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Grenoble : une ville audacieuse Grenoble est un territoire urbain au cœur d’un massif montagneux, partagé avec plusieurs communes limitrophes. Cette ville est bordée par deux rivières (le Drac et l’Isère) lui offrant un caractère particulier et dessinant les limites naturelles de la ville. Trois vallées forment naturellement les accès de la ville. Grenoble est donc une ville encaissée et plane, prisonnière de son environnement naturel, qui engendre une forte amplitude thermique (environ 50°). Afin d’introduire notre propos, il serait intéressant d’observer un bref rappel historique du développement urbain de la ville de Grenoble. Jusqu’au début du XXe siècle, Grenoble a été longtemps une ville de garnison militaire. Aujourd’hui, celle-ci est avant tout une ville universitaire, culturelle et sportive. Grenoble est sélectionnée en 1964 pour organiser les Jeux Olympiques d'hiver de 1968. Cet évènement majeur modifiera considérablement l'aspect de la ville. La ville se développe énormément vers le sud à partir de cette date : l'urbanisation est continue entre toutes les communes de l'agglomération, la Villeneuve et le centre commercial Grand’ Place sont construits dans les années 1970, le parc des expositions Alpexpo est installé à la limite avec Eybens, les autoroutes arrivent à Grenoble et la Rocade sud est construite. Le développement urbain de la ville s’est déroulé selon deux modes de croissance. Le premier, radio concentrique s’est développé autour du noyau gothique lové en bordure de l’Isère. Le second s’est fait le long de l’axe nord/sud qui part de l’Isère en direction d’Echirolles. La ville s’est également agrandie par la démolition de ses enceintes, c’est le cas notamment des Grands boulevards, axe est/ouest qui s’est urbanisé dans la décennie 50/60. Redoublant cet axe plus au sud, l’avenue de l’Europe, constitue la limite sud de la ville et mérite d’être repensée dans une nouvelle relation entre bâti/espaces publics et voirie. De plus la problématique de requalification de l’avenue de l’Europe devrait également permettre de retravailler cet axe, dans ses accroches avec les tissus urbains périphériques. L’avenue de l’Europe est une grande voie tracée pour servir de réserve foncière. L’urbanisation qu’elle a entraînée, n’est pas à la hauteur du rôle que cette voie peut remplir dans l’armature urbaine de la ville de Grenoble. D’autant plus, cette ville manque cruellement de foncier pour continuer à se développer. L’avenue de l’Europe manque d’image globale urbanistique et se présente comme le trait unificateur de diverses expériences architecturales possédant leurs propres écritures (quartier de l’Arlequin, Village Olympique…). Plusieurs pôles industriels et tertiaires (comme Alstom et le centre commercial Grand’ Place) viennent s’y greffer. Cela renvoie une impression d’hétérogénéité sans cohérence au fil de la séquence urbaine du boulevard. Après avoir observé et fait un état des lieux de notre objet d’étude, il serait intéressant d’envisager comment requalifier l’avenue de l’Europe tout en lui apportant une nouvelle qualité de vie et une attractivité.


I. Le canal, un enjeu urbain La ville de Grenoble adopte depuis quelques années une nouvelle politique architecturale axée sur la réorganisation harmonieuse des tissus, sur une cohérence dans l’urbanisme de la ville et sur une approche expérimentale de l’association de l’habitat et des espaces verts. En considérant ces orientations et lorsqu’on se penche sur l’avenue de l’Europe, notre première intention est de recoudre les tissus existants distendus afin de retrouver un axe linéaire et homogène. La requalification redonnera un nouvel élan aux quartiers sud de Grenoble et leur apportera une nouvelle identité. Enfin, par cette approche nous tenterons de minimiser l’utilisation de la voiture, de développer les transports en commun et d’obtenir une nouvelle qualité de vie pour les habitants. Notre proposition est axée sur l’apport d’un canal qui prend place de l’avenue de l’Europe. Ce canal relie les deux rivières qui traversent l’agglomération grenobloise, le Drac et l’Isère, afin d’apporter un caractère particulier à une avenue devenue maintenant totalement transformée. Les quartiers traversés par ce cours d’eau retirent un usage singulier dans leur rapport avec le canal. Ce dernier devient l’élément fédérateur des zones urbaines présentes sur les deux rives et nous amène de ce fait à nous demander : en quoi le canal peut-il être un élément structurant et dynamique à l’échelle d’une ville et d’un quartier ?


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Le canal à l’échelle de la ville

Le choix d’un nouveau canal pour une ville permet de structurer le territoire et de lui offrir une nouvelle image. Ce dernier irrigue les quartiers enclavés et apporte une architecture novatrice ainsi que des infrastructures en relation avec l’eau. Cela sous entend le développement de zones actives afin d’introduire une certaine attraction aux quartiers ainsi créés : promenades, berges actives, parcs… Actuellement, les deux rivières ne sont pas praticables pour des activités de loisir, mais leur utilité se restreint à l’activité des centrales hydroélectriques. Nous proposons donc aux grenoblois un canal accessible dont ils peuvent s’approprier l’usage. Dans la continuité de notre intension de diminuer l’utilisation de la voiture, nous transformons les axes de circulation de 4 voies (deux fois une voie) en axe de circulation à deux fois une voie. Nous conservons et connectons les lignes de tramway au reste de la ville, et nous proposons la création d’une ligne de bateaux bus. Cette dernière a aussi pour but de relier nos nouveaux quartiers avec les différents pôles d’activité situés aux exterminés de l’agglomération. Enfin sur un aspect climatique et écologique, le canal résout en partie des problèmes d’amplitude thermique, dans le sens où il amène une fraicheur et une hygrométrie certaine pendant les saisons chaudes. De plus, comme Grenoble est une ville dont la nappe phréatique se situe à environ 2 mètres de profondeur, le canal peut être à l’origine de l’assainissement des sols en canalisant l’eau.


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Le canal à l’échelle du quartier

A l’échelle du quartier de l’avenue de l’Europe, notre proposition de master plan a tout d’abord été raisonnée en fonction d’un découpage crée par les axes routiers Nord / Sud préexistants. Ces grands axes, qui constituent les boulevards principaux de la ville de Grenoble, jouent donc un rôle de connexion entre les quartiers Nord et Sud de la ville. Ainsi ils viennent créer une succession de séquences transversales mettant ainsi en évidence les grandes lignes de notre proposition du découpage urbain. Ce premier tracé a ensuite donné naissance à un redécoupage interne de chacune de ces séquences en respectant l’existant conservé et en créant par ailleurs de nouveaux îlots dans les zones qui nous semblaient judicieuses. Ainsi, il nous paraissait important afin d’avoir une cohérence et une relation avec le contexte urbain dans notre tracé de proposer dans un premier temps un découpage plus ou moins régulier dont certaines voies seraient en concordance avec celles présentes au préalables mais aussi de préserver le bâti qui selon nous joue un rôle important dans l’identité du quartier (comme par exemple le village Olympique, les entrepôts Alstom, la patinoire, Alpexpo….). En contre partie, il nous a semblé nécessaire, dans la mesure où Grenoble observe une pénurie de foncier, de supprimer quelques grands ensembles comme des centres commerciaux (Grand Place), des hangars / entrepôts et des bâtiments tertiaires pour retrouver de nouvelles opportunités de zones constructibles. Ceci privilégiera la construction de logements, d’édifices publics, de commerces de proximité, d’activités, de services et d’espaces publics.


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Séquences Est/Ouest

Le découpage viaire donne naissance à des séquences variées sur l’avenue de l’Europe que nous pouvons distinguer suivant la nature du tissu urbain préexistant. Il apparaît une diversité dans la linéarité de l’avenue qu’il nous semble important de mettre en valeur. L’unité dans la diversité est une notion que le canal incarne, il est l’élément unificateur. Afin de rompre avec une régularité des façades donnant directement sur le cours d’eau, il nous parait pertinent de ponctuer par des respirations dans un nouveau tissu réorganisé et tramé. L’idée est d’apporter de grandes places publiques pouvant accueillir des activités diverses associées à des usages de proximité. La présence de vide urbain génère des centralités et attire des équipements culturels, scolaires, sportifs et tertiaires. Disperser ponctuellement des espaces générateurs de vie le long du canal nous permet d’obtenir une homogénéité dans l’organisation urbaine des activités. Cette intention aboutie à une mixité sociale et spatiale. Associés à chaque place publique, nous proposons un équipement culturel emblématique afin d’apporter des repères aux vides urbains et au canal. Egalement, notre volonté est de redonner un commerce de proximité aux logements existants et créés. Le centre commercial Grand Place absorbe actuellement la totalité des activités commerciales de la partie Sud de Grenoble et il nous semble donc nécessaire de supprimer le centre lui-même et diffuser les activités tout au long de l’avenue. Le végétal prend une place majeure dans notre démarche de restructuration des quartiers en venant renforcer les espaces verts déjà existants et en insérant de nouveaux pour structurer l’espace urbain. Le vide végétal apparaît comme une dilatation dans la densité du tissu urbain. L’élément végétal nous permet également de résoudre certains rapports d’échelle entre les bâtis existant et les bâtiments du projet. Une promenade longe le canal depuis le quartier de l’Arlequin jusqu’au parc des Champs Elysées passant successivement d’une rive à l’autre. Ce cheminement est pensé comme un élément protégé, calme et serein à l’abri des arbres se nourrissant de la générosité de l’eau.


● Extrémité Est La première séquence marque l’entrée Est de la zone d’étude. Elle propose un bâti traité en rapport avec du végétal et des canaux secondaires qui s’inscrit dans la continuité du tissu existant. Cette partie est également traitée tout d’abord comme une transition entre l’habitat individuel et collectif puis comme un élan vers le développement des activités plus à l’ouest. C’est une séquence dont l’utilisation de la voiture est réduite et qui marque les premières intentions de l’image et de la pratique que l’on veut donner au Boulevard de l’Europe. ● Relation avec l’Arlequin et Alpexpo Le principe de cette séquence repose sur la manière dont le canal est traité. En effet, celui-ci s’élargit vers le quartier existant de l’Arlequin afin de l’ouvrir sur un élément novateur et de lui apporter de nouvelles activités. Ainsi, une promenade végétale, composée d’édifices de grandes hauteurs aux activités diverses (logements, espaces de loisirs, services…), entretient un rapport direct avec l’eau et permet de créer le lien de connexion entre le canal et l’existant. De l’autre coté, cette promenade profite à l’espace public et aux bâtis traités de façon linéaire en rapport avec le canal. Cette séquence met en place une organisation tramée des îlots proposant du logement majoritairement. Cependant, afin d’y amener de la diversité et de la mixité, bureaux, commerces de proximité, activités et services viennent enrichir ce quartier. Ainsi, le quartier existant d’Alpexpo s’inscrit dans la dynamique des activités apportées. Il est également important de soulever l’absence de la voiture de part et d’autre du canal. Il s’agit ici de laisser le canal aux piétons, au végétal et aux activités. ● Relation avec le Village Olympique Cette période est marquée par un élargissement de la promenade qui se déroule le long du canal au pied du Village Olympique. Ce dernier possède sa propre architecture et intervient comme un moment important et particulier sur l’avenue de l’Europe. Il est composé de plusieurs entités, où sur le canal, le front bâti est relâché car un système de parc habité tel des plots disposés irrégulièrement dans le végétal. Son rapport est à prendre en compte et donc nous réalisons un travail de réorganisation urbaine basé sur la création d’îlot d’échelle humaine. Le quartier revêt un usage essentiellement piéton où les voitures sont stationnées dans des silos de parking en périphérie proche du quartier. Le commerce en rez-de-chaussée prend ici tout son sens et donne au lieu un caractère attractif. Une grande place articule les différents types d’espace urbain et aboutie sur un équipement culturel majeur de la ville de Grenoble. ● Rapport entre les grands ensembles et l’échelle individuelle Dans ce moment de l’avenue de l’Europe, à l’état initial, les deux rives s’opposent et relèvent d’une grande hétérogénéité. La présence des grands ateliers de la société Alstom marque un passé de la ville de Grenoble et nous transformons cet ensemble en réhabilitant les lieux industriels en un vaste équipement culturel se mêlant à des logements réhabilités sous les nombreux sheds de l’usine. Le rapport au canal se matérialise par un vaste espace public, capable d’accueillir des manifestations culturelles temporaires, mettant en scène en son centre le nouveau théâtre de Grenoble. En lieu et place d’autres bâtiments tertiaires et industriels ne possédant pas le même intérêt architectural que ceux d’Alstom, nous avons choisi de retracer un nouveau système viaire afin de réorganiser le tissu urbain. Ce quartier concilie des écarts importants d’échelle de bâtiment dans une hétérogénéité marquée. Il nous parait judicieux de traiter leur rapport. L’enjeu lors de cette séquence est maintenant de concilier les zones de couture entre les différents bâtis existants et la nouvelle trame projetée. ● Extrémité Ouest Cette zone marque l’entrée Ouest de notre master plan. C’est un espace très vaste, très végétal, occupé en grande partie par un parc qui traverse le canal. On y retrouve un complexe sportif composé d’un nouveau stade et de clubs de sport (tennis, basket-ball…) et ponctué de pavillons consacrés aux loisirs sportifs. De ce fait, ce parc réintègre l’idée d’une certaine activité et gagne en attractivité. Plus à l’Est, on peut noter la présence d’une zone de logements individuels ou intermédiaires qui créée une transition entre le végétal et la densité des nouveaux quartiers d’habitats collectifs et de bureaux. Cette séquence est marquée par une absence quasiment totale des transports motorisés. En effet, hormis les deux voies qui longent le canal par la berge nord, les voiries restent piétonnes et dédiées aux transports dits « doux » (cycles, tramway). Il est prévu, pour que les résidents garent leurs voitures, des tours silos disposées aux extrémités de la zone. L’enjeu de cette séquence est donc de travailler sur un projet qui marquera l’entrée Ouest de la nouvelle avenue de l’Europe, faisant aussi une transition entre parc et quartier de bureaux grâce à la mise en place de logements intermédiaires et/ou collectifs et de leurs besoins. Le choix de la création d’un canal comme outil de requalification de l’avenue de l’Europe nous permet de donner une identité commune sur son ensemble. Le canal devient au fil des séquences un élément catalyseur de projet. Il joue avec l’architecture nouvellement apportée où les séquences brisent une linéarité souvent associée à la présence d’un cours d’eau dans la ville.


II. Territoires de regards Le projet architectural prend place dans un moment de l’avenue de l’Europe, où à l’état initial, les idéologies urbanistiques présentes sur les deux rives du canal s’opposent et relèvent d’une grande diversité. Les formes urbaines cohabitent sans trouver de cohérence dans le rapport qui existe entre elles. D’un coté des logements individuels ayant leur propre orthogonalité, de l’autre côté, une vaste étendue d’entrepôts vétustes créant une rupture d’échelle avec son environnement. L’enjeu est de réorganiser le tissu par des dimensions d’îlot maîtrisable et d’échelle correcte en conciliant les zones de couture avec les différents bâtis. L’une des premières intentions est d’appréhender l’environnement direct afin de mieux comprendre les problématiques et les enjeux du site d’étude. Prendre en compte les éléments urbains préexistants de la zone d’étude est une démarche adoptée visant à mieux saisir les véritables questions que pose la requalification de l’avenue de l’Europe. Une prise de position audacieuse telle qu’amener un canal dans la ville de Grenoble induit une analyse approfondie de la qualité des lieux traversés. La question de la terminaison des tissus existants jusqu’au canal se pose et la façade que l’on donne à voir depuis le nouvel axe de l’Europe revêt un caractère important. La relation qui s’installe entre le canal et le bâti devient cruciale. Une grande surface d’entrepôts délabrés se situe sur le lieu actuel du projet. La proportion de ce bâtiment n’est pas conjugable avec la proximité du canal, d’où la volonté de bâtir à la place un nouveau tissu urbain basé sur une trame régulière. Une échelle humaine est à retrouver dans un quartier en manque de repère et mal dimensionné. Cette grande surface libérée permet de correctement maîtriser l’alignement bâti sur le canal. Cette dernière se trouve au Sud de l’avenue et endosse le rôle de transition entre les architectures des grands ensembles de la ville d’Echirolles et le canal sur l’avenue de l’Europe. L’échelle imposante de ces bâtiments des années 60-70 (de hauteur équivalente à R+11) est absorbée par un parc public pensé comme un espace végétal tampon afin de traiter le rapport avec les îlots de la nouvelle trame. Ce vide urbain permet de traiter les relations par la distance, donne du recul sur les diverses architectures et apporte un espace vert supplémentaire nécessaire aux logements. Au Nord de l’avenue de l’Europe, un lotissement de plusieurs logements individuels, possédant sa propre orthogonalité est conservé et dont les limites sont à retravailler notamment dans la relation qu’il entretient avec le canal. A l’origine, ce tissu d’échelle individuelle n’instaurait aucun dialogue avec l’avenue de l’Europe laissant ainsi des espaces résiduels sur les franges. La terminaison de ce tissu trouve un alignement sur le canal avec des bâtiments d’une hauteur en harmonie avec l’habitat individuel. Egalement, un alignement est réalisé en limite de la place respectant l’orthogonalité adjacente. Une place minérale épurée incarne le nœud entre deux séquences pour marquer une respiration dans la linéarité du canal. Elle est traversée par la promenade qui suit le cours d’eau depuis le quartier de l’Arlequin. Cette place fait partie de ces espaces générateurs de vie le long du canal.


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Un contexte singulier

Cette séquence tisse un lien particulier avec les bâtiments existants qui constituent son contexte où la rupture d’échelle est forte. L’un des enjeux du projet est de travailler sur le rapport à l’existant et sur le passage de l’échelle individuelle à celle des grands ensembles. L’apport d’une trame d’îlot permet de clarifier l’espace et d’obtenir une lecture urbaine précise dans un tissu en manque de repère. A l’échelle de la ville, le canal donne une image unique à l’avenue de l’Europe et s’enrichie d’une diversité de paysages et de perceptions au fil des séquences. La trame régulière de cette séquence permet d’identifier le quartier notamment dans la relation singulière qui s’instaure avec le canal. Sur la rive Sud, deux rangées d’îlot séparent l’espace végétal tampon du canal. Cette disposition induit une perception possible du canal uniquement pour les bâtiments orientés vers le nord et donc vers le canal. Le rapport de l’eau avec les ilots ne doit pas se faire seulement avec les bâtiments sur le quai. C’est pourquoi, le bâti se positionne perpendiculairement afin de permettre une perméabilité entre le canal et les ilots dits « de seconde ligne ». Un dialogue avec le canal s’installe sur une large épaisseur bâtie et dont les vues se dégagent pour profiter de l’ambiance que génère l’eau dans la ville. Sur la rive Nord, la place prend son sens dans l’attention qu’elle porte à son environnement proche. Sa cohérence se révèle à l’échelle de la ville mais se renforce encore plus à l’intérieur de cette séquence. Les usages qui lui sont conférés font d’elle un élément catalyseur pour le quartier. Il est intéressant de se pencher plus précisément sur les tensions qui se créent entre les deux rives, les relations des bâtiments avec le canal, et les cheminements en continuité du canal. L’une des problématiques qui interroge le projet est : quels sont les rapports qu’entretient le bâtiment de logement avec le canal ?


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Un ruban comme articulation urbaine

Le projet architectural prend sa place dans ce contexte singulier, à l’articulation de plusieurs intentions. Il s’enrichie des éléments qui l’entourent et s’appuie sur les volontés du masterplan. Le projet s’installe sur une tranche transversale au canal permettant de travailler sur le rapport entre l’habitat individuel, la place publique, le canal, les îlots, le parc public et les grands ensembles. L’intention principale du projet est d’offrir le canal aux ilots, de recoudre les deux rives du canal, et de se connecter à l’existant. Le projet utilise le vecteur de l’eau pour réinventer une nouvelle façon d’habiter à Grenoble. L’architecture doit se nourrir du potentiel de l’eau pour apporter une nouvelle qualité de vie aux habitants. Le canal entre dans l’îlot par une extension offrant à un maximum de logement la perception de celui-ci ainsi qu’un accès facilité. L’îlot en second plan s’ouvre complètement pour accueillir l’extension du canal et offre un fond de scène perçu depuis la place publique. Amener l’eau dans l’îlot induit la mise en place d’une ambiance particulière, où les reflets de la lumière sur l’eau animent les façades d’un mouvement perpétuel au gré du vent, où l’atmosphère sonore imprègne les lieux d’une paisible tranquillité. En plus d’observer une qualité du climat du lieu, une multiplicité d’usages peuvent s’y dérouler. Le projet se lit comme un U liant à l’îlot deux barrettes perpendiculaires au canal à l’îlot maintenant ouvert sur l’extension. Cette image traduit la volonté d’ouvrir l’îlot à l’eau et de lire le projet dans une unité complexe. La seconde idée forte du projet architectural est de permettre une connexion entre les deux rives du canal tout en conciliant plusieurs usages. Le U initial s’interrompt ou se prolonge pour coudre les deux rives du canal. Le bâtiment se soulève depuis le cœur d’îlot et s’accroche au sol par des pilotis représentant les halls d’entrée des logements. Ce franchissement intervient comme un accident dans la linéarité de l’avenue de l’Europe devenant ainsi un repère pour le quartier. Le bâtiment traverse le canal et se brise pour rejoindre le cœur de la place publique en s’alignant respectueusement sur l’orthogonalité du tissu d’habitat individuel adjacent. L’idée est de sortir de l’îlot, de déployer l’îlot. L’inclinaison trouve sa justification dans le rapport à l’existant et dans la volonté de voir à la proue du bâtiment pont un équipement culturel majeur (Bibliothèque municipale à vocation régionale). Cette présence de la culture sur une place trouve son origine dans les intentions du masterplan. Elle attache à cette intervention une dimension structurante du territoire. Le franchissement du canal par le bâtiment permet une traversée piétonne en continuité de la promenade sur les berges rejoignant le quartier de l’Arlequin à celui de la cité Mistral. Une passerelle fine est suspendue à la sous-face du bâtiment et se présente comme un moment original du cheminement piéton. Le projet apparaît comme l’élément fédérateur et structurant du territoire.


Le projet doit être lu comme une unité. En plan masse, sa forme dessine un ruban qui se déroule entre des vides qu’il organise. Ce ruban se brise, s’interrompt ou se soulève dans un corps à corps avec son environnement. Il procède à une cassure pour répondre à l’orthogonalité d’un tissu existant, s’interrompt pour permettre des porosités, et se soulève pour franchir le canal. Ses attitudes sont multiples, sa position d’articulation se renforce. Le ruban joue autour de trois espaces vides aux usages différents. Ces derniers possèdent chacun une ambiance particulière selon des pratiques distinctes. Le premier est le cœur d’îlot, en relation directe avec l’extension du canal se soulève pour contenir le parking des logements formant ainsi un socle. Ce dernier se creuse le long de deux des bâtiments afin d’ouvrir une rue intérieure à l’îlot privée donnant accès aux locaux communs des logements. La liaison avec le niveau supérieur du socle se fait par des passerelles reliant le premier étage des halls d’entrée. Quelques arbres monumentaux traversent la dalle du parking pour prendre leurs racines en pleine terre amenant également du jour et des repères au niveau du parking. Le cœur d’îlot est pensé comme un espace extérieur partagé. Des bureaux s’orientent sur le cœur d’ilot appuyant l’idée de la mixité de cet espace. Les arbres constituent les éléments majestueux montrés dans le fond de scène induit par la forme en U de l’îlot. Ce lieu est plongé dans une atmosphère calme aux multiples usages et notamment en relation avec l’eau. Le deuxième espace vide articulé par le projet, se situe à l’Est du « bâtiment pont » et dénote d’une forte présence végétale. Il incarne le rôle d’espace vert privé et collectif au centre des accès aux halls, au parking, et aux quais d’arrimage des bateaux. Le bâtiment se soulève du sol afin de laisser pénétrer l’extension du canal jusqu’au parc servant également de protection des bateaux. Le troisième espace en relation avec le projet représente la cour de l’école qui se situe dans le bâtiment détaché de l’îlot. La cour se développe en continuité du préau présent au rez-de-chaussée et offre également des vues sur le canal qui la borde. Au regard de son environnement, le projet s’intègre harmonieusement dans le quartier. Le ruban modèle le site qui l’accueille, et organise le contexte par son implantation. Le projet élabore un dialogue et se nourrit des relations qu’il tisse avec le territoire.


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Mixité et complexité

Le rapport au sol du projet se fait, au niveau de la rue, avec des commerces de proximité approprié aux besoins des habitants. L’idée est de proposer un maximum de diversité et de mixité dans la pratique des espaces publics. Les halls d’entrée des logements sont traversant et s’ouvrent vers la rue intérieure privée ou bien un patio extérieur suivant la position du hall d’entrée dans l‘îlot. Les locaux communs aux logements (local vélo, local poussette, local poubelle…) sont accessibles depuis la rue intérieure, de la même façon que l’est le parking sous le socle. Lorsque le bâtiment se soulève pour franchir le canal, les halls d’entrée deviennent pilotis et donc porteurs de l’édifice. Une porosité visuelle existe alors sous le projet. Les perceptions se multiplient. La morphologie générale du ruban se prête à un découpage par une trame constructive favorisant la flexibilité typologique. Le principe d’organisation des logements s’articule autour de quatre trames entourées par deux halls d’entrée. Ce principe aboutit à desservir deux logements par niveaux. Leurs typologies sont variées, qu’ils soient « handicapables » ou non (duplex), et répartis aléatoirement dans le projet. Les logements répondent à la même logique de conception sur l’ensemble du bâtiment, mais cependant, dans une partie du projet, une résidence de travailleurs ainsi que d’étudiants est mise en place dans un souci de mixité dans l’îlot. La mixité sociale est effectivement un aspect à ne pas négliger dans un projet de logement. La présence d’équipement commun pour les usagers du quartier mais aussi de l’îlot fait partie de la volonté d’obtenir un bout de ville proposant une relative autonomie. C’est pourquoi, chaque extrémité du ruban de logement est traitée par un équipement culturel public comme une bibliothèque sur la place principale ou comme des ateliers pédagogiques sur une petite place secondaire. De plus, la toiture du bâtiment de logement est pensée dans une épaisseur recevant plusieurs équipements communs nécessaires aux habitants de l’îlot. Cette épaisseur, perceptible comme une masse ou comme une ouverture vers le paysage suivant les regards sur la ville, enferme notamment une crèche, une garderie, un terrain de basket et ses vestiaires, une salle de réunion et une piscine donnant sur la toiture praticable. Ces éléments de programme sont apparus comme pertinents pour les besoins de la vie quotidienne du « morceau » de ville étudié. En toiture, des jardins potagers partagés investissent les lieux mélangés à des activités sportives comme la piscine ou des disciplines de méditation où le regard fuit vers la nature et la ville. La toiture est donc pensée comme une ouverture sur le paysage, comme un regard sur l’horizon dessiné par les montagnes environnantes. Lorsque le bâtiment se soulève, la masse de la toiture s’oppose à la légèreté du vide en sous-face. Le regard se concentre sur cette tension, les logements du « pont habité » sont alors mis en scène.


Les typologies des logements respectent la trame constructive proposée. La granulométrie des typologies est homogène mais favorise les T3 et T2 plutôt que les duplex ou les T5 financièrement difficile d’accès à la majeure partie de la population. La flexibilité et l’adaptabilité du logement sont des thèmes importants à l’échelle domestique afin de répondre à diverses situations de ménage. C’est pourquoi, un module de base carré ayant une surface d’environ 16m² se décline dans les différentes typologies et pouvant absorber toutes les fonctions nécessaires au logement. Les typologies se forment en additionnant ces modules à une bande de 2m de profondeur, pouvant dilater l’espace ou contenant les services. Les logements sont traversant et se répartissent aléatoirement dans la trame constructive prédéfinie. Ce module se décline également en loggia offrant un espace extérieur correct au logement. S’agissant des espaces extérieurs des logements, ce même module vient se greffer sur la façade, soit se découpe en deux pour faire profiter deux espaces domestique différents. Ces loggias ploguées à l’extérieur animent la façade d’un mouvement en harmonie avec le paysage qu’elles cadrent. L’attention est portée ici sur la flexibilité et la qualité des logements dans une démarche de complexité et de mixité à l’intérieur du projet.


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Conclusion

La prise de position à l’échelle de la ville apporte une nouvelle manière d’habiter dans Grenoble. Le canal propose une nouvelle perception globale de l’avenue de l’Europe. Il amène une nouvelle qualité de vie tout au long des séquences qui rythment le linéaire du canal. Le projet questionne les usages et les pratiques induits par le rapport à l’eau dans le cœur de la ville. L’architecture s’installe dans une réflexion sur les liens forts qu’elle tisse avec son contexte. Le projet intervient comme un évènement dans la ville et comme un repère du quartier. Une attention particulière est portée sur la restructuration des tissus existant en proposant une armature urbaine basée sur des dimensions d’îlots maîtrisables afin de retrouver une échelle humaine. Le projet est la résultante d’une démarche attentive à son environnement et où la sensibilisation aux bâtis existant revêt un intérêt majeur. Il se place au carrefour de plusieurs cheminements et centralités de sa séquence urbaine et il incarne l’articulation et la connexion entre tous ces éléments. Le projet constitue le lien entre les différentes échelles de travail. Il trouve une osmose pour mettre en musique les éléments sur un même rythme. Cette cohérence au fil du projet transcende l’idée d’habiter pour ancrer l’architecture comme l’expression de notre civilisation à travers ses aspects fondamentaux.


III. Annexes ENSA Marseille : Année Universitaire 2007/2008 Pole N°5 / Semestre 10 : Architecture, ville, projets, histoire Enseignants : J. Apack, R. Marciano, C. Migozzi, J. Sbriglio

Grenoble : une ville en projets Après la ville d’Arles, le pôle N°5 continue son approche de l’histoire d’une ville et de ses problématiques de projet. Cette année, le sujet choisi est la ville de Grenoble, chef lieu du département de l’Isère. Pourquoi Grenoble ? Pour différentes raisons. La première tient au fait qu’en France, les villes moyennes comme Rennes, Nantes, Montpellier ou Grenoble, ont eu les politiques urbaines les plus audacieuses au cours de ces dernières années. Ensuite, Grenoble fête cette année le quarantième anniversaire des Jeux Olympiques de 1968 et l’on sait combien les villes qui ont obtenu l’organisation de ce type de manifestation, en ont profité pour développer leur urbanisme et renouveler leur architecture. Enfin cela fait de nombreuses années que les différentes municipalités qui se sont succédé dans cette ville, ont eu à cœur de miser sur le développement urbain et la qualité de l’habitat. Le maire le plus célèbre dans ce domaine et dans cette ville ayant été Hubert Dubedout, maire de 1968 à 1982. Grenoble, dans la mesure où une activité d’architecte conseil depuis 2002, dans cette ville, m’a permis d’occuper un poste d’observation privilégié pour voir et analyser les politiques urbaines à l’œuvre que ce soit dans la mise en place du PLU comme dans celle des différentes ZAC et autres projets d’architecture.


Quelques bribes d’histoire urbaine Grenoble, ville de 170.000 habitants est la préfecture de l’Isère. Après avoir été longtemps une ville de garnison militaire jusqu’au début du XXe siècle, aujourd’hui, c’est avant tout, une ville universitaire dotée également de nombreux centres de recherche. La modernité à Grenoble arrive au début du XXe avec le développement de l’industrie hydroélectrique. La tour Perret, construite en 1925 dans le parc Paul Mistral, à l’occasion de l’exposition de la Houille Blanche, témoigne de cette période. Deuxième grand moment, 1968 avec la désignation de cette ville pour recevoir les Jeux Olympiques d’hiver. Aujourd’hui, Grenoble se pense dans une politique d’intercommunalité avec les communes voisines et dans une relation « Rhône/Alpes avec notamment Lyon et sa région. Le développement urbain de la ville s’est déroulé selon deux modes de croissance. Le premier, radio concentrique s’est développé autour du noyau gothique lové en bordure de l’Isère. Le second s’est fait le long de l’axe nord/sud qui part de l’Isère en direction de Pont de Claix. La ville s’est également agrandie par la démolition de ses enceintes, c’est le cas notamment des Grands boulevards, axe est/ouest qui s’est urbanisé dans la décennie 50/60. Redoublant cet axe, plus au sud, l’avenue de l’Europe, choisie comme problématique de travail cette année pour le S.10, constitue la limite sud de la ville et mérite d’être repensée dans une nouvelle relation entre bâti/espaces/publics et voierie. De plus cette problématique devrait également permettre de retravailler cet axe, dans ses accroches avec les tissus urbains périphériques. Pour être tout à fait clair, une grande voie a été tracée, pour servir de réserve foncière et l’urbanisation qu’elle a entraînée, n’est pas à la hauteur du rôle que cette voie peut remplir dans l’armature urbaine de la ville de Grenoble. Et ce d’autant plus que cette ville, aujourd’hui manque cruellement de foncier, pour continuer à se développer. Cette problématique a été très bien saisie par l’urbaniste et architecte Yves Lion. Celui-ci a proposé à la ville de Grenoble dès 2004, de repenser cette avenue de l’Europe, sur le modèle de la Diagonal à Barcelone ou de la Meridiana à Madrid. Cette étude vous sera d’ailleurs présentée au cours du voyage que nous effectuerons à Grenoble. Problématique du S10 Il est donc proposé aux étudiants, de s’emparer de ce morceau de ville, de faire des propositions d’aménagement global de cet espace, au regard de l’armature urbaine en général, comme de celui de ses secteurs proches. Il est également proposé de faire des propositions de programmes, logements ou équipements et de développer par le projet un de ces éléments de programme à une échelle comprise entre le 1/200e et le 1/100e.


ROUDIL _TERRITOIRES DE REGARDS (mémoire)  

Diplôme juin 2008 Marseille Directeur d'études : Rémy MARCIANO Mention : Félicitations du jury Jury : B. ADELINE; X. BABIKIAN; R. MARCIANO;...

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