Issuu on Google+

Rivières sauvages Bulletin d’infos  Juillet 2011

n°53

Les nouvelles 1. Poutès : un effacement gagnant-gagnant qui s’annonce. 2. Succès du colloque fondateur du « Réseau de rivières sauvages ». 3. L’arasement de Marmot Dam se fait dans le consensus. 4. Arrêt des travaux du barrage de Xayaburi : première victoire sur le Mékong. 5. Participez au marathon du saumon ! 5. Rizzanese : toujours plus haut ?

Inscrire à neuf dans notre culture la naturalité des rivières et des fleuves.

Poutès : un effacement   gagnant-gagnant qui s’annonce. Ca y est. Il semble que la voie de l’annonce de l’effacement et du remplacement de Poutès soit enfin partagée, assumée, 4 années après sa première inclusion dans le Grenelle de l’Environnement. EDF a présenté au Comité de suivi de la « Convention pour une hydroélectricité durable » une proposition alternative qui satisfait l’ensemble des parties. Elaborée en lien étroit avec l’Onema, le nouveau projet, loin de l’ébauche d’avril dernier permet de maintenir plus de 85 % de la production du site et d’assurer une transparence optimale pour les migrations. Le nouvel ouvrage, de 4 mètres de hauteur au lieu de 18, disposera de deux dispositifs de franchissement bien dimensionnés pour la montaison et l’avalaison. Il sera équipé dans sa partie centrale d’un clapet mobile qui, abaissé, assure la transparence totale de l’ouvrage pour les sédiments et les migrations, si les conditions hydrauliques le nécessitent. Le réservoir ne fera plus que 300 mètres de longueur, contre plus de 4 km aujourd’hui : le problème insoluble de la perte de repères des smolts dans la retenue d’eau stagnante sera ainsi pratiquement résolu, avec un retard à la migration d’une journée selon l’Onema. La production se fera au fil de l’eau, supprimant les nuisances des éclusées et le débit réservé sous l’ouvrage doublera, à 5 m3/s et plus si nécessaire. L’entreprise a présenté, le 18 Juillet. Le projet aux élus locaux accompagnés du parlementaire Jean Proriol. La réunion a eu lieu à Monistrol d’Allier, où est installée l’usine hydroélectrique et où l’attachement à la production actuelle est le plus fort. Selon la presse locale, la proposition alternative a été plutôt bien reçue par les acteurs, depuis Patrick Martin, directeur du Conservatoire National du Saumon Sauvage au député Jean Proriol, en passant par Roberto Epple, président de SOS Loire Vivante ou Antoine Lardon, président de la Fédération de Pêche. C’est un très bon signal. Et c’est un effacement gagnant-gagnant qui s’annonce, dans un contexte favorable : projet de création du PNR des Gorges de l’Allier-Margeride ; projet de mise en place complémentaire de la Réserve de Biosphère Unesco sur les hautes vallées de la Loire et de l’Allier ; mise en œuvre du SAGE Haut Allier. Ce territoire et notre pays montrent qu’il est enfin possible, après 10 années de tensions, de sortir par le haut, dans un consensus qui est encore à affiner d’un conflit environnemental durable. Démontrons maintenant, ensemble, comme le font nos amis Américains sur l’Elwha, la Klamath ou la Penobscot, où plusieurs grands barrages vont être aussi effacés, que nous sommes bien entrés dans l’ère de la restauration des fleuves, l’ère de la conciliation entre biodiversité et énergies renouvelables, l’ère de la conservation de ce magnifique poisson qu’est le saumon sauvage.

Succès du colloque fondateur du « Réseau de rivières sauvages » 200 personnes ont participé au colloque fondateur du « Réseau de rivières sauvages », à Annecy le 20 mai dernier : un succès pour ce premier événement organisé par le WWF, qui montre, de par la richesses des participants (scientifiques et chercheurs, représentants des services de l’Etat, de la communauté des ONG, élus, techniciens des syndicats de rivières) que la question posée : « Comment mieux protéger et valoriser les derniers joyaux ? » touche une vaste communauté d’intérêts. La matinée a été consacrée à la présentation du travail de recherche scientifique en cours pour déterminer les critères de naturalité. Deux journées de travail, vont d’ailleurs être organisées en octobre prochain dans le PNR du Haut Jura, pour finaliser cette recherche. 28 participants au colloque s’y sont inscrits, témoignant de la volonté commune de partager la démarche avec le comité scientifique en charge de la définition de la « valeur sauvage ». L’après-midi a permis de préciser la nature du « Fonds pour la conservation des rivières sauvages », ses objectifs, son calendrier et de présenter les actions pilotes. Nous pouvons, car c’est la volonté de certains élus locaux et gestionnaires, dépasser le bon état écologique défini par la DCE et viser un « Label rivières sauvages » sur les rivières les plus patrimoniales de l’hexagone. La construction du réseau est en marche, les premières labellisation interviendront dès 2012, comme l’a rappelé Isabelle Autissier, la présidente du WWF, qui a clôturé la journée. Le colloque avait été précédé par un workshop d’une journée, qui a rassemblé une quarantaine des acteurs de divers pays : Suisse, Allemagne, Italie, France souhaitant partager leurs expériences et mieux coopérer. Les actes seront publiés à l’automne. A commander, même pour ceux qui n’ont pas participé au colloque, sur le site du Fonds pour la conservation des rivières sauvages. Ppt généraliste disponible au WWF. Rens. www.rivieres-sauvages.fr 


L’arasement de Marmot Dam se fait dans le consensus.  Les Etats-Unis sont certainement le pays dans lequel il est le plus accepté de penser, rationnellement, collectivement, intelligemment la question de la restauration des rivières et de l’effacement des grands barrages inadaptés au monde d’aujourd’hui. Ils viennent d’en donner un exemple impressionnant avec la suppression du barrage de Marmot, sur la Sandy River, dans l’Oregon. Là bas, quand, après des années de recherches, il est établi que la seule façon de garantir la restauration d’une population de saumon menacée est de supprimer un barrage, les élus sont fiers de s’impliquer et fiers, oui fier, d’aider à sauver le saumon. Là bas, quand une entreprise privée, en l’occurrence « Portland General Electric », une des entreprises du milliardaire Warren Buffet, comprend qu’elle peut gagner plus d’argent et produire autant avec un parc éolien, elle ne déclare pas que, sans son barrage, elle va devoir relancer des centrales au charbon et que c’est le chômage pour ses employés. Elle efface avec compétence, en mettant ses meilleurs ingénieurs au travail, consciente que son devoir est, aussi, d’aider à sauver le saumon. Là bas, quand les services de l’Etat élaborent un plan de restauration de la rivière, il est placé  sous le sceau de la continuité. Là bas, quand les ouvriers, techniciens, ingénieurs effacent un barrage, ils n’ont pas le sentiment de revenir en arrière, mais d’avancer, de contribuer à sauver le saumon, de travailler dans le sens de l’Histoire. Bref, là bas, tout le monde coopère, et le résultat est impressionnant : un effacement parfaitement maîtrisé, qui n’oublie pas de prendre en compte la mémoire du site, l’histoire valeureuse de ceux qui ont construit il y a 100 ans, dans un contexte si différent, un ouvrage aujourd’hui obsolète. Ce monde là n’est pas encore tout à fait arrivé en France, où notre culture collective trop centralisée ne sait pas encore aborder sereinement les questions d’écologie, le Grenelle étant une première amorce. Mais ses échos deviennent plus audibles.

Arrêt des travaux du barrage de Xayaburi : première victoire sur le Mékong. Le gouvernement laotien a annoncé en mai dernier l’arrêt du chantier du barrage de Xayaburi, sur le Mékong, dont le chantier avait commencé en contradiction avec les recommandations de la MRC, la « Commission du Bassin du Mékong » . C’est une première victoire importante sur cet immense fleuve du Sud-est , pour le WWF et tous ceux, de plus en plus nombreux, qui demandent qu’aucun ouvrage ne soit construit sur le cours principal du fleuve qui n’a pour l’instant été bétonné, et sévèrement, que dans sa partie chinoise. Les expériences des grands barrages construits sur le cours principal des fleuves montrent toutes que les dégâts sur l’hydrosystème, en particulier sur les populations de poissons, bases en protéines pour des millions de riverains sur le Mékong, sont irréversibles. Il reste à obtenir l’abandon définitif du projet. Rens. www.internationalrivers.org

Participez au marathon du saumon. Pour sauver le saumon, nous le savons tous, il est essentiel de restaurer les rivières. Mais il faut aussi que ce fabuleux poisson reprenne sa place, toute sa place, dans la vie des hommes, dans le quotidien des riverains des rivières. Il faut que le poisson, vivant, sauvage, regagne les cœurs, les esprits d’une population aujourd’hui globalement indifférente. Le saumon ? J’en trouve plein dans mon hypermarché, où est le problème ? Pour renforcer le travail de sensibilisation, le Conservatoire National du Saumon Sauvage a eu l’excellente idée d’associer le migrateur à un événement sportif, une descente en canoë-kayak de l’Allier et de la Loire, soit 854 km depuis Langeac, sur les traces des tacons, les juvéniles qui vont rejoindre l’Océan. Trois ans sont nécessaires pour organiser l’opération dans son intégralité. En 2011, les 20 et 21 août, le parcours, ouvert à toutes les catégories de pratiquant, reliera Langeac à Cournon d’Auvergne. Deux jours de sport et de fête pour le saumon sauvage, participez ! www.saumonsauvage.org

Le Rizzanese se meurt, dans une indifférente triste. Pour faire tourner les climatiseurs et radiateurs électriques de Corse, les paysages intacts de ce petit fleuve côtier méditerranéen, ses populations d’anguilles en bon état, ses eaux cristallines et tumultueuses, qui faisaient la joie des kayakistes de toute l’Europe, son chant millénaire sont en voie de noyade accélérée, en infraction avec la Directive Cadre sur l’Eau de l’Union. Il parait qu’EDF construit cet ouvrage « contre son gré », qu’elle bétonne « contrainte et forcée » un site qui devrait être classé depuis longtemps. Il paraît que, si elle ne détruit pas, elle, la concurrence s’en chargera. Pas le choix… Tel est le raisonnement, court. L’entreprise a des alliés : certains autonomistes pensent qu’il faudra aussi bétonner les autres petits fleuves qui coulent librement, une provocation politique insoutenable pour « l’indépendance énergétique ». Et quelques élus, comme M. Jean Jacques Panunzi, président du Conseil Général de Corse du Sud, qui souhaite que l’ouvrage fasse 12 mètres de hauteur en plus (40,5 m aujourd’hui) pour permettre plus d’irrigation. Georges Mattéi, dans son livre « Le barrage de la honte », a expliqué que le volume d’eau prévu pour l’irrigation (1,6 hm3 en été) était une mauvaise plaisanterie, la nature apportant, gratuitement, sans argent des contribuables, 38,630 hm3 au même endroit en été. Mais on n’écoute pas les anciens. scagliarita@gmail.com

Calendrier. 2011 : 40 ans des réserves de biosphère.  Catherine.cibien@mab-France.org

Passez à Enercoop, l’énergie militante ! www.enercoop.fr

20-21 août : Le marathon des saumons  Rens. www.saumonsauvage.org Octobre 2011 : 50 ans du WWF, 25 ans de Loire Vivante. Rens. marnould@wwf.fr

Coordination éditoriale : Martin Arnould, Chargé de programme « Rivières Vivantes » Tél : 04 77 21 58 24 - 04 78 27 39 95 (LYON) - marnould@wwf.fr Editeur : WWF - 1, Carrefour de Longchamp 75016 PARIS - Tél : 01 55 25 84 84 - www.wwf.fr

Document éco-conçu à imprimer si possible sur papier recyclé.

Rizzanese : toujours plus haut ?


bulletin rivieres sauvages 53