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Stevens Frémont a commencé sa carrière chez Sygma mais s’est intéressé très tôt à la presse lifestyle et décoration. Il collabore depuis 2009 avec IDEAT. L’occasion pour lui d’aller tirer le portrait des villes les plus attrayantes. Avec Berlin (p. 280), il a été servi. Toujours vibrante et effervescente, la capitale allemande demeure un laboratoire d’idées, d’architecture, de design… Et elle a le chic pour se découvrir des lieux à l’esprit et à la télégénie sans cesse renouvelés.

Nathalie Nort

Didier Delmas

Une adolescence à répertorier, dans ses carnets, antiquaires, créateurs, disquaires et cafés du « trou des Halles ». Puis une première vie new-yorkaise. Depuis vingt ans, elle joue les chineuses de spots et de figures qui feront le buzz pour la presse lifestyle… Et a ainsi testé pour nous les meilleurs hôtels et tables depuis Paris (p. 110 et 112), jusqu’en Corse (p. 114), en passant par La Rochelle (p. 116) avant de faire le grand saut outre-Rhin, à Munich tout d’abord, au Roomers (p. 266), pour finir en beauté à Leipzig (p. 298).

Didier Delmas est photographe autodidacte. Son travail témoigne d’un intérêt réel à découvrir des lieux particuliers, insolites, des univers décalés, empreints d’Histoire et d’histoires. Il collabore avec la presse de décoration et d’architecture, française comme internationale. Dans ce numéro spécial Allemagne, il est parti capturer l’esprit de Leipzig (p. 298), celle qui attire les foules au point de gagner le surnom de « nouveau Berlin », mais qui aimerait éviter celui de « Hypezig ».

Sabrina Silamo

Olivier Waché

Diplômée en histoire de l’art et ex-rédactrice en chef adjointe d’Arts magazine, Sabrina rend compte de l’actualité des artistes (Télérama, L’Objet d’art). Pour nous, elle a croisé la route des deux expos consacrées au plasticien d’origine algérienne Adel Abdessemed en France et en Belgique (p. 90). Puis, elle s’est plongée dans la rédaction d’un dossier complet sur la foire d’art moderne et contemporain Art Paris Art Fair (p. 123) qui, pour ses 20 ans, célèbre tout particulièrement les Suisses et les Français.

Amateur de savoir-faire et d’innovation, ce journaliste et linguiste de formation se passionne pour l’artisanat et le design. Observateur de l’évolution du cadre de vie, il a un temps collaboré avec le VIA… Olivier s’est démultiplié pour nous narrer l’histoire d’une marque étonnante et de son usine : Thonet (p. 172) ; nous faire mieux connaître d’autres enseignes allemandes plus récentes : Walter Knoll (p. 180) et Dedon (p. 184) ; et nous faire découvrir toutes les nouveautés germaniques en matière de cuisines et de salles de bains (p. 190).

© GERMANA LAVAGNA

Stevens Frémont

Le cœur (et la tête) à l’est, Bérénice Debras passe son temps à vadrouiller. Aujourd’hui parisienne, mais rêvant de s’installer à Moscou, elle a d’abord habité dans le sud de la France, mais aussi à Hambourg, qu’elle nous fait découvrir (p. 304), Bruxelles et Londres. Pour ce spécial Allemagne, elle s’est arrêtée à Berlin et a jeté un regard neuf sur ce bouillon créatif sans limites (p. 280). Avant de nous révéler les charmes des meilleurs spots hôteliers outre-Rhin (p. 317).

© CHRISTEL JEANNE

Bérénice Debras

Marie Godfrain

Antoine Lorgnier

Sa passion pour les objets beaux et bien conçus l’a amenée à prêcher la bonne parole du design dans M, le Magazine du Monde, IDEAT et Grazia. Dans ce numéro, elle est partie découvrir les enseignes qui font l’actualité du design et de la déco en France, mais aussi les livres récents qui témoignent de la créativité allemande, numéro spécial oblige (p. 94…) ! Avant de dresser le portrait du designer star en Allemagne, Konstantin Grcic (p. 148), et de tous ceux qui, dans son sillage, assurent brillamment la relève (p. 162).

Photoreporter indépendant, Antoine Lorgnier intervient dans des magazines français et étrangers à travers des sujets qui touchent au voyage, à l’art de vivre et à la gastronomie. Son road-trip sur les côtes de la mer Baltique (p. 310) est un petit délice pour ceux que le bling de la Côte d’Azur pourrait agacer. C’est donc d’une tout autre prospérité qu’il nous parle, celle de villes désormais inscrites au patrimoine mondial. Une balade vivifiante, entre terre et mer, et qui autorise même la baignade… en été.

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LE GÉNIE ALLEMAND Bon, ça y est, l’hiver se termine. Cette année, on a eu notre dose de pluie, de neige, de verglas, d’ouragans dans les îles, d’avalanches en montagne et de stress ou de mauvaise humeur liés à cette atmosphère froide et humide : vive le soleil, vive la lumière et vive la vie ! Pour ces mois de mars et d’avril, nous vous avons concocté un IDEAT spécial Allemagne. IDEAT, qui sort en Allemagne depuis septembre dernier, y rencontre un très beau succès ! Nous discutons régulièrement avec les équipes de Gruner und Jahr qui éditent sous licence le magazine en allemand, et leur énergie, leur positivité et leur grande compétence en matière de mobilier contemporain nous ont donné envie d’en savoir un peu plus sur ce pays si proche de la France et en même temps si différent. Ensuite, l’Allemagne est un grand pays riche où l’on a toujours aimé le mobilier contemporain (beaucoup plus qu’en France, du reste). D’ailleurs, le fameux salon du meuble IMM Cologne est devenu (après Milan) une puissante plateforme de business pour le meuble européen en accueillant près de 150 000 visiteurs venus de tous les pays du monde. Enfin, le design est une préoccupation ancienne chez les Allemands. Dès 1907, l’association Deutscher Werkbund fondée par Hermann Muthesius avait pour but de favoriser les liens entre les artistes et les industriels allemands pour développer une identité allemande à travers le design et l’architecture. L’idée que les architectes et les designers puissent faire partie de la production de masse et du design industriel a continué à se développer en Allemagne avec le mouvement du Bauhaus et son initiateur, l’architecte Walter Gropius. C’est à Weimar qu’est né le Bauhaus, l’une des plus importantes écoles artistiques du XXe siècle. Sans lui, le design et l’architecture et même l’art d’aujourd’hui n’auraient assurément pas le même visage. La grande idée du Bauhaus (que l’on pourrait traduire par « maison de la construction ») a été de ne plus faire de distinction entre les beaux-arts (c’està-dire l’art pour l’art) et les arts appliqués (c’est-à-dire l’art pour les objets). Une philosophie qui était déjà en germe au XIXe siècle en Angleterre avec le mouvement Arts & Crafts ou en France avec l’Art nouveau. Kandinsky et Klee pour l’art, Mies van der Rohe, Gropius et Muthesius pour l’architecture, Breuer ou Blümel pour le design ont écrit la légende du Bauhaus et inscrit l’idée qu’un objet, un bâtiment pouvaient être à la fois simples, esthétiques, fonctionnels et accessibles pour le plus grand nombre. C’est la véritable idée du design aujourd’hui omniprésente. De nos jours, Dieter Rams, Konstantin Grcic ou Sebastian Herkner perpétuent cette légende allemande, avec quelquefois la poésie en plus, pour Ingo Maurer par exemple. Les Allemands sont fous de design et cela se sent dans une foultitude de produits, de la voiture à la cuisine en passant par l’électroménager et même la photographie : Leica est définitivement made in Germany. Les Allemands sont des ingénieurs, curieux et maniaques de l’esthétisme, mais ce sont aussi des gens cultivés. On dit qu’à Berlin on est plus intéressé par les études que vous avez faites que par la marque de votre voiture. C’est bien, et c’est comme ça qu’on avance dans notre époque ! Nous sommes allés à la découverte de l’Allemagne et des Allemands. À Berlin, bien sûr, mais aussi à Munich et à Leipzig, pour vous donner envie d’y découvrir leur lifestyle. J’espère que, comme nous, vous pourrez percevoir et sentir tout au long de ce numéro d’IDEAT l’énergie positive des Allemands, leur talent, leur rigueur et leur bonne humeur communicative. Auf Wiedersehen und bis demnächst für neue Abenteuer ! * * Au revoir et à bientôt pour de nouvelles aventures ! Illustration de Paolo Mariotti du Soho House Berlin.

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Laurent Blanc Éditeur & fondateur d’IDEAT laurentblanc@ideat.fr


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12-14, rue Jules-César, 75012 Paris. Tél. : +33 (0)1 44 75 79 40. Fax : +33 (0)1 44 75 79 49. www.ideat.fr

Directeur de la publication et des rédactions : Laurent Blanc. laurentblanc@ideat.fr Assistante : Livia Rambour. lrambour@ideat.fr Rédactrice en chef : Vanessa Chenaie Assistant et iconographe : Charlotte Vitry. cvitry@ideat.fr Rédactrice déco/beauté/lifestyle : Anne-France Remy. af.remy@ideat.fr Chef de rubrique design : Guy-Claude Agboton. gca@ideat.fr Secrétaires de rédaction : Charlotte Bellamy, Solange Deloison, Julien Divisia Première rédactrice graphiste : Chloé Séguineau Rédactrice graphiste : Cléo Barand Rédacteur en chef web : Jean-Christophe Camuset. jc@ideat.fr JRI : Julien Moro. jmoro@ideat.fr Rédacteur : Rémi Bourbonneux. rbourbonneux@ideat.fr

ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO Rédacteurs : Béatrice Andrieux, Anne-France Berthelon, Bérénice Debras, Alfred Escot, Lykke Foged, Serge Gleizes, Marie Godfrain, Noreen Johnson, Antoine Lorgnier, Élisa Morère, Marzia Nicolini, Nathalie Nort, Maryse Quinton, Kristina Raderschad, Olivier Reneau, Sabrina Silamo, Charlotte Vitry, Olivier Waché. Photographes : Adeline Bommart, Greg Cox / Bureaux, Didier Delmas, Stevens Frémont, Reto Guntli, Morten Holtum, Young-Ah Kim, Antoine Lorgnier, David Maupilé, Sabrina Rothe. Illustrateurs : Susan Hunt Yule, Le Duo, Paolo Mariotti. Photogravure : Alloscan, groupe Amalthéa. Impression : Roularta Printing (Belgique).

SERVICES ADMINISTRATIFS ET FINANCIERS Directeur administratif et financier : Céline Rhodes. Tél. : +33 (0)1 84 17 30 23. Responsable comptable : Tuan-Minh Bui. Tél. : +33 (0)1 86 95 00 24. tbui@ideat.fr Assistants comptables : Sandy Ratiaray. Tél. : +33 (0)1 86 95 00 26. sratiaray@ideat.fr Imane El Aïssaoui. Tél. : +33 (0)1 44 75 74 32. compta@ideat.fr

ABONNEMENTS & DISTRIBUTION Abonnement annuel (6 numéros) : 30,80 €. IDEAT service abonnements : 19, rue de l’Industrie, BP 90053, 67402 Illkirch Cedex. Tél. : +33 (0)3 88 66 11 20 (9-12 h et 13-16 h) ou ideat@abopress.fr Abonnements Suisse : Dynapresse Marketing SA. 38, avenue Vibert, CH-1227 Carouge. abonnements@dynapresse.ch / Tél. : +41 0 22 308 08 08. Abonnements USA+Canada : Express Mag. Tél. : (514) 355-3333 (en français) ou (514) 355-3334 (en anglais). expressmag@expressmag.com * Abonnements Belgique : Roularta. Tél. : +32 (0)7 835 33 03. info@abonnements.be Distribution France : Presstalis. Tél. : +33 (0)1 49 28 70 00. Distribution Belgique : AMP. Tél. : +32 (0)2 525 14 11. Vente au numéro et réassort : À juste titres. Benjamin Boutonnet. Tél. : +33 (0)4 88 15 12 41.

ÉDITEUR IDEAT est édité par le groupe IDEAT Éditions, filiale de The Good Company SAS au capital de 71 700 €. RCS Paris B 423 011 923. Président : Laurent Blanc. Dépôt légal : à parution. ISSN : 1294-9485. Commission paritaire : 0619 K 78891.

* IDEAT ISSN1294-9485 is published 6 times per year by IDEAT EDITIONS LS Distribution Logistics A/S ExpressMag, 8275 Avenue Marco Polo, Montréal, QC H1E 7K1, Canada.

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DÉPARTEMENT CONSUMER MAGAZINES, CATALOGUES ET SUPPLÉMENTS PRESSE PRODUCTION VIDÉO – VENTE DE CONTENU LIFESTYLE Contact : Christian Chevassus. Tél. : +33 (0)1 44 75 74 31. cchevassus@ideat.fr Chef de projet : Florence Moreau. fmoreau@ideat.fr

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IDEAT 132 Ce magazine contient sur toute la diffusion kiosque : 2 offres d’abonnement à IDEAT (une brochée et une jetée) ; sur la diffusion kiosque + abonnés FM : un catalogue Grohe ; sur la diffusion abonnés FM : un encart abonnement ADL Partner et une invitation à la Paris Design Fair.

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SOMMAIRE 132 - mars-avril 2018

SUR NOTRE COUVERTURE : La bibliothèque d’Emmanuel de Bayser, à Berlin. À travers ce reportage déco, on peut lire la prédilection de ce collectionneur de design pour les créateurs français des années 50. Il les aime tant qu’il en a fait son métier (p. 226). © GREG COX/BUREAUX

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PAOLO’S TOUCH / ÉDITO L’œil de notre illustrateur Paolo Mariotti

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NEWS : L’IDEAT ALLEMAND EST ARRIVÉ ! Le cousin germain de votre magazine préféré

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CONTEMPORARY NEWS

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NEWS DESIGN > Le mur du son (Bang & Olufsen) > Luxe, calme et légèreté, la Saika d’Élise Fouin > Le monde Des Signes > Les lumières de Perriand et Le Corbusier chez RBC > L’Artisan qui sort du bois > La deuxième vie de La Mante religieuse > Les filles de Bernhardt & Vella bien dans leur Botte > Incubateur VIA design : la fibre créatrice de Culture In et Juam Studio > Lumière sur la Design Fair Paris (ex-Puces du design) > Daum, 140 ans de passion

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NEWS MUSÉE À Zurich, renaissance du musée du Design

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NEWS ARCHI > Junya Ishigami ou la délicatesse japonaise > Un catalyseur artistique signé Rem Koolhaas en plein Paris

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NEWS ART L’art politique de l’intime d’Adel Abdessemed exposé en France et en Belgique

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NEWS PHOTO Les mises en abyme d’Anne Collier au FRAC de Rouen

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NEWS GALERIE L’original du design dans sa galerie, l’A1043

76 80 © FABIEN BONILLO

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123 NEWS SHOPS PARIS > Nemo illumine la rue du Bac > Zanutta : matériaux italiens en lettres capitales > Le chic des basiques de Maison Standards rehaussé par Mathias Kiss

102 NEWS SHOPS Ultrafans de Hülsta 104 NEWS SHOP MILAN Habitat (r)ouvre à Milan 106 NEWS SHOP VINTAGE Seventies forever à la galerie Déjà Vu

© FELICIA SISCO

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© COURTESY YVES NETZHAMMER

114

116

108 NEWS STORE LYON Papier Merveille ? Emballant ! 110 NEWS HÔTEL PARIS Maison Bréguet : un nouveau luxe 112

NEWS TABLE PARIS Ground Control, la ville a l’air libre

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NEWS HÔTEL RÉGION Cap Corse : le charme fou de Misíncu

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NEWS TABLE RÉGION La déferlante Pierre Gagnaire, à La Rochelle

118

NEWS BOOKS Spécial Allemagne

123 ART PARIS ART FAIR 2018 124 RENCONTRE Guillaume Piens, pilote d’Art Paris Art Fair, célèbre les 20 ans de cette foire pas comme les autres

132 PANORAMA SUISSE À l’heure suisse : 13 galeries, une centaine d’artistes 136 FOCUS Cinq créateurs à la croisée des arts

42

© CHRISTIAN BERG

126 PANORAMA FRANÇAIS Le commissaire et critique d’art François Piron (re)considère la marge à travers 20 artistes sélectionnés


ID-SOMMAIRE

156

© SABRINA ROTHE

148

CONTEMPORARY DESIGN 141 DOSSIER SPÉCIAL ALLEMAGNE 142 RÉTROVISION Histoire du design allemand 148 PORTRAIT Konstantin Grcic, le discours de la méthode 152 ENTRETIEN Sebastian Herkner, designer aux semelles de vent 154 PORTRAIT Werner Aisslinger, l’électron libre 156 WORKSHOP STUDIO Kaschkasch se dévoile 162 NEW GENERATION Les « héritiers » ou Konstantin Grcic, mentor spirituel 170 ICÔNE 1954, le Leica M

178 BRAND > Ingo Maurer : la marque du génie > Walter Knoll : ses belles histoires > ClassiCon : la perle du design > Dedon : l’art de vivre en extérieur > Tobias Grau : l’essence de la lumière > Rolf Benz : design de société

44

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172 USINE Étonnant Thonet

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214

190 TENDANCES CUISINE > Le génie allemand > Surprenante architecture > Électromania 196 TENDANCES SALLE DE BAINS Eau précieuse 198 SALON COLOGNE Notre best-seller du plus grand salon du meuble allemand

190

236

204 SHOPPING Luminaires, fauteuils, tapis et guéridons… tous en rayons !

CONTEMPORARY LIFESTYLE 214 LIFESTYLE & STYLE La palette de Gabriele Münter 222 CRÉA MODE Bernhard Willhelm, spiritualité, sexe et humour

236 HOME 2 À Berlin : bruits de couloir 246 HOME 3 À Starnberg (Munich) : naturellement moderne 256 HOME 4 À Hambourg : usine à vivre

46

© RETO GUNTLI / LIVING INSIDE

226 HOME 1 À Berlin : les fifties dans la peau


ID-SOMMAIRE

© STEVENS FRÉMONT

280

266 266 HÔTEL DÉCO Roomers à Munich 272 ARCHI D’INTÉRIEUR Dreimeta, du design en mode storytelling

CONTEMPORARY TRIPS 280 URBAN SPIRIT Berlin, laboratoire arty 298 HYPE AREA Leipzig, nouveau Berlin ? 304 WEEK-END ARTY Hambourg : Triennale de la photographie

310 ROAD TRIP La balade de la mer Baltique

324 JET LAG Quand le cofondateur des 25Hours Hotels, Christoph Hoffmann, voyage… 328 MAIS ABONNEZ-VOUS DONC À IDEAT ! 338 VILLAGE PEOPLE Le Berlin de Mateo Kries, directeur du musée Vitra

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310

© ANTOINE LORGNIER

317 SPOTS Nos adresses préférées in Deutschland


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SOMMAIRE WEB IDEAT

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© GIANNI BASSO

© GERMANA LAVAGNA COSTANZA

SALON DE MILAN IDEAT EN PREMIÈRE LIGNE !

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Leader mondial du mobilier de bureau, Steelcase nous a ouvert les portes du LINC (Learning Innovation Center), son centre de design munichois flambant neuf, où la société expérimente nouveaux meubles et solutions d’aménagement. Sur Ideat.fr, retrouvez la visite guidée en vidéo et l’interview exclusive de James Ludwig, viceprésident chargé du design de Steelcase.

BALTIQUE LA DEUTSCHE RIVIERA

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STEELCASE À MUNICH, LE DESIGN EST ROI

Chaque mois d’avril, le Salone del Mobile fait converger à Milan tout ce que la planète compte de designers, éditeurs, décorateurs et curieux. Dans les semaines qui précéderont cet événement, Ideat.fr vous présentera des nouveautés en avant-première et dressera le portrait des designers stars de ce salon. Et, du 16 au 20 avril, notre rédaction vous livrera en live le meilleur des nouveautés de cette 57e édition.

Injustement méconnu de ce côté-ci du Rhin, la côte Baltique offre des paysages incroyables et un lifestyle typiquement allemand avec ses immenses étendues de sable et ses cabanes de plage au charme suranné. Pour prolonger le « Road Trip » (p. 310), Ideat.fr dévoilera d’autres photos étonnantes du journaliste Antoine Lorgnier prises durant son reportage.

INSTAGRAM @IDEAT_MAGAZINE Sur Instagram, IDEAT vous plonge dans son univers contemporain, chic et coloré… Et vous le lui rendez bien ! Vous êtes de plus en plus nombreux à partager vos moments passés avec votre magazine grâce au hashtag #monIDEAT ! Vous ne l’avez pas encore fait ? Qu’attendez-vous pour nous rejoindre ?

Retrouvez aussi toutes nos inspirations design, déco et archi sur Pinterest IDEAT Magazine. @la reine des fourmis

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TOUR DU MONDE

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© PETER FEHRENTZ

IDEAT s’implante en Allemagne !

Bettina Billerbeck est la rédactrice en chef d’IDEAT Allemagne. Un rôle qu’elle connaît parfaitement pour le tenir aussi au sein de l’autre grand titre de la presse déco outre-Rhin, Schöner Wohnen.

Depuis l’automne dernier, la famille IDEAT s’est agrandie et dispose désormais, en plus d’un cousin chinois, d’un cousin germain, autrement dit, une version allemande du titre français. Par Olivier Reneau / Photos David Maupilé pour IDEAT

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première vue, dans un kiosque, un lecteur français ne fera peut-être pas tout de suite la différence : même charte graphique pour le titre et les accroches des « unes », même mise en page, même type d’images d’un intérieur contemporain

chaleureux… Un « détail » retient l’attention après un temps d’observation : la titraille est ici écrite en allemand. Oui, IDEAT se décline désormais dans la langue de Goethe et un quatrième numéro est attendu ces jours-ci, non, semble-t-il, sans une certaine impatience de la part des professionnels comme des amateurs d’art de vivre. « Implanter le titre en Allemagne m’apparaissait assez logique. Il s’agit d’un marché très mature et premium en matière de lifestyle », souligne Laurent Blanc, l’éditeur et fondateur d’IDEAT. En effet, les Allemands aiment plutôt le design, l’architecture contemporaine, les belles autos, le hi-tech… tout ce qui, d’une certaine manière, touche à l’ADN d’IDEAT. « Et n’oublions pas que nous sommes au pays du Bauhaus », fait-il remarquer, comme pour entériner sa décision de développer une licence outre-Rhin. Oui, mais pas non plus à n’importe quel prix. C’est donc naturellement que le fondateur du titre en France voilà dix-huit ans s’est tourné vers le groupe d’édition Gruner + Jahr : « Je cherchais un groupe solide, qui soit déjà actif dans le secteur du design et qui soit sensible à ma démarche. »

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1/ C’est un bâtiment emblématique de la ville qui accueille les locaux d’IDEAT Allemagne. Situé dans le port de Hambourg, donnant sur l’Elbe, il est mitoyen d’un autre emblème de la cité hanséatique et non des moindres : l’Elbphilharmonie de Herzog & de Meuron. 2/ et 3/ Conférence de rédaction autour de la rédactrice en chef, Bettina Billerbeck.


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Il y a un an et demi, la proposition arrive à point nommé pour ce groupe basé à Hambourg qui vise alors à tirer vers le haut son offre de titres inscrits dans le secteur. Si, en France, le nom de cette société ne parle pas à un non-professionnel, l’éditeur est un poids lourd de la presse allemande avec des titres à très gros tirages comme Stern, GEO, Gala (il y édite aussi le Voici français), et, bien sûr, Schöner Wohnen, le leader de la presse déco qui vend chaque mois 220 000 exemplaires et intéresse 2,5 millions de lecteurs. « Schöner Wohnen est un incontournable de la presse déco avec son approche très pratique qui séduit à 80 % un public féminin. Mais IDEAT a cette touche plus contemporaine qui parle à un public plus jeune, plus mixte aussi, avec notamment une démarche transversale engendrée par la quarantaine de pages de voyage », fait remarquer Bettina Billerbeck, rédactrice en chef de Schöner Wohnen depuis 2013 et désormais d’IDEAT également. Capter un nouveau lectorat et toucher ainsi de nouveaux annonceurs traduisent donc bien les ambitions que nourrit le groupe avec l’arrivée d’IDEAT dans son catalogue. « Nous sommes assez confiants car il n’existe finalement pas, en Allemagne, de magazine comparable. Les annonceurs publicitaires ont d’ailleurs été enthousiastes à l’annonce d’une version allemande. Pour nous, IDEAT n’est pas, à la base, un magazine

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1/ Stephan Schäfer, Chief Product Officer du groupe Gruner + Jahr, l’éditeur d’DEAT Allemagne et Bettina Billerbeck, la rédactrice en chef. 2/ Andrea Kobelentz, Publishing Manager Living de Gruner + Jahr. 3/ Matthias Frei, Publisher Living de Gruner + Jahr.


L’art de cultiver la Beauté,

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celle des lieux et celle du cœur.

V I V E Z D E S M O M E N T S D ’ E XC E P T I O N S U R W W W. B E AC H C O M B E R . C O M


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ciblé sur le marché français mais plutôt un titre à vocation internationale, qui peut aisément se décliner selon les pays d’accueil. » D’un point de vue organisationnel, la version allemande suit la même logique éditoriale et la même structure que le titre français. Elle est néanmoins publiée de manière bimestrielle et nourrit 50 % de ses pages à partir du contenu français (hors-séries inclus), avec, pour l’essentiel, les articles justement liés aux destinations (rubriques « Urban Spirit », « Week-End Arty » et « Hype Area ») et les séries d’intérieurs d’appartements et de maisons. « Bien sûr, les pages d’actualité sont conçues par nos soins car elles doivent être en phase avec la dynamique culturelle et le marché de l’ameublement en Allemagne, conclut la rédactrice en chef. Nous n’excluons pas l’idée de produire nous-mêmes des séries photo d’un intérieur en Allemagne mais c’est encore trop tôt. Nous devons déjà observer l’accueil du magazine sur une plage de temps significative. » Une réception dont Gruner + Jahr entend bien aussi trouver un écho dans les pays germanophones voisins : Autriche, Suisse et une partie de la Belgique, en y distribuant IDEAT dans les kiosques.

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L’équipe d’IDEAT Allemagne, avec, de gauche à droite : Katrin Harmat, iconographe ; Gabriele Milchers, secrétaire de rédaction générale ; Katja Kleinebrecht, maquettiste ; Maja Groninger, rédactrice en chef adjointe ; Bettina Billerbeck, rédactrice en chef ; Judith Schüller, directrice artistique ; Johannes Hünig, journaliste et chef de rubrique design.


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Contemporary news parce qu’être curieux, c’est bien !


Guggenheim (Bilbao)

Centre Pompidou

Tate Modern

MAC

(Londres)

(Niterรณi / Rio de Janeiro)

(Paris)

(Imabari)

TIMA

Palazzo Grassi (Venise)

New Museum

Elbphilharmonie

Guggenheim

(New York)

(Hambourg)

(New York)


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« Le design n’est pas tradition, il est remise en question continue. » Roger Tallon

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Le mur du son Bang & Olufsen a toujours soigné le design de ses chaînes Hi-Fi et de ses enceintes, mais, avec le BeoSound Shape, le fabricant danois va plus loin : il fait disparaître la technologie derrière un système modulable d’alvéoles. « L’hexagone est l’une des formes privilégiées de la nature, observable n’importe où, des flocons de neige aux nids des abeilles, et il a du sens dans les structures répétitives et en expansion », explique le designer de l’entreprise. Le tracé des modules réunis est totalement libre du moment que les éléments – des tuiles hexagonales habillées de feutre Kvadrat (10 coloris de tissus pour la grille frontale amovible) – sont au contact les uns des autres. Ces tuiles dissimulent les différents composants nécessaires pour diffuser de la musique dans la pièce de votre choix : amplificateur, enceintes et même absorbeurs de son pour optimiser le rendu sonore… Une révolution ! J.-C.C.


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Luxe, calme et légèreté, la Saika d’Élise Fouin Par Guy-Claude Agboton

On ne parlera jamais assez du design comme vecteur d’échanges culturels. Cela donne des luminaires comme Saika, fruit de la collaboration entre la designer Élise Fouin et Yoshishige Tanaka, maître artisan du hyogu ou art de traiter le papier washi.

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aika, l’une des nouvelles lampes de la designer Élise Fouin, a été présentée lors du dernier salon Maison & Objet. Cette élégante suspension rappelle de façon stylisée la disposition des écailles d’un poisson. « Je suis partie du hyogu, le savoir-faire de Yo-

shishige Tanaka, de la maison Koseido à Kyoto, qui consiste à coller plusieurs couches de papier washi. Je l’ai appliqué au textile », explique la designer. Puis Élise Fouin a choisi, ce qui met en valeur ce procédé artisanal, la forme de montage du kakejiku (ou kakemono), ces

œuvres suspendues et décoratives. Sur rouleau de soie ou de papier, les artistes exécutaient peintures ou calligraphies, lesquelles étaient ensuite bordées d’une bande de soie contrecollée, puis rigidifiées par des baguettes en haut (pour l’accrochage) et en bas. La largeur même de ces bordures correspondait à des codes précis. Pour Élise Fouin, la grâce du plissage du papier allait remplacer celle de l’encre : « Le plissage donne matière à regarder », précise-telle. On parle plus que jamais du retour de l’artisanat dans le design alors qu’il n’a jamais

mesure. Élise Fouin est la créatrice, cette année, de deux autres lampes, Papillon et Libellule

Élise Fouin n’est pas du genre à suivre la tendance. Pourtant, la designer s’inscrit dans ce retour de l’artisanat comme moyen de personnaliser la production des objets. Sa lampe Saika peut ainsi être commandée en différentes dimensions et couleurs s’agissant des rubans de soie qui en délimitent joliment les contours. Ou quand les valeurs du design et de l’artisanat japonais rencontrent l’exigence d’une designer française…

(chez Forestier). C’est simple, dans ses luminaires, jamais rien ne pèse.

Gengoro-kyoto.com

disparu. Dans le cadre de Kyoto Contemporary – un bel échange entre le Japon et la France sous l’égide de Françoise Seince des Ateliers de Paris –, huit studios de design en France ont rencontré huit artisans japonais. Chaque designer présélectionnait trois noms d’artisans dans une note d’intention précisant ce qu’il désirait faire. L’équipe du projet décidait ensuite des attributions. Puis les projets ont été développés en quinze jours. Pour Élise, les idées se concrétisaient d’autant plus vite que, chez Koseido, tous les moyens de production étaient réunis. « Mon premier dessin correspondait à des claustras et c’est l’artisan lui-même qui m’a expliqué que ce n’était plus pertinent dans le Japon d’aujourd’hui. » Intuition, discussion (sans langue commune, mais aidée par le dessin et Google Traduction !) ont fini par aboutir, entre mai et décembre. Actuellement, toute la production est assurée par l’artisan japonais lui-même, qui la commercialise et peut par conséquent réaliser des luminaires sur

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Le monde Des Signes Par Guy-Claude Agboton

Élise Muchir et Franklin Desclouds, de l’agence Des Signes, viennent rappeler à la librairie Artazart combien la diversité de leur univers irrigue la création graphique. Un milieu méconnu, mais capital.

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ing-Pong Process » n’est pas une exposition. L’événement penche du côté de l’installation ou de la mise en regard de la façon propre à Élise Muchir et Franklin Desclouds de faire du graphisme. Des signes vont traverser l’espace de la librai-

rie Artazart pour que l’esprit de l’agence homonyme s’épande, à travers des travaux de commandes ou personnels. Le studio, fondé il y a quinze ans, montre ainsi l’étendue et la diversité de son champ d’action. « L’intérêt d’exposer dans une librairie, c’est d’être dans un endroit de lettres, de mots, d’images », précise Franklin Desclouds. Des mots qui résonnent fort pour ces deux diplômés de l’ENSAD, elle ayant travaillé chez Ruedi Baur, lui chez Philippe Apeloig. S’ils ont tourné le dos aux agences de publicité, c’est pour démarrer en indépendants, dans le domaine culturel, notamment. Aujourd’hui, ils peuvent se targuer d’avoir signé des livres (Wrinkles of the City, avec l’artiste JR, aux Éditions Alternatives), des cartes postales, des affiches ou la charte graphique du château de Versailles. Depuis quelques années, leurs affiches pour Air Poster – un regroupement hors du cadre de la commande qui donne lieu à une exposition collective annuelle – manifestent simplement le plaisir de la recherche. « Avec “PingPong Process”, nous voulions souligner la résonance entre commande et travail personnel du point de vue de l’esthétique et de la sensibilité », résume Franklin, tandis qu’Élise relève : « On s’adresse à tout le monde, ce n’est pas du tout une exposition spécialisée. » Elle rappelle que si le graphisme est partout, la perception qu’en a le public est floue. Eux restent très demandés et tout-terrain. Alain Ducasse les réclame pour un nouveau restaurant au Louvre. Ils créent l’identité visuelle du musée de la Romanité, à Nîmes, qui ouvre en avril. Renzo Piano les a déjà contactés pour un futur bâtiment. Des expositions attendent leur coup de patte au musée de la Chasse et de la Nature, avec Gérard Garouste notamment. Le Crédit municipal compte sur eux… Un tel éventail de collaborations suscite l’attention et l’étonnement. À tort : le pingpong n’est-il pas ce sport qui requiert autant d’esprit d’anticipation que de trésors d’agilité ?

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Élise Muchir et Franklin Desclouds ont fondé Des Signes il y a quinze ans. Leur travail, protéiforme, se manifeste sur nombre de supports. Comme ci-dessus, avec Diego, une affiche réalisée pour Air Poster #3 et inspirée des artistes mexicains Frida Kahlo et Diego Rivera.

« Ping-Pong Process ». À la galerie Artazart, 83, quai de Valmy, 75010 Paris, jusqu’au 8 avril. Tél. : 01 40 40 24 00. Artazart.com


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Deux maîtres dans la lumière Par Serge Gleizes

Le Corbusier et Charlotte Perriand n’ont pas seulement créé des bâtiments et des meubles, ils ont aussi dessiné des luminaires. Des collections que dévoile l’exposition « La Luce » au sein du nouveau showroom parisien RBC.

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out a débuté en 2016 par une rencontre entre Nemo, l’éditeur italien de luminaires, et RBC, enseigne prescriptrice de solutions d’aménagement et spécialiste du mobilier contemporain. L’architecte Rudy Ricciotti en était l’inspirateur, lui qui présentait alors

chez RBC, à Lyon, une lampe éditée par Nemo. Deux ans plus tard, la rencontre a porté ses fruits. Le showroom de RBC accueille l’exposition « La Luce » dans son Lab, « un espace blanc idéal pour ce type d’événement », confirme Franck Argentin, patron de cette enseigne de design devenue incontournable et qui fête ses 30 ans en inaugurant sa première adresse parisienne. Illustré par force documents d’archives, photos, dessins et esquisses, l’accrochage propose une déclinaison de versions originales et de rééditions de lampes mythiques, summums d’ascétisme et de fonctionnalité : la Borne béton, la Lampe de Marseille, la lampe Escargot,

le projecteur et la suspension 365, de Le Corbusier… ; ou la Pivotante en versions à poser, applique ou potence, signée Perriand. Ces « éléments architectoniques qui font chanter l’espace » ont eu pour curateurs : Valentina Folli, directrice artistique et responsable chez Nemo de tout ce qui a trait aux deux monstres sacrés, avec Margherita Paleari et Andrea Castelli, ses collaborateurs chez UNA, leur « studio de design virtuel ». « Les lampes de Le Corbusier et de Charlotte Perriand étaient conçues comme des projets absolus destinés aux seules architectures pour lesquelles elles avaient été dessinées, explique Federico Palazzari, qui dirige Nemo. Il s’agissait pour nous de calibrer les détails, les finitions et les mises à jour de ces produits, sans trahir leur essence ni tomber dans la nostalgie ou le rétro. Et sans non plus modifier cette nature à la fois spartiate et sophistiquée qui les rend uniques. » Démarche qui va de pair avec la philosophie de cette marque fondée en 1993 par Franco Cassina et le designer Carlo Forcolini. Tout récemment installée rue du Bac, à Paris (lire p. 96), elle édite, en plus des créations de Foster + Partners, Martino Gamper ou Javier Mariscal, une collection « Masters » signée Vico Magistretti, Franco Albini, Kazuhide Takahama et nos deux maîtres…

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En haut Les luminaires, notamment ceux édités par l’italien Nemo, des deux icônes de l’architecture et du design sont à l’honneur dans l’exposition que leur consacre RBC. Ci-dessus L’applique dite Lampe de Marseille (1954, réédition Nemo) de Le Corbusier.

« La Luce ». Au Lab de RBC Paris, 40, rue Violet, 75015 Paris, jusqu’au 4 mai. Tél. : 01 45 75 10 00. Rbcmobilier.com


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L’Artisan qui sort du bois Par Alfred Escot

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Le fabricant Costovic, spécialiste du bois, a réussi son pari : devenir éditeur. Une marque est née, Artisan, en même temps qu’un engagement pour la qualité made in Bosnia.

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os outils les plus précieux sont les mains de nos ouvriers », lit-on sur le site Internet de cette marque créée en 2007, elle-même fruit de cinquante années d’expérience dans le travail du bois. « Artisan », le choix d’un tel nom n’a donc rien

d’anecdotique. « Il s’exporte bien à l’international, il évoque la France mais se comprend dans le monde entier », souligne Mirza Costovic, héritier de l’entreprise familiale installée à 150 km au nord de Sarajevo, en lisière de forêt. Il y a dix ans, elle s’est donné pour mission de mettre en œuvre les dessins de designers locaux et internationaux, afin d’exister sur le marché de l’ameublement – n’étant jusqu’alors « que » sous-traitante. Parmi les signatures invitées, on compte l’excentrique globe-trotteur Karim Rashid, auteur d’une chaise Chunk et d’une table basse Kart, qui semblent avoir été découpées directement dans un tronc d’arbre, ou encore le Berlinois Michael Schneider qui, après s’être essayé avec Artisan à toutes les typologies de meubles,

1/ Table Luc, dessinée par Regular Company, et chaises Neva de Ruder NovakMikulic et Marija Ruzic Vukmanic, deux des membres de ce studio croate très impliqué dans les créations d’Artisan. 2/ Fauteuil de la gamme « Mela », aussi dessiné par Ruder Novak-Mikulic et Marija Ruzic Vukmanic, de Regular Company. © INDIANPOST

ou presque, propose en 2018 la gamme de rangements colorée « Alea ». Lignes sculpturales, inspiration organique… En découvrant les produits d’Artisan, on pense spontanément à Antonio Gaudí ou Carlo Mollino. Sans doute cela tient-il à des atours somme toute méditerranéens ainsi qu’à une passion exclusive pour un matériau « chouchouté ». Ici, en effet, c’est le bois et rien que le bois : huit essences différentes, provenant en partie seulement de plantations bosniaques. Comme toujours, chez les Costovic, la matière première est soigneusement sélectionnée, puis découpée sur place et séchée avant d’arriver sur les divers sites de production. « Les pièces sont assemblées à la main à l’aide de serre-joints et la finition aussi est manuelle, à partir de savons, d’huiles, de cires et de vernis naturels. » C’est ce qui procure sans doute à ce mobilier sa douceur remarquable au toucher et son élégante simplicité. Un vrai coup de cœur chez Frédéric Blanc et Marin Lahondé, les directeurs du showroom Ligne Roset, 68, rue Réaumur (IIIe), où la marque est présentée en exclusivité à Paris.

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La deuxième vie de La Mante religieuse Par Alfred Escot

Le lampadaire, icône du design français des fifties, renaît de ses cendres en 2018 grâce au talent d’un jeune passionné. Histoire d’une réédition.

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on auteur se nommerait Jean Rispal et sa silhouette organique devrait beaucoup à l’artiste dadaïste Jean Arp. Tout au conditionnel. Car, des deux Jean, un seul a pu en réalité avoir eu une influence sur le design de la célèbre Mante religieuse, luminaire créé

par la société Rispal au début des années 50 et renommé a posteriori à cause de sa forme qui évoque celle de l’insecte cannibale. « Je peux vous assurer que Jean Rispal n’a jamais existé. En revanche, Jean Arp possédait à Clamart une maison voisine de celle de Georges Léon Rispal, premier éditeur du modèle. On peut supposer qu’il l’a influencé mais ce n’est pas du tout une certitude », précise d’emblée Douglas Mont, repreneur de la société Rispal en 2011. Grand admirateur de la période, le designer de 44 ans ne se contente pas de faire le tri entre vérité et légende. Durant sept ans, dans le but d’en rééditer certaines, il exhume les créations les plus modernes de la marque, regroupées à l’époque dans un catalogue baptisé « Formes nouvelles ». Sept ans, c’est long, mais de la société Rispal, fondée en 1924 et qui possédait à son apogée quelque 1 000 m2 de salles d’exposition près du faubourg Saint-Antoine, aucune archive n’a été conservée après sa fermeture en 1982. Un travail de bénédictin s’engage alors d’autant que, au regard des normes actuelles, la structure du lampadaire n’apparaît pas assez stable pour permettre une réédition. Il faut donc redessiner. Douglas Mont sait le faire. Il en profite pour sélectionner des fabricants dans l’Hexagone et des essences de bois provenant de forêts françaises, « pour des raisons écologiques ». L’acétate de cellulose, matériau recyclable, est conservé, bien que l’aspect plissé de l’abat-jour soit particulièrement difficile à reproduire. « Il m’a fallu beaucoup de temps pour rééditer ces pièces historiques. Aussi en ai-je profité pour enrichir cette offre avec de nouvelles créations qui forment une sorte de descendance », explique Douglas Mont. Une famille de luminaires que viendra compléter l’an prochain la réédition de La Girafe à tablette, meuble-lampadaire qui devrait séduire les aficionados.

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Au début des 50’s, le fondateur de la société Rispal demande à son bureau de style de regarder du côté du design scandinave afin de donner un coup de jeune à son offre de mobilier et de luminaires. Ainsi naît « Formes nouvelles » et, avec ce catalogue, le modèle 14 950, alias La Mante religieuse, doté d’un pied sculptural en bois exotique et d’un abat-jour en acétate de cellulose. Sa réédition, presque une recréation, s’est étalée sur sept ans. Ici, en finitions noyer, frêne blanc ou noire (de gauche à droite).

Rispal. 55, rue de Seine, 75006 Paris. Ouverture de la boutique en avril. Rispal.com


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Filles de la Botte Par Alfred Escot

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Basé à Milan, le duo Bernhardt & Vella renoue avec la fonctionnalité élégante du design italien de l’après-guerre.

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lles sont à la tête de l’un des studios de design milanais les plus prometteurs. L’Allemande Ellen Bernhardt (36 ans) et l’Italienne Paola Vella (45 ans) se sont rencon-

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trées en 2001 chez Carlo Colombo, où elles ont appris à « étudier les proportions »

et à « exprimer un regard personnel sur le design », déclarent-elles. Dès 2008, soutenues par leur mentor nommé à la direction artistique de l’éditeur italien Arflex, elles signent leur premier projet à deux, le fauteuil Gina, qui rivalise d’élégance et d’ergonomie avec le célèbre Fiorenza, dessiné au début des années 50 par leur idole Franco Albini pour la même maison. « C’était une véritable chance de commencer avec Arflex, une compagnie qui a colla-

boré avec tant de designers prestigieux », notent les deux femmes, qui ont réussi à développer dans la foulée des associations fertiles avec nombre d’entreprises de la Botte. Natuzzi, Potocco, Rugiano, Arketipo, Calligaris, Elica... Elles sont toutes tombées sous le charme de ce duo à la recherche « d’un design simple mais qui laisse une place à l’émotion et à la poésie ». À l’image, récemment, de leur collection « Eos » pour Artemide, dont les appliques et lampes sur pied évoquent « la forme d’un soleil qui se reflète sur la mer », ou du sublime modèle Papillon, produit par Arflex, en verre teinté. Un matériau que l’on retrouve d’ailleurs sur leur paravent Vela ainsi que sur leur nouvelle bibliothèque Alba. Entièrement modulable, cette pièce sculpturale permet de diviser un espace sans l’enfermer. « Elle peut se fixer au sol et au plafond, tout comme la cultissime LB7 d’Albini », commente le tandem, qui signe là un hommage assumé au maestro. À la question « Combien de fauteuils, canapés, tables ou lits présentez-vous encore cette année au Salon du meuble de Milan ? », elles

1/ Ellen Bernhardt (à gauche) et Paola Vella (à droite) : un duo dont le design « simple mais qui laisse une place a l’émotion » a conquis de nombreux éditeurs italiens. 2/ La bibliothèque Alba pour Arflex est un hommage assumé à la célèbre LB7 de Franco Albini. 3/ Deux versions de la collection de tables d’appoint « Island », pour Arflex également.

répondent qu’elles ne comptent plus. On peut facilement en dénombrer une diziane, sans parler des scénographies de stands et des projets de showrooms et d’intérieurs privés qui inondent leur carnet de commandes. Côté déco, c’est encore l’Italie qui les inspire, notamment à travers le prisme de Gio Ponti, « pour la couleur et la noblesse des matériaux ».

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La fibre créatrice se transmet bien Par Olivier Waché

IDEAT dévoile le fruit d’une association entre designers et éditeurs soutenue par l’Incubateur VIA Design. Ce mois-ci : Culture In, une start-up qui a confié à Juam Studio le soin de valoriser son nouveau matériau, le Varian.

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ulture In cultive l’engagement durable. Fondée en 2014, cette jeune pousse a créé un tout nouveau matériau : le Varian. Ce tissu à base de fibre de lin est imprégné d’une résine thermoplastique biosourcée. La trame obtenue peut être utili-

sée telle quelle, ou consolidée par une ou deux couches de résine, offrant ainsi trois versions plus ou moins souples et ajourées du même matériau. « Le Varian est à la fois une structure et un décor, d’où son appellation de “tôle textile”, précise David Ambs, le fondateur de Culture In. Le lin propose ses propriétés acoustiques et il absorbe l’humidité. Pliable à chaud, le Varian permet de créer des objets (un luminaire, une chaise…), mais s’utilise aussi en agencement intérieur, dans l’industrie des transports notamment (aéronautique, automobile…). » Pour faire connaître son innovation, Culture In a opéré un choix malin : la révéler sous la forme d’un paravent. « Il est notre cheval de Troie, plaisante David Ambs. Présenter le Varian en tant qu’objet, plutôt qu’en tant que revêtement, nous permet d’approcher plus facilement le monde de l’agencement intérieur. » Le Varian est aussi l’arme secrète d’Amélie Claudin et Julien Vignal, choisis par Culture In pour partager cette aventure dans le cadre de l’Incubateur VIA Design 2018. Les deux designers ont créé leur studio, Juam, en 2015, et imaginé le projet « Gommettes », qui

Amélie Claudin et Julien Vignal, les deux designers de l’agence Juam, ont utilisé le Varian dans leur projet de paravents « Gommettes ». Une façon de mettre en valeur de façon à la fois directement opérationnelle mais aussi déco cette « tôle textile » inventée par la start-up Culture In.

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sera leur premier pas dans le design industriel. « Nous avons rencontré Culture In lors du speed dating du VIA, explique Amélie Claudin. Sur la base de leur cahier des charges,

L’INCUBATEUR VIA DESIGN Ce programme met en rapport un éditeur-fabricant avec un designer pour développer un produit ou une collection. Il apporte un accompagnement personnalisé : marketing, juridique, technique… IDEAT suit les 9 collaborations lauréates jusqu’en décembre 2018. Les projets seront exposés à la Galerie VIA jusqu’au 22 février 2019.

nous avons réalisé “Gommettes”, trois formes ondulées en Varian reposant sur un support métallique inspiré des stands pour kimonos. » De hauteurs et d’allures différentes, ces formes se combinent, se superposent pour jouer sur l’opacité et créer des paysages intérieurs. « Dans le cadre du projet avec le VIA, nous avons pu bénéficier d’un support juridique sur les droits d’auteur et les royalties, indique Julien Vignal. Au-delà du produit, nous accompagnons aussi Culture In sur le choix d’un éditeur français qui pourra prendre en charge la fabrication des paravents. » L’appel est lancé !

• IDEAT est partenaire de l’Incubateur VIA Design. Suivez l’actualité du VIA sur Via.fr et visitez la galerie au 120, avenue Ledru-Rollin, 75011 Paris. Tél. : 01 85 73 16 48.


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Lumière sur la Design Fair Paris Par Alfred Escot

À l’occasion de leur 38e édition, les Puces du design changent de nom et mettent un coup de projecteur sur le mobilier rétrofuturiste d’Olivier Mourgue, bien connu des cinéphiles. Silence, on chine !

L

e collectif de designers 5.5 les avait relookées en 2016. Du 5 au 8 avril, les Puces du design deviennent la Design Fair Paris, affirmant ainsi une nouvelle vocation : réunir en un seul événement design vintage et contemporain. « C’est bien parce que notre nom, qui

mettait trop l’accent sur le passé, ne correspondait plus à notre ADN que nous avons décidé d’en changer », explique Fabien Bonillo, qui a lancé la manifestation en 1999. À l’époque, le passage du Grand-Cerf (IIe) suffisait à contenir la petite quinzaine d’exposants programmés. Presque vingt ans plus tard, la Design Fair Paris attend, à Paris Expo Porte de Versailles, entre 13 000 et 15 000 visiteurs, à travers des « villages » (« vintage », « contemporain », « mode », « makers »…), où s’offrir des signatures du nouveau millénaire, comme Tsé & Tsé ou Lignes de Démarcation. Si « on y vient toujours pour se meubler avec du mobilier d’après-guerre estampillé Saarinen, Eames ou Jacobsen », selon Fabien Bonillo, le rendez-vous attire également des collectionneurs qui s’intéressent à des périodes très précises, les années 80 par exemple. Au mois de novembre 2017, lors de la 37e édition, l’exposition événement consacrée à Ettore Sottsass a d’ailleurs fait le buzz, permettant à la galerie italienne Il Mondo del Vetro d’écouler 90 % de sa marchandise. Actualité oblige, c’est au tour de La Galerie du XXe siècle, qui avait marqué les esprits avec son hommage à Pierre Paulin en 2015, de mettre en avant un autre de ses designers vedettes, Olivier Mourgue, célèbre pour ses banquettes anthropomorphes Djinn (Airborne). Si elles seules ont eu le privilège de meubler la station spatiale du film 2001 : l’Odyssée de l’espace (1968), de Stanley Kubrick, leur créateur est l’auteur d’un catalogue bien plus large, allant des sièges Montréal (Airborne), dessinés pour l’Exposition universelle de 1967, aux lampes Flower (Disderot), éditées la même année. Sans oublier les assises Bouloum, Cubic et la ligne « Whist »… « Un mobilier organique, racé et futuriste, emblématique de l’époque », comme le présente le galeriste Jean-Yves Allemand qui souhaite que son exposition débouche sur une rétrospective d’ampleur nationale : « Ce fut le cas pour Pierre Paulin au Centre Pompidou, en 2016. Pourquoi pas Olivier Mourgue l’an prochain ? »

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Créée dans les années 60, Ball Chair, d’Eero Aarnio, fauteuils en cuir noir Terrazza DS 1025 des années 70, d’Ubald Klug (De Sede), chaises CH30 des années 50, signées Hans J. Wegner (Hansen & Son), lampe italienne fifties (Lumen), chauffeuse Suzanne, de Kazuhide Takahama (1965, Knoll)… La galerie londonienne The Cabinet Room sera présente à la Design Fair Paris au cœur du « Village de design vintage ». © FABIEN BONILLO


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ID-NEWS DESIGN BIRTHDAY

Daum, 140 ans de passion Par Serge Gleizes

Vases, lampes et sculptures en pâte de verre constellée de bulles ou de cristal diaphane… Telle est la matière très reconnaissable de cette ancienne verrerie nancéienne qui, pour son anniversaire, lance « Résonance » et « Empreinte », réinterprétations naturalistes mais de facture contemporaine.

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aum, c’est tout un univers, et des pièces iconiques signées Émile Gallé, Salvador Dalí, Hilton McConnico, César, Arman… Soit 350 signatures internationales et régionales diffusées par une manufacture restée fidèle à la patte stylistique de ses débuts, inspi-

rée notamment par la faune et la flore. Mais Daum, c’est aussi une matière, la pâte de verre, constellée de petites bulles prises dans du cristal, travaillée selon les techniques de la gravure à l’acide, du givrage, du bain fort, de la gravure à la roue, de la cire perdue… C’est enfin une association d’artistes, la fameuse école de Nancy (1901). « L’évolution de notre maison consiste aujourd’hui à sortir de l’art de la table stricto sensu, confirme Benoît Crantz, responsable de l’atelier et du développement produits nouveaux, pour gagner des univers plus déco et art de vivre. En cent quarante ans, le changement a opéré en termes de techniques de fabrication et d’évolution du style, de l’Art nouveau aux formes libres des années 60 en passant par l’Art déco. Aujourd’hui, notre création se situe avant tout dans un domaine naturaliste. » Daum, c’est l’histoire d’une famille obsédée par la défense d’un savoir-faire qui a traversé des époques artistiques phares. En 1878, Jean Daum crée une verrerie à Nancy. Treize ans plus tard, l’un de ses fils, Antonin, en inaugure le secteur artistique, donnant naissance aux premiers vases floraux, signés pour la plupart Louis Majorelle. Lancée en 1910, la lampe « Champignon », avec son abat-jour et son pied gravés de motifs végétaux et animaliers, est une révolution dans l’éclairage domestique et, surtout, électrique, tout comme le seront les premières lampes de Louis Majorelle, Jacques Grüber et Henri Bergé. En 1930, Michel, fils d’Antonin, lance la fabrication en cristal et la manufacture réalise un important service pour le paquebot Normandie. Après plusieurs rachats, elle appartient depuis 2008-2009 au groupe Financière Saint-Germain et produit des pièces toujours aussi remarquables signées Jean Boggio, Serge Mansau, Madeleine Van der Knoop… diffusant dans le monde une poésie sans âge.

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Les lampes à poser de la collection « Résonance » – réinterprétations contemporaines de l’iconique « Champignon » – font partie, avec la série de vases et de bougeoirs « Empreinte », des nouveautés chez Daum. Fabriquée en 75 exemplaires numérotés, « Résonance » est déclinée en vert boréal, bleu encre, gris Paris et rouge palissandre, et est munie d’un éclairage à LED. Bleue et vert profond, « Empreinte » (175 exemplaires) comprend trois vases et deux bougeoirs peints à la feuille d’or et à la main, dont les bords sont délicatement décorés de végétaux.

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ID-NEWS MUSÉE

À Zurich, renaissance du design Par Bérénice Debras

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En Suisse, le Museum für Gestaltung rouvre en mars son bâtiment historique après agrandissement et une rénovation méticuleuse. L’occasion d’inaugurer une exposition permanente de ses riches collections tout en poursuivant ses programmations temporaires.

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ondé en 1875, à Zurich, celui qui devient, en 1933, le musée du Design, s’agrandit alors en un bâtiment aux lignes Neues Bauen (ou Nouvelle Objectivité, un courant du mouvement moderniste, NDLR) signé des architectes Adolf Steger et Karl Egender.

Depuis les débuts, il partage son toit avec une école d’art. « L’idée était d’inspirer les élèves qui traversaient les expositions avant de rejoindre leurs ateliers, avance Christian Brändle, le directeur de l’institution. Cela influence aujourd’hui encore nos collections et nos expositions.

Nous aimons raconter les histoires des objets depuis le premier coup de crayon jusqu’au produit final, en passant par le prototype, voire le marketing. » En 2014, le musée s’était déjà doté d’un nouvel espace au sein du campus Toni-Areal, accessible par le tram en dix minutes. Il vient aujourd’hui de terminer le réaménagement de son site originel, agrandissant encore d’environ 400 m2 sa surface de présentation des œuvres. Pour la première fois, une exposition permanente d’une partie de ses collections – totalisant 500 000 objets, dont 350 000 affiches – est montée. « Ces 2 000 pièces n’ont historiquement rien à voir ensemble, mais elles communiquent entre elles, comme des amies, de façon purement visuelle. Cela stimule le regard du visiteur », ajoute le directeur. Lequel s’amuse à ouvrir des tiroirs remplis de trésors (boîtes d’allumettes, textiles, affiches…) dans une scénographie ludique. Dans une salle mitoyenne, le mobilier de « l’habitat idéal » et son évolution entre 1910 et les années 80 sont mis en valeur. Quant aux expositions temporaires, elles sont toujours programmées dans le grand espace du rez-de-chaussée doté, depuis les travaux, d’un puits de lumière. On y verra, jusqu’en septembre, « Oïphorie : Atelier Oï » qui révèle, entre autres, le processus de création de ces prolifiques designers de Suisse romande. Le visiteur pourra enfin profiter du nouveau Swiss Design Lounge, un espace où échanger, se reposer et même faire une sieste au milieu d’objets suisses (ou dessinés par des Suisses) comme le fameux sofa DS-1025 dit Terrazza d’Ubald Klug (né en 1932), toujours en production chez de Sede.

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1/ « Le musée du futur doit offrir un espace de discussion. C’est une plateforme et non pas une institution détenant la vérité sur un socle de marbre », selon Christian Brändle, le directeur du musée du Design. © GEORG AERNI 2/ Le Swiss Design Lounge, un espace pour redécouvrir les grands classiques comme les projets plus contemporains du mobilier helvète. Comme, ici, avec des classiques du Corbusier ou édités chez Vitra.

Musée du Design. Ausstellungsstrasse 60, Zurich. Tél. : +41 43 446 67 67. Museum-gestaltung.ch


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ID-NEWS ARCHI

Junya Ishigami ou la délicatesse japonaise Par Maryse Quinton

Au printemps, la Fondation Cartier nous invite à découvrir le travail de celui qui, faisant fi des idées préconçues, a su se forger une place de choix parmi les architectes de la scène nippone contemporaine.

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our la première fois, le travail de Junya Ishigami fait l’objet d’une large rétrospective regroupant une vingtaine de projets en Asie et en Europe, réalisés ou à venir. Parmi eux, probablement le plus fameux, l’Institut de technologie de Kanagawa,

qui lui a ouvert grand les portes de la célébrité en 2008. Un bâtiment tout en délicatesse et légèreté où une forêt de minces colonnes et le recours massif au verre créent un lieu magistral, à la fois onirique et immatériel (photo). Il faut dire que l’architecte a été formé à bonne école, pendant les quatre années qu’il a passées chez Sanaa, avant de fonder sa propre agence, à Tokyo, en 2004. Qu’il s’agisse d’un nuage posé sur l’eau à Copenhague ou d’un restaurant conçu tel un rocher dans son pays, c’est un univers poétique que la Fondation Cartier nous invite à découvrir. Libérer l’architecture ? C’est le leitmotiv de Junya Ishigami. Et le titre de cette exposition qui fait la part belle aux maquettes (une quarantaine) spécialement réalisées pour l’événement. Le minimalisme japonais, concept

Cette exposition est l’occasion de découvrir les dessins, les films et les maquettes du Japonais Junya Ishigami et le lien qu’il établit entre nature et architecture. © JUNYA ISHIGAMI+ASSOCIATES

« Junya Ishigami : Freeing architecture. » À la Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris (XIVe), du 30 mars au 10 juin. Fondationcartier.com

vu et revu dont la nouvelle génération de l’archipel aime à se détacher, mérite d’être renouvelé. Là réside l’ambition de Junya Ishigami qui, à son tour, souhaite écrire un chapitre original de l’architecture de son pays. « J’aime penser l’architecture librement, avoir une vision la plus souple, la plus ouverte, la plus subtile possible, pour dépasser les idées reçues », proclame-t-il. Au cœur de ses préoccupations, la nature comme source d’inspiration et la disparition d’une limite entre espace intérieur et paysage, une frontière qu’il s’attache à brouiller volontairement. Quel écrin plus approprié donc que celui de la Fondation Cartier pour exposer son travail ? Le bâtiment tout en transparence de Jean Nouvel offre un bel écho aux questionnements de celui qui, à 43 ans, n’a pas fini de faire parler de lui.

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• IDEAT est partenaire de l’exposition que la Fondation Cartier consacre à Junya Ishigami. Rendez-vous dès le 1er avril sur Ideat.fr pour participer à notre jeu-concours et gagner des places !


ID-NEWS ARCHI

Catalyseur artistique Par Maryse Quinton

Le 10 mars dernier, après trois ans de travaux, Lafayette Anticipations – Fondation d’entreprise des Galeries Lafayette a ouvert ses portes dans un bâtiment situé en plein cœur du Marais. Un lieu qui ne ressemble à aucun autre, tant par son architecture signée Rem Koolhaas que par son approche artistique et curatoriale.

C

’est une sorte d’ovni muséal et artistique, un objet architectural non identifié qui s’est posé en plein cœur du Marais. Nom de code ? Lafayette Anticipations, au pluriel pour signifier l’étendue des possibilités que la Fondation d’entreprise

des Galeries Lafayette souhaite partager avec le public. Objectif ? Échapper aux carcans qui corsètent l’art contemporain par un dispositif inédit où architecture performative et approche curatoriale entrent en parfaite résonance. Au centre de cet édifice industriel du XIXe siècle entièrement rénové par Rem Koolhaas (OMA), une tour d’acier et de verre de 19 mètres de hauteur. Composée de quatre planchers mobiles, elle est livrée à l’imagination des artistes. Envisagé comme une machine curatoriale plutôt qu’un simple lieu d’exposition, le bâtiment de 2 200 m2 est avant tout dévolu à la production et à la création. Aux manettes de la programmation, un collectif réunissant le directeur délégué de la fondation, François Quintin, et les curateurs Charles Aubin, Anna Colin et Hicham Khalidi fait le pari d’une approche collégiale pour échapper au sacro-saint commissariat et confronter visions et horizons divers. La première exposition est consacrée à l’artiste américaine Lutz Bacher. Jusqu’au 30 avril, elle s’empare du lieu à travers une installation spécialement conçue pour le projet. « The Silence of the Sea » exalte l’impressionnante verticalité de l’espace, en misant sur le son et la vidéo. Adepte du ready-made, la septuagénaire qui a adopté un pseudonyme masculin n’aime rien tant que brouiller les pistes et interroger la société. Une artiste engagée, en marge de toute classification, collant parfaitement à la philosophie de Lafayette Anticipations qui ambitionne de se « désinstitutionnaliser » au profit du partage, de la circulation des idées et de la spontanéité permise par son architecture.

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Quand une grande entreprise, telle que les Galeries Lafayette, fait le choix d’investir dans la culture, cela donne 2 200 m2 offerts à l’art contemporain, au design et à la mode, dans un écrin pensé pour les valoriser. De l’interaction des arts… © MARTIN ARGYROGLO

Lafayette Anticipations. 9, rue du Plâtre, 75004 Paris. Lafayetteanticipation. squarespace.com


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ID-NEWS ART

L’art politique de l’intime Par Sabrina Silamo

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« À l’attaque ! » est le cri préféré d’Adel Abdessemed. Si le conflit algérien a bouleversé sa propre histoire, il a aussi nourri une créativité sans frontières. Capable de transformer Angela Merkel en l’une des Trois Grâces…

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a douleur de l’arrachement, Adel Abdessemed connaît. Né en 1971 dans les Aurès, il a dû quitter l’Algérie en 1994, alors dévastée par le Front islamique du salut. En France, il trouve refuge aux Beaux-Arts de Lyon. Mais marginalisé par des étudiants ignorant

tout de la tragédie qui se déroule de l’autre côté de la Méditerranée, il décide d’abandonner le pinceau pour la vidéo, la photo, le dessin, la sculpture, les installations… Vingt-cinq ans plus tard, après avoir exposé partout dans le monde – et notamment au Centre Pompidou, en 2012 –, il fait coup double. En France, il présente « L’Antidote ». Si le terme désigne un remède contre le mal (celui de l’art face à la barbarie), c’est aussi le nom du bar dans lequel l’artiste a rencontré sa femme il y a plus de deux décennies. Le politique et l’intime sont donc étroite2

ment imbriqués dans ces œuvres inédites réparties sur deux niveaux du musée d’Art contemporain de Lyon. Parmi elles se dressent trois statues de marbre de plus de deux mètres de haut : respectant les codes de la statuaire antique utilisés par Canova ou Maillol, Is Beautiful transforme Angela Merkel, immortalisée nue sur une plage avec deux jeunes camarades (la photo initiale date des années 60) en l’une des Trois Grâces. Shams, une pièce plus spectaculaire en-

1/ Is Beautiful (2017), ou Angela Merkel (à gauche) statufiée par l’artiste. © MARC DOMAGE 2/ Adel Abdessemed. © GILLES BENSIMON

core, occupe le dernier étage du musée : elle symbolise, selon l’artiste, « l’enfer de la condition humaine, mais aussi la sueur du travailleur, sa fatigue ». Créée in situ avec 45 tonnes d’argile, cette fresque, qui ne se réfère à aucun fait historique précis, évoque autant une tranchée de la Première Guerre mondiale qu’un monument funéraire. Une transition parfaite vers l’exposition belge, « Otchi Tchiornie » (les yeux noirs), dont l’installation maîtresse réunit 27 soldats de l’Armée rouge. Faits de bois calciné, ils incarnent le romantisme d’une idéologie en perdition comme le riche passé d’une région charbonnière aujourd’hui disparu. « “À l’attaque !”, c’est aussi un appel à la libération de tous les prisonniers des clichés », écrit la femme de lettres Hélène Cixous à l’endroit de l’artiste. À vérifier des deux côtés de la frontière.

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« L’Antidote ». Au musée d’Art contemporain, Cité internationale, Lyon (69), du 9 mars au 8 juillet. Mac-lyon.com « Otchi Tchiornie ». Au MAC’s, site du Grand-Hornu, Hornu, Belgique, du 4 mars au 3 juin. Mac-s.be


ID-NEWS PHOTO

Mise en abyme Par Béatrice Andrieux

Figure montante de la scène artistique américaine, la photographe Anne Collier, née en 1970 à Los Angeles, expose pour la première fois dans une institution française. C’est l’occasion pour le FRAC Normandie Rouen de présenter un ensemble conséquent d’œuvres qui retracent, depuis les années 2000, une pratique et un regard de femme sur les femmes.

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’exposition débute comme un manifeste de l’objet photographique, sujet fétiche de l’artiste depuis ses débuts. Dans le bâtiment industriel du Fonds régional d’art contemporain, l’accrochage conçu par Anne Collier dévoile une œuvre singulière et attractive par sa

puissance mémorielle et conceptuelle. Formée par l’artiste John Baldessari et le photographe James Welling, Anne Collier s’est affranchie de ses maîtres sur la question de l’autobiographie, tout en leur empruntant un vocabulaire commun autour de la notion de concept, avec notamment une œuvre de 2011 dans laquelle elle utilise des phrases introspectives. Dans son travail, elle reprend l’idée du cliché, photographiant à nouveau, selon les techniques de studio, objets collectés, couvertures de magazines, cartes postales, posters ou pochettes de disques. Ce qu’elle explore : la fin d’une ère et le début d’une autre. La cassette audio, le bloc-notes, l’album photographique, autant d’objets qui ont marqué sa jeunesse et pour lesquels elle avoue une forme de nostalgie. Parmi ces pièces vintage qu’elle chine puis photographie, et qui sont

L’Américaine Anne Collier opère une dissection de la représentation de la femme durant les années 60, 70 et 80 dans les médias de masse. L’exposition monographique qui lui est consacrée au FRAC Normandie Rouen parle de clichés, de culture populaire, d’ère prénumérique, de nostalgie, mais surtout de féminisme. Photo (à droite) extraite de sa série intitulée « Women Crying ».

exposées en grands formats, elle interroge la représentation de la femme. Comment celle-ci fut instrumentalisée dans les magazines des années 60 et 70, où la nudité servait à vanter, mais aussi à travers des portraits de femmes en pleurs récupérés de pochettes de disques collectionnées depuis des années et constituant la série « Women Crying ». En jouant sur différentes échelles, la photographe construit un panthéon féminin à travers lequel elle revendique son féminisme. Ni chronologique, ni thématique, ni rétrospective, l’exposition réunit une grande partie de ses travaux, permettant d’apprécier différentes approches : des images autobiographiques qui évoquent son rapport à la modernité autant que sa nostalgie des objets disparus.

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« Anne Collier ». Au FRAC Normandie Rouen, 3, place des Martyrs-de-la-Résistance, 76300 Sotteville-lèsRouen, jusqu’au 25 mars 2018. Fracnormandierouen.fr


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L’original du design Par Marie Godfrain

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Dans sa galerie A1043, Didier Jean Anicet fait avancer l’aventure du design par la face nord, la plus exigeante, la plus inattendue, celle qui réserve le plus de surprises… « Borders », sa nouvelle exposition, présente des objets utilitaires conçus par tous types de créateurs.

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our sa première exposition dans la galerie du Marais où il a déménagé à l’automne, Didier Jean Anicet avait fait très fort en proposant une rétrospective consacrée au mobilier de Rei Kawakubo (la créatrice de Comme des Garçons). Avant cela, à Saint-Ouen,

il montait des expositions thématiques sur la verticalité dans la lumière ou, avec « Multicolore », sur les créations lumineuses des années 50 à 70… Didier Jean Anicet s’est toujours éloigné des sentiers battus du design pour livrer sa version du vintage. Cette fois, jusqu’au

1/ « Borders », présentée à la galerie A1043, réunit des pièces de design qui flirtent avec l’art. 2/ Paravent Virgin (1987, éditions Néotù) du designer Dan Friedman. © YANN BOHAC

24 mars, il présente « Borders », une sélection d’objets conçus par des créateurs en dehors de la discipline, avec une préférence pour les années 80 et 90. « Mon idée est de sortir du design pour y revenir par une autre porte », explique celui qui a mûri son exposition pendant plusieurs années. Un chemin de traverse logique pour ce galeriste issu du milieu de l’art, qui offre un souffle nouveau au design de galerie, tant dans le choix des périodes que dans les théma-

« Borders ». À la galerie A1043. 47, rue de Montmorency, 75003 Paris, jusqu’au 24 mars. A1043.com

tiques abordées. Une lampe de Simon Starling qui ressemble à s’y méprendre à la PH5 de Poul Henningsen ? « L’artiste a chiné des objets avec lesquels il a reconstitué 27 lampes dans le style de Poul Henningsen, puis il a fait un moule à partir de la moyenne de ces modèles et l’a reproduit pour en faire une édition limitée en aluminium », raconte le galeriste. Plus connue, la chaise Hamlet, de Robert Wilson, qui se marie si bien avec la table aux pieds en béton coniques de Benjamin Baltimore, ou bien les objets de jardinage les plus inattendus de Tony Cragg et les lampes délicieusement kitsch de Jean-Michel Othoniel. Au sous-sol de cette microgalerie, on navigue entre un paravent jaune furieusement 80’s de Dan Friedman et une sobre étagère grise d’Atelier Van Lieshout. Après cette incursion aux frontières de l’art et du design, la galerie A1043, portant toujours ce même regard curieux et exigeant sur le design, présentera jusqu’en juin des pièces de Tribu Design, éditeur français des années 80 aujourd’hui disparu mais dont l’ambition a marqué les esprits à travers des collaborations avec Denis Santachiara, Toshiyuki Kita, Masaki Morita, Ettore Sottsass, Enzo Mari ou Martin Szekely.

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Nemo illumine la rue du Bac Par Marie Godfrain

Le design italien poursuit lentement sa mainmise sur le cœur de Paris. Dernier invité, l’éditeur de luminaires Nemo, qui vient d’y ouvrir une éblouissante microboutique…

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ederico Palazzari est un passionné… mais de design avant tout. Né dans une famille d’antiquaires et de producteurs de cinéma, cet ancien avocat, d’abord collaborateur d’Artemide, rachète en 2012 à Cassina (Poltrona Frau Group, propriété du groupe

Haworth) Nemo et son catalogue de lampes signées Le Corbusier, Mario Bellini, Vico Magistretti ou Charlotte Perriand… L’heureux entrepreneur est par ailleurs un fervent admirateur de l’art de vivre à la française, de Saint-Germain-des-Prés notamment : « Cela fait trente ans que je rêve de m’installer ici et de trouver une boutique qui ait aussi un rayonnement international ! » Deux ans durant, ce francophile parfaitement bilingue va arpenter avec gourmandise le quartier jusqu’à dénicher un petit espace en contrebas de la rue du Bac. La voilà, la deuxième adresse de Nemo, après celle de Milan ! Malgré ses dimensions modestes, elle va inspirer Charles Kalpakian, auquel Federico Palazzari fait appel, après lui avoir confié le dessin d’un luminaire. Le designer y conçoit une ambiance méditerranéenne avec, au sol, un terrazzo bleu et saumon sur fond blanc et, aux murs, des cloisons bleues et roses sur lesquelles sont fixées les collections de l’éditeur. Au fond, un petit jardin accueille la Borne béton de Le Corbusier, dessinée pour la Cité radieuse, à Marseille. Les classiques côtoient les créations contemporaines dont la radicale Mais plus que cela je ne peux pas, de Rudy Ricciotti, une simple poutrelle de métal pourvue d’un bandeau de LED. Au plafond, la suspension modulable Crown Plana Minor, de Jehs + Laub, ou Ellisse, d’immenses cercles lumineux, parfaits pour habiller des halls de réceptions, dessinés par Federico Palazzari himself… La versatilité, c’est justement la force de Nemo. La collection et les boutiques s’adressent aussi bien aux particuliers qu’aux professionnels. Une petite lampe à poser ou un grand ensemble sur mesure ? Cette gamme des possibles du luminaire contemporain s’offre désormais en plein Paris.

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Non loin de Saint-Germaindes-Prés, Federico Palazzari, le patron de Nemo, a enfin trouvé la perle rare. Des murs pour accueillir tant les créations historiques que contemporaines de sa maison. Le Corbusier, Bellini ou Magistretti y côtoient ainsi Ricciotti, Jehs + Laub, voire Palazzari en personne. © CLAUDE WEBER

Nemo. 19, rue du Bac, 75007 Paris. Nemolighting.fr


Prendre soin de la lumière


ID-NEWS SHOP PARIS

Matières italiennes en lettres capitales Par Marie Godfrain

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Spécialiste des matériaux, Zanutta s’approvisionne chez les meilleurs fournisseurs de la Botte pour aménager les intérieurs. Le distributeur vient d’ouvrir son premier showroom parisien, rue de Bourgogne (VIIe), agencé, pour une immersion totale, comme un appartement…

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rès cérame, céramique, terrazzo… Grâce aux nouvelles technologies et au goût très actuel pour les matières et les textures, les professionnels des matériaux de construction multiplient les solutions innovantes. Mais, jusqu’ici, il restait difficile pour les

utilisateurs de savoir où trouver ces pépites. Un vide que vient combler le distributeur italien Zanutta qui s’est installé, en fin d’année dernière, rue de Bourgogne, au cœur de Paris. Distributrice de matériaux d’aménagement depuis cinquante ans, cette entreprise familiale, qui dispose de 23 points de vente en Italie, ouvre là sa première boutique française. Ici, pas de résine qui se fendille ni de carreau de ciment mal posé… « Outre des marques soigneusement sélectionnées, nous venons sur les chantiers avec nos ouvriers spécialisés, explique sa responsable, Marisa Del Colle. Et nous proposons presque tous les matériaux possibles tant pour les architectes que les particuliers. » Effectivement, la diversité des solutions – jusqu’aux meubles de cuisine ou de salle de bains sur mesure de Rexa Design – exposée dans cet espace imaginé comme un lieu de vie impressionne. « On peut livrer un logement clé en main, dans lequel nous posons matériaux et accessoires : la robinetterie ou un escalier sur mesure par exemple. Nous sommes comme les couturiers de la maison. » La preuve dans l’appartement niché au premier étage, meublé de canapés du spécialiste du mobilier en cuir Airnova et équipé d’une cuisine Ar-Tre. Parmi les matériaux les plus innovants, la résine à base d’eau et sans solvants

1/ Zanutta s’est installée dans le VIIe, à Paris. © FOTOIMMAGINE

2/ et 3/ Outre les professionnels, à qui peuvent être dispensés des cours de pose de résine ou de dalles, le showroom est à l’écoute des particuliers, notamment grâce à une matériauthèque ultracomplète et didactique dans laquelle ceux-ci pourront directement piocher. Une autre originalité tient dans la présence de carrelages grand format imitant le marbre, le bois ou la pierre et notamment signés GranitiFiandre.

de Colledani convient aussi bien aux boutiques qu’à l’habitat ou à l’industrie. Mais la curiosité du showroom, ce sont les carrelages grand format imitation marbre, bois ou pierre signés Panaria ou GranitiFiandre, dont l’avantage, outre leur aspect visuel, est qu’ils ne se tachent pas… Joindre l’utile à l’agréable, ce pourrait bien être le credo de Zanutta.

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Zanutta. 57, rue de Bourgogne, 75007 Paris. Zanutta.fr


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Le chic des basiques Par Marie Godfrain

Spécialiste des basiques bien taillés, Maison Standards propose un vestiaire sobre et intemporel. Pour sa boutique, sise dans le Marais, à Paris, la marque a fait appel à l’inclassable Mathias Kiss et à son travail de l’or…

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ollection capsule ? Égérie ? Décoration d’une boutique ? Lorsqu’Uriel Karsenti, le fondateur de la marque Maison Standards, a contacté Mathias Kiss, il n’avait pas d’idée précise sur la forme que pourrait prendre leur collaboration.

L’artiste touche-à-tout (voir notre portrait dans IDEAT #131) a alors pris les choses en main. « J’ai eu envie de m’approprier cette nouvelle boutique. N’étant ni architecte ni décorateur, je n’ai par exemple pas souhaité retravailler les volumes. Je n’ai pas non plus voulu imaginer une œuvre totale qui mangerait les collections de basiques qui font l’identité de la marque… » Pour servir le vestiaire mixte composé de jeans bruts, de pulls noirs, de chemise à carreaux en flanelle ou en popeline blanche, il imagine un lieu sobre, rehaussé de taches de couleur, de lumières et de textures : des caisses tapissées de feuilles d’or ou d’argent servent de piédestal aux collections tout en les illuminant ; aux murs, du tissu à motif de faux marbre dessiné par l’artiste pour l’éditeur Pierre Frey et, au sol, de la moquette, bleue et bronze. « Uriel Karsenti m’a laissé carte blanche, mais, pour autant, je n’ai pas voulu prendre toute la place. Ceux qui connaissent mon travail le reconnaîtront, les autres se sentiront bien dans un espace minimaliste et empreint d’art. » Car Mathias Kiss réserve néanmoins dans ce lieu quelques surprises arty : une vitrine nappée d’or, la porte de la réserve tapissée de feuilles d’argent, comme une porte de coffre-fort, ou bien encore un jean et une paire de chaussures dorés et exposés comme des fossiles. Des pièces uniques, des œuvres imaginées « comme des ready-mades, des objets du quotidien que j’ai sacralisés en les trempant dans un bain d’or. J’ai en même temps voulu désacraliser la dorure en l’utilisant sur le vêtement que nous portons tous », détaille Mathias Kiss qui démontre ici encore sa dextérité si personnelle à mêler art, artisanat et décoration sans jamais se laisser enfermer dans une case.

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Des éléments de mobilier et une décoration pensés pour mettre en valeur l’offre de Maison Standards. Mathias Kiss utilise le doré pour rehausser le caractère essentiel des pièces présentées. © DAVID ZAGDOUN

Maison Standards. 25, rue de Poitou, 75003 Paris. Tél. : 09 86 33 40 11. Maisonstandards.com


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ID-NEWS SHOPS

Ultrafans de Hülsta Par Olivier Waché

Trois distributeurs français nous dévoilent les raisons de leur attachement à cette marque allemande spécialiste de l’aménagement intérieur.

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nterrogez les partenaires Hülsta sur leur relation à la marque, vous constaterez un véritable attachement à ce fabricant allemand. Spécialiste de l’aménagement intérieur complet, il a su décliner une proposition de solutions et un accompagnement apprécié des re-

vendeurs. La France compte une trentaine de partenaires sur les 580 dans le monde, Hülsta réalisant 35 % de son chiffre d’affaires à l’export. « L’Hexagone occupe le septième rang, indique Franck Verdier, responsable commercial France. Nous allons poursuivre notre développement en participant au salon Esprit Meuble, à Paris en décembre, et en renforçant l’équipe commerciale sur le terrain. » Le terrain, justement, s’exprime unanimement. À

L’un des points forts de Hülsta est de proposer des collections qui incluent des éléments modulables en diverses matières et finitions, que l’on peut combiner à l’envi pour composer un intérieur sur mesure. Ici, notamment, l’ensemble de salon « Fena ».

Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), la maison Canu a, depuis plus de trente ans, fait le choix de Hülsta. « Nous apprécions la qualité, la largeur de l’offre, dont nous présentons environ 70 %, entre Hülsta et Now! by Hülsta, explique Nelly Canu, la dirigeante. La marque propose des innovations, comme l’intégration de la connectivité. Sans oublier, bien sûr, le sur-mesure et une qualité incontestable. » Même écho positif chez Meubles Darnault. Cette entreprise d’ébénisterie du Loir-et-Cher réalise des aménagements personnalisés. Elle s’est tournée vers Hülsta il y a une quinzaine d’années et lui consacre environ 200 m2 sur les 1 200 m2 de son magasin. « Nous cherchions un partenaire industriel capable de proposer des aménagements en finition laquée et sur mesure, se souvient Estelle Raimbault, responsable commerciale et codirigeante avec Gilles Darnault. Hülsta s’est avéré un choix pertinent. L’offre est vaste, modulable, haut de gamme, d’une belle qualité et d’un montage aisé. » Dernier exemple avec la Maison Noël, à Paris, partenaire depuis 2013. « Valérie Guez, qui dirige le magasin avec moi depuis cette date, est spécialiste de Hülsta depuis vingt-cinq ans, indique Bruno Urbinati, le dirigeant. Et ce n’est pas un hasard : la marque nous apporte un réel soutien commercial et technique, une disponibilité et une réactivité permanentes. Ce qui est appréciable, c’est de travailler des produits qui sont davantage des systèmes, des solutions que l’on compose à la carte avec le client, dans un véritable échange. »

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Henri Canu. 231, avenue Aristide-Briand, 06190 RoquebruneCap-Martin. Tél. : 04 93 57 65 90. Henricanu.com Meubles Darnault. 230, rue des Perrières, 41350 Saint-Gervaisla-Forêt. Tél. : 02 54 50 22 00. Meublesdarnault.com Maison Noël. 35, boulevard Diderot, 75012 Paris. Tél. : 01 46 28 71 01. Maisonnoelparis.com


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Habitat, nouvelle maison milanaise Par Marie Godfrain

Capitale incontestée du design et de l’architecture, la cité lombarde ne cesse d’innover et de muter. Au cœur de CityLife, un nouveau quartier dessiné en partie par Zaha Hadid, Habitat vient d’ouvrir une boutique, la première depuis quinze ans en Italie…

S

tar du catalogue Habitat, la chaise Stone a été dessinée par Eugeni Quitllet. Cette création à la fois sensuelle et ergonomique, fidèle à l’écriture du designer catalan et fabriquée en Italie, est une bonne ambassadrice de la volonté d’Hervé Giaoui, repreneur d’Ha-

bitat en 2011, de remettre la qualité au cœur de l’identité de la marque. C’est avec son partenaire italien fabricant de cette même chaise Stone qu’Habitat a eu l’opportunité de s’installer dans une vaste boutique de 800 m2 sur deux niveaux du nouveau centre commercial City-

Life Shopping District. « Nous l’avons choisi car il est situé en plein centre-ville, ce qui correspond à l’ADN d’Habitat, enseigne urbaine par excellence », explique le patron. Un volume moins dense qu’autrefois, qui laisse plus de place aux ambiances et accueille en complément la collection de fleurs artificielles de la marque SIA. Mais la surprise se cache à l’étage : l’espace Café Habitat (premier du genre) prolonge l’esprit « sweet home » que souhaite impulser la marque. Plats simples, cafés savoureux… L’offre est courte mais fraîche et permet de tester les assises et les tables de l’enseigne française. Plus globalement, le scénographe de la boutique, Jean-Pierre Lagain, a souhaité un espace « où l’on pourrait faire comme chez soi, avec moins de linéaires, composé d’ambiances différentes. Les magasins Habitat – qui étaient à la fois minimalistes et chargés de produits – doivent devenir une source d’inspiration, une véritable expérience, où le café a toute sa place. » À cette adresse, on retrouve toutes les nouveautés de l’enseigne, comme le bureau Henry de Joachim Jirou Najou, sobre et ultrafonctionnel, ou la vaisselle en porcelaine de Perla Valtierra, mais aussi la fameuse chaise Stone, proposée en version chromée et argentée, en avant-première. « Nous avons affiné nos propositions pour séduire le marché transalpin en travaillant notamment sur les couleurs, avec un jeu de contrastes entre le bleu et le vert », détaille Jean-Pierre Lagain. De quoi réchauffer l’atmosphère : une gageure dans cette architecture de béton et de verre brutaliste.

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Collections resserrées, ouverture de l’enseigne à des partenaires, offre de restauration sur place, la métamorphose des magasins Habitat s’amorce à Milan.

Habitat. CityLife Shopping District, Galleria Ferreri 2, Piazza Tre Torri, Milan. Tél. : +39 2 4815 411. Habitat-italia.com


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ID-NEWS SHOP VINTAGE

Seventies forever Par Marie Godfrain

Icône du design, le canapé DS-600, créé en 1972 pour de Sede, embellit en vieillissant. Au point que les antiquaires de la galerie Déjà Vu, à Saint-Ouen, en ont fait leur spécialité…

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i, pour vous, les années 70 se résument au toc, au plastique ou au bling, un tour au marché Paul Bert s’impose. La galerie Déjà Vu, de Delphine Sterckx et Joëlle Juhen-Gilibert, va vous réconcilier avec cette décennie méconnue grâce aux pièces si-

gnées Mario Bellini, Gae Aulenti, Marco Zanusso ou Tobia Scarpa que les deux partenaires chinent à longueur d’année… « Nous privilégions les belles matières et les belles patines. Nous proposons nos assises en cuir dans leur état d’origine. En vieillissant, comme un grand vin, elles se bonifient, le cuir s’assouplit et les couleurs deviennent plus subtiles », affirment

les galeristes qui, depuis dix ans, sont les spécialistes de l’incroyable canapé DS-600, signé U. Berger, E. Peduzzi-Riva, H. Ulrich et K. Vogt pour de Sede, un serpentin de cuir modulable constitué d’éléments indépendants reliés par des fermetures Éclair. « On nous appelle de toute l’Europe pour nous en proposer et nous en acheter mais aussi en louer pour des films (il fut une star du Saint Laurent de Bertrand Bonello [2014], NDLR), des défilés ou des shootings. C’est un symbole incontestable de luxe moderne, l’un des canapés les plus créatifs du marché », relève Joëlle Juhen-Gilibert. « D’ailleurs, précise son associée, à sa sortie, en 1972, l’éditeur l’avait baptisé, pour ses campagnes publicitaires, “le canapé des milliardaires”. » En version fauve des années 70 ou rouge vif des années 2000, il voisine élégamment avec les chauffeuses Camaleonda, de Mario Bellini (C&B Italia), ou la lampe sur pied Quadrifoglio de Gae Aulenti (Guzzini). « Des années 70, nous aimons surtout la générosité des formes, l’opulence qui se dégage des matières en bronze, laiton ou cuir. » Un style qui plaît beaucoup à l’étranger. « On travaille très bien avec des décorateurs californiens, newyorkais ou russes ainsi qu’avec des particuliers qui préfèrent l’audace, les formes amples de cette époque. Celles-ci s’intègrent aussi bien dans la bibliothèque d’un château en Sologne, dans un loft seventies que dans un appartement haussmannien », conclut Joëlle Juhen-Gilibert, en passant la main sur le cuir lisse de l’accoudoir de son canapé fétiche.

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Le canapé DS-600 (ci-dessus, à droite) est-il « le canapé des milliardaires » que vantait la publicité à l’époque ? L’assemblage de ses éléments grâce à une simple fermeture Éclair lui confère une articulation révolutionnaire pour une variété infinie de positions… Et il trouve sa place aux côtés de nombreuses autres icônes du mobilier à découvrir dans la galerie de Delphine Sterckx et Joëlle Juhen-Gilibert.

Déjà Vu. Au marché Paul Bert Serpette, allée 6, stand 95, 96, rue des Rosiers, 93400 Saint-Ouen. Design-dejavu.com


ID-NEWS STORE LYON

Merveille lyonnaise Par Marie Godfrain

Papier Merveille est une nouvelle marque de papeterie française, qui vient d’ouvrir une boutique colorée sur la « colline qui travaille », à Lyon.

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ans le quartier arty de la Croix-Rousse, une petite boutique arbore fièrement sa façade bleu cobalt et ses vitrines colorées. Des mamies viennent s’y procurer des cartes pour leurs échanges épistolaires, les ados y chinent des cadeaux d’anniversaire, des

architectes s’y fournissent en carnets de croquis et des aquarellistes en cahiers Le Roc dont le papier à base de poudre de pierre ne gondole pas… « J’ai aussi une clientèle de touristes, surtout américains, italiens ou japonais », qui sont nombreux à fouler les pentes de cette colline où bat le cœur de la ville. Lorsque Christine Dufaut a fondé Papier Merveille, l’année dernière, elle a voulu sortir la papeterie de sa zone de confort. « Outre les cahiers, les carnets et le papier à lettres, j’ai cherché à développer d’autres références. Le Book est un cahier de 576 pages, comme un livre vierge à remplir sur le long terme. Pour cette nouvelle typologie, j’ai imaginé plusieurs jaquettes mobiles pour pouvoir faire évoluer son esthétique. Quant au Solitaire, c’est un carnet de poche de papier recyclé à la couverture en dégradé, à utiliser indifféremment à la verticale ou à l’horizontale. » Parmi les rayons, on repère aussi les foulards que Papier Merveille développe avec La Maison des Canuts, une marque de soie lyonnaise. Les étagères de cette joyeuse petite boutique, réalisée par l’architecte d’intérieur Vincent Thomas, sont chargées de cahiers, d’affiches, de stylos… dont le style graphique et coloré parle autant aux enfants qu’aux adultes : « L’architecte a imaginé un espace linéaire, dont l’aspect répétitif met le produit en avant. » À l’arrière du magasin, une verrière donne sur une partie atelier où une graphiste dessine des motifs pour les prochaines collections qui seront ensuite impri-

Christine Dufaut a fondé sa marque, Papier Merveille, l’an passé, avant d’ouvrir dernièrement la papeterie du même nom. Une boutique qui brasse large puisque l’inspiration de ses collections, originales, vient « de l’art pictural, de la décoration mais aussi de la mode. » © BERTRAND STOFLETH

mées à Strasbourg ou au Portugal. La boutique propose également des compositions sur mesure pour des clients (logos, affiches, catalogues…). Et les cartons qui traînent dans un coin sont remplis de carnets, de cartes postales, d’affiches… prêts à être envoyés dans des points de vente triés sur le volet, comme Le Bon Marché ou la boutique du Centre Pompidou.

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Papier Merveille. 4 bis, rue Belfort, 69004 Lyon. Papiermerveille.com


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ID-NEWS HÔTEL PARIS

Un nouveau luxe Par Nathalie Nort

Dans un quartier plus habitué à la bohème et aux bistrots parigots qu’à l’hôtellerie de luxe, la Maison Bréguet se démarque. Attentions particulières, bar démoniaque et table trépidante, le bon combo pour s’en faire un point de chute.

A

près trois ans de travaux, l’immeuble qui abritait hier une fabrique de lave-linge ob-

salles de bains calepinées dans le marbre, des balcons romantiques pour soirs d’été et même

Joli hôtel-restaurant du XIe arrondissement de Paris, la Maison Bréguet est une adresse sophistiquée qui propose, en plus de chambres et de suites, une petite maison à louer (photo ci-dessous).

une maison de trois chambres en duplex avec son jardin clos. Autant dire une rareté. Une

© THE SOCIALITE FAMILY

serve dans ses 53 chambres un souci du détail « maison » porté par Sagrada, un studio de design londonien. Voici un hôtel qui, en multipliant les collab’, inscrit le lieu

dans un entre-soi créatif, de la play-list sur mesure à la boutique d’objets stylés en passant par le catalogue de films cultes. Sur six étages, on y trouve des suites perchées sous les toits, des

piscine en sous-sol se révèle une autre bulle de choix. Le restaurant, avec sa verrière en cœur d’îlot et son patio paysager, débouche sur un espace plus intime où une table d’hôtes permet de dîner à l’écart. La carte du bar est signée Nicolas de Soto, pointure en son genre. De belles mosaïques inspirées de tapisseries d’Aubusson ornent le sol de la cuisine, le cœur du réacteur. C’est bien simple, quand un projet un brin sexy se monte à Paris, il y a de grandes chances pour que David Lanher soit de la partie. Dix ans que cet autodidacte enchaîne reprises et ouvertures (Racines, Caffè Stern, Vivant, Racines des Près, Bon Saint Pourçain, Panache…), assurant une douzaine d’adresses dans lesquelles on revient sans se prendre les pieds dans le plat. Pour la Maison Bréguet, tout est simplement dans la rencontre. Brice Errera et Samuel Gelrubin, deux jeunes loups de l’immobilier, novices en hospitalité, demandent à l’entrepreneur prodige d’envisager le couvert de leur futur 5-étoiles. Banco ! Parce qu’il affectionne les binômes (les frères Alajmo, Sarah Lavoine, Simone Tondo…), Lanher met dans la boucle Marco Marzilli (ex-manager des Daft Punk), avec qui il vient de monter Anima, une chic trattoria rive gauche. C’est parti pour une carte courte, concentrée sur la vérité des saisons, avec une identité parisienne à cheval sur le produit bien sourcé. Ouvert en continu, sept jours sur sept, le service cherche encore son tempo. On reviendra aux beaux jours pour profiter de la terrasse.

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© CHRISTOPHE BIESLA

Maison Bréguet. 8, rue Bréguet, 75011 Paris. Tél. : 01 58 30 32 31. Maisonbreguet.com Chambres et junior suites à partir de 250 € et 500 €. Petite Maison à partir de 800 €. Dîner à la carte, env. 50 €.


ID-NEWS TABLE PARIS

Ground Control, la ville a l’air libre Nathalie Nort

Après des mois passés à planter le décor, la tour de contrôle vous propose de décoller pour une nouvelle vie ! Dans cette immense friche, on arrive à midi pour casser une graine, suivre un cours de jardinage ou faire des emplettes vintage et on repart à minuit après un concert. Requinqué.

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l était temps ! Quatre ans à les accompagner dans Paname, des Docks du XIIIe jusqu’aux aiguillages de la Chapelle, sous diverses appellations : Ground Control ou Grand Train. Un univers souvent lié au rail, puisque la SNCF leur cède de façon transitoire son patrimoine,

avant nouvelle affectation. On attendait la suite. Eux, c’est La Lune rousse, un « producteur culturel et concepteur de projets hybrides » qui organise ces espaces en un immense terrain de jeux mêlant bon sens et bon son, street food insolite, et attirant chineurs en herbe et jardiniers du dimanche, adeptes du yoga ou des clés à molette. En plus des plateformes de la vieille Sernam déjà transformées en guinguette l’été dernier, la SNCF a ouvert 4 500 m2 d’espaces tran-

sitoires attenants, près de la gare de Lyon. Presque un rêve pour ces trublions « libres et curieux » qui aiment penser la ville en une utopie contagieuse, créative et festive. Dès le mercredi midi, on s’attable à l’abri pour piocher dans les cuisines du monde : que du bon ! La Résidence, à la fois restaurant et lieu de formation, invite, elle, des chefs réfugiés. Le temps de confier le petit à Hors-control, une nursery à l’esprit punk, et on file à l’atelier plantations proposé par Mama Petula. Après quelques parties sur les consoles du Videodrome, on passe écouter Radio Ground Control, une libre antenne pour « ceux qui réenchantent Paris ». Entre expos photo, rencontres, salles de bien-être ou de dessin et concerts, la Zone franche ne chôme pas. Dehors, le Grand Verger est un moyen citadin de se mettre au vert. L’été prochain, d’autres corners y mettront, eux, les bouchées doubles : galettes bretonnes bio, fishburger nordique et asado argentin. Un verre au Long Courrier et c’est le décollage immédiat. Espace pluridisciplinaire vertueux (matériaux de récup, biodéchets, économie circulaire, fabrication de produits d’entretien), solidaire (pour les personnes en difficulté), Ground Control a parfaitement pigé les envies de slow life contemporaines. Une épiphanie durable à partager sans modération.

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Berlin à Paris ? La Halle Charolais, un ancien centre de tri postal de 4 500 m2 appartenant à la SNCF, s’est transformée, depuis le 9 février, en un espace pluridisciplinaire brassant street food, ateliers manuels en tout genre, création artistique… Une vision à la fois bohème, lifestyle, solidaire et 2.0 de la vie et de la ville de demain. © NICOLAS HOFFMANN

Ground Control. 81-87, rue du Charolais, 75012 Paris. Entrée libre, du mercredi au vendredi : 12 h-minuit ; le samedi : 11 h-minuit ; le dimanche : 11 h-22 h. Groundcontrolparis.com


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Misíncu, un charme fou Par Nathalie Nort

Le cap Corse dans toute sa splendeur, moitié sauvage, moitié glamour. Ci-gît le mythique Caribou, haut lieu touristique, adoré des locaux puis déchu, qui renaît aujourd’hui en hôtel de luxe parfaitement désirable.

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ans les années 70 et 80, on y faisait des fêtes déjantées les pieds dans l’eau. Romy et Delon, et surtout Gainsbourg, venaient s’y planquer loin des paparazzi à une époque qui sentait bon le Bergasol et les seins nus. Une enfance de rêve dont se souvient Syl-

vain Giudicelli, originaire de Cagnano, le village voisin, avant qu’il ne quitte l’île pour Marseille. Le voici de retour sur la terre des ancêtres, un peu comme ceux-ci étaient revenus après avoir fait fortune dans le café ou la canne à sucre, ces « Américains » comme on les appelait au XIXe siècle, qui bâtissaient de grandioses villas face à la mer pour oublier que la pauvreté les avait poussés à l’exil. Aujourd’hui, il fait revivre avec son associé, Reza Zographos, ce site de légende construit en hameau – un hôtel et dix villas – tout en lui conservant son identité corse. Locales, la cuisine et la cave du Tra di Noi (entre nous, en corse), orchestrées par le talentueux Clément Collet, puisent leurs inspirations dans le terroir cap-corsin et dans l’exceptionnel domaine de 28 hectares peuplé d’oliviers, de ruches et d’un potager bien garni. À ses pieds – l’accès se fait sous la route côtière en longeant une petite rivière –, la plage et sa paillote A Spartera plantent le décor. Au programme, farniente et sports nautiques face aux îles d’Elbe et de Capraia, que l’on rejoint en moins d’une heure de bateau pour déguster la fameuse pasta aux langoustes. Dans les 29 chambres et suites cinq étoiles, Olympe Zographos a choisi l’osier, le bois flotté, du mobilier au chic bohème et un nuancier naturel qui se fond dans

© FELICIA SISCO

l’architecture méditerranéenne, les murs chaulés de blanc et le paysage. Le jardin, justement,

Misíncu. Lieu-dit Misíncu, 20228 Cagnano, Cap-Corse. Tél. : 04 95 35 21 21. Hotel-misincu.fr

qui mieux que Jean Mus pouvait lui prescrire un aussi bel avenir ? Lové dans ce maquis d’essences odorantes, le spa épouse les très sérieux protocoles Biologique Recherche. Une douce parenthèse avant de retrouver la terrasse de la suite 114, qui domine la baie. Magistrale.

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Sur un site de légende, où le Tout-Paris avait ses habitudes, reparaît une adresse de luxe à l’identité corse savamment travaillée. Face à l’archipel toscan, un hôtel les pieds dans l’eau et sa cuisine locale brillamment orchestrée par le chef Clément Collet.


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ID-NEWS TABLE RÉGION

Du haut de la vague Par Nathalie Nort

Iodé et bien rodé, le Gaya des Charentes confirme Pierre Gagnaire en cuisinier au pied marin. Comme son alter ego de la rue du Bac, à Paris, cette adresse des bords de mer mène brillamment sa barque, sans perdre de vue la sincérité du chef multiacclamé.

D

e Tokyo à Dubaï, de Vegas à Shanghai, on peine un peu à cerner la galaxie Gagnaire, le cuisinier aux dix-sept étoiles et aux vingt ans passés au sommet du Michelin. Dernièrement, le chef se paie le luxe de faire tabula rasa de ses trophées couronnant Les

Airelles, à Courchevel, pour damer une autre piste sans quitter le palace des neiges. Après Pèir, dans le Lubéron, et La Grande Maison, dans le Bordelais, le Stéphanois s’est laissé tenter par la Charente-Maritime, plus précisément Châtelaillon, désuète station balnéaire avec de beaux

Nuxe à côté d’une thalasso toute neuve (pardon un spa marin !), doublée d’un Ibis Styles –,

Le chef Pierre Gagnaire poursuit son tour du monde sans pour autant laisser la France sur sa faim, notamment avec Gaya Cuisine de bords de mer, près de La Rochelle, une réplique de sa version étoilée lancée il y a douze ans sur la rive gauche.

La Grande Terrasse accueille donc Gaya, ce cousin de l’escale parisienne, elle-même née il y a

© OLIVIER PRAVERT / CHRISTIAN

douze ans d’une association avec le producteur de cinéma Michel Seydoux. Comme au res-

BERG / JACQUES GAVARD

restes 1900, à trois encablures de La Rochelle. Séduit par le dynamisme du groupe CGR (un exploitant de cinémas qui se diversifie dans l’hôtellerie), acquéreur du site de trois hectares, le chef souligne sa rencontre avec une équipe passionnée et son envie de se projeter dans un paysage puissant face aux îles d’Aix, Oléron et Ré : « Ce que je veux, au Gaya comme ailleurs, c’est partager avec le client ce qui m’anime en cuisine : émotion, qualité et sincérité. » Après une phase de travaux préliminaire – un hôtel Mercure « rebrandé » MGallery, avec un spa

taurant de la rive gauche, la Cuisine de bords de mer met le cap sur les hauts fonds mais s’enracine aussi dans le Marais poitevin. À l’abri des vents contraires, le poireau vinaigrette prend du galon truffé, les moules des boucholeurs voisins finissent en soupe safranée ou en raviole et le merlan Colbert balance sa recette par-dessus bord. Belle surprise côté dessert avec le jeune pâtissier Bastien Gasnier. Sonia, la petite écaillère, attend avec impatience son carrelet. Sur le pont sept jours sur sept, midi et soir, en plus du bar et du room-service, l’équipe est au taquet. Trouver la bonne vitesse de croisière, c’est un peu ça, la galaxie Gagnaire.

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Gaya Cuisine de bords de mer. À La Grande Terrasse Hôtels & Spa La Rochelle Châtelaillon, La Falaise, 17340 Châtelaillon-Plage. Tél. : 05 46 56 54 30. La-grande-terrasse.com À la carte, env. 75 €.


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Par Marie Godfrain

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50 nuances de Bauhaus

Quotidien est-allemand

Deutsche Qualität

L’Esprit du Bauhaus, collectif, Les Arts décoratifs, 288 p., 39 €.

The East German Handbook, de Justinian Jampol, édition bilingue anglais/allemand, Taschen, 816 p., 30 €.

Less and More, The Design Ethos of Dieter Rams, de Klaus Klemp et Keiko Ueki-Polet, édition bilingue anglais/allemand, Gestalten, 808 p., 69,90 €.

Plus qu’un catalogue, L’Esprit du Bauhaus, réalisé à l’occasion de l’exposition éponyme de l’année dernière au MAD (musée des Arts décoratifs de Paris), est un document exhaustif, plaisant et, finalement, indispensable sur le Bauhaus. Ses origines, son enseignement, le descriptif de chaque atelier, on entre de plain-pied dans cette incroyable aventure grâce à la multitude des illustrations (photos de tapis, peintures, vitraux et autres décors multicolores) assemblées ici. On comprend aussi que l’austérité présumée du Bauhaus est surtout une légende que cet ouvrage propose de balayer.

Justinian Jampol est un quadra californien, ancien étudiant d’Oxford, dont l’originalité est d’avoir accumulé, depuis l’âge de 24 ans, des milliers d’objets du quotidien de l’ex-Allemagne de l’Est qu’il a réunis au sein de son Wende Museum, à Los Angeles. Radio portable, Trabant, conserves de goulasch, affiches de cinéma désuètes, paquets de cigarettes au tabac de Cuba, œuvres d’art, drapeaux, matériel utilisé par la Stasi et uniformes, plus de 2 000 éléments sont réunis dans cette encyclopédie (une nouvelle version, plus abordable, créée à partir de l’édition XL), bible d’un monde disparu.

Ils sont nombreux à se revendiquer de son sens de l’épure. Dieter Rams est celui qui a civilisé le design industriel pour faire entrer la modernité dans les intérieurs. Klaus Kemp a rencontré à de nombreuses reprises le maître du fonctionnalisme qui revient ici sur son parcours et les principes qui ont jalonné sa carrière. Servi par des illustrations impeccables de concision, cet ouvrage, consacré à celui qui fut durant plus de quarante ans le génie créatif de Braun, se révèle essentiel pour comprendre le design contemporain.

Tout sur Gropius

Munich is the new black

Élégance allemande

Gropius, de Gilbert Lupfer et Paul Sigel, Taschen, 96 p., 10 €.

Living in Style Munich, de Stephanie von Pfuel, en anglais, teNeues, 220 p., 49,90 €.

Exceptional Homes, Schmitz Ralf, teNeues, en anglais, 174 p., 50 €.

Saviez-vous que le fondateur du Bauhaus ne savait pas dessiner, qu’il lui a fallu du temps pour tourner le dos au national-socialisme, qu’il faillit créer un Bauhaus bis en Angleterre et que l’un de ses derniers projets fut construit en RFA ? Cette monographie, bien qu’un peu trop brève, revient en détails sur les principaux projets de Gropius avec force maquettes et photos d’époque. Une intéressante introduction à l’œuvre de l’architecte fonctionnaliste, l’un des artisans de la révolution architecturale du XXe siècle.

Détrônée par Berlin ou Hambourg, Munich, située aux portes de l’Italie, de la Suisse et de l’Autriche, n’en reste pas moins, depuis toujours, une métropole où la culture de l’art de vivre s’épanouit et avec une excentricité qui lui est propre. Stephanie von Pfuel nous invite à sillonner la ville et à pousser la porte des intérieurs les plus inattendus. Colorés, excessifs, sans tabous, ils jouent avec les époques, les couleurs, les imprimés et les influences avec une audace toute munichoise.

En 1865, le chancelier Bismarck souhaite mesurer Berlin à Paris. Il décide de créer le Kurfürstendamm, une avenue inspirée des Champs-Élysées. Aux abords de cette artère est érigée Eisenzahn 1, une sublime résidence, avec corniches et élégante façade à la parisienne, commandée par le promoteur P.H. Schmitz. Depuis, ses descendants n’ont cessé de développer des projets luxueux à travers l’Allemagne. Exceptional Homes est l’histoire de cette dynastie et de ses réalisations.


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ID-MONNAIE DE PARIS & IDEAT

Mickey s’invite à la Monnaie de Par Élisa Morère

Que ceux qui n’ont jamais suivi les aventures de Mickey Mouse imaginées par Walt Disney lèvent le doigt ! Cette année, l’institution millénaire du 11, quai de Conti fête le 90e anniversaire de l’ambassadeur de The Walt Disney Company France en 25 pièces de monnaie sur lesquelles la célèbre souris parcourt nos régions françaises.

personnage actuel et transgénérationnel, l’ami des jeunes d’aujourd’hui et la petite “madeleine” de ceux qui ont gardé leur âme d’enfant. En France, nous connaissons en effet la célèbre souris depuis les années 30, lorsque Paul Winkler propose à Hachette de publier les premiers albums Mickey illustrés. Puis Winkler lancera Le Journal de Mickey. Évidemment, Mickey est la star des célébrations de Disneyland dont c’est aussi, cette année, le 25e anniversaire à Marne-la-Vallée », révèle

L

a Monnaie de Paris édite chaque année des collections

Joaquin Jimenez, maître graveur de la célèbre institution

spéciales « jeunes » et profite de sa collaboration avec

parisienne qui est aussi la plus ancienne de France. La

la société The Walt Disney Company France depuis

Monnaie de Paris détient un savoir-faire de 1 200 ans

trois ans (édition d’une collection pour les 50 ans de la dis-

d’âge et des ateliers implantés sur le site du 11, quai

parition de Walt Disney) pour fêter l’anniversaire de Mickey.

de Conti depuis 1775 ! En les visitant, on réalise qu’à

Pour l’occasion, elle propose 20 pièces à valeur faciale de

travers ses réalisations issues de collaborations artis-

10 euros en argent, quatre de 50 euros dont deux colorisées

tiques ou ses créations propres, la Monnaie de Paris

et une dernière de 200 euros or !

a toujours su se renouveler sur le mode contemporain

Officiellement, la célèbre souris est née le 18 novembre

pour le plus grand bonheur des collectionneurs. « Le fait

1928, lors de son apparition dans le dessin animé

de remettre au goût du jour des icônes de la pop culture

Steamboat Willie. En 2018, oreilles rondes parfaite-

est très en vogue et de grandes pointures s’y collent,

ment dressées, malicieuse, elle nous entraîne dans une

telles que l’auteur Régis Loisel et son Mickey Mouse

balade pleine de verve à travers la France. « Dans ses

Café “Zombo” (éd. Glénat) que j’admire », confesse

formes actuelles, Mickey incarne des valeurs chevale-

Joaquin Jimenez qui, dans sa propre relecture, baptisée

resques. Ce personnage est très soucieux de justice et

« Mickey et la France », met en valeur notre territoire

d’équité : une philosophie sympathique. C’est aussi un

et son patrimoine. « Nos régions ont été refondues

En haut Les cartelettes de présentation des nouvelles pièces frappées transmettent aux collectionneurs l’esprit dans lequel a été conçue cette collection « Mickey et la France », qui sortira en deux temps : le 19 mars, puis le 24 septembre. Ci-dessus Avers et revers, ou côté face et côté pile, de la pièce de 200 euros or à l’effigie d’un Mickey heureux de découvrir les spécificités régionales.


Paris pour son 90e anniversaire

récemment, aussi avons-nous pris le parti de scénariser

travaillé sa silhouette, extrêmement normée. Proportions,

nos pièces avec des lieux reconnaissables par tous »,

forme du visage et émotions exprimées, placement des yeux,

précise le maître graveur.

attitudes dans ses mouvements, comme le fait de le montrer toujours les pieds sur terre, doivent être présentés selon une

Secrets de fabrication

charte standardisée afin de ne pas dénaturer le personnage.

Pour cela, avec ses équipes, Joaquin Jimenez a effectué de

Ici, il s’agit de sa version graphique des années 30. »

sérieuses recherches à travers documents d’architecture et archives photographiques afin de recenser les monuments

Voyage très animé

iconiques pris dans leur environnement réel. Il a aussi révisé

Joaquin Jimenez a ensuite ciselé la souris préférée des Fran-

son Mickey Mouse en BD et films d’animation ! « Il faut

çais avec adresse et humour. Elle franchit la ligne d’arrivée

parfois se tordre un peu les méninges pour sortir des clichés

du marathon de Paris sur le Champ-de-Mars, roucoule avec

et placer le personnage dans des activités originales », tranche

Minnie au pied du Sacré-Cœur et saute en parachute sur le

notre artisan d’art en prenant pour exemple l’évocation des

Mont-Saint-Michel… À ces objets qui tiennent au creux de

Hauts-de-France prise sous l’angle de la course cycliste du

la main, Joaquin Jimenez apporte une grande fraîcheur, à la

Paris-Roubaix : Mickey Mouse tient la pose à vélo devant

fois dans le trait et dans le traitement d’une histoire dont on

le patrimoine lillois. « Une pièce de monnaie est un support

peut tourner les chapitres à la façon d’une bande dessinée.

artistique chargé de sens, de valeur et de messages. Il nous

On sourit souvent : quand Mickey se fait surfeur à Biarritz

faut y privilégier des lieux graphiques et imaginer une scé-

– on reconnaît la belle demeure typique en front de mer –, ou

narisation, dévoile encore le maître graveur. Le dessin ne

à bord de son avion survolant Carcassonne, voire quand il

doit pas seulement être joli, il doit être spécial. Il raconte

prend la pose du Stryge, cette créature entre femme et oiseau

un voyage extraordinaire. » À la perfection de cette France

sculptée à l’angle d’une balustrade de Notre-Dame de Paris.

gravée dans le métal précieux, il faut le coup de crayon né-

Très actuel, Mickey explore aussi l’art du selfie à Strasbourg !

cessaire à l’illustration de Mickey Mouse. « Contrairement

Ici, la narration n’est jamais banale, sa traduction artisanale

à certains créateurs ou artistes avec qui nous collaborons,

exceptionnelle, et c’est bien la raison pour laquelle la Mon-

Mickey n’a rien dessiné à ma place ! Du coup, j’ai aussi

naie de Paris nous offre tant d’émotions palpables.

En haut Mickey mis en scène en Normandie, au Mont-Saint-Michel ou à Biarritz, sur des pièces de 10 euros, réjouira les amateurs du personnage nonagénaire, toujours en pleine forme ! Ci-dessus Mickey est heureux d’avoir décroché son échange Erasmus !


© Oliver Fritze

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2018

ART PARIS ART FAIR

Préprojet de projection sur la façade du Grand Palais créée par Yves Netzhammer pour Art Paris Art Fair 2018. © COURTESY YVES NETZHAMMER

Du 5 au 8 avril, Art Paris Art Fair, rendez-vous incontournable qui réunit cette année 142 galeries de 23 pays sous la nef du Grand Palais, fêtera ses 20 ans. L’ambition de cette foire audacieuse demeure intacte : « Sortir des autoroutes de l’art », comme le dit si bien Guillaume Piens, son directeur pour la septième année d’affilée. En choisissant la Suisse comme invitée d’honneur à l’occasion de cette édition, celui-ci défend la notion de « régionalisme cosmopolitain » et souligne l’impressionnante densité de galeries et de fondations que compte ce territoire à la fois proche et loin de nous. Pour cette pause anniversaire, un regard sur la scène française, porté par le commissaire François Piron, est également au programme à travers la présence de vingt artistes, non pas « mainstream » mais plutôt en marge. Le secteur « Promesses », soutenu par une douzaine de galeries émergentes, ainsi que trente-cinq solo shows complètent un panorama éclectique. De quoi renouveler le regard ! Dossier réalisé par Sabrina Silamo

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ID-ART PARIS RENCONTRE

1

2

La French touch

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20 ans, l’âge de tous les possibles ? Art Paris Art Fair fête son anniversaire en accueillant, sous la nef du Grand Palais, du 5 au 8 avril, 142 galeries venues de 23 pays. Rendez-vous printanier des amateurs d’art moderne et contemporain, cette édition met le cap à l’est avec la Suisse pour invitée d’honneur. S.Sil.

celle de démocratiser l’art moderne et contemporain, il

A

marché hexagonal. Ainsi, 54 % des galeries présentes

s’emploie à « proposer de nouveaux horizons, pas seulement géographiques, mais qui permettent de renouveler le regard ». Fort du succès de la précédente édition, qui a fermé ses portes sur des chiffres de fréquentation en hausse de 3 % (54 537 visiteurs venus de 53 pays), Art Paris Art Fair souhaite plus que jamais soutenir le

vec 35 solo shows, un secteur « Promesses »

au Grand Palais sont françaises, un bataillon composé

promu par 12 galeries émergentes et un panora-

d’enseignes historiques, telles les galeries Claude Ber-

ma de la scène française vu à travers l’œuvre de

nard, Vallois ou Templon, mais aussi d’autres de taille

20 artistes, l’édition 2018 d’Art Paris Art Fair se révèle

intermédiaire, que Guillaume Piens préfère nommer des

éclectique et audacieuse. Pilotée par Guillaume Piens

« galeries d’auteur », issues tant des régions que de la

pour la septième année de suite, cette foire ouverte à

capitale. Parmi ces dernières, nombreuses sont celles qui

tous les médiums – vidéo et design compris –, qualifiée de

s’installent pour la première fois sous la grande nef, of-

« foire passion » par son commissaire général, a perdu sa

frant grâce à leurs démarches singulières une alternative

mauvaise réputation. Désormais, l’offre proposée par les

à l’uniformisation de la scène artistique. Bertrand Gri-

galeries sélectionnées permet non seulement de répondre

mont présente ainsi les sculptures combinant numérique

aux attentes des amateurs mais aussi à celles des connais-

et artisanat de Vincent Mauger ; Odile Ouizeman, les

seurs. Et si Guillaume Piens reste fidèle à son ambition,

installations textiles de Jérémy Gobé ; Pierre-Yves Caër,

1/ Le commissaire général d’Art Paris Art Fair depuis 2011, Guillaume Piens, a réussi son pari : attirer toujours davantage d’amateurs et de connaisseurs autour d’une même passion, l’art moderne et contemporain. © ART PARIS ART FAIR 2/ La Liberté guidant la laine, Bureau (2018), de Jérémy Gobé. Galerie Odile Ouizeman, Paris. 3/ La Dérivée mexicaine (2009), d’Yves Trémorin. Galerie des Petits Carreaux, Saint-Briac-sur-Mer.


3

d’Art Paris Art Fair les céramiques de Yuki Nara. Une nouvelle initiative

Russie. Ainsi, la galerie K35 de Moscou, rattachée au

vient commémorer cette date anniversaire : « 20 ans – Un

secteur « Promesses », permet de (re)découvrir l’œuvre

regard sur la scène française », à travers 20 artistes fran-

d’Ilya Gaponov, peintre du collectif Nepokorennie de

çais marginalisés sur lesquels le critique d’art François

Saint-Pétersbourg, exposée à Blois en 2010 à l’occa-

Piron (commissaire notamment de l’exposition « L’esprit

sion de l’Année France-Russie et rarement vue depuis.

français – Contre-cultures 1969-1989 » présentée à La

Quant à l’invitation lancée à la Confédération suisse,

Maison rouge, en 2017) met un coup de projecteur (lire

après avoir mis à l’honneur des régions plus lointaines

p. 126). Ce spécialiste a pour mission d’« interroger la

telles que l’Afrique, la Corée du Sud ou l’Asie du Sud-

place des femmes artistes et celle des artistes étrangers.

Est, elle est née du « désir d’Europe » ressenti par

On sait aujourd’hui que ces deux populations ont

Guillaume Piens après les élections qui ont provoqué la

produit en France les plus vives et les plus incisives des

sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Cap à

pratiques artistiques, mais aussi comment elles ont été,

l’est donc, avec pour guide Karine Tissot, directrice du

plus rapidement que d’autres, oubliées ou écartées des

Centre d’art contemporain d’Yverdon-les-Bains, dans

“grands récits” ». Qu’ils s’appellent ACM, Yves Trémo-

le canton de Vaud. L’historienne de l’art promeut la

rin ou Vera Molnar. Engagée dans la défense du marché

pluralité de la scène helvète à travers notamment une

français, Art Paris Art Fair propose néanmoins un tour

sélection de 13 galeries (situées en Suisse alémanique,

d’horizon des tendances mondiales grâce à la participa-

romande et italienne) et les dernières acquisitions de la

tion de galeries internationales (46 %), dont certaines

fondation d’entreprise Helvetia. À 20 ans, Art Paris Art

sont originaires de pays jusque-là absents de la foire,

Fair devient plus qu’une foire : un véritable lieu d’ins-

tels le Portugal, la République tchèque, le Maroc ou la

piration et un acteur de la création.

Art Paris Art Fair. Au Grand Palais. Du 5 au 8 avril. Artparis.fr

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© KAROLINA KRASOULI

ID-ART PARIS PANORAMA FRANÇAIS

François Piron considère la marge 20 ans, 20 artistes ! Art Paris Art Fair a décidé de soutenir le marché de l’art français en célébrant sa diversité. De François Arnal ou Vera Molnar, nés en 1924, à Hervé Di Rosa ou Yves Trémorin, de trente-cinq ans leurs cadets, c’est une histoire de l’art français des années 50 à aujourd’hui qui défile au Grand Palais. Une histoire qui s’écrit en dehors des circuits traditionnels. Quatre questions à François Piron, critique d’art et éditeur, chargé de cette sélection. Propos recueillis par Sabrina Silamo

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1

Pourquoi est-il pertinent de poser un regard sur la scène française dans une foire qui s’honore d’accueillir 142 galeries issues de 23 pays ? Art Paris n’est plus, depuis longtemps, une foire 100  % française, mais elle ne veut pas non plus se mesurer à la FIAC dont le propos est internationaliste. Cette sélection a pour ambition de reclasser des pratiques artistiques qui ont été écartées de l’histoire officielle de l’art contemporain en France. La question est la même que celle qui sous-tendait l’exposition «  L’esprit français  – Contrecultures 1969-1989  », organisée à La Maison rouge en 2017 et dont j’étais l’un des commissaires : comment un contexte promeut-il une certaine esthétique et en oublie-t-il d’autres ? Je ne suis pas historien de l’art, mais il me semble que d’autres récits, élaborés à partir de figures qui n’entrent pas dans une catégorie connue, celle des francs-tireurs, peuvent écrire une histoire alternative.

2

Quelle est votre définition du franc-tireur ? Ceux que l’on présente à Art Paris peuvent être classés en trois catégories  : les artistes qui ont été connus à un moment donné, puis ignorés pour différentes raisons, ceux qui sont redécouverts aujourd’hui et, enfin,

les figures capitales dont il me semblait nécessaire de saluer l’intégrité du parcours. Je pense notamment à Tania Mouraud, dont le travail s’est toujours distingué par une approche réfractaire aux grands mouvements. Elle cultive une pratique qui s’effectue indépendamment des évolutions des formes de l’art. D’autres ont mené des carrières plus irrégulières, au regard de leur production, mais ont fait preuve de fulgurances comme Jean Raine (1927-1986), un proche de Pierre Alechinsky et d’Asger Jorn. Ce dernier a commencé dans l’environnement du mouvement CoBrA, avant de partir réaliser des films aux États-Unis, puis de revenir à la peinture. J’ai aussi tenu à faire figurer ACM, un représentant de l’art brut, c’est-à-dire une frange parallèle à celle de l’art contemporain, les deux mondes se montrant suspicieux l’un envers l’autre. Il est important de se défaire d’un certain nombre de présupposés accolés aux artistes de l’art brut, lesquels empêchent d’analyser les cycles et les évolutions de ce travail.

Pour quelles raisons ces artistes ont-ils été écartés du récit officiel de l’histoire de l’art ? Il n’y a pas de schéma directeur. Il s’agit, par exemple, de passages de modes, de circonstances de vies ou de changements de structures. Une galerie qui ferme peut entraîner la fin d’une carrière. Le véritable tournant s’est effectué avec la nomination de Jack Lang au ministère de la Culture. Au début des années 80, l’art contemporain s’est imposé en tant qu’administration, laquelle a créé, de façon militariste, des catégorisations. Les arts plastiques ont alors mis de côté ceux qui avaient des pratiques diverses relevant de l’art et de la littérature ou de l’art et de l’illustration, comme Pierre Klossowski ou Roland Topor –  dont l’un des tout premiers dessins sera exposé par la galerie Vallois. Leur travail, considéré comme pas assez artistique, n’intéressait pas les collectionneurs. Pas plus que celui de Blek le Rat, un des pionniers de l’art urbain. Il a beau avoir fait les Beaux-Arts en même temps que les membres de Bazooka (collectif composé notamment de Kiki Picasso et Olivia Clavel, NDLR), c’est un solitaire qui n’appartient à aucune scène. Pourtant ses pochoirs sont emblématiques de cette période, la fin des années 70, et du mouvement punk.

Grâce à un amateur de graffitis qui a récupéré un ensemble de palissades protégeant les travaux de la pyramide du Louvre, quelques panneaux d’une intervention sûrement plus ample de Blek le Rat ont été conservés et seront exposés pour la première fois au Grand Palais.

3

Œuvres sur papier, sur textile, peintures, graffitis… tout distingue ces artistes. Vous les réunissez cependant sous une même bannière, celle de l’art français. En sont-ils bien représentatifs ? Cette programmation tire en effet dans tous les coins : ce n’est pas un projet basé sur une représentativité mais sur des singularités. J’avais en tête quelques paramètres, comme faire en sorte qu’il y ait un certain nombre de femmes (finalement, cinq sur vingt plasticiens, NDLR), mais dans l’histoire de l’art, même contemporaine, on est toujours dans une asymétrie. C’est une manifestation née de la nécessité de réécrire périodiquement des séquences historiques dont on a hérité. Il ne s’agit pas d’être dans le révisionnisme mais de montrer que le récit est plus complexe : il existe un centre et ses périphéries. Je m’intéresse à l’idée de parcours et de contingences : qu’ils soient connus ou pas, et malgré les aléas de la vie, peu d’artistes arrêtent de travailler. Ils continuent coûte que coûte à créer leur propre environnement artistique. Ceux-là montrent aux jeunes créateurs la diversité du monde parallèle de l’art, et c’est en cela qu’ils sont représentatifs.

1/ MPP (Même pas peur) (2016), de Tania Mouraud. Galerie Claire Gastaud. 2/ Cycle problématique (1979), de Jean Raine. Galerie Michel Descours. 3/ Premier dessin (1954), de Roland Topor. Galerie Vallois.

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ID-ART PARIS PANORAMA FRANÇAIS

Parmi les 20 artistes français exposés pour les 20 ans de la foire, quatre d’entre eux ont plus particulièrement retenu notre attention. Parfois très indépendantes des grands circuits de l’art, ces figures portent chacune une œuvre singulière, des techniques aussi, qui méritent un coup de projecteur. Une sélection IDEAT.

VINCENT GICQUEL Peintre de l’au-delà (1974-)

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Dans son panthéon figurent en bonne place Le Caravage, Picasso, Matisse et Basquiat. Comme ses illustres aînés, Vincent Gicquel, autodidacte né en 1974, a choisi la peinture à l’huile. Celle-ci l’accompagne depuis son enfance, passée entre Dinan et Saint-Malo à reproduire les tableaux de ses maîtres. Désormais, il représente des silhouettes chauves, dénudées et perdues au milieu de paysages abstraits. Mi-humaines, mi-spectrales, ces figures fixent toujours le regardeur. Elles sont comme pétrifiées, prises en flagrant délit d’une action qui reste énigmatique, provoquant un sentiment de gêne, voire un certain malaise… L’humour breton, paraît-il : celui que partage l’un de ses fidèles collectionneurs, François Pinault, friand de ces toiles habitées par la mort. Ainsi, l’un de ses humanoïdes au ventre proéminent s’est arrêté près d’un arbre dénudé (Pédoncule) posant ses deux orbites vides sur le spectateur ; un autre chevauche une palissade, surpris comme un lapin dans les phares d’une voiture (Mur). La palette, délavée et harmonieuse – la palissade, le mur de brique ou la bannière étoilée servent à décliner le spectre des couleurs –, ajoute une touche de poésie à ces atmosphères étranges empreintes de désespoir. Car Vincent Gicquel est un fervent lecteur de Nietzsche, philosophe qui a si bien identifié cette maladie mortelle des temps modernes, le nihilisme – ou règne de l’absurde, du rien. « Nous avons l’art, afin de ne pas mourir de la vérité », écrivait-il. C’est donc dans un décor irréel que ces créatures vaquent à leurs vaines occupations, errant dans un monde dénué de profondeur (comme un rappel qu’aucune échappatoire n’existe face à la mort), animées du désir de vivre ; c’est ainsi que de nombreux symboles sexuels ou des phallus surdimensionnés envahissent ses dernières peintures. L’une de ses expositions s’intitulait : « As-tu vraiment besoin d’aller là-bas ? » c’est-à-dire vers cet au-delà d’où peint Vincent Gicquel avec l’espoir, souligné par Gustave Flaubert dans La Tentation de saint Antoine, que : « Si là-bas j’allais avoir un autre corps, que j’eusse une autre âme aussi, ou la même ? »

1/ Untitled (2017), de Vincent Gicquel. 2/ Cagoule (2017), de Vincent Gicquel. 2

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© REBECCA FANUELE

Galerie Thomas Bernard – Cortex Athletico


1

2

FRÉDÉRIC PARDO

Portraitiste psychédélique (1944–2005) « Il ressemblait à un pot de peinture bardé de lames de rasoir. » C’est du moins ainsi, dans Objet hors saisie, que le représente, en 1965, l’artiste iconoclaste Daniel Pommereulle. Frédéric Pardo n’est alors qu’un dandy au lourd héritage familial : fils d’un galeriste, ami des frères Prévert, il est aussi le filleul de Jean-Paul Sartre et de Madeleine Malraux, un temps la femme d’André. Il porte déjà les cheveux longs à l’époque où les Beatles chantent encore I Feel Fine en costume. Il s’affiche à La Coupole avec les membres du collectif Zanzibar – qui rassemble notamment le réalisateur Philippe Garrel et les acteurs Pierre Clémenti ou Jean-Pierre Kalfon – qui incarne selon la figure du cinéma underground américain, Jonas Mekas, le lien entre la nouvelle vague de Godard et l’avant-garde. Frédéric Pardo navigue donc entre le cinéma et la peinture. Mais en visitant, au cours du printemps 1972, l’exposition consacrée aux préraphaélites au Grand Palais, il a une révélation : il se met alors à peindre dans une veine « post-préraphaélite », ressuscitant une technique ancestrale, la tempera, utilisée notamment par Jérôme Bosch ou Matthias Grünewald, qu’il applique à ses compositions aux motifs psychédéliques, saturées de couleurs vibrantes, réalisées sous l’influence du LSD. Il travaille mais refuse d’exposer, il évince même le collectionneur suisse Bruno Bischofberger (qui présente dans sa galerie de Zurich

les stars du pop art comme Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Robert Rauschenberg ou Jasper Johns) pourtant prêt à lui acheter l’ensemble de sa production. Ce n’est qu’en 1975 qu’il accepte de montrer ses œuvres à la galerie de Seine. Cette première exposition lui vaut l’admiration d’un visiteur inattendu, François Mitterrand, alors candidat malheureux de l’Union de la gauche à l’élection présidentielle. Qu’est-ce que l’homme politique pouvait aimer dans ces tableaux singuliers au point de commander à l’artiste son portrait officiel ? Ces paysages orientalisants, les portraits de ses amis, tel Philippe Garrel dans la chambre de Van Gogh, ou de ses amantes ; de la brune Tina Aumont avec laquelle il vit à Positano dans la baie de Naples, à la blonde Dominique Sanda qui partagera avec lui, à Rambouillet, un immense atelier ayant appartenu à Gustave Doré ? Ce dernier, un portrait en pied, réalisé à la mine de plomb et jamais exposé, fait désormais partie du corpus d’une cinquantaine de tableaux laissés par Frédéric Pardo, héros de la contre-culture parisienne.

1/ Portrait de Tina Aumont (1966), de Frédéric Pardo. 2/ Totem et tabou (1962), de Frédéric Pardo. Galerie Loevenbruck.

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ID-ART PARIS PANORAMA FRANÇAIS

GENEVIÈVE ASSE

Face au grand bleu (1923-)

HESSIE

Prêtresse de l’art pauvre (1936-2017) Carmen Lydia Djuric, alias Hessie, a connu son heure de gloire en 1975, lorsque Suzanne Pagé, aujourd’hui directrice artistique de la Fondation Louis Vuitton, l’invite à l’ARC (Animation–Recherche– Confrontation), à Paris. « Survival Art » expose ses collages créés à partir de matériaux de récupération (vêtements usagés, monticules de poussière, papiers d’emballage…) et, surtout, ses broderies. Autodidacte, immigrée et féministe, Hessie (originaire de Santiago de Cuba) a remplacé le pinceau par une aiguille et la peinture par du fil de lin ou de coton. Et si elle se réapproprie une pratique artisanale, traditionnellement réservée aux femmes, c’est pour mieux la subvertir à l’instar de ces artistes baptisées les « Nouvelles Pénélopes » par la critique d’art Aline Dallier. À la même époque, entre 1972 et 1974, Annette Messager réalise d’ailleurs elle aussi une soixantaine d’albums-collections en cousant notamment sur des fragments de tissus blancs des proverbes misogynes. Mais Hessie est une solitaire. Après cet événement parisien, elle retourne dans son moulin d’Hérouval, dans l’Oise, qu’elle partage avec son mari, le peintre Dado. Elle tombe dans un oubli à peine réparé, en 2009, lorsque l’une de ses pièces, retrouvée dans les archives du musée, est présentée dans l’accrochage « Elles@centrepompidou ». Cependant, dans sa maison-atelier – une matérialisation de la chambre à soi décrite par Virginia Woolf –, elle travaille sans relâche. Elle y développe une œuvre marquée par la répétition – les séries « Végétations », « Grillages », « Boutons » ou « Bâtons » – un travail intemporel qui se révèle proche des questionnements des plasticiens du mouvement minimaliste, de l’arte povera ou du groupe Supports/Surfaces. Nombre de ses pièces, sauvées d’un incendie dans son repaire normand, portent désormais des traces d’humidité et de moisissure. « Survival Art » titrait sa première monographie… On ne saurait mieux dire. Boutons (1974), de Hessie. Galerie Arnaud Lefebvre.

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On dit le bleu Asse comme on dit le bleu Klein. Une couleur inimitable que Geneviève Asse obtient en combinant le cobalt et l’outremer avec quelques pointes de noir et de blanc. Ce mélange crée les subtiles nuances et les dégradés de ses tableaux abstraits, présentés notamment au Centre Pompidou en 2013 à l’occasion d’une donation de l’artiste au musée. Une exposition qui n’entama guère l’absence de notoriété de cette artiste singulière. En effet, que sait-on de Geneviève Asse, aujourd’hui âgée de 95 ans ? Qu’elle aime Cézanne et Braque, les natures mortes de Chardin et de Delaunay, l’un des pionniers de l’abstraction qu’elle découvre lors de l’Exposition internationale de 1937 au Pavillon français ; qu’après la guerre, elle côtoie des peintres et des écrivains comme Nicolas de Staël ou Serge Poliakoff mais aussi Boris Vian, Samuel Beckett ou encore Jorge Luis Borges. Ont-ils jamais eu la moindre influence sur ses œuvres en camaïeu représentant des objets, des nus, des paysages et des fenêtres ? L’une d’elles entra d’ailleurs dans les collections du ministère des Arts et des Lettres à l’issue de sa première exposition personnelle, organisée dans une galerie parisienne, en 1954. Progressivement, les motifs disparaissent de ses toiles au profit de vibrations atmosphériques. Elle a décidé de ne plus explorer que la lumière et l’espace. « J’ai commencé par les murs. Après j’ai été vers les fenêtres ; j’ai regardé la transparence de ces fenêtres, j’ai ressenti le besoin d’ouverture et de lumière. Dans La Pourvoyeuse, de Chardin, il y a une petite porte qui bâille, entrouverte, avec un personnage qu’on voit tout au fond. J’ai peint la porte entrouverte. Petit à petit, par la couleur de la matière et par le geste, j’ai tenté de m’y introduire. » Aujourd’hui installée à l’Île-aux-Moines, dans son Morbihan natal, elle poursuit ses recherches dans le silence le plus total. Et c’est debout, dans un même geste, et sans repentir, qu’elle exécute de grands formats, divisés parfois par une ligne blanche, une ligne de démarcation entre ciel et mer, entre le monde extérieur et intérieur.

Ligne blanche (2009), de Geneviève Asse. Galerie Oniris.


ID-ART PARIS PANORAMA SUISSE

1

À l’heure suisse

132

« La moitié de la Suisse est l’enfer, et l’autre moitié le paradis », écrivait Voltaire. Enfer et paradis vont donc se rejoindre à Paris, sous la nef du Grand Palais, à l’invitation de Guillaume Piens, commissaire général de la foire. Et démontrer ainsi que ce pays aux quatre langues nationales est un terrain propice à l’expression artistique. À l’est toute ! S.Sil.

Ce multiculturalisme au sein d’un même pays en fait toute

«J

set, Ugo Rondinone, Pipilotti Rist, Peter Fischli et David

la richesse. Hormis les trublions du mouvement dada, qui

2

scandalisèrent les bourgeois de Zurich, et la trilogie formée par Le Corbusier, Giacometti et Tinguely, adoptée par la France, quels sont les artistes contemporains dont la réputation a dépassé la crête des Alpes ? À en croire le classement établi par douze spécialistes, en 2014, les plus influents s’appelaient John M. Armleder (aujourd’hui âgé de 70 ans), Thomas Hirschhorn, Markus Raetz, Olivier Mos-

’avais envie de découvrir des horizons inexplo-

Weiss et, bien sûr, Urs Fischer. En 2011 et 2012, le sculp-

rés en Europe, de mettre en avant des initiatives

teur zurichois monopolisa par deux fois le monde de l’art :

locales, loin des autoroutes régulièrement bali-

quand l’une de ses œuvres, Untitled (Lamp/Bear), atteignit

sées », expose d’emblée Guillaume Piens, commissaire géné-

la somme de 6,8 millions de dollars lors d’une vente aux en-

ral d’Art Paris Art Fair. Avant de poursuivre : « Les Suisses

chères chez Christie’s ; puis lorsqu’il envahit la totalité du

s’insèrent dans ce régionalisme. Ils sont au cœur de l’Eu-

Palazzo Grassi de François Pinault, à Venise, avec sa « Ma-

rope mais sans adhérer à l’Union européenne. Ils sont au-

dame Fisscher », une exposition qui tint l’affiche trois mois

tant proches de nous que très éloignés culturellement, en

durant. Certes. Mais qui sont les talents de la jeune géné-

raison de la répartition de leur pays en régions distinctes : la

ration – trentenaires et quarantenaires ? Pour les présen-

Suisse alémanique, la Suisse italienne et la Suisse romande. »

ter, Karine Tissot, qui travailla de nombreuses années au

1/ La Chaux-de-Fonds 04, série « La Chaux-de-Fonds 2009-2011 », de Matthieu Gafsou. Galeries Éric Mouchet et Zlotowski. © MATTHIEU GAFSOU

2/ L’historienne de l’art et commissaire d’exposition Karine Tissot s’est chargée de dresser le panorama de la scène helvète que propose la foire. © LEA KLOOS


3

4

musée d’Art moderne et contemporain de Genève (Mamco)

artistes suisses comme Barbara Ellmerer, merveilleuse colo-

avant de fonder le Centre d’art contemporain d’Yverdon-

riste, ou Katja Loher, remarquée pour ses vidéos-sculptures

les-Bains, a élaboré des programmes qui valorisent la créa-

liées aux questions de l’écologie et de l’avenir de l’humani-

tion actuelle (lire pages suivantes).

té, avec le Français Claude Viallat. Certaines enseignes européennes leur font écho, comme Éric Mouchet et Zlotowski,

Confrontations

qui confrontent sur un même stand les peintures et dessins de

L’historienne de l’art a aussi sélectionné une centaine d’ar-

Le Corbusier aux photographies de Matthieu Gafsou (série

tistes émergents avec l’appui de 13 galeries suisses, parmi les-

« La Chaux-de-Fonds », ville de naissance de Le Corbusier).

quelles Ditesheim & Maffei Fine Art (Neuchâtel), qui pro-

« L’art irrigue tout le territoire suisse, précise Karine Tissot.

pose une rencontre entre quelques figures de la scène helvète

C’est le pays le plus doté en galeries et en fondations. » En

comme Germaine Richier (sculptrice française qui eut une

témoigne l’installation prochaine à Genève de la fameuse ga-

période suisse), Louis Soutter ou Frédéric Clot, dont les pein-

lerie new-yorkaise Pace, qui y rejoindra Gagosian (dont le

tures évoquent un monde crépusculaire. Même confronta-

catalogue est riche de stars du marché, tels Damien Hirst ou

tion à la Galerie Rosa Turetsky (Genève) entre la doyenne

Andreas Gursky). Heureux hasard, le musée d’Art moderne

Pierrette Bloch et Sandrine Pelletier, qui, en 2015, dessi-

de la Ville de Paris expose la série « Parsen und Module »,

na au fusain un paysage sous-marin sur les murs du musée

peinte en 1999 par Pia Fries et récemment entrée dans ses

des Beaux-Arts Le Locle. La galerie DuflonRacz (Bern) a

collections. Les 30 tableaux de taille identique de celle qui

réuni six artistes, parmi lesquels Simon Deppierraz, dont

fut l’élève de Gerhard Richter à la Kunstakademie de Düs-

les sculptures se jouent des lois de la gravité. Quant à la

seldorf en 1986 commencent tous par la syllabe « par » ou

Galerie Andres Thalmann (Zurich), elle fait dialoguer des

« pars ». Un exemple d’humour suisse ?

3/ Should We Learn How to Love From the Bees? (2016), de Katja Loher. Galerie Andres Thalmann. © HAL CAMPBELL 4/ Flux Vib I (2016), de Barbara Ellmerer. Galerie Andres Thalmann. © GEROLD HAENGGI

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ID-ART PARIS PANORAMA SUISSE

2

1

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6

7

Tradition, transmission Désormais à la tête d’une fabuleuse collection d’art moderne et contemporain suisse à travers sa fondation d’entreprise, l’assureur Helvetia présente à Paris un « Panorama » d’une quarantaine de pièces. En marge de cette exposition exceptionnelle, plusieurs œuvres in situ font place à la création suisse actuelle. S.Sil.

L

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perles en plastique créé in situ par Pipilotti Rist. Riche de 1 700 œuvres (et 400 artistes), cette collection d’entreprise, qui se répartit essentiellement en peintures, dessins et photographies et s’échelonne des années 40 jusqu’à nos jours, est l’une des plus importantes du pays. Mais collectionner n’est pas la seule ambition d’Helvetia, qui encourage aussi les artistes émergents – un prix inauguré en 2004 récompense financièrement le lauréat (15 000 CHF)

1/ You May Find Yourself In a Beautiful House (2010), toile à la bombe de peinture d’Hadrien Dussoix. © RUEDI HABEGGER 2/ Blue Splash (2014), installation multimatières de Christopher Füllmann. 3/ Aufgeweckter Rosenscheitel (Awoken Rose Parting) (2014), installation de 24 500 perles de polycarbonate facettées, de Pipilotti Rist. 4/ Chi ha detto che il giallo non è bello (Qui a dit que le jaune n’était pas beau) (1983/90), projet d’installation au Grand Palais de Christoph Rütimann. © COURTESY

ance à la main et bouclier à ses pieds, Helvetia est la

et lui donne la possibilité de montrer son travail lors de

figure allégorique féminine qui symbolise la Confé-

la foire Art Basel – et favorise la transmission par l’inter-

dération suisse. C’est aussi le nom d’une des plus an-

médiaire d’expositions en libre accès, régulièrement or-

ciennes compagnies d’assurances du pays, une entreprise

ganisées dans son Foyer d’art (« Have a Seat » y réunit

qui a décidé de marier l’art et les affaires. Elle a été fondée

actuellement des pièces illustrant la thématique de la po-

en 1858 à Saint-Gall, une ville située à une dizaine de kilo-

sition assise). Il est donc exceptionnel qu’Helvetia retire

mètres du lac de Constance, dont l’abbaye, la bibliothèque

de ses espaces de travail une quarantaine de ses œuvres,

collégiale et les bâtiments conventuels sont inscrits au pa-

choisies parmi ses dernières acquisitions. Elles composent

trimoine mondial de l’Unesco. C’est donc à l’ombre de ce

un « Panorama » qui met à l’honneur des plasticiens mé-

CHRISTOPH RÜTIMANN &

somptueux ensemble baroque que le siège de la société en-

connus de ce côté-ci des Alpes, à l’instar de Francis Bau-

GALERIE MAI 36 (ZÜRICH).

trepose ses trésors. Ils sont disséminés de part et d’autre

devin, qui peint à partir de motifs inspirés du design

de la cage d’escalier où trône sur six étages le rideau de

d’emballage, de Christopher Füllemann, qui utilise des


4

8

5

9

10

et œuvres in situ matériaux usuels éphémères pour réaliser des sculptures

de synthèse, animation en 3D et design interactif. À l’inté-

monumentales, ou de Michel Grillet, dont les ciels étoilés

rieur du Grand Palais, directement sur les murs de la nef,

et les paysages de montagnes semblent rendre hommage

ce sont quatre de leurs compatriotes qui interviennent :

à la tradition naturaliste. D’autres encore, parmi lesquels

Renate Buser, Sébastien Mettraux, Christoph Rüttimann

Hadrien Dussoix et ses collages en 3D, Franziska Furter

et Christian Gonzenbach. Ces quatre plasticiens pluridis-

et ses « dessins monumentaux » tracés dans l’espace ou

ciplinaires ont choisi de créer in situ une fresque monu-

Bernard Voïta et ses photographies composées en atelier

mentale et inédite. Enfin, la Project Room diffuse en boucle

avec des objets simples, témoignent de toute la diversité

des vidéos réalisées exclusivement par des femmes artistes.

de l’art suisse d’aujourd’hui.

Un programme qui permet de croiser histoire de l’art et histoire civique, la découverte de ce médium ayant coïnci-

Vidéos et design interactif

dé avec l’introduction du suffrage féminin au niveau fédé-

Les artistes collectionnés par la fondation d’entreprise Hel-

ral en 1971. Sont donc rassemblés, quels que soient l’âge

vetia et montrés dans le cadre de l’exposition intitulée « Pa-

de leurs créateurs, leurs centres d’intérêt ou leur région

norama » ne sont pas les seuls ambassadeurs de la Suisse

d’origine (Suisse romande, italienne ou alémanique), les

au Grand Palais. Dehors, un trio formé de Camille Scher-

films tournés par des stars comme Pipilotti Rist, des fémi-

rer, Alan Bogana et Yves Netzhammer (qui représenta la

nistes comme Carole Roussopoulos, des plasticiennes qui

Suisse à la Biennale de Venise en 2007) illumine la façade

se concentrent sur les limites du corps, de sa physicalité,

avec des projections numériques. Cette utilisation des nou-

de son épuisement comme Anne Rochat ou qui explorent

velles technologies permet de produire des œuvres qui in-

les frontières entre l’animal, le végétal et le minéral, telle

terrogent notre perception du réel. Au programme, images

Marion Tampon-Lajarriette. Alléchant.

5/ Diamond Mountain Drift (2013), capture d’image vidéo d’Alan Bogana. 6/ Island (2012), fil de métal de Franziska Furter. 7/ Installation de Christian Gonzenbach (2018). 8/ Sans titre (2006), acrylique sur toile de Pierre Schwerzmann. © CHRISTIAN BAUR 9/ Extrait de la série d’aquarelles « Montagnes-Ciel » (2006), de Michel Grillet. © CHRISTIAN BAUR 10/ Sans titre (2015), huile sur toile de Sébastien Mettraux.

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ID-ART PARIS FOCUS

À la croisée des arts

1

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2

Certains artistes s’emploient à abolir les frontières entre les beaux-arts et les arts décoratifs. Qu’ils choisissent le tissage, le mobilier ou la décoration, ils partagent l’envie de défricher de nouvelles voies, loin des hiérarchies convenues. Sélection de cinq de ces créateurs singuliers présents sous la nef du Grand Palais. S.Sil.

plieuse de temps ». Françoise Paressant, quant à elle, se

S

Albers, figure du Bauhaus – qui rendent chacune de ses

présente comme « un peintre qui tisse ses peintures ». En effet, cette artiste n’a pas choisi le textile plutôt que le pigment, ou l’écheveau plutôt que le pinceau, elle utilise la tapisserie pour tisser sa toile avec de la laine, du coton ou des matériaux plus surprenants, tels le papier et le polyane (un film plastique) découpés. Autant d’éléments colorés – peut-être selon l’enseignement de Joseph

imone Pheulpin est une artiste textile. Ses outils ?

pièces vibrante et vivante (Galerie Chevalier). Associer

Du coton et des aiguilles avec lesquels elle sculpte,

art et architecture, c’est le credo de Philippe Gravier,

depuis plus de trente ans, des formes organiques

qui a choisi de consacrer un solo show à l’architecte

que lui inspire la nature de sa région natale, les Vosges.

japonais Kengo Kuma, célèbre en France pour avoir

Intitulées Croissance, Pompei, Anfractuosité ou Épiphyte,

transformé la façade du conservatoire de musique et de

ces œuvres sont composées de bandes de tissu écru (par-

danse d’Aix-en-Provence en origami géant à l’aide de

fois longues de trois kilomètres) minutieusement pliées.

panneaux d’aluminium. Quelques-uns de ses « bijoux

À 75 ans, Simone Pheulpin accède enfin à la notoriété.

d’architecture », toujours influencés par la tradition

En 2017, celle qui remporta le prix Le Créateur de la

de son pays natal, évoquent le goût de ce lauréat du

Fondation Ateliers d’Art de France – elle fut aussi la seule

Global Award pour le petit format. Quant à la Mobilab

Française finaliste du célèbre Craft Prize 2018, décerné

Gallery de Lausanne, spécialisée dans l’édition de projets

par la Fondation Loewe – déploya son « Monde de

de design d’auteur, elle expose notamment les Happy

plis » à la Chapelle expiatoire (Paris VIIIe), entre crypte

Tables du jeune designer Adrien Rovero (sollicité par la

et sacristie. Séance de rattrapage possible sur le stand de

Manufacture nationale de Sèvres comme par Hermès)

Maison Parisienne, qui lui consacre un solo show, pour

et les ballons en aluminium de Matteo Gonet, verrier

découvrir l’œuvre de celle qui se définit comme « une

remarqué aux côtés de Jean-Michel Othoniel.

1/ Les Trois Sœurs (2015, 210 x 255 cm), de Françoise Paressant. Galerie Chevalier. 2/ Décade (1987, 200 x 500 x30 cm), de Simone Pheulpin. Maison Parisienne. © JULIEN CRESP 3/ Toccata (2016, 150 x 105 cm), de Françoise Paressant. Galerie Chevalier.

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ULM DAYBED par Ramón Esteve

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Contemporary design parce que quand c’est beau, c’est mieux !


Shell

Capo

Barcelona

(Hans Wegner / Carl Hansen & Son)

(Doshi & Levien / Cappellini)

(Ludwig Mies van der Rohe / Knoll)

Masters

Vegetal

Swan

(Philippe Starck / Eugeni Quitllet / Kartell)

(Erwan et Ronan Bouroullec / Vitra)

(Arne Jacobsen / Fritz Hansen)

Acapulco

Up 5 & 6, La Mamma

RAR

(BOQA)

(Gaetano Pesce / B&B Italia)

(Charles et Ray Eames / Vitra)


tobiasgrau.com

FA L L I N G


DOSSIER SPÉCIAL ALLEMAGNE

Best-seller d’un jeune designer allemand pour une marque allemande : les tables Bell de Sebastian Herkner voisinent avec le miroir Piega de la jeune Française Victoria Wilmotte, repérée par ClassiCon. ©  ELIAS HASSOS


© CLÉO BARAND

ID-RÉTROVISION

Histoire du design allemand Alors que nous parlons du design d’un pays, ses représentants sont devenus des globe-trotteurs. Mais, ayant grandi et/ou étudié en Allemagne, ils n’en sont pas moins les héritiers de l’histoire d’une discipline qui s’y est épanouie entre rigueur légendaire et alchimie personnelle, donnant naissance à des icônes. Honneur à ces femmes et à ces hommes qui ont marqué le design du XXe siècle jusqu’aujourd’hui ! Par Guy-Claude Agboton

142


1908 1920

1859

1924

1859

1924

Dès la seconde moitié du XIXe siècle, l’Allemand Michael Thonet incarne le profil moderne de l’éditeur de design industriel. Ses fameuses chaises de bistrot en bois tourné s’expédient dans le monde entier, démontées et empilées en série dans des cubes d’un mètre de côté (voir p. 172). À l’orée du XXe siècle, l’époque fait encore la part belle aux arts décoratifs en pleine ébullition. Mais dans leurs ateliers, créateurs et fabricants parlent de produire en masse uniquement des produits sérieux.

gracile, il prouve qu’un simple objet d’autrefois, arrivé dans les intérieurs contemporains onze ans avant l’ouverture du Bauhaus et dessiné par un professeur et directeur d’école d’art un peu oublié, peut demeurer un vecteur de modernité.

Walter Gropius (1883-1969) Architecte et premier directeur du Bauhaus en 1919, Gropius est un héros de roman. Marié pendant cinq ans avec la musicienne Alma Mahler, il croise aussi bien son ex-mari, le compositeur Gustav Mahler, que le bon docteur Freud

Michael Thonet (1796-1871)

en médiateur. Dans le magnifique bureau de Walter Gro-

Ébéniste allemand, il devient en Autriche le premier industriel

pius, au Bauhaus de Weimar, son fauteuil F51 (1920, Tecta) séduit toujours les

du meuble. Au milieu du XIXe, ses chaises en bois courbé bre-

visiteurs. Il faut dire que, dans la pièce, tout, des lampes au tapis, rappelle, là

vetées meublent les grands cafés. Il s’en vend jusqu’à 865 000

encore, la modernité du design allemand.

par an ! En 1859, la chaise N° 14 devient la première icône internationale, médiatisée par des catalogues et des affiches. Pionnier de la publicité

Marianne Brandt (1893-1983)

moderne, Thonet édite l’un des sujets de l’impératrice Sissi, le Viennois Josef Hoff-

Marianne Brandt reste dans l’histoire du design allemand la

mann (1870-1956). L’industriel envisageait le design allemand sans frontières.

première femme à avoir dirigé un atelier au Bauhaus, celui du métal, alors que, malgré les promesses d’égalité des dé-

Otto Blümel (1881-1973)

buts de l’école, les femmes furent finalement cantonnées

Né la même année que Picasso, Otto Blümel peignait autant

aux textiles (très beaux au demeurant)… Sa théière MBTK (1924), aujourd’hui

qu’il dessinait. Il est de ceux qu’on redécouvre aujourd’hui grâce

éditée par Tecnolumen, montre bien par son absence d’ornement la radica-

à la réédition, par l’éditeur allemand ClassiCon, de son porte-

lité d’un changement d’époque. C’est aussi en développant au Bauhaus un

manteau Nymphenburg (1908), tout en laiton nickelé. Aérien et

label semi-industriel que Brandt se révéla une pionnière.

143


ID-RÉTROVISION 1925

1929

1931

1929

1925

1931

Quand le Bauhaus ouvre à Weimar en 1919, c’est le kitsch, inventé en Allemagne et en Autriche à l’échelle industrielle, qui règne dans les intérieurs. C’est peut-être aussi afin de contrebalancer ce modèle dominant que les architectes, les théoriciens et les artistes se sont unis. Avec le Bauhaus, l’Allemagne devient LE pays des modernistes, tous domaines artistiques confondus.

lui-même devenu culte. Même destin pour la maison Tugendhat, à Brno (République tchèque), dont Knoll édite toujours les fauteuils aux pieds en arc de métal. Quant au label Tecta, il édite ces sièges D42 aux pieds d’acier aériens qui donnent l’impression de ne reposer sur rien.

Eckart Muthesius (1904-1989) Filleul de Charles Rennie Mackintosh, Eckart Muthesius a été élevé dans le Berlin de 1900 par des parents architectes et dé-

Marcel Lajos Breuer (1902- 1981)

corateurs. À 25 ans, il part bâtir en Inde Manik Bagh, le plus

Né en Hongrie, Marcel Breuer a suivi sa formation à Vienne

grand bâtiment Art déco du monde, résidence du maharadjah

avant de devenir une des gloires du design allemand. Le mobi-

d’Indore, âgé de 25 ans comme lui. Le lieu utilise toute la tech-

lier standardisé aux pieds en tube d’acier façon cadre de vélo,

nique moderne possible. Banu (1929), le tabouret de la coiffeuse de la maharani,

c’est lui, en même temps que les expérimentations similaires du

édité aujourd’hui par ClassiCon, en restitue bien l’ambiance. On trouve encore

designer hollandais Mart Stam, moins connu. Wassily (1925), le fauteuil de Breuer,

aujourd’hui en Inde des chaises inspirées par le modernisme allemand.

est devenu une icône de l’éditeur Knoll. Il a été créé pour la maison de Wassily Kandinsky au Bauhaus de Weimar. Esthétique au service du fonctionnel, c’est l’es-

Hans (1890-1954) et Wassili (1889-1972) Luckhardt

sence même du design.

Des deux frères architectes berlinois, c’est Hans l’auteur de la chaise S36, star du catalogue Thonet depuis 1931. Le maharadjah d’Indore en avait alors commandé

144

Ludwig Mies van der Rohe (1886-1969)

des caisses pour son palais Art déco. L’histoire du design n’a

La chauffeuse Barcelona (1929), dessinée par l’architecte qui

pas encensé les frères Luckhardt, devenus ensuite adhérents

fut aussi le dernier directeur du Bauhaus, est au design ce que

du parti nazi, courant après les chantiers publics. La seule mo-

le sac 2.55 de Chanel est à la mode. Le pavillon d’exposition

dernité qui perdure les concernant reste celle des vestiges de

barcelonais pour lequel ce siège, édité par Knoll, a été créé est

leur architecture et l’actualité d’une chaise.


1992

1960

1954

1982

1954

1992

Après la guerre, l’Allemagne de l’Ouest pense reconstruction, puis course à la prospérité. Comme si la nécessité d’un nouveau Bauhaus s’imposait, le monde du design se réjouit de la fondation de l’École d’Ulm en 1955. Influente, elle ne participera pas à d’autres révolutions que celle des formes. Ce qui n’empêchera pas certains designers d’en sortir en francs-tireurs.

son système universel d’étagères 606, chez l’éditeur londonien Vitsoe, fait de lui le père spirituel d’un Jasper Morrison ou d’un Naoto Fukasawa. Une chose est sûre : ses étagères sont fonctionnelles.

Richard Sapper (1932-2015) Richard Sapper rongeait son frein chez Mercedes. Dès 1958, il s’installe à Milan, travaille chez Marco Zanuso, d’où sortiront la TV et la radio les plus iconiques du catalogue

Eddie Harlis (1928-1985)

Brionvega. Best-seller du design italien, sa lampe Tizio (Ar-

Le prénom américanisé d’Eddie Harlis, designer et décora-

temide, 1971) est bien la création d’un designer d’outre-Rhin,

teur de lieux lifestyle, symbolise bien le Zeitgeist ambiant de

lequel n’a pas entaché la réputation de fiabilité des pièces d’électroménager

l’Allemagne de l’après-guerre, dépeinte dans certains films de

allemandes en créant la bouilloire Kettle (Alessi, 1982). Si une lampe et une

Rainer Werner Fassbinder. L’heure est à l’américanisation qui

bouilloire ne refont pas le monde, elles peuvent, à leur échelle, contribuer à

fait oublier les mauvais souvenirs. En 1954, la chaise S 664 d’Eddie Harlis préfi-

le rendre plus beau.

gure déjà la décennie des sixties. Longtemps éditée par Thonet, avec son assise ronde et percée, elle ne séduit plus désormais qu’en version vintage.

Ingo Maurer (1932-) Derrière son image de « magicien de la lumière », Ingo Maurer est aussi un tech-

Dieter Rams (1932-)

nicien. Dès 1966, après une expérience dans le graphisme publicitaire, le designer

Ses dix principes du bon design ont fait de lui, et Dieu, et le

met au point Bulb, une lampe en forme d’ampoule version

pape du design allemand ! Surnommé Mister Braun, il est le

XXL. Bien qu’il s’y entende à trouver des solutions techniques,

designer du rasoir électrique des pères de famille seventies.

elles restent au service de ses rêves. Ce n’est jamais froid ou

Rams est au design allemand ce qu’Umberto Eco était à la

high-tech. Donnez à Ingo Maurer des plumes d’oie, il vous fait

littérature italienne : un millefeuille de culture. Depuis 1960,

Birds (1992), un lustre d’ampoules ailées.

145


ID-RÉTROVISION 200

4

2010

2015

2006

2000 Ce n’est pas parce ce que les designers d’outre-Rhin travaillent volontiers pour des labels étrangers qu’il faut imaginer leur pays trop petit pour eux. La Foire de Cologne témoigne du dynamisme du marché allemand. Une gestion avisée n’est-elle pas aussi l’un des fondamentaux du design ?

et lobbies d’hôtel. Jouer avec le fauteuil, le dossier et les coussins s’est imposé pour conditionner un confort sur mesure dans lequel l’absence de fioriture allège le produit.

Sebastian Herkner (1981-) Designer voyageur invétéré, Sebastian Herkner collabore avec un grand nombre de labels internationaux, sans né-

Konstantin Grcic (1965-)

gliger ceux de son pays (lire p. 152). Il y a grandi, étudié,

En 2004, le mix de fonte d’aluminium et de béton de sa

travaillé et s’y est installé. Sa passion de l’artisanat ne doit

chaise One, chez l’éditeur italien Magis, a fait de Konstantin

pas occulter son intérêt pour le design industriel, qu’il interpelle en y sou-

Grcic une star. Ce siège équipe nombre de musées dans le

lignant tout le travail de la main de l’homme. Bell, sa table la plus connue,

monde. Rétif à tout buzz, le Munichois Grcic, qui a même

éditée par ClassiCon (2010), est un best-seller exaltant la beauté des ma-

été, ensuite, nommé créateur de l’année dans trois villes simultanément, tra-

tériaux en renversant leur usage.

vaille pour les grands labels italiens. Mais il a aussi dessiné quelques icônes chez l’allemand ClassiCon. Et il vient de créer pour Prada des accessoires

Valentin Loellmann (1983-)

pour homme… avant de déménager à Berlin (voir p. 148).

Né dans une famille de créateurs, le designer Valentin Loellmann n’a pas pris le chemin de l’industrie. Son sofa Spring Summer (2015), en bronze et

Philipp Mainzer (1969-) et Farah Ebrahimi (1966-)

146

chêne poli, a d’ailleurs popularisé dans les magazines tout l’intérêt des pièces

En 2006, le duo formé d’un architecte et d’une designer

uniques. Représenté en France par la Galerie Gosserez,

aux commandes du label de design allemand E15 (fondé

Loelmann (voir IDEAT #124) a fini par incarner dans le

en 1995) conçoit le sofa modulable Shiraz. Il prodigue

paysage du design la figure retrouvée de l’artisan, qui car-

aussi bien le confort des assises horizontales orientales

bonise, ponce et forge des pièces lui-même, avant que la

que celui qu’on désespère de trouver dans tous les salons

tendance ne promeuve la customisation et le sur-mesure.


2016

2017

2018

2017

2018 Les designers allemands reflètent une certaine Allemagne, ouverte sur l’extérieur, qui voyage, innove et réussit. Ils affichent un vague sourire en coin quand on leur parle de cette satanée rigueur allemande. Ils ont l’air de penser que c’est un cliché… qui a le mérite d’être flatteur.

Elephant avec repose-pied (2017) font la synthèse entre deux sens de l’épure, du confort et de la fabrication exigeante.

Meike Harde (1987-) Sans être dès leur sortie iconiques, certains objets retiennent l’attention au fil des événements et foires de design. C’est le cas de ce vase de la série « Potpourri » (Pulpo, 2017), traité en

Markus Jehs (1965-) et Jürgen Laub (1964-)

verre soufflé opalescent, qui, avec son air de cheminée du

Dans leur studio de Stuttgart fondé en 1994, le duo de desi-

Centre Pompidou, incarne bien un certain sens de l’allégorie, celui de la designer

gners dessine du mobilier indémodable mais jamais austère.

Meike Harde. On l’avait repérée en France grâce à son cabinet Hybrid édité par

Pour eux, la fonctionnalité d’un meuble conditionne son es-

Roche Bobois (2015), tout en résille d’acier ou de laiton, qui revisitait à la fois le

thétique. Ils expliquent que leur vison du design après leurs

cabinet et la vitrine. La promesse deviendra-t-elle révélation ?

études en Allemagne s’est ouvert à autre chose lors d’un stage à New York. C’est en s’inspirant des chaussures de ski qu’ils ont conçu Striad (Herman Miller, 2016), un fauteuil lounge et son repose-pied. Unisexe, il a tout du classique du design.

RSW (2005-) : Sven Rudolph, Carsten Schelling, Ralf Webermann Auréolée en 2018 d’un nouveau prix au salon Ambiente de Francfort, la nou-

Christian Haas (1974-)

velle radio-enceinte Bluetooth The Monkey de RSW pour le label Palomar

Côté création, Allemagne et Japon entretiennent depuis longtemps des

fait penser que ses créateurs sont des nouveaux venus. Le trio s’est en fait ré-

affinités électives. De l’architecte Bruno Taut (1880-1938) à

inventé, exercice de design s’il en est. Ils formaient aupara-

Walter Gropius (1883-1969), tous les modernistes allemands

vant le trio Ding3000, cultivant une image et des créations

aiment le Japon. Aujourd’hui, le designer Christian Haas,

hors norme, loin de la rigueur allemande, comme le prouve

entre Allemagne, France et Portugal, travaille notamment

leur lampadaire bleu Klein à franges, inspiré de la silhouette

avec le label nippon Karimoku New Standard. Ses sofas

d’un lévrier afghan…

147


ID-PORTRAIT

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2

Konstantin Grcic : Il compte parmi les dix designers les plus importants de l’époque. Si on a souvent résumé le travail de Konstantin Grcic à un design industriel, radical, celui-ci s’apparente plutôt à un radicalisme humaniste, qui plonge ses racines dans l’observation minutieuse de ses contemporains. Depuis ses débuts, il imprime une même volonté de proposer des solutions pour le monde à venir, sans œillères.

homme capable de dessiner avec la même aisance une

Par Marie Godfrain

« Konstantin, comme les Bouroullec, déteste le simple

U 148

lampe à 80 euros et une pièce de galerie à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Sans doute a-t-on trop hâtivement catalogué « designer industriel radical » ce grand brun aux lunettes rectangulaires à monture épaisse. Radical, Konstantin Grcic l’est incontestablement, mais avant tout par son refus de s’enfermer dans un style, par une remise en question permanente et, surtout, par sa persévérance monstre pour faire aboutir un projet. exercice de style et, comme eux, il n’y a jamais de bench-

ne bûche glacée en forme de couronne rose bon-

marking (étude comparative, NDLR) avant de se lancer

bon ornée de cabochons en chocolat… Lors-

dans un projet », détaille Eugenio Perazza, patron de

qu’il a livré, début décembre, sa version du gâ-

Magis, l’heureux éditeur de la Chair_One. Commercia-

teau de Noël pour Häagen-Dazs, Konstantin Grcic a

lisée depuis 2003, cette assise a été dessinée sans étude

pris tout le monde de court. Tout le monde… sauf ceux

de marché. Dans sa version avec piètement en béton, ses

qui connaissent finement le travail du designer muni-

formes brisées en fonte d’aluminium affichent sur la ba-

chois, son appétit pour l’expérimentation de nouvelles

lance un poids total de 43 kilos ! Didier Krzentowski,

techniques et l’exploration de typologies inédites. Un

fondateur de la Galerie Kreo, qui a recruté le designer

3


4

le discours de la méthode en 2004, se rappelle ce moment inoubliable : « Le jour

Ses expérimentations et questionnements ne sont jamais

où j’ai découvert ses pièces, elles m’ont perturbé… J’ai

gratuits mais ambitionnent de faire évoluer le design, de

d’emblée trouvé son écriture incroyable. » Sa radicalité

l’imbriquer aux changements des modes de vie. Nomade,

s’exprime aussi par son refus de se laisser dicter son des-

légère, solide, la lampe May Day, dessinée il y a vingt

sin par les tendances ou les technologies disponibles. Il

ans, en est le meilleur exemple et demeure le best-seller

préfère donner naissance à ses rêves. « Nous allons dé-

de Konstantin Grcic et de Flos, son éditeur. « À l’époque

velopper beaucoup de projets avec Konstantin dans les

où tout le monde utilisait le plastique comme une ca-

deux années qui viennent. Pour les deux projets majeurs,

ricature, lui en a fait une matière consistante, joyeuse,

nous allons créer des machines spécifiques et employer

forte, universelle, voire courageuse… C’est ce courage et

des technologies encore jamais utilisées dans le design »,

cette fantaisie qu’il a aussi mis au service de la Noctam-

révèle Eugenio Perazza. C’est d’ailleurs par le biais de la

bule, un projet que nous avons dévoilé l’année dernière.

recherche et de l’expérimentation que Didier Krzentows-

Il a marié des chaînes, du verre, des LED pour en faire

ki a réussi à convaincre Konstantin Grcic de rejoindre

un objet romantique mais technique. En cela, Noctam-

son écurie : « Je lui ai expliqué que nous étions une sorte

bule représente les challenges de notre époque », confie,

de laboratoire, un espace de liberté et de recherche sans

admiratif, Piero Gandini, le directeur de la prestigieuse

les contraintes du design industriel… » Depuis, le desi-

marque de luminaires. Didier Krzentowski va plus loin :

gner n’a plus quitté la galerie. Ces derniers temps, il pré-

« Konstantin se pose sans arrêt des questions sur notre

pare l’exposition « Volumes » (à partir du 15 mai), pour

façon de vivre, il intellectualise beaucoup. Est-ce que, de-

laquelle il a conçu un alphabet de formes.

main, nous nous assiérons toujours à une table et sur une

1/ S’asseoir sur la table d’appoint à côté de la chaise ? Une idée digne de Konstantin Grcic, qui a signé ces pièces de la collection « Mingx » pour Driade. © VEGA MG 2/ Pour Magis, le designer allemand a, entre autres, conçu la collection « Brut », représentée ici par le canapé. 3/ Également éditée par Magis, la Chair_One, avec ses formes brisées et son pied en béton, a marqué plus d’un esprit. 4/ Une des tables de la collection « Brut » avec le fauteuil pivotant Tuffy - The Wild Bunch (Magis).

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ID-PORTRAIT

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chaise ? Avec “Hieronymus”, une exposition consacrée

meuble de Milan, où Konstantin rencontre Giulio Cap-

à l’espace de travail en 2016, il s’est autant imprégné de

pellini. L’Italien produit sa table Satellite en acier tubu-

saint Augustin que des mutations de l’époque. Ces ré-

laire, son projet de diplôme au Royal College of Art. En

flexions font avancer le design et nos façons de vivre. »

1991, il fonde KGID, son propre studio, à Munich. Démarrent alors les collaborations avec ClassiCon, Flos…

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Passeur d’envies

Dans ce studio défilent de jeunes designers prometteurs

Ce rôle de passeur, il l’endosse d’autant plus volontiers

auxquels il inculque plus une méthode de travail et une

que lui-même doit beaucoup à une autre star du de-

rigueur qu’un « style ». Ses stagiaires ne sortent pas cor-

sign, l’Anglais Jasper Morrison. Né à Munich en 1965,

setés, formatés, mais nourrissent au contraire une envie

Konstantin Grcic entame son apprentissage comme res-

de faire bouger les lignes (lire nos portraits p. 162). Une

taurateur d’antiquités en 1985 puis part suivre une for-

fois son concept avancé, Konstantin Grcic choisit l’un

mation d’ébéniste au Parnham College, dans le Dorset,

de ses assistants, lui explique son idée et le laisse dé-

entre 1985 et 1987, avant d’étudier le design au Royal

marrer son développement. Une méthode qu’il a trans-

College of Art de Londres. Il y rencontre Jasper Mor-

mise à des designers qui ont fait leurs preuves depuis,

rison, qui l’embauchera dans son studio où il passera

comme Stefan Diez, Nitzan Cohen ou Pauline Deltour.

six mois. Cette rencontre, comme celle avec Vico Ma-

Après vingt-sept années dans son studio munichois, le

gistretti, sera déterminante dans sa carrière et dans sa

designer et son équipe déménagent ce printemps à Ber-

ligne de conduite. Sheridan Coakley, qui a fondé l’édi-

lin la cosmopolite... sans doute pour demeurer au plus

teur de mobilier SCP, le repère et le convie au Salon du

proche de ce monde en mutation.

1/ Pour l’exposition « Hieronymus » que la Galerie Kreo lui a consacrée en 2016, Konstantin Grcic a dessiné une série de « fauteuils » en édition limitée. © FABRICE GOUSSET / GALERIE KREO 2/ La lampe OK (Flos) a remporté le prestigieux prix de design Compasso d’Oro de l’ADI en 2014. © ACCUSOFT INC.


Aura Collection Design Angel Marti & Enrique Delamo

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ID-ENTRETIEN

Chaise 118, l’assise Thonet réinterprétée par le designer Sebastian Herkner. © PHILIPP THONET

Sebastian Herkner, designer aux semelles de vent Le designer allemand Sebastian Herkner est si cosmopolite qu’il a deux surnoms, Basti en Allemagne et Seba quand il franchit la frontière italienne, ce qu’il fait souvent lorsqu’il a rendez-vous avec ses éditeurs ou avec les artisans qui collaborent à ses projets. Mais c’est d’Offenbach-sur-le-Main, en banlieue de Francfort, qu’il nous en dit plus sur sa vie professionnelle en 2018. Propos recueillis par Guy-Claude Agboton

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talents, des designers inconnus. Je pense que les éditeurs allemands sont davantage en quête de gens établis. Les Italiens cherchent avant tout un nouveau langage et des projets uniques.

Allemand ou pas, à quoi ressemble l’éditeur parfait ?

Table Bell (ClassiCon). © CLASSICON

Vous travaillez beaucoup hors d’Allemagne : hasard ou pays trop petit pour vous ? C’est vrai que mes premières collaborations étaient italiennes, espagnoles ou françaises, comme avec La Chance. Depuis deux ans, je travaille avec davantage de labels allemands. Mais, vous savez, je ne vois pas de frontières entre les gens. La seule différence, c’est la langue. Et ce n’est pas déterminant.

En fait de designer allemand, vous êtes international… Oui. En même temps, à côté de mes projets avec des labels allemands ou autrichiens, l’un de mes rendez-vous annuels les plus importants, c’est la Foire de Cologne. Les éditeurs allemands y viennent en force. Mais, à dire vrai, je suis plutôt quelqu’un qui travaille à l’échelon international, en Asie ou en Colombie. C’est plus stimulant.

Cela dépend si l’éditeur fabrique ou pas. Avec celui qui sous-traite, changer de fournisseur ou de sous-traitant est facile ; le designer peut aisément changer de matériaux, comme chez Pulpo. Chez Moroso en revanche, un éditeur qui fabrique sur place, à Udine, l’innovation demeure essentiellement dans le cadre du siège rembourré. J’apprécie que l’éditeur ait une vision, comprenne mon travail et produise de façon responsable. L’idéal également, c’est la collaboration à long terme, c’est-à-dire le contact avec le directeur artistique, le propriétaire et les artisans d’un label.

Qu’avez-vous présenté au salon IMM Cologne ? Une première collection de tapis avec The Rug Company, mais aussi la chaise  118, de Thonet. Nous avons réinterprété la « chaise francfortoise  », une assise de cuisine ou de restaurant typique, basique, solide et à prix raisonnable. Nous voulions un peu plus d’élégance en accord avec l’ADN de Thonet, d’où le cannage en osier et le dossier en bois massif courbé à la vapeur. Nous

avons proposé un laquage bleu, ce qui donne une nouvelle personnalité à cette chaise. Chez l’autrichien Wittmann, nous avons présenté Merwyn, une chaise à ressorts particulièrement confortable, garnie d’un coussin d’assise qui évoque un macaron. Nous avons également montré Ono, notre troisième lit pour Schramm Werkstaetten, et enfin notre projet colombien avec la marque Ames, baptisé Sala, et qui a pour objet un vélo spécial.

Que préparez-vous pour le Salon du meuble de Milan ? Des tables et des chaises complétant la collection « Pipe » de Moroso. Nous serons aussi chez Cappellini, Wittmann et Ex.t.

À ce moment de votre parcours, comment vous sentez-vous ?

Appartenez-vous à une génération de designers allemands ? Fatalement. Je suis né, j’ai grandi et étudié en Allemagne, et j’y vis. Mais je me sens plus fortement encore faire partie d’une génération de jeunes designers internationaux.

Les éditeurs allemands se sont-ils intéressés à vous, fort de votre succès international ? Ce que je peux dire, c’est que les éditeurs italiens, tels que Cappellini ou Moroso, prennent des risques avec de jeunes

Fauteuil Merwyn (Wittmann).

Collection « Circo » (Ames). © ANDRES VALBUENA

Ma vie a changé ces cinq dernières années. Au début, j’étais ici, à dessiner. Le studio a grandi. Je réponds toujours aux interviews, mais je m’occupe aussi, par exemple, de lutter contre les contrefaçons. Nous avons appris ce matin que notre table Alwa, en verre, éditée par Pulpo, avait attiré l’attention d’une grande chaîne d’hôtels cinq étoiles, laquelle voulait en faire fabriquer une centaine par un verrier… sans acheter la vraie chez Pulpo. C’est fou le nombre de sociétés qui font des copies ! Elles viennent des Pays-Bas, de Suisse, de Pologne ou de Chine. C’est frustrant et c’est un manque à gagner pour le designer rémunéré par les royalties.

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ID-PORTRAIT

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Werner Aisslinger,

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Figure atypique au pays de la rigueur Bauhaus, le designer a su s’imposer en toute discrétion depuis vingt-cinq ans. Ses basiques haut de gamme autant que ses créations expérimentales – avec leur distance très millennial – révèlent le même mot d’ordre : « Less is more. »

par endosser la casquette de décorateur de théâtre – d’où

Par Anne-France Berthelon

en 2008 à Singapour. Sa Juli Chair (Cappellini) fait partie

C

de la collection permanente du MoMA, à New York, de-

sans doute son actuelle aisance à mettre l’objet et l’espace en scène. Il s’est ensuite formé au design industriel à Berlin tout en collaborant en free-lance avec Ron Arad, Jasper Morrison ou Michele De Lucchi. En 1993, il ouvre son studio dans la capitale allemande, une adresse dédoublée

’est l’un des paradoxes de l’ère numérique : Wer-

puis 1998, et a été déclinée en une étonnante série limitée

ner Aisslinger a beau exceller dans l’art du sto-

de cuir et rebrodée (plus de 100 000 points par siège) en

rytelling et enchaîner les projets les plus « ins-

2016 : c’est la Juli Jubilee, toujours chez Cappellini. Loft-

tagrammables » (comme Kantini, la nouvelle halle au look

Cube, son module d’habitation préfabriqué que l’on peut

de marché tropical accueillant treize stands thématiques de

installer d’un coup de grue en pleine nature ou sur le toit

restauration dans le centre commercial Bikini Berlin), son

d’un immeuble, a, lui, squatté en pop-up les plus beaux sites

nom est encore peu médiatisé. Serait-ce une modestie tout

des capitales européennes – toit du palais de Tokyo à Paris

allemande ? Toujours est-il que ce designer cool qui a signé

inclus. Comme le suggère le nom de sa première création,

l’aménagement d’hôtels caracolant dans le top 25 de Trip-

le système d’étagères Endless Shelf (Porro), Werner Aisslin-

Advisor (comme les 25Hours Hotel Bikini Berlin et Zurich

ger adore étirer les limites des matériaux, des produits, mais

Langstrasse, ou le Hobo, à Stockholm) mérite bien ce por-

aussi des usages. Sa chaise longue Soft (Zanotta), en gel

trait qu’IDEAT lui consacre. Né en 1964, il a commencé

souple jusqu’alors seulement utilisé dans l’univers médical,

1/ Dans le 25Hours Hotel Zurich Langstrasse, un feu d’artifice de couleurs, de matières, de meubles et d’objets à l’image du dynamisme de la ville. © ANDREA DIGLAS 2/ Werner Aisslinger adore étirer les limites des matériaux, des produits, mais aussi des usages.

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l’électron libre n’aurait pas dépareillé dans le décor de 2001, l’Odyssée de

a imprimé sa marque sur le Hobo, à Stockholm, un établis-

l’espace, de Stanley Kubrick. Quant à Hemp, son siège en

sement conçu sur mesure pour les millennials, avec son ba-

fibre de chanvre développé en partenariat avec BASF, il a

silic cultivé en aquaponie (écosystème qui utilise l’eau d’un

séduit Moroso qui l’a aussitôt édité.

aquarium pour hydrater les plantes avant qu’elle revienne, filtrée naturellement par la terre, dans l’aquarium) dans le

À chaque projet ses nouveaux objets design

lobby et ses panneaux de rangement en contreplaqué per-

Une évidence : ce sont dorénavant les nouveaux scénarios de

foré dans les chambres. Une réussite. Dans chacun de ces

vie – familles recomposées, porosité entre les sphères profes-

projets s’épanouissent des créations spécifiques : le canapé

sionnelle et privée, nomadisme urbain – qui inspirent ses ré-

Bench (Rolf Benz) au 25Hours Hotel Zurich Langstrasse,

alisations. D’où ces meubles qu’il cherche à rendre plus mo-

la Hobo Lamp Family dans l’hôtel du même nom. Produite

dulables en revendiquant un goût « du collage plus que du

spécialement par Wästberg, elle se retrouve néanmoins chez

style » : son canapé Bikini Island (Moroso) aux configura-

Kantini, à Berlin. Jolie circulation d’idées, comme de réfé-

tions et hauteurs multiples est abordé comme un « nouveau

rences. À l’heure de l’incontournable montée en puissance

paysage domestique, une réponse aux nouveaux modes de

du cybercommerce et de son contrepoint, l’irrésistible quête

sociabilisation familiale », confie-t-il. Mais son terrain d’ex-

« d’expériences », bars, restaurants et hôtels sont en passe de

périmentation privilégié est aujourd’hui sans conteste ce que

devenir les ultimes showrooms où se dévoilent et se testent

les Anglo-Saxons nomment « hospitality » (l’hôtellerie-res-

les nouveautés du design. Un virage stratégique que Wer-

tauration). Il a signé en 2009 le design de l’hôtel Michel-

ner Aisslinger, qui avait conçu en 2013 l’exposition « Home

berger, sorte de cousin berlinois de l’Ace Hotel, mais c’est le

of the Future » pour le musée Haus am Waldsee, à Berlin,

25Hours Hotel Bikini Berlin qui l’a consacré. L’an dernier, il

avait déjà anticipé avec justesse.

3/ Un hub de restauration thématique, du centre commercial Bikini, à Berlin. Aisslinger déroule des histoires, des scènes, aussitôt transformées en « stories » sur les réseaux sociaux, Instagram en tête. © FRANZ BRUECK 4/ Le siège Hemp, en fibre de chanvre, développé avec BASF pour Moroso.

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ID-WORKSHOP STUDIO

Kaschkasch se dévoile Les premières lettres associées de leurs deux patronymes ont donné à ce jeune studio de design son heureux nom. En quelques années à peine, Florian Kallus et Sebastian Schneider se sont imposés dans l’industrie internationale du meuble par leur vision contemporaine, teintée d’une élégance fonctionnelle, qui séduit autant les particuliers que l’univers du contract. Visite de leur studio, à Cologne. Par Kristina Raderschad / Photos Sabrina Rothe

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À

l’ombre des stars allemandes du design de la nouvelle génération – Stefan Diez et Sebastian Herkner pour ne pas les nommer –, de jeunes créateurs de produits exceptionnels ont éclos en Allemagne ces dernières années, la plupart d’entre eux

travaillant en équipe. Aust & Amelung de Cassel, le Studio Besau-Marguerre de Hambourg, RelvãoKellermann de Munich et Kaschkasch, donc, le duo formé par Florian Kallus (né en 1983) et Sebastian Schneider (né en 1985), établi à Cologne. En janvier 2018, le salon IMM Cologne égrenait les récentes créations de ces derniers, qui figuraient parmi les meilleures innovations présentées. Le lit Yoma, élégant et polyvalent, comme une réinterprétation des futons classiques pour l’allemand Zeitraum, le système d’étagères merveilleusement minimaliste Zet, composé de seulement deux éléments pour le danois Menu, ainsi que les modules de rangement empilables Oteo pour Habitat. Déjà, lors du même événement, l’an dernier, l’exposition anniversaire « 5 ans Kaschkasch » présentait un best of de la production du duo dans le cadre du programme d’accompagnement que propose le salon pour mieux faire connaître au public les nouvelles signatures du design. Florian Kallus et Sebastian Schneider y donnaient un aperçu de leurs méthodes de travail à travers de nombreux croquis, photos, maquettes et prototypes, illustrant le processus de développement de certains de leurs meubles et produits pour des éditeurs renommés comme Zeitraum, Living Divani, Ligne Roset, Menu, Normann Copenhagen, Schönbuch et Müller Möbelwerkstätten. Un portefeuille de clients remarquable après seulement cinq années d’activité ! Au-delà de cette success-story, ce concept d’exposition a démontré non seulement la vaste gamme d’objets

Page de gauche Florian Kallus et Sebastian Schneider, les deux créateurs de Kaschkasch, dans leur studio et bureau d’études installé, depuis 2011, dans une ancienne sellerie du quartier de Zollstock, à Cologne. 1/ La table Rail (2016) n’est qu’une partie d’un système plus complet pour bureaux développé pour Zeitraum et distingué d’un German Design Award 2018. Au-dessus, la suspension Dub (2016) produite pour Dreizehngrad. Devant, Triple (Asco, 2015), inspiré des anciens tabourets d’ateliers industriels. 2/ Après seulement cinq ans d’existence, le studio avait déjà inscrit à son tableau de chasse des éditeurs tels que Zeitraum, Living Divani, Ligne Roset, Menu, Normann Copenhagen, Schönbuch et Müller Möbelwerkstätten. Il travaille actuellement sur 15 à 20 nouveaux projets en parallèle.

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ID-WORKSHOP STUDIO

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sur laquelle s’est penché le duo mais aussi le souci du détail qui caractérise ses projets. C’est précisément cette volonté de décliner les éléments essentiels de chaque idée et d’en optimiser les composants pour leurs aptitudes à la production en série, qui rend si appréciable le travail du duo. Tous deux de formation artisanale, ils ont été apprentis menuisiers avant de se découvrir lors de leurs études de conception de produits à Münster. Dans leur thèse commune de fin de cursus, ils exposaient déjà le projet de lancement de leur studio de design – logo compris – et la conception de divers produits. C’est dans les locaux inondés de lumière d’une ancienne sellerie du quartier de Zollstock, à Cologne, que Florian, originaire de Bonn, et Sebastian, de Hanovre, se sont installés, fin 2011, sous le nom de Kaschkasch. « Cologne, grâce aux salons IMM et Orgatec, nous a semblé l’endroit idéal pour un bureau d’études spécialisé dans le mobilier et le développement de produits. De plus, nous savions que nous pourrions y bénéficier d’un bon réseau d’artisans du bois et de la métallurgie. Et nous y connaissions quelques personnes avant d’emménager », raconte Florian. Au début, les deux menuisiers réalisaient eux-mêmes

Page de gauche Chez Kaschkasch, la dimension ludique n’est jamais loin. C’est ainsi que l’on découvre que la lampe à poser Cap (2014), avec son abat-jour réglable, éditée par Normann Copenhagen, a pu avoir comme origine le poussin anthropomorphe Calimero ! 1/ Sur le bureau, une version bleue de la lampe Cap. Dans l’angle, le Floor Mirror (2013), édité par Menu. 2/ Sur les étagères, la carte postale (bleue, en bas) réalisée au moment de l’exposition anniversaire « 5 ans Kaschkasch » au salon IMM Cologne l’an dernier.

leurs prototypes dans l’atelier du studio. Aujourd’hui, ce sont leurs clients qui prennent en charge ce travail préliminaire, mais « sur la base des dessins, rendus et modèles détaillés que nous leur fournissons », soulignent les designers. La collaboration avec le fabricant de meubles en bois massif Zeitraum, par exemple, a débuté avec un prototype d’étagères que les jeunes créateurs ont soumis au concours de design D3 Contest lors du salon de Cologne en janvier 2014. Zeitraum acquit le modèle Hide & Park immédiatement après et le présenta au Salon du meuble de Milan trois mois plus tard. Kaschkasch conçut dans la foulée la table Rail et, en

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ID-WORKSHOP STUDIO

2016, les designers l’approfondirent, pour le secteur du bureau, en tant que système complet de tables modulables en bois massif à rallonges avec des bancs assortis ; un développement aussi pertinent que visionnaire pour une si jeune signature. Le succès fut au rendez-vous : la chaleur rayonnante du bois associée à la fonctionnalité et la praticité de son usage autant domestique que contractuel ont fait de ce produit une évidence. « Bien sûr, nous sommes heureux lorsque l’un de nos modèles devient un best-seller, explique Sebastian Schneider. Et pas seulement à cause des royalties qu’ils nous rapportent ! (Rires) Notre but est de concevoir des produits qui ont du succès dans le sens où si l’un d’entre eux fait son chemin dans la vie des gens, c’est qu’il possède une réelle pertinence. » Kaschkasch travaille actuellement sur environ 15 à 20 nouveaux projets en parallèle. Chaque demande est spécifique mais le plus souvent déclenchée par des suggestions développées par leur studio. « Les entreprises avec lesquelles nous collaborons depuis longtemps attendent que nous soyons force de propositions, pour voir ce qui pourrait s’intégrer à leurs collections. Du coup, cela s’apparente un peu à une mission de conseil extérieur. » Kaschkasch a par exemple conçu en 2015 le lit Flai pour Müller Möbelwerkstätten. Celui-ci rapidement devenu un best-seller, la marque a sollicité un complément de collection. « Petit à petit, toute une série de meubles a été créée autour du lit : table de chevet, secrétaire, armoire, etc. », explique Sebastian Schneider. Bien que la conception soit au centre de ses intérêts, le duo apprécie ce type d’activités complémentaires – qui vont souvent du développement de produits à la gestion artistique – pour ses clients. Un attribut supplémentaire qui semble promettre Kaschkasch à toujours plus de lumière.

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À droite, Florian Kallus peaufinant les pieds de la table Rail, dont les croquis préparatoires sont exposés au mur, à gauche. Des deux designers, Florian est pourtant celui qui, désormais, se consacre le plus à la communication du studio tandis que son compère se penche plutôt sur la technique. « Mais nous réalisons généralement tous les rendez-vous de salons et de clients ensemble, étant tous deux porteurs d’idées et nous complétant bien », précise-t-il. Une assertion qui sonne comme une évidence.


© GERMANA COSTANZA LAVAGNA POUR IDEAT

ID-NEW GENERATION

Konstantin Grcic, mentor spirituel Dans son studio munichois, Konstantin Grcic accueille des jeunes designers du monde entier. Passionné par la transmission, il sait repérer en chacun le talent, qu’il exalte au jour le jour au contact de ses projets (lire son portrait p. 148). IDEAT a demandé à huit de ses anciens collaborateurs de se confier sur ce qu’ils ont appris à ses côtés. Autant de témoignages qui dressent un portrait en creux du maître allemand. Par Marie Godfrain

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© DANIEL DELANG

Clemens Weisshaar Après un apprentissage de ferronnier et un cursus de design à la Central Saint Martins, Clemens Weisshaar (41 ans) collabore pendant trois ans avec Grcic puis fonde son agence, en 2000, avec Reed Kram. Il a travaillé pour ClassiCon et pour Rem Koolhaas.

Pourquoi le design ? Pour ne pas faire comme mon père, artiste et architecte.

Comment avez-vous rencontré Konstantin Grcic ? J’ai été apprenti chez un métallurgiste qui fabriquait ses prototypes.

Comment votre collaboration a-t-elle démarré ? Il m’a encouragé à poursuivre des études à Londres, à la Central Saint Martins. À mon retour, je suis logiquement allé travailler avec lui.

En quoi vous-a-t-il inspiré ? Comme lui, je rejette l’idée

© ROBERT FISCHER

d’appliquer toujours le même style. Chaque projet est un nouveau challenge qui mérite une approche fraîche.

Charlotte Talbot Après des études à l’ECAL (Lausanne), la jeune trentenaire est installée à Munich depuis sa collaboration avec Grcic. Designer industrielle, elle travaille aussi la céramique.

Pourquoi le design ? J’ai passé un bac STI arts appliqués sans savoir si je me spécialiserais en graphisme, architecture, arts plastiques, stylisme ou design industriel. Ma sensibilité grandissante pour les produits de notre quotidien m’a poussée vers le design. Comment avez-vous rencontré Konstantin Grcic ? Je lui ai envoyé ma candidature et obtenu un stage de six mois en 2011. Quand il m’a demandé de rester, j’ai accepté avec plaisir.

Pourquoi cette volonté de travailler avec lui ? Je suis son travail depuis le lycée et il est une référence pour moi, au même titre que Jasper Morrison, les Bouroullec ou Sam Hecht et Kim Colin. Et j’avais envie de vivre à Munich.

Ce qu’il vous a appris… Il m’a transmis cette même exigence qu’il applique à chaque projet, chaque étape, chaque détail. C’est avec lui que j’ai appris mon métier de designer.

Le projet le plus important réalisé à ses côtés ? La collection « Val », qu’il a dessinée pour Laufen et dont la gamme de lavabos et d’accessoires s’enrichit encore aujourd’hui. Participer à la conception de produits que des milliers de personnes utilisent tous les jours est un rêve !

Et depuis ? J’ai développé un projet de label d’édition et de réédition d’animaux en bois et d’affiches, Praktifant. Je suis devenue une entrepreneuse à plusieurs casquettes : directrice artistique, chargée de communication et du développement.

Que vous a-t-il appris ? Que la rationalité et la poésie n’étaient pas opposées mais pouvaient au contraire se compléter. Et qu’il faut toujours respecter le client, c’est parfois difficile mais crucial.

Le projet le plus emblématique que vous avez réalisé avec lui, puis seul ? Un service de vaisselle réalisé pour WMF… qui n’a jamais été produit. Nous avions passé tout un été à multiplier les maquettes à l’échelle 1 : 1 pour affiner l’idée de départ, améliorer la préhension et la lisibilité des différentes pièces. Un autre projet, Robochop (une imprimante 3D pilotée à distance par smartphone, NDLR), a été déterminant pour tirer des enseignements théoriques, pertinents d’un point de vue économique. Ces deux projets ont en commun d’envisager le design comme une discipline totale, en allant au-delà de l’aspect visuel.

Un moment essentiel de votre carrière ? Ma première couverture de Domus (mythique magazine italien fondé en 1928 par Gio Ponti, NDLR).

D’autres mentors ? Jasper Morrison et Ron Arad, mes professeurs au Royal College of Art de Londres, que je respecte immensément. Et Rem Koolhaas, avec qui j’ai eu le plaisir de collaborer étroitement durant quelques années.

Que défendez-vous dans votre travail ? Le disegno d’autore, ou Autorendesign, comme on dirait en allemand : l’idée qu’un designer est un auteur à part entière et en quelque sorte une figure d’intellectuel dans la société.

Un rêve ? Nous travaillons actuellement sur deux projets de rêve… confidentiels. À part ça, dessiner une moto reste mon rêve absolu.

Un autre mentor ? Un agglomérat de tous les créateurs que je respecte et qui m’influencent, comme une chimère à plusieurs têtes. Ce que vous défendez dans votre travail ? Un concept que j’ai nommé « affectible », en anglais. C’est la contraction d’affectionate et collectible. En clair, j’aimerais créer des objets auxquels les gens s’attachent, qu’ils gardent, réparent, transmettent. Des objets qui sont bien plus que leurs fonctions. Un rêve ? Créer à grande échelle des produits ayant cette « valeur affective ajoutée » qui, même à bas prix, soient des objets que l’on chérit vraiment et sans obsolescence programmée.

En haut, à gauche Collection d’assiettes en céramique « Super Bowl », de Charlotte Talbot. Ci-contre R18 Ultra Chair, de Clemens Weisshaar et Reed Kram, avec Audi’s Lighweight Design Center. © CLEMENS WEISSHAAR & REED KRAM

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ID-NEW GENERATION

© SIGRID REINICHS

Saskia Diez La jeune quadra a étudié l’orfèvrerie avant de se tourner vers le design pour finir par revenir à ses premières amours. Dans son studio de Munich, elle créé des collections de bijoux qu’elle réalise avec des artisans locaux.

Comment avez-vous rencontré Konstantin Grcic ? Stefan Diez m’a parlé de l’époque où il travaillait avec Konstantin. Ils partageaient leurs locaux avec Ayzit Bostan, une de ses amies. Un jour, elle m’a invitée à une soirée, et c’est là que je l’ai rencontré.

Comment a commencé votre collaboration ? Le problème a plutôt été d’oser postuler… L’entretien s’est très bien passé malgré ma nervosité.

Qu’avez-vous appris à ses côtés ? À garder la tête froide. À ne pas me laisser divertir par de belles maquettes, à ne jamais être paresseuse, à faire attention aux détails, à raconter une histoire…

© DANIELE ANSIDEI

Jérôme Nelet Diplômé de l’Ensad, à Paris, Jérôme Nelet a poursuivi ses études à Karlsruhe. Après avoir éprouvé son sens du design à Montréal, Los Angeles et Munich chez Grcic, il s’est installé en 2014 à Londres, où il est aujourd’hui intégré au studio PearsonLloyd.

Pourquoi le design ? S’orienter vers le design, c’est s’ouvrir à une infinité de possibles. Il y a une part de rêverie et d’ignorance qui m’a tout de suite attiré. C’est aussi une manière d’avoir un lien tangible avec mon environnement.

Votre rencontre avec Konstantin Grcic ? Mon premier souvenir remonte aux années lycée d’arts appliqués où j’ai découvert sa lampe May Day. Depuis ce jour, j’ai espéré le rencontrer. La suite est un mélange de persévérance et de chance ; une année d’échange à Karlsruhe, en Allemagne, une prof entremetteuse (Anna Bernagozzi) et un week-end à Munich.

Ce que vous retenez de lui et ce qu’il vous a appris ? Une approche décalée, presque punk, avec beaucoup d’élégance. Il m’a appris que l’intuition se nourrit de culture et de références.

Le projet le plus important réalisé avec lui ? Une ligne de sacs pour Maharam : un objet familier qui m’était pourtant totalement étranger.

Votre projet personnel le plus important ? Mon projet actuel chez PearsonLloyd : l’intérieur d’un Boeing 777, un objet peu commun qui m’est lui aussi étranger. Une date importante de votre carrière ? L’année 2010 et ma rencontre avec Jonathan Olivares, un ancien de chez Konstantin qui a beaucoup compté dans ma carrière. Un autre « maître » ? Roger Tallon est un de ceux qui ont transcendé les genres avec classe. Un jour, Konstantin nous a expliqué qu’un objet réussi est un objet que l’on peut dessiner de mémoire. Et tous les gamins sont capables de dessiner un TGV.

Ce que vous défendez dans votre travail ? La même passion pour chaque projet, la curiosité, l’engagement politique.

Un rêve ? Je ressens une étrange inquiétude lorsque j’observe des véhicules autonomes. Je trouve qu’il y a matière à travailler... En haut, à gauche Étagères en argile Profilé, de Jérôme Nelet. Ci-contre Collier Pearl Lasso No. 1, de Saskia Diez.

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Quel projet préférez-vous de ces années avec lui ?

Une œuvre pour la Galerie Kreo baptisée Missing Object. Nous voulions créer un objet ancestral qui aurait disparu, à la fois familier et mystérieux. Cela s’est matérialisé par un bloc de chêne massif avec deux poignées. J’ai adoré écrire le texte qui l’accompagnait.

Et depuis ? Mon tout premier projet personnel, un concours pour lequel j’avais dessiné des bracelets lestés pour le fitness.

Comment avez-vous évolué du design à la joaillerie ? Mon détour par le design m’a permis de changer ma vision de la joaillerie, de créer quelque chose de plus authentique, d’original.

Avez-vous un autre mentor ? Mon grand-père. Il lisait beaucoup et s’était formé seul à l’optique. Il a élaboré une technique de sablage-polissage à la main de lentilles de grande taille. Il parcourait le monde pour les installer. Quand j’étais enfant, il me paraissait invincible ; dans son atelier, il pouvait tout réparer.

Que défendez-vous dans votre travail ? La sensualité et la vulnérabilité.

Votre rêve professionnel ? Quelques personnalités que j’adore portent mes créations. Comme la chanteuse St. Vincent, que je voudrais connaître. J’aimerais aussi que Konstantin ait quelque chose de moi, je sais que c’est le cas de sa compagne…


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ID-NEW GENERATION

Benoit Steenackers Formé à Montréal, Benoit Steenackers a travaillé chez Magis, chez Grcic pendant trois ans, puis chez ClassiCon. Aujourd’hui chez Hermès, il est chargé du développement des collections de mobilier, luminaires et sur mesure avec des designers internes et externes.

Pourquoi le design ? Tout jeune, je suis tombé sur un livre de design dans lequel figuraient des pièces en béton de Ron Arad, en particulier un tourne-disque dont le nom, Concrete Stereo, me semblait totalement approprié. J’ai alors voulu participer à l’élaboration d’objets « différents ».

Votre rencontre avec Konstantin Grcic ? J’ai rencontré

© KASIA BOBULA

Maria Jeglinska Née en France en 1983, diplômée de l’ECAL en 2007, Maria a travaillé pour Kreo et chez Grcic. Installée entre Londres et Varsovie, où elle travaille sur le design d’objet et la scénographie, elle a cofondé, en 2010, l’EESTT (Eastern European Study Think Tank).

Pourquoi le design ? C’est une envie de toujours. Ma mère a étudié la sculpture aux Beaux-Arts et m’a toujours parlé de son souhait avorté d’étudier l’ébénisterie à l’école Boulle. Adolescente, j’ai découvert le magazine Domus. J’ai longtemps hésité entre l’architecture et le design, mais j’ai toujours été fascinée par les questions de production, de fonction, d’usage. Or il est impossible de comprendre le métier avant de commencer à l’exercer.

La rencontre avec Konstantin Grcic ? J’admirais son travail depuis très longtemps quand j’ai vu pour la première fois son étagère Es pour Moormann, à Varsovie en 2000. Sa rigueur conceptuelle et la diversité de ses projets m’ont toujours fascinée. Après avoir fini mes études en 2007, je lui ai envoyé mon dossier et il m’a invitée à venir effectuer un stage l’année suivante.

Konstantin autour du projet désormais mythique Chair_One, lorsque je travaillais dans le bureau d’études de Magis, en Italie. Nous avions l’habitude de fixer nos rendez-vous le lundi. Nous pouvions ainsi aller skier ensemble le dimanche à la frontière entre l’Italie et l’Autriche. C’est d’ailleurs sur un télésiège qu’il m’a demandé si j’étais disponible pour collaborer avec lui.

Qu’est-ce qu’il vous a appris ? La rigueur. La maîtrise des projets dans leur globalité, que chaque détail compte. Mais aussi cette capacité à être en rupture avec les codes habituels. Je pense au fauteuil Chaos chez ClassiCon ou au tabouret Miura chez Plank, mais aussi à l’installation Orient Express pour Stylepark en 2006 ou aux vitrines Autobahn pour Hermès.

Quel est le projet le plus important réalisé avec lui ? La Chair_One et la « One Family ». Nous avons été plusieurs à travailler sur ce projet au fil des années.

Un autre « maître » ? Michele De Lucchi, avec lequel j’ai collaboré pour une collection de luminaires chez Hermès.

Ce que vous défendez dans votre travail ? La rigueur, la précision, l’idée d’aller toujours plus loin. Je souhaite pousser les industriels à sortir de leurs schémas de pensée habituels.

Un rêve ? Fonder ma propre maison d’édition.

Ce qu’il vous a appris ? Une méthodologie qui transcende un style et qui vous permet de vous attaquer à toutes les typologies. On acquiert une réelle « colonne vertébrale » en travaillant chez lui.

Le projet le plus important avec lui ? Un livre de recherche pour Muji, proposant des idées de développement, et une série d’objets autour de la table pour Serafino Zani.

Un jalon important de votre carrière ? Chaque nouvelle typologie, en fait : la table Circles, mon premier projet édité par Ligne Roset ; le projet de chaise The Little Black, qui n’a pas encore trouvé d’éditeur mais qui représente l’essence de ma pratique ; le pavillon polonais à la première Biennale de design de Londres (2016), avec « Cadavre Exquis: An Anatomy of Utopia ». Un autre « maître » ? Il y a en a beaucoup, mais certainement Pierre Charpin, mon professeur à l’Esad de Reims, avec qui j’ai énormément appris… et qui m’a présentée à Konstantin. Ce que vous défendez dans votre travail ? L’idée de constamment réduire, affiner, trouver l’essence d’un projet.

Un rêve ? Pouvoir établir une relation de confiance à long terme avec des éditeurs ou des fabricants. En haut, à gauche Tables d’appoint Circles, de Maria Jeglinska. © LIGNE ROSET Ci-dessus Meuble-écrin Bijoux, de la collection « Les Curiosités d’Hermès », pour lequel Benoit Steenackers a travaillé sur le développement. © PHILIPPE GARCIA

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Twins. Low armchair. MUT Design —— Photographer: Meritxell Arjalaguer ©


© KENTA HASEGAWA

ID-NEW GENERATION

Pauline Deltour Née à Landerneau en 1983, diplômée de l’Ensaama puis de l’Ensad (2007), Pauline Deltour a été embauchée chez Grcic après son stage. Acier chez Alessi, métal argenté chez Puiforcat… elle ajoute une étincelle d’élégance à tous les objets du quotidien.

Pourquoi le design ? J’ai découvert cette discipline, fruit des sciences et de l’art, lors d’un forum des métiers. Un étudiant exalté de l’école de design de Nantes m’a fait partager sa passion.

Votre rencontre avec Konstantin Grcic ? Aux Arts déco, j’ai assisté à une conférence qu’il donnait à l’occasion de l’expo « Design en stock » (2004). Je lui ai envoyé mon book, je l’ai rencontré à Milan et, quelques jours plus tard, il m’accueillait en stage. J’y suis retournée comme assistante pendant deux ans et demi.

Yuya Ushida

Pourquoi avoir eu envie de collaborer avec lui ? Je suis

Né à Nagoya en 1975, Yuya Ushida a grandi auprès d’un père ferronnier. Après des études d’ingénieur, il s’envole pour l’Europe, collabore avec Grcic et sort diplômé de la Design Academy Eindhoven en 2010. Depuis, il a fondé son propre studio à Kyoto.

tombée raide dingue de son travail, de sa manière de concevoir, à base de remises en question, de prototypages, de maquettes. Entre l’idée et l’objet final, il prend son temps, emprunte mille chemins.

Pourquoi le design ? Sans doute parce que mon père dirigeait une petite ferronnerie et que j’ai commencé mes études supérieures avec une formation d’ingénieur. Cependant, tout a changé quand j’ai commencé à vouloir créer des objets qui influencent directement la vie quotidienne au lieu de concevoir des pièces mécaniques. Je voulais rendre les gens heureux. Comment avez-vous rencontré Konstantin Grcic ? Quand j’étais étudiant à Eindhoven, un camarade m’a parlé de lui quand il a vu une chaise que j’avais dessinée et qui ressemblait à la Chair_One. Grcic était pour moi un nom familier comme celui d’un robot japonais de manga. Alors je suis parti à Berlin pour respirer le même air que Konstantin. Je ne savais pas qu’il était munichois.

Qu’avez-vous appris à son contact ? Beaucoup de choses,

avec lui qu’à l’école. J’ai été confrontée à de vrais clients. Il nous implique à 200 % ; j’ai voyagé avec lui chez Vitra ou au Japon. J’ai appris une méthode, à vendre un projet, à me remettre en question.

Le projet le plus important réalisé avec lui ? Le fauteuil Waver, sur lequel j’ai travaillé pendant deux ans. J’ai passé mon temps à coudre le patron puis à faire évoluer la structure dans l’atelier de métallurgie d’un ami à lui. Il faisait 40 °C, j’avais des trous dans les pouces, mais c’est un souvenir incroyable.

Et depuis ? Un vélo électrique connecté réalisé grâce à un intense travail d’équipe ou l’égouttoir A Tempo pour Alessi. C’est d’ailleurs Konstantin qui m’a mis en contact avec eux.

Une date essentielle ? Ma carrière est une succession d’étapes clés. Plus j’avance, plus j’apprends, plus je m’amuse !

D’autres mentors ? Aussi importants que Konstantin ? Non.

comme : « Les détails ne sont pas des détails, ce sont eux qui font le design. » Ou : « Le design est juste le résultat d’un processus, il faut y prendre du plaisir. »

Mais je nourris une forte admiration pour Alvar Aalto et Gio Ponti, pour leur capacité à travailler sur des échelles très différentes.

Le projet le plus important réalisé avec lui ? Le Muji

client, de son ADN et des utilisateurs. Cela passe par le travail en équipe et le dialogue, qui permettent aux projets d’aller plus loin.

Bike. Konstantin et moi aimons beaucoup le vélo, c’est pourquoi nous avons adoré ce projet qui, hélas, n’a jamais été commercialisé.

Et depuis ? Le Sofa_XXXX (une chaise qui s’étire pour se transformer en canapé, NDLR, voir photo ci-dessus).

Une moment essentiel dans votre carrière ? Mes études d’ingénierie en mécanique.

D’autres mentors ? Les Eames et Jean Prouvé. Ils n’étaient pas simplement designers, ils ont développé leurs propres outils de production. Et le plus important : ils aimaient ce qu’ils faisaient.

Que défendez-vous dans votre travail ? Faire sérieusement des choses cool !

Un rêve ? Changer la vie des gens au quotidien.

En haut, à gauche Sofa_XXXX, de Yuya Ushida. © YUYA VS DESIGN Ci-contre Système de canapés « Floater », de Pauline Deltour. © COR

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Qu’avez-vous appris à son contact ? J’ai dix fois plus appris

Que défendez-vous dans votre travail ? Le respect du Un rêve ? Construire ma propre maison. J’en prends de la graine avec mes deux partenaires d’En Bande Organisée.


PERFECT MATCH GROHE CERAMICS : L’HARMONIE DE LA FORME ET DE LA FONCTION Prenez du plaisir à concevoir la salle de bains parfaite. Notre gamme de produits GROHE Cube Ceramic est composée de céramiques conçues pour s’accorder parfaitement avec nos robinetteries, plaques de commande et accessoires. Découvrez également les gammes GROHE Bau Ceramic et GROHE Euro Ceramic sur ceramics.grohe.com


ID-ICÔNE

1954 Le Leica M Innovant, utile, esthétique, lisible, discret, honnête, pérenne, minimaliste, le Leica M a tout pour satisfaire aux critères de Dieter Rams, Meister du design. Si des millions de boîtiers se sont vendus depuis sa naissance, c’est qu’il participe d’une histoire allemande commencée il y a plus de cent cinquante ans… et qui n’est pas finie ! Par Guy-Claude Agboton e Leica M est né d’un véritable état d’esprit, celui qui découle d’une inclination certaine,

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outre-Rhin, pour la science et le progrès. Depuis plus d’un siècle et demi, la société Leica, fondée à Wetzlar par la famille Leitz (Leitz + camera = Leica), produit des appa-

reils photo ainsi que des outils d’observation. Dès sa conception, le Leica M a donc hérité d’une longue tradition d’excellence dans la mécanique et l’optique de précision. En 1849, la manufacture fabriquait notamment des microscopes. En 1914, le photographe et inventeur Oskar Barnack (1879-1936) met au point le Leica Ur. Une révolution qui inaugure un nouveau format, le 35 mm, emprunté au cinéma. Barnack, asthmatique, imagine cet appareil léger et mobile afin de se libérer de l’usage de la lourde chambre photographique à plaques. Son boîtier compact, horizontal, va conditionner un nouveau regard et favoriser l’explosion du photojournalisme en permettant de prendre jusqu’à 36 photos d’affilée. Il séduit alors aussi bien les professionnels de l’image fixe que les amateurs et les esthètes. La Rolls des appareils photo, innovant avec ses objectifs interchangeables, voit le jour en 1954 sous le nom de Leica M3. On l’appelle depuis « le M ». Les plus grands photographes lui resteront fidèles, les reporters en tête, à l’instar de Robert Capa, mais aussi tous ceux qui le considèrent comme un prolongement de l’œil, d’Henri Cartier-Bresson à Walker Evans, en passant par Raymond Depardon et Lise Sarfati. Récemment, à Paris, Elliot Erwitt utilisait toujours un Leica pour photographier à leur insu les invités du label de design italien Artemide. Nous en sommes aujourd’hui au M10. Son apparence plus épurée habille désormais un appareil numérique mais toujours entièrement made in Germany. Et les passionnés commandent encore

En haut Commercialisé par le fabricant allemand de 1984 à 1998, le Leica M6 affiche le design efficace et la robustesse de l’ensemble de la lignée « M ». Ci-dessus Dernier-né et le plus fin de la famille, le M10 est doté, quant à lui, d’un capteur numérique.

des appareils argentiques sur mesure directement à l’usine. En juin, l’entreprise inaugurera à Wetzlar le Leitz Park III, un ensemble comprenant un musée, une extension pour ses archives et un hôtel afin d’accueillir les visiteurs du monde entier venus admirer l’appareil mythique entré, il y a quelques années, dans les collections de design du Centre Pompidou.

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Leica M10 : 6 850 €, boîtier nu. Liste des Leica stores sur Fr.leica-camera.com


L’ E S S EN CE DE V IV RE. Jaan Living. Une élégance intemporelle pour les intérieurs d’aujourd’hui. Un canapé généreux dans lequel on s’abandonne, laissant filer la tablette sous les doigts, pour de longs moments de détente et des douces nuits de lecture. Design: EOOS. www.walterknoll.de


ID-USINE

Étonnant Thonet Au cœur de l’Allemagne niche ce fabricant mythique qui, dès 1930, pouvait s’enorgueillir d’avoir déjà vendu plus de 50 millions de pièces d’un même modèle : l’emblématique chaise bistrot N° 214, en bois cintré. Rencontre avec Thonet, une marque qui ne courbe pas sous le poids des années… Par Olivier Waché / Photos Adeline Bommart pour IDEAT

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enez à Frankenberg en hiver, pour le plaisir simple de traverser les paysages vallonnés et enneigés de la Hesse. Dans cette bourgade allemande, arrêtez-vous rue Michael Thonet, du nom de l’inventeur de la célèbre chaise bistrot, la fameuse

N° 14, son numéro originel. Une rue en forme d’hommage à celui dont l’atelier d’ébénisterie est devenu une entreprise de renommée mondiale, laquelle fêtera l’an prochain son bicentenaire. Observez la bâtisse à colombages qui domine les environs. Vous voici justement devant l’ancienne demeure familiale des trois frères Thonet : Claus, Peter et Philip, la cinquième génération. Depuis 1989, elle abrite le musée de la marque avec ses pièces iconiques, certaines méconnues ou franchement étonnantes, comme ce prie-Dieu utilisé par Jean-Paul II, ou ces chaises de Verner Panton des années 60… La demeure est aussi le showroom qui, à travers ses mises en scène, démontre combien le catalogue sied autant à nos intérieurs qu’à un espace de travail ou un restaurant… « Nous fabriquons, pour le particulier comme pour l’entreprise ou les espaces commerciaux, des produits modernes et de leur époque, mais enracinés dans une histoire, un héritage de bientôt deux cents ans », résume Brian Boyd, président de Thonet depuis février 2017, et qui partage la direction avec Michael Erdelt, responsable de la production, et Norbert Ruf, directeur de création.

1/ Brian Boyd incarne depuis février 2017 la nouvelle direction de Thonet. Il en est le patron mais partage la conduite des affaires avec Michael Erdelt, responsable de la production, et Norbert Ruf, directeur de création. 2/ Le savoir-faire maison depuis l’origine est le cintrage du bois massif, un procédé développé par Michael Thonet, le fondateur de l’entreprise. Les ouvriers n’ont que six minutes pour agir, sinon le bois refroidit trop pour être courbé. 3/ Le cannage des assises s’effectue à la main. Une opération de précision. 4/ Thonet utilise trois essences : le hêtre, le chêne et le frêne. Chaque pièce est poncée manuellement et scrupuleusement vérifiée.

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Patrimoniale mais novatrice, Thonet n’est toutefois pas la marque qu’on associe le plus aux designers. Elle est en cela souvent confondue avec sa « sœur ennemie » viennoise, Gebrüder Thonet Vienna GmbH (GTV) – en fait, aujourd’hui italienne. Ainsi, si l’entité viennoise met l’accent sur des créations de plus en plus éloignées du modèle original, l’allemande préfère, elle, le respect des valeurs. Mais n’en boude pas pour autant le design, puisqu’elle affiche des collaborations avec Christian Werner, James Irvine, Robert Stadler, Naoto Fukasawa ou, tout récemment, le très demandé Sebastian Herkner, créateur de la chaise 118. « Il a su entendre notre souhait qu’il s’appuie sur la tradition tout en offrant un modèle contemporain, explique Valérie Lécuyer, responsable des ventes France. Sa chaise 118 évoque la mythique 214 : c’est elle aussi un modèle de petite dimension, idéal pour le contract, et qui renoue avec le cannage. Elle répond parfaitement aux attentes du marché à en juger par l’accueil qui lui a été réservé lors du dernier salon IMM Cologne. » À quelques dizaines de mètres du musée-showroom : l’usine. « Manufacture » serait un terme plus approprié, et c’est d’ailleurs celui qui a ici la préférence. Car il fait écho à un savoir-faire ancestral habilement entretenu. Le lieu et les méthodes de fabrication semblent avoir peu changé depuis que le site a été rebâti après la Seconde Guerre mondiale, l’usine d’origine de 1889 ayant alors été totalement détruite. Est-ce

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1/ et 3/ Comme la célèbre chaise N° 214, le fauteuil 210 R (1900) ne se compose que de six pièces assemblées à la main. Il est associé à Le Corbusier, qui l’utilisera souvent dans ses réalisations. Son dossier et ses accoudoirs sont formés d’un cadre en porte-à-faux courbé d’un seul tenant en hêtre massif. 2/ Très à la mode, le cannage connaît une forte demande : du coup, le rotang (ou rotin), la plante exploitée, est souvent coupé avant maturité, ce qui le rend plus fragile. 4/ Cette série de chaises N° 214 s’apprête à recevoir une laque transparente de protection. 5/ La pose de la couleur est manuelle. 6/ Les structures en acier tubulaire sont courbées à la machine mais chacune est vérifiée et corrigée à la main. 7/ Une fois formées, les structures seront chromées ou laquées. 8/ L’assise S 43, de Mart Stam, est un exercice d’épure et de simplicité. Elle se décline en 11 teintes.


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par manque d’imagination, d’adaptation à la modernité ? Non : les machines à commandes numériques ou le robot laqueur attestent que Thonet évolue avec son époque.

Bois cintré et acier tubulaire La raison est autre : l’entreprise ne cède pas aux sirènes de la facilité, d’une fabrication qui ferait passer la quantité avant la qualité. C’est avec étonnement que l’on assiste à la réalisation, aujourd’hui encore à la main, du bois courbé, qui a fait la renommée de l’entreprise. Les méthodes de Michael Thonet pour le cintrage du matériau naturel, mises en place dès 1819 et développées à partir de 1859 avec le bois massif et la création de la célèbre chaise N° 14 (aujourd’hui N° 214), sont identiques à celles d’origine. « Nous réalisons une production de série, mais chaque pièce est unique, parce qu’elle est passée, à un moment ou un autre, entre les mains expertes de nos ouvriers. L’intervention humaine garantit la qualité », indique Brian Boyd. Un peu plus loin, on travaille le rotin, aussi une fierté maison. La production du cannage a été revue pour fabriquer des rouleaux adaptés à la largeur des assises et des dossiers. Elle s’effectue en Chine, sous le contrôle et pour le compte de Thonet, puis est importée à Frankenberg pour la réalisation du mobilier. Autre matériau, autre ambiance. Dans une seconde

THONET EN CHIFFRES Année de création : 1819 Effectif : 176 personnes Usine : 15 000 m2 (production) Présence internationale : Europe de l’Est et de l’Ouest, Moyen-Orient, États-Unis (à travers des revendeurs), Hongkong (filiale pour développer le marché asiatique) Types de revendeurs : résidentiel, tertiaire, contract, collectivités, hôtellerie et restauration CA 2017 : 23 M€ (35 % à l’export) Part du contract : 60 %

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partie de l’usine sont produits les meubles en acier tubulaire. Cette gamme, symbole du Bauhaus, a été développée dans les années 30, Thonet étant alors le premier fabricant mondial en la matière. Ludwig Mies van der Rohe, Mart Stam et, surtout, Marcel Breuer contribueront à cette renommée. Ce dernier vendra sa société Standard Möbel à Thonet en 1929, puis créera des modèles illustres comme les sièges à piètement luge S 32 et S 64, ou le fauteuil S 35. Des articles aujourd’hui encore produits à l’identique. Mettre l’accent sur le Bauhaus est d’ailleurs au programme puisque 2019 signe le centenaire du mouvement artistique. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, l’année prochaine marque aussi les 200 ans du fabricant. Un double anniversaire que Thonet célèbre sans attendre : « Pour donner le maximum de visibilité aux deux événements, nous allons commencer dès cette année par le centenaire du Bauhaus, se réjouit Brian Boyd. Fêter ce mouvement culturel qui a été le plus important pour l’Allemagne du XXe siècle est essentiel pour nous, il fait partie de notre ADN. Puis, à partir du dernier trimestre 2018, nous entamerons la célébration de notre bicentenaire. Nous présenterons par exemple au salon Orgatec, à Cologne, nos nouveautés, dont des éditions spéciales inspirées de modèles d’archive réinterprétés. Et nous fêterons cet anniversaire avec nos partenaires, car cette occasion doit être marquée sur le plan des produits, mais aussi de l’événementiel. »

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1/ Michael Erdelt, responsable de la production, pose sur un fauteuil de bureau S 95 signé Randolf Schott, de la Thonet Design Team. 2/ Valérie Lécuyer est la responsable des ventes France et Maghreb de Thonet. 3/ La maison Thonet fêtera l’an prochain ses 200 ans, de même que le bicentenaire du Bauhaus. 4/ Le showroom situé dans la maison familiale montre, d’une part, l’offre pour le grand public et, de l’autre, celle pour l’univers professionnel, le contract… Celui-ci représente 60 % de l’activité de l’entreprise aujourd’hui et met à l’honneur des modèles signés des plus grands – Ludwig Mies van der Rohe, Mart Stam, Marcel Breuer… Ce mobilier à base d’acier tubulaire est l’un des grands succès de Thonet.


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Ingo Maurer, la marque du génie Le designer allemand Ingo Maurer, 86 ans, a réussi à faire de son génie pour la lumière un prestigieux label de design de luminaires. Il y a conservé la réalité d’un atelier de fabrication à la main, répandant ses lampes attractives comme des pièces uniques.

le départ, le maître avoue une fascination non seulement

Par Guy-Claude Agboton

inspiré par les explosions filmées dans Zabriskie Point, de

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pour la lumière mais aussi pour l’ampoule électrique et sa forme de bulbe. En 1966, c’est celle du plafond d’une pension vénitienne un peu borgne qui lui donne l’idée de Bulb, la lampe en forme d’ampoule qui l’a fait connaître. Plus tard, son célèbre lustre Porca Miseria! en éclats d’assiettes lui est Michelangelo Antonioni. Pour obtenir ce résultat (des mor-

ngo Maurer pourrait se reposer sur ses lauriers de « ma-

ceaux adéquats au montage des lustres, tous uniques), les

gicien de la lumière », comme une sorte de gourou si-

artisans de l’atelier suivent une façon particulière de casser

lencieux qui emporterait tout de suite l’adhésion. Au

les assiettes. Le premier exemplaire, présenté au Salon de

contraire, le designer raconte toujours de façon concrète,

Milan, appartient au designer Ron Arad, qui l’a tout de suite

presque terre à terre, la petite histoire de chaque modèle issu

voulu ! Le label n’avait pas vocation à ne rester que muni-

de l’avalanche de musts qui remplit le catalogue de la société

chois. Sa première galerie new-yorkaise – on peut vraiment

qu’il a créée. Mars 2018 a vu la sortie, au salon Light + Buil-

dire « galerie » au vu de la créativité des lampes exposées – a

ding de Francfort, de la lampe Koyoo, un luminaire mini-

inauguré la hype de Greene Street à New York. Aujourd’hui,

mal, graphique et poétique, comme un disque flottant dans

la crème des éditeurs internationaux y a ouvert boutique.

l’air. Lucellino, l’une des nombreuses icônes de la maison,

Chez Ingo Maurer, on est accueilli plutôt comme amateur

sort aussi en applique Lucellino Doppio équipée de LED.

curieux que comme acheteur potentiel. Que de bonnes rai-

Ce classique, qui s’adapte aux normes actuelles, est fabri-

sons de le devenir quand ces luminaires remarquables, réa-

qué à Munich, où ses ailes sont assemblées à la main dans

lisés à la main, sont proposés à un éventail de prix étendu.

un atelier devenu trop petit au fil du temps. Ingo Maurer est

Ingo Maurer est une maison exceptionnelle où tout reste

bien plus qu’une marque. L’atelier se répartit entre le QG

naturel. Ici, le design de la plus sophistiquée des lampes in-

(bureau, showroom) et un deuxième lieu dans la ville. Dès

vite simplement à passer sa vie sous sa lumière.

1/ Lucellino LED, un classique en version lampe de table qui existe dorénavant en applique. 2/ Yoruba rose, tout en légèreté avec son abat-jour en papier japonais. 3/ Koyoo, d’Axel Schmid, un luminaire minimal, graphique et poétique, comme un disque flottant dans l’air.

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photo Emanuele Tortora

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Les belles histoires de Walter Knoll

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Poétiques et allégoriques, les nouveautés du fabricant allemand s’inspirent de multiples ailleurs pour créer un style sophistiqué et facile à vivre à la fois, qui mise sur le gain d’espace et donne ses lettres de noblesse au confort décontracté.

elle de nombreux modèles. C’est d’ailleurs avec Walter

Par Olivier Waché

designers expliquent d’ailleurs avoir imaginé ce canapé

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en partant d’un simple échantillon de tissu plié et retour-

Knoll qu’EOOS a entamé sa carrière dans le design de mobilier, avec la ligne « Jason » (canapés, sièges…) en 1997. Bundle est un jeu de pliages, comme si l’on avait simplement superposé des couches de tissu pour former une assise. Le résultat est d’un confort redoutable. Les

018 sera-t-elle pour Walter Knoll une aussi bonne

né, qui lui a donné sa forme.

année que le fut 2017, avec un chiffre d’affaires

Autre catégorie, nouvelle histoire, cette fois avec la table

au beau fixe et pas moins de treize prix interna-

Moualla, signée Neptun Ozis. Cet architecte et designer

tionaux de design reçus ? Il n’y a aucune raison que cela

turc, spécialiste des yachts, a imaginé un plateau en chêne

change pour le fabricant allemand, dont l’approche reste

ou noyer massif qui semble flotter dans les airs et qui pour-

identique depuis l’origine. Walter Knoll continue de culti-

rait évoquer le fuselage d’un bateau. Il a en tout cas rendu

ver un savant mélange d’industrie et d’artisanat, une fa-

hommage au peintre Fikret Moualla, ami de son père, Sadi

brication soignée associée à un design intemporel. « L’ac-

Ozis, lequel avait créé la chaise… Moualla pour l’Acadé-

cent est mis sur la sensualité et l’artisanat, le charme et la

mie des beaux-arts d’Istanbul en 1964. Et, si Walter Knoll

beauté du parfait et de l’imparfait », écrit Markus Benz,

s’est fait une spécialité du cuir, il n’en oublie pas les autres

le président. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la

matières. Il augmente ainsi sa collection « Legends of Car-

collection 2018 en fait la démonstration.

pets » de nouveaux tapis en soie chinoise mais toujours

Maître de l’assise, Walter Knoll élargit sa gamme de ca-

inspirés de l’Afrique, signés Helmut Scheufele et complé-

napés avec Bundle, signé EOOS. Ce trio de designers est

tés par de confortables coussins de sol Badawi, réalisés à

un habitué de la maison allemande, puisqu’il a créé pour

partir de tapis noués à la main.

1/ Dernier-né de la collection de canapés Walter Knoll, Bundle, création du trio de designers EOOS, trouve naturellement sa place dans l’univers intérieur composé par le fabricant. 2/ Autre nouveauté de l’année, une chaise à l’assise abaissée (low side chair) qui vient compléter la famille de fauteuils et canapés « 375 », conçue par l’équipe de designers maison.

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ClassiCon : la perle du design Depuis sa création, il y a presque trente ans, le label allemand s’est imposé dans le registre du design surfin qui dure. S’il avait une devise, ce pourrait être « Moderne pour toujours ».

galeries. La présence au catalogue du gracieux porteman-

Par Guy-Claude Agboton

pour geler la créativité des Parisiens d’A+A Cooren, dont

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teau Nymphenburg d’Otto Blümel (1908) ou de l’exquis tabouret Banu d’Eckart Muthesius (1931) ne paralyse pas pour autant les designers contemporains. Il en faudrait plus l’incroyable console Tadaima semble tenir au mur comme

ondé en 1990 par Oliver Holy, un entrepreneur ama-

par magie. Sans peur aucune, Victoria Wilmotte, quant à

teur d’art, d’architecture et de design, ClassiCon est

elle, dote sa table Pli d’un somptueux plateau de marbre.

le premier éditeur industriel à avoir fait confiance

Et, cette année, le Brésilien Guilherme Torres se distingue

à des designers inconnus comme l’étaient à leurs débuts

avec ses tables basses Bow délicieusement seventies. Le

Konstantin Grcic ou Sebastian Herkner. Mais, plutôt que

plus étonnant, c’est que ce riche catalogue n’est géré que

de bomber le torse, la marque préfère rappeler la significa-

par 14 personnes ! De fait, la réussite de cette petite entre-

tion de son nom, qui veut dire « classique contemporain ».

prise tient dans la façon dont elle n’a pas changé d’objec-

La passion qu’Oliver Holy nourrit pour le design qui dure

tif : évoluer dans le design haut de gamme, certes, mais en

englobe ainsi aussi bien 2018 que le siècle dernier. Classi-

valorisant toujours une modernité qui ne renie pas le passé.

Con a de fait remis en lumière toute une galerie d’ancêtres

L’univers visuel de l’éditeur est en effet l’héritier de ces créa-

du design. À commencer par Eileen Gray. Avec son iconique

teurs d’avant-garde qui, bien qu’en rupture avec leur temps,

Adjustable Table, son surprenant fauteuil Bibendum ou en-

ne concevaient pas non plus de s’éloigner du monde artisa-

core ses tapis Castellar, Centimetre ou Kilkenny, tous créés

nal et de ses techniques anciennes. Cet état d’esprit existe

dans les années 20, elle déchire ! Quant à la réédition de

toujours chez ClassiCon. C’est peut-être pourquoi les nou-

son paravent Brick Screen (1925), en briques de bois laqué,

veautés inspirent, sans impression de déjà-vu, le vague sen-

elle achève de faire rivaliser ClassiCon avec les meilleures

timent d’avoir déjà existé.

1/ Association totalement contemporaine avec la Lantern Light Floor Lamp de Neri & Hu (2017), le fauteuil à bascule Euvira de Jader Almeida (2013) et la Bell Table Side Table Copper de Sebastian Herkner (2012). 2/ Voyage dans le temps avec la table à manger Pli de Victoria Wilmotte (2017), le fauteuil Non Conformist d’Eileen Gray (1926) et le Piega Mirror également de Victoria Wilmotte (2018). © CLASSICON


Photo: Hagen Sczech

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Le design allemand ? Sans aucun doute précis et fonctionnel. Se détacher pour vivre l’émotion. Et ça fait du bien. I.M. Black Luzy!

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Dedon, l’art de vivre en extérieur Directrice artistique de Dedon depuis vingt-cinq ans, Sonja Van der Hagen revient sur l’univers de la marque allemande et décrypte les tendances. Par Olivier Waché

Comment voyez-vous l’évolution de Dedon ? Notre objectif a toujours été de rencontrer de nouveaux créateurs et de proposer des espaces extérieurs d’exception tout en travaillant avec des matériaux variés et innovants. Nous sommes toujours heureux d’explorer des voies moins fréquentées et de partager nos découvertes.

Avec « Brixx », l’accent est mis sur l’utilisation de tissus. Quelles sont les tendances en la matière ?

Comment définiriez-vous le style maison ?

Je pense que nous sommes en train de sortir de la tendance nude-poudré-rose de ces dernières années. Des nuances plus affirmées reviennent, utilisées comme couleurs d’accentuation dans les accessoires, mais aussi pour des pièces plus importantes.

Nous souhaitons développer des produits qui ont une âme, soutenir l’artisanat et toujours expérimenter, afin de créer des lieux inspirants et des produits qui durent.

Quelles sont vos gammes de produits qui fonctionnent le mieux ?

« Tibbo » est votre première collection en teck. La preuve que Dedon continue à explorer de nouveaux matériaux ? Cela fait plusieurs années que nous avons commencé à introduire dans notre mobilier de nouveaux matériaux,

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comme l’aluminium avec « Seax  » de Jean-Marie Massaud. Développer une collection en teck était pour nous une suite logique. Les Londoniens Edward Barber et Jay Osgerby ont conçu un bel ensemble qui se marie parfaitement avec le reste de nos produits.

Les plus demandées depuis nos débuts sont les modulaires, qui projettent le salon à l’extérieur. Mais les salles à manger ont beaucoup de succès également. Nos produits « Iconics  » (Nestrest, Orbit, Swingrest et Tigmi, NDLR) sont aussi des créations qui nous définissent et nous différencient. Et ils sont passionnants à inventer.

Dessinée par le duo londonien Barber & Osgerby, « Tibbo » est la première collection en teck proposée par le spécialiste allemand du mobilier outdoor. Sa structure légère et épurée est complétée de généreux coussins d’assise en textile pour un confort top niveau.


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Tobias Grau, l’essence de la lumière

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Les créations du leader sur le marché allemand de l’éclairage, à l’image de leur dessin, ne sont pas dénuées d’une certaine dose d’humour. Les nouveautés présentées en mars à la foire Light + Building de Francfort s’appellent donc Parrot, Lipstick, Salt + Pepper et Sixteen. Une identité toujours aussi forte, qui s’accompagne d’un véritable sens de l’épure.

à chaque fois limpide et qui renouent avec un panorama fa-

Par Serge Gleizes

fonctionnalité, légèreté, innovation technologique. Critères

C

que l’on retrouve dans la suspension Globe 12, la lampe de

milier. Depuis trente ans, la marque diffuse en effet le nec plus ultra en matière d’éclairage et a surtout développé un secteur de luminaires à LED conformes à la conception de l’habitat contemporain et aux normes écologiques actuelles – les

1/ Lipstick, entre la baguette magique et l’allumette. 2/ Parrot, lampe inspirée du perroquet, ne radote en rien son design. En revanche, elle pivote sur son axe. © SIMON MENGES

LED consommant moitié moins d’énergie que les sources lumineuses classiques. Un made in Germany fidèle à la direction artistique édictée depuis les débuts : épure des lignes,

hez Tobias Grau, la lumière se réduit à l’essentiel,

table MY avec son trépied en bois et son abat-jour rond en

à la ligne architecturale, à la matière, à l’éclairage

porcelaine Bone China (à la cendre d’os), ou encore dans les

particulier qu’elle diffuse sur le quotidien. L’une

projets de lampes de bureau articulées John et XT-S Floor.

des dernières nouveautés se nomme Parrot, lampe dont le

Tout cela sous la direction artistique de Franziska et Tobias

dessin radical évoque un perroquet et qui pivote complè-

Grau, qui travaillent avec leur staff d’ingénieurs et de desi-

tement sur son axe. Elle a été créée par Timon & Melchi-

gners à Rellingen, près d’Hambourg. Fabriquant aussi bien

or Grau, étudiants d’une université d’art à Berlin, ni plus

pour le secteur privé que public, Tobias Grau exporte 30 %

ni moins les enfants de Franziska et Tobias Grau, les fon-

de sa production en Suisse, en France, au Benelux et en Au-

dateurs de la marque. C’est dans cette même quête de so-

triche (suspensions, lustres, spots, lampes sur pied, lampes

briété que la célèbre enseigne allemande, établie en 1984, a

outdoor…) et est distribué dans sept showrooms, exclusive-

également présenté, en mars, Salt + Pepper, petite table lumi-

ment allemands : à Hambourg, Berlin, Düsseldorf, Stuttgart,

neuse, ainsi que Lipstick et Sixteen. Des créations au design

Francfort, Cologne et Munich.

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Rolf Benz, design de société Lignes épurées, matières nobles, fabrication top niveau… C’est le mode d’emploi de plus de cinquante ans de création chez le fabricant allemand, qui, chaque fois, se calque sur l’ambiance de l’époque. Et c’est ce qu’ont encore démontré les nouveautés présentées au salon IMM Cologne 2018, en février.

Chez Rolf Benz, les récompenses pleuvent, les créations

Par Serge Gleizes

et ont envahi les foyers, tel Addiform, le tout premier.

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sont numérotées, les cuirs taillés sur mesure, la fabrication gratifiée de l’écolabel « L’Ange bleu ». Si la rigueur des lignes n’est plus aussi drastique, celle de la fabrication reste une exigence non négociable pour cette société créée en 1964 à Nagold, une petite ville de la Forêt-Noire. Très vite, ses modèles de canapés sont devenus des best-sellers Même succès pour Dono, dessiné pour les 40 ans de la

ci, le design est une chose sérieuse, comme tout ce qui

marque. Dirigée depuis 2014 par Jürgen Mauß, la maison

se fait en Allemagne. Ce qui n’exclut pas le regard

Rolf Benz est devenue incontournable dans le panorama

tendre et concerné que Rolf Benz pose sur son époque.

du design allemand et exporte 45 % de sa production

Les lignes plus souples, plus sensuelles et plus arrondies

dans plus de 50 pays. Des flagship-stores ont vu le jour de

des nouveautés de la saison le confirment, notamment

Hambourg à Cologne et, à travers le monde, de New

avec le modèle de canapé Rondo, création du designer

Delhi à New York ou Vienne. Un succès dû à une très

suisse This Weber et distingué par les Iconic Awards: In-

forte culture d’entreprise et à un made in Germany que

novative Interior 2018, prix également remis à la chaise

rien ne semble pouvoir détrôner. En 2011, la maison a

616, de Johannes Steinbauer. Lequel a aussi dessiné la

lancé la ligne « Freistil », plus décalée, et, depuis plusieurs

table 964, aux angles arrondis pour mieux s’intégrer

années, elle a investi avec ses gammes contract des lieux

aux lieux de vie exigus. Quant au fauteuil club 562, de

tels que le 25Hours Hotel Zurich Langstrasse, le Grand

This Weber, en phase avec le canapé modulaire Nuvola

Hyatt Berlin, l’espace affaires du stade Allianz Arena de

et le tout nouveau Modo, très près du sol pour plus de

Munich, la School of Law de l’université de Baltimore et

confort, de nonchalance et de décontraction, il s’est vu

même la dernière édition de la Berlinale, le Festival inter-

décerner la mention « Best of Best » des Iconic Awards.

national du film de Berlin, qui s’est tenue en février.

Parmi les nouveautés présentées cette année par Rolf Benz au salon IMM Cologne, la table de repas 964 au plateau rond ou rectangulaire suspendu et la chaise 616, distinguée par les Iconic Awards: Innovative Interior 2018. Des créations signées du jeune designer Johannes Steinbauer.


Pionnier de la cuisine moderne Ouvert à la vie – depuis 125 ans 125years.poggenpohl.com


Le génie allemand La force des acteurs allemands de la cuisine ? Réussir à proposer une offre qui allie qualité et créativité. L’ergonomie n’est jamais oubliée, et elle s’associe au style pour donner des modèles d’exception qui reflètent parfaitement leur époque. Par Olivier Waché


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Page de gauche Cet ensemble blanc b1 de Bulthaup, aux façades laquées et plan de travail stratifié, est relevé par un plan-bar en frêne. 1/ Belle inspiration pour cette cuisine b3, toujours de Bulthaup, en laque brillante coloris silex avec des panneaux muraux en placage de noyer. 2/ Espaces ouverts et fermés se conjuguent à la perfection dans cette cuisine +Modo de Poggenpohl, dont les plateaux coulissants offrent des espaces d’exposition autant que de rangement. 3/ Superbe effet de matières avec du béton véritable et le chêne moka lustre laque dans cette cuisine Häcker systemat/Art 7000 GL / 5081 GL au vaste îlot central. 4/ et 5/ Parfaite démonstration d’une frontière qui s’estompe entre salon et cuisine, le système Floating Spaces de SieMatic propose des panneaux muraux personnalisables avec des rainures discrètes pour y placer à loisir des crémaillères métalliques et des accessoires.

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Surprenante architecture L’héritage du Bauhaus doit sans doute inspirer les créateurs de cuisines outre-Rhin, qui offrent à travers leurs propositions des modèles de microarchitecture.


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Page de gauche Comme un jeu de construction, les éléments en chêne gris et les façades en verre fumé d’Attract, par Alno, s’imbriquent pour composer une architecture très marquée. 1/ Organisé autour d’un cube multifonction, l’espace selon Leicht offre divers usages : détente, repas, buanderie… Côté cuisine, un îlot Evo complète des modules Bondi-e et Xylo en laque blanc mat. 2/ Aluminium gris anodisé et quartzite Beola Nera Leather se partagent la vedette dans cette implantation linéaire d’exception signée Eggersmann. 3/ À sa série de robinetterie « M71 » en version « Select », Hansgrohe a eu la riche idée d’associer une cuve Inox à deux trous permettant l’installation d’une commande déportée. 4/ Avec ou sans poignées, minimaliste ou stylée, la cuisine Integra, de Nolte, réussit à combler toutes les attentes et se donne des airs industriels avec les étagères ouvertes Flex.

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Électromania

Allemagne, patrie de l’électroménager ? Le moins que l’on puisse dire est que nos voisins regroupent quelques fleurons du secteur à la pointe de la technologie. Froid, cuisson, lavage, rien ne leur résiste !


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Page de gauche Le combiné réfrigérateur-congélateur Vario Style de Bosch est doté de façades interchangeables disponibles dans 18 coloris pour s’accorder à votre déco intérieure. 1/ Autre combiné réfrigérateur-congélateur, le CoolCreative de Neff est équipé d’une porte en verre noir mat magnétique sur laquelle il est possible d’écrire ! 2/ Duo gagnant pour la table de cuisson iQ700 de Siemens à deux zones flexInduction et dotée du système inductionAir, qui intègre une hotte silencieuse. 3/ Version XXL pour ce Vario série 400 de Gaggenau, un ensemble d’appareils de froid qui s’ouvrent par simple pression du doigt pour révéler leur intérieur Inox. 4/ Révolutionnaire, le four Dialog Oven de Miele réussit à cuire en même temps plusieurs aliments à des températures différentes grâce à la technologie M Chef, qui utilise de multiples longueurs d’onde. 5/ Ce combiné réfrigérateur-congélateur NoFrost/BioFresh CBNPes 4858 de Liebherr est équipé de la technologie BLUPerformance, qui permet de stocker plus dans le même encombrement, de réduire la consommation d’énergie et d’améliorer la qualité du froid.

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Eau précieuse Les fabricants allemands soignent la salle de bains et son style. À grand renfort de matériaux innovants, de formes géométriques ou organiques, ils offrent de cet espace de bien-être une vision minimaliste dont le confort est loin d’être exclu. Par Olivier Waché


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Page de gauche L’épure est de mise avec cet ensemble de la série « DuraSquare » de Duravit, composé d’une vasque rectangulaire posée sur une structure légère en métal chromé. 1/ Revisitée, cette vasque en acier vitrifié Scopio signée Sieger Design pour Alape est déclinée en vasque-bol, plan suspendu ou colonne. 2/ Présenté ici en version Hard Graphite, le mitigeur Essence de Grohe, à la forme organique, est proposé en 10 coloris et finitions pour s’intégrer dans tous les projets. 3/ Version carrée pour les solutions de douche « Raindance » signées Phoenix Design pour Hansgrohe et dotées des technologies AirPower et EcoSmart afin de limiter la consommation d’eau (complétées ici par un mitigeur Metropol). 4/ La collection de meubles « Junit » de Burgbad affiche un minimalisme de rigueur, entre bois clair des façades, structure en métal noir et plan de toilette ultrafin en pierre de synthèse. 5/ Blanc de blanc pour le style « Soft-Edge » de Viega et les divers éléments aux formes arrondies qui lui donnent corps.

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IMM Cologne : les 5 incontournables Par Guy-Claude Agboton

Les tendanceurs du service de presse du salon avaient prévenu : 2018 aurait quelque chose « entre style scandinave et bohème chic », avec aussi bien du béton que du velours, violet au salon, vert futaie au bureau… Mais, comme nos vies sont pleines de contradictions, les propositions des éditeurs aussi. En quittant le salon, on se rendait compte que, au milieu d’une influence scandinave dominante, maintenir son cap demandait une certaine volonté. La preuve par cinq.

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Christian Werner, vraiment nouveau Christian Werner n’est pas un complet inconnu en France. Ses créations font régulièrement partie du catalogue Ligne Roset, et c’est le cas cette année encore. Lors d’IMM Cologne, il a retenu toute notre attention et même remporté un award, sans besoin d’aucune surenchère. Sur le stand de l’éditeur Interlübke, son système d’étagères Lilu a fait sensation. Il s’accroche au mur sans fixations apparentes, et ses lignes sont magnifiées quand il s’éclaire d’un trait de lumière qui en souligne les contours. Chêne ou noyer, les finitions sont soignées, en naturel ou en laqué. Au minimalisme des formes s’oppose le peps des couleurs, du rose guava au quartz, qui en fait un objet de décoration. On peut ainsi facilement marier ou opposer les nuances des éléments à celles des murs, comme si on avait fait appel à un architecte d’intérieur. Cette collaboration entre Christian Werner et Interlübke scelle la rencontre de deux expériences, entre un ex-jeune designer des 80’s et une maison de 80 ans. Ce fan du maestro du design allemand Dieter Rams affirme son intention de mettre des émotions en objets. Chez le belge Leolux, dans le registre des produits qui vous tendent les bras, on a aussi retenu les coins arrondis comme des épaules du canapé Elias. Y aurait-il un moment Werner ?

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3 1/ Le canapé Elias, signé Christian Werner pour la marque belge Leolux. © RENE VAN DER HULST

2/ Lilu, un système d’étagères conçu par le designer pour la marque allemande Interlübke. 3/ Pour Christian Werner, « l’important est que le design fasse la synthèse de la tête et du cœur ». © CHRISTIAN WERNER


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E15 Loin des tendances En travaillant avec David Chipperfield ou Daniel Rybakken, E15 s’est fait une réputation d’éditeur un peu intello, ne suivant aucune tendance, s’en tenant à ses choix, radicaux et libres, ambassadeur d’une Allemagne méticuleuse. Cliché ? La facture impeccable de chaque meuble, le côté durable, rien de ce qui était présenté sur ce stand ne dérogeait à cette règle. Même son nom, E15, fait sévère alors qu’il s’agit du code postal des débuts du label fondé en 1995… à Londres. En fait, Philipp Mainzer, cofondateur du label, est un architecte radical. L’absence d’effets superfétatoires donne une belle unité à l’ensemble du catalogue, à l’exception de – surprise, cette année ! – la réédition de la Calvert Chess de Ferdinand Kramer (conçue en 1951 pour Coca Cola et en carton), éditée en bois naturel ou… laquée rouge vif ! Une forme très architecturée, tout comme la table Ashida, de Philipp Mainzer. Son bois naturel, ses formes simples sont un hommage à l’artisanat japonais. À l’image de la table la plus rebelle du designer, Kazimir, avec son plateau « à bords francs », dirait-on dans la mode.

1/ Kazimir, une table de Philipp Mainzer, cofondateur du label E15. 2/ La DA d’E15, Farah Ebrahimi, ne craint pas que le rouge soit trop vif sur cette réédition de 1951 de Ferdinand Kramer, originellement en carton… © E1 5 3/ Plus de 5 400 personnes ont « liké » le meuble Kiri signé Stefan Diez, édité par le label japonais Meetee.

Diez Zen

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Scoop ! Nous avons vu sur le stand de l’éditeur japonais Meetee les plus belles charnières du monde. Et elles sont signées Stefan Diez. On a ainsi vu une rédactrice en chef très occupée tomber en arrêt devant ces rangements délicats. Subitement, plus de précipitation ! On prend le temps, comme elle, d’ouvrir et de fermer lentement ces petits meubles secrets Kiri, rouges, noirs ou verts, tactiles et légers. Stefan Diez, basé à Munich, repousse au fil des workshops les frontières de l’Europe jusqu’aux îles Izu, au Japon. Avec son éditeur Jin Kuramoto, aidé d’Arthur Desmet, ce travail d’équipe a su interpréter avec brio un élément particulier du mode de vie nippon. Le bois utilisé est celui présent dans les livres du romancier Seio Nagao, tel Meurtre à la cour du prince Genji, où une héroïne peut s’appeler « la princesse du clos aux paulownias ». C’est justement ce très beau bois qui est utilisé, celui de l’arbre que l’on faisait planter à la naissance d’une fille et dans lequel on taillait ensuite l’armoire de son cadeau de mariage. Parce que le paulownia protège bien de l’humidité les kimonos… L’idée des rubans comme charnières des portes de meubles, se pliant horizontalement lorsqu’on les relève vers le haut ? Incroyable.


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La perfection dans les moindres détails : l‘engagement d‘AXOR. À l‘image de ses finitions spéciales qui confèrent à la robinetterie un éclat naturel. 15 finitions exclusives qui laissent libre cours à la personnalisation. Un exemple emblématique : AXOR Uno en finition "laiton poli". www.axor-design.com


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Jan Kath, l’hyper tapis En 2011, pour un tapis rouge à liséré blanc de 103 mètres de long pesant 1,2 tonnes, réalisé pour un mariage princier à 30 millions d’invités cathodiques, il n’a fallu que deux mois à l’éditeur allemand Yan Kath pour réaliser la pièce en Thaïlande. En 2018, au salon IMM de Cologne, son stand donnait encore une fois l’impression que tout était possible. Rien de tel qu’un tapis pour conditionner l’espace, le réchauffer, le rafraîchir, l’agrandir ou le rendre plus intime. Pour qui en concevait le moindre doute, il suffisait de passer sur le stand de Jan Kath, où il y posait pour les photographes, assis sur un grand métier à tisser. L’entrepreneur et directeur artistique était dans son élément. Cet autodidacte, 3e génération dans le commerce de tapis, accompagnait déjà son père visiter des manufactures en Iran et en Inde. L’ambiance un rien caravansérail du stand lui est familière. Cette atmosphère est d’autant plus revendiquée qu’elle est créative. Les plus belles pièces sont empilées comme au souk. Les icônes ? Le Boro, un patchwork revisité de ce modeste usage japonais qui consiste à repriser sans fin ses vêtements ; le Vendetta, qui exalte l’idée du dégradé de couleurs. La force de Jan Kath est de proposer de nouveaux univers plus contemporains à côté des créations traditionnelles revisitant volontiers les motifs orientaux.

1/et 2/ La force de Jan Kath est de proposer de nouveaux univers plus contemporains à côté des créations traditionnelles revisitant volontiers les motifs orientaux. Tout ici est noué ou tufté à la main. 3/Grace, desserte à roulettes de Sebastian Herkner pour Schönbuch, bel hommage à Alvar Aalto dans un bleu nuit au cœur des tendances 2018.

Le goût et les couleurs selon Schönbuch

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Signe qui ne trompe pas, cette impression d’être dans un magasin où l’on peut toucher à tout ! Carolin Sangha, directrice de création de l’agence munichoise Casa 27, présentait ses boîtes-plateaux multicolores, du jaune au rose indien. Autre couleur forte, le bleu nuit choisi par Sebastian Herkner pour sa table à roulettes Grace. Ses roues pleines et plates rappellent de loin celle d’Alvar Aalto, mais sa finesse et sa couleur apportent vraiment du nouveau. On retrouve un bleu un peu cousin, en alternative au noir mat de l’éditeur Thonet, sur la chaise 118 que Herkner présentait également. Son confrère Christian Haas avait conçu des vases Carlo du même bleu sombre et profond que le noir d’encre des pots, bols et tables basses d’Herkner chez le label germano-colombien Ames Sala. Pure coïncidence qui ne fait pas moins du noir et du bleu profond des couleurs sur lesquelles miser chez soi. Quant aux patères Dots de WW en marbre de Carrare, un plaisir d’esthète. Fonctionnel, durable et beau.


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Quasi-hémisphères Collection de lampes de style Bauhaus à contempler. Par Anne-France Remy

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1/ Lampe de table Kaiser Idell (réédition de 1930), en acier et laiton chromé, design Christian Dell, 670 €. Fritz Hansen. 2/ Lampe de table Atollo – O, en aluminium verni, design Vico Magistretti, 1 356 €. Oluce sur Madeindesign.com. 3/ Lampe de table Wagenfeld (1924), en métal nickelé et verre opalin, design Wilhelm Wagenfeld, 489 €. Tecnolumen. 4/ Lampadaire Cinétique, en tube d’acier laqué, design Martin Hirth, 895 €. Ligne Roset. 5/ Lampe de table orientable Falling Star, technologie à LED à intensité réglable, 360 €. Tobias Grau. 6/ Lampe de table Ricchi Poveri Toto, en laiton et acier, design Ingo Maurer, 620 €. Ingo Maurer. 7/ Liseuse ajustable et pivotante Kaiser Idell, en acier et laiton, design Christian Dell, 818 €. Fritz Hansen chez Silvera.

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Gracieuse épaisseur L’embompoint est à l’honneur. Cherchez l’intrus ! Par Anne-France Remy

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1/ Fauteuil Bibendum (1925), structure en tube d’acier, design Eileen Gray (1878-1976), 5 377 €. ClassiCon chez Silvera. 2/ Fauteuil Traffic, en fil d’acier, coussins recouverts de tissu Kvadrat, design Konstantin Grcic, 1 800 €. Magis. 3/ Fauteuil S 35 L (1929), assise en cuir et piètement en acier tubulaire chromé, design Marcel Breuer, 2 310 €. Thonet. 4/ Fauteuil Rolf Benz 580 (nominé pour le German Design Award 2016), structure en chêne ou en noyer, à partir de 1 603 €. Rolf Benz. 5/ Fauteuil 375, piètement en bois, revêtement en tissu ou en cuir, design Walter Knoll Team, à partir de 1 300 €. Walter Knoll. 6/ Ocean 7, pour passer du fauteuil au canapé grâce à des éléments modulables capitonnés (trois profondeurs d’assise), design Bretz Brothers, à partir de 6 912 €. Bretz.

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Gamme de sol De laine et de pigments, les tapis habillent les sols, leur apportant chaleur et raffinement. Une petite ou une grande touche de couleur qui parfois suffit. Par Anne-France Remy

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1/ Tapis Mahendi, en viscose (aspect brillant), fabriqué à la main (ø de 100 à 450 cm), à partir de 418 €. Bretz. 2/ Kilim IZA, à motif géométrique, en pure laine (240 x 170 cm), design Philipp Mainzer, à partir de 395,50 €. e15. 3/ Tapis Wendingen, en pure laine (200 x 208 cm), design Eileen Gray, 4 809 €. ClassiCon chez Silvera. 4/ Tapis d’Orient revisité de la collection « Erased Heritage », en laine et soie (250 x 300 cm), 2 300 € le m2. Jan Kath.

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Le printemps du sur mesure En avril, mai et juin, les prix sont doux pour aménager sur mesure votre intérieur avec notre collection MEGA-DESIGN.

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Guéridons en option Une génération de tables d’appoint qui refusent le fond du salon pour accaparer toute l’attention. Par Anne-France Remy

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1/ Guéridon CT09 Enoki, avec plateau en marbre de Carrare et pied en acier laqué, design Philipp Mainzer, 780 €. e15 chez FR66. 2/ Tables basses Sting, avec plateau disponible en frêne, chêne, noyer, pierre, verre ou marbre… Design Jehs + Laub, à partir de 800 €. Cor. 3/ Guéridon Rocher, en MDF plaqué de noyer américain, design Hertel & Klarhoefer, 631 €. Ligne Roset. 4/ Table d’appoint Pli, en acier inoxydable et cristal, design Victoria Wilmotte, 1 224 € (noir onyx) ou 1 445 € (bronze pyrite). ClassiCon. 5/ Tables basses Bell, en verre soufflé et laiton, design Sebastian Herkner, 2 404 € (améthyste) et 1 912 € (bleu Montana). ClassiCon.

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parce que la vie avec du style, c’est chic !


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Famille «Arty»

Famille «Healthy»

Famille «Urban chic»

Famille «Rétro»

Famille «Bobo»

Famille «Business»

Famille «Hippie chic»

Famille «Fashion»

(New York)

(Londres)

(Shanghai)

(Berlin)

(Madrid)

(Amsterdam)

(Los Angeles)

(Paris)

(Milan)


© STÄDTISCHE GALERIE IM LENBACKHAUS UND KUNSTBAU MÜNCHEN, INV. NO. GMS 656

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Portrait of Marianne von Werefkin (1909) de Gabriele Münter.

La palette de Gabriele L’exposition consacrée à la peintre expressionniste allemande Gabriele Münter (1877-1962), à la Lenbachhaus, à Munich, jusqu’en avril, nous a inspirés cette sélection mode et déco colorée, à l’image du travail pictural de l’ex-photographe. Inscrite parmi les avant-gardes munichoises du début du XXe siècle, elle exprime féminité et énergie vitale. Par Anne-France Remy

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7 1/ Deux suspensions FL/Y (small), design Ferruccio Laviani, 219 € pièce. Kartell. 2/ Boucles d’oreilles en résine, 310 €. Marni. 3/ Applique murale décorative Cloudy (46 x 25 cm), design Daisy Bohyn, 29,95 €. Atelier Pierre. 4/ Chemisier Ines de la Fressange Paris, 420 €. En exclusivité au Printemps. 5/ Fauteuil East River, design Hella Jongerius (2014), 1 880 €. Vitra. 6/ Petit sac en cuir velours, 300 €. Little Liffner en exclusivité aux Galeries Lafayette. 7/ Escarpins avec talon verni, 135 €. COS.

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© GABRIELE MÜNTER – UND JOHANNES EICHNER – STIFTUNG, MUNICH, INV. NO. V96

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Miss Ellen on Grass (1934) de Gabriele Münter.

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1/ Suspension Grande Volière, en grillage cuivré décoré d’oiseaux habillés de vraies plumes. 600 €. Mathieu Challières. 2/ Chapeau de paille, 29,90 €. Galeries Lafayette. 3/ Réédition du fauteuil 366 du designer polonais Jozef Chierowski, 550 €. Lovely Market. 4/ Sac à main en osier White Natural, 1 169 €. Prada au Bon Marché. 5/ Robe-peignoir en soie, 499 €. Exclusivité Ganni aux Galeries Lafayette. 6/ Mules Dyala, 89 €. Mellow Yellow.

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© GABRIELE MÜNTER – UND JOHANNES EICHNER – STIFTUNG, MUNICH, INV. NO. P39

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Lady Writing in Armchair (1929) de Gabriele Münter.

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1/ Lustre à 8 lumières Fleurs de Saxe n° 7792, en fer doré à la feuille et porcelaine de Saxe, 5 062 €. Baguès. 2/ Robe en soie imprimée, 275 €. Maje. 3/ Eau de toilette Miu Miu L’Eau Rosée, 50 ml, 74,60 €. 4/ Fauteuil Ayi, design Thomas Dariel, 2 640 €. Maison Dada. 5/ Mules Barry, en veau velours, 595 €. Christian Louboutin.

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Avant-garde au féminin Au musée Lenbachhaus de Munich, jusqu’au 8 avril, est exposé pour la première fois l’ensemble des œuvres de Gabriele Münter, figure trop peu connue de l’expressionnisme allemand. Le livre qui accompagne cette exposition présente le travail de l’artiste suivant les différentes thématiques qui l’ont inspirée au cours de sa vie. Par Charlotte Vitry

S

ouvent restée dans l’ombre de Paul Klee, d’Alexej von Jawlensky ou de Vassily Kandinsky, Gabriele Münter, née en 1877 à Berlin, a pourtant participé de son vivant au Salon d’automne de 1907, à Paris, ou encore à la Documenta 1 de Cassel en

1955. Ses premières productions sont des clichés réalisés lors d’un séjour aux États-Unis alors qu’elle n’a que 20 ans. C’est à son retour en Allemagne qu’elle commence à suivre les cours de Kandinsky, avec qui elle partagera sa vie et de nombreux voyages. Sa peinture se nourrit de ses découvertes, et tout particulièrement de sa rencontre avec les fauves Henri Matisse et Paul Gauguin, dont elle adopte la liberté chromatique. À cette époque, les œuvres de Gabriele Münter et de Vassily Kandinsky se ressemblent beaucoup. En 1911, ce dernier, en quête d’une esthétique nouvelle, décide de fonder Der Blaue Reiter (Le Cavalier bleu), un groupe d’artistes aux ambitions révolutionnaires, partisans d’une pratique antinaturaliste et étroitement liée au spirituel. Gabriele Münter, qui en fait partie, parvient à conserver une certaine singularité avec ses paysages aux aplats chatoyants. Sa séparation d’avec Vassily Kandinsky en 1917 l’affecte profondément mais lui permet de se renouveler. Elle réalise alors, entre autres, de nombreux portraits de femmes dans des tons plus délavés. Ses œuvres, comme l’ensemble des productions du Cavalier bleu, sont étiquetées « art dégénéré » sous le régime nazi. Elle les cache et organise à la fin de la guerre la toute première rétrospective du groupe avant-coureur de l’art abstrait. Le legs de sa collection à la ville de Munich en 1957, cinq ans avant sa mort, fera la renommée du Lenbachhaus, qui dispose encore aujourd’hui du plus fabuleux panorama de la période du Blaue Reiter. Il était indispensable que, soixante ans plus tard, son travail soit entièrement célébré.

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Gabriele Münter, d’Isabelle Jansen, en anglais, Prestel, 260 pages, 65 €.


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ID-CRÉA MODE

Bernhard Willhelm

Spiritualité, sexe et humour S’il a fait ses classes auprès des couturiers les moins formatés du XXe siècle avant de déployer son propre univers, ce dernier ne se résume pas à son « extravagance », pas plus qu’à un goût prononcé pour les volumes XXL ou les vêtements androgynes. Joyeuses et cérébrales, ses collections offrent une indéniable profondeur artistique. Par Élisa Morère

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C

e printemps, cramponnez-vous, Bernhard Willhelm

à Paris, il imagine que le vent l’emportera bientôt au…

nous a taillé un costume vitaminé ! Notre créateur

Mexique. Il n’est pas inutile de rappeler que sa marque

allemand invente à sa sauce une saison tropicale,

fête ses 20 ans. Il a fait ses classes à la célèbre Académie

agrémentée d’un zeste d’Afrique. Avec lui, on part à la plage

royale des beaux-arts d’Anvers, période bénie où s’y sont

enveloppés de généreux tissus sur lesquels s’ébattent des fleurs

aussi croisés Dries Van Noten et Dirk Bikkembergs. À

larges comme des soleils, des lagons infestés de requins, des

l’époque, Bernhard Willhelm assiste souvent ces trublions,

pointillés imitant la peau granuleuse du squale. Pas facile-fa-

comme Alexander McQueen : « Walter Van Beirendonck

cile à porter, la mitre papale, accessoire militant sur lequel

est aujourd’hui le directeur de l’Académie, mais en 1996,

apparaissent de sulfureux messages. Des artistes tels que

il était mon prof. Depuis ces années-là, l’institution et le

Stefan Maier, collaborateur régulier de Bernhard Willhelm,

musée de la Mode (MoMu) se sont connectés. Je pense

et Carsten Fock, qui a apposé fleurs et patchs politiquement

d’ailleurs que je vais céder des archives au musée. » On

ironiques, sont invités à réaliser des graphismes. Ne cherchez

adorerait y retrouver ses superbes costumes de scène ré-

pas dans ces créations un genre déterminé. C’est une garde-

alisés pour Björk, pour la sortie de son album Volta, ou

robe androgyne, où le « prête-moi ta tunique à franges et

bien ceux de la pièce de théâtre tirée du film de Rainer

ton T-shirt siglé “Trumptweetie” » pourra être prononcé

Werner Fassbinder Les Larmes amères de Petra von Kant.

par l’un ou par… l’une.

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Né à Ulm, en Allemagne, Bernhard Willhelm, 46 ans,

Création indépendante

a vécu en Belgique, puis en France, à Paris. En 2013, le

Le maître-mot de la vie créative et personnelle de Bernhard

créateur s’est exilé en Californie avec son équipe. D’où,

Willhelm est « indépendance »… et ce depuis sa première

peut-être, cette envolée tropicale cette saison… On le

apparition sur un podium lors d’un défilé en 1999, à Paris,

retrouve à Rosazza, dans le Piémont, ravissant village

après avoir lancé sa marque. « J’ai toujours créé sans

où il occupe une maison jaune, tandis que son studio a

soutien particulier, même en France. Les investisseurs se

emménagé à Biella, ville réputée pour sa laine. Mais cette

font d’autant plus rares que ce secteur perd de l’argent. De

bougeotte n’est pas guérie puisque, revenu depuis peu

fait, les profits des groupes de luxe viennent des parfums


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ou de la maroquinerie. Les stylistes indépendants doivent

vraie question est : les Allemands sont-ils intéressés par la

financer leurs collections six mois avant de les vendre… un

mode ? Ils dépensent leur argent en maisons, en voyages

an plus tard. Cet univers s’est terriblement accéléré (d’où la

et en voitures. C’est seulement très récemment que Berlin

production uniforme et les copies), alors que les créateurs

songe à se doter d’une Fashion Week alors que Donna

ont besoin de temps pour travailler et valoriser leur marque.

Karan et Calvin Klein l’ont lancée à New York en 1980 !

Cela engendre un stress énorme. J’ai sans cesse dû m’adap-

En revanche, Berlin a toujours attiré les créateurs, que ce

ter à ces évolutions, y compris celles du consommateur. Il

soit David Bowie ou Hedi Slimane, car la ville a conservé

nous faut nous conformer à des cultures, à des climats et

des espaces libres. Le fait qu’elle soit devenue la capitale (à

à des goûts selon les pays, et même à des licences (comme

la place de Bonn) a engendré une grande énergie artistique.

avec les lunettes Mykita ou les chaussures Camper). J’ai

Il y émerge certainement de jeunes créateurs de mode…

fait des erreurs de jeunesse, j’ai expérimenté, mais j’ai la

mais qui s’intéresse à eux aujourd’hui ? »

chance d’être toujours présent, soutenu par ma partenaire des débuts, Jutta Kraus. Toutefois, pour éviter de fermer

Du brutalisme à la Renaissance

mon studio, j’ai dû faire des choix. » À l’ancienne, Bernhard

Dernièrement, Bernhard Willhelm s’est tourné vers la

commence par confectionner ses modèles dans une toile,

conception de mobilier. « C’est en cours avec un éditeur

afin d’apprécier si le vêtement vit et met en valeur celui

allemand, dont je tais le nom pour l’instant. C’est mon

qui le porte. « Dernièrement, comme directeur artistique

hobby. Il s’agit de six pièces : chaises, table, sofa, etc. » Aussi

de Vogue, j’ai approché Nicole Kidman, une magnifique

atteint de collectionnite aiguë, il accumule les plantes depuis

personnalité, pour mes créations. Sur ce projet, j’ai œuvré

l’adolescence, dont des cactus californiens : « Mes parents

aussi avec le photographe allemand Juergen Teller, dont

avaient une serre et c’est là que nous discutions. Aujourd’hui,

la vision a été un vrai bonheur durant nos échanges. »

mes loisirs sont tournés vers la nature. » Fan de design,

Lorsqu’on évoque la rareté des créateurs allemands sur

il avoue un faible pour le confidentiel Pentagon Group,

la scène mode, il nous rétorque : « Il existe de grandes

collectif allemand formé à l’orée des années 80 dont faisait

marques comme Hugo Boss, Puma ou Adidas, mais la

partie Wolfgang Laubersheimer : le Pentagon promouvait

1/ L’humour est une composante essentielle de la mode conçue par le styliste allemand Bernhard Willhelm, né à Ulm, à la frontière de la Bavière. © TANJA KERNWEISS

2/ et 3/ Deux silhouettes de la collection printempsété 2018 homme + femme. Le styliste poursuit sa quête tropicale urbaine en affichant fleurs océaniques, motifs abstraits et graphismes expressifs. © GEMMA BEDINIVALD AGENCY

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ID-CRÉA MODE

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un style néobrutaliste à travers des créations en béton aussi

parfois, des ruches. Parfaits pour s’entendre penser. Enfin, si

froides que puissantes. Bernhard Willhelm confesse aussi

l’architecture Bauhaus me plaît beaucoup en Allemagne, mon

un intérêt pour une certaine pornographie. « Je collectionne

pays va protéger d’affreuses villes années 50 comme Cologne

les magazines gays des années 80 pour leur typographie et

ou Ulm… que, paradoxalement, je détruirais volontiers. »

leurs couleurs, contemporaines du mouvement Memphis.

Aujourd’hui, le styliste allemand vend essentiellement – très

Ces revues pointent une époque de liberté sexuelle, de 1980

bien – aux États-Unis et au Japon. « Ils apprécient ma

à 1990, et finalement une forme de poésie moderne. » Puis,

perception artistique liée à la spiritualité, à l’interaction des

à notre grande stupéfaction, on découvre aussi un adorateur

coloris, à l’humour et au sexe. Je fais fabriquer à Tokyo, où

de la Renaissance. « Né au cœur du baroque et du gothique

les ateliers conservent un sens aigu des couleurs – je ne fais

de l’Allemagne du Sud, j’aime sentir les influences romaines,

jamais de noir – et savent tisser des étoffes incomparables.

grecques et byzantines, et j’adore les pièces contemporaines

Ils ont le chic pour y introduire volontairement de petits

de Léonard de Vinci. Je me promène très souvent dans le

accidents qui en font tout le sel. Selon moi, la mode est un

Kupferstichkabinett (Cabinet des estampes) de Berlin, à la

artisanat dans lequel la main joue un rôle prépondérant.

Gemäldegalerie (Galerie de peintures) et au Pergamonmu-

Il m’arrive de construire mes collections à partir d’une

seum (musée archéologique). Les animaux et le mobilier

broderie, d’une technique japonaise traditionnelle. »

de Tilman Riemenschneider (1460-1531), dans lesquels

Aidé de son ancien jardinier parisien Morgan Courtois

on peut déceler sa main et son geste, sont pour moi d’une

(désormais jeune parfumeur remarqué pour une première

beauté frappante. J’ai aussi un goût prononcé pour les lieux

création olfactive, baptisée Fond de Sac), Bernhard Will-

spirituels : le Vatican, le sanctuaire du mont Koya, au Japon,

helm met au point un parfum inspiré des roses qui fleu-

et les monastères des Météores, en Grèce. Des lieux de pou-

rissaient sa terrasse lors de sa vie parisienne précédente.

voir non commerciaux, avec bibliothèques, jardins et même,

Notre nez en frétille déjà d’impatience !

1/ et 2/ Pour la collection printemps-été 2018 homme + femme, le créateur a, conformément à son habitude, recouru à des collaborations d’artistes. Si sa griffe existe depuis vingt ans, c’est aux ÉtatsUnis et au Japon qu’elle se vend le mieux. © GEMMA BEDINI-VALD AGENCY


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À Berlin

Les fifties dans la peau

Commerçant dévoué à son activité, Emmanuel de Bayser a choisi de vivre au-dessus de son magasin. En plein Mitte, on peut le comprendre. Si son concept-store, The Corner, n’a déjà rien de l’enseigne traditionnelle, son appartement, sis dans un immeuble historique, révèle en plus un collectionneur averti de design, notamment français, des années 50. Une passion qu’il justifie très rationnellement : « C’est un genre intemporel qui se marie très bien avec l’architecture d’autrefois, car son caractère vivant contraste avec d’autres styles. » La visite des lieux le confirme. Par Noreen Johnson / Stylisme Sven Alberding / Photos Greg Cox / Bureaux


LIVING INSIDE

Page de gauche Emmanuel de Bayser, à l’entrée de son appartement de Mitte. L’imposant escalier marbré rappelle le caractère noble de cet immeuble du début du XXe. Ci-contre Le coin bibliothèque est bordé d’un côté par de grandes fenêtres et de l’autre par des linéaires intégrés conçus par le propriétaire. La chaise Clam (Nordisk Staal & Møbel Central), du moderniste danois Philip Arctander, est l’assise idéale pour feuilleter la vaste collection de monographies d’art et de livres de design, de cinéma et de photographie. Le tapis marocain Beni Ouarain date des années 30. Table basse Utö (Nordiska Kompaniet) du designer danois Axel Einar Hjorth.


Dans la salle à manger, bahut Nuage original de Charlotte Perriand. Au mur, illustration de Jean Arp. La céramique colorée et la lampe de table sont de Georges Jouve. Pièces sculpturales en bois d’Alexandre Noll. Miroirs soleil en talosel de la designer et bijoutière française Line Vautrin.


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C

eux que la mode, les objets et le mobilier bien conçus grisent se rendent à The Corner, dans Mitte, l’un des quartiers historiques les plus fréquentés de Berlin, entouré de musées, de restaurants, d’hôtels, de bars et de parcs. Ceux qui goûtent le design

moderne, celui du milieu du XXe notamment, auraient le tournis en découvrant, quelques étages au-dessus du concept-store, l’appartement qu’occupe son propriétaire, Emmanuel de Bayser. Plutôt qu’un collectionneur, celui-ci pourrait se définir comme un amoureux en la matière. L’immeuble qu’il habite date du début du siècle précédent. Il a survécu à la Seconde Guerre mondiale, à la période communiste et à la réunification !

Un collectionneur avisé De style néoclassique, sa structure imposante a conservé des éléments d’époque dont une montée d’escalier marbrée assez remarquable. Lorsqu’il a acquis l’appartement de 160 m2, Emmanuel de Bayser s’est contenté d’une rénovation sobre. L’agencement des pièces n’a pas été modifié et certaines finitions sont demeurées intactes. Si la cuisine a été modernisée, le sol d’origine ainsi que les armoires encastrées et les détails du plafond ont été soigneusement restaurés. Dès l’entrée, un bel exemple d’équilibre entre la bibliothèque, la douceur de la rénovation, le style et le confort du mobilier donne le ton. Devant des rayonnages en bois massif conçus par le propriétaire, une chaise Clam de Philip Arctander invite à la lecture, à la lumière naturelle, de l’un des quelque 500 beaux livres de la collection. Des pièces de Jean Prouvé, de Charlotte Perriand, du Suédois Axel Einar Hjorth ainsi que du maître céramiste Georges Jouve attestent d’une connaissance poussée et d’un goût très sûr pour le mobilier de cette époque. Contiguë, la pièce double qui rassemble salon et salle à manger vient renforcer ce sentiment. S’y ajoute une touche ludique et vivante créée par la présence à première vue

Ci-dessus Dans le séjour, deux Moutons de François-Xavier Lalanne en pierre et en bronze vagabondent vers un ensemble (fauteuils et canapé) Ours polaire crémeux de Jean Royère, disposé autour de la table basse Amoeba (Johnson Furniture) de l’Autrichien Paul Frankl. Petit fauteuil Œuf également de Jean Royère. Tabourets Berger et bibliothèque Nuage (réédité par Cassina) de Charlotte Perriand. Petite potence (réédition « Prouvé RAW Office Edition », Vitra) de Jean Prouvé. Lampadaires droits sur pied en métal noir signés Serge Mouille (Éditions Serge Mouille). Céramiques émaillées foncées de Pol Chambost et Georges Jouve. La céramique blanche sur la cheminée de marbre est d’André Borderie. Au-dessus de la cheminée, l’œuvre d’art abstrait est du jeune artiste berlinois XOOOOX.

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Ci-contre Du salon à la salle à manger, les contrastes s’affirment. Entre le clair et le foncé des surfaces, entre le doux et le dur du mobilier jusqu’à l’opposition complémentaire du chaud et du froid, entre le bois et le métal signalé par la chaise Antony de Jean Prouvé (rééditée par Vitra). Dans ce nouveau décor trône la table en bois T14D de Pierre Chapo (rééditée par Meubles Chapo) avec, ici aussi, les chaises Standard de Jean Prouvé (originales). Céramique de Georges Jouve. Applique à trois bras pivotants de Serge Mouille (Luminaires Serge Mouille).


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1/ La cuisine dont a hérité Emmanuel de Bayser a été soigneusement restaurée et modernisée plutôt que remplacée, lui donnant une touche authentique et vintage. Au fond, chaise Standard (Vitra) de Jean Prouvé. 2/ Un autre exemplaire de la chaise de l’architecte et designer français a trouvé sa place dans la chambre, assez spacieuse pour accueillir ce coin bureau et la table Compas du même créateur. Lampe Cylindre rouge et céramiques noires de Georges Jouve. La corbeille ronde sur la table et la corbeille à papier (ou cache-pot) en rigitulle (tôle perforée) noire sont de Mathieu Matégot. Au mur, trois œuvres de Jean Arp. 3/ Touches ludiques dans le salon avec les Moutons de FrançoisXavier Lalanne sous un miroir en talosel de la joaillière française Line Vautrin. 4/ Dans la salle de bains, seul le sol a été conservé. Le reste a été créé selon les plans d’Emmanuel de Bayser. Chaise Antony de Jean Prouvé (Vitra). Ci-contre Dans la bibliothèque, Jean Prouvé encore et toujours avec une chaise Standard et un bureau Compas Direction (Vitra). Chaise d’appoint en bois sculpté de Charlotte Perriand. La lampe de table, la céramique et le miroir vert sont de Georges Jouve.


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incongrue de deux Moutons de François-Xavier Lalanne. Leur « toison » en époxy accordée à la blancheur soyeuse du grand tapis donne à ce dernier une allure de champ immaculé dans lequel évoluerait un bestiaire familier, et distingué, composé d’une table basse de Paul Frankl, de tabourets de Charlotte Perriand, et d’un ensemble (canapé et fauteuils) Ours polaire, de Jean Royère d’une douceur palpable. La lumière assurée par Jean Prouvé et Serge Mouille souligne ce propos du grand ordonnateur des lieux : « Je déteste vraiment l’éclairage direct ! »

Terrain de contrastes Dans la même pièce, l’espace salle à manger marque un double contraste – notion qui tient ici lieu de credo – avec le salon : au clair succède le foncé – les nuances tirent vers le marron et le brun ; au doux répond le dur du mobilier. Dans ce nouveau décor, la table à manger de Pierre Chapo trône, bien entourée de chaises de Jean Prouvé et d’une applique à trois bras de Serge Mouille, le tout dans une rencontre de chaud et de froid entre le bois et le métal. Dans la chambre, les nuances, jusqu’ici sages, tentent un feu d’artifice de couleurs primaires mais sans agressivité aucune. Telles des touches expressionnistes sur un ensemble très uni, chaud et paisible, transmis par le biais des panneaux fixés au mur, elles créent une surprise inattendue et pourtant bienvenue dans cet espace dévolu au repos. Un nouveau contraste, en somme, porté notamment par deux chaises tapissées de rouge et de vert de Pierre Jeanneret, une lampe aux abat-jour bleu, jaune et rouge de Gino Sarfatti, des céramiques de Georges Jouve… Pourquoi autant de céramiques, d’ailleurs ? Parce qu’« elles donnent une nouvelle couche de vie aux meubles et ont un caractère méditatif… J’aime les regarder, puis faire de nouveaux regroupements basés sur la couleur ou la forme. Et je n’avais plus de place pour le mobilier ! » Après son concept-store, Emmanuel de Bayser va devoir penser à ouvrir une galerie !

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Dans la chambre à coucher, les couleurs primaires sont reines. « Elles sont intemporelles », dit Emmanuel de Bayser. Le banc à trois places au pied du lit et le fauteuil vert Committee sont de Pierre Jeanneret. Tabouret en bois de Charlotte Perriand. Table ronde en bois Guéridon bas (originale) de Jean Prouvé avec sélection de céramiques de Georges Jouve. Lampe Triennale (Arredoluce) de Gino Sarfatti. Au mur, Wonder Bread, œuvre de l’artiste américaine sœur Mary Corita Kent. Recouverte d’agneau, la Clam Chair (Nordisk Staal & Møbel Central) du Danois Philip Arctander. Les vases en céramique blanche en arrière-plan sont de Pol Chambost et Georges Jouve. À côté du lit, rare applique murale noire Cachan de Serge Mouille.


© 2013 GRAPHO/ARTO / PHOTO : PLAINPICTURES

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© LIVING INSIDE

Ci-contre On devine en regardant la porte d’entrée de l’appartement de Valerie von Meiss (et les ferronneries de l’escalier) qu’il fait partie d’un immeuble ancien de Mitte, quartier central de Berlin. Page de droite Au-dessus du canapé Italian Triennale Sofa des années 50, en velours, de Marco Zanuso (Arflex), photo Another Day in Paradise de Jacques Olivar. Au sol, impression encadrée I Want What You Want d’Anthony Burrill achetée à Los Angeles. Tables gigognes des années 70, en laiton et acier. Table roulante fifties en laiton rapportée de Suisse.


À Berlin

Bruits de couloir Valerie von Meiss nous ouvre les portes de son appartement-galerie. Situé dans le quartier animé de Mitte, il se révèle l’endroit idéal pour présenter de manière insolite l’art du collage contemporain. Tout a commencé par un couloir... Par Marzia Nicolini / Photos Reto Guntli


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alerie von Meiss est une jeune femme dynamique, capable de transformer sa plus grande passion, l’art, et plus précisément le collage, en une fructueuse activité professionnelle. Née à Zurich, en Suisse, elle n’a cessé d’arpenter

les grandes villes européennes : après des études de communication internationale à Paris, elle a travaillé plusieurs années dans la publicité à Amsterdam, puis à Berlin. « Cette ville qui vous encourage à essayer de nouvelles choses était l’endroit idéal pour lancer The Curve, en février 2017, un espace d’art dévolu au collage contemporain installé dans mon propre appartement », dit-elle. Mais revenons en arrière. Quand sa passion pour l’art a-t-elle commencé ? « J’ai été et je suis toujours influencée par ma mère qui collectionne depuis très longtemps des photographies. Cela explique qu’aujourd’hui j’aime autant découvrir de nouveaux talents, qu’ils soient photographes, artistes ou designers, en visitant des foires d’art inspirantes, comme Unseen à Amsterdam, Photo Basel ou Photo London. » L’immeuble plus que centenaire dans lequel son appartement se situe (au troisième étage) est implanté dans le quartier animé de Mitte, entre galeries, restaurants, boutiques branchées et concept-stores. On accède aux appartements grâce à un magnifique escalier blanc en colimaçon, ce qui pour Berlin est tout à fait inhabituel. Pour Valerie, ce fut le coup de foudre, comme elle le raconte : « Ce qui m’a tout de suite séduite lorsque j’ai vu l’appartement vide pour la première fois, ce sont d’une part la hauteur sous plafond, exceptionnelle, d’autre part les parquets anciens, enfin cette distribution assez bizarre, le long d’un couloir courbe. Ma surprise fut à son comble quand, derrière une porte, j’ai découvert quelques marches qui menaient abruptement à une petite chambre de bonne sous les toits. »

Page de gauche Valerie von Meiss dans l’escalier en colimaçon autour duquel son appartement s’enroule, créant ainsi un couloir qu’elle a transformé en galerie. Ci-dessus Dans le salon, sur le mur, dessin d’une silhouette au trait noir sur fond or de Julian Opie. À côté, impression papier Hype de Michael C Place. Contre la fenêtre, deux œuvres encadrées d’Emanuel Rossetti. Petites tables gigognes en laiton et acier des années 70. Dans l’angle, luminaire fifties en laiton offert à Valerie par sa mère. Table roulante des années 50 en laiton dénichée en Suisse.

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1/ Collages de Kazuya Tsuji (visage de femme caché par des épingles), d’Eugenia Loli (couple s’embrassant derrière des fleurs), d’Ida Marie Corell (homme debout et traits rouges)… On retrouve certains de ces artistes sur Thecurveberlin.com. 2/ Table Tulip d’Eero Saarinen (Knoll). Chaises DSW de Charles et Ray Eames (Vitra). Au mur, photos Untitled de Vanessa Beecroft (Parkett Editions). 3/ Dans le

couloir-galerie, exposition consacrée au travail de l’artiste allemand Enrico Nagel. 4/ Sur une petite console dans le salon, lampe, verres à liqueur et cendrier hérisson en bronze de Walter Bosse, tous des années 50. Dans le petit cadre, collage d’Isabel Reitemeyer. Ci-contre Œuvre Epic Fail du designer graphique Eike König. Ancienne chaise DSW des Eames achetée à Berlin (Vitra).


Collage extrait de la série « Duplicity » de l’artiste français installé à Berlin Matthieu Bourel.


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Le charme de cet appartement atypique était si évident qu’elle n’a entrepris aucune véritable rénovation : « J’ai simplement choisi de recouvrir quelques murs de peinture naturelle à base d’argile, dans des couleurs sobres : vert pâle pour la cuisine et l’entrée, gris ardoise pour mon espace galerie The Curve et gris “montagne brumeuse” pour la chambre à coucher. » L’appartement présente une superficie de 72 m2 qui répond à ses attentes. En face de l’entrée se trouve la chambre à coucher et le salon, puis le couloir incurvé qui mène à la cuisine, à la petite chambre d’amis et à la salle de bains. Cette courbe relie les différentes pièces mais fait aussi office de signature de l’appartement. C’est la raison qui a conduit Valerie von Meiss à utiliser ce long couloir comme espace d’exposition pour ses collages.

Contemplation solitaire ou collective Le style de la galeriste est à la fois élégant, actuel et décontracté, puisqu’elle marie habilement pièces de design vintage et pièces contemporaines. « À Berlin, vous trouverez encore des pièces des années 50 et 60 à un prix raisonnable. Comme j’ai vécu à Zurich, Amsterdam et Paris avant de m’installer ici, mon intérieur mélange objets et trouvailles dénichés dans ces trois villes. J’arpente les brocantes, mais j’achète aussi beaucoup en ligne. Je décrirais mon appartement comme un collage éclectique et cosmopolite. » Comme toute vraie passionnée, elle conserve une partie de sa collection de collages pour elle. « Quand je suis dans mon lit, j’aime les regarder. Ce sont des collages exceptionnels dégotés dans des foires et des ventes aux enchères et dont je ne peux me séparer. » Ce couloir qui fonctionne comme un espace galerie, et que Valérie peut modifier à loisir puisqu’elle est chez elle, rend cet endroit spécial. Pour ses amis et ses visiteurs, cette ambiance intime et détendue est tout à fait unique. Mais les soirs de vernissage, tout l’appartement est plein !

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1/ Sur le mur de la chambre, la collection de collages que Valerie peut admirer depuis son lit. Commode à tiroirs recouverte de feuilles de cuivre rapportée d’Italie. Miroir lumineux des années 60 déniché à Londres. Fauteuil Acapulco acheté en Suisse. 2/ Lampe sixties en céramique sur une table roulante des années 50 en métal du designer Mathieu Matégot.


À Starnberg (Munich)

Naturellement moderne À 25 km de la capitale de la Bavière, tout près du lac de Starnberg, une construction influencée par l’architecture de Frank Lloyd Wright a poussé dans la verdure. Son enveloppe de bois noir, ses lignes droites dessinées par une structure en métal, ses larges baies vitrées, abritent des espaces d’une grande clarté répartis sur pas moins de sept niveaux. Un rêve de maison qu’Andrea et Mathias Harbeck ont, aidés d’un architecte, patiemment conçu au point de susciter une vocation. Par Lykke Foged / Photos Morten Holtum


Ci-contre L’horizontalité de l’architecture répond à la verticalité de la nature.


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n apparence comme au toucher, aussi élégante de l’extérieur que de l’intérieur, c’est une maison qui respire la passion. Au noir de la façade répond le blanc des pièces. Les matières, lisses ou brutes, prolongent la volonté de contrastes. Un peu comme un

avant et un après. Des contrastes que les grandes baies vitrées et leurs menuiseries noires se chargent de souligner tout en augmentant le sentiment de luminosité et d’espace qui se dégage des lieux. Avec leurs 260 m2, ceux-ci n’en manquaient de toute façon pas. Leur agencement, sur sept niveaux – un moyen très astucieux de répondre à la déclivité du terrain –, aurait pu multiplier les cellules isolées. Mais les ouvertures, les lignes de fuite, le point d’équilibre que constitue l’escalier central – ajouré entre ses marches lorsque la perspective le demande – ont au contraire facilité tant la circulation que le besoin de connexion qu’en attendaient les propriétaires pour les membres de la famille. Mathias Harbeck travaille dans la région comme directeur artistique pour la publicité. Sa femme, Andrea, opérait dans les domaines de la mode et du sport. Jusqu’à ce que ce projet ne bouleverse ses plans… La société qu’elle a fondée, Peam, est le fruit du temps passé à concevoir sa propre maison. Son nouveau métier d’architecte d’intérieur, elle le consacre désormais à d’autres, des entreprises notamment. Ses penchants créatifs, le couple ne pensait pas du tout les pratiquer dans un chantier. Au départ locataires, Andrea et Mathias ne trouvaient tout simplement pas chaussure à leur pied. Le terrain qui a remporté leur faveur a d’abord été synonyme d’hésitations. Un peu perdu dans les arbres, il présentait une pente de nature à en faire reculer plus

Page de gauche Andrea Harbeck sur l’escalier qui dessert les sept niveaux de la maison : l’espace nuit, le dressing et les salles de bains à l’étage ; les pièces de vie, la cuisine et le bureau-chambre d’amis au rez-de-chaussée ; et une cave au sous-sol. Ci-dessus Le séjour a pris place sur une estrade. Canapé Andy ’13 (B&B Italia). Table basse Coffee d’Arne Jacobsen (Fritz Hansen). À gauche, lampadaire Tolomeo de Michele De Lucchi et Giancarlo Fassina (Artemide). À droite, lampadaire Arco des Castiglioni (Flos). Tapis berbère Beni Ouarain. Bibliothèque en mélèze huilé blanc, comme le parquet.

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Ci-contre Autour de la table à manger, les Eames Plastic Armchair DAX (Vitra). Page de droite La cuisine a été conçue par Andrea Harbeck et réalisée en acier thermolaqué

avec étagères ouvertes – qui permettent d’en alléger l’allure – et plan de travail en acier massif. Au plafond, l’éclairage est assuré par de vieux phares de voiture.


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1/ Andrea Harbeck sur l’escalier qui dessert les sept niveaux de la maison : l’espace nuit, le dressing et les salles de bains à l’étage ; les pièces de vie, la cuisine et le bureau-chambre d’amis au rez-de-chaussée ; et une cave au sous-sol. 2/ La Lounge Chair (Vitra) des Eames, le choix idéal pour ce coin dévolu à la détente. Bac à plantes Ferm Living et banquette de la collection « Sinnerlig » dessinée par Ilse Crawford pour Ikea. 3/ Lignes épurées et matériaux tendres dans la salle à manger. Banquette et table en chêne fumé réalisées par un ébéniste sur un dessin d’Andrea Harbeck. La banquette est habillée de peaux de mouton et de coussins. 4/ Le sculptural escalier, tout de béton et de mélèze blanc huilé, matériaux que l’on retrouve dans les autres espaces. Ci-contre Dans la grande pièce ouverte, tout communique entre la cuisine, la salle à manger, le salon et l’escalier. Le salon, placé sur l’estrade, peut aussi bénéficier de la cheminée Ergofocus (Focus) suspendue et pivotante.


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d’un. Une fois la décision prise de construire, il a fallu se remonter les manches. Matériaux, formes, couleurs… le couple a élaboré précisément ses attentes. Puis il a fait appel à l’architecte Joachim Jürke pour trouver des solutions techniques.

Une lente installation Andrea s’est transformée en chef de chantier apprenant sur le tas avec une volonté de fer. Peu à peu, le besoin s’est mué en intérêt, puis l’intérêt en passion. Pourtant, au moment de l’emménagement, en 2013, beaucoup restait à faire. Les affaires se sont longtemps éternisées dans les cartons, l’aménagement intérieur n’étant pas encore mûr. « Mais aujourd’hui, nous sommes ravis. Tout fonctionne comme nous l’espérions, dit sa propriétaire et conceptrice. Nos délibérations minutieuses n’ont pas été vaines. Nos vœux se sont réalisés. La maison est ouverte, comme dans un appartement où tout est à proximité et fonctionne bien pour tout le monde. » Frank Lloyd Wright est de ces architectes qui savent composer avec la nature. Les Harbeck en ont fait de même et leur maison s’est fondue dans son environnement. Les grandes ouvertures qui habillent sa façade sont autant d’invitations vers le dehors et la rigueur de son dessin se marie avec aisance au terrain arboré. Son secret ? Le flux lumineux omniprésent qui parcourt naturellement ses pièces. Tout comme l’architecture, entre modernité, minimalisme et confort, la famille a ainsi trouvé dans ces murs son point d’équilibre. 

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1/ Formes et nuances sont douces dans la chambre principale. Suspensions A338 Bilberry (Artek) d’Alvar Aalto. Ces lampes Myrtilles ont notamment été utilisées dans la maison Louis Carré, unique réalisation du designer et architecte finlandais en France. Lit Richard (B&B Italia) d’Antonio Citterio. 2/ L’une des deux salles de bains de la maison. La baignoire Kaldewei et les éviers Laufen bénéficient d’une structure en acier dessinée par Andrea Harbeck. Miroir rond chiné. Une souche d’arbre sert de table basse.


Le beau commence ici

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Ci-contre Couleurs vives, pièces d’éditeurs et tonalités contrastées participent de l’ambiance joyeuse de la salle à manger. Carrelage provenant d’une marque allemande spécialisée dans les carreaux sur mesure fabriqués au Maroc, Mosaic del Sur. Suspension vintage PH Artichoke (1958) de Poul Henningsen (Louis Poulsen) au-dessus d’une table de Florence Knoll (Knoll) entourée de chaises Two-Piece Plastic des Eames (Herman Miller). Page de droite Ulla Jahn dans sa boutique Func. Functional Furniture Etc, à Hambourg.


À Hambourg

Usine à vivre Ulla et Mathias Jahn ont fait d’un ancien bâtiment industriel hambourgeois un appartement confortable de 225 m2, ouvert sur l’extérieur. Ergonomique, il est le fruit de leur travail commun d’aménagement intérieur, un exercice qu’ils réitèrent pour la troisième fois et qui leur plaît au point d’avoir choisi de partir du (presque) vide. Par Lykke Foged / Photos Morten Holtum


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epuis quelques années, le quartier d’Hamburg-Ottensen a vu ses innombrables usines et petits ateliers dispersés à travers ses ruelles convertis en maisons d’habitation confortables. De cette variété d’architectures non conventionnelles ressort une

certaine esthétique. Et la bâtisse d’Ulla et Mathias Jahn n’y fait pas exception. Il s’agissait autrefois d’un espace industriel qui fut reconverti en trente-six appartements. Leur bâtiment à lui seul en abritait huit, lesquels étaient tous conçus pour offrir cinq chambres. En 2015, à leur arrivée, ils ont décidé d’aborder ce projet à partir d’une coquille vide, brute, vierge de tout aménagement intérieur et de dessiner l’agencement eux-mêmes, ensemble. Ils ont aussi fait le choix de s’occuper de la décoration. Résultat : leur habitation affirme sa différence par ses couleurs et un style moderne et lumineux, émaillé de pièces de design classique ou plus contemporain, leur voisinage servant la singularité de chacune.

Quatre piliers et des murs de béton brut Quittant Strasbourg, où ils venaient de vendre leur maison, Ulla et Mathias Jahn ont gagné Hambourg, en Allemagne, pour démarrer une nouvelle activité. Ils ont donc commencé par louer un logement afin de se donner le temps de trouver une nouvelle résidence. Attirés par Ottensen, à proximité de l’Elbe, ils ont visité entre quarante et cinquante appartements qui, tous, leur ont paru quelconques. En revanche, quand ils ont découvert cette ancienne usine – l’idée de vivre dans un loft ou dans une usine reconvertie les enchantait –, deux visites ont suffi pour qu’ils tombent sous le charme. S’il n’y avait alors que quatre piliers, il leur était facile de visualiser tout son potentiel. Ils ont donc emménagé dans les murs en l’état, avec seulement l’électricité, la plomberie et le chauf-

Page de gauche L’espace cuisine est délimité par la carrelage bleu qui court du sol au mur, jusque derrière l’évier. Au-dessus, une ancienne enseigne lumineuse de cinéma est visible depuis la rue. Dominant l’îlot central, le luminaire provient du magasin de la maîtresse des lieux, Func. Functional Furniture Etc. Ci-dessus Dans le salon très lumineux, derrière la large bibliothèque composée de plusieurs étagères 606 de Dieter Rams (Vitsœ), le mur du fond répond au sobre canapé sombre d’Antonio Citterio (Flexform). Tapis de Carmen Globel. Fauteuil transparent Ghost de Cini Boeri (FIAM). Sofa modulaire gris d’Antonio Citterio. À gauche, Meuble bas en wengé, acheté en Italie. Lampe rouge Moooi.

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1/ Depuis le salon, derrière Mathias, vue sur le séjour au fond. Au premier plan, sofa d’Antonio Citterio (Flexform), tapis de Carmen Globel et table basse ETR des Eames (Vitra). 2/ Le long couloir entre les deux chambres arbore des parois en noyer américain. Au centre, une unité du système d’assises à coques en fibre de verre des Eames, provenant du magasin Func. Functional Furniture, à Hambourg. Le mur bleu sombre apporte élégance et impression d’espace au salon. 3/ Dans le salon, un siège d’Antonio Citterio (Flexform) prend place sous une photo de Hiroshi Sugimoto. Les tons et les matériaux

se mêlent pour un rendu chaleureux. 4/ La chambre à coucher d’Ulla Jahn présente un mur bleu foncé derrière un grand lit blanc Ikea. Image de Takashi Murakami et petites tables rondes de George Nelson (Vitra). Ci-contre Le salon s’ouvre sur deux côtés. Mathias Jahn exerce son activité de rédacteur publicitaire à son domicile, généralement assis à ce bureau, conciliant vie professionnelle et vie privée dans ce même espace, mais les deux semblent s’articuler harmonieusement et ce malgré un aménagement décloisonné. Luminaire Spider de Joe Colombo (Oluce).


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fage installés. Le reste des travaux, ils voulaient le concevoir eux-mêmes. « Nous avions déjà travaillé ensemble et il s’agissait de notre troisième projet. Nous savions que nous formions une bonne équipe », raconte Mathias Jahn.

Concevoir les espaces de A à Z Le bâtiment se compose d’une enveloppe en béton brut, un matériau que les propriétaires ont décidé d’utiliser à l’intérieur, au sol, lequel accueille le chauffage. Une fois le béton sec après avoir été coulé, il a été poli puis verni d’une seule couche pour éviter trop de brillance. L’agencement de l’espace proprement dit a consisté ensuite dans la création de deux structures à base de caissons en bois sombre, qui délimitent deux chambres et une salle de bains. Un système qui intègre tous les placards de l’appartement, ce qui se révèle une façon élégante de concevoir un volume de rangement considérable engendrant un impact visuel limité. « C’est notre meilleure idée. Ces armoires double face, avec accès depuis l’extérieur et l’intérieur des chambres, ont maximisé notre espace de rangement tout en créant une apparence plus propre et plus simple », commentent les propriétaires. Acheté auprès d’une entreprise hambourgeoise qui produit des stratifiés, seul le noyer américain a été employé, avec pour conséquence un grain uniforme des portes des placards-cloisons. Autour de cette structure, un volume très ouvert permet une circulation fluide entre les différents espaces intérieurs. Ceux-ci profitent de la lumière du jour qui peut entrer par trois côtés, sans que rien ne l’arrête. Une large bande de carreaux aux motifs géométriques et colorés, qui se prolonge du sol de la salle à manger jusque sur le mur de la cuisine, derrière

Page de gauche Dans la salle de bains, sur fond de carrelage de Barber & Osgerby (Mutina Design), un ancien chariot de la compagnie Austrian Airlines et un évier en béton réalisé par deux jeunes Allemands (Concrete Home Design). Ci-dessus La chambre de Mathias comprend un lit Hästens ainsi qu’une représentation en volume de Tintin, trouvée au marché aux puces et placée dans une niche à côté d’une photo de Piet Truhlar.

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ses éléments, relie les deux pièces et leurs fonctions en créant une unité. Enfin, les deux balcons de part et d’autre du salon, débordant de plantes toute l’année, évoquent un jardin alentour. En réalité, ils donnent sur une cour partagée paisible. Les propriétaires aimant cuisiner et recevoir, la grande cuisine-salle à manger s’est révélée une riche idée. Suffisamment vaste pour accueillir un grand nombre de personnes, tout au long de l’été, elle peut voir ses grandes portes-fenêtres, face à la rue et au marché, complètement repliées, transformant l’appartement lui-même en un balcon ouvert sur l’extérieur.

Mobilisés pour le mobilier L’ensemble des 225 m2 (les deux balcons compris) ont été habillés avec élégance de pièces de design et de trouvailles vintage. Les propriétaires ont tenté des associations de couleurs et de formes et leur vie privée et professionnelle s’y déroulent dans l’harmonie. Mathias Jahn, rédacteur publicitaire, pratique en effet son activité dans le salon. Ulla Jahn, elle, est propriétaire du magasin de meubles anciens Func. Functional Furniture Etc, situé dans la Kaiser-Wilhelmstrasse, au centre de Hambourg. Or, la boutique faisant office de salle d’exposition, sa gérante se consacre aussi à sa gestion une fois rentrée à la maison. Elle qualifie elle-même le style général des pièces qu’elle déniche et vend sur son site web d’« industriel antique » (Funcfurniture.de). Quantité de ces pièces ont séjourné à leur domicile. Lorsqu’on leur demande s’il y a quelque chose qu’ils feraient différemment aujourd’hui, la réponse fuse en un « non » retentissant. Ils sont tous deux parfaitement satisfaits de ce qu’ils ont réalisé dans leur usine… Et il suffit d’un seul coup d’œil pour les comprendre. 

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Func. Functional Furniture Etc, la boutique d’Ulla Jahn, dans la Kaiser-Wilhelmstrasse à Hambourg, présente un décor coloré et élégant, débordant de chaises vintage des Eames ainsi que de Florence Knoll, George Nelson ou Norman Cherner. Ulla est en constante recherche de pièces anciennes dessinées par des designers de talent.


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Roomers à Munich Le nouvel hôtel bavarois se fait l’interprète d’un luxe über-sexy* sans perdre de vue les classiques qui ont fait leurs preuves. Des chambres comme des écrins, un concept de bar et de cuisine fusion séduisant, un spa qui casse les codes, le lieu tout entier est taillé pour des rencontres inspirantes. Et si la traduction du Zeitgeist** contemporain se trouvait là ? Par Nathalie Nort

* Supersexy. ** Air du temps.

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1 Page de gauche Dans chaque chambre, l’originalité du bar tient au choix de spiritueux premium. 1/ Le lobby est un vaste salon qui prend place autour d’un desk circulaire et d’une cheminée. 2/ Attenante au lobby, la bibliothèque – riche en beaux livres sur l’art contemporain et la photographie – invite à des moments plus intimes.

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omment se faire remarquer quand on est un petit groupe hôtelier qui débute, mais que l’on veut mettre la barre très haut ? Choisir soigneusement ses partenaires est une bonne piste. En affaires

comme en parfumerie, tout est question d’alchimie, et Micky Rosen et Alex Urseanu ne manquent pas de flair. En créant leur Gekko Group il y a dix ans, ces deux professionnels de la restauration et de l’événementiel ciblent une hôtellerie trendy et urbaine, adossée à une expérience culinaire festive séduisante. En résumé, des endroits où l’on dort, mais également des endroits où l’on sort. En France, le concept Mama Shelter est né sur la même idée, au même moment. Et force est de constater que la tendance est vite devenue lourde à l’échelle de la planète. Pour Gekko, tout est parti de Francfort où ces deux entrepreneurs déjà rodés aux métiers de l’accueil ont acté leur tandem pour de bon. Ils se font d’abord la main en rachetant un modeste hôtel de 50 chambres près de la gare centrale, puis passent à la vitesse supérieure avec un projet bien plus ambitieux : la construction ex nihilo du premier Roomers, à Francfort toujours, de l’autre côté de la gare. Avec 116 chambres, un bar qui fait le buzz et l’envie irrépressible d’aller de l’avant. Le premier étage de la fusée est inauguré en 2009. S’ensuivront Roomers Baden-Baden au printemps 2016,

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puis ce Roomers Munich à l’automne dernier. Non sans un pas de côté à

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2 1/ Un certain classicisme se détache dans la direction artistique avec de grands noms de la photographie. 2/ La Hidden Room est la botte secrète du Roomers : un petit club (40 personnes tout au plus) pour amateurs de champagne et de play-list 70’s. 3/ L’énorme poisson volant est la signature de l’Izakaya Asian Kitchen & Bar.

Berlin avec l’ouverture au printemps 2017 de Provocateur (lire p. 291), un hôtel-bar-restaurant qui rend hommage au Paris des Années folles, au burlesque et au glamour, à deux enjambées de Ku’damm. Un carton plein. Situé dans le Westend de Munich, un quartier émergent connu pour héberger les succursales et grandes compagnies de la netéconomie, GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) en tête, Roomers Munich est donc le troisième du nom. Il rejoint Autograph Collection – portfolio battant pavillon du géant Marriott – dont la devise « Exactly like nothing else » le place parmi 125 autres hôteliers indépendants dans une trentaine de pays différents. Pour assurer son succès tout en épousant une vision contemporaine de l’hôtellerie, Gekko confie le projet de design intérieur au néerlandais Concrete. Bien connu du secteur, le studio amstellodamois collectionne autant de récompenses que d’architectures spectaculaires : les W de Londres et de Verbier (Suisse), des CitizenM en veux-tu, en voilà (parmi lesquels le tout nouveau Paris Gare de Lyon), les Zoku ou INK Hotel à Amsterdam, sans parler d’une palanquée de bars et de restaurants, tous plus renversants les uns que les autres. L’effet « waouh ! » étant un peu sa marque de fabrique, à Munich, il s’est amusé à transcender ce banal immeuble de bureaux en 281 chambres 3

268

et suites dessinées comme des écrins. Bien que le design s’affiche en toile de fond, celui-ci compose avec bon nombre de détails classiques et convoque


ID-HÔTEL DÉCO

Les architectes d’intérieur de Concrete ont pensé les chambres comme des cocons où le lit placé devant la fenêtre ajoute un sentiment de repli sur soi. La photographie et ses icônes rock, un axe majeur du décor créé par le studio néerlandais.

les grands noms de la photographie et des arts visuels pour plonger le tout dans le bain plus intimiste du boutique-hôtel. À gauche de l’entrée, le lobby se vit en salon informel autour d’un desk circulaire qui accueille côté pile la réception et côté face un bar. Le sol et son calepinage de chevrons en pierre noire apportent un style en équilibre avec l’omniprésence du gold et notamment du laiton. Mais l’endroit qui attire en premier lieu les Munichois, the place to be, est sans nul doute l’Izakaya, un concept né à Amsterdam, lui aussi, de bar-restaurant qui surfe clairement sur la vague asiatique, pimenté d’influences sud-américaines. Après Hambourg et Ibiza, récemment ouverts, le Roomers Munich se régale de cette cuisine de partage où l’art du robatayaki (grill central japonais) occupe une place de choix. Au-delà du bar à 360° hautement fréquentable, le clou de la soirée sera la Hidden Room, un club sélect, intime et de rouge vêtu, dont le sésame s’obtient exclusivement par la réservation d’une bouteille de champagne. En quête de détente et de divertissement ? Le spa se déploie sur 600 m2 et dispose de cinq salles de soins, mais aussi d’un Jacuzzi « infinity » avec écran de projection et banquettes agencées autour d’un bar qui propose collations et boissons. Une sorte de lounge aux bains qui casse les codes. Le lieu ne serait pas complet sans un espace conférence réparti sur sept salles (dont une de 850 m2) doublées de terrasses. Parce que le travail, c’est (aussi) la santé !

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ID-ARCHI D’INTÉRIEUR

Dreimeta, du design en mode storytelling Encore peu connue du public français, l’agence allemande d’architecture d’intérieur Dreimeta est pourtant à l’origine de réalisations d’hôtels et de restaurants très remarqués outre-Rhin. Son projet parisien pour l’hôtel 25Hours pourrait bien accélérer sa reconnaissance dans l’Hexagone.

ses débuts. Elle a donc misé sur une valeur sûre en confiant

Par Olivier Reneau / Photos Steve Herud

tion de 30 % du capital, NDLR). Son idée était de pouvoir

L 272

le projet à l’agence Dreimeta. Celle-là même qui est à la source du succès du 25Hours Hotel Number One, à Hambourg, un hôtel pionnier à l’esprit non standardisé revendiqué. « Le 25Hours de Hambourg a fait l’objet de nombreux échanges avec Kai Hollmann, l’un des fondateurs de l’enseigne (dont le groupe AccorHotels a acquis une participaapporter une proposition inédite au luxe hôtelier tel que dé-

’offre hôtelière aux abords de la gare du Nord devrait

fini par les 5-étoiles traditionnels et de s’éloigner du forma-

bientôt connaître une petite révolution avec l’ouver-

tage conditionné par le budget pour raconter de nouvelles

ture d’un hôtel 25Hours (lire p. 324), juste en face d’un

histoires », souligne Armin Fischer, fondateur de Dreimeta.

bâtiment néoclassique. Sans doute le premier boutique-hô-

À Paris, l’agence a cherché à s’imprégner de l’ambiance du

tel de la zone à ne pas tomber dans la facilité du déballage

quartier, d’en comprendre la mixité socioculturelle, de rendre

de mobilier design des meilleurs éditeurs du genre. Pour son

compte de son métissage de population… pour concevoir

implantation en France, la griffe allemande entend bien faire

une adresse qui soit parfaitement ancrée dans son écosys-

valoir l’audace et la singularité qu’elle revendique depuis

tème et qui, bien sûr, renouvelle radicalement l’offre en la

L’équipe de l’agence Dreimeta en tenue de ville réunie autour du fondateur, Armin Fischer. La relève est déjà assurée.


Facade le l’Hôtel de Paris Saint-Tropez

DES ÉNERGIES NOUVELLES À L’AGENCE D’ARCHITECTURE FRANÇOIS VIEILLECROZE

Connu pour ses interventions ou réalisations hôtelières

(Hôtel de Paris Saint-Tropez, Byblos, Pinède, Réserve de Beaulieu et sa Résidence, la Bastide de SaintTropez,…) environnementales (l’Eco-Hameau des Combes Jauffret à Ramatuelle, label BDM OR en conception), sportives (comme le Polo de Gassin qui s’intègre dans le tour mondial des compétitions de Polo) ou viticoles (Domaine de la Croix, Minuty, Siouvette, La Rouillère, etc…) et résidentielles (villas et promotions) le cabinet Tropézien d’Architectes François Vieillecroze se renforce de nouveaux talents. L’équipe d’une vingtaine de collaborateurs accueille désormais sa fille, Jeanne Vieillecroze. Diplômée en 2015 de l’école Bellecour, elle vient de créer son entreprise de design d’espace, IPM, qui permet de proposer un aménagement intérieur clé en mains.

De plus, Charles Vieillecroze, son fils, vient d’obtenir le diplôme de Master of Sciences MSc en Architecture de l’école Polytechnique Fédérale de Lausanne, école classée au 10ème rang des meilleures formations universitaires du monde dans le domaine de la construction (Top 50 du QS World University ranking). Comme sa sœur, il exercera, dans un premier temps, aux côtés de son père via une structure nouvelle en formation. La relève est donc assurée au sein de l’agence. Elle assurera d’autant mieux sa contribution à une bonne application de l’urbanisme pour laquelle elle est réputée. Ainsi, devrait perdurer l’esprit de la responsabilité sociétale qui a conduit l’agence au 63ème rang parmi les 300 premières Agence d’Architecture françaises (D’Architecture N°259, Décembre 2017) : - Respect des sites et de l’environnement - Agir local et penser global

Jeanne Vieillecroze Agence François Vieillecroze 38, Route des Salins - 83 990 Saint-Tropez Tél. : 04 94 55 80 80 info@vieillecroze.com - www.vieillecroze.com

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ID-ARCHI D’INTÉRIEUR

1

2 1/ et 3/ Le 25Hours Hotel Munich The Royal Bavarian. 2/ Une chambre du futur 25Hours Hotel Terminus Nord, à Paris. 4/ Le Boilerman Bar du 25Hours Hotel Hamburg Altes Hafenamt. 5/ Hotel & Hostel Superbude, dans le quartier Sankt Pauli, à Hambourg. 6/ Le restaurant Skykitchen, à Berlin.

3

5

274

4

6


photo W.Gumiero

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ID-ARCHI D’INTÉRIEUR

À Augsbourg, en Bavière, une maison de ville revampée par Dreimeta.

276

matière. Originaire d’Augsbourg (Bavière), Armin Fischer a

et d’objets aux éléments combinables, de manière à engen-

démarré sa carrière au côté de son père, dans l’entreprise fa-

drer des univers différents, tout en suivant le fil conducteur,

miliale de menuiserie-ébénisterie. Rompu à l’aménagement

assez explicite, du voyage. » Cette approche de la mise en

d’espaces fonctionnels (boutiques, cuisines…) et riche d’un

scène, là encore non standardisée, a conduit Fischer à ne pas

savoir-faire technique, il a saisi en 2003 l’opportunité que

s’enfermer dans une filière particulière mais, au contraire, à

lui offrait le chantier du 25Hours dans la cité hanséatique

plancher sur des dispositifs aussi variés que la refonte d’une

pour monter sa propre structure. L’occasion de pousser plus

ferme typique d’Ibiza en auberge moderne de campagne,

loin la réflexion sur la portée symbolique d’un espace à vivre.

l’aménagement d’un cabinet de pédiatrie en terrain de jeux

« Lorsque j’aborde un projet, je cherche avant tout à tirer

pour enfants, d’une chaîne de bars à cocktails, d’intérieurs

parti de l’état d’esprit du lieu. Une atmosphère qui va se dé-

résidentiels pour des particuliers, de bureaux de sociétés…

gager dès le premier coup d’œil pour provoquer de l’émotion

« L’équipe de Dreimeta est à taille humaine, poursuit le pa-

chez l’utilisateur. » Aussi n’hésite-t-il pas à mettre en œuvre

tron, une dizaine de personnes, car je souhaite que tout le

une certaine forme de théâtralité propre à susciter du rêve

monde soit capable de s’atteler à des projets très variés, sur

et à rompre avec le quotidien. Une approche qui fonctionne

tous les points de développement. » Ce qui se traduit par une

parfaitement avec l’univers des hôtels, des bars, des restau-

belle cohérence entre la globalité et les détails, ainsi que par

rants… alors que la clientèle est de plus en plus sensible à

un vrai travail de dessin et de conception d’éléments de mo-

l’idée de s’immerger dans une expérience globale. Une telle

bilier, plutôt qu’un simple shopping dans un catalogue. Fina-

démarche ne pouvait que séduire un opérateur de voyages

lement, au-delà de l’aménagement et de la décoration, Drei-

haut de gamme comme Kuoni, qui emploie l’agence à par-

meta revendique une action profonde sur l’identité même

tir de 2008. « Le nombre de points de vente à traiter pour

d’un lieu, à la manière d’un directeur artistique cherchant à

eux était très important. Mais je ne souhaitais pas me tour-

dégager l’âme d’un projet, en résonance avec la fonction de

ner vers un modèle duplicable. La mission a donc consis-

celui-ci, son statut, son implantation et, bien sûr, la philoso-

té à développer un gros catalogue de formes, de matières

phie que souhaite afficher le commanditaire.

DREIMETA EN 7 DATES 2003 : création de l’agence par Armin Fischer 2005 : 25Hours Hotel Number One (Hambourg) 2008 : 1res réalisations pour le voyagiste Kuoni 2015 : Skykitchen, restaurant et bar (Berlin) 2016 : 1er Boilerman Bar dans le 25Hours Hotel Altes Hafenamt (Hambourg) 2016 : transformation de l’hacienda La Granja en collaboration avec Design Hotels (Ibiza) 2018 : livraison en juillet du 25Hours Hotel Terminus Nord (Paris)


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Shanghai

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Paris

Rio de Janeiro

Venise


ID-URBAN SPIRIT

« Berlin ne sera jamais une plaque tournante du design, mais elle est en quelque sorte une plaque tournante de la culture underground. Berlin restera toujours un laboratoire. » Interview du designer Werner Aisslinger par Stephen Redeker pour Companion, le magazine de la chaîne 25Hours Hotel

280


Le long de la Spree, vestige du mur de Berlin devenu aujourd’hui le support de messages d’espoir.

Berlin

Laboratoire arty Vibrante et effervescente, Berlin est un bouillon créatif sans limites. Près de trente ans après la chute du mur, la capitale allemande transforme ses bunkers, usines et brasseries en espaces culturels. Mécènes et collectionneurs privés y avancent leurs pions, ouvrant des lieux plus séduisants et atypiques les uns que les autres. Par Bérénice Debras / Photos Stevens Frémont pour IDEAT

281


ID-URBAN SPIRIT

1

B

2

3

erlin, « pauvre mais sexy ». Cette déclaration de

Le faible coût de la vie aimante les artistes en tout genre.

2003 du maire de l’époque, Klaus Wowereit, sied

« Ils continuent à produire sur place même si certains

encore aujourd’hui à la capitale endettée. Son côté

préfèrent les grands studios de Leipzig, avance Joseph

rugueux de lendemain de fête attire toujours. EasyJet-

Djenandji, cofondateur des guides de voyage Lost In. Les

setters et étudiants Erasmus continuent de frapper à sa

galeries d’art, qui se plaignent du faible pouvoir d’achat

porte. S’y ajoutent de jeunes Italiens, Espagnols, Grecs,

à Berlin, utilisent la ville pour découvrir des talents. Elles

Colombiens et même Israéliens qui viennent goûter à sa

ont, en général, une autre adresse à Hambourg, à Munich

Deutsche Vita à l’esprit bohème et lässig (décontracté).

ou à Düsseldorf. »

Suivant le pouls de la ville, ils dansent au rythme de la

282

techno, s’adonnant à un temps follement élastique, à

Cercle vertueux

l’instar des nuits infinies du célèbre club Berghain. Le

Entre pinceaux et cimaises, les mécènes et les collection-

travail ? Il y en a peu et les salaires, maigrichons, in-

neurs privés sont eux aussi séduits par le buzz artistique

citent à jongler entre plusieurs petits boulots. Mais peu

de la ville. Aussi viennent-ils déposer leurs œuvres et leurs

importe. Malgré la récente envolée des loyers, les prix

noms dans des espaces qu’ils créent dans une sorte de

restent encore bas pour une capitale. Berlin a ainsi tout

douce frénésie. Le projet BerlinCollectors.com, loin d’être

pour incarner un laboratoire des possibles. On y teste de

exhaustif, rassemble une vingtaine de lieux privés. On y

nouveaux concepts, à l’image du snack Good Bank, où

retrouve, entre autres, la Haubrok Foundation, dans le

l’on mange de la salade en en regardant d’autres pousser

quartier excentré de Lichtenberg, ou encore Me Collectors

derrière la vitre de serres électriques InFarm. On y lance

Room Berlin / Olbricht Collection, dans Mitte, rassem-

des espaces hybrides mêlant éditeurs de meubles et cu-

blant des objets du XVIe siècle et de l’art contemporain

rieux (Aptm) et on transforme des crématoriums en lieux

(Cindy Sherman, Gerhard Richter…). « Les premiers à

culturels (The Silent Green Kulturquartier). Et bien sûr,

avoir ouvert leurs collections au public furent sans doute

les start-up y posent leurs bureaux. L’anglais, plus que

le couple Hoffmann (en 1997, dans leur appartement,

l’allemand, fait le lien entre les nationalités.

NDLR). Mais le phénomène a vraiment démarré il y a

1/ Implanté dans une cour de Kreuzberg, VooStore distribue des labels connus ou plus confidentiels, traduisant une vision personnelle de Berlin à travers des choix d’objets locaux et internationaux. L’occasion aussi d’y goûter un café maison, un thé artisanal et des pâtisseries fraîches. 2/ Le café-restaurant Mars, installé dans un ancien crématorium qui accueille entreprises et associations culturelles, sert une cuisine de saison goûteuse. 3/ L’esprit frais et bohème qui traverse les 36 logements du Gorki Apartments séduira les curieux du Berlin animé et branché. Page de droite Le Neni – comme Nuriel, Elior, Nadiv et Ilan Molcho, une famille au service d’une cuisine accordant influences méditerranéennes, persanes et autrichiennes – offre une vue panoramique sur les lumières et le zoo de la ville.


ID-URBAN SPIRIT

1

3

2

dix, quinze ans, remarque le sympathique Denhart von

conservé la structure initiale du bâtiment en béton. Sa dis-

Harling, porte-parole du Kindl - Centre for Contemporary

crète intervention sublime les lignes minimalistes, offrant

Art. Ces collections privées ont commencé à concurrencer

des ambiances singulières. Dans la pénombre, la grande

les musées publics sans pour autant endosser de mission

salle du sous-sol évoque la Citerne Basilique d’Istanbul,

éducative. » Inauguré officiellement en octobre 2016,

les couleurs en moins. Pawson déroute le visiteur par une

Kindl est né sous l’impulsion du couple germano-suisse

mise en abîme, loin des repères habituels. La scénographie

Burkhard Varnholt et Salome Grisard. Le lieu présente

aussi est d’une grande maîtrise. Trop sans doute. Cette

des expositions temporaires d’art contemporain de haut

surenchère artistique tient un peu trop de la performance.

vol, nichées dans une brasserie. Abandonné, le bâtiment

Rien à voir avec Urban Nation, un musée privé dédié au

attendait des repreneurs. Comme de nombreux autres. En

street-art qui vient d’ouvrir. Ni probablement avec la

2007, la célèbre Sammlung Boros (ou collection Boros)

KunstHalle by Deutsche Bank qui inaugurera cet été une

s’installait dans un bunker en déshérence. Depuis, les

nouvelle plateforme pour l’art, la culture et les sports,

visites guidées sur réservation affichent souvent complet.

dans le Prinzessinnenpalais, sur la célèbre artère Unter

L’exposition en cours présente, par exemple, des œuvres

den Linden de Mitte.

d’Uwe Henneken, de Guan Xiao et de Katja Novitskova.

284

L’an dernier, The Feuerle Collection prenait place dans

Fin du courant alternatif

un autre bunker. Peut-on rêver meilleure protection que

Près de trente ans après la chute du mur, Berlin s’impose de

des murs de deux mètres d’épaisseur ? Son esthète de

plus en plus comme une capitale culturelle dans des habits

propriétaire, Désiré Feuerle, entend brouiller les frontières

presque neufs. Elle rénove ses bâtiments anciens, élève de

de l’art, en faisant converser avec subtilité des sculptures

nouveaux édifices et humanise les anciens no man’s lands

khmères anciennes, des meubles de la Chine impériale et

séparant hier l’Est de l’Ouest. Au point, parfois, de faire

des photographies de Nobuyoshi Araki, par exemple. L’ar-

perdre le nord au visiteur qui ne serait pas venu depuis

chitecte John Pawson (qui vient de transformer l’ancien

dix ans. Dans Mitte (ex-Berlin-Est), les tristes façades

Commonwealth Institute en Design Museum à Londres) a

grises ou noir de charbon ont fait place à des boutiques,

1/ The Store au Soho House Berlin : un café, des espaces beauté, fleurs, mode et design… 2/ L’aéroport Tempelhof a cessé son activité aérienne en 2008. Aujourd’hui, les riverains l’ont investi pour en faire un espace de liberté. Quelques vestiges subsistent de l’époque où il représentait le troisième plus grand bâtiment au monde en termes de superficie, accueillant jusqu’à six millions de passagers par an… 3/ Le vélo peut représenter le meilleur moyen de transport pour visiter Berlin. Avec environ 750 km de pistes cyclables, il est aussi le mode de locomotion préféré des Berlinois. Page de droite Le restaurant Panama sert une classique cuisine allemande habitée d’un esprit exotique, venu de l’hémisphère Sud.


ID-URBAN SPIRIT

1

2

3

magasins de chaînes, bars et restaurants pimpants… Les

d’art contemporain Blain/Southern. Depuis, Acne Studios,

jeunes alternatifs ont peu à peu fait place aux bobos. Au

Odeeh et bien d’autres les ont rejoints. Au point, de nou-

point que l’éditeur Joseph Djenandji, des guides Lost In,

veau, d’engendrer une potentielle gentrification…

qui habite Mitte, plaisante : « J’ai l’embarras du choix

286

pour trouver des bougies parfumées, mais si je veux ache-

À la recherche du temps perdu

ter une pomme ou une banane, c’est plus compliqué. »

Trop lisse, Berlin ? Peut-être. L’artiste Asta Gröting joue donc

La gentrification a gagné le quartier voisin de Prenzlauer

aux archéologues, faisant « parler » les murs en montrant

Berg et bientôt, dit-on, Neukölln. Alors, on commence à

leurs cicatrices des impacts de balles ou d’obus de la Seconde

s’éloigner vers de nouveaux territoires. « À la chute du

Guerre mondiale grâce à des moulages géants en silicone.

mur, reprend Joseph Djenandji, les gens ont investi les

« À la réunification du pays, l’argent est arrivé en masse. On

anciens quartiers de l’Est. Maintenant, ils redécouvrent

a rénové la ville en détruisant les marques et les traces du

les quartiers ouest et leur histoire. » Car malgré la gri-

passé. Mes moulages sont ceux des dernières façades abîmées

saille, dans les années 70 et 80, l’Ouest était un bouillon

par la guerre, des bâtiments publics qui attendent d’être ra-

de culture underground. Iggy Pop et David Bowie y ont

valés. » Exposées récemment au Kindl, ses sculptures, d’une

d’ailleurs laissé des traces… ou plutôt des chansons. Ainsi,

poésie folle, sont comme des paysages de la ville décrivant

la réhabilitation du complexe Bikini Berlin, un ensemble

un passé que l’on cache aujourd’hui. Pourtant, ce sont aussi

architectural classé des années 50 (où le 25Hours Hotel a

ces stigmates qui attirent les touristes, toujours plus nom-

logé ses chambres), a donné un coup de fouet au quartier

breux. Checkpoint Charlie, ancien lieu de passage du Berlin

et à la très longue Ku’damm (Kurfürstendamm). « C’est

divisé, a des allures de Disneyland. Pour quelques euros, on

la Potsdamerstrasse qui est aujourd’hui très intéressante »,

s’offre un selfie devant de faux soldats après avoir acheté

précise encore l’éditeur. Connue pour sa proximité avec

un morceau de béton du soi-disant mur de Berlin. Comble

le red light district, la rue a commencé à changer quand,

de l’histoire, un Hard Rock Hotel devrait voir le jour sur

en 2011, le gourou des tendances, Andreas Murkudis, y

l’ancienne frontière. Une drôle de façon de (re)composer

a posé sa boutique. La même année que la célèbre galerie

avec le passé. Mais Berlin n’est pas à un paradoxe près.

1/ Un univers en soi, le Bikini Berlin de la chaîne d’hôtels 25Hours offre une multitude de propositions : location de chambres, restauration, boutiques, pop-up de marques, expositions… Ce hub urbain participe du nouveau visage de la partie ouest de Berlin, branchée et attractive. 2/ La Hallesches Haus, pour faire du shopping ou déguster des bagels et autres aliments healthy de producteurs locaux. 3/ L’« incontournable » Checkpoint Charlie, ex-poste-frontière entre l’Est et l’Ouest, sert aujourd’hui de cadre pour les photos des touristes. Page de droite Le propriétaire du restaurant Oliv Eat, Oliver Mahne, ne peut renier son ancienne activité de décorateur d’intérieur.


ID-URBAN SPIRIT

Berlin-Ouest dans

Art Berlin Fair

le but de forcer les Alliés

La Foire d’art moderne

à quitter la ville. Les

et contemporain

autorités américaines

rassemble différentes

ripostent en installant un

galeries, dont

pont aérien pour ravitailler

Galerie Eigen + Art

la cité grâce à l’aéroport

et Blain/Southern,

Tempelhof. Le blocus dure

du 27 au 30 septembre.

jusqu’au 12 mai 1949. Le

Artberlinfair.com

23 mai 1949, la République

Une densité cinq fois moindre qu’à Paris pour une superficie huit fois plus importante. On y respire !

BERLIN PRATIQUE

European Month of

est créée et Bonn en

Photography (EMOP)

devient la capitale. Dans

Le Mois européen de

la foulée, la République

la photographie se tient

démocratique allemande

tous les deux ans ;

(RDA) est fondée dans

cette année, il aura

la zone sous occupation

lieu du 28 septembre

soviétique. Berlin est

au 31 octobre.

de plus en plus divisée.

Emop-berlin.eu

L’émigration croissante de Berlin-Est vers

À LIRE

l’Ouest pousse les

• Berlin, éditions Lost In.

autorités soviétiques

Un guide décalé de

à construire le mur

Berlin (et d’autres villes)

Y ALLER

de 48 h jusqu’à 6 jours,

• Nombre de visiteurs

de Berlin dans la nuit

où des locaux livrent

Depuis décembre 2017,

pour un adulte

en 2016 : 12,7 millions

du 12 au 13 août 1961.

leurs adresses.

EasyJet propose

et 3 enfants (6-14 ans) :

(à titre de comparaison,

Il tombera dans la nuit

S’y ajoute le regard

deux lignes au départ

à partir de 19,90 €

Londres accueillait

du 9 au 10 novembre 1989.

d’un photographe

de Paris vers Berlin :

(transports en commun

19,1 millions de visiteurs

• Paris-Orly – Berlin-

de Berlin centre, zones A

la même année).

Schönefeld : aller-retour

et B, et trajet aéroport

à partir de 61 €.

Tegel inclus).

• Paris-Charles-de-Gaulle

Berlin-welcomecard.de

– Berlin-Tegel : aller-

et d’un écrivain.

MUR DE BERLIN

Sur papier ou appli.

Que reste-t-il du mur de

Lostin.com

HISTORIQUE EXPRESS

Berlin ? L’East Side Gallery est la plus longue section

• Modern Berlin Map,

L’histoire de Berlin est

encore debout, totalisant

éditée par Blue Crow

retour à partir de 85 €.

SE RENSEIGNER

mouvementée. À la fin

1 316 mètres de béton

Media.

Easyjet.com/fr

Office de tourisme de

de la Seconde Guerre

décoré (par 118 artistes

Une carte papier

Berlin : Visitberlin.de/fr

mondiale, la ville est

de plus de 21 pays, en

proposant une sélection

SE DÉPLACER

Office de tourisme

partagée entre quatre

1990). Une véritable galerie

de bâtiments

Berlin propose différents

allemand :

secteurs administrés

d’art à ciel ouvert qui

modernistes de Berlin

moyens de transport

Germany.travel/fr

par un contrôle

a désormais un statut

brièvement décrits.

quadripartite : l’URSS,

protégé. L’œuvre la plus

Bluecrowmedia.com

en commun, dont le bus,

288

fédérale d’Allemagne (RFA)

le tram, le métro (U-Bahn)

PROFIL EXPRESS

les États-Unis,

célèbre reste le Baiser

et le chemin de fer

• Superficie : 892 km2,

la Grande-Bretagne

fraternel, entre Leonid

• Berlin mis en scènes,

express urbain (S-Bahn).

soit environ 8 fois celle

et la France, mais,

Brejnev et Erich Honecker,

de Camille Larbey,

L’avantageuse Berlin

de Paris.

malgré des négociations,

signé par Dmitri Vrubel.

collection « Ciné

WelcomeCard est

• Nombre d’habitants :

les priorités concernant

Eastsidegallery-berlin.de

voyage », Espaces

un pass officiel

plus de 3,5 millions en

le gouvernement

de transports en

2016.

de l’Allemagne diffèrent,

AGENDA

La ville présentée

commun couplé à des

• Densité : avec

sans parvenir à

Berlin Art Week

à travers des lieux

entrées à tarifs réduits

3 947 Berlinois/km2

s’accorder. Le 24 juin 1948,

La 7e édition de la Semaine

de tournage de scènes

dans de nombreux

(2016), c’est la plus

l’Union soviétique bloque

de l’art contemporain aura

culte. Une jolie façon

musées et attractions

forte concentration

toutes les voies routières

lieu du 12 au 16 septembre.

de l’approcher.

touristiques. À choisir,

en Allemagne.

et navigables vers

Berlinartweek.de

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© SUSAN HUNT YULE 2018


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Entre le vintage et le contemporain, l’offre hôtelière se démarque par sa variété, toujours en lien avec l’histoire, la culture et la ville elle-même. Notre proposition ? Une immersion cinématographique, bohème ou branchée.

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Rafraîchissant

de salles de bains

de traduire ? Sa pensée

style Bauhaus de 1928.

Bohème

Hotel Oderberger (1)

coulissantes.

se décline dans des

Ex-grand magasin, il a

Gorki Apartments (4)

Le plongeon est tentant.

Oderbergerstrasse 47,

chambres à l’ambiance

accueilli les archives du

Ce Gorki-là, dit-on, fait

Ces bains publics du

Mitte.

branchée, jouant

parti communiste avant de

référence au célèbre

XIXe siècle, requalifiés

Tél. : +49 30 780 089 760.

faussement avec

devenir hôtel… Tout y est :

théâtre voisin – et non au

en hôtel en 2016, ont

Hotel-oderberger.berlin

différentes époques,

de la mode chez The Store

bruyant bar du rez-de-

mêlant tapis vintage et

aux pizzas de Cecconi’s en

chaussée – qui avait

conservé leur piscine de

290

20 mètres. Celle-ci peut

Branché

secrétaires-cabinets de

passant par 40 chambres

l’habitude d’héberger

être recouverte d’un

Sir Savigny (2)

curiosités contemporains.

confortables. Fauteuils

ses acteurs. Aujourd’hui,

parquet escamotable

Il n’a beau être qu’un

Kantstrasse 144,

à fleurs, esprit « grand-

les 36 appartements

qui monte et descend,

personnage de fiction, sir

Charlottenburg-

mère » relooké, platine

s’inspirent de l’esprit

transformant la salle d’eau

Savigny aime les belles

Wilmersdorf.

vintage et vinyles…

bohème du quartier de

en salle… de réception.

choses. Il a donc confié

Tél. : +49 30 21 782 638.

Les résidents ont accès au

Mitte, alliant des pièces

Les portes d’origine

ses 44 petites chambres

Sirhotels.com

toit-terrasse et à la piscine

classiques de Knoll,

des anciennes cabines

au designer Saar Zafrir

chauffée. Sympathique.

Richard Lampert et Fritz

(reconverties en

qui affiche sur son site :

Historique

Torstrasse 1,

Hansen à des objets

70 chambres) ont été

« Creativity is intelligence

Soho House Hotel (3)

Prenzlauer Berg.

chinés. Détail agréable :

« mises sous verre » et

having fun… So shut up

Il serait presque fou de

Tél. : +49 30 40 50 440.

chaque appartement

transformées en portes

and create ! » Est-il besoin

sortir de ce bâtiment de

Sohohouseberlin.com

dispose de sa propre


7

sonnette et de sa boîte

l’Américaine Dayna Lee a

d’humour et ambiance

Incontournable

Coquin

aux lettres.

su distiller une ambiance

chaleureuse. Dans les

25Hours Bikini Hotel (7)

Provocateur

Weinbergsweg 25, Mitte.

cinématographique.

70 chambres (11 de plus

Ouvert en 2014, il a

Depuis 2017, il porte bien

Tél. : +49 30 48 496 480.

Les 144 chambres et

très bientôt), lumineuses

participé à inscrire le

son nom. Saar Zafrir a

Gorkiapartments.com

suites sont plus sobres,

et gaies, les couvre-lits

quartier dans le circuit

tenté d’y recréer le Paris

mais tout aussi chic.

sont signés Hay et les

branché. Devenu

des années 20, entre

Glamour

L’hôtel fait partie de

platines vinyles, Crosley.

incontournable, il l’est aussi

burlesque et maison close.

Hotel Zoo (5)

la chaîne Design Hotels.

Une insomnie ? Oubliez

des amateurs du designer

L’ascenseur de 1912

Dans l’entrée, le long tapis

Kurfürstendamm 25,

les moutons et jouez à

Werner Aisslinger qui a mis

remonte le temps vers les

couvert de léopards

Charlottenburg-

marquer des points dans

en scène les lieux. Parmi

chambres, rouge sang ou

(de la créatrice Diane von

Wilmersdorf.

le panier de basket-ball.

les 149 chambres, choisir le

bleu sombre, où une

Fürstenberg) donne le ton.

Tél. : +49 30 884 370.

Ou allez prendre un petit

côté « urbain » ou « jungle »,

boîte à trésors permet de

Clin d’œil au zoo voisin,

Hotelzoo.de

déjeuner au restaurant

ce dernier donnant sur le

parer à tous les jeux de la

Benedict, qui sert 24 h/24.

zoo de Berlin, ses animaux

nuit, de préférence à deux.

il évoque aussi le glamour des années 20 de

Sympathique

Uhlandstrasse 49,

et ses arbres.

Brandenburgischestrasse

Kurfürstendamm, les

Max Brown Ku’damm (6)

Charlottenburg-

Budapesterstrasse 40,

21, Charlottenburg-

Champs-Élysées locaux.

Ouvert fin 2016, le Max

Wilmersdorf.

Mitte (Tiergarten).

Wilmersdorf.

Appelée pour rénover

Brown mêle vintage

Tél. : +49 30 21 782 639.

Tél. : +49 30 12 02 210.

Tél. : +49 30 22 056 060.

cet hôtel de 1911,

et modernité, touches

Maxbrownhotels.com

25hours-hotels.com

Provocateur-hotel.com

291


ID-URBAN SPIRIT

NOS MEILLEURS TABLES ET CAFÉS À BERLIN

Des frites et des œuvres d’art, un ancien crématorium qui accueille des végétaliens, une brasserie dans des conteneurs… Voici notre sélection d’adresses de restaurateurs fans d’hybridation et dont la quête healthy ne s’essouffle pas. Tant mieux !

292

1

2

3

4

5

6

L’Italie à la carte

Artisanal

Friterie arty

Ailleurs

produits made in

Ammazza che Pizza (1)

Brlo–Craft Beer (2)

Goldies (3)

Panama Restaurant

Germany, de la déco à

Le designer Peter

Prenant l’ancien nom

À peine trentenaires, deux

Bar (4)

l’assiette, brillamment

Behrbohm s’est inspiré

slave de Berlin, Brlo,

amis ont rendu leur tablier

Il y a un os, et même

signée par la jeune chef

du mouvement Memphis,

cette récente brasserie

à un restaurant étoilé pour

plusieurs, accrochés au

Sophia Rudolph.

engagé par Ettore Sottsass

artisanale parvient

ouvrir cette friterie ! La

mur : des œuvres de

Potsdamerstrasse 91,

dans les 80’s, pour poser

à décliner un bar,

mayonnaise a pris autour

l’artiste Kerim Seiler. En

Friedrichshain-Kreuzberg.

cette botte italienne sur un

un restaurant et un

d’œuvres d’art – d’Olaf

pleine ville, cette adresse,

Tél. : +49 30 983 208 435.

coin de « Kreuzkölln » (de

Biergarten (terrasse

Metzel ou du photographe

qui navigue entre Panama

Oh-panama.com

Neukölln et Kreuzberg).

en plein air) dans le

disparu Daniel Josefsohn.

et Allemagne, cultive les

Le patron, un ancien

cadre de 38 conteneurs

Les frites arrivent sur

contraires pour atteindre

Cantine healthy

des hôtels Four Seasons, a

agencés par les

un plateau argenté et

l’équilibre : le restaurateur

Oliv Eat (5)

imaginé une carte de pâtes

architectes de l’agence

s’acoquinent de sauce

Ludwig Cramer-Klett joue

Oliver Mahne a d’abord

selon les saisons et de

Graft et posés au cœur

au miso ou d’aïoli,

sur le lointain et la

été architecte d’intérieur.

pizzas délicieusement fines.

du parc Gleisdreieck.

de salades et de viandes.

proximité, l’exotique et le

Après Café Oliv, dans

Maybachufer 2, Neukölln.

Schönebergerstrasse 16,

Oranienstrasse 6,

familier… Pari réussi grâce

Mitte, il a ouvert Oliv Eat,

Tél. : +49 30 89 616 556.

Friedrichshain-Kreuzberg.

Friedrichshain-Kreuzberg.

au stylisme de Karoline

une bonne cantine de la

Facebook.com/

Tél. : +49 151 74 374 235.

Tél. : +49 30 74 780 320.

Butzert et Nora

Potsdamerstrasse. Les

AmmazzaChePizza/

Brlo-brwhouse.de

Goldies-berlin.de

Witzigmann et aux

lieux, minimalistes et


7

apaisants, s’habillent d’un

restaurant du Soho

Hoopengardner a troqué

le premier, dit-on,

Around the clock

tapis Rug Star by Jürgen

House, manie avec brio

ses casseroles pour

de Berlin. Transformé

Bar du

Dahlmanns au mur. Les

l’art de la pizza et la

des pinceaux, Stefan

en lieu culturel (Silent

Michelberger Hotel

chaises, des Eames

fabrication des pâtes

Langelüttich a repris

Green Kulturquartier),

Faut-il encore présenter

originales des 70’s, se

maison, dans un cadre

le flambeau. La maison

il abrite différentes

cet hôtel ? Aménagé

marient au mobilier

au code couleur rouge

s’occupe aussi de la

raisons sociales en plus

par Werner Aisslinger,

dessiné par l’hôte…

et noir évoquant Venise

Chipperfield Kantine,

du café-restaurant Mars.

il s’est imposé auprès des

comme la vaisselle !

et l’Art déco. Branché !

dans les bureaux du

Un voyage vers cette

créatifs en tous genres,

Potsdamerstrasse 91,

Torstrasse 1, Mitte.

célèbre architecte, à deux

planète (certes, un peu

qui ont le sentiment

Mitte (Tiergarten).

Tél. : +49 30 405 044 680.

pas : plus légère et rapide.

excentrée mais à deux

d’y être chez des amis,

Tél. : +49 30 55 233 823.

Cecconisberlin.com

Linienstrasse 160, Mitte.

pas du showroom Aptm)

notamment au bar. Ses

Tél. : +49 30 28 449 500.

mène directement

cocktails bien ficelés et

Lokal-berlinmitte.de

vers des plats frais

ses alcools maison sont

et de saison pour

à déguster sur fond de

Oliv-eat.com Bistronomie Presto !

Lokal (7)

Cecconi’s (6)

Couru pour son ambiance

Du frais

carnivores, végétariens

soirées live. Recherché !

L’accent italien et le

intemporelle et ses

Mars / Küche & Bar

et végétaliens.

Warschauer Strasse

sourire des serveurs

assiettes bien ficelées,

La vie se rit bien de la

Gerichtstrasse 35, Mitte.

39-40, Friedrichshain.

transportent d’emblée

Lokal fait l’unanimité dans

mort dans cet ancien

Tél. : +49 30 46 067 324.

Tél. : +49 30 297 785 90.

au soleil. Cecconi’s, le

Mitte. Si le chef Gary

crématorium de 1910,

Mars-berlin.net

Michelbergerhotel.com

293


ID-URBAN SPIRIT

NOTRE SHOPPING ART, MODE & DESIGN À BERLIN

Les concept-stores bourgeonnent, fiers d’arborer les goûts et les couleurs très sélectifs de propriétaires inventifs. Berlin recèle des lieux où l’air du temps peut s’exposer dans une belle harmonie… très inspirante.

1

2

3

4

5

6

Branché

est grand de finir par y

entier. Des magazines de

l’ouest, Andreas

Concept-store

The Store Berlin (1)

passer plusieurs heures.

mode, de photographie,

Murkudis a ouvert,

Hallesches Haus

Situé au rez-de-chaussée

Torstrasse 1, Mitte.

d’art, d’architecture

en 2015, tout près

General Store (4)

du fameux Soho House,

Tél. : +49 30 405 044 550.

et de design... Et quid

de cette boutique mère,

L’une est native de New

The Store Berlin est

Thestores.com

d’IDEAT ? Oui, on

un espace de design

York, l’autre de Londres.

le trouve, non seulement

d’intérieur et, en 2017,

Les deux fondatrices

une belle adresse pour

294

musarder entre livres

Cultivé

en version française

un « terrain de jeux »

ont voulu faire de leur

d’art, sneakers dernier

Do You Read Me?! (2)

mais aussi en allemand !

qui accueille aussi bien

General Store un lieu

cri, bijoux, objets pour

On annonce haut et fort

Auguststrasse 28, Mitte.

des expositions que

pour mieux connecter

la maison et vinyles. On

la fin de la presse papier.

Tél. : +49 30 695 49 695.

des pop-up stores.

le monde et rassembler

pourra s’arrêter le temps

Cette boutique est

Doyoureadme.de

La boutique mère ? C’est

ce qu’elles aiment. Ainsi,

de prendre un café

la preuve du contraire

désormais un concept-

près du petit café, les

ou de grignoter léger

– tout comme Soda,

Intemporel

store qui présente des

casseroles autrichiennes

à The Store Kitchen. Le

adresse plus récente.

Andreas Murkudis (3)

marques véritablement

Riess côtoient des

tout dans une ambiance

Do You Read Me?!

Il ne fait rien comme les

triées sur le volet.

serviettes Ferm Living

aérée grâce aux larges

rassemble une quantité

autres. Normal, c’est

Potsdamerstrasse 81E,

ou des éléments Hay

baies vitrées et à la déco

impressionnante

un pionnier. Après avoir

Tiergarten.

non loin de chocolats

brute associée aux

de magazines en

déménagé sa boutique

Tél. : +49 30 680 798 306.

en provenance

plantes vertes. Le risque

provenance du monde

de l’est de Berlin vers

Andreasmurkudis.com

d’Édimbourg. De la


7

lumière à la table

représentées (Acne

Artisanal

d’enseignes extérieures,

famille ou de travail et

en passant par la mode

Studios, Lemaire, Marni,

Johanenlies (6)

dont les vases et

fait office de showroom.

et même par une vodka

Jil Sander…) mais

Le Néerlandais Mike

les pots de la praguoise

Tout s’y achète, depuis

de Berlin, le concept

aux côtés de labels

Raaijmakers est

Deelive, ainsi que des

les draps en lin Once

de General Store prend

moins connus, à

un touche-à-tout qui, il y

expositions temporaires.

Milano jusqu’à la

très naturellement

découvrir, parmi lesquels

a peu, vendait encore du

Mulackstrasse 32, Mitte.

vaisselle en porcelaine

tout son sens.

JW Anderson, Craig

vin. En 2015, après avoir

Tél. : +49 151 407 911 41.

Rosenthal (un classique

Tempelhofer Ufer 1,

Green ou encore

confectionné son lit en

Johanenlies.com

des ménagères

Kreuzberg.

Hien Le. À noter, l’eau

bois recyclé, il prolonge

Hallescheshaus.com

de toilette de Gosha

l’expérience à d’autres

Insolite

par des pièces vintage

Rubchinskiy ainsi

meubles et fonde

Aptm Berlin (7)

et autres photographies…

Classique

que des magazines,

la marque Johanenlies.

Chris Glass, de Soho

Mais aussi la douche

VooStore (5)

dont Badland, spécialisé

Les lignes sont simples,

House, a inauguré en mai

Dornbracht, véritable

L’enseigne reste

dans la mode et

hors des modes, pour

2017 un espace hybride

son et lumière.

incontournable pour

la culture des Balkans.

durer dans le temps.

à Wedding, quartier

Sur rendez-vous.

tous ceux qui aimeraient

Oranienstrasse 24,

Sa compagne, Coco

encore frémissant.

Lindowerstrasse 18,

glaner un certain sens

Kreuzberg.

Prange, le rejoint et affine

Cet appartement équipé

Wedding.

de la mode. Les grandes

Tél. : +49 30 611 01 750.

le design. Leur boutique

se loue pour une heure,

Tél. : +49 7982 987 871.

marques y sont joliment

Vooberlin.com

accueille aussi des pièces

une nuit, une réunion de

Aptm.berlin

allemandes) en passant

295


ID-URBAN SPIRIT

NOTRE SÉLECTION DE LIEUX D’ART À BERLIN

Non contente de cumuler 166 musées dont l’incontourable Musée juif, signé Daniel Libeskind, la ville voit fleurir quantité de lieux atypiques aux formes d’expression variées, prouvant l’importance qu’elle accorde à la culture et aux artistes.

1

2

3

4

5

6

Mystique

118-121, Kreuzberg.

Amerika Haus,

les façades de Berlin

Son portable rangé dans

König Galerie (1)

Tél. : +49 30 261 030 80.

Hardenbergstrasse 22-24,

depuis 2003. Lors

un casier, on descend

Certes, l’accueil

Koeniggalerie.com

Charlottenburg.

de l’exposition inaugurale,

dans les chuchotements

Tél. : +49 30 284 44 16 62.

Banksy et Vhils

au sous-sol, plongé dans

Co-berlin.org

étaient présentés

le noir complet pour y

parmi 150 artistes.

écouter John Cage. Est-ce

ressemble à une porte de

296

prison… Expérience vite

Cliché

pardonnée dans l’église

C/O Berlin (2)

Sainte-Agnès, de style

Fondée début 2000 par

Street-art

Bülowstrasse 7,

la froide humidité des

brutaliste des 60’s,

le photographe Stephan

Urban Nation Museum

Schöneberg.

murs ou la musique qui

convertie en galerie d’art

Erfurt, le designer Marc

for Urban

Tél. : +49 30 322 959 89.

donnent la chair de poule ?

contemporain sur les

Naroska et l’architecte

Contemporary Art (3)

Urban-nation.com

Mystère. La visite se

plans de l’architecte Arno

Ingo Pott, la fondation

Ouvert l’automne dernier,

Brandlhuber. L’espace

C/O Berlin présente

ce musée marque un

Bunker arty

khmères et autres meubles

d’exposition se prolonge

de belles expos photo.

tournant dans la culture

The Feuerle

chinois anciens mêlés

en un petit jardin qui

Depuis 2014, elle

du street-art en

Collection (4)

à de l’art contemporain.

regroupe différentes

occupe l’Amerika Haus,

conjuguant expositions,

La visite de cette nouvelle

Sur réservation.

œuvres dont celles

un bâtiment des 50’s qui

recherche et échanges.

collection privée, dans

Hallesches Ufer 70,

de Tatiana Trouvé.

servit de centre culturel

Il prolonge l’action de la

un bunker réhabilité par

Kreuzberg.

Église Sainte-Agnès,

et d’information des

plateforme Urban Nation

John Pawson, relève

Tél. : +49 30 257 923 20.

Alexandrinenstrasse

États-Unis jusqu’en 2006.

qui transforme et anime

de l’expérience sensorielle.

Thefeuerlecollection.org

poursuit au fil des statues


7

Embarquement immédiat

Tél. : +49 30 200 03 74 41.

kitsch ou fonctionnelles,

fut rachetée en 2011 pour

Incontournable

Flughafen Tempelhof (5)

Thf-berlin.de

il y a de tout, même

y faire mousser des

Musée juif de Berlin

la cuisine équipée de

expositions temporaires

Inaugurée en 2001, l’aile

Célèbre pour le pont aérien qui ravitailla

Détaillé

Francfort de l’architecte

d’art contemporain

Between the Lines a la

Berlin-Ouest en 1948-49,

Werkbundarchiv -

autrichienne Margarete

après de longs travaux.

forme d’un éclair ou d’une

l’ex-aéroport offre une

Museum der Dinge (6)

Schütte-Lihotzky,

La Boiler Room de ce

étoile brisée. En l’habillant

remontée dans le temps.

Les objets du petit musée

qui révolutionna la vie des

Zentrum für

d’un alliage de titane et

Dans ces 300 000 m2,

des Choses sont

mères de famille dès 1926.

Zeitgenössische Kunst

de zinc, l’architecte Daniel

on déambule dans la salle

rassemblés avec la poésie

Oranienstrasse 25,

accueille chaque année

Libeskind a voulu créer

d’embarquement, vidée

d’un inventaire à la Prévert.

Kreuzberg.

une œuvre commandée

une rupture avec

de ses passagers, un vrai

Les produits de masse des

Tél. : +49 30 92 10 63 11.

à un artiste et réalisée

le bâtiment baroque voisin

Museumderdinge.de

spécifiquement

du XVIIIe où s’effectue

e

e

décor de film. Quant

XX et XXI siècles, créés

au tarmac, il accueille

par des concepteurs

pour cette salle aux

l’entrée. Un témoignage

skateboards et chars

connus ou anonymes, se

Soif de culture

dimensions vertigineuses

poignant sur deux

à voile. Visites guidées

côtoient pour révéler une

KlNDL – Centre for

(20 mètres de haut). On

millénaires d’histoire juive.

en français.

histoire illustrée du design,

Contemporary Art (7)

en sort forcément grisé.

Lindenstrasse 9-14,

Ehemaliger GAT-Bereich,

des objets du quotidien

Érigée entre 1926 et 1930

Am Sudhaus 3, Neukölln.

Kreuzberg.

Tempelhofer Damm 1-7,

et de la production

tel un palais de la bière,

Tél. : +49 30 83 21 59 12 16.

Tél. : +49 30 259 93 300.

Tempelhof.

industrielle. Lignes pures,

cette ancienne brasserie

Kindl-berlin.de

Jmberlin.de

297


ID-HYPE AREA

Le mural peint par Fischer-Art au sortir de la Hauptbahnhof.

Leipzig, nouveau Berlin ? Des canaux, des parcs et des lacs pour le côté nature, mais aussi de vastes friches industrielles mutées en territoires de culture, d’art et de fête… En découvrant ses multiples visages, on comprend pourquoi celle qui ne veut pas s’appeler « Hypezig » plaît tant aux « yuccies »*, aux mélomanes, aux cyclistes et, bien sûr, aux Berlinois !

Y ALLER

Par Nathalie Nort / Photos Didier Delmas pour IDEAT

– En train : Leipzig est à

– En avion : Lufthansa assure une liaison depuis Paris-CDG, le plus souvent via Munich. 7 heures de Paris en TGV

ue l’on arrive de l’aéroport de Leipzig/Halle ou directement de Berlin (à moins de

Q

et en ICE (correspondance

200 km au nord-ouest), Hauptbahnhof, la gare centrale, donne d’emblée un aper-

à Francfort).

çu de la grandeur passée de la ville. Bâtis en 1915, ses deux halls d’entrée et son im-

– Informations multilingues

mense nef transversale sont à l’image de l’important carrefour qu’elle fut à l’avènement des

sur Leipzig.travel

chemins de fer, au mitan du XIXe siècle. Détruite aux deux tiers durant la Seconde Guerre

– À lire, le guide Hidden

mondiale , elle a connu à partir de 1995 une restauration qui lui a permis de redevenir l’un des

Leipzig ; points de vente

principaux nœuds ferroviaires d’Europe, en même temps qu’un mall de 30 000 m2 sur trois

sur Hidden-leipzig.com

niveaux. Au sortir de cette gare, il suffit de quelques pas pour faire connaissance avec l’his-

– Office de tourisme :

toire lipsienne récente. Sur un triple mural, une foule de personnages peints par Fischer-Art

Germany.travel

raconte comment ce creuset industriel de l’Allemagne de l’Est est alors devenu le foyer d’une révolution pacifique qui allait précipiter le communisme dans sa chute. Pendant que la contes-

HÔTELS

tation enflait en RDA, l’église luthérienne Saint-Nicolas accueillait les prières pour la paix et

Adina Apartment Hotel (1)

faisait germer les Montagsdemonstrationen (manifestations du lundi) où se mobilisaient des

Idéalement situé dans

* Young urban creatives.

298


1

2 3 Mitte (le centre-ville) et

Hotel Innside by Meliá (2)

Planerts (5)

Situé à l’angle du Ring

RESTAURANTS ET BARS

Pilot (4)

tout près de la gare

Valeur sûre fréquentée

Avec son sous-titre,

centrale, ce nouvel hôtel

(qui encercle Mitte) et

Kaiserbad (3)

par des locaux dans

« casual fine dining », voici

de 166 chambres combine

de Gottsched (rue des

Au pied de West Werk,

un décor pseudo 50’s,

une table qui a assimilé

le fonctionnel des

théâtres et des bars), un

immense ruche créative,

c’est la deuxième adresse

la veine « foodie » actuelle.

appartements – studios

bon point de départ pour

une grande salle haute

du chef traiteur Max Enk

Contemporaine, la salle

ou deux pièces tous

découvrir la ville et ses

de plafond et baignée de

— son restaurant le plus

est toute de chic brut

dotés d’une cuisine –

faubourgs. Le week-end,

lumière. De grandes

en vue se trouve près

et industriel, haute sous

et un service hôtelier

le brunch prend de la

tablées, des banquettes

de Paulinum (l’université

plafond, avec tuyauterie

classique avec accueil,

hauteur dans les lounges

ou des canapés

abritée dans une « église »

apparente et cuisine

petit déjeuner et

du 3e étage, avec terrasse

Chesterfield, de la brique

du XXIe siècle). La table

ouverte. L’assiette est

piscine-gym-spa.

panoramique et vue

et des papiers peints

de choix (la « une »)

alerte, précise et

Trois salles de

sur l’église Saint-Thomas

fleuris, des tapis colorés

se trouve au fond à droite,

influencée par l’Asie.

conférences complètent

– dernière demeure de

et, l’été, une terrasse

en mode canapé

Calibrée en vins naturels,

ce compromis

Johann Sebastian Bach, où

en surplomb du canal…

Chesterfield. L’atmosphère

la cave est raccord.

« bleisure » (entre

un chœur de garçons lui

On se croirait presque

est bon enfant, la cuisine

Menus de 51 à 71 €, et de

business et leisure).

rend toujours hommage.

à la campagne !

généreuse, et les prix

75 à 111 € avec les vins.

Bruehl 50.

Gottschedstrasse 1.

Karl Heine Strasse 93.

ultradoux.

Ritterstrasse 23.

Tél. : +49 341 989 86 550.

Tél. : +49 341 393 76 70.

Tél. : +49 341 392 80 894.

Bosestrasse 1.

Tél. : +49 341 999 99 975.

Adinahotels.com

Melia.com

Kaiserbad-leipzig.de

Tél. : +49 341 962 89 550.

Planerts.com

299


ID-HYPE AREA

4

6

5 centaines de milliers de personnes. C’est donc précisément à Leipzig que le mur de Berlin va-

Barcelona

cille… pour s’effondrer deux mois plus tard, le 9 novembre 1989. « Nouveau Berlin », comme

La devanture est si

on l’appelle aujourd’hui, eu égard à l’engouement que la ville suscite dans le landernau créa-

discrète que l’on pourrait

tif, Leipzig revient pourtant de loin, de très loin même.

presque la rater. Ce serait dommage tant ce bar

Le sens des affaires et des études

tout en longueur est

Avant la réunification, ses usines recrachent dans l’air des tonnes de dioxydes, et les voies d’eau

la meilleure pioche pour

polluée assombrissent encore le tableau noir de crasse d’un centre-ville hanté par la pauvreté.

le vino tinto et les tapas.

Pourtant, dès le Moyen Âge, la cité la plus peuplée de la Saxe est un important carrefour com-

Ambiance caliente

mercial. Au XVIe siècle, ses foires se développent tant, qu’au XVIIIe siècle, elles surpassent même

à souhait, très prisée

celles de Francfort. Trois fois par an, au Nouvel An, à Pâques, et à la Saint-Michel, s’échangent

par la gentry locale.

ici des marchandises en provenance d’Europe, de Prusse, de Perse. On vient même d’Amérique

Gottschedstrasse 12.

pour prendre part au commerce des peaux et des fourrures, particulièrement florissant. Les

Tél. : +49 341 212 61 28.

immeubles d’exposition (dans leurs allées étaient présentés les articles des marchands, NDLR)

300

transforment la ville en un labyrinthe de galeries et de passages, à l’abri de flamboyantes fa-

Luise (6)

çades richement ouvragées allant de la Renaissance à l’Art déco. Des siècles durant, la pros-

Pionnier du quartier, ce

périté et la culture s’inscrivent au cœur du bâti. Derrière le Markt, une place grande d’un hec-

café-bar-restaurant existe

tare, le café Riquet, avec sa façade Jugendstil à têtes d’éléphants et sa tourelle chinoise, illustre

depuis vingt ans. Ouverte

à merveille la passion très Mitteleuropa pour les cafés. Une tradition qui perdurera au-delà

en continu, cette adresse

du communisme. Au sens des affaires s’ajoute l’effervescence des arts et des sciences. Leipzig

au décor mix-and-match


7

9

8

propose bien sûr le

Mitteleuropa… On adore !

GALERIES

Grassi Museum (8)

Museum der Bildenden

sacro-saint Frühstück

Schuhmachergässchen 1.

Galerie für

Dans ce bâtiment Art déco

Künste (MdbK) (9)

(petit déjeuner) allemand.

Tél. : +49 341 961 00 00.

Zeitgenössische

massif, le musée se

Architecture

Bosestrasse 4.

Riquethaus.de

Kunst (GfZK)

partage trois disciplines :

contemporaine

Lieu de création hybride !

les instruments de

remarquable, qualité des

Café Maître

Une galerie d’art disruptif

musique – ville de

scénographies et des

Sur « KarLi », la grande

où la controverse n’est

musiciens célèbres, Leipzig

expositions temporaires…

Kaffeehaus Riquet

avenue qui se dirige

jamais loin. Un café

défend avec brio ce

Sur quatre étages et

Célèbre pour sa

plein sud vers Connewitz,

– Bau Bau (7) – « pimpé »

patrimoine culturel ;

5 000 m2, des œuvres

photogénique façade

ce café (avec sa

par un artiste (Céline

un fonds ethnologique

de la Renaissance ou

Jugendstil ornée de

pâtisserie attenante) vaut

Condorelli en ce moment).

important ; enfin, une

du XVIIIe flamand

deux têtes d’éléphant

le détour. Amie du petit

Un « hôtel » avec deux

section d’arts appliqués

dialoguent avec des pièces

et d’une tourelle chinoise,

déjeuner, la carte, écrite

suites en duplex (aussi

qui va de la céramique au

contemporaines où

ce café est un bon

en français, propose aussi

confiées à des artistes).

mobilier fonctionnaliste.

s’illustre la Neue Leipziger

endroit pour déguster

une demi-douzaine

Chambre pour deux :

À voir, notamment, une

Schule (« nouvelle école

la fameuse Leipziger

de délicieuses galettes

120 €. En face, le

rétrospective du designer

de Leipzig ») – le peintre

Lerche (« l’alouette

au sarrasin.

Johannapark, poumon vert

britannique Jasper

Neo Rauch en tête.

de Leipzig »), spécialité

Karl Liebknecht Strasse 62.

de la vieille ville.

Morrison jusqu’au 6 mai.

Katharinenstrasse 10.

à la pâte d’amande.

Tél. : +49 341 303 28 924.

Karl Tauchnitz Strasse 9-11.

Johannisplatz 5-11.

Tél. : +49 341 216 990.

Service à l’ancienne, très

Cafe-maitre.de

Gfzk.de

Grassimuseum.de

Mdbk.de

Tél. : +49 341 961 14 88. Luise-leipzig.de

301


ID-HYPE AREA

10

11

12

fut historiquement un pôle universitaire de premier plan – elle l’est aujourd’hui redevenue

BOUTIQUES

Karl Heine Strasse 75.

avec plus de 35 000 étudiants par an – et une ville très portée sur la musique. Si elle voit gran-

Goldstein & Co. (10)

Tél. : +49 341 247 132 38.

dir Wagner et travailler Mendelssohn et Schumann, elle a surtout vu vivre Bach. Séquence

La Mecque du mobilier

Hafen-leipzig.de

émotion : écouter un chœur de garçons entonner un motet dans l’église Saint-Thomas, à l’en-

industriel, une mine

droit même où le cantor de Leipzig travailla pendant vingt-sept ans – il y est même enterré.

d’objets de chantier. Un

Baumwollspinnerei (12)

stock immense, sans cesse

La plus grande filature

De l’industriel au culturel

alimenté par les anciennes

de coton d’Europe est

À rebours du centre-ville saturé de galeries marchandes « mondialisées », les faubourgs sont

usines de l’ère soviétique.

devenue un bouillonnant

à découvrir d’urgence. Pour comprendre cette ville très étendue, traversée de canaux, de

Karl Liebknecht Strasse 36.

terrain de jeux pour

lacs et de parcs, il faut prendre la tangente, grimper dans le tram en suivant son instinct ou

Tél. : +49 341 301 90 08.

les jeunes créatifs dont

le petit guide Hidden Leipzig. À l’ouest comme au sud, les friches industrielles ont muté en

Goldstein-interieur.com

les ateliers côtoient une

lieux culturels ; les loyers sont plus bas qu’à Berlin et l’art de vivre moins formaté. Le quar-

302

quinzaine de galeries, dans

tier Plagwitz héberge l’immense Baumwollspinnerei, une ancienne filature de coton où, à

Hafen (11)

des volumes de rêve. Les

l’instar d’une quinzaine de galeries d’art, des dizaines de studios de création et ateliers d’ar-

Sur le chemin de la

tendances du marché de

tistes ouvrent leurs portes au public lors du Rundgang (le tour) deux fois par an. Tout près,

Spinnerei, on tombe sur

l’art y sont palpables. Tours

Kunstkraftwerk est une autre usine vouée, elle, à l’art numérique. Westwerk ? Une immense

cette boutique qui vend

organisés le week-end sur

ruche créative. Au sud, à Connewitz, Werk II est une Kulturfabrik qui ne manque pas d’ima-

une production locale de

réservation. À l’entrée,

gination dès qu’il s’agit de monter le son et de sortir les bombes… de peinture. Et pour un

papeterie, de céramique

le bistrot Die Versorger

œil dans le rétro, on rejoint « KarLi » (Karl Liebknecht Straße) le premier samedi du mois

et d’autres petits

assure le couvert.

vers le marché aux puces installé au carrefour du Feinkost. N’Ostalgie garantie !

objets pour la maison.

Spinnerei.de


OBJ ec TiF peAU pArFAiTe.

les précis concentrés cIBLés Bluffants par leur efficacité Agiles par leur usage Nomades par leur format Surprenants par leur galénique

Définissez vos besoins auprès De votre experte beauté.


ID-WEEK-END ARTY

Hambourg Triennale de la photographie

L’Elbphilharmonie crée un appel d’air touristique.

Moins connue que sa cousine italienne, la « Venise du Nord », avec ses maisons bourgeoises, ses quartiers alternatifs et ses espaces verts bordés de lacs et de canaux, fait valser les clichés sur les villes portuaires. Bobo, rock et techno, elle accueillera sa Triennale de la photographie de juin à septembre. Le point pour prévoir votre séjour !

H

ambourg a le vent en poupe, mais cette fois la bise de

fidèle à celui des dockers et des fans de St. Pauli, ce club de

la mer du Nord n’y est pour rien. C’est l’Elbphilhar-

foot lié à la bouillonnante scène musicale locale. La culture

monie (inaugurée en janvier 2017) qui provoque ce

reste la carte de visite de la ville. Durant la septième édition

raz-de-marée touristique. Le vaisseau de brique et de verre,

de la Triennale de la photographie, de juin à septembre, la

amarré sur les bords de l’Elbe et piloté par les architectes He-

programmation regroupera 90 événements dans 80 lieux. La

rzog & de Meuron, a drainé 4,5 millions de personnes l’année

Haus der Photographie présentera des clichés de rue, par-

de son ouverture (concerts et visites confondus). Coiffé par

fois à la frontière de la fiction, de Maciej Markowicz, Peter

des vagues futuristes, le bâtiment est devenu le symbole de la

Funch, Andreas Herzau, Thomas Ruff... Selon la commissaire

ville. Autour, HafenCity, le nouveau quartier qui sort de terre,

d’exposition Sabine Schnakenberg, « les visiteurs déambule-

prolonge Speicherstadt, un ensemble d’entrepôts en brique de

ront à travers l’espace en regardant la réalité avec l’œil d’un

la fin du XIXe. Des odeurs de cafés et d’épices s’en échappent

“flâneur” selon la définition de Charles Baudelaire. » Là, une

tandis que des tapis persans habillent les façades dès les

trentaine de conteneurs abriteront expositions, projections

beaux jours. À ces commerces historiques, des showrooms

et débats. Mais la ville entière se fait cimaise jusqu’aux eaux

et des agences de publicité se sont ajoutés dans les bâtiments

de l’Elbe où mouilleront « 2Boats », une chambre noire flot-

du port, lequel, justement, est présent dans la ville et dans

tante, imaginée par le photographe Maciej Markowicz, et

les esprits ouverts sur le monde. Ce n’est pas un hasard si

une maison-bateau du photographe hambourgeois Claudius

les grands médias sont ancrés ici (notamment la rédaction

Schulze, qui accueillera des débats. « Cette embarcation,

allemande de votre magazine préféré, au sein du groupe

avance ce dernier, répond à la thématique de la Triennale :

Gruner + Jahr !), comme le fameux hebdomadaire Der

“Breaking Point. Searching for Change”. Je l’ai construite en

Spiegel, qui demanda à Verner Panton, en 1969, de dessiner

pensant “recyclage” avec filtrage de l’eau, panneaux solaires

Par Bérénice Debras

ses bureaux (et sa piscine)… forcément peu conventionnels

et toilettes sèches. Elle s’inscrit dans la continuité de mon

Photos Young-Ah Kim

pour l’époque. Car derrière les maisons cossues bordant le

travail photographique State of Nature.» Et se fond très bien

pour IDEAT

lac de l’Alster, Hambourg a toujours gardé un cœur rebelle,

dans le paysage portuaire de la ville.

304


1

2

1/ Britta Sandberg (debout), journaliste pour l’hebdomadaire Der Spiegel, a lancé une collaboration inédite avec le groupe hôtelier hambourgeois 25Hours pour ranimer l’esprit de Verner Panton. Dans la « maisonnette » Altes Zollhaus d’HafenCity, Claudia Piergianni (à gauche) et Francisca Schepers (à droite) ont décoré deux salles de réunion (accessibles à la location) selon le style Panton, avec du mobilier d’origine du designer et de Gino Sarfatti, Eero Saarinen, Harry Bertoia… 2/ Speicherstadt est un ensemble unique d’entrepôts portuaires de la fin du XIXe, début du XXe siècle, et classé par l’Unesco. 3/ Psychédélique ? Oui ! Au Spiegel, cette cantine de Verner Panton de 1969 est restée dans son jus jusqu’au déménagement du magazine en 2011. Elle fut alors donnée au musée des Arts et Métiers où elle est aujourd’hui exposée. 4/ Le lobby-lounge-restaurant du nouvel hôtel Innside Hamburg Hafen, près de HafenCity. 5/ À deux pas de l’Altes Zollhaus, le lobby du récent 25Hours Hotel Altes Hafenamt aménagé par l’agence Dreimeta. 6/ Lors de la Triennale, le musée des Arts et Métiers proposera l’exposition « Delete », sur le photojournalisme. 7/ À l’Elbphilharmonie (signée Herzog & de Meuron), le Grand Hall a une capacité d’accueil de 2 100 personnes et une acoustique frisant la perfection.

4

5

3

6

7

305


ID-WEEK-END ARTY

1

2

3 1/ La Haus der Photographie organise la Triennale de la photographie et présentera une exposition collective de street photography. 2/ La jeune Anna Wahdat a fondé son showroom On The Rugs à Am Sandtorkai, à Speicherstadt. Elle y dépoussière les kilims et tapis venus d’Iran, de Turquie ou du Maroc pour qu’ils s’intègrent mieux dans nos intérieurs. Elle a l’œil ! Fille d’un marchand afghan de tapis, elle s’impose dans cet univers masculin. « Speicherstadt aurait compté 200 marchands il y a quelques années contre une quarantaine aujourd’hui », rapporte-t-elle. 3/ C’est sur les canaux, à bord d’un bateau, que l’on découvre le mieux Speicherstadt et ses entrepôts impressionnants. 4/ L’esprit vintage domine à l’Henri Hotel, notamment dans le lobby-lounge. 5/ et 6/ Un brin excentré, le café Entenwerder1 est sans doute le lieu le plus insolite de Hambourg, posé sur une barge flottant sur l’Elbe. Le « pavillon d’or » des architectes Jan Kampshoff et Marc Günnewig (Modulorbeat) devait être aussi éphémère que l’événement Skulptur Projekte Münster 2007, mais Thomas Friese, le fondateur des boutiques Thomas I-Punkt, l’acheta, l’entreposa plusieurs années, avant d’en faire ce café sympathique. 7/ La galerie d’art contempo-

4

5

6

306


7

8

rain Sfeir-Semler, répartie sur deux étages de l’Admiralitätstrasse, défend le travail d’artistes (Yto Barrada, Etel Adnan et Khalil Rabah…) venant des pays arabes au sens large depuis 1998. Elle a ouvert une adresse à Beyrouth en 2005. 8/ Dans le quartier Ottensen, la boutique de design PLY est une institution. Elle se transforme chaque année en café-restaurant le temps d’une semaine autour de Noël. Luxe suprême, on y mange sur des tables vintage Artek. 9/ Dans le centreville, au 36 Poststrasse, la marque de mode hambourgeoise Closed, qui fête ses 40 ans, vient d’inaugurer une nouvelle adresse doublée d’un petit café. En mars. 10/ HafenCity est un laboratoire architectural de 157 hectares qui agrandira le centre-ville de 40 %. Feu Zaha Hadid a dessiné une promenade le long de l’Elbe. Richard Meier, Christian de Portzamparc et Rem Koolhaas ajouteront leur signature. 11/ Dans le quartier alternatif et branché de Schanze, le salon de thé Herr Max sur Schulterblatt attire la génération 2.0 avec ses gâteaux alléchants. 12/ La librairie de la Haus der Photographie est une mine d’or pour dénicher des livres de photo, dont certains très rares. Elle propose aussi à la vente des tirages, certains en séries limitées.

9

10

11

12

307


ID-WEEK-END ARTY

Y ALLER

mijotent sur le feu. On

à bières Altes Mädchen

Brodschrangen 1-5.

Air France propose

papote alors des heures

à Schanze, Patrick

Tél. : +49 40 49 20 61 15.

un aller-retour

près de la cuisine

Rüther a lancé une

Mutterland.de

Paris – Hambourg

ouverte avant de monter

brasserie artisanale et

à partir de 99 €.

dans sa chambre décorée

une pizzeria décorée par

SHOPPING

Travelby.airfrance.com

années 50-60.

les designers de Not

Thomas I-Punkt

et 3654.

Bugenhagenstrasse 21.

Before Ten. À deux pas du

Bien avant le skatepark

Sur place, la Hamburg

Tél. : +49 40 55 43 57 557.

mythique (et minuscule)

et le café Entenwerder1,

détour pour son

Card est idéale pour

Henri-hotel.com

Golden Pudel Club.

Thomas Friese a fondé

architecture aux lignes

St. Pauli Fischmarkt 28-32.

les boutiques de mode

pures et pour ses

Tél. : +49 40 33 44 21 260.

Thomas I-Punkt et

expositions, dont celles

Ueberquell.com

développé sa propre

consacrées à Mike Kelley,

marque, Omen, au

Robert Wilson, Wim

utiliser les transports en commun et profiter

Innside Hamburg Hafen

d’entrées réduites ou gratuites dans les musées et attractions

Maria Magdalena

minimalisme japonisant

Wenders ou Thomas

touristiques.

Tschabi Lopez, originaire

sous-jacent. Tout est

Hirschhorn.

Hamburg-card.de

d’Équateur, et Avrelio

fabriqué à Hambourg.

Wilstorfer Strasse 71.

Office de tourisme

Moreno, du Pérou, ont

Incontournable.

Tél. : +49 40 32 50 67 62.

de Hambourg :

imaginé une cuisine bien

Hamburg-travel.com

de chez eux après le

Sammlung-falckenberg.de

Office de tourisme

Dans un nouveau

succès de leur premier

Haus der Photographie

d’Allemagne :

bâtiment biscornu,

restaurant, Leche de

Dans une ancienne halle

Germany.travel/fr

l’Innside pétille de

Tigre, dans le quartier

de marché du début

bonnes idées depuis

d’Ottensen. Pour la

du XXe siècle, la Maison

Triennale der

son « Open Living

déco, Tschabi s’est

de la photographie

Photographie Hamburg

Space » funky ouvrant

inspiré du salon de sa

Sous la direction artistique

sur 207 chambres et

grand-mère : kitsch, mais

Gänsemarkt 24.

de haut vol. Elle est

de Krzysztof Candrowicz,

suites noir et blanc.

chaleureux.

Tél. : +49 40 34 20 09.

chargée de la Triennale

de juin à septembre,

Ambiance spéciale le

Spritzenplatz 4.

Thomasipunkt.de

de la photographie.

la triennale s’articulera

mercredi soir et le jeudi

Tél. : +49 176 23 75 39 38.

autour d’une série

matin grâce aux sets de

de mots en rapport avec

« Bleisure Beats » des DJ.

le clavier d’ordinateur

présente des expositions

Deichtorstrasse 1-2. PLY

Tél. : +49 40 32 10 30.

Mutterland Cölln’s

David Einsiedler et Joke

Deichtorhallen.de

Högerdamm 30.

L’adresse avait vu défiler

Rasch n’aiment rien tant

(« enter », « home »,

Tél. : +49 40 61 19 900.

toute la haute société

que les objets vintage pour

Elbphilharmonie

« control », « space »…)

Melia.com

depuis… 1833 ! Connue

l’histoire qu’ils racontent.

Le cabinet Herzog & de

pour ses fruits de mer,

Dans le quartier

Meuron a si bien fait les

elle a été reprise en 2017

d’Ottensen, ils proposent

choses que les concerts

for Change ». Parmi

CAFÉS, BARS ET RESTAURANTS

par Jan Schawe,

du mobilier ancien (et neuf)

y sont (presque) tous

les 90 événements,

Central Congress

fondateur de Mutterland,

édité par Artek, signé

complets. On essaiera de

citons les expositions

Évoquant les longues

des épiceries fines made

Prouvé ou Eames...

visiter les lieux (le lent

solo d’Anton Corbijn,

réunions de travail à

in Germany. Entre les

et des lampes Midgard

escalator et l’escalier sont

Joan Fontcuberta

travers une (fausse) salle

murs bleu sombre

(l’équivalent allemand de

magistraux) pour humer

et Shirana Shahbazi.

de conférence des

évoquant les vieilles

nos lampes Gras), dont ils

le bois de chêne qui

Phototriennale.de

années 60 et 70, ce bar

maisons de l’île de Sylt,

ont relancé la production.

recouvre les sols et

irait presque jusqu’à

les assiettes s’égaient

Ils ont aussi un cabinet

certains murs et écouter

HÔTELS

filmer en super-8 la

de plats de la Baltique.

d’architecture d’intérieur.

les sons si purs et presque

Henri Hotel

préparation des cocktails

Hohenesch 68.

irréels des deux salles.

Henri est un ami qui vous

et les discussions noyées

Tél. : +49 40 38 66 10 20.

Sans oublier de jeter un

veut du bien. Il vous met

dans les sons du DJ…

Ply.com

coup d’œil sur le mobilier

à l’aise, vous invitant

Steinstrasse 5-7.

à vous servir dans le

Centralcongress.de

sous le thème « Breaking Point. Searching

réfrigérateur Smeg ou

estampillé E15.

LIEUX D’ART

Platz der Deutschen

Sammlung Falckenberg

Einheit 1.

à soulever les couvercles

ÜberQuell

Certes, le lieu est

Tél. : +49 40 35 76 66 66.

des casseroles qui

Après le restaurant

excentré, mais il vaut le

Elbphilharmonie.com

308


#CHRONIQUES DE SACS

W W W . L E TA N N E U R . C O M


ID-ROAD TRIP

La balade de la mer Baltique 53° 53’ 18’’ Nord 11° 27’ 43’’ Est

Inscrites au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 2002, les villes hanséatiques de Wismar et de Stralsund, dans le Land allemand de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, témoignent d’une prospérité qui, jadis, régna sur la mer Baltique et le nord de l’Europe. Outre les maisons à pignon des riches commerçants, cette prospérité donna naissance à de nombreux édifices religieux de style gothique, construits en brique rouge, qui se découvrent au gré de routes entre terre et mer. Une balade vivifiante qui autorise la baignade en été. Reportage texte et photos Antoine Lorgnier pour IDEAT

310


JOURS 1 & 2

WISMAR Matthias était au rendez-vous à l’aéroport de Hambourg. Dans le parking, il m’expliqua le fonctionnement de mon Combi Volkswagen T6 avec lequel j’allais partir à la découverte des villes hanséatiques du nord de l’Allemagne. L’affaire de quelques minutes en fait et, une heure de route plus tard, j’étais face à la mer Baltique, sur les quais du port de Wismar. C’est ici que, vers 1241, la Hanse, alliance commerciale de près de 200 villes et ports de la Baltique et de la mer du Nord, prit son réel essor. La ville de Wismar a conservé son organisation originelle, un port bien protégé, relié au centre-ville par un réseau de canaux – dont seul subsiste le Grube – bordés d’entrepôts et de maisons cossues dans lesquels s’entassaient les fûts de vins français, espagnols ou italiens. Ce commerce très lucratif permit la construction de plusieurs églises de style gothique, dont celle de Saint-Nicolas, l’une des plus grandes d’Allemagne. La particularité de ces édifices est qu’ils sont bâtis en brique rouge, une technique importée d’Italie par les moines cisterciens. Ces derniers en firent une production quasi industrielle en en standardisant la taille (30 x 15 x 9,5 cm). Tout cela est fort bien expliqué à la Welt-Erbe-Haus (maison du patrimoine mondial) qui résume à elle seule toute l’histoire de Wismar, du Moyen Âge à nos jours. Page de gauche À Rügen, le ponton de Sellin a été construit en 1927 sur le modèle des piers britanniques. 1/ Les maisons à pignon de Wismar témoignent de la prospérité passée de la ville. 2/ La chaire de l’église Saint-Nicolas (1708) a été réalisée par l’artiste Johannes von Rehn. 3/ Le port de Wismar est encore l’un des plus actifs de la Baltique.

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1

3

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ID-ROAD TRIP

JOURS 3 & 4

ROSTOCK La N105 offre une belle escapade à travers champs et forêts de hêtres séculaires. J’espérais pouvoir m’arrêter en bord de plage en arrivant à Warnemünde, station balnéaire préférée des espions de l’ancienne RDA, pour observer le déferlement des vagues sur les brise-lames qui festonnent sur le littoral de la Baltique pour en éviter une érosion trop rapide. C’était compter sans l’organisation teutonne et une protection presque obsessionnelle de la nature. Ce fut donc un simple parking en ville. Brève escale pour déjeuner de poissons fumés sur les bateaux de pêche ancrés dans le chenal qui mène au port de Rostock. À l’époque de la Hanse, la ville de Rostock était réputée pour ses chantiers navals et son université, créée dès 1419. Convoité par les Suédois, le port fut protégé par un important réseau de murailles qui subsiste encore de nos jours. La place du Nouveau-Marché (Neuer Markt) résume bien l’évolution de la ville avec ses belles maisons à pignon datant du XVe siècle, l’hôtel de ville, habile mélange de styles gothique et baroque, et l’église Sainte-Marie, autre superbe exemple d’architecture gothique en brique. À l’intérieur, les grandes orgues et l’horloge astronomique, construite en 1472 par Hans Düringer, peinent à meubler la hauteur de la nef. Du haut du clocher de l’église Saint-Pierre (le plus élevé de la région avec ses 117 mètres), la vue sur la ville, le port et le littoral est magnifique.

1

2

312

1/ La place du Nouveau-Marché a conservé ses maisons des XVe et XVIe devant l’église Sainte-Marie. 2/ Les quais du port accueillent le musée maritime. 3/ De nombreuses plages (ici celle d’Ahrenshoop, à l’est de Rostock) sont beaucoup plus peuplées l’été !

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1

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JOURS 5 & 6

STRALSUND De Rostock, la même N105 conduit jusqu’à Stralsund, autre ville inscrite au patrimoine mondial de l’humanité en 2002. Je lui préfère toutefois la route côtière qui, de Dierhagen à Zingst, passe de plage en plage et dévoile un art de vivre tout en douceur avec ses maisons aux toits de chaume et aux portes colorées. Le village de Zingst accueille chaque année un festival photographique organisé par la fondation Max Hünten. La nature y est souvent le thème principal, la faute au parc régional voisin, halte préférée des grues et des oies lors de leurs grandes migrations annuelles. Voici enfin Stralsund, autre cité sertie dans ses remparts desquels dépassent les clochers des églises Saint-Jacques, Saint-Nicolas et Sainte-Marie. La place du Marché est l’une des plus belles du nord de l’Allemagne avec son hôtel de ville et ses jolies maisons aux styles variés. Mais la véritable originalité de Stralsund réside dans ses musées nichés dans les monastères de Saint-Jean et Sainte-Catherine. Ce dernier, avec ses squelettes de baleines accrochés dans la nef de la chapelle, est une belle introduction à l’Ozeaneum, bâtiment contemporain posé sur le port au milieu des entrepôts en brique. Là, de nombreux aquariums nous font plonger dans les abysses. Ne manquez pas la salle des cétacés qui reproduit en taille réelle les principales espèces de géants des mers. Allongé dans un fauteuil, vous pourrez vous laisser bercer par leurs chants mystérieux avant de reprendre la route.

1/ Vieux gréement dans le port de Stralsund. 2/ La salle des cétacés de l’Ozeaneum, le plus grand musée d’Allemagne consacré à la mer. 3/ Comme à Rostock, les maisons hanséatiques des XVe et XVIe siècles ornent la place du Marché.

313


ID-ROAD TRIP

1

JOURS 7 & 8

L’ÎLE DE RÜGEN L’arrivée à Rügen se fait par une succession de routes bordées d’arbres. Ces « allées » verdoyantes protégées où chaque arbre est numéroté permettent de découvrir les moindres recoins de cette île surprenante sur laquelle nature, histoire et architecture se disputent la vedette. Le premier étonnement se nomme Putbus, cité d’une blancheur immaculée de style classique anglais, voulue en 1808 par le prince Wilhelm Malte I. À Binz, Sellin, Baabe ou Sassnitz, le style Bäderarchitektur (architecture spa) prédomine, avec ses élégantes demeures aux fenêtres, balcons et vérandas en bois ajouré. En abordant la nature, les lignes se font plus… contemporaines. Le plus bel exemple ? Le site du Naturerbe-Zentrum et sa passerelle en bois longue de 1,2 km qui s’enroule sur elle-même pour s’élever à plus de 20 mètres au-dessus de la canopée des forêts de hêtres qui couvrent l’essentiel de l’île. Voisin, le parc national de Jasmund protège les falaises de craie, autre merveille naturelle locale. La légende voulait que les prétendants à la couronne les gravissent à mains nues au lieu-dit Königsstuhl (trône royal). Mais c’est à Prora que tout se bouscule. Hitler y avait rêvé un complexe balnéaire long de 5 km capable de recevoir 20 000 ouvriers. Une fois ce projet fou abandonné avec la guerre, les bâtiments construits servirent de garnison pour l’armée de l’ex-RDA. Avec la réunification, les promoteurs en ont pris possession, faisant de Prora un nouvel eldorado de la spéculation immobilière. Étonnant destin ! 1/ Le mirador du Naturerbe-Zentrum, à Binz, s’élève à 20 mètres au-dessus des arbres. 2/ Le projet balnéaire de Prora, imaginé par Hitler en 1935, se transforme depuis peu en appartements de luxe. 3/ Inventés à la fin du XIXe siècle par le vannier Wilhelm Bartelmann, les sièges de plage (Strandkörb) sont emblématiques des plages de la Baltique.

314

2

3


PLANIFIER

construite en 1562

pêcheur, marin ou simple

Weinberg conviendra aux

À FAIRE

De France, vous pouvez

et transformée en hôtel

visiteur. Idéal pour prendre

carnivores et aux amateurs

Prora

organiser votre voyage

en 2006, est située

son temps à Rügen

de vieilles pierres. Le

Dans ce complexe

à partir du site de l’office

tout près du centre-ville.

et vivre au plus près

cadre est ancien à souhait

en pleine restauration,

national allemand du

Chambre simple à partir

de la nature. Un restaurant

et la nourriture copieuse

deux lieux sont à visiter

tourisme Germany.travel,

de 70 €, double à partir

de très bonne tenue,

avec, comme le nom

avant leur disparition

ou consulter : Wismar.de,

de 85 €. Hotel-restaurant-

le Kormoran, ajoute

l’indique, une spécialité

programmée par

Ruegen.de, Stralsund

wismar.de

à la commodité du lieu.

de viandes d’origines

l’avancée des promoteurs.

Villa sur pilotis à partir

européenne et américaine.

Tout d’abord, le

Rostock / Warnemünde

de 79 € la nuit hors saison

Steaks-n-more-wismar.de

Dokumentationzentrum

Y ALLER

Changement de style

et à partir de 149 € l’été.

L’option la plus simple

à Rostock avec une offre

Im-jaich.de

est de prendre un vol pour

amusante, conviviale

Hambourg, ville desservie

et non conventionnelle.

depuis Paris et quelques

tourismus.de, Rostock.de

(centre de documentation) Rostock

qui retrace toute l’histoire

Ambiance maritime au Zur

de ce projet de station

RESTAURANTS

Kogge qui propose une

balnéaire voulu par

Le Dock Inn est le premier

Spécialités

délicieuse cuisine à base

Adolf Hitler en 1938 avec

aéroports de province

hôtel d’Allemagne

Ne manquez pas l’étonnant

de poissons et de fruits

force archives et photos.

par des compagnies

construit à partir de

assortiment de poissons

de mer. Déco au long cours

Et, ensuite, le

aériennes régulières telles

conteneurs. Ouverte

fumés (anguille, saumon,

avec bouées, marines

KulturKunststatt Prora,

qu’Air France et Lufthansa.

en avril 2017, cette belle

maquereau…) à déguster

et maquettes de bateaux.

un musée privé occupant

En saison (printemps

prouesse architecturale

le long des quais des ports

Zur-kogge.de

plusieurs niveaux, avec

et été), des compagnies

propose un choix de

de Wismar, Rostock

low cost assurent

chambres de 19 à 49 €

et Stralsund. Ces villes

Stralsund

la richesse naturelle

également des liaisons

par personne la nuit.

furent également réputées

À l’hôtel Scheelehof,

de Rügen, son histoire,

plusieurs fois par semaine.

L’hôtel dispose également

pour leurs brasseries (plus

le Zum Scheele revisite

le quotidien des soldats

d’un cinéma, d’un sauna et

de 180 à Wismar). Moins

la cuisine traditionnelle

de l’ex-RDA en poste ici,

Louer un Combi

conseille de nombreuses

nombreuses désormais,

hanséatique avec

les œuvres des peintres

Volkswagen

activités culturelles

celles-ci proposent

originalité et rigueur

locaux… Ces deux lieux

Roadsurfer s’est fait une

(concerts, expositions…).

des bières locales, dont

(harengs marinés,

de mémoire se situent

spécialité de proposer

Dock-inn.de

une version moderne

cabillaud au chou et

dans le bloc 3.

de la Mumme, épaisse

betteraves rouges…).

Kulturkunststatt.de

Scheelehof.de

à la location une flotte de

chacun son thème :

Combis VW permettant

Stralsund

et forte, produite au

de découvrir l’Allemagne

Chic et cossu, l’hôtel

Moyen Âge. De son passé

en toute liberté. Bien

Scheelehof a aménagé

commercial et vinicole,

Rügen

des briques rouges

aménagés et confortables,

ses 92 chambres dans

Wismar a également

C’est à Binz que se cache

L’office de tourisme

ces Combis de modèle T6

plusieurs maisons de

conservé l’élaboration

la meilleure table de l’île.

de Mecklembourg-

se louent à partir de 75 €/

marchands de l’époque

d’un vin pétillant qui

Le Freustil, une étoile

Poméranie-Occidentale

jour. Mais attention ! vous

de la Hanse. Toutes sont

n’est pas sans intérêt.

au Michelin, tenu par le

a publié une brochure

serez dans l’obligation de

différentes mais l’esprit

jeune chef Ralf Haug, met

détaillant 16 routes menant

dormir dans les campings

reste celui d’une adresse

Wismar

en scène et en bouche

aux plus beaux bâtiments,

et autres lieux autorisés.

romantique et raffinée

Donnant sur la place

une cuisine inventive,

de style gothique

Site (en allemand) :

située au cœur de la ville.

du Marché, le restaurant

fraîche et détonante.

essentiellement, construits

Roadsurfer.com

Chambres à partir de

Steaks & More zum

Freustil.de

en brique rouge. Outre

HÔTELS

Les routes du pays

120 € la nuit pour deux

les églises des villes

personnes. Scheelehof.de

hanséatiques, ces itinéraires vous guident

Wismar Le Restaurant & Hotel

Rügen

à la rencontre des villages

Wismar vous mettra

À Putbus, Till Jaich et son

de l’intérieur, des

immédiatement dans

frère ont créé Im-Jaich,

monastères perdus dans

l’ambiance avec son

un lieu unique mêlant

les forêts et des nombreux

charme suranné, sa

camping, hôtel sur pilotis,

châteaux forts qui

quinzaine de chambres

villas résidentielles et

parsèment le Land.

simples mais confortables.

marina. De quoi répondre

Cette ancienne brasserie,

au goût de chacun :

Brochure à retrouver sur Le restaurant Freustil, à Binz.

Auf-nach-mv.de

315


Probablement l’un des magazines les plus intelligents du moment !

32

BUSINESS | CULTURE | DESIGN | ARCHITECTURE | MODE | VOYAGES | LIFESTYLE | N° 32 FÉV. / MARS / AVR. 2018 | 6 € | www.thegoodlife.fr

Le premier magazine masculin hybride : business & lifestyle RAPPORT SPÉCIAL

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ARMEMENT : ISRAËL À LA POINTE DE LA TECHNOLOGIE

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ÉCOLE HÔTELIÈRE DE LAUSANNE : GLOBAL ATTITUDE & EXCELLENCE

The Good Trips

Think Positive

PORTLAND : BIG CITY ET BERCEAU DU MOUVEMENT HIPSTER

The Good Design

LE MOUVEMENT MEMPHIS : LES ANNÉES 80 EN BOOMERANG

The Good Shoes

L’INDUSTRIE DE LA CHAUSSURE DE LUXE AU SCANNER

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NUMÉRO 32 (300 PAGES). EN VENTE CHEZ TOUS LES MARCHANDS DE JOURNAUX. CRÉÉ PAR IDEAT ÉDITIONS, L’ÉDITEUR DU MAGAZINE DE DÉCORATION

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Nos adresses préférées

in Deutschland Coup de projecteur sur des hôtels qui offrent une nouvelle vie à d’anciens bâtiments voués à une tout autre destination. Église, poste, prison, bunker, tous ont fait l’objet d’un lifting intérieur. Architectes et designers ont tâché de transformer l’âme de lieux… très habités. Par Bérénice Debras et Nathalie Nort

The Qvest, à Cologne : ex-église, presque musée du design et véritable hôtel…

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PHOTOS MARTIN MORATZ

ID-SPOTS

ROSTOCK DOCK INN Est-ce le vent de la Baltique qui a poussé et posé 67 conteneurs portuaires sur les bords de la rivière Warnow (lire p. 315) ? Empilés les uns sur les autres, ces conteneurs au long cours (ils ont voyagé d’Asie à Hambourg) forment le premier hostel et hôtel upcyclé d’Allemagne. Au total, 64  chambres (dont deux suites installées dans 50 m2, des chambres doubles avec salle de bains attenante et des dortoirs), soit 188 lits. Et ce n’est pas tout ! On compte aussi une cuisine équipée, un mur d’escalade, un cinéma et un sauna… Quant au toit, il accueille un panneau solaire. B.D. Zum Zollamt 4. Tél. : +49 381 670 700. Dock-inn.de

OFFENBOURG HOTEL LIBERTY N’est-ce pas un bien joli nom pour une ancienne prison ? Depuis l’automne dernier, l’Hotel Liberty écrit un nouveau chapitre dans ces murs du XIXe  siècle. Désormais, on ne rêve plus de s’échapper des cellules, transformées en 38 chambres et suites, mais d’y rester ! Le studio de design Knoblauch (German Design Award 2017) s’est fait le gardien de cette architecture carcérale. Les portes en bois d’origine s’ouvrent sur des espaces meublés de pièces de Fritz Hansen, Dutchbone et Hay, mais aussi sur de petits éléments et accessoires réalisés par des artisans locaux. À vingt minutes en voiture de Strasbourg, l’hôtel est une destination en soi et déjà membre de la chaîne Design Hotels. B.D. Grabenallee 8. Tél. : +49 781 289 530 00.

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COLOGNE THE QVEST Passer une nuit à l’hôtel The Qvest revient presque à dormir dans un musée du design. Michael Kaune, publicitaire, éditeur de magazines et galeriste (rien que ça !), a posé sa collection de pièces mid-century et Bauhaus ainsi que sa collection d’art contemporain dans ce bâtiment néogothique de la fin du XIXe, lequel accueille 34 chambres et suites, toutes différentes, depuis 2014. L’une d’elles loge la sculpture Living Tower de Verner Panton, sur laquelle on peut se prélasser. Comme une prolongation, The Qvest possède sa propre boutique (en ligne aussi) d’où l’on pourra repartir avec un souvenir. Sans surprise, il appartient au réseau Design Hotels. Une adresse incontournable en Allemagne. B.D. Gereonskloster 12. Tél. : +49 221 278 5780. Qvest-hotel.com

MUNICH

PHOTOS STEVE HERUD/STEPHAN LEMKE

25HOURS HOTEL THE ROYAL BAVARIAN De faux trophées de chasse ornent les murs – Bavière oblige – et des machines à écrire invitent à laisser des messages dans le lobby. Elles sont un joli clin d’œil au passé de ce bâtiment de 1869 classé : il abritait une ancienne poste. Depuis novembre, les missives font place aux rêves dans les 165 chambres. Pour ce nouvel opus du groupe hôtelier hambourgeois 25Hours, Dreimeta signe à nouveau la décoration (après celle du 25Hours Hotel Altes Hafenamt de Hambourg). Le studio mêle le charme de l’architecture d’hier à la rugosité du style industriel. B.D. Bahnhofplatz 1. Tél. : +49 89 904 0010. 25hours-hotels.com

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ID-SPOTS

HAMBOURG WELCOME BEYOND Chris Laugsch n’a pas son pareil pour dénicher des adresses en Allemagne, et bien au-delà. Son site Welcome Beyond regroupe une sélection de lieux à louer triés sur le volet. Depuis l’an dernier, il propose le Bunker, un appartement aux faux airs de loft newyorkais dans un ancien bunker du quartier Ottensen de Hambourg. Difficile d’ailleurs de se méprendre sur le passé des murs : ils alignent 1,5 mètre d’épaisseur et 4 mètres de hauteur sous plafond ! Du béton, donc, il y en a beaucoup, mais il est adouci par des meubles chaleureux, comme un canapé Cassina et des fauteuils d’Arne Jacobsen. Côté terrasse, on en prend plein les mirettes avec une vue époustouflante sur la ville. B.D. Ottensen. Tél. : +49 163 737 2509. Welcomebeyond.com/property/bunker/

HAMBOURG THE FONTENAY Repoussée plusieurs fois, l’ouverture du Fontenay serait imminente. Rien n’est moins certain. L’établissement sait se faire désirer, c’est le premier hôtel 5 étoiles à ouvrir dans la cité hanséatique en vingt ans. En attendant, on pourra toujours admirer sa forme organique dessinée selon les principes du feng shui, l’art de favoriser le passage fluide des énergies. Cette architecture, signée par le cabinet Störmer, Murphy and Partners, s’est révélée un véritable casse-tête quand il a fallu la décorer : pas un mur n’est parallèle ! Aussi tous les meubles sont-ils faits sur mesure à l’exception des chaises d’Eero Saarinen (Knoll International). The Fontenay va faire des vagues sur les bords de l’Alster, ne serait-ce que dans sa piscine de 20 mètres de long sur le toit. B.D. Fontenay 10. Tél. +49 40 605 6 6050. Thefontenay.de

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Le beau a ses adresses.

22 – SAINT-ALBAN 2 ZA Chemin Romain Tél. 02 96 32 97 00 33 – ARCACHON 37 bd du Maréchal Leclerc Tél. 05 56 83 46 50 33 – LIBOURNE 187 av. Maréchal Foch Tél. 05 57 51 24 24

33 – MERIGNAC 233 av. de la Marne Tél. 05 56 42 05 65 35 – RENNES 19 rue Hoche Tél. 06 50 34 39 04 44 – NANTES 30 rue de Strasbourg Tél. 09 86 17 77 29

49 – ANGERS 12 rue Boisnet Tél. 02 41 39 34 57 64 – LONS 51 bis bd Charles de Gaulle Tél. 05 59 68 26 45 64 – SAINT-JEAN-DE-LUZ Zone de Layatz 8 rue Dominique Larrea Tél. 05 59 47 39 72

85 – LES SABLES D’OLONNE 3 rue Ernest Delvaut Tél. 02 51 32 44 86 85 – SALLERTAINE Parc Activité Pont-Habert Tél. 02 51 49 22 76


ID-SPOTS

FRANCFORT SOFITEL OPERA Métropole financière de premier plan, Francfort-sur-le-Main s’impose en coffre-fort de l’Europe depuis que la Banque centrale européenne y a établi son siège. Stratège, la ville de Goethe est donc dans les starting-blocks pour prendre la relève de la City, à Londres. À quelques foulées de la place de la Bourse, en plein centre-ville, le Sofitel Frankfurt Opera est une nouvelle adresse taillée en douceur pour les maestros de la fusion-acquisition comme pour les amateurs de littérature – Francfort accueillant en octobre le grand rendez-vous annuel de l’édition mondiale. Depuis le penthouse et sa terrasse panoramique, on peut dévorer la skyline de gratte-ciel signatures (notamment de Norman Foster) que l’on nomme ici Main’hattan. Appelé à construire le répertoire décoratif de l’établissement, le studio français de Marc Hertrich et Nicolas Adnet s’inspire des hôtels particuliers français des XVIIIe et XIXe siècles, de ces demeures d’esthètes où s’invitent goût des voyages et technologie, objets de curiosité et fêtes inoubliables. Pièce maîtresse, le lobby est marqué par un escalier en dentelle de métal à double révolution, une grisaille panoramique signée Zuber, des sous-verres chinois du XIXe, une œuvre du street-artiste RBLZ et d’immenses sofas et tapis, le savant équilibre entre les styles se laissant décoiffer par quelques insolences. À noter, la plus petite des 150 chambres et suites fait 30 m2 et la vue sur le parc est leur atout principal. D’esprit fumoir, entre boiseries sombres et onyx illuminé, le bar Lili (le prénom du grand amour de Goethe) s’incarne dans les superbes œuvres du photographe Erwin Olaf. Le restaurant Schönemann (du nom de la belle) est une brasserie chic revisitée à l’aune du riche terroir local. Ici même, on pourra faire le point sur ce que la petite région du Rheingau recèle de trésors culturels, de paysages grandioses et de vignobles prestigieux. Outre les Sofitel Wine Days qui mettent les vendanges à l’honneur en octobre, l’hôtel est son meilleur ambassadeur. N.N. Opernplatz 16, 60313 Frankfurt Am Main. Tél. : +49 69 256 6950. Sofitel.com

322


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Christoph Hoffmann Cofondateur et président de 25Hours Hotels, la chaîne hôtelière allemande urbaine et lifestyle, il a d’abord développé nombre de ses établissements dans son propre pays. Après de récentes créations à Düsseldorf et à Cologne, la chaîne s’ouvre à l’Europe avec une inauguration gare du Nord, à Paris, prévue en juillet. Celui qui révolutionne joyeusement l’hôtellerie du XXIe siècle a pourtant une peur bleue de l’avion… Propos recueillis par Marie Godfrain

Votre moyen de transport préféré ?

Où rechargez-vous vos batteries ?

Sans hésitation, le vélo… ou une belle voiture. Cela m’arrive néanmoins d’être obligé de prendre l’avion pour le business et j’avoue que je ressens toujours une certaine appréhension dès que je quitte le sol.

Principalement à la montagne. J’adore ça, bien plus que d’être au bord de la mer. J’aime faire du ski et de la randonnée. Être en pleine nature et dormir dans une hutte, par exemple…

Une histoire qui vous est arrivée dans un avion ?

Où sont vos racines ?

Ma phobie de l’avion me contraint à prendre le siège près du hublot. Hélas ! une fois, j’ai été placé par erreur sur le siège du milieu. Pendant le vol, j’ai pris peur et j’ai dû réveiller ma voisine qui dormait profondément – pas très gentleman, je sais, mais j’étais à la limite de la panique ! – pour lui demander si nous pouvions échanger nos sièges. De l’autre côté de l’allée, le mari, furieux que j’aie réveillé sa femme, a commencé à s’en prendre à moi…

J’ai grandi dans la Souabe, une région du sud de l’Allemagne. Je peux encore ressentir un peu du fameux Heimat (l’appartenance à la terre natale, NDLR) quand je reviens dans le coin où j’ai grandi. Mais je constate que ces liens se distendent au fur et à mesure que je vieillis…

Votre compagnie préférée ? Étant allemand mais grand fan de la Suisse, je ne peux me décider entre Lufthansa et Swiss…

Où se trouvent vos plages préférées ? Ce sont celles que l’on trouve sur une île allemande très populaire, appelée Sylt, près de la frontière danoise. C’est un endroit aussi magique en été qu’en hiver. Très sauvage, rugueux, mais surtout intact…

Vos dernières vacances ? Le plus beau voyage de votre vie ? Il y en a plusieurs, pour des raisons différentes. Par exemple, quand tu es jeune et que tu n’as pas de moyens, il y a certaines choses qui te rendent très heureux, comme ton premier voyage à l’étranger, le premier voyage avec ta première voiture, le premier avec ta petite amie… Avec ma 2CV, j’ai effectué un périple entre mon école hôtelière, qui était en Suisse, et Jérusalem : je m’en souviendrai toute ma vie. Aujourd’hui, je trouve mon équilibre en arpentant la nature, idéalement en famille. Lorsque je voyage pour le travail, j’essaie d’en profiter pour nourrir ma curiosité et mon inspiration en découvrant de nouvelles cultures : je visite des hôtels, des restaurants et, surtout, je passe du temps avec des gens qui me parlent de leur pays.

Honnêtement ? Je suis allé faire une « détox » près du lac Tegern, en Bavière. Et j’ai essayé de combattre ma peur de l’avion grâce à l’hypnose.

Vos prochaines vacances ? Une petite virée au resort Six Senses Zighy Bay, dans le nord de la péninsule de Musandam, dans le sultanat d’Oman.

Quelle destination vous a le plus déçu ? Où que j’aille, je suis surtout déçu par l’uniformisation, qui conduit à une certaine monotonie du paysage urbain, des boutiques, hôtels et restaurants.

Qu’est-ce que vous n’aimez pas dans le voyage actuel ? Paris ! J’aime ses ambiances uniques : c’est une ville élégante et distinguée, chargée de culture, et cela inclut bien sûr la nourriture et les boissons françaises, que j’adore ! La ville possède un charme différent de celui des autres grandes capitales. Beaucoup de quartiers sont restés authentiques et échappent encore à la dictature des grandes franchises.

Les aéroports sont de plus en plus insupportables. Il y règne un manque flagrant de créativité dans les agencements… Pourquoi trouve-t-on les mêmes offres partout ? Pourquoi ne pas surprendre les voyageurs avec des accès aux toits ou des services de luxe ? Le tourisme à l’ancienne me manque, sans les voyageurs accros à leurs smartphones. À l’époque, voyager était une affaire de spontanéité et de véritable découverte.

Quelle est pour vous la définition des vacances de rêve ?

Que faites-vous quand vous arrivez dans une chambre ?

Deux solutions : passer de bons moments avec ma femme et ma grande fille dans notre nouveau chalet des montagnes suisses. Ou partir en randonnée avec mes amis, sur des chemins extraordinaires, en Europe… Avec des vues magnifiques et de bons repas arrosés de bon vin à la fin de la journée !

Je les fréquente si souvent que, chaque fois, j’essaie de recréer un petit chez-moi : j’installe mon poste de travail et j’essaie de tout garder bien en ordre. J’écoute ma station de radio préférée (SWR3), peu importe où je suis, et j’essaie de contrebalancer la lumière froide des LED avec des bougies.

Une ville dont vous ne vous lasserez jamais ?

325


ID-JET LAG

« Je veux rassembler les gens, mélanger les hôtes avec les résidents du quartier et de la ville. »

En quoi voulez-vous changer le business de l’hôtellerie ? Je me concentre sur la création d’adresses qui développent une atmosphère particulière. Pas seulement pour y passer la nuit, mais pour y passer du temps : dans les espaces publics, les corners de marques, au bar… partout, et ce, même si vous ne séjournez pas à l’hôtel… Je veux rassembler les gens, mélanger les hôtes avec les résidents du quartier et de la ville. Avec mon équipe, nous essayons de contribuer au virage que connaît actuellement le monde de l’hôtellerie.

Quel est votre magazine préféré ? Je m’intéresse à tous les magazines de voyage, food et design. Ils me permettent d’être à jour avec mon univers professionnel. Si je veux savoir ce qu’il se passe dans le monde, je lis l’iconique hebdomadaire Der Spiegel. Mais j’aime surtout me plonger dans IDEAT, l’un de mes magazines favoris !

Comment voyez-vous le futur de l’aviation et du voyage ? Je crains qu’à l’avenir les considérations de sécurité n’influent beaucoup sur le tourisme. On observe déjà des changements de paradigmes importants : les vacances en famille se déroulent, par exemple, désormais de plus en plus dans le pays de résidence. Les gens ne veulent plus s’envoler vers une destination où ils ne se sentent pas tranquilles. Néanmoins, l’ergonomie, le confort et l’intégration de la technologie continueront de se développer.

Quel sera le challenge dans le futur pour l’hôtellerie ? Tant que l’humanité existera, les gens voyageront. Les activités liées à ces déplacements vont se développer énormément dans les prochaines décennies, pour les loisirs ou les affaires. Bien sûr, le terrorisme, qui est le fléau de notre temps, continuera d’entraver la croissance du tourisme dans certaines régions du monde. Mais je crois aussi que les voyageurs deviendront de plus en plus sophistiqués et que les hôtels vont refléter la multitude de leurs aspirations. J’espère avoir encore la chance de participer à la création de quelques établissements qui érigent la simplicité en véritable luxe.

Un livre qui parle du voyage ? Deux ! The Collector of Worlds, d’Ilija Trojanow, et La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry, de Rachel Joyce.

Où se cache la ville du futur ? Au cours de la dernière décennie, Berlin est devenue l’une des villes européennes les plus dynamiques, tout en conservant sa sympathique imperfection. Elle possède encore un immense potentiel… Mais je dirais aussi Saint-Sébastien, pour sa culture innovante de la nourriture, comme les pintxos (tapas basques, NDLR), et son ouverture idéale vers l’Atlantique ; et enfin Lisbonne, pour la beauté de la nature et la vie dans la rue, à l’ancienne.

La destination où se rendre en 2018 ? Zurich ! Au bord d’un lac magnifique, elle cultive une qualité de vie incroyable. Vous pourrez y séjourner dans l’un des deux hôtels 25Hours de la ville. Oh ! j’allais oublier, les montagnes suisses sont à deux pas…

Comment embellissez-vous votre quotidien ? En gardant la liberté d’organiser mon agenda de manière à combiner affaires et loisirs. En choisissant moi-même les lieux et les hôtels où je me rends et en rencontrant des personnes inspirantes venues de tous horizons…

À quoi veillez-vous quand vous êtes à l’étranger ?

Un film ? Easy Rider, de Dennis Hopper.

Un explorateur qui vous fascine ? Ernest Shackleton (1874-1922) pour ses talents de manager et son endurance dans la découverte de l’Antarctique. Et puis Alexander von Humboldt (1769-1859) tel que le dépeint Daniel Kehlmann dans son livre Les Arpenteurs du monde (Actes Sud). Je trouve très impressionnantes ses bourlingues à travers le monde…

Où, à Paris, aimeriez-vous installer un 25Hours ? En de nombreux endroits ! Nous allons en ouvrir un tout près de la gare du Nord, dans le majestueux bâtiment qui surplombe le parvis. Il a été construit dans les années 1860, peu après l’ouverture de la gare, et nous sommes en train de le rénover. Avec notre équipe de designers, nous travaillons sur un patchwork d’influences parisiennes. Nous visons une clientèle locale et les voyageurs qui transitent par cette gare, la plus fréquentée d’Europe. La première tranche du 25Hours Hotel Terminus Nord ouvrira à la fin de l’été.

À respecter les cultures locales et à agir en voyageur et non en touriste.

Quel est votre quartier préféré à Hambourg ? Qu’est-ce que vous n’oubliez jamais quand vous partez ? Comme je ne sais jamais exactement combien de temps je vais partir, je voyage malheureusement avec beaucoup trop de bagages… Ma valise est un peu mon chez-moi. Ce que je n’oublie jamais, c’est un bon livre !

J’adore, bien sûr, HafenCity, non seulement parce que nous y avons notre siège social et deux hôtels, mais aussi grâce à l’Elbphilharmonie, un véritable monument architectural. J’apprécie aussi Winterhude, où j’ai vécu ces dernières années, et Ottensen, plus bohème et dynamique. Je vous conseille les restaurants Gallo Nero, à Winterhude, et Petit Amour, à Ottensen.

Que pensez-vous d’Airbnb ? C’est une idée de business incroyable, mais elle a ses inconvénients, notamment lorsque les habitants d’une ville n’ont plus les moyens de vivre dans leur quartier. Personnellement, je préfère un hôtel inspirant avec plein d’activités plutôt que de rester chez des gens que je ne connais pas…

326

Comment définiriez-vous Hambourg ? Hambourg est une ville magnifique, cosmopolite et riche. Ce que j’aime surtout, c’est son ouverture d’esprit et la modestie de ses habitants. Ce que j’apprécie moins, c’est clairement sa météo !


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LE SEUL SPÉCIALISTE EN

RESTAURATION & VENTE

Crédit photo : © Fotolia

DU LOUNGE CHAIR

SELLERIE & ÉBÉNISTERIE Depuis 2004, chaque fauteuil est restauré dans la tradition du produit, avec ses matériaux nobles : un cuir souple de veau aniline, un plaquage en palissandre de Rio, des coussins garnis de plumes d’oie et de mousse bultex. Une passion et un savoir-faire qui ont redonnés vie à des centaines de « Lounge Chair » en Europe, en garantissant une restauration dans le strict respect de l’origine aux heureux propriétaires de ce fauteuil mythique devenu une icône du design.

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NUMÉRO ÉVÉNEMENT ! EN KIOSQUE LE 4 MAI

SPÉCIAL ANJA NIEMI

En exclusivité pour IDEAT, la photographe norvégienne Anja Niemi s’est mise en scène dans une maison classée des années 1840. Au fur et à mesure de ses métamorphoses, son univers poétique, esthétique et décalé a investi nos pages. Après Erwin Olaf en 2015, Bettina Rheims en 2016 et Formento+Formento en 2017, IDEAT donne de nouveau carte blanche à un artiste photographe pour produire une série unique où mode, art et décoration mettent l’imagination au pouvoir.

À RÉSERVER CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX Ce numéro sortira aussi en édition limitée ultraluxe, grand format (il n’y aura pas de version pocket).

© ANJA NIEMI

MAI - JUIN 2018


ID-ACTUS CO

LE DESIGN ICONIQUE DE LEOLUX Deux nouveautés sont à découvrir chez Leolux. Signé Christian Werner, Elias est un canapé profond aux lignes incurvées et aux surfaces larges qui dévoilent toute la beauté du cuir naturel ou d’un tissu luxueux. Ses détails ajoutent à son charme : coutures décoratives sur les accoudoirs, lesquels se prolongent dans le dossier, pieds fins… Deux coussins indépendants viennent renforcer le confort de ce meuble de caractère qui peut être accompagné d’un pouf. De son côté, Lloyd, de Gino Carollo, est un fauteuil pivotant, robuste et convivial, au design audacieux. Son pied rotatif en bois massif reste léger du fait de ses bords biseautés. Grâce à sa poignée revêtue de cuir, on peut faire basculer le dossier pour trouver la position idéale. Un meuble intemporel, confortable et élégant. Leolux.fr © ZEBRA FOTOSTUDIO’S

SMALLABLE GRANDIT Ouvert il y a bientôt dix ans et devenu rapidement la référence dans l’univers de l’enfant (bébé, enfant et ado), Smallable ne cesse de croître (la mode femme aussi mérite largement le détour…). Ainsi le family concept-store en ligne et sa boutique parisienne proposent désormais la crème des designers pour la maison, avec une offre alléchante en décoration et mobilier. Éditeurs pointus (La Chance, Petite Friture…) côtoient les grands noms du design (Vitra, DCW Editions…) et les créateurs les plus en vue (Maison Sarah Lavoine, Gubi…). Au total, plus de 750 marques, des nouveautés permanentes et de nombreuses exclusivités sont à découvrir chez Smallable. Et même un magazine ! Fr.smallable.com

TRADITION ET LUXE FONT LE TAPIS ÉDITION BOUGAINVILLE Le Sévigné chamois (photo) fabriqué à la main en laine et soie est un tapis classique revisité, inspiré d’une écritoire ayant appartenu à Madame de Sévigné, qui peut être réalisé sur mesure (taille, couleur, matière…). En référence au Grand Siècle et à l’explorateur Louis Antoine de Bougainville, Édition Bougainville est le symbole du tapis haut de gamme français, conjuguant tradition et modernité. Chaque tapis est créé en France, inspiré d’archives constituées depuis un demi-siècle. Les collections sont nouées ou tissées par les mains expertes d’artisans perpétuant des savoir-faire d’excellence et incarnent luxe, créativité et haute couture. Ce raffinement peut être découvert dans un showroom cannois ouvert aux décorateurs et architectes d’intérieur. Editionbougainville.com

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SPÉCIAL OUTDOOR

L E P LU S L I F E ST Y L E D E S M AGA Z I N E S D E D É C O O U T D O O R N ° 9 - Av r i l - M a i 2 0 1 8 - w w w. i d e a t . f r

SORTIE LE 6 AVRIL Grâce à ce numéro thématique, impossible de passer à côté des dernières nouveautés pour vivre dehors en toute élégance ! Du salon complet à la véranda en passant par les luminaires ou la cuisine d’extérieur, nous avons répertorié les pièces les plus remarquables du moment. Nos reportages déco, partout dans le monde, font la part belle aux jardins mais aussi aux terrasses urbaines et aux aménagements hôteliers pleins d’idées neuves, au savoir-faire de quelques architectes paysagers qui associent nature et cité… Une véritable source d’inspiration !


en partenariat avec

C’EST LA SOIRÉE ART DE VIVRE LIGNE ROSET MARDI 10 AVRIL 2018 DE 18 H À 22 H ce sera l’occasion de rencontrer les partenaires de cet évènement dans le magasin Ligne Roset, 25 rue du Faubourg Saint-Antoine – Paris 11 ème.

Pendant la soirée, fabrication par un tapissier de fauteuils Togo Ligne Roset Merci de confirmer votre présence par téléphone – 01 40 01 00 05 ou par e-mail – paris.antoine@roset.fr

LE SENS DE L’ANTICIPATION Canapé Togo, Michel Ducaroy

Les partenaires de l’évènement : Julie Lavariere Lyon 4ème – 07 87 52 55 26 – www.julielavariere.com / Mercadier Paris 12ème – 01 49 28 97 53 – www.mercadier.fr / Decoplus Parquets – www.decoplus-parquets.com / Son video.com Paris 8ème – 0 826 006 007 / Ats Triumph Paris 3ème – 01 48 04 88 00 – www.triumph-paris.com / Ats Harley Davidson Paris 3ème – 01 48 04 07 07 – www.harleydavidson-bastille.fr / Puyricard Paris 4ème – www.puyricard.fr / Dégustation des champagnes* De Venoge 06 07 11 93 93 et des vins* Cellier des Chartreux 04 90 26 30 77. * L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.


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B Baguès Bagues-paris.com B&B Italia Bebitalia.com Bosch Bosch.fr Bretz Bretz.fr Bulthaup Bulthaup.com Burgbad Burgbad.fr

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L Laufen Laufen.fr Le Bon Marché Rive Gauche 24sevres.com Leicht Leicht.com Liebherr électroménager Liebherrelectromenager.fr Ligne Roset Ligne-roset.com Louis Poulsen Louispoulsen.com Lovely Market Lovely-market.fr

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ID-VILLAGE PEOPLE

Le Berlin de Mateo Kries

© VITRA DESIGN MUSEUM : BETTINA MATTHIESSEN

Directeur du Vitra Design Museum, à Weil am Rhein, Mateo Kries partage son temps entre cette petite ville allemande frontalière de la Suisse et Berlin, où il vit depuis 2000. Il nous livre ses meilleures adresses de la capitale allemande, d’inspiration plutôt bucolique... Propos recueillis par Marie Godfrain

Le plus beau parc de Berlin ? Tiergarten, véritable forêt en plein centreville, avec ses arbres centenaires, ses lacs cachés et ses sentiers réservés aux joggeurs.

Votre saison préférée à Berlin ? L’été, quand la température monte très haut. Tout le monde profite des cafés, des parcs et de la vie nocturne.

la Gendarmenmarkt ou Unter den Linden, sans oublier la folie architecturale de l’Alexanderplatz, où se matérialise la tension sociale.

Votre dernière découverte ? Une ville alternative ? Milan, Rome, Barcelone, Nice… Toutes les villes du pourtour méditerranéen et du sud de l’Europe !

Quelle personnalité contemporaine symbolise le mieux Berlin ? Mon ami le designer Rafael Horzon. Il a créé une boutique de mobilier, mais aussi écrit un opéra, développé une nouvelle langue allemande et fondé une agence qui vous aide à divorcer (théoriquement…). Je pense aussi au galeriste Johann König qui a reconverti une église brutaliste des années  60 en une sublime galerie. Deux personnes typiques de Berlin. Elles font les choses complètement différemment des autres, avec un esprit très vif.

Jaune fluo : forte, directe, mais aussi positive et pleine d’énergie.

Le magnifique restaurant situé sur le toit du Soho House Berlin.

Un objet typique de la ville ? Tout ce qui vient de la boutique de mon ami Andreas Murkudis. Son concept-store à Potsdamer Straße concentre l’ADN de la ville.

Votre vue favorite ? Depuis le sommet de la colline Teufelsberg, dans la forêt de Grunewald. Créée à partir de débris de maisons détruites pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est devenue l’un des principaux spots des Berlinois pour se détendre ou pique-niquer.

Votre musée préféré ?

Sur Kollwitzstraße, où je vis, l’une des plus belles rues de la ville : une large allée avec de nombreux arbres et de jolis cafés, calme mais proche de l’énergie de la cité…

La Neue Nationalgalerie de Ludwig Mies van der Rohe. Cela peut paraître étrange de montrer des collections au sous-sol d’un grand cube de verre. Finalement, cet agencement offre tellement de possibilités qu’il se révèle le meilleur musée de la ville.

Votre cantine ?

Une nouvelle adresse ?

Muret La Barba, un restaurant italien au croisement de Steinstraße et Rosenthalerstraße, à Mitte.

Heide’s, un petit deli sur Rykestraße : bonnes pâtes et succulents pancakes au mascarpone.

Où vous sentez-vous le mieux ? Si Berlin était une couleur ?

du port), vous comprendrez. La qualité et la liberté des bâtiments londoniens me manquent.

Un parfum ? Un mélange de sable mouillé et de forêt, celle qui entoure la ville.

Une chanson ? Berlin, de la diva allemande Hildegard Knef. Dans cet hommage très personnel à sa ville d’origine, elle explique toutes les contradictions, les frictions qui traversent la capitale : sa beauté, son histoire, sa rudesse et un certain laissez-faire qui permet à chacun de s’accomplir.

Quel est votre quartier favori ? Mitte. Les petites rues du Scheunenviertel sont comme un village cosmopolite. Beaucoup de mes amis y vivent et mes enfants y sont inscrits dans une école internationale, car je veux qu’ils s’imprègnent de son atmosphère d’ouverture. J’apprécie ses décors urbains fabuleux comme

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Currywurst ou kebab ? Qu’est-ce qui vous embête à Berlin ? L’architecture catastrophique de ces vingt dernières années… Évidemment, il y a des exceptions comme les belles réalisations de David Chipperfield, Brandlhuber ou Kuehn Malvezzi, mais le bâtiment de bureaux moyen est systématiquement une boîte avec de minces fenêtres verticales : la matérialisation de la rigidité allemande associée au pur intérêt commercial. Installez-vous devant le Kanzleramt (la Chancellerie fédérale) et regardez en direction de la Hauptbahnhof (la gare centrale) les bâtiments récents adjacents de Humboldthafen (le bassin

Currywurst (saucisse au curry) : le dimanche matin, sur le marché de la Kollwitzplatz, une version agrémentée de truffe fraîche !

Berlinerweisse (bière) ou Jagermeister (liqueur de plantes) ? Plutôt du vin. Je suis originaire d’une région viticole du sud de l’Allemagne.

Le monde envie à Berlin… …d’avoir pu commencer quelque chose en 1989. Cela a fait de Berlin l’incarnation de l’esprit start-up avant même que ce mot n’existe.


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