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Rapport d’étude 3ème année

3ème Année

2008 – 2009

La stratégie de communication de la Présidence française de l’Union européenne 2008 Auteur : Romain Vieillefosse

Sous la direction de

M. Matthieu Trouvé, Maître de Conférence à Sciences Po Bordeaux

Fonction du directeur du mémoire


Sommaire SOMMAIRE ....................................................................................................... 2 REMERCIEMENTS .......................................................................................... 3 RESUME – MOTS CLES ................................................................................... 4 INTRODUCTION : LA COMMUNICATION EUROPEENNE ........................ 6 1ERE PARTIE : LA COMMUNICATION DE L’UNION EUROPEENNE : UN ENJEU MAJEUR DANS UNE EUROPE DIVISEE ET EN CONSTRUCTION .......................................................................................................................... 10 2EME PARTIE : LA COMMUNICATION DE LA PFUE 2008 : UN PROJET AMBITIEUX ASSORTI DE MOYENS CONSEQUENTS .............................. 20 3EME PARTIE : UNE COMMUNICATION A VOCATION DE RELANCE DE LA CONSTRUCTION EUROPEENNE MAIS EGALEMENT DE REAFFIRMATION DE L’INTERET NATIONAL DANS LES AFFAIRES EUROPEENNES .............................................................................................. 32 CONCLUSION ................................................................................................. 49 SOURCES ........................................................................................................ 52 TABLE DES ANNEXES .................................................................................. 56

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Remerciements

Je tiens à remercier tout particulièrement Monsieur Trouvé pour ses conseils avisés ainsi que l’orientation qu’il a su donner à mes recherches ; Madame Florence Ferrari, chargée de l’élargissement de l’UE et des programmes communautaires de coopération, responsable de la cellule PFUE au Secrétariat général des Affaires européennes (SGAE) pendant la présidence française de l’UE , pour son témoignage et son analyse personnelle de la PFUE ; Monsieur Michaël Malherbe, consultant dans une agence de conseil en communication, intervenant dans le master Communication Publique de Sciences Po Lille, enseignant en communication européenne à l’Efap Paris et rédacteur du site Internet www.lacomeuropéenne.fr – qui me fut très utile dans mes recherches - , pour sa contribution à mon travail ; Monsieur Éric Dacheux, Professeur à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, spécialiste de la communication européenne, pour les références bibliographiques qu’il a bien voulu me conseiller notamment de ses propres travaux antérieurs, qui m’ont été d’une grande aide dans mon travail.

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Résumé – mots clés

Résumé :

La France assurait au second semestre 2008 la présidence du Conseil de l’Union européenne. Le président Nicolas Sarkozy avait à cœur de répondre aux doutes croissants des Français sur concernant l’Union européenne, et à témoigner de l’engagement – et du « retour » - de la France au sein de l’Union. Une politique de communication ambitieuse fut mise en place par la présidence française, témoignant d’une volonté de changer les orientations de la communication sur l’Europe, déjà amorcée depuis quelques années. Cette étude se propose d’étudier la stratégie de communication de la Présidence française de l’Union européenne (PFUE) en 2008 et d’en analyser les résultats, en la replaçant dans le cadre de la politique de communication de l’Union européenne. Les acteurs, les politiques menées, le contexte et les résultats obtenus dans les différents domaines dans lesquels la communication de la PFUE a joué un rôle seront abordés, ainsi que les atouts et points faibles de cette communication, qui a confirmé le changement de politique de l’Union européenne en matière de communication, afin de répondre au très critiqué « déficit démocratique » de l’Union européenne et aux récents aléas de la construction européenne.

Mots clés : Communication politique, Présidence française de l’Union Européenne 2008, PFUE, Union Européenne, Présidence du Conseil, stratégie de communication politique

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Introduction : la communication européenne La France assurait au deuxième semestre 2008 la Présidence tournante du Conseil de l’Union Européenne. Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, avait fait du rôle de la France en Europe et de la relance de la construction européenne des thèmes de campagne lors de l’élection présidentielle de 2007. Il lui était donc un devoir d’en faire un événement majeur et un succès. Cela passait nécessairement par une communication réussie, enseignement que Nicolas Sarkozy avait tiré de la campagne présidentielle victorieuse, campagne à haute teneur en communication. Le Conseil européen, est une des trois institutions de l’Union européenne. Il réunit les chefs d’Etat et de gouvernement afin d’exercer – conjointement avec le Parlement Européen – les fonctions législatives et budgétaires et définit les politiques menées par l’UE ainsi que leur coordination. Jusqu’à l’adoption du traité de Lisbonne le 17 décembre 2007, le Conseil européen était l’objet d’une présidence tournante assurée à tour de rôle par un Etat membre pour u ne durée de six mois. Le traité de Lisbonne prévoit une présidence fixe dans des modalités qui seront développées dans la suite de cette étude. Si les traités utilisent le terme de présidence du Conseil européen, il est également fait référence dans la doctrine et dans les médias à la présidence du Conseil de l’Union européenne ou même (et par abus de langage) à la présidence de l’Union Européenne (comme le suggère le sigle « PFUE »). Pour des raisons de commodité, les trois termes seront utilisés indifféremment dans la suite de cette étude. La communication politique est le processus par lequel des acteurs sociaux transmettent et confrontent symboliquement des idées politiques opposées. J.M. Cotteret distingue deux types de communications politiques : celle de « conquête du pouvoir » et celle d’ « exercice du pouvoir », qui présentent des variables, des finalités et des dimensions différentes. (Cotteret J.-M., in Sellier D., 2006 :15) La communication politique qui sera analysée dans cette étude relève du s econd type, dans la mesure où les institutions européennes et en particulier le Conseil de

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l’Union Européenne dans le cadre de la Présidence Française, sont des institutions dans lesquelles – si l’on peut dire – le pouvoir est déjà « conquis ». Patrick Champagne analyse, la communication politique en termes de « science pour l’action », rendue nécessaire avec l’augmentation sensible de la médiation du jeu politique en lien direct avec la multiplication des sondages d’opinion sur le politique et son action. 1 La communication des présidences tournantes de l’UE est mise en place par chaque gouvernement en exercice et relève donc par nature de politiques de communication

gouvernementale.

Cette

notion

de

communication

gouvernementale a une connotation contrastée. En effet, elle peut être rattachée à la communication en période de guerre, ou encore aux politiques de communication des régimes totalitaires (notamment la politique de communication avant-gardiste mise en place par Goebbels sous le III ème Reich). Jacques Ellul a analysé les mécanismes de communication politique s’apparentant à la propagande. Il y attache ainsi trois caractéristiques fondatrices : ces politiques s’adressent à un individu et à la masse, elles ont un caractère de continuité et s’inscrivent dans la durée,

elles

reposent

sur

un

appareil

d’Etat

(organisation

ou

service

gouvernementale, administration…). En outre, dans la société contemporaine, l’Etat moderne est tenu d’informer la population sur ses politiques et son action afin de remporter l’adhésion, de réaliser de bonnes performances dans les sondages d’opinion, et d’assurer sa réélection (concernant le chef du gouvernement dans un régime parlementaire, ou le Chef d’Etat dans le cas de la France ou dans un régime présidentiel). Selon Jacques Ellul, divers facteurs s’opposent néanmoins à cette stratégie gouvernementale, dont la principale est, dans le cadre de la démocratie, la « liberté des propagandes diverses » et alternatives. (Ellul, 1962 : 157)

Au demeurant, nous retiendrons pour la suite de cette étude les trois hypothèses émises par Dominique Sellier (2006 : 25) en matière de communication gouvernementale. Celui-ci suppose tout d’abord qu’un gouvernement, lorsqu’il sélectionne

1

ses

outils

de

communication

gouvernementale,

privilégie

le

Patrick Champagne, Faire l’opinion. Le nouveau jeu politique, Les Editions de Minuit, Paris, 1990, p.33

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développement des outils d’information. D’autre part, il émet l’hypothèse que le développement inégal des outils d’information et de communication peut refléter l’ancienneté de la culture démocratique d’un pays ou d’une zone régionale. Enfin – et il s’agit d’un élément majeur dans l’étude qui va suivre – l’auteur suppose que le poids de l’identité nationale aux niveaux culturel et politique ont une importance considérable dans la mise en place d’une politique par un gouvern ement. La communication est un enjeu majeur dans l’Union Européenne dans la mesure où celle-ci se voit souvent reprocher un certain déficit médiatique, un manque de visibilité, la prééminence d’une technocratie coupée des citoyens européens, dû en partie à l’éloignement physique des institutions situées à Bruxelles. Pendant des dizaines d’années l’Union Européenne est restée une chose obscure pour ses citoyens. Encore aujourd’hui la demande en davantage de communication sur les affaires bruxelloises et l’avancement de l’Union est fort e. En outre, la communication est nécessaire pour accompagner le processus de construction européenne qui est susceptible de se heurter aux intérêts nationaux. Il est donc capital de communiquer largement sur l’Europe afin d’expliquer aux citoyens les enjeux de cette construction et les contours d’une Europe qui va dans le sens de l’intérêt de ses citoyens. Les principaux objectifs de la communication européenne sont

de lutter contre la tendance abstentionniste aux élections

européennes, de légitimer les politiques européennes et d’améliorer la perception de l’Union européenne auprès de l’opinion publique des Etats membres (Aldrin P & Utard J.-M., 2008 : 2). La politique de communication adoptée par le gouvernement français lors de la Présidence française de l’Union Européenne entre le 1 er juillet et le 31 décembre 2008 est illustrative de cette nécessité. Il paraît nécessaire de resituer cette politique spécifique dans le cadre plus générale de la communication au sein de l’UE et de ses institutions, ainsi que de la comparer à d’autres politiques de communication mise en place dans l’UE ou à l’occasion d’autres Présidence. La communication des présidences de l’Union Européenne est particulière dans la mesure où elle doit concilier les enjeux d’intérêt national et ceux liés aux intérêts de l’Union Européenne. Elle doit s’adresser tant aux citoyens du pays

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exerçant la présidence qu’à l’ensemble de l’Union. La Présidence suédoise en 2001 avait particulièrement marqué par ses grandes avancées sur des dossiers con crets et les compromis qu’elle parvint à obtenir, mais aussi par le succès de sa politique de communication alliant sobriété (un pays comme la Suède ne peut disposer d’un budget de Présidence du niveau de ceux de l’Allemagne ou la France) et efficacité. En effet, les petites présidences sont souvent jugées comme étant les meilleures. Il est un fait que leur implication est souvent grande, ayant tout à gagner dans l’Union Européenne et d’une présidence réussie, susceptible de rehausser son rôle dans l’Union. De plus, un petit pays peut plus facilement arbitrer de façon impartiale les débats et jouer le rôle de modérateur pour parvenir à des compromis sur les dossiers importants. Ainsi, quelle est l’importance de la communication dans les affaires européennes ? Et en particulier, dans le cas d’espèce, dans quelle mesure la Présidence de l’Union européenne en 2008 repose-t-elle sur sa politique de communication et quelles en furent les caractéristiques? Quel bilan dresser de la communication de la Présidence française en 2008 ?

Dans une

première partie

sera brièvement

étudié l’enjeu de

la

communication dans l’Union Européenne. Dans un second temps le projet de communication élaboré par la Présidence Française sera détaillé et analysé en terme pratiques et concrets (orientations sectorielles, moyens financiers et humains, acteurs). Et enfin, la dernière partie traitera les objectifs majeurs attachés à la politique de communication de la Présidence française, en s’appuyant sur des évènements en terme de communication ayant marqué cette Présidence.

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1ère Partie : La communication de l’Union Européenne : un enjeu majeur dans une Europe divisée et en construction A. Communiquer sur l’Europe, à quelles fins ? : Les objectifs de la communication européenne La construction européenne a été initialement conçue - notamment lors de l’adoption de l’acte fondateur du traité de Rome du 25 mars 1957 - comme un domaine hautement politique et ne relevant pas des citoyens (en témoigne l’élection des députés européens au suffrage indirect parmi les membres des parlements nationaux jusqu’aux élections de 1979). Ainsi, la communication sur l’Europe fut pendant de nombreuses années reléguée au second plan. Le déficit démocratique de l’Union Européenne Un des problèmes majeurs – et une critique récurrente adressée aux institutions européennes - concernant la politique de communication dans l’Union Européenne est qu’elle est pensée, réalisée et mise en œuvre en très grande partie par des fonctionnaires des institutions. Or, ces fonctionnaires sont recrutés sur des concours très généraux permettant d’intégrer les institutions. Il n’existe pas de concours spécifique aux services de communication, qui est pourtant un domaine assez pointu non accessible à l’ensemble des candidats. Ainsi, le site de l’Union Européenne, décline les modalités des concours relatifs aux emplois dans la fonction publique européenne, « recrutement des fonctionnaires permanents par voie de concours généraux », le dernier mot indiquant bien la nature du concours, axé sur des épreuves de culture générale concernant l’Europe, de capacités en langue et rédactionnelles, la répartition - notamment selon les directions générales (DG) à la Commission - se faisant au gré des entretiens et de la formation initiale, mais non par un examen portant sur des connaissances et qualités professionnelles

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spécifiques. 2 Le résultat en est que des individus de formation « générale » exercent des responsabilités en matière de communication qui requièrent certaines connaissances (théorie de la communication, doctrine…) et expériences que n’ont pas – ou que peu – ces individus. Ainsi, la communication de l’UE est traitée comme une « affaire administrative » classique, et n’est à ce titre que peu susceptible de faire preuve d’inventivité, de pédagogie et d’adaptation dont elle aurait bien besoin. Ceci explique bien – outre les facteurs « regard extérieur » et « objectivité » bien souvent répliqués – le besoin actuel des institutions européennes de recourir à des agences de communication et de marketing pour concevoir et mettre en œuvre leurs politiques de communication. Dès les années 1950, et les débuts de la construction européenne les institutions bruxelloises comprenaient des services de presse et d’information. A l’époque l’impératif de visibilité de l’Union européenne dans les médias l’emportait sur toute autre préoccupation communicationnelle. L’Acte Unique de 1986 consacra le renforcement de la Commission européenne dans le jeu des institutions européennes. En conséquence, elle développa des moyens de communication efficaces et dynamiques, notamment afin de réaliser des enquêtes d’opinion, orienter les médias et mettre en place des campagnes de communication destinées au grand public. Vers la fin des années 1980 la Commission participa à de nombreux évènements sportifs et dans le domaine de la culture afin de promouvoir et d’exporter l’image de l’Union européenne auprès d’un public le plus large possible. Elle développa également des campagnes sur des thèmes spécifiques (santé, sécurité…). (Aldrin P. & Utard J.-M., 2008 : 4) Mais cette politique resta principalement attachée à un rôle de diffusion de l’information au public, et d’évaluation de la perception de l’Europe par les individus. Le « sursaut communicationnel » des institutions de l’Union européenne

Cependant, à partir du traité de Maastricht de 1992 et la prise de conscience des citoyens de l’importance de la construction européenne et de l’influence que celle ci pouvait avoir sur leur quotidien, la communication et l’informatio n sur l’Union Européenne est devenue un enjeu majeur.

2

http://europa.eu/epso/discover/selection_proced/selection/index_fr.htm#chapter3, portail de l’Union Européenne, page

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Mais la politique de communication adoptée par la Commission Européenne et les instances nationales lors de la campagne d’information et de communication sur le TECE en 2005, fut un échec flagrant, notamment en France, se soldant par un vote négatif à 54,68% des suffrages exprimés Ainsi, le Livre jaune Euractiv analyse cet échec en terme d’erreurs de communication. Il dénonce l’excès de contrôle « implicite » de l’Union Européenne et des canaux de diffusion publics. Il en a résulté que, dans les campagnes en France et aux Pays-Bas, le débat a échappé à ces derniers, il s’est sont donc tourné vers les canaux de communication alternatif, en particulier Internet, et a ainsi pu être dominé par les partisans d u « non ». Le député européen et ancien premier ministre belge Jean-Luc Dehaene commente ainsi : « Vous pouvez toujours expliquer lors d’une réunion que l’Europe est un facteur de paix et de stabilité, une fois que les gens sont rentrés chez eux ils ne voient plus le lien. Les gens savent cela, mais ils ne le vivent plus. L’information au niveau local peut être la meilleure solution, parce qu’elle s’impose directement au regard des citoyens ». 3 Les rédacteurs du rapport Euractiv préconisent que le rôle des acteurs institutionnels devrait être non pas de contrôler et de centraliser les débats mais plutôt de les équilibrer et de les « fonder sur des faits », ainsi que d’utiliser les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) diffusant au niveau local, afin d’impliquer davantage les citoyens et rendre cette communication plus accessible, ainsi que les médias locaux plus influents sur les individus. 4 (Livre Jaune, 2006 : 25) La Commission a présenté en juillet 2005 un plan d’action en matière de renforcement de la communication sur l’Union Européenne 5, à la suite de l’échec du Traité instituant une Constitution pour l’Europe (dont une erreur de communication majeure fut de l’appeler « Constitution Européenne »), une majorité de « non » l’ayant emporté en France.

Dans ce plan d’action, la

Commission de Bruxelles prévoyait un renforcement des représentations de la Commission (dans les Etats membres), l’amélioration de la coordination interne en matière de communication, et lançait une réflexion sur les langues utilisées et les points d’accès à la communication sur l’UE offerts aux citoyens.

relative aux concours pours les emplois publics dans les institutions européennes 3 « Les professionnels des affaires européennes soumettent leurs recommandations à Margot Wallström », article en ligne du 21 décembre 2005, http://www.euractiv.com/fr/avenir-europe/professionnels-affaires-europeennes-soumettentrecommandations-margot-wallstrom/article-131369 4 Live Jaune d’Euractiv sur la communication européenne, « Décentraliser radicalement : donner le pouvoir aux multiplicateurs ! », final, 30 septembre 2006 VIEILLEFOSSE Romain | 3ème Année | Rapport d’étude | Année universitaire 2008-2009

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Peu après, en octobre 2005, afin de répondre aux commentateurs qui affirmaient que la Commission Européenne n’avait pas de solution de remplacement à l’échec du TECE (le fameux « plan B », cette dernière lançait son « Plan D comme Démocratie, Dialogue et Débat »6 dans lequel la Vice-présidente de la Commission Européenne et chargée des relations institutionnelles et de la communication, Margot Wallström, affirme la nécessité de mieux prendre en compte les points de vue des citoyens et de les impliquer davantage dans le projet européen. Une des mesures phares de ce rapport est de mettre en place au niveau national des débats sur le devenir de l’UE, afin de mettre en place la fameuse « sphère publique européenne », jusqu’à présent inexistante. En 2006, la Commission Européenne a publié un Livre Blanc sur la Politique de Communication Européenne. Le but de ce rapport était de mettre en place une politique de communication et d’information afin de renforcer la participation des différents acteurs à la construction européenne : institutions européennes, gouvernements et administrations nationales, autorités régionales et locales, partis politiques européens et nationaux et la société civile. La Commission voulait relancer le débat public dans l’UE après l’échec de 2005 en mettant en place et une politique ambitieuse et globale de communication. L’objectif fixé par la Commission dans ce rapport était double. La Commission souhaite mettre en place une politique cohérente de communication au sein de l’UE ; elle rappelle que la communication est « trop souvent restée "l’affaire de Bruxelles" » et doit davantage prendre en compte l’opinion des citoyens en axant la commu nication européenne sur ces derniers et non sur les institutions. D’autre part, le rapport fait état de la nécessité de la mise en place d’une réelle sphère publique européenne – enjeu récurrent dans la doctrine (c.f. Dacheux, 2003, et la notion d’ « espace public européen ») – à la place d’une sphère publique nationale (dans laquelle les citoyens exercent leurs droits politiques même à dimension européenne par l’intermédiaire d’un système et d’acteurs nationaux). La mise en place d’une « culture politique paneuropéenne » serait donc nécessaire. La fondation Euractiv (fondation qui définit les orientations de la ligne éditoriale et assure l’indépendance du site européen d’actualité sur les politiques de l’UE, www.euractiv.eu) a peu après publié un Livre Jaune sur la 5 6

Plan d’action, SEC (2005) 985 final du 20 juillet 2005 Plan D, COM (2005) 494 final du 13 octobre 2005

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Communication Européenne 7 en réponse au Livre Blanc de la Commission. La fondation fixe, dans ce rapport, quatre objectifs primordiaux en matière de communication de l’Union Européenne. En premier il serait nécessaire de cibler des audiences et relais « réalistes ». Ceux ne peuvent être « tous les citoyens » du fait de la difficulté technique et pédagogique d’une telle communication, mais la communication sur l’UE ne devrait pas non plus ne concerner qu’un nombre restreint de spécialistes de l’UE. Le rapport préconise de cibler des relais sectoriels au niveau national, ensuite chargé de relayer le message. Le second point affirme la nécessité d’impliquer « au plus tôt » les entreprises, syndicats et ONG, forces vives de chaque nation. Enfin, les experts de la Fondation Euractiv rappellent dans un troisième point la nécessité de coordonner les politiques de communication des différentes

institutions

(Commission,

Conseil,

Parlement

Européens

et

administrations ou organismes nationaux en charge des affaires européennes) en évitant toute centralisation (au profit de la Commission). Un autre facteur de développement de la communication

au niveau

communautaire, a été l’action législative de l’Union Européenne au niveau des moyens de communication dans les Etats membres. En effet, la diffusion d’une information similaire à destination de l’ensemble des citoyens européens a nécessité une harmonisation des systèmes de communication nationaux. Cette harmonisation a pris la forme d’une convergence technologique afin de s’assurer qu’aucun Etat ou région n’accusait de retard technologique, ainsi que d’une généralisation de nouveaux services de communication et leur encadrement par le droit communautaire. Ainsi, dès 1989 la directive dite « TVSF »8 modifiée par la directive du 30 juin 1997 9 visait à harmoniser les législations audiovisuelles des Etats membres afin notamment d’établir le principe d’accès des téléspectateurs aux évènements majeurs. (Péron, 2008 : 138) Afin d’aller dans ce sens, l’Union européenne a adopté une démarche davantage axée sur la communication auprès de ses citoyens.

B. La mise en œuvre d’une politique de communication à vocation pédagogique

7

Livre Jaune sur la Communication Européenne, « Décentraliser radicalement, donner le pouvoir aux multiplicateurs », 30 juin 2006 8 Directive 89/552 /CEE du Conseil, Télévision Sans Frontière (« TVSF ») du 3 octobre 1989 VIEILLEFOSSE Romain | 3ème Année | Rapport d’étude | Année universitaire 2008-2009

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La Commission a proposé en 2001, dans une communication portant sur les réformes de la politique de communication de l’Union européenne 10, plusieurs réformes relatives à la communication sur l’UE. Sur le plan médiatique, la Commission affirme la nécessité de développer l’information apportée aux citoyens de l’Union Européenne par le biais des médias audiovisuels. Dans cette optique, la Commission a mis en place une collaboration avec la chaîne européenne d’information en continu Euronews, signant un « contrat de coproduction » (Dacheux E., 2004 : 63). D’autre part, le rapport prévoyait un renforcement du degré de collaboration entre le Parlement Européen et la Commission pour fixer la ligne éditoriale de la chaîne de diffusion européenne Europe by Satellite (EbS, service d’informations télévisées de l’UE, lancé en 1995, qui fournit du contenu audiovisuel aux sociétés de médias).Enfin, il prévoyait la mise en place de conférences de presse interactives avec les journalistes ne pouvant se rendre à Bruxelles, permettant ainsi une diffusion plus large et variée de l’information (qui jusque là était limitée aux grands quotidiens nationaux et internationaux ayant les moyens et les effectifs suffisants pour envoyer des journalistes détachés à Bruxelles). Au niveau financier et humain, la Commission souhaite favoriser une « culture de la communication », ceci par une formation approfondie en interne et la mise en place de politiques facilitant l’accès aux documents administratifs. Au jour d’aujourd’hui, les institutions européennes ne disposent pas suffisamment de personnel qualifié dans le secteur de la communication et doit donc déléguer la gestion

des

nouveaux

réseaux

d’information

et

de

communication

aux

représentations nationales par un partenariat entre ONG et Etats. Ainsi, la présidence du Conseil européen a la responsabilité de la communication sur les projets de son semestre de présidence, en grande partie par l’intermédiaire de sa Représentation permanente auprès de l’UE (RPUE).11 La Présidence en exercice dispose d’une assez large marge de manœuvre sur la communication qu’elle souhaite effectuer sur ses projets, en défendant avant tout sa vision des choses, en collaboration avec les ministères nationaux et surtout l’Elysée. Ainsi, dans le domaine financier et économique, j’ai pu constater l’activisme important de

9

Directive 97/36/CE du Parlement Européen et du Conseil, du 30 juin 1997 Communication de la Commission européenne, COM (2001) b. 11 Cf. encadré expérience personnelle en Annexe n°2. 10

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Christine Lagarde en matière de communication sur les projets de la Présidence et sur leur état d’avancement, mais également l’implication considérable de l’Elysées – voire directement du Président Nicolas Sarkozy – sur les sujets importants (Directive Solvabilité II). La Commission européenne, quant à elle, prévoyait la mise en place d’un budget pluriannuel sur quatre ans (2002-2006) dédié à la communication, d’un montant de 432 millions d’euros. Aux niveaux organisationnel et opérationnel, la Commission recommande la mise en place de groupes de travail interinstitutionnels d’information afin d’éviter les

contradictions

(récurrentes)

de

communication

entre

les

institutions

(notamment entre le Conseil et la Commission). Elle souhaitait également organiser des réunions publiques afin d’avoir un retour d’information sur la politique de communication mise en place, et sa perception par les citoyens de l’UE. La mise en place opérationnelle de cette politique de communication sur l’UE se heurte à l’absence d’un espace public européen, obligeant ainsi les institutions européennes à dépendre fortement des institutions nationales (traduction, spécificités culturelles…). Ainsi, le programme Prince (Programme d’information aux citoyens européens) mis en place en 1995 à la suite de l’élargissement, et renforcé depuis, vise à financer l’action de communication à destination du grand public afin de favoriser l’information des citoyens et les débats sur l’Union Européenne. La communication sur l’Union Européenne est diffusée par l’intermédiaire de différents vecteurs. Il existe de multiples « campagnes de publicité » sur l’Union Européenne. Le programme Prince évoqué plus haut prévoit ainsi une diffusion d’information et une communication sur l’Europe par l’intermédiaire de campagnes d’information. 38 millions d’euros ont ainsi été consacrés à des campagnes d’information sur l’euro pendant la période précédant son adoption. De même, le Parlement européen a adopté une résolution le 28 octobre 2004 sur le budget 2005 de l’UE qui créait une nouvelle ligne budgétaire consacrée au financement d’une campagne d’information sur le projet de traité établissant une Constitution pour l’Europe (TECE). Un programme d’actions de communication menées par le Parlement Européen était assorti de crédits afférents d’un montant de 7.680.000 d’euros (dont 2,4 millions pour des produits audiovisuels : clips publicitaires…). En outre, il était prévu que ces crédits soient utilisés de manière différente et la stratégie de communication du Parlement Européen devait VIEILLEFOSSE Romain | 3ème Année | Rapport d’étude | Année universitaire 2008-2009

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cependant se décliner en des messages variables selon « [les] échéances, [les] préoccupations, et [les] débats en cours dans chaque Etat-membre ». 12 Pour sa part, la Commission avait adopté une ligne budgétaire de huit millions d’euros destinées à la campane d’information de l’opinion publique, mettant de nombreux outils à la disposition

des

Etats

membres :

sondages

d’opinion,

un

site

Internet

interinstitutionnel, produits marketing, brochures pour le grand public, exemplaires complets de la « Constitution » dans toutes les langues. 13 Cependant, cela n’a pas empêché l’échec de la ratification du TECE à deux rapports du

C. Les obstacles rencontrés par la communication de l’UE La communication européenne se heurte à une insuffisance de moyens humains et financiers. En effet, l’Union Européenne ne consacre qu’environ 200 millions d’euros par an à sa politique de communication. Ainsi Eric Dacheux compare le budget pluriannuel en matière de communication de l’Union Européenne à celui d’une agence de publicité européenne 14. Si ce chiffre peut dans l’absolu paraître considérable, il est insuffisant en matière de communication, notamment au regard du besoin de communication et d’information exprimé par les citoyens européens. De plus, il existe un manque flagrant de coordination entre les institutions européennes en matière de communication et d’information. Ainsi, la Commission Européenne a publié en 2007 une communication « Communiquer sur l’Europe en partenariat »15.

La

Commission

proposait

la

signature

d’un

accord

interinstitutionnel entre le Parlement Européen, le Conseil de l’UE et la Commission afin de mettre en place une coordination de la communication des institutions de l’UE. Cet accord permettrait ainsi d’éviter les décalages, désaccords, voire contradiction entre les communications respectives des institutions, contribuant parfois à semer le trouble auprès des citoyens et dans la

Document de Travail de la Direction Générale de l’Information du Parlement Européen du 14 décembre 2004 Document C/1893 de l’Assemblée Européenne de l’UEO, « La ratification du traité établissant une Constitution pour l’Europe : suivi parlementaire et orientation de l’opinion publique » 14 « Livre blanc sur la politique de communication européenne : Du beau, du bon, du chemin, encore beaucoup de chemin... », Eric Dacheux, La chronique de la semaine, 10 février 2006, www.europlusnet.com 15 « Communiquer sur l’Europe en partenariat », COM (2007) 569 final 12 13

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gestion de la politique communautaire, mais surtout nuisant à la crédibilité d’une Union Européenne cohérente et solidaire. En outre, il n’existe pas de média généraliste à vocation purement européenne afin de relayer la communication au niveau européen. Pendant longtemps il n’a existé aucune chaîne d’information purement européenne du niveau de CNN pour les Etats-Unis. Cependant, en 1993 a été crée Euronews, la première chaîne d’information en continu européenne. Cette chaîne crée à Lyon fut dans un premier temps détenue à 100% par un consortium composé de chaînes de télévision européennes, le SECEMIE. Puis l’ouverture du capital a donné lieu à la participation majoritaire d’Alcatel-Alsthom jusqu’en 1997, puis au rachat d’ITN (société britannique possédant plusieurs chaînes d’information). Enfin, en 2002 le consortium SECEMIE décida de racheter l’ensemble des actions du groupe afin de redonner une vocation de mission de service public à l’information diffusée. Le 21 février 2005, la SECEMIE a signé un accord avec la Commission Européenne afin de s’engager à jouer un rôle d’information européenne, remplissant dès lors une « mission d´information européenne » en échange d’un financement de 5 millions d’euros par an assuré par l’UE. 16 (Dacheux, 2003 : 90) Cependant, l’audimat d’Euronews reste limité, cette chaîne n’étant disponible qu’aux abonnés du câble et à certains abonnées à la télévision par satellite (s’ils en ont ait le ch oix). Ainsi, on pourrait imaginer que les pouvoirs publics nationaux attribuent une fréquence afin que cette chaîne soit disponible pour l’ensemble de la population (la plupart des téléviseurs étant dorénavant équipés d’un décodeur TNT) (Betoncini Y. & Chopin T., 2007 : 108).

En outre, lorsque certains médias à dimension

européenne existent, ils sont d’origine étrangère souvent américaine à diffusion européenne (CNN Europe), ou des médias thématiques (Eurosport du groupe TF1), ou les deux (MTV Europe), et lorsqu’ils existent-ils n’ont qu’une audience limitée (Arte). (Dacheux, 2003 : 90) D’autre part, il n’existe pas d’outils performants et efficaces afin d’évaluer la politique de communication au niveau européen. Par exemple, aucune des études réalisées ne comportait une dimension qualitative en prenant en compte les particularités culturelles et sociales des citoyens européens. Les services en charge de la question dans les institutions ont des contours flous et ne semblent pas être

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en adéquation avec le travail d’étude et de communication qu’il est nécessaire de réaliser. Ainsi, il existe au moins trois directions générales (DG) de la Commission peu ou prou en charge de la communication : la DG Presse & Communication, la DG Société de l’Information et la DG Education, Culture, Europe des Citoyens et transparence. Cet éparpillement est largement susceptible de nuire au travail réalisé, qui pourrait être regroupé au sein d’une seule et même DG.

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Site de la Commission Européenne : http://ec.europa.eu/avservices/about/index.cfm?sitelang=fr&section=about&page=euronews VIEILLEFOSSE Romain | 3ème Année | Rapport d’étude | Année universitaire 2008-2009

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2ème Partie : La communication de la PFUE 2008 : un projet ambitieux assorti de moyens conséquents A. Les orientations principales de la communication de la PFUE et leur mise en œuvre Les orientations annoncées de la communication de la PFUE

Dans son discours lors de la ratification du traité de Lisbonne le 10 févrie r 2008, le Président de la République française, Nicolas Sarkozy, annonçait les orientations prioritaires de la Présidence française de l’Union Européenne. Ainsi il soulignait en particulier trois orientations majeures : la mise en place d’une stratégie européenne de développement durable, un compromis sur une politique communes de l’immigration, lancer le chantier de la refondation de la politique agricole commune (PAC) et de l’Europe de la défense. Ainsi, il affirmait vouloir axer tout particulièrement la politique de communication de la Présidence française sur ces trois orientations. Le 19 septembre 2007, le Secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet (actuel Président de l’Autorité des Marchés Financiers), égrenait des objectifs encore davantage axés sur la communication et l’information à délivrer aux citoyens européens. En effet, il affirmait la nécessité de « confirmer le " retour de la France en Europe" et [sa] capacité à donner des impulsions significatives au projet européen». Les idées-force qui en émergeaient étaient : -

de communiquer auprès des Français sur l’Union Européenne, notamment par

le biais d’évènements culturels (« saison culturelle européenne) ainsi que la mise en place d’ateliers débouchant sur des conventions thématiques en fonction de chaque région. -

de mettre en place une communication et information approfondie sur les

priorités de la Présidence. En terme de textes portés par la Présidence, la communication devait être axée en particulier sur les « paquets » environnement et VIEILLEFOSSE Romain | 3ème Année | Rapport d’étude | Année universitaire 2008-2009

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énergie (système d’émission de gaz à effet de serre, « post-Kyoto »). L’Exécutif français avait également choisi de mettre en avant la stratégie de Lisbonne afin de renforcer la compétitivité de l’Europe (emploi, innovation, recherche). La PFUE souhaitait également communiquer sur le réexamen des politiques européennes et de leur financement après l’échéance de 2013, et notamment la très symbolique PAC (Politique agricole commune). Dans le domaine culturel et de « l’esprit européen », la Présidence avait prévu d’insister sur les projets fédérateurs, à l’image de sa proposition de généraliser le programme d’échanges universitaires Erasmus à l’ensemble des secteurs académiques, professionnels et associatifs, et ceci pour toute les classes d’âge et non le limiter aux seuls étudiants. Enfin il était prévu de mettre l’emphase sur le rôle de l’Europe dans le contexte de mondialisation, tant dans le domaine économique pur que dans celui des migrations, de l’environnement et de la protection de la propriété intellectuelle, la lutte contre la pauvreté et l’aide aux pays en développement. 17 L’année 2008 était l’année européenne du dialogue interculturel. Dans ce cadre, la Présidence française du Conseil de l’Union Européenne se devait de communiquer sur ce thème. Ainsi, Michaël Malherbe, consultant dans une agence de communication et spécialiste de la communication européenne, estime que la communication de la PFUE dans le domaine de la culture fut un échec notable de la présidence française de l’UE, notamment aux vues du bilan de la « saison culturelle » lancée par la France. La communication sur la culture européenne s’articulait autour de trois objectifs majeurs : la créativité artistique européenne, le patrimoine culturel européen et la mise en œuvre de grandes manifestations. Cette stratégie culturelle fut marquée politiquement avec la nomination de Renaud Donnedieu de Vabres, ancien Ministre de la Culture, au poste d’Ambassadeur chargé de la dimension culturelle de la PFUE. De plus, d’autres respo nsables furent nommés à des postes en concurrence directe, et multipliant les sources de l’orientation de la politique culturelle. D’autre part, les partenariats conclus avec les institutions européennes (Commission et Parlement européen), les institutions culturelles européennes (National Theater à Londres, Musée Reina Sofia de Madrid, Académie des Beaux-Arts de Sofia…etc.), les municipalités françaises (Paris, Marseille, Lille, Bordeaux…etc.) ainsi que d’autres partenaires furent

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Grandes lignes de la communication sur la PFUE présentées par M. Jean Pierre Jouyet, Secrétaire d’Etat chargé des

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insuffisantes en termes de moyens financiers et de campagnes de communication. Au niveau national, aucun financement n’avait été prévu pour l’action culturelle de la PFUE dans le projet de loi de finances de 2008. Enfin, le choix de la Présidence française d’une centralisation de la communication de la PFUE sur un seul et même site (www.ue2008.fr), qui sera abordé plus loin dans cette étude, constitua un acteur handicapant pour la promotion de l’action culturelle. 18

Les orientations constatées de la communication de la PFUE

Les principaux dossiers de la Présidence française du Conseil européen, à savoir Le pacte sur l’immigration, la réforme de la politique agricole commune (PAC), le plan « énergie-climat » et la politique de défense et de sécurité, furent globalement bien portés par la communication de la Présidence, la plupart des partenaires européens ayant reconnu qu’un travail important avait été accompli. L’action de concertation et la flexibilité de principaux ministres en charge des dossiers phares afin de trouver un compromis fut jugée positivement, notamment Brice Hortefeux (pacte sur l’immigration), Michel Barnier (réforme de la PAC) , et Jean-Pierre Jouyet pour la coordination globale. La Représentation française 19 et l’Administration centrale (SGAE, l’Elysée, Matignon…) eurent également un rôle clef dans la mise en œuvre des orientations de la PFUE. Cependant la mise en œuvre de ces orientations fut perturbée par les crises non prévues qui modifièrent l’agenda de la Présidence française. Il en fut ainsi du « Non » irlandais au référendum sur la ratification du traité de Lisbonne, qui obligea les diplomates français à consentir certains engagements au gouvernement irlandais qui pourraient poser problème à l’Union européenne dans les mois ou années à venir (politique fiscale, maintien d’un commissaire irlandais en dépit du traité de Lisbonne qui prévoit un roulement…). La crise en Géorgie mit l’action de la présidence entre parenthèses pendant quelques semaines. Enfin, la crise financière perturba davantage les orientations d e la Présidence en matière de communication, la majeure partie de la communication

Affaires européennes, au Conseil des Ministres, du 19 septembre 2007 18 http://www.lacomeuropeenne.com/index.php?2009/01/26/356 -bilan-de-la-saison-culturelle-europeenne 19 Cf. encadré expérience personnelle en Annexe n°2. VIEILLEFOSSE Romain | 3ème Année | Rapport d’étude | Année universitaire 2008-2009

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de la PFUE s’étant concentrée sur la réponse à donner à la crise, le plan de relance, le plan de sauvetage des banques et la concertation européenne à partir de septembre 2008.20

B. Les acteurs ayant œuvré à la communication de la PFUE Rien ne fut laissé au hasard dans l’organisation de la Présidence française, et tout particulièrement en matière de communication. Différents acteurs furent désignés tant au niveau de l’administration que des acteurs privés. En effet, la communication sur la PFUE, fut en grande partie le fait d’agences de communication recrutées pour l’occasion.

Les acteurs politiques Nicolas Sarkozy l’avait annoncé, il l’a fait... Lors d’un discours au Palai s de l’Elysée le 27 août 2007 à l’occasion de la Conférence des Ambassadeurs que, le Président de la République déclarait « La présidence française de l’Union, dans dix mois seulement doit dès à présent mobiliser toutes nos énergies. […] Chacune des capitales de l’Union recevra, avant le 1 er juillet, ma visite ou celle du Premier ministre. »21 Ainsi, Nicolas Sarkozy annonçait déjà son activisme et son implication dans la préparation et la mise en œuvre de la Présidence Française de l’Union Européenne. Il fut en effet omniprésent, multiplia les discours, interventions, déplacements, réceptions, négociations…etc. et fut davantage remercié et son action reconnue que sur la scène nationale. L’Elysée a en tout état de cause eu un rôle central dans les choix conce rnant la communication sur la PFUE. Comme évoqué précédemment, le Président de la République, Nicolas Sarkozy a par exemple pesé dans le choix de l’agence de communication chargée de réaliser l’entité visuelle de la Présidence française. Cela reflète bien l’influence de l’Elysée, même dans des domaines plus techniques et minutieux, pouvant paraître au premier abord moins déterminant mais qui sont

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http://www.mouvement-europeen.eu/Quel-bilan-tirer-de-la-PFUE, bilan de la PFUE par le Mouvement Européen Allocution du Président de la République à l’occasion de la conférence des ambassadeurs à l’Elysée, le 27 août 2007, www.elysee.fr/français/interventions/2007/aout 21

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en réalité des détails de poids. Ainsi, comme l’ont dit de nombreux hauts fonctionnaires pendant la PFUE, « c’est sa présidence », en parlant bien sûr de Nicolas Sarkozy. Le service de communication de l’Elysée a également joué un rôle crucial dans la politique de communication de la PFUE. Le service de communication avait été remanié en mars 2008, soit trois mois avant le début de la PFUE. Un pôle « politique » avait été créé, placé sous la direction de Catherine Pégard, conseillère du Président, assistée de Jérôme Peyrat, conseiller politique du Président, et d’Olivier Biancarelli, conseiller pour les relations ave c le Parlement. Franck Louvrier, conseiller pour la presse et la communication était chargé d’assurer la communication de la présidence de manière quotidienne par les voies de presse, audiovisuelle et Internet. David Martinon, jusqu’alors porte -parole de l’Elysée était nommé consul de France à New-York, son poste étant supprimé. Pendant la durée de la Présidence française de l’UE, le Premier ministre, François Fillon, a tenu chaque mardi soir un Comité interministériel sur l’Europe dont le rôle était de d’analyser et de discuter « les sujets concrets qui pourraient intéresser les Français » comme en témoigne un collaborateur du Premier ministre.22 En réalité ce comité interministériel fut mis en place après l’échec du referendum sur le TECE en juin 2005 par Dominique de Villepin, alors Premier ministre. Il réunissait les ministres concernés par l’ordre du jour, et répondait à trois objectifs : anticiper les enjeux à venir et sensibiliser les Français sur l’Europe ;

mettre en place un suivi des textes européens, rapports sur l’état

d’avancement des discussions et information des Français sur les décisions prises ; formuler des propositions ayant vocation à être négociées dans les institutions européennes. Il se réunissait une fois par mois. Il fut donc revu par François Fillon, lui donnant une vocation davantage axée sur la communication et l’information durant la PFUE. Cependant, aux dire des observateurs, le Premier ministre n’eût que la « portion congrue » durant cette présidence de l’Union européenne. Enfin, chaque ministère a un rôle de communication se rapportant à son activité et aux dossiers sous sa responsabilité. Chaque ministre est chargé de porter les priorités de la Présidence afférentes à son domaine d’action auprès de ses partenaires européens, ainsi que d’organiser les conférences et autres rencontres à caractère formel (type Ecofin pour le Minefi) ou informelles dans le cadre de la

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« Comment les ministres vont vendre l’Europe », Le Figaro, 8 juillet 2008

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PFUE. Nicolas Sarkozy les avait chargés bien avant le début de la Présidence française de rendre les projets européens audibles et concrets pour les citoyens qui émettent des réserves à l’égard de « l’Europe de Bruxelles » éloignée de leurs préoccupations quotidiennes et locales. Les acteurs de l’Administration

Le Secrétariat Général aux affaires européennes (SGAE) est, pour des raisons historiques, lié et situé à Bercy, mais il est légalement et politiquement sous la responsabilité du Premier Ministre, qui garde ainsi un œil sur la coordination des affaires européennes. Le SGAE est chargé de coordonner et rendre cohérente les positions et plus généralement la voix de la France dans les institutions européennes et auprès des autres acteurs européens. Il a donc en charge la coordination et la coopération des différents ministères nationaux en fonction des affaires spécifiques traitées. Il a donc un rôle de coordination mais également de communication auprès des ministères et surtout des institutions à Bruxelles. Une cellule spéciale fut créée au sein du SGAE en juillet 2007. Son rôle était de coordonner les différents dossiers et projets de la PFUE et surtout d’en assurer la communication ainsi que la communication plus générale de la Présidence, notamment par l’intermédiaire du site Internet de la PFUE. Le « coordonateur pour la PFUE », Pierre Heilbronn – par ailleurs conseiller auprès du Secrétaire Général Gilles Briatta -

avait entre autres en charge les relations avec le Parlement

Européen, la communication de la Présidence et la voix française dans les institutions. En outre, le Secrétariat Général de la Présidence française de l’Union Européenne (SGPFUE) avait un rôle clef en matière de budget, de gestion des fonds de la Présidence, et notamment ceux débloqués pour les manifestations, les divers évènements et autres aspects de la communication de la Présidence. Il a ainsi pu gérer les contrats de partenariat avec des entreprises françaises (et finalement obtenir le prêt de véhicules de la part des constructeurs automobiles français pour le déplacement des personnalités, qui l’avaient refusé au départ, cédant de peur de la concurrence étrangère). Florence Ferrari, responsable de l’élargissement de l’UE et des programmes communautaires de coopération au Secrétariat général aux Affaires européennes, précise ainsi que le SGPFUE a été VIEILLEFOSSE Romain | 3ème Année | Rapport d’étude | Année universitaire 2008-2009

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l’acteur

institutionnel

principal

de

la

communication

de

la

PFUE,

la

communication figurant parmi ses compétences (cf. décret d’attribution du 15 juin 2007, en Annexe n°5).23 Un autre acteur clef dans la communication de la Présidence fut la Représentation Permanente de la France auprès de l’Union Européenne (RPUE). Celle-ci était chargée de porter les projets de la Présidence dans les institutions européennes, et donc de communiquer sur ces projets ainsi que de négocier afin d’obtenir un compromis final sur chaque dossier. La RPUE devait communiqu er avec les Parlement Européen, les Etats membres, la Commission dans le but de promouvoir les vues de la Présidence. Les acteurs privés ayant œuvré à la PFUE

Les agences de communication ont joué un rôle déterminant dans la politique de communication de la Présidence française de l’UE. Dès le 20 décembre 2007, l’Elysée lançait un appel d’offres pour la communication de la Présidence. L’agence BETC Euro RSCG (agence de publicité et communication – première agence française - du groupe Euro RSCG, sixième groupe mondial de communication, lui-même principal réseau du groupe Havas) fut choisie pour réaliser l’entité visuelle de la présidence française de l’Union européenne. Cette décision aurait été en partie le fait du Président de la République lui -même, très impliqué sur le sujet. 24 De plus, Euro RSCG Worldwide Events, la nouvelle structure internationale événementielle du groupe crée en 2007, fut chargé de la conception de l’opération de communication sur la Tour Eiffel pendant la durée de la Présidence, prévoyant l’illumination de la tour de fer aux couleurs de l’Europe (en bleu avec douze étoiles jaunes). Cette opération a nécessité trois mois de préparation et deux semaines d’installation sur la Tour Eiffel 25, elle fut réalisée en partenariat avec le groupe Areva, spécialiste de l’énergie nucléaire, qui a réalisé l’ensemble du dispositif d’illumination. 26 De plus, chaque ministère a passé un contrat avec une agence de communication afin de promouvoir son action et d’organiser des évènements en Cf. l’entretien avec Mme Florence Ferrari, en Annexe n°4. www.stratégie.fr, brève du 20 décembre 2007 25 Stratégies Magazine, n° 1507, 26 juin 2008 26 Stratégies Magazine, n° 1508, 3 juillet 2008 23 24

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lien avec leur domaine respectif pendant la durée de la Présidence française. Ainsi, le Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du développement durable et de l’Aménagement du territoire de Jean-Louis Borloo avait confié à l’agence Market Place la conception et l’organisation d’une soixantaine d’évènements –la plupart en lien avec l’écologie – dans le cadre de la PFUE. Le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de Valérie Pécresse avait choisi une agence de communication, Junium (Altavia) pour réaliser la conception, le graphisme et la mise en page des documents édités via Internet pendant la PFUE. Le ministère de l’Education avait lui lancé un appel d’offre assorti d’un concours dès mars 2008 pour sa communication pendant la PFUE. Le Quai d’Orsay en avait fait de même pour la réalisation d’une campagne de sensibilisation et de mobilisation de l’opinion publique. Pour sa part, le Ministère de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi a eu recours aux services de l’agence d’événementiel Connect Factory et à un cabinet spécialisé en formation professionnelle (Additiv) la conception et l’organisation d’une rencontre d’apprentis européens au Palais Omnisport de Paris Bercy (POPB). 27 Certaines grandes entreprises privées ont également collaboré à la communication et la logistique de la PFUE, leur permettant de s’afficher sur la scène européenne. Ainsi, Areva réalisa l’éclairage de la Tour Eiffel. PSA et Renault ont gracieusement fourni les quelques 140 véhicules mis à disposition des officiels français pendant la PFUE. Les deux constructeurs avaient dans un premier temps refusé, puis, lorsque les organisateurs de la PFUE se sont tournés vers BMW et Mercedes-Benz – la rumeur ayant « fait le tour de Paris » les deux constructeurs ont finalement accepté le partenariat. Enfin, la RATP, la SNCF et ADP – Aéroports de Paris furent des sponsors de la présidence française du Conseil européen. Florence Ferrari, responsable de l’élargissement de l’UE et des programmes communautaires de coopération au Secrétariat général aux Affaires européennes, estime que le ministère des Affaires étrangères a joué un rôle clef dans les relations avec ces acteurs privés, notamment en organisant des réceptions avec les chefs d’entreprise (cf. entretien avec Florence Ferrari, en annexe n°4).

27

www.strategies.fr, brève du 30 juin 2008

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C. Les moyens financiers et techniques de la PFUE Les moyens financiers de la PFUE

Le budget de la PFUE a été détaillé dans un document intitulé « Programme 306 ». Il se décompose en trois types d’actions à vocation événementielle, de communication ou de protocole : - les activités obligatoires et traditionnelles de la Présidence : il s’agit des manifestations imposées par le calendrier européen et le règlement intérieur du Secrétariat général du Conseil de l’Union Européenne, et les manifestations qui sont traditionnellement à la charge de l’Etat membre qui préside le Conseil de l’UE (ex : les Conseils européens, les conseils des ministres…). - les manifestations correspondant à l’initiative propre de la Présidence française : les manifestations ou évènements décidés par la France de sa

seule initiative

pendant les six mois de sa présidence, elles incluent également les manifestations organisées par les ministères nationaux labélisés « Présidence française de l’Union Européenne ». - les activités interministérielles : cela inclut entre autres –pour ce qui nous intéresse ici- la communication des ministères sur la PFUE, les frais de représentation de la Présidence, ainsi que des «biens collectifs » : décoration des édifices publics et en particulier le Conseil de l’UE à Bruxelles (mais aussi la Tour Eiffel, comme indiqué plus haut), produits promotionnels de la PFUE (stylos, la fameuse cravate de la PFUE 28…etc.). Les activités obligatoires représentaient près de la moitié des crédits demandés par la Présidence pour ces trois domaines d’action, alors que les manifestations de l’initiative propre de la PFUE représentait plus d’un tiers de ces crédits, les crédits consacrés aux activités interministérielles représentaient eux 10% du total des crédits demandés (crédits totaux demandés : 70 millions d’euros).29 Le budget total de la PFUE représentait une somme totale de 190 millions d’euros, soit trois fois le montant du budget de la Présidence française de 2000 qui

Les services de communication de l’Elysée avaient prévu la distribution d’une cravate promotionnelle de la PFUE dans la « mallette de la Présidence » offerte aux parlementaires, à l’Assemblée Nationale et au Sénat, cependant des députés femmes s’étant vu offrir la cravate s’était offensé de cette « misogynie »… 28

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était de 56, 9 millions d’euros, et près de treize fois et demi le budget de la présidence française de 1995 dans une UE à 15 (14,1 millions d’euros) . La part de ce budget dédiée à la communication « pure » (politique de communication, médias…etc. hors évènementiel et manifestations) était elle de 15 millions d’euros soit près de 8% du budget total. Le budget des présidences de l’Union européenne varient en fonction des Etats membres exerçant la présidence mais également de l’élargissement de l’Union européenne. Ainsi en 2005, avant le dernier élargissement la GrandeBretagne n’avait dépensé « que » 15 millions d’euros pour sa présidence. Le budget « nécessaire » est aujourd’hui estimé autour de 80 millions d’euros pour les plus petits Etats membres (même s’il fut de 50 millions pour la présidence portuguaise en 2007) et près de 200 millions d’euros (budget de la présidence allemande) pour les plus grands. Ainsi, celui de la Présidence tchèque, succèdant à la France, est de 124,5 millions d’euros. 30 Le budget final utilisé, constaté à l’issue de la présidence française de l’Union européenne s’élève à environ 160 millions d’euros, réalisant ainsi 30 millions d’économies par rapport au budget initial. 31

Les moyens « techniques » de la PFUE : manifestations et technologies

Deux types de manifestations ont été organisés pendant la PFUE. D’une part, les manifestations institutionnelles comme par exemple les Conseils des ministres, les Conseils européens ou sommets internationaux. Certaines de ces manifestations n’étaient pas prévues dans le budget de la Présidence, à l’image du sommet aux fins de règlement pacifique du conflit entre la Russie et la Géorgie en août 2008. Nicolas Sarkozy décida ainsi de convoquer le Conseil européen en réunion extraordinaire le 1 er septembre 2008. Le Président en exercice du Conseil de l’UE se rend à Moscou, à Tbilissi… D’autre part de nombreuses réunions informelles sont organisées notamment à l’initiative du Ministre en des Affaires étrangères de l’UE en exercice, mais aussi des autres ministres. Ainsi, les ministres des finances se réunirent lors du conseil Ecofin informel à Nice en septembre 2008

29

http://www.performance-publique.gouv.fr/farandole/2009/pap/html/DBGPGMPRESPGMACTPGM306.ht m www.mediapart.fr, www.touteleurope.fr 31 Cf. entretien avec M. Malherbe en Annexe n°3. 30

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(du 12 au 13 septembre), les ministres JAI (justice et affaires intérieures) à Cannes les 7 et 8 juillet 2008, ou encore les ministres en charge du développement à Bordeaux en septembre 2008 également (le choix de la ville de Bordeaux peut être mis en rapport avec les préoccupations environnementales de son maire, M. Alain Juppé, ex-Ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables dans le premier gouvernement Fillon de mai à juin 2007). Si les Conseils des ministres sont pris en charge par l’Union Européenne, les conseils informels sont intégralement mis sur le compte du budget de la PFUE. D’autre part, des manifestations ont été organisées, labellisées « Présidence française de l’Union Européenne 2008 », à l’initiative des ministères ou encore de la société civile. Ces manifestations ont pu prendre la forme de conférences, colloques ou séminaires. Dans ce cas, les fonds correspondant à l’organisation des ces manifestations spécifiques sont mis à disposition des ministères – et ne sont donc pas prélevés sur leur fonds de fonctionnement

propres – cependant ils

doivent en retour rendre des comptes au SGPFUE sur la nature de la manifestation, les dépenses exactes… La labellisation mise en place par la PFUE confère certains avantages en termes de communication à ces évènements, mais impose aussi des obligations, telles qu’une utilisation très encadrée du logo de la PFUE, l’information du SGPFUE quant au programme de l’évènement…etc. Cependant cela confère le privilège à l’organisateur que son évènement figure sur les programmes et le site Internet de la PFUE. Un des aspects importants de la communication sur la Présidence française de l’UE était son site Internet. Florence Ferrari, responsable de l’élargissement de l’UE et des programmes communautaires de coopération au Secrétariat général aux Affaires européennes, en charge de la PFUE au SGAE, estime que par rapport à la PFUE en 2000, l’utilisation de l’outil Internet pour la communication de la présidence (suivi notamment par le SGAE) a pris une toute autre dimension, étant devenue « incontournable ». 32 Au premier abord, la structure du site Internet de la PFUE n’est pas sans rappeler le site du candidat à l’élection présidentielle de 200733 ainsi que le nouveau site l’Elysée 34, ayant la même structure. En effet on retrouve, à peu de choses près la même organisation des rubriques actualité,

32

Cf. entretien avec Mme Florence Ferrari, en Annexe n°4 www.sarkozy.fr, site toujours en ligne mais n’est plus mis à jour depuis 2007 34 www.elysee.fr 33

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information et NS TV/PFUE TV. Les deux sites sont très interactifs, impliquent l’internaute en lui permettant de poser des questions, de donner son avis, de regarder des vidéos en direct, de suivre l’agenda du candidat aux élections présidentielles/Président du Conseil de l’UE. Responsabilités et solennité obligent, le site de la PFUE est plus sobre, moins chargé, de couleur blanche (alors que celui du candidat à l’élection présidentielle était à dominante bleu, couleur traditionnelle de la droite républicaine). Mais tous deux témoignent de cette volonté d’impliquer l’internaute, de le faire participer, qui fut un des thèmes majeurs de la PFUE. Le site de la PFUE tranchait ainsi avec ceux des présidences précédentes, et notamment ceux des présidences allemande, portugaise et slovène (respectivement au 1 er semestre 2007, 2 e semestre 2007, et 1 er semestre 2008). Ces derniers présentaient des contenus relativement similaires à ceux du site de la PFUE (programme de travail, priorités, présentation des autres institutions de l’UE, calendrier, actualité avec interviews, documents, discours, FAQ, vidéos , photothèque, etc.) mais la critique principale qui leur avait été adressée était l’absence totale de blog, forum ou autre éléments permettant de faire participer l’internaute. 35 Ainsi, sur ce point le site de la PFUE était en rupture avec ce qui avait pu se faire par le passé, et était en adéquation avec l’un des objectifs de l’Exécutif français de donner à cette présidence une dimension « citoyenne ».

35

Voir le récapitulatif de la structure des sites Internet des trois dernières présidences du Conseil proposé par le site Internet lacomeuropéenne.fr : http://www.lacomeuropeenne.fr/index.php?2008/03/25/160 -audit-des-sites-web-desdernieres-presidences-de-lue VIEILLEFOSSE Romain | 3ème Année | Rapport d’étude | Année universitaire 2008-2009

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3ème Partie : Une communication à vocation de relance de la construction européenne mais également de réaffirmation de l’intérêt national dans les affaires européennes « La France ne se dilue pas dans l’Europe, mais les deux ensembles expriment le meilleur ». Cette phrase du Ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, résume bien l’équation difficile à laquelle devait faire face l’Exécutif français : démontrer que la France avait bien vocation à préserver un rôle prépondérant et autonome au sein de l’Union Européenne, tout en accommodant ses partenaires et en réaffirmant son attachement au prolongement de la construction européenne et à la nécessité de davantage de collaboration.

A. Une communication d’intérêt national : rassurer et affirmer le rôle central de la France au sein de l’UE Cette présidence de l’Union Européenne était capitale au niveau national, et ce à plusieurs titres.

Une stratégie « communicationnelle »

La stratégie adoptée par la Présidence française lors de cette présidence du Conseil de l’Union Européenne fut clairement une approche communicationnelle. On distingue de fait en Europe deux stratégies différentes de diffusion et d’échange avec les citoyens adoptées par les gouvernements : stratégie de communication ou stratégie d’information. Jacques-René Rabier, directeur général honoraire à la Commission européenne et fondateur de ce qui est devenu la DG Communication de la Commission, mais qui était en son temps la DG Information et Médias, nuance les deux termes, VIEILLEFOSSE Romain | 3ème Année | Rapport d’étude | Année universitaire 2008-2009

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l’information selon lui revient à « donner forme » ou une « aptitude à prendre connaissance », alors que la communication revient à « établir une relation en vue de transmettre quelque chose à quelqu’un ».

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Dans son ouvrage sur les différents types de communication gouvernementale, Dominique Sellier explique ainsi que la notion même de communication peut renvoyer à la propagande, par sa dimension englobante lorsqu’elle concerne la communication

gouvernementale,

pouvant

aller

jusqu’au

reproche

de

« totalitarisme ». Ces stratégies se traduisent dans l’appellation des organismes ou ministères chargés de mettre en œuvre la politique de communication gouvernementale, ainsi que dans les pratiques de ces institutions. Des pays tels que l’Allemagne, l’Irlande ou encore l’Autriche ont clairement une tradition de « tout information ». Celle-ci peut s’apparenter à leur histoire respective en particulier dans le cas de l’Allemagne et l’Autriche, voulant éviter de reproduire les affres du passé. A l’inverse, la Belgique, la Grande-Bretagne et le Portugal appartiennent au deuxième groupe, ayant davantage une culture gouvernementale du « tout-communication ». La France est, comme à son habitude, l’exception, mêlant les deux cultures et stratégies de l’information et de la communication. Cependant, l’auteur révèle que d’après son étude des différents cas nationaux, une montée en puissance de la communication s’opère en Europe. (Sellier, 2006 : 4044) Ainsi cette dernière tendance reflète bien la stratégie adoptée en 2008, alors que la stratégie de communication adoptée en 2000 par la Présidence française était davantage basée sur l’information sur l’Europe. En 2008, il s’agit bien d’une réelle dynamique de communication adoptée par la PFUE destinée à « faire comprendre, faire accepter ou valoriser [ses] politiques, [ses] choix, [ses] attitudes, puis pour promouvoir les comportements et les produits qui en résultent » (Daniel J. in Sellier D., 2006 : 16).

Effacer le mauvais souvenir du référendum de mai 2005

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Interview de Jacques-René Rabier du 29 mai 2008, fondation Euractiv, www.euractiv.com/fr/affaires-publiques/rabiersondages-opinion-publique-manquent-piquant/article-172800 VIEILLEFOSSE Romain | 3ème Année | Rapport d’étude | Année universitaire 2008-2009

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La présidence française de l’Union européenne en 2008 constituait la meilleure occasion pour réconcilier les Français avec l’Union Européenne tant il est vrai qu’ils s’en étaient éloignés au lendemain du referendum de 2005 par un vote négatif sur le Traité instituant une Constitution pour l’Europe (TECE). En effet, le 29 mai 2005, les Français votaient à 54 ,67% des suffrages exprimés contre la ratification du Traité constitutionnel ayant vocation à renforcer encore davantage la construction européenne et à rapprocher un peu plus l’UE du modèle fédéral objectif ultime imaginé par ses pères fondateurs. La campagne présidentielle de 2007 n’était pas non plus allé dans le sens d’un « retour dans la France en Europe » dans la mesure où le sujet – même s’il figurait dans les projets présidentiels respectifs des deux candidats - fut quasiment absent des débat, et notamment lors des confrontations médiatiques. Ainsi, lors du débat télévisé de l’entre-deux tours le 2 mai 2007 sur TF1 et France 2, opposant Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, le sujet fut quasiment absent. La question européenne était en effet censée succéder au sujet ayant donné lieu à la désormais célèbre « colère saine » (selon les termes de son auteure) de Ségolène Royal. Elle ne fut donc traitée par les deux candidats que pendant exactement 9 minutes et 36 secondes 37, n’abordant pendant ce laps de temps que la question de l’adhésion de la Turquie (M. Sarkozy y étant opposé et Mme Royal plutôt favorable). 38 On peut analyser ce « tabou » comme une volonté des deux candidats ne pas insister sur le sujet du referendum de 2005 sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europ e, Madame Royal comme Monsieur Sarkozy s’étant à l’époque déclarés en faveur de ce traité et ayant participé à la campagne avant le referendum (Nicolas Sarkozy avait notamment accordé un entretien et posé aux côtés de François Hollande en couverture du magazine Paris Match, afin de défendre conjointement le « oui » au referendum de 2005). En Outre, sur 19 régions ayant voté majoritairement « non » au referendum de 2005, 13 ont voté en faveur de Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle deux ans plus tard. 39 Ainsi, ce dernier se devait de tenir compte du pessimisme d’une grande partie des Français – qui plus est de ses

Le sujet de l’Union Européenne ne fut abordé qu’après deux heures et dix minutes de déba t (2’10’’05) du fait de l’altercation entre les deux candidats sur le sujet des enfants handicapés, et fut traité pendant 9 minutes et 36 secondes (s’achevant à 2’19’’41 du débat). (Temps calculé à partir du visionnage de l’émission). 38 2007 Le Débat, débat télévisé opposant Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal, émission diffusée en direct sur TF1 et France 2 le 2 mai 2007. 39 Croisement des résultats par région du référendum du 29 mai 2005 et du second tour de l’élection présidentielle le 6 mai 2007, à partir des données du Ministère de l’Intérieur, www.interieur.gouv.fr 37

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propres électeurs - vis-à-vis de l’Europe, tant en essayant de leur démontrer les atouts de la construction européenne pour la France et l’ensemble de l’Europe, qu’en les rassurant quant la crainte d’une dilution de la France dans l’Union Européenne. Il était donc un devoir pour la France de centrer sa communication nationale sur l’ « Europe en France », mais aussi sur le poids de la France dans les affaires européennes et le principe de subsidiarité qui lui est propre. Lors de la Conférence annuelle des ambassadeurs, le 27 août 2007, le Président de la République affirmait « il n’y a pas de France forte sans l’Europe, et il n’y a pas d’Europe puissante sans la France ». Ainsi, la France était considérée comme le vecteur de « puissance » pour l’Union Européenne toute entière.40 Par ailleurs, la politique de communication de la PFUE était orientée de façon considérable vers les jeunes Français. De fait, contrairement à certaines idées préconçues, les jeunes Français ne sont pas automatiquement pro-européens. Comme l’expliquait Laurent Wauquiez, le porte-parole du Gouvernement, dans une allocution en décembre 2007 à Bruxelles, ils sont davantage « mondialistes », bien plus sensibles à l’ouverture au monde, aux différentes cultures et modes de vie de pays à travers le monde qu’à une grande idée européenne et à une « culture européenne ». Il estimait ainsi que la PFUE était l’occasion rêvée de mettre en œuvre une politique de communication portant des fruits, dans la mesure où « nous sommes sortis de la période messianique de l’Europe »

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. De même, la députée

Nicole Ameline, rapporteur pour avis du budget de la PFUE au titre de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale, estimait dans son rapport que le semestre de PFUE serait une « occasion formidable pour faire la pédagogie de l’Europe » auprès de Français.42

Réaffirmer l’idée de la « France dans l’Europe » par des symboles

Allocution de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, à l’occasion de la conférence des Ambassadeurs, Palais de l’Élysée, 27 août 2007. 41 « Pédagogie de la présidence française », Le Monde, édition du 7 décembre 2007 42 Rapport d’information n°1473, sur le bilan de la présidence française de l’Union européenne, présenté par la députée Nicole Ameline pour la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale, 17 février 2009 40

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L’objectif de rassurer les Français en préservant l’image d’une France non diluée dans l’Union européenne s’est traduit par des symboles dans plusieurs domaines de la politique de communication de la Présidence. Ainsi, le logo de la Présidence43 a reflété cette volonté. Celui-ci a été réalisé par Philippe Starck (designer français de renommée internationale) et était composé de deux drapeaux : le drapeau français et, accolé, le drapeau européen, subtilement mis en avant. Le logo incluait l’adresse du site Internet de la Présidence, www.pfue.fr, soulignant encore une fois s’il en était besoin l’importance de l’outil Internet, et par là-même l’importance de la dimension communicationnelle de cette présidence. Lors de sa présentation officielle le 2 juin, Bernard Kouchner, le Ministre des Affaires étrangères français commentait : « [Ce logo] illustre la force du lien qui unit la France et l’Union Européenne. Il est le symbole de l’engagement de la présidence au service de l’intérêt général européen. » Ainsi, cet identité visuelle avait bien vocation à réaffirmer le rôle de la France dans l’Union Européenne et de témoigner son engagement fort après l’échec du referendum de 2005 en France, ainsi que de témoigner de la volonté de préserver la souveraineté nationale par l’apposition du drapeau tricolore, signe fort de la souveraineté et de l’identité nationales. Ce logo figurait sur toutes les communications écrites de la Présidence, sur le fronton du Conseil Européen. Le logo de la Présidence française figurait également sur les objets promotionnels, tels que les « fameuses » cravates, une des rares erreurs flagrantes de communication de la Présidence française. En effet, chaque présidence ayant l’habitude d’offrir aux députés européens et à l’Assemblée Nationale un « cadeau de présidence », la Présidence française avait choisi de leur offrir des cravates aux couleurs modernes, conçues par Philippe Starck. L’erreur commise a été de distribuer les mallettes de la Présidence contenant les divers objets promotionnels de la PFUE sans opérer de distinction entre les députés hommes et femmes… Ainsi, la porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale ironisait : « Il y a un petit carnet, une pochette et un porte-chemise afin que ces messieurs puissent ranger leur chemise. Et puis cette magnifique cravate. Ils ont oublié qu’il y avait

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Cf. logo de la Présidence française de l’Union Européenne en annexes.

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une centaine de députés femmes. Ce n’est pas beaucoup mais nous sommes là et nous n’avons pas besoin de cravates ». 44 La dernière présidence française du Conseil de l’Union européenne

En outre, la communication de la PFUE devait faire de la Présidence française du Conseil de l’UE en 2008 une présidence réussie, et cela pour une raison bien simple : il s’agissait de la dernière présidence du Conseil par la France. En effet, le traité de Lisbonne signé le 13 décembre 2007 entre les 27 Etats membres de l’UE, prévoit à son point 15 l’insertion d’un Article 9 B alinéa 5 au titre III du traité sur l’Union Européenne (TUE), qui instaure une présidence fixe et non plus tournante. Le président du Conseil sera, à partir de 2014, élu par le Conseil européen à la majorité qualifiée pour un mandat de deux ans et demi, renouvelable une fois. Cette douzième présidence du conseil de l’Union européenne était la troisième pour la France après les présidences de 1995 et de 2000, et la dernière. La présidence française du Conseil de 2000 fut marquée par la cohabitation et fit état de certaines divergences au sommet de l’exécutif français, même si globalement elle confirma que les affaires sont « une affaire trop sérieuse pour l’exposer aux aléas de la cohabitation » et que les grandes orientations et les principaux projets de la Présidence furent le fruit d’une concertation entre le Président de la République de l’époque, Jacques Chirac, et son Premier ministre de cohabitation, Lionel Jospin. 45 Cette présidence se heurta à certaines rigidités européennes, notamment l’échec d’une extension du vote à la majorité lors des Conseils européens. En effet, le Sommet de Nice de décembre 2000, ayant abouti au Traité de Nice du 26 février 2001, censé être le point fort de la Présidence française fut un relatif échec, l’Exécutif français ne parvenant à aboutir à un consensus auprès de ses partenaires européens pour réformer les institutions. 46 La présidence française de 2008 devait donc faire oublier les résultats en demi-teinte de la présidence précédente, et « redorer le blason » de la France, et notamment sa

« La France offre des cravates à ses députés…y compris au femmes », Le Point, N°1867, 26 juin 2008 Gueldry M., « La présidence française du Conseil de l’Union européenne », French Politics, Culture and Society, Vol. 19, 2001, Institute of French Studies at New York University & Minda de Gunzburg Center for European Studies at Harvard University 46 Le traité de Nice du 26 février 2001 prévoit de nouvelles modalités de calcul de la majo rité qualifiée : seuil de majorité qualifiée, « règle des filets d’états » (exigence d’une majorité simple d’Etat membres pour valider une majorité qualifiée), clause démographique. 44 45

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capacité à concilier les Etats membres pour obtenir des compromis, cette présidence constituant la dernière occasion de le faire, et donc la dernière occasion d’affirmer par l’exercice de responsabilités institutionnelles (la présidence du Conseil de l’UE) le rôle de la France dans l’Union européenne. Il était donc nécessaire de marquer les esprits des citoyens français afin de les rassurer sur le fait que la France aura toujours son mot à dire sur les affaires européennes, ainsi que de les rassurer et de leur démontrer le rôle positif de l’Europe au niveau national. Cette stratégie semble avoir fonctionné, dans la mesure où, en janvier 2009, au lendemain de la Présidence française du Conseil de l’UE, 75% des Français interrogés jugeaient que le chef de l’Etat « défend bien les intérêts de la France à l’étranger ». 47

Les critiques adressées à la stratégie de communication « française » de la PFUE

Cependant, cet aspect de la communication de la présidence française a donné lieu à de nombreuses critiques. Ainsi, Philippe Heymann, consultant en communication institutionnelle et corporate, s’interrogeait en décembre 2007 de la pertinence de la terminologie utilisée par le Président de la République, parlant de « retour de la France en Europe ». Pour lui, le danger est grand de laisser les Français croire qu’en tant que Présidence de l’UE pendant six mois, la France pourra imposer ses points de vue, notamment sur des sujets sensibles et chers aux Français, tels que la PAC, la politique de concurrence « à frontières fermées », la TVA au taux de 5,5% dans la restauration…etc. Or, du point de vue de M. Heymann, une présidence européenne réussie est une présidence qui parvient à obtenir des compromis et qui accepte d’assouplir ses positions à l’image de la Présidence suédoise de 2001 qui avait été un succès mémorable (et encore souvent évoqué dans les couloirs du Parlement Européen, de la Commission ou du Conseil). Pour ce même analyste de la politique communautaire, le logo de la présidence exposant fièrement le drapeau français aux côtés du drapeau européen serait du même ressort et viendrait encore renforcer un peu plus l’ « arrogance » française.48 Dans cet esprit, L’ancien Président de la République et Président de la Sondage Ifop-Paris Match, réalisé les 8 et 9 janvier auprès d’un échanti llon de 1.014 personnes, méthode des quotas. www.ifop.com 48 « Présidence Française de l’Europe : Un énorme quiproquo d’opinion en perspective ! », article du 7 février 2008, www.philippeheymann.typepad.fr 47

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Convention sur l’avenir de l’Europe, chargée de rédiger le traité établissant une constitution pour l’Europe, Valéry Giscard d’Estaing, quelques jours avant l’ouverture de la PFUE, appelait de ses vœux une présidence « modeste ». Il avertissait également du risque que les Français imaginent que la présidence de l’Union « consiste à diriger l’Europe ». Il rappelait que la France ne ferait que présider une des institutions européennes, le Conseil de l’UE. 49 L’autre aspect négatif de cette Présidence « franco-française » fut le fait de privilégier le terrain national aux dépends du terrain communautaire dans la phase préparatoire de la Présidence. Cela se traduisit notamment par une présence à Bruxelles inégale en fonction des ministres. Ainsi, un observateur fait part de son impression que « certains se réveillent un peu tard ». En effet, certains ministres n’ont pas toujours pris la peine de se rendre à Bruxelles pour assister à toutes les réunions préparatoires ainsi que les différents conseils sur des matières spécifiques. Après Jean-Pierre Jouyet qui se rendait tous les semaines à Bruxelles, le ministre le plus assidu aurait été Michel Barnier, le ministre de l ’Agriculture et ex-commissaire et député européen, europhile convaincu. Il n’aurait manqué aucun des dix conseils portant sur l’agriculture organisés depuis juin 2007. Viennent ensuite Bernard Kouchner, le Ministre des Affaires étrangères et Christine Laga rde – tous deux n’ayant manqué que deux réunions sur huit prévues. En revanche, les mauvais élèves seraient le l’ex-ministre de l’immigration et de l’identité nationale Brice Hortefeux, Rachida Dati et Jean-Louis Borloo ayant manqué plus de la moitié des réunions ministérielles. Cet absentéisme porte atteinte à la position de la France au Conseil, dans la mesure où les ministres souvent absents sont jugés moins crédibles et moins écoutés par leurs homologues européens. 50 De plus, la politique de communication de la Présidence française de l’Union européenne en 2008 peut présenter le risque d’être trop « fugace » et « périssable ». Par exemple, comme évoqué plus haut, la tradition est, à chaque présidence de l’UE, de créer un nouveau site Internet pour la prés idence en question. Cependant cela peut poser problème dans la mesure est voué à disparaître à l’issu de la présidence – ou du moins à ne plus être mis à jour. Les citoyens français ont donc pris l’habitude pendant six mois d’obtenir des informations sur

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« Pour que la France réussisse… », Entretien avec Valéry Giscard d’Estaing, Le Parisien, 29 juin 2008

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l’Europe et l’action de leur Exécutif en Europe auprès de sites Internet sur lesquels ils ne peuvent plus obtenir ces informations. Et la communication de la Présidence française – comme celles des autres présidences avant elle - a très largement concentré sa communication sur (notamment via le logo de la PFUE mentionnant l’adresse du site Internet : « ue2008.fr ») et par l’intermédiaire de (la plupart des informations destinées aux citoyens étaient diffusées sur ce site) son site Internet. Cette pratique donne donc de mauvais « réflexes européens » aux citoyens. Il aurait ainsi été préférable afin de « fidéliser » les citoyens, de leur permettre d’obtenir les informations pendant la durée de la PFUE sur des sites Internet permanents qu’ils pourront continuer à consulter à l’issue de la présidence (tels que le site de l’Elysée, de Matignon ou autres). (Bertoncini Y. & Choplin T., 2007 : 101) Enfin, il apparaît que l’implication des responsables politiques nationaux dans les affaires européennes a un effet d’entraînement sur les citoyens. De fait, les médias relaient les sujets dont les responsables politiques se saisissent. Ainsi, pour Michel Herbillon, rédacteur du rapport de juin 2005 sur la communication et l’information européennes, « C’est donc avant tout en faisant rentrer l’Europe dans l’arène politique que l’on contribuera à lutter contre l’euro-indifférence d’une large majorité des citoyens français ». 51 Cependant, pendant la PFUE les représentants nationaux furent souvent réticents à aborder le sujet d élicat de l’Europe dans leur circonscription, les obligeant à prendre une position, et donc à prendre le risque d’éloigner une partie de leur électorat dans la mesure où le clivage europhiles/europsceptiques ne recoupe pas le clivage gauche/d roite ni les frontières partisanes, et le souvenir du 29 mai 2005 est encore gravé dans les esprits. Il pourrait être efficace de mettre en place une diffusion de l’information sur l’Europe de type contradictoire (par l’intermédiaire de débats, de discussions en impliquant les différents acteurs politiques et publics et notamment l’opposition) à l’opposé de l’information persuasive le plus souvent diffusée, et notamment par la PFUE. (Bertoncini Y. & Choplin T., 2007 : 109-110). En effet, il n’y eu pas ou peu de débats contradictoires sur la stratégie de la PFUE ou sur ses orientations, étant pratiquement toutes décidées à l’Elysée, à Matignon et dans les administrations en charge de la PFUE.

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« Dans les coulisses de la présidence française de l’UE », Le Figaro, 16 juin 2008

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Nicolas Sarkozy l’annonçait lors de son discours à l’issue de la ratification du traité de Lisbonne, la Présidence française de l’UE devait marquer le « retour de la France en Europe ». Pour Michaël Malherbe, la communication en vue de « rapprocher les citoyens français de l’Union européenne » qui a été privilégiée par la PFUE par rapport à la communication en direction de l’ensemble des citoyens européens. Il fait ainsi référence au programme « Paroles d’Européens » qui fut mis en place à l’initiative de la Présidence française sur l’ensemble du territoire. Cette opération de communication sur l’Europe

B. Une communication à visée européenne et personnifiée : relancer l’Union européenne et impulser un nouveau dynamisme par la figure de son Président La Présidence française de l’Union Européenne 2008 se devait de relancer le processus de construction de l’Union Européenne après le double non français et néerlandais aux referendums de 2005 sur le Traité établissant une constitution pour l’Europe. Dans cette optique, la Présidence française avait choisi de mettre en place une communication offensive à vocation de redynamiser la construction européenne par l’intermédiaire de l’expression d’un profond volontarisme, et d’impliquer davantage les citoyens se sentant peu concernés par l’Europe. Implication NS, faire avancer rapidement dossiers car 4 mois et ½ « utiles » avec congés juillet/août.

Une communication européenne de crise en faveur de la relance de la construction européenne

La communication de la PFUE à visée européenne fut également une communication de crise. En effet, Nicolas Sarkozy et les différents acteurs de la 51

Herbillon M.(2005), op. cit., p.23

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Présidence française (RPUE, SGAE, Ministère des Affaires étrangères…etc.) se sont saisis à bras le corps des crises qui sont survenues pendant la présidence, à grand renfort de communication, et s’en servant pour démontrer que l’UE peut être solidaire, unie, parler d’une seule voix et faire face aux crises de tous types. De ces deux crises, l’une fut de nature diplomatique, de courte durée et son issue couronna la Présidence française de succès, la seconde fut financière et produisit des résultats plus complexes. Dans la nuit du 7 au 8 août 2008, la Géorgie envahissait l’Ossétie du Sud après un cessez-le-feu de 16 ans avec la région séparatiste autoproclamée indépendante. L’armée russe s’est empressée de répondre afin de protéger l’Ossétie du Sud, et repoussa l’armée géorgienne hors d’Ossétie du Sud. L’enjeu de cet affrontement était de taille : la Géorgie est, comme la Russie, une zone de transit des hydrocarbures fournis par les pays du Caucase et d’Asie Centrale. Nicolas Sarkozy s’est donc immédiatement rendu à Moscou et à Tbilissi afin d’inciter les deux parties à signer un accord de cessezle-feu et le retrait des troupes russes du territoire géorgien. L’accord étant difficile à obtenir, le Président en exercice du Conseil européen convoque une réunion extraordinaire des Chefs d’Etat et de gouvernement le 1er septembre 2008, afin de discuter de la situation. Le Conseil européen condamnait « fermement la décision unilatérale de la Russie de reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud », appelait à ne pas reconnaître ces indépendances, et demandait le retrait des troupes russes et la restauration des frontières.52 La fin des hostilités et la bonne volonté de la Russie furent mis au crédit du volontarisme du président français, de sa fermeté avec les Russes, tout en restant souple en ne qualifiant pas l’avancée russe d’agression et en ne désignant pas le coupable, permettant ainsi à la diplomatie russe de reculer sans perdre la face. Cet évènement fut un atout incontestable pour l’Union Européenne qui démontrait qu’elle était autant que les Etats-Unis une puissance capable de faire régner l’ordre international, et pour la Présidence française dont la politique fut couronnée de succès. Si ces aspects furent amplement relayés par les médias – allant jusqu’à désigner Nicolas Sarkozy de potentiel futur président fixe de l’Union Européenne – d’autres le furent moins. Ainsi, les médias eurent tendance à oublier qu’aucune sanction ne fut imposée à la Russie. Cette crise a également rappelé l’impuissance diplomatique de l’Union européenne privée de forces de défense propres, alors que cela constituait un des engagements pris le 4 décembre 1998 à Saint-Malo lors de la déclaration franco-

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Conclusions de la Présidence, Conseil européen extraordinaire de Bruxelles, 1 er septembre 2008

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britannique sur l’Europe de la Défense. Mais l’Elysée, ainsi que le Conseil ont eu beau jeu de rappeler que l’avenir de la politique européenne de sécurité et de défense était une des quatre priorités de la présidence française. En somme, la gestion de la crise russo-géorgienne fut un succès politique et de communication de la Présidence, réussissant à la porter à son actif, et à en souligner les mérites. Madame Ferrari, responsable de la cellule PFUE au Secrétariat général des Affaires européennes (SGAE) pendant la présidence française de l’Union européenne en 2008, estime ainsin que la gestion de la crise géorgienne fut un des principaux de la présidence française en termes de communication.53 Quant à la deuxième crise, la crise financière, elle fut plus complexe à gérer pour la Présidence française, même si elle pût en tirer certains bénéfices en termes de communication. Au cours des mois de juillet et août 2008 la pression monte sur Freddie Mac et Fanny Mae, les deux institutions américaines de refinancement hypothécaire. Le 7 septembre 2008, elles furent mises sous tutelle par le Trésor américain aux fins de restructuration des comptes. Suite à cela, la banque d’affaire Lehman Brothers annonça le 15 septembre 2008 sa faillite, après le refus de sauvetage de la Réserve Fédérale américaine. Le même jour, Bank of America annonce le rachat de Merrill Lynch en quasi-faillite. Les marchés financiers entament une chute considérable. Face à la crise, Nicolas Sarkozy fit preuve de déterminisme et fut porté aux nues par la presse en raison de sa volonté à adresser à la crise économique et financière une réponse européenne commune via un plan de relance européen, contrairement aux intentions de l’Allemagne souhaitant davantage d’autonomie nationale. Il réussît finalement à parvenir à un accord avec la Commission Européenne en concertation avec les autres Etats membres pour l’adoption d’un plan de relance à hauteur de 200 milliards de dollar (soit 1,5% du PIB européen).54 Cet accord face à la crise fut un succès pour la Présidence française réussissant dans une certaine mesure à donner l’image d’une Union Européenne qui réussit à dépasser les intérêts purement nationaux (l’Allemagne ayant été « mise à l’index » pour sa vision très « nationaliste » des solutions à apporter à la crise). Cependant, cette communication accentuée en période à des crises est la cible de critiques. En effet, une communication européenne efficace ne devrait pas se limiter à

53

Cf. entretien avec Mme Ferrari, en Annexe n°4. « Un plan de relance européen de 200 milliards d’euros », Le Monde, 26 novembre 2008 ; Plan de relance européen : La France travaille, l’Allemagne réfléchit, Le Point, 24 novembre 2008 54

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délivrer une information ou à communiquer lorsqu’un évènement se produit ou une crise survient. Ainsi, le rapport Herbillon précédemment cité condamnait la « contreproductivité » de la communication Il a également, par sa volonté de réagir de façon collective face à la crise, incarné l’ «utopie » d’une Europe unie et solidaire, autrefois portée par d’illustres penseurs tels Victor Hugo, Kant ou encore Rousseau. Or c’est justement d’une utopie collective, d’un projet collectif porteur dont manque l’Union Européenne. (Dacheux, 2004 : 94-99) Raymond Aron analysait ainsi : « Or, nous sommes en train d’avoir transmis le secret de notre richesse aux autres peuples, et nous n’avons pas d’autre mission comparable aujourd’hui à accomplir aux yeux des européens eux-mêmes […] il faut quelque chose à donner aux européens et aux Français […]. »55 L’équipe de communication l’avait compris et l’a utilisé dans sa stratégie de communication pendant la PFUE 2008 : proposer aux européens une nouvelle utopie, un nouvel objectif. Ainsi, le du logo de la Présidence française évoqué plus haut, fut, en parallèle de sa dimension de mise en avant de la France au sein de l’Union Européenne, un élément important de la communication sur une « Europe unie » à destination des autres Etats-membres. La volonté était de donner l’image d’une Union Européenne composée de pays différents en termes de cultures, de tradition, en partie d’histoire, mais unis et partageant un socle de valeurs communes. Bernard Kouchner déclarait en outre lors de la présentation de ce logo : "Simple et clair, [ce logo] s’adresse à tous les Européens. Il est à la fois politique et populaire. Par ailleurs, l’identité visuelle qui accompagne ce logo réunit, en les mêlant dans un mouvement dynamique, les langues de l’Union européenne et les couleurs des drapeaux de ses États membres."56

Mais cette volonté de conférer une dimension utopique et de « grandeur » à l’idéal européen était accompagnée du souhait de la Présidence française de l’Union Européenne de communiquer auprès des citoyens européens sur une Europe des citoyens, afin de les impliquer dans la construction européenne. En effet, comme l’évoque le rapport Herbillon, pour les citoyens « l’Europe c’est compliqué »,

Aron R., 1984, p.225 in Dacheux E., L’impossible défi, La politique de communication de l’Union Européenne, CNRS Editions, 2004, Paris 56 Présentation officielle de l’identité visuelle de la PFUE 2008 par M. Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères, au journal de 20 heures sur TF1, le 2 juin 2008 55

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« l’Europe c’est loin », « l’Europe est une contrainte », voire « une menace »57. Un des objectifs de la Présidence française était donc de rapprocher l’Union Européenne des citoyens, de la faire apparaître comme un atout et comme une garantie (de stabilité politique et diplomatique, de bien-être économique, de cohésion sociale…). On constate ainsi dans les discours prononcés au terme de la présidence française de l’UE par Nicolas Sarkozy au titre de « président » (le titre n’étant que de l’ordre du langage courant, il n’existe – avant la mise en application du traité de Lisbonne – pas de titre de président du Conseil de l’UE mais seulement une « présidence ») du Conseil de l’Union Européenne l’emploi récurrent du terme « l’Union européenne » ou « l’Europe » privilégiés à celui de termes plus « techniques » à savoir les différentes institutions de l’UE que les individus ne connaissent pas nécessairement. Il est même intéressant de noter une nette préférence du chef de l’Etat français pour le terme « Europe » à celui d’ « Union européenne », ce dernier étant jugé moins concret et connoté plus péjorativement que le terme « Europe » faisant référence à un idéal européen, à la « grande idée » de l’Europe. Ainsi, Nicolas Sarkozy prononça lors de ce discours soixante-six fois le terme « Europe » contre seulement trois fois les termes « Union européenne » ou « Union », marquant ainsi un fort contraste. De même, fait assez révélateur, en comparaison à cela, il ne prononça que sept fois le terme « Commission européenne », huit fois « Parlement européen », quatre fois « Conseil européen », deux fois le terme « Eurogroupe » (au demeurant assez peu évocateur pour la majorité des citoyens européens), une seule fois les termes « Banque centrale européenne» et « institutions européennes ». Cette utilisation du lexique européen témoigne bien de cette volonté nouvelle d’utiliser un langage simple et compréhensible pour parler de l’Union européenne.58 À cette même fin de rapprocher l’Europe des individus, l’angle d’attaque choisi pour la communication de la PFUE sur ses projets et plus généralement concernant l’ensemble de cette présidence fut celui de la dimension citoyenne de l’Union Européenne. Ainsi, lors du débat sur la Présidence française de l’Union Européenne organisé 19 et 20 juin au Sénat, le Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, JeanPierre Jouyet, affirmait que la PFUE chercherait principalement à « apporter des réponses concrètes aux préoccupations des citoyens ». Ce positionnement fut confirmé

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Herbillon M. (2005), op.cit., p.7 (« Résumé ») Analyse lexicale réalisée en étudiant le discours prononcé par Nicolas Sarkozy au Parlement européen le 16 décembre 2008 en clôture de la présidence française de l’Union européenne. 58

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par le Premier ministre, François Fillon, lors du 60e anniversaire du Secrétariat général aux affaires européennes (SGAE), annonçant vouloir regagner la confiance de l’ensemble des citoyens européens. M. Malherbe fait un lien direct entre les préoccupations précédemment évoquées et les réalisations de la PFUE en matière de communication : la stabilité diplomatique ou « protection de la paix en Europe » avec l’obtention d’un compromis entre la Russie et la Géorgie sur un cessez-le-feu, la stabilité économique et sociale avec le soutien apporté aux banques face à la crise (et les discours de la Présidence affirmant que l’Europe ne « laisserait pas tomber » les déposants), ainsi que le maintien de la PAC chère aux Français (établissement d’un « bilan de santé de la PAC » par la PFUE), et enfin la communication sur les enjeux de développement durable et la protection de l’environnement, parfaitement illustrée par la volonté et l’énergie déployées par la PFUE pour aboutir à un compromis sur le paquet « énergie-climat » - un des quatre objectifs principaux de la Présidence. Dans son rapport sur la « fracture européenne »59, Michel Herbillon réaffirmait la nécessité de mettre en place une « politique d’information durable sur l’Europe » afin de susciter l’intérêt des citoyens et de remporter leur adhésion pour poursuivre la construction européenne, sans être amené à se heurter à de nouveaux désaveux tels que celui des 29 mai (France) et 12 juin (Irlande) 2005.

La personnification de la PFUE et de l’UE, ou l’ « omniprésence présidentielle » Ainsi, Nicolas Sarkozy l’avait annoncé, il voulait aller vite et être efficace. Il souhaitait mettre à profit le peu de temps dont disposait la France à la tête du Conseil de l’Union Européenne pour impulser un nouvel élan avant la présidence tchèque au deuxième semestre 2008, qui, du fait du scepticisme et nationalisme tchèque serait bien moins susceptible de faire avancer les débats. Au surplus, l’équation de la présidence française étaient complexifiée par les congés estivaux qui ne laissaient donc que quatre mois et demi « utiles » pour mettre en œuvre les projets de la Présidence. Le Président s’est donc fortement investi dans cette présidence. La stratégie adoptée fut celle d’une forte personnalisation de la Présidence par un engagement fort de Nicolas Sarkozy, qui multipliait les déclarations, les discours, les déplacements… Il insista en particulier sur le rôle de

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La fracture européenne – Après le référendum du 29 mai 2005 : 40 propositions concrètes pour mieux informer les

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la communication sur ces projets, et souhaitait par son implication, son dynamisme, sa volonté lancer un nouvel élan et montrer aux citoyens européens que l’Union Européenne n’avait pas été stoppée par l’échec de 2005. Le journaliste politique Alain Duhamel commentant « son activisme, volontarisme, stratégie du mouvement, concentration du pouvoir, ce que j’appelle son bonapartisme de crise », affirme que l’ « on pourrait penser que cela est particulièrement inadapté à la politique étrangère, qui est faite, au contraire, de lenteur, de réflexion, de rituels, on s’aperçoit qu’en réalité – bien entendu à cause de la crise - cela fonctionne néanmoins.»60

En outre, le Président en exercice du Conseil de l’UE aura donné à l’Europe l’image d’un responsable politique qui s’expose, communique (beaucoup) et impose ses idées. Ceci s’exprima par deux dimensions de la PFUE : la prise en main de la communication de la Présidence par Nicolas Sarkozy lui-même (annonces, déclarations…), poussant à un degré élevé la personnification de cette présidence du Conseil de l’UE ; et l’imposition par le chef de l’Etat français de son agenda pour l’UE en mettant en avant ses priorités, parfois en dépit des réticences des autres Etats membres ou des institutions européennes. Ainsi, la Présidence française du Conseil de l’Union Européenne fut fortement incarnée dans la personne de son leader, Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy voulait incarner le renouveau de l’Europe, et cela par le biais d’une communication dont il tenait les rênes et à forte dimension médiatique. Ainsi, relayé par le Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, il a été présent sur tous les tableaux : très impliqué dans le projet d’Europe de la Défense, soutenant fermement son Ministre Brice Hortefeux pour faire passer le pacte sur l’immigration, appuyant fortement l’adoption de la directive Solvabilité II sur les ratios de fonds propres des sociétés financières, s’illustrant par sa réaction immédiate et ses déplacements à Moscou et à Tbilissi lors de la crise géorgienne (voir supra), incisif lors des négociations sur un plan de relance européen…etc. Il s’impliqua dans les négociations aux fins de trouver des compromis et tînt à mener lui-même des négociations en général laissées aux diplomates, ou à défaut de rester en lien très étroit avec ses relais (notamment la RPUE,

français sur l’Europe, Herbillon M., La Documentation Française, Collection des rapports officiels, juin 2005, Pari s 60 « Le retour de l’omniprésident », Alain Duhamel, Le fait politique, chronique diffusée le 9 janvier 2009 sur RTL VIEILLEFOSSE Romain | 3ème Année | Rapport d’étude | Année universitaire 2008-2009

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voir encadré). Pour Béligh Nabli, chercheur à l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques), il a incarné l’Union européenne des 27, à tel point qu’il en a quasiment fait oublier pendant six mois l’existence des présidents des autres institutions : Parlement européen, Commission.61 On peut donc en déduire que le Président français a réussi à faire ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait réussi à faire avant lui : donner le sentiment de représenter l’intérêt général de l’Union, au-dessus de la basse sphère des intérêts nationaux, et effacer les responsables européens jouissant de l’onction démocratique, la légitimité du suffrage. Sa stratégie de communication sur chaque évènement s’étant produit pendant la présidence en fit des sujets à enjeux européens alors qu’ils ne l’étaient pas forcément au début (cf. le conflit Géorgie-Russie qui aurait pu voir les Etats-Unis jouer le rôle qu’a joué l’UE).

Présidence française de l’Union Européenne : personnification, politisation, étatisation, Béligh Nabli, 2 janvier 2009, www.affaires-strategiques.info 61

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Conclusion La Présidence française de l’Union européenne au second semestre 2008 fut une présidence fortement axée sur la communication, comme cette étude a essayé de le démontrer. L’aspect communicationnel fut même un des objectifs principaux des dirigeants français, souhaitant communiquer davantage sur l’Europe auprès des Français, et faire de l’Union européenne une Union citoyenne et appréhendable par les individus. La communication a pris une importance croissante dans les affaires européennes, les institutions prenant conscience que la construction européenne ne peut se réaliser sans la partcipation des citoyens. De nombreux moyens de communication et d’information ont donc été développés ces dernières années et continuent de l’être, étant jugés pour l’instant encore insuffisants. À cet égard, le Livre Blanc de la Commission européenne de 2006 est révélateur de cette prise de conscience –notamment après l’échec des referendums sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe en France et aux Pays-Bas, due en partie à un déficit et des erreurs de communication. Si, comme il fut évoqué précédemment, cette présidence du Conseil européen reposait sur des projets concrets et techniques dans des domaines divers et variés, ces projets et dossiers ont de manière générale servi s à renforcer la communication de la PFUE (comme le paquet « Energie-climat », ou le pacte sur l’immigration, très médiatisés et relayés par les responsables français ). Les événements qui sont apparus pendant la présidence, à l’image du conflit en Géorgie ou de la crise financière ont égalemment été instrumentés aux fins de contribuer à la communication présidentielle, et de démontrer que l’Union européenne a un rôle à jouer dans le monde – à condition qu’elle agisse de manière unie et concertée. Les moyens mis en œuvre par la Présidence française furent considérables, et sont dans la lignée de l’augmentation des moyens (tant financiers que techniques) constatée lors des présidences précédentes. Ils furent mis au service d’un double objectif de communication sur l’Europe auprès des Français et de

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communication sur la reprise de la construction européenne – notamment par le « retour » de la France après le faux-pas de 2005 et « la consécration » du rôle des citoyens dans les affaires européenne et le processus de construction de l’UE . La Présidence française aura tenu compte en grande partie des avis prônant une communication plus proche des citoyens et moins institutionnelle (cf. supra), qui se concrétisa par l’organisation de nombreuses manifestations populaires, un site Internet très développé et au rôle central dans la politique de communication, et l’activisme considérable du Président Nicolas Sarkozy, s’exposant très largement aux médias, et n’hésitant pas à incarner, à lui seul, la Présidence de l’Union européenne. Cette dernière a ainsi semblé, en l’espace de quelques mois, ne plus être dirigé par le triumvirat Commission européenne – Parlement européen – Conseil européen, mais par un seul et unique président. Aux yeux de certains observateurs, cette attitude du Président de la République française préfigurerait la volonté de celui-ci de se présenter à la Présidence fixe de l’Union européenne prévue par le traité de Lisbonne, au terme de son mandat présidentiel national – qui pourrait expliquer son hésitation quant à une nouvelle candidature à la Présidence de la République en 2012. À en croire les premiers bilans et avis sur la Présidence française de l’Union européenne en 2008, celle-ci fut globalement très satisfaisante. Même si la centralisation de la communication de la Présidence sur son site Internet, précedemment évoquée, est un point très critiquable de sa politique de communication, et si la volonté de personnification de la PFUE de Nicolas Sarkozy est contestable, celle-ci a globalement été accueillie très favorablement. Cet accueil favorable a été le fait tant des citoyens, qui ont pu se rapprocher de l’Europe – en particulier les citoyens français – que des divers observateurs. Ainsi, l’Institut Thomas More, ayant suivi et analysé l’intégralité de la Présidence française du Conseil européen, attribuait à la PFUE dans son « baromètre de la présidence française de l’Union européenne » la bonne note de 14,3 sur 20, jugeant positivement des « ambitions fortes », des « dossiers [ayant] abouti ou bien avancé », une « démarche […] volontariste, accrocheuse, sans – trop – oublier

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l’esprit communautaire». 62 Répliquant au reproche souvent adressé au Président Nicolas Sarkozy d’en « faire trop » en termes de communication, l’institut juge que « sur certains dossiers, mieux vaut trop que pas assez ». Il semble que ce soit également l’avis de Nicolas Sarkozy…

« Le baromètre de la présidence française de l’Union européenne – Les principales propositions de Nicolas Sarkozy », www.institut-thomas-more.org/barometre-pfue/barometre.html 62

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Sources Bibliographie : Dacheux E., L’Europe qui se construit, Réflexions sur l’espace public européen, Publications de l’Université de Saint-Etienne, Saint-Etienne, 2003 Dacheux E., L’impossible défi, La politique de communication de l’Union Européenne, CNRS Editions, Paris, 2004 Dacheux E., Les stratégies de communication persuasives dans l’Union Européenne, L’Harmattan, Paris 1994 Péron F. (sous la direction de), L’Europe dans la société de l’information, Larcier, Bruxelles, 2008 Sellier D., La communication gouvernementale en Europe, L’Harmattan, Paris, 2006

Articles :

Aldrin

P.

&

communication,

Utard

J.-M.,

Genesis

of

The the

ambivalent controversies

politicisation and

of

institutional

European frictions

surrounding the 2006 White Paper, Centre for European Political Sociology, University of Strasbourg, 2008

Bertoncini Y. & Chopin T., La Présidence française et les élections européennes : de

la

communication

institutionnelle

à

l’information

politique?,Horizons

stratégiques, Centre d’analyse stratégique/Fondation Robert Schuman, La documentation rançaise, n°6, 2007

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Rapports : Livre Blanc sur la politique de communication européenne, « Débattre de l’Europe en impliquant les citoyens », COM (2006), 35 final Live Jaune d’Euractiv sur la communication européenne, « Décentraliser radicalement : donner le pouvoir aux multiplicateurs ! », final 30 septembre 2006 Plan d’action, SEC (2005) 985 final du 20 juillet 2005

Plan D, COM (2005) 494 final du 13 octobre 2005 Commission Européenne Représentation en France, A l’écoute des Français, Rapport de synthèse du Cercle de Réflexion sur la communication européenne, 2006 Herbillon M., La fracture européenne – Après le référendum du 29 mai 2005 : 40 propositions concrètes pour mieux informer les français sur l’Europe , La Documentation Française, Collection des rapports officiels, juin 2005, Paris

Communications et documents officiels :

Communication de Jean-Pierre Jouyet du 19 septembre en Conseil des Ministres Document C/1893 de l’Assemblée Européenne de l’UEO, « La ratification du traité établissant une Constitution pour l’Europe : suivi parlementaire et orientation de l’opinion publique » Document de Travail de la Direction Générale de l’Information du Parlement Européen du 14 décembre 2004

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Articles de presse: « Un plan de relance européen de 200 milliards d’euros », Le Monde, 26 novembre 2008 « Plan de relance européen : La France travaille, l’Allemagne réfléchit », Le Point, 24 novembre 2008 « Dans les coulisses de la présidence française de l’UE », Le Figaro, 16 juin 2008 « Pour que la France réussisse… », Entretien avec Valéry Giscard d’Estaing, Le Parisien, 29 juin 2008

« Pédagogie de la présidence française », Le Monde, édition du 7 décembre 2007 « La France offre des cravates à ses députés…y compris aux femmes », Le Point, N°1867, 26 juin 2008

Revues :

Stratégies, n° 1482 du 20 décembre 2007

Stratégies, n° 1507

Stratégies, n° 1508 du 3 juillet 2008

Ressources audiovisuelles :

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« Le retour de l’omniprésident », Alain Duhamel, Le fait politique, chronique diffusée le 9 janvier 2009 sur RTL « 2007 Le Débat », présenté par Arlette Chabot et Patrick Poivre d’Arvor, émission diffusée en direct sur TF1 et France 2 le 2 mai 2007.

Sites Internet :

www.cnrs.fr, site du Centre National pour la Recherche Scientifique www.europa.eu, portail de l’Union Européenne www.elysee.fr, site de la Présidence française de la République www.euractiv.fr www.institut-thomas-more.org, site du think-tank Institut Thomas More www.interieur.gouv.fr, site du Ministère de l’Intérieur www.lacomeuropeenne.eu, site sur la communication européenne www.performance-publique.gouv.fr www.sgae.gouv.fr, site du Secrétariat général aux Affaires européennes www.strategie.gouv.fr, site gouvernemental du Centre d’analyse stratégique www.strategies.fr, site de la revue hebdomadaire de communication, marketing et publicité www.touteleurope.fr, site consacré à l’actualité et aux enjeux de l’Union européenne www.ue2008.fr, site officiel de la Présidence française de l’Union Européenne 2008

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Table des annexes ANNEXE 1………………………………………………………………………….56 ANNEXE 2 ....................................................................................................... 58 ANNEXE 3……...…………………………………………………………………..58 ANNEXE 4………………………………………………………………………….63 ANNEXE 5………………………………………………………………………….66 ANNEXE 6………………………………………………………………………….68

Annexe 1

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Annexe 2 Durant les mois de juin à septembre 2008, j’ai eu l’opportunité d’effectuer un stage à la Représentation permanente de la France pour l’Union europénne (RPUE) à Bruxelles, dans le cadre de la présidence française du Conseil européen. Cette délégation sous la direction de son Excellence l’Ambassadeur M. Pierre Sellal, Représentant de la France auprès de l’Union européenne. La RPUE était chargée de communiquer sur les projets de la Présidence française en matière économique et financière, ainsi que de négocier ces projets avec les diférents acteurs institutionnels (délégations, Commission européenne et députés européens) et privés (fédération des assurances, représentants des banques…). A ce titre, j’ai pu constater le rôle prépondérant joué par la RPUE en matière de communication sur les projets de la PFUE (pédagogie sur les projets de la Présidence, diffusion des documents relatis aux projets…), et de négociation avec ses partenaires (notamment pendant les groupes de travail - « working groups » - au Conseil, les entretiens bilatéraux, les réunions avec les membres de la Commission). Chaque conseiller est en charge d’un grand domaine d’activité au Conseil (ex : « services financiers, banque, bourse, assurance », « fiscalité », concurrence et aides d’Etat, droit des sociétés et gouvernance d’entrepr ise »), et est responsable de la communication et des négociations dans son domaine propre, sous la coordination du responsable de service, et en lien étroit avec le SGAE, le ministère en charge, les services du Premier ministre et de l’Elysée. J’ai participé à la communication des projets de la PFUE via la rédaction de documents pédagogiques et de travail à destination des délégations et ministères des autres Etats membres, l’explication des textes portés par la présidence, l’organisation de réunions avec les délégations, et représentais la RPUE auprès des think-tanks (groupes de réflexion), ainsi qu’à la négociation sur les projets de la présidence afin d’obtenir un compromis sur les sujets majeurs avant la fin de la présidence française. J’ai plus particulièrement contribué à la communication et la négociation sur le projet de directive Solvabilité II (réglementation des ratios de fonds propres des compagnies d’assurance et de réassurance) et CRD (pour les banques). J’ai assisté à de nombreuses séances de la commission ECON au Parlement européen, réalisant des rapports de séance et des synthèses.

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Annexe 3 Entretien avec Monsieur Michaël Malherbe

Monsieur Malherbe est consultant dans une agence de conseil en communication, intervenant dans le master Communication Publique de Sciences Po Lille , enseignant en communication européenne à l’Efap Paris et rédacteur du site Internet www.lacomeuropéenne.fr. 1. Quelle importance et quel rôle attribuez-vous à la communication en matière européenne ? Si la construction européenne est un projet visant à créer une communauté politique européenne, alors l’Europe ne peut s’offrir le luxe de perdre le pari démocratique. Pourtant, selon le rapport de Michel Herbillon, « la fracture européenne » – comprise comme un double déficit d'information des citoyens et de communic ation des gouvernements conduisant à un déficit d’intégration de la France dans l'Union européenne – menace l’équilibre démocratique de la construction européenne. Afin de réduire ce déficit d’information et de communication, des investissements massifs doivent être réalisés afin d’une part, de lutter contre les difficultés structurelles tenant à la fois de la dispersion des moyens et des relais ou de problèmes linguistiques liés à la diversité culturelle de l’Europe et d’autre part, de faire entrer l’Europe dans les écoles, via des programmes pédagogiques ; dans l’administration, via des formations ; dans les médias, via des émissions TV/radio et des publications web…

2. Estimez-vous que la communication sur les projets de la PFUE fut de qualité, en particulier en comparaison avec celle des présidences précédentes, et a produit tous les résultats escomptés ? Les actions de la Présidence étaient : - « L’action n°1 » : Les activités obligatoires et traditionnelles de la Présidence (46,8 % du budget). Cette action regroupe toutes les manifestations imposées par le calendrier européen : 2 Conseils européens ; 4 sommets entre l’UE et des pays tiers ; l’ensemble des conseils des ministres à Bruxelles et Luxembourg ; une vingtaine de réunions informelles entre les ministres des 27.

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- « L’action n°2 » : Les manifestations correspondant à l’initiative propre de la Présidence française (qui représentaient 43,2 % du budget), le financement des manifestations ou événements, correspondant à des initiatives de la France pendant son semestre de présidence, ainsi qu’à des manifestations labellisables « Présidence française de l’Union européenne » envisagées par les différents ministères. 150 manifestations prévues dans toute la France pendant six mois (exemples : le dîner du 14-Juillet organisé à l’Élysée avec les chefs d’État et de gouvernement, les états généraux du plurilinguisme, un colloque sur la biodiversité ou une conférence ministérielle sur les Droits de l’homme…) ; une quarantaine de manifestations publiques organisées par les différents ministères ; Nombreux partenariats privés-publics pour organiser des actions labellisées, notamment avec des ONG ou des grandes entreprises (exemples : Areva, partenaire financier de l’illumination de la Tour Eiffel…). - « L’action n°3 » : Les activités interministérielles (10 % du budget). Il s’agit de dépenses interministérielles correspondant à des « biens collectifs » : les frais de fonctionnement du SGPFUE, la communication, les accréditations et les frais de représentation de la Présidence. Les activités obligatoires et traditionnelles peuvent faire l’objet d’une comparaison par rapport aux présidences précédentes, ainsi de l’analyse du site officiel de la Présidence française de l’UE. 3. Quels ont été les éventuels échec ou déceptions? Dans le cadre de la Présidence française de l’Union européenne, une « saison culturelle européenne » a été organisée au cours du second semestre 2008 en France et dans les 26 autres Etats membres. Le bilan de cette saison culturelle illustre un relatif échec du projet. 4. Quel a été, selon vous, le succès majeur de cette communication (un évènement, un aspect de la communication, un message qui a été particulièrement bien transmis…etc.)? La négociation du paquet « climat – énergie », à Bruxelles, lors du dernier Conseil européen de la PFUE, les jeudi 11 et vendredi 12 décembre, constitue sans doute le principal succès de la communication sur la PFUE. 5. Quelle importance accordez-vous au rôle joué par les agences de communication privées dans la conception et la mise en œuvre d’une politique de communication d’une présidence du Conseil européen – et notamment par rapport au rôle des services de communication institutionnels? Le recours à la sous-traitance pour la communication se justifie le plus souvent par manque de moyens, notamment matériels ou humains :

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Non rentabilité de compétences ponctuelles (conception graphique et multimédia) ; Non disponibilité de compétences pointues (les média-planneurs et les sondeurs) ; Par manque de moyens matériels ou logistique (notamment pour l’impression et le routage).

6. Y-avait-il, d’après vous, une réelle dichotomie entre la communication sur les enjeux purement européens et donc à destination de l’UE et de ses citoyens d’une part, et la communication auprès des Français d’autre part? Le débat sur l’orientation de la communication sur la PFUE : faut-il communiquer sur le retour de la France dans l’Europe (mettre un terme à l’échec du référendum sur le projet de Constitution qui aurait brouillé les relations entre la France et ses partenaires) ou sur le retour de l’Europe en France (valoriser l’engagement européen de la France et l’illustrer à travers des manifestations sur le territoire) débouche sur deux stratégies de communication s’articulant autour de deux signatures fortes et structurantes : « La France en Europe » pour signifier la dimension politique, « L'Europe en France » pour mettre l’accent sur la dimension citoyenne. 7. Si oui laquelle a été privilégiée et avec quel succès ? L’orientation « citoyenne » de la PFUE, qui permettrait de rapprocher les citoyens français de l'Union européenne a été menée dans le cadre des manifestations propres à l’initiative de la PFUE avec le Programme « Paroles d’Européens ! ». 8. Le budget de la PFUE qui fut dédié en partie à la communication a atteint des sommets (190 ME), sans commune mesure avec le budget de 2000, est-ce selon vous révélateur d’un sursaut de communication, d’une prise de conscience de son importance ? Le péché de l’UE a-t-il été de sous-estimer jusqu’ici le rôle de la communication dans le processus de construction européenne ? A la lecture du rapport du Sénat sur le budget de la PFUE, le budget « Communication » stricto-sensu s’inscrit dans l’action n° 3, intitulée « Activités interministérielles » et représente 15 millions d'euros (soit près de 8 % de l'ensemble des dépenses engagées pour la présidence française de l'Union européenne). Dans le Rapport sur la Direction de l’action du Gouvernement, relatif au Projet de loi de finances pour 2009, le Sénateur Yves Krattinger analyse le Programme de la Présidence française de l’UE d’un budget de 190 millions d’euros. Au regard du taux de consommation des crédits qui a été communiqué par le gouvernement, (soit 55,85 millions d'euros au 27 octobre 2008), le rapporteur estime que « des économies budgétaires pourraient être réalisées, au moins de l'ordre de 10 millions d'euros ».

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Dans un document publié par le Secrétaire Général aux Affaires Européennes, placé sous l’autorité du Premier ministre, un bilan et des perspectives de la PFUE sont officiellement donnés. Ainsi, le budget réalisé s’élève à environ 160 millions d’euros, soit près de 30 millions d’économies par rapport au budget initial. 9. Estimez-vous donc que la communication de la PFUE a été une communication « plus proche des citoyens » par rapport aux présidences précédentes, en référence aux propositions de la Commission Européenne dans son Livre Blanc de 2006 ? Pour la première fois ensemble, en direction du grand public, sur les réalisations concrètes de l'Europe, les ministères qui gèrent les programmes européens en France ont réalisé en octobre/novembre 2008 une vaste campagne commune d’information « J’avance avec l’Europe » qui vise à mieux faire connaître les programmes offerts par l’Europe à ses citoyens. 10. D’après vous, le succès d’une Présidence du Conseil de l’UE peut -il être mesuré par la réussite de sa communication ? Afin de porter un jugement sur les 6 mois de la Présidence française de l’UE, il faut s’inscrire dans une démarche d’évaluation en comparant les résultats avec les objectifs de la PFUE. Parmi les enjeux importants, visibles dans les médias et inscrits à l’agenda politique européen, il y a : - les 4 priorités de la PFUE (énergie-climat, immigration-asile, PAC et défense) ; - la résolution de la crise institutionnelle ; - la sécurité énergétique de l’UE ; - le projet de l'Union pour la Méditerranée ; - la compétitivité de l’économie européenne et l’espace européen de la recherche. Parmi les critères de notation, il convient d’étudier précisément les performances réalisées : - l’évaluation du résultat : analyse de l’état d’avancement des propositions principales - l’évaluation de la démarche : analyse de la capacité à « faire vivre le débat avec les partenaires européens et à atteindre le consensus » - un éclairage, tiré de la presse européenne, sur la façon dont la PFUE est perçue chez ses partenaires européens La présidence française du Conseil de l’UE, au cours du 2 nd semestre 2008, a été l’occasion en matière de communication européenne de faire évoluer l’opinion des citoyens et les pratiques des autorités. Partant du constat dressé dans le rapport Herbillon de « La fracture européenne », suivant laquelle :

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pour les citoyens : « l’Europe, c’est loin, c’est compliqué, c’est une contrainte voire même une menace » ; pour les autorités, la communication sur l’Europe souffre de l’absence d’une stratégie, de la dispersion des relais d’information et de campagnes d’information d’envergure et d’efficacité limités ;

les objectifs de communication de la PFUE étaient : - objectifs cognitifs pour les citoyens : Améliorer l'information des Français sur l’Europe afin de s’assurer du retour de l’Europe en France. - objectifs conatifs pour les autorités : Changer les pratiques des autorités afin de rassurer les institutions communautaires et les partenaires européens du retour de la France en Europe. Auprès des citoyens français, l’image de l’Europe s’est corrigée au fil de la gestion des crises et de l’adoption des priorités de la PFUE et « l’Europe protection » s’est peu à peu matérialisée : - protection de la paix en Europe avec le cessez-le-feu en Géorgie ; - protection de l’économie sociale de marché avec le soutien aux banques face à la crise financière ; - protection de la PAC (Politique agricole commune) avec l’accord sur le « bilan de santé de la PAC » ; - protection de l’environnement avec l’adoption du paquet "énergie-climat". Pour les autorités, selon Le Monde « le contexte international a converti les défauts de Nicolas Sarkozy en qualités ». Ainsi, pour reprendre l’expression d’un diplomate allemand « En temps de crise, l'hyperactivité devient synonyme d'énergie, l'autoritarisme d'obstination et l'imprévisibilité de pragmatisme. » Aujourd’hui, alors que la France laisse à la République tchèque le soin de présider le Conseil de l’UE au 1er semestre 2009, la question de la pérennisation des avancées en matière de communication doit être posée : -

-

pour les citoyens, la pérennisation de l’embellie de l’opinion publique sur l’Europe sera mesurée par la participation active, donc massive aux élections européennes ; pour les autorités, la pérennisation de bonnes pratiques sera mesurée par la participation active, donc régulière aux instances communautaires.

Ainsi, le taux de participation électorale des citoyens et la présence ministérielle aux instances communautaires permettront de mesurer l’ampleur des avancées de la PFUE en matière de communication européenne.

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Annexe 4 Entretien avec Madame Florence Ferrari Madame Ferrari est responsable de l’élargissement de l’UE et des programmes communautaires de coopération au Secrétariat général aux Affaires européennes, et fut responsable de la cellule PFUE au Secrétariat général des Affaires européennes (SGAE) pendant la présidence française de l’Union européenne en 2008. Sur la communication de la PFUE en général, il avait été décidé en amont de la PFUE que, par souci de cohérence, la communication institutionnelle passerait principalement par le site internet de la présidence (avec interdiction pour les ministères d’avoir des rubriques PFUE autonomes). 1. Quels étaient les objectifs principaux de la Présidence Française de l’UE en terme de communication? Couvrir au mieux l’actualité de la PFUE, en particulier via le site internet. 2. Estimez-vous que la communication sur les projets de la PFUE a produit tous les résultats escomptés ? Si non, quels ont été les éventuels échec ou déceptions? Globalement, il y a eu une bonne couverture des différents événements PFUE et implication politique importante, souvent au plus haut niveau, pour relayer les grands messages, en particulier au moment des crises (Géorgie, crise financière…). Une condition essentielle pour une communication efficace. 3. Quel a été le plus gros succès en matière de communication (un évènement, un aspect de la communication, un aspect de l’organisation, un message qui a été particulièrement bien transmis…etc.)? La communication liée au fond. A titre personnel, je trouve que la gestion de la crise en Géorgie a été un succès, y compris en termes de communication. 4. Y-avait-il une réelle dichotomie entre la communication sur les enjeux purement européens et donc à destination de l’UE et de ses citoyens d’une part, et la communication auprès des Français d’autre part? Si oui laquelle a été priviligiée et avec quel succès ? Il ne me semble pas qu’il y ait eu dichotomie. Une présidence forte est à la fois un plus pour l’UE et pour le pays qui l’assure. Les citoyens tant européens que français ont pu être fiers de l’action menée pendant ce semestre.

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Il est à noter, plus généralement (cela vaut aussi pour la communication), qu’il est important de « désamorcer » en amont, avant la Présidence, les sujets qui sont potentiellement compliqués en national, pour éviter de se retrouver en porte à faux dans une situation où, en tant que présidence, on devrait faire primer l’intérêt des 27 contre des intérêts français sensibles. 5. Dans quelle mesure la communication de la PFUE est-elle eue recours à des agences de communication ? Quel a été leur rôle et leur degré de collaboration avec vous ou les ministères en charge? Pour l’événementiel, les cadeaux, le mécénat, nous avons effectivement fait appel à des entreprises de comunication privées, avec Philippe Starck comme grand conseiller en image. C’est le SGPFUE qui a été le plus actif sur ce front, dans la mesure où la communication figurait parmi ses compétences (cf. décret d’attribution du 19 juin 2007). Côté Elysée, dans le même ordre d’idées, il y a eu quelques grands événements (revus en partie à la baisse avec la crise) pilotés par Euro RSCG de Séguéla si ma mémoire est bonne. Quant au Quai, il a notamment joué les facilitateurs pour le mécénat, en organisant notamment des grands dîners avec des chefs d’entreprise et a souvent fait le lien avec Philippe Starck. 6. Le budget de la PFUE dédié à la communication a battu des records, sans commune mesure avec le budget de 2000, est-ce révélateur d’un sursaut de communication, d’une prise de conscience de son importance ? Nous n’avons pas suivi l’événementiel au SGAE mais il est vrai par exemple, que par rapport à la PFUE 2000, une dimension comme l’internet (que nous avons suivi ici) est devenu incontournable pour toutes les présidences. Quant au budget, tout confondu, il s’est globalement inscrit dans la moyenne des dernières présidences comparables. 7. Estimez-vous que la communication de la PFUE a été une communication « plus proche des citoyens » par rapport aux présidences précédentes, en référence aux propositions de la Commission Européenne dans son Livre Blanc de 2006 ? Les présidences sont toujours un moment privilégié pour parler plus d’Europe aux citoyens du pays qui l’exerce. En faisant par exemple le choix d’une décentralisation des manifestations se déroulant en France, l’idée était de toucher le maximum de citoyens. En même temps, la présidence ne dure que 6 mois, elle correspond souvent à un moment où on est obligé de prendre en compte des intérêts qui vont bien au-delà du simple national, et la communication sur l’Europe doit être une œuvre de longue haleine.

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8. Quelle importance et quel rôle attribuez-vous à la communication en matière européenne ? Essentielle, mais il faut encore réfléchir aux instruments et aux meilleurs moyens pour la faire passer (institutionnel, associatif, etc…). Ce sont des réflexions qui occupent beaucoup le secrétariat d’Etat aux affaires européennes et aussi la représentation de la commission et du PE en France.

9. D’après vous, le succès d’une Présidence du Conseil de l’UE peut-il être mesuré par la réussite de sa communication ? Personnellement, je pense que ce serait injuste de réduire une présidence au succès de sa com’. En même temps, dans les faits, c’est souvent ce qui se passe, avec une focalisation autour du dernier conseil européen. Si on compare la PFUE 2000 et la PFUE 2008, la première a été perçue comme un échec à cause du CE de Nice (sur les institutions) et la seconde comme un succès grâce au paquet énergie climat au CE de décembre 2008. Pour la PFUE 2000, cela « réduit » la présidence à un seul événement, en occultant tout ce qui a pu se faire par ailleurs

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Annexe 5 DECRET Décret n°2007-1028 du 15 juin 2007 portant création d’un secrétariat général de la présidence française du Conseil de l’Union européenne.

NOR: PRMX0710487D

Version consolidée au 19 juin 2007

Le Premier ministre, Vu l’article 37 de la Constitution,

Article 1 Il est créé un secrétariat général de la présidence française du Conseil de l’Union européenne qui aura lieu au second semestre 2008. Ce secrétariat général, plac é sous l’autorité du Premier ministre, est dirigé par un secrétaire général, assisté de collaborateurs mis à sa disposition par les administrations concernées.

Article 2 Le secrétaire général coordonne, en liaison avec le secrétariat général des affaire s européennes et les ministères concernés, la définition de la liste des événements, réunions et manifestations relevant de la présidence française, arrêtée par le Premier ministre. Il est chargé d’en évaluer le coût en liaison avec les administrations concernées. Il est chargé de la coordination de la mise en œuvre par les ministères concernés des événements, réunions et manifestations retenus comme relevant de la présidence française. Il arrête, en liaison avec les administrations concernées, la programmation des crédits correspondants, coordonne leur gestion et en rapporte l’exécution.

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Article 3 Sans préjudice des compétences du protocole, le secrétariat général est chargé de l’organisation des événements, réunions et manifestations relevant de la pr ésidence de la République, du Premier ministre et du ministère des affaires étrangères et européennes.

Article 4 Pour tous les événements, réunions et manifestations retenus comme relevant de la présidence française, le secrétariat général est chargé notamment de : - la communication ; - la coordination avec la saison culturelle européenne ; - le mécénat ; - la définition des modalités d’accréditation ; - la définition des modalités d’association de la société civile aux événements et activités de la présidence française.

Article 5 Le présent décret sera publié au Journal officiel de la République française.

François Fillon

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Annexe 6 : Discours

de

Nicolas

Sarkozy

au

Parlement Européen

Allocution prononcée le 16 décembre 2008 au Parlement Européen de Strasbourg à l’occasion de la fin de la présidence française de l’Union Européenne. Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Parlementaires européens, Lorsque la France a commencé à exercer sa Présidence, la situation en Europe était marquée par l’interruption du processus de ratification du Traité de Lisbonne à la suite du vote de nos amis irlandais rejetant ledit traité. On n’imaginait pas à l’époque qu’une guerre éclaterait entre la Géorgie et la Russie et on n’imaginait pas non plus la violence de la crise financière, d’abord, de la crise économique ensuite, que l’Europe aurait à affronter. La Présidence française, Monsieur le Président, a essayé d’organiser toute son action autour de deux convictions : le monde a besoin d’une Europe forte, première conviction, deuxième conviction : il ne peut pas y avoir d’Europe forte si l’Europe est désunie. Naturellement, j’imagine que ces idées ne sont pas originales, elles n’en sont pas moins nécessaires. Nous avons essayé de faire en sorte tout au long de ces six mois que l’Europe soit unie et que l’Europe soit forte, qu’elle pense par elle-même. Qu’est-ce qu’une Europe forte ? C’est une Europe qui pense, qui a des convictions, qui a ses réponses, qui imagine. C’est une Europe qui ne se contente pas de suivre. C’est une Europe qui refuse un consensus fondé uniquement sur le non-dit, sur l’évacuation des problèmes, sur le temps censé tout arranger alors que ma conviction, c’est que plus on attend, plus on complique. Et, finalement, cette Présidence s’est déroulée au rythme d’événements internationaux qui ont bouleversé l’organisation de nos travaux. Ce n’est certainement pas à moi de faire un bilan. Je voudrais simplement vous dire comment nous avons affronté ces différentes épreuves. Quand, au mois d’août, s’est présenté, le 8 août, la crise géorgienne, nous avons eu à l’esprit une obsession : arrêter la guerre et ne pas tomber dans ce qui s’était passé au moment de la Bosnie. Franchement, sans porter de jugement cruel, quand le conflit s’est déroulé en Bosnie, nous sommes en Europe, et l’Europe a été absente et ce sont les Etats-Unis d’Amérique, nos alliés, nos amis qui ont pris leurs responsabilités et l’Europe qui a dû suivre. L’obsession qui a été celle de la Présidence, c’est que l’Europe prenne ses responsabilités. Et, en ce mois d’août, nous avons d’abord négocié le cessez- le-feu, le 12 août, puis un accord de retrait le 12 septembre. Finalement, la guerre fut évitée. Le retrait fut engagé et par-dessus tout, et hommage en soit rendu à tous les pays membres de l’Union, l’Europe est restée unie. Ce n’était pas si évident car compte-tenu de l’histoire de nos différents pays, une histoire douloureuse pour ceux des Européens qui ont vécu tant de décennies derrière le rideau de fer. Dans une Europe humiliée, dans une Europe divisée, dans une Europe martyrisée, il est normal que certains pays aient une sensibilité à l’endroit de nos voisins russes différente de ceux qui n’ont connu que la liberté. Malgré cela, l’Europe est restée unie. La Présidence, avec le Président de la Commission européenne, a tout fait pour éviter l’engrenage de la guerre. Le 8 août, les forces russes étaient à 40 kms de Tbilissi. Aujourd’hui, la quasi-totalité des forces russes ont évacué le territoire de la Géorgie hors Ossétie et Abkhazie. L’Europe a répondu présente sans pour autant s’engager dans une politique agressive à l’endroit de nos voisins russes. Ma conviction, c’est que nous n’avons pas d’avenir autre que de trouver avec nos voisins les conditions du développement économique, de la sécurité et de la paix en leur expliquant que s’ils veulent compter dans le monde et la Russie est un grand pays, ils doivent respecter des valeurs, des pratiques et des comportements qui ne doivent plus être ceux qui étaient les leurs à une autre époque en Europe.

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Mais l’Europe a existé. Puis est arrivée la crise financière. La crise financière n’est pas née au mois d’août 2007, comme je l’entends dire parfois. Au mois d’août 2007, c’était le début des ennuis. Mais la crise financière systémique que nous avons connue dans le monde a commencé lorsque les Américains ont pris la décision, qui s’est avérée gravissime d’accepter la faillite de Lehman Brothers, le 18 septembre 2008. C’est à partir de ce moment-là, et de ce moment-là seulement, que nous sommes rentrés dans une crise financière d’une ampleur inédite dans le monde. Nous avons essayé avec le Président BARROSO d’obtenir deux choses. La première, l’unité de l’Europe, que nous avons construite progressivement, d’abord en réunissant les quatre plus grands pays d’Europe avec la Commission, avec la Banque Centrale, avec le président de l’Eurogroupe. Ensuite, en réunissant, pour la première fois depuis 2000, les pays de l’Eurogroupe au niveau des Chefs d’Etat et de gouvernement. Enfin, en réunissant, au mois de septembre, l’ensemble des chefs d’Etat et de gouvernement, nous avons obtenu un plan de redressement des banques européennes porté par tous les Etats d’Europe avec les difficultés que l’on connaît, puisque la violence de la crise avait conduit certains pays à prendre des décisions anticipées. Sans doute, d’ailleurs, ne pouvaient-ils faire autrement. Je pense à nos amis irlandais submergés par des attaques contre l’ensemble de leur système bancaire. A l’arrivée, un mois après, toute l’Europe était réunie autour du même plan de soutien aux banques. Nous avons essayé avec le Président BARROSO de faire en sorte que ce plan européen de soutien pour éviter l’explosion de notre système bancaire devienne le plan mondial. Alors que les Américains passaient du plan Paulson 1, au plan Paulson 2 pour arriver au plan Paulson 3, qui n’est rien d’autre que l’inspiration du plan européen 1. ++++ Je ne dis pas que les choses sont arrangées. Je dis simplement que si les Etats d’Europe, la Commission, les institutions européennes n’avaient pas pris à l’époque leurs responsabilités, Mesdames et Messieurs, nous nous serions trouvés face à un fait sans précédent, le collapse ou la faillite d’un certain nombre d’Etats membres, la destruction du système bancaire européen. L’Europe a manifesté son unité et sa solidarité. Je pense notamment à ce fameux week-end où il a fallu mobiliser 22 milliards d’euros de crédit pour la Hongrie attaquée elle-même à son tour, après qu’il ait fallu en mobiliser 1,7 milliards d’euros pour l’Ukraine et qu’aujourd’hui, encore, nous devons nous occuper d’un certain nombre de pays baltes, sans compter les autres problèmes que nous avons à gérer dans le monde. Dans la crise financière, l’Europe a été unie. L’Europe a demandé le Sommet de Washington, l’Europe a demandé le G20 et l’Europe organisera à Londres, le 2 avril prochain, le Sommet de la réforme de la gouvernance mondiale. L’Europe a dit d’une seule voix qu’elle voulait d’un capitalisme d’entrepreneur et non pas d’un capitalisme de spéculateur, qu’elle voulait la réforme du système financier, qu’elle voulait une autre place pour les pays émergents, qu’elle voulait la moralisation du capitalisme. L’Europe a essayé de défendre d’une seule voix ses convictions. S’agissant de la crise économique, le débat n’a pas été simple, Mesdames et Messieurs les parlementaires. Il n’a pas été simple pour deux raisons. La première, c’est la situation financière de nos pays qui n’est pas la même. La seconde c’est que notre culture économique, notre identité politique ne sont pas les mêmes. Pourtant, à l’arrivée, tout le monde s’est retrouvé sur la nécessité d’une relance concertée aux environs d’un point et demi de PIB comme l’a recommandé la Commission. On peut toujours, et je le comprends parfaitement, s’étonner des désaccords ici ou là, des hésitations, des incompréhensions ou des malentendus. Je voudrais rappeler à ceux qui regardent l’Europe que nous sommes 27 pays et que ce n’est pas facile de donner à ces 27 pays la même politique au même moment alors que chacun est pressé par des contraintes électorales, parce que nos élections n’ont pas lieu le même jour et devant cette assemblée, temple de la démocratie européenne, chacun peut comprendre que la proximité d’une campagne électorale n’est pas un facteur déterminant pour obtenir le consensus.

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L’Europe, malgré tout, après avoir défini une politique commune dans la crise financière réussit à définir tant bien que mal une politique commune face à la crise économique. Il y a également eu le temps de l’Union pour la Méditerranée. J’assume bien volontiers qu’il a fallu se concerter, qu’il a fallu faire des compromis pour faire comprendre deux choses, que si l’Europe ne prend pas sa part de la paix au Moyen-Orient, personne ne le fera à notre place. Il n’y a pas un seul pays au monde qui est capable de favoriser la paix entre les Israéliens et le monde arabe. L’Europe doit jouer sa partition. L’Europe doit être présente pour éviter un tête-à-tête frontal entre le monde arabe d’un côté et la première puissance du monde, les Etats-Unis. L’Union pour la Méditerranée, c’est l’organisation d’un dialogue constant entre l’Europe et la Méditerranée, donc les pays arabes. Dialogue dont nous avons besoin, dont les Arabes ont besoin, dont l’Europe a besoin pour que l’Europe cesse d’être uniquement un bailleur de fonds et que l’Europe ait des convictions politiques au service de la paix et que l’Europe ne se contente pas de payer, qu’elle demande également, que la paix ait lieu. Une paix équilibrée notamment entre les Palestiniens qui ont le droit à un Etat moderne, un Etat démocratique, un Etat sûr et Israël qui a le droit à la sécurité pour ce pays qui est un miracle de démocratie. L’Union pour la Méditerranée, il a fallu convaincre, convaincre de quoi ? Que l’Union pour la Méditerranée ne mettait pas en cause l’unité de l’Europe. Au contraire, qu’elle la renforçait. Et, finalement, Mesdames et Messieurs, soyons fiers, nous les Européens : l’Union pour la Méditerranée est co-présidée par la Présidence européenne, par l’Egypte, compte 5 Secrétaires Généraux adjoints dont un Israélien et un Palestinien. C’est la première fois que les pays arabes acceptent qu’un Israélien soit membre de l’exécutif d’une organisation régionale comme l’Union pour la Méditerranée. C’est un succès historique et je voudrais rendre hommage à Bernard KOUCHNER qui, au Sommet de Marseille, a négocié brillamment pour obtenir ce résultat absolument inespéré. En échange, les Israéliens ont accepté la participation de la Ligue arabe aux travaux de l’Union pour la Méditerranée, laquelle Union ne fait nullement obstacle à ce que la Présidence tchèque puis la Présidence suédoise développent demain les partenariats orientaux dont l’Europe a besoin. Et puis, il y a l’énergie-climat. Sur l’énergie-climat, que les choses soient claires. La bataille fût fameuse. Je suis bien persuadé que chacun a des motifs d’insatisfaction. Pour les uns, on demande trop à l’industrie. Pour les autres, on ne demande pas assez. Pour les troisièmes, il fallait passer par ceci, pour les autres par là-bas. A l’arrivée, la Présidence allemande avait fixé un calendrier avant la fin 2008. La Présidence allemande avait fixé trois objectifs : le triple vingt et, au fond, l’accord que nous avons scellé au Conseil européen qui, je l’espère, sera décidé par le Parlement européen demain, respecte les objectifs que vous vous étiez donné. ++++ Je dois à la vérité de dire que chacun a dû être mis devant ses responsabilités. Il eût été insensé qu’au moment où un nouveau Président des Etats-Unis d’Amérique fixe pour la première puissance du monde des objectifs ambitieux en matière de défense de l’environnement, il eût été insensé que l’Europe renonce aux siens. Irresponsable. Car si l’Europe ne faisait pas son unité sur le paquet énergie-climat de la Commission, comment imaginer que l’Europe soit entendue des Indiens, des Chinois, des Brésiliens, de tous les pays du monde qui maintenant doivent prendre en charge les équilibres environnementaux de la planète ? Pour y arriver, il a fallu convaincre et il a fallu trouver des voies de compromis. Quelles voies de compromis ? J’avais indiqué que jamais nous ne renoncerions au calendrier et à l’objectif des trois vingt. Mais chacun doit le comprendre ici. Des pays comme les nouveaux pays de l’Est rentrés dans l’Union, dont l’industrie lourde a été sacrifiée par le passage du système communiste au système de l’économie de marché, ces pays-là ont accepté que nous gardions la référence à l’année 2005. Alors qu’il y avait des raisons, pour eux, de demander que soit retenue une autre référence, par exemple l’année 1990. Ce qui n’eût pas été choquant compte tenu de ce qu’il s’est passé dans ces pays-là et de ce qu’ils ont subi. Je parle sous le contrôle du Ministre Jean-Louis BORLOO qui a été un soutien total, constant et efficace dans cette négociation. J’ai voulu que le volontarisme en matière environnemental ne se fasse pas au détriment d’une politique sociale qui fasse exploser ses nouveaux adhérents de l’Union. Aux intégristes, je peux dire que la question, pour moi, n’a jamais été de ne pas imposer à la Pologne, à la Hongrie et aux

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autres des obligations environnementales mais de ne pas mettre ces pays en situation d’explosion sociale et de ne jamais les mettre en situation de choisir entre la protection de l’environnement et la croissance. C’est une nouvelle croissance. Une croissance durable, une croissance verte que nous leur avons proposée. Mais qui évite une explosion des prix ou des conséquences sur les ouvriers polonais, les ouvriers hongrois, les ouvriers de l’Est, qu’aucun pays démocratique au monde ne pourrait supporter. J’ajoute, enfin, que j’ai bien entendu vos inquiétudes, lors de ma dernière venue au Parlement. Certains d’entre vous, je les comprends, m’ont dit : vous avez renoncé, M. le Président, à vos objectifs puisque vous avez accepté l’unanimité pour la décision au Conseil. J’ai accepté l’unanimité pour une raison simple, c’est que le choix environnemental que fait l’Europe ne doit pas être un choix subi, il doit être un choix revendiqué. Imaginez la faiblesse d’un accord obtenu à la majorité avec une partie des pays qui n’aurait pas adhéré au Pacte. Quelle aurait été la crédibilité du paquet énergie climat, ratifié à la majorité alors que chacun voit bien que c’était l’unanimité qui était la garantie du respect de nos engagements politiques ? J’ajoute qu’un certain nombre d’entre vous m’ont rappelé qu’il s’agissait de la codécision. Je veux dire que je m’en suis servi, dans les discussions avec mes collègues chefs d’Etat et de Gouvernement. Je dois à la vérité de dire M. le Président, que la présence vigilante d’un Parlement déterminé à obtenir un accord sur le paquet énergie-climat a été un puissant facteur de mobilisation pour les chefs de gouvernement ou les chefs d’Etat qui avaient moins envie d’aboutir que d’autres. En tout cas, aujourd’hui, je vous apporte vous en ferez ce que vous voulez - l’accord unanime des 27 chefs d’Etat sur le paquet énergie-climat. Je terminerai par deux points que j’évoquerai rapidement. La politique migratoire. Comment imaginer qu’une Europe, dont la plupart des pays sont dans l’espace Schengen, qui pose comme postulat la librecirculation des personnes et des biens, puisse continuer sans se doter de principes communs pour élaborer une politique d’immigration commune ? Ce travail a été fait et je dois le dire, il a été fait sans outrance et vous, le Parlement européen, vous avez beaucoup contribué à apaiser un débat sur les politiques d’immigration qui, au plan national, ne donnent pas toujours l’exemple du respect des personnes, du calme, de la pondération et de l’esprit de responsabilité. Nous avons maintenant les bases d’une politique d’immigration commune à l’unanimité. Juste un mot sur la défense. J’aurai l’occasion, l’année prochaine, avec la Chancelière MERKEL d’organiser le Sommet de l’Otan et je crois que ce qui est important dans ce que nous avons décidé, c’est que désormais les 27 comprennent que c’est la politique de sécurité et de défense de l’Europe et l’Otan. Que la politique de défense et de sécurité de l’Europe est complémentaire de l’Otan et qu’il n’y a pas lieu d’opposer l’une à l’autre. Enfin, le problème institutionnel. Lorsque le vote non est intervenu en Irlande, je me suis rendu avec Bernard Kouchner à l’invitation de Brian COWEN, le Premier ministre irlandais, à Dublin et j’ai indiqué, même si cela a choqué à l’époque, que la seule façon de sortir du problème c’était que nos amis irlandais soient à nouveau consultés. Cette déclaration a provoqué débat, comme si il n’était pas respectueux d’un peuple que de demander que ce peuple puisse à nouveau se prononcer. Quelle est la situation aujourd’hui ? Aujourd’hui, 25 pays ont quasiment terminé le processus de ratification de Lisbonne, 25. Le 26ème, a République tchèque vient de prendre une décision importante puisque la Cour Constitutionnelle a indiqué que le processus de ratification de Lisbonne pouvait avoir lieu. Et le Premier ministre polonais, dans une déclaration courageuse et responsable, a indiqué que son ambition était de proposer la ratification du Traité de Lisbonne. Reste donc le cas irlandais. Voilà l’accord que nous avons trouvé à l’unanimité. Cet accord est très simple. Il consiste premièrement à garantir à chaque état membre, si le Traité de Lisbonne rentre dans les faits, un commissaire par état membre. Je sais que c’est un effort pour un certain nombre d’entre vous, comme c’est un effort pour un certain nombre de gouvernements qui croyaient à la nécessité d’une commission plus restreinte pour être plus efficace. J’en appelle cependant à la réflexion de chacun d’entre vous. Si l’on veut Lisbonne, et l’Europe a besoin d’institutions fortes et durables, on ne peut l’avoir que si nos amis irlandais votent et disent oui. Pour qu’ils disent oui, il faut un fait nouveau. Ce fait nouveau, le Conseil européen propose qu’il s’agisse d’un commissaire par état membre. Deuxième élément, nous avons pris un certain nombre d’engagements politiques tenant à la spécificité du débat irlandais : la neutralité, la fiscalité, la famille. Ces engagements politiques n’ont pas posé de problèmes à prendre. Quel est le problème ? Il faut mieux que tout soit mis sur la table. Le problème, c’est la force juridique de ces engagements politiques car, en Irlande, il existe une Cour

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constitutionnelle et personne ne doute que les partisans du non, et c’est leur droit, saisiront la Cour constitutionnelle irlandaise pour demander la force des engagements politiques qui ont été pris. Voilà le compromis que la Présidence a proposé. Pas de re- ratification du Traité de Lisbonne par tous ceux qui l’ont fait. Pas de modification du Traité de Lisbonne. Nous n’avons pas intérêt, me semble-t-il, à résoudre un problème pour en créer 26 autres. La chose est claire. En revanche, au moment du prochain élargissement de l’Europe, vraisemblablement la Croatie, vraisemblablement en 2010 ou en 2011, si les choses vont comme elles doivent aller, à ce moment-là, Monsieur le Président, il faudra un nouveau traité pour élargir l’Europe aux nouveaux entrants. Nous avons donc proposé qu’au moment de l’élargissement de l’Europe, et à ce moment seulement, nous rajoutions au traité d’adhésion de la Croatie, deux éléments. Premier élément, le protocole, entre guillemets, dit irlandais et deuxième élément, la question du nombre de parlementaires puisque les élections européennes ayant lieu sur la base du Traité de Nice, je ne vois pas comment on pourrait faire autrement. Un certain nombre d’états qui se sont vus octroyer dans le cadre de Lisbonne plus de parlementaires, on règlerait également à l’occasion du premier élargissement ce problème. Sur cette base, le gouvernement irlandais, courageusement, s’est engagé à consulter à nouveau les Irlandais sur le Traité de Lisbonne avant la fin de l’année 2009. Ce qui veut donc dire que si les choses se passaient comme je souhaite qu’elles se passent mais c’est aux Irlandais d’en décider, le Traité de Lisbonne rentrerait dans les faits avec une année de retard seulement. Mesdames et Messieurs, là aussi ce ne fût pas simple à discuter, ce ne fût pas aisé à organiser, ce ne fût pas non plus ni pour les Irlandais, ni pour les autres quelque chose de facile mais l’esprit européen, c’est d’abord un esprit de compromis. Si, à 27, on n’est pas capable de faire de compromis, ce n’est pas la peine d’avoir un idéal européen. L’idéal européen, c’est d’écouter l’autre et d’essayer ensemble de trouver les voix communes pour surmonter les problèmes. ++++ Enfin, je voudrais terminer en adressant mes remerciements d’abord au Parlement européen. Je voudrais d’ailleurs vous dire que ce fût, pour la Présidence très facile, très agréable et très utile d’entretenir des contacts nombreux avec la totalité des groupes de votre assemblée. Quel que soit l’engagement politique, droite ou gauche, libéraux ou verts, souverainistes ou fédéralistes, tous, vous avez montré une volonté de faire progresser, à votre manière l’Europe et je dois à la vérité de dire que, pour la Présidence, le Parlement a été un élément décisif pour obtenir, Monsieur le Président, des résultats. Je voudrais même dire que ça été plus facile de discuter, de travailler, de négocier avec le Parlement européen qu’avec - je ne rentre pas dans les détails - tels ou tels autres interlocuteurs sans préciser. A la fin d’une Présidence, on précise ses compliments, on n’adresse pas ses regrets. Je voudrais également dire qu’avec le Président de la Commission et que justice lui soit rendue, nous avons essayé de faire un tandem, chacun conscient de nos responsabilités et jamais nous n’aurions pu obtenir les résultats que la Présidence a obtenu sans le travail main dans la main avec le Président BARROSO. Je tiens à le dire parce que c’est la vérité. En tout cas, tel que je l’ai vécue. Enfin, je voudrais remercier les chefs d’Etat et de gouvernement et, Mesdames et Messieurs, on ne construira pas l’Europe contre les états. C’est une évidence, aussi européens que vous le soyez, l’Europe n’est pas l’ennemie des nations et les nations ne sont pas les ennemies de l’Europe. Je vais vous dire une chose, c’est que si nous n’avions pas cherché à comprendre les problèmes de chaque gouvernement démocratique, on n’y serait pas arrivé. Vouloir passer par-dessus la tête de ceux qui sont élus dans leur pays c’est une erreur. Cela ne s’appelle pas un idéal européen, cela s’appelle un intégrisme et les intégrismes, je les ai toujours combattus dans ma vie. Même l’intégrisme européen, parce que dans l’intégrisme européen, j’oublie le mot Europe et j’entends le mot intégrisme et jamais l’intégrisme n’est de bon conseil. Vouloir construire l’Europe contre les nations serait une erreur historique. Chaque chef de gouvernement a pris ses responsabilités, chaque nation les a assumées. Et enfin, je voudrais vous dire, à titre personnel, que moi, cette Présidence de six mois m’a beaucoup appris et que j’ai beaucoup aimé ce travail. Et pour dire les choses, je comprends que les parlementaires européens soient passionnés par ce qu’ils font, parce que lorsque que l’on a la chance, pendant six mois, de connaître et d’avoir à trancher des problèmes de 27 pays, on gagne en tolérance, on gagne en ouverture d’esprit et on comprend que l’Europe est sans doute la plus belle idée qui ait été inventée au XXème siècle et que cette Europe, on en a plus que jamais besoin. J’ai essayé de bouger l’Europe mais l’Europe m’a changé. Et je veux dire une chose parce que je le pense profondément : je crois vraiment que chaque chef d’Etat et de gouvernement gagnerait à exercer de temps

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à autre cette responsabilité. D’abord, parce qu’il comprendrait que les problèmes qu’il connaît dans son pays ne peuvent bien souvent trouver de solution qu’en accord avec nos voisins. Il comprendrait qu’audelà de ce qui nous différencie, il y a tellement de choses qui nous rapprochent et il comprendrait que, surtout quelque chose de plus important, c’est que c’est plus facile pour l’Europe d’avoir des grandes ambitions que de toutes petites ambitions. Et la dernière chose que je crois au plus profond de moi-même, c’est qu’au Conseil européen, au Parlement européen, à la Commission européenne, c’est plus facile de faire aboutir des grands projets que des petits projets. Parce que les petits projets n’ont pas le souffle et la force nécessaire pour faire reculer les égoïsmes nationaux. Les grands projets, les grandes ambitions, les grandes idées, au nom de ces grandes idées et de ces grandes ambitions, on peut surmonter les égoïsmes nationaux. Alors, que l’Europe reste ambitieuse et que l’Europe comprenne que le monde a besoin qu’elle prenne des décisions. Quand on met la poussière sous le tapis, on se prépare des lendemains difficiles. Les problèmes, il faut les régler tout de suite et maintenant et ce n’est pas vrai que les institutions européennes empêchent la prise de décision. Ce qui empêche la prise de décision, c’est le manque de courage, le manque de volontarisme, c’est l’affadissement d’un idéal. Les décisions, on ne doit pas attendre Lisbonne, on ne doit pas attendre demain, on doit les prendre maintenant et je fais toute confiance à la Présidence tchèque pour assumer le continuum de la présidence.

Source : www.elysee.fr

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