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N°6

Mercredi 9 mai 2012 ­ PRIX LIBRE ­ Publication bimensuelle ­ Prochain numéro : septembre 2012

EXCLU : LES SUJETS DE PARTIELS DEVOILES PAR RDTLEAKS P.2

FAITS DIVERS PAGE 3 istoire d'entretenir la flamme des passions en dépit du coup de sifflet final qui a retenti le 6 mai dernier, ton petit journal rien qu'à toi a décidé de te concocter un numéro tout particulier qui se place directement sous le signe du clash. A défaut des interviews d'Afida Turner et de Mickaël Vendetta, les équivalents cathodiques respectifs de Jean­Paul Sartre et de Simone de Beauvoir de cette époque bénie, qui auraient pu constituer des mamelles précieuses pour accoucher d'un clash en bonne et due

forme ; on a préféré organiser une confrontation à l'échelle palienne, sans colorant ni connotation politique. Rue de Trévise aménage ses colonnes pour installer un ring et vous propose un combat de boxe littéraire ­en vers s'il vous plaît­ opposant les 2A d'un côté, et les 4A de l'autre. Ajouté à cela, Rue de Trévise vous propose une polémique sulfureuse autour l'Evènement palien par excellence, à savoir le Crit': entre passion du Crit et démarche HypoCrit, choisis ton camp.

A nima sane in corpore sanum La sous­ valorisation de la recherche à Sciences Po PAGE 5

La passion du CRIT

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Bande d'hypoCRIT

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Carnet de L'ANXIOLEXIQUE PAGE 8 voyage : réponse à ACTE­NOUS L.R. CONHTT TP://RUEDETREVISE.TUMBLR.COM

2A vs 4A, le clash

IDÉES D'ARTICLE, DESSINS, ENVIE DE PARTICIPER ?

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VIA RUEDETREVISE@GMAIL.COM

VIA NOTRE

BLO ernier numéro de l'année... ça valait bien une petite photo de famille. 1er rang de g. à d. : Camille Brilloit, Louis Belenfant, Benjamin Leclerc, Le Chien, Alice Bonnaud, Laurent Duarte, Benjamin Dufour, 2nd rang de g. à d. : Matthieu Vasseur, Anaïs Marie, Clément Quintard, Victor Collard, Simon Pillan, Guillaume Pluntz, Margaux Wartelle, Thomas Chevallier, Justine Martin, Lucas Roxo, Charlotte Martinez, Ambre Maillard, Manu Capelle.

Rendez­vous page 8 pour les présentations et les remerciements.


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« Le temps vole » e temps vole. Arrive la fin de mon deuxième et dernier semestre à Sciences Po Lille. Je pense devoir changer mon billet d'avion afin de prolonger mon séjour en France jusqu'au dernier jour de mon visa d'étudiant.

partout en Europe, les différents accents français des étudiants internationaux, et les soirées arrosée d'alcool mélangé (en Chine on ne boit qu’une sorte d’alcool par soir si on ne veut pas être ivre très vite).

À cause de mon impuissant passeport de la République populaire de Chine. Après avoir été déconseillée et convaincue par bien de mes amis, j'ai enfin renoncé à l'idée extrême de devenir une "sans­papier" pour rester un peu plus en France. Tout n’est pas perdu, j'ai désormais une nouvelle ambition dans ma vie : revenir étudier en France.   La France m’a changé. Maintenant, je dîne tard. Souvent à 21h, en revenant chez moi depuis le cinéma Majestic, je pense à dîner. Or, en Chine, j'ai faim et dîne normalement vers 18h. Le secret se trouve dans le "goûter" de l’après­midi, avec macarons au chocolat, ou gaufres La Dunkerquoise, et café. La pâtisserie française me rend folle. Dans ma ville de Chengdu, je ne prends que les petits plats épicés entre repas, («petite bouchée»). Je fréquente beaucoup le cinéma d’art et d’essai en France et la sympathique dame, vendeuse et contrôleuse du Majestic m'a qualifiée un jour "cinéphile". Au contraire, à Shanghaï, aller au cinéma seule me gêne, puisque c’est plutôt un lieu sombre de rendez­vous pour les couples amoureux.   La France m'a apporté bien de nouveaux goûts d’esthétique, sur le plan de peinture, je commence à tomber amoureuse de peintres du XVIe siècle et de XIXe siècle, que je trouvais alors trop maniéristes en Chine, sans avoir contemplé leurs oeuvre originales. Quand à la musique, j'aime de plus en plus le flamenco et la musique classique occidentale, qui sont beaucoup plus accessibles à la radio qu'en Chine. Je flâne aux boutiques vintage, tandis qu’en Chine, les vêtements de seconde main, me semblent sans doute plus sales, même s'ils sont à la mode.   J'apprécie vraiment ma vie et toute ma rencontre à Sciences Po, à Lille, en France, et en Europe. Bien que je doive faire très attention en allant à Sciences Po le matin, afin d'éviter de toucher les merdes dans la rue, et que je doive marcher vite sous le regard des jeunes de banlieue habitant dans le même quartier que Sciences Po, l’école me plaît, y compris l’adorable responsable du bureau des affaires étrangères, les devoirs de subjonctif moins drôles de cours de français, les voyages de toutes sortes

En même temps, je dois surmonter bien des obstacles lors des mes études en France. Puisque l'école française ne nous pourvoit pas d'une résidence, cela a mis en péril mon rendez­vous au centre de visa sans attestation de logement. En revanche, sur mon campus à mon université d’origine chinoise, encore se vident­ils bien des appartements d'étudiant. Et j'ai difficultés de trouver une petite librairie autour de l'école, alors qu'à Shanghaï, dans le quartier de l'université, les librairies, les kiosques, les papeterie, les imprimeries, et les restaurants variés moins chers se multiplient. La bibliothèque de l'IEP, est pareil qu'une moyenne salle d'une des cinq bibliothèques du Fudan, du coup, le corrida à la biblio pendant le saison de dissertation et d'examen m'angoisse, sans compter que le wifi ne marche pas parfois.   Mon séjour en France est marqué bien de rencontres fantastiques depuis le début : mon propriétaire homosexuel, un dentiste et amateur­ pâtissier doué, nous partageons les alimentation souvent parce que nous somme tout gourmand; mon parrain à Sciences Po, un mec hyper sympathique, intelligent et beau hors de pair, nous créons l'atelier franco­chinois afin d'améliorer pour lui le chinois, pour moi le français; mon prof de français, une dame élégante, cultivée et humoristique, elle m'encourage d'écrire en français et assiste à mon progresse petit à

petit. Aussi les gens du monde que j'ai croisés pendant mes voyages. Mes rencontre des étudiants internationaux basculent des stéréotypes inhérents aux caractères nationaux, s'étioler ou s'affirmer. Les jeunes filles française ne s'habillent pas qu'en noir et en gris, elles fument gracieusement comme prévu. Les garçons italiens sont, de fait, sérieux, et ils travaillent bien au lieu de n'avoir rien faire que séduire les filles en chantant au soleil dans la rue. Les Brésilien sourirent comme tournesol, encore plus chaleureux que j'image. Les Japonais sont moins discrets après s'être parlés, et les cuisines japonaise sont très bonnes! Les Coréen ne se vantent pas son histoire et sa civilisation "de longue" partout, au moins, non devant une Chinoise. Les Allemande, de fait, maîtrisent bien l'humeur. Les Anglais ne parlent pas tout le temps avec ostentation en "British English". Normalement, les filles espagnoles parlent moins vraisemblable à la chanson que le ton de Penélope Cruz, dommage. Sans suspense, les garçons français critiquent leur président, audacieusement.   Significativement et naturellement, c'est à Sciences Po Lille que je commence m'intéresser à la vie politique, à force de campagne, de meeting et de spectacle de candidat présidentielle aux Grande Palais de Lille, à force de cours atour de sciences politique. Etudiant en sociologie et en journalisme, née et grandie dans un pays communiste (capitaliste­marché récemment...), pour la première fois, j'arrive à observer un suffrage universel, démocratiquement, convivialement et dramatiquement. Et puis, il est formidable qu'il y aura une élection présidentielle des étudiants à l'IEP Lille, à laquelle je peux participer aussi, et celle, si fictive soit­il, m'émeus.   J'image qu'en revenant à Shanghaï, où je dois continuer mon Master IV, la baguette fraîche chez boulangerie sur la place Philipe Lebonne me manquera, aussi les adorables confitures chez Bonne Maman, les incroyables subventions de CAF au début de chaque mois très attendu, les accessibilités aux pays européennes, encore les impressionnants expositions à Paris, de l'eau riche en dépôt dans Nord Pas de Calais... parmi eux, la plus marquée chose, est la liberté, l'autonomie et voire des déboires en dépaysant. Alice Yao

Les sujets des partiels dévoilés par RDTleaks ! EXCLUSIVITE : RDTLeaks, la plateforme de wisthelblowing de Rue de Trévise, publie pour son lancement vos sujets de partiels ! N’ayez pas peur, leur provenance a été certifiée par la Source... Alors, bonne préparation, bonne chance, RDT est fière d’être partenaire de votre réussite intellectuelle. Grands débats européens: ­ Etoiles du drapeau européen VS paillettes du pantalon de Berthelet : même combat ? ­ L’Europe à l’IEP, un matraquage pour la bonne conscience ? L’Europe dans les RI depuis 1945: ­ L’Eurovision: sommet politique ou

kermesse communautaire ? ­ Super Mario Draghi Berlusconi

Luigi

­ Faut­il réguler le marché du vrai travail ?

Fondements de la construction européenne: ­ Le poids de la Jupiler dans la prise de décision communautaire

Science­politique: ­ Vote des crades/ vote des propres: hygiène et clivage idéologique au XXIe siècle ­ Partouzer à New­York, le fantasme de l'élite française?

VS

Politiques publiques: ­ La balkanisation de la politique budgétaire de l’IEP à l’ère post­moderne Marketing: ­ Pourquoi le marketing est innocent ?

Les fondements du contemporain: l’Europe au XIXe siècle: ­ Eugène Poubelle (1831­1907) ­ C’était mieux avant...

monde

TMT et GP

Economie: ­ Néolibéralisme VS néokeynésianisme : bienvenue dans la matrice


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La sous­valorisation de la recherche à Sciences­Po ire que la recherche publique est sous­valorisée en France relève du lieu commun : ce billet n’a pas pour objet de s’indigner de la dépréciation des enseignants­chercheurs, ni du manque de moyens humains, matériels et financiers alloués à la recherche. Il n’a pas non plus pour objectif de faire l’éloge de celle­ci. Il cherche simplement à interroger l’attitude ambiguë de l’Institut d’Etudes Politiques de Lille vis­à­vis des formations à la recherche. L’Institut accueille de nombreux enseignants­ chercheurs, dont certains sont membres des laboratoires de recherche des Universités de Lille 1 (Centre Lillois d’Etudes et de Recherches Sociologiques et Economiques, CLERSE), Lille 2 (Centre d’Etudes et de Recherches Administratives Politiques et Sociales, CERAPS), et Lille 3 (Institut de L'hybride,Historiques 18 rue Gosselet, Lille. Recherches du Septentrion, IRHIS). Néanmoins il n’existe actuellement qu’un « master recherche » qui soit conventionné pour les étudiants de l’IEP : il s’agit du master de formation à la recherche en science politique, en partenariat avec Lille 2. Première zone de flou : celui­ci n'apparaît nulle part sur les maquettes du « Cycle Master » disponibles sur le site de l’IEP. S’il faut souligner la qualité de ce master, on ne peut que déplorer une offre de formation à la recherche si peu diversifiée sur le papier, et qu’il n’existe pas plus de masters recherche conventionnés pour les étudiants de l’IEP. Mais la réalité est plus complexe : en effet, des étudiants de l’IEP en cinquième année d’études suivent actuellement des formations à la recherche à Lille 1 et Lille 3, et n’ont pas rencontré d’obstacles pour ce faire. En revanche, des étudiants actuellement en quatrième année ont eux aussi entrepris des démarches afin de partir en master recherche ailleurs qu’à Lille 2, mais doivent cette fois faire face à des difficultés, allant jusqu’à une fin de non recevoir. Le flou, une nouvelle fois. Comment l’expliquer ? Le principal changement, d’une année à l’autre, concerne la maquette de l’offre de formations de Sciences Po Lille : nous y reviendrons.   Deux principaux arguments sont avancés pour justifier cette restriction : le premier est

que l’IEP de Lille n’a pas l’ambition de former Un second argument serait que quand bien ses étudiants à la recherche. Argument même l’IEP souhaiterait développer sa totalement fallacieux : d’abord, parce que politique de recherche, il n’aurait pas les comme évoqué précédemment, il existe bel moyens de ses ambitions. Argument ressorti et bien un master recherche proposé par l’IEP à toutes les sauces cette année, et a priori ; ensuite, parce que l’article 2 du décret n°89­ imparable. Sauf qu’au même moment, on 901 du 18 décembre 1989 relatif aux instituts autorise des étudiants à partir à la London d'études politiques énonce que l’une des School of Economics, à la School of Oriental missions des IEP est de « développer, and African Studies, à l’Institut Français de la notamment en relation avec les Mode. Qu’on ne s’y méprenne pas : la établissements d'enseignement supérieur, la question n’est absolument pas de remettre Fondation nationale des sciences politiques en cause ces dérogations, et il est très bien et le Centre national de la recherche qu’on développe ces opportunités. Il est scientifique, la recherche en sciences toutefois nécessaire de traiter les requêtes politique et administrative ». On pourra alors des étudiants sur un pied d’égalité et d’en nous opposer qu’il est spécifiquement finir avec le mystère qui entoure l’octroi des question de recherche « en sciences dérogations. Des partenariats ont été politiques et administrative », et pas dans récemment créés avec le collège d’études d’autres champs disciplinaires ; soulignons internationales de John Hopkins University, toutefois qu’il s’agit d’un décret publié il y a avec Audencia Nantes ou encore avec les presque 23 ans, que plusieurs réformes de Mines de Douai, formations reconnues et de Photosont : http://justacote.com l’enseignement supérieur passées qualité. En revanche, on refuse à un étudiant depuis, et que l’offre de formation de l’IEP de de partir en master recherche en philosophie Lille s’est elle­même diversifiée. En outre, politique au sein de la prestigieuse Ecole des l’Institut jouit du statut de Grande École. On Hautes Etudes en Sciences Sociales, au motif connaît l’histoire d’amour­vache qui lie les qu’il pourrait très bien faire de la philosophie Français à ces dernières ; mais qu’on soit ou à Lille 3, argument issu d’une rhétorique pour non en faveur de leur existence, on ne peut le moins douteuse, puisque les masters tout comme les masters que déplorer qu’en tant que telle, l’IEP ne recherche, cherche pas à développer davantage sa professionnels s’inscrivent dans une logique politique de recherche. Enfin, pour en revenir de spécialisation. à la maquette, si l’on pouvait voir dans la filière « Politique – Economie – Société » qui   Sans doute existe­t­il des logiques existait encore l’année dernière, une forme de économiques, financières voire relationnelles préparation à la recherche, sa disparition a eu motivant la mise en place de certains et l’octroi de certaines pour conséquence l’éparpillement d’étudiants partenariats aspirant à faire de la recherche au sein de dérogations plutôt que d’autres. Sans doute nouveaux masters n’ayant, en l’occurrence, aussi, les restrictions budgétaires imposent­ absolument pas vocation à former à la elles de limiter le nombre de ces partenariats. recherche. Pourtant, il est demandé cette Dans ce cas, qu’on nous explique les année aux étudiants en première année de motivations des choix de l’IEP. Qu’on assume Master de rédiger un mémoire de recherche de dire qu’un partenariat avec Audencia ou une note de synthèse. L’initiative mérite Nantes a plus de valeur qu’un partenariat d’être saluée, mais soulignons le paradoxe : avec les universités de Lille 1 ou Lille 3 en l’IEP n’a pas vocation à former à la recherche, philosophie, en sociologie, en anthropologie. mais tous les étudiants doivent se livrer à cet Et qu’on accepte de discuter avec les exercice. Or ici encore règne le flou : dates de étudiants des objectifs des formations rendu à géométrie variable, incertitude quant proposées par Sciences Po. L’IEP peut et doit au nombre de pages demandées, avoir les moyens de ses ambitions. Reste à soutenances soumises au bon vouloir des identifier ces dernières. V.S. directeurs de recherche. Bref, tout floue le camp.

Faits divers Un élève en eaux troubles Tragique noyade hier dans la bibliothèque François Goguel : une victime. A 9:17, la bibliothèque était presque vide lorsque le jeune Henry est allé chercher un livre pour sa dissertation de science politique. C’est alors que la pluie, accompagnée d’un vent violent, a traversé le plafond Est de la salle pour tomber en trombe sur l’étudiant. Alors au niveau de l’étagère Sociologie et n’ayant jamais appris à nager, le jeune homme a tenté de se raccrocher à des ouvrages à sa portée – selon la police, L’institution imaginaire de la société et Le suicide, respectivement 302 CAS et 302 DUR – mais sans succès. Les livres, trop lourds, ont coulé et lui avec. Des violences au 2ème étage   Une altercation entre un

professeur et un élève a animé le quotidien morose de l'Institut d'Etudes Politiques de Lille, la semaine dernière. La scène s'est produite en salle B2.8, dans laquelle se déroulait un cours du master Développement Soutenable. La séance se déroulait jusque­là dans une parfaite bonne humeur, ont indiqué les autres élèves présents sur place. L'élève, âgé de 22 ans, attendait la fin du cours pour s'expliquer avec le professeur. Certaines sources affirment avoir vu un couteau de poche dans le sac du jeune homme, sans pour autant que cette information ait été confirmée. Après un échange houleux avec le professeur, aux traits étrangement semblables à ceux de John Lennon, les deux hommes se seraient regardé droit dans les yeux, avant que le professeur ait dit « casse­toi petit con d'écolo ». L'élève est ensuite sorti de

classe en claquant la porte. Il Sciences Po rachète l'ESJ­ n'a pas souhaité faire de Lille commentaires. « Je suis ici chez moi » a déclaré hier Pierre Mathiot, Vous voulez un sandwich ? directeur de Sciences Po Non, juste un doigt Lille, à la sortie du Conseil d'Administration de l'Ecole   Deux mains humaines ont Supérieure de Journalisme de été retrouvées ce lundi dans Lille. Le sourire aux lèvres, le congélateur de la cafétéria l'homme de main de Martine CROUS. Après analyse Aubry attendait ce moment digitale, elles ont été depuis de nombreuses identifiées comme années. Mardi, le conseil appartenant à la même d'administration se déroulait personne, une cuisinière de dans une ambiance houleuse, 42 ans bien connue des jusqu'au moment où Pierre membres de l’Institut et Mathiot a violemment mis fin employée par le CROUS à l'agitation. Il s'est levé et a l’année dernière, pour sorti son chéquier en criant « répondre à la demande Combien ? 200.000, croissante en sandwichs. 300.000 ? Donnez­moi un Parmi les suspects, un nombre ». Devant la étudiant de quatrième année. détermination du directeur En apprenant ce matin la de l'IEP, l'administration de nouvelle, il aurait confié à l’un l'ESJ a cédé. Ses pleins de ses camarades « je lui pouvoirs seront effectifs à avais bien dit pas de mayo ». partir du 1er Janvier 2013. L.R. et A.O.


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La passion du Crit S’il reste au palien moyen encore un joli prétexte pour festoyer dans la démesure, c’est sans doute celui­là. Pour les profanes, prenez 2000 personnes âgées entre 18 et 25 ans (non, les mercenaires sportifs de 30 ans sont volontairement exclus de ce raisonnement), ajoutez­y un brin d’alcool, quelques rares infrastructures de sport, des tenues colorées et affriolantes, voire pas de tenue du tout, une bonne dose d’hormones, et secouez tout ça. Le résultat en termes d’ambiance correspondra plus ou moins à celle qui règne au Crit. N’en déplaise aux puristes, même le bordel doit avoir des limites. Et personne n’a envie de se retrouver avec une ardoise de 23 000 euros de dégâts à régler (dégâts estimés à la suite du Critérium Lyonnais en 2009). Régler une addition salée de mépris ne fait jamais plaisir, et c’est parfaitement compréhensible.   Même s’il s’est adoucit, le Crit’ reste une joyeuse zone de non­droit, une Oasis agréable, loin du CRIF et autre SOS racisme, et où le 4ème degré fait office de morale universelle entre adultes consentants et vaccinés. Une catharsis de gamins rarement mal lotis à l’origine, qui préfèrent rigoler à gorge franchement déployée et mettre en scène les malheurs du monde (rien que ça, oui) pour

mieux s’en prémunir. Le Crit et le théâtre antique? Mêmes finalités. Au cours de cette catharsis, on voit se déployer des comportements individuels et collectifs proche de l’état de nature Hobbesien. Le Crit, c’est, aussi, la preuve par A+B que la récréation fait vite oublier tout ce qui a pu être ingurgité en termes d’analyses socio­historiques le reste de l’année; la Psychologie des foules bat son plein, et la théorie des représailles massives prend une tout autre tournure avec l’emploi de la biffle.  Sans en être tout à fait conscients, nous nous sommes battus pour nos drapeaux entamant à tue­tête tantôt des chants fédérateurs, tantôt prônant la mort ­ par sodomie ­ de nos adversaires à l’image des soldats français s’en allant en guerre contre le “sale boche”. Quelle facilité de ne pas personnifier l’ennemi, nous ne sommes plus des êtres individualisés, nous portons les mêmes couleurs que notre nation. Et cela ne pose aucune difficulté puisque le Bouc émissaire désigné en la personne du Parisien a renforcé les liens entre provinciaux. Les frontières entre “eux” et “nous” sont devenues palpables laissant jaillir dans nos nations respectives un fort sentiment d’appartenance. A.M. et M.V.

Changement de décor à Porte de Valenciennes

Bande d'hypoCrit ! Ouais ouais, le Crit "c'est trop bien", le attributs et boire du panaché, demain la Crit "c'est n'importe quoi", le Crit "faut y camaraderie qui en sera née se changera aller"… Et bah moi j'y vais PAS. en complot des élites qui s'amusent contre le reste du monde qui pleure. Ou plutôt si, j'y suis allé, du coup je sais de quoi je parle : allez que je te mélange  Dire que ce sont les mêmes qui décrient 2000 privilégiés de France en mal les dîners du Siècle, sinon les petit­ d'aventure, allez que je te les désinhibe en déjeuners entre les parlementaires et leur surface, allez que je te dis que le sport, président! Le Crit, c'est la même chose, c'est une excuse pour faire la maxi teeeuf mais avec l'enfantillage qui dissimule la pendant tout un week­end… Mise en stratégie. Bien sûr, l'événement est si bien scène, pantalonnade, hypocrisie ! objectivé que la culpabilité de ses protagonistes est sauve. Auto­censure   Moi, je les ai vu construire la collective de mécanismes d'exclusion, le représentation d'une fausse Crit est comme une manifestation de déconstruction, je les ai vu croire en droite, sinon un premier pas dans la l'animalité qu'ils théâtralisaient, j'ai même déculpabilisation d'une génération de essayé d'ailleurs : le jeu est si facile à jouer gauche néolibérale et décomplexée à qu'il en est ennuyeux, et d'autant plus venir. qu'il est spectaculaire !   Boooouh le Crit. Moi au moins, j'fais la  Inutile de se dissimuler derrière l'alcool, ni gueule, j'ai pas d'amis, j'suis triste, mais je même derrière les bourgeoises nues, participe pas à vos méfaits, bande lorsque c'est d'un corporatisme grave d'hypoCrit (j'emmerde ceux qui trouvent dont il est question. Aujourd'hui, les le jeu de mots trop facile) ! privilégiés de France se retrouvent pour faire la fête, montrer leurs (petits!) Le Misanthrope

Catastrophe. déménage plus.

Sciences

Po

Lille

ne

Pourtant, après la victoire de Hollande en 2012 l’espoir était revenu. Depuis Matignon, Martine Aubry avait prélevé sur le budget de Sciences­Po Paris pour regonfler la dotation de son concurrent du Nord. Au 4e étage, l’administration était déjà dans les cartons. Mais deux ans plus tard, la rigueur, les magouilles des socialistes et les coups de boutoir de Daubresse, ont enfin livré le Nord à la droite. Le carnet d’adresse à 15 000 euros de Pierre Mathiot ne vaut plus rien. Et comble de l’injustice, on lui retire les locaux promis depuis 1995 (le wifi très haut débit venait d’y être installé !) pour en faire une énième dépendance de l’EDHEC. Les étudiants du RDU, qui avaient tant milité pour le retour de la droite au pouvoir et l’arrivée de Sciences Po au centre ne savent plus à quels saints se vouer. Du coup, redéploiement du budget. Puisqu'il faut rester dans ce quartier sinistré, la nouvelle priorité est à la sécurité. Le code d'entrée, jamais changé depuis l'installation à Moulins, est remplacé par un système de reconnaissance rétinienne doublé de caméras de surveillance. A l’accueil, les étudiants ont fait de la place dans le local pour accueillir des agents de sécurité privés. Sur les créneaux non­utilisés des cours de C2I ont été imposés des séances obligatoires de self­défense, et les traditionnels exercices d'alerte incendie sont renforcés d'un entraînement régulier à l'évacuation par hélicoptère en cas d’attaque des autochtones. Pour les déplacements, principale vulnérabilité des étudiants, l'administration a mis le paquet : organisation de corridors humanitaires depuis Porte de Valenciennes et accès à Lille 2 et l'ESJ par couloirs souterrains. Ultime effort, Virginie Caekebeke a remplacé son Golden par un Doberman.   Hélas, depuis son camp retranché, Sciences Po n’a pas vu le quartier se transformer, rendant tous ses efforts inutiles. Lassée d’un quartier qui s’embourgeoise, la communauté bobo de Wazemmes a migré vers l'est. Les friches industrielles de Moulins attirent lofteurs et galéristes qui y trouvent de beaux espaces à mettre en valeur. Les jeunes couples sont charmés par la propreté du quartier et ses rues requalifiées en zones de rencontre cyclo­piétonnes. Le marché du dimanche à Wazemmes « trop touristique » est délaissé pour celui de la place Déliot du samedi, « bien plus authentique ». Côté culture, le projet avorté du CECU (1) a été reconverti en centre culturel hipster, géré par quelques anciens de Rue De Trévise. Apprenant par ces derniers que les étudiants de Sciences Po n'ont toujours pas internet, un collectif d'habitants qui ont misé avec succès sur l'écobusiness, organise une collecte pour leur offrir, enfin, une couverture wifi. Les anciens chroniqueurs des pages Moulins de RDT, eux, se frottent les mains : certes, ils ont échoué à intégrer l'IEP au quartier, mais grâce à leur expérience du terrain ils ont monté une agence de tourisme alternatif/responsable qui se révèle fort lucrative... C.B. et L.B. (1) Centre Régional des Cultures Urbaines, sorte de « maison du rap/hip­hop/graph » que la mairie essaye d'implanter à Moulins depuis 2002 et risque d'abandonner, faute de moyens.


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4A VS. 2A: Le Clash Tu nous traitais de bolosses

Moi j'suis en 2A, J'suis dans un bureau, J'ai aussi du boulot, La vie tu sais, c'est pas du gâteau

Le bureau était déjà inventé, T’étais en terminale, t’apprenais encore à fumer.

T'es déjà passé par là. C'est sûr à l'époque, Nous on n'existait pas, Pourtant nous la vivrons aussi L'initiation de la 3A.

Tu nous traitais de bolosses Car on avait perdu le prix de l’ambiance Tu te l’es fait voler, problème de nonchalance. On ne va pas se prendre pour des babas cools

On s'investit, on se donne à fond. Wei, Gala, Crit, et soirées, C'est pas que pour les rejetons, C'est aussi pour le 4A que t'es.

Mais trois UMP 2A, tu trouves pas que ça fait beaucoup ? Tes bureaux sont plutôt frais,

Tu sais, on comprend bien : Pour toi demain c'est la fin, Alors que ton mémoire Tristement te pousse à boire Tout seul dans ton coin.

Mais sans 4A dans les autres asso’, dis moi ce que tu ferais ? Il se dit qu’un journal en ligne un jour tu créas C’était quoi son nom déjà ? L’apostrophe, c’est ça?

Oui pour toi 4A, Le monde se délite, Tu n'es plus le roi Donc tu ne vas plus au Crit.

Depuis RDT est là et pour vous c’est plutôt signe de catastrophe. Sans rancune, voilà juste un peu de venin

Oui, cher 4A, tu as vieilli Parfois cela te rend aigri Va donc ronger ton os, et cesse un peu d'être bolosse.

Craché par un vieux désabusé, Triste de quitter ceux qu’il vient juste de critiquer.

L.D.

G.D.

Anima sane in corpore sanum Le sport obligatoire, ça partait plutôt d’une bonne idée. La panoplie de l’honnête homme, Pierre Mathiot nous l’avait promise et, c’était décidé, nous aurions la musculature assortie. Quatre années d’exercice et nous serions tout juste beaux pour le grand oral. Au début, j’étais même plutôt pour. Il faut aussi dire que pour le choix nous étions gâtés : entre nous, qui ne s’est jamais laissé tenter par une initiation au free­jazz aérobics ou à l’ultimate ukrainien ? Cette année, on donnait un cours de boxe à deux pas de chez moi, je n’ai pas hésité. Ça, c’était un sport de dure à cuire, plus jamais qu’on n’oserait me les chiper, mes chocos BN. Et puis vraiment, les premières séances étaient sympas. Nous arpentions la « salle de combat » l’air sérieux, ne frappant que le vide devant nous. « Faites comme dans Rocky » disait le prof, et nous de décrocher de splendides uppercuts actor’s studio en marmonnant Eye of the tiger. Million Dollar Baby c’était moi – Clint Eastwood en moins, le sourire en plus. Arrivée aux sacs, tout allait encore très bien. Des adversaires à ma mesure, les sacs, incapables de retourner un coup de poing. Non, je ne le savais pas encore mais les ennuis allaient vite arriver : étudiants de médecine à la recherche d’un défouloir facile, brutes épaisses de la fac de droit et paliens assoiffés de sang m’attendaient au tournant. Bref, la boxe à proprement parler s’avérait plus difficile que prévu.  Trente­sept bleus plus tard et le souvenir de mes jambes de rêve derrière moi, je commençai à accumuler les excuses pour

rester à la maison : pluie, migraine et autres soucis sont rapidement devenus des « cas de force majeure ». Si bien que je me demandai finalement comment j’en étais arrivée là. Pourquoi, à 21 ans révolus, devais­je toujours endurer le ridicule du jogging, alors même que le 3x500 du bac devait être – on me l’avait assuré – mon dernier exploit d’athlète ?

Assurément, le sport obligatoire n’était pas une pure affaire de cruauté envers les intellos à lunettes, non, il devait s’agir d’éducation. Mais alors quoi : voulait­on nous inculquer l’art d’écraser son adversaire avec fair­play ?

Celui, peut­être, de se faire une place dans la montée­descente de la vie ? De mon côté, j’avais surtout appris à travailler mes abdominaux. Il n’est pas difficile, à Sciences­Po, de limiter les cours de droit, de ne pas trop faire de sociologie, voire d’échapper largement à la science politique. Quant à la philosophie – pourtant bien utile pour qui veut passer le concours d’entrée – elle est carrément facultative : en tout, deux­trois séminaires de M1 et des apparitions passagères dans d’autres cours quand l’enseignant en voit l’utilité. Mais le sport, ça non, vous n’y couperez pas. Le sport c’est un crédit, mesdames et messieurs, on ne plaisante pas avec les crédits.  Et si on passait au crédit philo? Imaginez un peu… Une heure par semaine pour réfléchir. Pas rédiger des transitions subtiles dans un plan en trois parties, pas citer la page 78 de Surveiller et Punir parce que ça fait cultivé, pas s’endormir devant des exposés de droit administratif, non, juste réfléchir et pourquoi pas – comme on le fait parfois en éducation physique – être noté sur l’effort. Au semestre prochain, vous aurez le choix entre liberté à Lille 2, éthique à Châtelet et bonheur à Debeyre (pas de bol, métaphysique tombe en même temps que votre cours d’économie). Oui après tout, pourquoi pas philosophie obligatoire ? J’en discuterais bien plus longuement mais je dois vous laisser, j’ai sport. A.O. (dernier terrain, toujours en défense, encore


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Dans les coulisses de RDT : Histoire de l’article que vous ne lirez jamais Et puis on en a eu marre. Après tout, même si le sujet est brûlant (dans une Chine post­communiste en mal d'idéaux, le protestantisme qui offre communauté et valeurs auxquels s'accrocher, est en passe de devenir la deuxième religion nationale), ça ne nous manquera pas tant que ça de ne pas savoir comment l'héritage de Matteo Ricci, jésuite sinisant qui a converti la cité interdite au christianisme au XVIe siècle, s'est transmis jusqu'à Moulins.

Soyons honnêtes, les bizarreries de la nature, des cochons sans pattes aux candidatures de Cheminade, tout le monde aime ça. On ne pouvait donc pas rater l'occasion de vous présenter l'église des Protestants chinois de Lille. Leur devanture insolite, en plein Moulins (rue d'Arras), nous avait tapé dans l'oeil. Si bien qu'on avait décidé de les rencontrer, pour parler Luther et Mao. Un samedi matin nous y sommes allés, avons frappé, re­frappé, eu le temps de traduire trois fois les citations bibliques en chinois affichées sur la façade et de compter une cinquantaine de chaises dans la salle de l'"Eglise", avant de repartir bredouille. Le dimanche, jour de la

messe, nous a semblé plus propice à notre enquête. En effet, on nous a ouvert. Mais la dame nous a dit qu'elle n'avait

A la place des chinois, on aura donc dans ce numéro, les grecs (voir article sur les kebabs). C'est pas facile pas le temps de nous recevoir. d'être journalistes. "Revenez plus tard". Pleins de C.B. et G.P. bonne volonté, nous avons réessayé. Une fois, deux fois.

Le journaliste omnipotent Il est 20h03 à l'École de Journalisme de Lille. François Hollande vient d'être élu Président de la République. Les étudiants applaudissent, chantent, dansent, avant de retourner écrire leurs papiers pour un quotidien qui ne sera pas publié demain matin. Ces dernières semaines, de nombreux articles, sur internet ou ailleurs, critiquaient l'idée qui consiste à dire que les journalistes et le milieu du journalisme en général, seraient de gauche. A l'ESJ, au CFJ, des simulations de vote ont placé François Hollande au second tour, avec Jean­Luc Mélenchon. Il est difficile, dans ce cas­là, de contredire ceux qui nous accusent d'être de gauche.   Mais cela n'a pas vraiment d'importance. Rappelons que les grands noms du métier, n'est ce pas, comme Jean­Michel Apathie ou Raphaëlle Bacqué, ne votent pas. Apathie a même déclaré « en tant que journaliste, si je suis de droite ou de gauche, je suis inutile à la société » (personnellement, je n'ai retenu que la dernière partie de sa phrase). Le journaliste, ou l'étudiant en journalisme, au­delà de son éventuel engagement politique, est puissant. Mais il n'est pas puissant tout seul. C'est dans son appartenance à la masse de médias, au monde des journalistes. Cette masse même qui nous submerge d'articles, d'anecdotes et d'effets d'annonce. Celle­là même qui décide qui occupera l'Élysée. Celle­là même qui, en 2007, avait fait de Nicolas Sarkozy son boxeur favori, son prétendant idéal, son pote.   Ou qui, en offrant à Marine Le Pen autant de place dans ses pages, autant

d'espace dans ses reportages, a contribué à ses 20% de votes, devenus 17,9 par la suite. Et ce n'est pas la racoleuse Une du Monde – dont ce n'est pourtant pas l'habitude – qui nous contredira : « Marine Le Pen arrive en tête chez les 18­24 ans ». Vous avez dit dédiabolisation? Ce même Monde qui, comme tous les autres, a choisi François Hollande en 2012. Flamby, chouchou des médias, ne pouvait pas perdre. Comme Ségolène Royal ne pouvait pas gagner en 2007, elle qui avait été transformée en cruche par les médias. Le pouvoir du milieu médiatique est discret, sous­jacent. Il se défend, clame sa neutralité. Il affirme qu'il ne se prononce en faveur d'aucun des candidats. Son alibi : l'égalité du temps de parole. Mais cette pseudo­mesure du CSA qui oblige France Inter à inviter Jacques Cheminade à sa matinale n'a finalement que peu d'effet. Une des raisons est qu'elle ne commence qu'à un mois du premier tour et qu'elle n'est jamais respectée. La preuve, c'est que des candidats comme Philippe Poutou ou Jean­Luc Mélenchon, voire Nicolas Dupont­Aignan, ont été boostés par leur présence répétée sur les plateaux télé. Cela a été particulièrement criant avec le candidat du NPA, qui n'était plus le même candidat entre son premier plateau télé (On n'est pas couchés, où il avait été pulvérisé par Michel Onfray), et ses dernières émissions, comme Des Paroles et Des Actes ou le Grand Journal, où il s'était montré convaincant et sûr de lui, car désormais aguerri aux joutes médiatiques.

l'opinion lorsque l'on écoute le dénigrement avec lequel le bien­aimé Nicolas Demorand interroge Jean­Luc Mélenchon. («Ouais ouais, on connait la chanson... »). Et Demorand n'est pas le seul : Ariane Massenet, payée 35.000 euros par mois pour poser 3 questions débiles par émission, méprise tellement les « petits » candidats qu'on a l'impression de voir une mère qui parle à son fils, ou une CPE qui parle à un élève qui aurait fait une bêtise. Les médias font leur choix : monsieur petites blagues est plus sympathique, il sera président.

Récemment, le livre d'un chercheur (Christophe Piard, Le langage et l'image) a mis en avant une tendance intéressante : lors des dernières campagnes présidentielles, le temps de parole entre les journalistes et les politiques, dans les émissions et reportages télévisés, s'est inversé. Aujourd'hui, les politiques parlent de moins en moins, et les journalistes de plus en plus. Quand auparavant, les journalistes n'étaient là que pour introduire, présenter le politique, aujourd'hui, ils monopolisent la parole, et on finit par les entendre plus longtemps que les politiques eux­ mêmes. On a par ailleurs bien vu lors de cette campagne comme les journalistes sont devenus les maîtres (ou « faiseurs » de maître) et les politiques leurs jouets. Oui, la situation s'est inversée, à tel point qu'au Grand Journal c'est le politique, en l'occurrence Nicolas Dupont­Aignan, qui demande au présentateur, en l'occurrence Michel Denisot, de lui donner le montant de   La seconde raison vient du mépris des son salaire. Et c'est le journaliste, trop journalistes eux­mêmes. Comment ne honteux, qui refuse de lui répondre. L.R. pas voir qu'ils sont ceux qui créent


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La sociale­démocratie selon W9 Enregistré par une « Citoyenne du monde », prônant le « droit de rêver », il s’en fallut de peu pour que le dernier Album de Tal ne recelât une reprise pop urbaine de l’Internationale.

Heureusement, ses prétentions se bornent à servir de fabuleux anesthésiant social. Les lendemains qui chantent appellent désormais à la responsabilité individuelle sous fond de désorientation idéologique. « On avance », premier extrait de son album est un formidable souffle d’espoir balayant de sa poésie baroque les affres de la Crise austéritaire. Il s’agit d’abord pour Tal de rappeler les responsabilités générationnelles sous­jacentes, eu égard aux difficultés vécues par les jeunes : Si j'entends mes aînés juger, critiquer ma

génération Je pense qu'ils oublient un peu trop vite que le monde est tel qu'ils l'ont laissé Et BIM. Sentant probablement L’Insurrection qui vient, Tal s’empresse d’appeler à garder « le silence/ comme tous ceux qui osent faire bouger les choses ». La référence à Martin Luther King est évidente : ce pasteur baptiste d’une timidité maladive telle qu’elle l’empêchait de prendre la parole en public. Comment ne pas songer également à tous ces bègues qui ont marqué l’histoire politique de notre pays par leur art oratoire : Camille Desmoulins devant le café de Foy, François Bayrou sur BFM­TV, etc. En parallèle, le discrédit est jeté sur toute perspective révolutionnaire. Face à la vulgarité bestiale de la terreur gauchiste, Tal nous invite à cultiver le raffinement bourgeois de notre « île au fond de soi » tel le Candide moderne appelant à cultiver son jardin. On ne veut pas changer tout d'un coup, ni refaire une révolution Un peu plus subtils que ce qu'on croit, on a tous une île au fond de soi   Le clip ? Une flamme olympique qui passe de mains en mains, de la jeune bourgeoise en robe de soirée au loubard en survet’, allégorie d’une solidarité entre classes tournée vers le vide. Rien de surprenant à ce que les actionnaires de la Warner participent à la diffusion de cet hymne social­libéral bon teint. Reste que la franchise de Tal – qui, rappelons­ le écrit elle­même ses textes ­ nous émeut. « Manquant de repère », en « mal

d’un idéal », il ne me reste qu’à lui conseiller d’ouvrir un livre entre deux show­case Fnac pour affermir sa culture politique. Vous invitant également à écouter le deuxième extrait de son opuscule, « Le sens de la vie ». A savourer mezza­voce en feuilletant distraitement quelques pages des Héritiers de Bourdieu et Passeron. Ou comment mettre en scène le « choix » d’une carrière artistique tout en égrenant joyeusement quelques lourds déterminants familiaux : « Une maman, une tante et une cousine chanteuses, un père guitariste, un frère compositeur »# . A tous ceux qui n’ont pas trouvé le sens de leur vie : Même dans le ciel qui se voile, Il y a toujours une étoile. Qui scintille et nous guide sur le chemin de nos rêves. Et quand on y croit, un nouveau jour se lève.  Et si par malheur vos parents n’ont pas d’amis dans le showbiz, tournez­vous vers « l’inaccessible étoile »…   Quelques données pour finir. Le clip le plus vu de l’histoire de l’Humanité ? Baby de Justin Bieber plus de 725 millions de fois depuis sa mise en ligne. Cela représente 5169 ans de visionnage cumulé. Si un même type avait dû regarder ce clip pour toutes les fois où il a piqué les yeux de jeunes adolescentes californiennes, il aurait dû commencer en ­3157 avant JC, en même temps que l’invention de l’écriture, c'est­à­dire à la fin de la préhistoire. A.M.

« C'était mieux avant ! » Quel que soit le sujet, pour peu qu’il soit culturel, on peut toujours se dire que «c’était mieux avant». Gimme Shelter, on dit que c’était mieux que Asereje, parce qu’il semble évident que l’intégralité de la population mondiale n’écoutait que les Rolling Stones pendant les années 1970. Clairement, il n’y a pas besoin d’expliquer que c’est complètement faux, et que la musique pourrie a toujours existé. À cette époque, cette chanson était bien loin d’être au top du hit­ parade, et n’a même jamais été sortie comme single. Voici un extrait du refrain du n°1 des ventes de 1969, Sugar Sugar par The Archies:

«Honey, ah sugar sugar You are my candy girl And you've got me wanting you. I just can't believe the loveliness of loving you» C’était pas si mieux avant, en fin de compte. Et si on se focalise sur Gimme Shelter aujourd’hui, c’est parce que cette chanson est une bonne chanson, et pas simplement un truc démago­rigolo qui faisait boogie­woogie les minettes de l’époque (R.I.P Las Ketchup). Si on regarde l’histoire de la musique, de la

littérature, du cinéma et de tous les autres arts, on ne trouve en grande majorité que la production de qualité de l’époque. Alors, ouais, on peut dire que les personnes qui refusent d’aller voir les Incontournables UGC parce qu’il a gravé l’intégrale des lauréats du Lion d’Or du Festival du Film de Venise sont des réacs qui ne vivent pas dans leur temps. Mais ces personnes là peuvent raisonnablement espérer qu’au moins un film sur deux qu’ils verront sera un très bon film, ce dont je doute fortement au sujet des Incontournables. Alors si leur envie c’est d’avoir une expérience esthétique de qualité face à un contenu donné, il est plus probable qu’il trouvera celle­ci dans le top 10 de l’American Film Institute plutôt que parmi les XXX films produits à Hollywood en 2012 parce que l’AFI révise régulièrement son classement au fur et à mesure que sortent de nouveaux films. Le fait est là: le temps qui passe fait office de filtre pour nous livrer, aujourd’hui, ce qui a résisté au temps et qui reste toujours aussi bon. Si Citizen Kane est toujours en première position, c’est parce que c’est un bon film, sans que ce soit forcément le film préféré de chaque individu sur cette planète.

Ça veut pas dire qu’il faille absolument cracher sur tout ce qui a été produit après les années 2000 (et encore, on a suffisamment vieilli pour que cette décennie commence à devenir cool). Il faut être teubé pour n’admirer que les oeuvres du passé et refuser de faire partie du public de celles de notre époque. La seule chose à faire, c’est adapter son échelle de valeur. Les Incontournables UGC, c’est l’ensemble des bons films de l’année, c’est pas l’ensemble des bons films de l’histoire du cinéma, donc ouais, ils sont en général moins bons, mais ça veut pas dire qu’ils soient tous à chier, et encore moins que ce ne soit pas intéressant d’aller voir ce qui se fait aujourd’hui et de le comparer avec ce qui se faisait avant. Ça ne sert absolument à rien de se dire que «vas­y les années soixante c’était beaucoup trop cool, y’avait du vrai rock au moins», parce que je suis sûr que si t’es suffisamment à fond pour aller chercher les pépites de ces années­là, tu pourrais aussi trouver celles de ton époque, et qu’elles seraient toutes aussi bien. Ouais, IAM c’était peut­être mieux que Sexion d’Assaut, mais y’a toujours du bon rap français, c’est juste qu’il est pas affiché en 5x3 mètres dans le métro parisien. Pierre D.


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Carnet de voyage : Réponse à L. R Alors oui, c'est sûr, la 3A, on en a tous les larmes aux yeux. Tous ces lamas et ces pêcheurs qui nous reviennent en tête en regardant les étoiles le soir à Lille. Notre cœur se serre quand on passe devant une agence de voyage, même si nous, on n’était pas des touristes, c'était chez nous, là­bas. En même temps, Lucas, la nostalgie, c'est un peu comme un gros oreiller en plomb, qui nous a bien écrasé en septembre. Et puis au fur et à mesure, il s'est changé en un petit oreiller chaud et douillet sur lequel on aime bien s'endormir. C'est tout.   Parce qu'au fond, la France, on l'aime quand même. Et peut être même beaucoup plus depuis qu'on l'a quittée. Bien sûr, on dit tous qu'on ira vivre au Brésil / Inde / Turquie / Etats­Unis dès le diplôme empoché. En attendant, sans licence ni autre équivalence, bloqué qu'on est à Lille, je pense qu'on aime tous ça. Et c'est pas parce qu'on est maso, c'est parce

qu'au fond, cette ville est folle dingue. Avant de partir, ça se passe comme ça. En première année, on prend le métro de la gare Lille­Flandres à Mairie de Lille, parce que quand même, ça a l'air de faire une trotte sur le plan distribué par le Ch’ti. Et puis quand on sort, on va danser rue Solfé le jeudi, ou chez les gens, puisque tout le monde a un appart sans ses parents. Mais bon, ils nous manquent un peu quand même alors on rentre à la maison, pas beaucoup hein, juste un weekend sur deux ! En deuxième année, on a l'impression d'avoir fait le tour de la ville et le tour des paliens. Et puis les cours... J'aurais vraiment mieux fait de me barrer en socio... Ça dégouline la déprime ? Attendez, je ne vous ai pas encore parlé du retour.   Alors, après avoir passé un an dans les champs / à la plage /au milieu des grattes ciel / dans la forêt amazonienne, avec des

Anxiolexique 1er mai : Depuis la récupération politique de la fête du travail par le Front National pour certains la pucelle représente le mal absolu: Jeanne D’Arcvador. Débat présidentiel : Candidat 1 : “Quand l’homme nie à tort !“/ Candidat 2 : “Calomniateur ! calomniateur !” Débauche : en rentrant d’Aix, la promo lilloise était rouillée, elle souffrait d'arth’crit . Espagne : 24 % de chômage et 3,3 % des foyers ne recevant aucun revenu. Les mecs au lieu de doper les sportifs et si vous dopiez la croissance ? #adopteunpays.com Financement illégal : Le président est dans le Sarkolimateur de l’opposition. Football : Lionel Messi dit avoir raté LePenalty contre Chelsea à cause du score de Marine au 1er tour. Mais si tu crois qu’on va te croire ! Happy Birthday : Pour l’anniversaire d’un ténor du PS, DSK a fait le déplacement au “J’ose”(pin), ancien sex­shop. Le thème était “Sécurité et matraquage policier” et l’ex­ président du FMI a suivi le Dray’ss Code avec “sa petite lanière en cuir”. Boulet dans la campagne et dur d'enchaîner par la suite. #Soirée SM. Intellectuels : Sur Twitter, Mickael Vendetta assure quitter

la France si F.Hollande est élu. Il rejoindra G.Forget, R.Gasquet, J.W. Tsonga et J.Halliday en Suisse. La fuite des cerveaux, un véritable fléau. #CoupeDévisse #CoupeDébiles

étudiants / des banquiers / des serveurs / des musiciens / des comédiens / des lamas (ouais j'aime bien les lamas moi aussi), on se dit que ça va pas être facile tous les jours. Ou en fait, on ne se dit rien, on anticipe, on attend le gros choc. Qui arrive dès qu'on pose un pied sur le terrain miné à la sortie du métro Porte de Valenciennes. "Mais pourquoi ils sont tous blasés les 4A?" entends­je de­ci de­là. Pfff. Je pense pas que tu puisses comprendre, gamin, on en reparle dans un an. Mais à ce moment là, en septembre 2011, si j'avais eu une Delorean, j'aurais pu me dire à moi même Pfff. Tu crois que tu ne pourras plus jamais être aussi heureux que l'année dernière ? On en reparle dans un mois.  Parce qu'ici aussi des anecdotes, on en ramasse. Et le sac menace d'exploser toutes les semaines. Pourquoi ? Parce que l'aventure ça ne se passe pas qu'à l'autre bout du monde. On ne respecte

QUI SOMMES­NOUS ? Chef d'orchestre un peu caricatural: Clément Quintard Rédaction en chef éditoriale: Trois maoïstes de Lambersart et leurs poules du nom de Mark et Ting Jeux de mots, toujours ghetto: Laurent Duarte Ma biche: Thomas Chevallier

Mécénat : en hommage au philanthrope récemment décédé, la direction de l’IEP compte appeler l’amphi B déchu, le Kadhamphi.

Parce que le meilleur RDT fut celui dans lequel il n'a pas écrit: Matthieu Vasseur

Polémique : pendant 3 semaines, les politiques de tout bord se sont écharpés sur les causes et les conséquences des meurtres de Toulouse. Ils ne se taisaient plus, à chaque fois la même interrogation de notre part : “ l’affaire Merah sa gueule ?”.

Futur papa: Lucas Roxo

Premières dames : lorsque Carla devient plus intelligente, Carla Brunit. Tandis qu’en Syrie quand son mari tue, elle Asmar. Retournement de veste : Martin Hirsch, ancien ministre de Sarko aurait toqué à la porte de Hollande pour un poste. Celui­ci ayant refusé, le voilà qui se tourne vers la Chancelière allemande : “Hirsch liebe dich”. Sciences Po Paris : les larmes et les effusions de sentiments ont recouvert d’ombres certaines dimensions du décès de directeur de l’école de la rue St­ Guillaume. Les policiers new­ yorkais ont d’ores et déjà prévenu : “Il y a descoings sombres dans l’affaire”. L.D.

Ligne éditoriale de gauche (pas trop molle): Simon « barberousse » Pillan

L'homme qui parlait à l'oreille des moines: Louis Belenfant, le bien­nommé Ligne éditoriale de droite: Guillaume « le belge » Pluntz

pas forcément toutes les promesses qu'on s'est faites en 3A (un enfant en route Lucas ?) mais on en fait d'autres. En racontant à nos parents qu'on a fait du stop entre Lille et Lambersart, ils peuvent aussi s'inquiéter (ou en tous cas ils devraient). Des grandes prophéties sur la vie, on en entend dans les bars un peu pétés de Wazemmes. Des pêcheurs, on en croise au Carnaval de Dunkerque sur la Grand place lors du lancé de harengs; et des lamas, ben... Ouais ok, c'est peut­être la seule chose qui nous manque à Lille. Mais les rencontres, elles sont toujours aussi nombreuses, même au sein des paliens, parce qu'il n'est jamais trop tard pour nouer des amitiés. Bref, Lille je t'aime et c'est grâce à Istanbul / Budapest / Berlin / Londres / Rio / Tokyo / Stuttgart. J.M. et C.S.

Actionnaires: Les parents maçons de Lucas Roxo et Laurent Duarte Remerciements tout particuliers à :

Pigistes précaires que nous avons daigné publier: Vianney Dhaussy, Vadim Poulet, Romain Basly, Gabriel de Azevedo, Céleste Simonet, Vincent Gabard, Ibtissame Bellehouane, Alix Pichon, Vianney Schlegel (c'est mon coloc!), Pierre Depaz, Amandine Ouillon Sans qui rien n'aurait été possible: Les protestants chinois, le compte facebook de Camille Brilloit, l'imprimerie en face de Lille 2, Delphine Brunin et Franck Dubois, opérateurs de maintenance à l'IEP, la communauté du 28, le courrier des lecteurs pas du tout inventé (sauf celui d'Arthur Bouchat), les révélations people d'Emilien Quinart, les rumeurs d'alcoolisme de Martine Aubry, la pseudo­ séquestration de Pierre Mathiot, le graffeur aux poissons, les amis de Tomas Statius, Virginie Caekebeke

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Caviste musical: Guillaume Mobster­Dufour

Pour le réconfort apporté: Rimbaud et Rambo, les cigarettes roulées de Matthieu, les gâteaux de Carlotta, l'appartement de Justine et son affiche The Artist, Mark & Ting, la coupe de cheveux de Marin de Silans, le programme du Front de Gauche

Cols roulés: Benjamin Leclerc

Diffusion: La cafèt'

Poutous partout: Margaux Wartelle

Distribution: « Vers l'infini et au­delà »

Corée­graphies Alice Bonnaud:

Abonnements: Appeler Daisy au 999.999.999

Défense des sans­papiers: Charlotte Martinez The Dreamer: Justine Martin

Bourdonnements: Anaïs Marie Cinéphile Collins: Ambre Maillard Articles d'opinion un peu longs: Victor Collard

Dépôt légal : mai 2012 Directeur de la publication : Jean­Luc Mélenchon

Correcteur repenti: Manu Capsicaps

Rue de Trévise: L'appartement de Justine Martin 59000 Lille aux enfants CEDEX

Régie publicitaire: Camille Brilloit et son association « Moulins je t'aime »

Imprimerie artisanale L.R.

Rue de Trévise n°6  

Dernier numéro de l'année, RDV à la rentrée !

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