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Magazine de cinéma Gratuit | Mars 2010 | Numéro 3 www.clapmag.com

Alice au pays des Merveilles Le Retour de Burton chez Disney Soul Kitchen Interview de Fatih Akin Kitano débarque à Paris dvd The Box gros plan valhalla rising


SOMMAIRE 04 Actus

06 Critiques

09 Gros Plan

12 Dossier

19 Événement

21 DVD

23 TV

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out dans le cinéma est double. Sa définition pour commencer, à la fois Art et industrie, expression d’un cinéaste et produit économique. Ses vertus ensuite, faire voyager le spectateur, ou au contraire lui remettre les pieds sur terre. Dans l’ordre ce mois-ci : le rêve éveillé de Burton avec son Alice au Pays des Merveilles, ou le cauchemar (éveillé également) de la vie de Precious. Rêve ou cauchemar, art ou industrie, le cinéma ne se cantonne pas à un simple rôle d’amuseur populaire comme il a pu l’être à ses balbutiements. « Ghost Writer » nous rappelle aujourd’hui une autre de ses vertus oubliées : pointer du doigt les défaillances, les injustices du moment. C’est lorsqu’on regarde dans un miroir que les anomalies sautent aux yeux. Et d’anomalie, il est grandement question lorsqu’on voit l’utilisation du mot « nègre » persister dans le langage courant et in extenso, dans le sous-titrage du film « Ghost Writer ». Mais qu’est ce qu’un nègre ? Un « nègre » se dit dans le langage de l’édition de l’auteur anonyme d’un texte signé par une autre personne, souvent célèbre. L’étymologie de cette expression vient directement de la tradition de l’exploitation des noirs en Afrique, réduits à l’esclavage… Au sein de la rédaction de Clap!, nous sommes choqués que ce terme soit la traduction de la magnifique expression, tellement plus poétique et imagée « Ghost Writer », littéralement écrivain fantôme. Insultant, raciste et donc inexcusable. Mais attention cette abomination reste totalement indépendante du brillant cinéaste qu’est Polanski et de son film lancinant et politique « Ghost Writer ». En plus de rendre hommage à Hitchcock, Polanski aura inconsciemment pointé la honte de notre langue française. C’est aussi, dans une certaine mesure, ce qui rend cet autre côté du miroir (pour reprendre les mots de Lewis Carroll) si précieux. Nous vous le disions, tout dans le cinéma est double. Romain Dubois

Sommaire

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© Universal Pictures International France

édito


actus

actus

Le chiffre

116 milliONs $ de recettes pour Alice aux pays des merveilles après seulement 3 jours d’exploitation aux Etats Unis c’est un véritable record pour un film en 3D, Burton de retour chez Disney et également en grâce aux yeux du public...

COTILLARD CHEZ WOODY ALLEN

Woody Allen souhaiterait faire de Marion Cotillard sa nouvelle muse. La frenchie la plus en vue d’Hollywood sera à l’affiche de son prochain film aux côtés de... Carla Bruni ! Affaire à suivre...

wolverine 2

Hugh Jackman va retrouver les griffes en adamantium de Wolverine dès janvier prochain. Reste à trouver un remplaçant à Gavin Hood, guère inspiré sur le premier opus et peu motivé pour reprendre le commandes du héros au squelette d’adamantium...

Amanda seyfried, petit chaperon rouge

La très en vogue Amanda Seyfried (Mamma Mia, Jennifer’s body, Chloé…) devrait tenir le rôle principal de «The Girl With the Red Riding Hood», une version gothique du Petit Chaperon rouge que réalisera Catherine Hardwicke, la réalisatrice de Twilight Chapitre 1: Fascination.

DE NIRO VS BRADLEY COOPER

will s’attaque a hitchcock

Après les Ch’tis, Will Smith ne s’arrête plus de faire des remakes puisqu’il s’attaque cette fois-ci à l’immense Alfred Hitchcock en adaptant Soupçons. L’acteur producteur devrait d’ailleurs reprendre le rôle principal qui était incarné par Cary Grant. Le reste du casting est attendu !

Robert De Niro sera prochainement la tête d’affiche du thriller «The Dark Fields», en compagnie de Bradley Cooper, le nouveau chouchou de ces dames ! L’acteur tendance de «Very Bad Trip» ou récemment «Valentine’s day» interprétera un écrivain sans le sou qui testera une nouvelle drogue bouleverserant ainsi ses facultés mentales. De Niro sera quant à lui un brillant magnat des finances qui s’intéressera de très près au personnage de Cooper… Le tout sera dirigé par Neil Buger («L’illusionniste») pour un tournage qui débutera en mai à Philadelphie.

ENTRÉES

cumul

semaine

copies

1 073 540

1 073 540

1

500

La Princesse et la grenouille

393 011

3 332 716

5

689

LE mac

372 785

973 232

2

470

avatar

327 524

14 138 228

11

449

valentine’s day

292 453

927 731

2

418

Océans

249 354

2 449 416

5

588

sherlock holmes

242 919

1 948 525

4

616

Percy jackson, le voleur de foudre

204 515

1 040 955

3

547

planet 51

162 580

843 842

4

495

coursier

146 264

146 264

1

241

Shutter Island

POLICE ACADEMY IS BACK

New Line recherche en ce moment de nouvelles recrues afin de relancer la franchise «Police Academy». Le premier film, (sur 7 !) sorti en 1984, tournait en dérision l’univers d’une école de police américaine. «Ce sera une nouvelle promotion. Nous espérons découvrir de nouveaux talents.

Actus

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24 heures avant les oscars une cérémonie récompensant les pires prestations de l’année avait couronnée Sandra Bullock pire actrice de l’année pour son rôle dans «All about Steeve». Le lendemain elle remporte l’Oscar 2010 de la meilleure actrice pour son rôle de mère de famille aimante dans The Blind Side ! Drôle de semaine pour la belle Sandra...

Julien doré passe a la comedie

box-office FILM

Bullock du pire au meilleur

Le lauréat de la Nouvelle Star 2007 a décroché le premier rôle d’une comédie intitulée Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour.... Dans ce long-métrage réalisé par Pascal Thomas (La Dilettante, Le crime est notre affaire…), Julien Doré forme un couple passionné avec Marina Hands. Reste à savoir si le chanteur/acteur jouera sans fausse note cette nouvelle partition.

Gwyneth Paltrow dans la peau de marlene dietrich

Michelle rodriguez revient dans lost

Après Maggie Grace, c’est au tour de Michelle Rodriguez d’accepter de revenir dans la dernière saison de Lost. Elle reprendra son rôle d’ Ana Lucia pourtant abattue dans l’épisode final de la saison 2 par Michael (Harold Perrineau)...

Après avoir enchaîné des grosses productions comme Iron Man et des films plus underground comme Two lovers, Gwyneth Paltrow vient de donner son accord pour incarner le rôle de Marlene Dietrich au cinéma. Produit par la BBC et HBO, le film retracera la carrière de l’Ange Bleu. Son départ de l’Allemagne nazie pour Hollywood, ses nombreuses histoires d’amour, sa dépendance à la drogue et à l’alcool, son déclin et les dernières années de sa vie. Autant de faits décrits dans le livre que Maria Riva consacre à sa mère, Marlène Dietrich. Gwyneth sera-t-elle à la hauteur du mythe? Actus | 05 |

NUIT EXCENTRIQUE A LA CINEMATHEQUE

Avis aux amateurs de cinéma Bis et de films délirants : Nanarland. com organise la 6ème nuit excentrique à la cinémathèque française. Au menu du jour : Virus cannibale, L’Invincible Kid du Kung Fu, Il était une fois le diable ... Chaque film sera précédé d’une présentation par l’équipe du site nanarland.com, de programmes courts Made in Nanarland, d’extraits et de bandes annonces «bis» et plein d’autres surprises... Le billet d’entrée est valable toute la nuit, petit déjeuner compris. Rendezvous le 20 mars à bercy !


peut mieux faire

/ moyen

/ bon

/ excellent

/ chef-d’œuvre

critiques LA RAFLE Réalisé par : Roselyne Bosch Avec : Mélanie Laurent, Jean Reno, Gad Elmaleh… Distributeur : Gaumont Distribution Durée : 1h55

© SND

Legion

Nous trois

Réalisé par : Scott Stewart Avec : Paul Bettany, Dennis Quaid, Charles S. Dutton… Distributeur : Sony Pictures Durée : 1h40

Réalisé par : Renaud Bertrand Avec : Emmanuelle Béart, Jacques Gamblin, Stefano Acorsi, Audrey Dana… Distributeur : SND Durée : 1h30

24 mars 2010

17 mars 2010

17 mars 2010

atigué des bêtises à répétition de l’Homme, Dieu décide de le rayer de la carte de la Création. Fort heureusement pour notre race, l’archange Michael (Paul Bettany) décide de s’opposer à son maître en protégeant une serveuse portant en elle l’enfant de la rédemption. Pour son premier long-métrage, Scott Stewart met en image un pitch amusant sans tenir réellement les promesses d’une apocalypse miniature, condensée ici dans un actionner en huis clos. Entre ampleur recherchée et modestie des moyens alloués (le bataillon d’anges vendu par le titre est réduit à un seul soldat céleste, léger…), second degré et profonde conviction en son sujet, le réalisateur se retrouve à combattre sur deux fronts sans pouvoir en tenir un jusqu’au bout. Le résultat n’est pas scandaleux, mais fait partie de ces films « aussitôt vus/aussitôt oubliés ». Légion échoue à exalter y compris dans ses temps forts. La faute à son incapacité à apporter un peu de sang neuf à une mise en scène atrophiée et à ne pas sombrer dans le pensum religieux peu innovant. Avec des dialogues mieux écrits, des acteurs plus concernés par ce qui se passe et une plus grande expérience derrière la caméra, Stewart aurait pu gagner ses ailes de metteur en scène et signer la meilleure série B décomplexée du mois. Julien Munoz

vec son affiche aux couleurs bariolées et à la typographie très seventies, Nous trois s’annonçait comme un joyeux vaudeville à l’ancienne. Perdu, puisque le second long métrage de Renaud Bertrand lorgne plutôt vers le roman Harlequin tendance psychodrame. Entre chronique nostalgique et drame sentimental, le film navigue à vue sans jamais savoir où il va. Dommage, tant cette histoire d’adultère, vue à travers les yeux d’un petit garçon à l’imagination débordante, aurait gagné à être traitée avec plus de légèreté. Malheureusement, l’accent est avant tout mis sur la relation destructrice liant le couple Béart/Acorsi. Peu dommageable en soi. Seulement voilà : le film se nomme Nous trois et l’équation semble ici bien incomplète. Laissé à l’abandon, le jeune Nathan Georgelin traverse le film de manière totalement transparente. Trop occupé à tirer sur la corde sensible, le réalisateur passe complètement à coté de son sujet. D’où une certaine lassitude tout juste brisée par les quelques apparitions de Jacques Gamblin. Génial en papa lunatique et à coté de ses pompes, l’acteur apporte une touche de fantaisie bienvenue au sein d’un récit bien trop sérieux. Au final, on ne retiendra de cet impossible ménage à trois que le beau portrait d’une femme en quête de liberté. Louable mais déjà vu.

lex se retrouve coincé dans un petit village de l’Afrique francophone. Entre petites cases au milieu du désert et enfants crevant de faim, Le temps de la kermesse…enquille les clichés. On frôle de peu le complexe de l’homme blanc qui regarde l’Afrique comme le parent pauvre de l’humanité. Malaise renforcé par un personnage principal antipathique, se croyant tout permis grâce à quelques billets bien distribués. Puis, peu à peu, la dichotomie entre cet homme et les villageois laisse place à des rapports moins manichéens. Ils se jugent, se confrontent, s’apprivoisent. Passant le temps comme il peut avec une jeune femme du village, Alex oscille entre abus et désir, tandis qu’elle se soumet à sa volonté en espérant qu’il l’emmènera en France. Et c’est bien là que tout se joue. Leur relation est à l’image des liens entre l’occident et le continent africain : les aides financières et humanitaires arrivent au coup par coup alors que les frontières restent fermées. C’est ça la « kermesse » : se contenter d’aider l’autre au gré des occasions ou de l’envie. À l’heure où de nombreuses anciennes colonies françaises s’apprêtent à célébrer cinquante ans d’indépendance, le film sonne le glas d’un continent à deux vitesses, coincé entre son passé pillé et sa nécessité d’émerger...

Ilan Ferry

Clémence Besset

Critiques

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Réalisé par : Frédéric Chignac Avec : Stéphane Guillon, Aïssa Maïga, Ali Monzanza… Distributeur : Rezo Films Durée : 1h40

a Rafle n’est pas le premier film sur la Shoah. En revanche, il est un des rares à mettre clairement notre pays devant ses responsabilités. Parce que non, toute la France n’a pas été résistante… Un matin de juin 1942, le jeune Joseph, 11 ans, voit le regard des autres changer du jour au lendemain. La cause ? Une étoile jaune fraîchement cousue sur sa poitrine. A la montée de l’antisémitisme s’ajoute une campagne d’éradication désirée par l’Allemagne et organisée par la France. Dans cette atmosphère haineuse et délétère, la jeune infirmière Annette Monod (Mélanie Laurent) va joindre sa destinée à celles des déportés, partageant leurs peines et leurs souffrances. La réalisatrice Roselyne Bosch est une femme ambitieuse, courageuse et dont le travail force le respect. En effet, un pro-

Chloé Réalisé par : Atom Egoyan Avec : Julianne Moore, Liam Neeson, Amanda Seyfried… Distributeur : Studiocanal Durée : 1h39

10 mars 2010

©Studiocanal

Le temps de la kermesse est terminé

©Gaumont Distribution

© Rezo Films

© Sony Pictures

10 mars 2010

atherine, quadragénaire active, vit l’essoufflement de son mariage avec philosophie. Mais ce statut quo s’ébrèche le jour où des soupçons d’adultère l’amènent à douter de son époux. Elle décide alors d’engager une « escort girl », Chloé, afin d’aguicher le mâle et de lui rapporter le récit de ses frasques… Si Chloé est bien une énième reprise américaine d’un film non américain ( Nathalie, réalisé par Anne Fontaine en 2003), on peut d’emblée remercier Atom Egoyan de ne pas être tombé dans l’écueil du remake médiocre. La trame est bien semblable à celle du film français, mais permet au réalisateur de mettre en valeur des thèmes qui lui sont propres comme le sexe, la quête identitaire ou les apparences trompeuses. En disciple du dramaturge Harold Pinter, Egoyan traque les pulsions refoulées au

Crtitiques

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jet comme celui-là ne peut se concevoir sans des années de labeur et de documentation, aux côtés de Serge Klarsfeld. «Il s’était occupé des morts, et moi je cherchais les survivants», explique-t-elle. Le résultat est bouleversant d’authenticité. La multiplication des points de vue, du jeune juif à l’infirmière en passant par Adolphe Hitler lui-même, donne au film une objectivité salutaire sur les événements du Vel d’Hiv. Jean Reno, Mélanie Laurent, Gad Elmaleh et leurs acolytes semblent tous sincèrement impliqués et signent une partition sans manichéisme. L’erreur aurait été de forcer les traits et de négliger la détresse psychologique des personnages. En donnant un rôle crucial aux enfants, la réalisatrice prenait le risque de jouer sur la corde de l’émotion mais, in fine, le résultat n’en est que plus puissant. Rappelons que 4051 enfants ont disparu au cours de cette rafle… Plus qu’un film dramatique et historique, «La Rafle» est un film de mémoire, à l’instar de «La Liste de Schindler» de Spielberg ou du «Pianiste» de Polanski. Preuve, une fois encore, que les négationnistes gagneraient à se diriger vers les salles obscures… Victor Vogt

sein d’un foyer a priori sans histoire. A l’instar de « La vérité nue », les personnages enquêtent autant sur eux-mêmes que sur les autres, le fruit même de leurs investigations découlant de l’introspection… Avec un certain tact, la caméra épouse le voyeurisme de Catherine dans des décors propices à l’indiscrétion (une immense demeure toute de verre ou la fenêtre à vue imprenable du cabinet médical). L’intrigue, elle, se déroule sans trop d’anicroches, tandis que le dénouement final vaut bien les dernières pages d’un Mary Higgins Clark. Non décidément, Chloé n’est pas un film ennuyeux. On peut même en apprécier certains plans magnifiant le jeu d’Amanda Seyfried (Mamma Mia, Jennifer’s Body…) dans le rôle titre, délicieuse d’ambiguïté quand elle y met un peu du sien. Il est alors regrettable que Julianne Moore se révèle plutôt insipide, son jeu oscillant entre « yeux humectés » et « sanglots retenus » (déprimant). A cela s’ajoutent une mise en scène très conformiste et une bande originale qui semble avoir été écrite pour se faire oublier. Les fans d’Egoyan s’y retrouveront ; les autres, moins. N.KNISPEL


peut mieux faire

/ moyen

/ bon

/ excellent

/ chef-d’œuvre

L’immortel Réalisé par : Richard Berry Avec : Jean Reno, Kad Merad, Jean-Pierre Darroussin, Marina Foïs, Joey Starr… Distributeur : Europacorp Distribution Durée : 1h54

© Europacorp Distribution

24 mars 2010 ous le soleil marseillais, Charly Matteï s’est retiré de ses activités criminelles pour profiter de sa famille et écouter des chants traditionnels au bord de la Méditerranée. Mais « le sang versé ne sèche jamais » : après 3 ans de cette retraite à la Plus belle la vie, 8 hommes cagoulés lui placent 22 balles dans le corps. Par miracle il s’en sort presqu’indemne ; ‘l’immortel’ doit désormais reprendre contact avec le milieu pour protéger les siens. L’adaptation du polar de Franz Olivier Giesbert est une mise au goût du jour d’un genre cinématographique quelque peu délaissé par les réalisateurs français. L’occasion de rappeler que les italiens n’ont pas le monopole de la criminalité organisée, et que l’un des traits de caractère les plus marquants de la cité phocéenne

Bad Lieutenant Réalisé par : Werner Herzog Avec : Nicolas Cage, Eva Mendes, Val Kilmer… Distributeur : Metropolitan FilmExport Durée : 2h00

© Metropolitan FilmExport

17 mars 2010 ire que Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans fut attendu avec une appréhension fiévreuse n’est pas un doux euphémisme. Après tout, comment ne pas être dubitatif sur un projet recyclant consciemment l’œuvre culte du non moins unique Abel Ferrara (Body Snatchers, King of New York…) ? Et pourtant, loin d’être l’indigne rejeton craint, la dernière réalisation de Werner Herzog s’avère être une résurrection cinématographique qui s’affranchit de sa nature de « remake ». Hormis le personnage central et une ou deux scènes similaires, la filiation entre les deux opus s’arrête nette. Plus qu’une pâle copie, attachée à la rédemption d’un policier perdu dans l’enfer corrupteur de la ville, cette cuvée 2010 s’apparente à une relecture à la fois complémentaire et antithétique de son modèle. Armé du matériau de base que

Crtitiques

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est certainement la vigueur de son « milieu ». Parenté du genre oblige, on pense à Romanzo criminale pour le foisonnement de personnages. A l’instar de ce glorieux cousin transalpin, Richard Berry a su rendre par les détails de ses portraits la densité nécessaire à l’ambition ‘mythique’ du film de gangsters (mention spéciale au parrain bègue et hypocondriaque). L’histoire est servie par des acteurs au plus haut niveau et par des dialogues géniaux qui osent la théâtralité sans jamais sombrer dans la caricature. La trame est riche et surprenante tout en s’inscrivant strictement dans les cadres fixés par le genre : noirceur, sadisme, sens de l’honneur. Un côté poésie méridionale vient ici et là s’immiscer (un repas couscous dans une famille arabe, le héros qui met son chat en garde contre les ravages du pastis…). Enfin, le tout est rehaussé d’une pointe de questionnement métaphysique sur la possibilité d’un code de l’honneur criminel, et d’une critique sous-jacente de la perte contemporaine des valeurs qui font écho à « Bons baisers de Bruges ». Rien à redire en somme, un must du mois sans conteste et de l’année probablement. N.KNISPEL

constitue le script malin de William Finkelstein (scénariste sur nombre de séries policières de renom), Herzog est alors libre de composer la toile qui sied à son œil d’artiste iconoclaste. En découle une plongée sans filets dans la folie d’un antihéros par excellence. Un polar moite faisant fi des conventions du genre pour bifurquer d’un réalisme sulfureux vers des divagations sous substances illicites. Et même si le délire frise parfois l’overdose psychédélique (la séquence des iguanes), Bad Lieutenant conserve plusieurs précieuses cartouches dans le barillet : un irrésistible humour noir comme l’ébène et un Nicolas Cage revenant en ordre de sainteté après une demi décennie à se perdre sur les routes pernicieuses du navet hollywoodien (rappelezvous Ghost Rider...). Depuis Lord of War, le comédien n’avait pas aussi bien joué de ses tics pour dessiner le portrait contrasté d’un noble de cœur ayant trop longtemps franchi la ligne jaune de sa profession. Finalement le parcours du Bad Lieutenant c’est un peu celui de l’acteur et du dernier tronçon de sa carrière. Ce rapprochement ne rend que plus intéressante l’intonation de ce mea culpa. Une bonne surprise ! Julien Munoz

critiques

© Le Pacte

critiques

Le guerrier silencieux Réalisé par : Nicolas Winding Refn Avec : Mads Mikkelsen, Maarten Steven, Gary Lewis… Distributeur : Le Pacte Durée : 1h30

24 mars 2010

ne-Eye, guerrier sauvage et muet, embarque avec le jeune Are à bord d’un navire viking. Perdus sur une terre inconnue, ils vont devoir affronter un ennemi invisible et terrifiant. Attention : contrairement à ce que laisse augurer son alléchant synopsis, Le guerrier silencieux N’EST PAS un film de vikings ! Déjà réalisateur de l’enragé Bronson, le danois Nicolas Winding Refn nous offre ici un mix improbable entre Conan le Barbare et… Blueberry! Toutefois, contrairement à la mauvaise pilule de Jan Kounen, celle administrée par Refn sait exactement où elle va et ne s’encombre d’aucun artifice. Dès les 1ères images, le film

Interview Express de Nicolas Winding Refn. Singulier, le réalisateur se révèle aussi énigmatique que son film est envoûtant. Entretien avec un cinéaste hors normes. Comment décririez-vous votre film? Comme une expérience sous acides ! Votre film est un voyage vers l’inconnu, n’aviez vous pas peur de perdre le public? Oui et non, car quiconque acceptera ce voyage

détonne par son ambiance faussement élégiaque où l’austérité de la nature fait écho à la violence brute des hommes. Pas de quoi crier à l’ode barbare en dépit de certaines scènes nihilistes à souhait. Ici, les combats se comptent sur les doigts d’une main, tandis que les regards en disent plus long que n’importe quels dialogues. Une recette peu alléchante sur le papier mais qui fait preuve d’une incroyable puissance évocatrice à l’écran. Cependant, la singularité de Valhalla Rising (titre original du film) est aussi sa plus grande faiblesse. En détournant allégrement les codes du genre, Refn prend le risque de s’aliéner une partie du public et

d’en laisser une autre sur le carreau. D’où la nécessité d’accepter le film pour ce qu’il est : un voyage au pays des sens d’autant plus exigeant qu’il demande une réelle implication de la part du spectateur. Un effort qui se révèle payant tant le long métrage fait preuve d’une beauté quasi minérale pour qui sait tendre l’oreille et ouvrir les yeux. Aérien et atmosphérique, cet envoûtant appel du Valhalla (paradis Viking selon la mythologie nordique) fait partie de ces propositions de cinéma qu’on ne peut refuser. À condition, bien sur, de ne pas être hermétique à une certaine forme de mysticisme. Ilan Ferry

l’aimera d’autant plus.

Nicolas Winding Refn/NDR)

Comment les gens réagissent quand ils voient Valhalla Rising? Comme s’ils étaient sous l’effet de drogues !

Quel est le point commun entre One Eye et les personnages de vos autres films ? Ils font tous usage de la violence.

Parlez-nous de la relation qui unit One Eye et Are (attention revelations importantes !) Au début du film ils sont une seule et même personne dans deux corps différents. Au fur et à mesure que le film entreprend son voyage dans « l’espace » ils commencent à n’être plus qu’un.

Justement la violence est au centre de vos films, qu’est ce qui la rend si fascinante ? La violence ne m’a absolument jamais intéressé. Mais je ne sais pas pourquoi tous mes films finissent de manière violente !

Quelle fut la 1ère réaction de Mads Mikkelsen quand vous lui avez dit qu’il n’aurait aucun dialogue? Mads était très content d’apprendre que son personnage serait muet dans le film. Il me confiait la semaine dernière que c’était son rôle préféré après Pusher 2 (aussi réalisé par

Critiques

| 09 |

Le son a une place très particulière dans le film. Pourquoi? Quand vous avez très peu de dialogues et de musique, le son devient un élément capital. Votre prochain projet? Un western appelé “Only God Forgives” que je compte tourner en Thaïlande. Propos recueillis par Ilan Ferry


peut mieux faire

/ moyen

/ bon

/ excellent

/ chef-d’œuvre

critiques Les Chèvres du Pentagone

Réalisé par : Grant Heslov Avec : George Clooney, Ewan McGregor, Jeff Bridges... Distributeur : Sony Pictures Releasing Durée : 1h29

© Sony Pictures Releasing

10 mars 2010 ob, un journaliste dans un canard anodin assiste passivement à l’effondrement de son mariage. Il espère alors trouver un sens à sa vie en embarquant pour l’Irak afin de couvrir la 2nde invasion américaine. Au Koweït, il fait la connaissance de Lyn, une ancienne recrue d’un mystérieux programme militaire développé 20 ans plus tôt reposant sur le « parapsychique ». À l’origine du projet, un vétéran du Vietnam qui gouta ensuite aux joies du LSD et du New Age. En découla une formation pour super soldats, mix de bouddhisme et panthéisme assez hallucinante. Sentant qu’il tient là son sujet, Bob fait route avec Lyn en Irak, jusqu’au bout du désert et du passé de ce dernier. Une sensation énergisante et revigorante se dégage initialement de ce film, qu’il s’agisse de la narration speed zigzaguant à travers les

Blanc comme neige

Réalisé par : Christophe Blanc Avec : François Cluzet, Olivier Gourmet… Distributeur : MK2 diffusion Durée : 1h54

© MK2 diffusion

17 mars 2010 axime a tout pour être heureux : un travail lucratif, une piscine débordante en forme de trapèze, une femme splendide (interprétée par Louise Bourgoin, c’est dire). Maxime est surtout un homme « moralement irréprochable », contrairement à son frère (délinquant) ou à son associé (obsédé sexuel). Aussi le jour ou un client qu’il ne connaît pas lui réclame 900 000€ de dommages et intérêts, Maxime s’insurge. Et compte bien tenir tête avec l’aide de ses deux frères. A première vue ‘Blanc comme neige’ est un thriller français typique. L’histoire d’un type sympa que les circonstances poussent à la violence. D’une respectabilité de façade qui se fissure pour laisser pointer une personnalité lâche et calculatrice. De héros gauches ballotés au gré de leur malchance, entraînés sans cesse plus loin

Crtitiques

| 10 |

époques, de la voix-off ironique de Ewan McGregor ou des prestations enlevées de George Clooney, Stephen Lang et surtout Jeff Bridges. Cette excitation est partagée jusqu’à la moitié… avant qu’un constat lapidaire s’impose à nous vers le dénouement : ce film n’a pas grand-chose à raconter. Il y a bien une histoire mais tellement creuse et sans impact qu’elle ne mène pas bien loin. Vaguement inspiré d’une enquête authentique sur les expérimentations New Age de l’armée américaine, Les Chèvres du Pentagone se contente d’extraire des associations contre-nature (mettre du hippie dans le militaire) et des faits ahurissants pour broder mollement du récit fictionnel autour. De plus, Les Chèvres du Pentagone ne trouve jamais réellement sa vitesse de croisière : pas assez drôle pour une farce, trop léger pour être pris au sérieux. À croire que Heslov s’aventure dans le désert en quête de la juste tonalité. Il n’y trouve que Kevin Spacey en pilotage automatique et cette info : un instructeur excentrique entreprit à ses bleusailles de leur apprendre à tuer des chèvres par un simple regard. C’est vaguement intéressant… mais de là à le porter sur l’écran. Julien Foussereau

dans leur spirale sanglante. Mais Christophe Blanc s’écarte du genre : ainsi il ne cautionne pas le cynisme glacial qu’avait « Harry un ami qui vous veut du bien », et l’équilibre du scénario se crée au contraire autour d’une certaine ‘moralité’ du point de vue. D’autre part l’exotisme apporté par la mafia finlandaise (!) tend à rafraîchir l’histoire. Le film se démarque surtout par la tension insoutenable qu’il instaure dès le premier quart d’heure. Courses-poursuites, accidents, fuites et fusillades ne laissent aucun répit au spectateur. Les péripéties orchestrent un chaos féroce, et le montage ménage un suspense haletant. La séquence finale, en marge du film et de la réalité, est stylisée de manière démente par un décor qui dope l’ensemble de ses plans. Aussi regrettera-t-on simplement quelques maladresses de finition disséminées ici et là. Deux scènes fantastiques type « shining » qui jurent avec la sobriété ambiante du film. Les conflits de famille, qui peuvent sembler surjoués, et le côté « voilà la morale de cette histoire… » en voix off qui peut énerver. Reste un film original, prenant et un François Cluzet toujours aussi juste. N. KNISPEL


Réalisateur : Tim Burton Avec : Johnny Depp, Mia Wasikowska, Helena Bonham Carter, Anne Hathaway... Distributeur : Walt Disney Studios Motion Pictures Durée : 1h48

u’attendre d’Alice au pays des merveilles selon Tim Burton ? Toilettage du grand classique de la maison Disney à la sauce gothico-féministe ? Ou adaptation fidèle de l’œuvre de Lewis Carroll avec tout ce que cela implique de surréalisme et d’absurdité ?

rappeler le Hook de Steven Spielberg. À plus d’un titre, puisque l’enjeu est le même : retrouver son âme d’enfant (le but caché étant de sortir Alice de son récit de vagabondage aléatoire sans attaches émotionnelles) et redevenir la légende d’un royaume aujourd’hui en proie au chaos initié par la Reine Rouge...

Décision difficile dès lors qu’il s’agit d’affirmer sa part d’artiste tout en veillant à ne pas froisser l’héritage Disney. Ainsi, pris en étau entre littérature et dessin-animé, Burton semble dans un premier temps condamné à exécuter docilement sa feuille de route. Son salut repose alors sur un scénario malin. Alice a maintenant 19 ans et rechigne à épouser un aristocrate rouquin et ennuyeux. Pendant qu’on l’instruit du protocole pour « l’abattoir », elle est attirée par un lapin pressé. Et sa curiosité de la conduire au trou sans fond vers Wonderland. Une trame qui n’est pas sans

Burton a réussi un pari

© Walt Disney Studios Pictures

…Reine Rouge ? Ou Reine de Cœur ?Effectivement, Tim Burton mélange allègrement des éléments du ...Pays des merveilles avec De l’autre côté du miroir, sa suite écrite six ans plus tard par Carroll. Deux romans dominés par l’absurde, bien que différents par leur approche : le premier était placé sous le signe du caractère hasardeux des cartes, le second sous la cérébralité extrême des échecs. Burton

choisit de mélanger les deux pour créer un antagonisme fort entre la Reine Blanche des échecs, mesurée et pleine de bonté, face à la « Reine Rouge de Coeur » finalement très masculine dans sa brutale colère.Ainsi, Helena Bonham Carter campe avec brio cette despote aboyant des décapitations à tour de bras. Avec sa tête hypertrophiée et ses yeux exorbités, l’actrice incarne à elle-seule une partie du délire visuel souhaité par Burton. L’utilisation du relief, beaucoup plus sommaire que dans Avatar, cherche à jouer avec l’anatomie disproportionnée de ses protagonistes. Au milieu de ce conflit, le Chapelier Fou et Alice font office de fil rouge. Dans la peau du premier, Johnny Depp s’en tire honorablement avec son texte surréaliste malgré un look abominable. Mia Wasikowska, dans le rôle-titre, s’impose comme une révélation et s’affirme comme le parfait véhicule du message féministe sous-jacent du film. Burton a réussi un pari pas gagné d’avance parce que le cinéaste aussi ténébreux que tendre avait, au fond, peu à voir avec Lewis Carroll l’illogique. Il est néanmoins parvenu à la fois à livrer un film fidèle à l’héritage esthétique de Disney et à préserver quelques unes de ses obsessions malgré la marge de manœuvre étroite en faisant d’Alice, une sœur fière et affirmée, digne de Kim d’Edward aux mains d’argent ou de Katrina dans Sleepy Hollow... Tim Burton : l’homme qui aimait les femmes ! Thomas Loisel 24 mars 2010

Dossier

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En conciliant un art radical et un cinéma accessible, le réalisateur terrorise Hollywood depuis 25 ans mais parvient enfin, aujourd’hui, à l’apprivoiser. ur de tirer le portrait privé de Tim Burton : marié depuis 10 ans avec Helena Bonham Carter, père de deux enfants, trimballant ses 182cm et ses 52 ans dans l’industrie depuis un quart de siècle, l’homme n’est lisible qu’à travers sa filmographie. Ni par ses frasques, ni par ses engagements politiques. Mais comme tout réalisateur-phare d’une époque, son art en dit long sur lui. Noir c’est noir Ambassadeur du gothisme, Burton, ancien animateur de Disney dans ses jeunes heures, a créé sur grand écran des personnages aussi fous qu’un exorciste de l’au-delà dans Beetljuice, une créature aux doigts de lames de ciseau dans Edward aux mains d’argent, un squelette déprimé dans L’étrange noël de Mr Jack. Il a réhabilité Willy Wonka, confiseur hystérique de Charlie et la chocolaterie, et le barbier sanguinaire de Sweeney Todd, dans autant de films cultes et incontournables. Bref, Burton se penche sur des héros peu marketables, des personnalités étrangement drôles ou bizarrement émouvantes. À grand renfort d’imagerie morbide, de récits sinistres, il fait un autre cinéma. Un cinéma immédiatement identifiable dans ses thèmes et dans son look. Un cinéma qui lui ressemble, lui le grand et éternel adolescent échevélé et palôt. Par les désaxés qu’il filme, les parias qu’il crée, on a souvent dit que Tim Burton se mettait lui-même en

scène. Du temps d’Edward…, Johnny Depp disait déjà : «Tim, c’est Edward». Un personnage gauche qui ferait tout pour se faire aimer, mais en ignore le moyen. Burton fait du divertissement, certes, mais désaccordé. Ses Batman et Batman le défi sont parmi les plus noirs de la franchise, son Planète des singes n’est pas franchement avenant non plus, mais Burton n’est pas stratège quand il en vient au cinéma, même commandé par les studios : «Je prends mes décisions en écoutant mon subconscient, mes émotions. Et je déraisonne quand je pense trop». Instinctif et faisant peu cas du box-office, il a traumatisé Hollywood de ses anti-héros. Et la lumière fut ? Mais pendant qu’Hollywood se méfie de cet électron libre, aux nombreux fans pourtant, il s’entoure de fidèles : Johnny Depp Alice au pays des exploitants (légitimement) pas contents L’embrouille commence dès l’annonce par Walt Disney Studios Distribution de programmer la sortie DVD / Blu-ray du film seulement trois mois après la sortie en salles dans tous les pays où la loi le lui permet. La firme espère faire exploser les recettes avec une technologie 3D Relief exclusive à l’exploitation cinéma Mais la nouvelle se répand comme une trainée de poudre auprès des sociétés d’exploitations cinémas qui enragent et menacent de Dossier

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(qu’il a lancé), Helena Bonham-Carter (qu’il épousera), Christopher Lee (acteur du fameux Dracula)… De ces comédiens aux physiques d’aristocrates anglais émaciés, romantiques et romanesques, il en fait sa famille d’adoption. Et depuis 25 ans, il crée un univers attachant mais grinçant, comme le mono d’une colonie de vacances déviante. Malgré les apparences, Tim Burton est plutôt «bonne ambiance». Alors est-il vraiment le rebelle que sa capillarité insoumise le suggère ? Avec Alice au pays des merveilles, commandé par Disney, serait-il en passe de se transformer en conteur merveilleux, en ambassadeur du côté joyeux de la force ? «Tout le monde a une vision du Pays des Merveilles telle que Disney l’a servie : lumineuse et cartoon… Pour moi, Wonderland est hanté.» Derrière cette dernière phrase résistante, Burton touche du doigt son grand film familial, attiré qu’il est par les thèmes pervers (troubles adolescents, mort..) qui peuvent y être brassés. Et Disney s’offre la caution qualité que Tim est devenu à force d’un cinéma très adulte. Chacun a mis de l’eau douce dans son vin et le malentendu entre Hollywood et le réalisateur semble enfin résolu. L’ado échevelé n’en sera certainement que plus aimé. Emanuelle Sadacenta

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dossier

boycotter le film. Plusieurs milliers d’écrans européens sont concernés par ce boycott : des territoires belges (85% des écrans), aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Entre temps, des accords ont été trouvés (seul le réseau Odeon, très implanté dans le cœur de Londres, refuse de céder). En France, le délai légal entre commercialisation cinéma et domestique vient juste d’être raccourci à quatre mois sans négociation possible (contre six avant 2010) afin de renforcer la lutte anti-piratage...


peut mieux faire

/ moyen

/ bon

/ excellent

/ chef-d’œuvre

critiques

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17 mar 2010

Interview de fatih akin, réalisateur, scénariste et producteur de soul kitchen Quand vous est venue l’idée de faire Soul Kitchen ? Cela remonte aux alentours de 2003. Durant le montage de Head-On, j’ai eu l’idée (naïve) de vouloir faire un film rapide et en peu de temps. Parce que Soul Kitchen se situe à Hambourg que je connais très bien, l’histoire se déroule dans un restaurant avec mes amis…Je pensais que se serait facile à faire et finalement j’ai passé cinq années dessus. Peut-on dire qu’il marque une « rupture » avec vos deux précédents films Head-On et De l’autre côté ? D’une certaine manière, je dirais que mes films font partie d’un tout. Il ne s’agit pas tant d’une rupture du genre : maintenant je veux faire des films complètement différents, mais plutôt d’une envie d’ouvrir les fenêtres et de laisser entrer de l’air frais avant de recommencer à faire des trucs sérieux (rires). Ce n’est pas un changement définitif, c’est juste que j’ai fait deux drames à la suite et je ne me vois pas en enchaîner d’autres seulement parce qu’on attend de moi que je continue dans ce registre. Je fais ce que j’ai envie de faire. Soul Kitchen est une comédie, un « feel good movie » sur l’amitié, l’amour, le partage… mais il y a aussi un fort discours social à propos de la destruction des faubourg populaires.

es tribulations d’un restaurateur devant jongler entre le départ de sa copine, un cuisinier caractériel et un frère fraîchement sorti de prison. Après les déchirants Head-On et De l’autre coté, le réalisateur Fatih Akin s’offre une agréable pause récréative avec le bien nommé Soul Kitchen. Mais au fait c’est quoi une pause récréative ? Dans le cas présent, la recette est simple : prenez des personnages savoureux. Mariezles avec un gérant stressé un peu trop confiant. Mélangez avec une bonne plâtrée d’humour. Agrémentez l’ensemble de situations rocambolesques. Saupoudrez le tout d’une ambiance bien funky. Faites cuire à feu doux pendant quatre-vingt dix neuf minutes. Savourez… Cinéaste du métissage, Akin débarque là où on ne l’attendait pas et signe une comé-

Ce qui me plaisait c’était de faire un film sur ma ville. Quand vous montrez les changements de la ville, vous devez être capable de montrer l’évolution de la société. Lorsque le voisinage change, la société change avec. Et si la société change, cela veut dire que l’individu change. D‘une certaine façon c’est une question humaniste. Voilà de quoi ça parle. J’aime toutes les sortes de villes, la façon dont elles se transforment, dont les quartiers se métamorphosent… Une fois que je me suis senti prêt à montrer cette mutation, j’ai décidé de m’attaquer à un film sur ma propre ville. Le récit est contemporain mais il semble tourné vers un certain idéal, une philosophie du passé. Vous définissez-vous comme quelqu’un de nostalgique ? Je crois que le film le deviendra dans cinq ans ou peut-être dix. Pour moi il s’agit plus de la fin d’un style de vie. Je suis devenu trop vieux pour aller en boîte de nuit, faire la tournée des bars, me rendre à des fêtes… J’en ai terminé avec tout ça car cela devient trop dur à suivre. Et puis je me dois de rester en bonne santé pour continuer à faire mon travail. Désormais je préfère me consacrer à la lecture, visiter les musées… ce genre de choses ennuyeuses (rires). Dans Soul Kitchen, on retrouve plusieurs comédiens que vous aviez déjà dirigés par le passé. Vous les aviez en tête lorsque vous écriviez le scénario ? La plupart. Il est plus facile d’écrire quand vous avez des personnes à l’esprit. Et puis j’aime travailler avec les gens que je connais, parce

Critiques

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Tout ce qui brille Réalisé par : Géraldine Nakache et Hervé Mimran Avec : Leïla Bekhti, Géraldine Nakache, Virginie Ledoyen, Linh-Dan Pham... Distributeur : Pathé Distribution Durée : 1h40

24 mars 2010

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Réalisé par : Fatih Akin Avec : Adam Bousdoukos, Moritz Bleibtreu, Birol Unel… Distributeur : Pyramide Distribution Durée : 1h39

die fraîche et décomplexée à mille lieues des drames étouffants chers au cinéma allemand. Titillant aussi bien les zygomatiques que nos papilles gustatives, il parvient à faire coexister nombre d’éléments potentiellement explosifs (un intégriste du palais en guise de cuistot, une serveuse lunatique, un frangin magouilleur…) au sein d’un lieu hautement fédérateur .Vivier débordant d’activité, le restaurant Soul Kitchen devient le théâtre des grandes joies et des petites peines d’une équipe de bras cassés terriblement attachants. Homme de goût, le réalisateur dose parfaitement ses effets et préfère capitaliser sur sa belle brochette de déglinguos plutôt que sur un humour purement potache. Ce qui ne l’empêche pas de traverser son film d’un souffle libertaire et anarchiste. L’occasion pour lui de prendre le pouls d’une Allemagne multi ethnique tout en balançant au passage quelques gros majeurs bien sentis ! Jubilatoire, le dernier met de Fatih Akin laisse dans la bouche un arrière goût de bonheur. On en ressort revigoré avec une impression de plénitude et un sourire béat aux lèvres. Soul Kitchen ou la cuisine du cœur ! Ilan Ferry

que vous savez qu’ils seront bons. Il n’y a pas besoin de se renseigner sur qui ils sont… C’est aussi une question de facilité. Je suis du genre à ne pas aimer me prendre la tête, moins il y a de travail plus je suis content. Je sais qui sont mes acteurs donc quand on démarre un projet comme pendant la lecture du script, on ne perd pas de temps en civilités inutiles. Je préfère procéder de cette façon. Dans le film, les habitués du restaurant refusent la nourriture du nouveau chef Shayn (Birol Ünel) parce qu’ils la jugent trop sophistiquée. On peut y voir un parallèle avec les spectateurs qui préfèrent aller voir toujours le même type de films grand public et qui rejettent ceux plus originaux. Oui, tout a fait. En général, les gens ne veulent que consommer les films produits par les grands studios, ceux qui ne blessent personne avec Meryl Streep ou George Clooney. A chaque fois qu’on leur propose des œuvres plus recherchées, des films d’auteurs du genre de ceux présentés à Cannes, le public refuse de les voir. Ils ne veulent pas lire les sous-titres ou même penser à ce qu’ils regardent parce que visionner un film c’est d’abord un travail. Souvent vous avez besoin de votre cerveau et c’est ça que j’aime personnellement. Je déteste les films qui font tout ce processus intellectuel à votre place et où vous vous retrouvez à être comme ça (il mime le cri d’un zombie). RETROUVEZ L’INTEGRALITE DE L’INTERVIEW SUR WWW.CLAPMAG.COM

Propos recueillis par Julien Munoz

ly et Lila vivent de boulots alimentaires dans la banlieue ouest de Paris; mais assises sur un banc entre une motte de terre et un bloc de béton, c’est aux bars branchés de la capitale qu’elles aspirent. Féroces et avides de ‘mieux’, les deux jeunes femmes vont tenter de forcer leur entrée dans la frange glamour de la société parisienne. Le sujet est propice au déjà-vu, et avouons d’emblée que le dialecte des filles fera immanquablement penser à L’esquive (comptez le nombre de fois où les vies de leurs grand-mères sont offertes en gage de bonne foi…). Mais le parallèle s’arrête là : en guise de banlieue déshéritée le quartier situé à Puteaux fait plutôt office de village sympa, sorte de vase clos aux habitants loufoques (la promeneuse aux ragots, le crieur public du balcon…). Les conflits

Amer Réalisé par : Hélène Cattet, Bruno Forzani Avec : Cassandra Forêt, Charlotte Eugène-Guibbaud, Marie Bos… Distributeur : Zootrope Films Durée : 1h40

3 mars 2010

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Soul Kitchen

critiques

Une petite fille effrayée par une villa trop silencieuse; une adolescente attirée par de mystérieuses présences rôdant dans son village; une femme qui revient défier ses fantômes sur les lieux de son enfance... Les trois âges clés de la vie tourmentée d’Ana. Entre désirs, réalité et fantasmes. Amer est un ovni, un paradoxe même. S’il reste issu d’un cinéma ultra référentiel, il parvient à échapper à ses modèles et à trouver sa forme, extrême, atypique. Les réalisateurs Hélène Cattet et Bruno Forzani sont deux adorateurs d’un genre éteint depuis une bonne trentaine d’années : le Giallo. Né en Italie, celui-ci ressemble à un polar hyper codifié, aux carrefours du film érotique expérimental, du policier et enfin du slasher (film de tueur en série). Dario Argento, Mario Bava, Lucio Fulci en étaient les figures de proue,

Crtitiques

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incessants des autochtones donnent lieu à des scènes originales, parfois jubilatoires de ridicule, frisant l’absurde. Symétriquement, l’atmosphère de la vie des riches évite la diatribe anti bling-bling pour mieux s’attaquer au surréalisme des milieux dorés (soirée champagne dans un shoppi, repas de pâtes au citron… les goûts des nantis flirtent paradoxalement avec ceux de la plèbe). Dans ces ambiances décalées, l’histoire est plutôt bien menée. Les péripéties de l’intrusion sociale sont intelligemment mises en valeur par des paysages urbains chargés de signification et la bande originale schizophrène, tantôt guimauve tantôt trendy, reflète les personnalités complexes des deux héroïnes. Tout ce qui brille est la preuve qu’on peut parler de classes sociales avec dérision plutôt qu’avec pathos. Léger regret cependant dû à un sentiment d’inachèvement du scénario, et à certaines lourdeurs; ah et coup de gueule sur la bande-annonce du film qui ruine la scène ‘ta mère la caissière’, un joyau d’humour et certainement le meilleur exemple de la subtilité des réalisateurs. N.KNISPEL

parvenant à attirer le grand public vers un cinéma graphique, stylisé à l’extrême et souvent psychédélique, ce qui allait parfaitement dans le courant libertaire de l’époque. Amer est donc un hommage vibrant à ce pan du cinéma mais, et c’est la force du film, il n’en garde que l’essence pour muter vers un genre nouveau, une nouvelle proposition de cinéma, plus abstrait, plus sensitif…une sorte de relecture du Giallo poussé à son extrême. Le film se veut une variation sur la découverte du sexe par Ana (enfance / traumatisme, adolescence / tentation, maturité / épanouissement) et mêle voyeurisme, psychanalyse de l’émoi, ou encore effroi de la perception. Tout ici passe par le sensoriel, la bande son raconte le film autant que l’image (deux films cohabitent réellement) et l’ensemble nous immerge dans un monde psychédélique, un spectacle total. Le mutisme quasi absolu des personnages sublime l’impact de l’œuvre sur notre subconscient, atteint par des images aiguisées, écorché par un son tranchant comme une lame. Cette atmosphère étouffante, sexuée et grinçante à la fois, fait d’Amer un film rare, un objet unique. Romain Dubois


Réalisé par : Pascal Chaumeil Avec : Romain Duris, Vanessa Paradis, François Damiens... Distributeur : Universal Pictures France Durée : 1h36

/ excellent

/ chef-d’œuvre

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Sans laisser de traces

The Good Heart

Réalisé par : Grégoire Vigneron Avec : Benoît Magimel, François-Xavier Demaison, Julie Gayet... Distributeur : Mars Distribution Durée : 1h47

Réalisé par : Dagur Kári Avec : Paul Dano, Brian Cox, Isild Le Besco… Distributeur : Le Pacte Durée : 1h35

17 mars 2010

10 mars 2010

17 mars 2010

riseur de couple professionnel, Alex est chargé d’empêcher le mariage d’une belle et mystérieuse jeune femme. Sa nouvelle mission va toutefois se révéler plus retorse que prévue… Dans le domaine de la comédie romantique, la France a toujours eu un train de retard sur l’Angleterre. C’est dans ce contexte que débarque l’Arnacœur, censé redonner au genre ses lettres de noblesse, le tout nanti d’une touche franco-française qui fera la différence. Pari réussi ? A moitié, car si les déhanchements de Romain Duris sur la musique de Dirty Dancing risquent de faire fondre quelques cœurs, le reste peine à rester au niveau. Basé sur le principe de « l’arroseur arrosé », le film de Pascal Chaumeil respecte à la lettre les codes de la comédie romantique. Il lui manque toutefois l’essentiel : un couple vedette qui fonctionne. Duris a beau s’amuser comme un petit fou en serial lover, sa partenaire Vanessa Paradis ne semble être là que pour assurer le quota glamour du film. Un déséquilibre qui nuit grandement à leur romance à laquelle on ne croit pas ou si peu. Restent des seconds rôles croustillants parmi lesquels l’hilarant François Damiens et la fiévreuse Helena Noguera. Sympathique et sans prétentions, L’arnacoeur reste trop conventionnel et pêche par un manque flagrant de malice. Ilan Ferry

our réussir dans la vie, il faut avoir du talent, de l’obstination et de la chance. A l’instar de «Match Point», «Sans laisser de traces» donne un rôle prépondérant aux lois du destin. Etienne, à bientôt 40 ans, est sur le point de prendre la présidence de son groupe. Issu d’une famille très modeste, l’ascenseur social n’aurait pu se réaliser sans laisser quelques cadavres dans le placard. Pourtant, tout ce qu’il fera pour se racheter de son passé ne fera que l’enfoncer un peu plus… Utilisant une rengaine «classique» dans un thriller (l’homme qui a tout à perdre, un passé mystérieux, etc.), «Sans laisser de traces» apporte une habile orientation sociale à la construction de son suspense. Sans le vouloir, les choix d’Etienne ont brisé une famille entière que tout l’argent du monde ne pourra ressouder. Pour son premier film, Grégoire Vigneron dresse une intrigue bien ficelée et « sans traces » de fausses notes dans la lignée du « Couperet » de Costa-Gavras. Benoît Magimel et surtout François-Xavier Demaison surprennent de justesse, entretenant le côté dramatiquement malsain de leur relation. En ces temps de crises, «Sans laisser de traces» trouve une place légitime et fait de Grégoire Vigneron (scénariste du Petit Nicolas, Molière, etc.) un cinéaste à suivre.

agur Kári est un réalisateur islandais, né en France, qui a étudié au Danemark. De ces aventures nomades, il tire un style apatride. Et pour preuve, «The Good Heart», brassant une population de parias new-yorkais, semblerait tout droit imaginé par un Américain. Pour l’histoire, voici Lucas, la vingtaine, SDF hypersensible et suicidaire (quand même). Jacques, vieux bougon solitaire, rompu aux crises cardiaques, tient un vieux bar à pochtrons (sympathiques, les pochtrons). Sentant la fin proche, il voit en Lucas le garçon parfait pour en prendre la succession. Dans un New-York dont les néons tape-à-l’oeil cachent une population brisée, s’installe une relation sévère mais bienveillante entre un Gepetto et son pantin. Si «The Good Heart» excelle dans son esthétique proche du cinéma new-yorkais des années 70/80, il n’en est pas moins un film touchant sur les liens complexes que les esseulés peuvent entretenir entre eux. Des liens forts mais parfois pervers, joliment servis par le duo Brian Cox/ Paul Dano (vus respectivement dans «La Mort Dans La Peau» et «There Will Be Blood»). Subtil, il déroule pourtant quelques moments d’errance qui plombent une ambiance déjà pas folichonne. À moins d’être, dès le début, pris aux tripes par ce petit conte, on en sort un peu fatigué. Emmanuelle Spadacenta

Victor Vogt Critiques

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L’arnacoeur

/ bon

© Mars Distribution

/ moyen

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peut mieux faire

The Ghost Writer Réalisé par : Roman Polanski Avec : Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall, Olivia Williams… Distributeur : Pathé Distribution Durée : 2h08

3 mars 2010 n peu d’Hitchcock, un peu de thriller, un peu de paranoïa, un peu de politique, un peu d’humour : un film de Roman Polanski en somme ! « The Ghost Writer » signe le retour en grâce du réalisateur sur le devant de la scène cinématographique. Dans un scénario étouffant qui voit l’étau de la vérité se resserrer inéluctablement, un écrivain en mal de succès public s’adonne à la réécriture des mémoires mal fichues d’un ex-premier ministre britannique. Jusque là, rien de bien inquiétant sous la pluie continue d’une île hostile qui accueille cet « écrivain fantôme » avec l’enthousiasme d’un névropathe dans un congrès de clowns. Dans le rôle du « Ghost Writer », McGregor fait merveille. Séduisant, drôle, le tif hirsute et la dégaine de l’écrivain fatigué et trop curieux, l’acteur affronte un Pierce Brosnan, tout en cabotinage, qui peine à convaincre en ex-locataire du 10, Downing Street. Même si la réalisation fait dans le classicisme sans effet de manche, elle est vive, fluide et inspirée, trimballant le spectateur entre faux-semblants et fausses pistes permanentes. Le scénario distille au passage quelques échanges drôles et des considérations bien senties sur les relations américanobritanniques plus qu’étroites de ses 60 dernières années. Et si le montage semble parfois chaotique (Polanski a-t-il eu tout le temps de s’y consacrer ?), « Ghost writer » renoue avec un cinéma d’enquête du gars tout seul contre le monde en bravant sans coup férir l’écueil de l’ennui. A farfouiller dans les recoins mal famés de la CIA et de la politique, le réalisateur offre au spectateur une plongée là où pourrait se confondre les méchant gentils et les gentils méchants. Ou l’inverse. Du Polanski tout c(r)aché, en somme.

Thierry Wojciak


peut mieux faire

/ moyen

/ bon

/ excellent

/ chef-d’œuvre

critiques

événement TAKESHI KITANO, L’ICONOCLASTE LE CINÉASTE ET L’ACTEUR POUR LE GRAND ET PETIT ÉCRAN

Centre Pompidou

Precious Réalisé par : Lee Daniels Avec : Gabourey Sidibe, Mo’Nique, Paula Patton… Distributeur : ARP Sélection Durée : 1h49

Cette année, mars ne sera pas seulement synonyme de giboulées et de Salon de l’Agriculture. Non, non ! Réjouissez-vous, mars sera également le mois Takeshi Kitano ! Célèbre dans le monde entier pour ses films et adulé au Japon pour son humour décapant, il est à l’honneur ce mois-ci et nous montre qu’il a plus d’un tour dans son sac.

3 mars 2010

orsqu’à seize ans, Precious apprend à lire et à écrire dans une école alternative, un monde nouveau s’ouvre à elle. Un monde où elle peut enfin parler, raconter ce qui l’étouffe. Un monde où toutes les filles peuvent devenir belles, fortes, indépendantes...Precious n’est pas un film qui laisse indifférent. Il y a fort à parier que l’on vous en dira beaucoup de bien, sinon que l’on masquera notre pudeur derrière des reproches d’ordre stylistique. C’est qu’au niveau de l’histoire il faudrait avoir un cœur de pierre pour ne pas se laisser emporter par les aventures pathétiques de Precious. LES YEUX HUMIDES En cela d’ailleurs, qu’on aime ou pas avoir les yeux embués, il faudra reconnaître que le film fonctionne. On pourra reprocher, comme ce fut le cas avec Dancer in the Dark de Lars Von Trier, le « trop de crasse » dans lequel évolue l’héroïne du film parce qu’effectivement nous ne connaissons généralement pas dans notre entourage de personne obèse et analphabète ayant eu un enfant incestueux et trisomique. Pourtant, la vie (et c’est là son miracle sur lequel le film porte d’ailleurs un regard assez juste), curieuse, ne s’arrête pas devant notre palier. Ainsi, nous nous abstiendrons de jouer les saintes effarouchées. Cette réalité-là, aussi infime (espérons-le !) soit-elle, mérite tout

Jeudi 11 mars à 20h : Rencontre exceptionnelle avec Takeshi Kitano, menée par le cinéaste et complice Jean-Pierre Limosin Dimanche 11 avril à 14h30 : Making-of de Sonatine, de Takeshi Kitano, 1993 couleur (90 ‘) Le documentaire de la rencontre de Takeshi Kitano et d’Akira Kurosawa précède le Making of de Sonatine (depuis le tournage jusqu’à la composition de la musique, ponctué d’entretiens avec le cinéaste, son assistant, la scripte...) Samedi 12 juin à 17h : Takeshi Kitano, l’imprévisible, de Jean-Pierre Limosin, 1999 couleur Pour la série Cinéma de notre temps, JeanPierre Limosin fait un portrait de Takeshi Kitano, qu’il connaît déjà, en provoquant une rencontre avec Shiguéhiko Hasumi, doyen de l’Université de Tokyo, philosophe, spécialiste de littérature française et cinéphile érudit, l’un des tout premiers à reconnaître le cinéaste au Japon, où sa carrière de comique fait obstacle.

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Du Jeudi 11 Mars 2010 au Dimanche 27 Juin 2010.

autant que n’importe quelle autre réalité de s’imprimer sur pellicule. Pour en finir avec la comparaison avec Lars Von Trier, nous préciserons que Lee Daniels ne paraît éprouver aucun plaisir sadique à torturer son héroïne ou à tirer sur la corde lacrymale du spectateur et semble plutôt vouloir éviter tout misérabilisme. Finalement, notre ressenti, quoique amplifié par la mise en scène, est complètement lé-

l’une des expériences cinématographiques les plus saisissantes de ces dernières années gitime. Parfois très appuyée, dans certains tics de cinéaste indépendant et branché, ou « poseuse », dans les fantasmes de Precious notamment, cette mise en scène arrive donc néanmoins à nous mettre dans un état d’empathie constant avec Precious. C’est là la première vertu du film : en parvenant, non sans peine, à nous faire nous identifier à une femme forte à plus d’un niveau, Lee Daniels nous fait certes partager ses peines, ses défaites, mais nous donne Critiques

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aussi à vivre ses joies, à savourer ses victoires. La seconde, c’est l’incroyable générosité de ses interprètes. UN CASTING PARFAIT Ici, c’est un sans faute et la direction d’acteurs de Lee Daniels se montre exemplaire. Gabourey « Gabby » Sidibe, prometteuse, interprète une Precious sans concession, entre violence et sensibilité, bouleversante. Mo’Nique, dans un contre-emploi magnifique, joue, non sans nuances, le rôle de la mère terrifiante et s’offre quelques séquences – dont la fin – anthologiques. Paula Patton, comme une bouffée d’air frais, aère agréablement la dramaturgie du récit dans le rôle Mlle Rain pendant que Mariah Carey, méconnaissable en assistante sociale, et Lenny Kravitz, en infirmier particulièrement sympathique, complètent très justement le casting. Pour toutes ces raisons, si Precious n’est pas forcément le chef d’œuvre annoncé, il demeure l’une des expériences cinématographiques les plus saisissantes de ces dernières années et nous offre un véritable conte de fée moderne et désenchanté qui va creuser jusqu’à la poésie du vulgaire dans l’espoir de mieux nous faire saisir l’essence des choses. Une vraie gifle avec l’élégance d’une caresse. Nico Paal.

eux événements en parallèle rendent en effet hommage à l’iconoclaste aux milles facettes (réalisateur, acteur, humoriste sur scène et vedette du petit écran, peintre, romancier…), trublion de génie et artiste incomparable. Au Japon, il jouit d’une popularité sans égale en tant qu’humoriste et animateur vedette de la télévision, mêlant provocations et cynisme subtil et détonnant. Mais c’est comme cinéaste et acteur qu’il se fait connaître et apprécier en Europe. On lui doit notamment des films comme Sonatine, ou Hana-bi - Lion d’Or à la Mostra de Venise en 1997 – et son incroyable aisance pour passer d’un genre à l’autre fascine évidemment. Il brille ainsi tout autant dans les films de gangsters, de sabre (Zatoichi), les romances (A Scene At the Sea), ou les comédies auto-parodiques

comme c’est le cas dans son dernier film Achille et la Tortue (sortie en salles prévue le 10 mars), histoire d’un artiste peintre décalé, et surtout raté. Sa virtuosité de metteur en scène et la subtilité qu’il a su insuffler à ses films et aux personnages qu’il incarne témoignent de son incroyable intuition pour dépeindre le monde, tout en nuances. Ses interprétations (dont celle d’un père particulièrement violent dans Blood and bones) ne manquent pas non plus de forcer le respect et marquer les esprits. Ce rapport à l’image, essentiel dans sa démarche créative, se retrouve dans la peinture, sa passion première, l’art idéal de la représentation à ses yeux. Alors Beat Takeshi/ Takeshi Kitano, inclassable et prolifique ? C’est certain, mais encore insuffisant pour définir ce talentueux touche-à-tout. Son impertinence et son génie ont trouvé

BEAT TAKESHI KITANO, GOSSE DE PEINTRE

Fondation Cartier

261, boulevard Raspail 75014 Paris 01 42 18 56 50 Raspail; 38, 68 Du Jeudi 11 Mars 2010 au Dimanche 12 septembre 2010. Dans cet univers ludique, nous vous invitons à remarquer particulièrement les poissons transgéniques déjà garnis de délicieux sushis qui

croisent des chimères et des animaux imaginaires, tandis qu’un criminel récalcitrant échappe à la pendaison – clin d’œil grinçant au fait que la peine capitale existe encore au Japon. Arrêtez-vous également sur l’ « usine à gaz », sorte de gigantesque machine à coudre, qui tourne à grand bruit pour confectionner un ruban dérisoire. Métaphore de l’ironie portée sur l’art contemporain. Après tout cela, un passage au stand de gaufres semblera nécessaire et incontournable.

Dossier

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tout naturellement place dans deux lieux parisiens où singularité et création sont souvent à l’honneur. Commençons à suivre l’artiste fantasque à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, avec l’exposition Beat Takeshi Kitano, Gosse de peintre, dans un monde enfantin peuplé de ses rêveries. Nous découvrons ici le plasticien, dans un projet ambitieux et protéiforme, sorte de kaléidoscope ludique et autobiographique. Kitano plonge le visiteur dans un univers burlesque et interactif, s’amusant de l’art contemporain, des sciences, et riant des clichés liés à son pays. De surprises en gags, il s’agit d’une véritable invitation au voyage, à la réflexion, au rêve et au jeu, à travers des peintures, des vidéos, mais aussi des objets insolites, des décors, des machines fantasques et sensationnelles. Poursuivons au Centre Pompidou, qui présente en parallèle 40 films, téléfilms et documents (souvent inédits), offrant ainsi la rétrospective la plus complète, jamais réalisée à ce jour, de son travail de cinéaste et d’acteur. Et si mars ne suffisait pas pour explorer l’univers incroyable de ce grand monsieur, rassurez-vous, ces événements incontournables durent plusieurs mois… Léonie Renoir


critiques dvd

Réalisé par : Richard Kelly Avec : Cameron Diaz, James Marsden, Frank Langella… Editeur : Wild Side Vidéo

03 mar 2010 Film : 4/5 DVD : 3.5/5

@ Wild Side Video

l y a quelque chose de terriblement fascinant dans The Box. Peut être est ce son climat de fin du monde (thème récurent dans la filmographie de Richard Kelly) ou « l’inquiétante étrangeté» qui le traverse tout du long. Toujours est il qu’il marque un palier supplémentaire dans la façon qu’à le cinéaste prodige d’aborder le cinéma. A l’anarchisme et la déliquescence qui habitaient Southland Tales (son précédent film, culte et maudit, directement sorti en DVD en France…), Kelly privilégie ici des cadres amples, un rythme soutenu et surtout des enjeux terriblement plus humains. Le film n’en devient que plus accessible en dépit de séquences frappadingues que n’aurait pas reniées David Lynch. En approfondissant le matériau d’origine (la nouvelle « Button, Button » de Richard Matheson) et en allant au-delà de sa grinçante conclusion, Kelly intrigue, fascine et nous bouscule jusqu’à en perdre haleine. L’occasion pour lui de renouer avec des thèmes qui lui sont chers tels l’aspect inéluctable du destin ou encore la

halloween 2

Lucky Luke

Réalisé par : Rob Zombie Avec : Scout-Taylor Campton, Tayler Maine, Scheri Moon Zombie ... Distributeur : Wild Side Video

Réalisé par : James Huth Avec : Jean Dujardin, Michaël Youn, Sylvie Testud… Distributeur : UGC Distribution

31 mars 2010

17 mar 2010

Laissé pour mort, Michael Myers ressurgit des ténèbres pour retrouver sa sœur Laurie … Si dans sa relecture du mythe Michael Myers, Rob Zombie restait encore attaché au Halloween de John Carpenter, le réalisateur de The Devil’s Reject s’approprie cette fois-ci complètement la créature. Le tueur masqué continue d’être un adulte emprisonné dans les abysses noire de son enfance traumatisante. A la fois victime et bourreau, Michael se pare d’une ambiguïté davantage prononcée, se matérialisant sous nos yeux à travers les apparitions de l’ange de la destruction. Halloween 2 n’oublie pas pour autant les contingences du slasher en y rajoutant une épaisse couche d’hémoglobine et de brutalité, s’enfonçant dans une rare violence… Le DVD propose de nombreux bonus: plus d’une vingtaine de scènes coupées, un court bêtisier, ainsi qu’un commentaire audio de Rob Zombie, unique complément réellement digne d’intérêt. Côté technique, l’éditeur Wild Side nous offre un transfert de qualité doté d’une superbe image. Si le puissant déferlement de cris et de musique vrombissante du DTS (seulement disponible pour la vf) ou du Dolby Digital 5.1, risque d’affoler le proche voisinage, la piste en Audio-3D vous permettra de bénéficier d’une spatialisation du son. J.M. Film : 3/5 DVD : 4/5

Après le piteux Lucky Luke de Terence Hill (1991), on se languissait d’une adaptation réussie de la BD de Morris. Encore raté, même si la version de James Huth et Jean Dujardin ne démérite pas. En creusant les démons du héros, Lucky Luke pose des velléités dramatiques, tout en accumulant gags potaches et réalisation cartoon. Résultat : le film a les fesses entre deux chaises, plombant le rythme, le drame, et la comédie. Ce qui n’empêche pas de constater l’audace du projet. Foisonnement esthétique, références cachées, emprunts visuels à Morris (la monochromie de certains plans), construisent une mise en scène dense, tandis que des gags débiles mais inégaux font pencher le projet vers le ton de la comédie américaine. Sans sa rigueur. Totalement hybride et mutant, Lucky Luke offre donc beaucoup. Beaucoup trop. Le Blu-Ray rend honneur à cette densité. Les paysages argentins chatoient avec un piqué dantesque, la spatialisation sonore, bien dosée, s’affiche en un DTS dynamique. Dommage que les bonus ne soient plus soignés. Si le commentaire audio d’Huth convainc, le diaporama et le module « effets spéciaux » semblent bien figés et scolaires. Un making of plus conventionnel mais produit avec soin aurait donc été appréciable. Aurélien Allin Film : 2.5/5 DVD : 2.5/5

DVD

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place de l’homme au sein de l’univers. Un tour de force d’autant plus remarquable qu’il s’agit du premier travail d’adaptation du cinéaste, ses deux précédents scripts étant directement issus de son esprit brillamment torturé. Il en résulte un petit bijou de S.F. parano où tout n’est que signes, non dits et phrases à double sens. Situé quelque part entre 2001, l’odyssée de l’espace et l’Invasion des profanateurs de sépulture, The Box a de quoi déconcerter mais mérite que l’on s’y attarde. Ne serait ce que pour sa peinture du couple dont celui magnifiquement interprété par Cameron Diaz et James Marsden, dernier bastion d’humanité. Techniquement, The Box se fend d’une très belle image, retranscrivant parfaitement la superbe photo du film. Les amateurs de gros sons seront, quant à eux, aux anges via notamment la présence d’une piste DTS musclée. Les bonus laissent largement la parole à Richard Kelly. Dans son commentaire audio, le réalisateur se montre extrêmement généreux en anecdotes. On regrettera toutefois de ne pas voir les quelques scènes coupées auxquelles il fait référence. Son interview et l’émouvant module « The Box, ancré dans la réalité » sont l’occasion pour lui de nous dévoiler les nombreuses parties autobiographiques du film, le cinéaste ayant énormément puiser dans son enfance pour créer les personnages d’Arthur et Norma. Enfin, les fans de S.F. seront ravis d’entendre Richard Matheson (auteur à l’origine de la nouvelle dont The Box est tiré) au cours d’un entretien certes court mais néanmoins passionnant. Ilan Ferry

Réalisé par : Nanni Moretti Avec : Nanni Moretti, Simona Frosi, Fabio Traversa... Distributeur : Éditions Montparnasse

Réalisé par : Michael Haneke Avec : Christian Friedel, Ernst Jacobi, Leonie Benesch… Editeur : TF1 Vidéo

Films : 3.5/5 DVD : 4.5/5 n connait Nanni Moretti essentiellement depuis Journal intime mais sa filmographie d’avant les années 90 était jusqu’alors restée quasi invisible. Les éditions Montparnasse remédient efficacement à cette lacune. Je suis un autarcique, son premier long, contient déjà les germes de ses futurs chefs d’œuvre, même s’il souffre d’un manque de moyens évident. Il ressemble assez à une version fauchée du Péril Jeune, doublé d’une réflexion sur la création et passée sous la moulinette de la Nouvelle Vague : incontournable ! Avec Ecce Bombo on est entre la suite inavouée et le remake déguisé de Je suis un autarcique, prolongement de sa réflexion sur l’incapacité de la jeunesse à se construire. Nanni Moretti y reprend le personnage de Michel, antihéros pathétique portant les stigmates d’une jeunesse de la « loose ». Bénéficiant de moyens plus considérables, Moretti signe un film mieux construit, dont les saynètes sont plus efficaces, mieux rythmées. Une œuvre accomplie en somme et qui marque de façon plus prononcée le début d’une carrière remarquable. Arrive alors Sogni d’Oro, le plus intéressant et le plus drôle des trois qui vient clore le tableau avec beaucoup de cohérence. Une peinture en trois teintes de sa génération, où le cinéaste développe sa ré-

Les vies privées de Pippa Lee

Réalisé par : Rebecca Miller Avec : Robin Wright-Penn, Keanu Reeves, Blake Lively… Distributeur : Bac Vidéo

16 mars 2010 Portrait de femme réalisé par Rebecca Miller («The Ballad Of Jack And Rose»), «Les vies privées de Pippa Lee» est de ces petits films qui ne racontent a priori pas grand-chose. On s’y penche sur la petite vie mélancolique de Pippa, fille d’un pasteur et d’une maniacodépressive, aujourd’hui mariée à un homme de 30 ans son aîné, rongée par la culpabilité protestante et la culpabilité tout court. L’histoire, anodine s’il en est, a pourtant vocation à livrer un message d’émancipation à la femme contrite. En déroulant la vie actuelle de Pippa et aussi son adolescence dans un habile jeu de montage, Rebecca Miller donne un rôle béni pour les interprétations délicates de Robin Wright-Penn et Blake Lively («Gossip Girl») toutes deux incarnant l’héroïne à deux âges différents. Une tragi-comédie trois étoiles se dessine alors, sûrement plus parlante aux femmes qu’aux hommes - c’est certain -, menée par un casting brillant et une histoire bouleversante. Mais c’est un film si discret, si indépendant dans sa production ou sa philosophie, qu’il ne faut pas s’attendre à être noyé sous les bonus. Et même si le talent des acteurs font 60% du brio du film, réaliser quatre petits entretiens de huit minutes avec eux en guise de suppléments, c’est réellement dommageable. E.S. Film : 3.5/5 DVD : 2/5

Le Ruban blanc

2 mars 2010

@ Wild Side Video

The Box

dvd

Les Premiers films de Nanni Moretti

Sin nombre Réalisé par : Cary Joji Fukunaga Avec : Paulina Gaitan, Edgar Flores, Krystian Ferrer... Distributeur : Diaphana édition vidéo

7 avril 2010 Film : 3/5 DVD : 2.5/5

3 mars 2010 A l’occasion de sa sortie en DVD & Blu-Ray Le ruban blanc a fait l’objet d’une remasterisation entièrement supervisée par Michael Haneke. Raison de plus pour (re)découvrir la palme d’or du dernier festival de Cannes. Film : 4/5 DVD : 4/5

Le Concert flexion, aiguise son personnage et construit progressivement les jalons de son œuvre future .Pour les courts-métrages, l’œuvre la plus attachante reste probablement le documentaire La Cosa, plus abouti dans sa forme, singulier dans la carrière de Moretti, qui présente de manière efficace le chant du cygne d’un PCI en pleine crise identitaire. Niveau image et son, les éditions Montparnasse n’ont rien à se reprocher, le packaging est vraiment remarquable, des bonus intéressants venant compléter les trois premiers DVD pour au final plus de huit heures de visionnage…Rien de tel pour (re)découvrir Moretti ! Nico Paal

ayras est une jeune hondurienne candidate à l’émigration aux Etats-Unis. Willy est un membre de la ‘Mara Salvatrucha’ (communauté criminelle latino) en fuite. Leurs chemins vont se croiser à bord d’un train… La version grand écran de Sin nombre nous a épatés pour ses paysages époustouflants, l’immersion exotique dans la famille du crime en Amérique latine, l’histoire touchante de ces jeunes paumés lancés dans leur fuite ferroviaire périlleuse. Un air de far west, sans conteste, c’est ce que nous confirme le jeune réalisateur de cette première œuvre encensée. Un cri de protestation également, contre les conditions épouvantables des voyages clandestins dans cette partie du monde, contre ces gamins entraînés à tuer et contre l’omnipotence des réseaux du crime au Mexique. On salue le courage de Fukunaga d’avoir longuement rencontré les gangs afin de livrer une version authentique de leur fonctionnement à la fois dément et fascinant, surtout quand on se rappelle le sort de Christian Polveda (ce journaliste assassiné suite à son documentaire sur le sujet au Salvador : La vida loca). La reconstitution en fiction des mœurs des tueurs transporte dans un monde cruel et sans pardon. Alors on regrettera forcément la perte d’intérêt inhérente au passage au petit écran : les étendues verdoyantes et les scènes de wagon à perte de vue sont dans une large mesure amputées de leur effet vertigineux. Côté bonus, la petite interview du réalisateur dans un français passable présente un certain intérêt documentaire sur les gangs. On appréciera surtout le court métrage, ‘Victoria para Chino’, plutôt bien fait malgré des paysages colorés à coups de seaux de peinture jaune. Une acquisition qui enchantera les fans du film, et qui ne décevra certainement pas les néophytes. N.K

DVD

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Réalisé par : Radu Mihaileanu Avec : Mélanie Laurent, Aleksei Guskov, Dimitry Nazarov… Editeur : France Télévisions

4 mars 2010 Le joli petit conte de Radu Mihaileanu sort enfin en DVD & Blu-Ray dans de belles éditions bourrées de bonus. Soit le cadeau idéal pour tout cinéphile et mélomane qui se respecte. Film : 3/5 DVD : 3.5/5

MicMacs à Tire- Larigot Réalisé par : Jean-Pierre Jeunet Avec : Dany Boon, André Dussolier, Yolande Moreau… Editeur : Warner Home Vidéo

17 mars 2010 A mi chemin entre l’Agence tous risques et Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, le dernier film de Jean-Pierre Jeunet se refait une santé en DVD & Blu-Ray. Au programme : Commentaire audio making of, courts métrages… Film : 2.5/5 DVD : 3.5/5

Nightmares & Dreamscapes Réalisé par : Brian Henson... Avec : William Hurt, William H. Macy, Ron Livingston … Editeur : Aquarelle

3 mars 2010 Adapté des nouvelles de Stephen King, cette mini série en huit épisodes ravira les amateurs de frissons et d’histoires bien troussés. Le coffret trois DVD, peu avare en bonus contient moult making of et interviews. A découvrir. Films : 3.5/5 DVD : 3/5

La vida loca Réalisé par : Christian Poveda Editeur : Bac Vidéo

2 mars 2010 Un Documentaire coup de poing sur l’enfer des gangs d’Amérique Centrale. Le DVD, très fourni, contient entres autres, un excellent bonus revenant sur la mort du réalisateur, assassiné peu après la sortie du film...Poignant. Film : 4/5 DVD : 4/5


selection tv

jeux OURS Edité par Clapmag 53 bd du montparnasse 75006 Paris RCS 519413512 Directeur général Romain Dubois

1/ A quel film appartient cette image ?

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Rédacteur en chef Ilan Ferry Graphisme Jeremie Douchet Impression Mordacq Chef de publicité Ludovic Oechsli 09 81 63 40 88 Rédacteurs Vanessa Gauthier Marianne Dubois-Dana Julien Munoz Julien Foussereau Thierry Wojciak Emanuelle Spadacenta Aurélien Allin Matthieu Conzales Victor Vogt Nicolas Knispel

Lost Saison 4 Tous les jeudis 20h40 à partir du 25/03 sur Série Club

Lost saison 3 fut incontestablement celle du renouveau avec son recours culotté au flash forward (une avancée dans le futur) en season finale. En effet, en mettant un bon coup de pied dans la Grande Horloge, cette conclusion redéfinit non seulement les grandes orientations de la série, elle marque aussi l’entrée d’une impressionnante boucle spatiotemporelle tout du long de cette saison dont le verrouillage serait le remarquable épisode de clôture. Un point d’entrée, un point de sortie, une arrivée sur la situation initiale. Entre les deux, 14 épisodes chargés en rebondissements, alliances de circonstances, trahisons. Avec, toutefois, un ingrédient sup-

plémentaire précieux : le vertige temporel. Un vertige temporel ahurissant car, plus que jamais, la gestion du temps qui passe confine à l’abstraction. Dès les premiers épisodes, il apparaît évident que nos insulaires n’ont pas tous été réinsérés dans la grande marche du monde. Ce choix permet aux scénaristes de transformer Lost en vortex à malmener le temps et, par la même occasion, d’envoyer valdinguer certaines certitudes. C’est avec une certaine délectation que le spectateur se perd dans un dédale d’intrigues qu’il doit recaser à l’aide du contexte. Le temps comme concept bon à triturer, décaler et retourner dans tous les sens se révèle être un outil narratif séduisant pour expliciter le secret de cette île indétectable.

temps selon Alan Moore (Watchmen) en représentant ce dernier non comme une ligne ou une boucle mais comme un point figé dans lequel tout est simultané, a déjà eu lieu, a lieu, aura lieu, sans privilégier récits premier et secondaire. Ce choix leur permet comme jamais de livrer un portrait de groupe, fascinant, sombre et fataliste à la fois. De la microsociété instaurée par Jack dans la saison 1, il ne reste rien si ce n’est la cupidité, l’attrait du pouvoir despotique et la cruauté. Débuter avec une ligne claire et idéaliste à la Tintin pour creuser toujours plus loin un sillon nihiliste, malade et pessimiste, tel est le pari réussi de Lost, parfait héritier de Twin Peaks et X-Files. Julien Foussereau

Mieux, les auteurs vont jusqu’à remodeler le

MASTER & COMMANDER Mardi 23 mars à 20h45 sur Canal+ Cinéma

© Tous droits réservés

Solutions sur le site : www.clapmag.com

Alors que Lost s’apprête à tirer sa révérence outre-Atlantique en juin prochain, Série Club rediffuse ce mois-ci une des meilleures saisons, une des plus complexes.

Canal+ Cinéma fait escale dans un pays à la longue tradition de cinéma : du 20 au 26 mars semaine spéciale cinéma australien. Entre film d’horreur, thriller, fresque d’époque, l’Australie a maintes fois prouvé toute sa vitalité artistique et son exubérance esthétique… Certainement le plus talentueux de sa génération, Peter Weir s’est essayé à tous les genres, du film mystique avec Panic à Hanging Rock (matrice avouée de Virgin Suicides) au drame puissant de toute une génération avec Le cercle des poètes disparus, en passant par le visionnaire Truman Show. Bref rien ne fait peur à l’australien et il parvient non pas à s’adapter à tous les genres mais bien à adapter les genres à son cinéma, ses questionnements, son épicurisme. Il signe Sélection TV

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2/ Retrouvez le titre du film à l’aide des lettres marquées d’un point

Rédaction Web Romain Dubois Thierry Wojciak / Victor Vogt Webmaster Jeremie Douchet Email contact@clapmag.com Courrier rédaction Paris 53 bd du Montparnasse 75006 Paris photo couverture © 2010 Walt Disney Pictures Site internet www.clapmag.com OJD en cours Tirage 40 000 exemplaires (DSH)

avec Master & Commander un véritable rêve d’enfant. Un film de guerre maritime, filmé à hauteur d’hommes, qui ressemble à un anti « Pirate des Caraïbes » tant Weir s’échine à donner corps à « ses » marins. La reconstitution des conditions de vie à bord est incroyable de précision et les scènes de bataille rythment parfaitement le récit. La grâce du film vient de ce petit « plus » que Weir ajoute à toutes ses réalisations, une réflexion sur le sens de la vie, sur la confrontation des cultures (ici le scientifique et naturaliste médecin de bord face au guerrier sans peur Russell Crowe) qui donnent une réelle profondeur à son entreprise guerrière. A condition de ne pas avoir le mal de mer, montez à bord les yeux fermés. Romain Dubois Jeux

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