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0% des habitants vivront en ville en 2040. C’est inexorable. Les enjeux de la Smart City sont donc colossaux : sociétaux, économiques, écologiques, technologiques… Il s’agit d’une transformation en profondeur du mode de vie urbain actuel, pour que le futur qui se dessine ressemble à une cohabitation idéale en harmonie avec l’environnement. Une solution idyllique qui, pour exprimer la totalité de son potentiel, place l’habitant au centre de l’équation. La smart city est la volonté de développer harmonieusement développement urbain et humain. Chaque magistrat le sait, la gestion de la cité est soumise à des pressions importantes qui se résument d’un côté à davantage de services publics, donc de dépenses, et de l’autre côté : moins de dotations et donc toujours moins de recettes. Le numérique, avec ses victoires flagrantes dans quasiment tous les domaines, avec ses progrès qui suivent invariablement la loi de Moore – les capacités informatiques doublent tous les deux ans – semblent octroyer aux technologies de l’information le rôle de démiurge qui peut résoudre tous les problèmes. A cela se rajoute le fait qu’un projet informatique coûte, en général, un zéro de moins qu’une réalisation dans le bâtiment. La smart city est donc constituée, en partie, par cette fuite en avant vers davantage de numérique comme troisième voie face à l’effet de ciseau entre la nécessité de délivrer plus de services au citoyen et la diminution des recettes municipales. Stationnement intelligent, villes en 3D, BIM (Building Information Modeling), informations et services sur smartphone, wifi gratuit – car sans accès à internet pas de services intelligents – vidéo surveillance intelligente, internet des objets, consommations d’eau de gaz ou d’électricité analysées, les villes fourmillent de projets apportant souvent une transformation discrète en apparence mais révolutionnant l’expérience urbaine. Il n’y a pas de doute : les nouvelles technologies peuvent faire progresser la gestion de la cité. Le secteur public, réputé pour ses procédures lourdes et complexes, peut générer des gains d’efficacité considérables en adoptant les nouvelles technologies. Bien que de nombreux dirigeants reconnaissent leur potentiel, ils hésitent souvent à risquer des projets de centaines de milliers d’euros sur des applications qu’ils considèrent comme non prouvées. Pour créer plus de valeur à partir des dépenses publiques consacrées aux grands projets des villes, les municipalités peuvent tirer un important bénéfice à utiliser les nouvelles technologies. Voilà quel est l’objectif global de ce que l’on nomme « ville intelligente ». L’objectif de la smart city est de procurer davantage de services au citoyen, celui du citoyen de bénéficier de plus de simplicité administrative, celui de l’administration de faire mieux avec moins. La boucle est bouclée, cela signifie, en d’autres termes, que la fin vers laquelle tendent les villes est l’amélioration par une analyse rationnelle. En ce sens, on comprend l’importance du numérique, en tant que science du traitement de la donnée, dans la gestion de la cité. En effet, la Ville intelligente ne peut l’être qu’à l’aide de données. Sans collecte massive de données, pas d’optimisation des services proposés par la ville. La donnée est l’outil essentiel de la ville intelligente. Ces données sont issues de nos déplacements, nos habitudes, nos modes de consommation, etc. leurs sources sont multiples et touchent à la sphère personnelle, d’une manière ou d’une autre. Elles sont cependant

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essentielles à une gestion plus efficiente au bénéfice des usagers et de la collectivité. Le traitement de ces données, consenti ou subi par le citoyenconsommateur génère inquiétudes et réticences. Ainsi, proposer une vision où la gestion de la cité serait totalement informatisée et donc quasi-automatisée, on sent bien que cela pose problème, car les machines, aussi intelligentes soient-elles, sont éminemment déterministes, elles ne peuvent traiter que des lois causales, alors que la matière humaine répond à des lois positives, lois qu’elle se décrète à elle-même et qui sont la preuve de la liberté humaine. Le plus bel édifice numérique d’optimisation de la cité ne prendra jamais en compte ce facteur, ou mal. D’où cette méfiance viscérale vis-à-vis de l’intrusion des moyens informatiques dans notre vie, et pire dans notre société, car dans la vie privée on a encore le choix, mais une ville, dotée de capteurs en tout genre, se révèle un fantastique moyen de surveillance, cela donne étrangement une réalité à la prophétie d’orwell. Un lecteur circonspect pensera à juste titre qu’on en est loin et que vu le niveau de gestion actuel, un peu de modernité ne fera pas de mal. Le problème n’est pas là, la question réside dans le point de fuite : vers quelle perspective souhaite-t-on aller ? En effet, dès les premières mises en œuvre d’un projet de smart city, la démocratie participative s’empare de ces questions, davantage éthiques que techniques, et demande des réponses : que fait-on des données, à quoi servent-elles, bref : où va-t-on ? quel pacte social face au numérique ? le RGPD (règlement général de protection des données) est une première réponse. Le hiatus entre causalité et liberté prend ses racines dans le sentiment d’infériorité, soit de l’émotionnel par rapport au rationnel, soit, l’inverse, du sentiment de supériorité de la liberté face au prédéterminé. Les deux doivent avancer de concert : pas de ville intelligente sans administration intelligente, pas de smart city sans smart citizens. Connecter l’internet des objets avec l’internet des services publics et avec l’internet des personnes – les réseaux sociaux – : tel est le challenge de la ville hyper-connectée de demain. En effet, qu’on le veuille ou non, le citoyen-usager devient lui-même producteur d’information en publiant son avis sur les réseaux sociaux, en notant les lieux remarquables et la qualité de l’accueil touristique, ou même, par l’utilisation d’applications géolicalisées, en contribuant à la mise à jour de leurs informations. Ainsi, la facilité d’usage des applications actuelles sur smartphones permet un retour d’expérience immédiat sur l’état de fonctionnement des services de la Ville. L’utilisation des moyens de communication numériques permet de signaler à la collectivité une avarie technique, un dysfonctionnement, créant une boucle de rétroaction quasi immédiate allant des utilisateurs aux fournisseurs de services. Ainsi, même sur le plan de la gouvernance, c’est une remise à plat complète des services publics et de la place du citoyen qui est en cours. La ville intelligente est celle qui ménagera la création d’un espace public numérique où l’aller-retour entre le gouvernant et le gouverné sera accéléré. La nature des relations entre les élus et leurs administrés est modifiée. La Smart City saura-t-elle devenir celle qu’elle espère être… Rendez-vous à Antibes, seule ville de France à avoir été nominée deux fois cette année dans le prestigieux palmarès des 50 villes les plus smart de la planète ! 

CoNNECTEr «L’iNTErNET DES oBJETS

AVEC L’iNTErNET DES SErViCES PUBLiCS ET AVEC L’iNTErNET DES PErSoNNES – LES rÉSEAUx SoCiAUx – : TEL EST LE CHALLENGE DE LA ViLLE HyPErCoNNECTÉE DE DEmAiN.

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