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Sha Tau Kok 沙 頭 角 La frontière comme lieu où repenser la mégalopole LEUNG Ho Ching, Rose


Sha Tau Kok 沙 頭 角 La frontière comme lieu où repenser la mégalopole LEUNG Ho Ching, Rose

Livret de présentation du sujet de projet de fin d’étude Projet encadre par Valéry Didedlon et Stéphane Lemoine Réalisé au sein du département Ville, Architecture, Territoire de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture Paris-Malaquais Juin 2013


Introduction La structure des mégalopoles contemporaines et les modalités de leur intégration au sein de conurbations toujours plus grandes découlent d’une même conception de la relation que celle qui sous-tend notre société toute entière. La logique des réseaux tend à connecter les villes, les individus comme les informations individuellement entre eux, s’imposant peu à peu comme unique garant de la cohésion de l’ensemble, au détriment de toute autre forme (d’espace, de sociabilité, de connaissance). L’hégémonie totalitaire de la logique des réseaux, en négligeant l’espace, génère (non sans réactions) un mode de vie paradoxalement plus marqué par l’isolement que jamais. La frontière, espace dont nous avons pour beaucoup, aujourd’hui, ni expérience, ni représentation tant la logique des réseaux en nie l’existence, est ici abordée comme un cas moins exceptionnel que symptomatique. La frontière, comme lieu où le différentiel d’entités connexes est maximal, donne à lire la capacité de l’espace à fédérer et à qualifier les échangés. Hong Kong, dont l’urbanisation est très liée à son réseau de transport, est, de par son histoire et son actualité, un des lieux où la nécessité de repenser les modalités d’intégration interrégionale au delà de la logique des réseaux se fait le plus urgemment sentir. Sha Tau Kok, village situe à la frontière entre Hong Kong et Shenzhen, constitue notre cas d’étude pour

repenser l’intégration interrégionale, non pas via les centres des grands pôles urbains mais à leur limite, dans l’espace physique où ils se côtoient. Si historiquement Sha Tau Kok a déjà démontré sa capacité à remplir ce rôle, son urbanisation actuelle pourrait bien l’en déposséder. Quelles sont les forces et cadres qui conditionnent la forme de Sha Tau Kok de demain ? Comment permettre à la forme physique de ce village frontalier de non pas constituer un frein à l’intégration régionale mais d’y participer positivement ? Quelle place peut-il exister pour l’architecte dans la construction d’un périurbain dont le développement est laisse à lui même, c’est à dire aux forces du marché ?

Ce livret s’attache dans un premier temps à définir les enjeux urbains d’une réflexion sur la logique des réseaux menée à la frontière de deux grandes villes. S’en suit une description de Hong Kong qui incarne la logique des réseaux et la rend plus tangible qu’ailleurs. Dans un troisième temps, nous portons notre regard sur la région comprise entre les centres de Hong Kong et Shenzhen ; les Nouveaux Territoires, et son urbanisation particulière, pour ensuite zoomer sur la frontière puis Sha Tau Kok, où se posera alors la question de la nature du projet à mener pour en faire le lieu d’une intégration interrégionale.


Sommaire I. Connexion régionale par la limite Fragmentation de l’espace par le réseau et crise du sens du lieu

Aller vers l’espace limitrophe La frontière : un lieu d’échange

II. Hong Kong : une ville soumise à la logique des réseaux

Les villes nouvelles de Hong Kong, un modèle polycentrique mis à l’épreuve Hong Kong et le Delta de la Rivière des Perles : la création d’un hypercentre L’architecture d’une ville-réseau

III. Au delà des centres : une réalité cachée, l’illusion d’une ville compacte

La «Small House Policy» (Politique des Maisons Villageoises) Du non-plan à la non-architecture Forme urbaine et forme sociale

IV. La zone frontalière (Frontier Closed Area): un paysage radical et sa qualité de liminalité V. Sha Tau Kok : un lieu de rencontres et d’échanges internationaux Sha Tau Kok et Chung Ying Street Sha Tau Kok aujourd’hui, une zone entrouverte Population Opportunités et soucis

VI. Forme administrative et forme urbaine VII. Annexe

Entretien : M. Tsang Information supplémentaire sur le Droit du « ding » Construire un Small House (code de Small House)

VIII. Bibliographie


I

Connexion rĂŠgionale par la limite

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Fragmentation de l’espace par le réseau et crise du sens du lieu

« Qu’il soit utile de mettre le monde en réseau ne signifie pas que l’on puisse habiter ce réseau comme un monde. Impossible de faire d’un lieu de passage un lieu de séjour, faute de vis-à-vis. » Regis Debray, Éloge des Frontière La logique des réseaux s’impose aujourd’hui comme seul et unique modèle d’intégration urbaine. Il revient à la mobilité le rôle d’assurer la cohésion des grandes conurbations nées de l’extension des villes et de l’accroissement de leur interdépendance physique et économique. La mégalopole - terme appliqué en 1957 par Jean Gottmann à la conurbation Boston-Washington - se conçoit alors comme un réseau de villes constituant un nouveau dessin composé de lignes, points et nœuds. L’unité de la mégalopole est assurée par la compression de l’espace par le temps et la continuité d’un paysage urbanisé. Cette unification via la mobilité produit parallèlement un morcellement de la mégalopole du fait des déséquilibres qu’introduit cette compression de l’espace, entre des

hypercentres saturés et congestionnés d’un côté, et une périphérie sousqualifié de l’autre : le suburbain. Cette compression spatio-temporelle aboutie à ce que Marx appela «l’annihilation de l’espace par le temps» ayant pour conséquence la crise du «sens du lieu». Paradoxalement, la connexion à grande échelle produit alors une réaction d’exclusion à petite échelle dont l’analyse par Doreen Massey correspond point par point à l’actualité hongkongaise: « Une notion idéalisée d’un temps où un lieu était supposé être habité par des communautés homogènes et cohérentes se dresse contre sa fragmentation et sa perturbation actuelle. Cela donne lieu à des réponses défensives et réactionnaires - certaines

Diagrammes des réseaux suivis ceux de David F. Batten, Network Cities: Creative Urban Agglormerations for the 21st Century, Urban Studies, Vol.32, No.2, 1995, 313-327

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formes de nationalisme, de réhabilitation sentimentale d’un patrimoine muséifié, et d’un antagonisme grandissant envers les nouveaux arrivants et les étrangers. »1 Cette aporie est aussi identifiée par Alain Touraine: « Si l’on devait résumer les caractéristiques sociales du monde contemporain, je dirais alors sans hésitation qu’il se caractérise essentiellement par la séparation, la dichotomie, la dissociation des deux parties de l’expérience humaine : nous avons

d’une part le monde de l’échange, qui, recouvrant l’ensemble du globe terrestre, se trouve nécessairement désocialisé, et d’autre part – comme conséquence directe et par opposition – la disparition de l’homme social ou politique remplace par l’homme privé. »2 Comment dépasser ce paradoxe ?

1. Doreen Massey, A Global Sense of Place, Space, Place and Gender, Minneapolis : University of Minnesota Press, 1994 2. Thomas Sieverts, Entre Ville, texte origine de Alain Touraine

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Aller vers l’espace limitrophe

La frontière : un lieu d’échange

Thomas Sieverts, dans «Entreville» et plus explicitement lors d’une table ronde3 avec Lars Lerup (l’auteur de After the City), invite les architectes, urbanistes et politiciens à reconsidérer la périphérie, à opérer une révolution copernicienne consistant à replacer le suburbain au cœur de la conception d’un nouvel urbanisme. Il met en avant la richesse des délaissés de la périphérie, la richesse fractale et la diversité des formes de vies émergeant dans l’ombre de la compétition entre les métropoles. La Zwischenstadt compose avec les qualités de la périphérie pour se rééquilibrer.

La limite, si elle représente en premier lieu une barrière, constitue aussi un seuil, la condition d’une interaction possible, d’un échange basé sur le différentiel entre deux entités connexes. Au sein de l’espace fragmenté par les réseaux, la frontière constitue un lieu fortement caractérisé, chargé historiquement et symboliquement, un lieu capable de produire une image de l’intégration régionale articulant local et global.

En effectuant ce changement de regard, on peut considérer que l’intégration de plusieurs villes en une grande conurbation se joue non pas via la mise en réseau de leurs centres mais à leurs périphéries, dans l’épaisseur de leurs espaces frontaliers.

Dans le cas de Hong Kong, les limites avec les autres villes de la conurbation du Delta de la Rivière des Perles sont des frontières terrestres et maritimes dont la suppression est prévue pour 2047.

3. Lacunas-The Middle Landscape, Public Debate, New Dialogue, Aedes Network Campus Berlin, 23/01/2012

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II

Hong Kong : une ville soumise à la logique des réseaux

Le territoire de Hong Kong, ancienne colonie Britannique rétrocédée en 1997 et aujourd’hui région administrative spéciale jusqu’en 2047, constitue un cas d’étude privilégié pour observer les limites de la logique des réseaux comme outil d’intégration interrégionale et élaborer une proposition alternative qui se voudrait à la fois spécifique et exemplaire. En effet, l’urbanisation (moderne et contemporaine) de Hong Kong place la mobilité au cœur du développement urbain, plus peut-être que dans aucune autre ville : «Simple vecteur de transport, l’infrastructure de transport devient aujourd’hui un véritable catalyseur urbain. Si ce nouveau rôle n’est pas propre à Hong Kong, il y est en revanche particulièrement marqué et innovant» 4 A plus grande échelle, Hong Kong constitue un des principaux pôles du Delta de la Rivière des Perles - plus grande mégalopole du monde en terme de population (130 millions d’habitants), dont l’intégration progressive dans la Chine se traduit par de grands projets d’infrastructures et génère de nombreuses tensions entre les populations, respectivement produits d’une politique d’intégration urbaine basée sur la logique des réseaux et symptômes de ses limites.

4. Entre hypercentre et fragment d’aeroville, Hong Kong station, principe de mise en oeuvre d’une mutation urbaine, Corrine Tiry, In La metropole des infrastructures, ss. la dir de C. Prelorenzo et D. Rouillard, 2009, ed. Picard, Paris

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K nH zhe way en Sh rail GZ ress exp

HK-Zhuhai-Macau Bridge

km 2

0

2

4

6

8

10

12 km

Lignes de métro de Hong Kong (jaune) La frontière (orange) HK-Zhuhai-Macau Bridge (rose)

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Les villes nouvelles de Hong Kong, un modèle polycentrique mis à l’épreuve

A partir des années 1950, l’explosion démographique liée à l’immigration chinoise après l’arrivée au pouvoir, en Chine, du Parti Communiste et le développement d’une industrie d’exportation s’accompagne d’une forte urbanisation des Nouveaux Territoires. Une série de villes nouvelles sont créées selon le schéma directeur conçu par Sir Abecrombie, lui même très influencé par le concept de cité jardin développé par Howard. Cette planification à grande échelle d’ensembles urbains autonomes comprenant logements, équipements et industrie se distingue cependant du modèle londonien par sa très forte densité et les modalités de sa mise en œuvre. Les villes nouvelles ne seront pas créées ex-nihilo mais s’appuieront

sur la structure existante des Nouveaux Territoires alors composée de villages et de villes de marché (market towns) et se développeront autour de stations ferroviaires qui concentrent densité, transports et commerces. Dans les années 1980, Deng Xiao Ping ouvre la frontière chinoise et crée la première Zone Économique Spéciale à Shenzhen. L’activité industrielle quitte Hong Kong pour le Guangdong et les villes nouvelles sont amputées de leur principal secteur économique. Le centre de Hong Kong continue alors de concentrer l’activité tertiaire qui se développe et les villes nouvelles se transforment partiellement en cité dortoir.

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Hong Kong et le Delta de la Rivière des Perles : la création d’un hypercentre

La perte de cet équilibre relatif entre les villes nouvelles et la région centre est accentuée par les choix d’implantation des grands projets d’infrastructure visant à une meilleure intégration (entre coopération et compétition) au sein de la conurbation du Delta de la Rivière des Perles. Ainsi, la gare de la nouvelle ligne express (HK-SZ-Guangzhou) sera localisée à Kowloon, le Hong KongZuhai-Macao Bridge débouchera sur deux autoroutes : l’une conduisant directement au centre de Hong Kong et l’autre traversant Tuen Mun (une ville nouvelle à l’ouest des NT) que pour rejoindre plus directement le centre de Shenzhen. On peut aussi compter le West Kowloon Cultural District parmi les grands projets à vocation interrégionale et internationale localisés dans le centre de Hong Kong. Le développement actuel de Hong Kong et son intégration dans la mégalopole du Pearl River Delta se fait donc aujourd’hui selon un schéma polycentrique à grande échelle mais concentrationnaire à l’échelle de Hong Kong. La concentration de ces projets d’infrastructure à Kowloon tend à faire du port Victoria un hypercentre interrégional et international. Cette planification à grande échelle relègue alors les villes nouvelles et l’ensemble des Nouveaux Territoires au rôle de banlieue.

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Le développement de la frontière n’est pas plus intégré dans un projet urbain à grande échelle mais fait cependant partie de l’agenda du gouvernement hongkongais. La création de trois villes nouvelles destinées à accueillir des immigrants chinois fortunés et un nouveau pôle de recherche scientifique constitue plus une série d’opérations immobilières qu’une stratégie de développement des Nouveaux Territoires. L’intégration de Hong Kong au sein du PRD, sur le plan social et économique, ne se fait pas sans poser de nombreux problèmes lies au déséquilibre qu’induit l’ouverture d’un territoire réduit comme Hong Kong à un territoire vaste comme la Chine. C’est bien sur la base d’un différentiel (qu’il s’agisse de l’accès à l’éducation, à la santé, à des produits non frelatés, à des produits détaxés…) que les flux interrégionaux sont générés. Ces flux et la consommation basées sur ce différentiel conduisent alors à la surchauffe d’un système de transport et l’homogénéisation d’une offre commerciale hongkongaise, qu’il s’agisse des boîtes de lait en poudre pour bébé ou de produits de luxe. Face à une telle situation, le développement des infrastructures de transport ne saura jamais suffire à supporter la demande du pays-continent chinois et attisera le mécontentement déjà très fort de la population locale.


Terminal de Kowloon Ouest , Ce terminal sera l’unique station a Hong Kong du train express la reliant a Shenzhen et Guangzhou. Le coût financier et écologique ainsi que les problèmes techniques qu’induisent de prolonger la ligne sous Kowloon a amené ingénieurs et partisans écologistes à déposer un recours auprès du gouvernement pour placer la gare à Yuen Long (une ville nouvelle située au nord des Nouveaux Territoires). Cette option, qui aurait aussi permis de redynamiser économiquement les N.T., a été rejetée par le gouvernement. La future station dessinee par Aedes > La surchauffe de Sheung Shui Suite au scandale du lait en poudre empoisonne en Chine, les habitants de Sheung Shui (ville nouvelle à proximité de la frontiere) se plaignent de ne plus pouvoir acheter quoi que ce soit dans leur quartier ni emprunter le métro du fait du trop grand nombre de chinois s’adonnant au trafic quotidien de produits hongkongais vers la Chine. De nombreuses manifestations se sont tenus contre ce marché parallèle et ses nuisances.

source : google >

La contreverse D&G Dolce & Gabbana a été accusée de discrimination raciale à l’encontre des hongkongais en leur interdisant de prendre des photos devant les magasins D&G tout en l’autorisant aux reste des Chinois. Les citoyens ont alors revendique leur droit à prendre des photos dans la rue. Une action de protestation s’est organisée via facebook en invitant à aller prendre des photos devant un des magasins de l’enseigne situé à Tsim Sha Tsui, en centre ville. source : google >

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L’architecture d’une ville-réseau

Hong Kong a poussé à son paroxysme les logiques du «Transit Orientated Development». Si les transports sont dits «publics», leur financement repose entièrement sur des logiques de spéculation privée. La Mass Transit Railway Compagny acquiert des terrains au prix du marché (et non aux enchères comme cela se fait à HK) et y érige une station, comprenant elle-même des locaux commerciaux à louer. La station est comprise dans un grand podium, vaste centre commercial concentrant de nombreux commerces (magasins, librairie, restaurant, cinéma...), lui-même surmonté de tours d’habitations. La revente et la location de ces mètres carres stratégiquement situés financent alors la construction de la station. Il n’est pas rare que la compagnie acquière des terrains à côté de la future station pour faciliter le chantier, et ensuite les revendre aux enchères une fois leur valeur multipliée par la proximité de la station. Ces grands complexes composés d’un podium et de tours sont un type de construction que l’on ne retrouve pas seulement aux stations de métro.

Ce modèle comprend de larges espaces couverts et climatisés (rappelons que HK a un climat subtropical humide) qui concentrent aujourd’hui la vie publique bien qu’ils soient des espaces privés dédiés à la consommation. Il nous semble important de souligner ici l’adéquation de cette forme architecturale avec la culture matérialiste et consumériste hongkongaise. De nombreux ouvrages sont consacrés à la critique de ces faux espaces publics qui ne sont pas sans faire échos à la description que fait Albert Pope des «high-rise core» et des atriums comme figures centripète qu’il dénomme «ladders5», dans leur forme verticale. Combinés au système de transport, ils organisent ensemble un système fortement exclusif et contrôlé au sein d’un paysage urbain plus large. L’ouvrage «City without ground»6 dresse les cartes tridimensionnelles de ces espaces à Hong Kong et permet de prendre la mesure de leur démesure. haut : Une opération immobilière récente dans la ville nouvelle de Cheung Kwan O où l’on distingue clairement le type tour-podium, ou «ladder». bas : carte tridimensionnelle du Shun Tuk Centre

5. Albert Pope, Ladders, Princeton Architectural Press, 1997/1/1 6. Jonanthan Solomon, Clara Wong, Adam Frampton, Cities Without Ground: A Hong Kong Guidebook, ORO editions 2012/11/27

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III

Au delà des centres : Une réalité cachée, l’illusion d’une ville compacte

Data de la zone résidentielle de Hong Kong 7

16km2

21%

25km2

76km2

Logements sociaux

47,5% de la population

33%

Logements privés

35km2

Maison de village

44%

45,3% de la population

7,2% de la population

6.8% de la superficie totale à Hong Kong

Parallèlement à la ville dense structurée par la logique des réseaux, un second paysage urbain, beaucoup plus diffus, se développe à Hong Kong. Cette forme d’urbanisation résulte de la cohabitation d’une législation stricte de la construction (la Small House Policy) et d’une planification urbaine plus lâche s’approchant d’une situation de non-plan (le Statutory Plan).

7. Chiffre de Local Research Community, Land use problem in Hong Kong: Myth and reality, 2013

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La «Small House Policy» (Politique des Maisons Villageoises) La Small House Policy (SHP) introduite en 1972, a été promulguée pour: « Autoriser un villageois indigène à demander un permis pour se construire, une fois dans sa vie, une petite maison (Small House) sur un site adéquat au sein de son propre village. »8 Par ce décret, un villageois mâle indigène de plus de 18 ans et dont la lignée paternelle peut être retracée jusqu’à un villageois résidant en 1898 dans un village reconnu, est autorisé à demander un droit de concession pour construire une Small house, du

nom de « droit du ding (littéralement, mâle) ». Le décret peut être appliqué pour tout terrain privé, ou, dans le cas où le demandeur n’a pas de terrain, pour un terrain du gouvernement situé dans les environs d’un village reconnu, au sein de zones délimitées (Village Environs and Village Expansion Area) indiquées comme « Village Zone ». Les dimensions des Small Houses sont très précisément établies ; d’une hauteur maximum de 8,23 m (27 ft), leur surface couverte totale ne doit pas dépasser 65,03m2 (700 sq ft).

8. Lisa Hopkinson, Mandy Lao Man Lei, Rethink the Small House Policy, Civic Exchange, 2003

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Du non-plan à la non-architecture La SHP, ayant pour objectif l’amélioration des conditions sanitaires des logements villageois dans la campagnes, s’est focalisée sur des prescriptions de dimensionnements à l’échelle des bâtiments, mais laisse toute latitude quant à l’implantation et la matérialité des Small Houses. La SHP stipule que la construction d’une Small House ne nécessite pas une « Authorised Person », entendre ingénieur ou architecte. Si cette situation de « non-plan » semble en pre-

mier lieu ouvrir de multiples possibilités formelles, elle se limite très vite à l’offre existante sur le marché de la construction, répondant elle-même à une demande qui, objectivement, fait peu de cas de considérations architecturales. Les villageois n’ont de considération que pour la surface d’habitation (à maximiser) et son prix (à minimiser), et choisissent leur maison sur catalogue en faisant directement appel aux entreprises.

On peut distinguer trois cas de construction de Small House.

prise, matériaux, machines…). Selon le site, l’ensemble des maisons pourra être totalement ouvert à son environnement, complètement ou partiellement enclos.

Le premier consiste en la construction d’une maison par un villageois, résultant en une maison A (avec son parement en céramique blanche) construite sur une parcelle donnée qui sera délimitée par un grillage. Construction suivie d’une seconde, par un autre villageois, d’une maison B (rose) sur une parcelle voisine, qui sera elle aussi enclose. Ce premier cas produit alors un ensemble varié de maisons hétéroclites juxtaposées mais isolées. Le second cas consiste en la construction de plusieurs maisons simultanément par deux (ou plus) villageois sur une ou plusieurs parcelles. Cet ensemble (rarement plus de deux maisons) sera alors homogène et relativement économique (même entre-

Le troisième cas consiste en la revente de droits à construire à un promoteur, qui construira alors un ensemble plus important de maisons similaires qui seront ensuite louées. Notons que dans le cas 1 et 2, les maisons peuvent être occupées par les villageois eux-mêmes, leur famille, ou être louées. Il leur faut attendre 5 ans pour pouvoir les vendre sans avoir à payer d’importantes taxes. Ces trois cas peuvent se retrouver simultanément dans des proportions variées au sein d’un village. Il n’existe aucune donnée relative à ce phénomène. -23-


Forme urbaine et forme sociale Sans vouloir s’enfermer dans une dichotomie de type œuf/poule insoluble, on peut affirmer, au regard de l’histoire de l’architecture vernaculaire chinoise, qu’il existe une très forte adéquation entre formes urbaines et formes sociales au sein des villages. Les considérations Fengshui tout autant que la philosophie confucéenne ont longtemps été les deux forces principales organisant à la fois les formes urbaines et les modes de vie villageois. Si la destruction des formes urbaines traditionnelles conduit toujours à une fragilisation voire à une destruction des formes sociales, les formes urbaines seules ne suffisent jamais à générer des formes de sociabilité. On peut cependant observer au sein des villages urbains (des Nouveaux Territoires mais pas seulement) que la cohabitation d’une population indigène (souvent grands-parents et petits-enfants) avec de nouveaux locataires (des jeunes dont les revenus ne permettent pas de se loger en centre ville) permet de générer des formes de sociabilité qui, si elles ne sont pas identiques à celles d’origine, en perpétuent l’essence. Les projets de villes nouvelles ont contribué à décentraliser la ville moderne et à faire cohabiter au sein des

Nouveaux Territoires des populations indigènes et immigrées, au si bien Hakka, Cantonaises qu’étrangères (du reste de la Chine, sud-asiatiques et européennes). Cette « Zwischenstadt » cosmopolite a l’articulation du local et du global voit sa population multiethnique repartie en fonctions de ses revenus et cohabiter aussi bien au sein des gated community luxueuse, des tours de logements, mais encore au sein des villages et Small Houses. Quelles formes sociales permettent les Small Houses et comment tirentelles partie de cette mixité culturelle ? La Small House Policy, nous l’avons vu, multiplie des objets architecturaux de forme déterminée, le plus souvent isolés au milieu de leur parcelle enclose, au mieux juxtaposés en petit nombre. Cette «anti-ville », dépourvue d’espace public et d’équipements, purement résidentielle, manque à constituer un lieu de rencontre, d’échange, de sociabilité. Les résidents des Small Houses (indigènes ou non), voient leur sociabilité réduite à leur réseau : ils vont de leur chez-eux à un chezun-autre ou un ailleurs. L’espace de la rue devient celui du flux. La logique des réseaux a vidé l’espace de sa fonction sociale.

haut : clôture d’un groupe de Small Houses bas : juxtaposition des Small Houses identiques, détournées de la rue

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IV

La zone frontalière (Frontier Closed Area): un paysage radical et sa qualité de liminalité

Shenzhen

La

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Hong Kong

n

zo

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liè

nta

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source : google

Sha Tau Kok

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La frontière entre Hong Kong et Shenzhen incarne le principe de « un pays, deux systèmes ». Ses multiples check points voient transiter près de 600,000 personnes quotidiennement, un nombre destiné à augmenter jusqu’en 2047, date fixée pour la disparition programmée de la frontière. Depuis 2003, les Chinois peuvent recevoir un permis pour accéder à Hong Kong et les check points se multiplient : la frontière est de plus en plus poreuse. La Frontier Closed Area , vaste no man’s land - ouvert seulement aux résidents indigènes - de 2 800 hectares constitue une zone tampon entre Hong Kong et la Chine, facilitant le contrôle de l’immigration et du trafic (de drogues notamment). Cette large bande (de 2 à 3 km d’épaisseur) se présente aujourd’hui comme une plaine fertile quasi vierge traversée par les infrastructures de transports,

mais fait déjà l’objet de nombreuses études. L’aménagement de la FCA et plus largement du nord des Nouveaux Territoires est placé sous le signe de la coopération et de l’intégration de Hong Kong à la Chine. L’étude menée par Joshua Bolchover sur la FCA insiste sur le potentiel de cette partie mal connue du territoire hongkongais : « La FCA est une zone d’immense potentiel et de contradictions : une séparation radicale entre idéologies, économies mais aussi systèmes politiques, sociaux et culturels ». S’appuyant sur le concept de « corps liminal » de Chora, J. Bolchover décrit la FCA comme « une zone exceptionnelle qui permet a de nouvelles formes d’organisation de se produire, du fait des circonstances émergentes qui incarnent des génotypes ou conditions qui échappent au quotidien et au conventionnel. » 9

haut : Développement stratégiques près de la frontière Image de Hong Kong Planning Département bas : Image de Lok Ma Chau Loop une planification conjointe du universitaire complexe Image de Arup

9. Bolchover, JP; Hasdell, P, Opening the frontier closed area: a mutual benefit zone, Creative Commons: Attribution 3.0 Hong Kong License, 2009

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Liantang/ Heung Yuen Wai BCP

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Man Kam To( BCP

SHENZHEN

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Lo Wu BCP

Proposed Closed Area

Ping Che/ Ta Kwu Ling NDA

Lok Ma Chau Spur Line BCP

Lok Ma Chau BCP

Lok Ma Chau Loop

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Kwu Tung North NDA

Fanling North NDA NG EU I SH HU S Ea

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Proposed Kwu Tung Railway Station

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FANLING

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V

Sha Tau Kok : un lieu de rencontres et d’échanges internationaux Le nom de Sha Tau Kok, que l’on peut traduire par Littoral de la Tête de Sable, renvoie au paysage dans lequel s’inscrit cette ville située à l’extrémité est de la rivière dont la frontière épouse le trace.

Shenzhen

Hong Kong

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source : kmlai116, panoramio

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Sha Tau Kok et Chung Ying Street Chung Ying Street au fil du temps

En 1815 a été établi le marché de Tung Wo par une alliance de villages (Shap Yeuk) pour s’affranchir de leur dépendance à celui de Shenzhen.

1950

En 1898, lors de la concession des Nouveaux Territoires, la rivière devenue frontière divise Sha Tau Kok ; le marché de Tung Wo est resté du côté chinois alors que 70% de l’aire urbanisée de Sha Tau Kok passe sous contrôle britannique. Les commerces se sont alors relocalisés le long d’une partie asséchée de la rivière ; la ruefrontière, Chung Ying Street.

1992

Sur 250m de long et séparées par 3,4 m, les deux rives prospèrent et se spécialisent dans l’import-export de produits chinois et hongkongais. En 1951, suite à l’établissement de la République Populaire de Chine, la frontière est fermée et les échanges extrêmement limités. Il faudra attendre 1979 et la politique d’ouverture de Deng Xiao Ping pour que le commerce reprenne. Pendant 16 ans, Sha Tau Kok connaît une période de prospérité sans précédent avec ses 10 000 visiteurs quotidiens et 86 bijouteries. Après la rétrocession, en 1997, l’accès à Sha Tau Kok est à nouveau limité et l’activité commerciale s’effondre.

2005

2013

La forte demande en produits quotidiens importés de Hong Kong a cependant entraîné la réouverture de magasins faisant de Chung Ying Street une zone franche non officielle où les chinois viennent acheter des produits détaxés. -32-


Sha Tau Kok MarchĂŠ de Tung Wo, 1853 source: Patrick Hugh Hase, Eastern peace : the foundation and mangement of Sha Tau Kok Market

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11

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Zone 1 Sha Tau Kok Villages 13

(1 4

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Zone2 Sha Ta

17 16

18

7

0

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200

400

600


6

5

Zone4 Sha Tou Jiao District (Shenzhen)

2 9 1

3

19)

8

Zone3 (zone spéciale) Chung Ying Street District (Shenzhen)

2 (zone spéciale) au Kok Town

800

Equipement frontalier

Ensemble résidentiel

1. Chung Ying Street (Border street) 2. Sha Tou Jiao Custom (SZ) 3. Chung Ying Street Custom (HK) 4. Sha Tau Kok Custom (HK) 5. Sha Tau Kok Check Point (HK) 6. Sha Tau Kok Check Point (SZ) 7. Old Sha Tau Kok Custom(HK)

8. Sha Lan Xia village 9. Kong Ha village 10. Shan Tusi village 11. Sheung Tam Shui Hang village 12. Ha Tam Shui Hang village 13. Tsiu Hang village 14. San Tsuen village 15. Muk Min Tau village 16. Nga Yiu Tao village 17. Tong To village 18. Tong To Ping village 19. Sha Tau Kok logemnet sociale

1000 mètres

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0

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200

400

600


Programme Control frontalier Service public Ecole Commerce Eco-farm Parking Parc/ equipement sportif 800

Temples/ Halls des ancĂŞtres

1000 mètres

Zone Close

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Les quatre zones Zone 1 - Sha Tau Kok Villages : Accessible au public depuis février 2012 Six villages indigènes avec des maisons villageoises et Small Houses La montagne a proximité comprend des bunkers et tranchés datant de l’occupation japonaise durant la seconde guerre mondiale.

Zone 2 - Sha Tau Kok Town : Zone spéciale, seulement les habitants peuvent y accéder, les visiteurs doivent se procurer un permis Centre de Sha Tau Kok HK avec tous les équipements publics Le plupart des habitants habitent dans des logements sociaux Il y a aussi deux villages indigènes.

Zone 3 - Chung Ying Street Quartier (Shenzhen): Zone spéciale, une entrée/sortie seulement, tous les gens doivent passer pqr un check point Les chinois peuvent entrer individuellement jusqu’à la fin de Chung Ying Street, mais les Hongkongais doivent s’inscrire a l’agence de voyage de Hong Kong pour avoir un permit d’accès Ce quartier est connu pour l’importation parallèle de produits hongkongais Zone 4 - Sha Tou Jiao (Shenzhen Sha Tau Kok): Quartier résidentiel à 40min en bus du centre de Shenzhen, métro en construction Bien équipé A proximité du Yiantian Port (2ème port du monde) et de Shenzhen Yiantian free trade zone

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Sha Tau Kok aujourd’hui, une zone entrouverte L’accès à Sha Tau Kok, côté hongkongais, reste limité aux habitants indigènes. Depuis Février 2012, 15 ans après la rétrocession, le gouvernement de Hong Kong a décidé d’exclure une partie de Sha Tau Kok de la zone frontalière. Sha Tau Kok (une partie du moins) est alors redécouvert par les citoyens de Hong Kong. Cette étape a cependant créé une situation curieuse, entre ouverte et fermeture. Le gouvernement britannique a réaménagé le centre de Sha Tau Kok en 1990, en y construisant des logements sociaux pour 3900 habitants, des équipements publics (un marché et plusieurs écoles), et des espaces

publics (parcs, places, bancs…). Le centre ville est lié `à Chung Ying Street qui ne comprend pas de check point officiel, l’ensemble reste aujourd’hui interdit au public. La zone ouverte comprend alors seulement six villages Hakka constitués uniquement de résidences villageoises. L’ouverture (partielle) de la zone attire beaucoup de touristes pendant le weekend bien qu’il n’y ait pas d’équipement dans les villages pour les accueillir et que les villageois considèrent les touristes comme une nuisance. Pendant ce temps, les magasins du centre ville ne profitent pas de cet afflux de visiteurs.

Check point de Chung Ying Street de còté HK

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Population Situés dans la zone frontalière enclose depuis 1951, les villageois de Sha Tau Kok trouvent difficile d’y rester. Le peu d’activité économique et les revenus insuffisants de l’agriculture ont poussé une majorité à quitter le centre ville ou à immigrer. Il ne reste aujourd’hui que des habitants âgés et de nombreux terrains et maisons restent abandonnés. La réouverture d’une partie de Sha Tau Kok amène aussi des retraités à venir profiter d’un cadre naturel encore abordable. Un certain nombre de familles chinoises louent aussi des

maisons villageoises, car leurs enfants étudient dans les école de STK (90% des étudiants de STK viennent du Guangdong).

haut : Jardin entretenu par M. Law bas a gauche: M. Law devant sa maison bas a droite: interieur de la maison de M. Law

Chez M. Law: une visite d’une maison de villageois Nous avons rencontré Monsieur Law en promenade du côté des bunkers japonais. Il habite Sha Tsui, un des villages situés en dehors de la zone close de Sha Tau Kok. Né à Sha Tau Kok, il a quitté le village pour aller travailler comme coiffeur à Chai Wan, au sud de l’île de Hong Kong. Aujourd’hui retraité, cela fait seulement une semaine qu’il est de retour à Sha Tau Kok. Après nous avoir fait visiter les environs, il nous a accueillis chez lui puis invités à diner. Nous avons alors partagé ses légumes qu’il a achetés à ses voisins et son poisson des pêcheurs de Sha Tau Kok. La maison de monsieur Law comprend un étage et un toit-terrasse. Une petite extension accolée au salon comprend la cuisine et une salle d’eau. Il projette actuellement de détruire cette maison, dont il apprécie pourtant le charme et la qualité de l’air, pour construire deux Small Houses avec son frère. Interrogé sur la possibilité de conserver cette maison existante, monsieur Law n’en démordra pas ; « La nouvelle maison sera plus grande (un étage de plus), donc mieux ».

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Risques et opportunités L’ouverture récente de six villages a attiré l’attention des hongkongais sur Sha Tau Kok et plus généralement la frontière, son histoire, son architecture et ses paysages. Les villageois ont alors entrepris de développer l’éco-tourisme en créant à la fois une grande « eco-farm » et un espace de pêche à la ligne. Entre la location du matériel de pêche et le prix d’entrée, il est bien plus rentable de donner son poisson à (re)pécher que le vendre au marché. Des espaces pour le barbecue et un parc à thème ont aussi été aménagés par les villageois sur des terres agricoles, qu’ils possédaient déjà où dont ils ont fait l’acquisition. Une grande partie des terrains de Sha Tau Kok sont aujourd’hui la propriété des villageois. Ils sont nombreux à ne pas avoir fait usage de leur « droit du ding » mais l’accroissement énorme

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de la valeur foncière des terrains va probablement conduire à la construction de nombreuses Small Houses en prévisions de l’ouverture de STK. Le dernier « Development Permission Plan » (Févier 2012) présente encore la plupart des terrain comme zones villageoises (dédiée à la construction des Small Houses) et zones agricoles. Aucun équipement ou infrastructure ne sont pour l’instant prévues bien que l’urbanisation de STK semble inévitable à court terme. Si le gouvernement n’agit pas, les promoteurs sont déjà rentrés en action en achetant leurs droits à construire aux villageois. La qualité de l’environnement de STK et sa proximité avec SZ en font le lieu d’une spéculation intense et plusieurs gated communities dédiées à de riches chinois et hongkongais sont déjà en chantier.


Carte de la propriété foncière

Terrains privée

Development Permission Plan (Févier 2012)

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Village Agriculture Zone verte Usage de gouvernement Loisirs Zone réservée


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haut : Spéculation foncière bas: Un parc à thème du «Ecofarm» de Sha Tau Kok

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VI

Forme administrative et forme urbaine

Selon Crimsons Architectural Historians, le succès ou l’échec d’un projet urbain ou architectural dépend d’un paysage invisible, de « l’Orgware » (Organisationware)10. L’Orgware peut être vu comme une topographie d’opportunité et de contraintes dont les implications sont aussi déterminantes pour un projet que l’influence depuis longtemps reconnue de la topographie physique. L’Orgware qui sculpte le paysage physique des aires rurales de Hong Kong se compose principalement de la Small House Policy et du Statutory Plan (plan d’occupation des sols défini en termes de fonction). Si l’ouverture des villages frontaliers est une première étape pour une intégration régionale, la configuration urbaine actuelle des Small Houses pourrait constituer le principal obstacle aux échanges entre les habitants (villageois indigènes, famille chinoise dont les enfants étudient à STK, travailleurs employés dans les deux villes…) et avec les visiteurs (touristes Hongkongais et Chinois). Comment éviter de gâcher le potentiel des villages comme lieu de rencontre

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et d’intégration à l’échelle locale et interrégionale ? Les Small Houses, sans être dénuées de toute défaut, présentent un grand nombre de qualités et constituent un grand potentiel pour Hong Kong. Leur faible densité permet une certaine vie en communauté et sort les habitants de l’individualisme de l’anonymat (pour le meilleur et pour le pire). Elles constituent aussi la seule architecture, exception faite des villas de grand luxe, sur laquelle les résidents peuvent exercer un pouvoir de décision. Administrativement et financièrement accessible à un grand nombre de citoyens hongkongais, les Small Houses constituent un champ d’action privilégié pour développer de nouvelles formes urbaines et sociales. La standardisation des Small House peut être considérée comme une résultante de « l’Orgware » des Nouveaux Territoires, à savoir : les prescription strictes de la SHP, l’offre existante en terme de conception et de construction de bâtiment de petites dimensions, mais aussi l’importance (ou l’absence) d’une culture architecturale chez des maîtres d’ouvrages (ici, les villageois ou promoteurs).


Le projet que l’on mène ici consiste alors à en deux manipulations de « l’Orgware » : La modification (réduite) de la SHP permet de produire de nouvelles formes architecturales et urbaines, elle mêmes susceptible de favoriser des formes de sociabilité que nous estimons plus vertueuses que celle induites par les Small Houses dans leurs configurations actuelles.

vernement substitue à l’espace homogène et non déterminé du non-plan des polarités susceptibles d’influencer sur l’urbanisation de leur environnement. Le projet dessiné représente alors les possibles résultats de ces manipulations et tendent à valoriser le potentiel des Small Houses comme lieu d’échanges et d’intégrations à différentes échelles.

La programmation d’équipements publics sur les sites appartenant au gou-

10. Crimson Architectural Historians, 30,000 houses near Utrecht, August 1995

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Modification de la SHP pour permettre la création de nouveaux types de Small Houses Supprimer l’Article 5B, C relatif à la définition du mur mitoyen des Small Houses (pour la définition originale, voir Annexe « Construire un Small House ») pour que des Small Houses puissent se construire ensemble et interagir (partager la circulation, se faire de l’ombre…) Autoriser le transfert de surfaces (maximum un étage, 2,7m de hauteur) entre deux Small House Passée Présente de niveauxFuture afin de créer des variations au sein d’un ensemble de bâtiments et de créer des espaces partagés à plusieurs niveaux entre plusieurs 2 couples appartements. 3 célibataires 1 famille 1 Famille

3 Familles

Combinaison de parties différentes?

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Répondre au changement des modes de vie

Passée

Présente

Future 2 couples 3 célibataires 1 famille

1 Famille

3 Familles

Combinaison de parties différentes?

A l’origine, la Small House était pensée pour une famille de villageois. Depuis la suburbanisation de Hong Kong, beaucoup de non-indigènes vivent dans les villages. Une Small House peut être partagée par plusieurs familles. Un étage de Small House de 65.03m2 est une taille moyenne pour une famille de quatre. Aujourd’hui, la taille des ménages est réduite et le lien entre la famille est moins fort qu’avant. Les jeunes préfèrent louer un petit appartement (même si ca coûte cher et si beaucoup sont illégaux) pour plus d’intimité. La Small House peut-elle s’adapter à ce changement de mode de vivre, pour accueillir une plus grande variété de population ? Si la collocation n’est pas très prisée à Hong Kong, le partage d’une cuisine (la cuisine chinoise nécessite un espace séparé du fait des odeurs et des vapeurs malgré la petite taille des appartements) mise en commun entre plusieurs appartements contribuerait à fabriquer un nouveau type de Small House, plus économique, qui permettrait aux differents residents de partager plus. La mise en commun des circulations, en partageant un escalier et en transformant des balcons en coursives, articule aussi un avantage économique à la création d’espaces de sociabilités.

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Des exemples de plans existants d’étage courant de Small House de 65.03 sq.m sur le marché 8.3m

7.8m

3 Chambres 1 SDB 1 Cuisine 1 Salon

3 Chambres 1 SDB 1 Cuisine 1 Salon

3 Chambres 1 SDB 1 Cuisine 1 Salon

Duplex 6.1m

10.6m

3 Chambres 2 SDB 1 Cuisine 1 Salon

3 Chambres 2 SDB 1 Cuisine 1 Salon

1 Cuisine 1 SDB 2 Salon

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3 Chambres 2 SDB 1 Salon


Variations d’une combinaison de deux Small House de 65.03 sq.m Logement 2 Chambres 2 SDB 1 Cuisine 2 Salon Possibilité: 2 Parties

3 Chambres 2 SDB 1 Cuisine 1 Salon Possibilité : 1 Partie

8.6m

7.5m

3 Chambres 1 SDB 1 Cusine 1 Salon Possibilité: 1 Partie

3 Studio 3 SDB 1 Cuisine Possibilité: 3 Parties

3 Chambres 2 SDB 1 Cuisine 1 Salon Possibilité: 1 Partie

2 Chambres 2 SDB 1 Cuisine 2 Salon Possibilité: 2 Parties

1 Studio 2 SDB 1Salon 1Chambre 1 Cuisine Possibilité: 2 Parties

3 Chambres 1 SDB 1 Cuisine 1 Salon Possibilité: 1 Partie

1 Studio 1 Chambre 2 SDB 1 Cuisine 1 Salon Possibilité: 2 Parties

3 Chambres 2 SDB 1 Cuisine 1 Salon Possibilité: 1 Partie

2 Chambres 2 SDB 1 Cuisine 2 Salon Possibilité: 2 Parties

3 Chambres 2 SDB 1 Cuisine 1 Salon Possibilité: 1 Partie

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Travail/Magasin RDC

1e

Travail/Magasin +Logement

RDC

Rue

Combinaison de 8 Small Houses (non-ĂŠchelle)

Rue

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VII

Annexe

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Entretien : M. Tsang Entretien avec Monsieur Tsang, ex-président de la Chambre de Commercer de Sha Tau Kok, Représentant Villageois du Village de Mui Tze Lam L’interview s’est déroulée dans Sha Tau Kok Town (Zone 2 au sein de la zone close) 1. Les motifs de l’établissement d’une chambre de commerce En créant une nouvelle association, nous avons acquis un plus grand pouvoir de négociation auprès du gouvernement. Après 1997, il n’y a plus d’activité économique comme personne ne peut venir sans un permis. Avant il y avait du travail, mais plus maintenant. Aujourd’hui, tous les magasins sont fermés. 2. Liaison entre STK Hong Kong et STK Shenzhen La liaison est très bonne, nous sommes très proches. Par exemple, deux de mes tantes viennent du côté chinois. Avant 1951, on pouvait circuler librement de par et d’autre de la frontière et il n’y avait pas de différence entre les côtés Hongkongais et Chinois de Sha Tau Kok. Plus tard, lorsque la zone close a été établie pour contrôler l’immigration illégale, la connexion s’est affaiblie. Cependant, depuis 1997, nous devrions penser à réduire cette zone close. 3. Les habitants de Sha Tau Kok Sha Tau Kok compte près de 7000 habitants, hongkongais et chinois. La plupart sont d’anciens boat people (population de pêcheur et d’éleveur habitant sur l’eau) résidants au sein de logements sociaux depuis de nombreuses années. En réalité, la population de Sha Tau Kok, diaspora comprise, s’élève à plusieurs dizaines de milliers d’habitants, aujourd’hui résidants dans des zones plus développées de Hong Kong où à l’étranger. Après la fermeture de la frontière, lorsque Sha Tau Kok a perdu sa qualité de lieu d’échange pour ne plus être qu’un coin isolé au fin fond des Nouveaux Territoires, l’émigration a été très rapide et importante. En 1965, Sha Tau Kok ne comprenait plus que 3 000 habitants. Aujourd’hui, la proportion de Chinois au sein de la population de Sha Tau Kok augmente du fait à la fois du nombre de familles chinoises emménageant pour permettre à leur enfant d’étudier dans une école honkongaise, et en même temps, du fait de l’émigration de Hongkongais attirer par le faible coût de la vie à Shenzhen. 4. Remarques à propos de la Rue de Chung Ying et son marché noir Le marché noir est inévitable. Comme Sha Tau Kok est dans une situation spéciale, les magasins de Chung Ying Street sont autorisés à se fournir et à livrer des deux côtés de la rue (chinois et hongkongais). C’est une zone grise et le marché noir s’y développe car les produits hongkongais sont de meilleure qualité et moins chers. Je pense cependant que le gouvernement hongkongais devrait ouvrir la -56-


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Sha Tau Kok Town. Aujourd’hui seulement un petit nombre de personne profite de cette situation, ce qui est injuste pour les autres. Les principaux motifs de la création d’une zone close, à savoir le trafic de substances illicites et l’immigration, ne sont plus des problèmes aujourd’hui. Il est tout à fait envisageable de rouvrir STK et d’ainsi redynamiser toute une partie nord-est des Nouveaux Territoires. 5. Equipements de Sha Tau Kok Nous sommes biens pourvus en équipements, avec une poste, une station de police, un marché, de nombreux commerces… Ce qui manque, ce sont des habitants ! Comme il n’y a pas assez d’habitant, le gouvernement ne crée pas de nouveaux équipements. Les habitants vont faire leur achat du côté de Shenzhen alors les magasins ici ferment, mais les commerçant sont les premiers à fermer leur magasin l’après midi pour aller faire des affaires à Shenzhen. 6.L’ouverture des six villages de Sha Tau Kok et la spéculation immobilière L’ouverture de ces villages n’est qu’un début et j’espère que la situation va continuer dans cette direction. Il y a de plus en plus de personnes qui viennent construire leur maison. Peut être il y aura plus d’étranger aussi à l’avenir. C’est facile de construire une Small House à Sha Tau Kok comme de nombreux « droit du Ding » n’ont pas encore été utilisés. Les gens pensent que les villageois vont construire n’importe où et n’importe quoi mais ce n’est pas vrai car il y a un plan de zonage et des réglementations. Les deux opérations immobilières constituées de Small Houses datent d’il y a dix ans. Les promoteurs ont rachetés leur droit du Ding au villageois, construit puis revendus les maisons à des étrangers. Les acheteurs sont principalement de Chine mais quelques uns sont hongkongais. A l’époque, ce type d’opération ne rapportait pas beaucoup alors il n’y en a pas eu de nouvelles depuis. Aujourd’hui, avec l’ouverture progressive de Sha Tau Kok et la situation de Shenzhen de l’autre côté de la frontière mais aussi le développement économique du Guangdong plus généralement, ces opérations immobilières se développent à nouveau. Ca reste une bonne chose, il y aura plus d’habitants et les infrastructures, les équipements et les sentiers, tout sera amélioré et ça n’aura plus l’air d’être abandonné. 7. Les avantages économiques liés à l’ouverture des villages L’ouverture des villages a contribué au redéveloppement de l’économie de Sha Tau Kok. De nombreux touristes viennent durant le weekend et les vacances mais nous manquons d’équipements pour faire face à cette nouvelle situation. Le gouvernement n’a pas de politique d’aménagement pour Sha Tau Kok et s’est même

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refusé à construire un parking pour les bus de touristes sur un terrain abandonné. Il semble pourtant important de planifier un minimum le développement de Sha Tau Kok et d’anticiper sur les mutations à venir de ce territoire de plus en plus ouvert sur la Chine. Nous aimerions que le reste de Sha Tau Kok s’ouvre aussi pour que les touristes restent plus longtemps et puissent visiter le Hong Kong Geopark en bateau et même continuer leur voyage vers Taimeisha à Shenzhen. 8. Activité agricole et ferme écologique à Sha Tau Kok Il n’existe plus beaucoup de fermier ni de pêcheur Sha Tau Kok. Les nouvelles ressources que Sha Tau Kok doit développer sont le tourisme et le loisir. Plusieurs villageois ont déjà anticipé cette mutation de l’économie locale en acquérant des terrains et en créant une ferme écologique avant l’ouverture actuelle. Il a fallu discuter avec le gouvernement pour changer l’affectation des terrains pour pouvoir y installer cette attraction touristique qui peut aujourd’hui accueillir un millier de personne. 9. Quel futur pour la frontière ? L’idéal serait que Chung Ying Street devienne une zone spéciale et libère le reste de la zone. La rue pourrait être la propriété des gouvernements de Shenzhen et Hong Kong, comme la Boucle de Lok Ma Chau actuellement en cours de planification. Chung Ying Street pourrait devenir une zone fermée comme celle de l’aéroport, où il est possible de faire du shopping. Nous espérons que Sha Tau Kok soit entièrement ouvert d’ici 2015, ainsi que la zone de Lin Ma Hang (situé à l’ouest de STK et aussi compris dans la zone frontalière close) mais rien ne dit que cela soit possible. Le Département de la Police nous a cependant dit que le processus pourrait être accéléré maintenant qu’ils voient combien nombreux sont les hongkongais à se ruer à Sha Tau Kok pour découvrir ce bout de territoire qui leur était interdit. Il leur faut encore trouver une solution pour canaliser ce flux de visiteur. 10. L’opinion des habitants vis-à-vis de l’ouverture De plus en plus de gens sont convaincu de la nécessité d’ouvrir la zone face pour faire face à l’absence de travail et de jeunes. Aujourd’hui, une grande partie de la population survit grâce à des aides sociales. Si auparavant, les pêcheurs et les commerçants trouvaient leur compte dans l’existence de cette zone grise et ne souhaitaient pas sa disparition, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Tout le monde s’accorde à dire que Sha Tau Kok doit repenser son économie et s’ouvrir aux deux côtés de la frontière.

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Information supplémentaire sur le Droit du « ding »

Le droit du « ding » correspond à un système de compensation mis en place par le gouvernement britannique lors de l’acquisition des Nouveaux Territoires, processus complexe dont les modalités sont à l’origine d’organisation actuelle de cette région. En 1900, la couronne britannique se déclara propriétaire de l’ensemble des Nouveaux Territoires mais s’engagea à conférer le droit d’usage d’une parcelle donnée pour une durée de 75 ans à qui possédait un titre en attestant la propriété. L’existence de titres divers et la complexité des systèmes de propriétés existant donna toute latitude au gouvernement pour interpréter les requêtes selon son bon vouloir et se donner une certaine marge de manœuvre pour mener à bien ses projets de développement du territoire. Le gouvernement était cependant engagé, par la signature d’une close très claire en 1898, à ne pas exproprier la population indigène. Dans les années 1920, c’est au nom de cette close que les villageois réclamèrent des compensations lorsque les projets déclarés d’utilité publique réquisitionnèrent des terrains leurs appartenant. Le système d’attribution d’un droit à construire alors en place depuis 1905 était dénoncé par les villageois qui devaient racheter des terres au prix du marche comme tout autre personne, ce qui était contraire à l’engagement du gouvernement a procédé selon la loi chinoise préexistante. Ce n’est qu’au début des années 1950 que se formalisa le droit du « ding », consistant moins à conférer aux villageois males indigènes un droit à construire sur un terrain vendu à prix fixe qu’à en priver le reste de la population en ré-invoquant une législation remontant a la dynastie Ching. En novembre 1972, la SHP est promulguée pour, à la fois, restreindre les aires dédiées à la construction des maisons villageoises dans le cadre du droit du « ding », établir des critères minimums pour améliorer les conditions sanitaires de l’habitat villageois, faciliter et écourter les procédures administratives. Le texte précise que les nouvelles constructions ne respectant pas cette nouvelle législation seront automatiquement déduites.

Pour plus d’information, voir: Lisa Hopkinson, Mandy Lao Man Lei, Rethink the Small House Policy, Civic Exchange, 2003

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Construire une Small House (code de Small House)

Pour plus d’information, voir: http://www.landsd.gov.hk/en/legco/ntlm.htm

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VIII

Bibliographie

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Sha Tau Kok: La frontière comme lieu où repenser la mégalopole (Volume 1 : théorie et site)  

Sha Tau Kok: the border as a place to rethink the megalopolis (volume 1: theory and site observation)