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L’ARCHITECTURE SAISIE PAR L’INFORMATIQUE

Risaletto Quentin . 2018

Enseignants encadrant : Maria Martinez Gragera, Jean-Louis Coutarel


« La réalité virtuelle nous a amenés à réévaluer la réalité. Les mondes virtuels ne doivent pas être considérés comme une alternative au monde réel ou un substitut, mais comme une dimension supplémentaire qui nous permet une nouvelle liberté de mouvement dans le monde naturel ... un nouveau moyen d'expression » John Frazer


Sommaire Introduction

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I. L’évolution de la technologie informatique dans l’architecture Première trace de la technologie sur l’architecture Premiers ordinateurs Démocratisation de l’outil informatique

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II. L’informatique dans la pratique architecturale actuelle L’informatique comme outils de dessin L’informatique comme outils de conception Conséquences de l’informatique dans la pratique architecturale

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Conclusion

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Préface Avant de commencer ma licence en architecture, j’avais une idée préconçue de ce qu’était la « belle architecture », c’est à dire l’architecture en réponse à notre époque. Les images « tape à l’œil », par leur facilité d’accès sur internet, n’émettent qu’une partie subjective de l’architecture, dans un rapport à l’esthétique. J’étais admiratif des édifices marqués par une architecture très plastique, telle celle de Zaha Hadid, ou encore des architectures spectaculaires, comme les buildings ou des constructions en porte-à-faux. Je dois avouer qu’aujourd’hui, j’ai une vision de l’architecture différente, enrichie de nouvelles connaissances qui m’apportent un autre regard. Ainsi, les perspectives réalistes, les animations 3D, sont effectivement des documents graphiques très parlant qui mettent en valeur un projet, mais ils méritent d’être remis en question. Depuis mon entrée à l’ENSACF, j’ai recherché en continuité, des méthodes de représentation graphique. Ceci m’a toujours semblé essentiel dans la manière de communiquer sur un projet. N’ayant jamais suivi de formation particulière dans des domaines artistiques et n’étant pas forcement satisfait de mes rendus graphiques fait à la main, je me suis rapidement orienté vers les rendus numériques. Ainsi, la connaissance et la maitrise des logiciels informatiques me sont apparues essentielles pour améliorer les représentations de mes projets dès la première année. Bien que mes enseignants de projet nous aient encouragés encore à travailler exclusivement à la main, je restais persuadé que cette méthode de travail était insuffisante, et que l’informa¬tique offrait une qualité et une productivité dans le travail, bien supérieures. Après mon projet d’architecture du second semestre de première année, j’ai commencé à me questionner sur la manière d’utiliser l’outil informatique. En effet, il m’avait été reproché d’avoir un projet qui « respirait » l’outil numérique, c’est-à-dire un projet, visuellement attrayant mais dont les fondements, les intentions, n’étaient que très peu présentes. On pouvait qualifier mon projet de « pauvre » architecturalement parlant, alors même que les espaces fonctionnaient bien entre eux. De plus, les éléments graphiques que j’avais choisi, ne mettaient pas visuellement mon projet en valeur ; Par exemple, les coupes, qui sont accessibles instantanément à partir d’une 3D, n’étaient pas pertinentes. C’est à partir de ces critiques et remarques que j’ai commencé à me questionner sur la manière d’utiliser l’outil informatique. Je m’interrogeais également sur l’influence de cet outil sur la conception de mon projet : « Sans mon ordinateur, aurais-je fais ce type projet ? ».


Introduction

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Figure.1 Photomontage d’un projet de Zaha Hadid entre les mains de Jean ProuvÊ en 1935.


Durant mes trois années d’étude en licence, je me suis questionné sur la place de l’informatique dans l’architecture. Dernièrement, en feuilletant le livre « Architecture of Zaha Hadid», je me suis à nouveau interrogé sur la prépondérance de l’ordinateur, dans cette architecture très plastique mais également, et à contrario, sur le rôle qu’aurait celui de Alvaro Siza, au style plus maîtrisé. J’ai aussi essayé d’imaginer le travail de Zaha Hadid, 60 ans plus tôt, dans les mains d’un autre architecte, avant l’ère du numérique. Je me demande si cela aurait possible, pas du point de vu de la construction, mais plutôt du point vu de la création et de la conception en amont. (Figure 1) C’est donc cette thématique que je souhaite aborder dans mon rapport d’étude. Quelles sont les éventuelles influences de l’informatique sur la conception et la pratique architecturale. Mes recherches se sont appuyées essentiellement sur deux livres et sur des articles de revues d’architecture. De plus, afin de pouvoir argumenter sur les questions plus subjectives de ma thématique, j’ai effectué plusieurs entretiens auprès d’architectes aux expériences différentes, qui m’ont transmis leurs opinions sur le sujet. Je ne cherche pas dans ce rapport, ni à remettre en cause la place de l’informatique dans le monde de l’architecture, ni à prôner l’obsolescence du travail à la main. J’ai souhaité étudier les rapports qu’entretiennent l’informatique et l’architecture entre eux, d’un point de vue historique, technique mais également créatif. En dernier lieu, j’aborderai certaines conséquences induites par l’usage de l’ordinateur, dans la pratique architecturale.

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I. L’évolution de la technologie informatique dans l’architecture

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Figure.2 La tabulatrice Hollerith utilisĂŠe lors du recensement amĂŠricain de 1890


Quand tout cela a-t-il commencé et quelles sont les principales étapes qui ont conduit à la situation actuelle ? Ces questions, à propos du numérique et de ses effets sur l’architecture, sont parmi les plus vieilles de la discipline historique. L’usage de la technologie dans la conception architecturale a marqué une transformation de l’architecture ; transformation à la fois rapide et profonde de son mode de production, de ses structures professionnelles, de ses formes, de ses concepts et de ses idéaux. Nous distinguons ainsi trois périodes notables.

Première trace de la technologie sur l’architecture La première période intervient à la charnière des XlXème et XXème siècles. Elle correspond, à une société industrielle d’un type nouveau, qui nécessite la création et le traitement de quantité de données de plus en plus importantes. C’est à cette époque que voient d’ailleurs le jour les premières machines (figure 2) destinées à traiter les données, à commencer par les tabulatrices1 qui permettent aux administrations comme aux grandes entreprises privées, de gérer leurs administrés, leurs stocks et leurs clients. Cette évolution a assez peu d’incidences directes sur l’architecture, mais elle contribue en revanche à la montée en puissance d’une discipline urbanistique basée sur la collecte de données et les séries statistiques. Ces statistiques sont exploitées pour répondre au mieux au site étudié et ont donné naissance à l’urbanisme moderne.

Machine mécanographique et manuelle, permettant d’effectuer des calculs et d’imprimer les données sous forme de listes, de tableaux. 1

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Figure 3


Premiers ordinateurs L’invention de l’ordinateur et la diffusion de cette nouvelle machine dans les années 1950-1970 constituent un second épisode clef. À la différence du précédent, celui-ci donne naissance à toute une série de recherches, d’expérimentations et de projets dans le champ de l’architecture. Des réflexions et des expérimentations sont conduites et permettent d’appréhender la richesse de ce moment qui voit l’ordinateur et les approches qui lui sont liées comme la cybernétique2 qui va occuper une place grandissante dans les réflexions des architectes. La cybernétique dans la réflexion architecturale va produire des avancées rapides dans l’architecture du XXème siècle, que l’on peut lister en 4 points : - Développement des premiers dessins assistés par ordinateur, désormais décrété comme un instrument utile dans la pratique architecturale. - Unification par ordinateur de différentes disciplines (anthropologie sociale, psychologie, sociologie, écologie, économie) relié au concept architecturale. - Formulation de l’architecture comme contrôle social de la société. - Avancé du fonctionnalisme, le concept des maisons comme « Machine à vivre » s’affine grâce à la Cybernétique. On parle désormais environnement avec lequel coopère l’habitant. A titre d’exemple, sur les premiers travaux effectués avec l’ordinateur : Lionel March, chercheur pionnier sur la modélisation des espaces au moyen de l’ordinateur, a réalisé à l’aide d’un code hexadécimal, le bâtiment Seagram à New York, de Mies Van Der Rohe, en 1972. (figure 3)

Science qui étudie les mécanismes de communication et de régulation dans les machines et chez les êtres vivants. 2

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Figure.4 Couverture de l’exposition sur «SEEK» au musée Juif de New York


Démocratisation de l’outil informatique Une troisième période clé s’amorce au début des années 1990, avec les premières tentatives d’utilisation intensive de l’ordinateur, comme unique outil de conception, dans les écoles et les agences d’architecture. De nombreux architectes des décennies 1960-1970, avaient rêvé de faire de la machine (figure 4) un véritable partenaire de l’architecte, grâce aux techniques d’intelligence artificielle. En 1970, Negroponte, un informaticien américain, met au point une machine appelé «SEEK» suivant des instructions programmées préalablement. Un bras robotique réorganise automatiquement des blocs selon un schéma spécifique. Cependant, des petites gerbilles, qui sont disposées dans l’espace de travail de la machine désorganise les blocs avant que la machine ne réorganise de nouveau cette « micro ville » L’informaticien travaillait ainsi sur un système informatique pouvant aider les architectes à résoudre les problèmes de conception des villes, et espérait, résoudre des problèmes de design urbain dans les villes futures. Malgré plusieurs expérimentations du genre, les ordinateurs dont se dotent la plupart des agences au tournant des années 2000 ne constituent guère que des instruments de dessin. Mais, leur puissance de calcul et leurs possibilités graphiques étendues offrent de nouveaux possibles en architecture et conduisent à remettre en cause de nombreux à priori, considérés jusque-là comme des principes essentiels de la discipline. On peut toutefois se demander si des changements encore plus importants ne surviendront pas dans l’avenir, avec le développement de l’intelligence des machines. En effet, il se pourrait aussi que l’informatisation des ateliers et des agences d’architecture ne constitue qu’une étape au sein d’un processus plus vaste de transformation de la discipline architecturale. Le développement d’un algorithmique orienté spécifiquement vers les applications architecturales ou encore l’approfondissement des techniques d’intelligence artificielle pourraient bien produire d’autres mutations. Ainsi, aux trois étapes que je viens de présenter, seraient susceptibles de se rajouter d’autres moments de bascule et d’autres épisodes évolutifs. Mais en l’état actuel, revenons sur le questionnement concernant les influences possibles de la technologie informatique sur l’architecture.

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II. L’informatique dans la pratique architecturale actuelle

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Figure.5 Projet réalisé avec le BIM lors de mon stage à l’agence «CA arquitectura» à Buenos Aires


J’ai souhaité volontairement centré mon rapport sur la période qui fait suite aux années 90, puisqu’elle correspond à la démocratisation de l’outil informatique dans le monde de l’architecture. Il m’est apparu essentiel de scinder en deux groupes distincts, les manières d’employer l’ordinateur dans l’architecture. Il y a d’une part, l’informatique en tant qu’outil de dessin, qui est la pratique la plus fréquente chez les architectes, et d’autre part, l’informatique comme outils de conception, c’est à dire que l’ordinateur est un véritable acteur et qu’il est volontairement utilisé dans la conception du projet d’architecture. L’architecte, dans ce cas, est conscient qu’il mobilise l’ordinateur comme outils de création de son projet et pas uniquement comme outil de dessin. Enfin, j’analyserai les conséquences de l’outil informatique sur la manière de concevoir l’architecture.

L’informatique comme outils de dessin Le DAO (dessin assisté par ordinateur) est la méthode de représentation graphique la plus utilisée actuellement par les architectes et les étudiants en architecture, bien que certaines agences, peu nombreuses, continuent de travailler manuellement. L’informatique a relégué aux oubliettes les tables à dessin, les tés, les équerres et les compas depuis longtemps. Des logiciels complexes et performants accompagnent désormais toutes les étapes de la création d’un bâtiment, de l’esquisse aux plans, en passant par les rendus. Cette méthode de travail à apporter des changements dans les relations professionnelles, puisque cela a facilité des collaborations internationales entre les architectes qui n’hésitent plus à s’associer sur des projets malgré la distance qui les sépare. En effet, communiquer son travail est devenu beaucoup plus aisé grâce à l’ordinateur. L’évolution qu’ont connu les divers logiciels de dessin architectural ces dernières années, rend leur abstinence désormais très compliquée, tant la compétitivité qu’offrent ceux-ci est profitable. Longtemps resté au niveau de dessin en 2D et 3D, où chaque architecte dessinait numériquement indépendamment et publiait ses données individuellement, l’apparition du BIM3 , ces dernières années, a révolutionné l’échange et la collaboration instantanée entre les différents corps de métier du bâtiment. Chacun produit une maquette 3D de façon autonome, cependant chaque modèle évolue simultanément suivant le travail d’autrui. Personnellement, j’ai eu l’opportunité de réaliser un stage dans une agence travaillant uniquement avec le système BIM. Il s’avère que j’ai été assez surpris par la facilité qu’offre ce système, tant dans la collaboration au sein du projet, que par le gain de temps de travail qu’il permet d’économiser. (Figure 5) Cela dit, le dessin assisté par ordinateur est à mon sens trop peu questionné par les utilisateurs qui consi¬dèrent l’ordinateur comme un simple outil de travail et ne se questionnent pas sur d’éventuelle influences lors de la conception architecturale. Le Building Information Modeling est une technologie et des processus associés pour produire, communiquer et analyser des models de construction. Eastman 2011 3

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Figure.6 Pavillon Serpentine (2002), Toyo Ito et Cecil Balmond


L’informatique comme outils de conception Concevoir grâce à l’informatique, c’est faire de l’ordinateur un acteur majeur de son projet. C’est également assumer le fait que l’ordinateur apporte des réponses qui n’étaient pas envisageables sans lui. Pour illustrer au mieux la notion d’outil de conception dans le projet architectural, j’ai choisi 3 références de projet dont l’ordinateur n’est plus un simple outil de dessin dans le projet de l’architecte. Je ne rentrerai pas précisément dans les techniques informatiques utilisées mais j’aborderai plutôt le procédé et la démarche utilisés pour chacun des projets. Le pavillon Serpentine (Figure 6) de 2002 est un projet de Toyo Ito, à Londres, qui illustre parfaitement la conception structurelle et formelle d’un projet suivant un algorithme4. L’architecte s’est basé sur un volume simple de pavé droit et décide de faire appel à Cecil Balmond pour développer un algorithme capable de créer des pleins et des vides sur les parois de ce volume, offrant ainsi, ce qui semble être un modèle irrégulier et complexe. Formant un réseau de triangles et de trapézoïdes, les lignes qui se croisent, donnent une impression de flux infiniment répétitif. Les lignes et les croisements sont devenus des lames d’acier structurelles, et un motif en damier de panneaux de verre et d’aluminium est ajouté pour la netteté de la forme.

Suite finie d’opérations ou d'instructions permettant de résoudre un problème ou d'obtenir un résultat. ( dans le cas présent, suite d’opération informatisé afin d’obtenir une forme) 4

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Figure.7 Le MusĂŠe Guggenheim de Bilbao


Le Musée Guggenheim de Bilbao (Figure 7) est certainement le projet le plus célèbre de Frank Gehry, grâce à sa structure innovante et sa forme particulière. Situé à Bilbao en Espagne et juxtaposé à la rivière Nervion, ce musée d’art moderne et contemporain est devenu l’image de marque de la ville et a contribué à apporter un effet de renouveau ainsi qu’une certaine notoriété à cette ville. L’architecte Frank Gehry avait une méthode de conception plutôt traditionnelle pour l’élaboration de ses nombreux projets. En effet, les croquis et les maquettes se retrouvaient au centre de sa conception et ils constituaient, selon lui, la meilleure technique pour transmettre ses idées hors du commun. C’est lorsque Jim Glymph rejoint la firme de Gehry en 1989, que l’ordinateur prend une ampleur considérable dans la méthode de travail de celui-ci. En fait, Glymph proposa à ce dernier, d’introduire l’ordinateur dans la conception afin de pousser le potentiel de ses projets à son maximum. Son nouveau collègue avait remarqué la présence constante de formes très courbes dans ses projets, et il savait qu’elles pouvaient être davantage amplifiées avec l’ordinateur. C’est donc dans l’idée de pousser le potentiel de ses projets au maximum que Gehry et son équipe se lancèrent dans l’utilisation du logiciel CATIA (Conception Assistée Tridimensionnelle Interactive Appliquée). Ce logiciel permet en fait à l’architecte de reproduire la forme de sa maquette à l’ordinateur, et ensuite d’harmoniser les formes. Le logiciel principal CATIA se déroulait en huit grandes étapes de modélisation : la numérisation de la maquette physique, la maquette en points à l’ordinateur, la maquette définie à l’ordinateur, les surfaces ombragées, la production d’une maquette physique à partir de l’ordinateur, la structure primaire, la structure secondaire (incluant l’analyse de courbures) puis les dessins techniques. Ce processus informatisé a amené Gehry et son équipe à faire plus de 50 000 dessins en plus de 60 000 heures d’ordinateur pour produire les éléments complexes de structure et de façade. Ce nombre d’heures peut sembler démesuré, mais le temps passé aurait été bien plus considérable s’il n’y avait pas eu l’ordinateur pour les assister dans ce projet. L’utilisation de l’ordinateur a donc permis de faciliter l’exécution du projet non seulement en sauvant du temps, mais également en empêchant une application peut être inexacte des matériaux. Lors du développement du projet, de nombreux entrepreneurs et manufacturiers ne croyaient pas en la réalisation de celui-ci pour la simple et bonne raison que sa forme trop sculpturale ne se construirait pas, ou alors ne serait pas du tout économique. Le fait d’utiliser l’ordinateur lui a permis de déterminer, entre autres, la structure complète d’acier et la manière de fixer les panneaux de titane sur les murs extérieurs.

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Figure.8 L’église presbytérienne Greg Lynn


L’église presbytérienne dans le Queens à New York a été réalisée par Greg Lynn, en 1999. L’architecte s’est fait remarquer par son utilisation de la conception assistée par ordinateur, pour produire une architecture aux formes irrégulières et biomorphiques. Il s’agit d’un des plus grands investigateurs de l’air de la digitale et de ces conséquences sur l’architecture. Cette église est l’un des tous premiers projets se servant d’un logiciel d’animation vectorielle dans sa conception. Ce projet met en œuvre un module de déformation informatique. Ainsi, un couloir, amenant à l’entrée principale est composé de 6 modules d’escalier (figure 8), chacun unique par rapport aux autres. Les angles, ainsi que les mesures des parois bordant les escaliers sont tous différents. Les calculs ont été faits à partir de vecteurs en mouvement, ce qui rend la pratique des escaliers très dynamique. Cet exemple est très parlant dans le sens ou l’informatique a joué un rôle majeur dans la conception architecturale du projet. De plus, il permet d’aborder la question de la symétrie, sujet étonnement réaliste dans notre manière de concevoir l’architecture. Lorsque l’on manque d’informations ou de contrainte, on se tourne très fréquemment vers la symétrie pour concevoir un bâtiment. Egalement, la répétition d’éléments, de mesures, est fréquente dans la conception. Grâce à l’utilisation de l’informatique il a brisé la nécessité d’employer la symétrie ou les répétitions d’angles, par exemple dans son escalier. Dans une conférence sur le sujet en 2005, Greg Lynn met également en avant, le fait de ne pas se focaliser sur les mesures dans son projet. En effet, les architectes, lors de la conception, utilisent en général des mesures, qu’on peut qualifier d’exactes c’est à dire, qu’ils utilisent des dimensions avec des nombres entiers. Greg Lynn avec son module de déformation informatique, s’affranchit des contraintes de mesure et laisse l’ordinateur déterminer celles-ci afin que sa forme soit la plus dynamique possible. Les exemples des 3 projets présentés ne sont en aucun cas prometteurs, incomplets, ou expérimentaux. Les architectes avaient déjà déterminé le rôle de la technologie dès l’instant où ils ont commencé à incorporer ces nouveaux outils dans leur processus créatif. Tous savaient ce qu’ils voulaient aussi ont-ils fait appel à du matériel informatique et à des logiciels bien précis. Ils ont engagé des programmeurs pour inventer les outils dont ils avaient besoins afin de concrétiser leur action du numérique sur l’architecture. « Aujourd’hui la technologie dans la conception ne doit plus être abordé comme une perspective d’avenir, puisqu’elle a déjà été mise en scène de multiples fois, mais plutôt comme le passé récent » Greg Lynn, la fin du numérique dans l’avenir.

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Conséquences de l’informatique dans la pratique architecturale Nous venons de voir que l’informatique pouvait être utilisée comme un véritable outil de conception du projet d’architecture. Cependant, quand est-il de l’usage classique de l’outil de dessin et de représentation graphique qu’offre l’ordinateur. Dessiner simplement sur ordinateur n’a-t-il pas des conséquences sur notre manière de concevoir et de pratiquer l’architecture ? Pour répondre à cela, je vais m’appuyer essentiellement sur les différents entretiens que j’ai effectués auprès de plusieurs personnes, appartenant au domaine de l’architecture mais avec des expériences et approches différentes. Cette diversité devrait permettre de répondre avec plus d’impartialité à cette question. J’ai donc interrogé quatre personnes, à Buenos aires, sur plus au moins, les mêmes questions. Je ne cherche pas à faire une comparaison des différentes opinions, mais plutôt à les confronter lorsque cellesci m’ont paru pertinentes, compte tenu de la problématique. Voici donc le panel retenu. - Un architecte octogénaire qui ne maitrise que le travail d’architecture à la main. - Un architecte de 50 ans qui maitrise aussi bien le travail à l’ordinateur qu’avec la plume. - Un architecte de 35 ans qui n’a connu que la période d’expansion du numérique dans l’architecture. - Un étudiant en architecture de 25 ans qui n’a connu que la période d’expansion du numérique dans l’architecture. Pour développer cette sous-partie j’aborderai différents thèmes qui ont été relevé durant les entretiens et qui semblent être des points sensibles sur l’utilisation du dessin assisté par ordinateur. Temps espace de travail Dans la pratique de l’architecture au quotidien, l’ordinateur s’avère être un outil formidable pour chacun d’entre eux. Il serait impensable de retourner en arrière désormais pour eux, car les délais et les temps de travail ne seraient pas respectés. Les architectes ayant connu les deux périodes témoignent d’une rapidité accrue dans la conception ainsi que dans la réalisation des documents techniques, depuis l’ère du numérique. L’étudiant souligne également, des avancés plus récentes dans l’informatique, comme le BIM, qui a diminué considérablement le temps de travail dans ses projets. Le temps économisé est colossal mais également l’espace de travail. Les grandes tables à dessins ne sont plus de rigueur désormais. En revanche, certains témoignent que l’arrivée du numérique a entraîné une diminution des effectifs dans les agences car le nombre de dessinateurs nécessaires a diminué dans le même temps pour les projets.

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Figure.9 Croquis d’Alberto Alvarez, un intervenant d’un entretiens.


Le croquis Lors de chaque entretien, si aucun des intervenants n’a manifesté le souhait d’un retour du dessin d’architecture à la main, l’importance du travail préliminaire d’esquisse au crayon, a été évoqué par chacun d’eux en revanche. Selon eux, il est capital et on ne peut s’en détacher, pour imaginer les grandes lignes d’un projet. Le plus ancien architecte m’a avoué que le crayon était le prolongement de sa pensé et que grâce à lui, il pouvait visualiser celle-ci. Pour un autre, le croquis (Figure 9) lui apporte en quelques minutes les intentions majeures qu’il souhaite développer, et c’est de cette manière qu’il communique également avec ses collaborateurs architectes. « C’est quelque chose » que l’ordinateur ne parviendra pas à remplacer d’après lui. En revanche, l’étudiant, qui est également adepte de cette méthode de travail, voit un futur où le travail à la main sera abandonné par les prochaines générations d’architecte, car leur cerveau se sera accommodé à l’expression de leurs idées par l’informatique. L’évolution des ordinateurs devrait faciliter également cette expression. La notion d’échelle. Cette remarque m’a été donné, à juste titre, par les deux architectes ayant appris l’architecture avec le travail à la main. Ces derniers sont convaincus que l’ordinateur a diminué la notion cérébrale visuelle de l’échelle chez l’architecte. En effet, ils affirment que dans la pratique, les nouveaux architectes sont in-capables de repérer l’échelle d’un plan imprimé car l’informatique ne les oblige plus à jongler avec les échelles en permanence. A l’inverse, eux, peuvent esquisser un plan à n’importe quelle échelle standard avec leur crayon.

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Dessin et conception à la main

Dessin à l’ordinateur

Conception assistée par ordinateur

Figure.10 Schéma d’exemple de projets suivant le model de conception


La conception

La conception fut le point le plus subjectif que j’ai souhaité aborder avec eux. Chacun a commencé par citer des architectes comme Franck Gehry ou Zaha Hadid pour expliquer leur point de vue sur l’utilisation intensive de l’outil informatique en donnant son avis sur ce qui leur semblait pertinent ou non. Aucun n’avait composé de projet avec l’ordinateur en tant qu’acteur majeur de la conception et ne souhaitait pas le faire à l’avenir car cela ne correspondait à leur manière de concevoir de la belle architecture. Mais aucun d’entre eux n’a pensé à présenter son propre projet, lorsque je leur ai demandé de citer un projet influencé par l’outil informatique. Ainsi, j’ai demandé si leur projet serait identique s’il l’avait pensé et dessiné entièrement à la main, comme avant les années 90. Les deux architectes qui avaient le plus d’expérience ne savaient pas répondre directement mais supposaient qu’il serait différent, sans vraiment argumenter. Pour les deux autres, il était évident qu’ils seraient radicalement différents. Pour eux, on ne peut pas simplement qualifier l’ordinateur comme un simple outil tel un stylo, car les possibilités qu’il offre dans la conception d’un projet, lui donne une place très importante dans le processus de création. Les grandes idées porteuses du projet resteraient également les même mais formellement, il est évident que nous sommes influencés par les programmes informatiques, tant la facilité qu’offre cet outil dans le traitement des formes ainsi que les diverses transformations qu’on peut effectuer sur celle-ci sont aisées. Ainsi, d’après eux, le dessin assisté par ordinateur influencerait la conception de notre projet, bien que l’on n’ait pas l’intention de se servir de l’ordinateur comme acteur, c’est à dire comme outils de conception de notre projet. La figure 10 illustre un schéma de 3 exemples de même projet conçu selon 3 manières de procéder différentes. Chacune des méthodes, aboutit à un projet différent.

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Conclusion

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Simple outil de dessin ou outil de conception, l’informatique dote l’architecte d’une puissance créative conséquente. Il s’exprime et influence nos projets, parfois volontairement et parfois inconsciemment. Greg Lynn, explique qu’il faut apprendre à faire la distinction entre l’outil informatique et l’intelligence humaine, tout simplement. D’après lui, il faut considérer l’ordinateur comme un « animal de compagnie » qu’on doit apprendre à domestiquer, afin qu’il n’influence pas inconsciemment, notre architecture. En d’autres termes, ça doit devenir un outil de l’architecte, comme pourrait l’être une table à dessin, afin que l’on reste maître de notre projet. Il faut donc savoir prendre du recul sur l’outil que l’on utilise, se poser les bonnes questions mais également apprendre à très bien maîtriser cet outil afin d’exploiter toutes les possibilités qu’il offre. Je réalise maintenant, qu’elles étaient les raisons qui faisaient que mes premiers projets sur informatique manquaient de réflexion architecturale et étaient trop marqués par le numérique. Je n’avais pas suffisamment de recul et d’expérience sur la pratique de l’ordinateur et je restais trop influencé par cet outil. Pas à pas, et depuis les années 1990, le numérique offre aux architectes des nouvelles solutions à leurs besoins, dans le dessin, les techniques constructives et structurelles, la conception, l’empreinte écologique. Il est devenu un accessoire indispensable à leur travail. Pas à pas, ou parfois d’un bond technologique ou créatif, le champ du design va encore évoluer à mesure que se développera la puissance des ordinateurs ainsi que la curiosité et l’assurance des architectes.

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Iconographie Images d’internet : Figure 1,2,3,4,6,7,8 Images personnelles : Figure 5,9,10

Bibliographie GREG LYNN, Animate Form, version originale anglaise, 1999, USA LLUIS ORTEGA, La digitalizacion toma el mando, Version originale espagnol, 2009, Espagne ANTOINE PICON, L’architecture saisie par le numérique : théorie, histoire, archéologie, version originale française, REVUE DE L’ART, n° 186/2014-4, p. 83-89 JOHNATAN GLANCEY, Architecture numérique, Architecture d’Aujourd’hui, n° 397, p. 54-71

Biographie des intervenants 1 Alberto Alvarez, Enseignant de projet à la FADU et directeur de l’agence «arquitecto Alberto Alvarez + asociados». Diplômé de la faculté d’architecture de la Plata en 1983. Il a connu les deux périodes, avant et pendant l’ère de l’informatique, il maitrise les logiciels informatiques principaux. 2 Juan Micieli, Argentin, directeur de l’agence « Ca Architectura », diplômé de la faculté d’architecture de Buenos Aires depuis 2013. Il n’a connu que le travail de l’architecture avec l’informatique 3 Rodolfo Gasso, enseignant/accompagnateur projet à la FADU, diplômé de la faculté d’architecture de Buenos Aires en 1952, Il n’a connu que le travail a la main lors de son parcours en tant qu’architecte et ne manie aucun logiciel informatique. 4 Ignacio Molinari, étudiants en 5ème année à la FADU


« Si tu es bête tu le reste, avec ou sans ordinateur. Rien n’a changer en toi. »

Renzo Piano sur la technologie,

La désobéissance de l’architecte

L'architecture saisie par l'informatique  

Rapport d’étude Licence 3, ENSACF Quentin Risaletto

L'architecture saisie par l'informatique  

Rapport d’étude Licence 3, ENSACF Quentin Risaletto

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