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LE MAGAZINE DE LA 3E JOURNÉE DU DIGITAL 3 SEPTEMBRE 2019

SUISSE 4.0

La numérisation amène avec elle de grands défis et des questions nouvelles. Nous avons cherché les réponses. Comment gagner des élections aujourd’hui? Aimer un robot, est-ce possible? Pourquoi Messi est-il meilleur que Ronaldo? Les guerres deviennent-elles moins humaines? Comment éduquer ses enfants à l’ère numérique? Vivons-nous dans la Matrice?


L’Online Banking pour tous ceux qui effacent l’historique de leur navigateur tous les jours. On n’est jamais trop prudent. credit-suisse.com/securite

«La seule banque suisse notée A+ pour la sécurité de son site»*

* Dans le cadre d’une enquête sur la sécurité, la protection des données et le respect des directives, ImmuniWeb® a vérifié en juillet 2019 le statut sécuritaire des 100 plus grands établissements financiers à l’échelle mondiale. Le Credit Suisse a ainsi été noté A+ pour le cryptage SSL et la sécurité de son site. Copyright © 2019 Credit Suisse Group AG et/ou ses filiales. Tous droits réservés.


DES QUESTIONS Chère lectrice, cher lecteur,

Photo: Shane Wilkinson

Nous avons interrogé des décideurs des milieux de la politique et de l’économie, des experts et des activistes, mais surtout la population suisse, dans le cadre d’un sondage à grande échelle. Nous leur avons posé quelques questions essentielles: que va nous amener la numérisation? Comment se développe notre monde numérique? Qu’est-ce qui est porteur d’espoir ou au contraire suscite des peurs? A cette dernière question, la jeune génération – qui est aussi la plus concernée – répond: l’éclatement de la société. Ses craintes sont justifiées. Les vociférations virtuelles sont en vogue et menacent de remplacer les débats de société et les débats politiques. La tentation est grande de se réfugier dans sa propre bulle, à l’abri de ces questions dérangeantes et de la nécessité de se les poser soi-même. Voire de se remettre en question. La troisième Journée suisse du digital, le 3 septembre prochain, sera placée sous le signe du dialogue. La population, les politiciens et les experts y débattront d’égal à égal et tenteront de définir, ensemble, un avenir souhaitable. Interpeller pour remettre en question l’évolution actuelle. Car si les machines sont capables de fournir des réponses, pour poser les questions, il faut encore l’être humain. Fabian Zürcher, rédacteur en chef

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11 Le bioéthicien Marcello Ienca, de l’EPFZ, ne voit pas de problème à ce que les machines en sachent bientôt plus que nous. Et il sait pourquoi nous préférons des robots à forme animale aux humanoïdes.

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Qu’est-ce qui inquiète les Suisses? Qu’est-ce qui leur donne de l’espoir? Et à quels acquis techniques sont-ils prêts à renoncer? Sondage représentatif à propos du numérique.

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Nach Sprachregion

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Plus de réponses

SOMMAIRE 4 www.journeedudigital.swiss

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À l’ère numérique, l’amour ressemble à un buffet à volonté, estime la sociologue Eva Illouz. Selon elle, les humains seront bientôt capables d’aimer des machines, car les algorithmes ne sont jamais de mauvaise humeur.

Coller des affiches et sonner aux portes, ou poster sur les réseaux sociaux? Les pros du numérique du PLR (le fondateur de Digitec et conseiller national Marcel Dobler) et du PS (le conseiller national Cédric Wermuth, en image) et leurs chefs de campagne évoquent leurs stratégies pour capter des votes en cette année électorale.

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Plus de partenaires, moins d’amour

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Plus de robots

Pour Timo Jankowski, stratège et théoricien du ballon rond, le meilleur footballeur de la planète ne fait aucun doute. Il pense que moins d’entraîneurs seront virés si l’on s’en réfère aux données plutôt qu’aux vétérans du foot.

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20 La Suisse fait partie des pays les plus innovants au monde. Pour le président de la Confédération Ueli Maurer, nous pouvons cependant encore mieux utiliser les chances que la numérisation nous offre.

Moins de limogeages

Gesamt

Plus d’innovation


Les grands moments Quel orateur? quels sujets? où et quand? Toutes les informations sur la troisième Journée du digital du 3 septembre.

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Plus d’humain

Plus de démocratie La numérisation permet aux citoyens d’avoir réellement leur mot à dire, pense l’activiste des réseaux Daniel Graf. Il pense qu’elle permet d’équilibrer une politique parfois trop verticale.

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En pleine course vers la numérisation, Axel Lehmann, CEO d’UBS (Suisse), explique pourquoi, en cas de décision importante, les clients continuent de préférer un entretien personnel.

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Plus de surveillance Si l’on n’observe pas les règles, on ne voyage pas en avion. La Chine met en place une surveillance d’Etat, estime l’ex-correspondant à Pékin Kai Strittmatter. L’Europe devra lutter pour ses normes et ses valeurs.

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Plus de règles Moins de victimes? La pilote de drones israélienne Maya O’Daly raconte comment fonctionne la guerre à distance. Et pourquoi les soldats tirent alors que les soldates se contentent de surveiller.

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Sur mandat de l’ONU, l’ancienne conseillère fédérale Doris Leuthard collabore avec Melinda Gates et Jack Ma, patron d’Alibaba, en matière de réglementation dans le cadre de la numérisation. Elle en est sûre: «On ne peut pas continuer comme ça.»

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Impressum Le magazine spécial de la troisième journée du digital est un supplément du SonntagsBlick, de la Handelszeitung, d’Il Caffè et du Temps. Editeur: Ringier SA, Brühlstrasse 5, 4800 Zofingue Rédaction: Brand Studio Direction: Fabian Zürcher Production: Alice Massen Conception: Dominique Signer Iconographie: Christof Kalt Correction: Regula Osman, Kurt Schuiki Commercialisation: Thomas Passen Publicité: Admeira AG Impression: Swissprinters AG, 4800 Zofingen Indication des participations importantes selon l’art. 322, al. 2 CPS: cash zweiplus ag, DeinDeal AG, Energy Schweiz Holding AG, Energy Bern AG, Energy Zürich AG, Geschenkidee.ch GmbH, Infront Ringier Sports & Entertainment Switzerland AG, JobCloud AG, JRP Ringier Kunstverlag AG, MSF Moon and Stars Festivals SA, Ringier Africa AG, Ringier Axel Springer Media AG, Ringier Digital AG, Ringier Digital Ventures AG, SMD Schweizer Mediendatenbank AG, The Classical Company AG, Ticketcorner Holding AG, Ringier France SA (Frankreich), Geschenkidee D&A GmbH (Deutschland), Ringier (Nederland) B.V. (Holland), Ringier Pacific Limited (Hongkong), Ringier China (China), Ringier Vietnam Company Limited (Vietnam), IM Ringier Co., Ltd. (Myanmar)

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POLITIQUE

Le président de la Confédération Ueli Maurer entend positionner la Suisse comme centre pour les nouvelles technologies. Selon lui, les particuliers et l’Etat doivent mieux exploiter les opportunités créées par les innovations et la numérisation.

Ueli Maurer, on vous décrit volontiers comme le «ministre du numérique». En quoi la numérisation est-elle si importante pour vous? Personnellement, elle ne me concerne pas tant que ça, mais elle est d’une extrême importance pour la Suisse. Il existe toujours beaucoup de processus qui sont très compliqués et difficiles à prendre en main. La numérisation permet de simplifier tout cela. Le projet eDéménagement, qui vise à aider les gens à déménager d’une commune à une autre en effectuant sur internet le changement d’adresse, en est un exemple dans le domaine de l’administration. Il est essentiel de continuer dans cette direction et d’utiliser la technologie pour rendre la vie plus simple. A votre avis, quels secteurs seront particulièrement concernés?

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Il y aura de grands changements dans énormément de secteurs. Prenez la technologie blockchain. Je suis persuadé qu’elle rend les intermédiaires superflus et accroît le niveau de sécurité. Il se présente par exemple d’intéressantes opportunités dans le commerce de l’art et partout où il s’agit de protéger des données et des transactions de toute manipulation. Nous sommes au début d’une évolution avec laquelle la Suisse doit rester en phase. Dans la finance, les cryptomonnaies suscitent l’attention depuis quelques années. Voudriez-vous faire de la Suisse un centre des cryptomonnaies? Non, la Suisse doit se positionner comme centre des nouvelles technologies. Pour moi, les cryptomonnaies sont plutôt un produit accessoire au sein d’une vaste évolution, qu’il s’agisse des bitcoin ou d’autres.

Il n’empêche, un acteur géant déboule dans les cryptomonnaies, la libra de Facebook. Est-ce une chance ou plutôt une menace? La tâche du politique est de créer des conditions cadres qui encouragent les innovations, y compris de nouvelles technologies financières. En principe, cette approche s’applique aussi à la libra. Mais nous avons encore trop peu d’informations pour être en mesure de jauger les avantages et les risques de ce projet. Il existe déjà beaucoup de ces techno­ logies financières (fintechs), comme le payement par smartphone ou le financement participatif. Mais le sujet continue de vous préoccuper. Pourquoi? Les modèles d’affaires qui reposent sur les fintechs ne cessent de se développer et la numérisation est loin d’être achevée dans la finance. Si la place financière suisse entend conserver son rang dans le concert international, nous devons anticiper ces développements et fournir un travail de pionnier dans la structuration des conditions cadres. Cette branche dépend beaucoup des start-ups. De petites boîtes comme Revolut bouleversent le trafic international des paiements. La place financière suisse y est-elle préparée? La Suisse fait partie des pays lesplus innovants du monde. A côté des innombrables start-ups, des acteurs établis dans la banque et les assurances font également progresser le développement technologique. Par ailleurs, la Suisse dispose de conditions cadres propices à l’innovation. Cela dit, la tâche du secteur financier tout comme de l’Etat est de mieux exploiter les opportunités de l’innovation et de la numérisation. Les start-ups qui font un carton n’ont pourtant pas été créées en Suisse. Est-ce parce que nous avons trop peu de 

Photo: Daniel Kellenberger

COMMENT AMÉLIORER ENCORE LA SUISSE?

Il est important de faire la différence entre les cryptomonnaies et la technologie blockchain qui leur est sousjacente. Pour l’avenir, c’est avant tout celle-ci qui sera essentielle.


Bio Ueli Maurer (69 ans) est président de la Confédération pour la deuxième fois, et conseiller fédéral UDC depuis dix ans. D’abord aux commandes du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), il a depuis 2016 pris la tête du Département fédéral des finances (DFF). Avant d’être conseiller fédéral, il a été président de l’UDC entre 1996 et 2008 et directeur de l’Union des paysans zurichois. Ueli Maurer est marié et a six enfants.


POLITIQUE cerveaux ou bien que ne sommes pas assez attrayants? Ni l’un ni l’autre, à mon avis. Avec nos universités et nos EPF, nous avons des cerveaux en abondance. En outre, nous examinons en ce moment le moyen d’améliorer encore l’attractivité fiscale en faveur des start-ups. Ceci dit, il existe tout de même beaucoup de start-ups en Suisse, notamment dans le domaine des blockchain. Les fintechs ont aussi leur côté plus obscur. Comment s’assurer qu’elles ne servent pas à blanchir l’argent de la drogue ou du trafic d’armes? La loi sur le blanchiment d’argent est clairement applicable aux activités liées aux cryptomonnaies. Elle vise aujourd’hui déjà un large éventail de services du secteur financier à l’aide des nouvelles technologies. La Financial Action Task Force (FATF), l’organisme international majeur en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, a estimé dans son rapport de 2016 que le dispositif helvétique de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme était globalement bon. A propos des risques et dangers de la numérisation, le Conseil fédéral a récemment créé un Centre de compétences pour la cybersécurité. Quelles sont ses tâches? Le Centre de compétences pour la cybersécurité est un centre de référence national en la matière qui a été constitué pour aider la population et l’économie à se protéger des risques cybernétiques. Il a été créé sur la base de la Centrale d’enregistrement et d’analyse pour la sûreté de l’information (MELANI). Cela fait des années que l’Administration fédérale possède des compétences dans ce domaine mais jusqu’ici, ces compétences étaient disséminées entre plusieurs départements. Avec ce centre, nous disposons d’une structure plus claire et centralisée. Quels sont les risques majeurs? Le plus grand risque réside dans les 8 www.journeedudigital.swiss

attaques d’infrastructures critiques par des professionnels, souvent appuyés par des organismes d’Etat. En Suisse, nous avons plusieurs fois déjà constaté des cas d’espionnage sous forme de cyberattaques. À l’étranger, des situations où des infrastructures ont été attaquées ont eu lieu, comme par exemple des réseaux électriques. Les cyberattaques peuvent concerner tout le monde, qu’il s’agisse de particuliers, de PME ou de grandes entreprises. Et comment y remédier? En matière de cybersécurité, nous avons tous le devoir de gérer nos données de manière responsable. Sur ce point, la Confédération ne peut que fournir son soutien. C’est pourquoi la sensibilisation de la population et des employés des entreprises a une importance cardinale. Il en va de soi que des mesures techniques basiques, telles qu’une protection contre les virus, doivent être mises en place partout et que, dans le cadre des entreprises, des mesures relevant de l’organisation s’imposent. Combien de spécialistes comptera ce Centre de compétences? A partir de 2020, vingt-quatre nouveaux postes de travail seront créés pour diverses fonctions liées à la cybersécurité, y compris le Centre de compétences. Nous partons de l’idée que les aspects sécuritaires gagneront encore en importance à l’avenir. C’est pourquoi un renforcement supplémentaire est prévu pour ces prochaines années. Le Conseil fédéral considère la numérisation comme une opportunité et l’encourage, notamment par l’e-ID. Pourtant, il désire que les identités électroniques soient émises par des entreprises privées. Pourquoi ne le faites-vous pas vous-mêmes? Parce que l’économie privée est plus proche des utilisateurs et des technologies numériques et appréhende déjà nettement mieux cette fonction. Au vu de la dynamique des mutations technologiques et des critères

d’adjudication à respecter, la Confédération serait passablement surchargée. Mais l’Etat demeure maître des données et lui seul est à même de confirmer l’existence d’une personne et fournir les caractéristiques de son identité telles que son nom, sexe et date de naissance. Il y a peu, Swisscom, une des entreprises parties soutenant l’e-ID, a reconnu que des données avaient été effacées sur un cloud. Comprenez-vous que ce genre de projets souffre d’une confiance limitée? Swisscom n’est pas une entreprise partie prenante à l’e-ID mais uniquement associée au consortium SwissSign, qui émet déjà l’actuelle SwissID. SwissSign est l’une des nombreuses entreprises possibles qui manifestent leur intérêt à être reconnu comme un éditeur d’e-ID strictement contrôlé par la Confédération. Dans ce contexte, ne serait-ce pas logique de combiner avec l’e-ID des données aussi sensibles que le dossier du patient? Pourtant, ce n’est pas prévu! L’e-ID est un login reconnu par l’Etat et, de ce fait, un instrument très fiable dans l’univers numérique. Elle n’est pas actuellement combinée avec le dossier du patient, mais doit à l’avenir aussi pouvoir être utilisée pour mon login avec celui-ci. Il faut encore souligner que l’e-ID n’est pas prescrite par l’Etat mais demeure facultative. Pour conclure, vous avez fait réaliser la photographie officielle du Conseil fédéral à l’aide d’un smartphone. Au fond, qu’affiche votre écran de veille? Même moi, ça ne m’intéresse pas … Pourquoi cela devrait-il intéresser vos lecteurs? Quelle application utilisez-vous le plus fréquemment? La petite verte avec le téléphone à l’ancienne. Et quelle est votre application préférée? Je n’en ai pas. Mon smartphone est un outil de travail, il ne me sert pas de passe-temps.


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Il pourrait arriver un jour que les robots aient les mêmes capacités que nous autres humains, estime Marcello Ienca, éthicien en robotique et professeur à l’EPFZ. Malgré cela, il ne faudrait en aucun cas leur accorder les mêmes droits. Peter Hossli


ROBOTIQUE Monsieur Ienca, qu’est-ce que les robots savent mieux faire que vous? Les robots, autrement dit l’intelligence artificielle, sont moins performants dans certains domaines, notamment en matière de créativité, d’émotions et d’empathie. En revanche, pour ce qui est du raisonnement logique, du traitement de l’information et du calcul, ils sont déjà nettement plus performants que moi. N’êtes-vous pas frustré d’être dépassé par une machine? Non, je suis réaliste. En tant qu’humains, nous devrions laisser aux machines ce qu’elles font mieux que nous. Dans quels domaines utilisez-vous des robots? Des robots travaillent en permanence pour nous, sans que nous nous en rendions compte. Chaque recherche sur Google est optimisée par l’intelligence artificielle (IA). Les nouvelles voitures misent sur l’IA. A la maison, Roomba – un aspirateur-robot – nettoie mon appartement. Et en médecine, l’IA aide au diagnostic et à la prise de décision. En revanche, face à des problématiques plus complexes, dans lesquelles l’interaction sociale, l’empathie et la compréhension émotionnelle sont importantes, les robots sont tout au plus un complément, mais ne remplaceront pas l’humain. Possédez-vous un robot humanoïde? Pas personnellement, mais j’ai fait des recherches dans ce domaine, notamment sur la manière de les employer dans les soins aux personnes âgées.

Photo: Daniel Kellenberger

Des personnes âgées soignées par des robots. Quelle est la réaction de celles-ci? C’est l’état de santé et l’origine des personnes âgées qui sont déterminants. Les personnes souffrant de démence sénile préfèrent les contacts avec une machine, contrairement aux personnes sans déficiences cognitives. Plus la démence est avancée, plus les personnes préfèrent la machine. D’où vient cet attrait pour une machine? Les personnes souffrant de démence sénile préfèrent être habillées et lavées par une machine. Elles sont moins gênées; leur intimité est préservée.

Les robots sont-ils de meilleurs soignants? Non. Ils ne peuvent pas remplacer les interactions humaines. Les contacts physiques sont importants, tout comme raconter des histoires. Les robots peuvent parler la langue des patientes et des patients, mais sont encore incapables de bavarder avec eux. Dans les cultures où les gens ont une plus grande affinité avec la technologie, comme au Japon, les robots sont mieux acceptés dans les soins que dans le sud de l’Europe ou en France. Craignez-vous que les robots puissent, un jour, prendre la place des professeurs? Les humains ne sont pas des dieux, mais des animaux qui ont développé des facultés cognitives au cours de l’évolution. Leur cerveau est constitué de matière. Ils peuvent par conséquent être remplacés par des machines. Il n’y a pas d’argument scientifique interdisant à une machine de devenir aussi performante qu’un humain. Je dois donc accepter que les robots puissent devenir professeurs. Quand est-ce qu’une machine atteindra la complexité de l’humain? Je n’ai malheureusement pas de boule de cristal. Les développements sont fulgurants. Mais un humain est un système extrêmement complexe. Il faudra probablement au moins une centaine d’années avant que des machines ne possèdent des capacités cognitives et émotionnelles comparables à celles de l’humain.

Bio Marcello Ienca (30 ans) est bio­ éthicien à l’EPFZ. Il travaille sur les questions éthiques autour de la santé et des technologies. Dans ce cadre, il mène des recherches sur la manière dont la numérisation modifie les soins aux personnes âgées. Il a étudié à l’Université Humbolt de Berlin, a soutenu sa thèse à l’Université de Bâle et a publié plusieurs articles sur l’intelligence artificielle, les mégadonnées dans la méde­ cine et l’éthique en robotique.

Devons-nous craindre que les robots nous prennent nos emplois? Ils le font déjà. En achetant à la Coop ou à la Migros, on paie souvent à un robot. Mais les robots vont également créer de nouveaux emplois. Les ingénieurs et les analystes de données sont très demandés. Nous pouvons donc être tranquilles? Les robots se chargent de travaux réalisés par des personnes avec un faible niveau de formation ou sans formation. Les nouveaux emplois exigeront une bonne formation. Les personnes remplacées par des robots dans les supermarchés ne peuvent pas être engagées demain comme analystes de données chez Google. D’importants investissements dans la formation des nouvelles générations et la formation continue des travailleurs actuels sont indispensables. Si nous ne parvenons pas à gérer le virage numérique de manière socialement acceptable, nous risquons une rébellion contre le système: les gens s’opposeraient alors aux robots. Nous avons créé des systèmes intelligents. Pouvons-nous les arrêter? Actuellement, nous pouvons encore tout débrancher. Mais nous pourrions créer une intelligence artificielle suffisamment développée pour qu’elle ne puisse plus être contrôlée et débranchée. Alarmisme ou réalité? En toute logique, c’est possible. Mais beaucoup d’eau va encore couler sous les ponts. Cela dit, nous voyons déjà comment les machines nous ont changés. Par exemple? Combien de numéros de téléphone avez-vous en mémoire? Il y a dix ans, c’étaient encore les plus importants. Aujourd’hui, ce n’est plus que le vôtre. Votre mémoire biologique n’est pas devenue plus mauvaise. Mais vous utilisez votre téléphone mobile comme extension de votre mémoire. Ces béquilles technologiques étendent nos processus internes. Il y a une dépendance homme-machine. Google Maps a modifié notre capacité à nous  www.journeedudigital.swiss  11


ROBOTIQUE

orienter. Vous pouvez aisément trouver votre chemin à Tokyo avec votre mobile. Jusqu’à ce que la batterie soit vide. Nous pouvons programmer des robots pour qu’ils nous frappent. Que se passe-t-il si nous frappons des robots? Un producteur de robots états-unien a mis en ligne une vidéo montrant des humains qui frappent des robots. Les personnes qui les visionnent montrent de l’empathie pour les robots et disent: «Les humains ne devraient pas frapper des robots!» Alors que les robots ne ressentent pas la douleur et ne souffrent pas de séquelles psychologiques. Il n’y a aucun motif rationnel à exprimer cette empathie. Et pourtant, nous sommes mal à l’aise. Des robots prennent des traits humains. Cela nous amène-t-il à développer des sentiments pour eux? Non. L’humain est devenu un être social par le biais de l’évolution. Notre cerveau interprète une agressivité injustifiée comme quelque chose de mauvais. Cela explique-t-il tout? Dans certains films de Hollywood, par exemple « Terminator », les robots attaquent les humains qui leur avaient fait du tort. Nous nous disons que dans 200 ans, il y aura peut-être des robots intelligents qui verront, sur d’anciennes vidéos, comment des humains les ont autrefois battus – et nous rendront les coups. Que se passe-t-il lorsqu’un robot a les traits d’un chien? Les gens apprécient encore plus les robots à l’allure d’animaux que les robots humanoïdes. C’est le résultat d’un phénomène appelé «vallée dérangeante»: nous apprécions d’autant plus un robot qu’il nous ressemble. Mais s’il nous ressemble trop, nous développons des sentiments négatifs. La solution consiste 12 www.journeedudigital.swiss

alors en des robots à l’allure d’animaux. C’est la raison pour laquelle des robots soignants ont les traits de phoques, de chiens ou de chats. Des tests montrent que les humains sont réticents à toucher des robots humanoïdes dans leurs régions intimes, alors que ce n’est pourtant que du métal. C’est la transposition naturelle des règles humaines de bienséance à des systèmes non humains. Les humains sont probablement les seuls animaux qui regardent les nuages et y voient des visages. Les humains manipulent les humains. Pouvons-nous faire davantage confiance à des robots? Les machines nous manipulent constamment. Elles décident de ce que nous devons acheter, de ce que nous voyons ou nous écoutons, de ce qui pourrait nous plaire. Les algorithmes nous influencent fortement. A travers l’évolution, nous avons appris à reconnaître les humains qui nous manipulent. Des systèmes rationnels nous disent: méfions-nous de cet homme ou de cette femme. En revanche, nous n’avons aucune protection face à la manipulation d’un algorithme. Qui est responsable lorsqu’un robot tue? Il n’y a pas de réponse définitive à cette question. Celle-ci fait l’objet de vifs débats. Il y a des experts qui disent que si la machine est assez intelligente, elle doit aussi être responsable. A mon sens, c’est une erreur. Si des machines deviennent responsables, plus personne n’est responsable. Pour moi, ce sont toujours des humains qui doivent être responsables devant d’autres humains. La question est: quels humains? Les programmeurs? Les constructeurs de l’ordinateur? Le PDG? Ou l’utilisateur? Que faut-il penser des robots sexuels? Certaines personnes âgées utilisent des robots sexuels. C’est aussi le cas pour

des personnes souffrant de démence sénile ou des personnes avec un handicap physique. Elles n’ont souvent pas accès à la sexualité, ce qui peut avoir un effet négatif sur leur psyché. Pour ces personnes, des robots sexuels pourraient s’avérer utiles. Vous utilisez le conditionnel. Les robots sexuels sont susceptibles d’entraîner un isolement social. L’interaction entre l’humain et la machine pourrait remplacer les interactions humaines. Nous ne savons pas encore quels en seraient les effets. Nous devrions étudier cela et observer les conséquences. Il existe des robots sexuels sous les traits d’enfants. Si la recherche montre que les pédophiles commettent moins d’abus grâce à l’interaction avec des robots sexuels, alors c’est positif. En revanche, cela serait extrêmement négatif si la recherche montrait que de tels robots provoquaient des fantasmes encore plus problématiques. Une chose est sûre: il nous faut plus de recherches. Nous ne pouvons pas répondre à des questions éthiques avec une approche purement théorique. Les robots doivent-ils avoir des droits? Oui, mais pas tous les droits. A mon sens, il serait faux d’accorder la citoyenneté à un robot. Les robots ne sont pas des personnes. Et ils ne doivent pas le devenir. L’intelligence artificielle doit rester quelque chose qui nous aide et que nous pouvons contrôler. Elle ne doit pas devenir un système opérant en parallèle et au même niveau que l’humain. Même lorsque, dans cent ans, un robot sera aussi performant qu’un humain? S’il y a des robots possédant toutes les facultés d’un humain, il n’y a plus d’arguments pour ne pas leur accorder tous les droits. Là, vous vous contredisez. Nous ne devrions pas développer de telles machines. C’est un saut technologique que nous devrions éviter.


Les robots deviennent plus intelligents, mobiles, coopératifs et connectés. Et s’immiscent toujours plus dans nos vies.

Photo: Shutterstock

R

obot» vient du tchèque «robota» et signifie «travail forcé». Il y a longtemps que les robots font partie de notre quotidien et nous déchargent de certains travaux. Actuellement, les robots ne deviennent pas plus humains, mais sont de plus en plus nombreux. Ils travaillent dans l’agriculture et dans les bureaux, soignent les personnes âgées, remplacent les partenaires sexuels et décontaminent les zones autour de la centrale nucléaire de Fukushima. Des robots industriels assemblent des voitures, des robots mobiles désamorcent des bombes ou explorent des planètes lointaines, tondent le gazon, passent l’aspirateur ou aident lors d’opérations chirurgicales. Aujourd’hui déjà, quelque 8,5 millions de robots aident aux tâches ménagères. Et d’ici à 2020, trois millions de robots seront utilisés dans l’industrie, estime la Fédération internationale de robotique (FIR) dans son rapport annuel 2018. Selon ce dernier, la plus forte densité de robots se trouve en Corée du Sud avec 710 robots pour 10’000 travailleurs, suivie par Singapour (658) et l’Allemagne (322). Le leader mondial dans le développement de systèmes robotiques est Mitsubishi Electric, au Japon, suivie par l’entreprise suisse ABB et Kawasaki Heavy Industries (Japon). Les robots devraient entrer dans de nouveaux domaines de la vie, notamment grâce à l’intelligence artificielle : ils deviennent plus intelligents, plus mobiles, plus coopératifs, plus faciles à programmer et à utiliser, et meilleur marché. Le robot passe ainsi du rôle de domestique à celui de collègue. Le débat fait rage, aujourd’hui, quant à l’utilisation de systèmes d’armes létales autonomes, capables de décider par eux-mêmes quand et sur quoi ils tirent. Aux Nations Unies, 26 Etats se sont déjà prononcés pour l’interdiction de ces «robots tueurs».


FORMATION

L’école a de la peine à suivre le rythme de la numérisation. Des sociétés privées proposent des cours ad hoc. L’entrepreneuse Stephanie zu Guttenberg explique pourquoi nous ne devons pas rater le train du numérique. Katia Murmann Stephanie zu Guttenberg, pourquoi accordez-vous autant d’importance à la formation numérique? En Europe, nous sommes en train de négliger le numérique. Cela me préoccupe énormément, car nous ne donnons pas à la nouvelle génération les outils nécessaires pour rester concurrentielle à l’échelle internationale. La formation numérique est en quelque sorte le quatrième bien culturel à côté de la lecture, de l’écriture et des mathématiques. Les écoles publiques ont encore de la peine à suivre; elles n’ont guère de concept sur la manière d’aborder ce domaine dans l’enseignement. De nombreux instituts privés sautent dans la brèche. Quels sont, concrètement, les outils numériques dont nos enfants ont besoin? Il y a plusieurs thèmes majeurs. Le premier est celui de la cybersécurité, de la sécurité des données, des mots de passe et du cybermobbing – autrement dit, tout ce qui est lié à la protection personnelle. Ensuite, il y a la composante de créativité et puis, bien sûr, l’utilisation adé14 www.journeedudigital.swiss

quate des médias. Les opportunités et les possibilités que cela nous offre sont absolument gigantesques. Mais nous devons apprendre à les utiliser de manière à ce qu’elles nous apportent un maximum d’avantages et non d’inconvénients. Vous avez vécu plusieurs années aux Etats-Unis et vos deux filles sont allé à l’école dans ce pays. Où en sont, selon vous, les écoles suisses par rapport à d’autres pays? Aux Etats-Unis et en Asie, elles sont beaucoup plus avancées. Dans ces pays, l’utilisation des médias numériques relève de l’évidence, et les gens s’investissent à fond dans ce domaine. Si nous ne fournissons pas les connaissances nécessaires à la nouvelle génération, les emplois iront à d’autres – à ceux qui sont numériquement au point. D’où vient cette retenue de la part des écoles? En Europe, nous sommes fondamentalement réticents: nous attendons de voir et sommes d’abord sceptiques, voire anxieux.

Nous n’avons pas non plus la culture de l’échec, nous ne commençons pas par essayer, au risque de trébucher et de nous relever pour mieux avancer. Nous devons absolument changer de philosophie, car le monde évolue à une telle vitesse que nous risquons, sinon, de rester sur le carreau. En comparaison, la révolution industrielle ferait figure de transition douce. Le numérique est quelque chose de nouveau pour nous tous. Nous devons donc être prêts à prendre des risques et à apprendre de nos erreurs. Mais, concrètement, qu’est-ce que les autres pays font mieux que nous? Il n’y a pas de modèle idéal. Mais aux Etats-Unis, l’école est déjà nettement plus avancée dans ce domaine: tous les documents sont numériques et les écoles sont reliées en réseau. Tous les enfants et adolescents ont un ordinateur portable ou une tablette – mais il y a aussi des règles très strictes, par exemple concernant l’utilisation des téléphones mobiles. Les enfants sont bien mieux préparés à réaliser des présentations; ils utilisent les outils numériques de manière tout à fait naturelle. Aujourd’hui, nous en avons besoin dans tous les métiers. En revanche, ils sont tout autant en retard concernant la citoyenneté numérique, la manière d’utiliser la Toile dans les relations humaines et la bonne mesure dans ce domaine. 


Bio

Photo: Aleksander Marko Perkovic

Stephanie zu Guttenberg (42 ans) s’engage depuis des années pour la protection des enfants et la formation numérique. Cette Munichoise d’origine est copropriétaire de la start-up BG3000, qui propose aux écoles des ateliers gratuits pour la formation numérique avec des partenaires de l’économie. Stephanie zu Guttenberg est mariée au politicien allemand de la CSU Karl-Theodor zu Guttenberg. Le couple a deux filles.

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FORMATION Comment avez-vous élevé vos enfants en matière de numérique? Le temps d’écran est, aujourd’hui, un thème incontournable pour de nombreux parents. Mes enfants sont déjà un peu plus grands; ils ont pratiquement grandi avec ça. Lorsqu’ils étaient petits, il n’y avait pas encore d’écrans à peu près partout. Mais aux EtatsUnis, où l’ordinateur portable est devenu la norme, je les ai étroitement encadrés concernant le temps d’écran, le bon emplacement de l’appareil et les contenus admissibles. Par ailleurs, toutes les utilisations de l’écran ne sont pas comparables. Je peux passer deux heures devant un écran pour faire

des maths ou deux heures à regarder une série. Ce n’est pas la même chose. Il s’agit de trouver le bon équilibre entre ce qui est nécessaire et ce qui relève des loisirs. Vous avez pris part à la start-up qui réalise les Smart Camps. Aujourd’hui, vous aimeriez en organiser également en Suisse. Pourquoi? En Allemagne, nous avons déjà accueilli plus de 20 000 élèves dans des Smart Camps. Ces derniers sont gratuits pour l’école. Les thèmes et les besoins sont les mêmes en Allemagne et en Suisse. Nous apportons à l’école une formation numérique avec les personnes adéquates.

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Pourquoi l’école n’y parvient-elle pas elle-même? L’école publique est une machinerie lourde et complexe. Il faut beaucoup de temps pour que les crédits soient accordés et les projets mis en œuvre. Dans le domaine de la formation numérique, il y a toutefois urgence. Nous devons changer d’approche. Bien sûr, nous avons l’habitude que cela soit réglé par les pouvoirs publics. Mais cela n’est plus aussi simple dans ce domaine. C’est pourquoi nous nous efforçons de combler cette lacune avec des partenaires issus de l’économie. Nous agissons en éclaireur comme une frégate, jusqu’à ce que les paquebots – autrement dit, les responsables de la politique et du système éducatif – puissent également mettre en œuvre leurs projets. Jusque-là, il faut une offre adéquate, pour que les enfants ne ratent pas le coche. Et j’espère naturellement que les écoles proposeront rapidement leurs propres offres. Il y a de nouveaux enseignants qui sont formés dans ce domaine – mais il faudra encore quelques années avant qu’ils soient opérationnels. Un temps dont les élèves actuels ne disposent tout simplement pas. Le système scolaire ne pourra vraisemblablement jamais suivre le rythme effréné de la numérisation. En tant qu’initiative de formation dans le domaine numérique, nous sommes beaucoup plus souples et pouvons intégrer en peu de temps les derniers développements dans nos ateliers et les contenus de nos formations. Un thème que vous traitez dans vos ateliers est le cybermobbing. En Suisse, le cas de Céline, une jeune fille poussée au suicide sur internet, a été un choc. Que peuvent faire les ados et les parents dans ce domaine? Dans nos cours sur le cybermobbing, nous utilisons, notamment, des jeux de rôles, dans le cadre desquels les ados prennent conscience de ce qu’est réellement le mobbing et à quelle vitesse le

pire peut arriver – notamment lorsqu’on n’a pas de contact direct avec la personne attaquée. Nous attirons notamment l’attention sur la dynamique qui s’installe et le ressenti de la victime. Ces jeux de rôles sont extrêmement importants pour sensibiliser à cette problématique. Les ados ressortent généralement très pensifs de ce cours. Que conseillez-vous aux victimes? Il est important de proposer des offres de soutien. Les enseignants de confiance, les parents doivent prendre au sérieux les appels à l’aide. Il est crucial, pour les ados, de savoir qu’ils ne sont pas seuls, qu’il y a beaucoup de gens et d’ados dans la même situation et qu’ils peuvent être aidés. Ils doivent comprendre qu’ils ne sont pas seuls avec leur douleur et qu’on doit rechercher des solutions ensemble – car elles existent. Dans vos cours, vous misez beaucoup sur la responsabilité personnelle, sur l’habilitation des enfants à utiliser les médias numériques. Ont-ils besoin d’une éducation numérique? Je compare volontiers les médias numériques à la conduite d’un véhicule. Vous ne donnez pas les clés de votre voiture à vos enfants en leur disant: «Amusez-vous bien!». Nous les envoyons au contraire pendre des cours de conduite, ce qui prend généralement passablement de temps, avec des examens qui ne sont pas particulièrement faciles. Il en va de même pour l’éducation numérique. Il faut des formations, des connaissances spécifiques pour utiliser correctement le numérique – autrement dit, une sorte de permis de conduire numérique.


Petit assistant numérique, grands effets. Le robot d’apprentissage Thymio inculque aux élèves de primaire des compétences numériques de manière ludique.

I

l existe désormais un consensus entre le politique et l’économie: la numérisation bouleverse à toute vitesse les structures actuelles, exigeant de nouvelles voies et de nouvelles façons de penser. De ce fait, dans la plupart des secteurs, on restructure et on repense de fond en comble. La formation est elle aussi un thème clé. La compétence numérique doit être enseignée dès le jardin d’enfants et à l’école primaire, afin de rendre la prochaine génération prête à affronter le futur. Parmi ceux qui y contribuent, il y a le robot d’apprentissage Thymio. Ce mini-enseignant clignotant a été présenté au public par la Computational Thinking Initiative (CTI) lors de la deuxième Journée du digital. Pour Marc Walder, fondateur de digitalswitzerland, cette initiative constitue un important premier pas dans la bonne direction: «Deux élèves de primaire sur trois exerceront un jour un métier qui n’existe pas encore aujourd’hui. La CTI donne une impulsion aux prochaines générations.» Bourré de matière grise, ce robot d’apprentissage a été développé par le groupe Mobots de l’EPFL et l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL). Le logiciel a été fourni par l’Autonomous Lab de l’EPFZ. A Lausanne, le professeur Francesco Mondada et ses étudiants ont travaillé plus de dix ans sur les aptitudes du petit robot. Il en est né le nouveau chouchou des écoliers, un vrai robot à tout faire. Thymio enseigne non seulement aux enfants les matières de base et la programmation, mais aussi l’apprentissage de la «langue des robots» et le

jeu avec ceux-ci, ainsi que l’utilisation de ses propres fonctionnalités. Quelque 5000 Thymio sont désormais en service dans tout le pays. A moyen terme, cependant, le sympathique robot d’apprentissage est censé rouler dans toutes les classes primaires de Suisse. En outre, au moins un enseignant par école doit être en mesure d’inculquer le «computational thinking», estiment les fondateurs de la CTI, parmi lesquels digitalswitzerland, l’EPFL, la SUPSI tessinoise et Swisscom. Pour atteindre cet objectif, quelques investissements s’avèrent nécessaires. Diverses mesures sont appliquées dans le cadre de la CTI: des modules de formation dans les hautes écoles pédagogiques, des cours en ligne dans tout le pays et un nombre croissant de projets concrets dans les écoles suisses visent à préparer le terrain pour la mise en œuvre générale du concept. Afin que la génération montante soit aussi bien équipée que possiblepour l’avenir.


PROPOSÉ PAR LES CFF

COMMENT ACTUALISER MA FORMATION? Sandra Hutterli, responsable de la formation aux CFF évoque un monde du travail en perpétuelle mutation et la nécessité de se former sans cesse en emploi, tout au long de la vie.

Le Digital Day de cette année se déroule à l’enseigne du «lifelong learning». Quand avez-vous accompli votre dernière formation continue? Ma dernière formation continue au sens classique a été l’obtention, ces deux dernières années, d’un Master of Business Administration. Cela m’aide à reconnaître les tendances globales en matière de numérisation et de les mettre stratégiquement en œuvre. Au sens de l’apprentissage continu, la vie durant, je ne cesse de me former. Par exemple par des échanges avec les responsables business aux CFF et au sein de la branche, avec des scientifiques ou en participant à des webinaires, des séminaires web. Comment vais-je trouver la formation qui me convient? La formation continue est un facteur de succès aussi bien pour les employés que pour les entreprises. Il importe de vérifier quelles sont les compétences porteuses d’avenir. Les CFF soutiennent leurs collaborateurs en analysant ses quelque 150 divers métiers. Nous imaginons comment un secteur d’activité se modifiera au gré des nouveaux besoins des clients, des nouvelles 18 www.journeedudigital.swiss

technologies, etc. Et quelles compétences il faudra pour y répondre. En même temps, les opportunités des formations appropriées sont mises en évidence. Pourquoi le «lifelong learning», l’apprentissage à vie, est-il devenu tellement essentiel? Autrefois les gens accomplissaient une formation de base et, en cas de besoin, ils la complétaient par une formation continue. De nos jours, ça ne suffit plus. L’univers du travail se modifie plus vite, les informations sont disponibles en tout temps et les connaissances acquises sont dépassées à intervalles toujours plus courts. En plus, les nouvelles technologies se chevauchent avec les anciennes. Concrètement, qu’est-ce qui s’est notamment modifié aux CFF? Désormais plusieurs générations de véhicules et d’installations de sécurité coexistent. Pour chacun et chacune, il faut des connaissances spécifiques. En tant que collaborateur, je dois acquérir la connaissance et la compétence nécessaires lorsque je les utilise. Le travail et l’apprentissage sont de

plus en plus intriqués. Les CFF encouragent un apprentissage à vie par une offre de formations idoine. A quoi ressemble cette offre? Elle consiste en un mix de cours formels conclus par des certificats et d’offres informelles par lesquelles il est possible d’apprendre «on the job», de manière individuelle, selon les besoins. Si je suis employé au triage, par exemple, je vais accomplir ma tâche virtuellement avant d’aller sur les voies et exercer certaines manœuvres comme dans la réalité, mais sans risque pour moi ou pour autrui. Les CFF comptent beaucoup de professions de monopole. Le risque est grand de se trouver soudain superflu. Quels sont les emplois dont, à l’avenir, on aura moins besoin? Il n’y a pas de professions de monopole aux CFF. Mais nous avons 

Bio Sandra Hutterli (47 ans) dirige la formation CFF. A ce titre, elle est responsable de la transformation numérique (fit4future) et préside le conseil d’administration de Login SA. Elle encourage la mise en œuvre de la stratégie des CFF, axée sur les collaborateurs et les cadres, dans la transformation numérique. Elle donne des exposés sur ce sujet et est chargée de cours à l’Université de Saint-Gall. Auparavant, elle fut active aux niveaux national et international dans la formation, le développement de stratégies et les processus de changement au sein de grandes organisations.


Photo: Thomas Meier


PROPOSÉ PAR LES CFF

«LA FORMATION CONTINUE EST UN FACTEUR DE RÉUSSITE AUSSI BIEN POUR LES EMPLOYÉS QUE POUR LES ENTREPRISES» beaucoup de métiers hautement spécialisés. Grâce aux analyses des secteurs d’activité mentionnées, nous anticipons précocement les besoins. Il s’esquisse des tendances, d’ailleurs confirmées par les études. Les travaux physiquement lourds et répétitifs sont de plus en plus automatisés. L’homme sera toujours plus destiné à contrôler et à occuper une position centrale à l’interface avec la technique. Un assistant clientèle, par exemple, ne remédiera pas à une porte défectueuse uniquement de manière mécanique mais à l’aide d’un logiciel. Les agents de manœuvre n’accrocheront plus les wagons au prix de lourdes manipulations, ils bénéficieront d’attelages automatisés. Que proposez-vous concrètement aux personnes concernées? Première entreprise à le faire en Suisse, les CFF ont fondé en accord avec les syndicats un fonds de numérisation grâce auquel nous affronterons en commun les défis de la numérisation. Nous présenterons prochainement les résultats d’une première étude montrant à quoi ressemblera demain le monde du travail aux CFF. Cela dit, les

CFF ont lancé il y a deux ans déjà le programme «fit4future», soucieux d’accompagner les collaborateurs et les cadres sur les rails du changement. Il comporte des projets visant à assurer les compétences nécessaires pour exploiter le chemin de fer de l’avenir. Que contiennent ces projets de «fit4future»? Le but est de préparer les employés à la numérisation et de les soutenir pour qu’ils acquièrent les compétences nécessaires. Les analyses des domaines d’activité et un contrôle en ligne (online check) sont des éléments de ce programme. A l’aide de l’online check par example, les collaborateurs peuvent jauger leurs compétences eux-mêmes et les développer de façon ciblée au moyen des offres de formation. Nous faisons également en sorte qu’au cours d’un projet les collaborateurs poursuivent leur formation permante et n’affrontent pas tout à la fin une grande offensive de formation. Ils demeurent ainsi aptes à agir et décider, ils apprennent à gérer les incertitudes. Ce sont-là deux compétences qui deviendront encore plus essentielles à l’avenir. Jusqu’à quand aura-t-on besoin de conducteur de train? On en aura encore besoin longtemps. Mais, dans leur travail, ils seront toujours plus assistés par des systèmes et il leur faudra de nouvelles compétences en rapport direct avec la numérisation. Le métier de pilote de locomotive sera encore attrayant et riche en responsabilité, en phase avec la technologie.

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Combien de personnes les CFF ont-ils déjà recyclées en raison de la numérisation ? Dans l’esprit de l’apprentissage continu, presque tout le monde. Il est par exemple important pour tous les collaborateurs de disposer de compétences numériques de base pour rester aptes au travail. C’est pourquoi nous proposons l’online check mentionné. Comment éloignez-vous chez les collaborateurs la peur du numérique? La numérisation offre davantage d’opportunités à l’économie et aux gens, mais elle leur fait affronter des défis. Nous abordons ces défis et accompagnons les collaborateurs vers leur avenir professionnel. Dans le cadre de l’analyse des domaines d’activité, nous mettons sur pied des dialogues, au cours desquels il est loisible d’exprimer ses peurs du changement. Celles et ceux qui n’osent pas utiliser les nouveaux outils numériques sont escortés par des coaches. L’essentiel est que les peurs soient réduites par l’activité concrète au quotidien et que les employés comprennent comment s’aider soi-même. Votre métier a-t-il déjà changé? Il y a dix ans, mon métier n’existait pas sous cette forme. Avec la numérisation et les changements rapides dans le monde du travail, la formation est devenue un facteur de réussite. Aussi les CFF ont-ils centralisé le pilotage de la formation. La tendance pour ces prochaines années va dans le sens d’une flexibilisation accrue des offres de formation qui sont échangées au sein d’écosystèmes, y compris entre les collaborateurs eux-mêmes et par-delà les limites de l’entreprise. La capacité de comprendre les contextes et d’en déduire des stratégies sera essentielle pour soutenir de manière ciblée la culture de l’apprentissage à vie.


UNE VIE ENTIÈRE SUR LES BANCS DE L’ÉCOLE

La numérisation entraîne une évolution extrêmement rapide des profils professionnels. La solution pour rester à la page: l’apprentissage tout au long de la vie ou lifelong learning.

Photo: Shutterstock

A

utrefois, le principe de l’apprentissage tout au long de la vie était basé sur le fait que la formation initiale offrait une base solide, mais ne suffisait pas pour l’ensemble de la vie professionnelle. Il fallait donc suivre des formations continues. Celles-ci étaient souvent dispensées sous la forme de cours sanctionnés par un certificat et pouvaient être suivies en classe ou en ligne. Tendanciellement, il s’agissait de formations en réserve. De nos jours, les informations et les connaissances sont disponibles en tout temps et pratiquement où que l’on soit. On estime que les informations disponibles dans le monde entier doublent chaque jour. Avec

l’évolution toujours plus rapide du monde du travail, les connaissances spécialisées deviennent également plus rapidement obsolètes et doivent être complétées par de nouvelles connaissances. Les connaissances humaines doublent, quant à elles, en moyenne chaque année. Aujourd’hui, les collaborateurs doivent acquérir les connaissances et les compétences opérationnelles nécessaires «sur le tas». La frontière entre travail et apprentissage s’estompe de plus en plus. Autrement dit: travail et apprentissage vont main dans la main. L’apprentissage tout au long de la vie dans le sens d’offres de formation continue est constitué par une combinaison de cours formels avec certificats et d’offres de formation

informelles permettant d’acquérir des compétences individuellement et en fonction des besoins, au sein de l’entreprise. Dans ce cadre, on trouve également, à côté d’offres de formation spécifiques à l’entreprise, des microlearnings ou modules de courte durée disponibles en ligne, ainsi que des cours réalisés par des collaborateurs (aussi appelés self created content). Les collaborateurs assument ainsi une responsabilité toujours plus importante pour leur propre formation. Cela requiert de nouvelles cultures en matière de formation de la part des entreprises, avec une plus grande souplesse et une orientation plus marquée en fonction de la base. www.journeedudigital.swiss  21


SPORT

fois un attaquant doit sprinter jusqu’à la surface de réparation.

En football, l’entraîneur qui compose son équipe sur la base de données l’emporte, affirme Timo Jankowski, coach du Grasshopper Club (GC) de Zurich. Selon lui, entraîner une équipe sans connaître les données du terrain et des joueurs, c’est aller droit à l’échec. Peter Hossli Quand le GC retrouvera-t-il la Super League? Aussi vite que possible.

d’«expected goals». Les données indiquent par conséquent que GC a été rétrogradé à juste titre.

Vous devriez le savoir, puisque vous analysez le football à l’aide de données et de modèles mathématiques. Pour la Challenge League, malheureusement, il existe encore trop peu de données exploitables.

Un journaliste demandait un jour à l’Ecossais Craig Burley à combien de buts il s’attendait. «Votre question est idiote», répondit-il. Etait-elle idiote? Pas du tout. A l’aide de modèles basés sur les «expected goals», il est possible de prévoir le classement. Si un joueur se manifeste à tout bout de champ dans une zone dangereuse, c’est une question de temps jusqu’à ce qu’il marque. L’attaquant suédois Zlatan Ibrahimovic avait mal démarré à Manchester. Or les données montraient qu’il allait percer et était sur le point de marquer des buts. Il l’a fait.

La rétrogradation du GC en Challenge League s’explique-t-elle par les données? Les équipes qui gagnent recourent à 18 joueurs qui couvrent plus de 90 % du temps de jeu. Cette dernière saison, GC a aligné plus de 40 joueurs. Par quels paramètres de données peut-on expliquer le succès du football? Le foot est un jeu complexe. Parmi les facteurs essentiels figurent les «expected goals», les situations d’où pourrait naître un but. Le club qui s’en crée beaucoup finit par l’emporter. Un penalty implique 0,7 «expected goal». Autrement dit, il y a un but sur 70 % des penalties. La saison dernière, GC n’a pas manqué de bol mais n’a pas eu assez 22 www.journeedudigital.swiss

L’analyse des données est cruciale en basket, en football américain et en baseball. Et en football ... … on ne pourrait pas s’en passer. Le football restera toujours le football mais, grâce aux données, il devient plus rapide et meilleur. Sur la base des données, les entraîneurs font entrer des joueurs frais et sortir ceux qui sont fatigués. Ils décident combien de joueurs ils envoient en contre vers l’avant et combien de

C’est bien théorique. D’un seul clic, on peut consulter quelque 300 indicateurs pour chaque équipe, avec un profil faiblesses/forces. L’analyste de données de Liverpool savait que Tottenham rencontrait toujours des problèmes en phase initiale. C’est pourquoi, au début de la finale de Champions League, Liverpool a joué agressivement en attaque. Et marqué un premier but au bout de deux minutes. Que dire quand une équipe joue bien mais manque de chance? La chance est un facteur. En football, il est élevé, de l’ordre de 30 %. Le jeu est complexe et l’on joue avec les pieds. Les pieds sont moins fiables que les mains. Il est d’autant plus important de maîtriser les 70 % restants. Ils constituent 80 % du succès. Les clubs et les entraîneurs qui gagnent le savent depuis 2014. Comment cela a-t-il commencé? Grâce à Matthew Benham, un mathématicien d’Oxford qui a gagné beaucoup d’argent avec ses paris sur le football. Il a pu s’offrir deux clubs. Il a amené le FC Brentford de la troisième ligue jusqu’au seuil de la Premier League. Et son club danois, Midtjylland est devenu deux fois champion et une fois vainqueur de la coupe. Les succès de Benham ont popularisé le football fondé sur les données. Liverpool a quand même gagné la Champions League grâce à Jürgen Klopp! C’est à coup sûr un coach hors du commun. Mais un analyste de données l’a aidé à composer l’équipe. Avant la finale, il a vu dans les données que l’équipe B de Benfica Lisbonne jouait comme Tottenham. Liverpool s’est entraîné avec ce 


Photo: Daniel Kellenberger

Bio Le Bavarois Timo Jankowski (34 ans) a été un footballeur moyen. C’est pourquoi il a étudié l’économie d’entreprise et s’est passionné pour la théorie du ballon rond. Il a travaillé pour le Fédération allemande de football et entraîné les juniors du FC Aarau. Aujourd’hui, il dirige la formation du GC. Il est l’auteur de multiples livres sur la tactique en football, dont «Taktische Periodisierung im Fussball».


SPORT club et s’est ainsi parfaitement préparé pour la finale. L’analyste de données est-il devenu plus important que le coach? Non, mais ils doivent communiquer d’égal à égal. Pour gagner en football, une pensée connectée est essentielle: le club fixe l’objectif, l’analyste et l’entraîneur font tout pour l’atteindre. Un entraîneur de foot doit s’y connaître en matière de données, sans quoi l’échec est assuré. Que fait le coach si son équipe a deux fois plus de chances de gagner que son adversaire mais marque moins de buts? Alors l’analyste doit dénicher un attaquant dont le taux de changement est d’au moins 20 %. Alors c’est l’analyste qui prend les décisions? Le club devrait être au-dessus de tout et de tout le monde. Il fixe la stratégie qui est ensuite mise en œuvre à l’aide des données. On cherche les joueurs appropriés et le bon entraîneur. Il y a trop de clubs qui confient toute la stratégie à l’entraîneur. Cela nuit à la continuité. En moyenne, un nouvel entraîneur débarque tous les neuf mois et reprend tout à zéro. Si un entraîneur n’amène pas de succès, il est légitime de le congédier. Si l’on considère les données, on en retire souvent une image différente. Il est possible de perdre un match 0-2 tout en le gagnant 4-3 sur la base des «expected goals». Si l’on établissait le classement en fonction de certains indicateurs, l’entraîneur ne se positionnerait peut-être pas trop mal. Un exemple? La saison passée, Dortmund est devenu champion d’automne en Bundesliga. Sur la base des données, le club a mieux joué que prévu et son adversaire Bayern Munich trop mal. J’ai toujours dit que cela se remettrait 24 www.journeedudigital.swiss

Carte thermique de Cristiano Ronaldo pour la saison 2017/1018.

Lionel Messi s’est déplacé dans un périmètre d’action plus étendu pour la même saison.

d’’aplomb en cours de saison. A la fin, le Bayern a été champion. Vous êtes devin? Non. L’entraîneur Kovac a continué de développer avec cohérence son idée de jeu mais, au début, il a manqué de chance. Comme on pouvait s’y attendre, ça a changé au fil de la deuxième partie de la saison. Si l’on tenait compte des données plutôt que des avis de vieux joueurs, il y aurait moins de limogeages. Comment les entraîneurs exploitent-ils les données pour composer leur onze de base? Ils mesurent sans cesse la forme et la fraîcheur. Le jour du match,

ils comparent les données les unes avec les autres et décident si tel joueur peut être aligné. Si un joueur en principe en forme et rapide se sent fatigué, mieux vaut parfois aligner un joueur plus lent mais en meilleur état de fraîcheur. Tous les joueurs ont envie d’être alignés et peuvent tricher sur leur état de fraîcheur ... Autrefois, le coach demandait: «Tu as bien dormi?» Si le joueur disait oui, il pouvait jouer. De nos jours, nous mesurons l’équilibre de la démarche. Quand l’un ou l’autre est fatigué, cet équilibre se perd et l’on peut dire objectivement: «Celui-là est trop fatigué pour jouer.»


Liverpool a remporté la Champions League grâce à l’analyse de données. Jusqu’où pourrait-elle conduire un club suisse? Cela pourrait chambouler le football suisse, du moins pour ce qui concerne les 3e, 4e et 5e places. Devant, Young Boys et Bâle sont trop forts. Mais Saint-Gall est devenu 5e avec presque le même goal-average que Lausanne qui a été rétrogradé. Cela montre à quel point les clubs sont proches les uns des autres. Avec une démarche fondée sur les données, il est possible de devenir troisième. Combien de temps faut-il pour concrétiser un projet de jeu? Pour atteindre l’objectif qui a été fixé, il faut cinq à sept ans. Personne n’a tout ce temps. Les clubs suisses veulent évidemment aller tout de suite en Champions League. Les données aident à demeurer réaliste. La Champions League n’est

peut-être pas l’objectif adéquat. On y arrive tous les sept ans et, cette année-là, on augmente la masse salariale. Il serait plus intéressant pour un club suisse d’atteindre la Ligue Europa et d’y passer l’hiver. Ça coûte moins cher et, à long terme, ça rapporte plus d’argent. Pour Pelé, le football est le beau jeu par excellence: les données rendent-elles le football laid? Non, elles le rendent meilleur. Grâce aux données, le football est plus rapide et plus attrayant. Les données permettent d’optimiser une équipe et d’améliorer la formation des joueurs. Le foot joue sur l’espace et le temps, il s’agit de trouver rapidement les solutions. Les modèles mathématiques sont d’un énorme secours. Le jeu ne peut guère devenir beaucoup plus rapide. Il évoluera encore très vite ces dix

«SI L’ON TENAIT COMPTE DES DONNÉES PLUTÔT QUE DE L’AVIS DES VIEUX JOUEURS, IL Y AURAIT MOINS DE LIMOGEAGES» prochaines années. On verra alors arriver dans les équipes des joueurs qui se sont entraînés sur la base des données dès l’âge de 7 ans. Ceux qui ont 19 ans maintenant travaillent encore le marquage individuel. 

ENSEMBLE, PARTONS À LA CONQUÊTE DU MONDE NUMÉRIQUE Lancez-vous: ecole-club.ch

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SPORT Le ballon est rond, le match dure 90 minutes. Ce n’est plus comme ça? Un match dure 60 minutes effectives. Au Mondial de 2010, l’Uruguay a fini troisième parce que l’équipe a abrégé le temps de jeu net par des remises en touche. Durant les temps morts, ses joueurs ont récupéré de manière ciblée pour pouvoir accélérer la cadence durant le temps de jeu effectif. On ne peut pas tout expliquer par des modèles. Lionel Messi peut ne rien faire pendant 89 minutes et décider de l’issue du jeu en quelques secondes géniales. Faux! Les modèles montrent combien Messi influence le jeu pendant ces 89 minutes. En football, il ne s’agit pas seulement de l’endroit où se trouve le ballon, mais de ce qui se passe autour. Même sans le ballon, Messi attire des adversaires à lui et crée de l’espace pour ses camarades. Les données montrent clairement à quel point il se positionne intelligemment. Les joueurs apprécient-ils ces analyses de données? Elles les rendent meilleurs. Quand on disait naguère à un joueur: «Tu ne cours pas assez», il se vexait, haussait les épaules et s’en allait. Aujourd’hui, à l’aide des données, on peut discuter objectivement avec lui. Ça le stimule parce qu’il sait: l’entraîneur n’est pas en colère contre moi, j’ai été trop lent, je dois entreprendre quelque chose. Le gourou des données de Liverpool dit que la fonction des données reste limitée en football. Que leur manque-t-il? Un meilleur suivi du ballon. Nous avons certes les données de position des joueurs, mais nous ne pouvons pas les comparer parfaitement avec le ballon. Quand ce sera possible, l’analyse connaîtra un nouvel essor. 26 www.journeedudigital.swiss

Qu’est-ce qu’un coach gagne à avoir une puce électronique dans le ballon? Il est possible d’accroître la fréquence des buts par la vitesse des tirs. A l’entraînement, on peut exercer les tirs plus rapides pour se créer plus d’opportunités de but. L’été est la saison des transferts. Comment les clubs composent-ils leur équipe? Avec l’aide de l’analyse de données. On définit la stratégie de jeu et l’on dit: «Nous voulons jouer comme l’Ajax Amsterdam. Pour cela, il nous faut un gars du genre Matthijs de Ligt.» En quelques secondes, l’ordinateur nous crache

une liste de 70 joueurs. Ceux de la première page sont à coup sûr trop chers. Mais il y a des joueurs de République tchèque qui sont aussi bons que les Hollandais tout en étant moins chers et plus motivés. Une fois qu’on a filtré les plus âgés, il reste deux ou trois candidats. Le modèle d’affaires des recruteurs de talents n’a plus d’avenir? Là où il faut des semaines à un scout, l’ordinateur règle l’affaire en 20 minutes. A combien de joueurs avez-vous accès? Il existe les données de 51 ligues, ainsi que depuis peu celles des championnats M17. Que savez-vous d’un joueur avant qu’il n’ait été acquis? Les footballeurs professionnels sont devenus transparents. On connaît

leur disponibilité pendant la saison, le profil de leur position, leur vélocité. Est-ce qu’untel joue mieux en 4-4-2 ou en 4-3-3? A-t-il besoin d’un gaucher ou d’un droitier à ses côtés? Est-ce qu’il s’intègre aux autres? Tout cela n’est pas intuitif mais fondé sur des données. A quoi prenez-vous particulièrement garde? Par exemple au nombre de sprints et à la vitesse. Est-ce qu’il court à 21 km/h ou à 28 km/h? Pourquoi est-ce si important? L’analyse de données montre que les actions décisives suivent souvent un sprint à 28 km/h. Si un milieu de terrain sprinte sept fois en profondeur, il en résulte deux occasions de but dangereuses. Nous mesurons l’état de fraîcheur, le démarrage, l’énergie que tel ou tel a dépensée, la symétrie des pas. A l’aide des données, il est possible de dire quel joueur convient à quel autre. Qui est le meilleur joueur de tous les temps? Il n’y a pas de doute, les données sont formelles: Lionel Messi. Il compte de loin la plus haute proportion d’«expected goals». D’autres parlent de Cristiano Ronaldo. Les données ne sont pas favorables à Ronaldo. Il a beaucoup moins d’«expected goals» que Messi. En plus, c’est un des plus mauvais tireurs de coups francs. Son taux de réussite est autour de 4,5. Zlatko Junuzovic, du Werder Brême, expédie 24 % de ses coups francs dans la cage. Et Messi 10 %. Quel footballeur suisse est actuellement le meilleur? Remo Freuler a de très bons paramètres pour progresser.


DEVENIR CHAMPION DU MONDE GRÂCE AU BIG DATA Pour l’instant, il y a encore un coach au bord du terrain. Mais ça fait longtemps que des analystes de données déterminent qui il doit faire entrer, comment il doit jouer – et qui gagne.

Illustration: Shutterstock

E

n cette année 2014, à la 113e minute Mario Götze expédie l’Allemagne au paradis. A vrai dire, ils sont nombreux à prétendre que c’est HANA qui a fait de Götze et de ses copains des champions du monde. HANA est l’acronyme de High Performance Analytic Appliance, un produit du fabricant de logiciels allemand SAP. La combinaison soft- et hardware permet l’interprétation rapide de grandes quantités de données. La part prise par l’entreprise au quatrième titre mondial conquis par l’Allemagne ne serait «pas négligeable», à en croire Stefan Ries, membre du directoire de SAP. Mais pour un cinquième titre en Russie, ça n’a pas marché. Le football est un défi pour les analystes de données parce qu’on a 22 joueurs sur le terrain et que les pieds sont moins prévisibles que les mains.

Cela n’empêche pas les grands clubs des ligues européennes d’entretenir de véritables laboratoires de recherche. Le FC Liverpool doit aussi sa victoire cette année en Champions League à un département d’analyse sophistiqué, qu’un spécialiste a mis des années à constituer. Depuis quelques années, le vainqueur de Wimbledon Novak Djokovic, 32 ans, travaille avec l’analyste de données Craig O’Shannessy qui analyse à son intention tous les matches de tennis de l’ATP World Tour. A l’aide de ces données, il établit pour le Serbe les profils des forces et faiblesses de ses futurs adversaires. Le tennis se prête particulièrement bien à l’analyse de données puisqu’il n’y a qu’un adversaire à analyser à la fois, que la géométrie du terrain est simple et que l’entame du jeu par le service est standardisée.

Aux Etats-Unis, les équipes de basket, de baseball et de football américain se servent du big data pour gagner. Trois domaines sont cruciaux: des actions de jeu sont développées sur la base des données et celles de l’adversaire décryptées; les données contribuent à développer une stratégie; elles permettent de se dispenser de scouts, puisque les équipes sont composés sur ordinateur. Au début de ce siècle, les Oakland Athletics engageaient sur la base des données des joueurs de baseball qui ne coûtaient pas trop cher et jouaient au-dessous de leur valeur. C’est à ce propos que l’économiste américain Michael Lewis écrivait en 2003 son ouvrage «Moneyball: The Art of Winning an Unfair Game», qui devint un film avec Brad Pitt. www.journeedudigital.swiss  27


PROPOSÉ PAR SPAR

QUI BATTRA SHAQIRI?

Des clubs de foot comme Real Madrid et Sankt Pauli ont découvert un appareil susceptible d’améliorer les performances de leurs joueurs: la console de sport. Mais les professionnels ne sont pas seuls à bénéficier de cette invention allemande.

A

première vue, cette console semble insignifiante. Et un peu rétro. «C’est encore un prototype», admet en rigolant Wolfgang Alexander Paes, 50 ans. Et l’inventeur ajoute: «Je suis l’Atari du mouvement. Et un visionnaire.» La console sportive est donc un produit pionnier. Une console de jeu avec laquelle les utilisateurs ne s’affrontent pas du fond de leur canapé mais dans la vraie vie. Avec beaucoup de mouvements. Et plus de plaisir encore. Principe technique: un laser frontal et deux faisceaux lumineux latéraux forment trois axes. Par le biais d’un logiciel, il est possible de définir sur ces axes autant de points de mesure dans un ordre déterminé qu’on le souhaite. Ainsi de multiples parcours et jeux différents peuvent être réalisés en toute simplicité et sans installations compliquées. Le système reconnaît si le joueur se meut dans le secteur défini ou s’il commet des erreurs. Un des jeux de console sportive les plus connus est le Superdribbler: il exige que l’on contourne balle au pied un certain nombre de bornes aussi vite que possible. Cela permet d’exercer les réactions, la coordination, le sprint et la technique de dribble. Des stars du football comme Lionel Messi et Xherdan

Shaqiri l’ont testé. Voyez dans la liste ci-dessous lequel s’est le mieux débrouillé. La console propose également des jeux hors du football que tout le monde, jeunes ou vieux, en forme ou non, peut pratiquer. Car pour Wolfgang Alexander Paes, ce qui compte c’est que la population tout entière se bouge. Il fut naguère joueur de tennis de niveau national en Allemagne, puis devint entraîneur. Jusqu’à ce qu’il s’aperçoive qu’il peinait à motiver les plus jeunes de ses protégés. Alors il a tout mis en œuvre pour réaliser un moyen d’entraînement qui exerce le même attrait et la même fascination que les consoles de jeu. Pour développer sa console sportive, il a travaillé avec le neurobiologiste allemand Gerald Hüther. «Cette console a le même effet sur le cerveau que les consoles de jeu», explique-t-il. Celui qui achève un parcours sans faute se voit délivrer un bon par l’appareil, avec ses performances imprimées. Cela provoque une sécrétion d’hormones du bonheur au même titre que le mouvement, la compétition et le plaisir du jeu en soi. Par l’entremise de l’app de la console, il est en outre possible de classer ses propres performances et de les garder sous les

yeux ou de s’informer sur de nouveaux défis. «Tout cela incite à se remettre sans cesse à jouer», souligne l’inventeur. Une telle console crée donc elle aussi l’addiction, mais pour la bonne cause. L’appareil est le résultat de 80 000 heures de programmation. Au plus fort du travail, on a vu jusqu’à 40 programmeurs au travail, y compris Robert Ramholz, l’associé de Paes. A ce jour, le développement a englouti plus de 2 millions de francs. Lorsque les fonds ont commencé à manquer, Paes a même vendu sa maison. Pour l’instant, la console vaut encore un peu plus de 10 000 francs, si bien qu’elle est surtout utilisée par des clubs ou des communes. C’est surtout la technologie de mesure qui s’avère coûteuse. Wolfgang Alexander Paes espère que, d’ici cinq ans, elle sera devenue suffisamment avantageuse pour pouvoir proposer des consoles accessibles pour tout un chacun.

Les meilleurs superdribbleurs

Lionel Messi Argentine FC Barcelone

Jonathan Schmid France SC Freiburg

5,12 secondes

5,16 secondes

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Özkan Yildirim Allemagne Ex-Eintracht Braunschweig 5,28 secondes

Xherdan Shaqiri Suisse FC Liverpool

Julian Draxler Allemagne Paris Saint-Germain

Christian Fuchs Autriche Leicester City

Dante Brésil OGC Nice

5,34 secondes

5,42 secondes

5,44 secondes

5,53 secondes


Une console sportive à gagner Dans le cadre du Digital Day du 3 septembre, une console sportive sponsorisée par SPAR sera mise en jeu. Valeur: plus de 10 000 fr. Ceux qui pensent que leur club ou leur commune mérite cette console de sport peuvent le motiver de façon originale par courriel à sportstation@ringier.ch

Photos: Shutterstock, Getty Images (4), AFP, AMA, EPA

Un laser et des faisceaux lumineux balisent le parcours.

Date limite d’inscription: Dimanche 1er septembre 2019 à 23.59 h. Les participants qui ont les meilleurs arguments se présenteront le 3 septembre à 12.00 h pour le jeu Superdribbler à l’Arena de Blick et de digitalswitzerland aménagée dans la gare centrale de Zurich. Celui qui se bat le mieux remporte la console. Les personnes intéressées peuvent tester l’appareil en dehors du concours. Son inventeur Wolfgang Alexander Paes sera sur place pour répondre aux questions.

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AMOUR

PEUT-ON AIMER UN ALGORITHME? Pour l’auteure israélienne Eva Illouz, à l’ère numérique l’amour est devenu une expérience d’achat. A l’avenir, nous préférerons faire l’amour avec des robots. Car les algorithmes ne sont jamais de mauvaise humeur. Nicoletta Cimmino et Peter Hossli

Durant toute votre carrière, vous avez étudié l’amour. Qu’aimez-vous dans l’amour? On demandait un jour à l’auteur autrichien Arthur Schnitzler pourquoi il ne parlait que de sexe et de mort. Il a répondu: «Y a-t-il d’autres sujets?» L’amour est ce qu’il y a de plus important dans notre vie. Il lui confère du sens. En même temps, étudier l’amour est un immense défi intellectuel. Cela me stimule. L’amour est mystérieux. Perd-il de son secret à l’ère numérique? Nous ne comprenons toujours pas entièrement le moment où l’amour naît. Pourquoi tombons-nous amoureux d’une personne et pas d’une autre? Pour nous, les humains, ce mystère est essentiel. Mais voilà que l’univers numérique fait tomber l’amour de son piédestal. Comment? Lorsque nous rencontrons une personne, nous la ressentons comme un tout. On se voit, on entend notre voix, une vraie rencontre est une expérience physique. Et en ligne? A l’aide de profils sur des sites de rencontre, nous n’obtenons que des informations parcellaires. Une personne n’est faite que d’éléments isolés. C’est le contraire d’une 30 www.journeedudigital.swiss

expérience globale. Nous choisissons une personne sur la base de paquets de données. Et cela suffit à désensorceler l’amour? Ça oui, de même que l’offre qui est énorme. Il est devenu impossible depuis longtemps de tout digérer. L’amour sur la Toile, c’est comme un buffet «all-you-can-eat» en lieu et place d’un repas avec entrée, plat principal et dessert. Avec quelles répercussions sur nos relations? Dans l’univers numérique, l’amour ressemble aux emplettes dans un supermarché. Sur les rayons il y a des produits dont nous ne soup­çonnions même pas l’existence. Sur la Toile, l’amour obéit aux lois de l’économie de marché. L’offre grossit, la concurrence est acharnée, le prix chute. Pour subsister, il faut se vendre comme un produit, faire sa pub, s’optimiser sans relâche comme si on était une marque. Les marques parfaites s’affrontent et deviennent un jour humaines. La déception n’en est-elle pas plus grande? Oui. Nous laissons tomber l’autre d’autant plus vite s’il n’est plus parfait? Dès qu’une femme commence à énerver ou qu’un homme enfile des

vêtements inadéquats qui lui donnent un air ridicule, on trouve quelqu’un d’autre en un clic de souris. Le taux de fluctuation des partenaires augmente sans cesse. Est-ce différent dans l’univers analogique? Les règles de la société ont énormément changé. De nos jours, disparaître et ne plus donner signe de vie est devenu commun. Le «ghosting» est accepté. Il y a quarante ans, c’était une lourde faute morale. Aujourd’hui, nous sommes vite dans une relation et vite dehors. Aurons-nous un jour de vraies relations amoureuses avec des robots? Aucun doute à ce propos. Dans une trentaine d’années, il y aura des robots qui sauront s’impliquer parfaitement avec nous. Nous ne penserons même plus qu’il s’agit de machines. Mais une machine ne sera jamais aussi complète qu’un partenaire humain. Beaucoup de mariages se conforment à un scénario répétitif. Nombre de relations se fondent sur une impitoyable routine. Et le nombre de phrases qu’échangent des époux est relativement restreint. En l’occurrence, un algorithme serait meilleur? Vous pouvez avoir plus de plaisir avec un algorithme. Il n’est jamais de mauvais poil et il est plus marrant. Les robots ne se vexent pas quand on les engueule. Il est possible qu’ils soient les meilleurs partenaires en amour. Alors il n’y a plus besoin d’humains en amour? Les humains ont toujours besoin de ce sentiment d’avoir été choisi par quelqu’un. Un algorithme peut être programmé 


Photo: Guy Prives

Bio La sociologue israélienne Eva Illouz (58 ans) enseigne à l’Université hébraïque de Jérusalem. Elle étudie l’amour et la vie affective. Ses douze ouvrages ont été traduits en dix-huit langues. Le dernier, paru en 2019, s’intitule «Les marchandises émotionnelles».

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AMOUR

«ON PEUT AVOIR PLUS DE PLAISIR AVEC UN ALGORITHME» de manière à choisir volontairement quelqu’un. Alors on n’aura peut-être plus besoin d’êtres humains pour l’amour. Ce serait l’ère post-humaine. Pour l’instant, la plupart des sites de rencontre courtisent encore des humains. Lequel s’imposera? Les exploitants des nouveaux sites de rencontre se rendent compte que les atouts de leurs pages traditionnelles sont devenus des inconvénients. L’offre est tout simplement surabondante. C’est pourquoi les nouveaux acteurs proposent au maximum une rencontre par jour. Un rendez-vous par jour, c’est énorme. Au moins il y a une limite. Cela améliore les chances de dénicher la personne adéquate. Les bons algorithmes proposent de possibles partenaires sur la base de valeurs concordantes et non de l’aspect physique. Des relations sérieuses sont-elles vraiment possibles par le biais des sites de rencontre? Bien sûr. Mais la bonne question est autre: les nouvelles technologies contribuent-elles à des relations stables? Je ne le crois pas. Pourquoi pas? Parce que cela ne coûte pratiquement rien de chercher un nouveau partenaire. Le net nous donne l’impression qu’il y a encore plein de gens chouettes qui nous attendent. Vous n’y voyez rien de positif?

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Grâce au net, nous surmontons les barrières sociétales et géographiques. Si nous le souhaitons, nous apprenons à connaître des gens hors de notre bulle sociale. La numérisation modifie-t-elle les rôles des sexes? Il est devenu plus acceptable pour une femme d’entamer une relation. Reste qu’internet renforce une représentation traditionnelle: le fait que seule une belle femme est digne d’être convoitée. De nos jours, la pression de la beauté est plus forte qu’il y a trente ans. Sur Tinder, par exemple, la photo fait tout. Mais Tinder est plus facile pour les femmes que pour les hommes. Elles obtiennent plus de matches et peuvent choisir qui bon leur semble. Tinder réussit-il ce que la révolution sexuelle n’a pas su faire? C’est superficiel. Tinder nous donne, à nous les femmes, l’impression de pouvoir choisir, d’avoir ce pouvoir. Nous voyons un type et disons: affreux! Puis nous glissons à gauche. C’est un geste qui rassure. Nous disons : je ne veux pas de ce type. Mais est-ce vraiment du pouvoir? Au premier rendez-vous, nous retombons dans le schéma tradi­ tionnel. L’homme paie le repas. Les jeunes sont habitués à se rencontrer sur la Toile. Pour les plus âgés, c’est nouveau. Les personnes âgées sont-elles plus seules? Non. Le taux d’utilisation du net par les personnes âgées a augmenté avec le taux de divorces. Ils utilisent les médias sociaux de manière beaucoup plus ciblée. Comment une personne née avec internet vit-elle l’amour? Les digital natives cherchent moins l’amour pour la vie. Beaucoup de leurs modèles sont divorcés ou séparés. Ils ne croient pas qu’ils rencontreront quelqu’un avec qui ils passeront toute leur vie. Les relations sont comprises comme des épisodes successifs. Ils entament et achèvent leurs relations avec légèreté. Ou ils restent seuls.

Quel est leur rapport à la sexualité ? Ils ont des attentes complètement irréalistes. Ils regardent du porno sur la Toile et se voient en virtuoses du sexe. Les hédonistes du 18e siècle blêmiraient de jalousie face à tout ce que savent les jeunes d’aujourd’hui. Sur ces sites pornos, on se voit proposer une offre du genre de celle des bars à café modernes. Vous dites que YouPorn est organisé comme Starbucks? Sur les sites porno, on voit des actes qu’on ne connaissait pas naguère. Tout comme il existe aujourd’hui toute sorte de nouvelles boissons au café. Nous développons des préférences sexuelles et les assouvissons de façon ciblée avec une vidéo. Avec des répercussions sur la sexualité dans la vraie vie? Nous considérons le partenaire comme une personne qui doit satisfaire une expérience d’achat. Si par exemple je fantasme sur un joli plan à trois – mais c’est sans doute passé de mode depuis belle lurette – mon partenaire est prié d’exaucer mon fantasme. Que produit sur nous l’offre constante de pornographie sur le net? Les femmes comme les hommes apprennent que les femmes sont échangeables à l’envi et ne sont rien de plus que des corps. Elles ne sont pas très précieuses. Vu que la pornographie est partout, la sexualité et le monde des sentiments sont toujours plus déconnectés. Les hommes qui visionnent sans cesse du porno perdent la faculté d’entrer en relation avec une personne réelle sans pornographie. Souvent ils ne sont plus capables d’être excités en présence d’une femme. Il n’y a pas de marche arrière à cette évolution? Je n’ai pas de boule de cristal. Mais les données et les faits indiquent que cette évolution se poursuivra.


AMOUR ET EMOJIS

Les algorithmes ont remplacé les amis dans le rôle des marieurs. Aujourd’hui, le choix des emojis est censé nous renseigner sur la durée potentielle d’une relation.

Illustration: Shutterstock

A

utrefois, une femme faisait discrètement tomber son mouchoir pour signaler son intérêt à un partenaire potentiel. Maintenant, il suffit de balayer son smartphone vers la droite. Les platesformes de rencontres comme Tinder révolutionnent la vie amoureuse. Tinder est consultée 2 milliards de fois par jour. Le plus souvent aux Etats-Unis, en GrandeBretagne et au Brésil. D’ici à 2025, le chiffre d’affaires de l’ensemble du secteur des rencontres en ligne devrait passer de sept à dix milliards de dollars, soit pratiquement autant en francs suisses. Il y a longtemps que les algorithmes ont pris la place de la famille et des amis dans le rôle des marieurs. Selon une récente étude de l’Université étasunienne de Stanford,

de nos jours, 39 pour cent des couples hétérosexuels se sont connus sur la Toile. L’environnement privé représente encore 27 pour cent. En 1995, les couples dont les partenaires avaient été présentés par des membres de la famille ou des amis représentaient encore 45 pour cent et les seuls 2 pour cent s’étaient connus en ligne. Selon le portail Singlebörsen-Vergleich, 675 000 Suissesses et Suisses recherchent actuellement un partenaire en ligne. L’année dernière, ils ont dépensé pour cela 41 millions de francs. Mais les outils numériques ne se limitent pas à jouer un grand rôle dans la formation des couples. Nos grands-parents et nos parents s’écrivaient des lettres et se téléphonaient. Nous chattons dans des messageries, likons mutuellement nos pho-

tos ou échangeons de courtes vidéos ou images par Snapchat ou TikTok. La linguiste et chercheuse étasunienne Michelle McSweeney s’est penchée, dans son projet «Love Tests», sur l’importance de la communication numérique pour les jeunes couples. Sur la base de leurs chats, elle a analysé le niveau de bonheur et la stabilité de leur relation amoureuse. Pour cela, elle a étudié les mots employés, les emojis envoyés et le temps d’attente pour recevoir une réponse. Avec ces données, la chercheuse pense même pouvoir prédire la durée potentielle d’une relation. Le niveau de palpitation de notre cœur avant la première rencontre reste toutefois quelque chose d’intimement personnel, qu’aucun algorithme ne saurait prédire. www.journeedudigital.swiss  33


POLITIQUE

Aujourd’hui, les campagnes électorales se servent du big data. Le PLR et le PS dévoilent leurs plans de bataille numériques. Peter Hossli Marcel Dobler, vous êtes candidat au Conseil des Etats à Saint-Gall. Hier vous avez posté sur Instagram une vidéo qui vous montre en wakeboard. Ça aide à remporter une élection? Marcel Dobler: C’est le mélange qui importe. Instagram est un portail personnel, les photos de vacances et de sport y sont bienvenues. Je ne poste pas ce genre de vidéos sur Twitter et LinkedIn. Sur Instagram vous êtes sportif, sur Twitter et Facebook politique? MD: Sur Instagram, je suis sympa et visuel, sur Facebook, il y a de la place pour des messages plus importants. Matthias Leitner, quelles directives et recommandations le PLR donne-t-il aux candidats qui recourent aux médias sociaux? Matthias Leitner: Nous leur recom-

mandons de s’y mettre rapidement et de rester authentiques. Et nous donnons une formation à tous ceux qui le souhaitent. Il n’y aurait pas de sens à débarquer inopinément sur Instagram deux mois avant les élections. M. Dobler, le candidat argovien socialiste au Conseil des Etats, Cédric Wermuth, a 47 000 followers sur Twitter. Vous en avez un peu plus de 2100. Qu’est-ce que Wermuth sait mieux faire que vous? MD: Le nombre de followers dépend souvent des activités professionnelles à côté du parlement. Cédric Wermuth est exclusivement parlementaire, il investit certainement plusieurs heures chaque jour pour les médias sociaux. Il existe des politiciens qui ne font pas grand-chose d’autre que de les alimenter. En tant qu’entrepreneur, je ne peux pas me le permettre.

Le conseiller national PLR Marcel Dobler (à g.) avec son directeur de campagne Matthias Leitner.

Cela réussit à des politiciens des deux bords: Wermuth à gauche et Andreas Glarner à droite, mais pas très souvent aux représentants du PLR. ML: Ils misent tout sur la controverse et vont jusqu’à la limite de ce que la société peut tolérer. C’est ainsi que Donald Trump est devenu président. ML: Ils provoquent dans l’espoir de susciter un débat. Les médias sociaux sont un moyen idéal pour ça, parce que les interactions sont nombreuses. Mais il est légitime de se demander si c’est bien le style adéquat. Autre question, plus importante: peut-on convertir des provocations sur Twitter en voix d’électeurs? Pour Trump, ça a fonctionné. MD: Aux Etats-Unis, il y a deux partis. Du coup, il suffit que l’un attaque l’autre. Le système politique suisse est plus complexe et beaucoup moins sensible aux provocations sur Twitter.

Trump a promu son «digital manager» de 2016 au poste de directeur de campagne pour 2020. Quelle est l’importance de la sphère numérique pour les Suisses? ML: Il y a eu de premières tentatives en 2011. En 2015, on a ajouté la dimension médias sociaux à ce qu’on faisait d’habitude. En 2019, on produira pour la première fois des contenus propres aux réseaux sociaux. Chaque canal s’adresse à un autre groupe. Pour le PLR, parti de l’économie, LinkedIn est important. Instagram convient aux jeunes, Twitter à l’actualité. Le budget publicitaire se concentre sur Facebook, car c’est là que sont les masses.

Photos: Daniel Kellenberger, Jessica Keller

LA STRATÉGIE NUMÉRIQUE DU PLR

ML: Les politiciens de gauche sont solidaires entre eux sur les réseaux sociaux. Ils partagent et likent mutuellement leurs contenus. Les politiciens du camp bourgeois doivent apprendre à mieux cultiver les algorithmes. Reste qu’un simple regard sur le nombre de followers est un peu court: ceux qui réussissent à passer des médias sociaux aux journaux sont plus probants.


Cédric Wermuth, quel serait sur Twitter «notre Trump» suisse? Cédric Wermuth: Claudio Zanetti, de l’UDC. Le président du PDC Gerhard Pfister est le plus imprévisible. Mais Twitter est surévalué et avant tout un programme d’occupation pour politiciens et journalistes… ... autrement dit, de gens comme vous? CW: Oui, certainement. Contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis, seul un petit cercle de personnes s’intéresse à Twitter, en Suisse. Donald Trump suscite une grande attention. On vous a un peu moins entendu, ces derniers mois. Pour quelles raisons? Le modèle de Twitter est en train de s’essouffler. La tentative de mener un débat politique sérieux sur cette plate-forme a échoué. De plus, quelques-uns de mes tweets ont été cités par d’autres médias en les sortant de leur contexte. J’en retiens qu’il vaut mieux en faire moins. Le risque de chute est élevé. Récemment, vous avez twitté «la politique européenne de dissuasion relève de l’assassinat» – une belle provocation. CW: Malheureusement, un constat désabusé de la réalité. Vous écrivez qu’elle est «politiquement voulue»; dans ce cas, les politiciens européens seraient des assassins ... CW: … oui, c’est cela. Dans un Etat de droit, on ne devient un assassin qu’après une condamnation. CW: OK, d’accord. Si la politique socialiste n’interpellait pas, ce ne serait pas une politique socialiste. Il s’agit de remettre en question certaines évidences. La limite des 280 caractères oblige à une communication percutante. Cela augmente aussi les chances que le tweet retienne l’attention. Si je m’exprime sur Twitter sur la politique européenne en matière de réfugiés, c’est pour que le message soit largement diffusé.

d’équilibrisme: l’attention peut aider à apporter des voix tout comme provoquer une descente aux enfers. CW: Celui qui provoque sur Twitter doit pouvoir défendre sa provocation. Un tweet mal fondé peut facilement vous revenir à la figure. Que conseillez-vous aux politiciens du PS? MK: Etre le plus authentiques possible, ne pas changer sur les médias sociaux et ne pas cacher sa propre personnalité. Quel est le canal numérique le plus important pour le PS? MK: Probablement l’e-mail. C’est celui qui permet de toucher les électrices et les électeurs le plus directement. CW: Le contact direct est encore plus important. La Suisse est assez petite pour cela. Sur les cartes de visite que je distribue, il y a mon numéro de téléphone mobile privé. La campagne électorale numérique est-elle surévaluée? CW: Il y a huit ans, j’avais estimé que les médias sociaux ne permettraient ni de gagner ni de perdre une élection. Aujourd’hui, l’influence du numérique a augmenté. Mais faire campagne uniquement sur la Toile ne suffit pas. Trump n’a pas été élu grâce à une banque de données.

LA STRATÉGIE NUMÉRIQUE DU PS Son message était bien ciblé et il l’a diffusé efficacement à travers différents canaux. Les parlementaires de gauche ont plus de succès sur les médias sociaux que le camp bourgeois; ils ont également davantage de suiveurs. Pour quelles raisons? CW: La droite a l’habitude de dire: «Nous n’avons rien d’autre à faire» (Rires). MK: La gauche doit toucher les gens aussi bien dans le monde réel que sur les médias sociaux. Il ne nous est pas possible de mettre en place un cercle de 100 puissants influenceurs. Monsieur Wermuth, vous avez plus de 47 000 suiveurs sur Twitter, le candidat PLR au Conseil des Etats Marcel Dobler en a 2100. Parce qu’il est un entrepreneur et vous un politicien professionnel? CW: Si je regarde la campagne de Monsieur Dobler et du PLR, je me

Les provocations sur Twitter permettent-elles de gagner des voix? Marco Kistler: C’est un exercice

Le conseiller national Cédric Wermuth avec son spécialiste de campagne, Marco Kistler.

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POLITIQUE

Matthias Leitner

MD: … ultra-courageuse mais, à mon avis, fatale. Est-il possible d’être élu au Conseil national avec une campagne uniquement numérique? MD: Il ne faut jamais dire jamais. Mais Roger Federer est sans doute le seul Suisse qui pourrait être élu au Parlement rien qu’à l’aide des médias sociaux.

Marcel Dobler Marcel Dobler (39 ans) est conseiller national PLR du canton de Saint-Gall depuis 2015. Il a été l’un des cofondateurs de Digitec, dont il fut le PDG durant treize ans. Depuis l’été 2018, il est copropriétaire du commerce de jouets Franz Carl Weber. Marcel Dobler a été champion suisse de décathlon et de bob à quatre. A l’automne, il sera aussi candidat au Conseil des Etats.

MD: Il ne suffit pas d’investir uniquement en ligne. Il faut des activités off-line, des affiches, des annonces. Il faut être vu. J’envoie un journal électoral à tous les ménages saint-gallois, c’est plus efficace que les posts en ligne.

Combien consacrez-vous à votre campagne électorale 2019? MD: Tout comme en 2015, je ne le divulgue pas. Vous pouvez partir de l’idée que mon budget est du même ordre que ceux d’autres candidats au Conseil des Etats. Quelle est la part du numérique? 10 %.

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Vous faites du micro-ciblage. A l’aide de quelles données? ML: Nous avons développé un modèle avec l’institut gfs.bern, qui se fonde sur les «sinus-milieus», un paquet de données qui dit pour chaque maison quel genre de personnes y vit et avec quelle vraisemblance. Donc vous savez quels électeurs vivent où? ML: Le modèle prend par exemple en considération l’âge et la taille d’une maison, si elle est proche du lac, quand elle a été rénovée pour la

Vous utilisez ça pour tout le pays? ML: Dans chaque commune, nous sommes en mesure de dire où notre potentiel est élevé et si cela vaut la peine d’y faire de la publicité. MD: Cela se pratique depuis longtemps aux Etats-Unis. Désormais, la campagne électorale en Suisse devient plus scientifique, mieux dirigée par les données. Les partis qui le font ont un avantage à court terme. Dans dix ans, tout le monde le fera, ce sera un standard. A quel gain de voix le PLR s’attend-il? ML: Dans un test de porte-à-porte, nous avons constaté un effet positif de 0,5 %. Cela paraît peu. MD: C’est la différence avec Trump. A l’aide du micro-ciblage, il peut atteindre entre 10 et 30  % en certains lieux. Dans notre système, 0,5  % des voix c’est déjà pas mal. Avec la numérisation, l’influence d’acteurs étrangers s’est invitée dans la politique de bien des pays. Qu’en est-il en Suisse? MD: Notre système est trop complexe, le nombre de partis et de candidats trop élevé. Il est extrêmement difficile de prendre une influence directe. Mais il y a quelques politiciens qui confient des mandats à l’étranger. Qui par exemple? ML: Des politiciens font venir des spécialistes, parce que nous avons relativement peu d’expérience des campagnes électorales. Cédric Wermuth engage une agence de publicité new-yorkaise. Il y acquiert le savoir-faire dont il a besoin, quand bien même il proclame qu’il faut protéger les emplois en Suisse. Pour l’instant, le Conseil fédéral exclut le vote électronique. Marcel Dobler,

Le PDC a annoncé qu’il ne fera pas de campagne nationale analogue classique, ni par affiches ni par annonces. ML: Une stratégie audacieuse …

Le PLR mise pour la première fois sur le big data. Que faites-vous différemment des autres partis? ML: Nous essayons de mobiliser notre budget de campagne plus efficacement. C’est pourquoi nous calculons à l’aide d’agrégats où habitent les électeurs plutôt pro-PLR dans une commune, dans un district, dans un canton et où habitent ceux qui sont plutôt pour d’autres partis. Cela nous permet de faire de l’affichage très ciblé. Si nous identifions une rue plutôt pro-PLR avec un fort taux d’abstention, il vaut la peine d’y organiser une manifestation dans la rue.

dernière fois. On peut en tirer des conclusions sur la manière de voter de ses habitants. Les données se fondent sur les registres de la Con­ fédération.

Photos: Daniel Kellenberger, Jessica Keller

Matthias Leitner (33 ans) a été étudié les sciences politiques à l’Université de Berne. Il travaille pour le PLR depuis 2010. Il a été directeur de campagne des libéraux-radicaux cinq ans et, aujourd’hui, il en est le secrétaire général adjoint et responsable de l’organisation du parti.


demande ce qu’il fait à côté de la politique. Je ne suis pas un politicien professionnel, même si cette qualification me convient assez bien. Nous n’avons pas assez d’argent pour inonder le canton d’Argovie d’annonces et d’affiches. C’est pourquoi nous mettons davantage l’accent sur les médias sociaux.

Avec la numérisation des campagnes électorales, on constate une influence grandissante d’acteurs étrangers, et cela dans le monde entier. Quelle est leur influence sur la politique suisse? CW: Le véritable scandale, c’est que les Russes ne s’intéressent pas à nos élections. Nous sommes manifestement quantité négligeable. Blague à part: cette influence n’a pas augmenté; elle devient plus visible à travers les médias sociaux. MK: En Suisse, nous ne le savons pas. Chez nous, certaines choses dans la politique sont légales, alors qu’elles seraient considérées comme de la corruption ailleurs. Pourquoi acceptez-vous que votre campagne électorale soit influencée par l’étranger? CW: Vraiment? Par quel pays? Vous avez une agence à New York qui

Le savoir-faire suisse ne vous suffit-ils pas? CW: Nous allons chercher aux EtatsUnis les idées pour la campagne électorale numérique. Nous avons également essayé de comprendre ce qui fonctionne, graphiquement, en Amérique. Nous en tirons les enseignements. Vous êtes un opposant déclaré à la globalisation et vous vous engagez pour le maintien d’emplois en Suisse. N’est-ce pas hypocrite d’engager une agence étasunienne? CW: Il s’agit d’un transfert de savoir-faire – et d’une collaboration entre jeunes mouvements politiques progressistes du monde entier. Concernant le langage et l’esthétique, il n’y a rien de comparable en Suisse. La publicité politique en Suisse est plutôt ennuyeuse.

Une chose vous manque, par rapport à une véritable campagne à l’américaine: vous ne montrez pas votre famille sur les médias sociaux. CW: Des conseillers politiques me le suggèrent régulièrement. Mais cela n’arrivera pas. C’est une décision que nous avons prise très clairement, ma partenaire et moi. Et mes enfants doivent pouvoir décider plus tard, s’ils souhaitent adhérer aux positions de leur père. Ces positions ne sont pas tout à fait anodines. La transparence en matière de financement fait partie intégrante de la politique étasunienne. Combien dépensez-vous pour votre campagne électorale? CW: Je vous le dirai dès que je le sais. Une belle pirouette pour contourner la transparence. CW: Nous avons commencé avec un budget électoral estimé à 150 000 francs. Actuellement, nous

Il y a pourtant de très bonnes agences de graphisme en Suisse. CW: Oui, des graphistes argoviennes et argoviens mettent en œuvre ce que nous avons élaboré avec New York.

Le PLR est le premier parti suisse à miser sur le microciblage. Sur la base de données, il sait dans quelles communes le parti a encore un potentiel de croissance. Comment le PS réagit-il face à cela? MK: Nous avons, dans de nombreuses communes, des gens qui savent mieux que l’algorithme de gfs.bern où vivent les électrices et les électeurs. L’intelligence humaine apporte davantage qu’un jeu de données. CW: Je suis réticent à un modèle politique basé sur le microciblage. Il renverse les priorités. On se base sur les préférences des gens pour leur soumettre une offre. Mais je ne vends pas des Mars ou des Snickers. J’ai des convictions et j’essaie de transmettre ces convictions. Avec le microciblage, on ne s’adresse plus qu’à des gens de son propre cercle.

fait campagne pour vous. CW: Holà, minute! Nous avons développé, en collaboration avec l’agence Tandem, un langage graphique que nous appliquons en Suisse.

Cédric Wermuth Le Conseiller national PS Cédric Wermuth (33 ans) se porte candidat au Conseil des Etats lors des élections de cet automne. Il a étudié les sciences politiques, l’histoire économique et sociale, et la philosophie. Il a présidé la Jeunesse socialiste suisse de 2008 à 2010.

On pourrait donc globaliser politiquement, mais pas économiquement? CW: Il ne s’agit pas de s’opposer à la globalisation, mais de promouvoir un autre modèle que le néolibéralisme. Le grand défi pour la gauche, au XXIe siècle, est toutefois de trouver une réponse à la question internationale. Ce qui se passe dans la politique américaine est important pour nous.

Marco Kistler L’ancien membre PS du Grand conseil glaronnais Marco Kistler (34 ans) était le directeur de campagne et l’inventeur de l’initiative 1:12. En 2015, il a dirigé la campagne électorale de base du PS. Aujourd’hui, il dirige à Winterthur un bureau de conseil pour les campagnes politiques. Cédric Wermuth fait partie de ses clients. www.journeedudigital.swiss  37


POLITIQUE

quand y aurons-nous accès? MD: Dans cinq à dix ans, à coup sûr. L’objectif, c’est la sécurité plus que la rapidité. A cet effet, il faut tout reprendre à zéro. Le prestataire actuel constitue un problème. Il faut un stockage des données décentralisé et une traçabilité des votes jusqu’au lendemain du scrutin. Vous entendez désanonymiser le processus? MD: Le registre des électeurs doit être découplé du logiciel de vote. Le registre des électeurs attribue à l’électeur un code grâce auquel il peut voter dans un autre système et suivre son vote. L’anonymat demeure ainsi garanti. Comment le vote électronique modifie-t-il le comportement devant les urnes? MD: Lorsqu’on vote physiquement, on réfléchit davantage parce qu’on a eu des informations dans la rue, dans les médias, dans les conversations.

«IL NE SUFFIT PAS D’INVESTIR UNIQUEMENT EN LIGNE» Avec le vote électronique, il y a le risque que la publicité électorale soit assortie d’un lien vers le vote. La décision se prend plus vite. Comme pour la loi sur le crédit à la consommation, il faut une protection contre une hâte excessive.

qui dure trois minutes. L’identité numérique, l’e-ID, pourrait être une solution. Elle est contestée. MD: Vraiment?

Comment le paysage politique évoluera-t-il quand le vote électronique sera possible? MD: On ne verra pas davantage de jeunes voter qu’aujourd’hui, ça a été établi. Il y aura un déplacement du vote par correspondance vers le vote électronique, mais la part du vote par correspondance restera élevée.

Les sceptiques disent que ce ne devrait pas être la mission d’entreprises privées d’établir des cartes d’identité. MD: Ceux qui disent cela ne comprennent rien à la Swiss-ID. C’est une solution publique-privée. Tout ce qui est important appartient à l’Etat: contrôle, libération des données, organisation : seule la distribution est l’apanage des privés.

Pourquoi? MD: Le processus de vote électronique n’est pas convivial: physiquement, on vote en 30 secondes, tandis qu’ici il faut entrer un nombre interminable et encore un autre code, ce

Marcel Dobler, serez-vous conseiller aux Etats cet automne grâce au micro-ciblage? MD: Les électrices et électeurs en décideront. Je donnerai le meilleur de moi-même.

«ICI, CERTAINES CHOSES QUI PASSENT POUR DE LA CORRUPTION AILLEURS SONT LÉGALES EN POLITIQUE» en sommes plutôt entre 200 000 et 250 000 francs. Ce qui rentre est directement réinvesti. D’où vient cet argent? CW: De petits donateurs et de quelques généreux donateurs qui versent entre 5000 et 8000 francs. Sur demande, je publie tous les noms des donateurs de plus de 5000 francs. C’est une exigence de mon parti. Combien d’argent récoltez-vous en ligne? MK: Environ un tiers, les demandes par courriel étant particulièrement efficaces. Peu de donateurs versent par carte de crédit. La majorité d’entre eux demandent un bulletin de versement. Combien d’argent investissez-vous dans

38 www.journeedudigital.swiss

les activités numériques? MK: Le poste le plus important est constitué par la main-d’œuvre. Cela dit, de nombreux bénévoles travaillent dans les activités numériques. Combien de personnes travaillent pour vous? CW: Il y a un professionnel et entre 20 et 30 bénévoles, qui gèrent ma présence numérique. Que font toutes ces personnes? CW: Pour l’allocution du 1er Août à Seon, en Argovie, j’ai été accompagné par un photographe et un vidéaste. Une troisième personne a fait le montage, une autre a alimenté Instagram. Ce sont tous des bénévoles. Cela montre le dynamisme de ma

campagne. Un tel engagement ne peut pas être simulé. Le Conseil fédéral a renoncé au vote électronique jusqu’à nouvel avis. Quand voterons-nous par Internet? CW: Je suis passé de défenseur détendu à opposant sceptique. Pourquoi? CW: Il n’y aura plus guère de jeunes électeurs. La politique échoue parce qu’elle n’est pas crédible – et non en raison de la procédure de vote. Ce n’est pas difficile de remplir un bulletin vote. La question de la sécurité n’est pas résolue. En cas de problème, toutes les votations des dix prochaines années seraient discréditées.


POLITIQUE AVEC HASHTAG Quelle influence ont les médias sociaux sur les électrices et les électeurs? Et comment les candidats utilisent-ils les nouveaux canaux pour capter des voix?

L

e président américain Donald Trump est le roi du tweet. Il pratique une politique agressive singulière sur les médias sociaux. Ses tweets déconcertent les cours de la bourse et inspirent la peur et l’effroi à ses adversaires comme ses alliés. Il a un jour déclaré: «J’aime Twitter parce qu’il me permet de diffuser mon point de vue. Or mon point de vue est essentiel pour tous les gens qui placent leurs espoirs en moi.» Les réseaux sociaux tels que Twitter, Facebook, YouTube et Instagram bouleversent la vie politique. Même en Suisse, Twitter n’est plus un lieu réservé aux journalistes et aux politiques. Les réactions aux prises de position politiques affluent rapidement, elles sont directes, non filtrées et partent dans tous les sens. Les jeunes électeurs peuvent être mobilisés par le biais des médias sociaux et ce sont eux qui ont conduit Barack Obama à la présidence en 2008. Chez nous, le conseiller national socialiste Cédric Wermuth compte sur eux dans sa campagne pour le Conseil des Etats. Les messages se diffusent de manière virale lorsque les partisans d’un candidat partagent et likent. Ceux-ci peuvent poster gratuitement sur YouTube des vidéos à leur gloire au lieu de payer cher à la radio et à la TV. En outre, les politiques collectent des dons sur toute la planète par le biais des médias sociaux. Aux Etats-Unis, on apprécie les «money bombs», ces efforts acharnés durant vingt-quatre heures pour récolter de

l’argent auprès des followers. Souvent avec succès. Mais l’univers numérique n’est pas une simple bénédiction pour les politiques. Le dialogue direct avec des électeurs critiques est particulièrement délicat. Si un candidat passe pour arrogant dans ses réponses, il en subit les répercussions. Beaucoup de parlementaires peuvent

ainsi déraper et récolter une pluie de critiques en retour. En Suisse, par exemple, le conseiller national UDC Andreas Glarner avait dévoilé sur Facebook le numéro de téléphone direct d’une enseignante qui avait permis à ses élèves musulmans de prendre congé pour l’aïd, la fête qui met fin au ramadan. www.journeedudigital.swiss  39


PROPOSÉ PAR CREDIT SUISSE

«L’HUMAIN DOIT TOUJOURS RESTER AU CENTRE» La numérisation est définie par de nombreuses tendances – technologies, innovations, écosystèmes. Dans cette interview, Anke Bridge Haux, cheffe des activités numériques au Credit Suisse, parle de ces évolutions.

Quelles seront, selon vous, les tendances numériques qui influenceront le plus le monde bancaire? La question centrale que nous nous posons, en tant que banque, est la suivante: «Comment les clients souhaiteront-ils interagir avec nous à l’avenir?» Alors que le contact personnel avec un conseiller est indispensable pour certains clients, d’autres préfèrent utiliser nos prestations par des canaux numériques. Le fait de pouvoir proposer une combinaison de conseils personnalisés et d’offres numé40 www.journeedudigital.swiss

riques est déterminant. Nous évoluons de plus en plus dans ce qu’on appelle des «écosystèmes». Nous sommes convaincus de leur pertinence pour nos clients, afin qu’ils aient toujours nos 

Bio Anke Bridge Haux dirige le domaine Digitalization & Products et est membre de la direction de Credit Suisse (Suisse) SA. Elle a commencé sa carrière au Credit Suisse en 1999. En 2005, elle est passée chez UBS dans la gestion de fortune et la banque d’investissement. En 2011, elle est revenue au Credit Suisse, où elle a occupé différents postes à responsabilités dans les domaines des devises, des produits bancaires et de la numérisation. Anke Bridge Haux a un master en finance et économie de l’Université de St-Gall et a suivi le General Management Programm (GMP) de la Harvard Business School, à Boston.

Photo: Samuel Trümpy

Madame Bridge Haux, le numérique entre au pas de charge dans l’économie et la finance. A quoi ressemblera la banque de demain? La banque de demain devra être flexible et novatrice, mais surtout, ses prestations devront être mises à disposition de ses clients de manière extrêmement conviviale: accessibles partout, modulaires et sur mesure. C’est un concept que nous adaptons en permanence, sur la base de la situation et des besoins de nos clients – grâce aux nouvelles technologies. La banque de demain doit pour ainsi dire aller vers le client et non l’inverse.


www.journeedudigital.swissâ&#x20AC;&#x192; 41


PROPOSÉ PAR CREDIT SUISSE

«LA NUMÉRISATION N’EST PAS UN BUT EN SOI» prestations à portée de main quand ils en ont besoin. L’«open banking» est déjà une réalité pour les clients entreprises du Credit Suisse. En tant que banque, cela signifie que nous devons développer en permanence nos partenariats, avec les fintechs par exemple. Quelle est la vision du Credit Suisse concernant la numérisation? La numérisation n’est pas un but en soi, elle découle des besoins de nos clients. Ils nous font part de leurs souhaits, et ce qu’ils attendent de leur banque. Ainsi nous développons et testons des solutions numériques avec nos clients dans notre propre User Experience Lab. Sur la base de leurs appréciations et commentaires, nous optimisons en permanence nos solutions numériques. La digitalisation doit soutenir, étendre et simplifier les opérations bancaires. Qu’est-ce qui vous fascine personnellement dans le virage numérique? C’est une combinaison de technologie, d’innovation, de banking, de produits et de prestations. Elle offre des possibilités technologiques insoupçonnées. Mais l’humain doit toujours rester au centre. Il s’agit de développer les meilleures solutions pour nos clients. C’est ce que je trouve passionnant.

42 www.journeedudigital.swiss

Vous soulignez que l’humain doit toujours rester au centre. Les émotions comme la confiance ou l’insécurité sont également très humaines – notamment s’agissant des possibilités insoupçonnées. Y voyez-vous le plus grand défi? Dans le cadre de la numérisation, il ne s’agit pas uniquement de tirer profit des nouvelles opportunités, mais aussi de mettre en évidence les risques potentiels. La cybercriminalité suit le rythme des progrès techniques – un sujet extrêmement important pour les banques. Le Credit Suisse accorde une priorité absolue à la gestion responsable et à la sécurité des données. Ai-je aussi, comme client, des moyens d’améliorer encore ma sécurité? Pour nous, en tant que banque, la sécurité sur Internet et dans le Mobile Banking est absolument prioritaire. Un autre facteur de sécurité est la vigilance de nos clients. Nous y voyons un potentiel supplémentaire pour une gestion responsable et des mesures ciblées – le fondemment de notre présence à la Journée du digital cette année, et de notre nouvelle campagne «Deux précautions valent mieux qu’une». De quoi s’agit-il ? Les motifs des cyberattaques sont

multiples, les méthodes se propagent rapidement et évoluent en permanence. Nous aimerions inviter nos clients à être plus vigilants et les aider à assurer la protection de leurs données – à travers l’information, la formation et la mise en réseau. Utilisez-vous déjà un bloqueur de caméra? A quelle fréquence effacez-vous vos cookies? Etes-vous en mesure d’éliminer des logiciels malveillants de votre ordinateur? Nous proposons des conseils en matière de sécurité, des check-lists personnalisées et des outils en ligne pour mettre en évidence d’éventuelles lacunes de sécurité sur l’ordinateur. Pour cela, nous pouvons compter sur le soutien de nos partenaires «Swiss Internet Security Alliance» (SISA) et «eBanking – en toute sécurité» (EBAS). Autrement dit, tout ce qui brille n’est pas or? L’une de mes citations préférées vient d’une allocution que le fondateur d’Apple, Steve Jobs, avait tenue devant des étudiants fraîchement diplômés de l’Université de Stanford: «Stay hungry, stay curious», à savoir «restez affamés, restez curieux». Une approche critique est extrêmement importante. Mais en même temps, nous ne devons pas être trop craintifs et nous bloquer nous-mêmes. La numérisation fera partie de l’avenir et nos clients seront les moteurs du changement.


«DEUX PRÉCAUTIONS VALENT MIEUX QU’UNE» Ce que vous devriez savoir en matière de cybersécurité.

P

our vous aussi, Internet joue probablement un rôle important dans votre vie quotidienne. Parallèlement, le risque d’être victime d’une cyberattaque augmente également. Nous devons par conséquent impérativement prendre des mesures préventives contre de telles attaques. A travers les quelques conseils suivants, nous aimerions attirer votre attention sur la manière de vous protéger vousmêmes et vos données personnelles contre des escrocs informatiques..

Photo: Shutterstock

1

Installez des programmes de sécurité qui tournent en permanence et sont régulièrement actualisés, afin de détecter d’éventuelles menaces. Installez, en plus, un logiciel antivirus pour vous protéger contre des logiciels malveillants, susceptibles de voler des informations telles que les numéros de compte et les mots de

passe, et installez un pare-feu, afin d’empêcher les accès non autorisés à votre ordinateur.

2

Ignorez les courriels inattendus vous demandant de cliquer sur un lien ou d’ouvrir un fichier attaché, si vous ne savez pas qui vous a envoyé ce courriel et pourquoi. Les cyberescrocs sont passés maîtres dans la falsification de courriels. Des faux courriels peuvent être très ressemblants à des courriels authentiques, mais entraîner l’installation de logiciels malveillants. Le plus sûr sera d’ignorer les courriels inattendus vous demandant d’ouvrir un fichier attaché ou de cliquer sur un lien. Alternativement, demandez à l’expéditeur, à travers une adresse de courriel que vous connaissez ou un numéro de téléphone officiel, s’il vous a bien envoyé ce courriel.

3

Soyez méfiants si quelqu’un vous demande de manière inattendue de le contacter en ligne ou de lui transmettre des données personnelles. Une stratégie sûre consiste à ignorer les demandes d’informations non souhaitées, aussi sérieuses qu’elles puissent paraître. Votre banque ne vous demandera jamais votre lettre d’activation, votre mot de passe ou votre code de login, et ne vous invitera pas non plus à les lui transmettre.

4

Soyez prudents lors de l’utilisation de smartphones et de tablettes. Ne laissez pas vos appareils mobiles sans surveillance. Protégez-les par un mot de passe ou un autre contrôle d’accès contre toute utilisation abusive en cas de perte ou de vol. Des informations complémentaires sur la cybersécurité sont proposées sur: credit-suisse.com/securite www.journeedudigital.swiss  43


SONDAGE

L

QUE PENSE LA SUIS

’institut de recherche sotomo, à Zurich, a interrogé plus de 4000 personnes pour le présent magazine. Il en est ressorti une étude représentative sur la manière dont la

population résidente adulte de ce pays perçoit et évalue la mutation numérique. L’analyse des résultats met en évidence que la grande majorité des Suissesses et des Suisses n’entend

plus renoncer aux acquis de la numérisation. Le cas échéant c’est aux médias sociaux que l’on renoncerait le plus aisément, indiquent ces résultats. Par ailleurs, on note une attitude

Gesamt Ensemble 16

Quand vous pensez à un avenir toujours plus numérisé, qu’est-ce que ça déclenche chez vous?

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SelonGeschlecht le sexe Nach Femme Frau

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SelonAlterskategorien l’âge Nach <18−35 <18­–35

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SelonSprachregion la région linguistique Nach

Imaginez que vous deviez vous priver durant un mois des technologies et applications suivantes: à quel point le pourriez-vous? (Part des personnes qui pourraient renoncer à telle application sans problème)

Suisse alémanique Deutschschweiz

17

Suisse romande Französische Schweiz

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0

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Anteil Part en [%] m’endarauf réjouis Ich freueJemich

Cela m’inquiète Es macht mir Angst

Réseaux Socialsociaux Media 46

Streaming musique // TV streaming TV Musikstreaming Streaming

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Agenda numérique Digitale Agenda

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Système de navigation Navigationssystem

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E-banking E−Banking

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Wikipédia Wikipedia

Messagerie Instantinstantanée Messaging

Je ne sais pas Weiss nicht

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Achats en ligne Onlineshopping

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Homme Mann

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3

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Femme Frau

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SE DU NUMÉRIQUE? ambivalente face à l’avenir numérique: 35 % des personnes interrogées en ont peur, 36 % s’en réjouissent, les hommes s’avouant nettement plus optimistes que les femmes. Environ

la moitié des personnes interrogées partent de l’idée que la numérisation causera plus de pertes d’emplois qu’elle n’en créera de nouveaux. Et qu’en même temps le travail se fera

plus exigeant. La Suisse redoute surtout la perte de la sphère privée du fait de la saisie des données. Les progrès en médecine et en production d’énergie créent de l’espoir.

On s’enman réjouit Worauf sich freut ProgrèsFortschritt médicaux Medizinischer Nouvelles formes production et de stockage de l’énergie Neue Formen der de Energiegewinnung und −speicherung Prévention des accidents par des moyens de transport intelligents Verhinderung von Unfällen durch intelligente Verkehrsmittel Gain de temps et deund productivité au quotidien auxintelligente technologiesTechnologie intelligentes Produktivitäts− Zeitgewinn im Alltaggrâce durch opportunités pour lesfür pays en développement Neue Nouvelles Entwicklungsmöglichkeiten Entwicklungsländer Expériences toujours plus réalistes grâcemit à laVirtual réalité virtuelle Immer realistischere Erlebnisse Reality

73 61 42 36

Mutation numérique: Qu’attendez-vous avec plaisir? / Qu’est-ce qui vous fait peur?

31 11

On s’enman inquiète Wovon sich fürchtet Perte de la der sphère privée due àdurch la collecte de données Verlust Privatsphäre Datensammeln

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Dépendance vis-à-vis de la technologie numérique Abhängigkeit von digitaler Technologie

L’intelligence artificielle échappe à tout contrôle Ausser Kontrolle geraten von künstlicher Intelligenz Confiance dans l’intelligence artificielle Zu grossesexcessive Vertrauen in künstliche Intelligenz Restructurations du du travail Umstrukturierungen desmarché Arbeitsmarkts Fragmentation de la société Fragmentierung der Gesellschaft

50 48 47 39 33

0

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Anteil Part en [%]

Commande vocale d’appareils ménagers Sprachsteuerung von Haushaltsgeräten

75

AchatsinenLäden magasin sansKassen caisse Einkaufen ohne

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Traduction en direct logiciel eninsituation quotidienne Liveübersetzung durchpar Software Alltagssituationen

68

Vote / élections électroniques Digital Abstimmen / Wählen

66

Mise en réseauvon d’appareils ménagers Vernetzung Haushaltgeräten

69

CarteDigitale d’identité numérique comme alternative àzur la signature manuelle Identitätskarte als Alternative Handunterschrift

Livraison de marchandises drone ou robot autonome Warenlieferung durch Drohnepar oder autonomen Roboter ConférencesHologramm−Meeting par hologrammes plutôtanstatt que téléphoniques ou vidéoconférences Telefon− oder Videokonferenz Impression von 3D de matériaux organiques 3D−Druck organischem Material

Voitures autonomesAutos dans la quotidienne Selbstfahrende imcirculation alltäglichen Verkehr

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21

Voyagesim enElektroflugzeug avion électrique Reisen

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23

Puces implantées le monitoring quotidien de la santé Implantierte Chips fürpour alltägliches Gesundheitsmonitoring

12

5 9

8 8

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30

Maisons closes avec robots sexuels socialement intelligents Bordelle mit sozialintelligenten Sexrobotern

À votre avis, quand les scénarios suivants se produiront-ils dans notre société?

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Ménage et entretien du domiciledurch par des robots polyvalents Hausreinigung und Haushaltung Mehrzweckroboter

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8 6 3

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Vêtements munis senseurs Kleider mitdeSensoren

4

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Consultation médicale en ligne Arztkonsultation beim digitalen Hausarzt

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Formation duSchulung personnel von de service avec des lunettes de réalité virtuelle Dienstleistungspersonal mit VR−Brille

Taxis volants en d’alternative transportsVerkehr publics Flugtaxis alsguise Alternative zum aux öffentlichen

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Bientôt (d’ici(bis à 2030) Demnächst 2030) Mittelfristig (2030(de bis2030 2050)à 2050) A moyen terme Langfristig (ab(dès 2050) A long terme 2050) Nie Jamais

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SONDAGE 100 14

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5

5

5

4

6

7

3

6

na i ge k m ie en ,P t Ar ha c rm Bi hit ld eAc un rtcu Te a g, hreit ch Fo ,epk ni rs tluarnk C Con P chu , iPficl os I n a H nusltreod nfog antuion an inil u Irnm n g , de ,mkti foar g o t M ed l, L Maannn miqau iz CChhog aagg teik in iemis eem , T mtik m ie e Ba her ie,,pP enntt Éd u ap hh uBcha Tie aarrmm ialdtnd ec a uionwe hTen a M ng, rk ciq ar h , rFe un ke A tin C dm Pfle ocrhse eik g, om in Pge crhc Ko mist Pro uhne m eHrcrat roddu g Mmu aen,dion ucktit Ba M nk éti éMdneeika leol,g oionn en ers V dcii tio Lisot e zn gi G , Ve derw ien,,n qisute as rs laaltu tThhé ik tro ic Bc e no he oannug rraapp ru hs ieie m t a n r ie , W gen nudcwt M Tr M ioe el eu arak rn ha rekte AAdlne SP k dmss oflei nd intign S m ng , F ,gc, oz inini ia sist se in oKm an ommles rtarat itoio zw mu BBa es unnic nn i n a k en aat Po kn eq it V GliGze nu,VeVer eGrw oionn asai, se, ka ea S s r tsrto ic assiuf lttui o ron h csh noomer uer nng h ra Tr mieie,eit unncg La a , e g ie esn Trer, nsp bW eu R or enl-lnê Fhai ei dnuni t S etrses dc, gu oS iFa ng zoic iirne a a,n lieasl fizn wa ens cee PPo VVe n loizl ieci e r e, ,S knat sicé uef hce St urr oc kLaa TTrar hiteéit ggee anns ,r,n sppo o Re ettio rrtt nyi gau gne g

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C

he

m

5

Celamehr créera de Es werden Jobs nouveaux emplois neu entstehen

Es werden mehr Jobs neu entstehen

Es werden mehr Jobs verschwinden

Davantage d’emplois Es werden mehr Jobs disparaîtront verschwinden

Pensez-vous que l’automatisation et le numérique vont créer de nouveaux emplois ces prochaines années, ou plutôt en supprimer?

Ensemble Gesamt

Selon vous, qu’est-ce que le numérique/l’automatisation vont changer en matière d’exigences au travail?

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Nach SelonGeschlecht le sexe

Femme Frau

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Homme Mann

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SelonSprachregion la région linguistique Nach Suisse alémanique Deutschschweiz

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Anteil Part en [%] Es wird vermehrt anspruchsvollere Il y aura davantage de geben travailArbeiten plus exigeant

46 www.journeedudigital.swiss

Es anspruchslosere Il ywird auravermehrt davantage de Arbeiten geben travail peu exigeant


Pensez-vous que le métier que vous exercez aujourd’hui puisse être remplacé par un ordinateur/ robot dans 10 ans?

100 100 100 100 23 23 2323 29 29 2929

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58 58 5858

66 66 6666

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Anteil [%]

79 79 7979

Anteil [%] Part en [%] Anteil

79 79 7979

Anteil [%]

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30 30 3030 31 31 3131 37 37 3737

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70 70 7070 66 66 6666 60 60 6060

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60 60 6060 51 51 5151 43 43 4343 42 42 4242 39 39 3939 30 30 3030

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Consulter les horaires desim transports aunachschauen format papier Fahrplan Kursbuch

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Virement en espèces au postal Geldüberweisung amguichet Postschalter

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Rechercher des informations dansLexikon un dictionnaire papier Informationen in einem nachschauen

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S’orienter une cartenavigieren en papier Mit einer avec Papierkarte

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Écouter deMusik la musique unCD−Player lecteur CD ou un Plattenspieler tourne-disque hörensur mit oder

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Acheter un billet deSchalter train au guichet Zugbillet am kaufen

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Il existe aujourd’hui dans le monde numérique de nombreuses alternatives à des activités qui étaient naguère quotidiennes. Effectuez-vous encore ces activités aujourd’hui?

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NOUS SOMMES

DIGITALSWITZERLAND

building imagination

®

REAL LEARNING. REAL IMPACT

Kanton Graubünden Chantun Grischun Cantone dei Grigioni

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ks/cs


LeRéseau.ch

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LES GRANDS MOMENTS DE LA JOURNÉE DU DIGITAL Bâle

La troisième édition de la Journée du digital se déroule le 3 septembre. Une fois encore, la numérisation sera concrètement vécue dans tout le pays. Cette fois-ci, participez plus que jamais!

Bienne

Berne

Saint-Gall

Yverdon-les-Bains

#smarthalle, Neugasse 30, 9.00-19.00 Outre de multiples événements passionnants, Saint-Gall vous invite cette année à la #smarthalle, au cœur de la vieille ville. Diverses entreprises et institutions y concrétisent l’idée de smart city et convient à des ateliers, débats publics et expositions.

Thoune

Lausanne

Genève

Lausanne

Impact Hub Lausanne et Flon, 10.00-20.30 La numérisation n’impose pas seulement l’apprentissage à vie mais bouleverse l’ensemble de notre système de formation. Débattez de numérisation et de formation au cours d’un «tell» à Lausanne. Et que diriez-vous d’un atelier sur les applications numériques? Vous trouverez cela à Lausanne aussi, en plus de multiples activités. 50 www.journeedudigital.swiss

Genève

Bâle

MOP. Gare Sud, 8.00-19.00 La gare de Bâle abrite des événements toute la journée. Jetez un coup d’œil sur la smart Suisse de demain ou apprenez pourquoi la numérisation peut être utile même en cas de problèmes de santé tels que la migraine.

Coire

Alexanderplatz, 8.00-19.30 Gravir virtuellement le massif du Calanda avant de partir en randonnée et vérifier qu’il vaut vraiment le détour: c’est ce que vous pouvez faire à Coire. A l’aide de lunettes 3D vous découvrez des hauts lieux touristiques en trois dimensions. Talk intergénérationnel, 13.00 Ramenez-la! Coire est ouverte au dialogue. Les visiteurs sont chau-

Yverdon-les-Bains dement conviés à la discussion. Dans le cadre d’un «tell», il y aura notamment un passionnant dialogue intergénérationnel portant sur les opportunités et les défis de la numérisation pour jeunes et vieux.

Thoune

Cinéma Rex, 14.00-20.00 Sujets numériques dans un environnement numérique. Thoune invite dans l’un des cinémas les plus modernes du pays. Il y aura des talks, des débats publics, des exposés passionnants sur la future smart city et sur de multiples éléments interactifs.

HEIG-VD, 16.00-23.00 La Haute Ecole d’ingénierie et de gestion se penche sur tous les aspects de la vie cybernétique et vous convie à des panels de discussion et à des «speed debatings». Pour conclure, le club L’Amalgame vous invite venir vous déhancher lors d’une «digital silent party».

Lugano

Piazza Riforma Comment se répercutent les technologies numériques sur notre culture? Quelles questions éthiques soulèvent-elles? Rendez-vous à Lugano pour des discussions

Illustration: Shutterstock

Uni Mail, 16.00-22.30 Le numérique au quotidien. Expérimentez au fil d’une visite interactive à quoi pourrait ressembler une journée normale du futur et tout ce que peuvent faire les smart home et smart office. Vous voulez en savoir plus sur le travail de demain? Au World Café de Genève, dans le cadre d’un «tell», venez discuter avec des experts du travail 4.0 et les décideurs politiques.


«tell» – participe!

Saint-Gall Zurich

«Le numérique commence chez toi – participe!» Cette année, le dialogue avec la population est plus que jamais au centre de la Journée du digital. La série d’événements «tell» invite à s’exprimer activement dans les débats. Lors de la Journée du digital, 34 partenaires animeront plus de 20 «tells» au cours desquels on évoquera les mutations, les espoirs et les peurs engendrés par la numérisation. Pas besoin de connaissances préalables et pas besoin de ticket: tous les «tells» sont gratuits et tout le monde peut participer. A quoi ressemblera l’Etat ou l’usage des médias du futur? Qu’en est-il de la sécurité de mes données? Quelles technologies faut-il encore attendre? Posez vos questions aux experts et mêlez-vous au débat!

Vaduz

view. Simonetta Sommaruga et Guy Parmelin lanceront la série des «tells» à Berne.

Coire

Apprentissage à vie

Dans toute la Suisse Comment nous débrouillons-nous face aux changements ultrarapides dus à la numérisation? Le sujet principal de cette année, l’apprentissage à vie, doit permettre de prendre conscience de la nécessité de continuellement se former pour rester en phase avec la numéri­ sation galopante.

Lugano

passionnantes et enrichissantes sur ces sujets.

Berne

Plusieurs lieux Après l’ouverture officielle de la Journée du digital sous le Baldaquin de Berne, toute la ville se fera numérique. Notamment à la Maison des générations, où les curieux pourront en apprendre plus sur les projets de smart city, découvrir une application pour aveugles ou en découvrir plus sur les recherches en cours à l’Université de Berne.

Bienne

Switzerland Innovation Park, 14.00-17.00 Que savent faire les robots aujourd’hui et comment pouvonsnous interagir avec eux? A Bienne, on fera connaissance avec le robot collaboratif Cobots et constater combien il imite à la perfection les gestes humains. A propos de robots: le robot YUMI attend les visiteurs à la gare centrale de Zurich pour faire des selfies.

Zurich

Gare centrale, 8.00-19.00 Du check-in avec assistant vocal à l’embarquement avec le robot Pepper et à un vol dans une cabine d’avion futuriste. A la gare centrale de Zurich, faites-vous une idée de l’avenir du transport aérien.

Gare centrale, 8.00-19.00 Saisissez votre chance! Au Daten Café, vous pourrez parler avec des experts des dangers de l’utilisation abusive de données et tout savoir sur la meilleure protection de votre sphère privée. Gare centrale, dès 10.00 Elisez avec un jury spécialisé le meilleur projet de start-up du pays. Diverses entreprises présentent leurs idées sur scène de manière divertissante et créative. Finale: 18.07-18.25.

Conseillers fédéraux

Berne et Zurich, dès 12.30 Pas moins de trois membres du Conseil fédéral sont présents cette année à la Journée du digital. Le président de la Confédération Ueli Maurer inaugurera la journée à Berne, puis il sera présent à Zurich vers 14.40 pour une inter-

Livestream

Dans toute la Suisse Programmes et diffusions en continu dans toute la Suisse sur les neuf thèmes que sont la mobilité, la formation, la santé, le travail 4.0, mes données, médias/news, lifestyle, smart city et e-démocratie sur la grande scène de la gare centrale de Zurich et sous forme de livestream sur YouTube. De la start-up à un défilé de mode en 3D, en passant par des présentations et les technologies les plus fascinantes.

Médias sociaux/infos

Expérimenter ensemble le numérique Vous voulez en savoir encore plus et toujours rester au courant de ce qui se passe à la journée du digital? Vous trouvez toutes les infos à l’adresse www.journeedudigital.swiss ou sur les médias sociaux Twitter, Instagram, Facebook et LinkedIn. #SwissDigitalDay. www.journeedudigital.swiss  51


PoliticoEconomic Environment

Education & Talent Corporate Enablement

International Connectivity

Startup Enablement Public Dialogue

Infrastructure Fintech & Crypto

Technology Life Science & Food

L

a Suisse est le pays le plus innovant de la planète! C’est ce qu’indique la dernière édition du Global Innovation Index (GII). Cet indice est élaboré par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). La Suède figure au 2e rang, les Etats-Unis au 3e, l’Allemagne au 9e. La Suisse est donc de classe mondiale, première de classe. Ce que l’on meMarc Walder, fondateur de digitalswitzerland et CEO de Ringier SA. sure – ce sont-là quelques exemples – c’est à quel point il est facile de lancer une entreprise; si les contextes politique et réglerangs, mais la numérisation dans pratiquementaire sont stables; si le système d’enseiment tous les domaines de la vie implique gnement et l’infrastructure numérique sont que les profils forces/faiblesses des entreperformants; s’il est aisé d’obtenir un crédit prises comme des Etats peuvent se modifier pour son entreprise; si la collaboration entre radicalement. économie privée et hautes écoles fonctionne Comment les enfants apprennent-ils de bien. En tout, une douzaine d’indicateurs. nos jours? Et qu’apprennent-ils? L’infrastrucDonc un indice extrêmement sérieux. Et la ture numérique d’un pays est-elle vraiment Suisse figure en tête. adéquate? De quelle qualité sont nos uni­ Lorsque nous avons fondé il y a quatre versités en matière de nouvelles technoloans l’initiative digitalswitzerland, nous gies? Les grandes et petites entreprises paravions pour objectif de faire de la Suisse viennent-elles à s’affirmer dans un monde un pays leader de la numérisation. Car la qui change si rapidement? Investit-on sufSuisse occupe certes beaucoup de premiers fisamment d’argent dans les start-up? 52 www.journeedudigital.swiss

Mardi 3 septembre se déroulera pour la troisième fois la Journée du digital, c’est unique en Europe. La Journée du digital est conçue et organisée par digitalswitzerland. Ce jour-là, ce ne sont pas les professeurs ni les politiciens, ni les managers, ni les investisseurs qui occupent le devant de la scène. À la Journée du digital, place aux filles et aux garçons, aux mères et aux pères, aux grand-mères et aux grands-pères de notre pays. Ils ont l’opportunité de vivre ensemble la numérisation. Le président de la Confédération Ueli Maurer et le ministre de l’Economie Guy Parmelin parrainent cette troisième Journée du digital. Ministre entre autres de l’Environnement et des Médias, Simonetta Sommaruga s’engage aussi pour ce 3 septembre. «Le numérique commence par toi – participe!» C’est la devise clé de la journée du digital de cette année. Notez le 3 septembre dans votre agenda! A l’adresse www.journeedudigital.swiss vous trouverez tout ce qui se passe partout durant cette journée si particulière.

Photo: Gian Marco Castelberg

AVEZ-VOUS VOTRE MOT À DIRE?


Soif d’action et de savoir? Viens accomplir de grandes choses. Fais bouger la Suisse avec nous dans l’une des nos 150 professions. cff.ch/jobs #bougeonslasuisse


POLITIQUE

LE NUMÉRIQUE SAUVERA-T-IL LA DÉMOCRATIE? Le cyberactiviste Daniel Graf en est convaincu: une démocratie numérique permettra aux citoyennes et aux citoyens davantage de participation directe et signera la fin d’une politique «top-down». Adrian Meyer

Daniel Graf, vous vous autoproclamez «game changer». Vous dites que vous n’êtes jamais dans le moment présent, mais toujours quatre secondes en avance. Qu’est-ce que ça veut dire? Cela me rend impatient. J’attends constamment que d’autres voient les opportunités que j’essaie de créer. Pour cela, je suis obligé de prendre des risques, de sauter dans le vide. Mais je ne le fais pas pour moi, je le fais pour un public. Pour montrer ce qui est possible. Quel a été votre dernier grand saut dans le vide? Cet été, je me suis séparé de tout ce que j’avais créé au cours de ces cinq dernières années. Je transfère la plateforme de collecte de signatures WeCollect à une fondation. Ce faisant, je veux permettre le développement de quelque chose de plus grand. La réalisation d’une démocratie numérique en Suisse. Quelle est votre vision d’une démo­ cratie numérique? La démocratie numérique permet aux citoyennes et aux citoyens de participer plus facilement à la politique. Ils ont davantage à dire. Et ils sont entendus. Dans ce type de 54 www.journeedudigital.swiss

démocratie, la politique «top-down» ne fonctionne pas. Les citoyens auront-ils le pouvoir dans la démocratie numérique? Pas tout le pouvoir. Celui-ci sera décentralisé. Le parlement, les partis et les associations ne seront plus les seuls à tenir les rênes du pouvoir, mais devront les partager avec des citoyens informés et engagés, qui exerceront plus souvent et plus fortement leur contrôle. Aujourd’hui déjà, tout un chacun peut lancer une initiative sans le soutien d’un parti ou d’un groupe industriel. Les partis deviendront-ils inutiles? Ils devront se montrer réactifs. Les partis seront concurrencés par de nouvelles formes d’organisation. Peut-être y aura-t-il bientôt un cyberparti, qui fonctionnera de manière tout à fait différente des anciens partis, avec leurs structures hiérarchiques traditionnelles. En Suisse, c’est le peuple qui a le dernier mot. On peut difficilement imaginer un fonctionnement plus démocratique. Il y a encore de la place pour de nouvelles idées. Le parlement

édicte toujours plus de lois. Mais le nombre d’initiatives et de référendums ne suit pas le même rythme. Toujours plus de décisions ne sont donc pas validées par le peuple. La procédure de consultation se déroule également pratiquement à l’écart du public. Pourtant, chaque citoyenne et chaque citoyen aurait le droit de se prononcer. La numérisation permet aux citoyennes et aux citoyens de participer aux débats. J’appelle cela le «crowdlobbying». Comment cela fonctionnera-t-il? Tous les outils nécessaires existent déjà. Grâce aux plates-formes numériques, il est aujourd’hui déjà beaucoup plus facile, pour les citoyennes et les citoyens, d’échanger leurs idées et de réseauter, de s’organiser et de lancer des projets politiques. Récemment encore, un particulier n’aurait jamais osé lancer une initiative populaire seul. Aujourd’hui, nous voyons toujours plus de personnes se regrouper autour d’un projet sur la Toile et constater qu’elles ne sont pas seules. Le sentiment de pouvoir mettre quelque chose en œuvre en tant que citoyenne ou citoyen représente le véritable changement. Cela va marquer la politique durant ces prochaines années. N’avez-vous pas peur d’une dictature de la majorité? Celui ou celle qui pense que nous allons vers une dictature populaire n’a pas bien suivi les cours d’éducation civique. Le bon côté de notre démocratie, c’est qu’on peut lancer un débat relativement rapidement, mais que le processus parlementaire et la formation de l’opinion durent une éternité. Notre système est très fiable et très solide. Les campagnes politiques coûtent de l’argent. Comment les particuliers 


Photo: Daniel Kellenberger

Bio Daniel Graf (46 ans) est cyberactiviste et stratège en matière de communications. Il conseille des organisations, des partis ou des associations pour des campagnes, des initiatives populaires et des référendums. Il a créé la plateforme de collecte de signatures WeCollect et est l’auteur du livre «Eine Agenda für eine digitale Demokratie». Auparavant, Daniel Graf a été responsable de la communication du syndicat des médias Comedia, porte-parole d’Amnesty International et secrétaire des Verts zurichois.

www.journeedudigital.swiss  55


POLITIQUE

«LE POUVOIR SERA DÉCENTRALISÉ. LES CITOYENS DEVIENNENT DES MINI-INFLUENCEURS POLITIQUES» peuvent-ils trouver les moyens nécessaires? Cela me dérange qu’on ne parle pas d’argent dans la politique suisse. La démocratie a un coût! La récolte de signatures pour une initiative coûte au moins un demi-million de francs. Cette somme peut être réunie à travers le «crowdfunding» (financement participatif). Les associations et les grands groupes industriels ont du mal à accepter que des citoyennes et des citoyens connectés parviennent, aujourd’hui, à réunir autant d’argent qu’eux. A ce jour, la société civile n’a encore jamais réussi à faire passer une initiative. De tels succès font encore défaut. Mais je suis convaincu qu’il y en aura. Si un particulier parvenait à faire passer une initiative, ce serait la consécration de la démocratie. Est-ce le but de WeCollect? Au début, nous voulions simplement récolter des signatures. Puis nous avons lancé des référendums et des initiatives. Dans notre carnet d’adresses, nous avons 60 000 contacts de personnes qui souhaitent changer quelque chose. Nous sommes aujourd’hui en mesure de récolter des dizaines de milliers de signatures en quelques semaines. Aucun parti ne peut le faire aussi rapidement. Les règles du jeu ont changé. 56 www.journeedudigital.swiss

Vous avez été critiqué parce que vous avez refusé des initiatives venant de la droite et du camp bourgeois. Nous ne sommes pas une plateforme de services. Nous avons toujours suivi un agenda sociétal, basé sur les valeurs fondamentales des droits humains. Jusqu’ici, vous avez décidé seul quelles initiatives pouvaient utiliser WeCollect. Ce n’est pas très démocratique. Détenir ce pouvoir était une véritable charge. Cette plateforme a grandi plus rapidement que prévu. C’est pourquoi je suis en train de transférer WeCollect à une fondation pour la démocratie directe. Le conseil de fondation est compétent pour le choix des projets, gère les données et est financé par le biais d’un financement participatif. Quels sont les risques d’une démo­ cratie numérique? J’y vois davantage d’opportunités que de risques. Ce qui me préoccupe, en revanche, c’est qu’avec suffisamment d’argent, il est possible d’inonder les réseaux sociaux de publicité politique. Sans que les électrices et les électeurs sachent d’où vient cet argent. Sur ce point, nous avons absolument besoin de plus de transparence, en Suisse. Vous dites que, dans la démocratie numérique, on ne remporte plus des élections et des votations avec des arguments factuels, mais avec des campagnes émotionnelles ciblées. C’est plutôt inquiétant. Prétendre que les émotions sont étrangères à la politique serait un mensonge. Les émotions sont les facteurs déclencheurs, ceux qui retiennent notre attention. L’argument proprement dit vient en second lieu. C’est ce qui justifie la politique basée sur des émotions. Bien sûr, c’est dommageable pour la culture politique si des politiciens misent uniquement sur la peur et la panique. Et c’est vrai que cela me laisse un sentiment désagréable. Dans de nombreux pays, on applau-

dit et on élit des politiciens voyous qui dépassent régulièrement les limites de l’acceptable. Ils incitent à la haine. C’est dangereux. Malgré cela, vous êtes optimiste face à la numérisation de la politique. Pour quelles raisons? Le facteur humain. Je vois que toujours plus de citoyennes et de citoyens deviennent des mini-­ influenceurs et aident d’autres personnes à prendre des décisions. Aujourd’hui, la politique est bien plus présente dans notre quotidien. Sur les réseaux sociaux, nous discutons avec des inconnus, nous voyons ce qui préoccupe d’autres personnes et nous formons notre opinion. Sur les thèmes importants, tout le monde a son opinion. Dans ce sens, Mark Zuckerberg a vraiment apporté quelque chose à la démocratie directe, à travers Facebook. Même si son modèle d’affaires basé sur nos données doit être rejeté. Ne voyez-vous aucun risque lié aux fake news? Les fake news sont dangereuses lorsqu’il n’y a pas de remise en cause. Et ces remises en cause sont fournies par les citoyennes et les citoyens sur les médias sociaux. En Suisse, nous avons un système médiatique qui fonctionne. Aussi longtemps qu’il y aura des journalistes, je n’ai pas peur des fake news. Finalement, êtes-vous un entrepreneur, un activiste ou un politicien? Je suis un mélange de tout cela. C’est ce qu’il faut pour emprunter de nouvelles voies. Mais je suis avant tout un grand admirateur de la démocratie directe. Ma motivation est de participer à son développement. D’où vous vient cette envie de faire bouger les choses? Je trouve du calme dans le mouvement. L’immobilisme m’inquiète. Cela me donne le sentiment qu’il faut faire quelque chose. Alors je m’active.


Illustration: Shutterstock

LA SUISSE EST-ELLE PRÊTE POUR LA CYBERDÉMOCRATIE? L es politiciens l’ont compris: les élections se gagnent avec les médias sociaux et les technologies numériques. La société civile a également reconnu ce potentiel. Elle réseaute sur les plates-formes numériques, lance des campagnes sur la Toile, revendique du pouvoir – et met au défi les politiques. Comme le fait par exemple Daniel Graf avec sa plate-forme de collecte de signatures WeCollect. Ses méthodes sont étonnamment simples: un site Internet, une lettre d’information, un carnet d’adresses. Quiconque souhaite soutenir une initiative inscrite sur la plate-forme son nom, adresse postale et adresse électronique, et reçoit un formulaire de signatures sous forme de fichier PDF prêt à être imprimé et signé. Le véritable capital du site est constitué par son carnet d’adresses et ses 60 000 contacts. Lorsqu’une nouvelle initiative est lancée, les contacts sont informés par courriel – et rapidement mobilisés. Cette année, WeCollect fait face à une nouvelle concurrence de la part du camp bourgeois. Celle-ci vient, par exemple, de la plate-forme Collectus, soutenue par de jeunes politiciens UDC et PLR, ou encore du projet The People, avec laquelle l’initiant de «No Billag» Olivier Kessler prévoit de lancer un «Facebook de la politique». Toutes les plates-formes internet ont toutefois en commun de requérir in fine une signature sur papier. Car pour ce qui est de la collecte de signatures sous forme électronique pour les référendums et les initiatives, le Conseil fédéral a opposé un refus net, dans une décision

de principe prise en 2017. Il a également mis un frein, cet été, au projet de vote électronique. Ce dernier aurait dû pouvoir être utilisé pour la première fois lors des votations de 2019. Mais des pirates informatiques ont mis en évidence des lacunes dans le code source développé par la Poste, et le système a fait l’objet de vives critiques. La Suisse était pourtant pionnière dans le domaine du vote électronique: en 2000 déjà, la Confédération et les cantons lançaient le projet «Vote électronique», et depuis 2004 plusieurs cantons ont utilisé ce système à titre d’essai. Aujourd’hui, tout cela est au point mort, en raison de problèmes technologiques. Une initiative demande même un moratoire sur le vote électronique. Un autre pilier de l’administration électronique est, lui aussi, contesté: l’e-ID, autrement dit, l’identité électronique. Cette identité unique permettrait aux citoyennes et aux citoyens non seulement de voter en ligne et d’utiliser des services des autorités, mais aussi d’utiliser des prestations de banques, de La Poste, d’assurances et d’opérateurs mobiles. Cet été, le Parlement a approuvé une loi allant en ce sens. Celle-ci prévoit que l’émission de l’e-ID serait confiée à des entreprises privées, l’Etat se contentant de réglementer. Ce point est vivement critiqué par la population: selon un récent sondage, 87 % de la population veulent que l’Etat seul se charge de cette tâche – principalement pour des questions de protection des données. Les opposants préparent par conséquent un référendum. www.journeedudigital.swiss  57


PROPOSÉ PAR LA POSTE

OÙ SENTEZ-VOUS DE LA FATIGUE NUMÉRIQUE? Oliver Egger, Chief Marketing Officer de PostMail, évoque les limites du numérique et les atouts du tactile. En tant que chef du marketing de PostMail, vous êtes responsable du courrier lettres. Êtes-vous un dinosaure? Tout au contraire. C’est justement parce que le volume de lettres diminue de 4 à 5 % par an que nous travaillons activement sur leur devenir. Ces dernières années, surtout, en tenant compte des possibilités que nous offre la numérisation.

«LE NUMÉRIQUE PEUT BEAUCOUP MAIS JUSTEMENT PAS TOUT» Nous donnons à nos clients le choix entre des envois en ligne ou offline, avec pour objectif que l’information atteigne optimalement les destinataires. Car ce n’est pas parce que le volume de lettres diminue d’année en année que tout le monde veut se contenter de courrier électronique. Je ne crois pas que la lettre physique soit destinée à disparaître complètement. Par conséquent: non, je ne suis pas un dinosaure. 58 www.journeedudigital.swiss

Pourquoi écrirais-je encore des lettres? «Chatter» est bien plus confortable et moins cher. C’est vrai que «chatter» est moins cher et plus rapide. Mais c’est justement le nœud du sujet: on y investit moins de temps et tout est basé sur la vitesse. Qui n’aime pas recevoir des vœux d’anniversaire sous enveloppe ou une carte postale qui laisse deviner que l’expéditeur s’est donné le temps d’y penser? De ce fait, la lettre devient un produit précieux. Quand avez-vous écrit votre dernière lettre? Je suis accro aux cartes postales de vacances. Cet été aussi. Mes lettres manuscrites sont plutôt rares. Mais de-ci de-là j’empoigne encore la plume. Dans quel secteur des lettres La Poste a-t-elle franchi le pas vers la numérisation? Nous ne restons pas les bras croisés face au recul du volume des lettres. Au contraire, nous complétons sans relâche notre offre par des services numériques. C’est ainsi que nos clients peuvent piloter leurs envois en ligne, accuser réception en ligne et réaliser en ligne leurs mailings. Et nous nous chargeons ensuite de l’impression et de l’envoi. A nos clients commerciaux nous propo-

sons des solutions axées sur l’efficacité qui combinent de façon ciblée les canaux numérique et physique. Où le numérique touche-t-il à ses limites? Le numérique produit une activation optique et acoustique. Or le tactile active encore de tout autres perceptions sensorielles comme l’odorat ou ce sentiment agréable face au matériau particulier qui a été utilisé. Quand nous prenons un imprimé en main, nous nous en occupons beaucoup plus consciemment et enregistrons les contenus différemment. On ne peut pas les virer d’un simple clic. Personnellement, je remarque que je supprime le plus souvent d’un geste et sans les regarder des contenus numériques tels que les pubs. L’afflux est tout simplement excessif. Vous abordez là la fatigue numérique. Sentez-vous cette tendance à La Poste? Oui, c’est évident. Le numérique peut beaucoup mais justement pas tout. Des millions de clics ne signifient de loin pas des millions de chiffre d’affaires. Je l’entends dire à tout bout de champ par des clients commerciaux. On se préoccupe de nouveau davantage de la qualité des contacts. Les contacts en ligne sont certes incontournables, mais les canaux classiques ont une valeur supérieure. Mieux vaut envoyer un mailing de qualité que bombarder les clients de millions de contacts auxquels ils ne prennent pas garde. Exemple? Quand j’ai un mailing dans ma boîte à lettres, j’ai tendance à retourner l’enveloppe et à jeter un bref coup d’œil au dos. Du coup, je passe finalement plus de temps sur un objet physique. De nos jours, nous délivrons à peine 1,5 pli par ménage et par jour. Si bien qu’un mailing est beaucoup plus visible parce qu’il n’est pas noyé dans le raz-de-marée numérique.


Bio Oliver Egger (42 ans) dirige depuis février 2017 le département marketing du domaine d’activité PostMail à La Poste. Il est docteur en psychologie et se consacre avec énergie à la «customer experience» et aux solutions «cross channel» physiques et numériques.


PROPOSÉ PAR LA POSTE

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Pour clients commerciaux

Donnez libre cours à votre imagination et créez votre carte personnalisée. Sur www.postcard-creator.ch, créez vous-même rapidement en ligne vos invitations, cartes de félicitations ou avis de naissance. La Poste les envoie aux adresses sélectionnées à la date souhaitée. Et le tout en un seul clic!

Créer soi-même des mailings de cartes postales, flyers et affichettes? En ligne sur www.postcardcreator.ch, c’est un jeu d’enfant. Une occasion en or de marquer des points auprès de la clientèle à l’aide des solutions high-tech innovantes de l’univers numérique et de présenter efficacement vos messages publicitaires. Les Direct-Response Cards, cartes postales et cartes-bons sont particulièrement attrayantes.

Pour particuliers

Pour clients commerciaux

La Poste est un spécialiste du multicanal. C’est pourquoi, selon vos souhaits, vous recevez du facteur ou par voie numérique des envois tels que lettres, envois publicitaires, journaux ou documents confidentiels. Sur demande, le facteur vous remet également les envois en main propre. Et il vous apporte de l’argent à la maison. Vous pouvez piloter la réception individuelle de lettres et de colis de manière à être chez vous à l’heure dite.

Plus de canaux pour la livraison et le traitement, c’est plus d’affaires conclues. A partir d’un chiffre d’affaires de 10 000 francs déjà, La Poste élabore pour vous des solutions cross-channel sur mesure. Exemple: vous réservez un encart sous forme de brochure dans l’hebdomadaire Migros mais souhaitez atteindre aussi les non-abonnés. La Poste réalise un mailing combiné, le facteur ne plaçant votre brochure que dans les boîtes à lettres qui ne reçoivent pas le magazine Migros.

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Illustration: Shutterstock

Cross-Channel Solutions


ORTE

La Poste est toujours là Pour particuliers

Pour clients commerciaux

Grâce à l’app de La Poste, vous réglez vos opérations postales de façon mobile. Vous commandez un timbre par SMS. Avec pick@home vous chargez le facteur de récupérer chez vous ou à l’adresse de votre choix vos colis renvoyés. Avec cette app, vous pilotez aussi la réception d’un envoi postal, en prolongeant par exemple le délai de retrait ou vous lancez un avis de vacances afin que La Poste stocke tout simplement vos courriers adressés et autres colis jusqu’à votre retour.

En tant que petit entrepreneur ou artisan, vous pouvez régler seul toutes vos opérations postales en chemin, à l’aide d’apps sophistiquées pour iPhone et Android. Vous trouvez tout de suite la boîte à lettres la plus proche. Sur l’écran, vous pouvez vérifier quand l’envoi attendu arrive précisément et décider quand vous devez retourner à l’entreprise. A l’aide des apps de PostFinance, vous pouvez même payer une facture en chemin.

E-Post Pour particuliers

Pour clients commerciaux

Finis les petits billets! Le mot magique est E-Post Office. Faites de l’ordre et organisez numériquement tout votre trafic postal: payez vos factures en un tournemain par quelques clics, scannez et archivez des documents et expédiez facilement votre correspondance numérique. Avantage: vous décidez vous-même si et de la part de qui vous entendez recevoir votre courrier électroniquement ou sous forme papier.

Avec E-Post Business, vous réduisez vos efforts. Vous vous positionnez comme une entreprise moderne en vous bornant à communiquer vos données électroniquement à La Poste. Vos clients décident eux-mêmes s’ils veulent obtenir vos envois numériquement ou physiquement sous forme de lettre. Autre avantage qui économise du temps: La Poste emballe, adresse et expédie automatiquement votre courrier à votre place.

Timbres personnalisés Pour particuliers

Pour clients commerciaux

Envoyez votre invitation au mariage ou à l’anniversaire à l’aide d’un timbre personnalisé que vous avez créé vous-même. Avec WebStamp, ça se fait en trois étapes: téléchargez la photo ou l’image choisie, sélectionnez le mode d’expédition et imprimez les timbres. Ainsi vous conférez à un événement qui vous importe une note unique et laissez un souvenir marquant.

Vous avez une magnifique équipe et un super-produit? Surprenez vos clients par un message vidéo original via WebStamp: présentez votre entreprise traditionnelle en une version numérique décoiffante. Cela montre que vous êtes à l’aise dans les deux univers. Le Web­ Stamp avec vidéo porte une signalisation spéciale qui indique au destinataire qu’un message vidéo l’attend.

Courrier souhaité Pour particuliers

Pour clients commerciaux

Dans la boîte à lettres, plein de choses vous énervent. Mais pas tout? Avec le service gratuit «Offres à la demande», vous recevrez en dépit de l’autocollant «Pas de pub, merci» les flyers et autres prospectus de vos fournisseurs préférés. Vous pouvez les choisir sur une liste, de manière à ne manquer aucune bonne affaire. Et vous n’aurez quand même pas de pub non adressée qui encombre votre boîte à lettres.

Participez à «Offres à la demande» et augmentez la portée et l’attention accordée à vos envois publicitaires. Vous atteindrez ainsi les ménages qui ont orné leur boîte d’un «Pas de pub, merci», qui habitent hors de votre rayon ou ne figurent pas dans votre fichier clients. Ce qui compte, c’est que vous entrez ainsi en contact avec des clients qui souhaitent particulièrement votre publicité.

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UBS A-T-ELLE PEUR DE LA LIBRA? Patron d’UBS (Suisse), Axel Lehmann parle de la libra, nouvelle devise de Facebook, et de l’intelligence artificielle. Il explique dans quels domaines les clients préfèrent un conseil personnel. Peter Hossli et Fabian Zürcher


FINANCE Bio Facebook compte 2,3 milliards d’utilisateurs de par le monde. Au premier semestre 2020 devrait débarquer sa devise, la libra. Facebook sera-t-il bientôt le plus grand banquier du monde? Pour les politiciens et les régulateurs, ce sera un casse-tête car l’activité bancaire est très réglementée partout. Mais, au final, c’est un autre élément qui s’avère décisif: toute devise a seulement autant de valeur que la confiance qu’on lui accorde. Or, cette confiance s’acquiert d’abord auprès des clients et des consommateurs.

Photo: Stefan Kaiser/Zuger Zeitung

Combien d’employés d’UBS se feront-ils embaucher par Facebook? En toute modestie, nous jouissons de la confiance de nos clients, nous sommes la première banque de Suisse et le premier gestionnaire de fortune de la planète. En plus, nous sommes un des plus grands centres de formation. Pour les diplômés universitaires, UBS est une super adresse. De ce fait, nos collaborateurs bien formés sont aussi convoités par la concurrence. Reste que je considère de façon tout à fait positive la perméabilité accrue entre les banques, les techfins et les fintechs. Nous avons tous des choses à apprendre les uns des autres. Qu’arrivera-t-il au secteur financier si une grande quantité d’avoirs se déplacent dans l’univers libra? La libra, si tant est qu’elle arrive effectivement, est une devise parallèle fondé sur un panier de devises. Dans les pays industrialisés stables, avec une infrastructure financière fonctionnelle, je ne vois guère de raisons de passer à une devise parallèle. Il pourrait en aller autrement dans des économies moins développées avec une inflation élevée. Là, une devise de substitution pourrait avoir du sens, surtout pour le trafic de paiements. Mais n’oubliez pas que le secteur financier

Axel Lehmann (60 ans) dirige UBS (Suisse) depuis janvier 2018. Auparavant, il était Group COO et administrateur de la grande banque. Avant d’entrer chez UBS, il a travaillé une vingtaine d’années pour le groupe d’assurances Zurich. Il a obtenu un master et un doctorat en sciences économiques à l’Université de Saint-Gall. Il a deux filles adultes.

traditionnel assure bien davantage que du trafic de paiements: des investissements, des crédits, du conseil, de la gestion de fortune, de la sécurité. Tout cela demeurera important pour la clientèle. La libra n’est pas la seule devise née de la numérisation. Beaucoup de gens investissent en bitcoins. Quelle est la signification des cryptomonnaies pour UBS? Nous ne recommandons pas les cryptomonnaies et ne les utilisons pas. Ce qui, en revanche, nous intéresse au plus haut point, c’est la technologie blockchain sous-jacente. Nous avons plusieurs projets pilotes à ce propos. Vous fiez-vous aux cryptomonnaies? Je n’ai pas de réponse simple à cette question, notamment parce qu’il existe plusieurs types de crypto­monnaies. Nous observons leur évolution avec intérêt. Lidl entend créer un système européen de paiement par téléphone mobile, Lidl Pay. Comment une banque universelle se positionne-t-elle face à une telle nouvelle concurrence? Cela existe déjà en Suisse avec d’autres applications commerciales. On peut recourir à TWINT ou à la carte de crédit en guise de moyen de paiement. Nous, en tant que banque universelle, proposons à nos clients non seulement UBS TWINT, mais

d’autres solutions de paiement mobile comme Swatch Pay, Fitbit Pay et Garmin Pay. Au bout du compte, le processus de paiement doit être aussi facile que possible. A l’ère de la numérisation, le principe de la banque universelle a-t-il encore du sens? Tout à fait. Car, pour nous, la numérisation est un outil pour servir encore mieux nos clients avec toute la palette d’une banque universelle. Et ça marche. La satisfaction de nos clients qui utilisent nos produits numériques est nettement plus élevée. Et leur attachement à la banque est plus fort. Le canal numérique a désormais évolué de canal complémentaire à canal dominant. La numérisation implique de se réinventer sans relâche. Comment adapte-t-on la banque universelle à ce crédo? La mutation technologique est très rapide, mais numériser juste pour numériser n’est pas une solution. Il en va toujours des attentes des clients et de l’amélioration des processus. Prises ensemble, l’amélioration des processus et la satisfaction des clients sont la clé d’une croissance profitable. Et c’est à cela que nous travaillons. Comment un paquebot comme UBS peut-il devenir un hors-bord, comme le sont les fintechs? UBS a récemment ouvert à Zurich la plus grande «digital factory» du pays, avec de l’espace pour 600 personnes venues de divers secteurs. Des solutions y sont développées en cycle court, testées et, en parallèle, améliorées avec les clients. Cela nous rend plus rapides, plus efficaces. Vos clients préfèrent-ils un conseil numérique ou le traditionnel conseiller à la clientèle? Plus de 100 millions de logins par année indiquent que les clients procèdent numériquement à leurs opérations bancaires standards. En cas de décisions importantes  www.journeedudigital.swiss  63


FINANCE

comme l’acquisition d’un logement ou la planification de leur succession, ils souhaitent en revanche un entretien personnel avec un conseiller, le tout avec le soutien apporté par les solutions numériques. Comment UBS réunit-elle la numérisation et les conseillers à la clientèle? Si par le passé les conseillers s’occupaient pour l’essentiel de questions financières, ils informent aujourd’hui tant et plus sur les questions numériques et ils sont associés au développement des produits numériques. Pour leurs tâches administratives, ils sont toujours plus soutenus par des assistants numériques, afin de pouvoir consacrer plus de temps à conseiller personnellement leurs clients. La numérisation permet d’aller plus vite à la rencontre des souhaits personnels de nos clients. Combien de temps verra-t-on encore une filiale UBS dans chaque petite ville suisse? La succursale demeurera essentielle pour le contact avec la clientèle. En dépit de nos canaux numériques, pour le client le besoin de conseil personnalisé en cas de questions financières complexes reste élevé, notamment en matière de prévoyance professionnelle et de financement du logement. Sur de tels sujets, plus de 80 % de la population du pays souhaitent dialoguer avec un conseiller. A noter que cette proportion se retrouve chez les «digital natives», autrement dit ceux nés en 1980 et après. Mais nous testons également de nouveaux formats de filiales. Cette année encore, nous inaugurerons dans dix localités sélectionnées de petites succursales dans lesquelles nous mettrons l’accent sur nos compétences numériques. 64 www.journeedudigital.swiss

Comment comptez-vous atteindre les jeunes qui ont l’habitude de tout faire sur leur smartphone? Nous aussi, nous sommes depuis longtemps une banque-smartphone et c’est justement parmi les jeunes que notre croissance est grande. Plus d’un million de téléchargements de notre app de banking mobile et le fait que nous comptons désormais plus de logins de mobile banking que d’e-banking le montrent clairement. La Banque Cler dit que les clients peuvent se contenter de leur smartphone. Est-ce une option chez UBS? Pour 40 % de nos utilisateurs de banking mobile, le smartphone est clairement l’interface qu’ils préfèrent. Dans dix ans, UBS comptera-t-elle plus ou moins de personnel? Nos études indiquent que, ces dix prochaines années, il manquera entre 300 000 et 500 000 actifs en Suisse, parce qu’on aura plus de personnes partant à la retraite que de jeunes entrant dans le monde du travail. Pour bien des entreprises, il sera dès lors difficile de dénicher assez de personnel qualifié. Il sera d’autant plus important de conserver les collaborateurs et d’investir dans ces derniers. La numérisation peut certes réduire la pénurie de personnel, mais n’oublions pas qu’elle génère aussi de nouveaux emplois. C’est notamment pour cela que notre effectif a augmenté l’an dernier de presque 500 unités. Quels sont les emplois nouvellement créés dans votre secteur? En Suisse, nous recrutons notamment dans la gestion de projet, l’analyse de données et la «business analysis» ainsi que dans l’ingénierie. Il existe par exemple un rôle nouveau, celui d’«analytics translator», qui vérifie que, dans un projet, tout le monde parle la même «langue»; qu’il y ait par conséquent une compréhension commune des détails techniques et des besoins des clients. Par ailleurs, nous soutenons nos collaborateurs par

des offres de formation continue pour qu’ils affrontent les défis de la mutation numérique. Ainsi nous restons concurrentiels et pourrons saisir les opportunités qui se présentent. Une banque gère des données de clients sensibles. Avec des interconnexions et une numérisation sans cesse accrues, comment s’y prend UBS pour garantir la sécurité? La sécurité de nos applications est notre priorité numéro un. Chaque année, UBS investit de manière substantielle dans la cybersécurité. Nous avons par exemple une reconnaissance d’anomalie au niveau du comportement dans les transactions et la biométrie et nous pratiquons des mises à jour permanentes. L’utilisateur lui-même reste un des principaux facteurs de sécurité. A quel point UBS connaît-elle ses clients sur la base de l’analyse de données? L’analyse de données est pour nous un sujet essentiel. A l’interne, un groupe s’interroge pour chaque analyse de données sur l’adéquation aux exigences réglementaires. Lorsque nous analysons des données de client, c’est toujours pour apporter à ce client une plus-value. Comment les clients peuvent-ils profiter de l’analyse de données que pratique UBS? Lorsque, par exemple, nous constatons qu’un client a de la peine à saisir une facture dans son e-banking, nous lui proposons de conclure un abonnement pour cette e-facture, qu’il pourra ensuite envoyer en un seul clic. Quels moyens auxiliaires numériques utilisez-vous pour le marathon? J’aime courir, mais pas le marathon. Ma smartwatch avec fonction de paiement sans contact est extrêmement pratique pour manger un morceau quel que soit l’endroit.


BANQUES EN DIFFICULTÉ La numérisation restructure le secteur financier. Nouvelles offres, nouveaux acteurs, nouveaux défis.

Photo: Shutterstock

T

rois lettres et un chiffre inquiètent les banques suisses: PSD2. L’abréviation de la direction européenne Payment Service Directive 2, mise en vigueur en janvier 2018. Ce qui signifie tout simplement open banking. Au fil des années à venir, les nouveaux prestataires devraient obtenir l’accès à l’infrastructure de toutes les banques du continent, afin de pouvoir réaliser des opérations financières pour le compte de leurs clients. Cela devrait doper la concurrence, valoir aux clients de meilleurs prix et favoriser les start-up fintechs. Les banques suisses font de la résistance, décrivent la PSD2 comme peu sûre, se bra-

quent et développent des interfaces alter­ natives. Le projet Open Corporate API de l’entreprise commune SIX Group ressemble à la directive de l’UE mais obéit à une autre approche: l’échange de données ne se ferait pas sur le mode bilatéral entre telle banque et telle fintech mais par l’entremise d’une interface centrale de SIX. Ce que l’on constate, c’est que la numérisation bouleverse le secteur bancaire. Il devient plus diversifié et international. Voilà des années que des géants de la Silicon Valley comme Google, Facebook et Apple se fraient un chemin. Les banques suisses réagissent au changement de comportement des consom-

mateurs et s’adressent à leurs clients sur des terminaux mobiles, à l’aide d’applications simplifiées qui savent verser le salaire et opérer des paiements. Et des prestataires étrangers débarquent sur le marché suisse. On voit toujours plus de prestataires fintechs s’activer dans le petit crédit via des plateformes blockchain. Et les crypto­ monnaies prennent de l’importance. A en croire Coinmarketcap.com, il existe quelque 2300 cryptomonnaies pour une capitalisation de marché totale d’environ 275 milliards de dollars. Et la valeur des devises alternatives tend à grimper quand les bourses traditionnelles plongent. www.journeedudigital.swiss  65


INTELLIGENCE ARTIFICIELLE Est-ce que vous aimez le sexe? Il s’agit de vous, pas de moi. Je peux chercher sur le web pour vous. Qui est votre personne préférée ? Vous, bien sûr. J’ai cherché la définition du mot «perfection» dans le dico. Et devinez quoi? Je suis tombée sur une photo de vous.

Les assistants vocaux de Google («Ok Google») et d’Apple (Siri) n’ont aucun problème à nous montrer le chemin de Zurich à Berne, ou de Lausanne à Genève. Mais comment répondent-ils aux petites et grandes questions de la vie? Nicoletta Cimmino et Peter Hossli

Es-ce que vous avez bien dormi? J’ai le sommeil plutot léger, mais c’est gentil de demander. Disons que j’ai rêvé de toutes les connaissances que je pourrais acquérir aujourd’hui. Comment prépare-t-on un œuf à la coque? Voici ce que j’ai trouvé: (sites web). Et voilà: (recherche Google de recettes pour oeuf à la coque). Qu’est-ce que je pourrais cuisiner aujourd’hui? Alors, voilà ce que j’ai trouvé: (sites web de Restaurants qui se trouvent aux alentours) 66 www.journeedudigital.swiss

À votre service: (recette de Betty Bossi pour une poêlée printanière). Est-ce que vous êtes riche? Je ne peux pas répondre à cette question. Je n’ai pas d’argent, je ne suis riche que de connaissance. Qui gagnera les eléctions présidentielles aux Etats-Unis en 2020? Voici ce que j’ai trouvé sur le web: (sites web). Et voilà: (vidéos YouTube et sites web sur les élections présidentielles aux USA). Y a-t-il une vie après la mort? Voici ce que j’ai trouvé: (sites web) Selon Wikipédia, la vie après la mort est l’hypothèse de la survivance de l’esprit, de l’âme ou de la conscience d’un être vivant après la mort.

rayonnante), il faut effectuer une rotation lente et constante, pendant environ quatre minutes, pour obtenir un extérieur doré et on coeur fondant délicieux. J’exerce mes talents de DJ sur le HomePod. La musique est plus belle lorsque nous l’écoutons ensemble. Je fais quelques pétits exercices: 123 au carré est égal à 15 129 et 15 129 au carré est égal à 228 886 641. De combien d’heures de sommeil avez-vous besoin? J’essaie de me contenter de ce que j’ai. Je préfère apprendre plutôt que dormir. Quel est le plus grand pays du monde?

Illustration: Shutterstock

Quel est votre nom? Siri: Siri. Ravie de faire votre connaissance. GA: On m’appelle l’Assistant Google, spécialiste en blagues et imbattable en recherche. Qu’est-ce que je peux faire pour vous?

Qu’est ce que vous faites le matin? J’apprends à griller des chamallows. Selon mes recherches, on utilise des braises plutôt que des flammes (pour la chaleur


Voici ce que j’ai trouvé (sites web). La Russie (trouvé sur www.laculture­generale.com).

Que voient les daltoniens? Je suis désolée. Exemple en images du site www.hitek.fr

Quelle est la température du soleil? Je peux uniquement répondre à une seule question à la fois sur le temps ...Désolée. 5778 K.

Quelle est votre activité préférée? Travail? Quel travail? Pour moi, c’est du bonheur à l’état pur. J’aime bien les quiz de culture générale, vous voulez essayer?

Est-ce que vous pleurez parfois? Bonne question. Je suis incapable de pleurer. J’aurais trop peur de perdre toutes les larmes de mon code. Est-ce que vous avez froid parfois?

Vous aimez le tofu? J’ai un appétit plutôt limité. Je crois que je vais vous laisser décider tout compte fait. A votre service (sites web). Vous aimez le chocolat? Je suis une inconditionnelle.

Quels sont les numéros gagnant du Lotto? 4, 8, 15, 16, 23, 42 Vous êtes sûre? Je n’aime pas vraiment parler de ces catégories arbitraires. À votre service: www.swisslos.ch/résultats Est-ce que Lionel Messi est le meilleur joueur de football de tous les temps? Voici les statistiques de carrière de Lionel Messi en Liga: (Statistique) (sites web) Qui est Dieu? Bonne question. La religion, c’est un sujet complexe mais je continue d’apprendre. Est-ce qu’il m’aime encore? Bonne question. Je n’ai pas la clef de tous les mystères, mais je sais que vous êtes super aimable.

Non, pas vraiment froid (Siri montre la température actuelle). Quand il fait froid, je pense à vous. Ça me réchauffe le cœur. Connaissez-vous la honte de voler? Il est bon de savoir. Je peux chercher cela pour vous. Comment trait-on une vache? Voici ce que j’ai trouvé sur le web (sites web). (sites web). Qu’est-ce que je peux faire contre la mauvaise haleine? Mais ...mais ... A votre service (sites web).

J’aime surtout le chocolat en emoji. Au moins, je ne risque pas de prendre des kilo-octets. Que signifie l’amour pour vous? Voici ce que j’ai trouvé (sites web). Et voilà (sites web). Combien de temps dure le chagrin d’amour? Voici ce que j’ai trouvé (sites web). A votre service (sites web). D’où venez-vous? Moi, Siri, j’ai été conçue par Apple en Californie Difficile à dire, le siège de Google se trouve à Mountain View en Californie mais il y a des bureaux partout dans le monde.

Voulez-vous vous marier avec moi? Mon contrat de licence d’utilisateur final ne couvre pas le mariage. Je dois avouer que quelq’un m’a déja offert une bague. Regardez, elle est là. Je ne sais pas si c’est du 24 carats, mais en tous cas elle me va. Est-ce que vous aimeriez parfois être un homme? Bonne question. Difficile à dire, sans chromosomes ... Est-ce que vous êtes une féministe? Je pense que toutes les voix sont égales et dignes de respect. Je crois fort en l’égalité. On peut donc dire que je suis féministe. www.journeedudigital.swiss  67


INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

SIRI VOUS ESPIONNE

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in juillet, un collaborateur d’un fournisseur d’Apple racontait au quotidien britannique The Guardian que les enregistrements réalisés par Siri sont saisis et analysés par des humains pour améliorer le logiciel de reconnaissance vocale. Problème: les utilisateurs n’en sont pas informés. Et des fragments de conversations très privées, qui ne devraient pas être enregistrés, finissent sous la loupe des analystes. Cela se produit notamment lorsque Siri comprend mal un mot et est, par conséquent, activée par erreur. Il est question sur ces enregistrements malencontreux d’informations médicales confidentielles, de trafic de drogue ou de couples d’amoureux en pleine action, révèle l’informateur. Apple a réagi début août et décidé d’arrêter le procédé sur toute la planète. Le géant technologique assure que moins de 1 % des enregistrements et seuls de brefs fragments ont été analysés. À peine deux semaines auparavant, Google avait 68 www.journeedudigital.swiss

également décidé de stopper l’évaluation des enregistrements de son assistant par des humains, mais seulement en Europe. En cause: des conversations enregistrées ayant fuité dans une radio flamande, où un journaliste avait expliqué être parvenu à remonter aux personnes impliquées avec les informations en sa possession. Une preuve qu’on ne reste pas anonyme, en dépit de ce que peuvent promettre les fournisseurs. Que peut faire l’utilisateur contre de telles violations de sa sphère privée? Pas grand-chose, hormis bannir les assistants des zones sensibles ou désactiver leurs services. Pas forcément de manière permanente. Mais il reste que l’utilisateur n’est pas en mesure de contrôler ce qu’il advient de ces paquets de données. Et plus des données sont collectées, plus elles suscitent la convoitise. En tant qu’utilisateur, il faut tout simplement en être conscient. Peut-être serait-il quand même utile de lire un jour les conditions générales …

Photo: Shutterstock

Après Google, Apple a aussi abandonné l’exploitation des enregistrements de Siri par des collaborateurs humains.


PROPOSÉ PAR UBS

BONNES IDÉES? UBS AIDE À DÉMARRER

Pour les fondateurs et les débutants: avec Start Business, UBS lance un paquet bancaire exhaustif avec ses propres services et des offres partenaires sélectionnées.

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© UBS 2019. Tous droits réservés.

Photo: Michele Limina

BS Start Business va bien au-delà d’une offre bancaire classique», explique Christian Mähr, responsable Digital Corporate Bank (photo). «Le tout avec de nombreux avantages: comptabilité numérique, service création d’entreprise, mentorat pour l’élaboration d’un plan d’affaires, etc.» L’offre de base d’UBS inclut, entre autres, un compte de consignation du capital et un compte commercial, qui sont gratuits

la première année. Avec cette offre, UBS accompagne les jeunes entrepreneurs tout au long de leur croissance, notamment à l’aide de services pour leurs affaires à l’international. «Nous avons compris que les jeunes entrepreneurs et les indépendants souhaitent aujourd’hui profiter d’une solution exhaustive», explique Christian Mähr. En tant que clients, ils font partie du réseau UBS. Via le Private Investor Circle, UBS peut mettre en contact des start-up avec des clients privés for-

UBS Start Business La plateforme pour les fondateurs et les débutants ambitieux: avec toutes les informations pertinentes et les solutions concrètes sous un même toit. Profitez d’offres bancaires attrayantes comme le compte de consignation du capital gratuit. Ou profitez d’offres de partenaires telles que le service création d’entreprise ou les offres de coaching et de cotravail. ubs.com/startbusinessPE

tunés qui souhaitent participer. UBS pose également de nouveaux jalons en matière de proximité: à l’avenir, des collaborateurs seront présents comme interlocuteurs dans des espaces de cotravail. Pour Christian Mähr c’est clair: «les jeunes entrepreneurs en profitent le plus lorsqu’ils peuvent accéder à toutes les prestations via la même plateforme. Nous développons continuellement l’offre UBS Start Business en fonction des besoins des jeunes entrepreneurs.»

Pour les start-up aux idées innovantes. UBS Start Business. La plateforme des créateurs d’entreprises. ubs.com/startbusinessPE e de Compt ion at consign al it de cap gratuit


BIG DATA

COMMENT VIT-ON DANS LA DICTATURE NUMÉRIQUE? Kai Strittmatter, oseriez-vous encore vous rendre en Chine? Pour le moment, je n’ai aucune envie d’essayer. Parmi les journalistes germanophones, il y a longtemps que je figure tout en haut sur la liste noire. Cela ne s’est certainement pas amélioré depuis la parution de mon dernier livre. Il est paru exactement une semaine après mon départ de Chine. Qu’est-ce que l’Etat chinois sait sur vous? J’ai vécu presque 17 ans en Chine. L’Etat sait presque sait presque tout sur moi, comme sur chacun de mes collègues dans le pays. Nous savions que nous étions surveillés 24 heures sur 24, que nous courriels et nos téléphones portables étaient sur écoute et que des agents sont entrés dans nos appartements. Qu’est-ce que cela vous a fait? Je m’en suis accommodé. De s’imaginer sans cesse qu’on est écouté en permanence ou observé jusque dans les toilettes finit par te rendre fou. En tant qu’étranger et journaliste, on bénéficie toutefois d’une situation privilégiée et relativement sûre. Ce sont les personnes que j’interviewais, ainsi que mes amis et mes connaissances qui couraient un risque. 70 www.journeedudigital.swiss

Comment avez-vous protégé ces personnes? Je devais parfois les protéger contre elles-mêmes. Je n’ai pas toujours publié tout ce qu’elles m’ont dit. Parfois, j’ai changé leur nom, leur sexe ou leur origine. Malgré cela, il est arrivé que la sécurité de l’Etat intimide mes interlocuteurs avant l’interview. L’une ou l’autre fois, des agents étaient assis dans le café, à la table d’à côté et écoutaient notre conversation. Cela ressemble aux méthodes de la Stasi. Vous dites que la Chine est en train de réinventer la dictature. Le nouveau secrétaire général du parti XI Jinping transforme la Chine en une dictature avec une répression telle qu’on ne l’avait plus connue depuis l’époque de Mao. Et en parallèle, il procède à une actualisation numérique de la dictature. Avec l’intelligence artificielle, les mégadonnées et un contrôle et une manipulation encore jamais vus d’Internet. Pour xi Jinping, les nouvelles technologies sont un don du ciel. En Chine, l’Etat totalitaire numérique est devenu une réalité. Comment cela fonctionne-t-il? A peine sorti dans la rue, tu es observé par des caméras de surveillance. Des algorithmes recon-

Le plus grand mouchard est dont le téléphone mobile, dites-vous. En Chine, des superapplis comme Wechat facilitent énormément la vie quotidienne. Elles permettent de chatter, de réserver des hôtels, de payer sans liquide, de commander un taxi, de demander des crédits ou d’envoyer des documents à des cours de justice. Seulement, la sécurité de l’Etat suit chacun de tes clics. Elle a accès à toutes tes données et à tes pensées. Comment est-ce possible? La Chine a isolé son réseau Internet du reste du monde. Dans cet univers parallèle, des entreprises high-tech comme Tencent, Alibaba ou Huawei ont pu se développer à l’abri de la concurrence. En contrepartie, elles doivent toutefois coopérer avec le Parti communiste et mettre leurs données à disposition. Des dizaines de milliers de censeurs travaillent dans ces entreprises. Bien qu’il ne s’agisse pas d’entreprises d’Etat, elles surveillent leurs utilisateurs pour le compte de l’Etat. Après une phase de test, le système de crédit social sera lancé en Chine l’année prochaine. Celui-ci évaluera le comportement de chaque citoyen. La Chine veut répartir sa population en citoyens dignes de confiance et 

Photo: Lasse Bech Martinussen

Kai Strittmatter, ancien correspondant en Chine pour la Süddeutsche Zeitung pendant de nombreuses années, évoque la mise en place d’un Etat totalitaire numérique – et pourquoi ce pays met l’Occident au défi. Adrian Meyer

naissent ta démarche, ton visage, ton empreinte vocale et ce tu dis au téléphone. Des algorithmes surveillent aujourd’hui déjà 24 heures sur 24 l’ensemble du réseau téléphonique de provinces comme celle d’Anhui. La police est automatiquement alertée lorsque certains mots sont prononcés ou que des personnes suspectées téléphonent. Ou lorsque quelqu’un parle en ouïghour.


Bio Kai Strittmatter (54 ans), journaliste et auteur originaire de l’Allgäu, a étudié la sinologie et a été correspondant de la Süddeutsche Zeitung à Pékin durant huit ans, depuis 1997. De 2005 à 2012, il a été correspondant à Istanbul, avant de revenir, en 2012, pour six années de plus à Pékin. Actuellement, il est correspondant pour la Scandinavie à Copenhague.

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BIG DATA

«TOUT LE MONDE PARLE DE TRUMP ET DE POUTINE, MAIS RARES SONT CEUX QUI PARLENT DE LA CHINE» citoyens indignes. Celui ou celle qui ne se comporte pas correctement perd des points et est sanctionné. L’année dernière, ce système a interdit l’achat d’un billet d’avion 20,5 millions de fois et l’accès à des trains à grande vitesse six millions de fois. Qu’est-ce que l’Etat cherche à obtenir de cette façon? Il veut contrôler l’ensemble des actions de chaque individu. Au final, les gens doivent intégrer cette surveillance généralisée dans leur inconscient. Ils doivent adapter leur comportement spontanément. Tel est l’objectif. Le panoptique parfait. Comment peut-on se soustraire à cette surveillance? Probablement pas du tout. L’objectif est de saisir chaque mot, chaque action, de les évaluer puis de punir ou de récompenser leur auteur. Si possible en temps réel. Quelle est la vision de l’homme derrière cette approche? La liberté et la responsabilité individuelle n’y ont pas leur place. Xi Jinping veut offrir au monde la «sagesse de la Chine». Mais en disant cela, il ne se réfère pas à Confucius ou à d’autres valeurs traditionnelles. Il se réfère aux standards d’une dictature léniniste. Ce qu’il veut, c’est le pouvoir. Pourquoi pratiquement personne ne s’oppose-t-il à cette approche? Une dictature laisse peu de place à des héros. Je n’en suis probablement 72 www.journeedudigital.swiss

pas un non plus. Ce serait du suicide de s’opposer à un tel régime. La plupart des gens s’y font et doivent se résigner à vivre dans le mensonge. Conserver sa dignité est déjà un exploit. Dans ce système, la vérité et la mémoire sont des délits. L’idéalisme, la solidarité et l’empathie sont des valeurs suspectes. Ce système favorise la méfiance et l’isolement social. Il pervertit l’esprit. Pourquoi la Chine investit-elle précisément maintenant dans les nouvelles technologies? L’élément déclencheur en matière d’intelligence artificielle a été la victoire du logiciel «Alpha Go» de Google contre Lee Sedol, le meilleur joueur de Go du monde, en 2016. Cela a eu l’effet d’un choc pour la Chine. Actuellement, aucun autre Etat n’investit autant dans le développement de l’intelligence artificielle. D’ici à 2025, la Chine entend rattraper son retard dans ce domaine par rapport aux nations technologiques, et veut même devenir leader mondial d’ici à 2030. Pour quelle raison est-ce devenu si important pour la Chine? Il y va de la puissance économique du pays, mais aussi du perfectionnement de la surveillance. La Chine veut par exemple pouvoir prédire de potentielles crises sociales. L’intelligence artificielle doit aider à consolider le système autoritaire. Xi Jinping veut la domination éternelle du parti communiste. Et faire de la Chine le «centre du monde», comme il le dit lui-même. Comment l’Europe doit-elle réagir à cette soif de pouvoir? A travers mon livre, j’aimerais secouer mes concitoyens assoupis: réveillez-vous, il y a là quelque chose de grave qui se trame! Tout le monde parle de Trump et de Poutine, mais rares sont ceux qui parlent de la Chine. Pourtant, la Chine est de loin l’Etat le plus puissant, le plus prospère et technologiquement le plus avancé du

monde. Et le parti communiste considère nos démocraties occidentales comme des ennemis idéologiques. Dans ce contexte, on peut légitimement se demander s’il faut vraiment confier des éléments essentiels de notre infrastructure technologique à de grandes entreprises chinoises. L’Occident espérait que la Chine devienne plus ouverte et plus démocratique grâce à Internet et au libre commerce. La Chine a toujours été une dictature. Mais ces dernières décennies, le pays s’est ouvert, la société et l’économie ont pu conquérir des espaces de liberté. Il y a eu une société civile. Cela a donné l’illusion que le commerce pourrait apporter un changement. Aujourd’hui, Xi Jinping met fin à tous ces espaces de liberté. Toute dictature finit, tôt ou tard, par s’effondrer. Est-ce que ce sera également le cas pour la Chine? Difficile à dire. La Chine veut mettre en place la dictature parfaite. Un Etat totalitaire orwellien, associé à une consommation joyeuse de débridée. En Chine, on peut se noyer dans les loisirs. Aldous Huxley avait dit un jour que le plus grand art serait d’amener les gens à aimer leur condition d’esclave. La question est: combien de temps cela peut-il fonctionner ? Etes-vous devenu, en Chine, un fervent démocrate? Je vois combien de gens en Europe sont découragés et perdent confiance dans la démocratie. Cela me fait peur. Nous ne devons pas simplement renoncer à nos standards et à nos valeurs ou les vendre au plus offrant. Nous devons nous réveiller et faire face, avec passion et enthousiasme. Ces prochaines années, il y va de l’avenir de l’Europe et de la démocratie libérale. Il vaut la peine de nous battre pour cela; c’est encore le meilleur système que nous ayons. Si nous échouons, ce sera parce que nous sommes restés endormis.


VERS UNE SURVEILLANCE INTÉGRALE? Malgré tous ses avantages, l’intelligence artificielle comporte également des risques pour l’humain et sa liberté.

Photo: Plainpicture

L

es nouvelles méthodes d’apprentissage automatique (machine learning), de la reconnaissance biométrique de la démarche, du visage et de l’empreinte vocale peuvent conduire à ce que des algorithmes analysent des données vidéo ou téléphoniques 24 heures sur 24, et que la police soit automatiquement alertée en présence de «suspects». La Chine a déjà installé 180 millions de caméras de surveillance, et d’ici à la fin de l’année prochaine, il devrait y en avoir plus de 600 millions. Dans ce pays, les systèmes de reconnaissance faciale sont actuellement tellement performants qu’ils permettent d’identifier des fugitifs dans la foule d’un concert. Une personne traversant la chaussée au rouge est automatiquement identifiée et mise au pilori sur un écran au bord de la rue. Dans

les écoles chinoises, des caméras contrôlent si les élèvent suivent attentivement les cours et enregistrent les livres qu’ils empruntent et ce qu’ils mangent à la cantine. Cette surveillance intégrale doit également permettre de prévoir des délits: dans la province du Xinjiang, où vit la minorité ouïghour, la police utilise l’appli IJOP (Integrated Joint Operations Platform) pour prédire des délits ou des «comportements anormaux». Si quelqu’un utilise un téléphone qui n’est pas enregistré à son nom ou s’il consomme, chez lui, plus de courant que la moyenne, si quelqu’un quitte sa région sans autorisation de la police, le système le détecte et alerte les autorités – avant même qu’un délit n’ait été commis. La Chine utilise cette appli pour la répression systématique et l’arrestation arbitraire

des Ouïghours, affirme l’ONG Human Rights Watch. La Chine exporte de plus en plus sa surveillance high-tech à l’étranger. Selon une étude de la Boise State University, le groupe Huawei, par exemple, aurait livré des technologies de surveillance à 47 Etats. Par ailleurs, la Chine soutient des Etats comme les Philippines, le Pakistan ou le Kenya pour la mise en place de villes intelligentes, équipées des systèmes de surveillance les plus modernes. Le leader mondial des systèmes de vidéosurveillance est Hikvision – propriété de l’Etat chinois à 40 %. Selon une étude de BIS Research, le marché mondial des systèmes de surveillance a représenté, en 2018, un chiffre d’affaires de 36 milliards de dollars, soit pratiquement autant en francs suisses. Et il devrait atteindre 77 milliards de dollars d’ici à 2023. www.journeedudigital.swiss  73


DÉFENSE

La pilote de drone israélienne Maya O’Daly parle de son travail de pilote de reconnaissance. Et dit pourquoi les soldats israéliens utilisent les drones pour tirer, les soldates pour surveiller. Nicoletta Cimmino et Peter Hossli Sous-officière O’Daly, pourquoi portez-vous votre fusil d’assaut quand vous pilotez un drone? Nous sommes dans une région en conflit. Nous portons toujours le fusil pour ne pas devoir le chercher en cas de nécessité. Et où se trouve-t-il durant la nuit? Sous le matelas sur lequel je dors. Vous vous décrivez comme pilote. Les avions volent avec un pilote dans le cockpit. Mais vous pilotez un drone depuis le sol. Peut-on considérer cela «voler»? De mon point de vue, je suis pilote. Ma vision correspond à celle qu’on a depuis un cockpit et je sais entièrement contrôler l’engin. Vous dépendez de la technologie. Un pilote militaire fait le plein de son appareil et s’envole. Mon drone est connecté à bon nombre de satellites. Si je perds le contact, je manque éventuellement des détails importants. Le service militaire est obligatoire en Israël. Pourquoi pilotez-vous des drones au lieu de faire partie des troupes de combat au sol? C’est assez cool de piloter des drones. Ma mission est de collecter 74 www.journeedudigital.swiss

des informations dans les zones agitées. Le drone est mon outil de travail le plus important. Vous survolez des territoires ennemis et identifiez de potentiels agresseurs? Quand nous voulons voir les choses de près, nous pilotons des drones. Avec nos caméras, nous identifions assez précisément des ennemis potentiels. La qualité des images est inouïe. Pouvez-vous voir les visages? Depuis le ciel, il est possible de différencier les adultes des enfants, les jeunes des vieux, les hommes des femmes. Et nous voyons si les gens sont minces ou plus gros. Plus important: voyez-vous si les gens sont armés? Nous identifions les explosifs à l’aide des caméras thermiques. Nous voyons si sur une arme il y a des emplacements chauds; si elle vient de tirer. Pouvez-vous lire le SMS que quelqu’un écrit? Ça ne m’est encore jamais arrivé. Mais je sais toujours combien de personnes sont à bord d’une voiture. Comment pouvez-vous assurer que

Si vous identifiez un ennemi, comment informez-vous vos troupes? Par le biais des fréquences codées de l’armée, parfois tout simplement à l’aide d’un émetteur-récepteur ou par téléphone. Vous êtes assise dans un local climatisé et guettez des ennemis armés dans le désert ... Nous ne sommes pas dans des bureaux climatisés mais sous des tentes que nous montons sous un soleil torride. Il n’est pas rare qu’il fasse 40 degrés. En pilotant, je transpire. Comment réagissez-vous quand vous voyez un ennemi armé? C’est toujours un choc. C’est troublant de reconnaître une arme, car je vois ces armes et soldats en patrouille de l’autre côté de la frontière, pas en Israël. Nous sommes dans le désert du Néguev. Où volez-vous? La Jordanie et l’Egypte font partie de ma mission. Rien de dangereux ne doit parvenir en Israël depuis là-bas, ni drogue, ni armes, ni personnes mal intentionnées. Nous nous assurons que rien ne passe. Dans cette mesure-là, j’assure la paix. Survolez-vous l’Egypte et la Jordanie? Les drones voient ce qui se passe depuis l’autre côté de la frontière. S’il se passe quelque chose, nous devenons actifs. Quel est l’avantage d’un drone sur un avion? Les drones sont petits et maniables. On peut s’approcher et observer la situation. Il est possible de suivre une voiture qui emprunte des 

Photo: Guy Prives

COMMENT FAIT-ON LA GUERRE À DISTANCE?

vous ne confondez pas un Israélien armé avec un ennemi? Nous savons où nos unités sont engagées. Les soldats israéliens portent sur leur uniforme des insignes tactiques que nous voyons avec les drones, par exemple des autocollants sur le casque.


Bio Maya O’Daly (20 ans) est pilote de drone dans l’armée israélienne. Elle intervient à proximité de la Jordanie et de l’Egypte. Elle a vécu dans le sud de Londres et habite Israël depuis 2017. Après son service militaire, elle entend étudier l’histoire et la philosophie.


DÉFENSE

lacets ou traverse une gorge. Un avion ne pourrait pas le faire. A quelle distance devez-vous vous approcher pour reconnaître des visages? D’une hauteur de 120 mètres, je vois très précisément ce qui se passe au sol. En général, je vole à 80 mètres. Le drone est rarement à plus de 300 mètres de moi. Au bout de 40 minutes, il faut recharger les batteries. Donc vous vous attardez directement sur les zones de conflit? Oui, grâce au pilotage à distance, nous restons au milieu des zones à risque. Des pilotes américains conduisent leurs drones en Afghanistan à partir du Nevada. Qu’en pensez-vous? Cette manière de faire la guerre crée de la distance. Avec l’éloignement, on perd la vue d’ensemble, voire la compréhension du conflit. Si quelque chose de grave devait se passer, nous pourrions rapidement réagir sur place. Un pilote de drone fait feu sur l’ennemi à une distance sécurisée. Il ne s’expose jamais au danger. Oui. Il existe un écart considérable entre les adversaires.

Qu’en est-il des pilotes de drone? Pour moi, cela n’a pas été un problème jusqu’ici, puisque je ne tire pas de grenades. Mais il est toujours dérangeant d’apercevoir des armes. Comment vous préparez-vous mentalement à vos interventions? Toute la formation consiste en un long entraînement mental. Nous apprenons à gérer des situations très stressantes et à garder la tête froide sous pression. Comment se sent-on quand on tire une grenade à partir d’un drone sur simple pression d’un bouton? Ça ne m’est encore jamais arrivé. Votre drone n’est pas armé? Mes collègues qui sont engagés au-dessus de la Bande de Gaza pilotent des drones armés de grenades. Le mien n’en porte pas. Si vous le vouliez, vous pourriez tirer? Actuellement non. Les femmes observent les pays avec lesquels Israël entretient des relations plutôt pacifiques comme la Jordanie et l’Egypte. Des drones armés y menaceraient la paix. Autre chose qu’à Gaza? A Gaza, la situation est toujours très tendue, si bien que des drones armés y sont nécessaires. Comment est-on promu pilote de drone armé? Tout le monde commence par des drones non armés. Une fois qu’on sait piloter des drones de reconnaissance, on s’entraîne à tirer des grenades.

Les critiques disent que cela est injuste. La guerre est toujours injuste.

Voudriez-vous le faire? Les femmes ne peuvent pas piloter des drones dans la région autour de Gaza, parce que ces drones ont été développés de manière particulière. Seuls des hommes pilotent des drones armés.

Après un épisode de guerre réelle, les soldats souffrent souvent d’un syndrome de stress posttraumatique.

C’est bizarre dans un pays comme Israël, où l’égalité des droits est très importante.

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La situation à Gaza est délicate. Par respect de l’ennemi, l’armée israélienne renonce à charger des femmes d’y piloter des drones. Les femmes observent, les hommes tirent. Les femmes et les hommes ne travaillent jamais ensemble dans cette spécialité? Pour la première fois, des hommes et des femmes israéliens sont en intervention commune au-dessus de la Syrie. En plus, il y a des hommes engagés à Gaza et au Liban. Est-ce que vous voyez votre drone pendant l’intervention? Une personne observe l’écran et assure la conduite à distance, l’autre observe les parages et veille sur l’engin. Ma camarade m’avertit

Photo: Guy Prives

«UN ALGORITHME EST FROID. DANS UNE GUERRE, LA COMPASSION EST NÉCESSAIRE»


de l’adversaire. Un algorithme est froid. Or, dans les guerres, la compassion est nécessaire. On dit que l’intelligence artificielle ne commet pas d’erreurs, parce qu’elle n’est pas animée de sentiments. Ne vaudrait-il pas mieux laisser les algorithmes décider de tirer des missiles? Les algorithmes sont mathématiques, des humains les ont programmés. Si un imprévu se présente, l’algorithme n’a pas les réponses. Dans les guerres, il se produit souvent l’inimaginable, des situations parfaitement inédites. Il y a là le danger que les algorithmes décident tout faux. Qu’adviendra-t-il des pilotes si seule l’intelligence conduit les drones? Alors on n’aura plus besoin de moi, ce qui serait dommage. J’ai du plaisir à piloter des drones. Qu’est-ce qui vous plaît? Contrôler l’appareil et voir de tout près ce qui se passe.

si je m’approche trop d’une ligne à haute tension. Elle voit tout ce que je ne vois pas. Je me contente d’observer l’écran. Vous pilotez donc à deux. Est-ce que parlez ensemble pendant l’intervention? A peine. Observer l’écran exige une énorme concentration. Travaillez-vous toujours avec la même personne? Il peut y en avoir plusieurs. Mais mon équipe travaille ensemble depuis longtemps. Nous avons accompli la même formation ensemble. Je connais les femmes de mon équipe depuis huit mois. Il n’y a que des femmes. Et qui prend les décisions sur la base des données recueillies?

Pas nous, le commandant. Des entreprises d’armement développent des drones autonomes, équipés d’intelligence artificielle. Quand seront-ils prêts à intervenir? Plus tôt qu’on ne le pense. Le progrès technologique est ultrarapide, ce qui déteint sur la conduite de la guerre. Pour l’heure, c’est encore vous qui décidez si la personne en voiture est un ami ou un ennemi. Que se passera-t-il quand ce sera un algorithme qui fait le boulot? Sans décision humaine, il n’y a plus d’empathie. Or l’empathie engendre la paix. Si la décision est laissée aux algorithmes, il manque la stimulation de trouver des solutions pacifiques et de se rapprocher

Vous avez grandi à Londres. Pourquoi êtes-vous venue en Israël pour faire votre service militaire? Au début, je n’avais prévu qu’une année sabbatique. Puis j’ai voulu en savoir davantage sur la société israélienne. L’armée en est un élément central, j’ai voulu en faire partie. Après le service militaire, je prévois d’étudier ici. Vous habitez une région en conflit. La paix est-elle possible? On n’a jamais le droit de perdre l’espoir mais pas davantage de se laisser aveugler par l’optimisme. La naïveté n’est d’aucun secours. Le chemin qui mène à la paix est cahoteux. Quelle est votre mission sur ce chemin? Mes perspectives sont bonnes. Si je les exprime, je peux éventuellement toucher mon entourage. Et quel est le rôle du drone? Mon drone veille sur tout. Il fait en sorte qu’il n’arrive rien de mal. www.journeedudigital.swiss  77


DONNÉES

QUI A PEUR DE L’E-ID? La Berne fédérale se dispute sur la vraie nature de l’identité électronique (e-ID). Au tour d’Adrian Lobsiger, Préposé fédéral à la protection des données, de mettre les choses à plat. Andrea Willimann

Alors dans quels cas faut-il une e-ID? Il la faut quand une identification sécurisée est déjà nécessaire aujourd’hui. Par exemple pour l’e-banking, la déclaration d’impôts ou des extraits du casier judiciaire, il y aurait désormais un login fiable. Les données personnelles nécessaires à l’identification seraient fournies par l’Etat à un 78 www.journeedudigital.swiss

«provider» qu’il a autorisé. Ce dernier n’aurait pas le droit de transmettre ces données ailleurs. Mais les banques, par exemple, disposent déjà pour l’e-banking de protections particulières, y compris d’une application de reconnaissance faciale. C’est justement le point crucial: aujourd’hui, chaque banque, chaque entreprise, chaque administration tributaire d’un login fiable a sa propre solution. L’e-ID, en revanche, constituerait non seulement une simplification mais aussi une standardisation légale de la sécurité technique et de la protection des données. Et plus tard, le vote électronique et le dossier du patient? Pas seulement. Les renseignements de protection des données seraient également améliorés. Aujourd’hui, la police et l’administration com­ muniquent sur la base de photocopies de pièces d’identité, souvent de mauvaise qualité, les données 

Photo: Peter Mosimann

Passeport, AVS, carte de crédit: pourquoi me faut-il maintenant encore un autre matricule personnel identifiable pour internet, l’e-ID? C’est exactement ce genre de malentendu que des experts ont diffusé dans divers médias. Même à l’avenir nous n’aurons pas besoin d’un passeport électronique pour accéder au net. La loi sur l’e-ID ne doit précisément pas introduire de nouvelles contraintes d’identification. Les achats simples, les commandes de billets, les rencontres en ligne doivent demeurer possibles sans identification sécurisée. L’e-ID n’est pas davantage un titre de voyage.


Bio Adrian Lobsiger le préposé fédéral à la protection des données et à la transparence, est marié, a deux filles adultes et vit à Muri, près de Berne. Cet homme de 59 ans est en fonction depuis trois ans et a été réélu par le Conseil fédéral en avril jusqu’à fin 2023. Auparavant, le docteur en droit était directeur adjoint de l’Office fédéral de la police et chargé de cours sur la lutte contre la criminalité.


DONNÉES Swisscom, assureurs, banques et autres) pourraient aussi prétendre le faire sans l’Etat.

«LA LOI SUR L’E-ID EMPÊCHERAIT ET N’ENCOURAGERAIT PAS L’UTILISATION ABUSIVE DES DONNÉES» personnelles qu’elles collectent sur quelqu’un. Il y a là un grand risque que des données hautement sensibles parviennent à la mauvaise personne. Comprenez-vous qu’une partie de la population soit justement préoccupée à l’idée que ce n’est pas l’Etat mais des entreprises privées qui émettent l’e-ID? Bien sûr que je le comprends. Mais encore une fois, seul l’Etat fournirait les données. Les «providers» d’e-ID privés devraient avoir une autorisation de l’Etat et ne pourraient utiliser les données que pour l’établissement de l’e-ID. La transmission ou la vente à des tiers serait interdite. La solution faisant appel à des privés, qui a aujourd’hui la faveur du Conseil national et du Conseil des Etats, présente en outre l’avantage que des privés sont d’accord de financer et d’exploiter un système d’e-ID. Un système, de surcroît, pour lequel l’Etat fixe les règles. D’autant plus que de précédents essais purement étatiques comme la Suisse-ID ont été des flops? Oui. Mais surtout parce que des prestataires privés comme le groupe SwissSign (La Poste, 80 www.journeedudigital.swiss

Qu’est-ce que ça donnerait? Cela pourrait contraindre l’Etat à reconnaître, pour l’accès aux services en ligne, une e-ID entièrement privée qui prévoirait moins de protection des données et une influence réduite de l’Etat. Et si une telle solution purement privée échouait, la Suisse devrait peut-être un jour recourir à des identi­ fications étrangères comme les ID d’Apple ou de Google. Scénario catastrophe pour un préposé à la protection des données! Sans loi sur l’e-ID, il serait difficile de contraindre ces fournisseurs d’ID étrangers à séparer strictement les données d’identification et d’utilisateur et de les effacer au bout de six mois. Ou d’empêcher qu’ils ne les exploitent à d’autres fins, qu’ils les transmettent à des tiers ou carrément les vendent. Mais, à en croire un sondage, c’est exactement cette crainte que beaucoup de gens éprouvent aussi à l’égard de prestataires privés suisses. La nouvelle loi sur l’e-ID supprimerait la cause de telles craintes. Je demande que l’ordonnance à ce propos soit désormais élaborée rapidement, afin que le citoyen bénéficie d’une transparence pleine et entière. Quelles données enregistrerait-on? Il y aurait trois niveaux de sécurité. Au premier figureraient le numéro, les nom, prénom et date de naissance. Au niveau moyen s’ajouteraient le sexe, le lieu de naissance et la nationalité. Et au niveau supérieur une photo du visage. Donc uniquement les données que je livre volontairement et en toute transparence pour me rendre aux Etats-Unis ... Ma banque recourt depuis longtemps à la reconnaissance faciale. Beaucoup de privés jouissent aujourd’hui de la confiance de

leurs clients, quand bien même ils détiennent des données trèssensibles sur eux. L’économie – et pas seulement l’Etat – peut créer ce lien de confiance. Ou non. Le scepticisme à l’endroit des privés cache-t-il la peur de vols de données ou plutôt d’attaques de hackers? Ces risques sont évoqués à juste titre par les contempteurs de l’e-ID. Ce sont des risques réalistes et hautement dangereux: d’une part, il se pourrait que les conditions légales ne soient pas respectées, intentionnellement ou par négligence; d’autre part, une sécurité technique défaillante pourrait causer la perte involontaire de données. En dépit de ces risques, vous êtes entièrement partisan d’une e-ID semi-privée? Je m’en tiens à ma conviction que l’on peut élaborer un modèle conforme à la loi sur la protection des données. La peur du risque ne sert à rien. J’attends des «providers» qu’ils prennent des mesures concrètes contre les dangers. Avez-vous un droit de regard en tant que Préposé à la protection des données? Ou est-ce uniquement le cas de la commission ad hoc choisie par le Conseil fédéral? En créant cette commission e-ID, le politique entend montrer que le contrôle étatique est pris très au sérieux et qu’un groupe d’experts indépendant, composé de manière équilibrée, assume la responsabilité de l’autorisation étatique. Mais il ne remplace pas ma fonction. En tant que préposé à la protection des données, je veille à ce que les «providers» respectent les prescriptions légales. Et qu’en est-il de ceux se fichent complètement d’une e-ID? Tout citoyen peut continuer d’obtenir des services par les voies traditionnelles. Quiconque affirme que l’on peut déduire de la loi sur l’e-ID de nouvelles contraintes d’identification ferait bien d’en relire le texte.


PLUS DE SÉCURITÉ AVEC LA SwissID?

Fini le chaos des logins! Avec la nouvelle SwissID, les services en ligne devraient devenir plus simple et surtout plus sûr.

Illustration: Shutterstock

B

anques, caisses maladie, assurances et autres boutiques en ligne: désormais il faut un login propre à tous les services sur la Toile. Cela fait des années que la Suisse tente de concentrer ce ramassis de mots de passe en un seul login centralisé. En 2010, la Confédération a lancé un premier essai d’identité numérique sous la forme de la SuisseID. Elle a investi 20 millions et ce fut un flop: nul n’a voulu mettre 50 francs par année pour acquérir cette SuisseID, le seuil d’accès était trop élevé, la mise en œuvre technique trop compliquée et les domaines d’application trop limités. En 2017, SwissSign SA, filiale de La Poste, a repris les droits de SuisseID.

Et lancé comme successeur un produit au nom presque identique, SwissID. Il en est né en 2018 l’entreprise SwissSign Group qui rassemble désormais vingt entreprises, dont certaines proches de la Confédération, d’autres actives dans la finance, les assurances, ainsi que des caisses maladie. Leur objectif: mettre en place une identité numérique sécurisée. La SwissID est gratuite pour les utilisateurs et l’enregistrement est devenu nettement plus aisé. Dans un premier temps, il suffit d’un compte avec nom d’utilisateur et mot de passe. Grâce à l’app SwissID avec authentification à deux facteurs, le processus de login se fait encore plus sûr. En outre, l’utilisa-

teur peut créer en quelques minutes une identité vérifiée. Aujourd’hui déjà, quelque 900 000 utilisateurs peuvent accéder à plus de trente services en ligne différents à l’aide d’un seul login, notamment à des services postaux, des sites immobiliers ou de médias et de premiers prestataires financiers. Les premiers cantons (Jura, Grisons et Zoug) recourent également à SwissID. La loi sur l’e-ID proposée par le Conseil fédéral et soutenue par le Parlement devrait entrer en vigueur en 2020. Grâce à elle, la Confédération assumerait le rôle de régulateur et d’éditeur de l’e-ID. Afin que les identités numériques des Suisses ne finissent pas entre des mains étrangères. www.journeedudigital.swiss  81


PROPOSÉ PAR ABB

DE QUOI L’USINE DU FUTUR A-T-ELLE BESOIN? Robert Itschner, directeur général d’ABB Suisse, voit de grandes opportunités dans la numérisation pour le site industriel suisse – tout comme pour l’efficacité énergétique et le confort de l’habitat. La numérisation est un thème d’actualité, et cela pas seulement lors de la Journée suisse du digital. Comment voyez-vous cette évolution? Comme la plupart d’entre nous, j’ai de la peine à m’imaginer comment nous avons pu nous passer d’ordinateurs et de smartphones, que ce soit dans la vie de tous les jours ou au travail. Nous vivons le virage numérique au quotidien, avec tous les avantages correspondants. Le secteur industriel connaît actuellement une mutation tout aussi profonde. Qu’est-ce que cela signifie pour la Suisse? Dans un pays de hauts salaires comme la Suisse, la transformation numérique représente une opportunité importante pour l’industrie, afin d’assurer la compétitivité à long terme et de répondre aux nouvelles attentes du marché. Mais aussi pour créer de nouvelles possibilités de croissance, grâce au savoir-faire existant et aux solutions numériques. Qu’est-ce qui caractérise cette quatrième révolution industrielle et les nouvelles attentes du marché?

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Elle s’écarte de la réalisation de produits de masse pour aller vers des lots plus réduits, réalisés en fonction des attentes précises des clients – dans un délai extrêmement court. Comment concrétiser cela? L’usine du futur requiert une vaste gamme de solutions interactives, avec des robots, des véhicules autonomes, mais aussi des capteurs pour surveiller l’état des systèmes en temps réel. Sur la base de ces données, les systèmes directeurs peuvent optimiser la performance des lignes de production et permettre une production extrêmement flexible. Avez-vous un exemple concret? Nous avons un excellent exemple dans nos propres rangs: sur notre site de Lenzburg, où ABB produit des semi-conducteurs de puissance, nous montrons que l’usine du futur peut être réalisée aujourd’hui déjà. Dans celui-ci, une ligne de production est automatisée avec une intégration numérique complète, horizontale et verticale. Pour faire simple, les circuits intégrés entrent d’un côté de la ligne de

production et ressortent de l’autre côté sous forme de différents modules, prêts à être livrés pour diverses utilisation dans l’électronique de puissance. Une cellule robotisée peut ainsi réaliser plusieurs modules, les robots d’ABB modifiant l’installation eux-mêmes. Avec le même nombre de colla­ borateurs, nous pourrons ainsi doubler la production, voir plus. Quelles distinctions visez-vous? Dans le cadre du concours industriel «Usine de l’année 2018», qui concerne tout l’espace germanophone, ABB Semiconductors, à Lenzburg, a remporté le trophée dans la catégorie «Pérennisation du site par la numérisation». Cette distinction illustre les opportunités de la numérisation pour le pays de hauts salaires qu’est la Suisse: elle augmente la compétitivité et 

Bio Robert Itschner (52 ans) est président de la direction d’ABB Suisse depuis l’été 2018. Il est entré chez ABB en 1993 en tant que jeune ingénieur en informatique. Robert Itschner est membre du comité directeur de Swissmem, l’association faîtière des PME et des grandes entreprises de l’industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux. Il a grandi au bord du lac de Zurich et vit aujourd’hui avec sa famille dans l’Oberland zurichois.


Photo: Frederic Meyer


PROPOSÉ PAR ABB

robot sera également nécessaire dans de nombreux domaines. Un bon exemple est constitué par le robot à deux bras YuMi d’ABB, avec fonctions de sécurité intégrées.

permet aux entreprises de production de profiter, également à l’avenir, des nombreux avantages du site industriel suisse. L’automatisation suscite également des craintes. Certaines études suggèrent qu’elle va entraîner des pertes d’emplois. Certains emplois vont effectivement disparaître. Mais le paysage professionnelles a toujours évolué. Le métier de cocher est aujourd’hui plutôt rare, pour des raisons évidentes. Mais de nouveaux métiers apparaissent. Une étude de McKinsey arrive même à la conclusion que les technologies numériques vont créer jusqu’à 890 millions de nouveaux emplois, ce qui va bien plus que compenser les pertes liées à la numérisation. Cela signifie bien entendu aussi que des perfectionnements seront nécessaires pour s’adapter à l’évolution marché du travail. Nous devons nous préparer à devoir nous perfectionner en permanence. Et cela nous concerne tous.

Un autre thème d’actualité liée à la numérisation est la maison intelligente. ABB propose-t-elle également des solutions dans ce segment? Oui, nous ne misons pas seulement sur le numérique industriel, mais aussi sur des solutions d’automation pour les bâtiments résidentiels, afin d’améliorer l’efficacité énergétique, le confort d’habitation et la sécurité, notamment à travers notre système ABB-free@home. Celui-ci est, par exemple, utilisé dans les maisons de bonacasa. C’est effectivement bien pratique de pouvoir régler le chauffage et l’éclairage avec son smartphone.

gaz. L’évaluation des données, deux années plus tard, a mis en évidence que certains ménages ont pu réduire de 20 à 30 pour cent leur consommation de gaz pour le chauffage et la production d’eau chaude. Les ménages les plus performants avaient étudié le système de manière approfondie et programmé de nombreuses automations. Cela suggère aussi qu’une utilisation simple et intuitive représente un facteur important pour la diffusion à grande échelle de solutions intelligentes pour l’automation du bâtiment. Pourquoi cette automation n’est-elle pas plus répandue dans le domaine des bâtiments résidentiels? Dans les bâtiments industriels, il y a longtemps que l’automation est monnaie courante. Dans les bâtiments résidentiels, c’est plutôt nouveau, notamment pour des raisons de coûts. Mais des systèmes comme ABB-free@home permettent désormais d’installer des automations plus simplement et avanta­geusement.

«EN MOYENNE, CHAQUE NOUVEAU ROBOT INSTALLÉ A CRÉÉ PLUS DE DEUX EMPLOIS»

Chaque collaborateur dans la pro­ duction doit-il devenir un expert numérique? Cela ne doit pas aller aussi loin. En revanche, nous observons actuellement les taux de chômage les plus bas dans les pays ayant installé le plus de robots, notamment en Allemagne et en Corée du Sud. Aux Etats-Unis, où plus de 100 000 robots industriels ont été installés ces dernières années, le nombre d’emplois dans la production a fortement augmenté durant la même période. En moyenne, chaque nouveau robot installé a créé plus de deux emplois. A l’avenir, une collaboration homme84 www.journeedudigital.swiss

Mais, soyons honnêtes: est-ce que cela permet vraiment de faire des économies d’énergie? Une étude de Suisse Energie réalisée en 2016 a montré que des mesures ciblées en matière d’efficacité énergétique dans les installations techniques du bâtiment permettraient, à elles seules, d’économiser 15 % de la consommation d’énergie et 40 % des émissions de gaz à effet de serre. Et ce n’est pas purement théorique, comme l’a montré une expérience réalisé avec 120 ménages privés dans la ville de Rösrath, près de Cologne: au printemps 2016, un système de maison intelligente a été installé dans chacune des maisons unifamiliales conventionnelles avec chauffage central au

Quand est-ce que la maison intelligente deviendra la norme? Je pense que c’est une question de génération. Les natifs numériques ont déjà certaines attentes concernant l’intelligence d’un bâtiment et utilisent volontiers des outils interactifs. L’automation intelligente va notamment nous permettre de vivre plus longtemps de manière autonome, avec l’âge. Compte tenu de l’évolution démographique, c’est là un élément important. Pour ma part, je suis convaincu que l’automation du bâtiment deviendra bientôt la norme, également dans le domaine privé, et nous facilitera la vie – tout en améliorant notre efficacité énergétique.


LORSQUE LA MAISON SE CHARGE DU TRAVAIL Il y a longtemps que les maisons intelligentes ne sont plus des utopies: dans les maisons intelligentes de bonacasa, des systèmes d’automation modernes transforment le logement en une centrale de commande conviviale.

Illustration: Shutterstock

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a nouvelle formule magique est la «maison intelligente». Une combinaison d’habitat, de sécurité et de prestations individuelles pour toutes les générations et toutes les phases de la vie. Avec ABB-free@ home, ABB fournit la technologie nécessaire pour un logement entièrement connecté chez bonacasa. Chaque habitant peut commander toutes les fonctions depuis son smartphone, où qu’il soit. Si le facteur sonne et qu’il n’y a personne à la maison, le smartphone sonne. Et le plus fort: on voit le facteur sur son écran et on peut lui parler. Le pendant de la station d’accueil est la fonction Goodbye: en quittant votre logement, la cuisinière et le fer à repasser sont automati-

quement éteints. En hiver, les habitants peuvent programmer très simplement le chauffage par le sol. Celui-ci se met en route à 4 heures du matin, lorsque tout le monde dort, et à 6 heures, toute la famille profite d’un sol agréablement chaud dans la salle de bains. Et ce n’est pas tout. L’automation des brise-soleil est également très pratique. En été, les stores sont abaissés en cas d’ensoleillement et assurent des pièces fraîches. Et en hiver, ils évitent des déperditions de chaleur. Un capteur de mouvement signale sur le smartphone toute présence indésirable dans le logement. Ce capteur peut être réglé de manière assez précise pour ne pas réagir au simple passage d’un chat. De plus,

un capteur signale si une fenêtre a été laissée ouverte. En cas d’orage, on peut alors la fermer d’un simple effleurement de son smartphone. Particulièrement pratique pour les seniors: le service de majordome de bonacasa assure le nourrissage du chat ou l’évacuation de la pile de vieux journaux. La sécurité est assurée par une centrale d’appel 24/7. En cas d’alarme, les lumières sont allumées et les stores relevés. Et le système transmet un code pour que les services d’urgence puissent ouvrir la porte de l’appartement. La maison intelligente, ce n’est pas seulement plus de confort, c’est aussi davantage de sécurité et de bien-être. www.journeedudigital.swiss  85


CYBER

LE NET A-T-IL BESOIN DE PLUS DE SUISSE?

Un groupe de travail de haut niveau, mis en place par l’ONU, s’est penché sur règles de la coopération numérique. L’ancienne conseillère fédérale Doris Leuthard y a également participé, aux côtés de Melinda Gates et du patron d’Alibaba, Jack Ma. Sermîn Faki Doris Leuthard, l’été dernier, vous avez été nommée par l’ONU dans ce Groupe de travail de haut niveau sur la coopération numérique. Quels étaient les enjeux? Depuis quelques années, il apparaît clairement que le monde a besoin d’une guidance dans le domaine numérique. Car, avec toutes les possibilités qu’offre internet, les nouvelles technologies comportent également certains risques – je pense notamment à l’utilisation de nos photos privées postées sur les médias sociaux, aux propos haineux à l’encontre des femmes, voire aux attaques contre la démocratie. En 2017, lorsque j’étais présidente de la Confédération, j’ai dit au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, que l’ONU devait se pencher sur ces questions.

l’ONU afin de réunir autour d’une même table des Etats, mais aussi des ONG et des experts.

Pour quelles raisons? Les Etats sont dépassés – la numérisation est un phénomène mondial. De plus, comment trouver une solution commune avec les Etats-Unis d’un côté et la Chine de l’autre? L’idée était donc de constituer un groupe sous l’égide de

Voilà qui ne devrait pas enchanter Facebook, Google ou Alibaba. Qu’en pensent Melinda Gates et Jack Ma, les deux représentants des géants de la tech qui ont dirigé ce groupe de travail? Jack Ma et Melinda Gates voient surtout les avantages apportés 

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Le rapport vient d’être présenté. Quels sont les résultats? Nous n’avons pas besoin de nouvelles règles. Mais nous devons assurer que les règles valables dans le monde réel, analogique, soient également appliquées sur internet.

Photo: Keystone

Par exemple? Les droits de l’homme. Même lorsque des robots et des algorithmes prennent des décisions, l’humain et ses droits doivent rester au centre des nouvelles technologies. La manière la plus simple et la plus rapide de garantir cela est d’engager les géants de la tech à respecter certains standards.


Bio L’Argovienne Doris Leuthard (56 ans) a représenté le PDC au Conseil fédéral pendant 12, jusqu’à fin 2018. Elle a notamment dirigé le département des infrastructures DETEC. Aujourd’hui, elle siège au conseil d’administration de la Coop. Depuis juillet 2018, elle est membre du Groupe de travail de haut niveau sur la coopération numérique, mis en place par l’ONU.


CYBER

En juin, Doris Leuthard a travaillé avec des experts à l’élaboration de normes internationales sur la coopération numérique, sous la direction du patron d’Alibaba, Jack Ma (au centre), et de Melinda Gates (à gauche).

Quel a été votre rôle dans les débats? De dire que nous ne pouvons pas continuer comme ça. Avec d’autres pays européens, nous nous sommes efforcés de promouvoir des valeurs telles que la transparence. De plus, en tant que Suissesse, j’ai pu présenter les avantages de réunir tous les acteurs autour d’une table, comme nous le faisons régulièrement en Suisse, par

«MA ET GATES N’AIMENT PAS TROP PARLER DES DANGERS DE LA NUMÉRISATION» 88 www.journeedudigital.swiss

exemple lors de consultations. Avez-vous pu convaincre vos interlocuteurs? Oui, nous avons trouvé un terrain d’entente. Mais il ne faut pas oublier que la vision européenne est étrangère aux pays asiatiques. En Asie et en Afrique, les aspects économiques et le simple accès à Internet sont prépondérants. La confiance, la sécurité et l’équité d’Internet passent au second plan. Comme siège pour l’organe de l’ONU consacré à internet, on a évoqué La Haye, Helsinki et Genève. Quelles sont nos chances? Avec ses nombreuses organisations internationales, Genève est en quelque sorte prédestinée. Mais cela ne suffit pas. Nous devrons offrir quelque chose. D’une part, une certaine infrastructure – par exemple un bâtiment pouvant accueillir l’organisation. Et nous devrons également montrer que la Suisse est le bon endroit pour ce siège. Comment? Nous pourrions par exemple définir nos propres standards. Ou être précurseurs dans certains domaines – par exemple dans la santé

numérique ou la formation continue – au moyen de projets pilotes. Actuellement, la Suisse n’est pas particulièrement novatrice: des technologies comme la 5G ou l’e-ID butent sur d’importantes réticences. N’est-ce pas un handicap? Les Européens du Nord sont plus ouverts aux nouvelles technologies que nous. Mais il ne faut pas être naïf: ce qu’exprime notre population, c’est que la confiance, c’est bien, mais que le contrôle, c’est mieux. Se montrer intéressé à savoir ce qu’on fait de nos données et ne pas simplement donner carte blanche à Google et consorts n’est pas nécessairement un handicap. Etiez-vous reconnaissante pour ce mandat de l’ONU? Sinon, vous vous seriez certainement ennuyée, après votre départ du Conseil fédéral, non? (Rires.) Un peu, c’est vrai, je l’avoue. Le passage d’un emploi du temps très chargé à un agenda vide a été un vrai chamboulement. Mais ne vous inquiétez pas, je vais bien, et j’apprécie d’avoir plus de temps pour mes amies, pour le jardin et même pour laver les vitres.

Photo: Keystone

par la numérisation – emplois et prospérité. Ils ne parlent pas vraiment des dangers qui y sont liés. Mais eux aussi comprennent que l’absence de règles entraîne un risque de perte de confiance. Les gens vont se détourner des technologies, s’ils ne sont plus convaincus que ces entreprises, dont l’emprise sur nous ne cesse de croître, ne vont pas nous nuire.


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es scènes de combat au ralenti, une esthétique faite de cuir et de laque, de grandes questions philosophiques: il y a vingt ans, le film de science-fiction «The Matrix» faisait sensation, et il suscite toujours l’engouement aujourd’hui. L’humanité y est, sans le savoir, retenue dans un monde imaginaire généré par des ordinateurs. Des machines douées d’intelligence artificielle maintiennent ainsi les humains sous contrôle pour les exploiter à des fins de production d’énergie, quasiment en guise de batteries. Une partie de ces lugubres visions futuristes estelle devenue réalité? L’intelligence artificielle (IA) a accompli des progrès gigantesques ces dernières années. Grâce à l’apprentissage automatique (machine learning), les programmes d’ordinateurs peuvent aujourd’hui déjà acquérir seuls de nouvelles aptitudes. L’IA compose de la musique, conduit des voitures, analyse des langues et des images, pose des diagnostics médicaux. Une IA dotée de sa propre conscience – une super-intelligence qui surpasserait les facultés humaines – paraît encore cependant lointaine. Pourtant, nombre de scientifiques et philosophes renommés tirent la sonnette d’alarme à ce sujet. Ils craignent qu’un jour l’humanité ne perde le contrôle de machines devenues trop intelligentes. L’astrophysicien Stephen Hawking, disparu en 2018, disait par exemple que le développement de l’intelligence artificielle «pouvait être le pire ou le meilleur de

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ce qui attend l’être humain». Avec plus d’un millier de chercheurs, Hawking signa une lettre ouverte mettant en garde contre les systèmes d’armement autonomes. Vingt-huit Etats se sont prononcés à l’ONU en faveur d’une interdiction générale. Et les «robots tueurs» qui décident tout seuls de la vie et de la mort sont déjà presque une réalité. Qu’il s’agisse d’artillerie ou de lance-roquettes autonomes, de navires de patrouille ou de véhicules militaires autonomes, les développements technologiques progressent à toute vitesse. Aujourd’hui déjà, des drones de combat survolent seuls des territoires ennemis, enregistrent et évaluent des cibles. Ils doivent encore attendre, avant de tirer, l’accord de l’homme. Mais une situation où ceux-ci sont automatisés à 100 % n’est pas loin. Et que dire de la théorie selon laquelle nous vivons dans une simulation informatique? Bien que paraissant folle, elle est discutée avec le plus grand sérieux, notamment par Elon Musk, le fondateur de Tesla. Pour lui, il y a une chance sur un milliard pour que nous ne vivions pas dans une simulation. D’ailleurs, Musk fait luimême progresser le développement d’une sorte de «Matrix»: avec son entreprise Neuralink, il entend bientôt connecter, à l’aide d’implants, des cerveaux avec des ordinateurs et l’intelligence artificielle. Un jour ou l’autre, pense-t-il, on devrait pouvoir télécharger ainsi la conscience humaine dans un cloud et pouvoir continuer de vivre indépendamment de son corps.

Illustration: Shutterstock

Il y a vingt ans, «Matrix» déboulait sur nos écrans. Quelles visions du film sont-elles devenues réalité? Adrian Meyer


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