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DOSSIER Le Figaro – Vins : Comment les vins sont-ils notés ? En attribuant des notes, de mystérieux critiques font la pluie et le beau temps sur les ventes et les prix des vins, à Bordeaux comme ailleurs. Quelles sont leurs méthodes et que vaut vraiment leur jugement ? À quoi servent les critiques ? Leur rôle est de goûter, de juger, de noter la qualité d’un vin. Les résultats de leurs appréciations font ensuite l’objet de publications dans la presse, sur des blogs ou dans des guides. Leur jugement est, bien entendu, fondamental pour le consommateur qui s’y réfère en toute confiance - n’ayant pas la possibilité de tester autant de vins que ces grands experts - avant de sélectionner ses achats. Leurs notes servent même d’argument commercial dans les publicités des producteurs, les devantures des cavistes ou les linéaires des supermarchés lors des foires aux vins. Comment les notes sont-elles établies ? Il existe deux systèmes de notation qui s’affrontent. Le premier, mis en place par Robert Parker, établit une note sur 100. Le gourou américain classe ainsi les vins en cinq catégories : exceptionnels (96-100), excellents (90-95), audessus de la moyenne à très bons (80-89), moyens (70-79), inférieurs à la moyenne à inacceptables (50-69). Ce système est aujourd’hui particulièrement controversé, notamment parce que la majorité des résultats s’échelonnent entre 90 et 100. Difficile, dans ces conditions, de livrer une véritable hiérarchie entre les vins. Les Européens lui préfèrent un système sur 20, à l’image de ce que proposent les critiques Michel Bettane et Thierry Desseauve, ou Bernard Burtschy. Ce dernier a retenu huit catégories plus affinées et prenant en compte toute la graduation:   vins absolus (18 à 20), exceptionnels (16 à 17,5), grands vins (14 à 15,5), très bons (12 à 13,5), bons (10 à 11,5), petits défauts (8 à 9,5), défauts graves (6 à 7,5) et moins de 6 pour les imbuvables. Les notes sont-elles fiables ? Pour tenter de donner à leur notation la plus grande fiabilité, la plupart des critiques testent plusieurs fois les vins. D’abord lors de la dégustation des primeurs, puis une fois le vin mis en bouteilles, dix-huit à vingt-quatre mois plus tard. Lors de cette seconde dégustation, ils peuvent être amenés à affiner leur jugement et modifier sensiblement leur note. C’est ce qui s’est d’ailleurs produit en février dernier, lorsque Robert Parker a fait le compte rendu de sa dégustation des bordeaux 2009 en bouteilles. Plus de la moitié de ses évaluations ont été révisées, la plupart à la hausse. Vingt bordeaux ont même atteint, à cette occasion, la note ultime de 100/100. Pas forcément une bonne www.rollandeby.com


nouvelle pour la profession. " Tout le système de notation est ainsi remis en cause, explique Angélique de Lencquesaing, associée fondatrice du site de courtage de vins aux enchères iDealwine.com. Il n’existe plus de hiérarchie entre tous les vins notés 100 !"   Quelle est l’influence des critiques ? "Direction Bordeaux la semaine prochaine pour goûter les 2011. Absolument aucun intérêt dans ce millésime si mon intuition est correcte." Ce message posté le 14 mars dernier sur Twitter par Robert Parker a créé un émoi sans pareil dans le monde du vin, à commencer par Bordeaux où se déroulait, deux semaines plus tard, la dégustation des primeurs 2011. " La plupart des journalistes ont une influence sur la tendance du millésime, mais seul Robert Parker a une influence sur les prix ", résume François Lévêque, courtier en vins à Bordeaux. Une preuve ? "Dans la nuit qui a suivi la publication des nouvelles notations des bordeaux 2009, Smith-HautLafitte (grand cru classé de graves), qui venait de se faire attribuer 100, a vu son prix doubler", constate Angélique de Lencquesaing. De même, Léoville Poyferré (deuxième cru classé de saint-julien), sorti en primeur à 60 euros HT, s’échange désormais à 175 euros HT entre professionnels depuis sa consécration à 100/100. "Parker a une telle influence que même lorsqu’il se trompe, il a raison, résume Patrick Bernard, PDG de la maison de négoce Millésima. On peut estimer que les critiques ont le même rôle à jouer qu’une agence de notation. Ils sont là pour encourager les propriétés qui font des efforts sur la qualité, mais ils devraient également mettre sous surveillance les vins litigieux en refusant de les noter pendant deux ou trois ans ", juge-til. En ligne de mire, les propriétés qui présentent en dégustation des vins radicalement différents de ceux qui seront en bouteilles. Interview de Bernard Burtschy Professeur de statistiques à l’École Nationale Supérieure des Télécommunications à Paris, Bernard Burtschy est également chroniqueur régulier pour le Figaro. Il publie ses notes de dégustation sur l’Avis du Vin, le site Internet du Figaro dédié au monde du vin. Pouvez-vous expliquer votre système de notation ? Il s’agit d’un système classique de notation sur 20 où je distingue, en réalité, huit catégories : - De 18 à 20 : Vins absolus - De 16 à 17,5 : vins exceptionnels - De 14 à 15,5 : Grands vins - De 12 à 13,5 : Très bons vins - De 10 à 11,5 : bons vins - De 8 à 9,5 : vin avec des petits défauts - De 6 à 7,5 : vin avec des défauts graves - Moins de 6 : vins imbuvable

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Votre système de notation est-il relatif ou absolu. Un 16/20 sur un millésime 2010 vaut-il un 16/20 d’un millésime 2007, par exemple ? Le système le plus séduisant intellectuellement est la notation relative. Mais elle demande une immense connaissance de la part du lecteur. Ainsi, lorsqu’on lui parle d’un Vieux Château Certan 2008, il doit connaître le niveau des pomerols 2008, pour voir si le vin est plus ou moins bien réussi par rapport aux vins de sa catégorie. C’est en réalité impossible. J’utilise au contraire une note absolue, un système qui a pour conséquence d’établir des notes plus basses que la moyenne de mes confrères. Dans la plupart des guides français, le moindre vin possède une note de 16/20, ce qui flatte le producteur, mais ne sert rien au consommateur, puisque. 80%, voire 90% de vins notés ont une note au moins égale à 16/20. Or, pour moi, un vin à 16/20 est un vin exceptionnel, donc forcément rare. Robert Parker utilise également une note absolue, mais dans une échelle incompréhensible pour quelqu’un qui n’a pas fait ses études en droit aux EtatsUnis. Ainsi, je vois des producteurs annoncer fièrement un 85/100, ce qui correspond en réalité à un 8/20… Les commentaires de Parker sont de tout premier ordre, mais tout le monde ne cite que la note. Interview de François MAUSS Résidant dans le Grand-Duché du Luxembourg, ce bon vivant qui se qualifie lui-même de"Grand Amateur" a fondé en 1996 le Grand Jury Européen et en 2009 le World Wine Symposium. Pourquoi avoir créé le Grand Jury Européen ? Face à l’omnipotence de Rober Parker, il me semblait indispensable de proposer une alternative crédible. Robert Parker déguste seul : nous serons plusieurs. Il déguste étiquette découverte : nous gouterons les vins à l’aveugle. Le Grand Jury Européen (GJE pour les intimes) comprend aujourd’hui 35 membres de 10 nationalités et d’univers différents. On y croise des journalistes, des sommeliers, des directeurs de restaurant et des cavistes. C’est une somme de subjectivité qui commence à faire un début d’objectivité. Vous allez même jusqu’à renier le système de notation chiffrée... Au début, grâce à un système statistique mise au point par Bernard Burtschy, je notai les vins sur 100, afin de les comparer bien sûr aux notes de Robert Parker. Mais aujourd’hui, ce système atteint ses limites. A y regarder de plus près, Parker note en réalité les vins sur 10 points. Les spéculateurs ne regardent que les vins entre 95 et 100, et plus personne ne s’intéresse aux vins notés moins de 90 ! Désormais, j’essaye d’imposer un nouveau système de notation simple en 8 niveaux : les vins à défaut majeur, les vins de plaisir (simple, bon, excellent), les vins d’émotion (belle, grande, très grande), et les vins de référence absolue. www.rollandeby.com

Le Figaro - Comment les vins sont-ils notés ?  

Interview de Bernard Burtschy et François Mauss www.gje.mabulle.com