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Magazine de cinéma Gratuit | Octobre 2010 | Numéro 6 www.clapmag.com

Dossier :

The social network

PORTRAIT

David fincher

Hors la loi

Interview DE Sami bouajila Gros plan LENNY

dvd KICK-ASS

tV FRINGE SAISON 2


SOMMAIRE

édito

C

04 Actus

habrol, Rohmer, Arthur Penn, Curtis, Corneau, Satoshi Kon, Giraudeau … la liste est longue en cette funeste rentrée. On réalise alors que le medium cinéma joue plus que jamais son rôle de graveur éternel du passé, média de la nostalgie s’il en est. Immortaliser est en réalité un attribut commun à tous les arts ou presque, un même geste qui impose à toutes créations de combattre l’éphémère. Qu’en est il alors d’un magazine, surtout lorsque celui-ci est gratuit et que la plupart du temps il finit à la poubelle ? Loin de nous l’idée de comparer nos écrits à des œuvres d’art, mais tout proche de nous en revanche celle de vouloir en assurer la pérennité. S’empoussiérer longuement avant de connaitre le chemin qu’évitaient de justesse Buzz, Woody et ses compagnons d’infortune dans le dernier Toy Story : la mort par l’oubli. Une solution qu’adopte Clap! à partir de ce numéro : trouver sa place tout naturellement dans une version non plus imprimée mais uniquement virtuelle. Celle-ci existait sur le site clapmag.com mais, grande nouveauté, vous pouvez désormais la retrouver sur l’Ipad. Le camion poubelle est ainsi conjuré. Clap ! devient ainsi la première revue de cinéma francaise adaptée sur ce formidable outil qu’est l’iPad et vous rassure quant a notre implication dans le nouveau paysage des médias et la préservation de notre belle planète qui abrite en son sein encore quelques Rohmer, Chabrol, Penn … et qu’on ne voudrait pour rien au monde voir disparaitre.

06 Critiques

le MAG TENDANCE DU CINé #

16 Dossier

19 TV

20 DVD

22 Jeux Vidéo

Romain Dubois-Dana

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Sommaire | 03 |

© Metropolitan Filmexport

www.clapmag.com

08 Interview


actus

actus

L’image du mois :

Scream 4

Monica Bellucci et Robert De Niro amoureux !

La toute première photo de Scream 4, où la plus Friends des actrices semble en mauvaise posture ! Courteney Cox Arquette retrouvera Neve Campbell et son David Arquette de mari devant la caméra de Wes Craven, 14 années après Scream premier du nom.

Robert De Niro va se pâmer d’amour pour Monica Bellucci dans « Leçons d’amour à l’italienne 3 », du cinéaste transalpin Giovanni Veronesi. Le début du tournage est prévu pour ce mois-ci à Cinecittà. Mais que Vincent Cassel se rassure De Niro tourne rarement en Europe.

Guillaume Canet et James Gray unis par les Liens du sang Guillaume Canet va collaborer avec le cinéaste new-yorkais James Gray ( « La nuit nous appartient », « Two lovers » ) sur le remake US des « Liens du sang », thriller de Jacques Maillot sorti en 2007, dans lequel il jouait avec François Cluzet. Guillaume Canet ne reprendra pas son rôle devant la caméra, il s’appliquera à une réécriture du scénario avec James Gray. Le titre provisoire de la version américaine est « The Rivals ».

Robert Guédiguian filme la vie

MAGGIE GRACE De lost à TWILIGHT 4 Maïwenn invite joey starr George Clooney dissèque la politique Quatrième long-métrage pour George Clooney qui s’active pour trouver le casting de « Farragut North » un thriller politique. Le script est une adaptation de la pièce américaine de Beau Willimon qui relate les coulisses de la course à la présidence dans l’État de l’Iowa. Citoyen vigilant Clooney veut montrer sa vision de la politique …What else ?

Dans « Bal des actrices », il était la révélation et une nomination aux César plus tard la talentueuse réalisatrice Maïwenn lui offre le rôle principal de son nouveau film, « Polisse ». Il y jouera le rôle d’un flic rebelle. Pour cette nouvelle production, qui raconte le quotidien de la brigade de protection des mineurs à Paris, la cinéaste et comédienne a passé plusieurs mois en immersion. Au casting, Joey Starr retrouvera Karin Viard et Marina Foïs, déjà présentes dans « Bal des actrices », et Nicolas Duvauchelle. Le tournage est en cours.

Le réalisateur français Alexandre Aja annonce la préparation d’une suite à son dernier film « Piranha 3D», actuellement à l’affiche. Le réalisateur qui s’est fait un nom dans le cinéma d’horreur travaille également avec le producteur français Thomas Langmann à l’adaptation de Blacksad, la bande dessinée.

« Mr Karlsson », premier long métrage d’Alexandre Astier, est en attente depuis la défection d’Alain Delon. L’avenir de ce film était incertain il y un an encore. Mais le cinéaste a su rebondir en proposant le rôletitre à une autre star, Isabelle Adjani. Alexandre Astier a dû modifier le titre de son film et accorder l’histoire au féminin. Le tournage débutera au printemps 2011.

box-office FILMS

Piranha la suite

Adjani remplace Delon

« Twilight », la saga fantastique préférée des djeun’s en mal de sensations ( pas ) fortes, n’a pas fini de faire parler d’elle. En effet, le 4ème opus intitulé « Breaking Dawn », accueillera la belle Maggie Grace. Révélée par « Lost » et surtout « Taken », la plantureuse blonde incarnera Irina, vampire végétarienne ayant une sacrée dent contre Edward ( Robert Pattinson ) et sa famille. Crêpage de canines en perspective?

ENTRÉES

cumul

semaine

copies

Resident Evil : Afterlife 3D

360 771

360 771

1

408

Des hommes et des dieux

345 636

1 294 530 2

3

442

Mange, prie, aime

233 149

233 149

1

304

The Town

196 472

516 616

2

297

Hors la loi

162 132

162 132

1

400

INCEPTION

84 847

4 725 214

10

318

SALT

80 103

1 366 604

5

399

CES AMOURS-LÀ

69 330

200 694

2

320

LE DERNIER EXORCISME

61 871

212 052

2

206

PIRANHA

52 017

587 734

4

219

Actus | 04 |

Le cinéaste Robert Guédiguian tourne actuellement dans la cité phocéenne son 17ème longmétrage intitulé « Les Pauvres Gens ». Jean-Pierre Darroussin et Ariane Ascaride figurent évidemment au casting. Avec comme cadre Marseille ce film devrait sentir l’estaque mais aussi dépeindre le quotidien rude des pauvres gens. Le tournage devrait s’étaler sur huit semaines.

Ron howard adapte Stephen King

Sacha Baron Cohen is Freddie Mercury

Lindon / Lioret inséparables

Sacha Baron Cohen, monsieur « Borat » ou encore « Brüno », interprètera Freddie Mercury dans un biopic produit notamment par Robert De Niro ! L’histoire se penchera sur l’émergence du groupe Queen jusqu’à son apothéose lors du concert Live Aid en 1985. Sacha Baron Cohen va devoir pousser un minimum la chansonnette, s’il ne veut pas se contenter d’une vague ressemblance physique.

Pour son 7ème long métrage, « Toutes nos envies », Philippe Lioret retrouve son acteur fétiche Vincent Lindon. Libre adaptation du roman d’Emmanuel Carrère « D’autres vies que la mienne » est une histoire qui met en scènes deux personnages travaillant dans le domaine judiciaire et ayant survécu à un cancer. C’est Marie Gillain qui donnera la réplique au héros de « Welcome ». Le tournage débutera le 13 octobre prochain. Actus | 05 |

Adapter La Tour sombre de Stephen King, une œuvre gigantesque de 7 tomes, c’est le défi que s’est lancé Ron Howard ( « Willow »,« Da Vinci Code » ) en réalisant un film tout d’abord, puis une série télévisée d’une saison. Celle-ci fera office de passerelle entre le premier long métrage et le second déjà en chantier également ! La Tour sombre est une saga dense, entre western, horreur et fantastique réputée inadaptable. Courage Ron. Marianne Dubois-Dana


Semaine du 22 Septembre 2010

critiques

ABONNEZ - VOUS À

➜ AMORE

© Ad Vitam

de Luca Guadagnino Avec Tilda Swinton, Flavio Parenti, Edoardo Gabbriellini, Alba Rohrwacher, Pippo Delbono … Durée : 1h58 Distributeur : Ad Vitam

Avec « Amore », Luca Guadagnino dévoile tout son génie pour la mise en scène et se transforme en véritable esthète du grand écran. En sublimant chaque détail de l’image, le réalisateur nous donne la possibilité de sentir, de vivre son œuvre. Tour à tour incandescent, froid ou effrayant, « Amore » s’appuie sur une large palette d’atmosphères comme autant de représentations des humeurs du personnage principal, brillamment interprété par Tilda Swinton. Epouse et mère dans une riche famille d’industriels milanais, Emma ( Tilda Swinton ) mène une existence terne dans le château des Recchi dont l’ambiance feutrée et austère fait écho au vide qu’elle porte en elle. Telle une Madame Bovary ( allusion évidente eu égard à son prénom ) sa rencontre avec Antonio, son amant, va la faire renaitre. Si les bouleversements au cœur de cette famille sage et convenue dérangent, ils n’en demeurent pas moins justes, car filmés avec la grande finesse de Guadagnino. Drame familial réaliste où chaque détail est pensé, « Amore » est une œuvre aboutie qui a l’éclat d’un vrai bijou. C.G.

restez connecté ! Clap ! débarque sur votre ipad

➜ RESIDENT EVIL 4 : AFTER LIFE 3D

© Metropolitan FilmExport

de Paul W.S. Anderson Avec Milla Jovovich, Ali Larter, Shawn Roberts … Durée : 1h40 Distributeur : Metropolitan FilmExport

Alice a une nouvelle mission : gagner l’Alaska, sauver sa vieille copine Claire, s’échapper de prison, tuer quelques zombies ( quand même… ) et finalement trouver Arcadia, la terre promise. Vous l’aurez compris : « Resident Evil Afterlife 3D » se regarde avant tout comme un jeu vidéo auquel on ne participe que passivement. Paul W.S. Anderson reprend les manettes et en profite pour rendre hommage à Romero et autres patriarches du film de zombies. Il se fait plaisir et nous détend les neurones à grands renforts d’effets spéciaux tout droit sortis de « Matrix » et de la sacro-sainte 3D devenue quasi inévitable pour tout blockbuster qui se respecte. Surprise : contrairement à « Alice au pays des merveilles » ou le récent « Piranha 3D », celle-ci ne fait pas qu’apporter une simple impression de relief. Alice - Milla Jovovich, l’héroïne indémontable – nous tire en pleine tête ses munitions et arrache quelques sursauts de surprise. Le jeu film terminé, nous avons droit à l’habituelle fin ouverte annonçant le retour d’Alice et toute sa clique face à des zombies de plus en plus absents. Lassant. M-A.G.

➜ Mange prie aiME

téléchargez clap ! sur pour seulement

© Sony

de Ryan Murphy Avec Julia Roberts, James Franco, Javier Bardem … Durée : 2h20 Distributeur : Sony

On attendait plus audacieux de la part de Ryan Murphy, créateur des séries Glee et Nip/Tuck. Or « Mange, Prie, Aime » fait plus office de guide spirituel pour les nuls. Au fond du trou, l’héroïne, Liz, pense vivre plus pour l’autre que pour elle. S’ouvrant à la spiritualité, elle part au pays de l’épicurisme ( l’Italie ) puis celui de l’ascèse ( l’Inde ) et dans sa quête ( un peu capricieuse ) d’équilibre, s’offre à Dieu, généreux mais exigeant. À travers ce parcours initiatique, Ryan Murphy nous inculque le pardon de soi, le refus de la culpabilité et de l’opulence matérielle. Message louable, surtout lorsque c’est Julia Roberts ( magnifique ) que l’on voit s’extasier, pleurer de béatitude ou chouiner de tristesse … bref manger, prier, aimer. Mais des conseils de vie comme ceux-là, aussi bien mis en scène soient-ils, on peut les tolérer d’un magazine féminin. Moins d’un long-métrage prêchant à tout bout de champ, non dénué de clichés sur les différences idéologiques du monde et sautant de moments de grâce en scènes ridicules aussi vite qu’on engloutit un plat de pâtes. E.S.

Magazine de cinéma Gratuit | Juillet 2010 | Numéro 5 www.clapmag.com

➜ SIMON WERNER A DISPARU

L’abonnement Pour 12 numéros

© Diaphana Films

de Fabrice Gobert Avec Ana Girardot, Jules Pelissier, Esteban Carvajal Alegria … Durée : 1h33 Distributeur : Diaphana Films

C’est un fait : le teen movie ( film de djeuns pour les anglophobes ) n’a jamais vraiment été l’apanage de notre cinéma national. Pour un « Beaux gosses » réussi, combien de « Lol » totalement à coté de la plaque ? Une triste tendance qui pourrait bien s’inverser avec « Simon Werner a disparu ». S’appuyant sur une narration fragmentée où tous les éléments viennent s’imbriquer petit à petit, « Simon Werner »… s’affranchit bien vite de sa condition de « film concept » pour dérouler des enjeux tout autres. Reprenant à son compte les codes inhérents au thriller, le film utilise comme point de départ un événement a priori extraordinaire ( une étrange disparition ) pour mieux se resserrer sur l’humain. A la manière du « Elephant » de Gus Van Sant, l’exercice de style sert de prétexte à un portrait sans fard du blues adolescent. Il en résulte une œuvre pudique, évitant constamment l’écueil du pathos grâce à une brochette d’acteurs bluffant de sincérité, qui derrière leurs apparats d’archétypes, révèlent chacun une fragilité à fleur de peau. I.F.

7,99 € 

Les films attendus de L’été :

toy story 3 eXPendaBLes InCePtIon Predators …

dog Pound IntervIew de kIm ChaPIron

BILAN CANNES 2010 PORTRAIT SYLVESTER STALLONE dVd TRUE BLOOd

également en salles : Miel, De Semih Kaplanoglu avec Bora Altas, Erdal Besikçioglu, Pauline et François De Renaud Fely Avec Laura Smet, Yannick Renier, Chantrapas De Otar Iosseliani Avec David Tarielashvili, Tamuna Karumidze, Homme au bain De Christophe Honoré Avec François Sagat, Chiara Mastroianni, Milk De Semih Kaplanoglu Avec Melih Selcuk, Basak Koklukaya, Double Take De Johan Grimonprez Avec Ron Burrage, Mark Perry (II), Yves Saint Laurent – Pierre Bergé, l’amour fou De Pierre Thoretton Avec Yves Saint Laurent, Pierre Bergé. Retrouvez toutes les critiques sur www.clapmag.com Critiques | 06 |

1ère revue de cinéma sur l’ipad


critique

INTERVIEW

Sami Bouajila « Hors-la-loi » est plus ambitieux qu’ « Indigènes » mais a l’avantage de ne pas être votre 1ere collaboration avec le réalisateur et les autres acteurs. Cela a dû rendre la tâche plus facile? Complètement. On a gagné beaucoup de temps dès le départ et je crois même que cela s’est senti dès l’écriture. Rachid Bouchareb a pu se projeter à travers nous et donner libre cours à ce qu’il voulait. Le fait de se connaître et d’être complice est un énorme avantage.

A sa façon, « Indigènes » a quelque peu fait évoluer les mentalités en France ainsi que les politiques à l’égard de son sujet, « Hors-la-loi » n’est pas non plus une œuvre anodine. Qu’espérez-vous que le film contribuera à faire changer ? J’espère d’abord qu’il s’agira d’une vraie rencontre cinématographique. J’entends par là un plaisir de spectateur d’aller voir un film à grand spectacle. Après, qu’il y ait du fond, c’est un plus.

Avez-vous beaucoup travaillé sur votre personnage Abdelkader? Peut-on faire un parallèle avec celui de Samir que vous incarniez dans « Couvre-Feu » ? Je n’ai pas spécialement travaillé sur Abdelkader car j’avais déjà exploré ce type de personnage ( futur militant, indépendantiste de la cause algérienne… ) sur deux précédents films que j’avais faits. Donc, le FLN, le conflit avec le MNA, les leaders indépendantistes, tout ça je connaissais un peu. Par contre, je me suis plus penché sur son aspect humain plutôt que politique. On peut rapprocher les personnages malgré la différence d’époque. Ils ont une similitude : leur radicalité. Samir sombre complètement dans le terrorisme. Abdelkader aussi malheureusement mais il faut croire qu’on ne fait pas de fumée sans feu.

« J’espère d’abord qu’il s’agira d’une vraie rencontre cinématographique »

Juste avant son passage à Cannes, « Horsla-loi » a soulevé une vive polémique. Vous a-t-elle paru intelligente ? Je vais répondre autrement en vous posant une question à vous journaliste qui, que vous le vouliez ou non, vous êtes fait l’écho de cette polémique. Maintenant que vous avez vu le film, quels sont vos mots ? Personnellement, je l’ai trouvée infondée. Vous apportez la réponse. Au même titre que cette polémique a été portée avant que tout le monde ait vu le film, je crois que c’est aussi la fonction des journalistes de pouvoir donner cette parole. C’est votre rôle ! Vous ne pensez pas que ce ramdam médiatique a plus joué en faveur du film ? Ni l’un ni l’autre. Par contre maintenant qu’on sait que cette polémique est déplacée … Vous savez si les journalistes ne dénoncent pas cette « non polémique », tacitement ils la valident. Ce qui fait qu’il y a un malentendu qui va rester et les gens la prendront en compte. C’est mon point de vue.

Hors la loi Réalisé par : Rachid Bouchareb Avec : Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila … Distributeur : Studio Canal Durée : 2h18 le 22 septembre 2010

D

isons le d’emblée : la controverse cannoise autour de « Hors la loi » tient plus du faux débat. En effet, on est en droit de se demander en quoi un film qui regarde dans les yeux l’Histoire de deux peuples aux destins inextricablement liés peut être qualifié de polémique. Comme si affronter certains démons relevait encore aujourd’hui du tabou ou, pire, du scandale. En l’occurrence ici, la guerre d’Algérie, toile de fond de cette fausse suite d’« Indigènes ». Hormis quelques belles fulgurances ( « L’ennemi intime » de Florent Emilio Siri, « La Trahison » de Philippe Faucon pour ne citer qu’eux ) force est de reconnaître que le cinéma français actuel peine encore à aborder frontalement cette page douloureuse de notre histoire. Certes, ici certains propos risquent de faire grincer des dents ( l’amalgame français / nazis dans la France d’après guerre), ce serait vite oublier qu’ils se rapportent à des personnages oubliés par l’Histoire.

Beaucoup de bruit pour pas grand chose, d’autant que le cinéaste relègue au second plan l’alibi historique pour reprendre à son compte l’iconographie inhérente aux films de gangsters. Borsalinos, mitraillettes, voitures de luxe, pour peu « Hors la loi » ferait penser à un pendant français de « Public Enemies » ! Rassurons les sceptiques, le réalisateur d’« Indigènes » n’a aucunement voulu rivaliser avec Michael Mann. En suivant le destin de trois frères aux tempéraments différents mais réunis par un même désir d’indépendance, Bouchareb dresse un portrait sans fard du FLN. Jamais glorifié à travers ses actes terroristes, celui-ci apparaît avant tout comme une conséquence de la politique française, un monstre créé par une force coloniale ayant pas mal de squelettes dans son placard. Une démarche d’autant plus inattaquable qu’« Hors la loi » témoigne d’une réelle ambition formelle et scénaristique, la première

Propos recueillis par Julien Munoz

© Studio Canal

Justement, contrairement à d’autres films français récents, « Hors-la-loi » assume totalement son aspect « film de cinéma » sans oublier ce background historique et politique. C’était primordial? Oui complètement. Pour nous il était vraiment important de réussir – avant tout – un divertissement, un film à grand spectacle puisque c’est ça la vocation première avec, encore une fois, un discours derrière.

A l’occasion de la sortie d’ « Hors la loi » , le nouveau film de Rachid Bouchareb ( « Indigènes » ), Sami Bouajila s’est confié à Clap ! au cours d’une interview garantie 100% sans langue de bois.

© Studio Canal

Entretien avec un hors la loi !

Interview | 08 |

Critique | 09 |

prenant souvent le pas sur la seconde. Le réalisateur prend à bras le corps le genre auquel il s’attaque, enchaînant gunfights et explosions à un rythme effréné. Toutefois, ce que le film gagne en efficacité il le perd en émotions. Sacrifiées sur l’autel de la sacro sainte action, les relations entre les personnages ne sont que survolées. Si Roschdy Zem est magnifique dans le rôle de Messaoud - chaque plan sur son visage abimé par la guerre conférant à l’état de grâce - Sami Bouajila et Jamel Debbouze se révèlent quelque peu figés dans leurs interprétations. En dépit de certaines maladresses ( séquence inaugurale pataude, musique souvent insupportable ), et de velléités historiques parfois trop en retrait, « Hors la loi » est un film plus fin qu’il n’y paraît. Ilan Ferry


Semaine du 29 Septembre 2010

critiques wall street : l’argent ne dort jamais

➜ Trop loin pour toi

© Warner Bros.

de Nanette Burstein Avec Drew Barrymore, Justin Long, Christina Applegate … Durée : 1h42 Distributeur : Warner Bros.

bicéphale à la lisière entre comédie punk et pur film d’horreur.

E

➜ Les amours imaginaires

© 20th Century Fox

de Xavier Dolan Avec Xavier Dolan, Monia Chokri, Niels Schneider … Durée : 1h35 Distributeur : MK2 Diffusion

© MK2 Diffusion

la meute

Réalisé par : Oliver Stone Avec : Michael Douglas, Shia LaBeouf, Carey Mulligan … Distributeur : 20th Century Fox - Durée : 2h16

Erin et Garett se rencontrent, s’attachent et se quittent car elle, vit à San Francisco et lui, travaille à New-York. De là débute une relation longue distance, décortiquée dans « Trop loin pour toi » comédie romantique pour trentenaires mâtures, mais pétris d’incertitude quant à leur avenir. C’est bien là toute son originalité : ne pas ressasser les atermoiements de deux amants tergiversant sur la sincérité de leur amour mais plutôt dépeindre leurs efforts respectifs pour se rester fidèles malgré les 3000 km qui les séparent. Impeccablement interprété par Drew Barrymore, choupette comme jamais, et Justin Long, guy next door doué dans son genre, « Trop loin pour toi » commence là où bon nombre de rom-com se terminent : dans une scène d’aéroport pour un happy end mielleux. Malgré les sempiternelles références générationnelles ( « Dirty Dancing », « Top Gun » …) plombant radicalement le discours, le film ( réalisé par une documentariste ) analyse, de manière lumineuse et ludique, l’influence de la société sur les couples d’aujourd’hui. Une vocation plutôt maligne. E.S.

A l’heure où la plupart des films abordant la jeunesse dans sa recherche de l’amour, le font sans grande finesse ou imagination ( quand ils ne tombent pas dans le trash gratuit ), on a envie de dire merci à Xavier Dolan pour la parenthèse poétique que sont « Les Amours Imaginaires ». Pour une fois, jeunesse ne rime pas avec drogues, débauche et perversion mais plutôt avec romantisme, émotions et délicatesse. Dans un montage alterné entre témoignages drolatiques sur l’échelle de Kinsey et autres souvenirs de ruptures d’anonymes, Dolan nous invite à suivre l’histoire de Francis, Marie ( l’excellente Monia Chokri ) et Nicolas, joué par Niels Schneider – sorte de Louis Garrel blond. Les deux premiers entament une conquête passive au début, puis sournoise par la suite du troisième, objet du désir aussi instable qu’irrésistible. Si leur triolisme ne nous apprend pas grand-chose de neuf sur l’amour, il reste amené d’une si belle façon – plans empruntés à Gus van Sant ou Jean-Luc Godard, pour ne citer qu’eux – qu’il fera à coup sûr l’effet d’une petite bouffée de fraîcheur dans le paysage cinématographique de la rentrée. M-A.G.

n 1987, Oliver Stone signait avec « Wall Street » une charge féroce contre la pire représentation des années Reagan, doublée d’un hommage vibrant à son père, Louis, ancien trader décédé un an avant la sortie du film. Plus de vingt ans après le monde a changé, le 11 septembre ayant fait vaciller la position des Etats-Unis de force dominante à géant aux pieds d’argile. Toutefois, si cet événement ainsi que la crise financière ont largement contribué au déséquilibre mondial, il y a une valeur qui, elle, reste pérenne : le dieu dollar… S’il n’est pas son pire fait d’armes, « Wall Street 2 » reste toutefois à l’image de la récente filmographie de Stone : instantanément datée dans son fond et sa forme. Peu subtil, le réalisateur ne fait pas dans la dentelle pour dénoncer les méfaits de l’argent roi et surligne ses propos à grands renforts

d’inserts et d’effets de montage grossiers. Un fait d’autant plus regrettable que la 1ère partie laissait présager un efficace récit de vengeance situé dans le milieu de la Bourse ! Cependant, « Wall Street 2 » a beau être pétri de défauts, il s’appuie sur une belle brochette d’acteurs relevant efficacement le niveau. Monstre de charisme, Michael Douglas renfile les bottes du trader mégalo avec un plaisir communicatif. Tour à tour machiavélique et attendrissant, il bouffe littéralement l’écran en délicieux salopard ayant su - contrairement au film - évoluer avec son temps. Face à lui, Shia LaBeouf ( plus convaincant en disciple naïf qu’en fiston d’Indiana Jones ! ) fait preuve d’un bel aplomb et renvoie malignement la balle à son diabolique mentor. A cela s’ajoute l’aérienne musique de Brian Eno qui parvient à insuffler une touche de légèreté bienvenue. Celle là même qui nous rappelle que la substantielle moelle de « Wall Street » ne réside pas tant dans l’exploration du monde impitoyable de la Bourse que dans sa capacité à délivrer des enjeux résolument humains au sein de celui-ci. Dommage que Stone ait préféré se focaliser sur un aspect trop moralisateur et maladroit à force de pédagogie mal amenée. Ilan Ferry

➜ Un homme qui crie

© Pyramide Distribution

de Mahamat Saleh Haroun Avec Youssouf Djaoro, Diouc Koma, Emile Abossolo M’Bo … Durée : 1h32 Distributeur : Pyramide Distribution

Récompensé par le Prix du Jury au dernier festival de Cannes, « Un homme qui crie » est le fruit du travail acharné d’un homme, Mahamat-Saleh Haroun et de son équipe. Pour plus d’authenticité, ce film sur le Tchad et sa guerre civile, a été tourné sur place, avec toutes les difficultés de logistique et de sécurité que cela entraîne.Un parti-pris courageux et politique qui lui confère une aura de morceau d’art rescapé de la guerre. Entièrement consacré aux cavalcades de l’exode et à ces civils qui voient débarquer leurs jeunes soldats estropiés, « Un homme qui crie » nous faire vivre le quotidien au Tchad avec toute la langueur et l’ennui que cela peut supposer. A l’image de la relation du héros et de son fils - toute en pudeur - les dialogues sont quasiment absents. On se retrouve ainsi devant un film lent où les rares scènes rythmées ou d’émotions ne sont pas mises en valeur. Une déception d’autant plus grande que nous n’en apprendrons guère plus sur les conflits au Tchad. Dommage, car il y avait sûrement bien plus à exprimer. L.A.

Réalisé par : Franck Richard Avec : Yolande Moreau, Emilie Dequenne, Benjamin Biolay … Distributeur : La Fabrique 2 - Durée : 1h25

P

➜ AO le dernier Neandertal

Chronique de la disparition de l’Homme de Neandertal, il y a 300 000 ans dans d’obscures circonstances, « AO : Le Dernier Neandertal » marque les premiers pas de Jacques Malaterre dans la fiction pure après quelques docu-fictions ( « L’Odyssée de L’Espèce », par exemple). Il n’en a pas perdu sa vocation éducative : le scénario d’AO relève du produit scolaire, d’un simplisme fatigant, assénant des explications historiques avec lourdeur. Difficile de se sentir immergé : Malaterre a certes inventé une langue préhistorique à l’instar d’Annaud dans « La Guerre du Feu », il nous inflige les voix-off introspectives des deux protagonistes ( le Neandertal et une Sapiens ) d’un lyrisme totalement anachronique, déroulant de grandes phrases sur des concepts très élaborés comme le respect de l’autre, le racisme, le deuil de la paternité etc. Nous offrant des décors d’une grande beauté, il parsème son film de vraies belles images, mais le fond, oscillant entre récit fantasmé et vocation réaliste, perd toute émotion pour déboucher sur la morale éculée suivante : si eux ont disparu, pourquoi pas nous ? E.S.

également en salles : Sans queue ni tête De Jeanne Labrune Avec Isabelle Huppert, Bouli Lanners, La Yuma De Florence Jaugey Avec Alma Blanco, Gabriel Benavides, Moi, la finance et le développement durable De Jocelyne Lemaire Darnaud Avec Emmanuel Delaville, Michel Laviale, Land of Scarecrows De Gyeong-Tae Roh Avec Sun-Young Kim, Adelyn Bacon, Electra Glide in Blue De James William Guercio Avec Robert Blake, wBilly Green Bush. Retrouvez toutes les critiques sur www.clapmag.com Critiques | 10 |

© La Fabrique 2

© UGC

de Jacques Malaterre Avec Simon Paul Patton, Aruna Shields … Durée : 1h24 Distributeur : UGC

ris en sandwich entre machines burinées ( « La Horde » ) et productions plus confidentielles ( « Djinns » ), le cinéma de genre français est en passe de revenir en odeur de sainteté après avoir été sévèrement mis à mal. Dernier représentant en date, « La meute » débarque enfin après avoir buzzé à mort sur son hétéroclite casting convoquant jeunes premiers et gueules cassées. Pour sa 1ère incursion dans le genre, Yolande Moreau ( « Mammuth » ) se montre très à l’aise en matriarche diabolique tandis qu’Emilie Dequenne assure aux cotés d’un Benjamin Biolay aussi sobre que convaincant. Enfin, mention spéciale à Philipe Nahon qui délaisse ici son habituel costume d’impérial salaud pour celui, beaucoup plus doux, de flic à la retraite. Toutefois, la singularité de cette étonnante meute réside tout autant dans sa distribution à constant contre-courant que dans son coté

Critiques | 11 |

A mi chemin entre « L’enfer des zombies » et un épisode de la géniale série documentaire « Strip Tease », le film capitalise essentiellement sur un humour à froid parfois déconcertant et une galerie de trognes tout droit sorties de Groland. Un dosage pas toujours bien équilibré mais ayant au moins le mérite d’exister au sein d’un paysage cinématographique encore trop avare en surprises. Anxiogène, le film prend son temps pour installer ambiance et enjeux. Passé cette laborieuse exposition, « La meute » peut enfin déchainer toute sa fureur au cours d’une seconde partie hargneuse à souhait. Sur fond de rock n’ roll endiablé, ce véritable western horrifique prend soudain des allures de manège grand guignolesque où shotguns et tripailles éclatent littéralement à l’écran ! Une identité très 80’s revendiquée de la 1ère à la dernière image comme si, venu d’un autre temps, le film s’était soudainement extirpée d’une vieille VHS pour envahir nos salles obscures. Bien que traversé de maladresses, « La meute » n’en demeure pas moins efficace et devrait ravir les amateurs d’horreur champêtre. Ilan Ferry


Semaine du 06 Octobre 2010

critiques moi, moche et méchant

➜ let me in

© Metropolitan Filmexport

de Matt Reeves Avec Chloe Moretz, Kodi Smit-McPhee, Richard Jenkins, Elias Koteas … Durée : 1h52 Distributeur : Metropolitan Filmexport

Réalisé par : Pierre Coffin et Chris Renaud Avec les voix en VO de Steve Carrell, Jason Segel, Russell Brand, Julie Andrews. Distributeur : Universal Pictures - Durée : 1h35

Owen, douze ans, fils de divorcé, n’a pas d’amis. Pire, il est la tête de turc des brutes de son école. Alors quand emménage sur son palier la jeune Abby, il trouve une digne camarade. Sauf que la jeune fille est une vampire … En 2009 sortait en salles « Morse », immense long-métrage suédois adapté d’un roman du cru signé John Ajvide Lindqvist. Le voir subir l’exercice du remake pouvait rebuter a priori. Si « Laisse-moi entrer » pourra apparaître à première vue comme une relecture littérale et donc inutile de son prédécesseur scandinave ( même décor enneigé, même lenteur du récit … ), le film de Matt Reeves ( « Cloverfield » ) finit par acquérir sa propre personnalité et suinte de la sincérité du cinéaste. Reeves semble trouver là un matériau quasi autobiographique, tant la tristesse qui se dégage du film est palpable, notamment grâce à une mise en scène aussi inventive que réfléchie et aux performances ahurissantes de maturité de Chloe Moretz ( « Kick-Ass » ) et Kodi Smit-McPhee ( « La Route » ). De quoi lui donner un intérêt propre, et ne pas en faire une simple resucée. A.A.

E

➜ KABOOM

Avec « Mysterious Skin », beaucoup ont pensé que Gregg Araki s’était enfin assagi - du moins dans la forme. C’était mal connaître l’enfant terrible du cinéma indépendant américain qui continue ici son œuvre de destruction du cinématographiquement correct. Moins un film qu’un véritable OFNI sous l’effet de substances illicites, Kaboom ( tout est dans le titre ) est une farce camée dans laquelle tout n’est que prétexte à l’insolence. Qu’elle soit visuelle ou narrative, irrespectueuse envers son propre récit rocambolesque ou à l’encontre de son public. L’intérêt ne réside donc pas dans les turpitudes existentielles et sexuelles de l’étudiant Smith ( Thomas Dekker ) cherchant à élucider la disparition d’une inconnue rencontrée sur le campus, mais dans le joyeux bordel qu’on suspecte être la descendance directe d’une rencontre polissonne et trash entre « Les Lois de l’attraction » et « Twin Peaks », le tout sous l’œil complice de John Waters. Des amateurs ? J.M.

© Universal Pictures

© Wild Bunch Distribution

de Gregg Araki Avec Thomas Dekker, Juno Temple, Haley Bennett … Durée : 1h26 Distributeur : Wild Bunch Distribution

n 15 ans, l’extrême profitabilité de l’animation infographique ne s’est pas démentie. Pixar ouvrit brillamment la marche, toutes les autres majors hollywoodiennes suivirent. Toutes ? Non. Un irréductible studio nommé Universal résistait encore et toujours à l’envahisseur du tout digital. Jusqu’à aujourd’hui avec « Moi, moche et méchant ». Le summum de la malice dans l’univers de Gru, notre héros, consiste à dérober les plus grands monuments du monde. Hélas, Gru est l’éternel second. Toujours devancé par Vector, il caresse le dessein de voler la Lune afin de devenir le number one. Problème : il lui faut un outil spécial en la possession de son ennemi juré. Solution ? Trois sœurs orphelines dont les cookies ne laissent pas Vector insensible. Pourquoi ne pas les adopter dans le but de le piéger ?

Pour son baptême du feu, le studio n’a pas lésiné sur les moyens en collaborant avec le studio d’effets spéciaux français Mac Guff Line. Cette influence européenne est perceptible dans l’esthétique plutôt monochrome et anguleuse de Gru et son univers, aux antipodes de l’exubérance très bigarrée de Vector. Autrement, « Moi, moche et méchant » déroule un cahier des charges somme toute prévisible. Il cherche à ratisser large par le biais d’un grand écart entre la force du sentiment pur à la Pixar ( sans la parfaite maitrise ) et l’humour grassouillet et référentiel façon Dreamworks. De fait, la cuvée Universal peinera sans doute à rester dans les mémoires. Ne boudons pas pour autant notre plaisir grâce aux à-côtés qu’offrent le film, les minions de Gru en tête. Variations galéniques des « Lapins crétins », ces gélules jaunes bipèdes au langage incompréhensible s’avèrent impayables en corps comiques à la « Tex Avery » et rappellent Scrat, l’écureuil dingue de glands dans « L’Âge de glace ». Peut-être trop d’ailleurs car, tout comme la franchise de Fox, « Moi, moche et méchant » se révèle être un spectacle pas désagréable mais inférieur à l’ensemble de ses parties. Julien Foussereau

➜ DONANT DONANT

© Gaumont Distribution

de Isabelle Mergault Avec Daniel Auteuil, Sabine Azéma, Medeea Marinescu … Durée : 1h40 Distributeur : Gaumont Distribution

vous allez rencontreR un bel et sombre inconnu

Isabelle Mergault n’est pas une réalisatrice, c’est elle-même qui le dit. Scénariste et dialoguiste, cette ancienne comédienne préfère ciseler les mots et façonner les personnages. « Donnant, donnant » en est la preuve. Titrée comme un mauvais slogan politique et troussée comme un piètre téléfilm, cette plaisanterie pataude à la facture surannée vise un quelque part entre la causticité d’Etienne Chatiliez et la tendresse de Jean Becker. Peine perdue, le résultat tient ici plus du ventre mou de la comédie française. La faute, justement, à une mise en image paresseuse, faite de suites interminables de champs contre-champs, sans subtilité ni invention. En cause aussi, un humour à gros sabots et une peinture à la louche du terroir qui ne tiennent définitivement pas la distance. Le capital sympathie de la cavalcade de Daniel Auteuil en roi relou de la contrepèterie involontaire face - notamment à une Sabine Azéma muée en une Yvette Horner nymphomane s’effrite irrémédiablement. Le ressort comique est cassé. Perdant, perdant … J.L.

Réalisé par : Woody Allen Avec : Naomi Watts, Anthony Hopkins, Josh Brolin … Distributeur : Warner Bros. France - Durée : 1h38

D

➜ cAPTIFS

Si un nouveau film d’horreur français est toujours effrayant, c’est qu’à défaut d’être terrifiant il pourra toujours être pénible. En cela, « Captifs » est déjà une bonne surprise. Loin d’être désagréable, ce huis clos, sobre et efficace, parvient à captiver efficacement le spectateur. Guère d’originalité ici pourtant, que ce soit au niveau de l’histoire somme toute assez classique ou de la mise en scène. Si le film remporte honorablement la partie c’est que le réalisateur se contente de peu mais soigne le moindre détail ( ou presque ) et porte son intérêt avant tout sur la tension et l’atmosphère. Ainsi les amateurs de violence gratuite risquent d’être déçus tandis que les autres apprécieront certainement un spectacle léché, artisanal et sans prétention. Rien d’inoubliable certes mais « Captifs » offre près de 90 minutes de vrai spectacle et de plaisir engageant. Espérons donc que ce ne soit pas seulement la chance du débutant et que le prochain film de Yann Gozlan vienne confirmer l’essai. N.P.

également en salles : La Machine à démonter le temps De Steve Pink Avec John Cusack, Clark Duke, Tout va bien, The Kids Are All Right De Lisa Cholodenko Avec Annette Bening, Julianne Moore, Entre nos mains De Mariana Otero, Rouge comme le ciel De Cristiano Bortone Avec Francesco Campobasso, Luca Capriotti, On verra demain De Francisco Avizanda Avec Carolina Bona, Jesús Noguero. Retrouvez toutes les critiques sur www.clapmag.com

Critiques | 12 |

© Warner Bros. France

© Bac Films

de Yann Gozlan Avec Zoé Félix, Eric Savin, Arié Elmaleh … Durée : 1h24 Distributeur : Bac Films

epuis « Match Point » on pensait le cinéma de Woody Allen orienté sur un versant résolument sombre avant de revenir vers plus de classicisme avec le récent « Whatever Works ». Toutefois, là où son dernier film bénéficiait de l’abattage du génial Larry David ( créateur de « Seinfeld » ),« You will meet a tall dark stranger » pêche par un manque flagrant d’originalité. De retour à Londres, après le shakespearien « Le rêve de Cassandre », Allen signe une énième variation sur les jeux de l’amour et du hasard. Un retour aux sources bienvenu s’il n’était l’occasion pour le cinéaste de renouer avec des thèmes archi rabattus et une réflexion désuète sur le caractère aléatoire de la vie. Une fois les enjeux posés, chaque personnage suit un cheminement ultra balisé dont on devine hélas trop vite les tenants et aboutissants. Certes, on se doute bien

Critiques | 13 |

qu’ici le but du réalisateur n’est pas de nous surprendre, chaque amour contrarié servant à surligner son propos. D’où une impression de déjà vu à peine masqué par les changements de décors et de casting. D’autant plus dommage que le cinéaste bénéficie ici d’une distribution de premier ordre ( Anthony Hopkins, Naomi Watts, Antonio Banderas … ) essayant d’insuffler un peu plus d’épaisseur à des figures désormais imposées. Du septuagénaire en crise à l’écrivain en mal d’inspiration, chacun représente un rouage supplémentaire dans la mécanique alleniene. Toutefois, en dépit de sa facture extrêmement classique, le film devrait largement contenter les fans du plus célèbre des réalisateurs névrosés. Au programme : l’habituel - et souvent truculent – déluge de dialogues croustillants mariés à une musique jazzy. Ainsi, « You will meet a tall dark stranger » fait office de mélodie joliment familière avec ce que cela implique de bons et mauvais côtés. A défaut d’être totalement raté, cette parenthèse ( du moins on l’espère ) se laisse suivre sans déplaisir mais avec un ennui poli. On aurait toutefois aimé plus d’audace de la part d’un auteur qu’on croyait pourtant appelé à se renouveler. Ilan Ferry


Semaine du 13 Octobre 2010

critiques

© Sony Pictures Releasing France

Arthur 3, la guerre des 2 mondes Réalisé par : Luc Besson Avec : Freddie Highmore, Selena Gomez, Lou Reed … Distributeur : EuropaCorp Distribution - Durée : 1h40

L

lenny

Acteur hors norme, Dustin Hoffman fait partie de la génération dorée des Pacino, De Niro, Keitel… des gueules qui ont marqué le cinéma des années 70 et généralement associées à des cinéastes d’exception. A cette nouvelle vague d’acteurs, De Palma, Scorsese, Coppola répondent par le nouvel Hollywood. Tous puisent alors dans ces jeunes talents, dont les figures de proue se sont hélas éteintes en partie après le début des années 90 ( depuis quand n’a-t-on pas vu Hoffman ou De Niro dans un bon film ? ). Peu importe. Cette alchimie unique dans le cinéma américain a vu fleurir quelques joyaux. Dustin Hoffman, peut-être l’acteur le plus caméléon de toute la bande nous a offert des partitions à jamais gravées dans l’Histoire du cinéma : Little Big Man, Papillon, Marathon Man, voici venu le temps de la ressortie d’un autre trésor oublié : Lenny.

 une oeuvre flirtant avec la perfection  Si l’on retient plus généralement son monumental « Cabaret » ou sa bien méritée palme d’or avec « Que le spectacle commence », « Lenny » n’en demeure pas moins une œuvre forte flirtant une fois de plus avec la perfection. D’abord réputé pour ses chorégraphies et succès à Broadway, Bob Fosse ne se lance dans la réalisation qu’en 1969 avec « Sweet Charity » ; sa carrière cinématographique sera courte avec seulement cinq films au compteur. C’est que la qualité prime sur la quantité !

Avec « Lenny », le cinéaste prouve qu’il est capable de diriger autre chose que de sublimes numéros de danse et nous offre un drame splendide sur la grandeur et la chute préfigurant déjà certaines thématiques de « Que le spectacle commence » A peine sorti de « Papillon », Dustin Hoffman offre une composition magistrale qui compte pour beaucoup dans la réussite du film. Halluciné autant qu’hallucinant, il trouve là l’un de ses meilleurs rôles.Tour à tour touchant et cynique, il campe un Lenny loin de tout manichéisme, humain peut-être. Face à lui, on retrouve Valérie Perrine (« Superman » ) sous les traits de Honey Bruce. Toute aussi habitée par son personnage, l’ex-showgirl impressionne, au point que sa prestation lui vaudra le prix d’interprétation au Festival de Cannes en 1974.

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Réalisé par : Sophie Letourneur Avec : Sarah Jane Sauvegrain, Eulalie Juster, Mahault Mollaret … Distributeur : Shellac - Durée : 1h32

P

Au final, « Lenny » fait partie de ces films où tout est bon à prendre, rien à jeter … un vrai grand film. Nico Paal & Romain Dubois

également en salles : Elle s’appelait Sarah De Gilles Paquet-Brenner Avec Kristin Scott Thomas, Mélusine Mayance, Au fond des bois De Benoît Jacquot Avec Isild Le Besco, Nahuel Perez Biscayart, Illégal De Olivier Masset-Depasse Avec Anne Coesens, Esse Lawson, Jean-Michel Basquiat : The Radiant Child De Tamra Davis Avec Julian Schnabel, Larry Gagosian, Mourir ? Plutôt crever ! De Stephane Mercurio Avec Sine, Isabelle Alonso. Retrouvez toutes les critiques sur www.clapmag.com

Romain Dubois

LA VIE AU RANCH

© Shellac

A

dapté de la pièce éponyme de Julian Barry, « Lenny » relate la vie et les frasques du comique Lenny Bruce de son vrai nom Leonard Alfred Schneider, père du stand-up de la fin des années 50 jusqu’au début des années 60. Personnage à la frontière du sublime et du scandale, Lenny Bruce, conserve encore aujourd’hui, une influence certaine auprès des humoristes américains. Sorti le 11 juin 1975 sur nos écrans, le film avait totalisé 443 174 entrées en France. Puisse-t-il ( on peut toujours rêver ! ) faire au moins autant lors de sa ressortie, tant « Lenny », à l’image de son personnage, demeure aujourd’hui encore une référence en matière de mise en scène, sinon de cinéma tout court. A la manière d’une enquête, cette passionnante biographie aux faux-airs de documentaire, part de la mort du comique en 1966 et revient sur sa vie au travers d’entretiens avec ses proches. Outre un visage humain profondément

touchant, ce qui se dessine sous le fard, c’est le portrait d’une Amérique puritaine sclérosée par ses propres tabous. Derrière la caméra, il y a un homme qui avait tout compris au spectacle : le génial Bob Fosse.

© EuropaCorp Distribution

Réalisé par : Bob Fosse Avec : Dustin Hoffman, Valérie Perrine, Jan Miner Distributeur : Carlotta Films - Durée : 1h51 Date de sortie cinéma : 11 juin 1975 Date de reprise cinéma : 13 octobre 2010

e terrible Maltazard doit former une armée pour imposer son règne à l’univers. Seul Arthur semble en mesure de le contrer … à condition qu’il parvienne à reprendre sa taille habituelle ! Pénétrer le monde d’Arthur c’est avant tout voyager dans le temps. Si l’on ne retombe pas en enfance ou si l’on n’accompagne pas une petite tête blonde, inutile de se déplacer ou de porter un jugement sur la dernière production Besson. Ce qui nous semble puéril, peut s’avérer incroyablement immersif pour des yeux innocents. Ici l’important est donc de transporter son jeune spectateur dans une mise en abyme féerique, confrontant deux réalités virtuelles : le monde sous nos pieds, celui des Minimoys ; et le monde « réel » celui des « adultes ». Les glissements d’Arthur d’un monde vers l’autre rappellent immanquablement le bonheur enfantin de ces livres dont on est le héros. En tant

qu’adaptation de cette forme littéraire, Arthur semble être le plus enclin à s’imposer parmi la multitude de récits cinématographiques pour les plus jeunes. En tant qu’objet filmique il n’a d’autre ambition que de créer un univers riche en couleurs, en personnages extravagants et en quêtes fantastiques. Cette promesse là est tenue bien que le manque de charisme des protagonistes « humains » ( le grand-père, Mia Farrow qui a oublié de jouer… ) ne vienne entraver la pleine réussite de l’aventure ; sans oublier la longueur pesante de certaines séquences qui parfois, rendent indigestes l’exercice. Ecolo à souhait, la fable de Besson reste toutefois fidèle au decorum mis en place dans les premiers opus. La préservation de la planète sert donc de substance, malheureusement assez grossièrement, mais a le mérite d’être pleinement assumée. Mais peut-on blâmer le cinéma de jouer, sous couvert de divertissement ( inégal avouons-le ), un rôle crucial dans l’éducation civique des plus jeunes ? Quel conte pour enfants est dénué de toute morale, aussi naïve soit-elle ? Ce ne sont pas Grimm, Perrault ou Andersen qui s’offusqueront d’un tel parti pris, Besson se posant en héritier, ici, d’une tradition millénaire de la littérature orale.

am et sa bande de copines se retrouvent souvent sur le canapé du Ranch, à discuter, boire, fumer, danser. Mais quelque chose change en elle, et Pam éprouve petit à petit le besoin de s’échapper du groupe … À première vue, « La vie au ranch » s’apparente à un chick flick ( film de filles ) parmi tant d’autres avec son lot de minettes déjantées. Il ne faut pourtant pas se fier aux apparences, le film s’éloigne rapidement des codes du genre pour laisser place à un bel objet cinématographique en marge des productions habituelles. Cette jolie brochette de nanas nous embarque avec délice dans un tourbillon post-juvénile. Toutes plus attachantes les unes que les autres, elles captent notre attention en un battement de cil. Ici pas de bling-bling ni de maquillage, les paillettes sont au placard et le naturel est mis en valeur. Elles ont les cheveux sales, boivent comme des hommes et adoptent un langage à faire pâlir un charretier. Pam et sa bande envahissent l’écran et submergent l’espace sonore d’un flot conti-

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nu de brouhaha indécent. Les répliques se chevauchent, s’entrechoquent et donnent l’illusion quasi parfaite d’une improvisation anarchique. Impossible de ne pas rire devant ce charmant panel toujours en effervescence ! Ces instants de vies glanés illustrent habilement les débordements émotifs et cette fureur de vivre insolente. Les choses se gâtent quand Pam ressent le besoin de s’émanciper. Les silences se substituent à l’euphorie. Chacune d’entre elles devient, bon gré mal gré, un individu à part entière et c’est à cet instant que l’on discerne leurs fragilités. Le passage à l’âge adulte pointe doucement le bout de son nez. Sophie Letourneur relève avec brio le pari d’un casting non professionnel. Amies à la ville comme à l’écran, la complicité entre ces filles transcende l’image et donne une crédibilité non négligeable à leurs relations. Si bien qu’elles donnent l’impression d’incarner leurs propres personnages tant le ton est juste. Espérons qu’elles apparaissent aussi authentiques dans d’autres types de rôles. La caméra sait quant à elle se faire discrète tandis qu’au fur et à mesure, les ficelles scénaristiques s’estompent pour nous faire une petite place dans la bande. Enivrante, cette session au Ranch nous renvoie invariablement à nos 20 ans… Clémence Besset


DOSSIER

L’Antisèche Facebook Si vous ne faites pas partie des quelques 500 millions de membres du réseau social, ou que l’histoire de Facebook vous est inconnue, petit cours de rattrapage en quelques dates clés :

DAVID FINCHER êve que de cinéma lorsqu’ il filme Madonna sur Express Yourself . LE BAPTÊME DU FEU

GÉNIE PRÉCOCE Dès le plus jeune âge, David Fincher aime tâter la caméra 8mm. Ce virus ne le lâche pas quand ILM l’embauche en 1980 comme technicien sur les effets spéciaux du Retour du Jedi et d’Indiana Jones et le temple maudit. Soit la pierre angulaire d’un cinéma qui sera axé sur le visuel, ne laissant aucune place au hasard et à l’imprévu. Avant cela, il se fait remarquer en 1984 avec une pub anti-tabac où un fœtus s’en grille une in utero. Le carnet de commandes en pubs et clips se remplit. Fincher se défend de jouer le VRP de luxe : « Si la pub Nike sur fond de John Lennon est un de mes meilleurs spots, ce n’est pas vraiment pour les godasses ». Fincher préfigure Se7en sur le troublant Janie’s got a gun de Aerosmith, mais ne r

Le baptême du feu survient en 1992 avec Alien 3. Pas une mince affaire pour un premier long de passer après Ridley Scott et James Cameron. Arrivé tard sur le projet, il va très vite au clash avec la Fox qui lui retire le final cut et retourne des séquences entières sans son consentement. Fincher en conserve un souvenir amer. Ne lui en déplaise, Alien 3 contient déjà son penchant pour les univers glauques, la mutilation de la chair et les climax dépressifs. A partir de là, il en tire une leçon : la réalisation est un combat de haute lutte dont il faut sortir vainqueur. Quitte à être désagréable.

“ cinéaste d’un perfectionnisme maladif ” On se souvient du raz-de-marée Se7en,

moins du bras de fer qui a opposé Fincher et New Line pour le maintien du final traumatisant. Il obtient gain de cause grâce à Brad Pitt qui, en allié de poids, menaça de partir. Cette amitié indéfectible avec la star fait figure d’anomalie. Lui, le cinéaste d’un perfectionnisme maladif, connu pour multiplier les prises à l’infini, n’est pas l’ami des acteurs, loin s’en faut. « Il veut juste des poupées. » résume le comédien R. Lee Ermey. L’intéressé ne conteste pas : «  Je ne crois pas qu’il faille choyer les acteurs. On les paie trop cher pour les écouter se plaindre ou supporter leurs gueules de bois. » Gare à ceux aussi qui mettent sa vision en péril : La Fox lui demande de changer une réplique trop trash de Fight club, il la remplace par une autre bien pire. LE COME BACK Lorsque Fincher revient avec Zodiac, Paramount croit détenir le nouveau Se7en. Le studio écope d’une épopée historique dominée par l’obsession et la frustration. Pour une fois, ses personnages importent autant que ses images, il met le holà sur le clinquant pour son film le plus abouti. « C’est juste des types assis au milieu d’une pièce qui boivent du café dans des gobelets en plastique ! » rétorque-t-on à Paramount. No problemo : Benjamin Button va solder les comptes. Sauf que la technologie pour vieillir Brad Pitt coûte les yeux de la tête. Fincher n’excelle pas dans l’émotion brute à cause d’un versant féminin du récit très timoré. Le film peine à se rembourser. C’est pourquoi on attend de pied ferme The Social network du fait de son univers geek très masculin où, derrière les statuts Facebook innocents, se cache probablement une histoire terrible d’amitié corrompu par l’appât du gain. Julien Foussereau

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© Sony Pictures Releasing France

« Je suis David Fincher et je vous emm… »

• 2004 • création d’un réseau social, The Facebook, par Mark Zuckerberg, étudiant à Harvard, réservé au campus de sa fac. La même année, Eduardo Saverin – meilleur ami de Mark Zuckerberg – suggère d’étendre le réseau à l’ensemble des campus universitaires américains. • 2005 • Facebook perd son The et se fait racheter pour 200 000 $. Le réseau s’élargit aux membres des sociétés Apple et Microsoft. • 2006 • Ouverture du réseau au monde entier. Seule obligation : avoir plus de 13 ans. • 2010 • Mark Zuckerberg a 26 ans et pèse 4 milliards de dollars. Tapez la lettre F sur votre moteur de recherche et observez quel mot apparaît en premier …

Sujet de tous les fantasmes, « The Social Network » aura déchainé les passions via un buzz savamment orchestré. Clap ! fait le point sur ce projet fou pris entre folles rumeurs et démentis officiels.

Au commencement… … Il y a eu un projet. Une idée folle lancée l’année dernière. David Fincher annonce son envie de réaliser un film sur l’ascension de Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook. Pourquoi ? « Pour les gens, l’histoire, le cadre et finalement les notions de vieille déontologie en matière de business, éthique et morale » confiera Fincher au détour d’une interview au site /Slash Film. Malgré ces explications, le public ne retiendra qu’un mot : Facebook. Fincher allait adapter le réseau social le plus utilisé au monde sur grand écran et ainsi tourner une page dans l’histoire de l’adaptation cinématographique … En vérité, il n’en est rien.

The Social Network c’est quoi ?

jet pour contrôler les informations qui y sont relatées. Résultat : certaines scènes sont modifiées voire carrément supprimées. Fincher se console en utilisant la célèbre typographie blanche et bleue pour l’affiche de ce qui avait donc été baptisé « The Social Network ». Un détail inutile, puisque c’est tout de même le nom de Facebook qui restera sur toutes les lèvres et attirera, on l’espère, des millions de personnes dans les salles obscures le 13 octobre prochain.

Il est venu le temps des trailers… Une fois la machine mise en place, il était temps de faire monter la sauce. En juin dernier, un premier trailer apparait sur la toile. Quelques milliers d’anonymes en ont été les créateurs en envoyant sur le site officiel du film leur photo … de profil Facebook bien-sûr. Collées les une aux autres, celles-ci nous laissent découvrir en mosaïque le visage de Jess Eisenberg, interprète de Mark Zuckerberg. En fond sonore, ça parle de chiffres, de ré-

Qu’on se le dise : « The Social Network » se focalise avant tout sur Mark Zuckerberg et ses amis-ennemis-acolytesdétracteurs l’ayant entouré durant son accession au pouvoir. D’ailleurs, Fincher s’est principalement basé sur le roman The accidental Billionaire de Ben Mezrich pour appuyer sa réalisation. Non contente d’avoir refusé au cinéaste de titrer son film comme le fameux site Internet, l’entreprise de Mark Zuckerberg exige même d’en voir un premier Dossier | 15 |

volution numérique … On en veut plus ! Les premières images apparaissent quelques semaines plus tard et dévoilent un casting composé d’une flopée de jeunes acteurs mais aucun des grands noms du cinéma dont Fincher aime s’entourer. En fond sonore, Creep de Radiohead repris par un chœur d’enfants chantonnant que nous sommes tous fucking special… On commence à y croire.

En attendant le 13 octobre : Il reste le site officiel du film ( www.thesocialnetwork.com ) où l’on peut en apprendre plus sur chacun des membres du casting, lire des coupures presse encenser Fincher et désigner « The Social Network » de « nouveau Citizen Kane » ( meilleur film de tous les temps pour beaucoup de cinéphiles… mais pas tous ! ). Une comparaison trop flatteuse ? Réponse le 13 octobre en salles ! Marie-Aurélie Graff


© Sony Pictures Releasing France

critique

Réalisé par : David Fincher Avec : Jesse Eisenberg, Justin Timberlake, Andrew Garfield … Distributeur : Sony Pictures Releasing France - Durée : 2h00 le 13 octobre 2010

A

près, « l’Etrange histoire de Benjamin Button », romance mi figue mi raisin sur fond d’esthétisme exacerbé, on attendait de pied ferme le retour de David Fincher l’enragé. C’est désormais chose faite avec « The social network », fable à la fois caustique et terrifiante sur les rapports de force à l’ère du 2.0. Bienvenu dans l’enfer du social !

« La création a besoin d’un démon » … cette réplique cristallisée dans le film par l’avocate de Marc Zuckerberg fait étrangement écho à la carrière de Fincher et aux similitudes que ce dernier peut entretenir avec le créateur de Facebook ( coté obsessionnel quasi autistique, vision Bergsonienne selon laquelle l’homme est un loup pour l’homme. ) Pour autant « The social network » ne repose pas uniquement sur des thèmes chers au cœur du cinéaste et s’axe aussi autour de trois pivots, forces vives d’une mécanique parfaitement huilée. Génial scénariste de la non moins brillante série « A la Maison Blanche », Aaron Sorkin apporte à cette fausse success story tout son talent de narrateur via des dia-

•Fringe saison 2

Vendue comme une relecture 2.0 de X-Files, la co-création de J.J. Abrams, Alex Kurtzman et Roberto Orci trouve enfin sa personnalité propre.

The social Network

logues ultra denses alliés à une narration judicieusement éclatée sur trois niveaux. Une cadence verbale infernale à laquelle la réalisation de Fincher répond avec brio par l’entremise d’un découpage ciselé. A l’image de l’univers des réseaux sociaux lui servant de toile de fond, « The social network » va vite et transmet l’information telle une dangereuse trainée de poudre … ou comment dynamiter toute notion de temporalité par une réalisation et une écriture au cordeau. Comme « Zodiac » avant lui, le film, anti spectaculaire au possible, parvient à malicieusement détourner notre attention du postulat de départ ( la création de Facebook ) pour dessiner des enjeux éminemment plus intéressants. Personnage fincherien par excellence, Zuckerberg fait partie de ces « monstres tragiques », produit ( ou conséquence ) direct d’une société consumant l’être humain sous le poids du vernis social. Rejeté de toutes les castes, il parviendra à devenir le centre névralgique de chacune d’entre elles à travers le monde. Cette « revanche du nerd », Fincher la traite de manière clinique, loin de tout manichéisme primaire

dressant in fine le portrait d’un garçon/ homme obligé d’être « un sale con » pour évoluer au sein d’un jeu trop gros pour lui. Quitte pour cela à s’aliéner son meilleur ami, dernier rempart entre son humanité refoulée et une cupidité rampante. En cela, on peut aisément affirmer que « The social network » est une œuvre beaucoup plus lucide et subtile que le récent « Wall Street 2 » dans son exploration de l’avidité moderne. Enfin, impossible de ne pas évoquer la distribution : d’un Jesse Eisenberg troublant d’authenticité en Mark Zuckerberg au candide Andrew Garfield touchant en meilleur ami floué en passant par Justin Timberlake, monstre de charisme et de duplicité, chacun représente un maillon supplémentaire dans la grande fresque fincherienne. Preuves supplémentaires que « The social network » est un film qui fonctionne par touches de nuances. Obsédante et lancinante œuvre sur le pouvoir et la perte de l’innocence, « The social network » exerce son doux pouvoir de fascination jusqu’à ne plus vous lâcher. Assurément l’une des plus grandes claques de l’année ! Ilan Ferry

Sélection tv

La deuxième saison de Fringe, formidable série de SF à l’ambiance crépusculaire, démarre sur les chapeaux de roue. Débutant là où la première se terminait, la nouvelle année de Fringe pose des bases de haut vol dès son premier épisode, aussi haletant que parsemé d’idées narratives et visuelles formidables. Assumant enfin ses oripeaux de série feuilletonnante, qu’elle essayait de cacher la saison passée avec une suite d’épisodes plus ou moins rattachés à la mythologie principale, Fringe gagne en efficacité, profondeur et audace. Les auteurs se permettent à peu près tout,

y compris faire disparaître des personnages principaux ou cramer des enjeux dramatiques puissants en les menant jusqu’au point de rupture. Le tout permettant à Fringe de dépasser son simple apparat de série SF efficace et divertissante, pour intelligemment dériver vers un drame humain et intime, centré sur les relations bouleversantes entre Peter ( l’impeccable Joshua Jackson ) et son dérangé de paternel Walter ( John Noble, toujours aussi poignant ). Si bien que dans cette saison, la mythologie ne semble plus être une fin en soi, mais un bon prétexte à explorer des personnages aux lignes de fracture passionnantes. Mais pour les accros aux réponses, frustrés par la mystique fin de Lost, sachez que le monde parallèle tient ici une place prépondérante, et que les réponses abondent, quitte à laisser le spectateur exsangue en fin de saison, lors d’un monumental double épisode final au cliffhanger anxiogène en diable.

Fringe saison 2.

De J.J. Abrams, Roberto Orci, Alex Kurtzman. Avec Anna Torv, John Noble, Joshua Jackson. Tous les mercredis en deuxième partie de soirée sur TF1 depuis le 15 septembre et en VOD sur www.tf1.fr

Aurélien Allin

•glee Glee n’est pas une simple série pour jeunes : c’est une comédie musicale en 22 épisodes. Si ceux que la chanson dérange plus d’un épisode ne pourront sûrement pas adhérer au concept, les nostalgiques de Fame risquent fort de trouver leur bonheur. Piochant aussi bien dans les classiques pop-rockrap-funk-soul, que dans les standards des divas du moment – mention spéciale pour l’épisode spécial Lady Gaga - Glee, comme sa grande sœur Nip/Tuck à son apogée, se démarque avant tout de par sa richesse musicale. Point positif pour les ados qui pourront ainsi donc découvrir quelques morceaux de choix tout en s’identifiant, évidemment, à chacun des personnages. Preuve ultime que Glee est la série à suivre à la rentrée ? Britney Spears en personne viendra pousser la chansonnette dans la deuxième saison. Alors si l’ancienne icône des teenagers a déjà signé, il ne vous reste plus qu’à vous y mettre… Glee, tous les jours à 19h55 Sur Orange ciné happy Marie-Aurélie Graff

•thirst

Septembre aura été un mois sanglant sur Canal + Cinéma puisque spécialement consacré au thème du vampire. Au programme : l’excellent Morse de Tomas Alfredson, l’intrigant L’ombre du vampire de E. Elias Merhige ou encore Blood, the last vampire de Chris Nahon. Comment ça vous les avez loupés ? Vous dormiez ? Vous ne pouvez donc pas dormir le jour comme tout le monde ? Enfin … Dernière chance donc, pour finir le mois en beauté avec Thirst de Park Chanwook ( réalisateur du déjà culte Oldboy )

qui sera diffusé à partir du 29 septembre. Violence, tragédie et sensualité sont au rendez-vous pour un spectacle garanti sang pour sang frissons. L’histoire est celle de Sang-hyun, jeune prêtre coréen transformé en vampire suite à une transfusion sanguine d’origine inconnue. En proie à une soif de sang qui le consume, sa route va croiser celle de la troublante Tae-Joo … Entre mélo classe et film d’horreur charnel, Thirst, prix du jury au festival de Cannes 2009, impressionne par sa qualité visuelle et son inventivité. Le réalisateur y parle d’amour malade et apporte un peu de sang neuf et beaucoup d’énergie à un genre aujourd’hui parfois traité un peu à la légère. Entremêlant habilement les genres et les références Park ChanWook ( Old Boy, Lady Vengeance … ) orchestre donc une symphonie sanglante aussi séduisante que transgressive. Allezy sans crainte … et bon appétit bien sûr !

Thirst,

De Park Chan-Wook. Avec Song Kang-Ho, Kim Ok-vin, Kim Hae-Sook. sur Canal + à partir du 29 septembre.

Nico Paal

•the pacific Neuf années après Band of Brothers, Steven Spielberg et Tom Hanks font de nouveau équipe en produisant The Pacific. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’ une suite de Band of Brothers mais plutôt de son pendant situé sur le front des îles du Pacifique. Contrairement à sa sœur ainée qui multipliait les héros (et donc les points de vue), The Pacific ne s’intéresse qu’à trois Marines en particulier : Robert Leckie Eugene Sledge et John Basilone - le scénario s’inspirant, entre autres, des mémoires des deux premiers. Ici, on ne parle plus de fraternité mais de la solitude du combattant, une sorte d’évolution du regard sur le passé, moins idéalisé. Un propos illustré par un plan final sur un homme marchant seul. Mini-série prestige de HBO au budget de 200 millions de dollars et aux dix mois de tournages en Australie, The Pacific est une réussite, couronnée par l’Emmy Award de la meilleure minisérie 2010. Un must !

The Pacific, tous les lundis à partir de 20h45 sur Canal +. Disponible en DVD & Blu-ray dès le 3 novembre chez Warner Home Video. Claire Varin

Critique | 18 |

Sélection TV | 19 |


De Wim Wenders Avec : Harry Dean Stanton, Nastassja Kinski, Bruno Ganz … éditeur : Arte Video 22 septembre 2010

Film : 4,5 / 5 Blu-ray : 4 / 5

A

rte Vidéo sort pour la première fois en Blu-ray « Paris, Texas » et « Les Ailes du désir », deux œuvres majeures de Wim Wenders qui lui permirent de toucher un plus large public.

© Arte Video

Une volonté d’élargissement qui est au cœur des deux films. Citoyen allemand, Wenders a toujours été en quête de « l’ailleurs » avec, en ligne de mire, cette Amérique de John Ford et Nicholas Ray qui le fascinait déjà tout petit. En cela, « Paris, Texas », assouvit les pulsions du cinéaste pour le côté « exploration virant à l’errance ». Ces paysages mythiques ( Monument Valley, le Texas profond ), Wenders parvenait à porter sur eux un regard nouveau grâce à sa sensibilité européenne et son admiration pour le peintre Edward Hopper. En assouplissant ses méthodes de tournage, le cinéaste gagnait en spontanéité. Sans que cette esthétique nonchalante de l’errance vienne atténuer la force du mélodrame animant Harry Dean Stanton et Nastassja Kinski. Bien au contraire. Cette logique du relâchement, Wenders allait

5150 rue des ormes Réalisé par : Eric Tessier Avec : Marc-André Grondin, Normand d’Amour, Sonia Vachon ... Éditeur : Bac Vidéo

lebanon Réalisé par : Samuel Maoz Avec : Yoav Donat, Itay Tiran, Oshri Cohen ... Éditeur : TF1 Vidéo

la pousser plus loin encore avec « Les Ailes du désir », film construit au jour le jour, au scénario reposant sur une simple idée : un ange errant dans Berlin tombe amoureux d’une trapéziste au point de vouloir devenir humain ... Plus encore que « Paris, Texas », « Les Ailes du désir » capitalise essentiellement sur son atmosphère au tempo étrange et déstabilisant. Cependant, le contexte particulier -1986, soit la Guerre Froide agonisante-, la virtuosité élégante et céleste des cadrages ainsi que la superbe photographie en noir et blanc de l’immense Henri Alekan ( « La Belle et la bête » de Cocteau ) lui donnèrent un statut d’instantané d’une ville sur le point de changer. A envisager comme un documentaire poétique de la mégapole allemande, réaliste dans sa respiration, halluciné quand Nick Cave chante The Carny. Le tout nanti d’une puissance immersive qui force le respect. Et pour ce qui est de l’immersion, le format Bluray est ce qui se fait de mieux. Si les précédentes éditions DVD des « Ailes du désir », ne rendaient pas justice à la sublime lumière de Henri Alekan ou aux contrastes nuancés de Robby Müller dans « Paris, Texas », le mal est ici réparé avec une belle restauration supervisée par Wenders lui-même. La remasterisation sonore en DTSHD 5.1 fait des merveilles tant sur les riffs de Ry Cooder que sur les ambiances berlinoises complexes. En guise de suppléments : des entretiens passionnants avec le cinéaste et une foultitude de scènes coupées. Une belle manière de nous rappeler à quel point le génie de Wenders marqua les années 80. Julien Foussereau

22 septembre 2010

08 septembre 2010

Film : 4 / 5 DVD : 2,5 / 5

Film : 3,5 / 5 DVD : 3,5 / 5

L’éditeur nous gratifie ici d’un DVD on ne peut plus correct : en dépit de quelques artefacts de compression, l’image retranscrit parfaitement l’ambiance oppressante du film. Niveau son, les allergiques à la langue de Céline Dion risquent d’être quelque peu décontenancés par l’absence de sous titres sur la VO. Qu’à cela ne tienne puisque la piste française bénéficie d’un doublage très convaincant. En termes de bonus, il faudra malheureusement se contenter d’une poignée d’interviews. Dommage car il aurait été intéressant d’en savoir plus sur Patrick Sénécal. Ilan Ferry

Tout de tensions et d’angoisses, « Lebanon » nous plonge littéralement dans le ventre de la bête. Avare en termes de scènes d’action, il s’avère toutefois bien plus viscéral que la moyenne. Coincé dans les parois du tank avec nos quatre soldats, le spectateur, totalement immergé, n’a d’autres choix que de subir la guerre dans le viseur du char. Jusqu’au-boutiste et habilement réalisé jusqu’à gommer les artifices du découpage pour arriver à plus de réalisme, il traite de cette urgence dans la guerre sans jamais pêcher par excès de manichéisme, brassant à la fois sentiment de culpabilité, perte du libre arbitre et instinct de survie. Parfois dure, cette promenade amère pourrait bien vous faire oublier toute idée de confort… En dépit d’un joli transfert et la présence de sympathiques mixages Dolby digital 5.1 et DTS, force est de constater que le DVD n’a pas grand-chose d’autre à offrir. En termes de suppléments, il faudra se contenter d’une incontournable bande-annonce et d’un petit module sur la genèse du film. Côté coulisses, on apprendra que les acteurs ont eu droit à un isolement de plusieurs heures dans un petit container sombre afin de s’imprégner encore plus de leurs personnages. Rien de plus à se mettre sous la dent mais gageons qu’au vu de la qualité du film, ce disque deviendra vite incontournable pour tout bon cinéphile qui se respecte. Nico Paal DVD | 20 |

Film : 4 / 5 Blu-ray : 4 / 5

Les trois premiers films de Fatih Akin sortent dans un superbe coffret DVD. Soient « L’Engrenage», « Julie en juillet » et « Solino ». Dans le premier, Fatih Akin nous parle de l’amitié de trois copains d’Hambourg sur fond de polar mafieux. Bien plus léger, le deuxième est un road-movie romantique dans lequel un professeur coincé traverse toute l’Europe en compagnie d’une jeune baba cool. Saga familiale « à l’italienne », « Solino » suit la désunion et réunification de deux frères immigrés dans la Ruhr durant la seconde moitié du siècle dernier. Trois coups d’essai qui ne sauraient égaler les réussites à venir du réalisateur se cherchant encore, mais faisant déjà démonstration d’une belle sincérité et d’une générosité communicative qui transcendent des maladresses de débutant ( « L’Engrenage» ) ou le simplisme du projet ( « Julie en juillet » ). Les films sont présentés dans leur format vidéo d’origine dans des transferts globalement propres. Pour le son, il faudra se contenter à chaque fois de la version originale sous-titrée, là aussi d’une qualité d’écoute tout à fait acceptable. Question bonus, « L’Engrenage» et « Julie en juillet » cumulent deux commentaires audio ainsi qu’une une interview du réalisateur et deux autres entretiens avec ses comédiens d’époque. Bref, le cadeau idéal pour quiconque désire en savoir plus sur la carrière d’Akin ou simplement passer un bon moment x 3. Julien Munoz

Réalisé par : Daniel Grou Avec : Claude Legault, Rémy Girard, Martin Dubreuil … Editeur : E1 Entertainment 21 septembre 2010

A

dapté de la BD ultra violente de Mark Millar, « Kick-Ass » allait-il voir son énergie sacrifiée sur l’autel du tout public ? Les « fuck » seraient-ils troqués contre des « flûte » ? Hit-Girl, jeune forcenée masquée qui trucide des caïds à la sulfateuse, allait-elle être remplacée par une copie de Totally Spies ? Autant de questions balayées aussitôt le film commencé. Décuplant la force du matériau original, fun mais indéniablement moins intense, le film de Matthew Vaughn ( « Layer Cake » ) bazarde de l’action dans tous les sens, mais déroule également l’histoire d’une famille dysfonctionnelle recomposée par des parias en mal de reconnaissance. Dès lors on sait que « Kick-Ass », film de « super-héros » underground, sera un morceau de cinéma. Une sorte d’ovni ancré dans une époque 2.0 drôle, pop, moderne. Du divertissement de très haute volée aussi spectaculaire qu’intime.

Amateurs de super héros déglingués réjouissezvous : non content d’être rempli de bonus, le Blu-Ray de « Kick-Ass » offre des performances techniques à la hauteur de son aura ( quasi ) culte. Ainsi, le master retranscrit comme il se doit l’aspect très « comic book » du film via un réétalonnage numérique spécialement effectué pour le portage vidéo. Les pistes DTS-HD ne sont pas en reste et offrent un très beau spectacle acoustique

Réalisé par : Fatih Akin Avec : Jean Pierre Martins, Claude Perron, Jo Prestia ... Éditeur : Pyramide Vidéo

Film : 3,5 / 5 DVD : 3 / 5

Les 7 jours du Talion

15 septembre 2010

Coffret fatih akin

21 septembre 2010

Au pays des caribous, il n’y a pas que la voix de Garou qui fait peur. Preuve en est avec « 5150 rue des Ormes » , dans lequel un apprenti cinéaste est séquestré par un père de famille totalement décalqué du bulbe ! Adapté de l’œuvre éponyme de Patrick Sénécal, le Stephen King québécois, le film d’Eric Tessier distille un doux malaise via le duel opposant le geôlier (l’impérial et flippant Normand d’Amour) et sa victime incarnée par un Marc André Grondin ( « Le Caméléon » ) très convaincant. Une tension qui ira crescendo jusqu’au très nihiliste climax final. Anxiogène, cette parabole parfois un peu lourde sur la famille est une belle démonstration de la vivacité du cinéma canadien.

De Matthew Vaughn Avec : Aaron Johnson, Nicolas Cage, Christopher Mintz-Plasse … éditeur : Metropolitan

© 20th Century Fox Home Entertainment

WENDERS EN BLU- RAY

dvd / Blu-ray

KICK - ASS

rocky horror picture show Réalisé par : Jim Sharman Avec : Tim Curry, Barry Bostwick, Susan Sarandon ... Éditeur : 20th Century Fox Home Entertainment

15 septembre 2010 Film : 4,5 / 5 Blu-ray : 5 / 5

F

ou, décadent, iconoclaste… les superlatifs ne manquent pas pour décrire « Rocky Horror Picture Show » (« RHPS » pour les initiés ), comédie musicale bariolée, objet d’un culte amplement mérité depuis maintenant 35 ans.

Présenté cette année à L’Etrange Festival, Les 7 jours du Talion va venir jouer avec vos nerfs via une édition DVD minimaliste mais efficace. Adapté de l’œuvre de Patrick Sénégal ( 5150 rue des Ormes ), cet oppressant thriller se construit autour de la vengeance implacable d’un père de famille prêt à tout pour punir le meurtrier de sa fille. Glaçant ! © Metropolitain

dvd / Blu-ray critiques

notamment lors des interventions très musclées de Hit-Girl. En termes de suppléments, si le commentaire audio vidéo contenu sur le second disque relève plus du gadget, les divers documentaires, eux, valent largement le détour. A commencer par un excellent making of gorgé d’informations en tous genres et un très instructif module sur la bande dessinée dont est inspiré le film. De quoi (re)plonger avec bonheur dans les arcanes de cet OFNI ( Objet Filmique Non Identifié ) pas comme les autres ! Emmanuelle Spadacenta et Ilan Ferry

Flash-back : en 1975, « RHPS » déboule avec pertes et fracas dans la galaxie ciné et devient vite l’un des plus gros cartons en matière de musical. A la manière d’un alchimiste un peu punk, le scénariste / compositeur Richard O’Brien mélange influences pop et baroques pour mieux les diluer dans un maelstrom diablement jouissif oscillant entre morceaux de bravoure musicaux ( le célèbre let’s do the wrap time again ) et séquences instantanément cultes ( ah ces lèvres qui entonnent le générique de début … ). énorme brin de folie comme le cinéma nous en a rarement offert, « RHPS » fait écho à une période où toutes les audaces semblaient encore permises. Soit une ode libertine qui, à l’image de ses confrères, ( Tommy en tête ) redonne au terme opéra rock tout son sens. Une puissance évocatrice toujours aussi prégnante tant ce vibrant hommage au cinéma d’horreur et surtout à la musique reste, aujourd’hui encore, l’un des OFNI les plus barrés et subversifs qui soit. Pour fêter dignement les 35 bougies de « RHPS », l’éditeur n’a pas lésiné sur les moyens et lui offre un écrin de choix à cheval entre performances techniques ébouriffantes et bonus foisonnants. Entièrement reliftée, l’image apparait plus belle que jamais laissant entrevoir des détails jusqu’ici indécelables. Les mélomanes seront aux anges grâce à une piste DTS-HD Master Audio tout simplement monstrueuse. D’une puissance à couper le souffle elle confère aux numéros musicaux une ampleur incroyable. Enfin, les nombreux suppléments vous proposent tous à leur manière de revivre l’expérience via de nombreux modules et gadgets prompts à ravir les fans et convertir les nouveaux venus. Ilan Ferry DVD | 21 |

Robin des bois Réalisé par : Ridley Scott Avec : Russel Crowe, Cate Blanchett, Mark Strong … Editeur : Universal Pictures Video 05 octobre 2010 Déçus par les trous narratifs de Robin des Bois ? Bonne nouvelle puisque le film de Ridley Scott débarque en DVD et Blu-Ray dans une version longue inédite comblant toutes ces petites lacunes. Rayon bonus, on trouvera notamment un excellent documentaire revenant en détails sur cette excellente épopée lorgnant du coté de Gladiator. L’occasion de revoir Nottingham !

ZACK ET MIRI

FONT UN PORNO Réalisé par : Kevin Smith Avec : Seth Rogen, Elisabeth Banks, Jason Mewes … Editeur : Wild Side Vidéo 05 octobre 2010 Ne vous fiez pas à son titre faussement racoleur, Zack et Miri font un porno est une comédie tendre et drôle contant les galères de deux potes à court d’argent. Répliques cul(te)s et situations cocasses s’enchainent ici à un rythme effréné. étrangement inédit chez nous, le film de Kevin Smith ( Clerks ) débarque enfin dans de belles éditions DVD & Blu-Ray.

La belle & la bête Réalisé par : Gary Trousdale Avec: Paige O’Hara, Robby Benson, Richard White … Editeur : Walt Disney Home Entertainment France 05 octobre 2010 Dix huit ans après avoir émerveillé les enfants du monde entier, le chef d’œuvre des studios Walt Disney s’offre un lifting bienvenu en DVD & Blu-Ray. Au programme : des bonus à gogo ( jeux, documentaires … ) et un tout nouveau master magnifiant comme il se doit cette romance d’un autre temps. Idéal pour (re)trouver son âme d’enfant !

La mélodie du bonheur Réalisé par : Robert Wise Avec : Julie Andrews, Christopher Plummer, Richard Haydn … Editeur : 20th Century Fox Home Entertainment 13 octobre 2010 Après Rocky Horror Picture Show c’est au tour d’un autre fleuron musical de la Fox d’avoir les honneurs du Blu-Ray dans une édition techniquement et interactivement superbe. Adapté d’une pièce de Broadway, cette superbe et ambitieuse fresque enchanteresse fait partie de ces mélodies que vous n’êtes pas prêts d’oublier !


JEUX VIDéo

JEUX

Edité par Clapmag 53 bd du montparnasse 75006 Paris RCS 519413512 Directeur général Romain Dubois-Dana

© Activision

Directeur de rédaction Romain Dubois-Dana Rédacteur en chef Ilan Ferry

SPIDER-MAN :

Shattered Dimensions

éditeur : Activision Plateforme : Xbox 360 et Playstation 3

10 Septembre 2010

Alors qu’il affronte le redoutable Mysterio, Spider-Man brise en plusieurs morceaux une pierre magique. Ce geste provoque malencontreusement l’ouverture d’une énorme faille dimensionnelle où passé, présent alternatif et futur mettent la planète en danger. Quatre mondes. Quatre Spider-Men. Quatre modes de jeux.

Dead Rising 2 éditeur : Capcom Plateformes : PS3, X Box 360, PC

24 Septembre 2010 Les morts vivants de Dead Rising reviennent dans un nouvel opus encore plus terrifiant. Exit les paysages déprimants du middle west, et place aux lumières de Fortune City, décor grandeur nature de Terror is Reality, jeu de télé réalité dans lequel chaque joueur doit tuer plus de zombies que son adversaire et rester vivant le plus longtemps possible. C’est dans ce contexte qu’arrive Chuck Greene, ancien champion national de moto, bien décidé à se battre pour survivre et gagner le gros lot. Si Dead Rising premier du nom était un hommage évident aux films de George A. Romero, cette suite lorgnerait plutôt du côté d’une version zombiesque de Secret Story. Au programme : du fun, du sang, des zombies par milliers et des armes à gogo. Vous en reprendrez bien une bouchée ?

Graphisme Daphné Keller

Les adaptations vidéoludiques de l’univers Marvel ont souvent laissé à désirer par le passé. Tandis que DC Comics trouvait enfin avec Batman Arkham Asylum de quoi assouvir les fantasmes les plus sombres des gamers mordus de comics, l’homme-araignée n’incarnait pas réellement le fun sur console next gen. Spider-Man : Shattered Dimensions s’annonçait comme un de ces titres qui en promet plus qu’il n’en délivre. Pourtant, le Tisseur et ses avatars dimensionnels procurent côté gameplay un réel plaisir dans les variantes qu’ils proposent. Le mode Amazing demeure le plus classique avec une modélisation cell-shading des niveaux très orientés plate-forme. L’Ultimate est placé sous le signe de la baston arcade très agressive avec la jauge de rage de Spider-Man sous symbiote. Spidey 2099 ( celui avec la trogne de Spawn ) en met plein la vue avec sa mégalopole futuriste et ses actions bullet time. Enfin Spider-Man Noir, situé

Pro Evolution Soccer 2011 éditeur : Capcom Plateformes : PS3, X Box 360, Wii, PS2, PSP, PC

30 Septembre 2010 La célèbre licence footballistique revient pour le plus grand plaisir des fans. Incontournable auprès des mordus du ballon rond, Pro Evolution Soccer ( PES pour les intimes ) passe au niveau supérieur via un nouveau gameplay totalement repensé. Plus évolué en termes de réalisme, PES intègre plus de 1000 nouvelles animations et accentue l’impression de liberté au cours des nombreuses phases de jeu. Ainsi, les plus expérimentés pourront distiller des passes millimétrées, et doser la puissance de chaque frappe grâce à un nouveau système de jauge. Les plus créatifs pourront s’exprimer via le mode « Création de stades » et laisser libre cours à leur imagination. Regagnera-t-il pour autant l’amour des gamers passés sur FIFA depuis quelques années ?

pendant la Prohibition, s’avère être un jeu d’infiltration où progresser et neutraliser devront aller de pair avec la discrétion. On concèdera que le titre n’est pas exempt de défauts : le mode infiltration est clairement le plus léger du lot et peine à se mesurer avec une pointure du genre comme Splinter Cell, la longueur des chapitres ( 50 minutes en moyenne ) peut également engendrer de la lassitude surtout quand la caméra se met parfois à pédaler dans la semoule. Dans le même temps, on appréciera énormément la tonalité très « bon enfant » du titre où le héros est à l’origine d’un festival de vannes apportant une fraîcheur bienvenue après des volets bien trop sérieux. Et le gamer qui rit est un gamer aux trois-quarts conquis !

Contact publicité contact@clapmag.com 09 81 63 40 88

1/ A quels films appartiennent ces images ?

dessin Alexandre Donnadieu-Deray Rédaction Web Romain Dubois Victor Vogt Email contact@clapmag.com

Julien Foussereau

Medal of honor tiers 1

Courrier rédaction 53 bd du Montparnasse 75006 Paris photo couverture © Sony Pictures Releasing France

© Alexandre

Site internet www.clapmag.com remerciements François Hassan Guerrar, Axel Foy.

éditeur : Electronic Arts Plateformes : PS3, X Box 360, PC

14 Octobre 2010 Incroyable mais vrai : après onze années de bons et loyaux services, la saga Medal of Honor quitte la Seconde Guerre Mondiale pour entrer de plein pied dans les tourments de la guerre moderne. Les Tier 1 sont un groupe de soldats d’élites surentrainés appelés pour des missions que personne d’autre ne pourrait mener à bien. Dans la peau de l’un d’entre eux, le joueur sera amené à combattre et survivre dans des conditions spartiates. Réalisé en collaboration avec de vrais membres du Tier 1, MOH est un jeu ultra réaliste qui risque bien de bousculer vos idées reçues sur l’armée américaine. Dans la veine des célèbres Call of Duty : Modern Warfare, Medal of Honor Tier 1 laisse la part belle à l’action. Gaaaarde à vous !!!! Ilan Ferry

Jeux Vidéo | 22 |

Rédacteurs Emmanuelle Spadacenta Marianne Dubois-Dana Julien Munoz Julien Foussereau Julien Lathière Claire Varin Nico Paal Victor Vogt Louisa Amara Marie-Aurélie Graff Aurélien Allin

Jeux | 23 |

prochain numéro …


paulo branco présente

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sortie le 20 octobre

Clap! n°6  

Clap! numéro 6, le magazine tendance du cinema

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