kervella (16 10), StÊphanie Saindon (16 53) Maquette Bernadette Dremière (chef de service), Catherine Doutey, Nathalie Le DrÊau, Gilles de Obaldia, Josiane Petricca, Denis Scudeller, Jonnathan Renaud-Badet, Alexandre Errichiello, CÊline Merrien (colorisation) Cartographie Thierry GauthÊ (16 70) Infographie Catherine Doutey (16 66) Calligraphie HÊlène Ho (Chine), Abdollah Kiaie (Inde), Kyoko Mori (Japon) Informatique Denis Scudeller (16 84) Directeur de la production Olivier MollÊ Fabrication Nathalie Communeau (directrice adjointe), Sarah TrÊhin (responsable de fabrication). Impression, brochage Maury, 45330 Malesherbes. Ont participÊ à ce numÊro Alice Andersen, LÊna Bauer, Gilles Berton, Jean-Baptiste Bor, Isabelle Bryskier, AurÊlie Carrier, Chen Yan, Sophie Courtois, Geneviève Deschamps, Manon Flausch, Ghazal Golshiri, Marion Gronier, Gabriel Hassan, Steven Jambot, François Mazet, Valentine Morizot, OcÊane Nadalle, Sarah Pomar Chiquette, Isabelle Rosselin, Isabelle Taudière, Nicole Thirion, Blandine Tourain, Oktay Tuncer SecrÊtaire gÊnÊral Paul Chaine (17 46). Assistantes : Natacha Scheubel (16 52), Sophie NÊzet (partenariats, 16 99), Sophie Jan. Gestion : Julie Delpech (responsable, 16 13). ComptabilitÊ : 01 48 88 45 02. Responsable des droits Dalila Bounekta (16 16). Ventes au numÊro Responsable publications : Brigitte Billiard. Direction des ventes au numÊro : HervÊ Bonnaud. Chef de produit : JÊrôme Pons (0 805 05 01 47, fax : 01 57 28 21 40). Diffusion internationale : Franck-Olivier Torro (01 57 28 32 22). Promotion Christiane Montillet Marketing Sophie Gerbaud (directrice, 16 18), VÊronique Lallemand (16 91), Lucie Torres (17 39), Romaïssa Cherbal (16 89).

GEIE COURRIER INTERNATIONAL EBL COURRIER INTERNATIONAL pour la Belgique et le Grand DuchÊ de Luxembourg est commercialisÊ par le GEIE COURRIER INTERNATIONAL EBL qui est une association entre la sociÊtÊ anonyme de droit français COURRIER INTERNATIONAL et la sociÊtÊ anonyme de droit belge IPM qui est l’Êditeur de La Libre Belgique et de La Dernière Heure Les Sports. Co-gÊrant Antoine Laporte Co-gÊrant et Êditeur responsable François le Hodey Directeur gÊnÊral IPM Denis Pierrard Direction logistique IPM Christian De Coster Coordination rÊdactionnelle Gilles Milecan et Pierre Gilissen

+ 32 2 744 44 33 Ouvert les jours ouvrables de 8h à 14h. Rue des Francs, 79 — 1040 Bruxelles PublicitÊ RGP Luc Dumoulin Luc.dumoulin@rgp.be + 32 2 211 29 54 Services abonnements abonnements@saipm.com + 32 2 744 44 33 / Fax + 32 2 744 45 55 Libraires + 32 2 744 44 77 Impression Sodimco SA Directeur Eric Bouko + 32 2 793 36 70


   Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

7 jours dans le monde.

  



   7  



  8 JOURS.

↙ Nicosie, 18 mars. Des Chypriotes manifestent devant le Parlement contre le plan de sauvetage. Patrick Baz/AFP

Ieng Sary ĂŠchappe Ă la justice

ÉCONOMIE

Le jour oĂš les banques ont failli En s’attaquant aux dĂŠpĂ´ts bancaires, le plan de sauvetage de Chypre pourrait dĂŠclencher une nouvelle crise ďŹ nancière en Europe. —The Washington Post Washington

S

amedi matin [16 mars], Chypre est parvenu Ă  un accord avec les prĂŞteurs internationaux sur un plan de sauvetage de l’Île. Dans le cadre de cet accord, les dĂŠpĂ´ts bancaires de plus de 100 000 euros seront soumis Ă  un prĂŠlèvement de 9,9 % ; les dĂŠpĂ´ts infĂŠrieurs seront taxĂŠs Ă  6,75 % [face au tollĂŠ suscitĂŠ par ces mesures, des discussions ĂŠtaient engagĂŠes en dĂŠbut de semaine pour ĂŠviter de pĂŠnaliser les petits ĂŠpargnants]. Les Chypriotes ont eu une rĂŠaction parfaitement logique : ils ont fait la queue devant les distributeurs de billets pour retirer le maximum d’argent en espèces avant que leur compte ne soit ponctionnĂŠ. Ce qui est Ă  prĂŠciser, pour ceux qui auraient des diďŹƒcultĂŠs Ă  localiser l’Île sur une carte, c’est que Chypre est l’un des 17 pays membres de la zone euro, mĂŞme s’il est situĂŠ beaucoup plus près de Beyrouth que de Paris. Les dirigeants des pays europĂŠens ont passĂŠ les six dernières annĂŠes Ă  remuer ciel et terre pour que leurs ĂŠpargnants ne subissent pas de pertes, quelles que soient les diďŹƒcultĂŠs de leur banque. Le cas le plus frappant est celui du gouvernement irlandais, qui s’est portĂŠ garant pour les banques en mettant Ă  mal les ďŹ nances publiques. MĂŞme quand l’Êconomie grecque est tombĂŠe dans la rĂŠcession et que les pertes des banques espagnoles liĂŠes Ă  l’immobilier ont atteint des niveaux dangereux, la Banque centrale europĂŠenne

Erreur de casting

DR

BRÉSIL — Les dÊputÊs brÊsiliens

ont placÊ le 7 mars à la tête de la Commission des droits de l’homme et des minoritÊs une personnalitÊ très contestable. Marco Feliciano, dÊputÊ du PSC (Parti social-chrÊtien, membre de la coalition au pouvoir) et prÊsident du mouvement Catedral do

et les gouvernements europĂŠens ont veillĂŠ Ă ce que les dĂŠpĂ´ts bancaires restent sĂťrs. Ils craignaient que, en obligeant les ĂŠpargnants Ă  ĂŠponger les dettes d’un pays, on ne donne le signal de retraits massifs dans les banques europĂŠennes. Le cas de Chypre est-il donc diÊrent ? A bien des ĂŠgards le pays se distingue du reste de la zone euro, et pas seulement sur le plan gĂŠographique. Sa population est de 1,1 million d’habitants (dix fois moins qu’en Grèce). Il a un système bancaire diďŹƒcile Ă  gĂŠrer, avec des engagements dix fois plus importants que le PIB (contre seulement 3,5 fois plus pour l’ensemble de la zone euro). Beaucoup de ces dĂŠpĂ´ts appartiennent Ă  des Russes fortunĂŠs, pour qui Chypre est un endroit pratique pour placer de l’argent. VoilĂ  les raisons pour lesquelles le Fonds monĂŠtaire international (FMI) a insistĂŠ pour que les pertes soient supportĂŠes par les ĂŠpargnants – sans compter que sauver les ďŹ nances chypriotes sans la contribution de 5,8 milliards d’euros reprĂŠsentĂŠe par les pertes des dĂŠposants aurait impliquĂŠ un renouement quasiment ĂŠquivalent au PIB du pays, un choc trop lourd Ă  encaisser pour le FMI. La Banque centrale europĂŠenne sera dĂŠsormais très vigilante et surveillera les activitĂŠs en Grèce, en Espagne et ailleurs pour voir si le prĂŠcĂŠdent chypriote ne provoque pas de retraits massifs dans les banques de ces pays. Si les dĂŠposants des pays europĂŠens ont l’air de penser que Chypre est la nouvelle

Avivamento, liĂŠ Ă l’AssemblĂŠe de Dieu, une Eglise ĂŠvangĂŠlique forte de 20 millions de ďŹ dèles au BrĂŠsil, a multipliĂŠ ces dernières annĂŠes les dĂŠclarations polĂŠmiques, aďŹƒrmant que “le sida [ĂŠtait] un cancer gayâ€? ou que “les Africains [ĂŠtaient] maudits de par leur ascendanceâ€?. — Folha SaĂľ Paulo

14

norme et que des dĂŠpĂ´ts bancaires apparemment sĂťrs peuvent ĂŞtre ponctionnĂŠs du jour au lendemain de 10 %, on peut s’attendre Ă  un aux de liquiditĂŠs des banques centrales dans ces pays. Ce que le reste du monde peut espĂŠrer de mieux est que le cas chypriote soit suďŹƒsamment unique pour ne pas dĂŠclencher de panique Ă  Athènes et Ă  Madrid (ou Ă  Lisbonne, Dublin et Rome). Au cours des six derniers mois, les marchĂŠs financiers mondiaux ont repris conďŹ ance, apparemment convaincus que la crise de la zone euro ĂŠtait terminĂŠe. Chypre nous dira si cette conďŹ ance est justiďŹ ĂŠe ou non. En d’autres termes, si une nouvelle crise ĂŠclate en Europe, les historiens pourront attribuer son origine au sauvetage des banques chypriotes. —Neil Irwin Voir ĂŠgalement pages 28 et 29.

SOURCE THE WASHINGTON POST Washington, Etats-Unis Quotidien, 700 000 ex. Recherche de la vÊritÊ et indÊpendance sont les maÎtres mots de ce quotidien de centre droit. Le Post a toujours su Êvoluer pour devenir – et rester – l’un des journaux mondiaux les plus inuents.

dĂŠtenus de Guantanamo poursuivent une grève de la faim depuis plusieurs semaines ; 6 d’entre eux sont alimentĂŠs de force, rapporte The Washington Post. Les avocats des dĂŠtenus ont ĂŠcrit le 14 mars une lettre au chef du Pentagone, Chuck Hagel, pour l’alerter sur cette situation et sur le dĂŠsespoir grandissant, chez les 166 hommes encore enfermĂŠs Ă  la prison, “face au gouvernement amĂŠricain, qui a cessĂŠ de faire des eorts pour rapatrier les prisonniers libĂŠrablesâ€? – 80 d’entre eux sont dans ce cas. L’administration “a fermĂŠ en janvier le bureau chargĂŠ de nĂŠgocier le transfert des dĂŠtenus et d’accĂŠlĂŠrer la fermeture du centre de dĂŠtentionâ€?, rappelle le quotidien amĂŠricain.

CAMBODGE — L’ancien ministre des Aaires ĂŠtrangères du rĂŠgime khmer rouge, dĂŠcĂŠdĂŠ le 14 mars Ă  Phnom Penh, ne sera pas allĂŠ au bout de son procès. Chum Mey, l’un des rares survivants de la prison S21, le principal centre de dĂŠtention des Khmers rouges, exprime sa dĂŠception dans The Phnom Penh Post : “Je n’ai guère d’espoir d’obtenir justice. Cette cour devait ĂŞtre un modèle, je crains qu’elle ne devienne un exemple d’injustice.â€? Ieng Sary ĂŠtait inculpĂŠ pour crimes contre l’humanitĂŠ, gĂŠnocide et crimes de guerre, tout comme les deux anciens responsables khmers qui restent seuls face aux juges : Nuon Chea, 86 ans, idĂŠologue du parti et adjoint direct de Pol Pot, et Khieu Samphan, 81 ans, ancien chef de l’Etat du KampuchĂŠa dĂŠmocratique. Tous deux nient les faits.

↑Ieng Sary en 1977, ancien ministre des Aaires Êtrangères de Pol Pot. AFP

Changement de cap GROENLAND — Jamais Êlections lÊgislatives, dans ce territoire rattachÊ au Danemark mais jouissant d’une grande autonomie, n’auront ÊtÊ suivies d’aussi près que celles du 12 mars dernier. Politiquement, les Groenlandais se sont un peu rapprochÊs du centre : le parti social-dÊmocrate, le Siumut, a obtenu 42,8 % des surages, tandis qu’Inuit Ataqatigiit, le parti socialiste au pouvoir, a recueilli 34,4 % des voix. Si ces Êlections ont tellement attirÊ l’attention, c’est à cause de la richesse du sous-sol de l’Île, rendue accessible par la fonte de la calotte glacière. La question de l’exploitation minière – plus prÊcisÊment celle de l’extraction d’uranium, mêlÊ aux terres rares – a ÊtÊ au centre des dÊbats, et les sociaux-dÊmocrates se sont prononcÊs en faveur d’une exploitation accrue. Les Groenlandais seront pour la première fois dirigÊs par une femme, la très charismatique Aleqa Hammand, 47 ans.




7 JOURS

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

ILS PARLENT

LA PHOTO DE LA SEMAINE

DE NOUS

Bagdad 2003-2013

RUDOLF BALMER correspondant de la Tageszeitung (Allemagne) et de la Basler Zeitung (Suisse) sur la CGT et sa nouvelle direction.

On parle souvent du “radicalisme” de la CGT. Ça vous semble juste ? — La radicalité de la CGT se résume le plus souvent à privilégier la défense des acquis d’une autre époque avec les moyens d’un autre temps. Cela peut certes ralentir la détérioration des conditions de travail, mais pas plus. Sans mouvement de masse, la radicalité (verbale) ne sert à rien, pis, elle marginalise la CGT. S’il veut changer, ce syndicat doit trouver une dynamique de contestation et de lutte qui va au-delà de la défense des acquis à court terme. La CGT est fermement opposée à l’accord sur l’emploi signé le 11 janvier. A-t-elle raison ? —On peut avoir raison sur les principes et tort si on n’arrive pas à expliquer le bien-fondé de sa position. Cela me semble être le cas ici. On essaie de faire accepter des concessions importantes pour un plat de lentilles. Face à la conciliante CFDT, la CGT apparaît comme l’appareil qui dit non. Les contre-propositions ne sont pas audibles, et ce n’est pas seulement la faute des médias.

La photographe Maya Alleruzzo est revenue en Irak dix ans après la guerre lancée le 20 mars 2003 par les Américains contre Saddam Hussein. La rue Abou Nawas est aujourd’hui une adresse recherchée par les familles aisées ; il y a dix ans, la photographe y capturait l’image d’un enfant rendu orphelin par la guerre. (Photo Maya Alleruzzo AP/Sipa)

Le Mur pour mémoire À LA UNE LE TEMPS Genève, Suisse Quotidien, 49 000 ex. Tout jeune et pourtant… Issu de la fusion du Journal de Genève et Gazette de Lausanne et du Nouveau Quotidien, Le Temps fêtait le 18 mars ses quinze ans d’existence. Ce quotidien “est devenu quelque chose d’incontournable dans le paysage médiatique suisse, et aussi l’un des rares médias de notre pays régulièrement cités à l’étranger”, se réjouit Stéphane Garelli, le président de son conseil d’administration, tout en rappelant que le quotidien suisse NZZ affiche 233 ans et que le quotidien de Lausanne 24 Heures vient de fêter ses 250 ans !

ALLEMAGNE — Des milliers de Berlinois sont descendus dans la rue le 17 mars pour défendre l’East Side Gallery, le dernier grand pan du mur de Berlin préservé et livré à la créativité des artistes. “Les fronts semblent clairs, écrit la Berliner Zeitung. D’un côté l’investisseur qui veut construire ici un immeuble de luxe de 65 mètres de haut et qui a besoin d’un accès qui traverse directement le Mur, et de l’autre les protestataires qui veulent préserver ce site historique et que le ‘luxe’ indispose. Mais il y a encore davantage :

dans ce différend, il y va aussi de la manière dont Berlin se transforme, de la réflexion sur l’avenir de la ville et de qui en décide.”

Xi Jinping fait un rêve CHINE — Désigné président de la République lors de la session parlementaire annuelle, le nouveau secrétaire général du Parti communiste chinois, Xi Jinping, a invoqué “le rêve chinois” dans son discours de clôture de la session

parlementaire, le 17 mars, en mettant en avant la renaissance de la nation chinoise, le patriotisme et la fidélité au Parti communiste chinois. Le thème du “rêve chinois” pourrait réussir à convaincre bien plus que ne l’avait fait la “société harmonieuse” de son prédécesseur, Hu Jintao, commente le South China Morning Post. D’abord, les aspirations à la modernisation, à la puissance, au bien-être, et à la stabilité sont universelles. Ensuite, quand il propose de “restaurer” la gloire passée de la Chine, Xi laisse place à l’interprétation de chacun. De quoi contenter conservateurs, modernistes et communistes.” Voir aussi pages 18.

← Des Berlinois manifestent, le 17 mars, contre la destruction de la portion de Mur (1,3 km) conservée dans la capitale. Britta Pedersen/AFP

DESSIN DE CAJAS

La CGT change de secrétaire général. Doit-elle aussi changer en profondeur ? — Elle n’a pas grand-chose à gagner en adoptant une ligne réformiste modérée. On lui demande d’être “raisonnable”, d’accepter la logique du sacrifice pour sauver (provisoirement) l’emploi ou ce qu’il reste du droit du travail, comme le font la CFDT ou la CFTC. Il est clair que, face à la crise et à la globalisation, les syndicats nationaux se trouvent tous dans une position défensive très difficile. Le vrai défi pour la CGT comme pour les autres confédérations sera de trouver une stratégie de lutte internationale. Je ne vois pas d’issue sur un plan national. C’était d’ailleurs déjà vrai au début du mouvement ouvrier, au XIXe siècle ; ça l’est bien plus encore aujourd’hui, à l’heure du chantage aux délocalisations et du dumping social et écologique. On dira que c’est utopiste…

DR

“La CGT n’a pas à être modérée”




     ('44@5 ,A >  &+ $: : -4:# 34*0

 *+=>= ('44@ ,A >+=6 -4): 3$*#4 * %%  :  -4:#4 ( +*:*=  >+:4 4* > >+6 -4+$60           A07 8 #   .&: 36+4-:&+* 6-&!2=/ 6 :(-$+*6 )+&(6 2=*:&! ( *&>= 3?-+6&:&+* )?&)(  (3=:&(&6:=4 =? +*6 (:4+)#*:&2=6 -+=4 =* =:&(&6:&+*  (3+4&((0  4#()*::&+* 4*&6 &)-+6 2= (  * -66 -6 < 8 #0 3&)# 34* 6: 6&)=(0 4)&*=? ,A +)-:&(6 +**?&+* &%& " +=  1 42=&60 <A,; ('44@0 +=6 4+&:6 464>60 ('44@5 &*6& 2= (6 )42=6 +))4&(6 *+)6 : (+#+6 66+&6 6+*: ( -4+-4&:  64$ * +:&+* &)&: : 6+*: -+66 :8+= =:&(&66 =? ::6%*&6 : *6 3=:46 -@6 = )+*0 +=:6 (6 =:46 )42=6 +))4&(6 --4:&***:  (=46 -4+-4&:&46 46-:& 60




7 JOURS

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

ÉTATS-UNIS – ISRAËL

Obama, un voyage pour rien

À LA UNE OUTLOOK New Delhi, Inde Hebdomadaire, 250 000 ex. Inde-Italie : haute tension Deux marins italiens ont été incarcérés en Inde pour avoir tué deux pêcheurs indiens en février 2012. Un an plus tard, ils ont pu rentrer en Italie pour voter aux législatives. Ils devaient, comme s’y était engagé l’ambassadeur italien, retourner ensuite en Inde. Mais Rome n’a pas tenu parole. Depuis, l’affaire fait scandale, d’autant plus que les relations entre les deux pays sont tendues : en février dernier, un industriel italien avait été accusé de corruption dans le cadre d’un contrat de défense avec New Delhi. Outlook titre “Basta !” et explique : “L’Italie hante la politique indienne. Maintenant ce sont ces marins récalcitrants qui viennent d’administrer une gifle cinglante à notre justice et à notre exécutif. Ça suffit !”

L’attitude et les propos du président américain ne laissent espérer aucune avancée dans le dossier palestinien. —Ha’Aretz (extraits) Tel-Aviv →Dessin de Haddad paru dans Al-Hayat, Londres.

B

arack Obama a décidé de rabaisser les Israéliens, il leur parle comme à des ignorants. Mais le président des Etats-Unis n’en sort pas grandi : il trahit ses principes, ceux-là même qui lui ont valu des louanges internationales et le prix Nobel de la paix. C’est ce qui ressort de son interview sur [la chaîne israélienne] Channel 2 à la veille de sa visite en Israël. Il s’est répandu en flatteries sur le dirigeant israélien, dépassant largement le cadre du protocole diplomatique et même d’une certaine hypocrisie américaine. Quand Obama a dit qu’il

admirait les “valeurs fondamentales” d’Israël, de quelles valeurs parlait-il ? De la déshumanisation des Palestiniens ? De l’attitude envers les immigrés africains ? De l’arrogance, du racisme, du nationalisme ? Est-ce bien cela qu’il admire ? Les bus séparés pour les Palestiniens ne lui rappellent donc rien ? Deux communautés vivant sur la même terre, l’une avec des droits et l’autre sans, cela ne lui dit rien du tout ? Admirer des “valeurs fondamentales” tout en sachant qu’on a affaire à l’un des pays les plus racistes du monde, avec un mur de séparation et des politiques

rappelant l’apartheid, cela revient à trahir les valeurs fondamentales du mouvement des droits civiques, valeurs sans lesquelles le miracle Obama n’aurait pas été possible. Dommage qu’il ne puisse pas réaliser son fantasme : se coller une fausse moustache et déambuler dans les rues pour s’entretenir avec des Israéliens. Il entendrait comment ils parlent des Noirs comme lui. Dommage qu’il ne puisse pas s’attarder dans un café comme il aimerait le faire. Il entendrait quelles sont les vraies “valeurs fondamentales” qui animent les Israéliens. —Gideon Levy

Pour tout savoir sur les 20 Papes qui ont marqué l’histoire . Un superbe magazine de 52 pages

4,50€

En vente actuellement chez votre libraire


7 JOURS

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013



ILS/ELLES ONT DIT

Mahabir Pun Vivre et travailler au pays ILS FONT L’ACTUALITÉ

FLEMMARD

“A une époque, j’ai essayé de l’apprendre, mais j’ai laissé tomber. Ça entrait par une oreille et ça ressortait par l’autre.” C’est ce qu’a affirmé

Ce Népalais de 58 ans, formé aux Etats-Unis, a connecté son village reculé à Internet. Il veut aujourd’hui créer un centre national d’innovation pour que ses concitoyens cessent d’émigrer en nombre.

le prince Charles à ses hôtes lors de son voyage au Qatar, à propos de la langue arabe – pour lui, c’était “du chinois”. (The Independent, Londres)

CONVERTI Mahabir Pun, lauréat du prix Ramon Magsaysay, considéré comme le prix Nobel asiatique.

Il récompense depuis 1957 des personnalités ayant fait preuve d’excellence en Asie.

↓ Mahabir Pun. Dessin de Schot, pour Courrier international.

sur la manière dont l’Etat pouvait participer au financement de la centrale hydroélectrique. Mais avant que le Premier ministre et les membres de son bureau partent pour un pique-nique à Godavari, ils sont convenus d’inviter la Banque mondiale, la Banque de développement asiatique et d’autres agences multilatérales à faire aboutir le projet. “Ce sera un miracle si le secrétaire du bureau du Premier ministre trouve un seul donateur disposé à accorder un prêt à taux privilégié pour l’innovation, a confié Mahabir Pun au Nepali Times. Attendons de voir.” Dans son enfance, ce Népalais faisait paître des moutons près du village de Nangi, sous le massif de l’Annapurna. Il allait à l’école sans crayons ni manuels scolaires. Pourtant, alors que la plupart de ses voisins sont devenus des Gurkhas [mercenaires] de l’armée britannique, lui a obtenu une bourse et poursuivi ses études à l’université du Nebraska. A la différence de beaucoup de ses compatriotes, il est rentré au Népal et ne s’est pas installé à Katmandou, préférant retourner à Nangi pour aider son village à entrer dans l’ère d’Internet. Avec le Centre népalais pour l’innovation, Mahabir Pun cherche aujourd’hui à étendre à l’échelon national ce qu’il a accompli au niveau local. Son projet a peutêtre plus de chances de trouver un financement sous un gouvernement technocrate que sous un gouvernement dirigé par des partis [depuis novembre 2012, le pays est dans une impasse politique ; Bhattarai se trouve à la tête d’un gouvernement intérimaire et le processus constitutionnel est au point mort, l’Assemblée constituante ayant été dissoute avant d’avoir adopté une nouvelle Cons ti tu tion]. Et plus encore s’il fait lui-même partie de ce gouvernement technocrate… —Kunda Dixit

“Toutes nos filles et tous nos fils devraient avoir accès à la joie et à la stabilité du mariage”, déclare le sénateur

UNITED STATES SENATE

E

n 2007, Mahabir Pun a reçu le prix Ramon Magsaysay pour son projet d’installation d’un réseau Wi-Fi dans une région rurale du Népal. Récemment, il a pu se rendre compte qu’Internet était aussi un bon moyen pour communiquer avec le Premier ministre, Baburam Bhattarai. Il avait rencontré M. Bhattarai l’an dernier pour discuter de son cheval de bataille, la création d’un centre national d’innovation destiné à promouvoir la créativité et à créer des emplois afin d’éviter aux Népalais de devoir émigrer pour trouver du travail. Le Premier ministre avait trouvé son idée excellente et chargé son bureau de la mettre en application. Mais, comme prévu, il ne s’est rien passé. Chaque fois qu’il s’est rendu de Myagdi, son village natal, à Katmandou [à 250 km à vol d’oiseau] pour s’enquérir de l’état d’avancement de son projet, Mahabir Pun n’a reçu de la part des ministères que sourires, petites tapes sur l’épaule et hochements de tête. A la mi-février, il a laissé libre cours à son mécontentement dans un tweet envoyé à l’adresse du Premier ministre. Dans un message posté sur la liste de diffusion du NNSD (Réseau népalais de dialogue social, économique et environnemental), qui compte parmi ses membres des universitaires, des militants de la société civile, des politiciens et des fonctionnaires de premier plan, il a écrit en ouverture de son réquisitoire : “Après m’être entretenu pendant plus d’un an avec des dirigeants politiques, des hauts fonctionnaires, des agences de développement et des membres de l’élite intellectuelle de Katmandou, j’ai le sentiment que personne ne se soucie de l’immense besoin d’un centre d’innovation pour faire passer le Népal du rang de pays de mendiants à celui de pays de nantis.” Il déplorait ensuite que personne ne semble vouloir endiguer l’exode des Népalais en âge de travailler alors que des organisations donatrices investissent des milliards de dollars au Népal. Il se disait également choqué d’avoir lu dans la presse que le cabinet avait approuvé une dépense de 3 milliards

de roupies [42,5 millions d’euros] en hélicoptères destinés à l’armée népalaise. “Si le gouvernement a autant d’argent pour acheter des hélicoptères, comment se fait-il qu’il ne puisse pas fournir un demi-milliard de roupies en crédit pour aider à la fondation d’un centre d’innovation ?” demandait-il. Dans la foulée, il a enregistré Nepal Abiskar Kendra, une société à but non lucratif dont le conseil d’administration compte d’anciens hauts fonctionnaires en vue. Son idée : construire une centrale hydroélectrique de 10 mégawatts et vendre pour 6 millions de dollars d’électricité au réseau national. Ces fonds serviront à rembourser le crédit et à gérer le centre d’innovation, qui mettra les technologies de l’information au service de Népalais créatifs pour les aider à financer et à lancer de nouvelles activités. Mahabir Pun s’efforce actuellement d’obtenir de l’Etat ou d’un donateur international un prêt de 6 millions de dollars à taux privilégié pour construire la centrale hydroélectrique. Trois heures après avoir posté son message, M. Pun a reçu un SMS du bureau du Premier ministre le convoquant pour le lendemain matin dans sa résidence officielle. Là, il s’est retrouvé face au ministre, au secrétaire général du gouvernement et au secrétaire du bureau du Premier ministre. Le chef du gouvernement l’a informé qu’il avait lu son tweet et qu’il souscrivait entièrement au concept de centre népalais d’innovation, puis il a demandé au ministre des Finances comment le gouvernement pouvait lui apporter un soutien. Les discussions se sont prolongées pendant une heure, et le jeune Népalais se souvient que, comme il le prévoyait, le ministre et les secrétaires n’avaient pas d’idées concrètes

républicain Rob Portman, de l’Ohio, qui, à l’instar de nombreux conservateurs américains, ne s’oppose plus au mariage gay. Il y a deux ans, son fils lui a avoué son homosexualité. (The Columbus Dispatch, Etats-Unis)

ESTOMAQUÉ

“Une décision injuste, non professionnelle et dangereuse.” Réaction du président russe Vladimir Poutine à la décision de la troïka européenne de taxer les dépôts bancaires à Chypre. Dans ce paradis fiscal, les avoirs appartenant aux citoyens et aux entreprises russes s’élèveraient à quelque 15 à 20 milliards d’euros. (Moskovski Komsomolets, Moscou)

HONNÊTE

“Je suis convaincu qu’il faut des partis politiques. Le problème est que je ne les supporte pas.” Invité à la foire du Livre de Leipzig (du 14 au 17 mars), pour débattre sur l’avenir du politique face aux crises du XXIe siècle, le président du groupe des eurodéputés verts Daniel Cohn-Bendit avoue son dilemme devant une salle comble et un public passionné par l’avenir de la démocratie. (Die Tageszeitung,Berlin)

PINCE-SANS-RIRE

“Il est absolument faux de dire que le gouvernement a ignoré les propositions de Droit et justice. Au contraire, il les a toujours considérées avec le plus grand sérieux, comme le méritent toutes les idées qui peuvent mener le pays à la ruine.” La réponse

G.GOBET/AFP

—Nepali Times Katmandou

du vice-Premier ministre polonais Jacek Rostowski à Jaroslaw Kaczynski, chef du plus important parti d’opposition du pays. (Natemat.pl, Varsovie)




7 JOURS

Courrier international â&#x20AC;&#x201D; no 1168 du 21 au 27 mars 2013

CONTROVERSE

Obama doit-il rejeter le projet dâ&#x20AC;&#x2122;olĂŠoduc Keystone XL ? Dans les mois qui viennent, le prĂŠsident amĂŠricain doit prendre une dĂŠcision concernant la construction dâ&#x20AC;&#x2122;un olĂŠoduc destinĂŠ Ă acheminer le pĂŠtrole issu des sables bitumineux canadiens jusquâ&#x20AC;&#x2122;au Texas.

OUI

NON

Continuer Ă dĂŠpendre des combustibles fossiles est une folie

Ce pĂŠtrole canadien est une chance pour les Etats-Unis

â&#x20AC;&#x201D;USA Today McLean (Virginie)

â&#x20AC;&#x201D;National Review New York

TracĂŠ (existant ou planniďŹ ĂŠ) du futur olĂŠoduc Keystone XL ALBERTA

Hardisty

CANADA SASKATCH.

MONTANA

H

DAKOTA DU NORD DAKOTA DU SUD

NEBRASKA

EU

KANSAS

SE S

franceinfo.fr

Repères

C RO

du lundi au vendredi Ă 16h15 et 21h50

* Son dernier livre sâ&#x20AC;&#x2122;intitule La Tyrannie des clichĂŠs.

LES

Lâ&#x20AC;&#x2122;ACTUALITĂ&#x2030; INTERNATIONALE ÂŤUN MONDE Dâ&#x20AC;&#x2122;INFOÂť

* Fondateur du mouvement 350.org sur le climat mondial, dont lâ&#x20AC;&#x2122;objectif est de ramener le taux de CO2 dans lâ&#x20AC;&#x2122;atmosphère Ă 350 parties par million (il est aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui de 392 ppm).

S

i beaucoup perçoivent les Etats-Unis comme le bad boy planĂŠtaire, tout le monde aime leur voisin du Nord. Le Canada est un citoyen du monde, un bon voisin, un Porto Rico nordique avec une sensibilitĂŠ pro-UE qui lui vaut quotidiennement ses ĂŠtoiles dâ&#x20AC;&#x2122;or des Nations unies. Au-dessous du 49e parallèle, cela devrait avoir son importance. Pour lâ&#x20AC;&#x2122;heure, nous attendons tous que le prĂŠsident Obama donne son feu vert Ă lâ&#x20AC;&#x2122;olĂŠoduc Keystone. Ce pipeline acheminerait le pĂŠtrole depuis le sable bitumineux du nord de lâ&#x20AC;&#x2122;Alberta vers les raďŹ&#x192;neries des Etats-Unis. A lâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠe quâ&#x20AC;&#x2122;Obama puisse donner son aval au pipeline, les ĂŠcologistes sont dĂŠjĂ  prĂŞts Ă  sâ&#x20AC;&#x2122;enchaĂŽner Ă  tout ce qui bouge. Les antipipeline veulent que les EtatsUnis donnent lâ&#x20AC;&#x2122;exemple. Pour eux, lâ&#x20AC;&#x2122;olĂŠoduc est un pas dans la mauvaise direction. â&#x20AC;&#x153;Qui voudrait que les Etats-Unis encouragent lâ&#x20AC;&#x2122;extraction la plus sale du pĂŠtrole brut le plus sale depuis le sable bitumineux du Nord canadien ?â&#x20AC;? sâ&#x20AC;&#x2122;interrogeait [le 9 mars] Thomas Friedman, journaliste au New York Times. Eh bien, tout dâ&#x20AC;&#x2122;abord, les Canadiens, eux, nâ&#x20AC;&#x2122;y trouvent rien Ă  redire. Et, si nous ne voulons pas de ce pĂŠtrole, les Chinois sont clients : Ottawa et PĂŠkin ont fait savoir que, si les Etats-Unis ne voulaient pas du pipeline, ils en construiraient un qui irait vers la cĂ´te ouest du Canada. En dâ&#x20AC;&#x2122;autres termes, le pĂŠtrole sera pompĂŠ quoi quâ&#x20AC;&#x2122;il arrive. En outre, les risques de rejet sont plus ĂŠlevĂŠs si nous ne construisons pas cet olĂŠoduc. Les pĂŠtroliers en route vers la Chine constituent une plus grande menace pour lâ&#x20AC;&#x2122;environnement quâ&#x20AC;&#x2122;un tuyau traversant la terre ferme pour desservir les raďŹ&#x192;neries des Etats-Unis. Si les Etats-Unis sâ&#x20AC;&#x2122;imaginent quâ&#x20AC;&#x2122;ils donnent lâ&#x20AC;&#x2122;exemple quand ils font ĂŠchouer des projets comme celui de Keystone ou quand ils luttent contre lâ&#x20AC;&#x2122;extraction pĂŠtrolière sur des terrains fĂŠdĂŠraux, comme lâ&#x20AC;&#x2122;a fait Obama, ils ne trompent personne â&#x20AC;&#x201C; mĂŞme pas les Canadiens. Partout dans le monde, des Etats multiplient les projets pĂŠtroliers et gaziers. En Russie, la production pĂŠtrolière continue dâ&#x20AC;&#x2122;augmenter. Le BrĂŠsil met les bouchĂŠes doubles dans les forages offshore. Le Mexique a rĂŠcemment annoncĂŠ la dĂŠcouverte dâ&#x20AC;&#x2122;un nouveau gisement gigantesque, quâ&#x20AC;&#x2122;il nâ&#x20AC;&#x2122;hĂŠsitera pas Ă  mettre en valeur. Des experts pronostiquent un boum pĂŠtrolier dans lâ&#x20AC;&#x2122;Atlantique Sud, après la ruĂŠe sur le pĂŠtrole de la mer du Nord des annĂŠes 1980.

Entre-temps, grâce aux progrès techniques, lâ&#x20AC;&#x2122;Agence internationale de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠnergie (AIE) prĂŠvoit que les Etats-Unis seront le premier producteur mondial de pĂŠtrole en 2017, ainsi quâ&#x20AC;&#x2122;un exportateur net en 2030. Cela ne fait pas lâ&#x20AC;&#x2122;aďŹ&#x20AC;aire des Verts, qui depuis des annĂŠes ne cessent de rĂŠpĂŠter que nous devons nous arracher Ă la dĂŠpendance envers le pĂŠtrole ĂŠtranger. Quel est le but, au fond ? Les ĂŠcologistes seront les premiers Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;admettre, le rĂŠchauffement planĂŠtaire estâ&#x20AC;Ś planĂŠtaire. Le CO2 que nous nâ&#x20AC;&#x2122;avons pas rejetĂŠ dans lâ&#x20AC;&#x2122;atmosphère a ĂŠtĂŠ plus que compensĂŠ par les ĂŠmissions des ĂŠconomies ĂŠmergentes dâ&#x20AC;&#x2122;Asie. MĂŞme si nous rĂŠduisions nos rejets Ă  nĂŠant, ceux de la Chine Ă  elle seule les remplaceraient en quelques annĂŠes. Les marchĂŠs du pĂŠtrole et du gaz sont eux aussi planĂŠtaires, ďŹ gurez-vous. Dâ&#x20AC;&#x2122;autres pays nâ&#x20AC;&#x2122;auront rien de plus pressĂŠ que dâ&#x20AC;&#x2122;exploiter le pĂŠtrole que nous aurons refusĂŠ de produire. Tout ce que nous aurons obtenu, câ&#x20AC;&#x2122;est de faire augmenter les prix plus quâ&#x20AC;&#x2122;ils nâ&#x20AC;&#x2122;auraient dĂť, en nous privant de milliards de dollars qui auraient dĂť rester chez nous au lieu de partir au Moyen-Orient. Apparemment aucun pays hormis les Etats-Unis nâ&#x20AC;&#x2122;a envie, en laissant le pĂŠtrole et le gaz dormir dans ses gisements, de passer Ă  cĂ´tĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;une croissance ĂŠconomique dont il a grandement besoin.En dâ&#x20AC;&#x2122;autres termes, le Canada est une chance, il ne sâ&#x20AC;&#x2122;agirait pas de la laisser ĂŠchapper. â&#x20AC;&#x201D;Jonah Goldberg*

OKLAHOMA

Ă&#x2030;TATSUNIS

TEXAS

MEXIQUE 1 000 km

Port Arthur Golfe du Mexique

COURRIER INTERNATIONAL

I

l y a un an, le prĂŠsident Obama a renvoyĂŠ le projet dâ&#x20AC;&#x2122;olĂŠoduc Keystone pour analyse complĂŠmentaire. Dans les mois qui ont suivi, mère Nature a prĂŠsentĂŠ des tĂŠmoignages publics impressionnants : â&#x20AC;&#x201C; lâ&#x20AC;&#x2122;annĂŠe la plus chaude de lâ&#x20AC;&#x2122;histoire amĂŠricaine ; â&#x20AC;&#x201C; une sĂŠcheresse ĂŠpique qui a fait grimper en ďŹ&#x201A;èche les prix des denrĂŠes alimentaires dans le monde entier ; â&#x20AC;&#x201C; la supertempĂŞte Sandy, qui a vu la plus basse pression atmosphĂŠrique enregistrĂŠe au nord du cap Hatteras ; â&#x20AC;&#x201C; une fonte de lâ&#x20AC;&#x2122;Arctique tellement intense que les scientiďŹ ques de la Nasa ont dĂŠclarĂŠ que nous allions ĂŞtre confrontĂŠs Ă  une â&#x20AC;&#x153;urgence planĂŠtaireâ&#x20AC;?. Ces changements extrĂŞmes dans le fonctionnement de la planète montrent la stupiditĂŠ quâ&#x20AC;&#x2122;il y a Ă  prolonger notre dĂŠpendance vis-Ă -vis des combustibles fossiles, ce qui est exactement lâ&#x20AC;&#x2122;eďŹ&#x20AC;et quâ&#x20AC;&#x2122;aura Keystone. En permettant dâ&#x20AC;&#x2122;accĂŠder facilement au â&#x20AC;&#x153;pĂŠtrole le plus sale de la terreâ&#x20AC;?, cet olĂŠoduc favorisera lâ&#x20AC;&#x2122;expansion de la production de sables bitumineux. Câ&#x20AC;&#x2122;est de la folie pure et simple. Ses partisans proclament depuis toujours quâ&#x20AC;&#x2122;il crĂŠera un grand nombre dâ&#x20AC;&#x2122;emplois (il en crĂŠera quelques-uns, pendant deux ou trois ans, ce qui nâ&#x20AC;&#x2122;est pas Ă  nĂŠgliger â&#x20AC;&#x201C; mais les vĂŠritables crĂŠations dâ&#x20AC;&#x2122;emplois surviendront quand nous nous dirigerons fermement vers les ĂŠnergies renouvelables) ou

quâ&#x20AC;&#x2122;il augmentera notre indĂŠpendance ĂŠnergĂŠtique (ce qui est une absurditĂŠ, ce pĂŠtrole ĂŠtant destinĂŠ Ă lâ&#x20AC;&#x2122;exportation). Mais, en facilitant la surabondance de pĂŠtrole canadien, il fera augmenter et non baisser le prix du gaz, ce que mĂŞme ses partisans concèdent. Le grand argument en faveur de Keystone a toujours ĂŠtÊ : si nous ne prenons pas ce pĂŠtrole, câ&#x20AC;&#x2122;est quelquâ&#x20AC;&#x2122;un dâ&#x20AC;&#x2122;autre qui le fera. Les barons du pĂŠtrole se sont vantĂŠs il y a un an quâ&#x20AC;&#x2122;ils construiraient plutĂ´t un olĂŠoduc vers le PaciďŹ que, mais dans tout le Canada des citoyens se sont dressĂŠs contre ce projet, qui est dĂŠsormais pratiquement abandonnĂŠ. Le mĂŞme genre de mouvement vient de naĂŽtre aux Etats-Unis : Keystone est la première question ĂŠcologique Ă  jeter les AmĂŠricains dans la rue depuis une gĂŠnĂŠration. [Le 17 fĂŠvrier dernier, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblĂŠs près de la Maison-Blanche pour appeler Obama Ă  prendre des mesures concrètes contre le rĂŠchauďŹ&#x20AC;ement climatique.] Si le prĂŠsident Obama rejetait lâ&#x20AC;&#x2122;olĂŠoduc, il serait le premier dirigeant au monde Ă  bloquer un grand projet dâ&#x20AC;&#x2122;infrastructures en raison des dommages que celui-ci causerait au climat. Il laisserait lĂ  un hĂŠritage â&#x20AC;&#x201C; le seul que les gens retiendraient dans les dĂŠcennies Ă  venir. â&#x20AC;&#x201D;Bill McKibben*


ZC |ĉış¼ TĒĤşù|êļ¼ é ZĒ›ê½Œ½ ĉĒĉźă¼ ĒĒĤ½ļ|ŒêŶ¼ ®¼ |ĉış¼ TĒĤşù|êļ¼ … ›|ĤêŒ|ù Ŷ|ļê|ù¼ È ZêÃÖ¼ ńĒ›ê|ù ¨ ĎĜ Ēşļń ®¼ń VĒ›ä¼ń È ŌŌĜÄō CH.Z.<Ī Zêļ¼Œ ĉ³ ŌÄÔ ŝŌÑ ŌŌÄ ƃƃÄÔŝĪ VZ B¼|şŹĪ .ăă|Œļê›şù|ŒêĒĉ HV.Z ĉ³ ƃŌ ƃŝŌ ĜŗÄĪ T È Ñƃ ļş¼ Tê¼ļļ¼ B¼ĉ®Ãń %ļ|ĉ›¼ È ŌÑƃĜŗ T|ļêń È VZ ÔĎŗ ÔÑÑ ƃÔŝĪ

˜næÏ [¨£}A£[n nÓÝ Ïo[·Ï¨Äæn nÝ eæÏAQ˜n½ n·æÓ Øü A£Ób ˜A 0 " ÓÌn£ƒAƒnb Aæ Äæ¨Ýen£b H ˜næÏÓ [ªÝoÓ A}£ Äæ̏˜Ó ÏoA˜Ón£Ý ˜næÏÓ ·Ï¨–nÝÓ n£ ݨæÝn Óo[æϏÝo nÝ Aæõ žn˜˜næÏnÓ [¨£eÝ¨£Ó½ ÝÏn æ£n QA£Äæn [¨¨·oÏAݏónb [ÌnÓÝ ·Ï¨ÝoƒnÏ AóA£Ý ݨæÝ ˜nÓ £ÝoÏpÝÓ en ÓnÓ 0¨[oÝAÏnÓ½ /n–¨ƒ£núŽ£¨æÓ ÓæÏ

[AÓen£½|Ï

¨æ [¨£ÝA[ÝnúŽ£¨æÓ Aæ

üsäØ sä üü

¹ üb¯  22 ٞ£ n£ ÏA£[n žoÝϨ·¨˜ÝA£n º

é

.ùùşńŒļ|ŒêĒĉ ¨ :êùùĒÏϼļ

.æA£e æ£n QA£Äæn ·AÏÝAƒn ˜nÓ óA˜næÏÓ en ÓnÓ 0¨[oÝAÏnÓb

/ªRIIUH &$6'(1 HVW GLVSRQLEOH HQ 'pOpJDWLRQV 'pSDUWHPHQWDOHV HW pJDOHPHQW GDQV OH 5pVHDX %DQTXH 3RSXODLUH




Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

d’un continent. à l’autre

Afrique .........16 Amériques .......20 Europe ..........24 France ..........28

asie

Pakistan. Le sermon sur la chute d’Islamabad Les exactions se multiplient et l’Etat semble incapable d’agir. Alors que les élections législatives sont prévues d’ici à mai 2013, un analyste américain confie ses doutes sur l’avenir du pays.

—Dawn Karachi

Q

uand on me parle du Pakistan, j’ai tendance à être un irréductible optimiste. Les spécialistes m’expliquent que le pays croule sous les armes et la violence ? Je réponds qu’il regorge aussi de ressources minières inexploitées. La jeunesse vient grossir les rangs des organisations extrémistes ? Je rétorque qu’elle est surtout prête à travailler. Le Pakistan est un supermarché du terrorisme international ? Je le vois surtout comme une plate-forme

émergente pour les services informatiques internationaux. Parlez-moi du terroriste Hafiz Saeed [chef de l’organisation terroriste Lashkar-e-Taiba], je vous chanterai les louanges du plus pragmatique Hafeez Shaikh [ministre des Finances de mars 2010 à mars 2013]. Déplorez l’influence de Malik Ishak [chef d’un mouvement islamiste proche des talibans] dans la société pakistanaise, et je vous citerai le nom de Malala Yousafzai [ jeune bloggeuse et militante des droits de l’homme qui a survécu à une tentative d’assassinat par les talibans en octobre 2012],

qui rencontre encore plus d’écho. C’est pourquoi je n’hésite jamais à associer Pakistan et potentiel dans la même phrase. Et c’est dans cet état d’esprit optimiste que j’ai récemment écrit que la faculté de résilience du peuple pakistanais empêchait le pays de s’effondrer et que, si l’Etat se montrait à la hauteur, Islamabad pouvait éviter la catastrophe. Malheureusement, j’ai de plus en plus le sentiment d’être d’une naïveté risible. C’est après avoir visionné une série d’images perturbantes que j’ai eu cette révélation. Le site d’information américain The

↗ Un émeutier ravi lors d’un pogrom antichrétien à Lahore le 8 mars. 3 000 personnes avaient dû fuir. A Bib Nawaz/Express ↑ Sur la seule maison épargnée par l’incendie du quartier chrétien de Lahore, les 8 et 9 mars 2012, on pouvait lire : “Cette maison appartient à un musulman, ne l’endommagez pas”. Saad Sarfraz Sheikh ↖ Azra, 68 ans, Pakistanaise et chrétienne, de retour dans les ruines de sa maison. Mohsin Raza/Reuters

Long War Journal a mis en ligne [le 5 mars] des images terribles de combattants du Tehrik-e-Taliban Pakistan [TTP, mouvement des talibans du Pakistan] en train de décapiter des soldats et brandissant une tête coupée en la tenant par les cheveux. Ces images sont apparues alors que la classe politique pakistanaise venait d’annoncer sa volonté de négocier avec les talibans pakistanais. Négocier avec des rebelles est certes souhaitable, mais peut-on négocier avec des barbares, qui, rappelons-le, ont violé les précédents accords de paix ? Comment garder espoir quand la classe politique est prête à négocier avec la lie de l’humanité ? Il y a eu ensuite les images infamantes de cette foule en colère en train d’incendier des maisons – et des crucifix – dans un quartier chrétien de Lahore [les 8 et 9 mars]. Le pire, c’est qu’ils ne se cachaient même pas sous


ASIE. 

Courrier international â&#x20AC;&#x201D; no 1168 du 21 au 27 mars 2013

Edito Plus le droit Ă lâ&#x20AC;&#x2122;erreur !

des cagoules. Au contraire, ils cherchaient les camĂŠras. Pourquoi auraient-ils tentĂŠ de dissimuler leur identitĂŠ, sachant quâ&#x20AC;&#x2122;ils pouvaient agir en totale impunitĂŠÂ ? Le Pakistan est un pays oĂš les milices peuvent entrer dans les ĂŠcoles de ďŹ lles et rouer de coups celles qui ne sont pas voilĂŠes sans que la police intervienne puisque, de son propre aveu, elle a reçu lâ&#x20AC;&#x2122;ordre de ne rien faire. La police a mis des heures Ă  rĂŠagir aux incendies de Lahore et se montre plus zĂŠlĂŠe Ă  empĂŞcher les enfants de jouer sur les toits avec des cerfs-volants. Pour faire court, le Pakistan est un pays oĂš lâ&#x20AC;&#x2122;Etat de droit et le pouvoir politique sont cruellement dĂŠfaillants. Et câ&#x20AC;&#x2122;est pour cette raison quâ&#x20AC;&#x2122;il est de bon ton de dire que les problèmes du Pakistan se rĂŠsument Ă  une crise de leadership. Il suďŹ&#x192;rait dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlire de meilleurs dirigeants pour que la situation sâ&#x20AC;&#x2122;amĂŠliore. Si lâ&#x20AC;&#x2122;Etat sâ&#x20AC;&#x2122;amĂŠliorait, le pays pourrait ĂŞtre sauvĂŠ. Mais je crains quâ&#x20AC;&#x2122;il soit malheureusement trop tard. Imaginez un gouvernement idĂŠal qui sâ&#x20AC;&#x2122;engagerait Ă  se mettre au service du peuple, Ă  renoncer Ă  ses prĂŠtendus atouts stratĂŠgiques et Ă  remettre en cause les intĂŠrĂŞts personnels. Aurait-il la tâche facile ? Non, il lui faudrait aďŹ&#x20AC;ronter des idĂŠologies extrĂŠmistes si puissantes que certains commentateurs locaux des plus sĂŠrieux nâ&#x20AC;&#x2122;ont pas hĂŠsitĂŠ Ă  comparer le Pakistan Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;Allemagne nazie ; et mĂŞme suggĂŠrĂŠ que le pays pourrait ďŹ nir dans un bain de sang comme le Rwanda. Une nouvelle ĂŠquipe dirigeante animĂŠe des meilleures intentions du monde devrait ĂŠgalement solder le passĂŠ. Les diďŹ&#x192;cultĂŠs actuelles proviennent en eďŹ&#x20AC;et de problèmes plus profonds laissĂŠs en suspens depuis lâ&#x20AC;&#x2122;indĂŠpendance [en 1947], comme notamment les liens entre islam et identitĂŠ nationale. Les problèmes sont si enracinĂŠs et si structurels que mĂŞme le plus exceptionnel des hommes dâ&#x20AC;&#x2122;Etat sâ&#x20AC;&#x2122;y casserait les dents. Et je suis de plus en plus convaincu que, aďŹ n dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠviter une balkanisation du Pakistan ou un chaos indescriptible, seuls deux scĂŠnarios sâ&#x20AC;&#x2122;oďŹ&#x20AC;rent au pays, mais ils ne sont guère probables ni souhaitables. Le premier serait une dictature très rĂŠpressive qui ĂŠtouďŹ&#x20AC;erait toutes les violences et les divisions liĂŠes au sectarisme [antichiite notamment], un peu comme en Irak sous Saddam Hussein. Actuellement, seule lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe est capable de mettre en place

un rĂŠgime de ce genre, or elle nâ&#x20AC;&#x2122;en a certainement pas lâ&#x20AC;&#x2122;intention â&#x20AC;&#x201C; et câ&#x20AC;&#x2122;est tant mieux (mĂŞme si en cas de menace sĂŠcuritaire elle devrait sâ&#x20AC;&#x2122;y rĂŠsoudre). Lâ&#x20AC;&#x2122;autre scĂŠnario est une rĂŠvolution de grande ampleur qui mettrait ďŹ n Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;Etat pakistanais et Ă  ses institutions tels que nous les connaissons. Pour le cĂŠlèbre analyste indien Brahma Chellaney, câ&#x20AC;&#x2122;est exactement ce dont son propre pays a besoin pour se dĂŠbarrasser de la corruption. â&#x20AC;&#x153;Il faudra sans doute une seconde guerre dâ&#x20AC;&#x2122;indĂŠpendance pour que lâ&#x20AC;&#x2122;Inde puisse enďŹ n sâ&#x20AC;&#x2122;aďŹ&#x20AC;ranchir de lâ&#x20AC;&#x2122;exploitation et du pillage.â&#x20AC;? Evidemment, au Pakistan comme en Inde, une rĂŠvolution de ce genre est tout aussi peu rĂŠaliste que souhaitable. Le Pakistan est trop divisĂŠ pour connaĂŽtre le moindre soulèvement populaire, sans parler dâ&#x20AC;&#x2122;une rĂŠvolution. En outre, une rĂŠvolution viendrait dĂŠtruire les nombreux acquis de ces dernières annĂŠes, et notamment la très fragile dĂŠmocratie. Comment alors ne pas redouter le pire ? Mais mon optimisme sâ&#x20AC;&#x2122;amenuise, et le seul espoir quâ&#x20AC;&#x2122;il me reste est de me tromper sur toute la ligne. â&#x20AC;&#x201D;Michael Kugelman*

â&#x2014;?â&#x2014;?â&#x2014;? Karachi nâ&#x20AC;&#x2122;est plus la â&#x20AC;&#x153;ville lumièreâ&#x20AC;? ! Je pourrais culpabiliser de lancer une aďŹ&#x192;rmation aussi brutale si je ne savais que mes amis, ma famille, mes collègues et toutes mes connaissances sâ&#x20AC;&#x2122;en contreďŹ chent royalement. HĂŠlas, câ&#x20AC;&#x2122;est la triste vĂŠritÊ : les massacres quotidiens, lâ&#x20AC;&#x2122;anarchie permanente et, pis encore, lâ&#x20AC;&#x2122;indiďŹ&#x20AC;ĂŠrence totale des prĂŠtendues autoritĂŠs nous ont rendus insensibles Ă  ce genre de remarques. Karachi la ville lumière est devenue Karachi la ville oĂš le soleil ne se lève jamais. Lâ&#x20AC;&#x2122;attentat du 3 mars [une voiture piĂŠgĂŠe devant une mosquĂŠe chiite a fait 48 morts et 180 blessĂŠs] nous a tous fait frĂŠmir dâ&#x20AC;&#x2122;horreur. En voyant les images insoutenables Ă  la tĂŠlĂŠvision ce jour-lĂ , jâ&#x20AC;&#x2122;ai senti des frissons tout le long de mon ĂŠpine dorsale en pensant que je me trouvais dans ce quartier la veille et en voyant tant de mes compatriotes morts dâ&#x20AC;&#x2122;un seul coup.

Cette sĂŠrie dâ&#x20AC;&#x2122;exactions Ă Karachi [plus de 200 chiites ont trouvĂŠ la mort dans la capitale ĂŠconomique lors dâ&#x20AC;&#x2122;agressions et dâ&#x20AC;&#x2122;attentats visant leur minoritĂŠ] et les sĂŠrieux problèmes de sĂŠcuritĂŠ dans tout le pays ont soulevĂŠ de graves questions sur lâ&#x20AC;&#x2122;eďŹ&#x192;cacitĂŠ et lâ&#x20AC;&#x2122;honnĂŞtetĂŠ des dirigeants vis-Ă -vis dâ&#x20AC;&#x2122;une population dĂŠjĂ  peu crĂŠdule. Comme NĂŠron devant Rome en ďŹ&#x201A;ammes, le gouvernement de la rĂŠgion du Sindh organisait un concert de ďŹ&#x201A;Ăťte au palais Mohatta [le musĂŠe des arts du Pakistan] pendant que des dizaines de victimes innocentes tentaient de sauver ce quâ&#x20AC;&#x2122;il restait de leur vie. En cette pĂŠriode tragique, le pays se trouve ĂŠgalement Ă  un tournant : nous attendons les ĂŠlections lĂŠgislatives de 2013 [elles doivent avoir lieu dâ&#x20AC;&#x2122;ici au mois de mai]. Le Pakistan nâ&#x20AC;&#x2122;a pas droit Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;erreur. Les citoyens se rĂŠveillent. Je pense que la responsabilitĂŠ du changement nâ&#x20AC;&#x2122;incombe pas seulement Ă  un parti politique ou Ă  un leader, mais Ă  toute la population. Muhammad Azfar Ahsan The News (extraits) Karachi

85*(1&( 6<5,(

 DQV GH FRQà LW /H ELODQ V¡DORXUGLW

0pGHFLQV 6DQV )URQWLqUHV RSqUH HW VRLJQH GHV PLOOLHUV GH YLFWLPHV HQ 6\ULH HW GDQV OHV SD\V YRLVLQV

* Chercheur spĂŠcialiste de lâ&#x20AC;&#x2122;Asie au Woodrow Wilson International Center for Scholars (Washington).

Contexte â&#x2014;?â&#x2014;?â&#x2014;? Le Pakistan compte 180 millions dâ&#x20AC;&#x2122;habitants (sixième position mondiale pour ce qui est du poids dĂŠmographique) et 97 % dâ&#x20AC;&#x2122;entre eux sont musulmans. Les 3 % restants sont pour moitiĂŠ hindous et pour moitiĂŠ chrĂŠtiens. De petites communautĂŠs â&#x20AC;&#x201C; sikhe, bouddhiste, bahaĂŻe et parsie â&#x20AC;&#x201C; vivent ĂŠgalement dans le pays. Si en majoritĂŠ les musulmans sont sunnites, les chiites reprĂŠsentent, selon les estimations, 15 Ă  25 % de la population. Quant aux ahmadiyas, qui se disent musulmans mais ne sont pas reconnus comme tels, ils constituent environ 1,6 % de la population. Les minoritĂŠs sont rĂŠgulièrement la cible dâ&#x20AC;&#x2122;attaques, en gĂŠnĂŠral le fait de groupes extrĂŠmistes sunnites. En 2012, plus de 3 000 personnes ont trouvĂŠ la mort dans des violences intercommunautaires.

3285 1286 $,'(5 Â&#x2122; &217,18(5

)$,7(6 81 '21 (QYR\H] YRWUH FKqTXH j  06)  8UJHQFH 6\ULH   3DULV RX VXU QRWUH VLWH ZZZPVIIU 3KRWR  Â&#x2039; %ULJLWWH %UHXLOODF06)




ASIE

CHINE

Le rail descend de son piédestal Dans le nouveau gouvernement, le ministère des Chemins de fer n’existe plus. La fin d’un système d’exception, mais pas forcément celle d’un monopole.

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

↙ Dessin d’Ajubel paru dans El Mundo, Madrid. après la création de la Société chinoise des chemins de fer, le prix du billet de train va-t-il augmenter ? Aucun doute là-dessus, si l’on se réfère à la réponse faite à des journalistes par le dernier ministre des Chemins de fer, Sheng Guangzu : “Le prix du billet de train a toujours été bas. A l’avenir, il devra s’adapter aux règles du marché et être fixé conformément aux besoins d’une gestion entrepreneuriale” (d’après l’agence Xinhua). Ensuite, il y a la question de la dette de 2 660 milliards de yuans [environ 330 milliards d’euros] laissée par le ministère des Chemins de fer. Comment régler ce problème ? Les experts ont des opinions très divergentes à ce sujet.

Improvisation. Je trouve particulièrement

—Niuyue Shibao Zhongwen Wang* Pékin

A

lors que la session parlementaire 2013 [close le 17 mars] a entériné la réorganisation de l’équipe gouvernementale [Xi Jinping est nommé président, Li Keqiang, Premier ministre], l’attention va sans doute se concentrer désormais sur la restructuration de l’administration, qui touche de “grands ministères”. Elle concerne les droits et l’outil de travail de dizaines de millions de fonctionnaires ; il ne s’agit donc pas d’une mince affaire ! Le plan a quelque peu déçu les observateurs enthousiastes, car son ampleur n’est pas aussi importante que ce que l’on pouvait imaginer : on passe de 29 ministères et commissions de rang ministériel à 25. Toutefois, à la satisfaction générale, le ministère des Chemins de fer disparaît. La réaction très convenue des médias chinois à l’annonce de la suppression de ce ministère laisse quelque peu rêveur… La presse titre en général : “Adieu, ministère des Chemins de fer !” ; c’est notamment le cas de l’agence officielle Xinhua, du quotidien financier Diyi Caijing Ribao et du quotidien de la jeunesse Zhongguo Qingnian Bao, qui semblent s’être donné le mot. Des “photos souvenirs du ministère des Chemins de fer” aux bordures surannées ont envahi Internet. L’intérêt du public s’est rapidement porté sur deux questions très matérielles. D’abord,

surprenant ce silence qui accueille la mort de ce ministère alors que l’organisme à ses plus belles heures déclenchait tant de grincements de dents. Serait-ce par compassion ? La suppression du ministère des Chemins de fer, ou autrement dit, plus directement, l’anéantissement du royaume indépendant du ministère des Chemins de fer, est ô combien révélateur du style très improvisé qui préside à la réforme des institutions politiques chinoises. Ces dernières années, le ministère était devenu un repaire de tous les vices, très montré du doigt. Il y avait d’abord eu l’affaire du réseau de corruption créé par l’ancien ministre Liu Zhijun [limogé en 2011]. Même si la Chine est habituée à ce genre de scandale, celui-ci avait de quoi laisser bouche bée par le nombre de personnes impliquées, par le montant des sommes en jeu, par le rang des fonctionnaires incriminés et par la zone géographique touchée. Ensuite, il y a eu l’accident de train à grande vitesse du 23 juillet 2011 [40 morts]. La tentative flagrante de dissimulation des faits [par l’enterrement des wagons] a étalé au grand jour toute l’arrogance et la brutalité du ministère. Les nombreux incidents qui se sont produits sur la nouvelle ligne, ainsi que les dépenses pharaoniques liées à sa construction, ont permis une nouvelle fois à la population de se rendre compte des sombres aspects de la construction à la chinoise. Enfin, la récente controverse autour d’un logiciel qui permettrait d’acheter plus rapidement ses billets sur Internet a achevé de briser le soutien populaire déjà très fragile [car il avantage les citadins internautes par rapport aux paysans migrants, peu habitués aux nouvelles technologies, au moment unique de l’année où ils peuvent rentrer chez eux, massivement, par le train]. Tout cela a placé le ministère des Chemins de fer sur la

Données

1,893 MILLIARD

En 2012, les chemins de fer chinois ont assuré le transport de 1,893 milliard de passagers et de 3,892 milliards de tonnes de marchandises. En février 2013, pendant la période de nouvel an, 220 millions de personnes ont pris le train.

LE MOT DE LA SEMAINE sellette. Le gouvernement central ne pouvait pas continuer à ignorer le ressentiment populaire sous peine d’attiser celui-ci. Le démantèlement du ministère était donc dans l’ordre des choses. En fait, si l’on regarde les autres “victimes” de la restructuration, comme la Direction générale de la télévision et de la radiodiffusion, la Commission du planning familial et l’Agence de contrôle et de surveillance des médicaments et des aliments, dans tous les cas, on constate que le mécontentement à leur égard montait. Autrement dit, leur fermeture ou leur transformation s’est faite en réaction à une volonté populaire. Elle ne correspond pas à une dynamique interne élaborée pour favoriser une gouvernance moderne, pour répondre à des besoins administratifs nationaux ou pour mieux servir la population. L’hypertrophie progressive du ministère des Chemins de fer est en fait le fruit d’une époque d’augmentation démesurée des investissements publics pour les infrastructures de base au début de la politique de réformes et d’ouverture [1979]. Le monopole de l’Etat est son ADN. N’ayant aucune intention de s’ouvrir aux règles du marché, ses investissements ont crû sans cesse, tandis que les organismes spécialisés placés sous sa tutelle, comme la police du rail, les tribunaux et parquets spécialisés, ainsi que les services de l’emploi et départements militaires, prenaient de l’ampleur au point de constituer un véritable petit royaume indépendant. Finalement, après le lancement du vaste projet de développement de Liu Zhijun [en 2006], ce train-là, propulsé par une dette colossale, a fini par dérailler et par entrer dans son propre tombeau.

Billets de train plus chers. Dans un Etat normal, le réseau ferroviaire ne constitue qu’un pan des services nationaux, et non un lieu d’exception. L’Etat contrôle les stratégies adoptées, gère les lignes de crédits et d’investissements et confie au secteur privé la direction générale et les investissements courants. Même s’il existe entre les pays des différences de modes de gestion et de construction du réseau ferré, la gestion sur un mode entrepreneurial et la délégation de nombreuses tâches au secteur privé sont courantes. Mais avec l’apparition de la Société chinoise des chemins de fer, le monopole des chemins de fer se contente de changer de visage. A l’instar d’autres entreprises ayant une influence considérable sur l’économie nationale et le bien-être de la population, telles que PetroChina ou Chinamobile, la société va forcément devenir un nouveau point de discorde sans fin. La seule chose certaine est que la suppression du ministère des Chemins de fer marque le début des réformes. Nous sommes encore loin de l’adaptation aux règles du marché et de la délégation au secteur privé. Il est déjà question de hausse des prix des billets de train. Voilà donc que la Chine compte désormais un nouvel organisme public à vocation commerciale lui permettant de spolier la population ! —Lian Qingchuan** * Site en chinois du New York Times. ** Rédacteur en chef du site IBTimes en chinois.

“tielu” Le chemin de fer

L

e chemin de fer chinois est un système étatique. Suivant le modèle de l’URSS, au début des années 1950, son ministère a pris une importance considérable. Il possède sa propre police, ses tribunaux, son parquet et même un régiment du chemin de fer. Ce n’est pas seulement le moyen de transport le plus important en Chine, c’est aussi un outil d’aménagement de territoire, voire d’unification du pays. Il est au centre de la planification de l’Etat et de sa stratégie politique. L’importance historique de ce ministère sur l’échiquier du maoïsme est compréhensible, mais son renforcement après le lancement des réformes allant vers le démantèlement de la planification est surprenant. Pendant que d’autres mastodontes, tels les ministères de l’Industrie lourde, de l’Industrie légère, des Transports, etc., étaient “victimes” de la réforme, le ministère des Chemins de fer est resté un “Etat dans l’Etat”. Curieusement, la montée en puissance de l’économie de marché a même favorisé son développement. Le chemin de fer demeure un symbole communiste. En 2008, lorsque la Chine inaugure sa première ligne à grande vitesse, Pékin-Tianjin, annonçant l’avènement de l’ère du TGV chinois, ce n’est pas le succès de la libéralisation de l’économie, mais au contraire la victoire de la puissance d’un Etat fort, capable de dominer le marché. Il fallut un accident catastrophique en 2011 pour que la Chine réfléchisse sur le danger d’une course à la vitesse au détriment de la sécurité et sur la validité d’un modèle chinois qui éblouit le monde entier avec son efficacité, pourtant à courte vue. Ironiquement, le débat national déclenché par cet accident, qui n’a pas pu être étouffé sur Internet par le Parti communiste, avait déjà condamné à mort le bastion de la puissance étatique à la chinoise. —Chen Yan Calligraphie d’Hélène Ho


VOTRE NOUVEAU CHEZ-VOUS EST À PORTÉE DE MAIN.

Vous cherchez à louer ou à acheter une maison, un appartement ou un terrain ? Entrez dans un monde de simplicité et de convivialité sur le site www.logic-immo.be. En quelques clics, vous accédez à plus de 40.000 annonces de qualité constamment mises à jour par des professionnels de l’immobilier. Aussi à partir de votre iPhone ou iPad, grâce à des applications dernier cri. Pas de mauvaises surprises, pas de perte de temps… Votre nouveau chez-vous est à portée de main. Tout de suite.

WWW.LOGIC-IMMO.BE, LE TRAIT D’UNION ENTRE VOUS ET LES PROFESSIONNELS DE L’IMMOBILIER




D’UN CONTINENT À L’AUTRE

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

↙ “Au moins, le pays ne recule plus.” Dessin de Kal paru dans The Economist, Londres.

afrique

Zimbabwe. Une nouvelle Constitution… et toujours Mugabe Le texte adopté par référendum le 16 mars ne gommera pas trente ans de dictature.

Elle constitue également “un symbole important pour ceux qui veulent montrer que le roi [lire président] est lié par la loi”. Notre Constitution nous garantit-elle que le président est lié par la loi ? Pendant la décennie de crise politique, le Zimbabwe a vu les institutions gouvernementales subverties au profit de certains intérêts politiques. Pour commencer par la justice, on a vu les juges indociles systématiquement révoqués et remplacés par des valets prêts à satisfaire les caprices d’un certain parti politique. Le secteur de la sécurité a été émasculé de la même façon : les chefs n’étaient pas nommés en fonction de leurs mérites mais de leur zèle à défendre le système. Nous avons ainsi vu les chefs des services de sécurité devenir ouvertement politiques et refuser aux gens ordinaires l’exercice de leurs droits pacifiques de réunion, d’association et de liberté d’expression. Le droit de propriété a été détourné sans recours ; la police déclarait ne pas vouloir intervenir dans les questions politiques même quand elles relevaient de la criminalité. En d’autres termes, il n’y avait pas d’Etat de droit, ce qui est tout l’objet des Constitutions. La nouvelle charte ne limite pas les pouvoirs présidentiels, que ce soient ceux du président en exercice ou ceux de celui qui sera élu lors du scrutin qui devrait inter-

Les institutions de l’Etat sont toujours irrémédiablement compromises

—The Standard (extraits) Harare

E

n approuvant la nouvelle charte, les Zimbabwéens montrent que peu leur importe que l’élaboration constitutionnelle soit menée parallèlement par le peuple et par les barons de la politique. Ils ont en effet atteint un stade où ils comprennent la futilité des positions retranchées et les propriétés vivifiantes du compromis. Le processus constitutionnel et le référendum de samedi ne sont que deux étapes minuscules dans une progression complexe qui doit maintenant entrer dans sa phase la plus difficile. Il faut donc faire preuve d’un optimisme prudent. En participant avec ferveur au

programme de réconciliation, à l’élaboration et au référendum, les Zimbabwéens ont montré qu’ils sont d’accord quant à l’importance d’avoir une loi suprême, mais sontils également d’accord sur le fait qu’ils vont devoir la respecter ? Là est le nœud de la question. Le constitutionnalisme présente par définition ses propres problèmes, en particulier dans un pays comme le Zimbabwe qui a été gouverné pendant plus de trente ans par une dictature, qui s’y trouve si bien enracinée que son édifice ne va pas s’écrouler de sitôt en une seule fois. Au lendemain du scrutin, pensons-nous que la Constitution pour laquelle nous avons voté limite juridiquement les pouvoirs de notre gouvernement présent ou futur ?

Quand les universitaires débattent des Constitutions, ils font inévitablement référence à la Magna Carta, document rédigé au XIIIe siècle par les seigneurs féodaux anglais, qui contraignait le roi à limiter ses pouvoirs et à protéger leurs privilèges. Même s’il s’agissait d’un document égoïste – qui ne visait qu’à protéger les libertés et les droits des seigneurs et non ceux du peuple et des serfs –, la Magna Carta était fondée sur deux clauses qui forment toujours la base de pratiquement toutes les Constitutions d’aujourd’hui. Pour le juriste et juge britannique Lord Denning (1899-1999), elle représente “le plus grand document constitutionnel de tous les temps – le fondement des libertés individuelles face à l’autorité arbitraire du despote”.

venir dans les prochains mois. Le président conserve le pouvoir de nommer tous les acteurs importants de l’Etat, ce qui fait qu’ils n’ont de comptes à rendre qu’à lui. La nouvelle Constitution se contente d’énoncer que les nominations “à tous les niveaux de l’administration […] devront se faire avant tout sur la base du mérite”. Or le mérite n’est pas clairement défini, si bien qu’il est impossible de mettre en place des organes de contrôle et des contre-pouvoirs. Au cours de la dernière décennie nous avons vu que le fait d’être ancien combattant était devenu en soi une qualification importante pour l’accession à la fonction publique et passait avant les diplômes et l’expérience. Nous avons également souvent vu le népotisme et le tribalisme entrer en jeu. La nouvelle Constitution ne déclare pas clairement que le président est lié par la loi ! Cela sera une source de conflits à plus ou moins long terme, quand les libertés des gens seront perverties par des présidents aux tendances dictatoriales. Dans les prochaines

semaines, les Zimbabwéens regarderont en retenant leur souffle comment la nouvelle Constitution supportera le test d’une élection décisive dans laquelle les libertés civiles seront le cri de guerre de la majorité. Seront-elles respectées en l’absence de réforme du secteur de la sécurité et alors que les institutions de l’Etat sont toujours irrémédiablement compromises ? Quand le roi Jean a apposé sa signature sur la Magna Carta le 15 juin 1215, il a évité une guerre civile, mais quand, dix semaines plus tard, le pape Innocent III a annulé le document, l’Angleterre a plongé dans la guerre. Cela montre à quel point les gens ont soif de liberté et jusqu’où ils sont prêts à aller pour l’obtenir. —Nevanji Madanhire

Contexte ●●● Cinq millions d’électeurs étaient appelés aux urnes samedi 16 mars pour se prononcer par référendum sur un projet de Constitution. Les partis du président Robert Mugabe (Zanu-PF) et de son Premier ministre Morgan Tsvangirai (MDC) appelaient à voter “oui” au texte limitant quelque peu les prérogatives présidentielles (deux mandats de cinq ans seulement). Son acceptation n’empêchera pas Robert Mugabe, 89 ans, au pouvoir depuis l’indépendance (1980), de se présenter à nouveau à la prochaine élection, organisée en principe avant la fin de l’année.

SOURCE

THE STANDARD Harare, Zimbabwe Hebdomadaire www.thestandard.co.zw Publié chaque dimanche, The Standard est un journal indépendant créé en 1997. Il sait se montrer équilibré : critique vis-à-vis du pouvoir sans verser dans l’opposition systématique.


AFRIQUE.

Courrier international â&#x20AC;&#x201D; no 1168 du 21 au 27 mars 2013



LIBYE

Pour en finir avec les milices Les autoritĂŠs libyennes viennent de lancer Ă Tripoli une oďŹ&#x20AC;ensive contre les groupes armĂŠs. Cette opĂŠration devrait sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtendre Ă  tout le pays.

â&#x20AC;&#x201D;Tunisia Live (extraits) Tunis

E

n Libye, le gouvernement peine Ă dĂŠsarmer les miliciens et Ă  les intĂŠgrer dans les forces armĂŠes rĂŠgulières ou la police. Cette situation risque de mettre en pĂŠril la transition dĂŠmocratique dans ce pays riche en pĂŠtrole. Elle menace ĂŠgalement la stabilitĂŠ des Etats voisins et pèse sur les zones de conďŹ&#x201A;it dans la rĂŠgion du Sahel.

Par exemple, en Tunisie, ces derniers mois, les dĂŠcouvertes de caches dâ&#x20AC;&#x2122;armes se sont multipliĂŠes, tout comme les incidents provoquĂŠs par lâ&#x20AC;&#x2122;utilisation illĂŠgale dâ&#x20AC;&#x2122;armes Ă feu. Ce nâ&#x20AC;&#x2122;est un secret pour personne que la Libye de lâ&#x20AC;&#x2122;après-KadhaďŹ est devenue le plus grand marchĂŠ libre dâ&#x20AC;&#x2122;armements de la rĂŠgion. A Tripoli, alors que mon taxi avançait pĂŠniblement dans les rues engorgĂŠes de la capitale, jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtais surpris de voir que les panneaux qui avaient servi de supports aux aďŹ&#x192;ches publicitaires pour les sociĂŠtĂŠs de tĂŠlĂŠcommunications, les shampooings et les pâtes alimentaires au temps de KadhaďŹ ĂŠtaient maintenant recouverts de portraits de martyrs, accompagnĂŠs de leurs noms et de leurs dates de dĂŠcès. Visiblement, la Libye est encore loin dâ&#x20AC;&#x2122;avoir pansĂŠ les plaies inďŹ&#x201A;igĂŠes par des dĂŠcennies de dictature brutale. A en croire mon chauďŹ&#x20AC;eur, la sĂŠcuritĂŠ sâ&#x20AC;&#x2122;est grandement amĂŠliorĂŠe ces deux dernières annĂŠes, et il nâ&#x20AC;&#x2122;a plus besoin dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre armĂŠ en permanence. DĂŠsormais, il laisse Ă  la maison deux armes de poing et une dizaine de kalachnikovs. Les tentatives de collecte des armes dĂŠtenues par les particuliers

ont en eďŹ&#x20AC;et ĂŠchouĂŠ. MĂŞme si les quantitĂŠs saisies ont augmentĂŠ Ă la suite de lâ&#x20AC;&#x2122;attaque contre le consulat amĂŠricain Ă  Benghazi [11 septembre 2012], elles restent très infĂŠrieures Ă  celles qui se promèneraient encore dans la nature.

Lâ&#x20AC;&#x2122;avenir du Sahel. â&#x20AC;&#x153;On estime Ă 50 millions le nombre de balles rien quâ&#x20AC;&#x2122;Ă  Zintan [ville situĂŠe au nord-ouest du pays, Ă  160 km au sud de Tripoli], indique Ahmed Bara, un ancien diplomate libyen. Câ&#x20AC;&#x2122;est un problème majeur pour le pays.â&#x20AC;? Et il ne sera pas rĂŠsolu avant un an ou deux, reconnaĂŽt Mabrouk, un haut responsable de la sĂŠcuritĂŠ. â&#x20AC;&#x153;Les citoyens nâ&#x20AC;&#x2122;ont toujours pas conďŹ ance. Ils veulent ĂŞtre sĂťrs de pouvoir se dĂŠfendre en cas de besoin. Je suis comme tout le monde. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai 25 kalachnikovs chez moi.â&#x20AC;? Les armes libyennes se retrouvent jusquâ&#x20AC;&#x2122;en Syrie, sans parler des pays voisins de la Libye, soulignet-il. â&#x20AC;&#x153;Celles-lĂ  mĂŞmes que la France nous a livrĂŠes durant la rĂŠvolution pour chasser KadhaďŹ ont rĂŠcemment servi Ă  descendre les avions français au Mali.â&#x20AC;? Pour Mabrouk, il est prĂŠfĂŠrable de chercher Ă  intĂŠgrer les dĂŠtenteurs dâ&#x20AC;&#x2122;armes que dâ&#x20AC;&#x2122;essayer de les leur retirer.

DĂŠbut mars, après les aďŹ&#x20AC;rontements survenus sur le site gazier de Mellitah [appartenant Ă la compagnie Mellitah Oil and Gas, situĂŠ sur la cĂ´te libyenne, Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ouest de Tripoli ; les exportations de gaz Ă  destination de lâ&#x20AC;&#x2122;Italie ont ĂŠtĂŠ suspendues pendant une semaine] et qui avaient mis aux prises les milices de Zuwara [ville portuaire Ă  60 km de la frontière avec la Tunisie] et de Zintan, le Premier ministre, Ali Zeidan, entourĂŠ de huit de ses ministres, a aďŹ&#x192;rmĂŠ ne plus tolĂŠrer lâ&#x20AC;&#x2122;existence de groupes armĂŠs illĂŠgitimes. â&#x20AC;&#x153;Les forces gouvernementales pĂŠnĂŠtreront dans les bastions des rebelles et procĂŠderont Ă  leur arrestationâ&#x20AC;?, a-t-il prĂŠvenu, en prĂŠcisant que lâ&#x20AC;&#x2122;opĂŠration commencerait Ă  Tripoli avant de se gĂŠnĂŠraliser Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ensemble du territoire national. On estime Ă  1 700 le nombre des milices dissĂŠminĂŠes dans le pays, particulièrement dans le nord. Toutes sont en possession dâ&#x20AC;&#x2122;un vĂŠritable arsenal. Si les autoritĂŠs espèrent un succès de lâ&#x20AC;&#x2122;opĂŠration, le commandant dâ&#x20AC;&#x2122;une des plus puissantes milices Ă  Tripoli estime quâ&#x20AC;&#x2122;elle est vouĂŠe Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠchec et exclut tout ralliement. â&#x20AC;&#x153;Le gouvernement est trop faible. Il ĂŠtait

incapable dâ&#x20AC;&#x2122;intervenir mĂŞme dans les aďŹ&#x20AC;rontements Ă Mellitahâ&#x20AC;?, commente-t-il. Il exprime son hostilitĂŠ envers le gouvernement actuel, dont les membres sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtaient compromis avec lâ&#x20AC;&#x2122;ancien rĂŠgime et qui devrait donc dĂŠmissionner, selon lui [le prĂŠsident du Parlement, Mohamed Magarief, et le Premier ministre, Ali Zeidan, sont tous deux des anciens diplomates du rĂŠgime de KadhaďŹ qui ont fait dĂŠfection au dĂŠbut des annĂŠes 1980]. Plus au sud, il est devenu très diďŹ&#x192;cile de contrĂ´ler les frontières dans le vaste dĂŠsert libyen, dont les seuls maĂŽtres sont ceux qui savent se frayer un chemin parmi les dunes de sable. Lâ&#x20AC;&#x2122;avenir des pays au nord et au sud du Sahel dĂŠpend ĂŠnormĂŠment de la façon dont la Libye fera face Ă  ses problèmes sĂŠcuritaires et de sa capacitĂŠ Ă  contrĂ´ler le territoire national. Le 22 fĂŠvrier, Barack Obama a annoncĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;envoi dâ&#x20AC;&#x2122;une centaine de spĂŠcialistes au Niger pour aider le pays Ă  contrĂ´ler les rĂŠgions au nord [la frontière avec la Libye]. Pourtant, sâ&#x20AC;&#x2122;exclame mon chauďŹ&#x20AC;eur de taxi, â&#x20AC;&#x153;ici, en Libye, le gouvernement a la situation bien en mainâ&#x20AC;?. â&#x20AC;&#x201D;Youssef Gaigi

          

         

 %          2 Âą WHY[PY KL



Ă 

                

  

  /3&> 42+7+ /3 /34,++ /,:3 9 /34,++4 /37#+7 :+ $*3 ,:) ,: 7=&+ +4 :+ $-7) 8 7,&)4 /++7 .! ',:345 .8 +:&740 4 <,)4 4,+7 ,*/3&4  )23,/,37 $3)4  :))  3&4  )23,/,37  :0 ,:74 )4 7>4 4,+7 &+):440 ::+ 3&4 4://)*+7&3 +247 //)&1: :> /&*+74 /3 37 +&30 4 73+4 374 $-7)5)&:> 27&<&7 3/4 <&4&74 >:34&,+4 7 7&<&74 + 4,+7 /4 &+):40 4 44:3+4 ,*/)*+7&34 4:3 ) ),7&,+  <,&7:3 )4 3&4  /3(&+# )244+ )244:3+4 ++:)7&,+ 7 3/73&*+7 + 4,+7 /4 &+):40

2, 3 47 <)) /,:3 )4 /374 +73 ) .! ':&+ 9?.8 7 ) ." 4/7*3 9?.80 2, 3 47 4,:*&4  4 ,+&7&,+4  &4/,+&&)&7 3,+ &3*7&,+ : *,*+7  ) 343<7&,+ 4:&<+7 &4/,+&&)&7 3&++0  /3,*,7&,+ /3+ &+ ) .! ,;7 9?.80




AFRIQUE

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

↙ Dessin de Martirena, Cuba.

MALI

Ces têtes encore voilées Plus d’un mois après le départ des islamistes, la plupart des femmes et même des jeunes filles de Gao continuent à porter le hidjab.

L’école reprend courage Dans les salles de classe de Gao, les cours recommencent progressivement. L’Essor (extraits) Bamako

A —L’Essor Bamako

L

’habitude, dit-on, est une seconde nature. Plus d’un mois après la fuite des islamistes intégristes, le port massif du voile est toujours une réalité à Gao. La plupart des femmes de la “cité des Askia” ne sortent pas dans la rue sans se couvrir avec la burqa ou le voile, communément appelé ici le hidjab. Au marché, dans la rue et même à l’école, les porteuses de voile sont visibles partout. Certes le port du voile est une pratique ancienne à Gao, mais il était devenu une pesante obligation pendant l’occupation de la ville par des islamistes qui prétendaient ainsi appliquer la charia à la lettre. Sous le règne des djihadistes, les femmes, qu’elles soient adultes ou jeunes, étaient contraintes de porter le hidjab hors de chez elles. Celles qui transgressaient cette interdiction étaient arrêtées et conduites au commissariat islamique pour être fouettées. Certaines ont même subi des viols collectifs de la part de la police islamique. Même les petites filles, a-t-on appris, étaient soumises au port du hidjab. Quand elles sortaient non voilées, ce sont leurs parents qui recevaient les coups de fouet. Traumatisées par les islamistes, les femmes de Gao avouent qu’elles ont encore du mal à se débarrasser de leur voile. Ainsi, Mme Maïga Hallé Cissé ne met jamais le pied dehors sans porter son hidjab. “Le voile fait désormais partie de ma vie. Je ne sors jamais sans ça. Je pense que ce que les islamistes ont laissé de positif à Gao, c’est le port du voile”, juge-t-elle. Mme Maïga Hallé Cissé possède toute une gamme de voiles achetés au grand marché récemment détruit. Leurs prix varient de 2 000 à 5 000 francs CFA [3 à 7,50 euros]. Elle les expose fièrement pour nous. “Ces différents hid-

jabs m’ont coûté une fortune et je ne compte pas les abandonner pour une quelconque raison”, assure-t-elle. Mme Maïga a deux filles qui portent toutes les deux le voile quand elles vont en ville ou à l’école. Comme leur mère, elles pensent que le port du voile est une bonne chose pour toute femme musulmane. A l’école fondamentale de Château, où nous avons fait un tour, beaucoup de filles sont voilées. Elles sont même plus nombreuses que leurs sœurs non voilées. Ces filles pensent que le départ des islamistes ne justifie pas d’abandonner le voile. “Le port de voile est devenu pour moi une habitude. C’est comme la prière. Si je dois sortir, je pense tout de suite à mon voile. Je m’y suis habituée et je considère le voile aujourd’hui comme une protection”, explique une élève de 9e année.

“Le port du voile est devenu pour moi une habitude” Elève d’un lycée privé de la place, Hamchétou Maïga est aussi toujours voilée. Elle avoue avoir été convaincue par les bienfaits du hidjab après un mois de pratique. Très influencée aujourd’hui par la pratique de l’islam, elle a même du mal à s’adresser à un homme dans la rue. Mère d’une petite fille, Mme Yattara Awa Maïga portait le hidjab avant l’arrivée des islamistes dans la ville de Gao. Ancienne élève de la madrasa [école coranique], elle dit connaître parfaitement le saint Coran. “L’islam exige le port du voile par toute femme mariée. Ce n’est pas ces faux islamistes qui pouvaient nous apprendre cette pratique. Au lieu de sensibiliser les femmes au port du voile, ils les ont brutalisées et ça, j’étais très contre”, dit-elle. Comme

Mme Yattara Awa Maïga, beaucoup de femmes de Gao disent avoir pratiqué le port du voile avant la venue des éléments du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). Elles n’ont donc aucune honte à continuer à le faire. Un notable de la ville pense qu’il faut de la patience pour convaincre les porteuses de voile d’abandonner la pratique. Elles continuent, selon lui, à subir les séquelles psychologiques des exactions subies du fait de la barbarie des intégristes sans foi ni loi qui dominaient Gao. “La preuve est que, quand j’envoie une de mes filles en commission, instinctivement elle court enfiler son voile avant de sortir. Je pense que les filles vont finir par oublier le hidjab, mais ce n’est pas encore le moment”, explique-t-il. Une autre vieille personne estime que le port du voile n’est pas une mauvaise chose en soi, mais que son imposition à toutes les femmes par les islamistes en fait un sujet de polémique. Le problème du port de voile a été posé lors d’une réunion à laquelle ont participé les élus municipaux, les notables et les responsables militaires en opération à Gao. Ils ont décidé de passer par la sensibilisation, particulièrement du côté des jeunes filles pour qu’elles puissent abandonner le hidjab. Une manière d’effacer de leur mémoire les interdictions imposées par le Mujao. La démarche s’avère très difficile car, au-delà de la religion, la plupart des porteuses du voile expliquent se protéger ainsi du soleil et du vent, deux éléments prédominants dans le climat de Gao. C’est dire que le hidjab a de beaux jours devant lui dans la cité des Askia. —Madiba Keita et Alou Sissoko à Gao

u lycée Yana Maïga, qui accueille 535 élèves et 37 enseignants, la cour est animée. L’établissement est situé pourtant dans le quartier administratif, une zone considérée aujourd’hui comme dangereuse car c’est là qu’ont eu lieu de violents combats entre les forces armées et les éléments infiltrés du Mujao qui avaient investi le commissariat de police, la mairie et le palais de justice.

Effectifs en baisse. “Après le départ des moudjahidin, nous nous sentons aujourd’hui en sécurité avec le retour de l’Etat. C’est vrai que nous avons connu des moments difficiles lors des attaques successives dans ce quartier, mais tout est revenu à la normale”, se réjouit Ibrahim Maïga, le censeur du lycée. La sécurité du lycée Yana Maïga est assurée par des gendarmes et des gardes nationaux. Ce sont eux qui ont évacué les élèves du lycée lors des attaques de la mairie et du palais de justice. Le censeur se souvient du jour de l’attaque. “Ce jour-là, les élèves ont eu la plus grande peur de leur vie car les coups de feu à l’arme lourde ont commencé quand nous étions en plein cours. Ça faisait beaucoup de bruit. Nous avons eu très peur car nous pensions que nous étions visés. Ça criait partout dans la cour. Certains élèves se sont cachés sous les bancs et les tables. D’autres couraient dans tous les sens. Ça a duré à peu près une heure et les militaires sont venus et ont évacué tout le monde.” Aujourd’hui, le lycée Yana Maïga fonctionne avec seulement 37 professeurs alors qu’ils étaient 85 avant la prise de Gao par les islamistes, le 31 mars 2012. Il est vrai qu’il y avait aussi 1 700 élèves avant l’occupation. “Aujourd’hui, notre lycée est confronté à un problème d’enseignants, de matériel didactique et de bureau. On n’a même pas une photocopieuse pour reproduire nos documents”, constate Ibrahim Maïga, qui assure que les professeurs n’ont pas de problème de salaire. Il appelle de ses vœux le retour de tous les professeurs et la dotation du lycée en matériel et fournitures indispensables au bon déroulement des cours. Au complexe scolaire Soni Ali Ber, dans le quartier Château, les

cours se passent actuellement dans des conditions difficiles. Avec la crise, cette école privée a perdu près de la moitié de ses élèves. “Notre effectif était de 732 élèves mais aujourd’hui nous n’en avons que 416. Les autres sont partis avec leurs parents vers le sud du pays”, explique Moussa Maïga, le directeur du complexe. Dans cet établissement, nous avons été frappés par un fait : les filles et les garçons sont séparés dans les classes. Cette mesure avait été imposée par les islamistes qui occupaient la ville. “Quand les cours ont redémarré dans les écoles, la séparation des filles et des garçons était une des conditions imposées par les islamistes. Après leur départ, ce dispositif est toujours le même, mais je ne pense pas que ça va encore durer”, explique le directeur. En classe de 9e année, les 20 élèves présents – sur un effectif de 50 – étaient en train de traiter un sujet d’actualité : “L’unité nationale est menacée par une rébellion dans le nord du Mali. Ecris une lettre à tes camarades afin qu’ils soutiennent l’armée dans la restauration de la paix nationale.” Dans la classe de 6e année, les élèves étaient, eux, concentrés sur la lecture d’un texte sur “les effets indésirables de la pollution”.

Penser aux enfants. Les enseignants de cette école sont très impliqués malgré les difficultés. “Ça fait plusieurs mois qu’on ne touche pas nos salaires. Souvent, personnellement, j’ai envie de décrocher mais je pense à l’avenir des enfants et je reprends le courage pour venir dispenser les cours”, avoue une enseignante de la 6e année, Mme Maïga Sagaba Alousseyni. “Avec la crise, l’effectif de l’école a diminué et la plupart des parents des élèves qui sont restés n’arrivent pas à payer les frais de scolarité. Nous sommes vraiment confrontés à ce problème. Nous sommes en train de nous sacrifier pour donner le minimum. Sinon, en réalité, tous les enseignants ont le moral cassé”, avoue le directeur du complexe. —M. K. et A. S.

SOURCE

L’ESSOR Bamako, Mali Quotidien, 7 000 ex. www.essor.ml Fondé en 1947, le journal a contribué à la bataille de l’indépendance. Propriété du gouvernement, il dispose toutefois d’une grande liberté de ton, notamment sur les questions sociales.


S R EU

U G N I L F s Le ’INFO L E D

N O I S S I M T É ’ N L E M E U Q I M É L PO E T C E R R O PAS C H 8 1 17H DU LUNDI AU VENDREDI 'SBOL7FSQPFDLţ.BYFODF-BDPNCFţ1JFSSF$IBVEPJS


  



     

 



SUR NOTRE SITE courrierinternational.com Lire lâ&#x20AC;&#x2122;article dâ&#x20AC;&#x2122;Horacio Verbitsky paru dans PĂĄgina 12Â : â&#x20AC;&#x153;Jorge Bergoglio nâ&#x20AC;&#x2122;est pas le pape des pauvresâ&#x20AC;?, ainsi que la version intĂŠgrale du texte de Frei Betto.

amĂŠriques

Argentine. Au boulot François Pour le thĂŠologien brĂŠsilien Frei Betto, le nouveau pape argentin doit faire le choix de la rupture. Dialogue interreligieux,cĂŠlibat, place des femmes : le chantier est immense. â&#x2020;&#x2019; Dessin de CotĂŠ paru dans Le Soleil, QuĂŠbec.

â&#x20AC;&#x201D;O Correio da Cidadania (extraits) SĂŁo Paulo

L

e pape François devra faire face Ă des dĂŠďŹ s majeurs. Le principal sera de rĂŠformer la curie romaine. Pour pouvoir faire bouger ce nid de vipères, il devra congĂŠdier des supĂŠrieurs de congrĂŠgation (de vĂŠritables ministères au Vatican) et nommer Ă  leur place des prĂŠlats qui, aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui, vivent hors de Rome et sont virtuellement Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;abri de lâ&#x20AC;&#x2122;inďŹ&#x201A;uence de la famiglia curiale exerçant de fait le pouvoir. Pour modiďŹ er la structure monarchique de lâ&#x20AC;&#x2122;Eglise, le nouveau pape devra repenser le statut des nonciatures, valoriser les confĂŠrences ĂŠpiscopales et le synode des ĂŠvĂŞques et, qui sait, crĂŠer de nouvelles institutions, comme un collège de laĂŻcs capable de reprĂŠsenter le peuple de Dieu. Lâ&#x20AC;&#x2122;image de lâ&#x20AC;&#x2122;Eglise catholique est aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui entachĂŠe par des scandales sexuels et des escroqueries ďŹ nancières. Il serait irresponsable de la part [du nouveau pape] de ne pas ouvrir au sein de

lâ&#x20AC;&#x2122;Eglise le dĂŠbat sur la morale sexuelle. Sur ce plan, les questions Ă approfondir sont nombreuses, Ă  commencer par la sĂŠlection des candidats Ă  la prĂŞtrise. Si lâ&#x20AC;&#x2122;Eglise veut augmenter le nombre des prĂŞtres, elle devra, nĂŠcessairement distinguer la vocation au sacerdoce de la vocation au cĂŠlibat. Ceux qui se sentent capables de sâ&#x20AC;&#x2122;abstenir de toute vie sexuelle embrasseraient la vie monastique, mĂŞme si quelques-

Lors des derniers pontiďŹ cats, lâ&#x20AC;&#x2122;Eglise a reculĂŠ dans sa relation avec lâ&#x20AC;&#x2122;islam uns deviennent ensuite prĂŞtres au proďŹ t de leur communautĂŠ, tandis que les membres du clergĂŠ sĂŠculier auraient la facultĂŠ de choisir la vie matrimoniale, comme ils le font aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui au sein des Eglises orthodoxe et rĂŠformĂŠe. Le chemin le plus sage serait que le pape admette la rĂŠintĂŠgration des prĂŞtres mariĂŠs au sein du ministère

sacerdotal. Ils sont des milliers. Près de 100 000 dans le monde. La mesure la plus innovante serait de permettre lâ&#x20AC;&#x2122;accès des femmes Ă  la prĂŞtrise. Donner la facultĂŠ aux femmes dâ&#x20AC;&#x2122;accĂŠder Ă  la prĂŞtrise impliquerait de modiďŹ er lâ&#x20AC;&#x2122;un des aspects les plus anachroniques de lâ&#x20AC;&#x2122;orthodoxie catholique, qui considère encore aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui la femme ontologiquement infĂŠrieure Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;homme. Dâ&#x20AC;&#x2122;autres dĂŠďŹ s se prĂŠsentent au nouveau pape, comme le dialogue interreligieux. Lors des derniers pontiďŹ cats, Rome a accompli des pas signiďŹ catifs pour amĂŠliorer les relations du catholicisme avec le judaĂŻsme. Cependant, lâ&#x20AC;&#x2122;Eglise a reculĂŠ dans sa relation avec lâ&#x20AC;&#x2122;islam. Il faut [aussi] approfondir le dialogue avec les religions dâ&#x20AC;&#x2122;Orient, et chercher Ă  se rapprocher davantage des cultes animistes dâ&#x20AC;&#x2122;Afrique ainsi que des rites indigènes dâ&#x20AC;&#x2122;AmĂŠrique latine. Il convient enďŹ n de reconnaĂŽtre, comme le propose le concile Vatican II [le XXIe concile de lâ&#x20AC;&#x2122;histoire, convoquĂŠ par Jean XXIII,

qui sâ&#x20AC;&#x2122;est dĂŠroulĂŠ entre 1962 et 1965 et a modiďŹ ĂŠ en profondeur la doctrine de lâ&#x20AC;&#x2122;Eglise catholique], que les graines de lâ&#x20AC;&#x2122;Evangile règnent ĂŠgalement dans des dĂŠnominations religieuses non chrĂŠtiennes, ce qui signiďŹ e que le salut existe hors de lâ&#x20AC;&#x2122;Eglise. Le pape François devra choisir entre les trois dons de lâ&#x20AC;&#x2122;Esprit Saint offerts aux disciples de JĂŠsus : prĂŞtre, docteur et prophète. Sâ&#x20AC;&#x2122;il est un prĂŞtre comme JeanPaul II, nous aurons une Eglise tournĂŠe vers ses propres intĂŠrĂŞts en tant quâ&#x20AC;&#x2122;institution clĂŠricale, avec des laĂŻcs traitĂŠs comme des brebis serviles et une mĂŠfiance face aux dĂŠfis de la postmodernitĂŠ. Sâ&#x20AC;&#x2122;il est un docteur de la foi comme BenoĂŽt XVI, le nouveau pape renforcera une Eglise plus maĂŽt r e s s e q u e mère, au sein de laquelle la prĂŠservation de la doctrine traditionnelle sera plus importante que le fait dâ&#x20AC;&#x2122;incarner les nouveaux temps dans lesquels nous vivons. Une Eglise incapable dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre, comme saint Paul, â&#x20AC;&#x153;grec avec les Grecs et juif avec les Juifsâ&#x20AC;?. Sâ&#x20AC;&#x2122;il assume son munus [sa fonction] prophĂŠtique, comme Jean XXIII, le pape François se lancera dans une profonde rĂŠforme de lâ&#x20AC;&#x2122;Eglise, aďŹ n que transparaisse en elle la parole et le tĂŠmoignage de JĂŠsus. â&#x20AC;&#x153;Habemus papam!â&#x20AC;? Câ&#x20AC;&#x2122;est la première fois quâ&#x20AC;&#x2122;un pape prend le nom de François [dâ&#x20AC;&#x2122;Assise], qui avait reçu mission, selon le rĂŞve du pape Innocent III, de reconstruire lâ&#x20AC;&#x2122;Eglise en ruines. Le temps dira pourquoi le pape François est venu. â&#x20AC;&#x201D;Frei Betto

Lâ&#x20AC;&#x2122;auteur

NĂŠ au BrĂŠsil en 1944, Carlos Alberto Libanio Christo, plus connu sous le nom de Frei Betto, est un des porte- parole historique de la thĂŠologie de la libĂŠration. Dominicain, emprisonnĂŠ cinq ans pendant la dictature, il a jouĂŠ un rĂ´le important dans la crĂŠation du Parti des travailleurs et du Mouvement des sans-terre. Un temps conseiller du prĂŠsident Lula, Frei Betto est aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui un intellectuel respectĂŠ, toujours engagĂŠ dans la bataille des droits de lâ&#x20AC;&#x2122;homme.

PolĂŠmique

PĂĄgina 12 contre le pape François â&#x2014;?â&#x2014;?â&#x2014;? Lâ&#x20AC;&#x2122;attitude de la hiĂŠrarchie de lâ&#x20AC;&#x2122;Eglise argentine sous la dictature (1976-1982) fait depuis longtemps polĂŠmique. A peine ĂŠlu, le 13 mars, le pape François, jĂŠsuite et ancien archevĂŞque de Buenos Aires, a dĂť faire face Ă  des accusations. Câ&#x20AC;&#x2122;est le quotidien argentin PĂĄgina 12, de gauche et progouvernemental depuis lâ&#x20AC;&#x2122;arrivĂŠe au pouvoir des Kirchner, qui a dĂŠgainĂŠ en titrant le 14 mars en première page : â&#x20AC;&#x153;Dios Mio !â&#x20AC;? [Mon Dieu !]. Dans cette ĂŠdition, Horacio Verbitsky, directeur du quotidien, signe un article qui accuse Jorge Bergoglio, responsable en 1976 de la Compagnie de JĂŠsus en Argentine, dâ&#x20AC;&#x2122;avoir retirĂŠ sa protection Ă  deux prĂŞtres jĂŠsuites. Ce qui aurait valu Ă  ces derniers dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre arrĂŞtĂŠs et torturĂŠs par les militaires avant dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre relâchĂŠs, au bout de cinq mois. Ces accusations sont anciennes. Verbitsky les a dĂŠjĂ  publiĂŠes en 2005 dans un livre (El Silencio, non traduit), puis dans diďŹ&#x20AC;ĂŠrents articles parus dans PĂĄgina 12. Le futur pape François les a toutes rĂŠcusĂŠes publiquement : lors dâ&#x20AC;&#x2122;un procès oĂš il ĂŠtait citĂŠ comme tĂŠmoin, et dans un livre dâ&#x20AC;&#x2122;entretiens rĂŠalisĂŠ par deux journalistes et publiĂŠ en 2010, El Jesuit [Le jĂŠsuite], arguant chaque fois quâ&#x20AC;&#x2122;il avait au contraire cherchĂŠ Ă  protĂŠger les religieux pendant cette pĂŠriode sombre. Les attaques de PĂĄgina 12 ont ĂŠtĂŠ reprises par une partie de la presse latino-amĂŠricaine et internationale et lâ&#x20AC;&#x2122;article de Verbitsky a beaucoup circulĂŠ sur les rĂŠseaux sociaux. Au point que le Vatican a rĂŠagi, dĂŠnonçant â&#x20AC;&#x153;la campagne calomnieuse [menĂŠe par] une publication de la gauche anticlĂŠricaleâ&#x20AC;?. Verbitsky a aussitĂ´t rĂŠpliquĂŠ dans PĂĄgina 12 par un article intitulĂŠ â&#x20AC;&#x153;Lâ&#x20AC;&#x2122;unique rĂŠalitĂŠ est la vĂŠritĂŠâ&#x20AC;?, dans lequel il rĂŠitère ses accusations. Tout en concĂŠdant que â&#x20AC;&#x153;si Jorge Bergoglio a aidĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;autres persĂŠcutĂŠs, ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas une contradictionâ&#x20AC;?.


Le meilleur de la presse internationale à un prix exceptionnel ! 1 an à 119 € au lieu de 191,10 € (prix de vente au numéro)

Votre cadeau un coffret de 40 CD’S Mozart. Le meilleur de Mozart réuni en 40 CD’s à ne pas manquer !

BON à renvoyer à Courrier International – service abonnements – rue des Francs 79 à 1040 Bruxelles ou par fax au 02/211.31.65 ou directement sur internet à l’adresse http://abo.lalibre.be/cimozart OUI, je désire profiter de votre offre au prix de 119 € pour 52 numéros. Je recevrai en cadeau le coffret de 40CD’S Mozart. Nom…………………………………………………………………………………………………………….………Prénom…………………………………………………………..…………………………………………………. Rue………………………………………………………………………………………………………………….……N°…………………….……..…………………………Bte……………………..………………………………….. CP:……………....................………………………………………………………………………….................Localité…………….…………………………………………………………………………………….……….... TVA (si facture) : BE0………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..………………………………….………………...... Tél…………………../…………………………………………………………………………………………………..Date de naissance…………..…………../……………….…………../……………………….………… E-mail* …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………............................................................ *Pour recevoir nos avantages exclusifs destinés aux abonnés et consulter la version numérique. Offre non cumulable pour un nouvel abonné (nouveau nom-nouvelle adresse) en Belgique jusqu’au 31/05/13. En cas de rupture de stock un cadeau équivalent ou de valeur supérieure sera proposé.


ÉTATS-UNIS

Le calvaire des soldates de retour au bercail Souvent victimes d’agressions sexuelles au cours de leur passage à l’armée, les anciennes militaires partent à la dérive une fois revenues à la vie civile.

↖↖ Regina Vasquez, 35 ans. Spécialiste du transport dans le corps des marines, elle a été violée puis harcelée à plusieurs reprises, y compris lorsqu’elle était enceinte. Elle souffre aujourd’hui de stress post-traumatique pour avoir tu ces agressions sexuelles. ← Jeanne Marie Carodeau, 54 ans. Engagée dans l’armée à l’âge de 18 ans, elle a subi plusieurs agressions sexuelles mais a dû attendre vingt ans avant de se voir diagnostiquer un syndrome de stress post-traumatique. ↑↑ Betty Stuart, 56 ans. Envoyée à Hawaï puis en Corée du Sud. Victime de harcèlement puis violée par son mari militaire, elle a décidé de le dénoncer à sa hiérarchie. Sa demande a été ignorée car son ex-époux était un haut gradé. ↑ Lisa Morgan-Wallace, 29 ans. Engagée dans la marine, elle est envoyée sur un navire dans le golfe Persique. Entre 2004 et 2005, elle est harcelée sexuellement à plusieurs reprises et développe des troubles anxieux. Reportage photo Gabriele Galimberti/Riverboom/Institute


AMĂ&#x2030;RIQUES.

Courrier international â&#x20AC;&#x201D; no 1168 du 21 au 27 mars 2013

â&#x20AC;&#x201D;The New York Times (extraits) New York De Los Angeles n creusant sa mĂŠmoire, TiďŹ&#x20AC;any Jackson se remĂŠmore lâ&#x20AC;&#x2122;emploi quâ&#x20AC;&#x2122;elle a brièvement occupĂŠ après avoir quittĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe. Elle portait alors dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlĂŠgantes chaussures plates et des chemisiers Ă col claudine et travaillait dans un gratte-ciel dâ&#x20AC;&#x2122;oĂš lâ&#x20AC;&#x2122;on avait une vue magniďŹ que. Deux ans plus tard, elle avait plongĂŠ dans la colère et lâ&#x20AC;&#x2122;alcool et dĂŠmissionnĂŠ. Elle sâ&#x20AC;&#x2122;est mise Ă  frĂŠquenter des gens qui prenaient de la cocaĂŻne, a sombrĂŠ dans la drogue et sâ&#x20AC;&#x2122;est retrouvĂŠe dans Skid Row, le quartier de Los Angeles qui compte le plus de sans-abri. â&#x20AC;&#x153;On a lâ&#x20AC;&#x2122;impression de ne rien pouvoir faireâ&#x20AC;?, conďŹ e-t-elle en parlant de la cascade dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠvĂŠnements qui lui ont fait perdre son appartement, lâ&#x20AC;&#x2122;ont obligĂŠe Ă  dormir dans des hĂ´tels miteux puis Ă  errer pendant un an dans la rue, oĂš elle est venue grossir les rangs des anciennes militaires sans abri. Alors que le Pentagone vient rĂŠcemment de lever lâ&#x20AC;&#x2122;interdiction pour les femmes de participer aux missions de combat [voir encadrĂŠ], celles qui reviennent Ă  la vie civile doivent livrer une tout autre bataille. Elles constituent dĂŠsormais le contingent de sansabri qui augmente le plus rapidement. Elles vont de canapĂŠ en matelas pneumatique, dorment dans les garde-meubles, vivent dans leurs voitures et apprennent Ă  se garer discrètement près des centres commerciaux pour ĂŠchapper Ă  la violence de la rue. Si ce sont la drogue et les maladies mentales qui poussent les anciens militaires hommes dans la rue, les femmes sont non seulement confrontĂŠes Ă  ces mĂŞmes problèmes, mais Ă  bien dâ&#x20AC;&#x2122;autres encore. Elles ont souvent du mal Ă  trouver un logement et plus encore Ă  trouver un emploi bien rĂŠmunĂŠrĂŠ. Cependant, lâ&#x20AC;&#x2122;une des raisons les plus courantes qui les poussent Ă  la rue, câ&#x20AC;&#x2122;est, selon les chercheurs et les psychologues, un traumatisme sexuel consĂŠcutif Ă  des agressions ou Ă  un harcèlement subis au cours de leur passage Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe et qui peut mener Ă  un syndrome de stress post-traumatique. Câ&#x20AC;&#x2122;est un traumatisme sexuel qui a mis Mme Jackson sur cette voie. Au dĂŠbut, elle a cru pouvoir mettre lâ&#x20AC;&#x2122;â&#x20AC;&#x153;incidentâ&#x20AC;? derrière elle : cette fraĂŽche soirĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;aoĂťt, devant la base aĂŠrienne de Suwon, en CorĂŠe du Sud, oĂš un soldat lui a mis la main sur la gorge dans les toilettes dâ&#x20AC;&#x2122;un bar et lâ&#x20AC;&#x2122;a violĂŠe brutalement sur le sol trempĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;urine. Mais, au cours des sept annĂŠes quâ&#x20AC;&#x2122;elle a passĂŠ Ă  errer, elle sâ&#x20AC;&#x2122;est aperçue quâ&#x20AC;&#x2122;elle ne pouvait pas oublier. Sur les 141 000 vĂŠtĂŠrans qui ont passĂŠ au moins une nuit dans un refuge en 2011, près de 10 % ĂŠtaient des femmes â&#x20AC;&#x201C; alors quâ&#x20AC;&#x2122;elles nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtaient que 7,5 % en 2009. Cela reďŹ&#x201A;ète en partie le changement de lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe amĂŠricaine, oĂš les femmes constituent dĂŠsormais 14 % des eďŹ&#x20AC;ectifs dâ&#x20AC;&#x2122;active, et 18 % de la garde nationale et des rĂŠservistes. Les femmes qui quittent lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe sont confrontĂŠes Ă  un â&#x20AC;&#x153;ensemble de vulnĂŠrabilitĂŠsâ&#x20AC;? complexe, explique la Dre Donna L. Washington, professeure de mĂŠdecine Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;UniversitĂŠ de Californie Ă  Los Angeles. Elles ont plus de probabilitĂŠs dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre parent isolĂŠ que les hommes, or plus de 60 % des programmes de logement transitoire

E

subventionnĂŠs par le ministère des Anciens Combattants nâ&#x20AC;&#x2122;acceptent pas les enfants, ou en limitent lâ&#x20AC;&#x2122;âge et le nombre. La diďŹ&#x192;cultĂŠ Ă trouver un emploi contribue ĂŠgalement Ă  les priver de logement. Jennifer Cortez, 26 ans, ĂŠtait un excellent sergent de lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe de terre, elle formait et supervisait de nombreux soldats, mais elle a bien du mal Ă  trouver du travail depuis quâ&#x20AC;&#x2122;elle a quittĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe, en 2011. Elle dort sur un matelas pneumatique dans le salon de sa mère, sous les douze mĂŠdailles quâ&#x20AC;&#x2122;elle a rĂŠcoltĂŠes en huit ans dans lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe, dont deux dĂŠploiements en Irak. Le nombre dâ&#x20AC;&#x2122;emplois payĂŠs au salaire minimum la laisse pantoise. â&#x20AC;&#x153;Jâ&#x20AC;&#x2122;ai servi mon pays, alors balayer le sol, câ&#x20AC;&#x2122;est plutĂ´t rudeâ&#x20AC;?, explique-t-elle. Sur la trentaine de vĂŠtĂŠranes interrogĂŠes par The New York Times, 16 ont dĂŠclarĂŠ avoir ĂŠtĂŠ victimes dâ&#x20AC;&#x2122;une agression sexuelle quand elles ĂŠtaient dans lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe et une a conďŹ ĂŠ avoir ĂŠtĂŠ harcelĂŠe. Dâ&#x20AC;&#x2122;après une ĂŠtude rĂŠalisĂŠe par lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠquipe de la Dre Washington, 53 % des anciennes militaires sans domicile ďŹ xe ont subi un traumatisme sexuel Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe et de nombreuses femmes ĂŠtaient entrĂŠes dans lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe pour ĂŠchapper Ă  des conďŹ&#x201A;its ou Ă  des mauvais traitements au sein de leur famille. Subir une agression sexuelle alors quâ&#x20AC;&#x2122;on sert son pays reprĂŠsente une â&#x20AC;&#x153;double trahisonâ&#x20AC;?, explique Lori S. Katz, qui dirige une clinique spĂŠcialisĂŠe dans le quartier de Long Beach et a cofondĂŠ Renew [Renouveau], un programme thĂŠrapeutique destinĂŠ aux femmes ayant subi un traumatisme sexuel Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe. Ces traumatismes entraĂŽnent souvent les victimes dans une spirale descendante : alcool, drogue, dĂŠpression et violence domestique, souligne-t-elle.

confortablement installĂŠe chez sa mère, Ă Palmdale, dans le nord de Los Angeles. Dâ&#x20AC;&#x2122;après son avocate, Melissa Tyner, nombre dâ&#x20AC;&#x2122;anciennes militaires associent les services oďŹ&#x20AC;erts par le ministère des Anciens Combattants Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe qui nâ&#x20AC;&#x2122;a pas su les protĂŠger et refusent de suivre des thĂŠrapies qui leur seraient pourtant nĂŠcessaires. Dâ&#x20AC;&#x2122;autres, qui nâ&#x20AC;&#x2122;ont pas servi Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtranger, ne se considèrent pas comme des vĂŠtĂŠranes et ne savent donc pas quâ&#x20AC;&#x2122;elles ont droit Ă  des aides. La Californie regroupe le quart des vĂŠtĂŠrans du pays et le quart des anciens soldats sans-abri. Dâ&#x20AC;&#x2122;après une ĂŠtude rĂŠalisĂŠe en 2011, 999 anciennes militaires sont sans domicile ďŹ xe dans la rĂŠgion de Los Angeles, soit 50 % de plus quâ&#x20AC;&#x2122;en 2009. Lauren Felber ĂŠtait lâ&#x20AC;&#x2122;une dâ&#x20AC;&#x2122;entre elles. Elle sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait engagĂŠe pour ĂŠchapper aux agressions sexuelles de son père. Elle pensait que lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe lâ&#x20AC;&#x2122;aiderait Ă  sâ&#x20AC;&#x2122;aguerrir. Une fois revenue Ă  la vie civile, elle souďŹ&#x20AC;re de complications liĂŠes Ă  un zona. Elle tente de travailler, dans des bars et dans la construction, mais elle a trop mal. Elle devient dĂŠpendante aux analgĂŠsiques. Les amis qui lâ&#x20AC;&#x2122;accueillaient sur leur canapĂŠ ďŹ nissent par se lasser et elle termine Ă  la rue dans le centre de Los Angeles. Les habituĂŠs du trottoir lui apprennent comment trouver Ă  manger gratuitement. â&#x20AC;&#x153;Dans la rue, tout le monde vend quelque chose, ne serait-ce que de lâ&#x20AC;&#x2122;amitiĂŠâ&#x20AC;?, explique-t-elle.

Contexte

Femmes au front â&#x2014;?â&#x2014;?â&#x2014;? Le 24 janvier, lâ&#x20AC;&#x2122;ex-ministre de la DĂŠfense amĂŠricain, Leon Panetta, a annoncĂŠ la levĂŠe oďŹ&#x192;cielle de lâ&#x20AC;&#x2122;interdiction faite aux femmes de combattre sur les lignes de front. Les diďŹ&#x20AC;ĂŠrents corps de lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe ont jusquâ&#x20AC;&#x2122;en 2016 pour appliquer cette mesure. Cette annonce a suscitĂŠ une polĂŠmique. Si dâ&#x20AC;&#x2122;aucuns y voient un progrès dans lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠgalitĂŠ hommes-femmes, dâ&#x20AC;&#x2122;autres sâ&#x20AC;&#x2122;inquiètent de la sĂŠcuritĂŠ des soldates. Depuis 2001, plus de 280 000 femmes ont ĂŠtĂŠ dĂŠployĂŠes sur les thÊâtres dâ&#x20AC;&#x2122;opĂŠrations et 152 y ont laissĂŠ leur vie. Aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui, la vie lui sourit Ă  nouveau. Mme Felber vient dâ&#x20AC;&#x2122;obtenir un appartement par le biais du ministère des Anciens Combattants. Avoir un nouveau chez-soi ĂŠtait tellement irrĂŠel pour elle quâ&#x20AC;&#x2122;au dĂŠbut elle y dormait Ă  mĂŞme le sol, comme dans la rue. Mais peu Ă  peu, en parcourant les pièces nues, elle ĂŠprouve une â&#x20AC;&#x153;gratitude immenseâ&#x20AC;?. â&#x20AC;&#x153;Je lutte contre la peur de perdre ce logement au fur et Ă  mesure que jâ&#x20AC;&#x2122;amasse des objets et que jâ&#x20AC;&#x2122;en fais mon chez-moiâ&#x20AC;?, conďŹ e-t-elle. â&#x20AC;&#x201D;Patricia Leigh Brown

53 % des anciennes militaires sans domicile ďŹ xe ont subi un traumatisme sexuel Ă lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe â&#x20AC;&#x153;Ă&#x2021;a vous laisse complètement Ă  nuâ&#x20AC;?, conďŹ rme Patricia Goodman-Allen, ancien oďŹ&#x192;cier de rĂŠserve aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui thĂŠrapeute. Elle-mĂŞme sâ&#x20AC;&#x2122;est retirĂŠe dans un mobil-home au fond des bois après avoir ĂŠtĂŠ victime dâ&#x20AC;&#x2122;une telle agression sexuelle. Mme Jackson a obtenu une pension dâ&#x20AC;&#x2122;invaliditĂŠ Ă  100 % pour cause de stress posttraumatique consĂŠcutif Ă  un traumatisme sexuel, mĂŞme si lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe avait dâ&#x20AC;&#x2122;abord refusĂŠ de lui verser une indemnitĂŠ. Dans lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe, elle ĂŠtait conductrice dâ&#x20AC;&#x2122;engins et elle adorait ça : elle avait lâ&#x20AC;&#x2122;impression de maĂŽtriser les choses dans cet environnement dominĂŠ par les hommes. Après son viol, elle change de comportement. Elle agresse un sergent, ce qui lui vaut des sanctions disciplinaires. De retour Ă  la vie civile, elle perd son emploi dans la vente après sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre ĂŠvanouie, ivre, pendant un appel tĂŠlĂŠphonique professionnel. â&#x20AC;&#x153;Je donnais lâ&#x20AC;&#x2122;impression de maĂŽtriser la situation, mais en rĂŠalitĂŠ jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtais en train de mourir Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠrieurâ&#x20AC;?, conďŹ e-t-elle. Elle passe trois ans en prison pour traďŹ c de drogue et ďŹ nit par se conďŹ er au psychiatre de la prison, qui lâ&#x20AC;&#x2122;aide Ă  comprendre que ses diďŹ&#x192;cultĂŠs viennent du traumatisme sexuel quâ&#x20AC;&#x2122;elle a subi. â&#x20AC;&#x153;Jâ&#x20AC;&#x2122;ai compris que jâ&#x20AC;&#x2122;avais besoin dâ&#x20AC;&#x2122;aideâ&#x20AC;?, dĂŠclaret-elle aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui, enďŹ n stable Ă  32 ans et



Blanca LI

Š Ali Mahdavi

Antoine Dâ&#x20AC;&#x2122;AGATA




D’UN CONTINENT À L’AUTRE

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013 SUR LE WEB presseurop.eu

europe

Retrouvez cet article et suivez l’actualité de la crise de la zone européenne en dix langues sur le site partenaire de Courrier international.

Contexte

Chypre. Un plan à hauts risques Le prêt de 10 milliards d’euros accordé par l’Union européenne et le FMI pour renflouer les banques chypriotes était assorti d’une taxation inédite sur les dépôts bancaires. Une trahison !

↑ Dessin de Chappatte paru dans Le Temps, Genève.

—Cyprus Mail (extraits) Nicosie

semi-gouvernementales et à augmenter l’impôt sur les sociétés. ême si le haircut [terme utilisé en Après tout, le président Nicos cas de décote d’une créance ou Anastasiades [élu le 24 février] avait d’un avoir bancaire] appliqué aux déclaré avec emphase dans son discours dépôts bancaires était à l’ordre du jour d’intronisation qu’“absolument aucune de l’UE depuis plus d’un mois mainte- référence à une décote sur la dette publique nant, présent dans certains mémos de la ou les dépôts ne serait tolérée”, ce à quoi il Commission et ouvertement discuté par avait ajouté que “cette question ne ferait même pas l’objet d’un débat”. Le les politiciens européens – beaucoup d’entre eux n’exministre des Finances, Michalis ÉDITO cluaient d’ailleurs pas cette Sarris, a tenu des propos tout option –, peu de personnes pensaient aussi rassurants, faisant valoir qu’il serait que l’Eurogroupe [les ministres des insensé de la part de l’UE d’imposer une Finances de la zone euro] le mettrait telle mesure, car cela menacerait l’euro véritablement en œuvre. La plupart des dans son ensemble. L’Allemagne et les dirigeants de l’Eurogens étaient convaincus qu’il s’agissait d’une menace en l’air, censée contraindre groupe ont pourtant fait ce choix aberrant, Chypre à privatiser ses organisations car, à leurs yeux, Chypre est trop petite et

M

●●● Conclu le 16 mars entre Chypre, l’UE et le FMI, le plan initial prévoyait une taxation de 6,75 % sur les dépôts bancaires inférieurs à 100 000 euros, et de 9,9 % sur les autres. Face aux très fortes réactions, un assouplissement était envisagé le 19 mars : les dépôts inférieurs à 20 000 euros devraient être exemptés, des taux progressifs s’appliquant aux autres. ●●● Lire aussi p. 8 et sur Courrier international.com les réactions en Europe, l’éditorial du principal quotidien chypriote et une analyse du magazine Cicero : pourquoi Chypre devient un problème pour Merkel.

insignifiante pour qu’une décote imposée aux dépôts bancaires provoque un effet boule de neige dans la zone euro. Evidemment, les marchés interpréteront peut-être cette décision différemment, pas nécessairement aujourd’hui, mais quelques semaines plus tard, lorsqu’il deviendra manifeste que même les dépôts effectués dans les banques européennes ne sont pas protégés des raids de l’Eurogroupe. A entendre les discours prononcés, il ne fait aucun doute que Nicos Anastasiades a fait l’objet d’un chantage pour accepter cette “taxe de solidarité” – quel euphémisme ! Un refus aurait signifié que la Banque centrale européenne (BCE) ne verserait pas après la date limite du 21 mars (une échéance qui avait été retardée de deux mois en janvier) la moindre aide d’urgence pour atténuer la crise de liquidités que traversent les banques chypriotes : ces dernières s’effondreraient le jour même et la population perdrait une part bien plus importante de ses dépôts [que les taux que l’on tente d’ imposer aujourd’hui (voir ci-dessus)]. Le président avait-il le choix ? C’est difficile à dire, étant donné la pression exercée sur lui pour qu’il trouve un accord politique le 15 mars. Tout porte à croire que nos partenaires de l’UE avaient pris leur décision en amont. Le 16 mars, un député s’est demandé s’il ne vaudrait pas mieux laisser les deux banques qui ont besoin d’une recapitalisation de la BCE faire faillite au lieu d’accepter la décote. Le problème ne s’arrêterait toutefois pas à ces deux banques, car les différentes institutions financières dépendent les unes des autres et la panique bancaire finirait par se généraliser. Voilà l’argument principal que fera valoir Nicos Anastasiades pour justifier le renflouement interne par le biais des dépôts. Dans le cas contraire, les banques se seraient effondrées, l’Etat aurait fait faillite et Chypre serait sortie de la zone euro. Ainsi, le président a choisi le moindre mal, même s’il est peu probable que la population l’admettra. Concrètement, l’UE a proposé un “plan de sauvetage” conçu pour anéantir et non pas sauver ce qu’il reste de l’économie chypriote.—

Vu d’Allemagne

Quand l’exception devient la règle ● Chypre a reçu 10 milliards d’euros d’aide du Mécanisme européen de stabilité (MES) mais les épargnants vont devoir participer au renflouement des banques. Cette taxation [des avoirs bancaires] vise à faire payer le sauvetage des banques par les émigrés fiscaux, essentiellement russes. L’idée a de quoi séduire dans les pays du nord de l’Europe et particulièrement en Allemagne, en pleine campagne électorale. Il y a toutefois un problème. Le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, parle de cas exceptionnel, ce qui est vrai concernant le secteur bancaire chypriote surdimensionné. Sauf que l’exception commence à devenir la règle quand il s’agit de sauver l’euro. En Grèce, les investisseurs privés ont été priés de passer à la caisse – et on parlait déjà d’un cas exceptionnel. Les situations exceptionnelles se succèdent en Europe. Ce qui ne peut contribuer à rassurer les investisseurs internationaux – et laisse sceptique sur l’Europe après une telle décision. —Peter Riesbeck Frankfurter Rundschau (extraits) Francfort

Vu d’Italie

Une mesure vouée à l’échec ? ● La décision du gouvernement chypriote [d’accepter la proposition de l’UE] pourrait créer un dangereux précédent potentiellement gravissime pour les citoyens du Vieux Continent. Appliqué à l’Italie (à un taux de 6,75 %), ce plan rapporterait 56,7 milliards d’euros à l’Etat. Cette espèce d’énorme impôt aurait peu d’effets positifs à long terme sur les caisses de l’Etat italien. Pourtant, une telle mesure pourrait être imposée à notre pays, si l’Italie devait à son tour réclamer l’intervention de l’UE. Une hypothèse pour le moment peu probable, mais pas impossible si le spread [écart de taux d’emprunt avec l’Allemagne] repassait sous la barre des 500 points de base. La manœuvre décidée par Chypre n’est pas nouvelle. Le 11 juillet 1992, le gouvernement technique guidé par Giuliano Amato avait fait passer un paquet de réformes d’un montant de 30 000 milliards de lires (un peu plus de 15 milliards d’euros), qui comprenait un prélèvement forcé des comptes


EUROPE.

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

← Dépôt de garantie européen. “Prenez votre épargne.” “Désolés”. Sur la chemise : Chypre. Dessin de Tom paru dans Trouw, Amsterdam. courants au taux de 6 ‰ : l’Etat avait encaissé 5 milliards. Mais cela n’avait pas empêché la dévaluation de la lire en septembre de la même année ni la sortie du système monétaire européen. —Giuliano Balestrini La Repubblica (extraits) Rome

Vu du Portugal

La politique des fous ● L’irresponsabilité des leaders européens n’a pas de limites. A Bruxelles, Francfort, Berlin, Lisbonne… ou Nicosie. Chypre, gouvernée ces cinq dernières années par un parti communiste, s’est transformée pour n’importe quel capitaliste lunatique en un paradis où il est presque plus facile d’ouvrir une banque qu’un compte en banque. Les entreprises n’y paient quasiment pas d’impôts et la ville de Limassol est le siège d’innombrables entreprises fictives. Résultat : Chypre est devenue l’un des plus grands investisseurs étrangers directs en Russie. Non pas que cette demi-île – n’exportant presque rien – se soit muée en puissance économique, mais, tout simplement, l’argent des oligarques russes revient blanchi dans son pays d’origine, prêt à servir pour acheter des appartements, ouvrir des boutiques de luxe et goudronner les routes des forêts. Ce n’est pas non plus un hasard si des armes russes à destination de Bachar El-Assad sont passées par Chypre – en pleine présidence chypriote de l’UE, qui avait décidé d’un embargo sur les armes à destination de la Syrie ! Quand la crise est arrivée, ce gouvernement a fait tout ce que lui ordonnait le catéchisme néolibéral, des licenciements dans la fonction publique jusqu’aux coupes les plus claires dans les dépenses sociales. Ces mesures n’ont servi qu’à aggraver la situation. Avec 1 million d’habitants mais un secteur bancaire qui représente huit fois les 17 milliards du PIB, Nicosie a dû demander une aide de 10 milliards d’euros. Entre-temps, les chefs de la zone euro, la chancelière Merkel en tête, ont profité de l’élection [le 24 février] d’un nouveau président chypriote, de droite, pour imposer leurs conditions. Sous prétexte que le Parlement allemand n’approuverait jamais un plan de sauvetage au profit d’oligarques russes, ils ont voulu qu’une partie de la facture soit payée à la fois par les actionnaires et par les déposants. Or l’actuel président chypriote a aussi peu envie d’embêter ses partenaires russes que son prédécesseur communiste. Ces fous qui sont au pouvoir ont craqué une allumette dans la poudrière. Les conséquences sont imprévisibles. —Rui Tavares Público (extraits) Lisbonne

Les capitaux russes en première ligne Les mesures impopulaires ont sans doute préalablement été discutées avec les patrons russes de sociétés chypriotes. —RBC Daily (extraits) Moscou

C

e week-end, sous la pression des ministres des Finances de la zone euro, les autorités chypriotes, confrontées à la crise, ont accepté d’instaurer une taxe sur les dépôts bancaires et d’augmenter l’impôt sur les bénéfices des sociétés. Cela va permettre au pays d’obtenir une aide financière de l’UE, mais affectera gravement l’image de cet Etat insulaire et risque de provoquer une fuite massive de capitaux. Si cette loi, que beaucoup qualifient de scélérate, passe, les Russes, qui détiennent des dizaines de milliards d’euros sur l’île, pourraient en être les premières victimes. Comme le ministère des Finances de Chypre l’a annoncé en début d’année, le total des dépôts dans des banques de l’île dépasse les 70 milliards d’euros, et 30 milliards sont détenus par des banques étrangères. Selon Moody’s, 12 milliards de dollars (9,1 milliards d’euros) appartiendraient à des Russes. En outre, des banques russes ont accordé 40 milliards de dollars de crédits à des banques locales et à des sociétés russes domiciliées à Chypre. En Russie, l’annonce de cette mesure a suscité une très vive émotion. “C’est de l’expropriation, même si elle n’est que partielle. Je considère que cela va coûter à Chypre son rôle de place financière. La confiance des investisseurs envers les banques et l’Etat chypriotes va être mise à mal pour de longues années, car ce pays vivait pour une grande part des services financiers qu’il offrait”, estime Andreï Degtiarev, qui dirige la banque KIT Finance. Un banquier d’investissement confirme : “Mes amis détenteurs de comptes à Chypre ont tous dénoncé une démarche complètement abusive. Sur 100 millions d’euros détenus par certains d’entre eux, 10 millions pourraient purement et simplement partir en fumée. Ils ont affirmé que dès l’ouverture des banques ils clôtureraient leurs comptes et transféreraient les sommes dans des établissements du Moyen-Orient ou d’Asie.” Il ajoute que certains Russes avaient déjà fait sortir leurs avoirs de l’île.

“Quoi qu’il arrive, la fuite des capitaux sera inévitable, et ne devrait pas bénéficier au système bancaire russe. Le plus probable est que les Russes qui disposaient de comptes sur l’île transfèrent leur argent vers les banques de pays européens stables”, prévoit Alexandre Levkovski, premier vice-président de la banque SMP. La taxe sur les dépôts a aussi fait polémique en Europe. Ainsi, Martin Schulz (SPD), président du Parlement européen, a proposé aux autorités chypriotes de ne pas taxer les petits déposants, en ne ponctionnant que les comptes dépassant 25 000 euros. Certains pays sont prêts à apporter une aide financière à leurs ressortissants, tel le gouvernement britannique qui compensera le préjudice que viendraient à subir les 3 500 militaires et employés de la base militaire de l’île. Les autorités chypriotes vont devoir déployer de gros efforts pour conserver la confiance des Russes. La situation des capitaux russes à Chypre sera le sujet central de la visite de Michalis Sarris [ministre des Finances de Chypre] à Moscou, le 20 mars. Nicosie souhaite éviter des clôtures massives de

comptes et une fuite des investissements. “Chypre devrait assurer Moscou qu’elle s’acquittera scrupuleusement des demandes d’échange d’informations contenues dans l’accord sur l’exemption de double imposition”, nous a confié Alexandre Zakharov, partenaire chez Paragon Advice Group. Pour lui, le coup porté aux sociétés russes ne sera pas si terrible : “La hausse du taux d’imposition sur les bénéfices, qui a été porté à 12,5 %, n’est pas non plus de nature à effrayer les Russes qui utilisent des sociétés domiciliées à Chypre dans leurs mécanismes internationaux d’optimisation fiscale. Les sociétés chypriotes possèdent généralement plus de 100 000 euros de capitaux russes, ce qui permet une réduction de l’impôt en Russie à condition de verser 5 % de dividendes à Chypre. Sur l’île, ces dividendes ne sont pas imposés, pas plus que les bénéfices sur les ventes d’actions.” Selon les analystes, la société de Nikos Anastasiadis, le président chypriote récemment élu, qui est juriste de métier, s’occuperait des intérêts du monde russe des affaires, entre autres. On peut donc penser que les mesures impopulaires en débat aujourd’hui ont préalablement été discutées avec les patrons russes de sociétés chypriotes. —Vladimir Pavlov, Natalia Starostina, Anastasia Litvinova

28 % C’est, selon le FMI, la part des investissements chypriotes sur l’ensemble des investissements directs étrangers (IDE) en Russie à fin 2011 – soit 129 milliards sur 456 milliards de dollars. L’île est ainsi le premier investisseur en Russie (elle-même premier investisseur étranger à Chypre). Plus de la moitié des flux d’IDE vers la Russie ont pour origine des pays à fiscalité attractive. Cela signifie qu’une grande partie des flux entrants en Russie sont en réalité des investissements réalisés par des sociétés russes, dans un but de sécurisation de leurs actifs et d’optimisation fiscale.

Thierry Garcin et Eric Laurent 6h45/6h57 du lundi au vendredi dans Les Matins de France Culture en partenariat avec

franceculture.fr




EUROPE

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

PORTUGAL

Les petits Portugais montent sur le ring Entraînements, combats-exhibitions : la boxe gagne en popularité chez les enfants. Un phénomène qui divise les parents et inquiète les spécialistes.

—Público (extraits) Lisbonne

Ç

a fait déjà plusieurs minutes que la sono a remisé l’album Brothers in Arms des Dire Straits au profit d’un tintamarre de boîte à rythmes de fête populaire quand Ricardo Rodrigues, dit Golden Boy, et Ricardo Silva, dit Pretty Boy, montent sur le ring de l’Arena de Matosinhos [banlieue de Porto]. Leurs entraîneurs respectifs donnent les dernières indications avant le combat. Golden Boy a 12 ans et débute sur le ring. Pretty Boy a déjà un peu d’expérience et cause pas mal de soucis à son adversaire. “Il y a quelques années encore, il aurait été impensable de voir des enfants pratiquer la boxe, et a fortiori participer à des combats”, explique le président de la Fédération portugaise de boxe (FPB), Eugenio Pinheiro, “mais aujourd’hui, dans tout le pays, ils sont de 250 à 300 à s’entraîner dans des gymnases.” Certains montent même sur le ring en public, comme les deux Ricardo qui, il y a quelques semaines, se sont affrontés à Matosinhos. Mais le ballet de simples touches et d’esquives – avec quelques directs, amortis par les casques de protection – qui se déroule durant trois rounds d’une minute chacun n’est pas un véritable combat. On parle de “démonstration” ou d’“exhibition”. La différence avec un vrai combat est l’absence de vainqueur et de décompte des points, ainsi que l’interdiction des gestes trop violents. Deux jours avant la démonstration, au gymnase Agua Viva, à Matosinhos, Ricardo Golden Boy fait une pause pendant son entraînement pour évoquer le combat qui approche. “L’autre garçon est plus rapide, mais j’ai plus de force parce qu’il est plus petit que moi. Je suis nerveux”, avoue-t-il. Il est venu au gymnase, comme nombre d’autres enfants, encouragé par un ami qui avait commencé à faire de la boxe. L’enthousiasme du copain s’est vite envolé, mais Ricardo, lui, a persévéré. A la maison, il peut compter sur l’emballement de son père, qui l’emmène cinq jours par semaine à l’entraînement. Sa mère est plus réticente. Elle ne lui a pas

interdit la pratique de la boxe, mais elle ne veut pas qu’il participe à des combats. “Je pense que ce n’est pas de son âge. On n’est pas d’accord là-dessus avec mon mari. Mais il aime ça et nous devons le soutenir”, ditelle. Dans l’entourage des jeunes boxeurs, Manuela n’est pas la seule à penser ainsi. La violence associée à ce sport créée encore de nombreux obstacles à sa pratique par des enfants et des jeunes.

Une fonction sociale. Au Portugal, on s’est peu intéressé aux risques et aux avantages de la pratique de la boxe ou du kick-boxing pour des enfants de 8 ou 10 ans, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis, au Canada ou en Angleterre, où les instances médicales ont pris des positions clairement hostiles [voir encadré]. Comme la Société portugaise de pédiatrie n’a aucune position officielle, Paula Fonseca, responsable de la section médecine de l’adolescent, a dû faire valoir sa propre opinion médicale : “Il y a consensus sur le fait qu’il n’est pas recommandé de pratiquer la boxe dans cette tranche d’âge parce qu’il existe de nombreux risques”, dit-elle, en référence aux fréquents problèmes neurologiques qui finissent par affecter la vie de boxeurs professionnels. Paula Fonseca estime que la boxe pratiquée uniquement à l’entraînement, sans contact, “ne pose pas de grand problème”, mais elle n’y croit guère, étant donné que, tôt ou tard, les enfants veulent user de leurs poings face à un adversaire. Au Health Club Pinhais da Foz, l’entraîneur Nuno Terroia a bien évidemment été confronté à cette demande de la part de ses élèves. Le gymnase est situé dans un quartier chic de Porto. Quand il a ouvert son cours, l’ancien champion du monde de sanda (boxe chinoise) a fait savoir qu’il était prêt à recevoir gratuitement des gamins des quartiers difficiles. “Personne n’est venu”, avoue-t-il. La barrière invisible qui sépare les quartiers populaires du gymnase a été plus forte. Nuno s’est retrouvé uniquement avec les garçons et les filles qui viennent sur les conseils de leurs


EUROPE.

Courrier international â&#x20AC;&#x201D; no 1168 du 21 au 27 mars 2013



â&#x2020;&#x2122; Les combats de boxe ou de kick-boxing entre enfants comportent un risque important de blessures Ă la tĂŞte. Photo Paolo Pimenta.

parents (parce que ceux-ci veulent quâ&#x20AC;&#x2122;ils apprennent Ă se dĂŠfendre) ou de psychologues qui â&#x20AC;&#x153;prĂŠconisent la pratique de ces disciplines aux enfants ayant un certain degrĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;hyperactivitĂŠ, des phobies ou des peurs, du fait de la concentration ĂŠlevĂŠe quâ&#x20AC;&#x2122;elles exigent et de la conďŹ ance quâ&#x20AC;&#x2122;elles permettent dâ&#x20AC;&#x2122;acquĂŠrirâ&#x20AC;?, explique-t-il. La diďŹ&#x192;cultĂŠ Ă  accepter la dĂŠfaite est un des motifs qui expliquent quâ&#x20AC;&#x2122;Eugenio Pinheiro soit hostile Ă  la participation Ă  des combats â&#x20AC;&#x153;sĂŠrieuxâ&#x20AC;? avant lâ&#x20AC;&#x2122;âge de 16 ans. â&#x20AC;&#x153;Les jeunes nâ&#x20AC;&#x2122;ont pas une maĂŽtrise ĂŠmotionnelle suďŹ&#x192;sante pour supporter la tension du combat avant cet âge.â&#x20AC;? Cela dit, le prĂŠsident de la FPB nâ&#x20AC;&#x2122;est pas dâ&#x20AC;&#x2122;accord avec le ton des recommandations mĂŠdicales. Il estime que la boxe dont parlent les Nord-AmĂŠricains nâ&#x20AC;&#x2122;est pas celle qui se pratique en Europe, oĂš lâ&#x20AC;&#x2122;on est beaucoup plus sensible au respect et Ă  la protection de lâ&#x20AC;&#x2122;athlète. â&#x20AC;&#x153;Il est clair que des coups dans la tĂŞte restent des coups dans la tĂŞte, mais quand on prend un ballon dans la tĂŞte au football, câ&#x20AC;&#x2122;est pire quâ&#x20AC;&#x2122;un coup de poingâ&#x20AC;?, fait-il observer. Le neuropĂŠdiatre JosĂŠ Carlos Ferreira nâ&#x20AC;&#x2122;en disconvient pas, â&#x20AC;&#x153;sauf quâ&#x20AC;&#x2122;au football il sâ&#x20AC;&#x2122;agit dâ&#x20AC;&#x2122;un accident alors

que les coups Ă la tĂŞte sont inhĂŠrents Ă  la boxeâ&#x20AC;?. Pinheiro souhaite que lâ&#x20AC;&#x2122;on ne diabolise pas son sport â&#x20AC;&#x153;qui peut avoir une fonction socialeâ&#x20AC;?. De son cĂ´tĂŠ, SoďŹ a Nunes da Silva, psychologue, ne comprend pas bien comment la boxe peut aider des gamins des quartiers populaires â&#x20AC;&#x153;dĂŠjĂ  entourĂŠs de tellement dâ&#x20AC;&#x2122;agressivitĂŠâ&#x20AC;?.

â&#x20AC;&#x153;Dictateur et amiâ&#x20AC;?. A Matosinhos, CĂŠsar Moreira, qui sâ&#x20AC;&#x2122;occupe dâ&#x20AC;&#x2122;Aqua Viva depuis dix ans, insiste lui aussi sur le caractère social de la boxe. Il raconte que, lorsquâ&#x20AC;&#x2122;il a acceptĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;invitation de la coopĂŠrative pour dynamiser le gymnase vide du quartier et quâ&#x20AC;&#x2122;il a dĂŠcidĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;en faire un lieu uniquement dĂŠdiĂŠ aux sports de combat, on lâ&#x20AC;&#x2122;a traitĂŠ de fou. Il est passĂŠ outre et sâ&#x20AC;&#x2122;est ĂŠvertuĂŠ Ă en ďŹ nir avec lâ&#x20AC;&#x2122;image nĂŠgative de la boxe. Il a signĂŠ avec la mairie de Matosinhos un protocole dans lequel il proposait dâ&#x20AC;&#x2122;accueillir trente jeunes des ĂŠcoles du quartier, entre 8 et 16 ans, pendant trois mois. Trente enfants au caractère rebelle, cataloguĂŠs â&#x20AC;&#x153;Ă  risquesâ&#x20AC;? par lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcole. Lorsquâ&#x20AC;&#x2122;un changement politique Ă  la mairie a mis ďŹ n au programme, CĂŠsar aďŹ&#x192;rme quâ&#x20AC;&#x2122;il

avait atteint â&#x20AC;&#x153;98 % de rĂŠussiteâ&#x20AC;? avec ces jeunes. Son secret ? Lâ&#x20AC;&#x2122;eďŹ&#x20AC;ort inhĂŠrent Ă  un sport individuel comme la boxe, mais aussi lâ&#x20AC;&#x2122;attitude de lâ&#x20AC;&#x2122;entraĂŽneur, dit-il sans fausse modestie. â&#x20AC;&#x153;Je traite mes athlètes comme mes enfants. Je suis presque un dictateur, mais je suis aussi leur ami en mĂŞme temps.â&#x20AC;? La première exhibition de son ďŹ ls terminĂŠe, Manuela nâ&#x20AC;&#x2122;est pas totalement rassurĂŠe. Sur le ring, lâ&#x20AC;&#x2122;arbitre lève les bras des deux adversaires, indiquant par lĂ  quâ&#x20AC;&#x2122;ils sont tous deux vainqueurs. MĂŠdaille autour du cou, Golden Boy grimpe dans les tribunes et va sâ&#x20AC;&#x2122;asseoir Ă  cĂ´tĂŠ de sa famille pour assister aux autres combats. Le lendemain, quand il entrera au gymnase, il sera applaudi par ses camarades dâ&#x20AC;&#x2122;entraĂŽnement. Câ&#x20AC;&#x2122;est la tradition. â&#x20AC;&#x153;On le fait avec tous les athlètes, indĂŠpendamment du rĂŠsultat, parce quâ&#x20AC;&#x2122;ils reprĂŠsentent lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠquipe et quâ&#x20AC;&#x2122;ils transmettent nos valeursâ&#x20AC;?, prĂŠcise CĂŠsar. Discrètement, il dĂŠsigne le petit ring, dans un des coins de la salle, oĂš un gamin solitaire boxe dans le vide. Il a douze ans et sâ&#x20AC;&#x2122;entraĂŽne depuis peu. â&#x20AC;&#x153;Il a du potentielâ&#x20AC;?, dit lâ&#x20AC;&#x2122;entraĂŽneur en souriant. â&#x20AC;&#x201D;PatrĂ­cia Carvalho

Contexte

Lâ&#x20AC;&#x2122;AmĂŠrique du Nord dit non â&#x2014;?â&#x2014;?â&#x2014;? Le site quĂŠbĂŠcois Yoopa destinĂŠ aux parents se fait lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcho des prises de position de la SociĂŠtĂŠ canadienne de pĂŠdiatrie (SCP) et de lâ&#x20AC;&#x2122;American Academy of Pediatrics (AAP) Ă lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠgard de la pratique de la boxe chez les enfants et les adolescents. â&#x20AC;&#x153;Nous voulons que les enfants et les adolescents participent Ă  des activitĂŠs sportives et rĂŠcrĂŠatives, mais la boxe nâ&#x20AC;&#x2122;est pas une bonne optionâ&#x20AC;?, estime la docteure Claire LeBlanc, coauteure du nouveau document de principes de la SCP. â&#x20AC;&#x153;Nous recommandons aux jeunes de pratiquer des sports dont le but ne soit pas dâ&#x20AC;&#x2122;assĂŠner dĂŠlibĂŠrĂŠment des coups Ă  la tĂŞte.â&#x20AC;? Les boxeurs amateurs courent un risque important de subir des blessures, notamment des commotions cĂŠrĂŠbrales et des traumatismes oculaires.

Or le cerveau dâ&#x20AC;&#x2122;un enfant est plus vulnĂŠrable que celui dâ&#x20AC;&#x2122;un adulte. Bien que les boxeurs amateurs portent des protections, il nâ&#x20AC;&#x2122;existe aucune preuve dĂŠmontrant que les casques permettent de diminuer le nombre de commotions. â&#x20AC;&#x153;La plupart des sports comportent un risque de blessure, mais la boxe est particulièrement dangereuse, car les athlètes sont rĂŠcompensĂŠs pour les coups dĂŠlibĂŠrĂŠs quâ&#x20AC;&#x2122;ils portent Ă la tĂŞte de leur adversaireâ&#x20AC;?, prĂŠcise la docteure LeBlanc. Selon la base de donnĂŠes du Système canadien hospitalier, la boxe est le sport de combat qui a entraĂŽnĂŠ le plus dâ&#x20AC;&#x2122;admissions Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;hĂ´pital entre 1990 et 2007. La SCP et lâ&#x20AC;&#x2122;AAP demandent donc aux pĂŠdiatres et aux autres professionnels de la santĂŠ de dĂŠconseiller Ă  leurs patients de faire de la boxe.

4" -/ $4/0 Ă&#x152;; "   Ă&#x152;"2/"2$"

&5 -& .0/%& 13&/% 6/& "653& %*.&/4*0/

X @YÂ&#x2030;lÂ&#x2022;ÂŚĂ? l .lÂ&#x2022;@Ă&#x203A;Â&#x152;Œ Ă&#x2018; Â&#x152; Ă&#x203A;lĂ? @Ă&#x203A;Â&#x152;Œ @Â&#x2022;lĂ&#x2018; ­ l  .lÂ&#x2022;@Ă&#x203A;Â&#x152;Œ Ă&#x2018; Â&#x152; Ă&#x203A;lĂ? @Ă&#x203A;Â&#x152;Œ @Â&#x2022;lĂ&#x2018; @ĂŞlY âl Ă&#x2018;lÂ&#x203A;lĂ&#x2018;Ă&#x203A;Ă?l c@ Ă&#x2018; ä l ä Â&#x152;ĂŞlĂ?Ă&#x2018;Â&#x152;Ă&#x203A;m Âľ@Ă?Ă&#x203A;l @Â&#x152;Ă?l @ Â&#x20AC;Â&#x2022;ÂŚÂľÂ&#x2030;Œ l X â Â&#x203A;l Ă&#x203A;Â&#x152;Œ  Ă&#x203A;äclĂ&#x2018; Â&#x152; Ă&#x203A;lĂ? @Ă&#x203A;Â&#x152;Œ @Â&#x2022;lĂ&#x2018; lĂ&#x203A; läĂ?ÂŚÂľml  lĂ&#x2018;` Ă&#x2018;ÂľmYÂ&#x152;@Â&#x2022;Â&#x152;Ă&#x203A;m Ă&#x2018;mYäĂ?Â&#x152;Ă&#x203A;m Â&#x152; Ă&#x203A;lĂ? @Ă&#x203A;Â&#x152;Œ @Â&#x2022;l lĂ&#x203A; cmyl Ă&#x2018;l

X

Â&#x2122; ­?Ă&#x201A;Ă&#x17D;jÂ&#x2122;?Ă&#x201A;Â&#x2030;?Ă&#x17D; ?Ă&#x17E;jW Â?Âż2Â&#x2122;Â&#x2030;Ă&#x17E;jĂ&#x201A;Ă&#x2026;Â&#x2030;Ă&#x17D;k +Â&#x2030;jĂ&#x201A;Ă&#x201A;j Ă&#x201A;jÂ&#x2122;Â&#x17E;MÂ?j ^ aÂ&#x2030;­Â? Â&#x201D;j aÂżĂ&#x17D;?Ă&#x17D;

X

jÂ&#x2122;anĂ&#x2026; Ă&#x201A;?Â&#x2122;Wj

/ Â&#x203A;l Ă&#x203A;Â&#x152;Œ  @ @Â&#x20AC;lĂ? cl ÂľĂ?ÂŚÂ&#x201C;lĂ&#x203A;Ă&#x2018; Â&#x152; Ă&#x203A;lĂ? @Ă&#x203A;Â&#x152;Œ @äÏ` Ă&#x2018;ÂľmYÂ&#x152;@Â&#x2022;Â&#x152;Ă&#x203A;m Ă?lÂ&#x2022;@Ă&#x203A;Â&#x152;Œ Ă&#x2018; Â&#x152; Ă&#x203A;lĂ? @Ă&#x203A;Â&#x152;Œ @Â&#x2022;lĂ&#x2018; lĂ&#x203A; @YĂ&#x203A;Â&#x152;Œ  Â&#x2030;äÂ&#x203A;@ Â&#x152;Ă&#x203A;@Â&#x152;Ă?l Â&#x2122; ­?Ă&#x201A;Ă&#x17D;jÂ&#x2122;?Ă&#x201A;Â&#x2030;?Ă&#x17D; ?Ă&#x17E;jW Â?Ă kWÂ&#x17E;Â?j Ă?^ 0Â&#x2030;Ă&#x17D;Ă&#x201A;j WjĂ&#x201A;Ă&#x17D;Â&#x2030;xk !Â&#x2030;Ă&#x17E;j?Ă&#x2014; 

4" $/!2$" 4".4b

0  $4 0 !42-0 #Ă?Â&#x20AC;@ Â&#x152;Ă&#x2018;@Ă&#x203A;Â&#x152;Œ Ă&#x2018; Â&#x152; Ă&#x203A;lĂ? @Ă&#x203A;Â&#x152;Œ @Â&#x2022;lĂ&#x2018;` Â&#x203A;Â&#x152; Â&#x152;Ă&#x2018;Ă&#x203A;pĂ?lĂ&#x2018;` cÂ&#x152;ÂľÂ&#x2022;ÂŚÂ&#x203A;@Ă&#x203A;Â&#x152;l` Â&#x152; Ă&#x2018;Ă&#x203A;Â&#x152;Ă&#x203A;äĂ&#x203A;Â&#x152;Œ Ă&#x2018; läĂ?ÂŚÂľml  lĂ&#x2018;` #!` l Ă&#x203A;Ă?lÂľĂ?Â&#x152;Ă&#x2018;lĂ&#x2018; Â&#x152; Ă&#x203A;lĂ? @Ă&#x203A;Â&#x152;Œ @Â&#x2022;lĂ&#x2018;` Ă&#x2018;lYĂ&#x203A;läĂ? cl Â&#x2022;@ cmyl Ă&#x2018;l` Y@OÂ&#x152; lĂ&#x203A;Ă&#x2018; YŒ Ă&#x2018;lÂ&#x152;Â&#x2022;` Â&#x201C;ΊĂ? @Â&#x2022;Â&#x152;Ă&#x2018;Â&#x203A;l` YÂŚÂ&#x2022;Â&#x2022;lYĂ&#x203A;Â&#x152;ĂŞÂ&#x152;Ă&#x203A;mĂ&#x2018; Â&#x2022;ÂŚY@Â&#x2022;lĂ&#x2018; lĂ&#x203A; Ă&#x203A;lĂ?Ă?Â&#x152;Ă&#x203A;ÂŚĂ?Â&#x152;@Â&#x2022;lĂ&#x2018;r

I_'Â?I Â&#x2030;Ă&#x2022;ÇżĆ&#x2020;Č&#x2C6;Ä&#x201C; Ć&#x201D;ǞİÞơĆ&#x201D;ÄŽ ǿİĹ&#x152;İǿĎƌȪĎ Ä&#x161;ÄŽČ&#x2C6; ǿĎĆ&#x201D;Ă&#x2022;ČŞĆ&#x2020;ơƌČ&#x2C6; Ć&#x2020;ƌȪĎǿƌĂ&#x2022;ČŞĆ&#x2020;ơƌĂ&#x2022;Ć&#x201D;ÄŽČ&#x2C6; Ä&#x161;ÄŽÇ&#x201D;É&#x2C6;Ć&#x2020;Č&#x2C6; Ç&#x201A;ƍŢĜ ĂŹĂŹĂŹÂźÂ?Â&#x2013;mĂ&#x17D;Â?ÂźzĂ&#x17D; Ă&#x2030; Â&#x2C6; ÂĽÂĽ Ă&#x17E;jÂ&#x2122;Ă&#x2014;j ajĂ&#x2026; Â&#x2020;?Ă&#x2026;Ă&#x2026;jĂ&#x2014;Ă&#x201A;Ă&#x2026; Ă&#x2030;yç¼Ă&#x2030; +?Ă&#x201A;Â&#x2030;Ă&#x2026; Â&#x2C6; -! ÂľĂ?Ă? ¯ç°¼ |ç yĂ? çç ||




D’UN CONTINENT À L’AUTRE

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013 ↙ Dessin de Glez, Burkina Faso, pour Courrier international.

France. NKM est-elle bobo ? La course à la mairie de Paris est lancée. Favorite à droite, Nathalie Kosciusko-Morizet rejette l’étiquette de “bourgeoise-bohème” que certains veulent lui coller.

—La Stampa Turin De Paris

E

n 2014, Paris aura un nouveau maire, ou plutôt une nouvelle maire, car ce sera certainement une femme. Mais la question qui occupe l’opinion publique est de savoir si la première citoyenne de la capitale sera “bobo” et, dans l’affirmative, jusqu’à quel point.

Le terme “bobo” est redevenu d’une actualité brûlante. Il désigne désormais plus un état d’esprit qu’une catégorie sociologique. Il est difficile de le définir avec précision, mais quand on parle de “bobo”, tout le monde comprend de quoi il s’agit. C’est, on le sait, la contraction de “bourgeois bohème”, une expression imaginée par David Brooks, éditorialiste du New York Times, dans son essai fondamental intitulé Bobos in Paradise [Bobos

au paradis, 2000]. Depuis, la catégorie existe et résiste, mais avec quelques mises à jour historiques et géographiques. Nous disons alors que le vrai bobo parisien est une personne ayant un niveau d’instruction supérieur à la moyenne, tout comme ses revenus. Il travaille de préférence dans le marketing, la mode, la communication, les médias ou les nouvelles technologies. Il est féru d’Internet, de haute technologie, de télévision par satellite et de produits bio. Il vit dans un loft ou un ancien espace industriel reconverti, décoré avec un mélange de meubles design et d’objets dénichés chez les brocanteurs (le baby-foot est très bobo). Les vrais quartiers bobos se situent dans le Xe et le XXe arrondissement, la zone autour de la Bastille, jadis populaire et bien prolétaire, mais aujourd’hui devenue “terre bobo”, manifestement “très branchée”, c’est-à-dire à la mode. En revanche, si l’on est un bobo homosexuel, on préfère le Marais, dans les IIIe et IVe arrondissements.

Minorité hyperchic. Le bobo et la bobo ont des enfants, des bébés bobos qui jouent avec des jouets éducatifs en bois achetés dans les magasins du commerce équitable et solidaire. Ils se déplacent en Vélib’, la bicyclette publique, se promènent le dimanche sur les bords du canal Saint-Martin, passent leurs vacances en Croatie ou dans les îles grecques, ne ratent aucune exposition signalée par Le Monde ou Libération. Ils adorent les “musiques du monde”, le cinéma non commercial, les livres de Naomi Klein. Ils sont favorables au mariage pour tous et votent socialiste ou Vert. En résumé, comme l’explique le sociologue Eric Agrikoliansky, “ils sont les héritiers de la ‘gauche caviar’des années 1980, mais moins tentés par les œufs d’esturgeon que par le bio…” Et surtout, ils pèseront d’un poids décisif dans l’élection de la prochaine maire de la capitale. La gauche a déjà sa candidate. C’est la socialiste Anne Hidalgo, première adjointe du maire sortant Bertrand Delanoë. Elle n’est pas une bobo à 100 % (trop self-made woman), mais elle peut faire l’affaire. A droite, la candidature se décidera par le biais de primaires entre Rachida Dati (qui n’a rien d’une bobo) et Nathalie KosciuskoMorizet, cette dernière devant l’emporter selon toutes probabilités. C’est ici que s’ouvre le débat pour savoir dans quelle mesure NKM (s’entendre appeler par ses initiales est, en France, la marque suprême de reconnaissance publique) est bobo. “Entre égérie ‘aristo’et amazone ‘écolo’”, comme la définit le Huffington Post français, le parcours de NKM est en effet atypique. Maire de Longjumeau, dans la banlieue de Paris, elle a été la porte-parole de Nicolas Sarkozy durant sa campagne victorieuse de 2007, puis ministre de l’Ecologie presque plus verte que les Verts. Surtout, en 2005, Paris Match a publié une photo d’elle enceinte, dans une pose qui depuis la poursuit : vêtue d’une robe de mousseline blanche et étendue sur l’herbe, avec une harpe à côté. En d’autres termes : super-hyper-maxibobo. Le problème est que l’UMP, son parti, a fait des bobos son grand épouvantail – une minorité snob et hyperchic, alors qu’il se veut l’expression de la France saine et profonde, “la France qui se lève tôt”, pour

2014 LE TEST MUNICIPAL NKM, l’une des 6 candidates aux primaires ouvertes de l’UMP, fait figure de grande favorite à droite. Elle devrait affronter Anne Hidalgo, choisie par le Parti socialiste pour succéder à Bertrand Delanoë. reprendre l’expression de Sarko. Le même Sarko qui, lors de la dernière campagne électorale, perdue celle-là, s’en est pris à l’élite bobo. “Je ne parle pas pour les bobos du boulevard Saint-Germain”, a-t-il martelé, oubliant que le VIe arrondissement aurait davantage voté pour lui que pour Hollande. A l’évidence, une candidate “cryptobobo” embarrasse le parti. Et ne parlons pas de Marine Le Pen, qui déteste cordialement NKM depuis que cette dernière a écrit un livre contre le Front national, le rebaptisant “front antinational”. Le jour où Sarko et Hollande ont tenu en même temps leurs rassemblements de fin de campagne respectifs, Mme Le Pen a fustigé “les bobos venus après le brunch au spectacle de la Concorde, avant de se précipiter en Vélib’ à Vincennes pour voir si François a une cravate plus ‘cool’ que Nicolas. A moins qu’une séance de yoga ne les oblige à y renoncer”. Pour Mme Le Pen, il ne fait aucun doute : NKM est non seulement “une bobo” mais “une bobo de gauche”, les pires d’entre tous. NKM divise même à gauche. Pour Daniel Cohn-Bendit, l’ancien “Dany le Rouge” de Mai 68 devenu “Dany le Vert”, qui a pour elle de l’estime, c’est une “écolo de droite”. Mais pour les socialistes, c’est une “réac”. Pour Delanoë, “une conservatrice qui refuse de le reconnaître”. Pour Mme Hidalgo, quelqu’un “qui veut se servir de Paris au lieu de servir Paris”.

La frontière du périphérique. Et l’intéressée, comment se définit-elle ? A l’Assemblée nationale, elle s’est abstenue sur le mariage pour tous, parce qu’elle sait bien que pour devenir maire de Paris, il faut au moins être ami des gays (Delanoë, lui, est gay tout court). Et puis elle nie être conservatrice, et encore moins “réac”. Mais elle réfute également l’étiquette bobo : “Souvent, ceux qui disent cela et jettent l’anathème vivent en plein centre de Paris et n’ont jamais mis les pieds dans une banlieue comme la mienne.” En cela, elle a tout à fait raison, car pour le vrai bobo la civilisation s’arrête au périphérique. Au-delà commence la barbarie. Mais, en habile politique, NKM lance des clins d’œil aux bobos, par son look, par ses convictions écologistes, par ses imprécations contre le Front national et par sa façon d’être en général. Elle maintient un équilibre subtil. Elle se défend d’être complètement bobo pour ne pas irriter l’électorat de droite, mais elle doit l’être suffisamment pour aller à la pêche aux voix de gauche. Elle laisse dans l’incertitude sur son appartenance à la catégorie. Alors, être ou ne pas être bobo ? Bof. —Alberto Mattioli


VOYAGE EXCLUSIF LA LIBRE BELGIQUE NOUVELLE CROISIÈRE GASTRONOMIQUE DE 5 JOURS

ÈRE PREMI E CLASS UX TE A OFFER IERS PREM TS I INSCR

FRANCE, ALLEMAGNE ET SUISSE

DU 6 AU 10 OCTOBRE 2013 UN VOYAGE INÉDIT À TRAVERS LES PLUS BELLES RÉGIONS DE TROIS PAYS – FRANCE, ALLEMAGNE ET SUISSE – EN CROISIÈRE ET UN FABULEUX CIRCUIT À BORD DU TRAIN GLACIER EXPRESS.

VOS EXCURSIONS – Une visite du Vieux Strasbourg en bateau-mouche pour découvrir autrement tout le charme de la capitale alsacienne et ses célèbres quartiers de la Petite France, des tanneurs, les Ponts Couverts et le barrage Vauban, la « Neustadt » ou quartier impérial ainsi que le site européen. – La visite du plus grand Musée de l’automobile au monde, à Mulhouse, où vous pourrez admirer quelque 400 modèles historiques. Une collection tout à fait exceptionnelle ! – Journée exceptionnelle à bord du Glacier Express : vous découvrirez des paysages suisses d'une beauté à couper le souffle. Déjeuner à bord du train. En option : Les chutes du Rhin : le château de Laufen et sa plateforme qui vous offre une vue imprenable sur la beauté sauvage de ces eaux grondantes.

– L’'île Mainau : ce véritable joyau floral et végétal est l’une des destinations touristiques les plus prisées d’Allemagne. PRIX SPÉCIAL L A LIBRE Repas 4 et 5 services avec une sélection des meilleurs vins, transport compris, excursions au programme, accompagnement par notre journaliste Christian Laporte et attentions quotidiennes de La Libre > 999 € / Supplément pont supérieur > 149 € / Supplément cabine individuelle > 235 € / Excursion aux chutes du Rhin et île Mainau (incluant transport, déjeuner, entrée aux chutes du Rhin et à l’île Mainau) > 93 € Ce prix ne comprend pas > les boissons prises au bar, celles figurant sur la carte des vins ainsi que les boissons prises lors des excursions ou des transferts / l’excursion aux chutes du Rhin et île Mainau avec déjeuner / l'assurance annulation/bagages / les dépenses personnelles.

INFORMATIONS ET RÉSERVATIONS CROISIEUROPE Tél 02 514 11 54 infobel@croisieurope.com

NE RATEZ PAS CETTE CROISIÈRE EXCEPTIONNELLE PLACÉE SOUS LE SIGNE DE LA FINE GASTRONOMIE.

Lic : A 5500

UN PROGRAMME SPÉCIAL SIGNÉ LA LIBRE ! Départ depuis Bruxelles en car de luxe, vous embarquerez ensuite sur votre bateau, le MS Symphonie, pour une croisière à la découverte de trois pays. Tout au long de votre séjour, vous pourrez savourer une cuisine fine et raffinée 4 et 5 services orchestrée par les plus grands chefs de Croisieurope. Vous profiterez aussi d’un voyage panoramique à travers les Alpes dans le train le plus célèbre au monde. Cette ligne, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, vous offrira un moment fort au cœur de la Suisse.




  !" # $% "

  



     

 

                   

                                       

 

     

    2      

' )  ')   $    1  )      ) &' 1 #   " "   " < 0 - - '   

+   ' &     '  -  

$     !     *  - 3  )   & 1 &   # '  !  )  && 

+     "     )(   &&    < & '#(   -  #   +   '   . ) -  #  !   '&   &  ! 

     &  '      '     

   #  3     !  

$   '

   -  &  &     #   &  1            ! 3 )    ! 1      

 '  #      !  )  5    "     &   - 

     



              

          !  

 "     #  

 $   %   

  &  '& 

  '  '   #   "   &             

               # (   !  )                  !    " #            

  $  %       & ' ( % %%         ) % & *  &+ &  

  & , +   "   &   ) -  &   '  &     . /'  0  & ) " ) -   (  & & #      &  &  &      )   .    /' $ -1  2  & 

&' '    # +    ' % %* (    ) 

           %  ( 

+          & , -  .   / *  0      &  #  & &             

  &      1 3 )    !  )  ( &      &   4   5    6  "   1 &  3  - ! !   

 (   & ')  -   " & "  ''   &  (  1 !      0

 ! )   ' *'     !  ) )    !     7 --  &&  '  

+' '  &            )' &  &   ( "  



 -  /' 

     '    

'     2         / +%  1  -  *  * (  %  .    %*  . - %   

.       %& 8 " 1    #   ##     9      !  . :    &  && 

  -- ;

 <    ' &     

 ')  -  '!  #  1    <    1

  

                  #   &  -      "' '   !   

  &     -  '$1 )9'  !  )  !  !       #    " - 3  -  1  !  -  #  #  1 

&   &    ! )    % 


  



     

 

"$&!("



$&"'"   * ( % -   +        & - :    .!  A   

  %  %.        + &    % %         * 

   ( & A  %   .               *   "       & :   .!   "   &  I       '  !  ) <  )'           #   & &  B #  J" $   '    ' E#

F 

? 4        &    ! " 

    !  # # 

  #  #   1 ' )       &&    ' &  3   & )  # 

   

   

                     '   -  & "  !   )   '' #  '  &   &   "     &   &  & &  " = K0 < ) )' & 

  ) ) 9 1 ' )  '   ! 

      ) '& )' &        ') -      "' ' & 

)         

      =  '+   /  - 

 :H G' 0  & '   = K0   & )  :   .!  =     -  % "   *        +& <   (           6 & < !        & )  - 

   "    !  ) < ! '!&&  &     &  & + 1   & -    ' &   &   & #   < !  -  )    " ) -  " )        !           ') - &

  '    A  ')   

 &&  --  4!  )  = K0 :   .! 

'$1 '  )  #   &     !   ) *     +  !    ! 

'  ') - 

!      )      &  #  !            ') - < &(  &!   &  !    !  '' &    <              " 

 & -       ! '     2    +  +     )    *      +   . & 4     -  *  %  +   B + 

    - " 

    & 3    "    !   )   ! ' & &&  1  & $ 4 &  -  &   &'   - ()  "    

    &    8  "'  "     & '   & $     !' '  -  #    '       

     # ) 3+      '  #

  "$     - 4    %         ) %+   

  % *        . 

         

          "& 4" -  .        *   7& =          %    %   *      %+     %   -     + & ' )*  %    & ,     . & *  &   &  (  #  -   "      ! ' 3 )    " &  &   '  ( ) )'  & #    -   ! -  #  &   '     #  *    "   ! !   

  &  &   &   #    (  .     ')  &     -  & )    !      

'    - &  

 *     $0 #+   - !    

                 

  

            

            

  

$

 $   '  = 0 ! &  !       > ,        %    %%& 8         - 8!  '      '  -  &  ) 

  #

      & (! "   ''  ' &  !   ' )  

"   0

                    "      -          3  ' -  " )

  8  5"" ? @AB4C   -  !

&   4     "+     *       %  %   +  %  & 5  ( +% % *    %+  --     

       +     -      -           +  %   & 5   -    % -   +%    % "            % "   -           %%     )   %                +   %      *  6     "& 4    *          6 %  %            %        7 & D # E& '   &    '    )' 0   '  0 F  

'   .   &  )

 

 ! --

 5        %+  & -  8 /             -     %    -        + & ,%        %     % & 8  % %%  

  )         %   -  . )  / 9      & ;   (    

 1 &    '   % &  '-  !   

"  ' 

 & "   !  )  #  5            -   %   & ' -%      " %*         " % %%& '  -  +    %  % 0 4    *       ) :;   3  '& - 8  5"" ? ' -%  * 

             

              

         % - (    -      &  ( $  /          *     .   -    & <        -  / -     - /    & 8 /    %  % %  -            &

8 '    ! &  "  - 8!     ! 

   #

  -     , + -& =     )               D # 5           " 

  % & 5  )  7+      & 3+     2 .   6  ') 

 '   .   < ! 

!     &     '     !   $   1   8  6      &  '  !     & 1 '   )  1 

 ,                 %  & ,  ;     "      -  (      ) 

"  % *& = (       )     &      -  /            *       

    -      %& 1           (           %   & .    "  & ' &   ! >  &  & '       &(  3     *   / %           & 2   *        %    (     "      

  / -   .     %               &     %     %  & 8 "+   %        & 5    "  &  

5   .   # < # 4 *  +     "       # ,   +  -& ' * (       & 8  5"" ? ' )  

 (     - =   *          /   / - - -         !     *  "& > %      +%*    %          %          %+   % %& 2   )    +? % !       %  -




Courrier international â&#x20AC;&#x201D; no 1168 du 21 au 27 mars 2013

union europĂŠenne

Zone Euro. La leçon de Byzance Ă lâ&#x20AC;&#x2122;Europe En bâtissant une union ďŹ scale et politique autour dâ&#x20AC;&#x2122;une monnaie unique au sein dâ&#x20AC;&#x2122;une communautĂŠ multiethnique et multilingue, en tirant leur peuple dâ&#x20AC;&#x2122;une terrible rĂŠcession, les empereurs byzantins ont relevĂŠ tous les dĂŠďŹ s. Les dirigeants europĂŠens feraient bien de sâ&#x20AC;&#x2122;inspirer de leur exemple, conseille un historien britannique. â&#x2020;&#x2019; Dessin de Vlahovic, Serbie.

â&#x20AC;&#x201D;The Guardian Londres

I

l est parfois facile dâ&#x20AC;&#x2122;oublier pourquoi nous ĂŠtudions lâ&#x20AC;&#x2122;Histoire. Bien sĂťr, nous nous servons du passĂŠ pour comprendre le prĂŠsent, mais dans lâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠal nous devrions aussi en tirer des leçons. Aussi, quel dommage que le nouveau programme scolaire britannique ne fasse pas une petite place Ă lâ&#x20AC;&#x2122;histoire de Byzance. La moitiĂŠ orientale de lâ&#x20AC;&#x2122;Empire romain, qui a connu son heure de gloire bien après Rome, a aussi ďŹ ni par pĂŠricliter Ă  la ďŹ n de lâ&#x20AC;&#x2122;AntiquitĂŠ. Malheureusement, comme les gĂŠnĂŠrations suivantes nâ&#x20AC;&#x2122;ont jamais rien appris de la puissance mĂŠdi-

terranĂŠenne orientale qui rĂŠgnait jadis de Venise en Palestine, et de lâ&#x20AC;&#x2122;Afrique du Nord au Caucase, la leçon Ă retenir par le monde moderne sâ&#x20AC;&#x2122;est sĂťrement perdue avec le temps â&#x20AC;&#x201C; une leçon qui serait pourtant extrĂŞmement utile Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;Europe aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui. Tout comme lâ&#x20AC;&#x2122;UE, lâ&#x20AC;&#x2122;Empire byzantin ĂŠtait une communautĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;Etats multilingue et multiethnique qui regroupait diďŹ&#x20AC;ĂŠrents climats et diverses ĂŠconomies locales, de la ville animĂŠe au bourg, du port prospère au petit village rural. Et ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas tout : cette communautĂŠ avait ĂŠgalement une monnaie unique, dont la valeur, en outre, nâ&#x20AC;&#x2122;a pas ďŹ&#x201A;uctuĂŠ pendant des siècles.

Contrairement aux idĂŠes reçues que lâ&#x20AC;&#x2122;on entend presque tous les jours Ă la Chambre des communes lorsque les dĂŠputĂŠs font la queue pour qualiďŹ er de â&#x20AC;&#x153;byzantinesâ&#x20AC;? les rĂŠglementations excessives et les lois trop complexes, lâ&#x20AC;&#x2122;Empire byzantin ĂŠtait en rĂŠalitĂŠ un modèle de sophistication, notamment dans les domaines oĂš lâ&#x20AC;&#x2122;UE fait preuve dâ&#x20AC;&#x2122;insuďŹ&#x192;sance. Byzance, Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;opposĂŠ de lâ&#x20AC;&#x2122;Union europĂŠenne, ne souďŹ&#x20AC;rait pas dâ&#x20AC;&#x2122;ineďŹ&#x192;cacitĂŠ et de disparitĂŠs en matière dâ&#x20AC;&#x2122;imposition : il ĂŠtait impossible de cacher des proďŹ ts dans une rĂŠgion plus avantageuse pour saper ainsi la structure de lâ&#x20AC;&#x2122;Empire. A Byzance, la façon de gouverner ĂŠtait frugale, simple et

eďŹ&#x192;cace. Il ĂŠtait hors de question que diďŹ&#x20AC;ĂŠrentes rĂŠgions de lâ&#x20AC;&#x2122;Empire puissent avoir des règles ou des politiques ďŹ scales diďŹ&#x20AC;ĂŠrentes : pour que les Etats fonctionnent avec une monnaie unique, une union budgĂŠtaire, ĂŠconomique et politique ĂŠtait nĂŠcessaire. Des impĂ´ts devaient ĂŞtre prĂŠlevĂŠs Ă  la pĂŠriphĂŠrie au proďŹ t du centre et il ĂŠtait clair que les ressources devaient ĂŞtre redistribuĂŠes des rĂŠgions riches vers celles qui ĂŠtaient moins bien loties â&#x20AC;&#x201C; mĂŞme si tout le monde nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait pas de cet avis. Etre libre, a grommelĂŠ un auteur du XIe siècle, voulait dire ĂŞtre libre dâ&#x20AC;&#x2122;impĂ´ts. Si les eurocrates tiraient des enseignements de la structure de lâ&#x20AC;&#x2122;Empire, ils pourraient aussi bĂŠnĂŠďŹ cier de sa façon de gĂŠrer une rĂŠcession chronique provoquĂŠe par la mĂŞme association fatale de facteurs qui paralysent aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui les ĂŠconomies occidentales. Dans les annĂŠes 1070, les revenus publics se sont eďŹ&#x20AC;ondrĂŠs alors que les dĂŠpenses continuaient Ă  augmenter pour certains services essentiels (comme lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe), un contexte aggravĂŠ par une crise chronique de liquiditĂŠs. La situation a ďŹ ni par ĂŞtre si dĂŠsespĂŠrĂŠe que les portes du TrĂŠsor restaient grandes ouvertes : ce nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait pas la peine de les fermer, a ĂŠcrit un homme Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque, puisquâ&#x20AC;&#x2122;il nâ&#x20AC;&#x2122;y avait rien Ă  voler. Personne ne sâ&#x20AC;&#x2122;est montrĂŠ clĂŠment envers les responsables de la crise. Lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠquivalent dâ&#x20AC;&#x2122;Herman Van Rompuy Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque, un eunuque du nom de NikĂŠphoritzès, a ĂŠtĂŠ pris Ă  partie par la population furieuse, qui faisait face Ă  la hausse des prix et Ă  une chute de son niveau de vie. Il a ďŹ ni par ĂŞtre torturĂŠ Ă  mort. Le mĂŠcontentement gĂŠnĂŠral a entraĂŽnĂŠ le renvoi immĂŠdiat de plusieurs autres hommes, qui ont souvent ĂŠtĂŠ contraints de devenir moines, probablement pour quâ&#x20AC;&#x2122;ils prient aďŹ n dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre pardonnĂŠs de leurs pĂŠchĂŠs. Cette crise a mĂŞme vu lâ&#x20AC;&#x2122;essor dâ&#x20AC;&#x2122;une ďŹ gure semblable Ă  Nigel Farage, qui invoquait des raisons â&#x20AC;&#x153;extrĂŞmement persuasivesâ&#x20AC;? quant aux origines de la crise, selon lâ&#x20AC;&#x2122;un de ses contemporains, au point que la population â&#x20AC;&#x153;lâ&#x20AC;&#x2122;avait placĂŠ sur un piĂŠdestal dâ&#x20AC;&#x2122;un commun accordâ&#x20AC;? et lâ&#x20AC;&#x2122;accueillait partout par des applaudissements. Il apportait de la nouveautĂŠ Ă  une ĂŠpoque oĂš la vieille garde ĂŠtait paralysĂŠe par lâ&#x20AC;&#x2122;inaction et une grave pĂŠnurie de bonnes idĂŠes. Il ĂŠtait diďŹ&#x192;cile de contester son message, selon lequel les dirigeants au pouvoir ĂŠtaient inutiles. Les politiques quâ&#x20AC;&#x2122;ils tentaient de

mettre en Ĺ&#x201C;uvre ĂŠtaient dĂŠsastreuses, puisquâ&#x20AC;&#x2122;elles ne contribuaient en rien Ă rĂŠgler les problèmes, comme la dĂŠprĂŠciation de la monnaie par la mise en circulation de toujours plus de pièces tout en y rĂŠduisant la quantitĂŠ de mĂŠtal prĂŠcieux ; une mesure dâ&#x20AC;&#x2122;assouplissement budgĂŠtaire, en quelque sorte. Autrement dit, autant mettre un pansement sur une plaie par balle.

Ranimer le patient en arrĂŞt cardiaque ĂŠconomique Comme la situation continuait de sâ&#x20AC;&#x2122;aggraver, le temps est venu de remplacer toute la vieille garde. De nouveaux dirigeants sont arrivĂŠs, et avec eux de nouvelles idĂŠes radicales. Un plan de sauvetage allemand a ĂŠtĂŠ envisagĂŠ, mais ne sâ&#x20AC;&#x2122;est pas concrĂŠtisĂŠ, mĂŞme si cette solution semblait prometteuse pendant un moment. Toutefois, alors que la pĂŠnurie se faisait sentir et que les dĂŠbats ĂŠtaient apocalyptiques, il est devenu indispensable de prendre des mesures dĂŠcisives. La solution sâ&#x20AC;&#x2122;est articulĂŠe en trois axes. Tout dâ&#x20AC;&#x2122;abord, la monnaie a ĂŠtĂŠ retirĂŠe de la circulation pour ĂŞtre remplacĂŠe par de nouvelles coupures qui reďŹ&#x201A;ĂŠtaient leur valeur rĂŠelle. Puis, le système ďŹ scal a fait lâ&#x20AC;&#x2122;objet dâ&#x20AC;&#x2122;une rĂŠforme radicale, dans le cadre de laquelle un inventaire des biens possĂŠdĂŠs par chacun dans tout lâ&#x20AC;&#x2122;Empire a ensuite servi de base pour collecter des impĂ´ts. EnďŹ n, les barrières commerciales ont ĂŠtĂŠ levĂŠes pour encourager les personnes disposant de fonds ĂŠtrangers Ă investir Ă  moindre coĂťt et plus facilement que par le passĂŠ â&#x20AC;&#x201C; pas pour acquĂŠrir de nouveaux biens, mais uniquement pour stimuler le commerce. La dĂŠtresse de lâ&#x20AC;&#x2122;Empire ĂŠtait telle que ces barrières sont tombĂŠes au point que les investisseurs ĂŠtrangers ont pu faire de meilleures oďŹ&#x20AC;res que les sujets de lâ&#x20AC;&#x2122;Empire, au moins Ă  court terme, aďŹ n de relancer lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠconomie. Cette stratĂŠgie a fonctionnÊ : elle sâ&#x20AC;&#x2122;est avĂŠrĂŠe moins douloureuse que prĂŠvu et elle a ranimĂŠ un patient qui avait subi un arrĂŞt cardiaque ĂŠconomique. Le Nigel Farage du XIe siècle nâ&#x20AC;&#x2122;est jamais arrivĂŠ Ă  ses ďŹ ns, dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs, mĂŞme sâ&#x20AC;&#x2122;il a ouvert la voie Ă  un excellent candidat qui a pu parvenir au sommet. Alexios Komnenos est lâ&#x20AC;&#x2122;homme qui a reconstruit Byzance, bien quâ&#x20AC;&#x2122;il ait dĂť payer le prix de ses rĂŠformes : mĂŠprisĂŠ de son vivant pour avoir pris des dĂŠcisions diďŹ&#x192;ciles, il a ĂŠgalement ĂŠtĂŠ ignorĂŠ par lâ&#x20AC;&#x2122;Histoire pendant des siècles. PeutĂŞtre devrions-nous chercher quelquâ&#x20AC;&#x2122;un dâ&#x20AC;&#x2122;aussi robuste aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui. â&#x20AC;&#x201D;Peter Frankopan


EUROPE.

Courrier international â&#x20AC;&#x201D; no 1168 du 21 au 27 mars 2013

â&#x2020;&#x201C; Dessin de Killian paru dans ABC, Madrid.

INSTITUTIONS EUROPĂ&#x2030;ENNES

Grandes idĂŠes et langue de bois

les citoyens au cĹ&#x201C;ur du projet du marchĂŠ uniqueâ&#x20AC;? et en aďŹ&#x192;rmant : â&#x20AC;&#x153;Le marchĂŠ unique recèle un grand potentiel en termes dâ&#x20AC;&#x2122;emploi, de croissance et de compĂŠtitivitĂŠ et il convient dâ&#x20AC;&#x2122;adopter des politiques structurelles fortes pour exploiter pleinement ce potentiel.â&#x20AC;?

Chaque annĂŠe, lâ&#x20AC;&#x2122;UE produit des milliers de pages de rapports, de discours ou de règlements. Tous ces textes censĂŠs porter le projet europĂŠen ont un point Expressions ampoulĂŠes. Dans le â&#x20AC;&#x153;Livre blanc sur le sportâ&#x20AC;?, publiĂŠ commun : un langage pompeux digne dâ&#x20AC;&#x2122;un rĂŠgime en 2007, la Commission ĂŠcrit : â&#x20AC;&#x153;Le dogmatique, dĂŠplore un politologue tchèque.

â&#x20AC;&#x201D;Revue Politika Brno

C

haque semaine, les institutions europĂŠennes et leurs reprĂŠsentants produisent des dizaines de documents oďŹ&#x192;ciels et de dĂŠclarations de toutes sortes. Sâ&#x20AC;&#x2122;entassent textes lĂŠgislatifs, propositions de loi, livres blancs et verts, rapports, rĂŠsolutions, avis, discours, etc. La singularitĂŠ de la langue dans laquelle ils sont rĂŠdigĂŠs ou formulĂŠs constitue une de leurs propriĂŠtĂŠs intrinsèques. Ce qui frappe immĂŠdiatement dans la langue de lâ&#x20AC;&#x2122;Union europĂŠenne, câ&#x20AC;&#x2122;est son utilisation massive de locutions ďŹ gĂŠes que lâ&#x20AC;&#x2122;on recycle en permanence avec quelques variations. Une partie est codiďŹ ĂŠe dans le droit primaire de lâ&#x20AC;&#x2122;UE, une autre ĂŠmane des documents programmatiques clĂŠs adoptĂŠs par exemple dans le cadre de la stratĂŠgie de Lisbonne ou de lâ&#x20AC;&#x2122;agenda Europe 2020. Câ&#x20AC;&#x2122;est comme si lâ&#x20AC;&#x2122;on avait pĂŠtriďŹ ĂŠ cette langue en blocs compacts, qui, grâce au copiercoller, permettent dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtablir rapidement la structure de toute forme ĂŠcrite ou orale.

â&#x20AC;&#x153;Le dĂŠveloppement durable fondĂŠ sur une ĂŠconomie sociale de marchĂŠ hautement compĂŠtitive, qui tend au plein-emploi et au progrès socialâ&#x20AC;?, â&#x20AC;&#x153;le combat contre lâ&#x20AC;&#x2122;exclusion sociale et les discriminationsâ&#x20AC;?, â&#x20AC;&#x153;la croissance intelligente, durable et inclusiveâ&#x20AC;?, â&#x20AC;&#x153;le modèle social europĂŠenâ&#x20AC;?, etc. Autant de â&#x20AC;&#x153;blocsâ&#x20AC;? qui comptent parmi les plus apprĂŠciĂŠs. Et, mĂŞme lorsque les expressions les plus stĂŠrĂŠotypĂŠes font dĂŠfaut, il reste que la langue de lâ&#x20AC;&#x2122;Union se caractĂŠrise par une lourdeur extrĂŞme et une surabondance de clichĂŠs vides de sens. Par exemple, lâ&#x20AC;&#x2122;Acte pour le marchĂŠ unique (2011), un document de la Commission europĂŠenne, commence par cette phrase remarquable : â&#x20AC;&#x153;Au cĹ&#x201C;ur du projet europĂŠen depuis sa fondation, le marchĂŠ commun, devenu le marchĂŠ intĂŠrieur, tisse, depuis plus de cinquante ans, des solidaritĂŠs entre les femmes et les hommes dâ&#x20AC;&#x2122;Europe en mĂŞme temps quâ&#x20AC;&#x2122;il ouvre de nouveaux espaces de croissance Ă  plus de 21 millions dâ&#x20AC;&#x2122;entreprises europĂŠennes.â&#x20AC;? Le Parlement europĂŠen a avalisĂŠ ce document en insistant notamment sur lâ&#x20AC;&#x2122;importance de â&#x20AC;&#x153;mettre



sport attire les citoyens europĂŠens dont une majoritĂŠ pratique une activitĂŠ sportive rĂŠgulièrement. Il vĂŠhicule des valeurs importantes telles que lâ&#x20AC;&#x2122;esprit dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠquipe, la solidaritĂŠ, la tolĂŠrance et la loyautĂŠ, contribuant Ă lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpanouissement et Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;accomplissement personnel. Il promeut la participation active des citoyens de lâ&#x20AC;&#x2122;Union europĂŠenne Ă  la sociĂŠtĂŠ et contribue de la sorte Ă  favoriser une citoyennetĂŠ active.â&#x20AC;? Les institutions europĂŠennes et leurs reprĂŠsentants raďŹ&#x20AC;olent tout particulièrement de ces expressions ampoulĂŠes empreintes de triomphalisme. Lâ&#x20AC;&#x2122;Union est dĂŠcrite et pensĂŠe comme â&#x20AC;&#x153;un acteur clĂŠ de la scène mondialeâ&#x20AC;?, on esquisse â&#x20AC;&#x153;une vision europĂŠenne des massifs montagneuxâ&#x20AC;? ou encore â&#x20AC;&#x153;une vision europĂŠenne des ocĂŠans et des mersâ&#x20AC;?, on exhorte Ă  â&#x20AC;&#x153;raviver lâ&#x20AC;&#x2122;esprit dâ&#x20AC;&#x2122;entreprise en Europeâ&#x20AC;?, on appelle Ă  â&#x20AC;&#x153;une large mobilisation politique fondĂŠe sur une vision et des options communes ambitieusesâ&#x20AC;?. Dans une communication de 2010, â&#x20AC;&#x153;Europe 2020 : une stratĂŠgie pour une croissance intelligente, durable et inclusiveâ&#x20AC;?, la Commission aďŹ&#x192;rme : â&#x20AC;&#x153;La crise est un signal dâ&#x20AC;&#x2122;alarme. [â&#x20AC;Ś] Unis, nous pouvons riposter et sortir renforcĂŠs

de la crise. Nous possĂŠdons les nouveaux outils et lâ&#x20AC;&#x2122;ambition nouvelle nĂŠcessaires. A nous de la concrĂŠtiser.â&#x20AC;? Il ressort de très nombreux textes et dĂŠclarations une vĂŠritable ferveur triomphaliste. Dans le â&#x20AC;&#x153;Livre blanc sur la jeunesseâ&#x20AC;?, au sous-titre un rien orgueilleux, â&#x20AC;&#x153;Les jeunes en première ligneâ&#x20AC;?, on peut lire : â&#x20AC;&#x153;Lâ&#x20AC;&#x2122;Union doit se construire avec les EuropĂŠens. Les consultations organisĂŠes en vue de prĂŠparer son ĂŠvolution, les rĂŠďŹ&#x201A;exions engagĂŠes sur sa â&#x20AC;&#x2DC;gouvernanceâ&#x20AC;&#x2122; doivent ĂŠgalement inclure ceux qui prendront demain le relais [â&#x20AC;Ś].â&#x20AC;? Les textes et les discours de lâ&#x20AC;&#x2122;UE sont souvent imprĂŠgnĂŠs de dogmes, de prĂŠceptes dĂŠclinĂŠs sur un ton moralisateur et paternaliste. Comme si leurs auteurs tenaient le rĂ´le du professeur devant ses ĂŠlèves, le rĂ´le

dâ&#x20AC;&#x2122;une ĂŠlite ĂŠclairĂŠe, qui connaĂŽt tout mieux que tout le monde et rĂŠpand le bien et la connaissance parmi les gens ordinaires.

Paresse intellectuelle. Mais, en lisant ou en ĂŠcoutant certaines des dĂŠclarations de lâ&#x20AC;&#x2122;Union, nos concitoyens dâ&#x20AC;&#x2122;âge moyen ou avancĂŠ auront plutĂ´t le sentiment dâ&#x20AC;&#x2122;un retour Ă lâ&#x20AC;&#x2122;enfance ou Ă  leur jeunesse [au temps du rĂŠgime communiste]. Rien dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtonnant Ă  cela. Les traits caractĂŠristiques de cette langue sont habituellement associĂŠs Ă  une vision du monde marquĂŠe Ă  gauche. Pour marquer leur rupture avec le rĂŠgime du passĂŠ, nos partis de gauche ont quelque peu dĂŠlaissĂŠ ce ton. Mais en Europe occidentale, la situation est diďŹ&#x20AC;ĂŠrente. La langue est juste une preuve supplĂŠmentaire que la gauche, qui parvient Ă  proďŹ ter des structures de lâ&#x20AC;&#x2122;Union pour promouvoir son programme politique, est la force motrice de lâ&#x20AC;&#x2122;orientation actuelle de lâ&#x20AC;&#x2122;UE. Le ressassement continuel des mĂŞmes dogmes et formules toutes faites est lâ&#x20AC;&#x2122;expression dâ&#x20AC;&#x2122;une paresse, dâ&#x20AC;&#x2122;un engourdissement intellectuel, dâ&#x20AC;&#x2122;un manque dâ&#x20AC;&#x2122;esprit critique, dâ&#x20AC;&#x2122;un cheminement perpĂŠtuel dans des sentiers battus. Elle illustre Ă  quel point il manque aux ĂŠlites de lâ&#x20AC;&#x2122;Union une facultĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;autorĂŠďŹ&#x201A;exion, qui leur permettrait de comprendre que ce sont des ambitions dĂŠmesurĂŠes qui ont plongĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;UE dans la crise actuelle, une capacitĂŠ Ă  sortir de lâ&#x20AC;&#x2122;impasse du programme de centralisation. â&#x20AC;&#x201D;TomĂĄs BrichĂĄcek

Politique, sociĂŠtĂŠ, dĂŠbats Retrouvez toute lâ&#x20AC;&#x2122;actualitĂŠ de lâ&#x20AC;&#x2122;Europe en dix langues

w w w. p re s s e u ro p. e u


34.

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

à la une

↓ Plus d’un an de combats entre insurgés et forces fidèles à Bachar El-Assad ont largement détruit Alep et sa vieille ville, vidée

d’une grande partie de ses habitants. Ici, la ligne de front entre insurgés et armée syrienne dans le quartier Salaheddin,

SYRIE LE CHOI

La Syrie commémore ce mois de mars deux tragiques événements : le 50e anniversaire de la prise du pouvoir par le parti Baas et le 2e anniversaire du déclenchement de la révolution. Aux méthodes les plus effroyables d’un régime sanguinaire répondent aujourd’hui des crimes odieux commis par une fraction de l’opposition, souligne le beau reportage du New Yorker. Dans ce contexte, les Occidentaux ont du mal à trouver une position commune. Les hésitations d’Obama sont confortées par plusieurs refus européens d’intervenir en Syrie, rappelle The Washington Post. Peut-on laisser mourir un peuple et permettre la déstabilisation de tout le Moyen-Orient ? L’Occident craint une répétition des scénarios libyen ou afghan : la levée de l’embargo sur les armes à l’opposition syrienne, que réclament d’une même voix la France et la Grande-Bretagne, va-t-elle permettre aux islamistes de devenir les maîtres de Damas ? La presse officielle syrienne ne se pose pas de questions : Teshreen conspue le colonialisme français. —Service Moyen-Orient


35

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013 le 10 février. Une tragédie en quatre photos extraites du reportage de Franco Pagetti (Agence VII).

IX DES ARMES OBAMA HÉSITE, HOLLANDE ET CAMERON FONCENT La France et la Grande-Bretagne ont brisé le front qu’elles formaient avec Washington sur la Syrie. Pour Paris et Londres, livrer des armes aux rebelles syriens, c’est aussi empêcher leur islamisation. —The Washington Post (extraits) Washington a décision prise par la France et la GrandeBretagne de renforcer leur soutien direct aux forces de l’opposition syrienne, y compris par la livraison d’armes aux rebelles, risque de mettre les Etats-Unis sur la touche à la veille de ce que beaucoup voient comme l’apogée imminent des efforts déployés depuis deux ans pour chasser le président Bachar El-Assad. C’est pourtant précisément la position que pourrait décider d’adopter l’administration Obama une fois qu’elle sera parvenue au terme d’un nouveau débat interne sur l’opportunité ou non de mener une politique plus agressive en Syrie. Mais les hésitations américaines agacent certains des alliés européens et moyen-orientaux les plus proches de Washington, qui estiment que le temps du débat est en train de s’épuiser rapidement. Plus de 70 000 Syriens sont morts et plusieurs millions ont dû fuir leur domicile. Le conflit déborde désormais les frontières syriennes, et aucune solution négociée n’est en vue. “Nous sommes à un stade où nous devons montrer que les choses avancent véritablement”, souligne un haut responsable d’un pays du Moyen-Orient. Selon lui, des armes sophistiquées permettant de débloquer une situation militaire figée depuis plusieurs mois et de consolider les positions conquises par les rebelles pourraient enfin convaincre les partisans du régime de rompre avec Assad et, ainsi, contribuer à précipiter sa chute. Depuis le début de l’automne dernier, ajoute ce même responsable, “tout le monde attendait que la nouvelle administration, puis le nouveau cabinet ministériel” nommés à Washington formulent et mettent en œuvre une nouvelle stratégie commune. Si Assad et son armée “ont l’impression aujourd’hui que rien ne change, alors le régime pourrait survivre”, ajoute-t-il. Les gouvernements anti-Assad de la région, parmi lesquels l’Arabie Saoudite, la Turquie et le Qatar, portent en privé un jugement plutôt acerbe sur la valse-hésitation américaine. Les Européens se montrent plus compréhensifs à l’égard de Washington. Des responsables de plusieurs pays européens et moyen-orientaux n’ont accepté de discuter de la politique syrienne qu’à

L

la condition de ne pas être identifiés afin de ne pas risquer de s’attirer les foudres de Washington. Tout récemment, la France et la Grande-Bretagne ont brisé le prudent front uni qu’elles formaient jusqu’alors avec l’administration Obama sur la Syrie. Lors du sommet européen tenu le vendredi 15 mars à Bruxelles, la France a demandé la levée de l’embargo de l’UE sur les armes qui empêche jusqu’à présent toute livraison de matériel militaire aux rebelles syriens, tout en précisant que Paris était prêt à agir seul si ses partenaires n’étaient pas d’accord. La coalition rebelle “doit avoir les moyens de défendre les régions qu’elle a libérées”, a déclaré le président François Hollande. Le Premier ministre britannique, David Cameron, a appuyé l’appel français à lever l’embargo et a semblé répondre directement aux inquiétudes américaines lors d’une conférence de presse organisée à Bruxelles.

Le temps de réfléchir. “Je pense qu’il faut prendre le temps de réfléchir aux deux arguments qu’avancent les opposants au changement. Le premier est que ce qu’il faut en Syrie, c’est une solution politique, pas une solution militaire. Ma foi, bien entendu que tout le monde souhaite une solution politique… mais nous ne sommes pas dans une situation où l’une exclurait l’autre”, a déclaré M. Cameron, qui a ajouté que probablement on assisterait à plus d’avancées politiques si les forces de l’opposition démocratique apparaissaient comme gagnant en puissance. Le second argument, a-t-il poursuivi, est que “les armes pourraient tomber entre de mauvaises mains, à quoi je réponds que c’est déjà le cas”, les islamistes radicaux combattant avec les forces rebelles ayant renforcé leur arsenal. Lors d’une tournée récente au cours de laquelle il a rencontré des alliés et des responsables politiques de la rébellion syrienne, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a annoncé que les EtatsUnis allaient directement fournir de l’aide humanitaire à la coalition politique de l’opposition syrienne. Mais l’administration n’est pas la seule à se montrer réticente à l’égard d’éventuelles livraisons d’armes. Lors du sommet européen du 15 mars, l’Allemagne, les pays scandinaves et d’autres ont exprimé leur désaccord avec la demande francobritannique de levée de l’embargo. —Karen DeYoung

Contexte FRÉMISSEMENTS “Les Etats-Unis ne s’opposeront pas à des nations européennes désireuses d’armer les rebelles syriens qui combattent le régime de Bachar El-Assad”, a déclaré aux journalistes le secrétaire d’Etat américain John Kerry, selon le site de l’opposition syrienne All4Syria. Paris et Londres auraient déjà débloqué 30 millions de dollars pour l’envoi d’armes aux rebelles. “Des troupes britanniques stationnées en Afghanistan commencent à se retirer de ce pays pour se préparer à leurs nouvelles missions”, ajoute All4Syria.

Non à un soutien militaire

VU DE LONDRES. Mieux vaut favoriser une transition politique avec l’accord de la Russie qu’armer des rebelles noyautés par Al-Qaida et les djihadistes. —The Guardian (extraits) Londres ’annonce d’un renforcement du soutien britannique aux rebelles syriens marque une nouvelle phase dans l’engagement du Royaume-Uni aux côtés des forces d’opposition. Mais, plus tragiquement, ce mois de mars marque aussi le deuxième anniversaire du début du conflit sanguinaire, qui aurait déjà fait plus de 70 000 morts et 1 million de réfugiés. Si la responsabilité première de cette crise incombe au président Bachar El-Assad et à son régime brutal, la catastrophe humanitaire tient également à l’inadmissible incapacité de la communauté internationale à agir de façon cohérente et décisive. Face à ce fiasco, on comprend que le RoyaumeUni, avec d’autres pays de l’UE, cherche à exercer davantage d’influence sur une situation qui ne cesse de se détériorer. La frustration est toutefois mauvaise conseillère et une politique issue d’une pensée claire et d’un vrai discernement géopolitique aurait plus de chances d’aboutir. Pour la communauté internationale, cela ne représente pas un échec militaire mais bien diplomatique. Et l’urgence ne consiste pas à armer les rebelles mais à les fédérer. Pour être efficace, toute aide au Conseil national syrien (CNS, l’opposition syrienne) doit se fonder sur des critères clairement définis. Le pays croule aujourd’hui sous les armes et, dans la mesure où l’on ne connaît véritablement ni l’identité, ni les intentions, ni les tactiques d’une partie des forces rebelles, il est impossible de savoir exactement contre qui se retourneront ces nouvelles armes. Des rapports faisant état de la présence de militants proches d’Al-Qaida et du Front AlNosra [rebelles djihadistes] à l’intérieur de la Syrie devraient engager la communauté internationale à prendre le temps de la réflexion avant de reproduire des erreurs du passé. Les Nations unies ont attendu la mi-mars pour signaler que les exactions sont actuellement le fait des deux parties du conflit et que celui-ci est désormais dans une “impasse destructrice”. Renforcer le soutien technique et non létal à l’opposition ne doit pas simplement être un tremplin pour armer les rebelles – et si telle était la stratégie de l’Europe, il est tout à fait possible que la Russie réagisse en accroissant ses livraisons d’armes au → 36

L


36. À LA UNE

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

C’est comment la guerre ?

A la une

Au bout de deux ans de violence, le pays s’est totalement désintégré. Et tout homme armé peut décider de la vie et de la mort des autres. Reportage. —The New Yorker (extraits) New York “Nos vaillantes forces acculent les terroristes, éliminant parmi eux de nombreux étrangers, détruisent leurs repères et les instruments du crime !” titre Teshreen, le quotidien officiel syrien.

Billet

Hollande, ce Napoléon

Un pays de plus en plus morcelé (situation en mars 2013) TURQUIE

Qamishli 258 200

Tig re A

T

Beyrouth

La meilleure option. C’est comment la guerre en Syrie ? C’est un nombre considérable de personnes qui, par conviction idéologique, par clientélisme ou par crainte, estiment que le régime d’Assad est la meilleure option. C’est un nombre croissant de gens, y compris dans les rangs des rebelles, qui voient le pouvoir grandissant des djihadistes et autres islamistes et qui ont peur de ce qu’ils pourraient faire de la Syrie. Ça fait quel bruit la guerre en Syrie ? Ça fait le bruit des femmes d’une famille élargie, tantes et sœurs, mères et grands-mères, assises dans une pièce, sur de maigres matelas le long des murs, en train de discuter de la Syrie dans laquelle elles veulent vivre. Elles sont dans le noir parce qu’il n’y a pas d’électricité.

IS

à tout pour un coup d’éclat, un succès dont il a ardemment besoin ; un homme qu’aiderait volontiers, en coulisse, un Barack Obama superéchaudé par les bad trips afghans et irakiens ; un homme auquel rien ou presque ne réussit à l’intérieur et pour lequel, de plus en plus, the world is not enough [le monde ne suffit pas] : François Hollande. Dont le dernier fait d’armes, remarquable, n’est rien d’autre que cet ultimatum adressé à une UE qui n’avait vraiment pas besoin de cela en ce moment. Les bras d’Angela Merkel, et de Nicolas Sarkozy sur le chemin de la maternelle de Giulia, ont dû leur en tomber. —Ziyad Makhoul L’Orient-Le Jour (extraits)

I

RD KU

●●● La communauté internationale vient d’entamer sa troisième année de gesticulations. Une communauté internationale complice. Stérile. Incapable ne serait-ce que de jeter un os à ronger à un Vladimir Poutine peu habitué, c’est un comble, à mettre la barre (et les enchères) aussi haut. Et ne voilà-t-il pas tout ce beau monde qui gigote encore plus : un homme, transfiguré par l’expérience malienne, un homme qui va bientôt jeter aux oubliettes ses référents traditionnels, les Jaurès, les Blum, les Mitterrand, et finir par régler ses pas sur ceux de… Napoléon ; un homme qu’aiderait volontiers, en pleine lumière, un David Cameron désespérément prêt

l y a deux ans, la Syrie était un tout autre pays. Début mars 2011, quelques jeunes de la ville de Deraa, dans le sud du pays, griffonnèrent des slogans critiquant Bachar ElAssad en reprenant le mantra de la révolution qui se propageait alors de Tunisie en Egypte : “Le peuple veut la chute du régime”. La réaction des autorités fut aussi rapide que prévisible : les jeunes gens furent arrêtés et torturés. Le 15 mars, des habitants de Deraa descendirent dans la rue pour demander la libération des jeunes garçons. Quelques manifestations eurent lieu ailleurs en Syrie et notamment à Damas. C’était le commencement. Deux ans plus tard, la Syrie est en guerre. C’est comment la guerre en Syrie ? Ce sont des obus qui explosent dans les rues, les déflagrations et le pilonnement incessant dans un grondement sourd, parfois sans aucun avertissement ou presque. Ce sont des empreintes de pas dans une mare de sang. C’est l’entrée d’un hôpital plein à craquer d’hommes armés qui essaient de savoir qui est blessé et qui est mort. La guerre en Syrie, c’est la voix des femmes qui demandent des nouvelles de leurs fils. C’est le bruit d’un générateur d’hôpital qui bourdonne, crépite et coupe parce qu’il n’y a plus de fioul. Un docteur s’interrompt, attendant le retour de l’électricité, avant de reprendre la suture du cuir chevelu à la base du crâne d’une petite fille. Il n’y a pas d’anesthésiants. Les cheveux bouclés sont encore nattés, attachés avec des élastiques roses. Elle s’appelle Tala, et elle réclame sa mère en hurlant. Son père écarte rapidement le rideau vert éclaboussé de sang qui sépare la petite pièce de consultation d’une autre, légèrement plus grande, où un vieil homme et une femme gisent sur le sol ensanglanté. Ils saignent par terre, créant de nou-

velles mares rouges. Médecins sans frontières explique que les structures médicales sont ciblées et détruites et qu’on tue le personnel de soin parce qu’il fait son travail. La guerre en Syrie, ce sont des paires de chaussures poussiéreuses qui débordent d’un carton près de la porte ouverte d’une maison désertée, partiellement détruite, dans une ville qui, comme beaucoup d’autres, s’est vidée de ses civils. Au mur, un dessin d’enfant à l’encre noire représente un hélicoptère. Il y a des baskets de petite fille, blanches avec des papillons bleus, à côté des babouches noires d’une femme, des chaussures d’homme habillées et des sandales de bébé en verni orange. Chaque chose est à sa place, sauf les propriétaires. Ce sont aussi des choses qui ne sont pas à leur place, comme un évier de cuisine dans l’herbe d’un jardin jonché de décombres. La guerre en Syrie, ce sont des millions de personnes qui sont devenues des réfugiés dans leur propre pays, et d’autres qui préfèrent mourir plutôt que de vivre de la charité sous une tente.

Alep

N

Raqqa Deir ez-Zor

Zones disputées entre le régime et les rebelles

Hama

S Y R I E

Homs

Palmyre

LIBAN

ISRAËL

par les rebelles de l’armée syrienne libre par les Kurdes

Lattaquié

351 683

Zones contrôlées : par l'armée régulière aux ordres du régime de Bachar El-Assad

D É S E R T

S Y R I E N

Damas

Deraa JORDANIE 346 577

Eu ph ra te

112 945 IRAK

100 km

Nombre de réfugiés syriens (+52 411 hors carte) SOURCES : UNHCR, LE FIGARO

35 ← régime syrien. La nouvelle de la décision du Royaume-Uni de financer l’entraînement militaire des insurgés a soulevé un tollé sur les bancs du Parlement. Les révélations ultérieures du Guardian, qui affirmait [dans son édition du 8 mars] que des instructeurs militaires britanniques et américains avaient déjà commencé à former des combattants de l’opposition syrienne en Jordanie, porte à s’interroger sur l’orientation réelle de cette politique. Si le gouvernement bénéficie de notre soutien pour ses actions visant à assurer une aide humanitaire à la Syrie, il est loin d’être évident que des mesures susceptibles d’intensifier ce conflit aideront en quelque manière que ce soit à diminuer les effroyables souffrances du peuple syrien. Le choix qui s’offre à nous ne se limite pas à accroître notre soutien militaire à la rébellion ou à ne rien faire du tout. L’EU a d’ores et déjà voté des sanctions contre la Syrie à onze reprises, et il ne s’agit plus nécessairement de prendre de nouvelles sanctions mais de faire appliquer celles qui ont été adoptées. Une meilleure mise en œuvre pourrait contribuer à assécher l’aide financière qui permet à Bachar El-Assad de se maintenir au pouvoir. Le président Poutine ne l’admettra jamais publiquement, mais il doit maintenant douter de la viabilité à long terme du régime syrien. Pour toutes les parties, la vraie question est désormais de savoir ce qui suivra la chute d’Assad. Il n’est dans l’intérêt de personne – ni de l’Occident ni de la Russie – d’assister à une “victoire catastrophique” en Syrie, scénario dans lequel Assad partirait mais où le vide du pouvoir laisserait un Etat en faillite au cœur du Levant. Une transition politique crédible est indispensable pour éviter cela. Les divergences de vues entre ce que la Russie et l’Occident veulent pour la Syrie ne sont pas irréductibles. —Douglas Alexander


SYRIE : LE CHOIX BLA DES BLA ARMES. BLA. 37

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013 ↓ Des rebelles islamistes, membres de la brigade Al-Tawheed Ansar Mohammed, au cours de combats dans le quartier Al-Amria, à Alep le 17 février.

NOSTALGIE DU COLONIALISME VU DE DAMAS. La presse officielle syrienne se déchaîne contre la France, accusée d’être devenue le laquais du Qatar. —Teshreen Damas ’Union européenne a discuté [le 15 mars] au sujet de la levée de l’embargo sur les armes, ou plutôt à propos de la reprise du trafic d’armes au profit de la soi-disant opposition syrienne. Quoi qu’il en soit de la fièvre de déclarations contradictoires à Bruxelles, reste l’attitude colonialiste des deux pays du mandat [le Moyen-Orient a été placé sous mandat français et britannique en 1920] que sont la France et la Grande-Bretagne, qui ont tant de fois affligé le monde arabe et ont pillé ses richesses. C’est probablement la nostalgie de la colonisation, en plus de la grave crise économique et du suivisme total derrière la mafia qui domine les prises de décision internationales, à savoir le lobby sioniste, qui a poussé les pays du mandat à apporter de l’eau au moulin du Satan américano-israélien à travers la livraison d’armes aux groupes terroristes, ces groupes qui servent les ambitions occidentales. Aussi les déclarations de François Hollande apparaissent-elles comme une tentative de convaincre les pays de l’Union européenne d’un nouveau projet de dépeçage colonial. Certains pays européens s’y opposent, mais la France est prête à “faire son devoir” unilatéralement. Or le peuple syrien a son propre avis sur ce “devoir”. Les déclarations de Hollande et celles de son ministre des Affaires étrangères ainsi que de sa ministre du Commerce extérieur montrent que le “devoir” de la France consiste à plaire au Qatar, et cela dans le but d’attirer davantage d’investissements. Car la France comme la Grande-Bretagne sont devenues des protectorats pour des capitaux qui se trouvent entre les mains de chameliers venus du désert. Il s’agit donc du “devoir” de la France à l’égard du Qatar et non pas à l’égard du peuple syrien, le Qatar qui investit en France et en Grande-Bretagne, rachète le club de foot Paris Saint-Germain, 3 % de la société pétrolière Total et participe à des dizaines d’autres investissements.—

L

Mayada, jeune diplômée de littérature anglaise au caractère bien trempé, dit qu’au plus profond de son cœur elle souhaite un Etat islamique, mais elle reconnaît qu’en Syrie, dans une société multiethnique et multiconfessionnelle, c’est improbable. Sa tante, Saria, de quelques années à peine son aînée, ne veut pas vivre dans un Etat islamique. Les deux femmes débattent de la question pendant des heures, d’autres viennent y prendre part. Finalement, elles conviennent qu’un Etat islamique n’est pas la meilleure solution – non parce que l’islam n’accorde pas de droits aux femmes, mais parce qu’on ne peut pas faire confiance aux hommes qui interprètent la religion. C’est comment la guerre en Syrie ? Ce sont des hommes armés peu fiables. C’est une vidéo amateur montrant l’humiliation d’une personnalité locale, l’homme en jaune d’Alep, un vieil excentrique affublé de vêtements jaunes, de sa casquette à ses chaussures, humilié par de jeunes voyous appartenant à une unité de l’Armée syrienne libre [les rebelles] dans cette ville du nord. Ils l’accusent d’être un espion du gouvernement, un “fassfoos” dans l’argot local. Ils lui crachent dessus, le font aboyer comme un chien et dire des grossièretés sur les femmes de la famille d’Assad. “Prends une photo de moi quand je lui arrache sa moustache”, dit un jeune rebelle au teint frais en souriant à la caméra. Ils arrachent à tour de rôle des poils de sa moustache grisonnante. “Tu es sunnite ?” demande le caméraman à l’homme en jaune. “Tu aimes les alaouites ou tu les détestes ?” demande-t-il encore, faisant référence au courant religieux auquel appartient Assad. “Je les déteste”, répond l’homme en jaune. “Menteur !” dit l’un des jeunes en le giflant. Certains hommes peuvent devenir ce qu’ils combattent. C’est comment la guerre en Syrie ? C’est une autre vidéo amateur, tournée de l’autre côté de cette fracture de plus en plus irréductible. Un homme ensanglanté, roué de coups, les mains attachées dans le dos, est traîné sur l’asphalte gravillonné par des soldats du gouvernement, armés et en uniforme. Il n’est vêtu que d’un sous-vêtement blanc. Il ne peut même pas relever la tête, qui racle tout le long de la rue. Il se met sur le dos. “Où sont ta femme et tes enfants ?” demande l’un de ses bourreaux, en écrasant le visage de l’homme de sa botte. Quelqu’un réclame un morceau de verre pour lui couper la langue. Ils se moquent de lui, l’insultent,

et rient en le torturant. “Pour l’amour de Dieu, s’il vous plaît, laissez-moi seulement dire au revoir à mes enfants”, supplie l’homme, conscient que sa fin est proche. Son visage est tuméfié, ensanglanté. “Tu me laisseras baiser ta femme ? ironise l’un de ses bourreaux, si tu me laisses faire, tu pourras voir tes enfants.” “Non, répond l’homme, ma femme est mon âme, mes enfants sont mon âme. Ma femme est la couronne sur ma tête.” Cela lui vaut un autre coup de pied dans la tête. Les autres rient de plus belle en le traînant dans la rue. Voilà ce que c’est, la guerre en Syrie. Tout homme avec une arme est une autorité, et pour certains, l’ennemi – qui a un jour été leur voisin – n’est plus une personne.

Identité de base. C’est comment la guerre en Syrie ? Ce sont des postes de contrôle arbitraires tenus par des rebelles le long des routes. Face à la désintégration de l’autorité de l’Etat, d’autres formes de pouvoir émergent naturellement – le nom de quelqu’un, son affiliation peuvent faire la différence entre être harcelé et être autorisé à passer librement. Le nom d’une personne ou son accent peuvent révéler une identité religieuse et, par extension, des sympathies politiques supposées. Les gens sont réduits à leur identité de base. Ça fait quel bruit la guerre en Syrie ? Ça fait le bruit des rires, des gens qui arrivent encore à saisir l’humour de leur situation difficile et à en plaisanter. Même quand la mort devient si courante que les périodes de deuil habituelles sont abrégées et que les rituels sont négligés, les gens apprennent à faire avec, à vivre avec leur nouvelle réalité. C’est comment la guerre en Syrie ? C’est effrayant, sanglant, déprimant, et parfois exaltant. C’est abrutissant. C’est toute la gamme des émotions humaines à un niveau plus intense. Ce sont les noms et les visages des 70 000 personnes, selon les Nations unies, assassinées depuis le début de la révolte. Le véritable chiffre est probablement plus élevé. Les Nations unies ne comptent que ceux dont les noms ou les visages sont connus, et n’incluent pas les innombrables personnes toujours portées disparues, peut-être dans des fosses communes. Ce sont au moins 70 000 individus, chacun faisant partie d’une famille, chaque famille faisant partie d’une communauté, chaque communauté faisant partie d’un pays. Voilà ce que c’est, la guerre en Syrie. —Rania Abouzeid

SOURCE TESHREEN Damas, Syrie Quotidien www.tishreen.news.sy La voix de son maître “Teshreen” est un mot omniprésent dans le discours officiel syrien, d’innombrables places et rues portent ce nom. Il veut dire “octobre” et fait référence à la fois à la prise de pouvoir par Hafez El-Assad en 1970 et à la guerre égypto-syrienne contre Israël en octobre 1973, considérée par le régime baasiste comme une victoire arabe. Même si le site du journal a récemment bénéficié, en pleine crise, d’une refonte complète qui le rend visuellement plus attractif, son contenu est écrit dans la même langue de bois que celui de l’autre grand quotidien officiel, Al-Thawra (“La Révolution”), titrant presque chaque jour sur les “héroïques forces armées” qui infligent défaite sur défaite aux “terroristes”.

SUR NOTRE SITE A lire également : “Maudite soit cette vie”, un texte de Now. Dans les zones syriennes aux mains des rebelles, les gens survivent au rythme des bombardements de l’armée régulière.


38. À LA UNE

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013 ↓ Dans la vieille ville d’Alep, un miroir utilisé par les combattants pour surveiller les snipers de Bachar El-Assad.

L’irrésistible ascension des Frères musulmans Marginale au début du soulèvement, la confrérie islamiste a joué d’habileté pour s’imposer au sein de l’opposition et détourner la révolution. —Foreign Policy (extraits) Washington ersonne en Syrie ne s’attendait à ce que le soulèvement contre le régime en place dure aussi longtemps et soit aussi meurtrier mais, au terme de deux ans d’émeutes, il n’y a toujours aucune issue en vue. Si la répression brutale du président Assad est la première responsable, l’incapacité chronique de l’opposition à former un front viable contre le régime a également permis au conflit de s’éterniser. Et il est en particulier un groupe anti-Assad qui a largement contribué à ce déplorable état de choses : les Frères musulmans de Syrie. Tout au long de la révolution syrienne, le mouvement islamiste a en effet effectué une ascension vertigineuse. Comme il avait été anéanti au début des années 1980, après avoir fomenté en 1982 à Hama une insurrection durement réprimée par le régime baasiste, sa présence sur le terrain s’est réduite comme une peau de chagrin. Mais, depuis le 15 mars 2011, il a habilement manœuvré pour prendre les rênes des diverses factions politiques et militaires de l’opposition syrienne. Selon une personnalité qui, en mai 2011, a assisté à la conférence d’Antalya (Turquie) – première réunion visant à unifier les rangs de l’opposition politique syrienne –, les Frères musulmans étaient à l’origine réticents à rejoindre une organisation politique anti-Assad. Ils ont toutefois envoyé plusieurs de leurs membres à Antalya. Parallèlement, ils ont avancé leurs pions en formant des groupes combattant en Syrie, en recrutant des candidats à la lutte armée et en mobilisant leur petite poignée de contacts sur le terrain.

P

Position de force. A mesure que l’idée de créer un groupe d’opposition unifié pour mener la révolte prenait corps, les Frères musulmans se sont davantage impliqués. Un mois après la conférence d’Antalya, ils ont convoqué à leur tour un congrès à Bruxelles réunissant deux cents participants, islamistes pour la plupart – donnant ainsi le premier vrai coup de canif à l’unité de l’opposition. Ils ont organisé par la suite plusieurs autres rencontres au cours desquelles ont été créés des groupes d’opposition servant de couverture à leur mouvement et leur permettant de renforcer leur présence au sein des instances politiques. A l’issue du congrès de Bruxelles, au moins trois groupes se sont ainsi constitués afin de “soutenir la révolution syrienne”. Plusieurs autres ont suivi et, quelques mois après la première rencontre, tous s’étaient fait une place dans les organes d’opposition qui devaient par la suite former le noyau du Conseil national syrien (CNS), un groupe de coordination censé représenter l’ensemble des forces anti-Assad. Le Conseil a réservé des sièges aux Frères musulmans et aux signataires de la déclaration de Damas, mouvance de réformistes syriens constituée en 2005 et dans laquelle les Frères bénéficiaient déjà d’une représentation significative. Il s’agit manifestement là d’un schéma récurrent.

Plusieurs formations ont servi de fer de lance au mouvement islamiste : l’Union nationale des étudiants syriens libres, la Ligue des oulémas du Levant, le Courant islamique démocratique indépendant, l’Union des organisations de la société civile syrienne, un bloc de quarante groupes affiliés aux Frères musulmans, le Conseil des tribus arabes de Syrie, le Front du travail kurde, ainsi que des dizaines d’autres groupes régionaux ou se réclamant des droits de l’homme. A l’hiver 2011, la Confrérie islamiste avait considérablement accru son influence. En position de force au CNS, elle avait également recruté des partisans dans les rangs des militaires dissidents. Les Frères musulmans ont accueilli par ailleurs les tout premiers déserteurs des forces régulières. Ils leur ont promis de faire pression sur la Turquie pour créer une zone tampon le long de sa frontière avec la Syrie. Cette initiative n’a pas abouti, mais les Frères ont rallié à leur cause le colonel Riad Al-Assad, fondateur de l’Armée syrienne libre (ASL), qui a remplacé le Mouvement des officiers libres (MOL), plus favorable à la laïcité. De nouvelles brigades ont vu le jour dans le sillage de l’ASL et, dans leurs appellations, elles se réclamaient davantage de l’islam. La Confrérie a continué à consacrer du temps et des ressources à asseoir son influence auprès des forces rebelles. Plusieurs factions armées ont bénéficié ainsi de son appui : la brigade Al-Tawhid, soutenue par les dirigeants des Frères musulmans à Alep ; quelques éléments des puissantes brigades

Al-Farouk ; le Comité de protection des civils, que d’aucuns considèrent comme le bras armé de la Confrérie ; et Ansar-Al-Islam, qui opère à Damas et dans ses environs. Les Frères musulmans ont par ailleurs dans tout le pays des brigades dont le nom comporte le terme “bouclier”, tels le Bouclier de l’Euphrate, le Bouclier de la capitale et le Bouclier de la mosquée d’Al-Aqsa. A en croire des transfuges militaires, dans certaines régions ils coordonnent également leurs actions et celles des groupes djihadistes comme le Front Al-Nosra.

Le soutien d’Al-Jazira. Fait plus important encore, les Frères se sont opposés aux plans élaborés pour gérer la période de transition – ambiguïté qu’ils espèrent sans doute pouvoir exploiter pour jouer un rôle de premier plan après la chute d’Assad. En juin 2012, la Ligue arabe a organisé une rencontre cruciale à Istanbul afin de renouveler les instances du CNS, et Robert Ford, alors ambassadeur américain en Syrie, a prévenu l’opposition que si le Conseil voulait bénéficier d’un soutien plus franc des Etats-Unis, il devrait s’en remettre à un comité indépendant chargé de préparer des réformes internes. Réuni au Caire en juillet 2012, ce comité a rédigé des documents provisoires sur les modalités de la période de transition. Les documents du Caire, que la grande majorité des forces d’opposition a fini par signer, ont affaibli l’hégémonie des Frères musulmans. Ceuxci se sont empressés de réagir pour éviter de voir leur influence limitée après la chute du régime et ont donné le coup de grâce à ce plan en réussissant à le faire supprimer. Les Frères bénéficient en outre de leur influence en Turquie, au Qatar et en Egypte. La grande chaîne satellitaire qatarie Al-Jazira a particulièrement soigné leur image dans sa couverture des événements. Ils savent qu’ils ont encore du chemin à parcourir avant de prendre le contrôle de la Syrie. Mais leur prédominance au sein de l’opposition est d’ores et déjà un facteur essentiel qui alimente la crise actuelle, et elle augure mal de leur rôle dans la nouvelle Syrie. —Hassan Hassan


SYRIE : LE CHOIX BLA DES BLA ARMES. BLA. 39

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

↓ Une salle de classe de l’école du quartier Al-Eaza, devenue une position de l’Armée syrienne libre (ASL).

LA SYRIE N’A JAMAIS ÉTÉ UN PAYS LAÏC Le régime de Damas, qui se présente en Occident comme le bastion de la laïcité, ressemble surtout à celui de la Corée du Nord. —Asharq Al-Awsat Londres ans un entretien accordé au journal britannique The Sunday Times [le 3 mars], le président syrien en fin de course flatte les peurs des Occidentaux en présentant son régime comme la seule alternative face à Al-Qaida. Il joue sur la corde sensible en disant : “Il y a de quoi s’inquiéter pour le ProcheOrient. Nous sommes le dernier bastion de la laïcité dans la région. Si ça va mal au Proche-Orient, le monde entier risque de connaître l’instabilité.” Il prétend donc désormais que son régime est laïc. C’est le cœur de sa stratégie de communication depuis le début de la révolution parce qu’il sait que l’Occident se sent proche des mouvements populaires qui ont lancé la révolte en Tunisie et en Egypte, mais est hostile aux groupes religieux extrémistes qui sévissent en Afghanistan.

D VERSLA RADICALISATION Les slogans de la révolution syrienne jadis rassembleurs ont glissé vers des mots d’ordre islamistes. Mais la rue n’a pas dit son dernier mot. —Al-Shourouk Le Caire epuis le début de la révolution [mars 2011], on a pris l’habitude de donner des noms au vendredi, jour où les Syriens et les Syriennes de la plupart des villes et villages descendent dans la rue pour manifester. C’est une manière d’aiguiser l’élan révolutionnaire à l’intérieur du pays ou de réagir aux positions généralement attentistes et timorées de la communauté internationale ou des pays arabes. Les sociologues, les historiens et plus encore les spécialistes de l’analyse du discours ne tarderont pas à étudier ce phénomène et à en tirer des enseignements sur les différentes étapes de la révolution. De l’appel à l’unité nationale (“Le peuple syrien est un”) aux tentatives de gagner l’armée régulière à leur cause ou de la neutraliser (“L’armée, protectrice de nos foyers”), en passant par la mise à l’honneur de militants qui représentent une des communautés du pays, le salut adressé à une minorité nationale telle que les Kurdes, le rappel de la fête d’une minorité religieuse [chrétienne] (“Vendredi saint”) ou encore la dénonciation du silence arabe (“Votre silence nous tue”), ces mots d’ordre cherchaient autant que faire se peut à préserver le consensus entre tous les Syriens et à ménager les sujets sensibles qui risquent d’approfondir les divisions entre les communautés. Avec la multiplication des affrontements armés et le poids grandissant du facteur religieux, modéré au départ mais de plus en plus radical, pour ne pas dire extrémiste, les mots d’ordre du vendredi ont pris une coloration de plus en plus religieuse, avec le recours au nom des compagnons du Prophète et des grandes batailles et conquêtes

D

de l’histoire musulmane. Ces nouveaux choix étaient donc un indicateur précis de la montée en puissance des courants politiques utilisant des idéologies qui, afin d’imposer leurs idées au pays, ont recours au “sacré”. A mesure que les attaques du régime deviennent plus féroces et que le nombre de martyrs augmente, les noms prennent un tour de plus en plus inquiétant et confessionnel [musulman sunnite]. C’est à croire que le régime syrien a finalement réussi à enfermer la révolte populaire dans une logique d’affrontement entre communautés religieuses. De sinistres idées refoulées ont refait surface sous l’effet des coups de boutoir que le régime inflige à la société ou de financements [saoudiens et qataris] obéissant à des considérations idéologiques, pour aboutir à voler la révolution aux Syriens et aux Syriennes.

Pureté d’une révolution. Aujourd’hui en Syrie, on trouve, d’un côté, ceux qui veulent que la révolution soit une vengeance – abreuvés de sommes d’argent porteuses d’idéologies [fondamentalistes] qui divisent la société, ils prétendent parler au nom de tous les Syriens alors qu’ils n’en représentent qu’une partie ; de l’autre côté, il y a ceux qui veulent préserver la pureté d’une révolution qui doit englober toutes les composantes religieuses et ethniques. Entre ceux qui ont voulu, le vendredi 8 mars, un “vendredi contre les Mazdéens” [une manière raciste de conspuer la minorité alaouite au pouvoir et surtout l’allié iranien du régime] et ceux qui ont opté pour un “vendredi de la femme syrienne”, les Syriens doivent choisir à qui ils confieront l’avenir de leurs enfants. —Salam Kawakibi

A la une

Al-Hayat, le quotidien panarabe de Londres consacre de plus en plus ses unes à la Syrie. Le 14 mars, il titre : “Les révolutionnaires syriens mettent la main sur un dépôt d’armes du régime Assad qui provenaient d’Iran. Profondes divergences entre Paris et Moscou concernant la décision d’armer l’opposition.”

Répressif et fasciste. Il veut rehausser l’image de son régime en le qualifiant de “laïc”, mais ce terme ne correspond à aucune réalité. Le régime d’Assad est militaire, sécuritaire, répressif et fasciste. Il ressemble à celui de la Corée du Nord. Bachar El-Assad est l’héritier de son père, Hafez, qui est arrivé au pouvoir par un coup d’Etat militaire en 1970. Le fait qu’il n’ait pas adopté l’idéologie religieuse ne signifie pas pour autant qu’il soit laïc. Il est au contraire confessionnel, puisque ses proches, membres de la communauté alaouite, accaparent les postes et positions importantes. La laïcité s’inscrit dans un cadre plus vaste d’idées reposant sur le respect des libertés. La Syrie est au contraire gouvernée par un régime sécuritaire intraitable. Jusqu’à un passé récent, il suffisait de posséder un fax chez soi pour être passible d’emprisonnement. Ces restrictions des libertés s’appliquent à tous les détails de la vie quotidienne, de l’ouverture d’un magasin à des transferts d’argent. La Syrie n’a jamais été un pays laïc et le régime de Damas n’a jamais été libéral, quoi qu’il en soit de l’élégance de la première dame Asma. A cette aune-là, Cuba serait un pays islamique, puisque Fidel Castro porte la barbe. Il n’existe aucun pays arabe qu’on puisse qualifier de laïc, ni aucune société arabe qui soit libérale. Même si le président syrien n’est pas religieux, il soutient des groupes djihadistes tels que le Hamas, le Djihad islamique [à Gaza], à peu près toutes les organisations djihadistes en Irak. Sans oublier bien sûr le Hezbollah [libanais]. Aujourd’hui, il essaie de convaincre l’Occident qu’il combat l’extrémisme musulman, mais tout le monde sait qu’il est un appendice du régime islamique iranien. —Abderrahman Al-Rached


40.

TRANSVERSALES

transversaless.ités univer

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

Economie ........46 Sciences ........47 Médias ..........48 Signaux .........49

Liberté pour les étudiants ! FOCUS

Pas facile d’enseigner ou d’étudier quand le pouvoir politique ou religieux s’en mêle. Des monarchies du Golfe au Turkménistan, en passant par la Turquie et l’Iran, tour d’horizon de l’oppression au quotidien. ↙ Dessin d’Otto, Royaume-Uni.

Le masque tombe Emirats arabes unis. Cette fédération, qui a financé l’implantation d’universités occidentales sur son sol, ne supporte plus la pensée critique. —Foreign Policy (extraits) Washington

L

e vendredi 22 février, j’ai quitté Londres pour Dubaï pour participer à une conférence organisée par le Centre du Moyen-Orient de la London School of Economics (LSE), où je travaille, et l’université américaine de Sharjah (AUS) dans les Emirats arabes unis (EAU). Le sujet était : “Le nouveau Moyen-Orient : transition dans le monde arabe” et mon intervention était intitulée “Le soulèvement de Bahreïn : répercussions intérieures et perspectives régionales et internationales”. L’événement devait se dérouler le 24 février sur le campus de l’AUS. Mais, le week-end précédent, le gouvernement émirati a précisé qu’il serait interdit de parler de Bahreïn. En attendant la dernière minute, il espérait peut-être mettre les deux universités devant le fait accompli. De fait, la LSE s’est retirée le 21 février en invoquant la “restriction imposée sur le contrôle intellectuel de l’événement qui menaçait la liberté académique.” Comme plusieurs intervenants vivant aux Etats-Unis se trouvaient déjà à Dubaï ou dans l’avion, mes deux collègues et moi avons décidé de partir quand même. Dubaï constituait pour moi la première étape d’une tournée dans trois pays du Golfe et j’étais en outre invité à donner une conférence à l’Université Zayed d’Abou Dhabi le 25 février.

Expulsion. A mon arrivée à l’aéroport de Dubaï, j’ai été interpellé par les agents de l’immigration et séparé de mes confrères. Mon passeport avait manifestement déclenché un signal d’alarme dans le système. On m’a emmené dans une pièce où le personnel de sécurité a examiné longuement chaque page de mon passeport. Un agent a ensuite disparu avec mes papiers pendant quarantecinq minutes avant de revenir avec un représentant des EAU qui m’a annoncé que l’entrée sur le territoire m’était refusée. J’ai dû acheter moi-même mon billet de retour – après avoir été abordé par un employé de l’aéroport chargé de me faire remplir un questionnaire de satisfaction. D’une certaine manière, ce rejet n’est pas surprenant : l’année dernière, j’ai critiqué dans mes écrits la répression dans les EAU. Or le “niveau de critique légitime” que les gouvernements des Etats du Conseil de Coopération du Golfe sont prêts à tolérer a baissé de façon spectaculaire. Comme en témoignent les arrestations d’utilisateurs de Twitter au Koweït, la récente condamnation à la prison à perpétuité du poète qatari Mohamed Al-Ajami, l’emprisonnement de 35 militants omanais pour “outrage au sultan” ou “rassemblement illégal”, le retrait de la


Courrier international â&#x20AC;&#x201D; no 1168 du 21 au 27 mars 2013 â&#x2020;&#x2122; Dessin de Langer, BrĂŠsil.

     #"        % 

  

 ")  

      

        "   

                                          &' (     !&

%%%$      

  $ !!$  ' !$ !& & $&

nationalitĂŠ bahreĂŻni Ă 31 militants de lâ&#x20AC;&#x2122;opposition et les 94 prisonniers politiques dĂŠtenus dans les EAU, les monarchies rĂŠagissent au pouvoir transformateur des nouveaux mĂŠdias et des rĂŠseaux sociaux en tentant de fermer ces espaces de dĂŠbat et en rappelant aux dĂŠtracteurs potentiels le pouvoir coercitif dont elles disposent. Depuis dix ans, les EAU sâ&#x20AC;&#x2122;emploient Ă  cultiver une marque internationale raďŹ&#x192;nĂŠe. Ils sâ&#x20AC;&#x2122;eďŹ&#x20AC;orcent notamment dâ&#x20AC;&#x2122;acquĂŠrir de lâ&#x20AC;&#x2122;inďŹ&#x201A;uence en nouant des liens avec des institutions culturelles et universitaires prestigieuses. Abou Dhabi a par exemple attirĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ de New York, le musĂŠe Guggenheim et celui du Louvre ainsi que de grandes universitĂŠs britanniques, parmi lesquelles la LSE, Durham et Exeter, en ĂŠchange de ďŹ nancements importants.

Autocensure. En cette ĂŠpoque de restrictions budgĂŠtaires en Occident, les fonds provenant du Golfe sont plus que jamais vitaux pour les universitĂŠs en diďŹ&#x192;cultĂŠ. Mais ils exposent aussi les professeurs et les ĂŠtudiants Ă de nouvelles pressions. Comme le remarque Christopher Davidson [de lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ de Durham], ces dons â&#x20AC;&#x153;ont souvent pour eďŹ&#x20AC;et de dĂŠtourner le dĂŠbat universitaire des monarchies du Golfeâ&#x20AC;? pour lâ&#x20AC;&#x2122;orienter vers des sujets dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtude plus sĂťrs, alors quâ&#x20AC;&#x2122;une â&#x20AC;&#x153;culture dâ&#x20AC;&#x2122;autocensureâ&#x20AC;? se dĂŠveloppe, chercheurs et ĂŠtudiants ĂŠprouvant de la gĂŞne Ă  â&#x20AC;&#x153;ĂŠtudier des sujets sensibles pour le pays donateurâ&#x20AC;?. On retrouve la mĂŞme idĂŠe dans un article intitulĂŠ â&#x20AC;&#x153;Lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ de New York Ă  Abou Dhabi se comporte comme un invitĂŠ prudent dans un

pays ĂŠtrangerâ&#x20AC;? publiĂŠ en juin 2012 dans Chronicle of Higher Education [magazine amĂŠricain] qui dĂŠcrit les tensions existant entre, dâ&#x20AC;&#x2122;une part, les ĂŠtudiants et le personnel de lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ, qui ne veulent pas faire de vagues, et, dâ&#x20AC;&#x2122;autre part, lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ de New York, qui sâ&#x20AC;&#x2122;inquiète pour sa rĂŠputation. Les universitĂŠs, dont la mission consiste Ă  ouvrir les esprits et Ă  favoriser la crĂŠativitĂŠ intellectuelle, sont confrontĂŠes Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;intolĂŠrance croissante des dirigeants du Golfe. Après avoir renforcĂŠ leur mainmise sur les institutions acadĂŠmiques locales, fermĂŠ les antennes de groupes de rĂŠďŹ&#x201A;exion et dâ&#x20AC;&#x2122;instituts internationaux, expulsĂŠ un professeur amĂŠricain de journalisme et de communication, les autoritĂŠs des EAU cherchent aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui Ă  contrĂ´ler les programmes de recherche et de confĂŠrences. Me refuser lâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe sur le territoire ĂŠtait un droit souverain, mais cette dĂŠcision signiďŹ e que les EAU ne prennent plus de gants et quâ&#x20AC;&#x2122;ils sont profondĂŠment hostiles aux valeurs que les universitĂŠs sont censĂŠes dĂŠfendre. Il devient diďŹ&#x192;cile de fermer les yeux sur ces abus de plus en plus ďŹ&#x201A;agrants, et les partisans dâ&#x20AC;&#x2122;une collaboration acadĂŠmique avec les EAU vont ĂŞtre confrontĂŠs Ă  des choix diďŹ&#x192;ciles quand il sâ&#x20AC;&#x2122;agira de trouver un ĂŠquilibre entre pression ďŹ nancière et libertĂŠ de penser. La confĂŠrence organisĂŠe par la LSE et lâ&#x20AC;&#x2122;AUS est peut-ĂŞtre la première victime, mais elle ne sera certainement pas la dernière dans le conďŹ&#x201A;it qui sâ&#x20AC;&#x2122;annonce. â&#x20AC;&#x201D;Kristian Coates Ulrichsen* * Chercheur britannique.

Eclairage

BahreĂŻn : des milices sur le campus â&#x2014;?â&#x2014;?â&#x2014;? â&#x20AC;&#x153;Les forces de lâ&#x20AC;&#x2122;ordre du rĂŠgime ont menĂŠ une nouvelle campagne de vengeance contre les ĂŠtudiantsâ&#x20AC;?, rapportait le 7 mars Sawt Al-Manama, un site proche de lâ&#x20AC;&#x2122;opposition. Six ĂŠtudiants venaient dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre arrĂŞtĂŠs au petit matin Ă  leur domicile. Le journal rappelle que le 13 mars 2011 des milices sont entrĂŠes sur le campus de lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ de BahreĂŻn

â&#x20AC;&#x153;avec la complicitĂŠ des forces de lâ&#x20AC;&#x2122;ordre et de lâ&#x20AC;&#x2122;administration de lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠâ&#x20AC;?, semant la panique, violentant des femmes et faisant des dizaines de blessĂŠs parmi les ĂŠtudiants proches de lâ&#x20AC;&#x2122;opposition. Ces ĂŠvĂŠnements, survenus dans une facultĂŠ paisible et restĂŠe Ă lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcart des manifestations qui avaient dĂŠbutĂŠ un mois auparavant sur

la place de la Perle, ont constituĂŠ un tournant politique Ă BahreĂŻn. Le pays a beaucoup investi dans lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠducation et compte un grand nombre dâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠs privĂŠes. Selon la principale organisation de lâ&#x20AC;&#x2122;opposition, le parti chiite Al-Wifaq, 138 ĂŠtudiants ont ĂŠtĂŠ jugĂŠs depuis 2011 et 427 ont ĂŠtĂŠ exclus de lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ â&#x20AC;&#x153;pour des raisons confessionnelles et politiquesâ&#x20AC;?.


42.

TRANSVERSALES

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

↙ Dessin d’Ajubel, Espagne.

Interdit aux femmes

Surtout, respectez l’autorité !

Iran. A la dernière rentrée universitaire, certaines filières n’ont accepté que des hommes.

Turquie. L’université apprend avant tout aux étudiants à courber l’échine, dénonce ce professeur de Galatasaray.

—Etemaad (extraits) Téhéran

—Radikal (extraits) Istanbul

développement, au pouvoir]. Une décision plus digne d’un commissaire du peuple que ans la foulée du coup d’Etat du 12 sep- d’un responsable d’université. tembre 1980, le Conseil de l’enseiLa fonction de recteur en Turquie resgnement supérieur (YÖK) a été semble d’ailleurs à celle du gouverneur conçu comme l’une des institutions char- d’une province d’outre-mer régnant sur son gées de contrôler la société turque. Sorte territoire avec les pouvoirs d’un véritable de conseil de sécurité national du monde monarque. Le doyen de la faculté de comuniversitaire, cette institution a largement munication de l’université de Marmara [à rempli sa mission : elle a créé un person- Istanbul], par exemple, s’occupe surtout nel qui répond parfaitement aux objectifs d’exclure les étudiants qui osent le critipoursuivis. Les universitaires sortis de ce quer et de lancer des procédures disciplimoule se comportent comme de véritables naires contre les enseignants. L’avenir de fonctionnaires qui, face à l’autorité, cour- ce doyen est tout tracé. S’il continue dans bent l’échine en ne pensant l’autonomie de cette voie, il ne tardera pas à être nommé l’université qu’en fonction des intérêts recteur. Tandis que la police et la justice arrêtent nationaux et de la politique menée par l’Etat. Ils peuvent être issus de la mouvance des enseignants et des chercheurs comme nationaliste et islamo-conservatrice comme Büsra Ersanli [professeure de sciences politiques engagée dans un prode celle qui se réclame d’un cessus politique de résolution nationalisme laïciste d’inspiration kémaliste. Le YÖK de la question kurde, elle a a ainsi réussi à réunir deux été arrêtée en novembre 2011 et libérée en juillet 2012], ou profils antagonistes en un Müge Tuzcuoglu [anthroseul modèle standard. La communauté universipologue de gauche qui mène taire, soumise à l’autorité, des travaux sur les enfants kurdes à Diyarbakir. Elle a représente une force indéFOCUS arrêtée en mars 2012 et niable dès lors qu’elle fait la UNIVERSITÉS été synthèse entre les réflexes libérée fin septembre 2012], autoritaristes des individus le nombre des procès d’étuet ceux distillés par l’institution. Cela fait diants accusés d’appartenir à des organitrente ans que cela dure. Le règlement dis- sations terroristes ne cesse d’augmenter. ciplinaire du YÖK concernant les étudiants Certains recteurs réagissent plus vite que est appliqué avec zèle. Le recteur de l’uni- les juges et expulsent ces jeunes avant versité Celal Bayar de Manisa [dans l’ouest même la fin de leur procès. de la Turquie], choisi par le président de la L’université se retrouve ainsi prise en République [qui l’a nommé], n’a pas sup- tenaille entre l’autoritarisme distillé par le porté par exemple qu’un étudiant membre Conseil de l’enseignement supérieur et les d’une organisation ultranationaliste kéma- tendances autoritaires très répandues dans liste déclare : “Nous avons reçu une mission la société. Elle apprend d’abord aux jeunes d’Atatürk et nous comptons suivre sa voie”. à ne pas s’opposer à ce qui incarne la puissance. Le monde académique dans sa grande Les pouvoirs d’un monarque. Plutôt majorité ne se contente pas de transmettre que de hausser les épaules face à ce délire cette vision des choses mais l’a totalement militant, le recteur a manifesté son auto- intégrée. Un exemple concret : aucune voix rité de façon caricaturale en excluant l’étu- ne s’est fait entendre de manière audible diant de son université pour un an, puis en le faisant interdire définitivement sous prétexte qu’il avait manifesté devant une permanence de l’AKP [Parti de la justice et du

E

D

dans le monde universitaire turc pour réclamer une réforme du règlement disciplinaire du YÖK, véritable clef de voûte de cette philosophie totalitaire. Les universités turques continuent donc de fonctionner selon un formatage voulu par les auteurs du coup d’Etat du 12 septembre 1980. —Ahmet Insel

n août 2012, les Iraniennes qui avaient passé avec succès l’examen d’entrée à l’université s’apprêtaient à choisir leur filière. Mais elles ont eu une mauvaise surprise : il leur a été interdit de se porter candidates dans 76 domaines [certaines filières d’ingénierie, mais aussi la littérature et la traduction anglaises, les sciences politiques, l’histoire et la géographie]. Ni le ministère de l’Enseignement supérieur ni le Parlement n’ont donné d’explication acceptable. Le ministère a d’ailleurs nié toute responsabilité. Selon Abolfazl Hassani, directeur chargé du développement au sein de ce ministère, la décision de restreindre la mixité ou d’instaurer des quotas en fonction du sexe revient exclusivement aux universités. Dans les 60 établissements du pays, 76 filières en tout sont désormais réservées aux hommes. L’université de Mohaghegh Ardabili, à Ardebil [nord-ouest], est l’une de celles qui ont interdit le plus grand nombre de matières : 24 filières n’ont admis aucune fille. Chaque responsable d’université a sa propre justification. Les femmes sont très peu ou pas du tout intéressées par les matières en question, a expliqué le responsable de l’université d’Ispahan [centre du pays]. Selon lui, 98 % des diplômées d’ingénierie des mines étant au chômage, il n’y a aucune raison de dépenser de l’argent pour former des femmes. Pourtant, le chômage dans cette filière touche aussi des hommes. Le directeur de l’université de Lorestan [province de l’ouest] croit lui que certaines filières s’accordent mieux à la nature masculine. Celui de l’université de l’industrie du pétrole [implantée à Téhéran et à Ahvaz (sudouest)], a de son côté expliqué que cette industrie n’avait pas besoin de filles. Dans nombre de filières, très peu de places ont été attribuées aux femmes, qui représentaient pourtant 60 % des étudiants reçus à l’examen d’entrée à l’université cette année.— [Voir aussi p. 48]

Des centaines d’étudiants turcs derrière les barreaux

SOURCE RADIKAL Turquie, Istanbul Quotidien, 25 000 ex. www.radikal.com.tr Lancé en 1996 pour devenir le quotidien des intellectuels libéraux, Radikal vise un lectorat plutôt progressiste.

●●● Depuis la publication de cet article en mars 2012, la situation n’a pas changé en Turquie. L’été dernier, le ministère de la Justice a admis qu’un peu plus de 200 étudiants étaient en prison. Mais, selon le rapport d’un député de l’opposition, ce nombre est beaucoup plus élevé. Une association qui soutient

les étudiants incarcérés estime qu’ils sont actuellement plus de 700. Nombre d’entre eux ont exprimé leur solidarité avec des revendications kurdes. Certains articles du Code pénal et de la loi antiterroriste sont interprétés de façon tellement large que célébrer la journée internationale

de la femme le 8 mars, réclamer un enseignement gratuit en langue maternelle ou lancer quelques slogans peut entraîner de lourdes condamnations. C’est pour mettre un frein à cette frénésie d’arrestations, qui touche aussi les journalistes, que le gouvernement AKP s’apprête à faire voter une réforme de la justice qui,

si elle répond en partie aux critiques de la Cour européenne des droits de l’homme, n’en comporte pas moins des articles élargissant la définition de la propagande en faveur d’une organisation terroriste. On peut donc s’attendre à de nouvelles arrestations d’étudiants militants.


MER EGÉE

RHODES ET LE DODÉCANÈSE ENTRE DOUCEUR ET BEAUTÉ Du 4 au 11 juin 2013 Antiquité, soleil, trésors du passé et beauté sont les maîtres mots pour définir Rhodes et ses environs. Cette île est à découvrir avec le cœur, pour un réel émerveillement ! Située au sud-est de la mer Égée, Rhodes est une magnifique île grecque dont les plages de sable blanc sont illuminées par le soleil. Née des amours d’Hélios, dieu du Soleil et de la Lumière, et de la nymphe Rhoda, cette île est un lieu magique qui profite d’un climat doux pour le plus grand bonheur de ses habitants et des touristes. Malgré un passé tumultueux, l’île de Rodos, en grec, vous donnera l’impression d’avoir été épargnée par le passage du temps. Rhodes, réputée pour ses jolis petits villages et sa cité médiévale est à découvrir avec le cœur. Votre hôtel Sheraton***** : situé à 50 m de la plage, est joliment blotti à flanc de colline et jouit d’un panorama à perte de vue sur la mer Égée. Côté découverte, vous visiterez la ville de Rhodes, celle de Lindos, le village de Koskinou, les sources thermales de Kalitea, l’île de Symi et quantité d’autres choses tout aussi magnifiques. Entre monuments et paysages naturels, pas le temps de se lasser : la vieille ville, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, déroule son histoire séculaire dans un écrin de nature préservée. Nous avons conçu pour vous un programme culturel et balnéaire unique.

PRIX Sur base d’une chambre double standard : 1975 € pp / Supplément single : 250€ Supplément vue mer : 120 € pp / Supplément chambre deluxe : 200 € pp Le prix est calculé sur base d’un minimum de 40 personnes. Les prix comprennent Vols aller/retour, taxes incluses / Le transfert de l’aéroport à l’hôtel aller et retour / Le logement en chambre double / L’apéritif de bienvenue / La participation à toutes les excursions / Les entrées des sites archéologiques et différents lieux visités / Les guides et accompagnateurs francophones / La pension complète. Les prix ne comprennent pas Les dépenses à caractère personnel / Les assurances POUR TOUTE INFORMATION EAGLE TRAVEL Cindy MONDUS – Tél 02 663 37 66 – cm@eagletravel.be David RECULEZ – Tél 02 663 37 60 – dr@eagletravel.be

DES VOYAGES SPÉCIALEMENT CONÇUS DANS UN ESPRIT DE RENCONTRES ET D’ÉMOTIONS.


44.

TRANSVERSALES

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

↙ Dessin de Mana Neyestani, Iran.

La fac, c’est le bagne

FOCUS UNIVERSITÉS

Turkménistan. Surveillance, fouilles et défilés sont le quotidien des étudiants dans cet Etat autoritaire et fermé.

A

u Turkménistan, les étudiants sont logés à la même enseigne que les autres citoyens : ils doivent obéir à l’autorité sans murmurer, n’ont pas le droit d’exprimer une opinion divergente de celle de l’encadrement – enseignants, doyens ou recteurs. A la moindre incartade, c’est le blâme. Il suffit pour cela d’avoir utilisé son téléphone portable en cours, d’être arrivé en retard plusieurs fois ou d’être rentré à l’internat après 20 heures. Deux blâmes entraînent l’exclusion. Le règlement intérieur du nouvel Institut agricole de Dachogouz [près de la frontière ouzbèke] rappelle beaucoup celui d’un établissement pour détenus dangereux ou d’un camp à régime sévère. La veille des célébrations de l’indépendance, les 27 et 28 octobre derniers, les étudiants ont regagné l’internat après l’heure fixée, car les répétitions pour les cérémonies avaient duré plus longtemps que prévu. Ils étaient fatigués, affamés. La cantine était fermée, mais ils n’ont pas été autorisés à ressortir pour aller s’acheter de quoi manger. Le lendemain matin aux aurores, on les a envoyés prendre part aux célébrations officielles. Une fois par mois, des bus emmènent les étudiants au grand marché de Dachogouz. On leur accorde une heure pour effectuer leurs emplettes, pas une minute de plus. Tout retard est sanctionné par un blâme, ainsi que tout achat déplacé (alcool, cigarettes). Après les cours, ils ne peuvent accéder

qu’à l’esplanade clôturée jouxtant l’établissement, et dès 20 heures, ils doivent se trouver dans l’internat. Seuls les portables de base sont tolérés, sans appareil photo ni accès à Internet. Comme tous les établissements d’Achgabat, la capitale, l’université d’Etat Makhtoumkouli est un peu moins stricte. En première année, les étudiants sont dispensés de défilés. Ils étudient tous les jours sauf le dimanche, à raison de trois cours de quatre-vingts minutes chaque jour, et apprennent à “participer à la vie publique du pays”. Les années suivantes, les choses se compliquent, car ils sont tenus d’être acteurs de toutes sortes de cérémonies qui mobilisent des figurants en grand nombre. D’après leurs calculs, deux tiers du temps théoriquement consacré aux études sont dévolus à ces fêtes nationales, inaugurations, accueils de délégations étrangères, conférences internationales et compétitions sportives.

Mot de passe. Contrairement à ceux de province, les établissements de la capitale sont équipés en technologies modernes – pour le Turkménistan, s’entend. L’Université d’Etat et l’Université internationale turkméno-turque offrent un accès numérique à de nombreuses bibliothèques étrangères, et certains amphis ont même le Wi-Fi, mais la connexion nécessite un mot de passe que seuls les professeurs connaissent. Le parallèle avec les prisons tient aussi aux fouilles surprises régulièrement effectuées dans les internats. Elles sont menées

par l’administration ou par les militants du mouvement Galkynych (Renaissance). “Cinq ou six personnes font irruption dans ta chambre et fouillent ta table de nuit, secouent tes vêtements dans l’armoire, examinent tes affaires de toilette. Les étudiantes ont des ennuis si elles ont des produits de maquillage aux couleurs trop vives ou si leurs vêtements ne sont pas ceux que doit porter une jeune fille turkmène. Les jupes, les jeans ou les hauts trop décolletés sont prohibés. Les jeunes gens risquent gros si une bouteille d’alcool ou des cigarettes sont retrouvées parmi leurs effets. Le nasvaï (une drogue douce légale en Asie centrale) [mélange de tabac et de chaux, à chiquer] est également indésirable”, énumère Aïnabat, une étudiante de l’Institut d’économie. Cette sévérité entraîne une corruption permanente. Pour fermer les yeux sur une infraction mineure, les surveillants réclament de 5 à 20 dollars. Les fautifs payent volontiers, car cela vaut mieux que d’être exclu d’un établissement où l’inscription leur a coûté plusieurs dizaines de milliers de dollars. Dans les internats, les étudiants sont quatre par chambre et dorment dans des lits superposés. La salle de bains, la cuisine et les toilettes sont communes à tout l’étage. Les bourses, d’un montant de 440 à 480 manats [120 à 130 euros], sont suffisantes si l’on se contente d’un train de vie modeste. Sur cette somme, 40 manats sont prélevés chaque mois pour couvrir la cotisation à l’Union de la jeunesse, la contribution à l’entretien des espaces verts du campus et diverses autres charges. Chaque étudiant doit aussi acheter un survêtement d’une couleur précise pour participer aux cérémonies organisées dans le stade d’Achgabat. Les étudiants de l’Institut

du ministère de l’Intérieur doivent en outre acquérir un uniforme de policier. Ils assurent qu’il devrait leur être fourni, mais préfèrent ne pas le revendiquer. En tout, le Turkménistan compte vingt établissements d’enseignement supérieur, tous publics, qui accueillent 23 000 étudiants. Il est possible qu’un institut privé ouvre bientôt ses portes. On ignore quel sera son règlement intérieur. —Toïly Achirmouradov

Contexte ●●● Depuis la mort du dictateur excentrique Saparmourat Niazov en 2006, le Turkménistan est dirigé par l’autoritaire Gourbangouly Berdymoukhammedov. En dépit des signes d’ouverture du régime, le pays reste l’un des plus fermés et des plus énigmatiques au monde. Baptisé officiellement Arkadag, le “patron protecteur”, le président a instauré son propre culte de la personnalité. Le régime est friand de chantiers pharaoniques, comme la gigantesque zone touristique Avaza, au bord de la mer, ou les palais somptueux érigés dans la capitale, Achgabat. La médecine et le niveau de l’enseignement sont dignes du Moyen Age, observe Fergananews. Le Turkménistan vit essentiellement de ses exportations d’hydrocarbures vers la Chine, l’Iran et la Russie.

Repères KAZAKHSTAN

Superficie : 488 100 km2 (France : 550 000 km2) Population : 5 millions d’habitants Taux d’alphabétisation : 99 % Indice de développement humain : 102e sur 186 Etats PIB par habitant :

OUZBÉKISTAN

Dachogouz

Am ou

Désert du Karakoum MER CASPIENNE

aria -D

Turkmenbachi

TURKMÉNISTAN Achgabat

(en parité de pouvoir d’achat)

Mary IRAN

AFGHANISTAN 400 km

7 424 dollars Ressources : 4e réserve mondiale de gaz

COURRIER INTERNATIONAL

—Fergananews (extraits) Moscou


Les Africains racontent la nouvelle dynamique du continent

Hors-série Courrier international

Mars-avril-mai 2013

Hors-série

Mars-avril-mai 2013 8,50 €

Afrique 3.0

M 04224 - 44H - F: 8,50 E - RD

&’:HIKOMC=YU]ZUZ:?k@a@e@e@p"

Allemagne : 9 € - Antilles-Réunion : 9,50 € - Autriche : 9 € Canada : 12,90 $ CAN - Espagne : 9 € - Etats-Unis : 13,50 $ US Grèce : 9 € - Italie : 9 € - Japon : 1 400 ¥ - Liban : 18 000 LBP Maroc : 85 MAD - Pays-Bas : 9 € - Portugal cont. : 9 € Suisse : 12 CHF - TOM avion : 1 800 XPF - Tunisie : 15 DT


46.

TRANSVERSALES

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

ÉCONOMIE

↑ Dessin de Cécile Bertrand paru dans La Libre Belgique, Bruxelles.

—The Wall Street Journal (extraits) New York Du désert du Namib, Namibie artin Hirsch donne un coup de pied dans un caillou. “De l’uranium”, explique le géologue allemand en essuyant la sueur de son front sous un soleil brûlant, “et faites attention aux serpents.” Peuplée de 2,1 millions d’habitants, la Namibie est l’un des cinq plus gros producteurs d’uranium au monde, derrière le Kazakhstan, le Canada et l’Australie, et ex aequo avec le Niger ; elle contribue pour environ 10 % à l’approvisionnement mondial en combustible nucléaire. Mais les coûts de production sont ici plus élevés. “Les gisements sont situés en plein désert, et donc d’accès difficile et coûteux. Le prix de l’uranium ne doit pas être très inférieur à 70 dollars [54 euros] la livre, sinon ça devient difficile d’être rentable”, estime Rob Chang, analyste de la banque d’affaires américaine Cantor Fitzgerald. Divers facteurs, dont la sortie du nucléaire

M

de plusieurs grands pays, ont récemment fait tomber les prix à 42,25 dollars la livre. Les deux plus grandes mines d’uranium en activité du pays, Rössing, propriété de l’anglo-australien Rio Tinto, et Langer Heinrich, qui appartient à l’australien Paladin, perdent de l’argent. Rio Tinto vient d’annoncer le licenciement de 276 personnes à Rössing, soit 17 % de ses effectifs, une décision que le groupe justifie par la baisse des prix. La mise en exploitation d’un troisième site [la mine de Trekkopje] par le français Areva a été reportée dans l’attente d’un redressement des cours. Quant au gisement de Husab – le troisième au monde – , il ne devrait pas être exploité avant 2015 par son nouveau propriétaire, la China Guangdong Nuclear Power Corporation. Martin Hirsch et son employeur, la compagnie canadienne “junior” Forsys Metals, doivent encore trouver un investisseur prêt à débourser les 460 millions de dollars nécessaires à la construction de

Samedi à 21 h 10, et dimanche 14 h 10 et 17 h 10. L’actualité française vue de l’étranger chaque semaine avec

Ibo Ogretmen / LCI

En direct vendredi à 17 h 10,

(sur le marché à court terme, en dollars par livre)

125 100 11 mars 2013

42,25

75 50 25 0 2006

2008

2010

2012

SOURCES : “THE WALL STREET JOURNAL”, UXC

ANGOLA

NAMIBIE Rössing

Trekkopje Trop. du Capricorne

Océan Atlantique

Windhoek Namib

avec Christophe Moulin et Eric Chol

Prix de l’uranium

t du ser Dé

Vu d’ailleurs

Nouveaux réacteurs. Celles-ci misent surtout sur la demande de la Chine. Actuellement, la construction d’environ 500 réacteurs est programmée ou en cours dans le monde ; ils viendront s’ajouter aux 435 déjà en activité. A elle seule, la Chine compte 26 réacteurs en construction, tandis que l’Arabie Saoudite projette de remplacer 16 centrales au fioul. “Les prévisions à long terme sont fondées sur l’hypothèse d’une augmentation de la demande de la Chine et des pays émergents, d’un accroissement du nombre de réacteurs aux Etats-Unis et de l’augmentation progressive du prix de l’uranium”, résume Philip Johnson, directeur d’Ux Consulting, un cabinet américain qui conseille les investisseurs, les compagnies minières et les entreprises productrices d’énergie nucléaire. La Namibie espère que ce scénario se réalisera. Autrefois sous domination allemande, puis sudafricaine, cette République du sudouest du continent n’a guère d’autres atouts, hormis ses gigantesques dunes de sable qui accueillent des tournages de cinéma – et la célèbre fête de la bière de Swakopmund. L’industrie minière représente 9 % de son PIB et, comme les gisements

Repères

Langer Heinrich

BOTSWANA

Les cours mondiaux du métal ont tellement baissé que son exploitation n’est plus rentable.

de diamants s’épuisent, le gouvernement espère qu’une dizaine de mines d’uranium ouvriront au cours de la prochaine décennie. “Cinq, certainement”, nuance David Hutchins, géophysicien en chef au ministère des Mines. “Tout a été chamboulé par Fukushima. Beaucoup de choses échappent à notre contrôle.” La plupart des compagnies minières installées en Namibie, y compris les exploitants d’uranium, paient un impôt à taux unique de 37,5 %, un taux supérieur à celui de l’impôt normal sur les sociétés. Elles versent également des redevances sur leurs exportations. L’ensemble de ces recettes représente en gros un quart des revenus de l’Etat. Mais, selon les défenseurs de l’environnement, les activités du secteur minier ne sont pas suffisamment contrôlées. “L’uranium est radioactif et toxique”, rappelle Bertchen Kors, militant de Earthlife Namibia, une organisation écologiste qui souhaite faire interdire l’extraction de l’uranium dans le pays. “C’est un pays de désert, très sec, où la poussière se répand facilement. Pourquoi léguer aux générations futures des problèmes sanitaires et environnementaux ?” —John W. Miller

AFRIQUE DU SUD 400 km

Zone uranifère

Mines

SOURCE : ACP RESSOURCES MINIÈRES

La Namibie plombée par le prix de l’uranium

deux mines et d’une usine de traitement. Les compagnies “juniors” explorent et étudient les gisements avant de nouer un partenariat ou de conclure une vente avec une “major” disposant de suffisamment de capitaux pour exploiter le projet. La crise de confiance dans l’industrie nucléaire provoquée par le désastre de la centrale japonaise de Fukushima Daiichi, en mars 2011, se répercute sur l’économie de la Namibie, dont 12 % des exportations reposent sur l’uranium. Depuis six ans, le cours de ce métal a baissé de 70 %, alors que ceux de presque tous les autres minéraux se sont envolés. Le prix du minerai de fer, par exemple, a quadruplé. L’uranium a pâti d’abord de la crise financière, puis de la catastrophe de Fukushima, qui a entraîné l’arrêt de 48 des 50 réacteurs japonais. Nombre d’autres réacteurs dans le monde ont également été mis à l’arrêt pour des raisons de sécurité, et l’Allemagne compte sortir du nucléaire d’ici au début des années 2020. Par ailleurs, la Russie écoule toujours de l’uranium qui provient de son arsenal nucléaire et qui est converti pour être utilisé comme combustible dans les réacteurs. Conformément à un traité de désarmement signé en 1993, elle exporte jusqu’à 24 millions de livres d’uranium par an, soit 20 % de l’approvisionnement mondial. L’expiration de ce programme, fin 2013, pourrait être une aubaine pour les compagnies minières.


TRANSVERSALES.

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

↙ Dessin de Walenta, Pologne.

ÉCOLOGIE

Chut, on tue des écolos ! Violences. Deux défenseurs de l’environnement sont assassinés chaque semaine dans le monde. En toile de fond, les conflits pour le contrôle des ressources naturelles.

—Yale Environment 360 (extraits) New Haven

O

ù peut bien être Sombath Somphone ? Depuis que ce défenseur de l’environnement, l’un des plus célèbres en Asie du Sud-Est, a été enlevé en pleine rue au Laos, en décembre 2012, son sort est chaque jour plus préoccupant. Le département d’Etat américain et un nombre incalculable d’ONG dans le monde se sont saisis de son cas. Mais les autorités laotiennes n’ont fourni aucune explication sur ce qui s’est passé le samedi où Sombath a été arrêté à un poste de contrôle de Vientiane, la capitale, alors qu’il rentrait du travail. Cela ressemble de plus en plus à un enlèvement commandité par l’Etat – ou pire, si l’on se réfère aux chiffres publiés récemment sur les assassinats de militants écologistes ordonnés par les gouvernements. Lorsque les militants s’investissent

47

dans la protection de la nature et des personnes qui en dépendent, ils pensent rarement aux dangers auxquels ils s’exposent. Pourtant, du Laos aux Philippines en passant par le Brésil, la liste de ceux qui ont payé de leur vie leur combat s’allonge. Le bilan est sinistre et l’année 2012 a été particulièrement meurtrière. L’une des affaires les plus atroces s’est déroulée en 2012 à Rio de Janeiro, le dernier jour du Sommet de la terre. Dans l’après-midi du 22 juin, des délégués du monde entier – dont moi-même – se préparaient à se rendre à l’aéroport pendant qu’Almir Nogueira de Amorim et son ami João Luiz Telles Penetra partaient à la pêche dans la baie de Guanabara. Les deux hommes, outre leur métier de pêcheurs, dirigeaient l’Associação Homens e Mulheres do Mar (Ahomar), une organisation locale de marins créée en 2010 pour lutter contre la construction

de gazoducs devant relier la baie à une nouvelle raffinerie gérée par Petrobras, la compagnie pétrolière nationale brésilienne. Selon eux, les gazoducs risquaient de polluer la baie et les travaux détruiraient les pêcheries. Le problème qu’ils mettaient en lumière – la protection des moyens de subsistance des personnes qui utilisent les ressources naturelles – était un point clé de la conférence “Rio + 20”. Deux jours plus tard, on a découvert le corps des deux hommes : l’un s’est échoué sur le rivage pieds et poings liés, l’autre a été retrouvé en mer étranglé et attaché au bateau. Ce ne sont pas des cas isolés. Depuis la création d’Ahomar, deux autres militants ont été assassinés. Jusqu’à présent, personne n’a été inculpé pour ces crimes. La raffinerie devrait ouvrir début 2014. Un mois avant la mort des deux pêcheurs brésiliens, à l’autre bout du monde un fonctionnaire qui luttait contre un projet de barrage dans le sud de l’île de Mindanao, aux Philippines, a été tué par balle. Margarito Cabal rentrait chez lui après avoir visité Kibawe, l’un des 21 villages qui devraient disparaître sous les eaux à cause du projet hydroélectrique Pulangi V. L’agresseur de Margarito Cabal a réussi à s’échapper et on ignore son identité. Aucune poursuite n’a été engagée, mais les soupçons se portent sur les forces de sécurité du gouvernement. Selon l’Organisation mondiale contre la torture, un réseau international dont le secrétariat se trouve en Suisse, les soldats philippins menaient des opérations militaires à Kibawe et dans les alentours depuis plusieurs semaines et ils avaient déjà attaqué des groupes de paysans

Ils sont la cible des forces de sécurité de l’Etat et de gangsters qui s’opposaient au barrage. Si les militaires ne sont pas coupables du crime, ils ont contribué à créer un climat de violence qui a fait des écologistes des cibles désignées. Cabal est le treizième défenseur de l’environnement assassiné aux Philippines en deux ans. Et c’est la même chose dans d’autres pays. Des ONG comme Human Rights Watch confirment

que 2012 a marqué un nouveau record au Cambodge en termes de violation des droits de l’homme : des militants qui luttent contre l’abattage illégal d’arbres et l’accaparement de terres sont la cible des forces de sécurité de l’Etat et de gangsters qui travaillent pour des entreprises. L’une de ces victimes était Chut Wutty, un ancien soldat et un militant de l’ONG Global Witness. Il a été tué par balle. Le milieu du crime est l’un des principaux responsables de la destruction des forêts dans le monde. Selon un rapport publié récemment par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), jusqu’à 90 % de l’exploitation forestière dans le monde est illégale d’une manière ou d’une autre. Dans ce contexte, ceux qui s’efforcent de protéger les forêts subissent fréquemment des violences.

Embuscade meurtrière. En novembre 2012, la vendetta sans merci menée contre une famille mexicaine a atteint son paroxysme. Cette famille tentait de protéger les forêts des montagnes du sud contre les entreprises d’abattage et les barons de la drogue, qui ont besoin de terres pour cultiver du cannabis et du pavot à opium. Juventina Villa Mojica, l’une des responsables de l’Organización de Campesinos Ecologistas de la Sierra de Petatlán (Ocesp, organisation des paysans écologistes de la sierra de Petatlán), est tombée dans une embuscade alors qu’elle circulait en voiture avec son fils. Les jours précédents, elle avait tenté d’organiser l’évacuation de 45 familles de son village, assiégé par les cartels. Pour cette raison, Juventina bénéficiait d’une escorte de police, qui a mystérieusement disparu quelques minutes avant qu’elle et son fils ne meurent sous une pluie de balles. Selon Manuel Olivares, un militant de la défense des droits de l’homme, plus de 20 membres de la famille Villa Mojica ont été tués parce qu’ils refusaient de renoncer à leurs forêts. A ce jour, malgré les promesses du gouvernement de l’Etat du Guerrero, personne n’a été arrêté. Ce genre de meurtre a souvent lieu dans des régions reculées où la vérité est difficile à établir. Selon Global Witness, qui comptabilise les assassinats de défenseurs des

S O E V C Z N E E I VIDARD N C MATHIEU DONILLES À LA S OR E

U CARRÉ 14H À 15H LA TÊTEDIAAU VENDREDI DE DU LUN

droits sociaux et de l’environnement, les chiffres augmentent de manière effrayante. L’ONG estime que le nombre de militants tués a doublé depuis 2000, pour atteindre une moyenne supérieure à 2 par semaine. Le Brésil, la Colombie, le Pérou et les Philippines sont, dit-elle, les pays les plus dangereux, mais de nombreuses morts survenues dans certaines régions d’Afrique ne sont pas médiatisées à l’étranger. —Fred Pearce

SOURCE

YALE ENVIRONMENT 360 New Haven, Etats-Unis http://e360.yale.edu Publié par l’université Yale, ce webzine est très riche en débats, reportages, opinions et analyses concernant toutes les questions environnementales. Parmi les intervenants, des journalistes, des scientifiques, mais aussi des politiques et des industriels. Le site propose également des contenus multimédia et une sélection de l’actualité récente.

Thaïlande

Nouvelle victime

●●● Le 25 février, dans la province de Chachoengsao, Prajob Nao-opas, chef de village de 43 ans, a été abattu en plein jour, rapporte le Bangkok Post. Depuis 2012, il menait une campagne publique pour dénoncer le déversement dans les cours d’eau et sur les terres agricoles de déchets industriels toxiques provenant de zones industrielles voisines. Selon l’organisation Human Rights Watch, plus de 30 défenseurs des droits de l’homme et de l’environnement ont été tués en Thaïlande depuis 2001.

LA VOIX EST LIBRE  


48.

TRANSVERSALES

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

MÉDIAS

Black-out sur l’info au Mali Un brouillard médiatique entoure l’intervention de l’armée française.

↑ Dessin de Mix & Remix paru dans L’Hebdo, Lausanne.

—Ottawa Citizen Ottawa

D

epuis le début de l’intervention inattendue de la France au Mali, le 10 janvier dernier, la seule chose dont nous pouvons être certains, c’est que les nouvelles qui viennent de la zone de conflit ne sont pas certaines. Nous avions pris l’habitude de voir les conflits relayés par les médias sociaux quasi en temps réel, bien que de manière incohérente. Mais, comparé à la crise syrienne, nous ne disposons presque d’aucune information sur le Mali. Nous en savons si peu que même les spécialistes endurcis de l’Afrique du Nord qui ont des contacts sur le terrain en sont réduits à des hypothèses. La prise d’otages mortelle qui s’était déroulée sur le site gazier algérien d’In Amenas a marqué les premiers jours de l’opération au

Mali. Si le timing de la prise d’otages n’était qu’une coïncidence dont AlQaida au Maghreb islamique (Aqmi) a tiré parti, l’événement a malgré tout provoqué une grande confusion dans l’opinion publique mondiale. Les réponses évasives des autorités algériennes ont donné le ton de la “gestion de l’information” concernant tous les événements qui se sont produits par la suite dans la région. Les Algériens ont appris des Français, et les professeurs n’ont pas oublié ce qu’ils ont enseigné à leurs élèves. Outre l’effet de surprise de l’intervention elle-même, l’élément le plus remarquable de l’offensive malienne est sans doute la capacité de l’armée française à faire preuve d’une telle discrétion. Les semaines suivantes, les véhicules de journalistes ont formé d’énormes bouchons aux entrées des villes reprises par l’armée française, mais ces reporters n’ont jamais pu s’approcher des zones de combat. Deux journalistes intrépides originaires du Moyen-Orient ont cependant réussi à trouver des caches de documents que les djihadistes avaient laissés derrière eux dans leur hâte à fuir Tombouctou. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les soldats français étaient passés à côté dans le feu de l’action. (Des habitants ont raconté que “4 000 islamistes” avaient fui dans des camions juste avant l’arrivée des soldats français, et des rumeurs non confirmées font état de concentrations d’insurgés aussi loin à l’est que le Darfour.) S’il est vraisemblablement exagéré de parler de 4 000 islamistes (ce qui correspondrait à environ 400 camions de 2,5 tonnes), personne ne sait exactement où sont passés tous les insurgés. Pour ajouter à la confusion générale, le président tchadien [Idriss Déby] a annoncé, le vendredi 1er mars, que Mokhtar Belmokhtar, le roi des bandits sahariens – si l’on oublie son baratin djihadiste, c’est

AFFAIRES ÉTRANGÈRES Votre nouveau rendez-vous sur France Culture Christine Ockrent et les meilleurs experts nous racontent le monde Chaque samedi de 12h45 à 13h30 à partir du 2 février En partenariat avec

franceculture.fr

la description qui lui convient le mieux – avait été tué dans le massif des Ifoghas. Le lundi suivant, cette information était sérieusement remise en question. Le chef d’étatmajor des armées françaises, l’amiral Edouard Guillaud, a dit qu’il fallait faire preuve d’une “extrême prudence”, ajoutant qu’il était “probable” qu’un autre chef d’Aqmi, Abdelhamid Abou Zeid, ait été tué quelques jours plus tôt. Le même jour, un djihadiste d’Aqmi a confirmé la mort d’Abou Zeid et démenti celle de Belmokhtar sur un site d’information mauritanien [Sahara Médias]. (Fait significatif, il s’agissait de l’une des premières interventions médiatiques d’Aqmi depuis plusieurs semaines. Il semble que l’organisation islamiste ait eu d’autres préoccupations.) Selon les informations disponibles, les deux leaders auraient été victimes de raids aériens. Or il est bien connu qu’en terrain montagneux – et, à vrai dire, sur n’importe quel terrain – les résultats des frappes aériennes sont difficiles à évaluer à moins que des troupes au sol puissent identifier les corps ou que l’ennemi en fasse des martyrs.

Croquemitaine. Dans ces circonstances, la seule chose qui pourrait être pire qu’un Belmokhtar vivant et rieur serait un Belmokhtar considéré comme mort, mais dont le corps n’aurait jamais été identifié. Vivant, Belmokhtar pourrait jouir d’une stature mythique auprès de ses alliés comme de ses ennemis et d’une réputation d’invisibilité semblable à celle du Mouron rouge [personnage d’une série de romans populaires anglais]. Mort, son spectre pourrait hanter la région pendant plusieurs décennies. La coutume barbare qui consiste à exposer la tête de l’ennemi sur une pique existe depuis des millénaires. Cet acte de pure cruauté permet, d’un point de vue pratique, de s’assurer que tout le monde est au courant de sa mort et n’entretient aucun doute à ce sujet. Encore aujourd’hui, les autorités russes conservent en lieu sûr le crâne et la mâchoire d’Hitler comme une police d’assurance contre les imposteurs, qui ont été nombreux en Russie. Si les analyses d’ADN permettent de déclarer la mort d’un ennemi d’une manière moins macabre, les Français et leurs alliés devront néanmoins utiliser tous les moyens à leur disposition pour déterminer si le leader d’Aqmi est en vie ou non. Dans un cas comme dans l’autre, ils devront lui mettre la main dessus. Cette guerre est loin d’être terminée et Belmokhtar, mort ou vif, risque de devenir une sorte de croquemitaine pansaharien. —Eric Morse

LA SOURCE DE LA SEMAINE

“Etemaad” Ce quotidien iranien réformateur ferme et rouvre selon le bon vouloir des autorités.

E

temaad, “Confiance”, est l’un des rares quotidiens réformateurs et indépendants qui existent encore en Iran. Fondé en 2002 par Elias Hazrati, ancien combattant de la guerre Iran-Iraq et ancien député, il est réalisé par une équipe de journalistes plutôt jeunes, qui contestent, parfois à demi-mot, le pouvoir en place. Le journal accueille aussi dans ses colonnes de célèbres analystes iraniens spécialisés dans les questions économiques, sociales et politiques. Sa publication a été arrêtée plusieurs fois sur décision de justice. En mars 2010, Etemaad a ainsi été fermé “pour une durée indéterminée”. Les autorités lui reprochaient d’avoir publié deux articles sur l’attaque d’un dortoir d’étudiants à Téhéran par les miliciens du régime, les bassidjis, dans la nuit du 14 au 15 juin 2009, deux jours après la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad. En juin 2011, les journalistes ont pu regagner les locaux du journal et reprendre leurs activités. Mais cinq mois plus tard, en novembre, un nouvel ordre d’arrêt tombait, cette fois pour “insulte” et “diffamation” des responsables gouvernementaux. Les rédacteurs en chef et les journalistes avaient pourtant pris garde à ménager les autorités, quitte à pratiquer l’autocensure. Depuis janvier 2012, Etemaad est de nouveau présent dans les kiosques. Certains de ses journalistes ont été arrêtés en janvier 2013 pour “avoir collaboré avec les médias à l’étranger”. Aujourd’hui, ils sont tous libres sous caution et attendent leur jugement. (Lire p. 42 “Interdit aux femmes”, un article d’Etemaad.)

ETEMAAD Téhéran, Iran Quotidien www.etemaad.ir


TRANSVERSALES. 49

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

signaux

Chaque semaine, une page visuelle pour présenter l’information autrement

Inde : le grand diasporama 22 millions de personnes d’origine indienne vivent dans 190 pays. En 2001, le gouvernement indien a réalisé le premier recensement transnational de la diaspora, actualisé en 2012. La diaspora indienne comprend trois catégories d’individus : • les NRI (Indiens non résidents) sont des expatriés possédant un passeport indien ; • les PIO (personnes d’origine indienne) ont au moins un aïeul indien en remontant à la quatrième génération, ce qui exclut de nombreux descendants d’Indiens, dans les Antilles et l’océan Indien notamment ; • les apatrides relèvent de cas particuliers de déplacements de population, principalement en Asie du Sud. A noter également, la difficile prise en compte des descendants d’Indiens au Pakistan et au Bangladesh, qui, avec l’Inde, constituaient un même ensemble politique jusqu’en 1947, l’empire britannique des Indes.

ÉTATS-UNIS 2 245 239

Cette carte est une projection azimutale équidistante centrée sur New Delhi. Tous les points situés sur un cercle ayant pour centre la capitale indienne sont à la même distance réelle de celle-ci. Sur la carte figurent les cercles d’équidistance de 5 000 km, 10 000 km et 15 000 km. Cette projection montre l’éloignement de la diaspora par rapport à son berceau géographique.

CANADA 1 000 000

1er

8e

ROYAUME-UNI 1 500 000

6e

Antilles françaises 145 000 France métropolitaine 65 000

15 000 km

5 000 km

r

4e

10 000 km

eu

INDE

Réunion (Fr.) 275 200

ÉMIRATS ARABES UNIS 1 750 000

LE TOP 10 7e

Rang

AFRIQUE DU SUD 1 218 000

Plus de 800 000

MALAISIE 2 050 000 1Oe

De 500 000 à 800 000

5e

De 115 000 à 499 000

OMAN 718 642

De 25 000 à 114 999 De 1 500 à 24 999 De 3 à 1 499 Pas de données

TAILLE DES COMMUNAUTÉS INDIENNES À L’ÉTRANGER

9e

MAURICE 882 220

SRI LANKA 1 601 600

A l’intérieur des cercles : proportion d’Indiens ayant le statut de NRI ou celui de PIO (pas de données pour les apatrides) NRI

PIO

(nombre de personnes)

COURRIER INTERNATIONAL. En octobre 2012, un nouveau

La source

2e

Les cercles sont proportionnels à la taille des dix plus grandes communautés indiennes à l’étranger (nombre de personnes)

rendez-vous, “Signaux”, est apparu dans nos pages. Il s’agissait de faire appel aux meilleurs graphistes de la planète pour proposer une page d’informations visuelles, à mi-chemin entre le journalisme de données et l’infographie, déjà publiée dans la presse

internationale. Il était logique que nos propres équipes s’emparent à leur tour de ce rendez-vous. Cette page consacrée à la diaspora indienne a été conçue et réalisée par notre cartographe, Thierry Gauthé, qui a utilisé des données rassemblées par notre journaliste chargée de l’Inde, Ingrid Therwath.

SOURCES : MINISTÈRE INDIEN DES AFFAIRES D’OUTRE-MER (STATISTIQUES MAI 2012), RECENSEMENT BRITANNIQUE DE 2001.

at

3e

Distance de New Delhi

Eq u

ARABIE SAOUDITE 1 789 000


50.

360

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

MAGAZINE Dracula, la réalité derrière le Sauvez les manuscrits de Djenné Prendre le livreur de vitesse • Les papas nippons à l'antenne •

mythe • Histoire.56 ! • Culture......59 Tendances........60 Plein écran......62

Abou Dhabi entre sable, ciel et béton L’écrivain colombien Santiago Gamboa se rend pour la première fois dans la cité émiratie. Toute de verre, de béton et d’alu, la ville ressemble à un mirage en plein désert. Elle est pourtant aussi réelle que le pétrole qui jaillit de son sous-sol. —Gatopardo (Extraits) Bogotá

D

rôle de voyage sur un vol de la Qatar Airways où l’alcool coule à flots. Je n’en reviens pas. Il y a quelques années, la police de l’aéroport de Djeddah, en Arabie Saoudite, avait voulu me confisquer une bouteille de gin, sous prétexte que l’alcool était interdit sur tout le territoire. Je m’imaginais donc que ce séjour chez les Emiratis, voisins des Saoudiens et également très pieux, serait soumis à ce que nous appelons en Colombie “la loi sèche”. Je sais bien que le Qatar est un Etat distinct mais il appartient à la même région et, en voyant passer dans l’allée centrale un chariot chargé d’apéritifs, je me suis demandé si mon avion allait bien en terre

musulmane. Au premier coup d’œil, de nuit, Abou Dhabi apparaît comme une immense ville de béton, d’aluminium et de verre qui brille dans l’obscurité. Le reste n’est que sable et eau de mer. Il est pour le moins étrange qu’une communauté humaine se soit établie dans un endroit si hostile, et le fait que les premiers habitants aient été des nomades ne me surprend pas. Comment créer un sentiment d’appartenance parmi ces étendues de sable et ces dunes qui, pour ne rien arranger, changent avec le vent ? Rien d’étonnant non plus à ce que ce peuple rude se plaise à décorer l’intérieur de ses boutiques dans un style plutôt rococo. Il faut bien cela pour rompre l’exaspérante monotonie de

l’environnement : pas de couleurs, pas de montagne, que du sable et un air toujours chargé de poussière, le ciel et la mer qui se confondent dans un même bleu – et rien d’autre. Ici, s’exposer aux éléments c’est risquer la mort, tout comme sous la neige ou le gel, chose que nous ne connaissons pas sous nos latitudes fertiles. S’isoler à l’intérieur est peut-être la seule façon de rester en vie – à moins de chercher des oasis, ces jardins alimentés par une source en plein désert. Il n’y a que là que l’on voit du vert, de la végétation, des formes. C’est peut-être pour cette raison que le paradis musulman est vert (et or) et que les mosquées d’Abou Dhabi ou


360°.

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

↓ Devant les gratte-ciel, la grande mosquée d’Abou Dhabi. Ce monument qui a nécessité quatorze ans de travaux appelle tous les superlatifs. Reportage photo Daniele Mattioli/ Anzenberger/ASK Images

de Dubaï, comme celles de tous les pays sunnites, sont éclairées de néons verts (les dignitaires sunnites, descendants de Mahomet, étaient coiffés d’un turban vert, les chiites d’un turban noir). L’une des choses que j’aime en arrivant dans une ville, c’est de ne pas comprendre. A la descente de l’avion, une élégante Philippine brandit un iPad à hauteur de poitrine et je vois mon nom inscrit sur l’écran. “Bienvenue ! Venez avec moi”, me dit-elle. Elle m’invite à la suivre jusqu’à un guichet d’immigration, au mépris de la file d’attente. Ici, tout n’est qu’ordre et propreté, à commencer par les longues tuniques des douaniers, d’un blanc immaculé. Ils ont dû me prendre pour un

51

→ ↘ Dès que l’on quitte les plages écrasées de chaleur, la ville aligne les immeubles luxueux. Leur durée de vie est courte : l’ancien est systématiquement remplacé par du neuf.

diplomate ou peut-être pour un banquier. Allons, je ne suis qu’un modeste écrivain invité par une université ! Dehors, une superbe BMW m’attend : intérieur cuir, phares colorés, climatisation. Dans la nuit noire, ma voiture file sur une large route déserte, l’Airport Road. Où est la ville ? Nous n’avons pas encore atteint le moindre endroit reconnaissable que le chauffeur tourne à gauche, puis à droite, et s’arrête devant une immense tour de verre. Un chasseur en uniforme se précipite pour ouvrir ma portière. C’est le Park Rotana. Une jeune femme blonde, sans voile, sourit derrière le grand comptoir de teck. “Bienvenue à Abou Dhabi. C’est votre première visite ?” Elle est russe et s’appelle Katerina.

Ce n’est qu’un hôtel, mais un lustre qui semble taillé d’une pièce dans l’albâtre dégringole d’un plafond haut de dix mètres. Que de luxe… La ville d’Abou Dhabi ne compte que peu d’habitants – 600 000 environ sur un total de plus de 2 millions pour tout l’émirat – dont seuls 19 % sont originaires du pays. Les autres sont des étrangers qui sont là pour servir les autochtones : ils conduisent leurs taxis, tiennent leurs cafétérias et leurs restaurants, gèrent leurs hôtels, leurs supermarchés, leurs ports et aéroports, leurs commerces… Les Aboudhabiens aussi travaillent, bien entendu, mais à l’abri des regards, ou du moins de celui du voyageur à peine débarqué qui découvre tout juste les rues, les boutiques, quelques échoppes et reconnaît des traits asiatiques, slaves ou européens sur le visage de tous les actifs. Cette profusion d’étrangers reflète les goûts et les usages des nationaux qui, plus que des patrons, sont des maîtres. Leurs dishdashas [longues tuniques qui descendent aux chevilles] impeccablement blanches m’intriguent. Au lieu du lourd turban, ils portent un keffieh blanc maintenu sur le sommet du crâne par un épais cordon noir. Cette coiffe devait servir à se protéger des tourbillons de sable soulevés par le vent, mais n’a plus guère de raison d’être dans ce paysage de marbre et d’air conditionné. Depuis dix ans, Abou Dhabi enregistre un revenu moyen par habitant de 46 000 dollars, chiffre que le prix du baril a propulsé vers la barre des 90 000 dollars, certaines années. Voici les Maserati, les Rolls-Royce et les Ferrari qui descendent les avenues à toute allure. Quels peuvent être les effets du sable sur les circuits électroniques ? La société Ferrari a construit un parc d’attractions dont le clou est une montagne russe ultrarapide qui reproduit les sensations que connaît un pilote de Formule  1 à l’accélération. Etrangement, c’est le groom de l’hôtel, un jeune Indien du Kerala payé une misère, qui me fait l’article : “Vous ne devez surtout pas rater ça, monsieur.”

VOYAGE → 52


52.

360°

← Derrière ces deux jeunes Egyptiennes, le portrait du sheik Zayed ben Sultan Al-Nahyane, omniprésent patriarche.

↑ Jardiniers, ouvriers, chauffeurs, cuisiniers, les visages que l’on croise au quotidien sont étrangers, venus surtout du sous-continent indien.

51 ← De fait, si pauvres soient-ils, certains étrangers installés à Abou Dhabi adorent parler de l’étalage de cette richesse qui ne leur appartient pas. Le garçon du Kerala dort dans une chambre encombrée de seize lits et en loue un pour 200 dollars par mois – le tiers de son salaire. Pis, son employeur lui a confisqué son passeport. Mais parler du marbre, de l’or, des voitures de luxe est pour lui une façon de caresser par des mots ce monde auquel il n’aura jamais accès.

E

xpatriés, immigrés, résidents… Aux Emirats, les étrangers viennent surtout du sous-continent indien : d’Inde, du Bangladesh, du Sri Lanka et du Pakistan. Il y a aussi une communauté philippine et des Malais. Je sors faire un tour. Il fait chaud. Dans un supermarché français, j’engage la conversation avec Rachid, un Marocain de 56 ans qui habite ici depuis douze ans. “Abou Dhabi est monotone, il n’y a pas grand-chose à faire, me dit-il. Ils sont très religieux, très conservateurs… On se laisse éblouir par les immeubles, le luxe et l’argent, mais la vie est triste, du moins pour moi.” La vie est triste partout, me dis-je, mais je continue à l’écouter en silence. Après une seconde d’hésitation, Rachid me livre le fond de sa pensée : “C’est mieux à Dubaï. Il y a même des bars et des boîtes de nuit.” Il gagne près de 1 000 dollars par mois, mais son loyer lui en coûte déjà 800. Il y a cinquante ans, cet îlot était un désert de sable habité par 46 000 âmes ce qui, en soi, est déjà difficilement concevable : les riches pêcheurs vivaient dans des maisons sur pilotis et les autres formaient des caravanes de nomades vivant de l’élevage des chèvres et des chameaux. Que trouvait-on alors sur les marchés ? Du poisson et de l’agneau. Des dattes. Des légumes venus des oasis d’Al-Aïn, des perles. Surtout des perles.

VOYAGE

→ Les businessmen sont les seuls avec les ouvriers à se risquer dans les rues au plus fort de la chaleur… Seulement le temps de trouver un taxi.

La famille royale, les Al-Nahyane, est issue des Bani Yas, une confédération de tribus bédouines dont les différentes branches sont établies dans toutes les oasis de la région mais qui est originaire de l’oasis de Liwa, non loin de la frontière saoudienne. Sur les photos satellitaires, cette zone fertile ressemble à une grande moustache tracée dans le sable au beau milieu du désert. C’est de là qu’au XVIIe siècle, le clan Al-Nahyane a émigré vers les villages de Dubaï et d’Abou Dhabi où, selon la légende, il y avait des gazelles, des cerfs et un point d’eau douce. Abou Dhabi signifie d’ailleurs “le père de la gazelle”, et la ville doit ce nom insolite à un chasseur de gazelles qui passait par là (imagine-ton une gazelle dans un endroit pareil ?). Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les Britanniques établirent des capitaineries dans ces deux ports afin de protéger la route commerciale des Indes, car les caravanes et les navires étaient souvent attaqués le long de cette partie du Golfe que l’on appelait d’ailleurs “la Côte des Pirates”. Quelqu’un devait mettre bon ordre à tout cela. En effet, au-delà du détroit d’Ormuz, on débouche déjà sur la mer d’Arabie et, de là, on rallie presque en ligne droite Bombay. C’est sans doute l’itinéraire emprunté par Phileas Fogg et son majordome Passepartout dans Le Tour du monde en quatre-vingts jours. Les Anglais transformèrent les deux bourgades en places fortifiées mais, au siècle suivant, après que l’Inde eut obtenu son indépendance en 1947, leur intérêt retomba. Ou plus justement, il se porta sur une nouvelle ressource. L’histoire du pétrole débuta dès 1936, lorsque les émirs de la côte de la Trêve accordèrent des concessions d’exploration pétrolières à des compagnies britanniques. Puis, en 1958, le premier geyser d’or noir surgit de terre. Les Anglais décidèrent dix ans plus tard de quitter le territoire et, en 1971, la région proclama son indépendance. Il s’avéra bientôt que ce désert inhospitalier recelait les troisièmes plus grosses réserves mondiales de pétrole – un dixième de l’ensemble des ressources en hydrocarbures de la planète. Ce fut donc tout naturellement que la ville devint la capitale de l’Etat fédéral regroupant les sept émirats (Abou

Dhabi, Dubaï, Fujaïrah, Ajman, Ras Al-Khaïma, Charjah et Umm Al-Qaïwaïn). L’université Zayed, établissement public fondé par le président des Emirats arabes unis et émir d’Abou Dhabi, le cheikh Khalifa ben Zayed Al-Nahyane, s’étire sur un magnifique campus flambant neuf qui, de loin, ressemble à un stade couvert – une sorte d’œuf métallique géant. Lorsqu’il sera achevé, ce vaisseau spatial de 19 hectares abritera vingthuit bâtiments, un complexe sportif, des résidences et un centre de conférences. Mes hôtes m’expliquent que les études sont gratuites pour les Emiratis et que le campus est divisé en deux parties symétriques et identiques : d’un côté les femmes, de l’autre les hommes. En ma qualité de “professeur”, je peux passer de l’une à l’autre et je vois des étudiantes portant le hidjab et l’abaya noire assises par terre en train de lire, de réviser leurs notes et de taper d’un doigt agile sur des tablettes ou des ordinateurs, riant et jacassant en groupes. Exception faite de leur tenue, on retrouve ici la même ambiance que n’importe où ailleurs.

U

n peu plus tard, j’interviens devant un groupe de jeunes Aboudhabiens des deux sexes, étudiants à la faculté d’études diplomatiques – au niveau du doctorat, certains cours sont mixtes. Ma conférence porte sur les rapports entre l’intellectuel et le pouvoir en Amérique latine, et le débat me réserve quelques surprises. La première étant bien entendu que ce sujet puisse intéresser qui que ce soit dans ce pays. Une jeune fille me demande s’il existe un mouvement de défense des droits des femmes en Amérique latine. Sa question m’étonne. Je lui réponds en mentionnant Gabriela Mistral [poètesse chilienne, Prix Nobel de littérature 1945]. Les étudiants m’expliquent que l’un des projets à moyen terme du gouvernement émirati consiste à établir des relations diplomatiques directes avec l’Amérique latine, d’où leur intérêt, et je constate qu’ils sont en effet bien préparés. “Le pouvoir investit dans l’éducation, poursuivent-ils. Transformer l’argent du pétrole en connaissance est une autre façon de fertiliser, → 54


54.

360°

52 ← de semer la richesse.” L’université Zayed propose des cursus en anglais d’excellent niveau à Abou Dhabi comme à Dubaï, et des universités internationales comme la New York University ou la Sorbonne ont d’ores et déjà ouvert des antennes où les cours se déroulent en anglais et en français. L’espagnol, quant à lui, brille par son absence dans ces régions futuristes. Cette éducation ouverte, laïque et internationale ne finirat-elle pas par se heurter à la tradition religieuse et sociale émiratie ? C’est inévitable. Lorsqu’elle m’interroge sur les droits de la femme en Amérique latine, c’est en réalité de ses propres droits que parle l’étudiante sous son voile noir. Ces jeunes doivent se poser bien d’autres questions. Que peut bien signifier, par exemple, le terme “démocratie” dans ce pays où il n’y a ni parti politique ni élections ? Ici, les affaires politiques et économiques se règlent en famille et tous les ministres et hauts fonctionnaires ont des liens de parenté. Si c’est Abou Dhabi qui mène le jeu, c’est en vertu de la fameuse “règle d’or” (qui veut que ce soit celui qui possède l’or qui commande), parce que c’est l’émirat le plus riche et également le berceau du grand patriarche de l’indépendance, Zayed ben Sultan Al-Nahyane, père de l’émir actuel et oncle ou frère de la plupart des dirigeants des autres émirats de la confédération. Malgré l’absence d’élections et de partis politiques, les Emiratis s’accommodent très bien de ce régime fondé sur le pouvoir dynastique et la tradition religieuse, soutenu par une immense richesse, et ne se sentent nullement opprimés. Il n’y a pas d’impôt, car les revenus pétroliers génèrent un excédent budgétaire colossal qui permet de moderniser le pays sans que les citoyens aient à mettre la main à la poche. Il n’y a aucun frein au commerce, mais, en contrepartie, c’est l’émir qui décide de tout. Sa fortune personnelle, qui se confond avec celle du pays, atteint les 18 milliards de dollars [13,4 milliards d’euros], mais il investit si massivement que personne n’y trouve rien à redire. Pour l’instant du moins, car si j’en crois mes discussions avec les étudiants, j’ai l’impression que les nouvelles générations réclameront des changements.

A

utre sujet qui fâche : les droits des immigrés. Les Asiatiques, majoritaires, viennent travailler dans des conditions qui confinent à l’esclavage, se retrouvent entassés dans des chambres et touchent des salaires dérisoires (quoique plus élevés que dans leur pays d’origine). De plus, comme tous les autres pays de la région, les Emirats appliquent la peine de mort, et le blasphème est un délit. Les non-musulmans doivent par conséquent être vigilants et tenir leur langue. Les enfants d’immigrés nés dans les Emirats n’ont pas droit à la nationalité. Ici, seul le droit du sang a cours et, pour être Emirati, il faut avoir des parents émiratis. Pays très jeune, les Emirats arabes unis en sont encore à construire leurs grands monuments. Par les moyens mis en œuvre, certains ouvrages sortis de terre ces dernières années à Abou Dhabi sont comparables à la cathédrale de Cologne (avec sa flèche de 160 mètres) achevée au XIXe siècle après sept cents ans de travaux, aux pyramides d’Egypte ou la Grande Muraille de Chine. Je pense notamment à la grande mosquée, une sorte de montagne de marbre blanc avec ses minarets, ses dômes, sa grande cour centrale, ses colonnades… Tout ce qui est doré est en or. Neuf mille kilos d’or 24 carats – le plus pur qui soit – utilisés pour fondre les pointes des dômes, les boules et croissants s’élançant vers le ciel et scintillant sous le soleil, mais aussi les chapiteaux merveilleusement kitsch en feuilles de palmier. S’il est une chose que je déteste dans les monuments de n’importe quelle partie du monde, ce sont les guides, qui nous noient sous une profusion de statistiques, mais force est de reconnaître

VOYAGE

SOURCE

↑ → Hors de la ville, le luxe recule et laisse place aux abris de chantier et aux marchés de poteries iraniennes.

GATOPARDO Bogotá, Colombie Mensuel www.gatopardo.com Créée en 2000, la revue est diffusée en Amérique latine et à Miami. Elle publie de longs reportages, format assez rare dans les magazines latino-américains. Des journalistes de différents pays collaborent à Gatopardo, aux côtés de plumes renommées comme Carlos Fuentes ou Ernesto Sábato.

SANTIAGO GAMBOA

Né en 1965 à Bogotá, ce Colombien ne cesse d’arpenter le monde depuis les années 1990. Il a vécu notamment à Madrid, Paris, Rome et New Delhi, villes où il a travaillé tantôt comme journaliste, tantôt comme attaché culturel, poursuivant en parallèle sa carrière d’écrivain. Auteur d’une dizaine de romans et de récits, il s’est imposé comme l’une des voix les plus novatrices de la jeune littérature

colombienne. Parmi ses livres traduits en français aux éditions Métailié : Perdre est une question de méthode (2003), Les Captifs du Lys blanc (2007), Le Syndrome d’Ulysse (2007), Le Siège de Bogotá (2009), Nécropolis 1209 (2010). Son dernier roman, Plegarias nocturnas, paru en 2012 en Colombie, en cours de traduction, devrait paraître en janvier 2014.

que les chiffres de la mosquée forcent le respect : 57 dômes et une façade de 90 000 mètres carrés, pour lesquels on a utilisé 220 000 mètres cubes de pierre et fait venir de Macédoine 110 00 mètres cubes de marbre blanc de Sivec. Le sol de la grande salle de prière est recouvert d’un tapis iranien de 5 600 mètres carrés auquel ont travaillé 1 300 tisserands. Au plafond de la coupole principale est suspendu le plus grand lustre du monde, fabriqué en Allemagne : il mesure 15 mètres de haut pour 10 de diamètre et il est entièrement en or, en argent et en cuivre. On estime que 2 500 personnes ont travaillé pendant quatorze ans à la construction de l’édifice, dans des conditions qui, pour beaucoup, étaient certainement à la limite du droit international du travail et sous un régime proche de celui des ouvriers des pharaons égyptiens. A mon grand ravissement, les éléments les plus délicieusement kitsch et tape-à-l’œil sont les horloges en forme de fleur, en marbre incrusté de perle et de nacre, indiquant l’heure de diverses capitales. Le Palais des émirats est une autre de ces respectables excentricités d’Abou Dhabi. Un hôtel hallucinant dont la construction a coûté pas moins de 3 milliards de dollars [2,3 milliards d’euros] et qui est aujourd’hui géré par la chaîne internationale Kempinski. Je ferai naturellement grâce au lecteur de sa description. Qu’il me soit toutefois

ARCHIVES courrierinternational.com “Une saison en Ethiopie”. Santiago Gamboa lancé sur les traces d’Arthur Rimbaud dans l’ancienne Abyssinie. Un reportage paru dans CI n° 1122 du 3 mai 2012.

permis de dire que lorsque je le vois briller de haut, plus précisément du Ray’s Bar, il m’évoque un gigantesque rubis – ou une météorite tombée là. Le Ray’s Bar est l’un des endroits où l’on peut boire de l’alcool à Abou Dhabi, au 62e étage de la tour du Jumeirah at Etihad, mais c’est surtout le lieu de rendez-vous des hommes d’affaires étrangers escortés de belles Slaves, Thaïlandaises ou autres beautés exotiques souriantes. L’argent favorise toutes les expressions de la libre entreprise. Les formes les plus anciennes du capitalisme sont représentées et exercées dans cette riche péninsule. Il est temps de repartir. Mon chauffeur me conseille de faire des achats à l’aéroport, car c’est “le plus grand duty free du monde”. Bien que ma capacité d’émerveillement commence à s’émousser, une scène retient mon attention : devant moi, dans la file d’embarquement, je remarque un riche Emirati accompagné de trois femmes et d’une bonne philippine. La malheureuse créature n’a pas assez de bras pour porter les emplettes des trois épouses qui, elles, ont l’oreille collée à leur portable. Peu après, derrière mon hublot, je regarde s’éloigner ce monde étrange sans être tout à fait certain de l’avoir compris. Ce qui n’est pas pour me déplaire. —Santiago Gamboa


:V\[O (MYPJHU (PY^H`Z JVTWHNUPL SLHKLY ]LYZ S»(MYPX\L H]LJ  ]VSZ X\V[PKPLUZ ]LYZ 1VOHUULZI\YN L[ WYuZ KL  KLZ[PUH[PVUZ LU (MYPX\L (\Z[YHSL 5V\Z ]V\Z WYVWVZVUZ KLZ KtWHY[Z KLW\PZ 7HYPZ L[ SLZ WYPUJPWHSLZ ]PSSLZ KL -YHUJL Ã&#x2026;`ZHHJVT     :V\[O (MYPJHU (PY^H`Z   Y\L (\ILY ¶  7HYPZ

3( *647(.50, +, 9,-,9,5*, =,9: 3»(-908<, (<:;9(3,


56.

360°

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

histoire.

Ne l’appelez plus jamais Dracula XV e siècle Roumanie On réduit à tort Vlad III à sa réputation d’autocrate assoiffé de sang. La mémoire de ce prince médiéval, en guerre contre les Turcs, a été victime de cinq cents ans de manipulations et de fantasmes.

← Vlad Tepes, gravure sur bois de 1550, anonyme. Photo AKG

—Historia (extraits) Bucarest

V

lad Tepes est sans aucun doute le Roumain le plus célèbre du Moyen Age. Son nom était connu depuis l’Empire ottoman jusque dans les pays germaniques. De son vivant déjà, il était le héros d’histoires d’épouvante. Il a connu un regain de popularité à la fin du XIXe siècle, grâce au roman Dracula, de Bram Stoker [publié en 1897], et cette célébrité ne s’est plus jamais démentie. Mais qui était-il vraiment ? Né en 1431, Vlad III est le fils de Vlad II Dracul, voïvode [prince] de Valachie [sud de la Roumanie].

Le surnom de Dracul (“le diable” en roumain) vient du latin draco, dragon, car Vlad II a été fait chevalier de l’ordre du Dragon par Sigismond de Luxembourg [empereur romain germanique de 1410 à 1437]. Vlad III est ainsi appelé “Dracula” par ses contemporains, ou fils de Dracul, tandis que les Turcs le surnomment “l’Empaleur”, à cause du châtiment qu’il affectionne tout particulièrement – l’empalement. C’est la traduction roumaine du surnom donné par les Turcs, “tepes”, qui est restée dans les livres d’histoire, tandis que le sobriquet de Dracula, préféré par les Occidentaux, s’est retrouvé associé à l’image fantastique du personnage du roman de Bram Stoker. Vlad III passe son enfance et son adolescence en Transylvanie et en Hongrie, auprès de son père. Quand ce dernier devient un vassal du sultan, Vlad est envoyé quelques années comme otage dans l’Empire ottoman. Avant de prendre les rênes du pouvoir, il aura donc connu plusieurs cultures : hongroise et germanique en Transylvanie, ottomane, et roumaine. Les contacts avec ces différents milieux lui ont probablement permis de se forger sa propre conception du pouvoir. Située entre l’Empire ottoman et le royaume de Hongrie, la Valachie [sur laquelle Vlad est appelé à régner] occupe une position d’Etat tampon, qui lui est profitable aussi longtemps que les deux puissances sont en équilibre politique et militaire. Tant le roi de Hongrie que le sultan ottoman prétendent au titre de suzerain des voïvodes roumains. Selon les intérêts et la prépondérance militaire de l’un ou de l’autre, le prince est parachuté soit par les Turcs, soit par les Hongrois. Or l’antagonisme entre la Hongrie et l’Empire ottoman aggrave l’instabilité en Valachie, les nobles étant divisés en factions, chacune soutenant un prétendant. Les boyards [classe d’aristocrates] détiennent en outre le pouvoir économique, car ils sont les principaux propriétaires terriens, ainsi que le pouvoir

militaire, jouant un grand rôle dans la mobilisation de l’armée du pays. Vlad Tepes est conscient de la nécessité de s’assurer la fidélité des boyards. Il a déjà fait l’expérience d’un règne éphémère en 1448, lorsqu’il est monté sur le trône avec l’aide des Turcs sans avoir pu gagner le soutien du pays. Revenu au pouvoir en 1456, Dracula sait donc qu’il ne peut pas régner sans les boyards. Courant toujours le risque de perdre son trône, il décide de les mettre au pas en accusant certains de trahison. Il les fait exécuter et confisque leurs biens, renforçant du même coup l’autorité centrale. Au début, il se reconnaît vassal du roi de Hongrie. Mais, à la fin du mois d’août 1456, il se tourne de nouveau vers les Ottomans, auxquels il verse un tribut.

A 11 ans, il est envoyé comme otage au sultan Mourad II. Il restera captif durant six ans La situation change radicalement en 1459. Le voïvode retarde le paiement du tribut car, la même année, les Turcs ont transformé la Serbie, qu’ils dominent, en pachalik [province impériale]. Les boyards valaques redoutent que leurs terres ne subissent le même sort, ce qui entraînerait la perte de tous leurs biens et privilèges. Ils se rassemblent alors autour de Vlad Tepes pour décider ensemble de tenir tête aux Ottomans. Le contexte international leur est favorable. A Mantoue, en Italie, le pape Pie II vient de lancer l’organisation d’une grande croisade contre les Turcs, dans laquelle la Hongrie du jeune roi Mathias Corvin doit jouer un rôle déterminant. Pour Vlad Tepes, c’est le facteur décisif. Il refait allégeance à la Hongrie et déclenche une campagne militaire durant l’hiver 14611462, qui a pour but d’affaiblir la ligne de défense ottomane le long du Danube.


360°.

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

57

↙ La Bataille aux flambeaux. Le peintre roumain Theodor Aman (1831-1891) livre sa version de la “Nuit de la terreur”.

Repères LA “NUIT DE LA TERREUR" En juin 1462, le sultan Mehmet II envahit la Valachie. Son énorme armée progresse vers le nord, mais commet l’erreur de camper à la lisière d’une forêt. C’est là que l’attend Vlad Tepes. Le 17 juin, il lance son attaque de nuit. Les Ottomans paniquent, et Vlad échoue à tuer le sultan en personne. Au petit matin, les Valaques se retirent, ayant occis près de 15 000 Turcs. Ebranlé, le sultan poursuit son offensive jusque sous les murs de Târgoviste, la capitale de Vlad. Là, il est accueilli par une forêt de pals ornés des cadavres de 5 000 Turcs. Ecœuré, Mehmet fait demi-tour. Il triomphera de son adversaire par d’autres moyens.

BRAM STOKER La popularité actuelle de Vlad III doit beaucoup à cet écrivain irlandais (1847-1912). Dans son roman Dracula, publié en 1897, il s’inspire de la légende du prince valaque pour créer un personnage de vampire qui deviendra très célèbre et inspirera, nombre de cinéastes, entre autres.

UN PEU DE GÉOGRAPHIE

Le 11 février 1462, Vlad Tepes fait part à son suzerain, le roi de Hongrie Mathias Corvin, du succès de la campagne et lui adresse le décompte des ennemis tués : 23 888. La cour de Buda en est très impressionnée. Le sultan Mehmet II, conquérant de Constantinople, prend la tête d’une armée de 100 000 Turcs pour châtier le voïvode roumain. Conscient de ne pouvoir leur faire face avec ses 25 000 à 30 000 hommes, ce dernier leur mène une guerre de guérilla impitoyable qui culmine avec la célèbre bataille dite de la “Nuit de la terreur” [voir encadré]. Dans le même temps, la Valachie est prise à revers par la Moldavie d’Etienne le Grand, qui semble avoir oublié que Tepes l’a aidé à monter sur le trône en 1457. Allié aux Turcs, le Moldave vient assiéger la forteresse valaque de Chilia, tandis que la

marine ottomane attaque par la mer, sans succès. Le sultan doit finalement quitter la Valachie sans l’avoir conquise. Mais il laisse derrière lui un atout qui va lui assurer la soumission du pays. Dans sa suite se trouve le frère cadet de Vlad, Radu le Beau, dont il fait le nouveau prétendant au trône. Abandonné par les boyards, qui se rallient à son frère, Vlad Tepes se réfugie en Transylvanie. La légende raconte que c’est à ce moment que l’épouse de Vlad, pour échapper à la prison turque, se suicide en se jetant d’une hauteur – une scène exploitée en 1992 par Francis Ford Coppola, dans son film Dracula. Les ennemis de Vlad forgent une lettre qu’il aurait prétendument adressée au sultan, interceptée par les gens du roi Mathias. Vlad y promet de faire → 58

Sur les traces de Vlad Tepes UKRAINE

HONGRIE TRANSYLVANIE

C or arp ien at ta es les

MOLDAVIE

ROUMANIE

Sighisoara

Brasov Château de Bran Citadelle de Poienari Targoviste Monastère de Snagov VALACHIE

s Carpateales n méridio SERBIE

100 km

Bucarest Danube

BULGARIE

Mer Noire

COURRIER INTERNATIONAL

DR

La Valachie au sud et la Moldavie au nord-est apparaissent pour la première fois dans les textes médiévaux au début du XIIIe siècle. Elles s’étendent sur le territoire de l’ancienne Dacie, conquise par les Romains au IIe siècle de notre ère. Principautés indépendantes, tantôt alliées tantôt ennemies dans leur lutte contre les Turcs, les Polonais et les Hongrois, qui s’efforcent de les vassaliser, elles s’unissent en 1859 et prennent officiellement le nom de royaume de Roumanie en 1878.


58.

360°

SUR NOTRE SITE

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

courrierinternational.com Visite guidée. Découvrez les mystères de la forteresse de Bran, archétype du château de vampire.

Interview

“La passion pour les vampires s’intensifie en période de crise” ●●● Entretien avec le Pr Matei Cazacu, docteur en histoire et civilisation du monde byzantin et postbyzantin, chercheur au CNRS.

↑ Vlad Tepes mangeant à côté d’empalés. Gravure sur bois, 1500. Photo AKG

57 ← allégeance à Mehmet et offre de l’aider à conquérir la Transylvanie. La lettre sert de prétexte pour arrêter Vlad, à la frontière de la Valachie. Accusé de trahison, il est emprisonné pendant près de douze ans à Visegrad, une résidence royale sur le Danube, au nord de Buda. Le roi Mathias Corvin reconnaît Radu le Beau en tant que voïvode de Valachie. Après sa libération, en 1476, dans le contexte des guerres contre les Turcs menées à son tour par Etienne le Grand [sur le trône de Moldavie de 1457 à 1504], Vlad Tepes revient brièvement sur le trône, avant d’être assassiné par un groupe de boyards qui souhaitent se venger de lui. Mais le règne de l’Empaleur ne doit pas être réduit aux simples campagnes militaires, bien que ces dernières aient contribué à répandre sa réputation de puissance et de terreur. Il s’est efforcé de s’imposer aux émissaires étrangers en tant que prince qui devait être traité avec respect. Et, à en croire

Les marchands saxons colportent quantité de légendes sur Vlad III, exagérant sa cruauté

Comment expliquez-vous l’effervescence actuelle, sur le plan international, à propos du mythe de Dracula ? Matei Cazacu Le mythe du vampire est ancien, il remonte au néolithique, quand les êtres humains ont émis l’idée qu’il y avait une vie après la mort. Ils ont commencé à enterrer leurs morts, à les teindre en ocre (d’un rouge jaunâtre, couleur de la vie) et à déposer à leurs côtés des objets familiers. C’était aussi l’expression d’un désir clair, celui que le mort ne ressorte pas de sa tombe. D’où l’existence de rites funéraires très complexes, qui s’observent encore aujourd’hui dans les régions les plus archaïques de Roumanie et de l’Est européen. J’ai constaté que la passion et l’intérêt pour les vampires s’intensifiaient en période de crise économique. Cela a été le cas dans les années 1970, avec par exemple la parution du livre d’Anne Rice, Entretien avec un vampire, mais aussi à la fin du XXe siècle, avec des films de qualité, comme le Dracula de Francis Ford Coppola, en 1992. Lors de la grande crise économique de 1929-1932 déjà, on avait constaté une multiplication des pièces de théâtre et des films sur Dracula. L’origine du mythe et le personnage historique qui en constituent la base sont-ils connus ou n’occupent-ils qu’une place anecdotique dans l’imaginaire actuel ? Le vampire est un mythe que l’on retrouve dans la Grèce et la Rome antiques. Au Moyen Age, il apparaît aussi en Europe occidentale, même s’il reste dominant en Orient, dans l’espace chrétien orthodoxe. L’explication que je donne à cette distribution géographique est la suivante.

les chroniques médiévales, il aurait entrepris des actions rigoureuses dans d’autres domaines : mesures draconiennes contre le vol, punition des oisifs, premier programme connu d’intégration des Tsiganes – par leur implication forcée dans la guerre contre les Turcs –, suppression physique des mendiants. Vlad Tepes est entré dans la légende de son vivant. Les textes allemands mettaient en exergue sa cruauté. Les historiens soulignent que ces récits étaient colportés intentionnellement par les marchands saxons et par Mathias Corvin, afin de se justifier devant le pape d’avoir arrêté Vlad et interrompu sa croisade. Et il ne faut pas oublier que, si aujourd’hui nous nous racontons des histoires autour d’un feu de camp, au Moyen Age aussi les récits sanglants étaient largement colportés par ceux qui égayaient l’atmosphère dans les auberges à la croisée des chemins. Plus les horreurs étaient insoutenables, mieux c’était. Et chaque conteur y ajoutait son grain de sel pour en rehausser le charme : un mécanisme classique de diffusion des histoires médiévales… —Marius Diaconescu* * Enseignant à la faculté d’histoire de l’université de Bucarest.

Au XIIIe siècle, l’Eglise catholique a inventé le purgatoire, l’endroit où vont toutes les âmes après la mort pour y attendre la Résurrection et le Jugement dernier, et personne en Europe occidentale n’a plus cru en l’existence d’âmes errantes comme les vampires. En revanche cette croyance s’est développée dans l’Europe chrétienne orthodoxe, qui ne connaît pas le purgatoire. A partir du XVe siècle, les patriarches de Constantinople ont “christianisé” les vampires, affirmant qu’un individu qui commettait un blasphème devenait un vampire, surtout s’il était excommunié et mourait sans que le blasphème soit effacé. Tout le génie des patriarches de Constantinople a été d’avancer l’idée que le blasphème empêchait la putréfaction du corps, et donc la séparation de l’âme et du corps. Ainsi l’âme revient sur terre pour demander aux vivants la levée de l’excommunication. C’est ce que j’ai expliqué dans mon livre Dracula (éd. Tallandier, 2011). En Roumanie, le personnage historique de Dracula n’a pas donné lieu à une légende littéraire comparable à celle que l’on observe à l’étranger. Pourquoi ? Vlad Tepes n’a pas été en Roumanie la source d’une littérature historique ou mythologique parce qu’il est perçu comme un seigneur brutal et cruel et qu’il a régné fort peu de temps. Les légendes qui le concernent sont principalement centrées sur la citadelle de Poienari, qu’il fit construire : le souvenir de Tepes y a pris racine autour des ruines du château, ancré dans quelque chose de visible. En comparaison, Etienne le Grand, voïvode de Moldavie de 1457 à 1504, sujet de centaines de contes populaires, a régné quarante-sept ans et construit un grand nombre de monastères, d’églises, de châteaux, de ponts… Ce n’est qu’ainsi que l’on peut expliquer sa formidable popularité au fil du temps. La Roumanie a hérité du cliché Transylvanie : pays de Dracula. A l’approche du Salon du livre de Paris, dont la Roumanie est l’invitée d’honneur, deux revues françaises, Le Magazine littéraire et Lire, ont consacré leur couverture aux vampires… Qu’on le veuille ou non, c’est une réalité. Jusqu’en 1990, la Roumanie était célèbre à cause de Ceausescu et de Dracula. Aujourd’hui Ceausescu est passé aux oubliettes, mais Dracula persiste parce que le mythe qu’il représente est universel. —Cristina Hermeziu Historia (extraits) Bucarest

“Dracula, entre mythe et réalité” Salon du livre de Paris Dimanche 24 mars à 16 h 30 ●●● Retrouvez le Pr Matei Cazacu et l’historien Lucian Boia à l’occasion d’une table ronde consacrée au personnage historique ayant inspiré la légende de Dracula et animée par Courrier international, en partenariat avec l’Institut culturel roumain, sur la grande scène du Salon du livre. ↑ Une illustration de l’édition originale du Dracula de Bran Stoker (1897). Photo AKG

Retrouvez-nous au stand W69 pour envoyer promener votre vision du monde !


360°.

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

↙ La bibliothèque des manuscrits coraniques de Djenné recèle environ 4 000 textes. Photo Hemis/Reuters

culture.

La discrète sœur jumelle de Tombouctou Djenné possède elle aussi de précieux manuscrits, également menacés par les salafistes et les ravages du temps. —The Art Newspaper (extraits) Londres

L

e monde s’intéresse depuis longtemps à la ville malienne de Tombouctou, ainsi qu’au sort de ses sanctuaires et manuscrits antiques. Toutefois, rares sont ceux qui connaissent Djenné, située à 330 kilomètres au sud-ouest de Tombouctou. Le site, classé au patrimoine mondial par l’Unesco, se trouve au cœur du delta du Niger et à 120 kilomètres au sud de Sévaré. C’est de cette dernière ville que les Français lancent actuellement des attaques aériennes vers le nord du Mali, où des groupes de rebelles restent actifs.

59

de copie des manuscrits arabes qu’elles ont encore pratiquée à Djenné et pour laquelle depuis aussi longtemps au moins que leurs la ville est révérée et crainte dans tout le sœurs à Tombouctou. Mali et au-delà de ses frontières. Les manusOn trouve un très grand nombre de crits sont divisés en deux grands groupes : manuscrits à Djenné. Encore récemment, des talismans ou des instructions sur divers ils faisaient partie de colsujets, comme la médecine lections privées, mais ils traditionnelle. Il a longtemps PATRIMOINE sont peu à peu transférés à été difficile d’avoir accès à ce la bibliothèque des manuscrits de Djenné, type de documents en raison de leur confiun magnifique bâtiment en terre qui a été dentialité, c’est pourquoi il est véritableconstruit en 2007 à côté de la grande mos- ment remarquable qu’un si grand nombre quée, grâce au concours financier de l’Union d’entre eux aient pu être rendus publics. européenne et de l’ambassade américaine. Evaluer l’importance des manuscrits de Au début des années 2000, une première Djenné est une tâche difficile. Un doctoévaluation rudimentaire des documents a rant de l’université américaine Stanford été menée par l’Association de sauvegarde qui travaille sur l’histoire de l’islam a passé quelques semaines à la bibliothèque en 2012. A l’en croire, elle contient “une foule de documents liés au soufisme qui remontent

En savoir plus FAUSSE ALERTE A TOMBOUCTOU Surnommée “la ville aux 333 saints” ou “la perle du désert”, Tombouctou abriterait de 100 000  à 300 000 manuscrits, précieusement conservés depuis des siècles par les grandes familles de la ville. La plupart des documents sont écrits en arabe ou en peul, les plus anciens datent du XIIe siècle. D’avril 2012 à la fin janvier 2013, la cité a vécu sous le joug des islamistes d’AQMI et d’Ansar Dine, qui y ont détruit les principaux mausolées. Fin janvier 2013, au moment de l’offensive des troupes françaises au Mali, le bruit a couru que les islamistes avaient mis le feu aux manuscrits par représailles. Mais dans le quotidien Le Combat daté du 12 février 2013, le ministre malien de la Culture s’est félicité que “95 % des manuscrits [aient] été sauvegardés”, mis à l’abri par des habitants de la ville avant l’arrivée des islamistes.

NUMÉRISATION

Djenné, grâce à sa mosquée monumentale et à son incomparable architecture en terre typique du Sahel, est souvent considérée comme la “sœur jumelle” de Tombouctou, avec qui elle partage un passé de centre intellectuel et commercial. Pour certains Maliens, Djenné occupe pourtant une place unique : si la ville est moins connue que Tombouctou à l’échelle mondiale, elle est toutefois bien plus ancienne. Par ailleurs, le site archéologique de Djenné-Djeno – la toute première implantation humaine répertoriée, à un peu plus de un kilomètre de la commune actuelle – remonte à l’an 250 avant Jésus-Christ, ce qui en fait sans doute la plus ancienne ville connue d’Afrique de l’Ouest. Pendant des siècles, quasiment rien n’a changé dans cette ville en terre. Dans les 50 écoles islamiques de la cité, les maîtres religieux, les marabouts, continuent d’enseigner à leurs élèves à réciter le Coran. Et les familles locales poursuivent la tradition

et de valorisation des manuscrits pour la défense de la culture islamique (SavamaDCI) afin d’aider les bibliothèques privées du Mali à protéger, préserver et comprendre leurs trésors intellectuels. A l’époque, il a été estimé que Djenné recelait plus de 10 000 manuscrits, et à la suite de ces conclusions nombre d’entre eux ont été déplacés à Tombouctou. Djenné demeure néanmoins une réserve considérable de manuscrits arabes. La bibliothèque spécialisée rassemble actuellement environ 4 000 textes qui lui ont été confiés par une soixantaine de familles locales. Les collections appartiennent toujours aux familles, et elles sont conservées et stockées en tant que telles. Les thèmes abordés dans les manuscrits de Djenné sont aussi variés que dans ceux de Tombouctou, bien qu’un plus grand nombre d’entre eux évoquent le maraboutage, une forme islamique de magie qui est

au moins au XVIIIe siècle, ce qui constitue une base de données inestimable qui contribuera à élucider la nature du soufisme dans la région pendant cette période”. Ce qui est certain, c’est que Djenné et les villages alentour renferment encore beaucoup de manuscrits arabes antiques (en plus de ceux qui sont conservés à la bibliothèque), dont une bonne partie est menacée par les termites, entre autres, alors qu’ils recèlent peut-être des indices sur le passé de l’Afrique de l’Ouest – une histoire que l’on pensait transmise uniquement à l’oral, jusqu’au jour où l’on a commencé à découvrir ces textes et à les étudier, il y a quelques dizaines d’années. La bibliothèque cherche activement des fonds pour que continuent le programme et d’autres tâches importantes, comme la préservation et l’archivage des documents. Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco, a promis d’allouer des fonds à la reconstruction du patrimoine culturel ravagé de Tombouctou, ce qui comprend les manuscrits. Et si on laissait à Djenné quelques miettes du gâteau offert à sa sœur jumelle ? —Sophie Sarin

A Djenné a été lancé un programme de numérisation, financé par la British Library. “Début 2013, 120 000 images – le fruit de seize mois de travail – ont été transférées à Londres par mesure de sécurité, lorsque des rumeurs ont révélé que certaines pièces auraient été détruites par les rebelles islamistes”, raconte The Art Newspaper. Ce programme doit prendre fin en juillet 2013, laissant l’avenir du chantier en pointillés.

SOURCE

THE ART NEWSPAPER Londres, Royaume-Uni Mensuel www.theartnewspaper.com Fondée en 1990, cette revue se démarque des autres titres spécialisés dans le monde de l’art en publiant des papiers sérieux et des enquêtes particulièrement fouillées. Elle est à l’origine de nombreux scoops.


360°

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

tendances.

↓ Dessin de Cost paru dans Le Soir, Bruxelles.

Prendre le livreur de vitesse —Die Presse Vienne

U

35 $ Les arabesques de Zelda diteur [pour une livraison le jour même, contre un coût d’au moins une vingtaine d’euros avec un transporteur classique, et une livraison le lendemain]. Un prix de base auquel s’ajoute un supplément qui varie avec la longueur du parcours. Le coût sera aussi plus élevé si l’automobiliste vient récupérer le paquet directement chez l’expéditeur. A l’inverse, celui-ci pourra apporter son colis au conducteur pour s’en sortir à moindres frais. Quoi qu’il en soit, le conducteur

s’engage à livrer le paquet à l’adresse indiquée dans un délai maximum de six heures. L’entreprise, quant à elle, touchera à chaque livraison “une commission raisonnable, correspondant aux frais de mise en relation”, précise Hannes Jagerhofer. Son site propose un service supplémentaire : envoyer un SMS au destinataire trente minutes avant l’arrivée du colis. Il sera également possible de souscrire une assurance, mais elle ne sera pas obligatoire.—

Rama et Sita à l’ère du bimédia BROOKLYN MUSEUM/CORBIS - OCEAN/CORBIS

ÉTATS-UNIS — Mettre en valeur

l’engagement culturel de toute une ville, telle est l’ambition de la municipalité de Portland, dans l’Oregon. La Mecque des hipsters et de la culture alternative a instauré une “arts tax” en novembre dernier. Tous les habitants âgés de 18 ans et plus doivent chaque année verser 35 dollars (27 euros) selon une procédure spécifique. Les personnes sans revenus ou au-dessous du seuil de pauvreté en sont dispensées. Les 12 millions de dollars de recettes escomptés doivent servir à embaucher des professeurs d’arts plastiques et de musique pour les écoles de Portland, mais aussi à soutenir l’action des associations artistiques locales. “Nous ne pouvons que soutenir cette mesure”, note Hyperallergic, un webzine spécialisé dans l’art, qui y voit une manière de rendre chacun responsable de la culture.

Un entrepreneur autrichien propose aux automobilistes de rentabiliser leurs déplacements en jouant les coursiers.

ne plateforme Internet pour concurrencer les services postaux : c’est ce que veut lancer Hannes Jagerhofer, un entrepreneur et organisateur d’événements de Carinthie [dans le sud de l’Autriche]. Son service, baptisé checkrobin.com, repose sur l’idée suivante : faire transporter des colis par les automobilistes – contre rémunération, bien entendu. Le projet s’adresse essentiellement aux personnes qui font la navette entre leur domicile et leur lieu de travail, et qui pourraient prendre et déposer des colis sans dévier de leur trajet. La version bêta fonctionne depuis le 25 février. “Et la version alpha devrait être prête courant mars” [avant le lancement des premières colivraisons, en mai], a déclaré Hannes Jagerhofer à l’Agence de presse autrichienne (APA). L’entrepreneur, qui a investi 1 million d’euros dans le projet, a déjà connu le succès sur Internet avec le moteur de recherche de voyages checkfelix.com, qu’il a fondé en 2005 et vendu à l’américain Kayak l’année dernière. Pour le service checkrobin.com, il compte dans un premier temps se concentrer sur le trajet Vienne-Villach [en Carinthie], emprunté chaque jour par 49 000 véhicules. “Dans 90 % des cas, les voitures font le trajet à vide, si l’on ne compte pas le chauffeur, évidemment. Il s’agit donc d’utiliser ces mètres cubes vides dans l’intérêt de l’environnement”, explique Jagerhofer. La tendance est aussi, de plus en plus, à ce que les utilisateurs s’organisent d’eux-mêmes, sans passer par des intermédiaires. Enfin, le prix élevé du carburant fait que l’idée de Hannes Jagerhofer est “dans l’air du temps”. De fait, le transport d’un paquet partant de Vienne et remis en Carinthie devrait coûter dans les 15 euros à l’expé-

Une taxe pour l’amour de l’art

INDE — Il s’agit de l’un des mythes indiens les plus célèbres, et désormais il aura sa version numérique. Le Ramayana, cette fresque épique qui retrace les aventures du dieu Rama et de son épouse Sita, sera numérisé par la British Library à partir du mois de mai prochain. L’institution va utiliser le manuscrit de Mewar, réalisé pour le prince Jagat Singh de Mewar à la fin XVIIe siècle. Un manuscrit qui appartient pour 80 % à sa propre collection, les 20 % restants étant principalement détenus par le musée CSMVS de Bombay, indique le magazine indien Open. Ce document, avec ses 400 illustrations, est considéré comme un chef-d’œuvre du patrimoine indien.

DR

60.

MONDE ARABE — Pour beaucoup de fans, Legend of Zelda : Ocarina of Time est l’un des meilleurs jeux vidéo jamais créés. L’engouement a été en tout cas suffisant pour qu’une communauté de traducteurs s’engage pour trois ans dans la difficile tâche d’adapter le jeu en arabe. Une nécessité ? Non : le jeu a déjà trouvé son public en anglais. “Nous voulions jouer à notre jeu favori dans notre langue natale”, avance le chef d’orchestre de cette vaste opération en ligne, Mouhssine Zaouia, alias MegamanZ, un traducteur de 27 ans installé à Casablanca. Avec son équipe, dont les membres sont éparpillés entre l’Arabie Saoudite, l’Egypte, les Territoires palestiniens, le Koweït, la Syrie, la Tunisie et l’Algérie, il a déjà traduit plus de 60 jeux, mais aucun n’avait l’importance de Zelda, souligne le site américain Killscreendaily. En passant à l’arabe, les traducteurs ont apporté une dimension poétique à certaines phases du jeu, fait valoir MegamanZ : “L’arabe est une langue artistique.”


360°.

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

61

INSOLITES

Cadavres frais pour mariages posthumes

PHOTO

Les autorités chinoises ont beau passer sous silence les résultats désastreux de leur grand recensement sur les sols contaminés, cela n’empêche pas les scientifiques de prendre toute la mesure du problème (voir CI n° 1166, du 7 mars 2013, “Cette étude qui fait honte”). Pour les artistes aussi, la pollution est devenue un sujet à explorer. Preuve en sont les photographies de Yao Lu, fruit d’un travail mené depuis 2006. Intitulées Nouveaux Paysages, ces œuvres, qui ont été exposées dans plusieurs galeries chinoises et à New York, reprennent les codes de l’art traditionnel chinois pour montrer des décharges publiques et des tas d’ordures dans une mise en scène idyllique. Un commentaire grinçant de la pollution envahissante en Chine, note le blog américain Colossal.

Dans la quatrième dimension SCIENCE — La 3D passait pour le nec plus ultra. Un chercheur du Massachusetts Institute of Technology (MIT) vient de passer à l’impression 4D. Architecte et chercheur en design, Skylar Tibbits construit des jouets et des meubles à partir de matériaux capables de s’autoassembler, rapporte le site américain FastCompany. Si l’on effectue le bon geste – agiter les pièces ou ajouter de l’eau par exemple –, ses créations s’assemblent alors d’elles-mêmes selon un modèle prédéterminé. Fini les notices casse-tête !

→ Dessin d’Otto paru dans Der Freitag, Berlin.

YAO LU/COURTESY BRUCE SILVERSTEIN GALLERY

L’art de polluer

Des tablettes sur les pupitres

1,8 THAÏLANDE — “A chaque enfant sa tablette numérique”. C’est l’un des slogans qui ont mené l’actuelle Première ministre Yingluck Shinawatra au pouvoir en 2011. Pour tenir sa promesse, le gouvernement s’apprête à lancer un appel d’offres géant pour équiper 1,8 million d’écoliers. Pas moins de 10 fabricants pourraient être intéressés, sur un marché ultracompétitif, annonce le Financial Times. Le bénéfice pour les écoliers reste cependant incertain, précise le quotidien financier britannique. Neuf cent mille tablettes avaient déjà été distribuées à titre d’expérimentation l’an dernier, mais les effets de cette mesure n’ont pas encore pu être évalués. Pour les plus critiques, le gouvernement tenterait de détourner l’attention des problèmes de fonds qui minent le système éducatif. L’Etat dépense environ 83 milliards de bahts (un peu plus de 2 milliards d’euros) dans l’éducation, soit 20 % de son budget annuel, pour des résultats encore faibles. La Thaïlande est classée 89e sur 144 pays en matière d’éducation, selon le Forum économique mondial.

● Le trafic de macchabées, c’est juteux mais risqué. Quatre pilleurs de tombes chinois sont derrière les barreaux pour avoir vendu dix cadavres de femmes au marché noir. Ces derniers étaient destinés à des “mariages fantômes”, rapporte le Xi’an Wanbao. Cette tradition séculaire consiste à trouver une épouse aux jeunes gens morts célibataires pour leur tenir compagnie dans l’au-delà afin qu’ils ne viennent pas hanter les vivants. Les familles emploient souvent un intermédiaire pour trouver une défunte ad hoc. Certains se fournissent directement auprès des hôpitaux. Les corps vendus par les malfrats du Shanxi, eux, n’étaient plus de première fraîcheur. Qu’importe : ils leur ont refait une beauté et ont forgé de faux certificats de sortie de morgue avant de les céder à d’autres préfectures. Les dépouilles dûment toilettées ont rapporté 240 000 yuans (30 000 euros) aux profanateurs, précise le Xi’an Wanbao. Les “mariages fantômes” (minghun) sont rares, mais le cours du cadavre ne cesse d’augmenter, alimentant de douteux trafics. L’an dernier, une jeune femme du Hebei a été vendue deux fois, à la famille de deux célibataires différents, indique le Shanghaaist. Cédée pour 35 000 yuans par ses parents, la jeune Wu a été enterrée auprès de son nouveau mari – pour être exhumée par des pilleurs de tombes et revendue 30 000 yuans à une autre famille. Dévaliser une tombe, c’est beaucoup de tracas. Song Tiantang, arrêté en 2007, ne chinoisait pas : il tuait en série pour se procurer de la matière première, relate Asia Times Online.

SUR NOTRE SITE courrierinternational.com Scannez cette vignette et retrouvez les Insolites sur notre site.


62.

360°

Courrier international — no 1168 du 21 au 27 mars 2013

plein écran.

↙ L’émission Avec maman diffusée sur la NHK. ↓ Les deux animateurs “grand frère” et “grande sœur.” Photos NHK.

Emission culte “AVEC MAMAN” Créé en 1959, c’est le programme éducatif le plus célèbre de la télévision japonaise. L’émission quotidienne dure vingt-quatre minutes et est destinée aux enfants de 2 à 4 ans. Avec maman est animée par deux acteurs, un homme et une femme, appelés respectivement “grand frère” et “grande sœur”, qui s’amusent avec une vingtaine d’enfants tirés au sort parmi le public. Durant l’émission, des personnages déguisés interviennent pour raconter leurs histoires singulières. Au programme : gymnastique, danses et chants. Certaines chansons, composées spécialement pour cette émission, comme Dango Sankyodai à la fin des années 1990, ont connu un tel succès qu’elles ont été fredonnées aux quatre coins de l’archipel.

Du temps d’antenne pour les papas japonais La chaîne publique NHK veut inciter les pères à s’amuser davantage avec leurs enfants. Un projet de nouvelle émission enflamme les réseaux sociaux. —Asahi Shimbun Tokyo

L

a célèbre émission Okasan to issho [Avec maman] a beau avoir débuté il y a cinquante-quatre ans, son pendant Otosan to issho [Avec papa] ne verra quant à lui le jour qu’en avril. Son producteur Takeyoshi Okutomi, de NHK Educational [la branche pour enfants de la Nihon hoso kyokai, compagnie de diffusion du Japon], a l’habitude d’organiser un peu partout dans le pays de nombreux événements avec les personnages des émissions pour enfants. Il avait depuis longtemps remarqué avec inquiétude que ceux qui viennent danser et chanter sur scène à ces occasions sont presque toujours des mères et leurs enfants. “N’étant pas familiarisés avec les personnages, les pères restent souvent à l’écart”, constate-t-il. Pourtant, depuis quelques années, les pères ont de plus en plus tendance à s’impliquer dans l’éducation de leurs enfants. Les médias ont d’ailleurs vite donné à ces pères le nom d’ikumen [un néologisme formé du japonais iku, éducation,

et de l’anglais men, hommes]. Mais M. Okutomi suppose qu’“en réalité beaucoup de pères ne savent pas vraiment comment s’y prendre”. C’est pourquoi il a conçu l’émission Avec papa, dans l’espoir d’aider les ikumen. Bien qu’on ignore encore de quoi sera faite cette émission de trente minutes, on sait à l’heure actuelle qu’il y aura des scènes jouées par de nouveaux personnages déguisés, Shusshu et Poppo, avec, comme décor, des gares de chemin de fer [Shusshu, poppo étant l’équivalent nippon de Tchou tchou]. L’émission sera animée par des jeunes gens qui interviendront pour danser et chanter, comme dans Avec maman, et il y aura des moments où pères et enfants pourront faire ensemble des exercices de gymnastique et des jeux. A partir du 7 avril, l’émission sera diffusée sur la chaîne satellite NHK Premium chaque dimanche à 8 heures, et une rediffusion aura lieu le samedi à 17 h 30, dans l’après-midi. Selon le ministère de la Santé et du Travail, 2,63 % d’hommes japonais ont, en 2011, pris un congé de paternité. C’est la première fois que ce taux dépassait les 2 %,

même s’il reste encore loin des 13 % visés par le gouvernement. “L’émission Avec maman donne l’impression que l’éducation des enfants incombe aux femmes, et il faut reconnaître que les hommes se sont longtemps sentis peu concernés par les petits. A l’époque actuelle, cette nouvelle émission est la bienvenue”, déclare Tetsuya Ando, vice-secrétaire de l’association Fathering Japan [une ONG créée en 2006], qui s’occupe d’aider les pères à s’impliquer davantage dans l’éducation des enfants. Mais M.  Ando s’inquiète néanmoins du fait que les seuls jours de diffusion d’Avec papa soient le samedi et le dimanche. “Il ne faudrait pas donner l’impression que les pères ne doivent s’occuper des enfants que le week-end”, dit-il. Quelles sont alors les réactions des jeunes pères ? Le jardin d’enfants Hangei Kodomo-en, établissement certifié de l’arrondissement Setagaya à Tokyo, accueille chaque jour près de 100 enfants. Les pères qui viennent y conduire ou chercher leurs enfants ne sont pas rares. “En semaine, je ne pourrais pas regarder la nouvelle émission avec mon fils le matin, parce que je suis trop occupé,

mais le samedi et le dimanche, j’ai plus de temps. J’aimerais que nous la regardions ensemble”, explique Yoshihiro Sato, un salarié de 48 ans venu déposer son fils de 3 ans. Depuis le 23  janvier, date à laquelle la NHK a annoncé le lancement de l’émission, Avec papa est devenu un grand sujet de conversation et de débat sur Twitter. Si certains lui font bon accueil, d’autres font remarquer qu’à 8 heures, heure de la diffusion, “il faut laisser les pères se reposer”, ou encore que ces derniers ne réussiront “jamais à [se] lever”. Le Pr Nobuo Isshiki, de l’université Konan Women’s University, étudie l’impact des médias visuels sur le développement des enfants. Il explique : “En regardant la télévision avec leurs parents, les enfants comprennent mieux les émissions et deviennent plus sociables. S’ils la regardent en présence non seulement de la mère, mais aussi du père, leur croissance s’en trouvera stimulée intellectuellement et affectivement. J’espère que l’émission offrira un contenu qui incitera pères et enfants à continuer à réfléchir et jouer ensemble, même une fois l’émission terminée.” —Yoshihiro Kawamura


OnlySalesJob.be est le site emploi spĂŠcialisĂŠ dans le secteur de la vente et du marketing en Belgique. Onlysalesjob, câ&#x20AC;&#x2122;est aussi une offre de service de recrutement dĂŠdiĂŠe Ă la Franchise et lâ&#x20AC;&#x2122;Entreprenariat. Jeunes entrepreneurs ou quadras en reconversion de carrière prennent en main leur vie professionnelle, ils sont de plus en plus nombreux Ă  se lancer!! LA FRANCHISE Câ&#x20AC;&#x2122;EST ENTRE AUTRE :

Â&#x2021; Vivre le rĂŞve de la crĂŠation dâ&#x20AC;&#x2122;entreprise Â&#x2021; %ĂŠnĂŠÂżcier dâ&#x20AC;&#x2122;Xn concept testĂŠ et des PĂŠtKodes Eien rodĂŠes Â&#x2021; EvolXer en perPanence : de IrancKisĂŠ j PXltiIrancKisĂŠs LES ENSEIGNES SUIVANTES SONT Ă&#x20AC; LA RECHERCHE ACTIVE Dâ&#x20AC;&#x2122;ENTREPRENEURS AMBITIEUX : Â&#x2021; StatXt : SociĂŠtĂŠ Anon\Pe Â&#x2021; 'escriptionsecteXr dâ&#x20AC;&#x2122;activitĂŠ : CXisines ETXipĂŠes Â&#x2021; Apport personnel: 0iniPXP .Âź Â&#x2021; CKiIIre dâ&#x20AC;&#x2122;aIIaire aprqs  ans : .Âź Â&#x2021; 'roit dâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe : ! .Âź Â&#x2021; ForPations:  sePaines Â&#x2021; 3rocessXs de recrXtePent : 3rendre contact avec 2livier Vanderstraeten par Pail

Â&#x2021; StatXt : SociĂŠtĂŠ Anon\Pe Â&#x2021; 'escriptionsecteXr dâ&#x20AC;&#x2122;activitĂŠ : 'istriEXtion AliPentaire Â&#x2021; Apport personnel: A partir de .Âź InterParcKĂŠ Contact Â&#x2021; CKiIIre dâ&#x20AC;&#x2122;aIIaire aprqs  ans : VariaEle selon les IorPats de points de vente Â&#x2021; Droit dâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe : / Â&#x2021; ForPations:  Pois Â&#x2021; 3rocessXs de recrXtePent :  entretiens avec des cKeIs dâ&#x20AC;&#x2122;entreprise InterParcKĂŠ sXivi dâ&#x20AC;&#x2122;Xn staJe Š dĂŠcoXverte ÂŞ de  MoXrs en point de vente

Â&#x2021; StatXt : SociĂŠtĂŠ Anon\Pe Â&#x2021; Description/secteXr dâ&#x20AC;&#x2122;activitĂŠ : DistriEXtion AliPentaire Â&#x2021; Apport personnel: / .Âź en Ionction dX proMet proposĂŠ Â&#x2021; Droit dâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe : / Â&#x2021; ForPations:  Pois CarreIoXr e[press   Pois CarreIoXr ParNet Â&#x2021; 3rocessXs de recrXtePent : 3rePier entretien conÂżdentiel avec le responsaEle dX recrXtePent IrancKise

Â&#x2021; StatXt : SNC Â&#x2021; Description/secteXr dâ&#x20AC;&#x2122;activitĂŠ : RestaXrant Â&#x2021; Apport personnel: .Âź  .Âź Â&#x2021; CKiIIre dâ&#x20AC;&#x2122;aIIaire aprqs  ans : / .Âź Â&#x2021; Droit dâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe : . Â&#x2021; ForPations: / Pois Â&#x2021; 3rocessXs de recrXtePent : Entretien avec le ConsXltant FrancKise

Â&#x2021; StatXt : SociĂŠtĂŠ Anon\Pe Â&#x2021; Description/secteXr dâ&#x20AC;&#x2122;activitĂŠ : IPPoEilier Â&#x2021; Apport personnel: .Âź  .Âź Â&#x2021; CKiIIre dâ&#x20AC;&#x2122;aIIaire aprqs  ans : .Ÿ¹ .Âź Â&#x2021; Droit dâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe : 0a[ .Âź Â&#x2021; ForPations: [MoXrs poXr le responsaEle de lâ&#x20AC;&#x2122;aJence et  MoXrs poXr lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠTXipe Â&#x2021; 3rocessXs de recrXtePent : 3rendre contact avec 0onsieXr %alcaen

ZZZ2nl\Sales-oEEe

Olivier Vanderstraeten DirecteXr de rĂŠseaX ovanderstraeten#i[inaEe

Targnion Laurence ResponsaEle service crĂŠation dâ&#x20AC;&#x2122;entreprise

ltarJnion#PoXsTXetairescoP

Barre FrĂŠdĂŠric ResponsaEle dX recrXtePent IrancKise IredericBEarre#carreIoXrcoP

Koen Dereze Franchise Consultant Koen.Dereze@lunchgarden.be

Patrick Balcaen Responsable dĂŠveloppement pbalcaen@laforet.be


AVEC MOVE FOR AFRICA, de jeunes étudiants se bougent pour l’Afrique. NA-F ASO

CO N

BURKI

GO

SENEGAL

RWANDA

N BE

IN

BURUNDI

VOUS AUSSI, MOBILISEZ-VOUS ET SOUTENEZ-LES EN FAISANT UN DON. Move for Africa, c’est un vaste projet de sensibilisation à la coopération et à l’interculturalité initié par La Libre. Des classes du secondaire supérieur soutiennent des projets au développement et se mobilisent activement pour récolter des fonds. Aujourd’hui, pour que ces projets voient le jour, ils ont besoin de vous. Rendez-vous sans plus attendre sur notre site : www.moveforafrica.lalibre.be. Ils vous attendent !

SOUTENEZ MOVE FOR AFRICA GRÂCE À VOS DONS !

Administration générale de l’Enseignement et de la Recherche scientifique

SOUTENEZ MOVE FOR AFRICA - COMPTE BANCAIRE DE LA FONDATION ROI BAUDOUIN : BE10 0000 0000 0404 - COMMUNICATION : ***012/1060/00023*** - UNE ATTESTATION FISCALE EST DÉLIVRÉE DÈS 40 € - DONS EN LIGNE SUR NOTRE SITE WWW.MOVEFORAFRICA.LALIBRE.BE

Le Courrier International du 21 mars 2013  

Syrie : Le choix des armes

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you