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Rohingyas Si nous ne sommes pas birmans, alors que sommes-nous ?    

Margot Meyer, Noé Boever et Félix Francotte 2017 - 2018


Ro h i n g y a s Si nous ne sommes pas birmans, alors que sommes-nous ?  

La Birmanie, une dictature qui prend fin. Un pays qui s’ouvre enfin. Le visage du prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, héroïne de la liberté et des droits de l’homme, à la tête du gouvernement. Un peuple qui découvre timidement la liberté d’expression. Tous les ingrédients semblent réunis afin de voir éclore une belle démocratie. Et pourtant, aujourd’hui plus de 600 000 Rohingyas ont dû fuir la Birmanie.

Margot Meyer, Noé Boever et Félix Francotte 2017 - 2018


Si vous ne connaissez absolument rien sur les Rohingyas, voici ce qu’il faut savoir QUI SONT-ILS ?   Les Rohingyas sont une population musulmane d’à peu près d’un million d’individus vivant dans l’Etat d’Arakan, situé à l’ouest de la Birmanie, le long de la frontière avec le Bangladesh. Privés de nationalité birmane, ils ont la triste particularité d‘être le plus grand peuple apatride au monde. En Birmanie, ils vivent dans des camps et dans des villages mais leur statut les empêche de se déplacer librement, d’avoir accès à des soins de santé et à une éducation.

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POURQUOI EN PARLE-T-ON AUJOURD’HUI ?  Le 25 août 2017, des membres de l’ARSA, l’armée du salut des Rohingyas de l’Arakan, un groupe rebelle qualifié de terroriste par l’armée birmane, ont attaqué des bureaux de police dans l’Etat d’Arakan. En réponse à ces offensives, l’armée birmane mène depuis lors une politique de répression dans l’Arakan. Selon la version officielle, les militaires sont à la recherche des terroristes de l’ARSA, lâchement cachés parmi la population Rohingya. Des affrontements éclatent lorsque les deux se rencontrent et des civils sont utilisés comme bouclier humain par l’ARSA, occasionnant donc des victimes collatérales. Dans les quatre mois qui ont suivi les attaques, entre 650 et 700.000 Rohingyas ont fui la Birmanie pour rejoindre le Bangladesh voisin. Leur version de l’histoire met l’armée en cause. Elle est accusée de brûler systématiquement les villages des Rohingyas, d’exécuter sommairement

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ses occupants et de violer les femmes. Aujourd’hui, ces centaines de milliers de Rohingyas vivent dans des camps de réfugiés au Bangladesh, à quelques kilomètres de la frontière birmane. On en parle aussi car la Birmanie vit un moment charnière de son existence. Après 60 ans sous l’emprise de la junte militaire, la Birmanie est en pleine phase de démocratisation. La junte a fait un pas de côté et des élections législatives ont eu lieu en 2015, consacrant la NLD, la National League for Democracy, le parti d’Aung San Suu Kyi qui, si elle ne peut être officiellement cheffe d’état en assume officieusement le rôle. Surnommée la Dame de Rangoun, Aung San Suu Kyi est considérée comme une véritable icône de la paix et sa la lutte non-violente contre la dictature militaire lui a valu de remporter le prix Nobel de la paix en 1991. Aujourd’hui, la situation des Rohingyas dans son pays lui vaut des critiques très virulentes de la part de l’opinion publique et des médias

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internationaux qui plaçaient en elle beaucoup — peut-être trop — d’espoirs. Dans ce mook, nous reviendrons sur ce que nous avons vu, sur les informations et témoignages que nous avons recueillis. Nous ne prétendons pas détenir de grande vérité, de toute façon trop complexe pour être intégralement maîtrisée. Nous ne nous prononcerons pas sur les sujets que nous ne connaissons pas et tâcherons d’être rigoureux, donc prudents. Nous serons ici vos yeux à l’intérieur de la réalité que vivent les Rohingyas à l’heure actuelle et tenterons de vous permettre de comprendre la problématique plus en profondeur. BONNE LECTURE.

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SHAH PORIR DWIP La traversĂŠe nocturne des bateaux


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En une demi-heure à peine, le soleil a disparu. Il est 18h30. Avant de trouver l’endroit propice à l’arrivée des bateaux, nous attendons discrètement qu’il fasse nuit noire. La BGB (Border Guards Bangladesh) rôde le long de la rive et sans vraiment savoir quel rôle elle tient dans toute cette histoire, nous préférons nous en méfier. Une fois la pénombre bien installée, nous pourrons nous déplacer à l’abri des regards. Après avoir marché quelques mètres le long de la rive, nous voilà en place pour voir venir les embarcations de Rohingyas fuyant la Birmanie. Seule la rivière Naf nous sépare du pays qui ne veut pas d’eux. Nous n’avons aucune visibilité, aucune garantie de voir arriver quoi que ce soit. Et peut-être nous faudra-t-il veiller jusqu’à l’aube.

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Pourquoi fuient-ils surtout de nuit ? Les passeurs, bien souvent des pêcheurs bangladais, préfèrent voguer de nuit pour éviter d’être eux aussi pris pour cible. De plus, du côté birman, l’armée intervient souvent de nuit pour mettre le feu aux villages. Les Rohingyas ne sont pas les seules victimes. D’autres minorités sont également les cibles de ce genre d’attaques militaires, comme dans les États de Kachin et de Shan au nordest du pays.


Des éclairs violacés éclatent dans le ciel et laissent apparaître l’ombre des montagnes birmanes face à nous. Nous attendons, plongés dans une obscurité totale. Soudain, du mouvement se fait entendre. Des embarcations arrivent. Ni une ni deux, nous voilà dans la rivière, de l’eau jusqu’aux genoux. Les bateaux de fortune se rapprochent tout doucement, et surtout, le plus discrètement possible. Ils transportent peut-être une quinzaine, voire une vingtaine de personnes dans ces coquilles de noix. Les plus vaillants s’en échappent rapidement pour rejoindre la rive au plus vite, d’énormes sacs de grains en guise de bagages. Les barques ne s’arrêtent pas. Aussitôt vidées, elles repartent se fondre dans la nuit noire en direction de la côte birmane. Certains visages laissent deviner le soulagement. D’autres, l’épuisement. Et la peur, quant à elle, se dissout tout doucement. Pour eux, l’horreur est derrière, à quelque mètres de l’autre côté de la rivière. D’ailleurs, au loin, on peut apercevoir un halo orangé à la frontière birmane. Un village en feu. Ces Rohingyas fraîchement arrivés sur le sol bangladais sont accueillis par une horde de journalistes. Flashs et lampes torches viennent mettre fin à la pénombre. Des imams les attendent également sur la rive, des liasses de billets dans chaque main. Ils distribuent de l’argent avant même de prendre humainement en charge ces pauvres gens. Les réfugiés rohingyas démunis avancent sans savoir où aller ensuite, sans savoir ce qui les attend demain. Attirée par tout ce raffut, la BGB est bien présente. Nous tentons de l’éviter mais d’après ce que l’on voit, ils ne sont pas là pour stopper les arrivants. Ils veillent seulement à ce que tout se passe sans débordements… Pendant ce temps, les va-et-vient de bateaux se multiplient. Une centaine de Rohingyas, ou plus, sont maintenant en sécurité, sur le sol bangladais. Certains n’ont quasiment rien emmené avec eux. D’autres, entassent leurs affaires sur la rive le temps de se remettre du voyage. Le temps de réaliser où ils sont maintenant. Prochaine étape, rejoindre Teknaf, le premier village hors de l’île.

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TEKNAF Vers le premier village bangladais


Arrivés de nuit sur l’île Shah Porir Dwip, à la pointe du Bangladesh, ces nouveaux réfugiés rohingyas entament leur marche vers une nouvelle vie.

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Le jour se lève. Il faudra quelques heures à ces familles pour atteindre le premier village hors de l’île, Teknaf. Un semblant de route, faite de briques et de boue, s’étend sur quelques kilomètres. Et de chaque côté, l’eau de la rivière. Marée basse ou marée haute. Dans le premier cas, la traversée se fait presque entièrement à pied, à travers l’eau et la boue. Dans le second, des navettes font les allers-retours du matin au soir, dès que le niveau de l’eau le permet. Le paysage est chaotique, avec une foule mêlant Bangladais allant dans un sens et Rohingyas, dans l’autre. En effet, de nombreux locaux sont là pour venir en aide à ces nouveaux réfugiés. Sur le chemin, nous ne cessons de croiser ces hommes en qamis blanc, costume traditionnel des imams, mallette à la main. Ces derniers font le trajet inverse, en direction de la pointe de l’île. Comme évoqué précédemment, ils leur amènent un semblant de prospérité. À l’arrivée du village, le long de la route, gît un nombre incalculable d’habits qui recouvrent le sol. Ces affaires sont données aux Rohingyas, mais ceux-ci n’ont que faire de trop de vêtements…

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Tous cherchent à se mettre à l’abri d’une tempête qui fait rage. L’homme à gauche protège son nourrisson sous un morceau de bâche.

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Les autorités bangladaises sont présentes à l’entrée de Teknaf. Elles sont là pour gérer les va-et-vient. Dans ce village, peu d’infrastructures sont mises en place pour accueillir les Rohingyas. Seule l’école a été transformée en « accueil » pour un premier contact avec ces personnes. Mais la prise en charge reste minime. La première étape est franchie pour ces Rohingyas, le pire est derrière eux. Mais maintenant, quelle direction prendre ? Leur arrivée sur cette terre d’accueil se fait dans le flou. À cet endroit, la présence d’ONG est quasi nulle. Pourtant, c’est le nouveau point de départ pour ces Rohingyas maintenant en sécurité. Quelque peu livrés à eux-même à ce moment, ils suivent le mouvement pour atteindre la zone des camps de réfugiés.

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LE MALHEUR DES UNS... Dacca

Chittagong

Hill Tracts

Cox’s Bazar

Zone des camps

Teknaf

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La crise des Rohingyas que nous vivons actuellement ne date malheureusement pas d’hier. L’afflux de réfugiés Rohingyas dont nous sommes témoins est la quatrième grosse vague d’émigration Rohingya depuis 1978. Contrastant avec la détresse des milliers de familles qui laissent derrière eux domicile et pays, d’autres ont toujours trouvé leur intérêt dans ces départs forcés. Selon Mesbah Kamal, professeur d’histoire à l’Université de Dacca au Bangladesh, le gouvernement bangladais en place en 1992 se serait servi des réfugiés Rohingyas afin de pratiquer un nettoyage ethnique sur son propre territoire. Une zone en particulier aurait été visée à l’époque, les Chittagong Hill Tracts. Il s’agit d’une zone montagneuse située à proximité de la frontière birmane et composée en majorité d’indigènes bouddhistes alors que le Bangladesh est un pays à 99% musulman qui ne reconnaît pas d’autre ethnie que les Bengalis.

Quelque part, le Bangladesh et la Birmanie défendaient des politiques assez similaires de nettoyage ethnique en tentant chacun à sa manière de mettre dehors ses minorités, bouddhiste ou musulmane afin d’homogénéiser son territoire. Plus proche de nous, durant les premières années qui ont suivi la vague migratoire de 2012, des rapports d’ONG et de journalistes ont fait état de centaines de cas de Rohingyas fuyant par la mer et capturés afin d’alimenter un trafic d’êtres humains en Thaïlande, en Malaisie ou en Indonésie où ils sont revendus comme esclaves, sexuels pour les femmes et les enfants. Selon des En 1992, le Bangladesh était dirigé par une coalition islaRohingyas rescapés, des officiels thaïlandais participent miste fondamentaliste dont le but avoué était de faire du eux-mêmes à ce trafic qui se déroulerait comme suit :   des Bangladesh un état entièRohingyas fuient la Birrement musulman. Les Il est encore trop tôt pour savoir manie afin de rejoindre Chittagong Hill Tracts la Malaisie. Entassés sur représentaient donc pour précisément ce qu’il adviendra des des bateaux surpeuplés, ce gouvernement un sujet presque 700.000 Rohingyas qui ont ils sont livrés par des particulièrement épineux. fui depuis le 25 août dernier mais si passeurs peu scrupuleux à des trafiquants, le long Il faut savoir que si les on en croit le passé, ils ne sont pas de la côte thaïlandaise. Rohingyas vivent en Bir- encore au bout de leurs peines. Là, ils sont amenés sur la manie depuis au moins terre ferme et sont enfer150 ans, ils sont ethniquement proches des Bengalis, més dans des camps dans la jungle thaïlandaise. Ils y sont au point qu’il est impossible de différencier physiquetenus prisonniers en échange d’une rançon pouvant s’élement un Bangladais d’un Rohingya. Ils sont également ver jusqu’à 1000$, somme extrêmement conséquente. Si musulmans, ce qui aurait inspiré une politique d’acleur rançon ne peut être payée, ils sont revendus comme cueil très favorable du gouvernement bangladais à leur esclaves à des pêcheurs thaïlandais. encontre. L’arrivée massive de Rohingyas aurait alors été utilisée par le gouvernement islamiste pour repeupler les Chittagong Hill Tracts. En plaçant des dizaines et progressivement des centaines de milliers de Rohingyas dans la zone, le gouvernement bangladais avait pour objectif de faire reculer la population bouddhiste indigène vers l’Inde, au nord et de la remplacer complètement par les Rohingyas afin d’islamiser la région. Si cette histoire n’a jamais été officialisée, elle permettrait, selon le professeur Kamal, d’expliquer où sont passés les centaines de milliers de Rohingyas ayant fui au Bangladesh lors du deuxième exode, en 1992.

Contrairement à certaines idées reçues, les habitants du Bangladesh ne sont pas les Bengalis. Le terme bengali se réfère à une ethnie, largement majoritaire au Bangladesh (on estime que 98% des habitants du Bangladesh sont Bengalis.) mais les citoyens du Bangladesh sont les Bangladais.

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UKHIA UKHIA Vers le premier village bangladais Les camps « sauvages » 

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Nous voilà maintenant dans la zone d’Ukhia, à une bonne heure en touk-touk de Cox’s Bazar.

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Nous arrivons dans un camp de réfugiés non-enregistré. Des cabanes sont amassées au bord de la route jusque dans la forêt qui la borde. Aujourd’hui, il est 7h30 et la chaleur est déjà bien présente. À peine sommes-nous hors de la voiture que déjà plus de 100 regards se posent sur nous. L’endroit est surpeuplé. Des toits de bâches dessinent le paysage. La foule est en mouvement. Certains, des hommes jeunes et moins jeunes, portent de longues tiges de bétel, un arbre semblable au bambou, sur leurs épaules. C’est ce qui leur servira de charpente pour mettre en place un toit au-dessus de leurs têtes. Les enfants, quant à eux, sont missionnés pour aller récolter de l’eau ou des petits bouts de bois pour le feu. Nous avançons le long de la route avant de nous diriger sur un sentier. Chaleur et nuage de fumée alourdissent nos pas. Tous nous questionnent du regard. « Sont-ils là pour nous aider ? », « Viennent-ils nous apporter des vivres ? » … C’est un sentiment étrange lorsqu’on se retrouve au milieu de ces gens, au milieu de toutes ces personnes qui n’ont plus rien, plus de chez eux. On ne peut qu’être en admiration. Ils ont fui leur propre pays car celui-ci ne veut pas d’eux. Et pourtant ils sont là, ils continuent à se battre pour avancer, pour vivre et survivre. Le simple fait d’être arrivés sains et saufs au Bangladesh est pour eux un grand pas en avant, même s’ils ignorent de quoi la suite sera faite. Beaucoup de ces Rohingyas ont laissé derrière eux des proches, morts lors d’attaques ou sur le chemin vers la frontière.

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Première interview avec un Rohingya et en moins d’une minute, nous voilà entourés par une cinquantaine de curieux. Tous ont quelque chose à dire, tous veulent se faire entendre. Et ce vieil homme nous parle, les yeux remplis de tristesse et de fatigue. Quelques enfants se faufilent dans la foule qui nous entoure. Nombre d’entre eux, le regard malicieux, nous escorteront toute la matinée. Ces jeunes, encore pleins d’insouciance, ne demandent qu’à jouer. Cela tombe bien, nous aimons jouer aussi.

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Nous apprenons qu’à quelques kilomètres à peine, un nouveau camp a éclos, perdu au milieu des terres. Sous une chaleur de plus en plus pesante, nous continuons notre marche.

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Des cabanes sont déjà en place, séparées par des allées de terre. Nous nous engouffrons dans l’une d’entre elles. Les gens nous saluent et nous sourient. Une famille nous invite même à venir sous sa tente, faite d’une bâche tendue entre deux arbres. Et comme lors de notre première expérience, en une fraction de seconde, tous les voisins alentours sont avec nous, entassés dans l’abri de fortune. L’homme de la famille nous raconte son histoire. Semblable à tous ceux qui l’entourent. Tous ont fui, de peur. Tous ont perdu des amis, des proches… Le sol à même la terre est propre. L’espace cuisine est séparé du reste de l’habitation par un tissu accroché aux poteaux de bétel et les quelques habits qu’ils possèdent sont pendus sur les parois de la tente. Tout semble être pensé minutieusement et même dans la misère, le quotidien s’organise.

Sous une chaleur de plomb, les coins d’ombres sont très prisés.

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Tout doucement, nous revenons sur nos pas. De retour sur la route qui passe au milieu de cette fourmilière, nous apercevons des camions transportant eau et vivres. Aucun signe apparent ne laisse penser à l’initiative d’une ONG. La distribution est simple, les provisions sont jetées depuis le véhicule en mouvement, poursuivi par une foule de Rohingyas affamés. Les ONG ne peuvent agir de manière immédiate. Une analyse de terrain doit être réalisée au préalable afin de pouvoir agir intelligemment et en conséquence et non « au petit bonheur la chance ».

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Des locaux ? On voit en effet un nombre impressionnant de Bangladais fortunés qui agissent de leur propre initiative. Ils louent des camions et les remplissent de vivres qu’ils lancent à l’aveugle à destination d’une nuée de Rohingyas. L’intention est louable mais savent-ils seulement combien ils sont  ? Non.L’approvisionnement est apporté en quantité limitée, les plus chanceux, ceux qui se trouvent au bon endroit au bon moment, repartiront avec un sac de riz et peut être quelques bouteilles d’eau attrapés à la volée.


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TOUT LE MONDE SUR LE PONT Au vu de l’ampleur de la crise qui les touche, les Rohingyas réfugiés au Bangladesh sont fort démunis et totalement dépendants de l’aide humanitaire. Celle-ci leur est apportée par deux biais : les particuliers, issus de la société civile et les ONG.

Dacca

Chittagong

Hill Tracts

Cox’s Bazar

Ukhia

Teknaf

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Dire que la population bangladaise ne roule pas sur l’or est un euphémisme et l’arrivée de centaines de milliers de réfugiés pourrait avoir comme effet d’effrayer l’opinion publique.

toute activité sur son territoire. On lui reprochait d’avoir affiché ostensiblement son soutien aux Rohingyas en leur donnant priorité sur les bouddhistes locaux. Un membre d’une grande ONG internationale que nous avons rencontré et qui a tenu à rester anonyme met en avant la difficulté de travailler dans un pays comme la Birmanie : « Ils ont besoin de nous autant qu’on a besoin d’eux. Si on n’était pas là, ils devraient faire notre travail à notre place donc ils ne peuvent pas se permettre de nous mettre dehors. Ils nous tolèrent, mais on doit éviter de faire des vagues pour pouvoir travailler sans qu’ils nous mettent trop de bâtons dans les roues. »

Pourtant, les mouvements de solidarité envers les Rohingyas sont légions. Dans les villes, les murs sont placardés d’affiches appelant à venir en aide aux Rohingyas, dans les universités, sur les aires d’autoroute et dans les hôtels, les collectes de fonds foisonnent dans tout le pays. Dans les camps de réfugiés aussi, nous sommes toujours surpris du nombre de Bangladais présents, parfois pour travailler, souvent pour donner un coup de main gratuitement. Si ces intentions sont louables et touchantes, toute initiative n’est pas forcément bonne à prendre selon Francis Atul, directeur de l’ONG Caritas Bangladesh. Son grief porte sur les volontaires d’un jour qui, après avoir récolté des fonds, paradent dans les camps du haut de leur camion en envoyant valser des sacs de provisions à l’aveugle, vers une foule de Rohingyas affamés. « Ce ne sont pas des animaux, ils méritent d’être traités avec dignité. ». Le message est limpide. D’autre part, comme dans toutes les zones de crise, les ONG jouent un rôle précieux et c’est particulièrement vrai dans un cas aussi extrême que celui des Rohingyas.

Contrôler leur communication à l’extrême permettrait donc aux ONG de garder de bonnes relations avec le pays hôte, évitant ainsi soigneusement de contrecarrer les informations officielles. Il est important de préciser que l’aide humanitaire, si elle est nécessaire dans un premier temps, doit ensuite être remplacée par une prise en charge sur le long terme. Au Bangladesh, les autorités organisent, elles aussi, des distributions de nourriture. Les blessés demandant des opérations et un suivi médical sont également emmenés à l’hôpital après être passés par le dispensaire de Médecins sans Frontières, les blessés légers à l’hôpital de Cox’s Bazar et les plus graves à Chittagong, deuxième plus grande ville du Bangladesh, à quatre heures de route.

Au vu de l’intensité de l’afflux de réfugiés, toutes les plus grandes ONG sont déployées sur place. Dans les camps de réfugiés fraîchement construits, Action contre la Faim distribue quotidiennement des rations de nourritures et les patients font la file devant les dispensaires de Médecins sans Frontières en attendant d’être soignés.

Le 28 novembre 2017, la star des réseaux sociaux Jérôme Jarre se filme en direct d’un camp de réfugiés au Bangladesh afin de sensibiliser son audience à la situation que vivent les Rohingyas.

Avec plus de 1000 habitants au kilomètre carré, le Bangladesh est l’un des pays les plus denses du monde, et l’arrivée quasi simultanée de centaines de milliers de réfugiés serait absolument impossible à gérer sans l’apport en personnel, en vivres et en matériel de telles ONG. Pour que ces ONG puissent travailler sereinement, une règle d’or : la loi du silence. Impossible d’obtenir de leur part le moindre commentaire, fût-il une simple évaluation de l’ampleur de la situation. La communication ultra cadenassée s’articule autour de communiqués de presse et des clichés d’un photographe agréé et soumis à une charte de confidentialité très stricte.

Accompagné de sa « Love Army  » composée de l’acteur Omar Sy, de l’artiste DJ Snake et de plusieurs youtubeurs français, il lance une grande campagne de récolte de fonds au profit des Rohingyas. Le mouvement cartonne sur les réseaux sociaux, la vidéo depuis le camp de réfugiés est partagée près de 45000 fois sur Facebook et la cagnotte le 31 décembre dépassait les deux millions de dollars.

En Birmanie, de nombreuses ONG sont également déployées dans l’Etat d’Arakan. En 2014, suite à des manifestations la mettant en cause, l’ONG Médecins sans Frontières avait été tenue par le gouvernement birman de cesser

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COX’S BAZAR L’hopital gouvernemental

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Il apparaît dans les nombreux témoignages recueillis que nombre de Rohingyas sont blessés. Certains lors d’attaques dans leur village, d’autres, lors du long et périlleux trajet vers la frontière bangladaise. Mais alors, quelles sont les prises en charge proposées à ces personnes en double difficulté ?      Nous avons découvert qu’une aile avait été libérée au sein de l’hôpital gouvernemental de Cox’s Bazar. Cette ville est la plus importante de la région, au sud du Bangladesh, à proximité de la zone des camps de réfugiés. L’accueil des Rohingyas peut être un sujet sensible. Même si les Bangladais sont majoritairement très réactifs et solidaires envers leurs frères musulmans, il se peut que cette situation dérange une frange de la population. Jusqu’à notre entrée dans le bloc réservé aux Rohingyas, nous décidons donc de faire profil bas.

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L’hôpital est des plus rudimentaires. Peu de lumières fonctionnent à l’intérieur, les patients sont assis ou couchés par terre et attendent des soins. Nous montons quelques étages. Au 4ème se trouve une aile qui accueille des enfants Rohingyas mais pour des raisons de protection de l’enfance, nous n’y aurons pas accès.

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Nous arrivons dans l’espace réservé aux pensionnaires rohingyas. L’endroit est lugubre, presque plongé dans la pénombre. Des lits sont installés dans le hall. À première vue, les blessures semblent légères. Un homme a les deux genoux bandés et ensanglantés, sa femme à côté de lui sur son lit. À côté, il y a cette petite fille allongée. Chaque couchage est occupé par plusieurs Rohingyas, souvent de la même famille. Difficile de le cacher, cet endroit met quelque peu mal à l’aise ; on y sent tant d’appels à l’aide dans tous ces regards qui nous entourent, tant d’épuisement. Dans le couloir, six chambres, toutes pleines à craquer. Quatre lits sont à disposition dans chacune d’entre elles, pour une quinzaine de personnes. Les blessés et leur famille, pour certain, s’installent là où ils peuvent. Il n’y a que très peu de place pour circuler dans les pièces, entre une mère et son bébé gisant sur le sol, et une autre, assise dans un recoin avec deux de ses enfants. L’une d’entre elles attire notre attention. Elle tient dans ses bras un enfant nu, recouvert de taches blanches, des traces de brûlures. Khurshida Begum nous raconte que sa maison a été la cible d’une attaque à la bombe, alors qu’elle était à l’intérieur avec son bébé. Heureusement, nous ditelle, son mari est parvenu à les évacuer avant qu’il ne soit trop tard. Son enfant gardera malgré tout des traces indélébiles de ce jour funeste.

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Un certain sentiment d’oppression se fait sentir. Nous déambulons dans un nuage de désespoir, sans vraiment pouvoir les aider. Un couple est assis là, sur un lit. Leurs visages sont si sombres, leurs traits sont tirés. En fuyant la Birmanie, leur jeune enfant s’est perdu dans la foule. Depuis, ils sont sans nouvelles. Ici, c’est le gouvernement bangladais qui fournit l’ensemble des médicaments, gratuitement. L’hôpital de Cox’s Bazar ne traite que les blessures mineures, relevant de la chirurgie ou nécessitant un suivi car infectieuses. Les grands blessés, notamment les patients touchés par des mines, sont envoyés à Chittagong, deuxième plus grande ville du Bangladesh, à quatre heures de route de Cox’s Bazar. Les histoires de ces réfugiés se ressemblent souvent. De notre côté, nous cherchons à comprendre et à décrypter toutes les informations qui nous parviennent. Nous voulons comprendre ce qui se passe vraiment dans l’état d’Arakan, au nord de la Birmanie. Il est parfois très difficile de différencier la fiction de la réalité, néanmoins certains faits sont incontestables. Mais l’état d’Arakan étant totalement verrouillé par l’armée birmane, cela ne nous aide en rien dans la construction du puzzle. La plus grande difficulté est de savoir avec certitude qui fait quoi dans toute cette histoire.

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1982, L’ANNÉE QUI A TOUT CHANGÉ POUR LES ROHINGYAS, DÉCHUS DE LEUR NATIONALITÉ S’il y avait une seule date à retenir, un moment charnière dans l’histoire du peuple Rohingya, ce serait l’année 1982. Ne Win, général de l’armée birmane, modifie la loi sur la nationalité en Dacca vigueur depuis 1948, année de l’indépendance de la Birmanie, premier clou dans le cercueil des espoirs des Rohingyas. Une remise en contexte s’impose.

Chittagong

Hill Tracts

Cox’s Bazar Ukhia

Teknaf

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De 1824 à 1948, la Birmanie vit sous domination britannique. Le 27 janvier 1947, Aung San, illustre géniteur d’Aung San Suu Kyi et encore considéré aujourd’hui comme le père de la Birmanie est à Londres. Le jour est important, peut-être l’un de plus importants de sa vie. Il y rencontre Clement Attlee, Premier ministre britannique et successeur Winston Churchill. Ensemble, ils signent le Aung San-Attlee Agreement, l’accord qui entérine l’indépendance de la Birmanie. Celle-ci interviendra un an plus tard, le 4 janvier 1948 et avec elle, la toute fraîche Constitution birmane.

En 1982 donc, incapables de prouver leur appartenance à l’une des races nationales, les Rohingyas deviennent, de facto, apatrides et perdent le droit de se déplacer librement, d’accéder aux soins de santé ou au marché du travail. Cette situation est toujours d’actualité aujourd’hui. L’Etat birman incite les Rohingyas à se reconnaitre comme étant d’origine bangladaise et à accepter des National Verification Cards. Ces cartes leur confèrent certains droits, comme celui de se déplacer avec moins de restrictions ou de faire une demande de naturalisation. Pour l’heure, la plupart des Rohingyas refusent cette option qui les obligerait à se reconnaître comme étrangers sur leur propre territoire et gardent espoir de récupérer, un jour, la nationalité birmane.

Au moment de l’indépendance d’un pays, se pose forcément une question cruciale : qui en sont les citoyens ?Dans le cas birman, la Constitution de 1948 est claire  : est citoyen birman chaque personne née sur le territoire ou ayant vécu sur le territoire pendant 8 des 10 années précédant l’indépendance. Les Rohingyas, majoritairement arrivés sur le territoire sous injonction du colon britannique durant l’occupation, sont donc, en 1948, citoyens birmans.

Il est commun, à l’adolescence, de passer par des périodes de doute, de se poser des questions sur son identité.

Les années passent et les Rohingyas vivent en citoyens birmans dans l’Etat d’Arakan.

C’est d’autant plus vrai quand on est né sans nationalité officielle, dans un camp de réfugiés à proximité de notre pays d’origine qui ne veut pas de nous.

Mais au fil du temps, le nombre de Rohingyas augmente et leur proportion dans l’Arakan s’accroit. Un recensement en 1973 indique que les Rohingyas ont dépassé en nombre leurs concitoyens Rakhines, d’ethnie bouddhiste , ce qui inquiète la junte militaire, en place depuis 1962. Effrayée à l’idée de voir cette minorité musulmane prendre trop d’importance et bien décidée à garder la mainmise sur l’Etat d’Arakan, Ne Win, général de la junte, opère une modification radicale de la loi sur la nationalité. En 1982, est citoyen birman chaque personne issue de l’une des « races nationales  ». Autrement dit, chaque personne capable de prouver que l’ethnie dont elle est issue était présente sur le territoire birman avant 1824 et l’arrivée des colons anglais. Problème  : même si l’on sait avec certitude que des populations musulmanes ont vécu en Arakan avant 1824, les premières traces du nom «  Rohingya  » en Birmanie semblent provenir de la période coloniale. Selon l’historien bangladais Mesbah Kamal, le terme “Rohingya” a été utilisé pour la première fois par les Bengalis, fraîchement déplacés par les Britanniques de l’Est du Bengale jusqu’en Arakan. Il signifie « local », et était utilisé pour signifier leur appartenance à leur nouveau territoire.

« Et du coup, vous vous sentez plutôt quoi, Bangladais ou Birmans ? ». Silence. La quinzaine de jeunes Rohingyas qui nous encerclent s’interrogent mutuellement du regard, hésitent. «  Je sais pas trop. Je me sens plutôt Birman, c’est le pays de mes parents. Mais je ne veux pas aller en Birmanie, c’est trop dangereux » dit le plus grand d’entre eux. « Je ne me sens pas Bangladais. En fait je suis Rohingya ». Les autres approuvent de la tête et un constat nous frappe  : ni vraiment d’ici, ni tout à fait de là-bas, ces jeunes ne savent pas qui ils sont.

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BALUKHALI PerchĂŠ sur les collines

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Il y a deux mois à peine, ces terres étaient encore inhabitées mais aujourd’hui, les tentes couvrent le terrain à perte de vue. On nous a parlé d’un camp construit sur des collines, à Balukhali, un peu plus éloigné encore que la région d’Ukhia. Chaque parcelle des collines est investie. Pour atteindre le camp, nous devons suivre un petit chemin de terre qui serpente à travers une rizière. Il fait chaud, extrêmement chaud. Et pourtant, au loin, le camp fourmille, tout le monde est en mouvement. Des plus jeunes aux plus âgés, tous apportent leur pierre à l’édifice. Les allées sont bien dessinées, les cabanes bien alignées et au sol, du sable, jeté à terre pour couvrir la boue. Comme souvent, on retrouve ces longues tiges de bétel qui se promènent sur le dos des hommes et des plus grands des enfants. Le camp ressemble à un village, et en son centre, une place. On y trouve des échoppes, une menuiserie pour tailler le bétel et un endroit où l’on se pose pour y boire un thé.

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Rencontre avec Noor Norbi Une voix nous interpelle. Un Rohingya nous parle en anglais, fait assez rare pour être souligné. En Birmanie, les Rohingyas vivent reclus dans une région très pauvre et l’accès à l’école leur est interdit. L’homme, Noor Norbi, nous dit avoir travaillé pour Médecins Sans Frontières en Birmanie ainsi que pour Action contre la Faim. Il nous invite chez lui, dans une petite cabane composée de deux pièces.

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Noor ne comprend pas. Il ne comprend pas comment, du jour au lendemain, le gouvernement birman a pu les rejeter de la sorte, les privant de leur citoyenneté. Pour preuve, il nous montre la carte d’identité birmane de sa grand-mère : « si cela ne suffit pas à prouver qu’un jour nous avons été birmans, alors qui sommes-nous ? ». Sans carte d’identité, Noor est bien conscient qu’il sera très difficile, pour sa famille et lui, de remettre un jour les pieds en Birmanie.

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Rencontre avec Ayajun, jeune Rohingya de 17 ans Ayajun a fui la Birmanie avec sa famille. Son père est mort ici même, dans ce camp de réfugiés à Balukhali, de coups et blessures reçus avant de passer la frontière. En Birmanie, il a été violemment frappé par des militaires. Ayajun n’a alors pas hésité une seule seconde à devenir partisan du parti politique bangladais Jamaat-e-Islami, un parti radical islamiste. Ayajun a soif de vengeance, il veut se battre pour l’identité de son peuple, pour sa reconnaissance et pour se venger des exactions subies. Pour cela, il participe aux entraînements de l’ARSA, l’Armée du Salut des Rohingyas d’Arakan, un groupe que l’armée birmane tient comme responsable des attaques commises contre des commissariats en Arakan le 25 août dernier. Les entrainements, dit-il, ont lieu dans une forêt à proximité. Pour sa sécurité, nous avons décidé de ne pas exposer son visage. Bien qu’ils soient maintenant sains et saufs sur le sol bangladais, rien ne peut empêcher ces jeunes de vouloir se venger. Ils désirent se battre pour leur peuple et trouvent en l’ARSA une organisation qui pourrait leur permettre d’assouvir cette vengeance. Mais ils ne sont pas inconscients pour autant. Ce groupe rebelle — ou terroriste, la distinction est encore peu claire — n’a que très peu de ressources ; des vieux fusils ou des machettes, face à l’arsenal de l’armée birmane. Ayajun sait qu’ils n’auront aucune chance au combat tant qu’ils n’auront pas les armes adéquates. Pour l’instant, il préfère donc rester au Bangladesh plutôt que de se faire trouer le corps en Birmanie. L’ARSA reste plein de mystères et il est difficile de savoir qui se cache réellement derrière ce groupe. La réponse est encore à définir. Tout comme leurs intérêts réels dans ce conflit d’une grande complexité.

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Difficile de croire que ce lieu était absolument désert avant le 25 août dernier.

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INTOX ET DÉSINTOX Dacca

Chittagong

Hill Tracts

Cox’s Bazar

Ukhia

Balukhali

Teknaf

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Dans nos recherches préalables autant que durant nos investigations en Birmanie et au Bangladesh, un constat nous a frappé : il est extrêmement difficile d’obtenir des informations fiables sur ce qu’il se passe réellement dans le nord de l’Etat d’Arakan. Depuis les violences survenues le 25 août 2017, l’armée birmane a complètement bouclé la zone concernée, n’y laissant entrer ni ONG, ni journalistes. Cette restriction est, sans grande surprise, justifiée par l’insécurité qui règne dans la région. Si notre cœur est réchauffé par ces généreuses considérations pour notre sécurité, notre curiosité journalistique en prend un coup. Si aucun journaliste n’a accès à la zone de conflit, comment savoir ce qu’il s’y passe ? Heureusement, l’armée birmane a pensé à tout. Depuis des mois, elle organise des « press trips » (des « voyages de presse » ) dans l’Etat d’Arakan. A chaque trip, une quinzaine de journalistes, locaux et internationaux, passent quelques jours dans l’Etat d’Arakan et visitent des zones choisies et préalablement nettoyées par l’armée. Sur place, ils n’y font comme rencontres que celles que l’armée valide. Toute une vision de l’indépendance de la presse. Outre ces voyages de presse ultra-contrôlés, l’armée birmane communique également via sa page Facebook « Information Committee » qu’elle présente comme la seule source officielle d’information concernant les violences dans le Nord de l’Arakan. Elle peut donc y déverser sa propagande, dénoncer les attaques commises par les terroristes de l’ARSA, nier toutes les violences qui lui sont imputées et contrôler le nombre officiel de victimes, personne en Birmanie ne sera en mesure d’apporter une contre-vérité sans avoir accès à la zone de conflit. Pour obtenir un autre son de cloche, la plupart des journalistes et autres observateurs internationaux ont fait le même choix que nous  :  se rendre au Bangladesh pour y rencontrer les principaux concernés, les Rohingyas. Entre le 25 août et le 15 décembre, presque 700.000 d’entre eux ont traversé la frontière birmane, avec chacun une histoire à raconter. La communication contrôlée, structurée et cadenassée de l’armée birmane jure avec le flux inépuisable des récits de vie de ces centaines de milliers de réfugiés.Si l’on prend les informations de l’armée birmane avec des pincettes, il convient aussi d’être prudent avec les témoignages de Rohingyas, aussi bouleversants soient-ils.

A Rangoun, un diplomate dont nous tairons le nom et l’origine nous a mis en garde face à la communication rodée de l’ARSA, bien contente de se placer en victime pour pouvoir agir impunément dans l’Etat d’Arakan. Selon ses informations, les membres de l’ARSA obligeraient les chefs de village Rohingyas à leur porter allégeance, les menaçant de mort en cas de refus. Sur Internet également, la guerre des images fait rage. L’avènement des réseaux sociaux a complètement bouleversé notre rapport à l’information, les contenus circulent à une vitesse vertigineuse. Chacun, à n’importe quel coin du monde est capable de produire de l’information, avec pour unique condition d’être muni d’une connexion Internet, la révolution numérique est en marche. Plus directs, « purifiés » du prisme appliqué par les médias traditionnels, les réseaux sociaux sont même devenus la source principale d’information pour beaucoup de gens, principalement parmi la jeune génération. C’est d’ailleurs par ce biais que la situation des Rohingyas en Birmanie a éclaté aux yeux du monde. Mais la circulation exponentielle de l’information propre à Internet et aux réseaux sociaux pose évidemment beaucoup de questions, notamment dans le cas des Rohingyas. Ces réseaux voient circuler énormément de photos en tout genre, censées prouver à elles-seules la véracité des propos tenus par leur destinateur. On entend souvent qu’une image vaut mieux que 1000 mots ou que des photos « parlent pour elles-mêmes. » La vérité ne peut être aussi simple. Une photo seule peut vouloir dire tout un tas de choses différentes, elle ne prend sens que si elle est placée dans un contexte. L’islamologue Tariq Ramadan, le vice-premier ministre turc Mehmet Simsek et une multitude d’autres anonymes ont été eux-mêmes pris au piège des réseaux sociaux. Avec la noble intention d’alerter leur communauté sur la situation des Rohingyas, ils se sont rendus responsables de partage de photos qui n’avaient absolument rien à voir, ni avec les Rohingyas, ni même avec la Birmanie. Le constat vaut également pour des groupes militants

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birmans hostiles aux Rohingyas qui ont largement fait circuler une photo d’hommes armés de kalachnikovs, tapis dans les montagnes birmanes. Censé prouver le danger que ces Rohingyas lourdement armés représentaient pour le peuple d’Arakan, le cliché datait de 1977 et de la guerre d’indépendance du Bangladesh.Si ces anecdotes peuvent prêter à sourire, elles posent un vrai problème : véhiculer de fausses informations jette le doute sur la véracité des autres informations partagées et tend ainsi à décrédibiliser la cause défendue. Quelle meilleure manière d’apporter de l’eau au moulin de ceux qui, comme Aung San Suu Kyi, accusent l’opinion publique et les médias occidentaux de colporter de fausses informations ?   

pour avoir enquêté sur la situation des Rohingyas. Une évidence semble s’imposer à la démocratie naissante birmane : si elle veut mettre fin au partage d’informations bancales, elle va devoir revoir sa notion de liberté de la presse et accepter des observateurs indépendants sur son territoire. Autrement, elle ne vaudra pas mieux que la junte militaire à qui elle a succédé.

Un autre exemple est particulièrement frappant : ceux que nous appellerons de manière simpliste les proRohingyas partagent des photos de villages incendiés, preuves selon eux des violences commises par l’armée birmane en Arakan. Les mêmes photos sont partagées par les anti-Rohingyas, accusant l’ARSA et donc les Rohingyas eux-mêmes de bouter le feu à leurs propres maisons afin de s’attirer les faveurs de l’opinion publique internationale. Selon les journalistes locaux que nous avons interrogés, il est compliqué d’avoir une certitude absolue sur la question, mais ils admettent aussi que l’armée est connue pour avoir utilisé ce type de pratiques dans d’autres régions de la Birmanie. Les autorités birmanes s’évertuent à nier toute forme de violences à l’encontre des Rohingyas mais certains faits sont indéniables. L’ONG Human Rights Watch a dénombré 354 villages Rohingyas brûlés dans l’Etat d’Arakan entre le 25 août et le 2 décembre, images satellites à l’appui. Aussi, presque 700.000 Rohingyas ont laissé derrière eux leur terre et leur domicile et ont payé une fortune pour se payer les services d’un passeur afin de rejoindre le Bangladesh voisin.

En 1947, juste avant l’indépendance de la Birmanie et au moment de l’indépendance du Pakistan, un mouvement Rohingya avait fait savoir sa volonté de rejoindre le Pakistan oriental, devenu depuis lors le Bangladesh. Selon l’historien bangladais Mesbah Kamal, Muhammad Ali Jinnah, dirigeant et père fondateur du Pakistan refusa d’accueillir les Rohingyas car il ne voulait pas que le Pakistan Oriental, déjà plus peuplé que le Pakistan Occidental, ne prenne encore plus d’importance.

Pour le moment, Aung San Suu Kyi reste ferme et dément les accusations d’exactions imputées à l’armée. Elle accuse les médias occidentaux de colporter de fausses informations au sujet des Rohingyas. Dans le même temps, l’accès dans le nord de l’Arakan est bloqué et la Dame de Rangoun a refusé qu’une commission d’enquête soit organisée par les Nations Unies dans la région. Le 12 décembre dernier, Wa Lone et Kyaw Soe, deux journalistes de Reuters, ont été arrêtés et détenus à Rangoun

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KUTUPALONG Vieux camp de l’UNHCR

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Un camp mis en place il y a plus de 25 ans. Quelle vie mène-t-on pendant tant d’années dans un camp de réfugiés ?

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Notre tuk-tuk s’arrête sur le bord de la route. La route est noire de monde. Il y a des cabanes de bois un peu partout, chacun y étale son petit commerce. Pour se rendre dans le camp, nous devons nous faufiler dans une des petites allées adjacentes. Jusqu’ici, tout laisse à penser que nous sommes à l’entrée d’un village. Un immense panneau annonce : UNHCR* CAMP OFFICE, KUTUPALONG. Nos premières impressions se confirment, ce camp est en effet semblable à un village. Certains bâtiments sont faits de tôle, d’autres, de parpaing. Les infrastructures sont réelles mais vétustes. Ici, les ravitaillements se font de manière organisée, nous nous retrouvons au milieu de l’un d’eux. Chacun attend patiemment, en file indienne, bien délimitée par une corde pour éviter tout débordement. Les sacs de riz arrivent et sont échangés contre des « tokens » , des jetons distribués au préalable de manière équitable.

* United Nations High Commissioner for Refugees

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Au fur et à mesure que nous avançons, une horde de jeunes suit nos pas. Curieux, ils tentent de communiquer avec quelques mots d’anglais, qu’ils maîtrisent étonnamment mieux que la majorité des Bangladais rencontrés depuis le début de notre arrivée sur le territoire. En effet, dans ce camp de l’UNHCR, les jeunes ont accès à une éducation dispensée par l’UNICEF. La plupart de ceux qui nous entourent sont nés ici-même en tant que réfugiés rohingyas, sans réelle identité. À la différence des autres camps, l’UNHCR a pu recenser la majorité d’entre eux. Tous les réfugiés présents possèdent alors une carte de réfugié qui indique leur nom et prénom. Un semblant de carte d’identité, eux qui n’ont même pas de nationalité. Depuis la nouvelle vague de migration du mois d’août 2017, ces réfugiés de longue date doivent faire de la place à de nouveaux arrivants. Certains doivent même partager leur maison avec une nouvelle famille, en attendant qu’elle soit relogée. Tahera Begum, 37 ans, nous explique que cela peut créer certaines tensions. Des familles installées depuis plusieurs années ont peur de voir leur « douce tranquillité » perturbée par ces nouveaux compatriotes, qui vivent pourtant la même réalité qu’eux. La crise actuelle a également d’autres conséquences sur le camp de Kutupalong : même l’école a été momentanément fermée. Le bâtiment sert de foyer aux nouvelles familles fraîchement débarquées.

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En dehors de la simple découverte de ce camp, nous avions un objectif bien précis ce jour là.

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Rencontre avec Norul Roque Il est arrivé à nos oreilles que certains Rohingyas plus aisés vivent dans des « maisons  » très bien équipées. Norul Roque est l’un d’entre eux et vit ici depuis 27 années. Le vieil homme nous invite à entrer dans sa maison. Un petit espace vert adjacent une première entrée couverte mène à la pièce principale. Un grand espace, éclairé par une ampoule un peu faiblarde. La famille de Norul Roque possède un ventilateur au plafond, un luxe que ne peuvent s’offrir que peu de Rohingyas. Norul vit ici avec sa femme, sa fille et ses deux fils. Il nous explique que son fils aîné a pu fuir en Nouvelle-Zélande alors qu’ils vivaient encore en Birmanie. C’est lui qui paie l’électricité et finance le mobilier qui garnit la maison : armoires, vaisselle et même un grand miroir… Tant de choses que l’on ne s’attend pas à voir dans un camp de réfugiés. Mais ce luxe ne change que peu de choses à leur situation : ils sont coincés dans une prison à ciel ouvert. Pour sortir du camp, les Rohingyas dépendent d’autorisations décernées par les autorités. Il existe une liste de zones dans lesquelles ils sont autorisés à aller, mais jamais de manière totalement libre. Grâce à ces autorisations, sa fille peut se rendre hebdomadairement à Cox’s Bazar où elle étudie à l’université afin de devenir institutrice. Une fois son diplôme en poche, elle enseignera dans le camp. Réfugiée, elle ne sera pas autorisée à travailler en dehors.

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« J’emmène mes petits enfants à l’école, puis je vais les chercher à l’école, voilà à quoi ressemblent mes journées. »

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Soleil couchant sur le camp de Kutupalong. Le spectacle est magnifique et d’une immense douceur. Ici, les jours se suivent et se ressemblent, mais il n’y a pas de maisons brûlées, ni de femmes violées et d’enfants égorgés. À quelques kilomètres seulement de la Birmanie, les Rohingyas survivent en ésperant entrevoir des joueurs meilleurs.

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LA CHUTE D’UNE IDOLE

Elevée au rang d’icône, symbole de la non-violence, Aung San Suu Kyi peine à satisfaire les énormes attentes placées en elle. Pire, elle est aujourd’hui dans l’oeil du cyclone à cause de la crise qui touche actuellement les Rohingyas et son image de femme de paix est écornée.

Dacca

Chittagong

Hill Tracts

Cox’s Bazar

Ukhia

Kutupalong Balukhali

Teknaf

Shah Porir Dwip 1 33


Retirez le prix Nobel de la Paix à Aung San Suu Kyi”. La pétition en ligne fait un carton, fin décembre elle comptait déjà 435.000 signataires. On lui reproche, au mieux de fermer les yeux sur les exactions en tous genres commises par l’armée sur les Rohingyas, au pire de les commanditer. Dans tous les cas, c’est la Dame de Rangoun qui endosse publiquement l’entière responsabilité de la situation incontrôlable qui a lieu en ce moment et depuis des années en Birmanie. Face au déversement de haine qui touche Aung San Suu Kyi depuis des mois, il nous a semblé important de faire la part des choses et de réfléchir à sa responsabilité propre dans ce conflit. Il faut savoir que malgré la dissolution officielle de la junte militaire en 2011 et le processus de démocratisation en marche depuis lors, l’armée garde une place prépondérante sur l’échiquier politique birman. En 2008, avant de passer la main, la junte a fait voter une nouvelle constitution dont deux points nous intéressent particulièrement. Premièrement, cette nouvelle constitution exclut du pouvoir toute personne mariée à un étranger ou ayant des enfants étrangers, empêchant de facto Aung San Suu Kyi dont le mari et les enfants sont britanniques d’accéder un jour au poste de présidente de la République. Elle occupe néanmoins le poste de conseillère pour l’Etat, une fonction nouvelle qui s’apparente à un poste de Première ministre et qui fait d’elle la cheffe d’Etat officieuse de la République birmane.

l’armée qui ne répond en réalité qu’à ses propres règles. La situation peut d’ailleurs sembler très confortable pour les militaires qui, ayant officiellement laissé le pouvoir à la LND, le parti d’Aung San Suu Kyi, peuvent mener leur politique en coulisse et laisser la prix Nobel de la paix prendre les coups à leur place. On peut toutefois légitimement s’interroger sur le fait que celle-ci n’a jamais condamné l’attitude de l’armée à qui elle a même plusieurs fois publiquement affiché son soutien. Selon les journalistes que nous avons rencontrés, la réponse est assez simple : face à un électorat extrêmement hostile aux Rohingyas, blâmer l’armée serait un suicide politique pour celle qui veut remettre la Birmanie sur pieds. Afin de pouvoir faire passer les réformes qui lui semblent importantes, Aung San Suu Kyi ferme les yeux sur les agissements de l’armée en Arakan. Quant à savoir si Aung San Suu Kyi se tait à contrecoeur ou si elle partage elle-même le ressenti national envers les Rohingyas, personne n’a été réellement en mesure de nous répondre. Quoi qu’il en soit, nous pourrions résumer la situation en disant que les Rohingyas sont les sacrifiés sur l’autel de la démocratie naissante birmane.

Ensuite, plus intéressant, l’armée birmane a bien assuré ses arrières. Quels que soient les résultats des élections en Birmanie, l’armée s’octroie automatiquement 25% des sièges dans les deux chambres qui composent le Parlement birman. Une manière bien particulière de concevoir la démocratie, d’autant que les ministères de la Défense, des Frontières et de l’Intérieur reviennent de droit aux militaires qui possèdent aussi l’un des postes de vice-président.

Le nom officiel de la Birmanie est Myanmar qui signifie poétiquement « le pays merveilleux ». C’est le nom que la junte militaire a décidé d’imposer en 1989 mais presse et diplomatie internationales sont partagées quant au terme à utiliser. L’ONU dira Myanmar, la France préfère Birmanie. Nous avons choisi de suivre l’exemple français, il est plus pratique de parler de Birmanie car l’adjectif qui en découle, birman, est plus lisible en français que myanmarais, très peu utilisé. 

Pour le dire clairement, malgré sa promesse d’une transition démocratique dans les règles, l’armée birmane n’est pas encore décidée à lâcher le pouvoir. Il nous semble important que chacun se rende compte qu’Aung San Suu Kyi et l’armée ne sont pas des amis mais des partenaires obligés. Ils ont toujours été et sont encore aujourd’hui des opposants politiques, c’est d’ailleurs l’armée qui avait maintenu Aung San Suu Kyi en détention pendant quinze ans. Aujourd’hui, elle ne contrôle pas

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REMERCIEMENTS Nous aurions été bien en peine de réaliser cet ouvrage sans votre participation. Nos plus sincères remerciements à : Caritas, d’une grande aide à notre arrivée au Bangladesh Nos fixeurs et traducteurs qui furent nos porte-paroles au Bangladesh  : Manas Barua, Tanzil Ferdous, Mathew Gomez et Fahim Kamal L’équipe technique pour leurs mains, yeux et cerveaux, indispensables  : Laurent Poma et Delphine de Ridder Notre illustratrice pour son coup de main, fin et avisé  : Nina Closson Nos relecteurs pour les heures passées à corriger une orthographe parfois bancale  : Eric Boever, Claudine Meyer et Isabelle Van Bastelaer Nos promoteurs pour leur suivi tout au long de la réalisation  : Régine Florent et Philippe Laloux Les organisateurs de la Bourse Sophie Soudant pour le soutien et la confiance exprimés  : Be-Tv, Clara Production, la RTBF, RTL et Daniel Soudant Nos si nombreux donateurs, qui ont chacun à hauteur de leurs moyens, apporté leur pierre précieuse à cet édifice  : Christine André, Fabienne Arnould, Lena Augurelle, Ghislain Barthélemy, Bernard Blondeel, Eric Boever, Maggy Boever, Natalie Boever, Mathieu Bonnaric, Julien Bosq, Cécile Bourgeois, Fabrizio Bucella, Eléonore Calicis, Christophe Caverot, Capucine Chandon, Clotilde Chastanet, Ambre Ciselet, Dita Cobovic, Olivier Colard, COSEPO, Morgane Daboval, Adrienne Dechamps, Basile Dechamps, Sébastien Dechamps, Philippe Descamps, notre ambassadeur Alexis Deswaef, Philippe Devroye, Thomas Dewez, Françoise Dumas, Fabienne Dumont, Wilson Fache, Christel Favresse, Fabienne Francotte, Victor Gaillot, Philippe et Virginie Gérard, Valérie Goffin, Jean-Pierre Gougeau, Nicolas Guidi, Olivier Hauglustaine, Julien Hislaire, Laëtitia Kassabian, Françoise et André Laloy, Leonor Laloy, Pascal & Virginie Lambert, Eva Larsimont, Mélanie Linkens, Mégane Loriaux, Christina Ly, Nathalie Macq, Vincent Macq, Anne-Cécile Marechal, Bruno et Elisabeth Meyer, Claudine et Nicolas Meyer, Nina et Samuel Meyer, Elisabeth Minesi, Famille Mogé, Bernadette et Philippe de Mûelenaere, Anne Noël, Vincent Pirson, Ariane Piver, Charles et Margaux Piver, Philippe Piver, Sarah Pochez, Véronique Primard, Raphaël Prioux, Ali Raad,


Gaël Rabier, Simone Rechenmann, Ingrid Reniers, Patrizia Roseto, Sophie Schuermans, Di-Chun Shih, Anna Simon, Jean-Francois Simon, Véronique Simon, Amine Smahat, Laurence Stasser, Béatrice Van Bastelaer, Etienne Van Bastelaer, Isabelle Van Bastelaer, Philippe Van Bastelaer, Nadine Van Daele, Nathalie van de Walle, Geneviève van den Schrieck, Odile Vanhellemont, Jacques Vanherentals, Floriane Varieras et Andrea Westerhof La direction de l’IHECS et l’équipe de maillage pour leur confiance en ce projet, un rien périlleux : Amandine Degand, Esther Durin, Camille Laville, Frédéric Moens, Nora de Marneffe, Luc de Meyer et Jean-François Raskin Margot Meyer, Noé Boever et Felix Francotte


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© Photos : Margot Meyer - Textes : Margot Meyer et Noé Boever 2017 - 2018

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2011, la junte militaire birmane est dissoute et laisse place à une ère nouvelle pour la Birmanie : la démocratie. Entre fin août et décembre 2017, près de 700.000 Rohingyas, une ethnie musulmane de Birmanie ont fui leur pays et rejoint le Bangladesh voisin. Pris pour cible par l’armée birmane, ils ont franchi la frontière et vivent désormais dans des camps de réfugiés au Bangladesh dans des conditions extrêmement précaires. Nous, Félix, Margot et Noé, avons voyagé pendant un mois, d’abord en Birmanie pour une enquête préalable, puis au Bangladesh afin de nous rendre compte au mieux de la réalité des Rohingyas depuis leur arrivée par la mer jusqu’à leur installation dans les camps de réfugiés bangladais.

Si nous ne sommes par birmans, alors que sommes-nous ?  

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