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La capitale MONDIALE du rock’n roll, plus que de la musique ça parle du rock (pas la peine d’envoyer une biographie d’hélène segara donc.), la culture rock aussi bien musicale que sociale, ses contre-cultures, ses apparences, ses détournements, ses révoltes etc... Pour l’instant les contributions, comme le titre, lui on donné un ton que je qualifierai de cyniquement condescendant, odieusement provocant, hémoglobinement romantique, sérieusement tendancieux, abusivement partial... Bref c’est des avis de gens qu’en ont marre de voir les mêmes choses, de lire les mêmes choses à propos d’une culture qui se veut (se vend ?) comme rebelle à l’ordre établi, libre et sans concession, et qui est prisonnière de l’idolatries de ces icônes qui ne sont plus que l’ombre du pale souvenir de leur symbole, j’ai cité en vrac Rock&Folk, AC/DC, Rolling Stones,... ce qu’on apelle des «rockstar» ce qui est antinomique quand la star au lieu d’une étoile de pierre(?) est une boule a facette. Et ça continue... Bref un fanzine comme la capitale MONDIALE du rock&roll c’est comme un concert de punk-hardcore-néo-psyché-noise-garage dans une cave, c’est fait maison, ça pue, c’est souvent crade, c’est authentique, nouveau, arrogant, solennel, capricieux, fier, exclusif, inquiétant, isolé, courageux, lunatique, extravagant, indépendant parce que ca n’a pas le désir de «faire comme», de «ressembler à», parce que ca ne veut pas être apparenté à... Donc on oublie les critiques de concert et d’album ou l’actu des stars du moment, à moins que ce soit pour mettre comme ingrédients dans une recette de purin d’ortie dans la rubrique «faites pousser vous même vos hallucinogenes», de même on oublie toute références généraliste et déification classique, si tu crée un dieu c’est pour mieux le crever, si tu construis une idole c’est pour mieux la detruire, parce que le rock n’est pas fait d’or, mais de sang, de pisse et de whisky suant bas de gamme, que les héros sont ceux qu’ont des couilles de jouer sur des guitares en pin avec des nerfs de chat frais dla veille et pas ceux qui pètent dans la soie sur des amplis à 8 briques... C’est du

rock populaire, pas du pop rock, c’est ni besoin d’être célèbre ou apprécié, considéré ou estimé, c’est populaire comme putain de merde ou va niquer ta mère, c’est familier, sincère, sociable, vulgaire. Enfin voilà, soyez vous même et fier de l’être, on peut trouver du rock partout ou il y a des gars qui bandent, des filles qui mouillent, des escargots qui dégorgent... alors oui vous pouvez ecrire un article sur tout et n’importe quoi, tant qu’ça vous fait dl’effet, rien à battre de la musique. Jemla Biair

Rocker décomplexé Mythes et légendes ...... p.2 Wack’n Woll Fantasmes ................... p.7 Manquait plus qu’il pleuve Mythes et légendes ..... p.10 Drogue #3 Radotages ................. p.12 Gimme the Fuck Coup d’boules ............. p.19 San Fransisco Rock’n Road ............ p.22 Sex Machine Atmosphère ................ p.30 Nouillave Hippy Tagueule ............ p.32 Ma petite Quéquette sort de sa braguette Idées recettes ............ p.35

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’avais prévu à cet endroit un texte vachement bien foutu sur l’avenir du rock européen, mais le rédac-chef de Capitale Mondiale du Rock n’Roll, un salaud de capitaliste armé de ses grands ciseaux, m’a dit que ça faisait trop sérieux pour des lecteurs qui allaient lire le fanzine assis sur la cuvette des chiottes (c’est parait-il comme ça que vous nous lisez, bande de nases) et qui comprennent la moitié des choses qu’on leur raconte. Comme dirait ma douce «  la censure, ça m’pète les couilles  !  » et elle sait de quoi elle cause, parce que ma douce, dans le registre pétage de couilles, elle a des références. J’en ai rien à foutre de l’autre grand con qui se prend pour Philippe Val, mais j’ai des charges de famille, un loyer à payer, le crédit de la bagnôle à rembourser, alors j’ai remplacé mon article par une interview que Philippe M….. espèrait passer en exclusivité dans le prochain numéro de Rock n’ Phoque. Tant pis, je le grille, mais c’est comme ça dans le milieu du rock, chacun pour sa gueule.

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PM: Onc Jo, peux-tu nous dire de qui vous parlez dans «  Capitale Mondiale du rock n’roll  », ce torchon puant ? Onc Jo: On aime les pionniers du fuzz et de la pédale Wah Wah, les punks cockneys syndicalistes, les musiciens américains desperados, les geeks post-punk, les dandies

de la chanson-rock à la française, les gonzos, les oufs, les psychotiques, les drogués, les névrosés, les maniaco-dépressifs, les alcooliques, les cyniques, les ironiques, enfin tous ceux qui n’entrent pas dans le moule du rocker-footballeur- PDG- réussite sociale- milliardaire-people que nous vantent les médias dès qu’il s’agit de rock, espèce d’enfoiré ! PM : Vous n’aimez pourtant pas un mec comme Springsteen qui est comme vous, un sale bolcho-communiste ? Onc Jo  : J’encule Springsteen, Madonna, Prince, Bono, Clapton, Bowie, Jagger, ces icônes poussiéreuses payées par la CIA pour imposer dans nos esprits le modèle financier libéral américain en se faisant passer pour des musiciens de rock. Nous, petits européens, on a mis du temps mais maintenant, on a bien compris qu’Elvis était une création de la Maison Blanche pour nous refiler des jeans et du Pento, que Marlon Brando était VRP chez Harley Davidson et James Dean mannequin vedette chez Cadillac, sale pute ! PM : Va-z-y, fais péter ta théorie foireuse, trotskyste dégénéré ! Onc Jo  : Au début, ça a marché, nos parents ou nos grands-frères sont tous devenu yéyés, se sont mis à twister, à boire du coca et à mâcher du chewing-gum, il y en a même qui ont pris des pseudos américains ringards et qui les ont


gardé. Et puis, depuis Churchill, les américains peuvent compter sur leur allié anglais pour la logistique  ; les «  quatre garçons dans le vent  », «  les pierres qui roulent  », voilà de beaux slogans marketing. Même Hollywood s’y est mis en tournant ce péplum en décor naturel avec plein de vedettes du cinéma parlant, c’est comment le nom, déjà ?...Ah oui, Woodstock. Ça te troue le cul, ça, peau de bite ! PM : Si vous n’aimez pas les américains, vous n’aimez pas le rock alors, bande de racailles rouges ? Ça fait plus de cinquante ans qu’on bouffe, qu’on boit, qu’on s’habille, qu’on consomme américain et qu’on fait ce complexe devant cette nation de bouseux, parce que, EUX, ils ont inventé le rock n’roll. C’est marrant que tu n’ais pas le même genre d’attitude devant les chinois et les arabes, pourtant ils ont inventé la poudre et les mathématiques, c’est utile par les temps qui courent, pauvre mouchard sarkoziste ! PM  : Mais tais-toi, vieux moujik ringard, l’Amérique c’est le pays de la liberté ! Onc Jo  : Le rock n’roll, c’est notre cheval de Troie, et s’il n’avait pas été inventé, il aurait fallu plus de temps pour nous faire regarder «  les experts », « cold case », « FBI, portés disparus » et adopter cette conception sécuritaire de la loi et l’ordre que not’ Président leur envie. On est américanisé jusqu’à l’os, même au plus profond des banlieues où les ados singent les gimmiks des gangs de Los Angeles. Le rock n’roll, c’est comme la baise,

DISQUAIRE ECLECTIQUE

Paul Emile Vinyls 5, rue Temponières 05 62 27 18 21 on adore ça, mais il faut faire gaffe aux partenaires et si nécessaire enfiler des capotes (Onc Jo – humoriste). Au passage, je nique ta mère, ta race ! PM : Finalement, d’après toi, tout est à jeter, crevard staliniste ! Onc Jo  : En tous cas, on devrait commencer à être assez mûrs pour trier le bon grain de l’ivraie et ne garder du modèle originel que ce qui est cri et fureur, et il y a de quoi faire, parce que d’Alan Vega à Jay Reetard, de Jeffrey Lee Peerce à Ty Segall et des Cramps aux Black Lips,

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il y a une sacré bande d’aliénés qui auraient bien pu finir à Guantanamo ou Huntsville, fils de pute ! PM : Et bien sûr, tu penses la même chose des anglais, soixante-huitard sénile ? Onc Jo : Si on arrivait encore à en tirer quelques-uns du lot quand ils se droguaient comme Syd Barrett ou Kevin Ayers (un anglais qui se drogue ou qui bronze n’est plus tout à fait un anglais), depuis que Thatcher a éradiqué les punks et interdit le speed et la Valstar, c’est le désert. Et ne me parle surtout pas de ces morts vivants que sont Pete Doherty - le Jacno londonien – et cette pétasse lubrique d’Amy Winehouse, gros pédé  ! (note du rédac-chef  : ….Ah bon ?…elle est morte ?...RIP, ma salope) PM  : C’est toute l’histoire du rock n’roll qui s’effondre là, rebelle de pacotille ! Onc Jo  : On veut bien accepter

quelques américains à condition qu’ils soient déviants. …Et qu’ils respectent notre culture de la soupe aux choux, à nous, la « vieille Europe ». C’est pour ça que dans les années 80, on a accueilli Willy Deville, Jonathan Richman, Paul Verlaine et Patti Smith alors qu’on avait déjà Little Bob et Bashung. Le problème, c’est qu’un américain déviant n’est jamais loin d’un psychopathe, mieux vaut ne pas laisser trainer un couteau de cuisine ou un pic à glace, et quand il s’agit d’un groupe ce sont peut-être des tueurs en série. Je dis ça pour ceux qui seraient amenés à héberger les Black Lips… Quant à ta sœur, elle fait des pipes au bord du canal ! PM  : Et le rock n’roll dans tout ça, résidu gauchiste malodorant ! Onc Jo : Bon, si Obama nous envoie tous les marginaux et les homeless


du rock US, ajoutés à nos fadas frenchies, nos frères italiens, nos cousins espagnols, nos amis belges, hollandais, suédois, allemands et grecs adeptes des sons qui font mal aux oreilles, ça nous fait une belle brochette de zozos pour produire un rock n’roll qui ne plaira pas à Ron Mac Donald, à la Société Générale, au CIC ou à Direct Assurances, c’est pas vendeur et vous imaginez la mauvaise image auprès de la clientèle ! CQFD… Le rock n’roll qu’on aime, n’est pas fait pour plaire à tout le monde, et surtout pas aux marques, aux banques et aux assurances. PM  : Alors, finalement, tout va bien,

mon poulet ? Onc Jo  : C’est génial, mon Doudou, tout est à faire, tout est à inventer dans le domaine rocknrollesque sur ce bon vieux continent. Un vrai rock de marlou, couscouspizza-paella-choucroutefeta- frites avec juste un peu de ketchup. Et dire qu’il y en a qui prétendent qu’il n’y a plus de grande aventure en ce vingt-et-unième siècle… PM  : Ah la vie est belle, parfois, mon canard…. Onc Jo : ROCK N ROLL !!!! PM : On se roule une pelle?....

Onc Jo

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e magazine généraliste expert en coolitude réchauffée organisait la semaine dernière son annuel festival, sponsorisé par la nouvelle eau des toilettes de Paco Rabanne. Récit d’une soirée presque ratée. Comme chaque année, les inrocks étaient venus planter leur cirque itinérant à la Capitale Mondiale du Rock’nRoll. Que les plus romantiques perdent leurs illusions, on ne vous parle pas là d’une troupe bohème, mais bien d’un spectacle sous les projecteurs (néons bien entendu) du cool. On y était allé. Même si c’était cher. Même si on n’y croyait plus. Il y avait La Femme. Et James Blake. Ça faisait longtemps qu’on les attendait. Et on en attendait beaucoup. Tous les copains avaient déjà vu La Femme. Ils avaient déjà joué partout, sauf à Lille. Ce fut exactement comme on l’avait imaginé. Peut-être moins bien que la veille, à la Cigale, où ils avaient livré un superbe set, jouant leurs nouveaux morceaux (Paris 2012, From Tchernobyl with love, La femme ), conviant des chœurs encapuchonnés vaguement mystiques, et allant jusqu’à sortir les machines à fumée sans toutefois être vulgaires. Ici ils semblent avoir moins préparé la chose, mais ce fut quand même un événement -depuis le temps qu’on avait pas vu un clavier. La troupe vient d’un autre monde, où l’on porte les cheveux blonds décolorés et le tshirts blanc. Ils se sont présentés

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en ligne. De front. Sur la vague, qu’ils chantent. Prêts à déferler sur la salle... qui n’était qu’à moitié pleine. Le concert était annoncé à sept heures et demi. Et quelle drôle de façon que de commencer à l’heure, qui annonce l’ambiance, et sent mauvais comme le parfum qui parraine la soirée. Connaissant les pratiques de la corporation, nous étions arrivés à l’heure. Comme quelques autres, entrant avec hésitation, se demandant si c’est la bonne adresse. Ceci ne découragea pas notre troupe, qui délivra un concert efficace, jusqu’à la fin du temps imparti. Il y eut des protestations, devant lesquelles le superviseur en chef haussa vaguement un sourcil (quelle drôle d’idée), puis fit un signe de tête aux roadies. Un


peu comme le nuage de fumée de la veille, La Femme s’évanouit dans une nuée d’hommes en noir venant débrancher les machines, coupant court à toute velléité de rappel ou autre manifestation de soutien1 . Ainsi, le programme fut respecté. 19h30 : La Femme. 20H25 : Cults. 21H25  : Laura Marling. 22H35  : James Blake. Heureusement que le dernier parvint à arrêter le temps. Arrivé après la sonnerie, j’allais précipitamment me ranger dans le fond de la salle comme un élève indiscipliné, cherchant les copains des yeux. Mais James Blake avait pris les manettes, et stoppa net ma course. Là, tout au fond, les bras ballants, la bouche ouverte peut-être. C’est seul qu’on vivait ce genre de choses. Certains ne voulaient pas comprendre. Les marrants se marraient, les impatients s’impatientaient, la pouffiasse pouffait. Sur scène, une cathédrale de lumière. Avec autre chose que la bonne du curé au clavier. Ils sont trois sur scène, et quand ça n’est pas assez, James Blake double, triple, quadruple sa voix grâce à la machine, se répondant entre elles et se fracassant quelque part entre la poitrine et le cerveau (I never learnt to share). Je m’y attendais pourtant. Je ne sais pas si tout le monde a compris. Les autres, ils

1 « La Femme à poil ! »

allaient picoler en cachette, ils draguaient la pouffiasse, ils s’agitaient à la première basse vrombissante. J’ai essayé de faire pareil. Je n’ai pas pu rester parmi la houle charnelle. C’était trop fort. Et beaucoup ont du être déçu, car le bougre sait jouer avec les nerfs des impatients, et ne délivre pas les basses comme on balance un os au chien – comme le font beaucoup d’autres fumistes badgés éléctro. James Blake termine le déluge avec The Wilhelm Scream : il s’efface dans une orgie de lumières rouges et de nappes s’empilant, sourit et chante. All that I know is I’m fallin. Fallin. Fallin. Fallin. Et voilà. On voudrait pouvoir reprendre son souffle, aller vomir, crier. Mais la salle se rallume, on diffuse une rengaine de supermarché, et le troupeau se met en branle. Hé, on va boire un dernier verre  ? T’as trouvé ça comment  ? Sympa les chaussures du batteur hein ? Les sbires de Paco Rabanne vous tendent pour la troisième fois leurs échantillons publicitaires en forme de boule puante, puis l’air frais vient enfin vous fouetter le visage. Ils y étaient presque, mais personne n’aura réussi à étouffer La Femme ou James Blake. Benny Lille

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a nage dans son jus à l’intérieur d’un bol en grès, c’est marron (jaunâtre?), ça ressemble à une tisane aux moules et c’est mon tour d’en prendre. - Voilà bien vingt ans que j’ai pas bouffé de ces trucs, c’est fort émouvant. L’acidité du citron se mêle à l’âpreté écœurante, un goût d’amande emplie ma bouche entièrement. - C’est quoi comme champi ? - C’est des psylos du Mexique, je les fait pousser dans mon salon. - Ha ? Je décide de boire la potion progressivement. Tout le monde est assez détendu, en mode affalement sur le tapis à poil Ikea. Il y a Loustic qui parle incontinument, il y a Jeanjean, mon coloc, qui décolle silencieusement et puis il y Lafille, Lafille qui pose des questions à Loustic, histoire de le relancer quand il se tait. Sur la chaîne, il passe une musique d’ambiance sortie du mac à Jeanjean. - C’est quoi ? - Protassov, «A New Beginning (Reloaded)» - Ha ? Loustic et Lafille négocient le roulage d’un joint.

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Le temps commence à se distendre langoureusement, je reprend une lampée de tisane aux moules, le goût devient plus intense et je viens m’allonger sur le tapis à côté des autres. Je suis plongé dans la contemplation des volutes du plafond, c’est drôle, elle se synchronisent parfaitement avec la musique... Un joint interrompt tout ça. Je me redresse et tire une tafe, pour la forme et le tend à mon voisin. - C’est quoi la musique ? - Protassov, encore - Ha ? - Ça fait quoi, vous, lorsque vous fermez les yeux ? - On va s’endormir ! - Non,non, essayez pour voir! Nous nous prêtons au jeu, un dernier regard, puis nous rompons le contact. Noir, puis très vite de fines courbes de lumière viennent danser d’arrière en avant, comme un départ inversé, qui se parent de couleurs irritantes, puis d’autres courbes de couleurs se mêlent aux précédentes dans de délicates élaborations cristallines, c’est beau, très beau, presque aberrant... - C’est... Des mandalas !... - Mais pourquoi on a vu la même chose? - Ça existe pas les hallucinations collectives. - C’est la télépathie. - C’est normal.


Dans mon bol en grès nage comme un jus marron (jaune?), une tisane aux moule, c’est mon seul trip depuis quinze ans.

- Ha ? J’l’avais pas reconnu. - C’est drôle comme il ronronne! - Ha ha ha !... - Bon, on rentre? il fait froid.

- C’est quoi la musique, déjà ? - ...

Nous rentrons dans un bel ensemble pris par une émulation hypnotique et nous plaçons peu ou prou à la même place que dans la scène précédente. Seul Jeanjean semble encore douter de la réalité de notre existence. A l’interieur, la lumière est criarde et toujours cette soupe de musique ambiante. Nous retrouvons peu ou prou les mêmes places que dans la scène précédente, je me sens légèrement fébrile. Dans un bol, devant moi, quelques moules baignent dans un jus marronnasse, presque jaune; je l’avale précipitamment.

- Vous êtes toujours là ? - Ben ouich, ça va Jeanjean ? - Il est quel heure ? - Ché pas. - Késapeufoutre ? - On va dehors prendre l’air ? - Mais y fait froid! - Ben justement, ça va nous ragaillardir... - Bon d’accord, mais j’mets mon pull. - Et mes chaussures. - Et mon chapeau. - Et mon manteau - C’est quoi la musique ? - Kovacs - Ha ? C’est plus... J’écoute plus, je suis en train de courir dans le jardin, c’est beau, je suis pieds nus, il y a la lune et c’est plein d’étoiles... Au bout de cent mètres je me rends compte que les copains sont restés groupés devant la porte, ils fument des clopes en se frottant les bras pour se réchauffer. Je les rejoints, ils parlent entre eux, mais je suis pas bien sur de comprendre ce qu’ils disent. Le chat de Jeanjean vient se frotter à ses pieds. - Ha!! Il est drôle ce chat ! C’est qui ?! - Ben c’est ton chat Ducon !

- On change de place ? - C’est quoi la musique ? - Il est quel heure ? Il me prend l’envie de zapper la séquence, faussement désinvolte, j’émets une proposition : - Hey ! Ça vous gêne si je passe quelques uns de mes vieux vinyles ? (Demande-je gourmand.) - Ha oué oué, vas y - ... Pour moi, le moment est enfin venu ; je passe en revue mes vieux albums et me replonge avec délice dans ma grande période psychédélique, lorsque j’avais vingt ans et que je vivais dans les combles de la maison paroissiale de Choisy-le-Roi. La chambre était petite, mais il y avait la place pour un lit et un autel surmonté d’un crâne, le tout décoré de

RADOTAGES

Jeanjean respire très fort, il fait une drôle de tête.

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jolis signes cabalistiques. Pas particulièrement par goût sataniste mais plutôt par choix esthétique, pour faire bonne mesure. Mon pote Erock m’amenait des drogues et je lui passais les vinyles les plus bizarres. De ce temps là aussi je possède des cartons emplis de cartes postales anciennes et d’autres images découpées dans des journaux : reproductions de peintres symbolistes, illustrations de journaux scientifiques, archives anonymes, gravures, images pieuses ou cochonnes, tout y passe, avec un goût particulier pour l’étrange et le mauvais goût ; excellent pour maintenir l’attention d’une conscience altérée. Assez fier, je place un des disques de l’album blanc des Beatles, du bon psychédélisme à la papa, celui avec Revolution 9. Du coin de l’œil, j’observe mes jeunes camarades et je me rends compte avoir mal escompté de l’effet ravageur de ces sons sur de jeunes consciences habituées aux glitch ou à la trance. Devant leurs yeux déconcertés, je me trouve dans la situation d’un potache pris à faire une très mauvaise blague ; cette foisci Jeanjean n’a plus l’air seulement ébahi mais comme paralysé, un sourire nerveux figé sur son visage lui donne un air parfaitement idiot. Sous la demande insistante de mes amis, je change discrètement de disque, mais rien y fait, même l’introduction d’Orange mécanique ne parvient pas à les calmer, ça doit être ce qu’on appelle la « fracture générationnelle ».

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- T’as pas un truc un peu plus, je veux dire, plus ambiant ? - Oui oui, ça va ! C’est une situation d’urgence, je me reporte fissa sur le dernier remède en cas de mauvais trip, un truc imparable. Comme prévu, un doux soupir se diffuse parmi nous, du pur amour, et je repense à mon amie d’enfance, Sophie Litmanovich, elle aimait tant ce disque. - C’est quoi la musique ? - «Vinicius de Moraes En la Fusa con Maria Creuza y Toquinho » - Ha ? Notre salon est devenu un doux cocon dérivant sur l’onde doucement. Dorénavant plus rien d’inquiétant ne peut nous arriver. Avec ma boîte à image, je m’assois près de Jeanjean et lui tends une première carte postale, elle représente la maison de Picassiette, au dos Léo écrit à sa petite Janine. - C’est quoi ? - C’est ma boîte à image, t’as vu celle là ? Je lui tends une carte colorisée de l’Ile du Frioul, magnifique : le contraste du ciel et l’effet des couleurs dans le reflet des vagues est proprement stupéfiant. - C’est des photos de famille ? - Meuh non, c’est des images, c’est tout... - Fait voir ? - Alors que j’observe un Geyser de Thomas Moran, il reste longtemps interdit. Il la passe à son voisin et pendant que


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je lui passe la suivante, elle fait bientôt le tour de la pièce, et puis le reste suit, estampes japonaises, vedettes du temps passé et autres nymphéas. Je suis heureux de mon effet. Soudain d’une inspiration soudaine, Loustique se lève et va à l’ordinateur chercher quelques chose sur la toile. Il installe l’écran et ce qu’il nous met est un show télé américain des années 60, du genre de Ed Sullivan. Le speaker énervant annonce le Jefferson Airplane ; un vague groupe de variété hippie, une imitation des groupes alternatifs de San Francisco en quelque sorte, juste bon à faire danser la fille avec un transistor dans un épisode des Envahisseurs. Je regarde ça quelque peu curieux et amusé parce que j’aime bien ces vieux trucs. Le groupe commence à jouer sur un fond en incrustation vidéo assez kitch et le bassiste entame le boléro de Ravel appuyé par la caisse claire. Le guitariste entame une mélodie espagnolisante, la chanteuse la reprend avec des inflexion orientales puis, progressivement, une tension s’immisce dans l’interprétation : à la reprise du thème le chant devient un formidable cri de liberté, comme on ne pouvait peut-être en pousser qu’à ces époques-là ; il me vient une envie folle de courir nu sous le soleil. A la reprise suivante, le ton devient vindicatif, puis implacable, il exprime une rage pleine de dépit pour l’innocence perdue jusqu’à devenir un cri désemparé qui se répète jusqu’à l’agonie.

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- C’est quoi ce truc ? - White Rabbit des Jefferson Airplane. - Ha ?

Je suis conquis et quelque peu déboussolé par ce que je viens de voir, Loustique en profite pour mettre un morceau. Ça commence comme un dub tranquille, une sirène de police, une rumeur et un peu de deelay, puis vient la guitare, un rythme classique de reggae, une grosse grosse basse s’installe progressivement, une voix de troll qui vous parle de Babylone, la basse est maintenant insistante, elle devient une stance et s’étale sur toute les modulations du dub. Le truc n’en finit plus, mais vous souhaitez justement seulement que ça n’en finisse jamais. Puis dans un dernier deelay tout s’arrête , comme si quelqu’un avait appuyé sur la touche pose du revox. Je suis achevé, les autres se sont endormis, je demande une dernière fois - Et, ça s’était quoi ? - Improvisators Dub Meets The Disciples - Ha ? Hé ben... - Quelle belle invention que le dubbing, quand même... - Ouéch...»

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LE SAINT DES SEINS, LE BAR DES GENS BIENS...

Happy hour : 19H - 21H (Kro, Blanche, Picon) Offre Cocktails : 21H - 23H (Quatre classiques identiques à 20€)

Bar des tatoués qui aiment s’afficher. Place St Pierre

©torchtapubavecdupqdechezlidl

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L’autre soir sur Canal, il passait Hôtel Woodstock. Je ne vais pas vous raconter le film, juste dire à ceux qui ne l’ont pas vu, que ça se passe en 1969 et qu’il s’agit de l’histoire d’une famille qui possède un motel prés de Woodstock, qui le loue à l’équipe de Michael Lang, l’organisateur du concert. On ne voit donc pas le concert ni les musiciens, mais le film est prétexte à décrire la faune bizarre qui gravite autour de ce concert et faire l’apologie d’une époque où la belle jeunesse américaine sombrait dans la drogue, la pornographie et le peace and love. Heureusement que chez nous on avait le Général…. Pure œuvre de fiction et de pro-

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pagande, car maintenant, tout le monde le sait, Woodstock n’a jamais existé et est l’invention d’une secte hippie qui prenait ses rêves pour la réalité. D’ailleurs, le film le montre bien qu’il s’agit d’une secte. Qui s’habillerait avec des frusques pareilles ? Qui se ferait pousser les cheveux comme ça et se défoncerait à l’herbe et au LSD durant trois jours, l’air béat en disant aux passants : « je vous aime »… Ça n’existe pas et ça n’a jamais existé. Faites donc confiance aux gens sérieux, les économistes, les politiques, les journalistes, les financiers, quand ils vous disent que le monde est guidé par l’économie de marché, que la santé c’est


C’est comme ce Michael Lang, sorte de Jean Sarkozy, qui débarque en hélicoptère, surveille le festival à cheval et qui, à la fin, devant le désastre financier, trouve que c’est pas grave, qu’il va devoir subir des procès durant des années mais qu’au moins, on aura eu «  trois jours de paix et de musique ». Qui c’est, ce débile profond ? Avec un langage pareil, il ne tient pas cinq minutes devant mon banquier qui n’a pas vu Woodstock, lui. Non, non, tout ça, ce ne sont que des conneries. Moi, je dis que c’est pas bien de raconter des craques aux jeunes générations. Ils sont jeunes, ils sont naïfs, ils croient tout ce qu’on leur raconte, après ils sont persuadés que leurs ainés sont des héros qui fumaient des joints avec Jimi Hendrix et qui partouzaient tous les soirs en prenant du LSD. Après, forcément, quand ils considèrent leurs vies de merde, ils sont dépri-

més, on les comprend. Pourtant quand ils voient papa avec sa brioche et sa calvitie et maman, avec ses varices et ses bigoudis, ils ont du mal à les imaginer en hippy avec des fleurs dans les cheveux en train de prendre des bains de boue, à poil, à Woodstock. Au mieux, leur daron et leur daronne se sont rencontrés sur le plateau du Larzac en partageant un fromage de chèvre que leur a vendu José Bové. En fait, c’est à la télévision qu’on vous raconte surtout ce genre de conneries, que des ministres, des publicitaires, des patrons de presse, des PDG, vous racontent que dans leur jeunesse, avant de devenir sarkozistes, ils étaient Mao, qu’ils occupaient la Sorbonne, qu’ils ont fait la route en stop jusqu’à Katmandou et qu’ils ont couché avec Janis Joplin ( qui ne peut plus les contredire, comme Lady Di). Vous trouvez que c’est un bon exemple à donner aux jeunes, vous ? Ils sont déjà assez branleurs comme ça, alors si vous leur dites, qu’il y a quarante ans, de jeunes cons pouvaient aller s’éclater dans des festivals, tirer tout ce qui bouge et fumer de l’herbe toute la journée, et que malgré ça, ils ont trouvé un boulot de patron bien payé, ils risquent de mal le prendre. Quoi de plus beau qu’un étudiant qui est obligé de travailler le weekend et tard le soir pour payer ses études. Plus vite, il en aura marre de bouffer des pâtes à tous les repas dans son vingt mètres carrés, plus vite, il acceptera le boulot de

COUP D’BOULES

la croissance et qu’il faut travailler plus pour sauver notre système de santé et nos retraites. Pas ce monde de bisounours, ce bazar foutraque qu’on nous montre dans le film. Dites-vous bien qu’on ne peut vivre comme ça, d’amour et d’eau fraîche. Il fallait bien qu’ils mangent les hippies, et la drogue c’est pas gratuit, c’est donc qu’ils avaient du fric, ces branleurs, ah !... Dans le film, les patrons du motel s’en mettent plein les poches en traitant tous ces dégénérés comme on traite les gogos chez Eurodisney...

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veilleur de nuit que lui propose Pôle Emploi, au lieu de la ramener avec son Bac+5. Et puis quand il aura signé son CDI, il fermera sa gueule, acceptera d’abandonner ses RTT pour conserver son emploi et ne rechignera pas à bosser jusqu’à soixante-dix ans. Ils sont bien, tous ces petits jeunes, ils ne font pas de vagues, ne comprennent rien à la politique, leur culture est fonctionnelle – comment s’inscrire sur facebook, manipuler

une console de jeux, écouter de la musique sur Deezer, envoyer des SMS, faire une gamelle au babyfoot - ils ne savent rien sur ce qui précède leur naissance et ils écoutent de la musique qui rend sourd. Et surtout, ils ne savent pas que Woodstock n’a jamais existé, ils n’en ont jamais entendu parler puisqu’ils n’étaient pas nés.

Onc Jo

REBIRTH Les Rusty Bells me font penser à ces familles recomposées où les nouveaux conjoints, échaudés par leur première expérience de vie en couple, tracent les traits de leur nouvelle vie en faisant bien attention aux questions d’équilibre, d’indépendance, de libre-arbitre et se font à eux-mêmes le serment de sérieux, loyauté et délicatesse. Archétypes du groupe garage universitaire, on les voyait bien se transformer en groupe métal-prog une fois leur diplôme d’ingénieur en poche, façon détournée de justifier leur CDI dans un groupe du grand Capital et d’exorciser le stress qui va avec. Avec leur album, Rebirth, ils nous prennent à contre-pied mais finalement ne nous surprennent pas tant que ça avec des compositions aux inflexions new-wave où les références sixties se mêlent aux explorations progressives.Dès les premiers accords de « from bad to worse », on croit entendre les guitares de Talking Heads et la voix de David Byrne. Et les trois premiers morceaux enfoncent le clou, les influences Television et Devo confirment que nous avons à faire à un groupe attiré par un certain rock froid et intellectuel. Car rien n’est laissé au hasard, ni les longues montées de guitares verlainiennes, ni les entrelacs guitares-claviers, ni la tension dramatique que maintiennent la basse et la batterie pour mieux passer les reprises et impulser la vitesse supérieure du turbo surpuissant caché dans leur moteur. Les Rusty Bells lorgnent autant vers Black Rebels Motorcycle, qu’Interpol ou Black Mountain, une musique sombre, existentialiste, fiévreuse qui se délivre de la névrose par le cri primal du chant et le fracas des guitares.

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Comme de grands joueurs de poker, ils affichent « tapis » et mettent toutes leurs tripes dans cet album pensé, élaboré et fignolé – limite progressive parfois – qui évoque le malaise que l’on guérit par la transe. Un album crépusculaire à quelques mois de l’échéance de décembre 2012 . Onc’Jo (encore)


Une histoire de Poulain

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e voudrais aujourd’hui traiter d’un sujet délicat tant il nourrit de débats et de controverses, je veux parler des célibataires. Des célibataires males, bien sûr, car étant moi-même un hominien membré, c’est comme avec le sujet sur la masturbation je suis incapable dans ma tête d’hétérosexuel machiste de me mettre dans la peau d’une poufiasse. Donc qu’est-ce qu’un célibataire ? Un célibataire de trente ans et plus, parce qu’avant, avec le rallongement de la période des études, le chômage des jeunes et l’envie légitime de lâcher sa gourme un peu n’importe où, on vit encore chez maman qui nous prépare de bons petits plats et nous cire nos chaussures et c’est elle, notre seule et véritable gonzesse. Mais voilà, quand on commence à perdre ses cheveux, à prendre du bide, à ne plus supporter aussi bien les effets de la drogue et l’alcool au réveil, on se dit qu’il est temps de remplacer la daronne par un modèle plus récent qui fasse aussi bien la cuisine et sache repasser les chemises, avec un avantage dû à la morale, la jeunesse et la nouveauté, c’est qu’elle baise. Ça y est le mot est lâché : la baise. Je ne vous ferai pas un cours sur Darwin, mais vous savez tous que l’homme est naturellement un chasseur (doublé d’un grand pêcheur). Durant la préhistoire, l’homo erectus

allait tuer le mammouth et se bagarrer avec la tribu voisine, pendant que Lucy et ses copines s’occupaient du feu et de la cueillette. C’est pourquoi, quelques milliers d’années plus tard, les femmes trouvent facilement leur place dans la cuisine, épluchent les pommes de terre, font bouillir les poireaux et aiment autant les fleurs. Jusqu’à notre époque, la nature a été respectée, on faisait souvent la guerre, les mecs pouvaient aller se foutre sur la gueule sans donner d’excuses à leur gonzesse qui les attendaient pieusement en faisant du tricot. Maintenant avec l’ONU, l’Europe, toutes ces conneries, pas un petit conflit sur notre territoire à se mettre sous la dent et il faut s’engager dans la Légion pour connaître un peu d’aventures. Du coup l’homme a perdu de sa virilité, les vagins ont pris le pouvoir, et on assiste au triste spectacle de ces mecs hagards qui poussent le landau dans la rue et donnent le biberon à bébé. Je ne parle même pas de ces zombies qui hantent les allées de IKEA, le samedi après-midi, ou qui sont de corvées de soldes début janvier, ça me fait trop mal aux seins. Le célibataire de plus de trente ans est un rebelle. Mieux que ça, un patriote, un résistant. Alors que tous ses potes ont baissé les armes en même temps que leur pantalon et sont devenus des collabos, le célibataire ne désarme pas. A son âge, il a enfin

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coupé le cordon avec sa mère, il est parti avec sa collection de DVD pornos et ses posters de Clara Morgane et a pris un petit studio en ville, où il vit au milieu des chaussettes sales et des cannettes de bière vides. Il fait partie de ces gaullistes du sexe, pour qui l’homme a perdu une bataille, mais n’a pas perdu la guerre. Alors au lieu de pactiser avec l’ennemi et de signer une reddition sans condition, il se la joue Branson dans « un justicier dans la ville », il devient un loup solitaire et tire son coup sur tout ce qui bouge. La femelle est une proie. Quand il en croise une, il prend l’habitude d’évaluer les forces en présence, en la dévisageant d’un regard qui part du bas et remonte progressivement des cuisses à la bouche, qui sont, vous le savez tous, les parties nobles de la femme.

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Si l’homme est un prédateur qui contrairement à l’animal ne tue pas pour manger, le célibataire, lui, tient du vampire qui se nourrit du sang de sa victime, il baise pour régénérer ses cellules, pour en ralentir le vieillissement, et non par devoir et par hygiène comme l’homme marié. Ceux ou celles qui croient qu’il cherche à remplir son tableau de chasse se trompent, d’ailleurs à qui le montrer, le match est arrêté, tous ses potes sont casés. Il ne fait compétition qu’avec luimême, c’est un homme seul qui sait que sa vie dépend de l’activité de sa bite, que seul le résultat compte et que s’il faillit à sa tâche, il devient comme le chômeur qui ne trouve pas de boulot, un inutile, un assisté, un

rebut de la société. Je pense qu’il est temps de le réhabiliter aux yeux de ce monde sans cœur et j’ai une pensée particulière pour tous ces potes qui dans ce domaine atteignent l’âge des seniors (c’est comme les sportifs, certains sont finis à quarante ans) et qui, comme des vieilles putes, peinent à trouver des clientes qui veulent gravir l’escalier. Je vous ferai prochainement un chapitre sur les gonzesses qui sont encore libres à trente ans. Je n’ai rien personnellement contre les moches et les cas sociaux, mais mes potes prédateurs préfèrent les femmes mariées. Je vous expliquerai pourquoi ça vous concerne aussi vous, les mecs casés. Un peu de patience... Onc’Jo


«  aut que tu nous écrives un article sur la New Wave, Guillaume ! » Après deux mois passés à essayer de trouver un angle plutôt cool pour en parler, arrivé au pied du mur alors qu’il faut que j’envoies le papelard avant la fin de la journée, je me lance donc. Mais non sans difficultés. Parce que j’ai beau adorer la new wave, j’ai beau pouvoir vous sortir quelques anecdotes sur l’époque, quelques noms de synthés et plusieurs groupes inconnus, le mouvement est trop dense, trop va-

rié. C’est la merde en gros. La new wave, comme chacun sait, c’est un mouvement musical. Un courant quasi contemporain au punk. Alors qu’on s’accorde parfois à dire qu’il lui succède. Disons plutôt qu’il lui survit mieux. Il le côtoie, s’en nourrit comme il le nourrit. Dès 1975, la musique des robots s’invente. Fini l’utilisation de claviers planants. We are the robots. Et nous nous laissons guider par le rythme. Nous sommes le rythme. Les punks s’y retrouveront. Et les

Klaus Nomi, Intergalactic Space Punk Opera singer

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groupes new wave trouveront leur base dans Kraftwerk, ou Droids en France. Une sorte de nouveau modernisme. Mais ce ne sont plus des mods, ce sont des robots. Comme Jean-Jacques Schuhl le prédisait en 1972. Les synthés, ce son incroyable, froid, métallique, rythmé. Sans eux, le punk n’aurait servi à rien à la new wave, du moins en Europe. Parce qu’il n’a eu aucune réelle utilité aux États-Unis. D’ailleurs la new wave est et restera un mouvement européen. Anglais, Français, Belges, Allemands... principalement. Les robots de la construction européenne. Le mouvement en marche. Grauzone, Das Kabinette, Taxi Girl, Fad Gadget, Violence Conjugale ou Deux, c’est une mouvance européenne (un peu comme le garage aujourd’hui tiens  !). Avec les mêmes valeurs, les mêmes instruments, les mêmes rythmes, et cette folie synthétique, cette robotique. Les architectures futuristes des années 60 mais admirées d’un point de vue désabusé. Des angles durs, froids, piquants. La modernité dans ce qu’elle a de plus noir, de plus immonde. La musique industrielle, qui réagit à l’industrialisation de la musique. D’où le besoin pour certains, comme Jacno, de revenir à une forme de pureté, de simplicité naïve dans ses compositions pour le duo qu’il a formé avec Elli, qui danse quand même comme un robot dans les clips que vous trouverez sur youtube. L’âge atomique est là, bien installé. Ce con d’Eudeline écrit son Aventure punk, la bouffe chimique et sans goût nourrit le monde et Anne cherche l’amour. Et la new wave

célèbre sa messe noire. Alors que le punk veut tout envoyer en l’air et revenir aux sixties dorées (car c’est cela en vrai, le punk : un retour aux racines), la new wave invente, renoue avec un certain romantisme, permet de voir un futur et une lucarne de lumière au fond du tunnel. Ou du moins nous permet de la voir. Parce que la new wave est toujours d’actualité. Rien n’a vraiment changé. Crise économique, etc... oui. Et pareil en musique. Le retour de la new wave s’entend dans le son de beaucoup de morceaux aujourd’hui. Les essais électroniques et techno de New Order, les claviers fous qu’on peut entendre dans Mirador, de Violence Conjugale (réédité en vinyle par les génies de Born Bad sous peu !), le son n’a quasiment pas changé depuis. Un retour perpétuel. Car le son reste si moderne qu’il est difficile de faire mieux, pourrait-on dire. Bon, bref. Tout ça pour dire que les robots sont plus que jamais d’actualité. Ils ont traversé le temps. En 2012, nous sommes plus que jamais des machines. Suffit d’écouter un morceau comme La femme ressort... ou bien les Toulousains de Stockholm Syndrome. Laissez vous un peu embringuer dans la machine, posséder par le son, par les sensations, n’être plus qu’un objet réagissant aux stimulus extérieurs, au rythme répétitif des synthés carrés, froids, des boîtes à rythmes et du vrombissement des moteurs écolos (à noter que cela fonctionne mieux sous drogue...). Vous pourrez chanter en cœur We are the robots aux mettings des gugusses qui veulent nous représenter. G. Mobster


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n a tous autour de nous un ou deux collègues, disons des connaissances, qui vous parlent de cul en permanence mais qu’on ne voit jamais avec une nana. Vlan, ça y est. Des noms ! Mon propos n’est pas de faire de la délation, mais de parler du phénomène sans langue de bois et de dire franchement ce qu’on ressent, nous qui les subissons tout le temps. Vous connaissez l’adage « ce sont ceux qui en parlent le plus qui en font le moins », ce n’est pas tout le temps vrai, mais ce n’est pas non plus complètement faux, l’amour, le sexe, tout est dans la manière dont on en parle. Premier conseil, le vrai tombeur, l’homme à femme, le séducteur, sait se faire discret, il ne parle jamais de ses conquêtes, il lui suffit d’arriver les yeux cernés et la chevelure hérissée à l’heure de l’apéro et commander un café-crème avec des croissants, pour que tout le monde sache que ses débats ont été torrides et que la meuf qu’il a honoré la veille est restée KO, un sourire idiot sur les lèvres. Mais heureuse … Lui se contente d’un sourire énigmatique et d’un sibyllin : « Quelle nuit, j’te raconte pas ! » Et pour cause, il ne raconte rien. Deuxième conseil. Quand vous sentez que l’assistance est au complet et que tout le

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monde est suspendu à vos lèvres, lâchez une phrase neutre, sans citer personne, du genre : « elle avait un cul de déesse » ou bien « sa bouche était pulpeuse », tout de suite ça fait monter la tension, les mecs bandent et les meufs sont jalouses. Vous, vous passez pour un mec hyper-sensuel, un lascar qui sait parler des femmes et aux femmes, un gonze qui connait la mécanique des gonzesses et sait les faire jouir, et toutes les meufs autours de la table vous dévisagent avec gourmandise, comme un sucre d’orge à l’anis. Quand les mecs vous font la gueule, vous avez gagné, tout le monde vous considère comme un bon coup et vous n’avez plus qu’à ramasser ce que vous avez semé. Gaffe aux coups de boule, quand même. Vous voyez, c’est simple, c’est efficace, c’est à la portée du premier crétin venu, pas besoin de fournir de preuves. Au lieu de ça, vous nous montrez quoi ? Il y a le timide, le coincé, celui qui se retient pour péter ou pour roter et qui attend que les gazs lui sortent par la bouche. Toujours sur la défensive, il ne regarde pas les meufs en face quand il leur cause et choisit toujours des sujets de conversation bien moisis qui les fait fuir. De temps en temps, il vous raconte


une histoire abracadabrante qui lui est arrivée un soir où vous n’étiez pas là, dans un bar que personne ne connait, où parait-il il a croisé une bombasse qui lui a fait tout ce qu’on voit dans les films X sur Canal Plus. Vous laissez couler, ça ne sert à rien de le contredire et puis ça lui fait du bien. Méfiez-vous quand même du timide, bourré, il est capable de se transformer en Hulk et de se retrouver au ballon pour avoir voulu violer une nonne. Et puis, il y a le gros lourd. Le mec qui ne parle que de lui, de la longueur de sa queue ou du nombre de coups qu’il est capable de tirer dans une nuit. Le comptable névrosé qui fait fuir les nanas. Les meufs, ça ne les dérange pas qu’on leur parle de chatte, de bite, de couilles, pourvu qu’on le fasse avec humour et sans méchanceté. Mais quand elles entendent qu’elles ne sont qu’un trou, le tenon qui reçoit la mortaise, et que le seul intérêt qu’a le mec c’est d’aller mesurer la taille de son érection, elles dégainent les ciseaux et elles coupent. Et ça le mec qui confond sexe et performance, il le sait, c’est pourquoi il nourrit un important complexe de castration qui s’aggrave avec la frustration et avec l’âge, les testicules lui remontent dans la gorge et la moindre vue d’un cul lui fait perdre son latin. Il ne voit plus que des grosses bites et des vagins, il a des hallucinations, il délire et finit par classer le

monde en deux catégories : les salopes et les pédés. Je sais, c’est triste, c’est lamentable, mais la misère sexuelle existe. Je ne connais qu’un remède à ce genre de syndrome : aller voir d’urgence une péripatéticienne et prendre le forfait « luxe » à 34,99 euros, celui qui comprend l’éjaculation faciale. Voilà pour les conseils du jour, je ne suis pas Jean de La Fontaine, il n’y a donc pas de morale à cette histoire. Mais sachez que si vous voulez témoigner, vous pouvez écrire au courrier des lecteurs de Capitale Mondiale du Rock N’Roll. Onc Jo

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Contributeurs : JEMLA BIAIR, ONC JO, BENNY LILLE, G. MOBSTER Relecture : Marie, Riri, Pauli Nova Illustrations - Photos : Première de Couve : LP John Beurk, Axel, Jean Bosco, Poulain 4ème de couve : INTER NET


rtains genres de rock-music sont des alliÊs du diable. [John O’Connor]


Capitale Mondiale du Rock'n'Roll N° Stress