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© Siliconcarne

Il a été tour à tour consultant dans la boîte de papa, danseur mondain, organisateur de soirées, agent d’assurances, puis plus récemment professeur de poterie dans une crêperie – un double concept qui devait tout déchirer, offrant qui plus est une galerie permanente pour ses amphores ; il y avait du y avoir un couac, on ne s’explique toujours pas les raisons de cet échec. Aujourd’hui, Paul ne sait plus trop quoi inventer. La retransmission du combiné nordique ne retient pas longtemps son attention aussi grimpe-t-il dans la Polo et prend la direction de la maison de campagne parentale. Empruntant une bretelle de sortie peu après Anvers, le véhicule longe de hauts épineux en direction de Nazaret. Les nids de poule ont été colmatés par de grossiers emplâtres d’asphalte. Sur les bandes de la voirie se reflètent de loin en loin les néons des clubs échangistes aux invites d’inspirations caribéennes et tropicales, espacés de loin en loin ici par quelques baraques à frites, là par un représentant en matériel agricole. Le véhicule s’enfonce dans le petit sentier qui mène au domaine. Déjà Maman sort toute pimpante sur le perron et plaisante en prenant garde de ne pas s’aventurer sur le gravier : - Tu excuseras ma tenue mais... avec Virginie, nous venons de remettre de l’ordre dans la remise ! Une façon comme une autre de lui annoncer que malgré le divorce fraîchement prononcé, sa troisième épouse est passée quelques heures plus tôt, qu’il a fallu trouver une tâche pour l’occuper ; il convient de diligenter son monde sinon c’est rapidement la chienlit - ...J’ai tout de suite su que je te verrais bientôt ! Ô Mère, source de tendresse... Pleine d’intuition, active au sein de la Paroisse, elle demeure très proche des brus dont ses fils l’ont richement pourvue. C’est qu’ils sont grands les garçons désormais et ils ont copieusement essaimé : il y a longtemps qu’on ne compte plus les petits lardons venus saupoudrer les salades des dimanches ensoleillés. En général, tout le monde reste en bons termes, c’est comme ça qu’on dit. Enfin, les ex ne s’appellent plus trop mais chacun sait comment s’attirer les faveurs de papy-mamy. Et puis peut-être reste-t-il une semaine de libre dans le mas provençal cet été. - Même début juin, t’es sûr ? Une fois passés les salamalecs de procédure, Maman entame les prémices du cérémonial et va s’asseoir dans le boudoir dont la petite porte grinçante donne directement côté piscine sous la pergola. Elle attend en fermant les yeux. On entend comme un chat invisible qui ronronne; peut-être une psalmodie ?

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Paul ne tarde pas à rejoindre la femme entre toutes bénies pour se blottir sur ses genoux. Sans un mot, le jeune homme de 46 ans remonte les jambes et attache ses bras autour de son cou comme un paresseux cherchant à se faire dorloter. Depuis qu’elle a reçu l’aide du Seigneur, Maman applique des impositions des mains sur le corps de sa progéniture et des proches qui en manifestent le besoin. Elle a un don, elle sent les choses. Elle est comme ça, Maman. Papa est plutôt dans les affaires, disons qu’il est plus discret, répond présent pour subvenir avec largesse lorsque des tourments contraires, tel le torrent capricieux du parcours académique, viennent ballotter ses fils soumis à l’austérité. Aussi les repas et fêtes de famille se suivent-ils sans connaître aucun ombrage. On revient pour l’occasion qui du Chili, qui du Venezuela, où l’on est toujours en passe de créer sa boîte, d’où l’on revient présenter une quatrième épouse enceinte jusqu’aux dents rapatriée d’une mission d’expat’ humanitaire. Et les dimanches s’étirant de se perpétuer en un Festen immuable et éternel qu’aucun éclat ne viendrait troubler. Maman lui demande - Si ça va, mon grand ? Et le grand répond qu’il a eu une nouvelle idée, qu’il va ouvrir un cabinet de consultation en thérapie brève. Il poursuit sur un ton un peu plus rapide que le débit coutumier sifflant entre ses lèvres fines Paul s’emballe toujours un peu quand il vient défendre les nouveaux projets pour lesquels il aurait besoin de, quoi, trois fois rien, un cabinet, une salle d’attente, un peu de mobilier dont une bibliothèque. On pourrait sans trop de complication réaffecter feu la crêperie de l’Avenue de Tervueren. Puis-je avec vous être comblé sous de bons auspices. - Parce que tu vois, moi aussi je veux aider les gens, Maman ! Au plafond plusieurs mouches incrédules interrompent un instant leur toilette ou une partie de bridge. Depuis le salon s’éleve le prestige grave d’une mélopée. Un Oratorio de Pergolesi, un Stabat Mater, sans doute. Beam me up, Scotty ! Texte : Fabrice Delmeire « Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d’un grand nombre. » (Luc, II, 35).

année 20 • mars’14

Colofon www.rifraf.be Année 20 nr. 198 rifraf est une édition de B.Z.&T. bvba Adegemstraat 19 2800 mechelen e.r. mieke deisz pas en janvier et août rifraf avril sort le 27 mars rédaction fabrice delmeire tél 0486/31 74 63 fabrice.rifraf@skynet.be

insertions publicitaires Mieke Deisz Tél. 015/42.38.76.-0485/802.257 advert.rifraf@skynet.be deadline reservation: 12 mars agenda tél 015/42.38.76 agenda.rifraf@skynet.be deadline: 15 mars

collaborateurs nicolas alsteen, Anys Amire, Antoine Bours, le dark chips, patrick foissac, François Georges, Laurent Grenier, Gery Lefebvre, Anne-Lise Remacle, eric therer, fabrice vanoverberg,... dessins : Issara Chitdara photo cover: joergen koopmann

Layout peggy schillemans layout.rifraf@skynet.be Imprimerie: Corelio printing, anderlecht Abonnements 1 année (10 éditions) info: agenda.rifraf@skynet.be Belgique: 15 € / Europe: 25€ BE 85 3200 1337 9606 BIC: BBRUBEBB Communcation : nom et adresse

“Réalisé avec l’aide de la Communauté française de Belgique - Direction générale de la culture Service des Musiques”


Texte : Fabrice Vanoverberg

Texte : Eric Therer

Rubrique destinée à évoquer un lieu, une ville ou un endroit, ‘Sounds & Sites’ ne se veut pas un itinéraire descriptif exhaustif mais plutôt l’esquisse d’un lieu où la musique puise ses racines ou manifeste son émergence. ‘Sounds & Sites’ ne veut nullement dresser une

cartographie complète des lieux sonores mais répondra à des envies ou des coups de sonde.

Centre névralgique des fondus de musiques électroacoustiques – à quand le pèlerinage obligatoire ? – le label québécois empreintesDIGITALes parcourt depuis quatorze ans (oui, déjà) un itinéraire sans faute, où les balises ont pour nom Robert Normandeau, Kristoff K. Roll ou Nicolas Bernier. Compatriote de l’officine montréalaise, David Berezan a quitté son Calgary natal pour Londres, mais il faut croire que son émigration a volontairement omis la ligne droite. Entre mer agitée où le choc des vagues transperce les écoutilles (‘Buoy’), échos balinais polymorphes (‘Thumbs’ et ‘Galungan’) et temples japonais aux planchers vermoulus (‘Nijo’), l’auteur des ‘Allusions Sonores’ se permet un retour en 10’30 sur ses terres natales, des ‘Badlands’ où une fausse quiétude estivale voile la nostalgie d’une nature inoubliable. Intéressant, mais sans doute moins que – attention, séquence teasing – le tout prochain ‘La Marée’ de Pierre-Alexandre Tremblay. ★ ★ ★ Tout premier voyage en solitaire de TER, dont on se rappelle (ou pas) les duos en live aux cotés de son compatriote Mirt, ‘Fingerprints’ (Monotype) met directement l’artiste polonaise au sommet de la hiérarchie electronica. Cocktail impressionnant, voire jouissif, d’entreprises diverses, elles vont de claviers vintage aux percussions acoustiques en passant par le numérique dernier cri, les six titres de ce debut album convient à une expédition en terre familière, tout en déployant au fil de ses quarante-deux minutes un canevas des plus personnels. Telle la rencontre expressive, certains diront carrément magique, entre Z’ev, Marsen Jules et Benjamin Lew, la musicienne slave parcourt tout un pan des musiques électroniques, certes fortement teintées d’instruments «réels», en un grand arc qui relie la mythique série ‘Made To Measure’ du label Crammed Discs à notre nouveau siècle. Cerise sur le rainbow, c’est plutôt du genre accessible. ★ ★ ★ Nettement plus ardue est l’approche des ‘Four Pieces for Quintet’ de Hannes Lingens, mais la récompense au bout du chemin est des plus valorisantes. Entouré de quatre camarades berlinois adeptes d’un minimalisme tout sauf narquois, le compositeur allemand explore l’intimité vivace de ses instruments, tous acoustiques, dont l’apparente lenteur dévoile au fil des minutes un vrai sens de l’harmonie et de la cohabitation. Parfois, cela prend des airs de bourdonnement et on se souvient de Stockhausen interprété par le merveilleux ensemble Zeitkratzer, ailleurs des libertés non-conventionnelles nous ramènent dans la Norvège du défunt (?) label +3dB (et son Quatuor Lemur), toujours on se dit que pour une première, la maison Insub (l’ex-netlabel Insubordinations) met la barre très haut. ★ ★ ★ Chevilles ouvrières d’Insub, D’Incise et Cyril Bondi ne pouvaient manquer l’occasion de (re)collaborer, c’est donc sous leur projet Diatribes que la paire suisse fait son retour – même si elle n’était jamais vraiment partie. Secrets bien gardés d’une noise music à l’étonnante placidité maîtrisée, les deux gaillards coulent en un seul tenant de trente-huit minutes des paysages sonores d’une richesse d’autant plus remarquable qu’elle ne saute pas aux oreilles. Alors que les premières minutes emmènent sur la fausse piste d’une innocuité sans relief, leur ‘Augustus’ dévoile par micro-touches très Abdul Moimême-friendly des incursions là ou ça titille – et en fin de parcours, on en vient à regretter que ça ne dure pas plus longtemps. A noter que les deux albums ne sont dispos qu’en téléchargement sur www.insub.org. ★ ★ ★ Pour effrayante qu’elle soit, la notion d’opéra expérimental n’est pas à prendre au pied de la lettre, du moins quand elle est signée Maile Colbert. Surprenante collision entre impressionnisme electronica et chant d’inspiration classique (où la soprano Gabriella Crowe fait merveille, à tel point qu’on la verrait bien en chanteuse de fado convertie en ‘Mater Dolorosa’), le ‘Come Kingdom Come’ (Two Acrons) de la compositrice américaine varie les atmosphères et les époques, tout en parvenant, ô miracle, à sonner d’un confondant naturel. Tout au long de l’œuvre, le médiéval s’intègre au contemporain sans forcer la dose, alors que sur papier, tous les antagonismes étaient réunis pour déboucher sur une catastrophe intégrale. Mieux encore, les premiers instants écoulés, on oublie au plus vite les intentions expérimentales de son auteure, fondues dans la pertinence d’un projet séduisant et ambitieux. ★ ★ ★ Projet du saxophoniste et compositeur Christophe Berthet, Le Grand Frisson réunit en son sein huit musiciens, dont l’aisance aux musiques free improv’ ressort de tous les pores du présent ‘On/off’ (Creative Source). Enregistré en avril 2012 dans un théâtre de Lausanne, le disque n’y va pas avec le dos de la cuiller quand il endosse la casaque atonale. Bien que pétri de ces louables intentions, elles faisaient probablement leur effet ce soir-là en scène, à commencer par la trompette coquine de Yannick Barman et les percussions très justes de Cyril Bondi (encore lui), on a bien du mal à capter le fil conducteur de l’aventure – bien qu’à n’en pas douter, les huit comparses ont dû se prendre un pied monumental à l’unisson. D’où la question : le passage au support physique était-il indispensable ? ★ ★ ★ Arrivé sur Terre en l’an 2000, l’étrange 20.SV du guitariste et sculpteur sonore Osman Arabi est de retour neuf années après une quadruple sortie suivie d’un long silence. Disons-le tout de go, l’attente valait son pesant d’ambitions qui foutent la pétoche. Composé de multiples microéchantillons d’objets en fer et acier, ‘The Great Sonic Wave’ (Cavity) implique également – et c’est une première dans l’histoire de 20.SV – un vocaliste, qui répond au doux nom d’Alan Dubin. Si on ne le qualifiera pas de chanteur, et n’y voyez ni jugement de valeur ni pose moraliste, c’est que les échos sonores du gaillard semblent sortis tout droit d’une chambre de torture clandestine, en alternance avec un écho spectral des plus flippants. Totalement à l’ouest, mais également terriblement impressionnant de maîtrise envoûtée par on ne sait quel Belzébuth, la bête tapie dans l’ombre ne demande qu’à nous saisir la gorge jusqu’à plus de sang. Brrrrrr…

Bras-sur-Lienne

Vous avez treize ans. Vous passez l’été 1977 quelque part dans les Ardennes, la région de Lierneux, la limite entre la Province de Liège et celle du Luxembourg. Vos parents sont décédés, vous avez été confié à la famille de vos cousins, laquelle loue un chalet à l’année qu’elle occupe les mois d’été. C’est une construction modeste, sise à l’orée d’une sapinière qui surplombe le Fond de Lienne. Vous tuez juillet dans l’ennui, partagé entre des jeux de cartes à l’effigie d’automobiles rutilantes et des promenades dans la nature environnante. Malgré votre jeune âge, vous vous montrez prompt à la marche. Un itinéraire revient souvent : Bra / Pont de Villettes et parfois Pont de Villettes / Erria. Vous partagez une chambre avec vos deux cousins. Votre cousine occupe celle jouxtant la cuisine. Elle est plus âgée, au mitan de son adolescence. Un jour elle revient de Bruxelles flanquée d’une amie, une Chantal Lardinois sortie de nulle part. La Chantal pose sa valise beige devant l’âtre, elle porte dans l’autre main un sachet en plastique vert arborant la marque Etincel. Elle dit : « c’est un cadeau pour les garçons. » C’est un disque, un 33 tours qu’elle indique avoir acheté à Liège au Passage Lemonnier. Très vite, l’objet passe de main en main. Sur la pochette est inscrit en lettres mauves ‘Donna Summer’ et, juste en dessous, en plus petits caractères un titre en italique : ‘I Remember Yesterday’. La photographie montre une femme noire dont le visage au teint éclairci demeure figé dans une sorte d’inexpression. Elle est couchée sans vraiment l’être tandis que sa main droite semble caresser une étoffe qu’un regard plus attentif permet d’identifier comme étant celle de sa jupe qui remonte étrangement haut. Vos cousins se sont déjà emparés du vinyle qu’ils ont prestement placé sur un tourne-disque Marantz de teinte champagne qui trône sur la crédence. Des sons ronds emplissent le petit salon. De toute évidence, vous ignoriez cette musique tout autant que cette Donna faussement nègre. De longues minutes s’écoulent alors qu’au dehors une pluie d’été balaie les épicéas. Votre tante viendra mettre un terme au charivari, proposant à qui veut bien l’entendre des bouquettes au purnalet. Vous regardez Chantal Lardinois qui engloutit sa bouquette. Un peu de sucre impalpable lui reste collé aux commissures. Vous ne le savez pas encore mais vous venez de découvrir le disco et l’amour, c’est beaucoup d’un coup. Le surlendemain, tout le monde est parti en balade. Retranché dans le salon, vous décidez de vous réécouter pour vous tout seul Donna Summer. Vous éprouvez cette sensation étrange d’initier un cérémonial domestique de petite amplitude mais d’une foutue grande ampleur. Sortir le disque du sachet Etincel, déloger le vinyle de sa pochette, le poser sur la platine Marantz, pousser du doigt la touche ‘on’, tourner le bouton ‘volume’ progressivement vers la droite, augmenter le volume sonore de plus en plus fort, à fond de caisse, jusqu’au craquement des haut-parleurs, jusqu’au point de saturation. Les notes obsédantes de la chanson ‘I Feel Love’ et la voix de Donna vous envoûtent. Vous vous sentez à la fois terriblement seul au monde et dans un état d’une douce extase inexplicable. Vous voudriez que Chantal Lardinois revienne de sa promenade illico, qu’elle soit là à se tenir docile et admirative à vos côtés, dans le petit salon aux murs de rondins pour partager cette épiphanie. En même temps, vous donneriez tout pour étreindre cette femme aux reflets moirés dont le visage crève la pochette. Cette autre femme qui pourrait être votre tante ou votre mère, n’était-ce sa couleur. Vous vous demandez qui aimer ? La question reste sans réponse immédiate. Vous vous dites qu’un jour peut-être vous souviendrez vous aussi d’hier, d’un hier qui pour l’heure n’existe pas encore. A l’image de cet été inexistant, cet été maussade qui engrise ostensiblement la Lienne de votre enfance. Un disque : Donna Summer, ‘Love to Love You Donna’ (Verve/Universal )


Texte : Le Dark Chips

Rebooté, formaté, enfermé à double tour, longtemps, voici comment l’ancienne civilisation avait décidé de soigner l’infâme, le Dark Chips. Sans relache, il avait tapé sur la porte de sa cellule, c’était sa façon d’aimer. Libéré, il avait jeté un regard sur ce nouveau monde et savait déjà que rien n’avait changé. Lui non plus . « Je n’étais qu’un gamin irritant, menteur et roux » Aphex Twin.

Dans un style qui ne ressemble à rien sauf à lui, Danton Eeprom réinvente la tech vocale des 90’s en 10 titres. Et puisque le producteur français n’a jamais porté attention au manuel comment faire de l’électro ?, ‘If Looks Could Kill’ désarçonne autant qu’il séduit. Datée dans le temps et pourtant d’aucune époque, cette deuxième production (longuement digérée) mérite réellement que l’on s’y attarde, faisant fi de nos préjugés sur un courant souvent faisandé. Vendre la peau de l’ours ? ★ ★ ★ Toujours au rayon des lascars difficiles à suivre, c’est entre chaîne de production automatisée, banqueroute et Motor City Techno qu’il va falloir slalomer pour partager les aspirations de Kim Wadsworth. Detroit est le terreau de ‘Popularity’ et le label (Hypercolour) en est l’engrais. Et si le natif de la ville en ruine n’avait jamais tourné le dos à son fief, niveau écurie, c’est bien un retour qu’il s’offre en ramarrant (en eau trouble) son label historique. Improbable artwork pour une toute aussi déstabilisante Set List qui trimbalera votre esprit de la plénitude à l’AVC, et ce sans prévenir. La pente glissante ! ★ ★ ★ Le trio Brandt Brauer Frick respire comme il produit, produit comme il sélectionne et sélectionne comme il mixe. Brillante idée alors de convier le trio berlinois sur la très prisée (mais parfois essoufflée) étiquette ‘DJ-Kicks’. Déposer un voile pudique sur la sélection et vous convier à composter fissa votre ticket pour une croisière qui s’amuse sur le pont, au salon et dans les cales, cela va de soi. Capitaine, ô mon Capitaine… ★ ★ ★ A la marge d’une génération barcelonaise sortie de l’anonymat, Downliners Sekt demeurerait le mystère d’une capitale de Catalogne où un Loch Ness se serait logé. Duo nébuleux d’un projet nébulaire autour duquel gravitent des atomes à la logique inexpliquée, un sacré bordel en somme. Et comme si le jeu n’était pas assez fléché, voici que ‘Silent Ascent’ se revendique de Autechre, My Bloody Valentine en passant par Burial, un sacré bordel (oui, en somme). Proverbe chinois au choix. ★ ★ ★ Et dans ces mêmes contrées d’Espagne vivait le dit Uner, né Manuel García Guerra. Comme tous les musiciens de formation classique repentis à l’électro, Manuel imaginait un monde où numérique et analogique pourraient cohabiter, danser voire s’entremêler. Il imaginait des rythmes, des mélodies, des sons incroyables sortis de merveilleux instruments qu’il aurait pris le soin d’ailleurs d’accorder à la mode du ‘Tune 432’ (les puristes se renseigneront). « Et si on faisait chanter Björk ? » se dit-il. Autant de rêves et de questions auxquels Uner s’autorépondit par l’affirmative sans aucun recul ou autocritique. Certes la house du Barcelonais grouille et gargouille, certes son spectre brille de richesse, certes la vue le nez sur le sillon impressionne, au final la recette est amère et on ne se resservira pas. C’est au pied du mur. ★ ★ ★ Lorsque Planningtorock chante l’amour, c’est surtout Jam, jadis Jeanine, qui livre sa version des faits. Physiquement caché derrière prothèses faciales, voix androgyne et autres artifices, c’est pourtant en toute simplicité de production que se dévoile son ‘All Love’s Legal’. Brut et finaud, atonal mais pourtant juste, c’est entre Patrick Wolf, The Knife ou encore Anthony qu’aura lieu la transformation, une protestation emballée d’un coup de poing émotionnel. L’éclectisme de (ZE Records), un magma pop vieux de 30 ans et surtout, l’amour. Toujours l’amour ! ★ ★ ★ « Mon pauvre Quention Dupieux, ce n’est pas comme ça que vous y arriverez dans la vie ! » C’était sans compter sur Mr Oizo, double malin comme un singe du réalisateur français. A l’âge où l’on piquait des billes à coups de « ticks » dans la cour, la vie du jeune Dupieux était toute tracée, il serait fumiste surdoué ! Soit « Wrong Cops », son prochain long métrage à qui il offre un ‘Best Of’, sorte d’amas de mélodies inachevées ou encore interrompues, voyages dans le temps géniaux, pompés au fil des idoles. Partageront ses culottes courtes : un demi-Justice, un Marilyn Manson (à l’image et au son) et un Tellier qui traînait par là sa capillarité fugace. « Quentin Dupieux, il est aujourd’hui le premier ! » ★ ★ ★ ‘Dig & Edit 2’ et il n’y a presque plus rien à ajouter. Lorsqu’il ne compose pas la moitié Force of Nature, KZA relève d’avantage de l‘OMG pour organisme musicalement génétique. Car c’est à la force du microscope et d’une oreille acérée que le Japonais déterre de sa vaste discothèque extraits de sons et harmonies que lui seul imaginera scellé à jamais dans un univers quasi autiste. Plus loufoque qu’intéressant, ce patchwork sonore, second du nom, n’en reste pas moins touchant de par ses intentions romantiques et ses teintes délavées. L’eau du bain, l’égout et les couleurs. ★ ★ ★ Tombés par hasard (ou pas) dans la Man Machine, Colour Machine venait décidément foutre un sacré bordel ! Mais où allons-nous bien pouvoir ranger ce ‘May You Marry Rich’ qui leur sert de troisième album ? Trop inventifs pour les cantonner dans le rock, trop barrés pour les glisser en rangs pop, trop abruptes pour être électronisés et trop en boucle pour ne pas être séquencés du boulon. Mais diable qu’ontils bouffé ? Et surtout, comment l’ont-ils digéré ? Et si l’avenir était là hein, devant nos yeux ? Oklahoma City, à nouveau, je te bénis ! *** (Strut Records) tente la cure de jouvence avec ‘Hardcore Traxx : Dance Mania Records1986-1997’. Double compilation qui sent la poudre (noire ou blanche), la transpiration et toute l’histoire de la house de Chicago portée par DJ Funk ou encore DJ Deeon dans la première moitié des 90’s. Dans un style qui pourtant offre parfois à boire et à manger, la consistante sélection fait un parcours quasi sans faute et s’accompagne de documents et photos rares, dignes des desserts les plus exquis. La peau du ventre bien tendue.

Texte: Anys Amire et François Georges photo: www.siliconcarne.be

Odeur de chou à l’hôpital

Il était une fois, par un beau matin d’hiver, une demi-gueule de soigné qui a crié à un regard croisé de soignante : « C’est un hôpital de merde »…Il n’y était que depuis quelques mois. Elle (le regard croisé de soignante, l’actrice de terrain) s’est empressée de le noter dans le cahier de communication (cet outil de travail permettant d’authentifier la qualité de la communication entre soignants, faisant penser que l’échangisme événementiel est de bon ton dans toute bonne équipe) : « il m’a dit, deux points ouvrez les guillemets : « C’est un hôpital de merde » ». Cette injure devient note en gras. Elle rajoute qu’il faut que le soigné soit vu par le médecin ! Rattrapée par la déontologie, c’està-dire son rapport au cahier de communication, elle s’adresse férocement au toubib : « et tu sais ce qu’il M’a dit ? » Croyant que la question était terminée, le médecin s’empressa de dire « comment sais-tu que c’est à toi qu’il dit cela ? ». On authentifie les mots de l’autre car on a pensé que cela nous était adressé; le colis postal transférentiel charrie les erreurs d’interprétation. Un terme en musique baroque peut aider à traiter cette affaire : la petite reprise (1), elle est la répétition d’un thème dont la nuance sera différente : c’est ce qu’on appellera une réunion d’équipe, reprendre ce qui a été dit mais avec d’autres nuances. Dans le cas contraire, tu paniques, l’angoisse fait de toi le détenteur d’une injure dont il faut se débarrasser en mettant à la porte l’auteur de ces coups verbaux… Nous voilà embarqués elle et moi dans une Derrickthérapie; où est le vrai coupable ? Le verdict est cruel : celui qui parle est responsable de son langage. Point barre. Le voilà aliéné à son histoire où le bienveillant est confondu avec le malveillant. Alors, quand ce type confond hospital avec hostilité, c’est le même pré mais c’est le maternel qui est mis à mal. Ce qui est emmerdant, c’est qu’après avoir dit cela, le soigné, lui, il y reste encore, le maternel résiste. Il sieste encore dans ce lieu bercé par « tu regretteras le temps, dona dona dona dona , où tu étais un enfant » (2). Cet homme revit le maternel qu’il n’a pas eu. La morale de cette histoire pourrait être ceci: le confort (d’un endroit) a un double tranchant. L’existence est un double tranchant. Parfois ça saigne, parfois ça évacue, ça dégage. Le langage dégage. C’est le même post. Revenons à la merde, notre fumier (le fumier tient chaud, c’est important un lieu qui tienne chaud) : si on n’y fait pas gaffe, l’hôpital psychiatrique amoncelle (selle, excellent) un degré d’inconfort qui font que seuls les schizophrènes peuvent cohabiter avec ce fumier. « La folie, c’est une valeur refuge; comme l’or. La folie, c’est une valeur. Par extension, c’est le sublime » (3). Et pourtant, même sans être fou, il sieste encore là notre homme. Qu’il reste dans sa merde est, comme disent les lacaniens, de structure mais qu’il s’accommode de ce qu’il dénonce témoigne d’une histoire d’une maternité de merde; un lieu maternel par définition rassurant s’est très vite éloigné de lui. On peut donc parfois se moquer de ce qui protège. Entretemps, la soignante se prend les pieds dans les mots de l’autre alors qu’ellemême considérait, sur d’autres plans, SON hôpital comme un lieu de merde. On dit alors qu’on est sur la même longueur d’onde. Situé en zone tierce, l’ABVlaams accueillait récemment Bill Callahan, une forme de négrier de la construction musicale, qui a fait jouer de sacrés musiciens. J’en suis sorti avec la vague impression d’une grande propreté psychique. Vous avez déjà eu ça ? Le Fablain, ce n’est pas le même échelon de la propreté; on y va pour la sueur d’un lieu habité. C’est différent mais qu’importe, le point commun, c’est qu’on en sort. Comme d’une maternité, on naît sort, souvent propre sur soi. (1) Par exemple : ‘première suite de Pièces’ de J.Hotteterre, op.4 (1712) (2) ‘Dona, dona’, version chantée par Claude François (1964) (3) Extrait de ‘Folie douce’, Envoyé Spécial, émission du 8 avril 1999 (France 2)


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Texte : A La nu nree- Lni t s eG R rem n iaecrl © e M at h i e u d e m y

Depuis son premier disque solo en 2004 – qui n’était qu’une petite d’affaire d’initiés, un truc tout branlant à la Dominique A des débuts –, François Marry n’a eu de cesse d’évoluer, sans jamais se départir d’une

mélancolie lumineuse, vers une pop de moins en moins bricolée, de plus en plus maousse, jusqu’à devenir avec l’increvable ‘E Volo Love’ de 2011 le premier artiste français signé chez la prestigieuse maison anglaise Domino. Aujourd’hui, bien qu’il s’en défende presque, il est quasiment impossible de ne pas sautiller sur un single comme ‘La Vérité’, de résister au groove incandescent de ‘Summer Of The Heart’, de ne pas succomber aux vampireweekenderies de ‘La Vie Dure’, à la tristesse lancinante de ‘La Fille Aux Cheveux De Soie’, le plus beau morceau d’une carrière déjà culte. Avec ‘Piano Ombre’, enregistré pour la première fois dans un vrai studio, on est loin des débuts lo-fi de ‘The People To Forget’… François Marry : « Je reste très attaché à cette période en termes de souvenirs, de création, d’esthétisme. C’était une période très honnête, basée sur la spontanéité, la légèreté. Du coup, ça pourrait être facile de dire que c’était aussi bien ou même mieux avant mais je suis vraiment content de pouvoir jouer de manière un peu plus musclée aujourd’hui. » Tu as l’impression d’être moins honnête avec un disque comme celui-ci ? François Marry : « Les choses sont plus policées, davantage travaillées et composées en groupe. Il y a beaucoup plus de concessions à faire. Pour rendre le propos plus clair, plus direct, plus engageant, plus costaud et dansant, il fallait passer par là. Je ne pouvais plus mettre toutes les nuances que je mettais quand j’enregistrais tout seul chez moi. Tu peux l’entendre sur un morceau comme ‘The Way To The Forest’ qui est un vieux titre qu’on a réenregistré avec le groupe mais qui existe dans une vieille version solo, du temps de ma période Bristol, sortie en 45 tours sur un label espagnol. »

comment il s’appelait, l’homme qui travaille, ça me parlait. Donc, ça a été assez intuitif de travailler avec lui. On était encore à chaud des récentes tournées et on voulait enregistrer rapidement un nouvel album avec le matériel acquis pendant ce laps de temps. Ce qu’on aime chez lui, c’est d’un côté son versant musique électronique répétitive et de l’autre, le fait qu’il soit branché enregistrement traditionnel, analogique. Et puis, surtout, sa volonté d’avoir très peu d’éléments dans la musique mais des éléments très bien choisis, simples et directs. Il a, par exemple, enlevé des couches pour s’attarder sur les rythmes et les grooves. Il m’a aussi fait refaire pas mal de parties de guitares. Pendant ma période lo-fi de Bristol, j’avais pris l’habitude d’être la mule qui tire la charrette, de jouer le rythme un peu en avant du temps. Lui m’a fait jouer derrière le temps. » Ce nouveau disque s’ouvre avec ‘Bois’ qui contient ces vers répétés plusieurs fois « Heureusement qu’il y a la musique magique / L’amour a déçu ». Qu’est-ce que tu entends par musique magique ? François Marry : « Ce n’est pas la musique qui règle les problèmes parce qu’elle en crée plus qu’elle n’en solutionne. La musique magique, c’est celle qui permet de partir dans une zone mentale entêtante qui n’est plus de l’ordre de la confrontation verbale avec le monde. » La plupart des titres sont en Français alors qu’il n’y en avait que deux ou trois par disque auparavant. Tu l’expliques comment ? François Marry : « Parce que je vivais en France. Et comme je m’inspire des gens avec qui je parle tous les jours, des histoires qu’ils me racontent, c’était une évidence quand je me retrouvais à composer le soir, seul dans ma chambre. » Tu chantes aussi dans le superbe ‘La Fille aux Cheveux de Soie’, « Je me change en François sans foi ni loi ». Une manière de sous-entendre une face cachée ? François Marry : « Peut-être, je ne sais pas ». Il n’y avait pas un message à faire passer ? François Marry : « Aucun. Les messages qui passent ceux sont que les gens veulent recevoir. » Tu apprécies qu’on décompose tes chansons ? François Marry : « Je n’ai pas trop d’avis là-dessus. Moi-même je l’ai fait de certains artistes que j’aime bien. Mais disons que de manière générale, comme je suis davantage du côté de la composition, je n’ai pas pris l’habitude d’appréhender la musique sous cet angle analytique, c’est plutôt de l’ordre de l’émanation, de l’incantation. » Les chansons de ce disque posent beaucoup de questions comme « Considères-tu qu’il faille perdre de vue tout ce que nous fûmes en visant vers le luxe ? » ou bien encore « Que connaîtrons-nous de tous ceux dont nous rêvions ? ». Ça te correspond ? François Marry : « Non, pas vraiment. D’habitude, je suis plutôt du genre à agir sans trop me poser de questions, à ne pas me laisser bloquer par ce qu’elles pourraient induire. Maintenant, c’est vrai qu’il y a beaucoup de formes interrogatives dans ce disque parce que ça correspondait davantage à une période précise de doutes, alors que le précédent était plus impératif, c’était « soyons les plus beaux !».» « Allons à la piscine demain ! » François Marry : « Oui, voilà. » Sinon, au doute, on peut accoler le single ‘La Vérité’ qui dit « la vérité, en vérité, la vérité tu ne la connais pas ». ça te travaille ? François Marry : « Ce qui me travaille c’est que des gens s’obstinent à penser qu’ils ont tout le temps raison. J’ai l’impression de vivre dans une cohue de gens qui veulent affirmer leur vérité sans prendre en compte le fait qu’elle leur est propre. Il n’y en pas forcément un qui voit le monde d’une meilleure manière que l’autre. C’est Pierre (Loustaunau, également membre de Petit Fantôme, ndr) qui m’a fait réfléchir à ça en citant Nietzche : « la certitude rend fou ». Le propos n’est pas moralisateur, je trouve simplement que ça rend la vie plus simple d’être tolérant et ouvert d’esprit. » Tu évoques Nietzche. Tu lis beaucoup ? François Marry : « Pas assez. J’ai beaucoup lu plus jeune mais actuellement, je suis plutôt porté sur le dessin, la promenade. » Dans les bois ? Les allusions à la forêt sont omniprésentes dans ta discographie, deux titres y font référence ici, mais il y a aussi le split album ‘Forests Songs’ ou le morceau ‘Caché dans les Bois’ sur ton premier album solo de 2004. François Marry : « Quelle connaissance de ma discographie ! (rires). Puisqu’on parlait de livres, j’ai récemment lu ‘Un Balcon En Forêt’ (de Julien Gracq en 1958, ndr) qui m’a complètement happé. J’aime bien dans les bois cette sensation d’être à la fois protégé par la végétation et quasiment certain que personne ne nous entendra si quelque chose de plus néfaste devait arriver. En fait, c’est un lieu hors moralité, ce n’est ni le bien, ni le mal, c’est ça qui me plaît. » Le fait d’être planqué dans les bois pourrait contraster avec celui de s’exposer sur scène. François Marry : « La scène, c’est un amusement, un plaisir partagé avec le groupe, ça permet de faire un peu d’exercice physique. C’est l’essence même du truc, je préfère ça au travail de studio. »

Promenons-Nous Dans Les Bois !

Donc l’idée de départ, c’était de faire danser les gens ? François Marry : « Non. Je ne le trouve pas non plus forcément ultra dansant cet album. Je le trouve plus engageant parce qu’il est plus direct, moins dans le domaine de la contemplation et de la rêverie, plus terrien. » Tu l’expliques comment cet aspect plus terrien ? François Marry : « On a senti qu’on était dans un flux de gens autour de nous dont l’émotion et l’enthousiasme étaient grandissants. Ce sont ces personnes – je pense notamment à nos managers, ou au Centre Culturel Français qui nous a amenés à aller jouer en Afrique – qui nous ont poussés à faire les choses en plus grand. Avant qu’on vienne nous solliciter un peu, on avait l’impression qu’on pouvait rester éternellement dans notre coin à faire ce qu’on voulait, gentiment, en rêvant. » Tu évoques le groupe. Comment se passe l’écriture des morceaux ? François Marry : « J’écris pour eux, en fonction d’eux, parce que je les connais bien et que je sais ce qui marche ou pas. On pourrait presque dire que les Atlas Mountains font des covers de François. » Est-ce que le fait d’avoir enregistré en studio pour la première fois implique davantage de rigueur et de perfectionnisme ? François Marry : « Pas du tout. On ne dirait pas comme ça mais tous les trucs lo-fi que j’ai enregistrés avant ‘Plaine Inondable’ étaient très réfléchis ; ils ont demandé beaucoup d’heures de maturation. Comme je bossais totalement seul dessus, c’était un vrai travail de fourmi. J’ai l’impression d’avoir fourni plus d’efforts pour accoucher de ces disques alors que ‘Piano Ombre’ a été fait de manière beaucoup plus rapide. De plus, il y avait un problème de clim’ dans la salle d’écoute et je ne supportais pas d’y être. Du coup, je restais dans la salle de prises et je laissais le reste du groupe et le producteur décider des bonnes prises. » Ce producteur, c’est Ash Workman, connu pour son travail avec Metronomy entre autres… François Marry : « En réalité, je ne connaissais pas beaucoup ses productions mais j’aimais bien

Un disque : ‘Piano Ombre’ (Domino/V2)

on stage 20/05, Les Nuits Botanique (Bruxelles)

François & The Atlas Mountains


T e x t e : A n n e - L i s e R e m a c l e T e x t e : A n n e - L i s e R e m a c l e © m ar i e p la n e i ll e 07

Prendre le temps d’un thé et d’une trêve. De se projeter dans des terres arides mais génératrices d’étincelles, de

requêtes qui portent loin, qu’on ne voudrait voir personne entraver arme au poing. L’espace d’une demi-heure, avec Eyadou Ag Leche, l’un des porte-voix des charismatiques Tinariwen, il s’agira de célébrer l’universalité, d’abolir les frontières entre le Mojave, le Sahara et Bruxelles. De ne pas laisser le sable effacer les inscriptions en tifinagh sur nos bornes musicales, d’accueillir aussi

notre propre part de silence. « Imidiwan, ahi sigdim ! » La situation au Nord-Mali reste très tendue, je me demandais comment vous alliez…vu d’ici, tous ces différents groupuscules, c’est alambiqué. Eyadou Ag Leche (bassiste) : « Depuis quatre mois, il y a un petit stand-by suite à l’intervention militaire. Les factions s’éliminent doucement. Les rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad ont une cause saine, tous les antagonismes qui se sont construits autour, ce ne sont que des jeux politiques pour empêcher cette indépendance, des jeux qui ont amené beaucoup de désordre. L’Etat et les rebelles s’organisent petit à petit à travers des négociations : j’espère que ça amènera un bon résultat, même si on a encore du mal à voir ce que sera l’avenir. » Vous qui êtes bousculés depuis des années, qu’est-ce que vous aimeriez pour l’Azawad ? Eyadou : « Nous, en tant que Touaregs, on a toujours souhaité la paix pour nous, mais aussi pour toute l’humanité. Toute sérénité obtenue par la force est vouée à l’échec, c’est par ces mots que débute ‘Toumast Tincha’, le premier morceau de l’album. Avec cette volonté d’harmonie, je ne vois pas pourquoi on ne nous donne pas l’autonomie. La réalité principale c’est que c’est notre terre depuis l’origine! Le fait qu’il y ait de l’uranium à Kidal vient fausser la donne, entraîne des magouilles : tout le monde s’excite. En 63, il y a eu une rébellion, en 91 il y a eu une rébellion. Pourquoi est-ce qu’en 2011, on voit surgir les islamistes ? D’où sortent-ils, ces gens ? On ne va pas se laisser gagner par la peur. Aujourd’hui, tout le peuple est debout sur un seul pied à réclamer sa liberté, on n’acceptera jamais les terroristes. Jamais de la vie ! Toutes les images diffusées au sujet des groupuscules par la télévision ne laissent pas de temps pour la vraie intention. »

Eyadou : « « Emmaar », c’est la limite entre la chaleur et la fraîcheur. Si tu as un feu, et qu’il fait froid, tu dois t’en rapprocher, mais juste où il faut, pas trop près, pas plonger dessus (ndlr : il esquisse un geste de la main). C’est un mot très polysémique, on pourrait aussi l’employer à propos de la lumière. C’est la juste tension, un équilibre très difficile à obtenir, symbolique de ce que nous souhaiterions pour notre région. » Vivez-vous les tournées loin de vos familles comme un exil supplémentaire ? Eyadou : « Pour nous, c’est vraiment du travail. C’est une mission, une joie, une fierté de propager notre message mais aussi de ramener chez nous ce que nous avons découvert des autres, c’est un vrai échange, une belle occasion de se parler entre gens différents. On se considère comme une seule famille. Ça nous donne aussi le courage de voyager de savoir qu’il existe des réserves, d’autres groupes comme Tamikrest, Kel Assouf ou Bombino pour propager la musique touareg, pour qu’elle devienne très vaste. On est très heureux d’avoir pu être inspirants pour de plus jeunes formations. Nous sommes aussi partis voir les aborigènes, les indiens d’Arizona, du Chili : chacun a son importance, la solution est sans doute universelle. » Peux-tu expliquer ce que représentes l’assouf qui est au cœur de votre culture et de votre son ? Eyadou : « Quand tu essaies de traduire, c’est compliqué, c’est mieux de le sentir (rires). C’est une nostalgie très profonde, un silence qui parle. » Moi, ça m’évoque la saudade portugaise, le blues des américains, et le sehnsucht allemand (un désir ardent mais douloureux). Eyadou : « Oui, j’avais déjà entendu parler de la notion portugaise, on est vraiment proche de ça. Bien plus que du terme « blues » qui est né dans la souffrance de l’esclavage, un vrai moment d’enfer pour l’humanité, une réelle difficulté de vivre pour ceux qui chantaient. Dans l’assouf, il y a une intensité de sensations, un trouble : tu es tellement bien et tellement triste à la fois. » C’est ce que transmet ‘Koud Edhaz Emin’, non ? Eyadou : « Oui, cette chanson-là dit exactement : « même si je semble sourire, mon cœur est gercé et craquelé. » » Votre nouvel album célèbre aussi une forme de fierté des ancêtres, très prégnante mais dans le respect de chacun. Eyadou : « L’environnement a un très grand impact sur l’être humain. Je crois que chaque peuple a son beau secret propre qu’il garde dans son âme et qui le pousse à imaginer, à agir en société, à crier. Le désert a sa part de silence et de souffrance en même temps mais aussi de joie : tu es dans un paradis. Tout ça crée un univers qui s’insuffle en toi comme une force. Ceux qui vivent près de la mer, les Eskimos aussi ont ce quelque chose d’impossible à définir et dans l’Himalaya, ou les montagnes aussi, ça doit être pareil. La nature aussi parle : elle crée des sources souterraines mais aussi au-dessus du sol auxquelles tu te nourris. » Ça permet de se sentir riche, mais sobrement. Eyadou : « Vraiment, on ne souhaite pas de mode de vie encombré, dicté par la surconsommation mais malheureusement on ne peut guère l’éviter : pratiquement les dernières sources d’uranium, de pétrole sont chez nous, à Kidal. On a effectivement peur de voir se développer les industries à outrance. Ça peut s’avérer utile et favoriser certaines choses, mais ça ne me plaît pas : ça peut vite dégénérer, c’est la course au profit. Nous, on n’a pas de montres. Tu devines l’heure qu’il est, c’est ça qui est beau : « est-ce que ça ne serait pas le bon moment pour faire ça ? ». La vraie envie, c’est mieux qu’un sms !

Les Chiens Aboient, La Caravane Passe

C’est la première fois que vous enregistrez un album hors d’Afrique…pourquoi la Californie et en particulier le Mojave ? Eyadou : « C’était un choix collectif d’aller chercher le désert partout, ces modes de vie qui lui sont propres. Notre objectif c’était de tenter de transmettre comment on se sent dans un autre désert que le nôtre. Les habitants de Joshua Tree ont leur style qui s’adapte à leur propre milieu. Le désert africain est forcément moins confortable que l’américain (rires). Mais beaucoup de choses nous ont fait penser que nous étions dans un vrai désert. On avait fait ‘Tassili’ à Djanet, en Algérie, mais ici on était très bien équipés, on ne manquait d’aucun moyen. » Comment s’est faite la rencontre avec les musiciens américains? Eyadou : « De façon très naturelle. On a découvert les Red Hot Chili Peppers il n’y a pas si longtemps. Flea était intéressé par notre musique et il nous a rejoints pour quelques morceaux à un concert. Ça a créé une amitié, et leur guitariste, Josh Klinghoffer, est venu dans le Mojave avec nous. On était vraiment ouverts à d’autres artistes. » Comment parveniez-vous à tous communiquer? La musique est un langage en soi, mais il faut néanmoins des passerelles pour se comprendre… Eyadou : « Je pense qu’il existe un sentiment musical. Vu la manière dont on chante, si quelqu’un a le même élan, il peut nous rejoindre dans n’importe quelle langue. Il tombe dans le même couloir de poésie ou la même peine, la même envie de parler : il y parvient parce que la musique le touche. Tout devient facile. » J’ai vu une vidéo d’enregistrement de ‘Tassili’ où Tunde Adebimpe (TV on The Radio) voulait connaître le sens d’un morceau pour pouvoir en écrire le refrain… Eyadou : « Le sens reste important, oui. On tourne partout dans le monde, mais parfois avec beaucoup d’inquiétude dans nos cœurs : comment faire avancer notre peuple, comment l’aider ? On cherche donc à communiquer énormément sur ces questions-là avec nos amis artistes, ça les touche, ils essaient d’être un maximum en empathie. » Ont-ils apporté quelque chose de différent à votre musique, que votre son a changé ? Eyadou : « Notre évolution a été plutôt naturelle, choisie. On n’avait pas l’intention de se dévoyer à cause de la technique. On a essayé de s’adapter au désert américain, de faire un mariage harmonieux, de mélanger ces terres. » Que signifie exactement le titre ‘Emmaar’?

Tinariwen ‘Emmaar’ Coop/Pias

Quand tu es dans le désert depuis si longtemps, quel murmure des tiens entends-tu encore, mon ami, mon frère ? Saul Williams a mis le feu aux poudres : ‘Toumast Tincha’ se fait un mirage brûlant, galope sur les eaux rares, se mue en transe de nuit qui dresse les fouets et les serpents. À sa suite, la haie d’honneur qui accompagne ‘Chaghaybou’ enclenche le mode hiératique, pulse le dos très droit, le riff presque sec. Le cercle s’agrandit autour des chœurs de ‘Arheg Danagh’, concile de mains jointes pour cavalier à cœur vidé et sans boussole. Vives mais encore disparates sont les forces exhortées à rejoindre le combat avant que ne résonne ‘Imidiwan Ahi Sigdim’, rappel hypnotique, mélopée à gorges multiples et odeur d’encens. ‘Tahalamot’, griot fanfaron, maintient l’attention de tous dans son sillage de musc, tandis que ‘Sendad Eghlalan’, faussement léthargique exhorte au réveil des âmes. Au cœur de la tourmente, surgit une silhouette brune qui s’évanouit aussitôt, réinsufflant pourtant de l’ardeur aux camarades. ‘Emajer’, brillante dans chaque reflet, oasis vibrante traversée d’une voix d’air, ouvre à bien d’autres mondes, loin des nouveaux far-wests. ‘Emmaar’ est un piment doux qu’il vous faudra prendre le temps d’apprivoiser, au cadran ou au sablier. (alr) Suivez le guide : http://tinariwen.com/

on stage 09/03 Ancienne Belgique (Bruxelles) 30/04 Rockhal (Lux)


08

Texte : A Gn en ry e -L e i sfee b Rvermea c ©ljeo e r g ko o p m a n n

Élaborés avec un soin maniaque dans leur laboratoire, les paysages sonores de The Notwist redessinent à intervalles réguliers une géographie nouvelle transcendant les frontières entre l’autisme des machines et le romantisme de l’électronique. S’ingéniant à brouiller les pistes, au propre comme au figuré,

le nouvel opus de la formation allemande témoigne à nouveau de cette capacité à métamorphoser les abstractions et la mélancolie tout en refusant la séduction immédiate. Entre folk, shoegaze et expérimentations analogiques, ses compositions dilatées et

diffractées, qui doivent beaucoup au collage et à l’improvisation collective, devraient enfin permettre à ces Teutons au look de chercheur en physique nucléaire de tourner la page ‘Neon Golden’.

Teutons Flanger

Vous avez sorti ‘Neon Golden’ en 2002, ‘The Devil, You + Me’ en 2008 et maintenant ‘Close To The Glass’. On se fixe déjà rendez-vous en 2020 comme dans la chanson des Suuns ? Markus Acher : « (Rires) Oui je connais cette chanson ! En réalité, on a tourné assez longtemps avec ‘The Devil, You + Me’, pas loin de 18 mois, puis on a composé un peu pour le cinéma, la radio et le théâtre. Puis il y a nos sideprojects qui nous ont accaparés un peu. Sans compter qu’on a également consacré un minimum de temps à la famille ! L’un dans l’autre, ça n’est qu’en 2011 qu’on a véritablement commencé à travailler sur ce nouveau disque. Parfois un peu en dilettante mais on a quand même passé énormément de temps en studio. Aussi bien pour définir les lignes de force de ce nouveau projet que pour le réaliser et élaborer des arrangements satisfaisants à nos yeux. Pour nous il est important de sans arrêt essayer de créer des disques différents. C’est aussi pour ça que nous prenons de plus en plus de temps entre deux albums. On a été très sélectifs, on a écarté beaucoup de chansons qui sonnaient trop comme les deux disques précédents. Parce qu’avant d’être des musiciens, on est avant tout des fans de musique. » Avez-vous travaillé de la même façon ou bien avez-vous fait évoluer votre processus créatif ?

Markus Acher : « A la base, l’idée était de capturer l’esprit du groupe tel qu’il s’exprime en live, dans une démarche d’improvisation collective. Alors qu’on avait pris l’habitude de travailler chacun de notre côté avant d’assembler nos propositions. Mais ces dernières années, on a dû intégrer un nouveau batteur, un deuxième guitariste et un nouveau percussionniste/vibraphoniste. Et on se retrouve maintenant à six dans le groupe, ce qui démultiplie les combinaisons et les possibilités stylistiques. Et c’est cette nouvelle énergie qu’on voulait essayer de capter. Un titre comme ‘Kong’ par exemple a été composé pendant une répétition avant un show à Berlin alors qu’on venait d’écouter de vieux disques de Stereolab. Mais ce qui a fonctionné sur certains titres n’a pas du tout marché sur d’autres. Il a donc été nécessaire que Micha, Martin et moi on retravaille certaines choses de notre côté. » C’est aussi une façon de marquer une césure avec le passé et de tourner la page ‘Neon Golden’ à côté duquel ‘The Devil, You+Me’ a été injustement sous-estimé ? Markus Acher : « Quand on a sorti ‘The Devil, You + Me’, on n’avait pas vraiment pris conscience à quel point la critique avait placé ‘Neon Golden’ sur un piédestal.


T e x t e : la u r e n t g r e n i e r © m a n u e l r u f i e

Pour nous, ‘Neon Golden’ n’est pas notre disque majeur. C’était juste le fruit de notre évolution, une étape normale dans notre parcours artistique. Et lorsqu’il s’est agi de défendre ‘The Devil, You + Me’, on s’est pris cette sorte de révélation en pleine figure. On a presque été forcé de reconnaître qu’il serait difficile d’égaler ‘Neon Golden’ ou d’admettre que ‘The Devil, You + Me’ était nécessairement moins bon ! Et donc pour ce nouveau disque, c’est vrai qu’on s’est sentis plus libérés, on a ressenti qu’on avait à nouveau les mains libres pour faire ce qu’on voulait. Mais je le répète, c’est paradoxal parce qu’on n’avait ressenti aucune pression non plus avant ‘The Devil, You + Me’. » On connaît vos accointances avec le hip-hop. Et ce nouveau disque comporte beaucoup de samples, de cassures, de ruptures de style, de collages. Est-ce précisément un emprunt à la musique hip-hop ? Markus Acher : « Oui en effet. J’aime beaucoup par exemple le hip-hop expérimental de Shabazz Palaces. Et les collages dans ce nouveau disque sont très fort inspirés d’une certaine culture hip-hop. J’aime bien jouer avec la musique des autres pour l’incorporer dans notre musique. Le déclic s’est produit lorsqu’on a enregistré ‘Run Run Run’ qui est un morceau très fragmenté à l’origine mais auquel on a réussi à donner une cohésion. Et donc on a utilisé beaucoup de samples mais on ne s’en est pas servi comme dans le hip-hop où tu prends des parties entières pour faire tes beats ou tes loops. On a isolé des sons pour les réinjecter. Les collages sont vraiment le marqueur stylistique de ‘Close To The Glass’. Mais audelà de ça, on a surtout essayer de surligner les ruptures stylistiques en élaborant un tracklisting volontairement très éclaté dans sa déclinaison. Un peu comme si tu sautais d’une station de radio à une autre. » Tu évoques Shabazz Palaces qui est un groupe du label Sub Pop qui va vous héberger aux Etats-Unis. J’imagine que ça n’est pas qu’une coïncidence et que ce label signifie quelque chose de particulier pour vous ? Markus Acher : « Oui sans aucun doute. On n’avait aucun problème avec Domino mais quand on a eu vent de l’intérêt de Sub Pop, c’était difficile de refuser. On connaît les influences que ce label a pu avoir sur la musique contemporaine, bien au-delà du grunge. Modest Mouse, The Shins, Death Cab For Cutie, The Postal Service, ce sont quand même des références… » Il semble aussi que vous avez réécouté pas mal de musique des 90’s ? ‘7-Hour-Drive’ est presque un pastiche de My Bloody Valentine ! Markus Acher : « (Rires) Oui c’est un hommage à My Bloody Valentine, je ne peux pas le nier ! On a aussi beaucoup réécouté Stereolab, Broadcast… C’est aussi une évolution, on n’a plus peur de dévoiler nos références, alors qu’avant on n’aurait jamais osé les exposer si explicitement. Même chose pour un morceau

à la structure très classique comme ‘Casino’, plutôt folk, que nous n’avons pas voulu dénaturer en y rajoutant in extremis des sonorités électroniques. J’ai toujours apprécié l’œuvre de Neil Young même si ça n’apparaît pas toujours si explicitement dans notre musique. » Qu’est-ce que le fait de composer pour le cinéma a apporté à votre écriture ? Markus Acher : « Ce fut une expérience vraiment enrichissante dans la mesure où elle nous a imposé un autre regard sur notre musique. On a pas mal tâtonné pour trouver le langage musical adapté au film (‘La Révélation’ de Hans-Christian Schmid, ndr). La chose la plus difficile fut de rester très minimaliste pour éviter que la musique ne tue l’image. Faire quelque chose qui ressemble à une B.O., qui en même temps soit une œuvre originale de The Notwist, et surtout que ça reste audible, c’était un peu la quadrature du cercle ! Un titre comme ‘Lineri’ semble très cinématographique si on l’analyse en tant que musicien mais pour un cinéaste il serait probablement trop chargé, même si ça dépend évidemment du film et du cinéaste. » Le titre de l’album a-t-il un quelconque rapport avec Philip Glass ? Markus Acher : « C’est amusant que tu poses la question. En réalité, j’avais composé des pièces instrumentales pour un festival à Munich et c’était franchement inspiré du courant minimaliste. Et j’avais intitulé ces compositions ‘Close To The Glass’. Et là il y avait cette chanson de Notwist pour laquelle j’ai recyclé ces mots parce qu’ils sonnaient bien dans le contexte et c’est ce morceau qui a donné son titre à l’album. C’est donc plutôt un concours de circonstances. » As-tu as encore dans tes cartons des projets avec Lali Puna ? Markus Acher : « On a repris un peu le projet après l’avoir laissé en sommeil quelques temps et on a refait quatre concerts. Comme tu le sais probablement, la chanteuse de Lali Puna (Valerie Trebeljahr, ndr) est aussi ma femme. Et ça n’est pas sans poser des problèmes pratiques, on a deux enfants qui sont en âge d’aller à l’école et ça devient difficile de partir en tournée. Il faut dépendre des grandsparents et c’est compliqué. Mais Valerie a recommencé à composer des choses et il n’est pas impossible qu’on refasse bientôt un nouveau disque. Le fait d’avoir rejoué quelques dates ensemble nous a redonné l’envie de recréer quelque chose avec Lali Puna. » Un disque : ‘Close To The Glass’ (City Slang/ Konkurrent)

on stage 19/03, Botanique (Bruxelles)

STAFF PICKS

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WILD BEASTS

SPAIN

Holly

Promises of No Man’s Land

Roslyn

Present Tense

Sargent Place

A L T E R N A T I V E

W

W

09 11

O N L I N E

R E C O R D S T O R E

W . B I L B O R E C O R D S . B E

B I L B O • L A D E U Z E P L E I N 13 • B - 3 0 0 0 L E U V E N • 016 5 0 0 7 7 3


10

T e x t e : : AAnnnnee- -LLi s i see RReemmaaccllee © dusdin condren

S’accrocher à quelque nuage. Espérer que plus dure ne sera pas la chute. S’aider du vertige pour rebondir, se

reconnecter à sa prise de terre, rassembler sa garde rapprochée pour faire rempart contre sa peur du vide, pour élever de nouvelles notes. Dans ce sas à toute vapeur où sa fibre classique aurait pu faire collision avec son goût du décalage, Adam Granduciel, voltigeur

inquiet, n’a pourtant pas lâché la barre. Et nous désormais de planer, dans un rêve élastique… Dans quel état d’esprit étais-tu pour ‘Lost In The Dream’? Il laisse une impression de solitude, contrastée par une forme de lutte, peut-être… une tentative d’évasion. Adam Granduciel : « Oui, certainement des troubles, un sentiment d’isolement. Une peur très présente, de la paranoïa. Plus que du burn-out, de l’hypocondrie, de la confusion. Je me sentais surtout vraiment déconnecté de celui avec lequel j’avais grandi, de ce que je pensais être moi. J’ai passé beaucoup de temps à voyager, à jouer, rencontrer des gens. À ne pas me diriger vers l’intérieur. Et une fois que la tournée pour ‘Slave Ambient’ s’est terminée, je suis rentré à la maison et tout avait changé. J’étais très embrouillé sur ce qu’était mon but, ne sachant pas pourquoi j’étais si anxieux à propos de tout. » Une sorte d’obstacle à dépasser, comme un lézard qui a besoin de se débarrasser de sa peau pour renaître ? Adam : « Je ne sais même pas si je voulais me renouveler, je crois que j’ignorais totalement ce que j’étais supposé trouver. Ça m’avait rendu aussi très indépendant émotionnellement parlant, avec la fin d’une relation de longue durée après ce disque. Au milieu de ce bazar, je ne pouvais pas m’empêcher de me dire que je n’avais rien fait de particulier pour mériter tout ça. Je me sentais imposteur. Certains se sentaient très attachés à l’album, d’autres m’ont dit l’avoir utilisé comme bande-son à leur mariage et c’était beau d’entendre ça, mais j’avais la sensation que je n’en faisais pas encore assez, que je n’y avais pas mis assez de moi. Cette impression tenace que je ne savais pas qui j’étais en tant qu’auteur. J’ai commencé à écrire à la fin de 2012, donc j’avais finalement mis sur bande pas mal de morceaux afin de tomber dans ce vortex, ce qui est plutôt bizarre. »

pas à créer de buzz éphémère. J’essaie juste de faire des morceaux comme ceux que j’ai aimés toute ma vie. » Quels sont-ils, ces disques de chevet ? Adam : « Un de ceux que je préfère est ‘All Things Must Pass’ de George Harrison. Je pourrais aussi dire ‘Blonde On The Tracks’ de Bob Dylan, mais je ne l’emporterais pas sur une île déserte. ‘Imagine’, évidemment. Probablement ‘Time of the Last Persecution’ de Bill Fay, je suis tout à fait dedans en ce moment. Je suis du genre à analyser les arrangements ou la façon dont les autres auteurs sont ou non connectés à eux-mêmes. » As-tu l’impression d’avoir fait un album de groupe ? Adam : « C’est mon propre bébé, c’est clair, mais c’est sans doute la meilleure illusion de groupe que j’ai faite jusque là. Ce n’était pas tant une question d’instruments que de rassembler autour de moi des amis, des gens que je respecte musicalement. » Tu possèdes un Holga … sa particularité, ce sont ses possibles défaillances et apparemment, c’est quelque chose que tu apprécies. Adam : « Oui ! J’adore. J’ai fait des inserts pour la pochette du dernier album, et aussi la couverture de ‘Slave Ambient’ et du premier album. J’aime cette sensation d’enlever le film comme si je le faisais tomber, tenter de le ramasser et voir ce qui a bien pu se produire. Bien peu de choses t’apportent ça, à l’heure actuelle. Un peu comme un gros pain dont tu n’es pas sûr qu’il soit bon ou non. Avant, je faisais des films en super8, mais je dois avoir environ 35 rouleaux non développés. Qui sait ce qu’ils peuvent bien contenir vu que j’ai commencé à 16 ans et que la dernière fois remonte à cinq ans ? Je ne connais pas beaucoup de réalisateurs, cela dit. Mais j’aimerais. » Et question écrivains ? Adam : « Plutôt des auteurs anciens que des contemporains. En particulier Gregory Corso, Henry Miller. Mais surtout les nouvelles de Carver. Ça m’a marqué quand il raconte que ses parents organisaient des soupers et que son frère et lui finissaient tous les fonds le matin : il avait sept ou huit ans ! Ses personnages ont toujours tellement l’air de s’ennuyer dans leur banlieue. Ça ne me rappelle pas tant la vie que j’ai eue que l’endroit d’où je viens : mes parents n’étaient pas du genre sociable, donc je ne m’identifie pas aux réceptions, mais par contre bien au désœuvrement. Tout ça a commencé à faire sens au collège. » As-tu ressenti l’urgence de t’éloigner de tes racines, du Massachusetts ? Adam : « Absolument! C’est venu à peu près au moment où je commençais à me concentrer sur la musique, comme une voie de carrière. Trouver mon chemin au-delà d’une enfance qui ne promouvait pas vraiment la libre expression. J’ai toujours su que je voulais être un artiste d’une certaine manière, je ne savais juste pas comment. J’avais sans doute besoin de plus d’exposition, de référents. » Pete Seeger est décédé hier. J’imagine que tu connais par cœur cette controverse entre lui et Dylan à propos du passage à l’électrique… Adam : « Oh oui, 65 ! (rires) Quand j’étais plus jeune, j’ai aussi fait une plongée dans le côté plus doux du folk, en particulier américain. Grâce à Dylan, j’ai été initié aux Clancy Brothers, Woody Guthrie, Joan Baez, Richard Fariña. Mon père était fan de Pete Seeger : il n’était pas un grand amateur de musique, mais ça oui, sans être de la même génération. Il passait du Harry Belafonte, des big bands comme celui de Benny Goodman. Ma mère c’était plutôt Georges Harrison, Roy Orbison. » Penses-tu qu’il faille diffuser un message à travers ta musique ? Adam : « Pas encore. Je crois que je cherche toujours de quoi il retourne. J’essaie juste de m’exprimer sur la vie et de me connecter aux autres, leur apporter un peu de joie ou de nostalgie ou que sais-je. J’espère juste que je fais du bon boulot. »

With A Little Help From My Friends

Tu avais déménagé entre-temps ? J’ai lu dans une de tes précédentes interviews que tu sentais devoir le faire mais que d’un autre côté, tu avais tout ton studio installé chez toi… Adam : « J’aime bien m’éloigner, expérimenter avec l’environnement, en faire un voyage. Si je faisais ça à la maison, que j’invitais mes amis à travailler sur le son, ils viendraient, mais auraient toujours cette nuit de DJs à 22h, et ce qui est essentiel pour moi passerait sans doute au second plan. Quand tu t’en vas à dix heures de chez toi dans un studio en rase campagne, ça prend de l’ampleur pour tout le monde, il y a moins de distractions. Je ne voulais pas que ça ressemble juste à un hobby. Je suis assez perfectionniste : j’essaie de capturer l’essence de ce que j’imagine être le morceau. Parfois certains disent : « Okay, c’est bon, ça sonne bien. ». Et pour moi c’est « non » (petit signe de la tête). Ils me disent : « tu es fou, mais fou », mais je ne trouve pas (rires). Je sais juste ce que c’est supposé me faire ressentir! » Parfois ça te paraît trop évident, et tu as à cœur d’ajouter de l’étrangeté ? Adam : « Tout à fait! Dans chaque chanson, j’essaie d’aller à cet endroit auquel je ne m’attendais pas, et quand j’y arrive, je considère que c’est gagné. Je veux faire exploser mon esprit. Je suis chanceux : ceux avec qui je bosse aiment mes morceaux, la façon dont je fonctionne en studio et sont toujours enthousiastes, mais je veux m’exalter moi-même. » Cette fois, les textures sont moins présentes, mais il y a nettement plus d’espace : les plages sont plus longues, et il y a des silences, des parties non chantées en début ou en fin. Quelle était ton intention en créant ces pistes en extension ? Adam : « C’était plus une question de ne pas couper court, de laisser tourner en amont et en aval pour laisser les choses subvenir. Ça devenait de plus en plus beau, des surprises qui m’enthousiasmaient en fin de piste. Je voulais que les gens s’enfouissent dans le morceau et que ça continue à être mémorable. » ‘Red Eyes’ est un classique instantané. Est-ce que la meilleure partie de ce que tu fais tient à une forme d’intemporalité ? Adam : « Oui, parce que c’est tout à fait ce que j’aime. Les choses constantes, inchangées. Je ne cherche

The War On Drugs ‘Lost In The Dream’ Secretly Canadian/Konkurrent

« We’re runaways ». Tressaillant, tressautant, hommes-machines sous la pression. Sans cesse en cavale, chercheurs féroces d’amplitude, de moyens de s’envoyer en l’air sans craquelures. Collectionneurs de drones endurants, de tanins charpentés canalisant nos épanchements. Et nos ‘Red Eyes’, sont bien plus loquaces qu’aucun head-banging, qu’aucun trampoline à beats : la roulette ruse encore, perd et tu halètes, fracassé d’autant de petites morts. Ne compte pas sur moi pour débrancher la prise, je nous trimbalerai plutôt entailles à l’air, ‘Suffering’ en piano-solo, rebondissant contre le sort mauvais, « like a nail down through the heart / that just don’t beat the same anymore ». Avec panache ? Avec reverb! Ô bien sûr, il se peut bien que j’ai vu se dessiner le profil de Bob dans tes alcôves d’harmonica d’’Eyes In The Wind’, craché sur quelques beats plastique de drum machine dont tu saupoudres tes vagues à l’âme. Il se peut qu’affamée, j’aie eu peur de la décélération, de ne plus voir en toi un « burning man », une ampoule secouée de frissons. Je me suis souvenue alors que « love’s the key to the games that we play », que même sur les rails à toute berzingue, même dans une parade électrique, il faut maintenir le temps du regard, de l’écho, du fade out dans l’obscurité. Perdue volontairement dans ton rêve long en bouche, je me suis sentie chez moi. (alr)

The War On Drugs

Suivez le guide : http://www.thewarondrugs.net

on stage 25/05, Les Nuits Botanique (Bruxelles)


T e x t e : G e r y L e f e b v r e © Car o l i n e l e s s i r e

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BOY & BEAR 06-03-2014

12.04 HAUSCHKA 18.04 CHRISTINA VANTZOU 09.05 LORI GOLDSTON + GUY VAN NUETEN

DAN LE SAC VS SCROOBIUS PIP 07-03-2014

SOHN (@EXIT07) 09-04-2014

THE 1975 10-03-2014

GRAMATIK 05-05-2014

AB & Klara presents

19.04

CHET FAKER 07-05-2014

A LATE NIGHT WITH LAIKA ADRIAN UTLEY’S GUITAR ORCHESTRA PLAYS TERRY RILEY’S IN C ONEOHTRIX POINT NEVER JANDEK ANDRÉ STORDEUR + F. DU BUSQUIEL ORPHAN FAIRYTALE

SKUNK ANANSIE ACOUSTIC SHOW 13-03-2014

+ LECTURE BY DAVID KEENAN (THE WIRE) ON KOSMISCHE MUSIC + LABEL MARKET + SCREENINGS METRONOMY 31-03-2014

02.03 | YOUNG FATHERS + ANTWON 02.03 | MIDLAKE + ISRAEL NASH 05.03 | MODERAT + ANSTAM + LATE NIGHT LOTTO VIBES III: MODESELEKTOR DJ-SET 08.03 | FANFARLO + LILIES ON MARS 09.03 | TINARIWEN 12.03 | ADMIRAL FREEBEE 13.03 | ADMIRAL FREEBEE - EXTRA CONCERT 14.03 | CULTS 16.03 | JOAN AS POLICE WOMAN + HYDROGEN SEA 18.03 | COCA-COLA SESSIONS: ERIKSSON DELCROIX - FOR EVER + YOU RASKAL YOU 19.03 | FRANK TURNER & THE SLEEPING SOULS +

BRNS 28-04-2014

FAUVE 05-04-2014

ANDREW JACKSON JIHAD + DUCKING PUNCHES

20.03 | EARL SWEATSHIRT 20.03 | OLOF ARNALDS @ HUIS 23 23.03 | YOU ME AT SIX + DEAF HAVANA 23.03 | araabMUZIK 24.03 | ANNA CALVI 28.03 | SCORPION CHILD + HORISONT + JACKSON FIREBIRD 29.03 | GABRIEL RIOS 29.03 | LA CHIVA GANTIVA 31.03 | BROKEN BELLS + GARDENS & VILLA 02.04 | OLD MAN GLOOM + CIRCLE + OATHBREAKER @ BEURSSCHOUWBURG 04.04 | THE SUBS + B + LATE NIGHT LOTTO VIBES IV: THE SUBS ‘HOLOGRAM’-AFTERPARTY

JOHN MAYALL 17-04-2014

TINARIWEN 30-04-2014

KLANGKARUSSELL 27-04-2014

THE SUBS 17-05-2014

+ ASHWORTH

06.04 | (15u00!) FOREST SWORDS - EXTRA SHOW + PATTEN 14.04 | S O H N 17.04 | 65DAYSOFSTATIC PLAYS ’THE FALL OF MATH’ (’04) + THOUGHT FORMS

GIRLS IN HAWAII 30-05-2014

www.rockhal.lu Rockhal, Esch/Alzette (LUX) // infos & tickets: (+352) 24 555 1 Rockhal recommends to use public transport: www.cfl.lu


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T e x t e : : GAenrnye L - Lei f seebRverm e a©c lcey r il gourdin

Pour vivre heureux, vivons casqués. Un adage à la mode dans la France d’aujourd’hui. Mais pour Cascadeur, la fascination réside surtout dans le dédoublement, la démultiplication. Il le prouve en

invitant une constellation de musiciens prestigieux pour repousser les limites de sa galaxie intime. Une distribution digne d’une Space Odyssey en cinémascope, entre dream-pop luxuriante et glam-rock spatial. Peut-être moins casse-cou que son prédécesseur, ‘Ghost Surfer’ explore d’autres univers et devient alors une épopée musicale truffée de mondes parallèles où l’on rencontre tour à tour des chimères lyriques ou des créatures hybrides de soul-music. Bas les casques ! Cascadeur induit l’idée de doublure, et tu joues beaucoup sur cette idée de dédoublement, de fantômes, de masques. C’est le masque que l’on porte plus ou moins tous aujourd’hui pour jouer notre rôle en société ? Cascadeur : « Lorsque j’étais enfant, il m’est arrivé une fois ou deux de rencontrer des gens que j’admirais. Et que ça se passe mal. Et c’était tellement triste, tellement décevant, que j’ai complètement arrêté d’écouter ce qu’ils faisaient. Et ça m’a vachement fait réfléchir à la corrélation entre l’intime et la création. Où est le trompe l’œil ? Où s’arrête la mise en scène de l’artiste ? Et quand tu as été longtemps comme moi une sorte de musicien de l’ombre, tu as encore davantage cette sensation de double vie. Je voulais mettre ça pour ne pas qu’on me parle d’autre chose que de musique. Je chanterais probablement différemment si je n’avais pas ce casque ou ce masque. Et comme tout chanteur, je me regarderais plus. Il y a ce rapport à la coquetterie, à la séduction. Moi je suis libéré de tout ça. Je n’ai pas besoin de devoir charmer physiquement, visuellement, par les attributs traditionnels. Si le charme doit opérer, ça passera par la voix directement. C’est ça qui est intéressant pour moi. »

Le Casque Et La Plume

Comment expliques-tu que ton projet n’ait pas trouvé d’écho auprès d’un label indé ? Cascadeur : « J’ai eu pas mal de rendez-vous avec des labels qui étaient davantage destinés à ce type de musique que les grosses structures. J’en sortais souvent complètement laminé. Je sentais que les gens que j’avais en face de moi étaient sensibles à ce que je faisais. Et ou bien ils n’avaient pas le pouvoir d’aller plus loin dans la décision de me signer, ou bien ils avaient la trouille. Ils ne savaient pas où me caser. Et curieusement, c’est finalement assez beau qu’un mastodonte se soit intéressé à moi. Ils m’ont mis dans un label qui est destiné à une musique assez transversale et ils savent qu’il faut du temps. Ils n’ont touché à rien. Je travaille comme avant, avec qui je veux, il y a un vrai rapport de confiance. J’ai juste plus de moyens que si j’étais dans un plus petit truc. C’est moi qui ai choisi les collaborateurs, le single… » On peut comprendre le choix de ‘Ghost Surfer’ comme single. Mais tu n’as pas peur que les autres titres de l’album soient un peu en porte-à-faux par rapport à ce morceau beaucoup plus direct ? Cascadeur : « Musicalement, ‘Ghost Surfer’ est un morceau plus complexe et sophistiqué qu’il n’y paraît. Il est truffé d’accords tronqués et de mesures découpées. C’est moi qui ai imposé ce titrelà à la maison de disque. Je voulais surtout me démarquer de ‘Walker’ qui est devenu un morceau un peu emblématique. Montrer que le projet Cascadeur comportait différentes facettes, qu’il y avait un parcours musical, des trucs liés au jazz, à la musique classique, au lyrique, à la musique un peu expérimentale. Ça me ferait peur d’être étiqueté « chanteur solitaire mélancolique ». Il n’y avait pas de

case avant pour moi et je n’ai pas envie maintenant de m’en construire une moi-même. Tout est possible, je ne cultive pas un fond de commerce. Il faut tendre vers des métamorphoses, des recherches, quitte à se retrouver peut-être dans des impasses. Mais au moins essayer. Peut-être qu’un jour je ferai du hard-rock avec Philippe Katerine ou Dominique A ! (rires) » Tu avais une idée assez précise de là où tu voulais aller musicalement sur ce deuxième album ? Cascadeur : « Oui. Je suis vraiment parti avec l’idée de construire un vrai album, avec un souffle, des lignes narratives. Je me suis pas mal appuyé sur le texte de l’Odyssée qui est en quelque sorte la base de l’édifice. Il y a plein de thématiques dans ce texte qui me semblaient proches de ce qui m’interpellait au quotidien. Il y est beaucoup question de déplacement, d’exil, de découvertes, d’apparitions, de créatures. Et autant j’ai toujours dit que j’avais un lien avec le cinéma, autant je l’ai vraiment ressenti en réalisant cet album. Ici, j’ai fait le casting, je me suis occupé des décors, des lumières… Et je faisais sans arrêt des allers-retours entre mon rôle de réalisateur et celui d’acteur. J’ai aimé me dédoubler, jouer avec ces deux identités. » Revenons au casting, précisément. 14 titres dont 9 featurings. Comment as-tu fait pour garder une certaine cohérence en réunissant cette brochette si hétéroclite d’invités ? Cascadeur : « C’était effectivement là que se situait la grosse prise de risque. Il ne fallait pas donner l’impression que c’était une grosse affiche avant tout. Éviter que ça prenne le pas sur les lignes de l’album qui devaient à tout prix rester l’essence de ce disque. Tout était question de justesse, de sélection des intervenants pour que chacun trouve sa place, soit heureux du truc et qu’en même temps ça soit saupoudré pour ne pas que ça devienne irrespirable. Mais j’ai été gâté, personne n’a voulu sortir de son rôle. Et puis j’avais le final cut de toute façon ! Et donc tous ces invités servent le propos, parce qu’ils font mieux que moi ce qu’ils ont à apporter. Je n’aurais pas pu mieux faire que ce qu’apporte Stuart Staples sur ‘The Crossing’. » Puisque tu évoques ce titre et cette « apparition » de Stuart Staples, presque sorti de nulle part, c’est une sorte de petit caprice que tu t’es offert ? Cascadeur : « C’est un des morceaux que j’avais fait pour une B.O. Le projet était déjà pas mal avancé, mais ça a coincé. Je n’étais pas vraiment content de ce que j’avais composé, personne n’était vraiment confortable avec le résultat. D’un commun accord on a arrêté. C’était triste parce que c’était un rêve que j’avais de composer pour le cinéma. Mais avec le recul, c’est peut-être très bien comme ça. Et comme je suis un peu dans une forme de mythologie, je considérais Stuart comme une figure mythique. Il a ce côté déraciné, de londonien qui vit en France et ne parle pas français. Je trouve ça intéressant d’autant que j’aime explorer cette idée de l’étranger ou de l’étrangeté. Je me sens aussi un peu étranger en chantant en anglais. Et audelà de ça, je poursuis une forme de travail sur les territoires. Pas des territoires à conquérir, mais plutôt à découvrir, à assimiler. Comme le territoire musical des Tindersticks que je ne connaissais pas nécessairement bien. J’étais persuadé que sa voix, combinée à la mienne, pourrait donner une identité autre à ce morceau. Et ça répond peut-être aussi à mon souci d’intégration au sein d’une communauté, comme je suis une figure un peu solitaire, j’ai besoin peut-être de ce retour de l’autre. J’ai un peu le même rapport avec Midlake d’ailleurs… » Puisque tu parles de Midlake, tu entretiens une relation particulière avec Tim Smith et Eric Pulido depuis pas mal de temps. Comment s’est passée la collaboration avec eux sur ce disque alors qu’ils traversaient une grosse crise au sein de Midlake ? Cascadeur : « Ils ont eu l’amitié de ne pas me le dire. Eric Pulido me l’a dit en mars 2013, lorsque le disque était terminé. J’avais vécu un moment très particulier avec eux. J’étais allé les voir en concert à Luxembourg quelques mois avant et ils m’avaient convié dans leur loge. Et je me retrouve enfermé là alors qu’ils entament une discussion très intime, très existentielle, c’était très impressionnant. J’étais Midlake, j’étais dans le groupe. Et je me suis senti au cœur d’un truc, que je pressentais un peu parce que je voyais que Tim Smith n’était pas forcément bien, heureux dans cette vie-là. Et donc ils m’ont livré comme une sorte de document et leur contribution sur mon disque résonne un peu comme un testament. Ça me fait un drôle d’effet de me dire que sur quatre morceaux leurs voix sont encore ensemble. Que c’était la dernière fois en fait qu’ils chantaient ensemble sur disque. Même s’ils ne m’ont pas dit s’ils avaient enregistré leurs voix ensemble ou séparément et que je n’ai pas cherché à le savoir… » Pourquoi avoir fait appel à un deuxième pianiste (Tigrane Hamasyan) sur ‘Lady Day’, alors que tu es toi-même pianiste ? C’est une sorte de doublure ? Cascadeur : « C’est aussi ce que j’ai essayé de faire avec Christophe comme doublure voix sur le titre ‘Collector’. Ce qui m’amuse c’est de renverser les rôles. Que Cascadeur soit doublé par une star éclairée. Sur ce morceau, je suis doublé par un très grand pianiste, certainement bien meilleur que moi. Et c’est un titre qui traite de ça, de quelqu’un qui endosse les habits de Billie Holiday pour vivre. Je trouvais que c’était intéressant d’avoir cette mise en abyme. » Le morceau est sous-titré (‘Lady Double’), clin d’œil à De Palma ? Cascadeur : « Oui ‘Body Double’, comme ‘Phantom Of The Paradise‘ d’ailleurs, est un film qui m’a beaucoup marqué, qui a construit mon identité visuelle. Il y a bien sûr cette idée de doublure comme thème principal du film, le jeu des masques. Mon travail est assez composite entre ses références musicales, littéraires, cinématographiques, intimes…tout est un peu masqué… Et De Palma lui-même joue beaucoup sur ces questions d’identité et de mise en abyme. » Un disque : ‘Ghost Surfer’ (Universal)

on stage 16/05, Les Nuits Botanique (Bruxelles)


Texte : Gery Lefebvre

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Collectionnant les clics et les claques depuis douze mois, Fauve trouble par son impudeur, touche par l’urgence névrotique qui l’anime et agace par ses manières et ses complaintes. Avec ses hymnes déviants et ses chansons biaisées, le jeune collectif parisien fédère les vulnérabilités et fait de la guerre au cynisme ambiant son cheval de bataille. Un album fort des charges cathartiques qui est moins l’expression de

l’émoi d’une génération Y désenchantée qu’une expérience intime et partagée de souffrance sociale, amoureuse et professionnelle. Un phénomène d’identification renforcé par le pseudo-anonymat dans lequel se retranche ce Fight Club sans visages. Alors, spleen et idéal 2.0 ou thérapie à ciel ouvert ? Imposture ou lame de fond ? Tentative – dans l’urgence – de cerner et de confronter la bête.

Vous avez déclaré : «On s’est mis à parler par besoin et ça nous a fait du bien. Alors du coup on a continué «. Fauve est-il davantage un groupe de parole thérapeutique qu’un collectif musical ? Une façon pour vous de prolonger et de financer vos séances chez le psy ? Fauve : « C’est une thérapie de groupe pour nous et effectivement, c’est un peu nos séances de psy. Quand tu as trouvé le mot juste, ton problème est déjà à moitié réglé. Mais ce qui est important, c’est que c’est uniquement nos séances de psy à nous. On ne prétend pas à ce que quelqu’un qui ne fait pas partie de notre sphère, de notre périmètre, aille mieux parce qu’il nous écoute. On n’a nullement la prétention de dire qu’en écoutant Fauve on va aller automatiquement mieux. C’est juste nous, le fait de le faire nous fait du bien. »

Fauve Qui Peut Comment et pourquoi des thématiques comme la santé mentale, les rapports de domination, une forme d’inadaptation sociale ont-ils été les déclencheurs de votre écriture au point d’en envahir tout l’espace ? Le terme « imposture » a souvent été utilisé en parlant de vous… Fauve : « On nous dit en effet souvent : « Vous n’avez aucune raison objective de vous plaindre, vous venez des beaux quartiers, vous aviez un boulot, etc… ». Mais il n’y a pas de hiérarchie dans les choses qui peuvent te faire du mal. Nous, tout ce qu’on dit, c’est qu’à un moment il y avait des choses qui nous ont fait du mal et qu’on avait besoin de combattre. Et cette lutte a pris la forme de Fauve. On n’a jamais prétendu donner des leçons suite à ça. On n’impose vraiment rien. On en parle parce qu’on l’a vécu. On a longtemps pensé qu’on serait tout seul avec notre truc. Et que ce truc ait un certain écho, ça montre qu’on était peut-être pas les seuls à ressentir ça comme ça. » Si vous rejetez la posture de porte-paroles d’une génération de jeunes adultes qui éprouvent des difficultés à se faire une place dans la société d’aujourd’hui, qu’est-ce qui vous a laissé penser que vos problèmes d’égo et l’expression de votre souffrance sociale pourraient rencontrer un aussi large public ? Fauve : « On a beaucoup de mal à prendre du recul là-dessus. Ce qu’on expose est quelque chose de purement basique, normal, banal. Et c’est parce que c’est commun que c’est partagé par plein de gens. Y’a tellement peu de filtres, pas de velléités esthétiques, on pensait que ça serait repoussoir parce que c’est anxiogène, c’est pas très beau, très bien emballé, y’a pas de mélodies. C’est un peu dur à l’écoute et finalement c’est ça qui a l’air de plaire. C’est tellement direct qu’au moins ça interpelle. » Au-delà d’un phénomène d’identification classique, comment expliquez-vous que vous touchiez autant l’ado parisien du XVIème que des gens de 40-45 ans qui ont pourtant une culture musicale très éloignée de ce que vous produisez ? Fauve : « Sans aucune fausse modestie, on a déjà du mal à expliquer comment on peut toucher quelqu’un qui a 20 ou 25 ans. C’est déjà très surprenant pour nous…Alors aller expliquer pourquoi quelqu’un qui n’a pas notre âge ou notre vécu est touché par ce qu’on fait, c’est encore plus difficile. Ce qu’on se dit, c’est que parfois on a l’impression que ce pourquoi on se bat, ce sont des choses liées à notre nature profonde, intrinsèque. Le rejet du défaitisme, la volonté de vivre les choses avec intensité, de progresser dans la vie, d’apprendre de ses erreurs, d’avoir le droit à la faiblesse…on pense que ça sera toujours important pour nous dans 20 ans. » Cette volonté de ne pas signer sur un label, c’est toujours cette forme de subordination que vous avez rejeté quand vous avez quitté vos jobs respectifs ? Vous auriez eu l’impression de retourner au boulot en signant un contrat ? Fauve : « Le truc d’abord, c’est qu’il n’y a aucune volonté d’être anti-système ou d’échapper à une quelconque subordination ou hiérarchie. C’est plus un truc de faire les choses par soi-même, d’avoir envie de garder les mains dans le cambouis et de maîtriser ce qu’on fait. Le fait de ne pas avoir de label, c’est une décision qu’on a prise il n’y a pas si longtemps que ça. On a longtemps eu dans l’idée d’avoir un label et on a rencontré plein de gens avec qui ça aurait pu se faire. » Si on suit votre raisonnement, Fauve porte intrinsèquement sa fin en lui. Tout processus thérapeutique devant idéalement s’arrêter un jour ou l’autre. Comment éviter les redondances et ne pas sans arrêt reproduire la même chanson ? Fauve : « Pendant longtemps on s’est dit que si certaines choses allaient suffisamment mieux, on n’aurait plus besoin d’écrire et ça serait la fin de Fauve. Une thérapie, c’est un moyen, pas une fin en soi. Et donc c’est tant mieux, Fauve n’aurait plus de raison d’être et alors ? On s’en fout ! Mais il y a un truc qui est nouveau, c’est qu’on a vécu des choses plus positives et plus heureuses et on a ressenti le même besoin de les figer, de les écrire et de les raconter. Sacraliser les belles choses

pour pouvoir les regarder. De la même manière qu’on voulait exorciser nos angoisses et nos frustrations. Le besoin est le même. Des chansons comme ‘Vieux Frères’ et ‘Lettre à Zoé’ qui sont vachement plus positives rentrent dans cette démarche-là. S’il y a une date de péremption pour Fauve, elle est plutôt à rechercher dans la routine qu’on pourrait éprouver; celle à laquelle on a voulu échapper quand on avait du boulot. » Vous vous considérez comme des invisibles, des transparents, des « ratés modernes ». Comment vivez-vous le paradoxe d’être aujourd’hui en pleine lumière et d’avoir accompli en 12 mois ce que des artistes ne réussiront jamais en 20 ans de carrière ? Fauve : « Il n’y a pas cette notion de succès au niveau individuel. Il y a ce truc de force collective, de réussite collective. On peut juste être fiers de ça. C’est pour ça qu’on accorde une dimension quasi sacrée, quasi mystique à cette notion de groupe. Mais individuellement, on a échoué, il ne faut pas se le cacher. Et aujourd’hui on ne se sent pas moins ratés qu’avant. Mais on est sortis du blizzard ensemble et on retrouve un peu d’estime de nousmêmes. Mais cette fragilité individuelle demeure au-delà de l’apaisement que le succès collectif procure. » Et pour la deuxième partie de la question ? Est-ce qu’il n’y a pas une forme de « violence » à voir, par exemple, un groupe comme Mendelson faire la première partie de Fauve comme c’est arrivé en mai dernier ? Fauve : «Nous on est des amateurs. Jusqu’au jour où on est arrivés sur place, on n’avait aucune idée de ce que c’était Mendelson. On a vu des mecs qui avaient genre 40-45 ans et on a fait : « Mais ils sont vieux ! ». Si ça avait été un groupe de jeunes du coin qui avaient 18 ans, c’était pareil pour nous. On connaît pas bien le milieu. Et Mendelson c’était un peu un truc d’initiés apparemment. » Michel Cloup a sorti récemment un disque sur lequel figure un morceau intitulé ‘Vieux Frère’. Au-delà de la coïncidence, avez-vous fini par écouter Diabologum auquel on vous a un peu vite comparés ? Fauve : «Oui c’est une drôle de coïncidence. Et effectivement, on ne connaissait pas Diabologum quand on a commencé. On ne s’est jamais trop posé la question de l’esthétique. On avait besoin de faire quelque chose, peu importe comment ça sonne. Et à la fin ça a donné un truc parlé. Alors oui, on a enfin écouté Diabologum et c’est plutôt chouette. Quant à Michel Cloup, on l’a rencontré il y a quelques semaines, il a été super cool. C’est lui qui s’est rendu compte de l’analogie entre les titres. Et il trouvait ça sympa que malgré l’écart de générations, on se retrouve à faire des choses relativement similaires. »

FAUVE ≠

‘Vieux Frères – Partie 1’ Distribution Warner

Fauve, ce n’est pas de la chanson, ni du rap, pas du slam, encore moins du hip-hop, pas uniquement du spoken word et certainement pas du rock. C’est tout ça à la fois et ça n’est rien de tout ça. Entre diatribes écorchées et punchlines débitées d’une voix adolescente et bancale, ‘Vieux FrèresPartie 1’ est construit comme un récit évolutif, comme une quête initiatique. Une succession de vignettes branlantes, de mantras galvanisants, d’instantanés candides qui surgissent de recoins sombres pour éclater en pleine lumière (‘Lettre à Zoé’, ‘Loterie’). Toile de fond ou toile cirée, la musique (samples, boucles, guitares qui tournent sur le même accord) fait de la figuration alors qu’un tourbillon de son devrait tenir tête à la sève et à l’insolence. Une bande jamais originale à mille lieues de la flamboyance déglinguée de certains textes et qui manque autant de convulsions et d’âpreté que de fulgurances. Il faut donc considérer ce ‘Vieux Frères- Partie1’ pour ce qu’il est : une cure de parole et un chant du cygne. Il restera. Mais ça ne serait même pas grave si ce premier album était aussi le dernier. (gle)

on stage 14/03 L'Aéronef (Lille) 05/04 Rockhal (Lux) 22/05 Les Nuits Botanique – Cirque Royal (Bruxelles)


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Texte : Eric Therer © kim hiorthoy

Musicienne et chanteuse au parcours éclectique et pluridirectionnel, Neneh Cherry fut, très tôt, à la fois en marge et au devant des scènes. Il y a vingt ans d’ici, elle se revendiquait coresponsable de ‘7 Seconds’, un des

plus gros hits radio européens de l’époque interprété avec Youssou N’Dour tandis que récemment, on la vit figurer aux côtés de Mats Gustafsson et de Paal Nilssen-Love pour ‘The Cherry Thing’, un projet puisant ses racines dans le free jazz dont son beau-père, le trompettiste Don Cherry, demeure un des instigateurs légendaires. ‘Blank Project’, son nouvel album sous son nom civil, enregistré sous la houlette de Kieran Hebden (aka Four Tet), sort aujourd’hui. Il atteste de la vivacité de cette jeune fille née Neneh Marianne Karlsson. ‘Blank Project’ est ton premier album sous ton propre nom depuis ‘Man’ sorti en 1996. Pourquoi cet ajournement ? Neneh Cherry : « Je ne dirais pas qu’il s’agit d’un retard. Disons que j’ai dû rediriger mon trajet en cours de parcours après mon troisième album. Depuis que j’ai 16 ans, je n’ai jamais cessé de composer. Ce n’est pas que j’ai eu l’intention de ne rien faire pendant toutes ces années. J’ai participé et collaboré avec un tas de groupes et de musiciens. Dernièrement, j’ai joué avec The Thing. ‘Blank Project’ puisse aussi ses racines dans cette collaboration à la fois aventureuse et fabuleuse. De mon point de vue, c’est un disque très libérateur. Il m’a donné la chance de revisiter des endroits d’où je viens. En réalité, le temps se déroule de différentes manières. J’ai éprouvé l’impression de me retrouver piégée et le désir de me retirer du traintrain, laisser le métier à tisser en suspens et de reprendre possession de ma vie. J’ai voulu m’occuper de ma famille, sortir des feux de la rampe. Tu sais, j’ai maintenant trois enfants et cela constitue un job à temps plein. J’avais donc besoin de prendre du recul et d’éprouver à nouveau l’envie de faire un disque, cette envie subite qu’éprouve bon nombre de musiciens, une envie qu’on ne peut refréner… »

Cherry Blossom Polish

Le jazz suédois jouit d’une certaine réputation qui a traversé plusieurs décennies… Neneh Cherry : « Oui, effectivement. Je pense que cette scène n’a jamais vraiment disparu, elle est restée vivante même si elle a perdu de son importance. Depuis les années 60, il y a toujours eu un courant jazz ‘left field’ vivace en Suède, surtout à Stockholm, peu importe l’étiquette ‘avant-garde’ ou ‘free’ qu’on lui a collé selon les époques. Aujourd’hui cette scène est incarnée par une génération de musiciens très jeunes qui s’en est nourrit, qui garde et porte l’âme de cette musique. La plupart de ces musiciens ne se contentent pas de jouer du jazz, ils évoluent au sein d’autre groupes électro ou rock. Même s’il est plus âgé, Goran Kajfes fait partie de cette nouvelle génération dont la démarche est très exploratoire. J’apprécie vraiment ce qu’il fait. D’un autre côté, il subsiste des puristes qui n’aiment pas ce type de mélange. Ils deviennent de plus en plus en plus minoritaires et c’est tant mieux. » ‘Blank Project’ a été enregistré relativement vite, en cinq jours à peine. A l’arrache ? Neneh Cherry : « C’est vrai qu’il a été enregistré relativement vite. J’ai travaillé de façon très intense mais en même temps de manière étonnamment calme. Nous étions chez Kieran dans son studio qui se trouve dans les bois, dans un endroit retiré au nord de l’Etat de New-York, près d’une maison où il vit une partie de l’année. RocketNumberNine et moi avions fait l’essentiel de la préparation. Nous avions les morceaux prêts et nous les avions répétés suffisamment que pour arriver en studio et les jouer sans avoir à les repenser ou à les reformuler. On l’a joué ‘old school’, c’est-à-dire live en studio en choisissant une disposition permettant à chacun de pouvoir voir les autres. Kieran avait un planning bien établi, horaire en main, deux chansons par jour ! Le vendredi, l’album était en boîte ! Kieran s’est avéré être un véritable manager, à la fois confiant et mettant tout le monde à l’aise. » As-tu voulu donner un sens caché au morceau ‘Out Of The Black’ ? Est-ce une réponse ou un contre-pied au ‘Out of the Blue’ idiomatique ? Neneh Cherry : « Non pas vraiment, il n’y a pas de grille de lecture dissimulée pour lire ce titre ! Cette chanson parle du fait de sortir de l’ombre et de rentrer dans une sorte de clarté. On quitte le noir pour entrer dans le bleu. Le bleu véhicule sa charge symbolique mais, pour moi, il signifie un état d’apaisement, la lumière, quitter la mélancolie du noir… » Dans quelques jours, tu auras cinquante ans. Comment vis-tu ce tournant ? Neneh Cherry : « Je n’ai pas encore pris la pleine mesure de l’événement ! Pour l’instant, cela demeure une échéance à venir, c’est un peu irréel. Mais en même temps cela ne me pose pas de problème. A y réfléchir plus avant, ce n’est pas l’âge comme tel qui me préoccupe, sauf les petits ennuis physiques qu’il entraîne comme le port de lunettes et ce type de choses, c’est la vie qui passe à une vitesse incroyable. Si on m’avait demandé il y a trente ou vingt ans où j’aurais aimé être à cinquante ans, je n’aurais pas envisagé une situation autre que celle où je suis aujourd’hui. Je me sens bien. Mon disque sortira peu avant mon anniversaire et j’en suis très heureuse. »

on stage 03/03 Ancienne Belgique (Bruxelles)

Neneh Cherry La Suède est ton pays natal. Mats Gustafsson est Suédois. L’un et l’autre sont-ils liés ? Neneh Cherry : « Je pense qu’il doit y avoir un rapport quelque part mais ce lien n’est en rien volontaire. J’ai quitté la Suède quand j’étais adolescente. J’étais devenue allergique au pays et je m’y sentais incomprise, étrangère même. L’essentiel de ma vie s’est déroulée à Londres. C’est là que je vis et que je travaille. C’est là que j’y ai fondé ma famille. Londres est mon puis de vie. Pourtant, une part de ma personne est restée attachée à la Suède. Quelque part, je continue à y vivre. Quand je suis revenue en Suède il y a quelques années, je me suis interrogée sur mon passé et j’ai fini par apprécier le fait de m’y trouver. Comme si ce sentiment d’aliénation avait disparu. » Il y a donc un lien… Neneh Cherry : « Il y a une connexion. The Thing est intrinsèquement scandinave, puisque établi à la fois en Suède et en Norvège. Et puis, tant Mats Gustafsson que Paal Nilssen-Love ont toujours revendiqué ouvertement l’influence musicale de mon père. Je me suis sentie en affinité avec eux, presque comme s’il s’agissait de membres de ma famille. Et j’en suis heureuse. On a partagé ensemble des sons qui étaient ceux qui ont accompagné mon enfance. Si tu écoutes The Thing, ce qui te vient directement à l’esprit, c’est la puissance. C’est à la fois issu du free jazz et du punk. Je ne dirais pas qu’il s’agit d’une musique territorialisée, suédoise et scandinave, c’est juste de la musique. » T’intéresses-tu à la scène musicale suédoise actuelle ? Neneh Cherry : « Il y a un tas de musiques différentes qui proviennent de Suède depuis quelques années. Mais cela n’a rien d’extraordinaire. Il y a maintenant tellement de musiques qui émergent de partout dans le monde que cela n’a rien d’original… Je ne suis pas au fait de tout ce qui s’y passe, j’essaye de me tenir informée quand je le peux. »

‘Blank Project’ Smalltown Supersound/News

Ayant mis quelque peu en jachère sa liaison avec Mats Gustafsson et Paal Nilssen-Love au sein de ‘The Cherry Thing’, Neneh Cherry s’est donné le temps de revenir à une approche plus personnelle de sa musique. Elle se réapproprie tout d’abord son nom, histoire de montrer qu’elle mène la danse et qu’il ne s’agit pas ici d’une simple collaboration avec d’autres comme elle a eu coutume de le faire au cours de ces dernières années, notamment au sein de CirKus avec son mari Cameron McVey. ‘Across The Water’, qui ouvre le disque, symbolise ce passage qui est aussi une passe personnelle dans sa vie : revenir à la musique après s’être consacrée à une vie de famille. Neneh Cherry donne ensuite la pleine mesure de sa voix. Le titre éponyme ‘Blank Projet’ s’affiche comme un des meilleurs du disque et fait ressortir la patte Four Tet qui en assure la production. Plus loin, ‘Weightless’ et ‘Cynical’ attestent du travail étroit entre Neneh Cherry et RocketNumberNine engagé dans la structure même des morceaux qui se révèle à la fois ductile et économe. Vers la fin, ‘Out Of The Black’ s’annonce comme un single porteur et voit Cherry aux côtés de la chanteuse écossaise Robyn en tandem synchronisé et en phase. ‘Everything’ qui clôt l’album énonce et témoigne de la bonne santé et de la créativité de cette très jeune quinquagénaire. (et)


Texte: Antoine Bours

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Troublante et obsédante ordination du chaos, ‘ESTOILE NAIANT’ fait écho à ‘GLAQJO XAACSSO’ et ‘EOLIAN INSTATE’, précédentes itérations de l’alchimiste sémiotique patten (sans majuscule). Paysage

organique et sauvage dont sourd un bruit blanc mû par des lois inconnues, l’électronique de patten ne se laisse pas approcher comme un animal de compagnie, mais attend de l’auditeur un apprivoisement patient et attentif avant de lui révéler ses plus précieux secrets. Affable, réfléchi et passionné, l’énigmatique musicien plonge sans filet dans les questions qui lui sont posées, à la recherche d’une

vérité personnelle et universelle, cachée quelque part entre ses boucles synthétiques, ses connexions neuronales et l’ADN commun à notre espèce. Vous conservez nom et image cachés. Et votre musique peut ressembler à un labyrinthe sans entrée apparente. A quel point appréciez-vous dissimuler les clés de votre travail ? patten : « Il y a plusieurs questions qui méritent réponse ici. La décision de maintenir mon nom et mon image hors du cadre est plus volontiers une forme d’ouverture que de fermeture. Mon espoir est que l’auditeur projette sur ma musique ses propres manifestations. Je veux qu’il s’y engage personnellement, sans filtrer la musique aux travers d’informations qui pourraient l’éloigner de l’expérience la plus individuelle possible. Pour ce qui est de la musique en ellemême, et de la difficulté d’y trouver des entrées, j’espère avant tout produire un travail qui puisse stimuler l’imagination. Ce qui m’oblige à ne pas me focaliser sur une forme ou des attentes trop spécifiques. Je dois m’efforcer à ne pas me reposer sur des jugements de résultat, potentiellement destructeurs. Si je me dis à un moment « c’est génial », je fais quoi après ça ? Je m’arrête et laisse le morceau en l’état ? Ou je continue et observe ce que cela peut devenir ? A l’inverse, si je me dis « c’est de la merde », qui suis-je pour en juger à ce stade ? Cela pourrait devenir quelque chose ou avoir une résonance émotionnelle pour quelqu’un. On n’est qu’un seul esprit; on ne sait pas. Ce ne sont donc pas des jugements utiles dans le processus créatif. J’essaie de conserver une liberté de forme maximale, la plus ouverte possible, dont le résultat dépend de la façon dont on l’aborde: la plus ouverte des formes peut apparaître fermée, car elle est dénuée d’angles d’approches clairs. Mais au final, c’est la même forme. »

dépendait pour moi de pas mal de facteurs : les conditions techniques et circonstancielles d’écoute d’une part, et d’autre part certains signes familiers qui m’ont permis de « m’accrocher » et d’entrer dans certains morceaux, comme sur ‘Key Embedded’, avec ce son qui rappelle Pac-Man, ainsi que ce très bref passage dance, comme si l’on passait en voiture, fenêtre ouverte, devant une boîte de nuit. patten : « Ces sons « attrapés au vol » qui serviraient d’entrée à ma musique semblent se répéter chez les auditeurs. C’est un peu une révélation pour moi : comprendre comment mon travail trouve sa voie chez le public. Il y a cet espace donné où différentes personnes vont piocher différentes accroches, différentes références, selon des mécanismes profondément personnels. Chez l’un, cela pourra être tel son qui lui rappelle sa machine à café, etc. Ce qui me fascine, ce sont les périmètres qui définissent un tel échange : quels sont les ingrédients nécessaires pour susciter cette familiarité et ouvrir le champ au non-familier ? On est dans une expérience similaire à l’apprentissage d’une nouvelle langue : tu entends cette phrase, tu te focalises sur ce qui t’est familier, du coup tu perds le contexte, mais à la fois tu t’ouvres un champ d’interprétation à ce contexte. Cela ressemble de moins en moins à du bruit. » Et, comme une langue, une fois que tu l’entends, tu ne peux plus faire marche arrière. patten : « Tout à fait, tu ne peux plus le ‘dé-percevoir’. C’est une nouvelle connexion dans ton cerveau, ou plutôt cela s’est aligné sur le fonctionnement de ton cerveau. Cela fera désormais

Comme Un Test De Rorschach

A quel moment décidez-vous qu’un morceau a trouvé sa forme définitive? patten : « Le plus important est d’y revenir à différentes périodes de la journée ou de la nuit, bien réveillé ou à moitié endormi; s’obliger à modifier ses dispositions d’écoute, à prendre des décisions que l’on n’aurait pas prises dans un autre état d’esprit et se libérer de la pression qui t’empêche de transformer ou de préserver un travail en cours. C’est un procédé très large. Pour ce qui est d’achever un morceau, l’idée est qu’un morceau n’est jamais achevé. Il existe, à un moment donné, sous une forme figée dans le temps, enregistré et pressé sur un album par exemple. Cette forme doit bien sûr être solide, mais elle continuera d’évoluer et de se transformer d’une forme à l’autre, à mesure que le temps avance. Entre autre à travers la scène, où je prolonge cette volonté de liberté, d’opportunité d’emmener le morceau là où je ne m’y attendais pas. Je ne programme pas, sur scène, mais j’utilise un dispositif qui me permet de me mouvoir librement dans l’arche d’un morceau, d’y faire survenir les événements à ma guise, le tout selon des facteurs techniques qui m’ouvrent le champs des possibles au maximum. Dans ces conditions, même une erreur peut apparaître comme la réponse adéquate à l’expérience en cours : cela reste de l’écriture. Au final, la composition se prolonge dans cet aller-retour incessant entre live et studio. Il faut préciser aussi que ces formes figées que sont des créations, musicales ou autres, se transforment elles-mêmes à travers le temps, au gré de leurs récepteurs, qui changent eux aussi. Rien n’est intangible. » L’idée de l’expérience participative et autonome du public se retrouve aussi sur votre site, dont la navigation est un mélange d’intuition et de recherche. patten : « J’accorde une grande valeur à l’interaction du public avec le travail de l’artiste. Ouvrir l’esprit à ce sentiment d’investigation, cela doit rester un plaisir : plaisir d’explorer, plaisir de ne pas savoir ! Et même ne pas trouver, ne pas comprendre, peut être à l’origine d’une forme d’enrichissement. Il existe, je pense, une école de pensée, qui se méfie de l’exploration, des questions sans réponse. Pour ma part, cette joie de l’expérimentation est essentielle. Il y a des millions de choses, là dehors, qui te donneront les réponses que tu cherches, mais qui ne réclameront aucune forme d’engagement de ta part. J’espère que mon travail, à l’inverse, peut engager une forme de dialogue avec la créativité individuelle de chacun. » Je l’avoue : il m’a fallu un moment pour comprendre votre travail. Puis j’ai trouvé l’entrée à votre musique. Ou, à l’inverse, votre musique à trouvé son entrée en moi. Ce déclic

partie de ton réseau de compréhension. Un morceau, une peinture se modifie en fonction du contexte et du récepteur, comme un test de Rorschach. Ce que tu vas en retirer nous en dira finalement plus sur toi. Ce qui nous ramène à ta question initiale : pourquoi me tenir dans l’ombre de ma musique ? Je ne veux pas être une distraction à son interprétation. » Qu’est-ce qui a changé dans votre approche de la musique entre cet album et les précédents ? patten : « Si je te demande en quoi tu es différent dans ta vie depuis les seize derniers mois, tu auras du mal à me répondre. Bien sûr tu as changé, sans doute même en profondeur, physiquement, émotionnellement, mais tu serais obligé de construire une forme de narration qui travestirait la réalité. J’espère que mon parcours musical est honnête et connecté à ma façon de vivre, mais je ne peux pas être plus explicite. Ce qui est sûr, c’est que ces intentions, derrière ma musique, remontent à mes premiers enregistrements. Elles se rattachent à cet intérêt que j’ai toujours porté à la façon dont nous tous percevons le monde qui nous entoure. C’est un dialogue auquel je souhaite prendre part et qui dépasse mon travail, ma personne, qui se noie dans un courant global, par-delà les frontières et le temps, comme lorsqu’on est ému à la vue d’une écriture primitive, qu’on ne peut pourtant déchiffrer. C’est ma façon de chercher à définir ce que c’est d’être humain. » Il y a en effet ce sentiment, à l’écoute de votre musique, d’un flot naturel, non planifié, façon stream-of-consciousness et pourtant la quantité de sons et des couches ne peut être que le résultat d’une grande planification. patten : « Cela peut paraître paradoxal à observer. Une forme de liberté qui soit le résultat d’une organisation. C’est quelque chose que l’on peut observer dans le jardinage. Tu mets en place les circonstances pour que quelque chose que tu ne contrôles pas totalement se développe naturellement. Tu as une idée de ce qui va arriver - des roses, des jonquilles, selon les graines que tu as planté - et tu peux le canaliser jusqu’à un certain point, mais tu n’es pas dans un contrôle total. Et ce mouvement naturel, cette vie, existait de toute façon sans toi. Tu as simplement posé ton empreinte sur cette liberté chaotique. Et pour un bref instant, tout cela a fait sens. » Un disque : ‘ESTOILE NAIANT’ (Warp) Suivez le guide : www.patttten.com


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Earteam

Actress

Jackson C Frank

‘Ghettoville’ Werkdiscs/Ninja Tune

Après nous avoir mis sur le cul en 2011 avec ‘R.I.P.’, troisième album qui conjuguait house minimaliste et électro expérimentale sous des accents parfois kraut, Darren Cunningham revient avec ‘Ghettoville’. Selon ses propres dires, il clôt ainsi la parenthèse Actress ouverte en 2008 avec ‘Hazyville’ et dont le présent album se veut le compagnon de route. Le Londonien retrouve dès lors les chemins poussiéreux de ses débuts, sans destination apparente. À Ghettoville, cité interlope désertée et menaçante, tout apparaît étouffé, sans échappatoire, sans poche d’air et - plus problématique - sans plaisir. Vignettes figées dans le béton, ses morceaux arpentent un cadre donné, mais peinent à en élargir l’horizon ou les perspectives. Grises ritournelles qui s’écrasent sur elles-même, comme un papier chiffonné, avec une aridité et une nudité sonore qui anesthésie partiellement l’intérêt, probablement à dessein. Cunningham rappelle à l’occasion sa capacité physique à manipuler et distordre la matière sonore, sans cependant convoquer l’amplitude stéréophonique comme le faisait ‘R.I.P.’. In fine, ‘Ghettoville’ est traversé d’un minimalisme aux arêtes abrasives, qui perd de sa force brute à marcher ad nauseam dans ses propres empreintes. Certains seront séduits par la neurasthénie misanthrope de l’œuvre. Il n’est pas interdit de se sentir floué par sa complaisance et sa répétition. Troublante épitaphe. (ab)

Against Me! ‘Transgender Dysphoria Blues’ Xtra Mile Recordings/Ber tus

Au sein d’une scène punk où la concurrence est rude, Against Me! a réussi à se forger un nom, parvenant en une dizaine d’années de carrière à écouler un demi million d’albums, ce qui n’est pas mal du tout à l’ère du téléchargement illégal. C’est en même temps on ne peut plus logique dans la mesure où ce combo sort clairement du lot de par la qualité de ses compositions. Doté d’une fibre mélodique incomparable, sachant vraiment jouer ses morceaux et brillant par un humour provocateur – vous connaissez beaucoup de groupes qui pondent un titre comme ‘Osama Bin Laden as the crucified Christ’ ?, le groupe de James Bowman nous livre avec ‘Transgender Dysphoria Blues’ un album excitant de bout en bout. Le punk ultra catchy de ‘Dead friends’ et ‘Unconditional love’, la power pop façon Foo Fighters de ‘True trans soul rebel’, la très belle ballade qu’est ‘Two coffins’ ou le plus robuste ‘Drinking with the jocks’ sont autant de raisons de taper du pied et d’afficher un sourire réjoui. Plus que recommandé ! (pf)

Ava Luna ‘Electric Balloon’ Western Vinyl/Konkurrent

Deux filles, trois gars et une lueur d’espoir. A New York, Ava Luna ravive la flamme no wave sur ‘Electric Balloon’, nouvel album conçu sur les cendres de la culture punk et des étincelles bruitistes du Lower East Side. Disciple de James Chance and The Contortions, rejeton d’ESG, le groupe cultive le savoir-faire d’une époque révolue avec un à point tout contemporain. Pour ça, la concurrence des Dirty Projectors n’est jamais loin. Ava Luna cravache clairement dans la même catégorie. Ici, dédales harmoniques, chœurs angéliques, cuivres en fusion et effusions

‘Jackson C. Frank’ Ear th Records

S’il existait une confrérie des songwriters maudits, Jackson C. Frank en serait assurément le grand gourou. Peu de musiciens aussi méconnus peuvent en effet se targuer de posséder une telle constellation de disciples. Point de storytelling ici cependant. Mais une biographie sidérante (en comparaison de laquelle Nick Drake, Sixto Rodrigues et Tim Hardin réunis passent pour de sacrés veinards) et une destinée en forme de crève-cœur taillée dans l’étoffe dont on fait les gros cultes. A nouveau réédité, cet album éponyme est ce chef d’œuvre qui synthétise en dix pépites neurasthéniques et 34 minutes le meilleur du folk 60’s qu’il a enfanté. Une sorte d’épiphanie séminale qui restera l’unique épisode discographique de Jackson C. Frank. Avec ses colocataires de l’époque (Paul Simon et Art Garfunkel), soutenu par l’infirmière dont il partageait la vie (Sandy Denny), Frank enregistra cet album dans un état de nervosité paralysante : cinq titres ont été capturés à son insu, Paul Simon prétextant des essais de son pour que Frank accepte de jouer devant un micro mais planqué derrière des paravents. Pourvu d’une paire de mains miraculeuses, il s’accompagne seulement d’une guitare acoustique qu’il malmène autant que la vie l’a malmené. Avec un minimum de technique et d’effet de manche. Car l’intensité dramatique de Frank est toute entière contenue dans sa voix torturée de clochard céleste qui caresse autant qu’elle étouffe. S’enfonçant dans les abysses de sa mélancolie pour ne jamais en revenir, la souffrance et la résignation s’y mélangeaient dans des élans brisés, trahissant les failles de l’âme et les blessures du cœur. Cinquante ans plus tard, ces plaies sont toujours aussi béantes. Elles le seront encore dans un siècle. (gle)

électriques donnent vie à des envies non-formatées : des chansons millimétrées pour échapper aux souffles courts et policés des ondes radiophoniques. A bonne distance du hit parade, Carlos Hernandez pose sa voix androgyne derrière le micro. Quelque part entre Jeff Buckley – pour le cliché – et Dave Longstreth – pour la parenté –, le chanteur se faufile comme un serpent dans les méandres d’un éboulement. Il se glisse sur les riffs et se coule sur les notes. Tout ça sans se mordre la queue. Un bel exploit. (na)

Band Of Horses ‘Acoustic At The Ryman’ Kobalt

En débranchant leurs amplis le temps de deux soirées au Ryman Auditorium de Nashville en avril dernier, Ben Bridwell et sa bande entendaient peut-être renouer avec l’économie de moyens qui habitait leurs deux premiers albums. Car après avoir quitté Sub Pop pour s’en aller voir chez Sony si l’herbe était aussi verte que les dollars, les galopins avaient désarçonné nombre de fans de la première heure avec des disques surproduits et désincarnés. Dans ce moment de communion acoustique quasi religieux où la voix charismatique de Ben Bridwell reprend toute sa dimension, l’heure est aujourd’hui au souvenir, à la rédemption et à la réconciliation sur l’oreiller. Et si les grands classiques ne sont pas oubliés (‘The Funeral’, ‘Detlef Schrempf’) certains titres trouvent une nouvelle vie, de la version studio à la version live, réussissant ainsi à encapsuler une nouvelle énergie (‘Slow Cruel Hands Of Time’, ‘Factory’). L’occasion aussi de mettre encore davantage en exergue leur filiation avec leurs grands maîtres que sont Crosby, Stills, Nash & Young ou America. (gle)

Barzin ‘To Live Alone In That Long Summer’ Monotreme/Konkurrent

Dans ce monde de brutes, quelques instants de torpeur et d’indolence sont toujours les bienvenus. Mais plutôt que de faire appel à un de ces songwriters aux mains tristes et interchangeables, on mettra plus volontiers notre pouls au diapason des nouvelles chansons de Barzin Hosseini. Car le canadien excelle dans l’art de guider ses compositions dans les brumes d’un folk engourdi mais délesté de toute vertu soporifique. Avec ses compositions tournées comme des pages de chagrin, ‘To

Live Alone In That Long Summer’ est un album bref et ciselé à la fois qui brille davantage dans les ombres et les limbes que dans l’opulence et la poudre aux yeux. Au risque de la monotonie parfois. Mais jamais de la fadeur. Posant sa voix pâle sur des arpèges de guitare délicatement intriqués et mélodiquement caressants, Barzin devient le chantre du murmure pour mieux habiter chaque parcelle de sa mélancolie. Et si quelques rais de lumière flottent vaporeusement dans son intimité tamisée (‘Fake It ‘Til You Make It’), il ne s’agit peut-être que du mirage de la sérénité retrouvée. (gle)

Scott H. Biram

déployée font de cet album et de titres comme ‘Keep your eyes shut’, ‘The sound’ ou du démentiel ‘Longtime boogie’ un régal pour quiconque éprouve une passion pour le rock enlevé produit entre 67 et 75. (pf)

Blank Realm ‘Grassed Inn’ Fire Records/Konkurrent

Lointaine, souterraine, la scène rock australienne reste un mystère. L’année dernière, avec un gros décalage, on avait ainsi découvert – béat, stupéfait, puis renversé – ‘Go Easy’, troisième album de Blank Realm. Le quatuor de Brisbane revient aujourd’hui armé d’une véritable distribution et d’un disque de rock indépendant surpuissant. ‘Grassed Inn’ est une claque, un album racé, façonné par des passionnés pour les mélomanes de tous poils. Avec leur dégaine à-la-rien-à-voir et une science exacte de la guitare qui claque, Blank Realm assomme nos sens. D’entrée de jeu, ‘Back To The Flood’ célèbre la rencontre improbable entre les grattes de Deerhunter et les refrains épiques d’Arcade Fire. L’instant d’après, le groupe nous sort un clavier guilleret et on décolle pour le pays des merveilles. Sur la carte, ça se situe quelque part entre Stereolab et Super Furry Animals. Dans la foulée, ‘Bell Tower’ claque comme la reprise d’une face-b de Nirvana par Kurt Vile. Au paradis du name-dropping, on tombe ensuite sur le morceau que Yo La Tengo n’a jamais composé : le rouleau compresseur ‘Bulldozer Love’. Et ce n’est pas fini. En pleine montée, on se prend ‘Baby Closes The Door’ et son avalanche d’arpèges, tout droit sortis d’un rêve mis en son par The Feelies. L’affaire s’achève sur la mélodie de ‘Reach You On The Phone’. Énorme. (na)

‘Nothin’ But Blood’

Blaudzun

Bloodshot Records/Ber tus

‘Promises Of No Man’s Land’

Country, blues antique et décharges électriques : la recette du bonheur d’un punk texan trop jeune pour avoir connu l’embrasement. Né en 1974, Scott H. Biram est passé à côté des fulgurances scéniques des Dead Boys et des Ramones. Il s’est aussi loupé sur Black Flag et Minor Threat. Qu’importe. Pour s’en remettre, il nourrit sa musique de fantasmes et revisite le passé comme un damné. Seul avec sa vieille Gibson, il accole ses rêves punk et hardcore aux grands mythes de l’Amérique : de la country au bluegrass en passant par la musique folk et le gospel. Nouvelle épopée au pays de l’oncle Sam, ‘Nothin’ But Blood’ est un disque foutraque et furieux, sale et curieux comme une rencontre entre Seasick Steve et les Dead Kennedys. Les chansons de Scott H. Biram parlent de pétards au Vietnam (‘Nam Weed’), de picole (‘Alcohol Blues’, ‘Only Whiskey’) et d’histoires de fesses sous substances (‘Church Point Girls’). Hors du temps et des modes, ce garçon est assurément une bonne fréquentation. (na)

Birth Of Joy ‘Prisoner’ Suburban Records/Music Shock

2013 aura permis à ces Néerlandais de se faire une jolie carte de visite en donnant pas moins de 93 concerts, tous fort bien accueillis tant par le public que par la critique. Il faut dire que la musique de Birth of Joy est calibrée pour enflammer les foules : une célébration du rock psyché le plus excitant qui soit. Mêlant riffs hard old school à un orgue entêtant et des petites touches sudistes, cet album envoie le bois sur toute sa longueur. Bien sûr, tout cela a un air de déjà entendu, mais la qualité des compositions ainsi que l’énergie

Glit terhouse Records/V2

Blaudzun est essentiellement le projet d’un homme, Johannes Sigmond, nom qu’il a emprunté à un cycliste allemand obscur des années 70. Rejoint pour de courtes durées par différents musiciens, parmi lesquels son propre frère, il dessine avec cet album un univers extrêmement attachant et personnel, foncièrement marqué par le côté tragique de l’existence, entre solitude et déception. ‘Promises Of No Man’s Land’ n’est pas pour autant un album misérabiliste et geignard, vu que l’ambiance générale, aussi sombre soit-elle, est malgré tout marquée par un sursaut d’énergie vitale tendant vers la colère. Avec peu de moyens (voix, guitare, claviers, une once de batterie), Blaudzun produit une musique certes sobre, mais en même temps intense et puissante, emprunte de finesse et de souffle. De cet ensemble original que l’on qualifiera d’indie rock, on retiendra en particulier l’ultra mélodique ‘Hollow people’, le très touchant ‘Any cold wind’ ainsi que la beauté majestueuse de ‘Wasteland’ et ‘Euphoria’. Un album tout simplement beau. (pf)

Aziza Brahim ‘Soutak’ Glit ter Beat/V2

Habib Koité ‘Soô’ Contre- Jour

Malgré ses tumultes et ses drames récents, le Mali est et demeure une terre d’inspiration musicale fertile. La chanteuse sahraouie Aziza Brahim y puise une partie de ses influences.


Breton ‘War Room Stories’ Believe Recordings

Trahison ! Les Breton ont troqué leur bidouillages électro-soul urbains contre une écriture anthem-rock très british qui reste en travers de la gorge. Comme si Foals ou Kasabian se prétendaient soudainement expérimentaux, sans pour autant renier leurs tics les plus rédhibitoires. Autrement dit, c’est souvent très laid. Naïvement, peut-être n’avions-nous pas vu que ‘Other People’s Problems’ contenait en lui les germes maladifs de ce ‘War Room Stories’. Les territoires esquissés sur le premier album de Breton sont ici tracés au feutre fluo et l’encre a fait tache d’huile. Ça bave, ça s’étend, aussi poisseux que la peinture bleue qui alourdit les ailes du papillon sur la pochette. D’autant plus regrettable que, sous le stuc, subsistent de jolis vestiges : ‘S4’ se la joue urbex furtif et ‘Get Well Soon’, orageux, propose le refrain le plus convaincant de l’album. Autre problème, Roman Rappak pousse de la voix plus souvent qu’il n’en faut, abandonnant un parlé-chanté qui seyait mieux à sa voix limitée : ici, elle remplit l’espace sans aucune modulation, baudruche gonflée dans une boîte, épousant tous ses contours. L’aiguille me titille méchamment. Attendons cependant que les anglais éprouvent ces nouveaux morceaux sur scène, où ils excellent, avant de laisser retomber Breton comme une crêpe. (ab)

Broken Bells ‘After The Disco’ Columbia/Sony

Broken Bells est le genre de super groupe qui ne pouvait que faire des étincelles, ce qu’avait clairement démontré le premier opus du duo. La fibre pop indie de James Mercer (The Shins) couplée aux talents de producteur et d’habilleur sonore de Danger Mouse nous avait valu son lot de réjouissances qui appelait une suite. Avec ‘After the disco’, Broken Bells confirme tout son talent avec un superbe album de pop au sens noble du terme. Grâce à des mélodies imparables, des arrangements 80s mais pas trop et de

jolies trouvailles sonores saupoudrées de clins d’œil second degré et d’une certaine mélancolie, cet album est tout simplement imparable. ‘Perfect world’ est une merveille de pop à la New Order, ‘Holding on for life’ une bombe permettant à Mercer d’explorer ses talents falsetto façon Bee Gees, tandis que ‘Control’ explore des terres volontiers post punk. Ajoutez à cela la petite touche acoustique de ‘Leave it alone’ et le refrain en guise d’hymne de ‘No matter what you’re told’ et vous avez tous les ingrédients de l’excellence. (pf)

John Butler Trio ‘Flesh + Blood’

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JEU 06 MAR

Palm Reader Records/Lard

Sur la pochette de son deuxième album, ce groupe anglo-belge basé en Wallonie se la joue second degré puisque l’on voit ses membres se chercher noise sur un terrain digne de la troisième provinciale. La scène est sublime d’humour décalé et elle produit un effet d’autant plus fort que l’album sort en vinyle, d’où une pochette de 31 cm sur 31. Musicalement, le trio formé voici un peu moins de quatre ans affiche de beaux automatismes et se trouve les yeux fermés. Il nous balance un rock bien lourd, aux accents tant métal que hardcore, le tout avec un degré d’intensité élevé. Si l’ensemble est bien heavy, il est en même temps tout sauf lourdingue et séduit par sa créativité (on y trouve des breaks inattendus, notamment sur la plage éponyme), sa fraîcheur et son accessibilité. C’est qu’à côté de titres ultra furieux comme le bien nommé ‘Untame’ ou ‘Chew the roots’, on trouve également des morceaux comme ‘Long distance runner’ ou ‘Boneshaker’, franchement immédiats. Une belle découverte ! (pf)

CFCF ‘Outside’ Dummy Records/Pias

‘Beyond light’, il s’agirait d’abord de s’immerger dans la matrice de Glass, disséquer l’ambient de son échine à la moelle pour mieux s’en éloigner en fractales souples, asymétriques, en motifs émergents. Sauter du ‘Drumming’ de Reich en marche, et cassant sa progression linéaire de la voix d’Active Child, s’emparer d’un

Vernissage de l'exposition par Matthieu Hackiere + THE HANGED MAN AND THE MOON

MAR 11 MAR

AERO(POINT)BAR

SOIR DE NAVRANCE #5 JEU 13 MAR

SEUN KUTI + BUKATRIBE

VEN 14 MAR

FAUVE - SOLD OUT

+ Afterlive de THE WAYWARD BIRDS

DIM 16 MAR

FOREST SESSIONS #5

MER 19 MAR

FFF + BODYBEAT

VEN 21 MAR

EMILY LOIZEAU EN DUO

+ ORAGE PAMPLEMOUSSE

Castles ‘Fiction Or Truth’

MAR/MAA

TAROT & CHIMERES

Because Music

Australien taillé pour figurer dans Guitar Hero, jeune légende locale de la 12-cordes, John Butler cultive les attributs du surfeur : blond, bronzé et propagateur d’un rock bluesy et sablonneux, huilé au funk, que ne renierait ni Jack Johnson, ni les Red Hot. Quand il ne dompte pas les vagues, John sort donc des albums, celuici étant déjà le sixième en compagnie de Byron Luiters aux synthés et Nicky Bomba aux percussions. Sur une solide charpente d’instruments parfaitement maîtrisés, le trio compose des chansons à la fois introspectives et musclées, tel le planchiste scrutant l’horizon. Il leur arrive bien de rouler des mécaniques, d’abuser de leurs boucles cuivrées et d’affronter, présomptueux, l’une ou l’autre vague trop gourmande qui les retourne en un rien de temps. La technique ne fait pas tout et les compositions souffrent ici et là d’un brin de rigueur. A l’eau, quoi. Pourtant, c’est lorsqu’il s’autorise un brin de free-style, au travers de brèves jams (‘Blame It On Me’, le très beau ‘Wings Are Wide’), que le trio enflamme les enceintes et règne sur les océans. Plaisant, mais pas indispensable. (ab)

2014

SAM 22 MAR

DISCLOSURE (LIVE) - SOLD OUT

LUN 24 MAR

BEN L'ONCLE SOUL

MAR 25 MAR

THE FOLK BLUES REVUE

LEYLA MC CALLA + GUY DAVIS + HARRISON KENNEDY Belle Sortie à Wavrin MER 26 MAR

RICARD S.A LIVE SESSIONS

STUCK IN THE SOUND

JEU 27 MAR

DISIZ + MC METIS

VEN 28 MAR

HOLLYSIZ + BEAU FUN - SOLD OUT

les spectacles sans gravité - licences entrepreneur de spectacles

SAM 29 MAR

CATCH-ME ! IF YOU CAN...

WRESTLING + PERFORMANCES + CONCERTS + DJ + EXPO

© Brest Brest Brest

Après avoir étudié à Cuba, elle est retournée vivre dans le camp de réfugiés au sud de l’Algérie où elle est née et où elle a grandi pour finalement s’installer en Espagne. Au gré de ses déplacements, elle a intégré à sa musique des éléments et des musiciens extérieurs sans que son credo ne s’en trouve altéré. Son combat insatiable pour la reconnaissance de la cause du Sahara, une terre colonisée vidée de ses habitants, est indissociable de son art. Au travers des textes à la fois engagés et poétiques portés par un chant fervent, ‘Soutak’ se veut un trait d’union entre la tradition musicale saharienne et malienne, une sorte de blues du désert malgré le galvaudage qu’implique ce terme. C’est Chris Eckman – lequel avait contribué à populariser Tamikrest – qui en assure la production. Bien qu’il soit né au Sénégal, Habib Koité n’a de cesse de chanter le Mali en recourant à la multitude des langues vernaculaires qui le traverse. Il chante le bonheur d’être chez lui, sur sa terre, tout en rendant hommage aux musiciens qui l’ont précédé, un lien essentiel entre les diverses communautés de son pays qui ont grand besoin d’être ressoudées. Combinant la tradition griot à son habilité pour la guitare, il s’entoure d’une douzaine de musiciens dont la plupart apportent leurs instruments coutumiers (kora, n’goni, calebasse…) Enregistré pour l’essentiel à Bamako, ce disque ravira les amoureux de la musique malienne tout en mettant en exergue l’excellent travail réalisé par la maison belge Contre-Jour. (et)


18

Earteam

terrain vierge. Quérir l’étrangeté organique dans les courbes vectorisées, ôter toute son âpreté hantée à Will Oldham, en faire un ver luisant à accrocher au cou d’une autre créature que Dawn McCarthy. Il s’agirait ensuite de dénicher une échoppe ‘Nature et Découvertes’ et d’oublier cette plage aussitôt. Se débarrasser de toute impureté à une autre source, tenir la note dans la glace, la gangue répétitive, repérer les lampions que la nuit fantasme comme des gammes. « Believe me / We’re going find the way to / The crossing » mais avant ça, il s’agira de refermer le grimoire ésotérique à pages blanches, d’éteindre la lampe à lave. De bailler, profondément. (alr)

Cheatahs ‘Cheatahs’ Wichita

Deux possibilités s’offrent au néo-quadragénaire devant l’album éponyme d’une bande de jeunes couillons anglais singeant avec une classe certaine, il faut l’écrire, toute la clique des chevelus grunges et des shoegazers qui firent le son des nineties, de Dinosaur Jr à Sonic Youth : jouer le vieux con qui a tout vu et s’en retourner à ‘Loveless’ en grommelant qu’on ne l’y prendra pas ou fermer les yeux, accepter ces Cheatahs pour les vessies qu’ils sont et s’en fourrer jusque-là, quitte à ce que ça lui prenne trois jours pour s’en remettre là où jadis une nuit de deux heures suffisait. Dans ce genre grésillant, les Cheatahs étant plutôt de bons copieurs, on ressortira donc le vieux jeans qu’on met une fois par an pour bricoler, on headbanguera avec les cheveux qui restent et on n’hésitera pas quant à la troisième bière. A fond. (lg)

Samantha Crain ‘Kid Face’ Full Time Hobby/Pias

Hey, kiddo, « we dropped our guard »: malgré ses sentiments désarçonnés en vol, Becky Thatcher d’Oklahoma revient à la maison, va donc me chercher mon rocking-chair ! Elle a troqué son tablier blanc contre une salopette, elle a l’irrévérence des taches de son, appris la liberté à même les branches (« I don’t want to be a cynic / it’s much too soon for that »), défié les fiddlers à leur propre jeu, fait des duels de banjo, rassemblé les trésors de ses inoffensives rapines dans une boîte de cigares aux charnières fragiles. Elle crâne un peu, ah ça oui, mais c’est une bonne petite qui, même si ses mensonges lui font retrousser le nez, n’oublie pas ses racines. Juste prise par la hâte de grandir pas trop droit, de sentir la main de Karen Dalton sur son épaule, de veiller avec quelques démons (« I’m not mad / I’m conflicted »), de sauter à pieds joints dans les flaques, d’embarquer dans la prochaine remorque. Entre toi et moi, même si ‘The Pattern Has Changed’, je la trouve surtout touchante quand sous le vernis matamore, je décèle encore la môme qui chapardait des cerises, quand cette drôle de wayfaring stranger au timbre calleux, canaille, caillou garde le cap : « Open up your door / keep your weapon on the floor / it’ll be just fine ». (alr)

David Crosby ‘Croz’ Blue Castle Records

David Crosby. Le Crosby du Crosby, Stills, Nash & Young. Vos parents ont peut-être dû vous en parler un jour. Il fut d’abord un des fondateurs des légendaires Byrds et le producteur des premiers disques de Joni Mitchell, assurément une autre époque. A plus de septante ans, il rengaine avec un nouvel album publié sous son nom qui confirme, si besoin était, ses grandes qualités de vocaliste et de guitariste. D’une facture très classique, pour ne pas dire prévisible, ce disque parachèvera

Anthony Joseph ‘Time’ Heavenly Sweetness/Naïve/Pias

Certains ont la voix de leur physique. Anthony Joseph a celle de sa musique. De sa bouche s’écoule toute l’âme africaine, depuis les terres natales jusqu’aux contrées forcées, dans une langue chaude et lumineuse. Réalisé sans son Spasm Band, ce ‘Time’ n’est pas pour autant une escapade solitaire. Fruit de la rencontre avec l’exceptionnelle artiste Meshell Ndegeocello, qui signe tout ses arrangements, il s’agit d’un album dédié tout entier à la spoken poetry, d’une ode magistrale à la musicalité de la parole. Tour à tour chamane ou confident, Anthony Joseph nous entraîne dans une ronde d’images, de couleurs, d’odeurs et de sentiments aux pouvoirs ancestraux. Sa diction est d’une telle capacité d’évocation qu’il n’est même pas nécessaire d’être anglophone pour se laisser griser, à la manière des Last Poets ou de Gil Scott Heron. Les majestueuses mélodies de Ndegeocello propulsent ces poèmes vers l’éternité, dévoilant leurs richesses, sublimant leurs secrets, dans une ambiance intemporelle mêlant funk, calypso, hip-hop et un acid-jazz sorcier capable de s’infiltrer partout, qui rappelle les meilleurs moments de MC 900Ft Jesus. Dans une symbiose totale, celle de deux musiciens au pic de leurs talents, on jurerait entendre les instruments se fondre dans le flow du Trinitéen lorsque s’arrête la mélopée. Renversant. Que l’accompagnement soit minimaliste (les percussions de ‘Michael X’) ou le résultat de fusions complexes (‘Alice Of The River’, point culminant d’un album qui n’en manque pas), le focus ne s’éloigne jamais du récit en cours et nous fait tous sentir, pour un temps, de la même couleur. Pierre blanche d’une histoire de la musique noire, ‘Time’ est un véritable joyau. (ab)

vraisemblablement une carrière devenue par la force du temps respectable et notable. (et)

Dominique Dalcan ‘Hirundo’ Pias

Autant le dire d’emblée : si certains gamins comptent découvrir Dominique Dalcan en 2014, qu’ils se précipitent (enfin, ça n’est pas non plus l’Atlantide, rien ne presse vraiment) sur ‘Entre l’Etoile et le Carré’, son premier disque sorti en 1991. Là, Dalcan proposait un truc vaguement original, tâtait du sampling, tentait de marier l’acoustique et l’électronique et ça pouvait le faire. Mais, à vrai dire, Diabologum ferait mille fois mieux deux ans plus tard. Après, il faut déjà lâcher l’affaire. Son ‘Cannibale’, arrangé par David Whitaker en personne (enfin, ça n’est pas non plus George Martin : sénile, il a fini par travailler avec Bénabar), est aussi pompant qu’un album de Lana Del Rey. Les latineries d’‘Ostinato’ sont, elles, presque inaudibles. Parallèlement à ça, le chauve s’est lancé dans une carrière de bidouilleur synthétique et, en 2014, certains historiens laudateurs le citent encore comme une sorte de pape de la French Touch mais il suffit de réécouter un seul morceau de Snooze (et l’album ‘Goingmobile’ de 2001 en particulier) pour n’y entendre qu’un Moby sans envergure. Certes, on n’est pas tendre, mais ‘Hirundo’, franchement, plus variète dans son électro-acoustique, plus De Palmas, tu meurs. Les textes sont à tomber, on s’en doute : « parfois, on se sent aussi léger qu’un plume / aussi grand qu’un océan ». Mais oui, mais oui… (lg)

Dirty Purple People ‘Medicine & Madness’ SpezialMaterial Records/cargo

Trio suisse réputé pour ses performances live où des projections vidéo sur trois écrans génèrent un univers mystérieux, Dirty Purple People propose un rock électro nourri à l’indus et à tout ce que l’histoire de la musique électronique peut compter de zarbi. Avec ‘Medicine & Madness’, l’auditeur est convié à découvrir une collection de titres hantés et audacieux qui se révèlent de plus en plus obsédants au fil des écoutes successives. Si certains morceaux sont parfois assez difficiles à appréhender, on ne peut nier que Dirty Purple People a un coup de patte assez génial pour ce qui est de tisser des ambiances sombres aux textures riches, oppressantes, mais avec un côté étonnamment accrocheur. ‘Count the clock’, par exemple, est un très bel exercice

de rock indus limite krautrock dans son côté répétitif et aliénant. ‘Sektor G + D’ est quand à lui une vraie curiosité mêlant claustrophobie indus et des beats à la Aphex Twin à un chant orientalisant, tandis que le martial et un rien spectral ‘Henry who ?’ évoque la rencontre entre l’électro granuleuse, le doom métal et le space dub. Si vous adhérez à l’univers de Nine Inch Nails, Add N to (X) ou Cabaret Voltaire, ceci est pour vous. (pf)

Xavier Dubois ‘Sunset Gluts’ Humpt y Dumpt y

Que cela soit comme guitariste au sein du combo Ultraphallus, en binôme pour Y.E.R.M.O., ou encore en duo avec Vincent Tholomé, Xavier Dubois a depuis longtemps développé un langage plural qui lui est propre. ‘Sunset Gluts’ constitue sa première réalisation pour Humpty Dumpty et concrétise un travail plusieurs fois éprouvé sur le métier. Une grosse quinzaine de pièces, dont certaines sont parfois très concises, s’entrelacent et forment un maillage qui requiert une lecture détachée, sans précipitation. Malgré la singularité de leurs titres respectifs, chacune constitue un accès, une ouverture sur les autres. Si c’est principalement la guitare qu’il utilise – qu’elle soit préparée ou non – Xavier Dubois recourt parfois au ukulélé ou au kamânche, une sorte de vièle orientale très ancienne qui se joue avec un archet. Pas d’effet de boucle, pas d’overdub, l’approche est volontairement naturiste et simple, même quand il s’agit de reprendre une composition de John Zorn. On apprécie beaucoup ce disque qui ne déplairait pas à ceux qui estiment la démarche d’un Paul Metzger ou d’un Chris Forsyth. (et)

Eagulls ‘Eagulls’ Par tisan Records/Pias

Quand les Anglais d’Eagulls sortent un premier album intitulé ‘Eagulls’, il ne faut surtout pas les confondre avec la formation américaine Eagle*Seagull, désormais enterrée. L’erreur serait fatale. Ici, l’histoire se passe à Leeds où cinq lads trempent leurs idées noires dans un bain de guitares. Après avoir écumé le circuit des jobs alimentaires, nos petits amis ont démissionné pour s’abandonner dans le bruit d’une bataille perdue d’avance. La rage au ventre, le pessimisme sur le bout de la langue, ils débarquent aujourd’hui animés d’une sérieuse montée de sève et d’un impératif : en découdre avec le système et une

certaine conception de la société. Frustrés, cyniques et nerveux, les garçons percutent le monde sous la bannière d’Eagulls. Pieds enfoncés sur la pédale de disto, ils attaquent le pavé avec l’urgence de manifestants pris au piège des forces de l’ordre. Foulards sur le nez, poings levés, les gars s’insurgent dans un style typiquement anglais. En transe sur les mythes de Joy Division et The Clash, Eagulls épanche l’électricité et dispense ses lignes de basse comme d’autres distribuent des coups de machette. Violente, turbulente, la formation britannique adresse une réponse éloquente aux Danois d’Iceage. La puissance de leur répartie est sans appel. (na)

EMA ’The Future’s Void’ Cit y Slang/Konkurrent

Influence revendiquée de ‘The Future’s Void’, seconde sortie d’Erika M. Anderson alias EMA, les Nine Inch Nails doivent se poser la question de leur réel poids sur les nouveaux artistes en devenir – ça y est, v’là que je cause comme un manager de chez Universal. Bon, si un certain côté noise rock ressort de tous les pores du disque, c’est aussi – hélas – pour masquer un manque de contenu parfois criant. Notamment sur les deux morceaux en ouverture (dont le single ‘Satellites’), où ça tente de secouer le prunier pour n’en faire tomber qu’un pauvre moineau assoupi, les sonorités de l’artiste du South Dakota tentent de se la jouer wild, c’est pour mieux (?) tomber dans un bad trip où manque toute la classe d’une Emika. Ça s’arrange sur ‘3Jane’, où la demoiselle d’outre-Atlantique laisse davantage parler son ressenti, on le sent tapissé de plaies encore béantes et où, surtout, la production de Leif Shackelford et Anderson se la joue en (relative) sourdine. Parfois même, de bonnes idées décrochent la timbale, tels ces synthés très Bertrand Burgalat en toile de fond sur ‘Cthulu’, mais nom d’une intégrale Ninja Tune, pourquoi se laisser à tant de tintamarre sur les trois-quarts du menu ? Une idée pour conclure : un peu moins de ‘Neuromancer’ (imaginez la rencontre entre Placebo et Peaches), un peu plus de ‘When She Comes’, splendide ballade à la croisée de – et oui – Belle & Sebastian et Sonic Youth. (fv)

Eriksson Delcroix ‘For Ever’ V2

Recadrons : Eriksson Delcroix, c’est le Broken Circle Breakdown Bluegrass Band, soit le duo responsable de la bande originale du film éponyme qui a tant fait couler d’encre (nominations aux Oscars, BO en tête des hit-parades). Pour les audiophiles pointilleux, rappelons The Partchesz, l’escapade country-folk du couple Bjorn Eriksson (Zita Swoon, Admiral Freebe) / Nathalie Delcroix (Laïs). ‘For Ever’ voit la belle et la bête s’encanailler pour la première fois sous leurs vrais noms et c’est une franche réussite. Plus question de tricher, de se cacher. A ce niveau, la seule référence valable renvoie aux ballades de Mark Lanegan et Isobel Campbell. Carrément. Niveau olympique. Bizarrement, le disque est porté par un single presque pop (le dernier titre de l’album) où les voix s’entremêlent à merveille. Mais avant ça, c’était un enchantement de tous les instants, d’une classe et d’une délicatesse folles, un truc à envoyer aux Civil Wars, par exemple, pour leur montrer comment ça sonne des gens qui jouent vraiment comme si leurs vies en dépendaient. Tout ce qui d’habitude emmerde – pedalsteel, dobro, banjo, flûte même – est ici distillé avec une


l’aeronef presente hybris #2 en partenariat avec 666 la chasse

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( 0,50 € / min., tva compr. )

samedi 29 mars 2014 - 19h

l’aeronef - lille 11€/gratuit abonnés

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20

Earteam

telle subtilité qu’on en tombe. Quelques reprises (Tom Paxton, Derroll Adams) et un instrumental monstrueux (‘Riding On A Snake With A Bottle Of Tequila In My Hand’) achèvent l’auditeur. ‘For Ever’, c’est bien dit. (lg)

Family Fodder ‘Monkey Banana Kitschen’ Staubgold

22 too doo doo doo, vlà une copieuse et jubilatoire réédition de Family Fodder (un LP, un 12 inch, deux 7 inches) où ne manque quasiment que ce survolté hommage à ‘Debbie Harry’. Un festival Alig Fodder et consorts où Dominique Levillain, égérie franco-délicieuse pourrait en démontrer plus d’une fois à Véronique Vincent (Honeymoon Killers). Pour l’occasion, on sort nos babines d’arsouilles barbouillés et nos défroques boutonnées de travers depuis 1980 : même avec les beats reggae de ‘Bass Ads Bass’, « why can’t we be friends, anyway ? ». C’est sûr, cette bande d’arty-choux cartoonesque, qui a tété le biberon post-punk à toute goinfrerie à même l’entonnoir, lapé le psychédélisme à même le kool-aid, on ne lui déclarera jamais de ‘Cold Wars’ : tu t’es vu quand tu génères en plein cosmos toutes les percussions folles d’Animal Collective ? « Darling, darling, darling, darling », il t’en reste des cotillons ? Stock de « bananas in the kitchen », distribution de bonbons rythmiques qui feront rire tous les singes, crash-test onomatopées, pochette-surprise gnossienne à dénicher dans le cinématographique ‘The Big Dig’…« this is a new kind of love song ! ». « Apprendre à faire des rasoirs, apprendre à faire des passoires, apprendre à faire des lumières » : de quoi résumer à merveille un ‘Savoir Faire’ fêlé qu’on ne manquera pas d’appliquer désormais au mirliton ! (alr)

Fanfarlo ‘Let’s Go Extinct’ New World Records

Il y a un an ou plus, on avait goûté à tout le cold aérobic possible dans leurs pièces nimbées de jour, leur ‘Deconstruction’ alerte. Il semblerait que cette fois, Simon Balthazar et ses coéquipiers nous aient promis un grand crash spatial conceptuel, un flopée baroque de futurs (im)possibles. Is there (really) ‘Life In The Sky’ ? Épique, et pique, et colle et prend des grammes : la nouvelle sauce cosmique s’avère dégoulinante sur les parois de la ‘Cell Song’ et les organismes commensaux qui vivent dans les recoins de ‘Myth of Myself (A Ruse to Exploit Our Weaknesses)’ non contents de sortir les violons, jouent aussi du flûtiau sans vergogne. Définitivement plus sur le versant de ‘The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy’ en collision avec ‘The Love Boat’ que de ‘2001 : A Space Odyssey’, ‘Let’s Go Extinct’ fait japper ce qu’il reste de Laïka tenue en lounge, crée des enclaves de martiennes exotica. Si l’avenir ressemble à ça, autant déjà ressortir sa combinaison en lamé argent. (alr)

The Fleshtones ‘Wheel Of Talent’ Yep Roc Records/Redeye

A l’instar d’un groupe comme Motörhead, les Fleshtones restent fidèle à leur éthique rock, proposant des albums qui ne varient pas d’un iota au niveau du son et du style. En même temps, pourquoi devraient-ils changer à tout prix alors qu’il excellent dans ce qu’ils font ? C’est ce qu’on se dit à l’écoute de ce qui doit être leur vingt-cinquième album, lui qui prend la forme d’une orgie de mélodies ultra catchy, de riffs fuzz jouissifs au possible et de passages à l’orgue farfisa irrésistibles. Entre surf

Florent Marchet ‘Bambi Galaxy’ Pias

Évidemment, on a connu des trucs plus engageants que ce morceau ‘Space Opera’, le premier entendu, par hasard. Ça laissait franchement craindre la pente savonneuse, le bad blue trip à la Tellier : « Oh Raël mon amour / Prends-moi dans tes bras / La vie ici n’est pas pour moi / Raël mon amour mon space opera ». D’autant plus que les premiers échos faisaient aussi état d’une fixette pour le boson de Higgs et les maisons bulles de l’architecte organique Antti Lovag. La vérité, c’est que le quatrième album de Florent Marchet n’est pas à réserver à l’unique frange d’illuminés en tuniques blanches gobant les paroles d’un demichauve nourri aux extraterrestres. Mieux, il est même la tuerie qu’on attendait de lui depuis l’increvable ‘Rio Baril’ en 2007, l’album concept, vaguement autobiographique, d’une vie un peu minable passée dans une ville de province forcément désœuvrée. Mais tout de même, écouter ce nouveau disque est dangereux : c’est en devenir son premier disciple. Parce que ‘Bambi Galaxy’, synthétique en diable – les claviers sont triturés comme jamais chez Marchet –, est d’abord un vrai bel album de pop avec de vraies grandes chansons à l’intérieur. Des micros-tubes spatiaux, enjolivés par une mélancolie à la allô maman bobo, qui savent aguicher comme il faut et puis, après, faire un brin réfléchir à la condition de l’homme 2.0. Un peu partout, il est question d’enzymes, de rayons cosmiques, de photons, de cordes, de traîner près du « Virgin Galactic Coffee », de photosynthèse, d’amis d’amis qui sont restés sur terre, de dilatation du temps, d’un voyage qui durera toute une vie, ou deux, ou trois, de rêver nostalgique de la musique de Tabachnik. Au bout du compte, il y a ‘Ma Particule Elémentaire’, référence ultime à Houellebecq, acceptation de cette condition déshumanisée et note d’espoir sans équivoque sous des chœurs angéliques : « la vie déborde à chaque fois ». De fait, Marchet est plus vivant que jamais. (lg)

rock, garage, classic pop 60s et soul, ‘Wheel Of Talent’ est une magnifique collection de pépites à fredonner sous la douche et ailleurs, qu’il s’agisse d’hymnes comme ‘Roofarama’ et ‘What you’re talking about’ ou de ballades pour crooner de Las Vegas comme ‘The right girl’. Fun, fun fun ! (pf)

Gardens & Villa ‘Dunes’ Secretely Canadian/Konkurrent

disque vraiment pas dégueu. A vrai dire, son défaut principal, c’est d’être beaucoup trop long (plus de cinquante minutes) pour une époque formatée à bouffer du single prémâché. Sinon, les chansons défilent et, surprise, c’est tout à fait soutenable. Les récurrentes influences dub et reggae s’entendent surtout dans la deuxième partie du disque, là où se planquent les meilleurs morceaux, comme ce ‘My Star’, relancé à mi-chemin par un rappeur inspiré. Correct. (lg)

Les années Reagan-Tatcher: années de troubles économiques, du chacun-pour-soi, de l’irruption du virtuel dans les foyers et de la new wave comme soubassement globalisé d’une pop désenchantée. L’histoire est faite de hoquets et, chose étrange, elle ne s’effraie pas d’elle-même. À crises identiques, évasions similaires. Produit par Tim Goldsworthy, qui nous avait déjà fait le coup sur ‘In Ghost Colours’ de Cut Copy, le second album de Gardens & Villa s’inscrit sans fausse pudeur en plein revival. Traversé de la désillusion de rigueur, ‘Dunes’ suinte d’une sensibilité synthétique et douce-amère typique de la génération Depeche Mode. Une affectation entre deux âges, de celles capables d’une ballade à la fois clinquante et sensible, mais qui ne peut s’empêcher de la baptiser ‘Chrysanthemus’. Emo-émotion, gloss sur la patate. Si ‘Dunes’ patine en cours de route, il balance quelques solides chansons pailletées, ‘Bullet Train’ (qui rappelle Gorillaz) et ‘Domino’ en tête. Reconnaissons à Gardens & Villa une volonté veloutée - liée à la voix en retenue de Chris Lynch - de rester attaché, comme une nostalgique fatalité, à cette terre ingrate. Au loin, une flûte fantomatique fait scintiller les étoiles, plus que jamais inatteignables. Sous l’éclat blafard de leur préciosité sincère, on se prend à rêver avec elles aux contours possibles de lendemains meilleurs.(ab)

Geppetto and The Whales

Boy George

‘Unbekannte’

‘Heads of Woe’ Parlophone/Warner

Plaçant son premier album relativement habité sous la protection d’une tête votive et d’un curieux titre conjurant lui aussi le sort funeste, le juvénile quintet, marionnettiste de voix plus que de cétacés, ouvre sa déambulation de folk sorcier par ‘Jonathan’, frère de chœur des renards prompts, galope pieds nus dans le dernier tiers, laissant surgir sa part sauvage : « still we run cause we’re animals ». ‘1814’, lettre fondante des temps jadis et morceau sans doute le plus immédiat, a le ventricule un peu mièvre, et rate bien plus sa proie que le très nostalgique ‘Bright Star In The Morrow’, frêle monticule de cendres ou ‘Esther, You’, phare chancelant. ‘Heads’, spiritisme indien à l’ancienne, s’appuie sur un banjo de sourcier avant que ‘For The Black Hand at Dawn’ ne libère avec une ferveur thaumaturge non seulement tous les mânes animistes du rock psyché, mais les sept péchés capitaux conduisant à autant de vertus. Vallon instrumental shoegaze, ‘Maxburg’ s’entortille avant de céder ses flancs à l’atonal ‘Saigo’ et à ‘Time’, planante conclusion en fade out : « I’m feeling so low, everything comes around / And I can’t let go ». (alr)

Jason Grier

‘This Is What I Do’

Human Ear Music/Dense

Ver y Me Records

Fondateur et curateur du label Human Ear Music, Jason Grier a sans doute passé plus de temps à promouvoir et à stimuler la musique des autres que la sienne. A l’origine établi à Los Angeles, son label a accueilli en son sein les débuts de Julia Holter, Ariel Pink, John Maus, Michael Pisaro et bien d’autres encore. Avec le temps, Grier a migré vers Berlin d’où il continue à opérer. Parallèlement, il s’est dé-

Jésus, Marie, Joseph : Boy George ! Pionnier d’un mauvais goût raillé par beaucoup – il faut revoir quelques images de l’époque ‘Do You Really Want To Hurt Me ?’ et rire –, l’homosexuel à chapeau, qu’on a connu plus bouffi et moins élégant, sorti de pote il n’y a pas si longtemps (une histoire de menottes avec un escort boy norvégien), revient avec un nième

cidé à rassembler ses idées glanées à Berlin, Varsovie et Beyrouth pour concevoir un album qu’il a voulu accompli et réfléchi. La dizaine de morceaux qui le composent tiennent parfois de l’ébauche de chanson tandis qu’à d’autres moments ils apparaissent comme des vignettes sans finalité particulière. Avec l’aide de la voix précieuse de sa complice Lucrecia Dalt et l’assistance de quelques autres musiciens, il parvient à livrer un disque où des textes concis s’imbriquent dans une texture à la fois acoustique (clarinette, violon, guitares…) et électrique en nuances. A disposer quelque part entre un Peter Broderick et un Mat Sweet. (et)

Hanggai ‘Baifang’ Harlem Recordings

Vous l’ignoriez, je l’ignorais aussi : il existe un groupe de punk rock Mongol du nom de Hanggai. La pochette aurait dû nous avertir, elle met en scène, au milieu d’une steppe sans fin, des musiciens qui brandissent leurs instruments comme des étendards. La charge épique est perceptible dès les premières minutes, aux ruées succèdent les galops, une cavalcade se prépare derrière des coups de boutoirs. Le chant, en mongol, est véritablement dépaysant tandis qu’il se calque aussi bien sur des morceaux 4/4 rock que sur des airs traditionnels de là-bas. Passé l’impression d’exotisme qui prévaut à la première écoute, le constat s’impose : la Chine est incapable de manufacturer du rock digne de ce nom. Ouf. (et)

Tom Hickox ’War, Peace And Diplomacy’ Fierce Panda Records/V2

Toi le vendeur de cuberdons luisants, toi l’endimanché du vendredi, toi le fan microscopique des Tindersticks, répands la bonne nouvelle, Tom Hickox est né – bon, c’était en 1981 – et du haut de ses 33 ans, il nous envoie son premier album. Comme à tes heures perdues, tu lis Diapason, tout en te coltinant en douce l’intégrale de l’inégalable The Divine Comedy, tu sais déjà que le gaillard est le rejeton du chef d’orchestre Richard Hickox, raison éventuelle de son odyssée pop où, ne soyons pas de mauvais compte, une belle touche classique/classieuse perce la mélancolie du propos. Vu que la discographie de Scott Walker n’a plus de secret pour toi, surtout celle de ses débuts, tu t’imagineras in the port of Amsterdam en flibustier adepte de Ralph Vaughan Williams, surtout tu te laisseras bercer au sommet des vagues de ce guerre et paix pour diplomates errants. A grands renforts d’ivresse, te parviendront ses échos très orchestrés, qu’un Rufus Wainwright était près de déposer en TradeMark, en te disant que ouais tout de même, si la modestie a été jetée par dessus bord dès la troisième seconde, l’égocentrisme assumé de son auteur te réservera des surprises d’autant plus savoureuses que toi aussi, la cuisse de Jupiter est régulièrement à ton menu. (fv)

Highasakite ’Silent Treatment’ Propeller Recordings

Totalement nobody en dehors de leur Norvège natale, où leur opus initial a tout de même atteint le seizième rang de l’Ultratop local, les Highasakite (ouf, ce nom) risquent de ne plus pointer très longtemps à la case anonymat, une fois franchie le versant sud du 54è parallèle. Bien que d’aucuns les comparent avec les Vampire Weekend des débuts, mais ils ont probablement oublié d’enlever les bouchons en sortant du concert de Mogwai, le quintet scandinave aime se muer en Narcisses de la pop moderne. Quitte à inviter la grandilo-


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Earteam

quence surjouée en studio, imaginez un peu ce que ferait Trevor Horn de Lana Del Rey, la chanteuse Ingrid Helene Håvik et ses comparses ne reculent devant aucune emphase. Convoquant à la fois des échos de voix bulgares sur des sarabandes de Beach House en mode bodybuildé, le combo de Trondheim s’immisce dans les moins beaux recoins d’une Lykke Li, là où on aurait préféré entendre Agnès Obel. A l’écoute de certains passages, ceux où la voix de Håvik est davantage mise à nu, on comprend mieux pourquoi. Car oui hélas, les soupçons se confirment, la demoiselle du Nord a bien du mal à tenir la note, sans compter que sa palette est du genre restreint. Bien essayé, les gars, mais next time, enlevez vos camouflages, on vous a reconnus et tant de font de teint, ça fait péripatéticienne sur le retour. Le pire, c’est que ça risque de marcher. (fv)

Micah P. Hinson Micah P. Hinson & The Nothing

Les Marquises ‘Pensée Magique’ Ici d’Ailleurs/Believe

‘Les maîtres fous’, avec Don Niño en fripes chamanes, revisite Encre par le prisme distordu de ‘Vinyan’, sème des chapelets de gouttes d’or corrosives sur l’armure de ‘Fitzcarraldo’, fait surgir la foudre des keyboards, trembler la terre garance. Sortis de ces 4 minutes 45 d’orage herculéen, de férocité texturée, on voit mal comment on pourrait ne pas adorer cette redoutable carte aux pièges scintillants de Jean-Sébastien Nouveau. ‘Jennie Magic Cast-on’, à l’heure de la mise au Bed, encadre amplement des songes dissous, maintient la fièvre en notes secrètes avant la traque cannibale de ‘Chasing The Hunter’, lances dressées, buissons fournis : sous cette chape moite et sifflante, évanoui l’eden du ‘Lagon Bleu’ ! Sonnent les larsens et l’hallali d’une nuit qui ne peut plus de chuter sur nos corps cherchant refuge dans une mangrove moins hostile. C’est à l’aurore que nous parvient l’annonce d’un ‘Visitor’ messianique, d’un frère Gabriel porté en triomphe par le saxophone d’Étienne Jaumet, à l’orée matinale que la forêt dessine son timide intermède. Richement incurvée de cithares et gamelans, ‘Cassette (Hands of Fire)’ - somptueux présage aux mille variables - se déploie à sa guise, fourmille du rougissement sonore des Yorei, de la présence chatouilleuse d’enfances fanées. Laissez-nous donc tournoyer tête en flammes non pas juste une année, mais un siècle entier dans la ‘Pensée Magique’. (alr)

Talitres

En 2010 : on avait été bluffé par ‘Micah P. Hinson and the Pioneer Saboteurs’, ses sales manières d’americana pas nette, ses ambiances un peu torves. Depuis, rien ou presque. Il semblerait qu’il se soit fendu d’un mini-album de Noël en décembre dernier pour servir la cause de quelques enfants de son état texan mais c’est à peu près tout. Belle surprise donc de voir aujourd’hui débarquer le myope à casquette chez Talitres. Flanqué d’un titre dont il a le secret (se souvenir aussi de ‘Micah P. Hinson and the Gospel of Progress’, de ‘Micah P. Hinson and the Red Empire Orchestra’), ce nouveau disque semble revenir à des choses plus essentielles, en tout cas, moins torturées : rock’n’roll pure souche (‘How Are You Just A Dream ?’, sorte de Clap Your Hands Say Yeah reprend Dylan), murder ballads à la Cave (‘I Ain’t Movin’, ‘The Quill’), folk swinguant à la M Ward (‘The Life, Living, Death and Dying, of a Certain and Peculiar L.J. Nichols’, ouf), country baltringue au banjo (‘There’s Only One Name’) et piste-cachéequi-fout-les-chocottes-dix-minutes-après-ledernier-morceau. Tout est bon mais, toutefois, c’est un peu moins long en bouche que le précédent. (lg)

Hitsville Drunks ‘Sincerely Average’ Starman Records

Saluons la volonté de Mauro Pawlowski, guitariste de dEUS, de se frotter volontairement au genre pop-rock dans ce qu’il a de plus populaire : des morceaux bien calibrés, une accroche susceptible de parler au maximum de gens, une digestion des racines et des époques pour en extraire le dénominateur commun, le tout sous un line-up éprouvé depuis plus de cinquante ans, qu’est-ce sinon la marque des plus grands ? Malheureusement, si l’intention est bien là, l’exécution est – disons-le clairement – faiblarde. La faute à une composition en berne, dont on peine à retenir le moindre refrain, défaut majeur lorsqu’il y a volonté d’épure. Concrètement, on assiste à une enfilade de chansons un peu blues, un peu pop, qui, non contentes de ressembler au tout-venant indie, font regretter de s’y attarder, tant leurs paroles échouent à donner corps à l’ironie dont elles se croient teintées. La voix de Pawlowski, bien que chaleureuse, semble d’ailleurs manquer de conviction. Un album qui porte hélas bien son titre. (ab)

Hospitality ‘Trouble’ Fire/Konkurrent

D’après la bio reçue avec le disque, l’étiquette pour ce genre de musique serait eclectic avant pop. Ce qui veut, comme d’habitude, à la fois

tout et rien dire. Mais n’empêche, après quatre fois trente minutes dans les méandres de la voix d’Amber Papini (ce nom, c’est déjà en soi une sorte de rêve), il est possible de finir sérieusement désaxé et/ou, à tout le moins, passablement fiévreux. Des hallucinations sont à craindre. Comme la première fois où on a entendu Camera Obscura ou, surtout, Victoria Legrand entamer ‘Auburn and Ivory’ sur le premier Beach House en 2006. Cette manière de contraindre la pop à la mélancolie, cette façon de louvoyer entre Galaxie 500 et Mazzy Star, c’était très, très fort. Le trio de Brooklyn nous refait le coup aujourd’hui, deux ans après un premier album qu’on a complètement zappé. Dans ce genre dream pop trop rabâché depuis un lustre, c’est tout simplement à tomber. Des arrangements splendides, parfois inattendus (la fin cuivrée du superbe ‘Sunship’), qui font danser de manière un peu inutile, grotesque et automatique là où on ne devrait que s’allonger et disparaître (les presque primesautiers ‘I Miss Your Bones’, ‘Rockets And Jets’, le quasi ataraxique ‘Going Out’). Il faut donc retenir ces mots, les répéter encore et encore jusqu’à l’hypnose : eclectic avant pop, eclectic avant pop, eclectic avant pop… (lg)

The Hosts ‘Softly, Softly’ Fierce Panda

On ne quitte pas la posture, la suavité empruntée. Progénitures de Sinatra, rejetons rétromantiques recueillis sur scène par Richard Hawley et Roy Orbison, The Hosts voudraient incarner les gendres idéaux, propres, affables. Pas un poil qui dépasse sous l’épaisse couche de gel. Las, le cheveu colle au crâne, le volume s’affaisse sous le poids de la gomina, la dose est trop forte, il manque d’air entre les mèches. ‘Would You Be Blue’ inaugure cette impression: d’emblée, le romantisme est appuyé sans demi-mesure, dans un doo-wop frontal, dénué de toute dynamique, de toute respiration. Quelle place reste-t-il pour l’étincelle, pour l’approche ? On est loin des pattes de velours gris de l’album éponyme du sieur Hawley, lui qui savait manier classe et classicisme avec une façon polie de ne pas y toucher. The Hosts se précipitent avec une candeur adolescente dans le piège d’une musique dont ils maîtrisent les codes, certes. Mais en chemin les chenapans ont déjà défait leur pantalon, qui leur tombe sur les jambes. Faire la cour est un art en soi. Les plus talentueux l’abordent avec le plaisir de la galanterie pour elle-même et non de ses conséquences coquines. Allez, remballez-moi tout ça, bande de malpropres. (ab)

Howler ‘World Of Joy’ Rough Trade/Konkurrent

Il y a des moments comme ça ou on n’a pas vraiment envie de se prendre la tête et où on ne veut rien de plus qu’un bon album de rock direct et catchy. C’est alors qu’on se tapera ‘World of joy’, soit une merveille de rock rentre-dedans comme on l’aime. Ultra direct (la plupart des titres ne dépassent pas les deux minutes), terriblement accrocheur, emprunt d’une rage primitive, l’ensemble associe rock 60s, garage, punk, hard et indie 80s sur des titres punchy et bien crades. Howler, c’est un peu la rencontre entre les Ramones, les Byrds, Kiss et les Smiths. Cela vous semble incongru comme cocktail ? Le mieux est de se pencher sur l’album et de découvrir ‘Al’s corral’, ‘Don’t wanna’, ‘World of joy’ ou le post punk ‘Louise’ pour s’en convaincre. (pf)

I Break Horses ’Chiaroscuro’ Bella Union

En plein Jeux Olympiques d’hiver, il n’y a pas qu’en ski de fond que les Scandinaves trustent les médailles (fussent-elles en chocolat), le second album des I Break Horses en est une preuve supplémentaire. Mélodique à souhait (on vous met au défi d’oublier les morceaux dès la seconde écoute), la synth pop de la paire suédoise démontre, si besoin était, qu’en la matière, les Nordiques tournent le volant comme des petits champions. Tout en oubliant d’en rajouter dans les excès vocaux féminins, ô quelle belle idée, Fredrik Balck et Maria Lindén garnissent à foison leur mille-feuilles synthétique – et pour notre grande joie, la fusion de leurs multiples ingrédients parvient à maintenir à flots légers leur esquif aux cales bien pleines. On songe évidemment à The Knife et à toute la cohorte de side projects, de ci de là quelques rappels lointains aux Cocteau Twins et/ou Dead Can Dance s’extirpent de la mémoire, on imaginerait même une Marissa Nadler transformée en princesse des claviers se glisser dans l’aventure. En prime, et c’est là que réside le plus grand intérêt, nos casseurs de chevaux tournent le regard vers l’avenir, il s’annonce prometteur. (fv)

Jóhann Jóhannsson ’Prisoners OST’ NTOV

Un jour, il faudra qu’un scientifique s’attelle à l’analyse bactériologique de l’eau des geysers islandais – j’ignore ce qu’ils contiennent

mais c’est de la rudement bonne. Figure de proue de la scène néo-classique de son pays, et largement au-delà, Jóhann Jóhannsson a répondu à l’appel des studios Warner Bros., à charge pour lui de composer la bande originale du nouveau film du Canadien Denis Villeneuve, remarqué entre autres pour son précédent drame ‘Incendies’, où trônait au sommet de l’affiche notre compatriote Lubna Azabal. Histoire d’un père à la recherche de sa fille et de son amie, ‘Prisoners’ bénéficiera au moins de l’incroyable maestria du compositeur islandais – le reste, nous le jugerons à l’écran. Tout au long des seize plages du disque, une formidable tension dramatique parcourt l’échine de l’auditeur, à qui il ne faut guère d’imagination pour tisser des liens cathartiques entre son et image. Entouré d’ailleurs de deux noms parmi les plus admirables de l’univers néo-classiques ambient, la violoncelliste islandaise Hildur Gudnadottir et le musicien norvégien Erik Skodvin (plus connu sous le nom de Svarte Greiner), Jóhannsson expose à chaque seconde toute l’étendue de son savoir-faire – tout en parvenant miraculeusement à dissimuler ses intentions derrière une modestie aussi admirable qu’elle semble naturelle. Amis d’Arvo Pärt, Nico Muhly ou Bernard Herrmann, cette musique est faite pour vous. (fv)

Rebekka Karijord ‘Music For Film And Theatre’ Control Freak

A la fois actrice et musicienne, Rebekka Karijord a très vite développé une affinité pour le cinéma. Classiquement éduquée au piano et au violon, cette jolie Norvégienne a débuté très tôt en enregistrant ses premières démos à 13 ans. Relocalisée à Stockholm depuis plusieurs années, elle a composé et agencé la bande sonore d’une multitude de films. Si ce sont davantage ses albums pop et surtout ‘We Become Ourselves’ qui l’on fait connaître (elle figurait à l’affiche des dernières Nuits du Botanique), elle est toujours demeurée active hors scène pour mettre en musique un scénario, une pièce de théâtre ou, plus accessoirement, une chorégraphie. Cet album rassemble, en une quinzaine d’entrées, les parcelles d’un travail exercé au cours de ses six dernières années. Le ‘Prologue’ ressemble à s’y méprendre à une ouverture de Dead Can Dance à sa belle époque tandis que l’‘Epilogue’ rappelle indubitablement Arvo Pärt. Entre les deux, une bonne série morceaux qui évoquent davantage, dans leur facture et leur forme, des bandes sons pour le cinéma. (et)

Keel Her ’Keel Her’ Critical Heights

Adepte du bombardement de tracks sur SoundCloud, Keel Her avait sans doute de quoi alimenter trois albums, elle a sagement choisi d’en rester à un seul disque – son tout premier. Bricolo à fond les ballons, sa pop lo fi a tout pour flaire aux fans de l’Ariel Pink first generation. Mélodies cheap – mais jamais couillonnes – enregistrées au ventilateur sur fond d’une Ill Ease passée chez Lush, synthés à quatre sous dénichés sous la poussière d’un grenier où ont traîné les Throwing Muses, bidouillages à deux fils tirés d’un trait entre U.S. Girls et Wavves, voire les Bérurier Noir (on vous le jure), Rose Keeler-Schäffeler va puiser au fin fond des nineties, mais pas uniquement, une inspiration qui ignore la ligne médiane et s’engage à volonté dans les sousbois. Parfois, un sanglier apeuré en profite pour se faire la malle, en se demandant ce qui a pu lui tomber dans les oreilles, plus souvent, les rapaces en quête de nouveau gibier trouvent leur compte, habitués qu’ils sont aux saveurs de la demoiselle de Winchester exilée à Brighton. Et si on ne repassera pas les


TH

06.03

PLANNINGTOROCK + BRAIN RAIN + RROXYMORE

FR

07.03

WHOMADEWHO + MIDNIGHT SWIM

TH

13.03

AMPLE PLAY NIGHT FEAT BED RUGS + SUDDEN DEATH OF STARS

SA

15.03

GRAILS + LILACS & CHAMPAGNE

WE

19.03 22.03

HORSES ON FIRE

WE

26.03

FELIX KUBIN + MIAUX

FR

28.03 02.04

GLÜ

SA

FR

LITTLE TROUBLE KIDS: ‘HAUNTED NIGHT’

OLD MAN GLOOM + CIRCLE + OATHBREAKER

FR SA

04-05.04

TH

10.04 26.04

JAZZEUX RAF D BACKER / RASERHEAD BY CERCUEIL / BLACK FLOWER /YVES PEETERS GROUP / TOO NOISY FISH / XAVIER DUBOIS / INWOLVES / DANS DANS / RADIAN / GUILLAUME PERRET & ELECTRIC EPIC / STUFF.

SA

THIBET JUNGLE BY NIGHT

beursschouwburg .be

Rue A. Ortsstraat 20-28, Bruxelles 1000 Brussel

concerts


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Earteam

ingrédients à tous les plats de la semaine, nul doute qu’une bonne rasade de temps à autre ne pourra que faire du bien. (fv)

Seun Kuti & Egypt 80 ‘A Long Way To The Beginning’ Because Music/News

L’Afrique continue à voir rouge brasier, poing dressé, et Seun Kuti l’héritier en est l’étoupe. ‘IMF’, acronyme rageur, invective éructée à la gueule des salauds désunis de tous les pays, arrache toutes les syllabes, génère de l’afrobeat bouche grand ouverte. Voler à bord d’’African Airways’ c’est obtenir l’assurance de l’hémistiche instrumentale, d’un pilote de haut vol au scat chibidi, aux trompettes extralarges. Le déploiement d’Egypt 80, orchestre überclasse, ferait presque regretter les moments où bégaie le chant d’engagement à slogans parfois simplistes, « Fuck The System » en tête. Mais les chœurs d’’Higher Consciousness’ perdent bientôt les pédales et la mesure et nous voilà bien arrimés sur une voie plus jubilatoire, où ‘Ohun Ayie’ sort le sautillant soukouss et où il nous faudra évacuer toute l’’African Smoke’ qui a empli la pièce. ‘Black Woman’ en clôture, organise un banquet de croisière où déambulent, verre à bulles à la main, les fortes têtes et les résistantes, Maya Angelou, Angelas Davis, Zeina Badawi, Nina Simone en tête : noble initiative mais qui manque singulièrement de punch corsé. (alr)

Lo-Fang ‘Blue Film’ 4AD/Beggars

Feutrine dans la gorge, quelque part entre le Ben Harper des débuts et un Jack Johnson qui aurait remisé sa planche, Matthew Hemerlein module son falsetto de façon à conjuguer lyrisme et intimité. Peu frileux du mélange, Lo-Fang fusionne également formation classique et cybersoul tendance James Blake, élargissant le style (plutôt mode) de quelques passages orchestrés souvent brillants à base de violons, contrebasses et pianos. A ce titre, l’incroyable ‘#88’ ouvre sur un pizzicato voisin d’Andrew Bird, soutenu par le timbre ouaté du garçon qui s’envole rapidement en voix de tête, ajoute quelques cordes en cours de route, une basse synthétique grondante qui joue les soubassements, et s’achève dans une apothéose mélodieuse, entre musique de chambre et traditions d’Europe de l’est, très loin des violonnades que nous sert habituellement la pop music. Lo-Fang peut certes irriter par le maniérisme occasionnel qui traverse ‘Blue Film’. Pourtant, les fioritures a priori agaçantes qui enrobent ses ballades doucereuses laissent leur empreintes dans les oreilles et appellent à d’autres écoutes, transcendées par son sens aigu de la dentelle (les arrangements sont nickels), comme cette appropriation flamboyante de ‘Boris’ (de BOY) ou encore la proto-house tout en caresses de ‘When We’re Fire’. Si le genre vous donne des boutons, fuyez, mais si vous avez usé vos albums de Blake au point de voir le soleil à travers, n’hésitez pas une seconde. (ab)

Lorelle meets The Obsolete

Marissa Nadler ’July’ Bella Union/Pias

Voilà dix ans que nous suivons la carrière de Marissa Nadler, depuis son extraordinaire ‘Ballads Of Living And Dying’ le temps n’a eu de cesse d’écouler son venin, et pas une seule fois, un semblant de déception a pointé le bout de son nez – qu’elle a vraiment charmant, ceci dit. Mauvaise nouvelle pour les bougons de tout poil, le cru 2014 de la songwriter américaine est d’une exceptionnelle teneur – même en s’en tenant aux critères nadlériens, déjà plus exigeants que pour le tout-venant féminin à guitare. D’une sensibilité exacerbée qui renvoie définitivement à ses chères études Hope Sandoval, Marissa Nadler n’a pourtant jamais besoin d’en rajouter des couches infinies, tant sa démarche hautement raffinée fait perler le long de notre échine une vision du monde où le noir n’est jamais bien loin de l’arcen-ciel. Qu’elle revisite l’americana (‘Drive’) ou qu’elle convoque des arrangements plus riches (‘1923’), la chanteuse de Washington D.C. survole la mêlée, des miles d’avance sur la concurrence. Mieux encore, mais on le savait déjà, simplement accompagnée de sa guitare acoustique, et bien entendu des réverbérations de sa voix tellement frissonnante (sa marque de fabrique), elle parvient encore à nous surprendre, des dizaines de titres après ses débuts. La marque d’une immense artiste, finalement. (fv)

on ose couvrir sa voix d’écume, submerger les mythes anciens de fumerolles. On cultive des ‘Dead Leaves’ avec autant de venin sucré que les plantations d’Elysian Fields. Ah coriace petite ritournelle patraque de ‘Music For Dozens’, ah langueur séminale de ‘Grieving’, berceuse de deuil sous haute tension, ah beaux vestiges borgnes ! On va barricader la scène, on va rester entre nous, à capturer le surf rock avec nos crécelles, à attendre très recueillis ‘The Third Wave’, magie blanche pour fidèles éteints. On grignotera avec délectation ‘13 flowers’ par les câbles et les racines, et à minuit, sanglée comme un guérillero, la fête repartira de plus belle, un pied sur la fuzz, un pied dans la tombe. (alr)

Mark Lotterman ‘Year without Summer’ Harlem Recordings/Ber tus

Sur le port d’Amsterdam, à moins que ça soit un bouge enfumé de ‘Brighton’, j’avais déniché un Martin Eden aux larmes de gorge, un Tom Waits non tonitruant qui ne cessait de répéter que le printemps serait là bientôt, mais qu’il faudrait se passer d’été. Que si le plomb de chaque réveil ne grevait pas sa chair lasse, il pourrait emmener les sourires des enfants d’un autre au zoo. Sur mon canapé orange, orphelin de trottoir, il s’est senti comme chez lui. La vue sur les docks, le hangar aux poutrelles corrodées par la rouille, il en faisait son affaire. Juste la place pour ses grolles et sa gabardine, un confort sommaire contre ses histoires anthracite où ceux qui ont le cerveau ramolli finissent par jouer de la guitare malgré les cachets, où les serments de cour de récré, « à la vie à la mort » signés sur le poignet, s’estompent à mesure que les mois vous font pousser la moustache. Il voulait juste mettre sa patte sur le siècle, faire quelque chose de sa vie, mais il savait qu’il ne serait jamais Neil Young, jamais un Rolling Stones. Son humour salé de spleen me manquera sans doute un peu quand reviendra la bruine. « It ain’t only sorrow that makes one cry ». (alr)

Madensuyu

‘Chambers’

‘Adjust We’ ‘A Field Between’ ‘D Is Done’

Sonic Cathedral

Suyu Makinesi

J’irai danser sur vos mausolées, en riffs étranglés et dentelle noire, fêter El Día de Muertos, faire de Guadalajara la capitale du krautrock, décapiter la langue chargée de poudre effervescente quelques récalcitrants aux secousses. Et toi, avec une telle crépitation, qu’est-ce qui te retient d’en faire autant, qu’est-ce qui t’empêcherait d’être noise pour de bon ? Ici, on plonge entièrement shoegaze,

Profitant du nouvel éclairage médiatique offert par le succès critique et commercial du récent ‘Stabat Mater’, le label du duo gantois ressort – avec un artwork malheureusement plus cheap que les originaux – l’intégralité du parcours discographique entamé en 2005 avec le EP ‘Adjust We’. Une mise en perspective qui permet de constater combien les compositions ont pris de la substance mais égale-

ment que tous les ingrédients (décharges sonores à la guitare, longues incantations vocales et batterie martiale) qui font le succès du groupe aujourd’hui étaient déjà présents depuis belle lurette dans sa musique. A l’exception de quelques compositions primaires et primales – comparez la version EP de ‘Papa Bear’ et celle présentée sur ‘A Field Between’ – aucun angle n’a été arrondi pour rentrer dans un quelconque moule. Seul le côté « jeunes chiens fous » s’est progressivement estompé et des titres comme ‘Suck On More To Come’ ou ‘FAFAFAFUCKIN’ trouveraient difficilement leur place dans la production actuelle du groupe. Pourquoi certains groupes passentils si longtemps entre les mailles du filet de la reconnaissance ? Cette réédition pose à nouveau la question. (gle)

Eleni Mandell ‘Let’s Fly A Kite’ Yep Roc Records/V2

Si on en croit la bio qui accompagne le disque, ce ‘Let’s Fly A Kite’ tire son originalité du fait qu’il a été conçu après que Eleni Mandell ait donné naissance à deux jumeaux après un don de sperme anonyme. Dénuée de toute intimité comme de la moindre intention subversive, la chanteuse américaine capture ici les joies de la maternité et partage un climat de bonheur à l’intensité naïve redoutable dans lequel les joies domestiques baignent dans des atmosphères soft-rock aussi béates que vintage. Un exercice de style aussi vain que fascinant auquel le groupe de Nick Lowe prête sa complicité pour les arrangements de cuivre et de cordes. En évitant notamment le recours trop systématique à la pedal-steel. Les chansons colorées et légères comme des cerfs-volants s’enchaînent les unes après les autres en papillonnant toujours d’un style à l’autre (pop, folk, country) dans ce décor des années 50 où il ne serait pas étonnant de retrouver Zooey Deschanel et M.Ward près du juke box de chez « Al » en compagnie de Fonzie et Richie. (gle)

Franck Monnet ‘Waimarama’ tôt Ou tard/Pias

« Il est né au Mans à la fin des années soixante/ Cousin de Julian et Sean/ Je sais qu’on m’aura oublié avant longtemps/N’empêche j’aurais sans doute pas été le même/Sans mon John ». Quand Monnet fait son autoportrait (‘Sans John’), c’est avec une lucidité qui confine à l’autodestruction. Anglophile par conviction

artistique plus que par naissance, Franck Monnet s’est en effet longtemps échiné à ne produire que des compositions excessivement travaillées dans l’écriture harmonique. Un concentré d’anglicité, une sophistication « beatlesienne » jamais très éloignée non plus de la pop déstructurée d’XTC. Bref, un goût prononcé pour le suicide artistique au pays de la grrrrrrrande tradition de la chanson française. Au point de réussir l’exploit de se faire débarquer en 2008 par le bienveillant label tôt Ou tard qui lui redonne aujourd’hui une (dernière ?) chance. Et c’est depuis la Nouvelle-Zélande qu’il nous fait parvenir cette carte postale avec son lot de formules un peu convenues et de clichés ensoleillés. Plus question de se tirer des balles dans les pieds en éventail, ce ‘Waimarama’ s’inscrit sous le signe du dépouillement. Des cuivres et des cordes viennent ponctuellement habiller des mélodies indolentes ciselées d’une main d’artisan (‘Différents’ ou ‘Ton Héros’) avec l’aide d’Edith Fambuena, grande spécialiste des causes perdues. Camelia Jordana (‘Plus Rien A Me Mettre’) et Pauline Croze (‘Quelqu’un’) achèvent de rendre cet album plus qu’accessible. L’ultime occasion sans doute pour Franck Monnet d’arrêter de signer de jolis disques que personne n’écoute. (gle)

Monno ‘Cheval ouvert’ Idiosyncratics/Dense

Ce quatuor suisse originaire de Lausanne a débuté à la fin des années 1990 pour s’établir assez vite à Berlin, base arrière fertile nécessaire à ses pérégrinations tapageuses. Acoquiné par la force des choses au milieu du métal, on a pu le voir en tournée avec Jesu, Isis ou Lightning Bolt, compagnons de route et d’affinités stylistiques partagées. ‘Cheval Ouvert’, cinquième album du groupe et première réalisation pour le label Idiosyncratics, s’ouvre à la manière d’un épiderme de cheval sous perfusion d’anabolisants qui s’offrirait aux injections d’hormones de croissance. Le contact est brutal. La première des quatre longues plages sans titre qui composent le disque plonge directement l’auditeur dans un gouffre. On éprouve l’impression de réécouter ‘Cop’ de Swans en 45 tours sans Gira. La deuxième et la troisième apparaissent comme de lointaines réminiscences de Wiseblood mais pourvues d’une densité sonore bien plus fouillée, exemptes d’aspérités. C’est sur la quatrième que l’on mesure toute la panoplie sonore dont Monno peut se parer. Les vrilles distordues d’Antoine Chessex, qui officie ici au sax ténor, sont torves et se lovent dans les ressacs de la rythmique de Marc Fantini et du bassiste Derek Shirley. A la production, Roli Mosimann estampille de sa patte cet enregistrement serré tandis que James Plotkin lui assure un mastering implacable. Déchirant. (et)

Mont-Doré ‘Escalades’ Black Basset Records

A l’heure où la plupart des maisons de disque mettent en avant le fléau qu’est le téléchargement illégal pour justifier leur frilosité en matière de (non) sorties, saluons la philosophie de Black Basset Records, label bruxellois qui se fait fort de sortir en vinyle des artistes qu’il aime et dont les productions ne répondent pas aux critères dominants. Parmi eux, on retrouve les bruxellois de Mont-Doré qui proposent un E.P. particulièrement saignant. Intégrant des influences punk, hardcore et post-rock, le groupe dessine des ambiances fortes et prenantes, notamment dans la façon dont les structures associent fureur et passages plus atmosphé-


THE GO FIND

riques mais néanmoins tendus. Des titres comme ‘Please do not die again’, ‘No place like home’ et ‘Choristes’, par exemple, illustrent à la perfection la tension entre beauté et chaos dont est capable le groupe. A suivre. (pf)

Neeka ‘Deeper Well’ Sub Rosa

Pour les jeunes filles qui n’aiment pas Fauve, il y a le cinquième disque de neeka (il faut omettre la majuscule, elle préfère) : de la pop à la fraise qui navigue entre Suzanne Vega (pour les moins fraîches) et Yael Naim (pour les plus récentes et cette ‘new soul’ top sucre). Le clip de ‘Rambler’ résume à merveille cet univers joli, poli et volontiers mélancolique : sur fond de Wurlitzer et de chœurs enchanteurs, la belle défile devant des dizaines de façades différentes en répétant cette même question dix fois « why won’t you come home ? ». Mais il ne faut pas faire la fine bouche, réalisé avec l’aide de toute l’intelligentsia pop flamande (Das Pop, Float Fall, Geppetto & The Wales), ce disque se révèle vite addictif, même si on l’a déjà entendu dix fois. Aucune faute de goût là-dedans. (lg)

Peggy Sue ‘Choir of Echoes’ Wichita Recordings/Pias

Ce trio de Parques-là, qui tourne ses paumes et ses larynx vers là-haut, on prétend que juste avant, il a fricoté avec la matière noire de Kenneth Anger et de son occulte ‘Scorpio Rising’, faisant dégringoler Jack la gueule la première dans la route ou le tambour. On aurait pu croire à un béguin passager pour les fantômes espiègles, pour les cascades de nymphes, pour le bittersweet des 60’s, le choo-bi-doo dans le même panier que les regrets (ici encore ‘The Longest Day of The Year Blues’ dans la plus pure tradition des prom nights avortées). Peggy Sue a pourtant toujours autant adulé PJ Harvey la rauque que le vichy des demoiselles d’honneur et quand ‘Substitute’ a l’épiderme adroitement nerveux, le caractère fauve, ‘Figure Of Eight’ relâche une nuée de geais moqueurs. Fronde de chœurs, guitares aussi chéries et réverbérantes que chez Dum Dum Girls, aucune crainte de genres (‘How Heavy The Quiet That Grew Between Your Mouth And Mine’, savoureuse bouchée americana, ‘Idle’, invocation musclée au diable) voilà qui crée autant de reliefs appréciables dans la glotte tendre de ‘Choir of Echoes’. (alr)

Pillar Point ‘Pillar Point’ Poly vinyl

Projet solo du bidouilleur Scott Reitherman, Pillar Point déchaîne actuellement les passions de quelques nerds scotchés sur la blogosphère. À l’écoute de son premier album, l’éponyme ‘Pillar Point’, on reste un peu con, sonné par tant d’incompatibilités. Pour faire court – et gentil –, on a souvent l’impression d’écouter Paul Simon chanter la bande originale de ‘One Trick Pony’ chez Passion Pit. Seul derrière son synthé, le garçon purge son malaise sur des tubes électro lénifiants et terriblement introspectifs. Parfois, on voudrait bien danser (‘Touch’), mais le mec a l’air tellement dans sa bulle qu’on a peur de le déranger. On va donc éviter de faire du bruit. Ça n’en vaut pas la peine. (na)

Plantman ‘Closer To The Snow’ Arlen

Le mois passé, on vous parlait de His Golden Messenger, une sorte de Bon Iver dont l’excellent disque sorti vers 2010 avait plongé di-

rect aux oubliettes des folkeux nasillards avant de trouver un label plus entreprenant trois ans plus tard. L’histoire se répète une nouvelle fois ce mois-ci et, coïncidence comique, dans le même ordre d’idée : ‘Closer To The Snow’ est un très bon disque de… folk, quasi intemporel du coup – il repose essentiellement sur les guitares acoustiques –, sorti sur un label minable spécialiste ès cd-r en… 2010 (Cathedral Transmissions, inconnu au bataillon). On a compris ce qu’il y avait à y entendre : 17 petits morceaux (certains à peine au-delà de la minute) qui ne payent pas de mine mais qui peuvent aller jusqu’à évoquer le Bon Iver susmentionné, pourquoi pas Durutti Column, voire même la mélancolie des grands espaces de ceux qui n’en sont pas (Girls In Hawaii, sur le vibraphonant et bancal ‘Flame’). Quelques longueurs en fin de parcours mais rien de vraiment rédhibitoire. Bien envoyé. (lg)

Renée ‘Marching’ Zeal Records/Konkurrent

Dans son ample plaine de jeux à la ligne claire, Renée cultivait du feutré, du rond, rendait accrocs de petits soldats très peu vat-en-guerre en leur offrant des ballons pastel. Depuis, n’ont pas germé dans son jardin bien davantage d’herbes folles ou de dentsde-lion, mais des confitures de vocalises sucrées, fraises et queues de cerise où faire des boucles plus que des griffes. Mutine en ‘Dabdoe’ comme on se gargariserait d’un sirop fondant, plus mordante en ‘M.’ comme le serait une Shivaree, cocasse comme une sale gosse pour ‘Is It Working ?’, sorte de jonglerie jubilatoire à même le pavé, elle oublie à nouveau tout relief dans ‘Mr. Alzheimer’. Dans ce filet à papillons parfois proprets, ‘Marching’ trace un sillage juste, ni trop chewing-gum, ni trop charbon, épidermique à bonne température. Bilan des courses : élève studieuse qui s’applique au contraste, mais pourrait davantage pratiquer le jazz buissonnier et tacher ses jolies mains. (alr)

Run The Jewels ‘Run The Jewels’ Big Dada/Pias

Dans les années 1990, El-P a servi l’histoire du hip-hop alternatif au sein du trio Company Flow. Par la suite, il a monté et dirigé le label Definitive Jux (Aesop Rock, Del The Funky Homosapien) avec un gros cigare et des pacsons bizarres. En 2012, le emcee new-yorkais sortait l’album ‘Cancer 4 Cure’, meilleur antidote hip-hop de l’année. Notre blanc-bec adoré avance désormais planqué sous le bonnet de Run The Jewels, projet fomenté en compagnie de Killer Mike, autre monstre sacré d’un rap hardcore emmailloté entre Atlanta et Harlem. Les deux mecs se connaissent depuis peu. El-P a produit la dernière plaque de Killer Mike (l’excellent ‘R.A.P. Music’) et, en bon troqueur de procédés, le grand black est venu claquer son flow sur ‘Cancer 4 Cure’. Depuis, le duo ne se quitte plus. ‘Run The Jewels’ serait ainsi la première étape d’une discographie en devenir. En dix titres tendus comme un string en latex, la paire s’invente un monde à part. Sombre et tourmenté, tamponné de mots épais et bien plombés, cet album aime l’obscurité et les expéditions en mode pupilles dilatées. Pour ce coup d’essai, Run The Jewels ne signe pas un disque incontournable, mais pose les bases d’une relation durable. (na)

Scraps ‘Electric Ocean’ Fire/Konkurrent

Fire Records fête ses trente ans cette année et entend bien marquer le coup – rééditions de classiques et parties fines sont programmées –, tout en continuant son travail de défricheur

hors pair (la liste des devenus cultes fait trois bras…). Ainsi, après les énormes Hospitality (pour les cinquante ans, on table déjà sur la réédition de ‘Trouble’), c’est Scraps qu’on entend aussi défendre ce mois-ci. Dans une veine plus foldingue, plus fluorescente, plus kangourouesque mais avec des moyens qu’on devine ridicules (claviers pas chers, logiciels bon marché), c’est une fille de Brisbane qui s’apprête à retourner le hipster dans tous les sens du poil de moustache. La formule magique est bien connue des apprentis sorciers et Laura Hill doit le savoir mieux que personne : du vieux Casio poussé dans ses retranchements, quelques collages bringuebalants et, bagatelle, on crie à un Stereolab transgénique. Ça pourrait marcher, ça pourrait faire flip, flap et flop. A l’heure d’écrire ces lignes, un clip en ligne depuis trois mois a été vu 300 fois. Le groove de ‘Saphire’ est pourtant drôlement salace et ‘Asleep’ va même jusqu’à évoquer des Still Corners qui s’exciteraient sur un Yamaha passé d’âge. Vraiment pas mal. (lg)

Secret Colours ’Peach’ Autoproduction

S’il ne révolutionnera pas le petit monde de l’indie rock psyché, le groupe Secret Colours réussit la gageure en 2014 de sortir un disque, son second, qui ne sonne ni daté ni copié-collé. Grâce notamment au groove très entraînant d’une basse qui a la bonne idée de se biberonner au post punk de Gang of Four, Tommy Evans et Justin Frederick transforment en funambulisme des chansons pop de belle facture, dont les échos ramènent tant aux Kinks et à Pink Floyd qu’au shoegaze anno 1992. Si on les sent moins à l’aise dans le calme et la volupté, où leur savoirfaire se noie dans l’indolence, le combo de Chicago est nettement plus convaincant quand il s’agit de grimper dans les tours. Tout en évitant d’en jouer des caisses dans les distorsions et autres trémolos, les gars de l’Illinois impriment une marque joliment personnelle sur le sentier de la rock music, soutenue par la production à la fois efficace et racée de Brian Deck (Modest Mouse, Gomez, Iron & Wine). On n’en fera pas un disque de l’année (rôle forcément réduit à peu de gens) mais on recroquera avec appétit leurs pêches subtilement acidulées. (fv)

Soldier Six ‘Lost At Timekeeper’s Gate’ Off

Trio néerlandophone de Bruxelles, Soldier Six pratique un rock aux couleurs garage et aux accents aiguisés. Vitja Pauwels, son chanteur guitariste, avance un peu dans tous les sens sans trop se soucier du chemin à suivre. Aussi à l’aise pour se fendre d’une envolée métal que pour articuler un accord post rock ou initier un riff funk, il donne aux morceaux leurs véritables couleurs. Se situant stylistiquement quelque part entre Fugazi et Firehose, ce premier album est adroitement produit par Teun Verbruggen et mixé haut en couleurs par Pierre Vervloesem. (et)

Sons Of The Sea ‘Sons Of The Sea’ Avow! Records/Membran

‘Sons Of The Sea’ est le type même de l’album qui a de quoi frustrer le chroniqueur. Les compos sont dans l’absolu assez bonnes et mélodiques, la technique est impeccable et l’alternance entre titres

02.03 Vooruit - Gand 14.03 Cactus @ MaZ - Bruges 01.04 Het Depot - Louvain

ISLANDS

02.03 Vooruit - Gand

DEERHOOF + VIN BLANC/WHITE WINE

08.03 Vk* - Bruxelles 09.03 De Kreun - Kortrijk

HJALTALIN

09.03 Botanique - Bruxelles

PILLARS & TONGUES

10.03 Café Video - Gand

STADT

15.03 Cactus Club - Bruges 19.03 Tumultingent @ KASK - Gand

FATHER MURPHY

15.03 Vooruit - Gand

THE NOTWIST + JEL

19.03 Botanique - Bruxelles

RAKETKANON

22.03 11.04 16.05 17.05 13.07 30.08

Magasin 4 - Bruxelles Camping Hertogenwald - Eupen Cirque Mystique - Alost Eden - Charleroi Sjockfestival - Gierle Eigen Teelt Festival - Maasmechelen

A WINGED VICTORY FOR THE SULLEN

28.03 Botanique - Bruxelles 29.03 De Warande - Turnhout 01.04 CC Hasselt - Hasselt

ELYSIAN FIELDS

31.03 Botanique - Bruxelles

EMILY WELLS

31.03 Café Video - Gand

TIMBER TIMBRE

03.04 Botanique - Bruxelles

CHILDREN OF THE PALACE

06.04 Vooruit - Gand

KURT VILE solo PALL JENKINS (Black Heart Procession)

11.04 Vooruit - Gand

MADENSUYU

12.04 19.04 26.04 02.05 10.05 16.05 21.05

Belvédère - Namur More Music @ Concertgebouw - Bruges JC Eglantier - Berchem Les Aralunaires - Arlon Putrock - Beringen Alhambra - Mons Les Nuits Botanique - Bruxelles

CHANTAL ACDA

12.04 Mercelis Theater - Bruxelles

MARISSA NADLER

17.04 Vooruit - Gand 26.04 Botanique - Bruxelles

DOUGLAS DARE

19.04 More Music @ Concertgebouw - Bruges

SOLDIER’S HEART

26.04 Den Couterfestival - Poperinge 01.05 Schoolrock - Kontich

SHEARWATER + JESCA HOOP

29.04 Botanique - Bruxelles 04.05 DOKBox - Gand

JUANA MOLINA

18.05 Les Nuits Botanique - Bruxelles

ZENTRALHEIZUNGOFDEATHDESTODES

02.05 Inc’Rock - Incourt

DIE! DIE! DIE!

02.05 Inc’Rock - Incourt

RAPE BLOSSOMS

02.05 Les Aralunaires - Arlon

TEHO TEARDO & BLIXA BARGELD

11.05 Stadsschouwburg - Bruges

more concer ts : www.toutpartout.be Independent since 1994 Toutpartout agency Labelman Nieuwpoort 18 9000 Gand - Belgium Phone: +32 (0)9 233 06 02 infoNL@toutpartout.be www.toutpartout.be


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Earteam

enlevés et morceaux laidback assure une jolie variété. Où réside le problème, alors ? Et bien, simplement dans le fait que des petits détails plombent le potentiel indéniable des compositions : des effets vocaux lyriques too much, une touche de clavier envahissante ou encore des chœurs un rien putassiers. On a un peu l’impression que le duo doute de la qualité de ses titres et se sent obliger de rajouter une nappe de chantilly pour faire adhérer les masses. Mauvais calcul, à mon avis. (pf)

Spain ‘Sargent Place’ Glit terhouse Records/V2

Alors qu’un hiatus de dix ans a été nécessaire à Josh Haden pour se reconnecter à l’essence spirituelle de Spain, voilà que sort déjà moins de deux ans plus tard le successeur de ‘The Soul Of Spain’. Et là où le fan sera comblé d’aise, le chroniqueur ne manquera pas de relever avec suspicion cette prolixité retrouvée, le new-yorkais n’étant pas homme à confondre vitesse et précipitation lorsqu’il s’agit de trousser ses délicates compositions. ‘Sargent Place’ pourrait-il être autre chose qu’un recyclage de chansons ou de maquettes sacrifiées sur l’autel de la cohérence du précédent opus ? Un vulgaire second choix, qui ferait certes le bonheur de beaucoup d’autres formations, mais qui lui ferait perdre une étoile dans le guide Michelin de notre estime éternelle ? Trouverait-on ces chansons moins prévisibles si elles émanaient d’un artiste inconnu ? Bien sûr, le plaisir de retrouver par àcoups la mystique ferveur de Spain est ici bien trop grand pour pinailler sur les réminiscences de style d’un disque à combustion lente qui ralentit parfois le temps au point de le suspendre. Comme il ne fait aucun doute que toutes les compositions restent marquées du sceau d’une grâce et d’une élégance exceptionnelles. Mais combien de ces chansons viendront-elles réellement rehausser la discographie du groupe ? ‘You And I’ qui convie comme aux premières heures la touche jazzy de papa Charlie ? ‘Let Your Angel’ paré d’une retenue presque religieuse par ses grandes orgues ? (gle)

Bruce Springsteen ‘High Hopes’ Sony Music

Près de deux ans à peine après un ‘Wrecking Ball’ nourri aux raisins de la colère, Bruce Springsteen revient déjà à la charge avec un dix-huitième album studio qu’il considère luimême comme une anomalie dans sa discographie. Une anomalie en grande partie imputable à Tom Morello, le guitariste de Rage Against The Machine, qui ne s’est pas contenté de remplacer Steven Van Zandt lors de la dernière tournée australienne, mais qui est carrément devenu la nouvelle muse du Boss. Et dans sa quête du compromis entre le rock classique de ses débuts et une production plus adaptée au numérique, Springsteen semble avoir trouvé un histrion idéal, jamais avare en effets de manche. Pris pour ce qu’il est réellement, une collection éparse de chutes de studio ravaudées (‘Harry’s Place’), de relectures de morceaux déjà parus (‘The Ghost of Tom Joad’, ‘American Skin (41 Shots)’) et de reprises (‘Just Like Fire Would’ des Saints et ‘Dream Baby Dream’ de Suicide), le projet satisfait pleinement au cahier des charges. Mais en comparaison de certains grands crus du Boss, cet album est un peu le vin du patron. (gle)

Talvihorros ’Eaten Alive’ Denovali/Sonic

A chaque sortie du label Denovali, la même appréhension nous guette, tant les productions de l’officine allemande sont interchangeables : aurons-nous enfin droit à d’autres choses que de l’ambient vaguement teintée de néo-classique ?

Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra ‘Fuck Off Get Free We Pour Light On Everything’ Constellation/Konkurrent

Me restera toujours en mémoire un concert mémorable de Godspeed You Black Emperor au Velinx de Tongres au printemps 1999. En coulisse, Efrim Menuck et Thierry Amar avaient accepté l’amorce d’une discussion destinée à un papier pour ce même RifRaf que vous lisez aujourd’hui. Que de chemin parcouru ! Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra a depuis longtemps établi ses marques de façon indélébile au point qu’on semble avoir oublié qu’il fut un jour l’émanation de ceux-là. Avant même son écoute, ce nouvel album se proclame comme un credo. Son titre n’est ni un avertissement, ni une injonction, il est un cri, celui-là même que Raoul Vaneigem lançait entre le deuil du monde et la joie de vivre. Plus que jamais, les textes d’Efrim se révèlent coupés au couteau, à certains endroits pamphlétaires. Il dit le délabrement planétaire, dénonce l’omnipotence de l’agiotage et prend parti pour les étudiants canadiens en révolte. Ramené à un quintet, le groupe semble avoir voulu retrouver son essence. Le format a lui aussi été réduit à un simple vinyle (cd de moins de 50 minutes), exit les doublés auxquels on avait été habitué. Incontestablement, ‘Austerity Blues’ apparaît comme la pièce maîtresse de l’album, Menuck adjure un futur incertain où l’on sent toute la responsabilité de sa paternité récente. En ouverture, l’éponyme ‘Fuck Off Get Free’ est une ode rageuse en hommage à la jeunesse de Montréal, une des pièces les plus électriques que le groupe ait jamais écrite. En clôture, ‘Rains Thru The Roof At Thee Grande Ballroom’ s’annonce comme une dédicace au rappeur Capital Steez tragiquement décédé et reprend, en prologue, un extrait d’interview où le Silver Mt Zion dit ce qu’il est vraiment et ce qu’il ne cessera pas d’être. (et)

est une poule aux tubes d’or bicéphale, de ces méninges prolixes et dans l’ombre qui, en plein âge d’or du rock’n’roll garnirent les fracs des Coasters de doo wap chatoyants, permirent à Elvis Presley de démuseler le chien de chasse. Remis en devant de scène par 62 TV Records pour récolter des fonds pour Waama, une école de Tanzanie, voilà nos deux compères passés au tamis à grain variable de 16 interprètes grappillés localement et à l’internationale. Au milieu de cette fringante piste swing où vraiment personne (minets venant de muer compris), n’hésite trop à remuer du bas des reins, on se choisira volontiers comme partenaires Françoiz Breut et sa relecture misynth mi-ouate du ‘I (Who Have Nothing)’ cher à Ben E. King, Dogbowl bien au fait de l’humour fripouille de colporteur de ‘Little Egypt’, les anversois de Bed Rugs et la transe incendiaire dont ils tapissent leur chambre d’honky tonk ‘Down In Mexico’ ou encore Dez Mona scellant ‘Blood Is Redder Than Wine’ de Little Willie Littlefield d’un poisseux spleen fin de siècle. Plus une seconde à perdre, step right up (puisqu’on vous dit qu’en plus c’est pour la bonne cause) ! (alr)

Dean Wareham ’Dean Wareham’ Sonic Cathedral Records

Si la réponse doit être nuancée, se montrer surpris de ‘Eaten Alive’, cinquième épisode de Ben Chatwin sous son avatar de Talvihorros, serait travestir la vérité. Certes, et c’est très heureux, nombre de titres du compositeur londonien trouveraient aisément leur place sur une des compilations ‘Pop Ambient’ de la maison Kompakt, ce qui inscrit sa démarche directos dans le haut du panier denovalien. Plus d’une fois, on songe à Tim Hecker, en mode sous-financé (et ce n’est pas une question de pognon), voire à Thomas Fehlmann ou Klimek. A maints égards, la bête ne ferait pas mauvaise figure dans le catalogue 12K – qui signe toutefois d’autres pointures, songeons à Giuseppe Ielasi ou Lawrence English – presque tout le temps demeure un sentiment d’inachevé avec heureusement un espoir de retour. (fv)

Temples ‘Sun Structures’ Heavenly Records/Pias

Temples, c’est comme le scénario avorté d’un film de Wes Anderson. Le pitch : quatre Anglais au teint pâle et à la mine déconfite se rencontrent dans les brumes du cimetière de Kettering, un bled paumé au cœur des Midlands. La larme à l’œil, le cheveu long, les garçons enterrent leur coiffeur. À l’heure des sandwiches au filet américain, les chevelus se remémorent les bons souvenirs : des coups de peigne tendus et des tours d’oreilles queutés en beauté. En discutant, les mecs se découvrent soudainement une passion commune pour la musique. Ils aiment tous les Byrds, Left Banke, les Beatles et les Zombies. Obsédé par les sixties, le quatuor conjugue son présent au passé et enregistre un disque totalement anachronique, mais vraiment très chic. ‘Sun Structures’ est une plaque à glisser sur la platine des fans de Jacco Gardner, des Last Shadow Puppets, voire de Tame Impala ou des Flaming Lips. Superbement autoproduit par le groupe, cet album enferme les rêves d’une époque fantasmée, des buvards de LSD, quelques fumées psychédéliques et un paquet de mélodies raffinées. Tout bon. (na)

Têtes Raides ‘Terriens’ Tôt ou Tard

Attention danger : par moments, on n’est pas

loin du tourné de serviettes et de la danse des sardines (‘L’Au-Delà’, très, très limite). Sinon, les biographes en mal d’inspiration ramènent encore une fois la sainte trinité (Debout) sur le Zinc : Brel, Brassens, Ferré. On les renverra illico se prendre une sacrée tatane avec l’excellent ‘LP’ de Rhume sorti l’an dernier et une chanson en particulier, ‘BBF Expulsés’ : « Brel, Brassens, Ferré / Mais laissez-les où ils sont / Ils ont rien demandé / Ils ont fait des disques / Et ils sont morts / … / Et Piaf, mais putain mais remettez pas la même robe / A l’époque c’était déjà démodé ». Sinon, avis aux hommes qui laissent béton : on y entend aussi Renaud (probablement le Tom Waits mentionné dans la bio) et aussi, un peu, Bénabar (le Springsteen, on suppose). Manquerait plus que la grande andouille malade pour applaudir des deux pieds. Pour un couscous équitable au festival Esperanzah, c’est l’idéal. (lg)

Christina Vantzou ’N°2’ Krank y

Le début d’année 2014 est fertile en œuvres néo-classiques et le (forcément) second opus de Christina Vantzou ne nous démentira pas. Dans la même veine que son ‘N°1’, les nouvelles compositions de l’artiste américaine, aujourd’hui résidente bruxelloise (!), développent un sens de l’ambient majestueux de mélancolie, à mi chemin entre impressionnisme mélodique et expressivité harmonique. Très ambitieux, en témoigne la quinzaine de musiciens réunis sous la bannière du Magik*Magik Orchestra, le projet invite également quatre vocalistes féminines, dont Minna Choi qui assure également les arrangements et la direction de l’orchestre. Pour autant, ne vous attendez pas à des rythmes en montagnes russes, fussent-elles du Caucase. Explicitement lents, sans tomber dans l’amorphe ou le cotonneux, les morceaux de l’artiste aux origines grecques tanguent quelquefois du côté de l’implicite, surtout qu’au fil du temps, leur gravité (aux deux sens du terme) empêche l’œuvre d’atteindre toute sa plénitude céleste. A laquelle elle était pourtant destinée, mais c’est une autre histoire. (fv)

Various ‘I Can’t Get You Out Of My Mind : A Tribute to Leiber & Stoller’ 62 T V Records/Pias

Pas un duo comique. Pas plus une marque prestigieuse d’appareils audio. Leiber & Stoller

Ne le dites à personne, sauf aux inconditionnels de Galaxie 500 et Luna, ô que les délices de ‘Emancipated Hearts’ nous avaient comblés de leur saveur fin 2013. Passé ce premier mini-album, à mettre entre toutes les oreilles fleur bleue amoureuses de Camera Obscura, le songwriter américain rajoute quelques minutes à la longueur de son successeur, elles ne semblent ni longuettes ni inutiles – ou alors seulement en mode Superflu. Produit par Jim James (My Morning Jacket), le second essai de Wareham est d’autant plus subtil qu’il parait neuneu, voire guimauve, à la première écoute. Tel un décorateur d’intérieur qui enlèverait toutes les dorures décaties d’une pop romantique pour trentenaires/ quadragénaires désabusés, l’ex-partenaire de Damon Krakowski et Naomi Yang pratique l’art de la remise en forme épurée, sans pour autant tomber dans un faux minimalisme juste bon à masquer le manque d’inspiration – ça va même jusqu’à chercher du côté de chez Air (‘Love I Not A Roof Against The Rain’, la piste manquante sur la B.O. des ‘Virgin Suicides’). Riche au contraire d’arrangements que ses anciens compagnons de jeu doivent chérir à leur juste mesure, l’époux de Britta Phillips n’atteint certes pas le stade de modernité dream pop que nous admirons tant chez Beach House, mais qu’il est d’agréable compagnie de suivre ses traces. (fv)

Nick Waterhouse ‘Holly’ V2

En 1978, le petit Philippe Katerine voyait l’avenir comme ceci : « En 2008, les gens se croisaient dans les airs / Au volant de coléoptères / Super soniques, mais silencieux / En 2008, il y avait des immeubles mous / qui se transformaient tout à coup / En 2008, les couleurs étaient incroyables / D’ailleurs, elles étaient innommables ». Né en 1986, Nick Waterhouse n’a pas pu fantasmer les années 2000 en ce sens, tout le monde savait qu’on allait vers rien de bon. Pour se rassurer, il a dû fouiller dans les 33 tours de son grand-père et n’être jamais remonté. Depuis son premier album en 2012, il semble avoir arrêté le temps quelque part vers 1965. Intégriste d’un tout-analogique, looké à la Buddy… ‘Holly’– il a produit le premier album des excellents revivalistes AllahLas –, l’Américain propose une deuxième galette globalement identique à la première : soit un bref (30 minutes) mélange de rock’n’roll, rhythm & blues et soul fifties qui fera jouir de


bookmaker plaisir votre jukebox numérique. Parce qu’au fond, malgré la redite, malgré des morceaux qui se ressemblent tous un peu trop, on devine que ce voyage en première sur Rétrograde Airlines est offert avec les tripes et le cœur. Ce qui ne se refuse jamais. (lg)

Xiu Xiu ‘Angel Guts : Red Classroom’ Bella Union/Pias

En plus d’une douzaine d’années d’existence et au travers un nombre équivalent d’albums, Xiu Xiu a eu le temps de forger sa marque de fabrique. Plus qu’un groupe au personnel défini, Xiu Xiu doit se comprendre comme étant l’émanation artistique totale de son fondateur – Jamie Stewart – qui a fait de sa personne et de ses préoccupations personnelles le centre de gravité de ses chansons. Si ‘Angel Guts : Red Classoom’ emprunte son titre à un film érotique japonais de la fin des années septante, il reflète également l’impression de désolation qui émane du quartier de Los Angeles dans lequel vit dorénavant Stewart, ravagé par des guerres de gangs et gangrené par le crime. Au fur et mesure que progresse ce disque, c’est un sentiment d’angoisse qui s’installe tandis que l’oreille finit par se lasser de subir les complaintes claustrophobes de Stewart quand ce ne sont pas ses plaintes d’outre-tombe. Le disque s’achève sur des bruits de déchirure et atteint son paroxysme final sur l’éponyme ‘Red Classroom’ qui met en scène une chose qui ressemble à… une tronçonneuse. De toute évidence, Stewart a été fort influencé par le Scott Walker des dernières années chez qui il pique sans vergogne bon nombre de mimiques mais aussi par Suicide dont il fait sienne à gogo les incantations binaires. (et)

Young Fathers ‘Dead’ Big Dada/Pias

Après deux micro-albums aux idées extra-larges, les Britanniques de Young Fathers se risquent au long format. Pendant des années, les Ecossais ont pratiqué d’étranges expériences sur le hip-hop : greffe pop, transplantation triphop et amputation vaudou. Passé des caves d’Edimbourg à la lumière du jour, le trio confirme ici son ambivalence. A la fois attiré par les chants sacrés de l’Afrique ancienne et par les salves électroniques du nouveau monde, Young Fathers immerge ses chansons dans les eaux troubles d’un rap transgénique et macromoléculaire. Héritier d’un storytelling sombre et hanté cher à Tricky, le groupe confirme également son penchant pour les mots lourds. Pesant, voire oppressant, ‘Dead’ est un album aux charmes sinistres. Il a la saveur d’une nuit de débauche et l’arrière-goût d’une veillée funèbre. (na)

Eloy Fernandez Porta ‘Homo Sampler’ Inculte

Sous-titré ‘Culture et consommation à l’ère afterpop’, l’ouvrage a pour thème la pop en tant que donnée culturelle. La pop n’est pas ici réduite à son acception musicale couramment usitée dans ces pages mais elle recouvre ce vaste phénomène culturel à la fois esthétique, économique et communicationnel. Professeur de littérature à Barcelone, écrivain et essayiste, Fernandez Porta énonce l’idée que la pop ne s’apprécie pas uniquement comme objet de connaissance ou de plaisir mais qu’elle se consomme comme une marchandise. En soi, l’idée n’est pas neuve, elle prolonge ce que Debord et Baudrillard avaient esquissé à travers leurs portraits respectifs de la société du spectacle et de la société de consommation. De manière prévisible, l’auteur questionne les nouveaux médias et interroge les pratiques communicationnelles et esthétiques qu’ils induisent, parfois au travers une sémantique lestée de référents ou par le biais d’une sémiologie qui nécessite ses codes d’accès et qui, bien souvent, ne se comprend que par ses seuls affidés. En début d’ouvrage, les comparaisons avec le monde de la consommation alimentaire foisonnent : « Dans le TashDeLuxe, les cochonneries sont élevées au rang de vérité absolue à travers un emballage qui recouvre la scorie et lui confère une patine pop. » « Qui achète des icônes rêve de communautés » affirme Fernandez Porta sans toutefois pousser plus avant son assertion. Plus loin, il s’intéresse au concept de l’Ur pour le décliner en ‘UrPop’ et ‘UrGens’ dans des détours, il faut le dire, parfois abscons et pas toujours lisibles. De sampler, il est finalement peu question tout au long de ce livre, si ce n’est en filigrane ou de manière métonymique ou allégorique. De musique, il est encore moins question. Et pourtant, à relire le livre, on se plaît à en aimer les méandres qu’il emprunte, les confrontant à notre vision de ce que la musique pop est devenue bien malgré elle aujourd’hui. Cet ‘Homo Sampler’, incarnation d’une époque de trop plein, apparaît un peu comme une tentative de réponse à ‘L’ère du vide’ que Gilles Lipovetsky publiait il y a trente ans. En soi, ce n’est déjà pas mal. (et)

Catherine Viale et Mathias Moreau ‘It’s not only rock’n roll - Sexe, Drogues & Sagesse du Rock’ Editions Inter valles, 239p.

Mythique sur scène et pathétique dès qu’il l’ouvre, le guitariste ? Pas du genre à avoir inventé le fil à couper le beurre, le songwriter ? C’est pour contrer cette idée à la peau dure que Catherine Viale et Mathias Moreau, journalistes pour le fanzine ‘Abus Dangereux’, ont assemblé cette collection d’une soixantaine d’entretiens privilégiés glanés pendant trois ans. Une promesse ambitieuse : sortir du champ souvent corseté des échanges promotionnels, débarrasser l’artiste de son statut de « produit », laisser dans ses propos large place à sa ou ses philosophies de vie - vecteurs le plus souvent garants de sa créativité - tout en escamotant, hormis en préambule et en bornes de rappel, la trace-même de celui qui encourage la parole à rebondir. Le choix des protagonistes (dont un sixième de femmes), glanés dans tous les courants du rock actuel, a ici son importance : les auteurs ont sciemment opté pour ceux qui pratiquaient leur discipline depuis plus d’une décennie, longévité garante d’un certain recul sur soi. Du côté français, Dominique A, attendu, se veut pragmatique (« Je n’ai donc jamais eu besoin de me mettre en quête d’une quelconque vérité. Je suis ébahi par certaines personnes qui recherchent avec opiniâtreté un sens à leur vie. Je suis compatissant mais je n’ai aucune compréhension vis-à-vis de leur démarche. »), Rodolphe Burger, transpercé dès l’hypokhâgne par la force philosophique, « contreculture au sens puissant du terme », tandis que Xavier Plumas (Tue-Loup) évoque Julien Gracq ou Baudelaire et qu’Olivier Mellano parle de la bascule qui l’a amené d’une écriture politique à une voie ouverte à davantage de possibles. Du côté américain, on épinglera notamment les échanges théoriques de Robert Fisher (Willard Grant Conspiracy) avec Eric Martin, écrivain et les longues introspections parallèles de Josh T. Pearson et Micah P. Hinson, frères texans traversés différemment par leur foi. Deux bémols face à cette dense et louable entreprise, où l’on piochera au gré des accointances et des surprises : les intercalaires de courants qui, s’ils ont été bons axes de travail, se révèlent assez dispensables pour le lecteur car reflétant peu de véritables scissions dans les témoignages et le choix de couleurs de maquette (bleu Klein, orange sécurité), à mille lieux des clichés façon Jeanne Mas, mais qui ne rend pas la lecture aisée! (alr)

27


28 Planningtorock, Brain Brain, rRoxymore 6 mars, Beursschouwburg, Bruxelles

Que ce soit avec le dancefloor en ligne de mire ou lors d’une reprise d’Arthur Russell détournée de jolie façon. Planningtorock fait partie de ces artistes qui privilégient une démarche originale et pleine d’émotion. Là où beaucoup de productions associées à l’électro visent exclusivement l’efficacité, Janine Rostron refuse de jouer la carte de l’évidence. La musique est intense, épique, tour à tour euphorique et mélancolique. On est en outre confronté à une multitude d’instruments que l’on retrouve rarement dans le domaine des musiques électroniques et les occasions d’être ébahi sont nombreuses.

Dan Le Sac vs Scroobius Pip 6 mars, Botanique, Bruxelles 7 mars, Rockhal, Luxembourg

samedi 01 mars ABBota: Billions Of Comrades, Hitsville Drunks, Nicolas Michaux, Mintzkov, The Sore Losers; BirdPen, Blue Velvet @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Jam’in Jette indoor: Oghene Kologbo & World Squad, Lylac, Muziek De Singe, Safar Republique, Pura Dub, Idirad @ Centre Culturel, Jette, asblkwa.be Sandoo, Fenrir, Lappalainen, Ithilien @ Atlier Rock, Huy, atelierrock.be Len Faki, A.Brehme, Deg, Xosar, Molly, Issa Maïga, Pierre @ Fuse, Bruxelles, fuse.be Les Slugs, Frau Blücher And The Drunken Horses, Missiles Of October @ Garcia Lorca, Bruxelles, aredje.net Mochélan @ La Bonne Source, Fleurus, fleurus.be Tim Holehouse, Tim Loud, Reverend Zack And The Bluespreachers @ Taverne du Théâtre, La Louvière, facebook. com/latavernedutheatre TLP, Grazzhoppa, L Dopa, DJ Stylz, ... @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Kraak festival: Rashad Becker, Calhau, Mike & Cara, Gangloff, The Joyous Cosmology, Enzo Minarelli, Olimpa Splendid, Putas Bebadas, Ramleh, Sweat Tongue, Antti Tolvi, Varkenshond, Jerome Cooper, Form A Log, Leo Kupper, ... @ KC Netwerk, Aalst, kraak.net Stainless @ Flanagan’s, La Louvière, stainlessmusic.net Suarez @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Curiosity, White Coal Addiction @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be DJ Waikiki aka Wilf, film ‘Fat Cat’ @ Water Moulin, Tournai, watermoulin.bandcamp.com Flip Kowlier @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Howe Gelb, Françoiz Breut, Faustine Hollander @ Atelier 210, Bruxelles, atelier210.be Fred Deltenre @ Vecteur, Charleroi, vecteur.be Hippocampe Fou, Veence Hanao @ Alhambra, Mons, alhambramons.be James Arthur @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu 21, Ankh’s Trouble, Ravaillac @ CC, Comines-Warneton, Fr, mjcarpediem.be

dimanche 02 mars

La gouaille cockney des Streets, la sophistication minimaliste de Mike Ladd, la groovitude posée de MC900Ft Jesus; David Meads, aka Scroobius Pip, avait pris l’Angleterre par surprise avec ‘Thou Shalt Always Kill’, cocktail molotov concocté avec son comparse Dan Le Sac aux potars. Et, accessoirement, il redonnait au hip-hop tout son potentiel affolant. D’une cohérence redoutable - qui manque aux précédents albums - les neuf bombes crépusculaires de ‘Repent Replenish Repeat’ sont autant de coups de poing à l’estomac. De ceux qui réveillent. Œuvre dévastatrice d’artistes en pleine possession de leurs moyens, ‘Repent Replenish Repeat’ donne l’impression de pouvoir traverser les murs et recracher les briques sur les indigents.

Deerhoof

8 mars, VK, Bruxelles 9 mars, De Kreun, Courtrai

Thalia Zedek Band, Reena Riot @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Young Fathers, Antwon; Midlake, Israel Nash @ AB, Bxl, abconcerts.be Zolle, Henry Blacker, Quails @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Erwin Helfer @ Ferme Madelonne, Gouvy, gouvy.eu/madelonne London Grammar, Bipolar Sunshine; Mutual Benefit @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Jebroer @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Le Masquelour Blouse Band; M2B, Avant-Bande @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com

lundi 03 mars Neneh Cherry, Rocketnumber9 @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Chocolat Billy, Matthias Koole, Epilepsia @ Les Ateliers Claus, Bruxelles, lesateliersclaus.com

mardi 04 mars OneRepublic @ AB, Bruxelles, abconcerts.be End Of The Dream, Tangerine, FC Kabul @ Kultuurkaffee, Bruxelles, kultuurkaffee.be Motorama, The Spectors @ MAD Café, Liège Camel @ Vooruit, Gent, livenation.be Darkside, High Water, Children Of The Light @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Lavvi Ebbel @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Lydia Lunch, Retrovirus, Bathernay @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be The Original Wailers; Fall Out Boy, The Pretty Reckless @ den Atelier, Luxembourg, Lux, atelier.lu

mercredi 05 mars The Daisy/Rempis Duo, Ben Webster In Europe @ Vecteur, Charleroi, vecteur.be Suarez @ Centre Culturel, Mouscron, centrecultureldemouscron.be Unur, Froe Char @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Stuff @ Kultuurkaffee, Bruxelles, kultuurkaffee.be Didier Super @ CC, Chênée, cheneeculture.be Clear Soul Forces, Exodarap @ Atelier 210, Bruxelles atelier210.be Gavin Degraw, Yellowire @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Moderat, Anstam, Modeselektor dj-set @ AB, Bxl, abconcerts.be

jeudi 06 mars Si le groupe est acclamé par ses pairs (David Bowie, Radiohead, Blur, tous les ont réclamé à l’une ou l’autre occasion), Deerhoof peine parfois à faire entendre son espièglerie à un plus large public. Mais ils n’en ont cure : « On joue d’abord de la musique pour nous. Parfois, la personne qui aime nos morceaux est une gamine de cinq ans. Une autre fois, curieusement, c’est David Bowie. Dans les deux cas, ça ne change rien : on est enchanté de les voir sourire dans la foule. » Voilà près de vingt ans que les Américains culbutent les étiquettes et asticotent la pop sur fond de post-n’importe quoi (noise, rock, prog, etc.). Chaque album du groupe est source de réjouissances et de truculentes diableries. Quelles qu’elles soient.

The Bleusbones @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Savon Tranchard @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Planningtorock, Brain Rain, rRoxymore @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be The Rempis, Daisy Duo, Sweet Defeat @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Kamagurka & Kroost @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Blaudzun @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Dan Le Sac vs Scroobius Pip, Zucchini Drive @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Father Murphy, Le Club Des Chats, Looks Like Miaou @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be/ Didier Super @ Palais, Arlon, palaisarlon.be Boy & Bear, @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux rockhal.lu

vendredi 07 mars Jeff Mills, Luke Slater presents L.B.Dub Corp @ Tour & Taxis,

gigs& parties mars 2014

Bruxelles, silo.be Mochélan @ Espace Culture, Beauraing, beauraing-culturel.be L.M.P., Who’s Mr Groove? @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Mr Cover @ Barzanova, Goegnies, facebook.com/ events/677728485612211/ The Scrap Dealers, Mama Killa @ Taverne du Théâtre, La Louvière, facebook.com/latavernedutheatre WhoMadeWho, Midnight Swim @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Truckfighters, White Miles, Valley Of The Sun @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Billions Of Comrades, Fastlane Candies @ Le Salon, Silly, sillyconcerts.be Anderson Council @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be It’s A Fine Line, Ivan Smagghe & Tim Paris, Geoffroy Mugwump, Prince Off @ Bazaar, Bruxelles A Clean Kitchen Is A Happy Kitchen, Locus Control @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Bakermat, Goldfish @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Emily Jane White @ Eden, Charleroi, eden-charleroi.be Franz Ferdinand @ Forest National, Bruxelles, livenation.be Soulfly @ den Atelier, Luxembourg, Lux, atelier.lu Dan Le Sac vs Scroobius Pip @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

samedi 08 mars Oranssi Pazuzu, Onmens @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Rohff @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Ortta @ Ferme Massart, Tubize TV Ghost, La Pince, Traps, Warvin vs Duke @ Rockerill, Charleroi, rockerill.be Debby Deb, Röze, Herman De Brou, ... @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Deerhoof, Vin Blanc/White Wine @ VK, Bruxelles, vkconcerts.be Crookers @ Cadran, Liège, lecadran.be Crimson Falls, The Scalding, When Blood Burns, Skelt’s, Signs Of Algorithm, Last Breath Messiah, Concealed Reality @ Taverne du Théâtre, La Louvière, facebook.com/latavernedutheatre Chelsea,The Bombsite Kids @ Salle Excelsior, Jette, rootsrockcardinal.com Blaze Bayley @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Drake with The Weeknd @ Palais 12, Bruxelles, livenation.be Gareth Dickson @ Atelier 210, Bruxelles, atelier210.be Fitz And The Tantrums, Brett Summers; The Jezabels, Abel Cain; Emily Jane White, Xavier Dubois @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Fanfarlo, Lilies On Mars @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Fallbrawl, Dirty Fingers, Blood For Betrayal, Sheitan, Prelude To Bush Disaster @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Bush Chemists, Ackboo, Charlyx Bround @ 4 Ecluses, Dunkerkque, Fr, 4ecluses.com Soilwork @ den Atelier, Luxembourg, Lux, atelier.lu

dimanche 09 mars Tinariwen @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Deerhoof, Vin Blanc, White Wine @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Hjaltalin @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Bonobo @ Cirque Royal, Bruxelles, livenation.be The Boxer Rebellion @ den Atelier, Luxembourg, Lux, atelier.lu

lundi 10 mars The Brew @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Jooklo Duo, Gelba, Jüfro @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Disclosure; John Murry @ AB, Bruxelles, abconcerts.be The 1975 @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

mardi 11 mars Open Jazz: Soledad, Madrugada @ Ferme du Biéreau, LouvainLa-Neuve, openjazz.be The 1975; Transatlantic @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Voorronde 5 Rockrace: Callosity, The Geraldines, Hazy Jane @ Kultuurkaffee, Bruxelles, kultuurkaffee.be White Fang @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be/ Boy & Bear, Dancing Years @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Rovo & System 7 ft Steve Hillage @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Fall Out Boy @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Bastille @ Lotto Arena, Antwerpen, livenation.be Lutan Fyah & Jah Mason ft Dub Akom Band @ VK, Bruxelles, vkconcerts.be William Fitzsimmons @ den Atelier, Luxembourg, Lux, atelier.lu

mercredi 12 mars Open Jazz: La Femme Belge, Les Tzigales @ Ferme du Biéreau, Louvain-La-Neuve, openjazz.be Steakhouse Orchestra @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be/


Rufus Wainwright @ Cirque Royal, Bruxelles, livenation.be The Deep End @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be The Veils @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Admiral Freebee @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Candy Robbers @ Atelier 210, Bruxelles, atelier210.be Kareyce Fotso, Habib Koité @ CC, Auderghem, ticketnet.be

jeudi 13 mars Open Jazz: Nicolas Kummert, Max Leardini Trio @ Ferme du Biéreau, Louvain-La-Neuve, openjazz.be Youness Mernissi, Ed WydeE @ Atelier 210, Bruxelles, atelier210.be Uncle Acid & The Deadbeats, The Oath @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Tubelight # Sneakerz @ Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be Milla Brune, Little Dots @ Petit Théâtre Mercelis, Bruxelles, kultuurkaffee.be Clare Louise, Hibou @ Botanique, Bruxelles, botanique.be De Ministers Van De Noordzee @ Music Village, Bruxelles, abconcerts.be Ample Play night ft Bed Rugs, Sudden Death Of Stars @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be 1000 Bouches, Vespre @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Chronixx, Dre Island, Kelissa @ VK*, Bruxelles, vkconcerts.be Admiral Freebee; Eva De Roovere, Barefoot & The Shoes @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Mr Marcaille, Dalida, Vatican @ Water Moulin, Tournai, watermoulin.bandcamp.com Kiani And His Legion @ Alhambra, Mons Igor Gehenot Trio @ Le Salon, Silly, sillyconcerts.be Skunk Anansie @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu Dead By April @ den Atelier, Luxembourg, Lux, atelier.lu Seun Kuti, Bukatribe @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com Thomas Azier, Owlle @ Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

vendredi 14 mars [PIAS] Nites: Paul Kalkbrenner, Vitalic VTLZR, Kölsch, Tiga, The Magician, Claptone, Catz N Dogz, Pachanga Boys, Psychemagik, Mickey, A.N.D.Y., Christoph, Daryl @ Tour & Taxis, Bruxelles, piasnites.com/be Festival Lezarts Urbains 2014: Melanin 9, Froesheleirs, 87BUJ, MC Metis, open mic/End Of The Weak, ABBC, open stage des P’tits Belges @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Open Jazz: Big Noise, What The Funk @ Ferme du Biéreau, Louvain-La-Neuve, openjazz.be Loxy, Presha vs Clarity, Skeptical vs Ruffhouse, The Untouchables, Flatliners vs Mental Forces, Nidrevium vs Yotsuba @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Mr.Magnetik, Junior, Gass, DJ Dan, The G @ Le Studio 22, Liège, lestudio22.be Yellow Claw, Houcemate, Tommy Milfnikka Soundsystem, Captain Steel & Bawser @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Zita Swoon Group @ Flagey, Bruxelles, flagey.be Skunk Anansie @ Cirque Royal, Bruxelles, livenation.be Suarez, Lemon Straw @ Le Coliseum, Charleroi, coliseum.be Mgla, Svartidaudi, One Tail One Head, Verbum Verus @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Cults @ AB, Bruxelles, abconcerts.be De Pottenfabriek, Baby Fire, Le Parody, Empty Taxi @ Brass, Bruxelles Desolated, Arkham Disease, Six Grammes Eight, BMF, Chikatiloslam @ Taverne du Théâtre, La Louvière, facebook.com/ latavernedutheatre Bouldou & Sticky Fingers @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Cosmogon Scarred, White Walls @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Igor Gehenot @ L’Ex-Cale, Liège Jawhar @ Rayon Vert, Schaerbeek, eleguaprod.be Highway Jack, I Do I Do @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Lavvi Ebbel, Flesh & Fell @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Great Minds #SirJees @ Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be The Notwist, Compact Disk Dummies, Jel @ Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com Fauve, The Wayward Birds @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronefspectacles.com

samedi 15 mars [PIAS] Nites: dEUS, Girls In Hawaii, Melanie de Biasio, John Grant, Milky Chance, East India Youth, Champs, Anderlecht, The Spectors @ Tour & Taxis, Bruxelles, piasnites.com/be Festival Arc-en-Musique: Upsy Hill, Leper House, Struggling For Reason, Black Sheep, Street Poison, Dirty Bees, Diego Pallavas, Justin(e), Skarbone 14, Antillectual, The Filaments, Flying Platane, Tim Holehouse, Monty Picon, Grassmat, Flying Platane, Cédric Gervy, Cheap and Expensive @ Maison de le Jeunesse, Ecaussines, arc-en-musique.be Festival Lezarts Urbain 2014: Les Sages Poètes de la Rue, Tonino, Stage HipHop is a Weapon; Aktivistes @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Gaume Jazz d’Hiver: Baleine et Contrebasse, Kind Of Pink @ Centre Culturel, Rossignol, gaume-jazz.be Noisefest V: Consumer Electronics, Dave Philips, Puce Mary, Gordon Ashworth, Lettera 22, LR, ... @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Nicolas Kummert Voices @ Kulturzentrum Jünglingshaus, Eupen, eupen.be The Men @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Purple Years @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Manuel Hermia, Purbayan Chatterjee, ... @ MCN, Namur, maisondelaculturenamur.be Mochélan @ Whall Auditorium, Bruxelles, whall.be Museum, Baune @ Le Salon, Silly, sillyconcerts.be Manuel Hermia @ MCN, Namur, province.namur.be

The Sound Of Belgium @ Alhambra, Mons Seth Gueko, Alkpote, La Selecta, Semi @ Le Coliseum, Charleroi, coliseum.be Sea+Air, The Feather @ Belvédère, Namur, belvedere-namur.be Soirée BRÜL @ Les Ateliers Claus, Bruxelles, lesateliersclaus.com Les Passeurs de Disques, Larko @ Rockerill, Charleroi, rockerill.be Dark Alliance, Hoops, Utopic, Hybrid @ MJ, Tamines DJ Scotch Egg, Syndrome WPW, Eat Rabbit @ La Zone, Liège, pietducongo.com Clement Meyer, DC Salas, Mutiny On The Bounty, Daggers, Mambo, Umungus @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Luise Pop, Sleazy Inc. Operated, Trash Kit, MC Mustaj @ Brass, Bruxelles Beth Hart @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Kaaris, ltlk, RNS Mansour @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Little Trouble Kids, Tim Vanhamel @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Grails, Lilacs & Champagne @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Fox Stevenson, Feint, Hybrid Minds, Maduk, Murdock, Keeno, Hugh Hardie, Champion Dnb @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Frederika Stahl, An Pierlé @ CCGP, Calais, Fr, calais.fr Cults @ den Atelier, Luxembourg, Lux, atelier.lu

dimanche 16 mars Puggy @ Ferme du Biéreau, Louvain-La-Neuve, fermedubiereau.be Joan As Police Woman, Hydrogean Sea @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Grails, Lilacs & Champagne @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Corrosion Of Confirmity, Cowboys & Aliens, Your Highness @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Gavur Gelinler, Nebulista, Milky Mee, Panda Royal @ Brass, Bruxelles Left Boy @ den Atelier, Luxembourg, Lux, atelier.lu Forest Session #5 @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com

29 Festival Lezarts Urbains

Du 12 au 29 mars, Bruxelles

Lezarts Urbains réunit son festival de danse urbaine et son festival de rap en un seul événement épousant les différents pôles de la culture hip hop. Pluridisciplinaire, il investira le Botanique (concerts rap), le Palais des Beaux-Arts (plus de 200 danseurs pour des créations et shows chorégraphiques en danse hip hop; notamment la compagnie Crazy Alliance, Bruce Blanchard & Manuel Antonio Pereira et le retour du Wanted Posse), le Cinéma Aventure (projection de documentaires) et la Maison du livre de Saint-Gilles. Rencontres autour des cultures urbaines mais aussi visites guidées graffiti feront le pont entre ces moments forts. Pour les concerts des 14, 15 et 22 mars au Bota, priorité est donnée aux rimeurs belges : Ligne 81, Dope ADN, Aral & Sauzé, Tonino, 13Hor, L’Or du Commun, Fakir, Froesheleirs… Côté étranger : Lino & Ärsenik, Les Sages Poètes de la Rue, Furax/ Bastard Prod et, last but not least, le MC anglais Melanin 9.

PIAS Nites

14-15 mars, Tour & Taxis, Bruxelles

lundi 17 mars Open Jazz: Kapodastre @ Ferme du Biéreau, Louvain-La-Neuve, openjazz.be Aynsley Lister @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be

mardi 18 mars Open Jazz: Muziek de Singe, Joachim Caffonette Quintet @ Ferme du Biéreau, Louvain-La-Neuve, openjazz.be Mochélan @ Hôtel de Ville, Châtelet Mark Morriss @ Huis 23, Bruxelles, abconcerts.be Chvrches, Soak @ Trix, Antwerpen, livenation.be Eriksson Delcroix, For Ever, You Raskal You @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Derek & Yves Meerschaert @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Mathias Delplanque, E’Joung-Ju @ CCGP, Calais, Fr, calais.fr

mercredi 19 mars Open Jazz: Philippe Laloy, K’Hawah Jazz Band @ Ferme du Biéreau, Louvain-La-Neuve, openjazz.be Motek, Syndrome @ Kultuurkaffee, Bruxelles, kultuurkaffee.be Lean Left @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be The Notwist, Jel @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Horses On Fire @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Punches; Elvis Peeters & De Legende @ AB, Bruxelles, abconcerts.be HGO!: Syndrome, Motek @ Kultuurkaffee, Bruxelles, kultuurkaffee.be Danakil, Phases Cachées @ CCGP, Calais, Fr, calais.fr F.F.F., Bodybeat @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com Daughtry @ Den Atelier, Esch/Alzette, Lux, atelier.lu

jeudi 20 mars Leuven Jazz: Jef Neve invites: Ruben Samama, Mr ‘Saxman’ Koh, Richard Galliano, Dré Pallemaerts @ 30CC/Schouwburg; Eric Melaerts & Patrick Deltenre @ Hungaria; Ibernice Macbean & Johan Clement Trio @ At The Bebop, Leuven, leuvenjazz.be Open Jazz: ProleteR, Dig It @ Ferme du Biéreau, Louvain-LaNeuve, openjazz.be Mochélan @ Le Rideau Rouge, Lasne, lerideaurouge.be Même Les Oiseaux Puent; Mîmâäk @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Olöf Arnalds @ Huis 23, Bruxelles, abconcerts.be Sophia @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Veston @ Music Village, Bruxelles, abconcerts.be People Of The North, OMSQ @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Earl Sweatshirt @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Lean Left, Cactus Truck @ Les Ateliers Claus, Bruxelles, lesateliersclaus.com Kennedy’s Bridge @ Caserne du Fonck, Liège, lesardentesclub.be

vendredi 21 mars Leuven Jazz: 21/03: Robert Galsper Experiment @ Het Depot; Artur Tuznik Trio @ 30CC/Het Wagehuys; Jazz’in With Fonske @ Rector De Somerplein, Leuven, leuvenjazz.be Noir Boy Georges, Pierre Normal, DJ’s Atka, Athome, Caniche Noir, Diamant Tendre, Pinacle, Bourdon et Mauve @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Pilod @ Fnac Toison d’Or, Bruxelles, fnac.be Sophia, New Found Land @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Wye Oak, Sylvan Esso; Marie Warnant @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Mark Atkins @ l’Espace Senghor, Etterbeek, senghor.be

Girls in Hawaii Le 14, ce sera la teuf électro qui va bien. Paul Kalkbrenner (idole absolue du duo Modeselektor, compagnon de route d’Ellen Allien, on ne présente plus le DJ/Producteur Berlinois), Vitalic VTLZR (sonne-ton forcément dépassé quand notre identité appartient à ce point à une époque ? Quand la brutalité lourde de ‘Vigipirate’ sonne le Vitalic qu’on adore, ‘Under Your Sun’ flirterait avec l’odeur de transpiration d’un Guetta. Dieu reconnaîtra les siens), Tiga (il trône sur toutes les compiles qui s’entassent à côté de votre Mac, ne jouez pas les innocents), The Magician, Catz ‘n Dogz, Claptone et les Pachanga Boys pour lesquels notre ex-collaborateur (ag) a déjà vendu un rein. Le 15, célébration pop-rock et bénédiction papale : dEUS (en grande forme scénique l’an dernier), Girls in Hawaii (les autres enfants chéris du rock belge, revenus à la vie avec ‘Everest’, escapade venteuse et vivifiante), Melanie De Biasio (ses sonorités organiques smooth en forme de caresses de velours. Et puis, cette voix, mes aïeux!), John Grant, Milky Chance, East India Youth, CHAMPS.

Eriksson Delcroix + You Raskal You 18 mars, AB, Bruxelles Bjorn Eriksson (Zita Swoon, Admiral Freebe) et Nathalie Delcroix (Laïs) s’encanaillent pour la première fois sous leurs vrais noms et c’est une franche réussite. Plus question de se cacher. A ce niveau, la seule référence valable renvoie aux ballades de Mark Lanegan et Isobel Campbell. Carrément. Tout ce qui d’habitude emmerde – pedalsteel, dobro, banjo, flûte même – est ici distillé avec une telle subtilité qu’on en tombe. Les Anversois de You Raskal You sont des polissons aux cœurs tendres. Ils aiment les bonnes chansons, les sons chaleureux et le folk ancestral. On pense à Isbells, à Krakow. Ici ou là, un banjo, du violon, des cuivres renforcent les morceaux. Une réussite.


30 Leuven ‘14 Jazz

Du 19 au 23 mars, Leuven

Teun Verbruggen © Roger Laute Pour sa deuxième édition, le Leuven Jazz mixe à nouveau jeunes talents et artistes confirmés de chez nous et d’ailleurs. Parmi les têtes d’affiche épinglons Jef Neve (le ‘wonderboy’ du jazz belge y sera accompagné par quelques invités de son cru), Teun Verbruggen (lauréat du ‘Trophée Jazzmozaïek’ en 2013), Richard Galliano (star du piano à bretelles), Robert Glasper Experiment (dont le mélange de jazz et de hip-hop a raflé en 2012 le Grammy du meilleur album R&B avec ‘Black Radio’), le batteur Dré Pallemaerts, entre autres. Fulco Ottervanger et Simon Segers, de l’ensemble De Beren Gieren, et le trompettiste Bert Bernaerts batifoleront en ‘MILE(S)TONES’ histoire de dépasser les bornes sur les traces de Miles Davis. Programme complet (films compris) : www.leuvenjazz.be

Anna Calvi

22 mars, Den Atelier, Luxembourg 24 mars, AB, Bruxelles Entre baroque romantique et gothique flamboyant, les cathédrales sonores du premier album d’Anna Calvi n’avaient pas manqué de diviser. Plus question de reprocher à ses compositions de manquer de chair. Sortie des jupons de Rob Ellis et de PJ Harvey, la femme-enfant a pris de l’épaisseur. John Congleton la rhabille pour l’hiver et son tapis de cordes est un catwalk. Mais plutôt que de lui tailler des costards, le producteur new-yorkais fait de la haute couture pour mettre en valeur la palette élargie de sentiments et de sonorités. A l’image des déconcertants ‘Piece By Piece’ ou de ‘Cry’ qui ne froisseront pas les amateurs des premiers St Vincent ou du ‘Felt Mountain’ de Goldfrapp, le glamour en plus peut-être.

A Winged Victory For The Sullen + 0

28 mars, Botanique, Bruxelles

Vanilla Fudge @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Veence Hanao, Carl et Les Hommes-Boîtes @ Le Palace, La Louvière The Sore Losers, Horses On Fire @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be The Black Explosion, Atomic Vulture, MG & FX @ Taverne du Théâtre, La Louvière, facebook.com/latavernedutheatre Chelsea Grin, The Browning, More Than a Thousand, Silent Screams Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Bigflo & Oli, Les Anonymes, DJ Peusnoo @ Caserne Fonck, Liège, lesardentes.be neeka; Bastian Baker @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Billy & Bloomfish @ L’Ex-Cale, Liège Leaf House, Fastlane Candies, The Feather @ Atlier Rock, Huy, atelierrock.be Equinoctial Soleil Noir @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Emily Loizeau & Olivier Koudouno, Orange Pamplemousse @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com Scyla, MC Métis, 17 Ans d’Avance @ Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

samedi 22 mars Leuven Jazz: Mile(s)tones door Zonzo Compagnie @ 30CC/ Schouwburg; Kim In The Middle @ Kaminsky; Escape From Jazzcatrazz @ Stuk; Akkefietje @ Café Entrepot; Okon & The Movement @ De Libertad, Leuven, leuvenjazz.be Festival Lezarts Urbain 2014: Lino & Ärsenik, Furax/Bastard Prod, 13Hor, Aral & Sauzé, Dope ADN, Fakir, Ligne 81, L’Or du Commun @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Mochélan @ Centre Culturel, Flémalle, ccflemalle.be N.M.H., Hidden Face, Wolves Scream, Jessie’s Dead @ Taverne du Théâtre, La Louvière, facebook.com/latavernedutheatre Pa/per View: Jaap Blonk, Madely Schott, J-P De Gheest, Antoine Boute @ Les Ateliers Claus, Bruxelles, lesateliersclaus.com Raketkanon, Electric)Noise(Machine, Mannheim @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Little Trouble Kids @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Marble Sounds, Wolves And Moons @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Wild Boar& Bull Brass Band @ CC, Flémalle, eleguaprod.be The Rise And fall Of Paramount Records: luistersessie en gesprek met Alex Van Der Tuuk @ Huis23, Bruxelles, abconcerts.be The Lamb Lies Down On Broadway, The Watch, Light Damage @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be John Mayall @ AB, Bruxelles abconcerts.be Billions Of Comrades, Crazy Lady Madrid, Alaska Alaska @ Atlier Rock, Huy, atelierrock.be Cosmetics, Les Panties, Mode Moderne, Open City, DJ’s fernando Wax & X-Pulsiv @ T.A.G. Bruxelles, lefantastique.Net Anne James Chaton, Arnaud Eeckhout, after party @ Vecteur, Charleroi, vecteur.be Infecticide @ Rockerill, Charleroi, rockerill.be Anna Calvi @ Den Atelier, Esch/Alzette, Lux, atelier.lu

dimanche 23 mars Leuven Jazz: O.Orkin’s Insect Zoo, Teun Verbruggen & Band, Artur Tuznik Trio @ 30CC/Schouwburg; Deeper Still @ Museum Parkabdij; Sheldon Spiegel @ M-Museum; De Kleine Eva Uit de Kromme Bijlstraat met Tuur Florizoone, Normand @ De Appeltuin; Lidlboj @ Stuk, Leuven, leuvenjazz.be You Me At Six, Deaf Havana; araabMUZIK @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Marc de Suarez @ Le Coliseum, Charleroi, coliseum.be IF Trio @ L’Aquilone, Liège Joan As Police Woman @ Den Atelier, Esch/Alzette, Lux, atelier.lu

lundi 24 mars Anna Calvi @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Ben L’Oncle Soul @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com

mardi 25 mars Mø @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Popa Chubby @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Status Quo @ Lotto Arena, Antwerpen, livenation.be Gregory Potter @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Folk Blues Revue ft Leyla Mc Calla, Harrison Kennedy, Guy Davis @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com Anthony Joseph, Ebo Taylor @ Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

D’un côté Adam Bryanbaum Wiltzie (Stars Of The Lid, The Dead Texan), de l’autre Dustin O’Halloran, compositeur basé à Berlin, à qui l’ont doit notamment la BO du film ‘Marie-Antoinette’. La rencontre entre ces deux maîtres de la musique minimaliste a lieu à la fin d’un concert de Sparklehorse. En 2011, A Winged Victory For The Sullen sort un premier album éponyme, enchaîne une tournée de plus de 100 dates et attire l’attention de Wayne McGregor, chorégraphe du London Royal Ballet. 0 («zéro») est le groupe à géométrie variable créé en 2004 par Sylvain Chauveau (guitare acoustique, glockenspiel), Stéphane Garin (percussions, glockenspiel, phonographies) et Joël Merah (guitare acoustique). Avec la complicité du Botanique, nous avons 5x1 place à offrir pour une soirée hors des sentiers battus : envoyez un mail à fabrice.rifraf@ skynet.be

mercredi 26 mars Nina Nesbitt, Olivia Sebastianelli; Mokoomba, Nina Miskina @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Pat McManus Band @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Van Huffel, Antunes, Fischerlehner @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be The Broken Circle Breakdown Bluegrass Band; Thumpers @ AB, Bruxelles, abconcerts.be 20 Years Magasin4: Suma, Pyramido, Augures @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Felix Kubin, Miaux @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be

jeudi 27 mars Mononc’Serge, Coquins @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be La Fouine; Gabby Young & Other Animals @ AB, Bruxelles, abconcerts.be La Chiva Gantiva @ Botanique, Bruxelles, botanique.be School Is Cool @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Jelly Bellies @ Alhambra, Mons

Gacha ft Natalie Beridze, Renaat Vandepapeliere, Schwarzwald @ Kultuurkaffee, Bruxelles, kultuurkaffee.be HeRRiSSon @ Musée Charlier, Bruxelles, charliermuseum.be Gregoire Tirtiaux @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Cults, Emily Jane White, Chantal Acda @ Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

vendredi 28 mars Bel’Zik Festival: Les R’Tardataires, Antoine Chance, Sttellla, Machiavel, Les Gauff’ @ Hall de Criées de Herve, Battice, belzik.be Kaaris, Fakir, FG & K-Rizm, Coza Nostra @ Le Coliseum, Charleroi, coliseum.be The Scandals, The Uprising, Black Sheep @ Taverne du Théâtre, La Louvière, facebook.com/latavernedutheatre Sweet Jane -showcase @ Jet Studio, Bruxelles Jools Holland; Scorpion Child, Horisont, Jackson Firebird @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Such A Noise @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Dengue Dengue Dengue, Captain Cumbia, DJ Mellow, Rebel Up @ Recyclart, , Bruxelles, recyclart.be Diamantairs, Eigen Makelij @ Trix, Antwerpen, trixonline.be A Winged Victory For The Sullen, 0; Twin Forks @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Glü @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Jack Of Heart, The Scrap Dealers @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be/ Intergalactic Lovers @ Alhambra, Mons Hollysiz, Beau Fun @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com Keziah Jones @ Den Atelier, Esch/Alzette, Lux, atelier.lu

samedi 29 mars Bel’Zik Festival: Abel Caine, Yew, Pale Grey, Bastian Baker, Suarez, Quentin Mosimann @ Hall de Criées de Herve, Battice, belzik.be Panties, Charnier @ L’Escalier, Liège, facebook.com/pages/ LEscalier Gabriel Rios; La Chiva Gantiva @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Mochélan @ MJ La Frégate, Mouscron, centrecultureldemouscron.be Intergalactic Lovers @ Belvédère, Namur, belvedere-namur.be Fred & The Healers @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be/ Cherry & The Bombs @ Salle Excelsior, Jette, rootsrock-cardinal. com Inimikall, My Dark Project @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Amélie-les-Crayons, Claire Spineux @ MCN, Namur, province. namur.be Abbey Road @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Chris Imler, Kania Tieffer, Shitcluster, Los Dancing Queens, Quiet Stars, Meeuw @ Les Ateliers Claus, Bruxelles, lesateliersclaus.com Geppetto & The Whales, Wolves & Moons @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Gruppo di Pawlowski @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Catch Me If You can: Reverend Beat-Man, Mc Gaff E & My Bad Sister, OvO, Mr Marcaille, Tzii, Nyx, expo, catch, ... @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com Steve Mackay ft Bunktilt, [sic] @ 4 Ecluses, Dunkerkque, Fr, 4ecluses.com Pilod @ Le Viziteur, Lille, Fr, facebook.com/restosoleil?fref=ts Laura Cahen @ CCGP, Calais, Fr, calais.fr Twin Forks @ Soul Kitchen, Esch/Alzette, Lux, atelier.lu

dimanche 30 mars Acidez, Secular Plague, Chugalug @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Dez Mona @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Alex Hepburn; Nathaniel Rateliff @ Botanique, Bruxelles, botanique.be

lundi 31 mars Temples; Elysian Fields @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Broken Bells, Gardens & Villa @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Metronomy @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

mardi 01 avril Thyself, Kaptain Oats @ Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve, iadmusic.be/ The Toasters @ DNA, Bruxelles, dnabxl.be Big Country @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Dez Mona @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Deep Purple @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, atelier.lu Elysian Fields @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com

mercredi 021 avril Old Man Gloom, Circle, Oathbreaker @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Metronomy @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Salif Keita; Peggy Sue; Band Of Skulls, Mambo @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Deep Purple @ Lotto Arena, Antwerpen, livenation.be King Ayisoba, Zea @ Les Ateliers Claus, Bruxelles, lesateliersclaus.com Dub Trio @ VK*, BBruxelles, vkconcerts.be James Blunt @ Forest National, Bruxelles, livenation.be Tetes Raides @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com

plus des concerts sur: rifraf.be/concerts-gigs


16.05 CASCADEUR fr - CATS ON TREES fr MARK DAUMAIL fr 16.05 JAMES HOLDEN gb - LUKE ABBOTT gb 16.05 BNRS be 16.05 LONG DISTANCE OPERATORS (CRÉATION CATHERINE GRAINDORGE be - HUGO RACE au) - GAMBLES us 17.05 JAGWAR MA au - JAMAICA fr 17.05 WHITE DENIM us 17.05 ARC IRIS us 18.05 MAC DeMARCO ca - CLOUD NOTHINGS us 18.05 JUANA MOLINA ar 20.05 HERCULES AND LOVE AFFAIR us - FRÀNÇOIS & THE ATLAS MOUNTAINS fr - MOODOÏD fr 20.05 THE JULIE RUIN us - TRAAMS gb - HOSPITALITY us 20.05 ARTHUR BEATRICE gb 20.05 EMILY LOIZEAU fr • création acoustique 21.05 VINCENT DELERM fr • Cirque Royal • coprod. Live Nation 21.05 NUIT BELGE : BALOJI - SCHOOL IS COOL - COELY AMATORSKI - MY LITTLE CHEAP DICTAPHONE ROBBING MILLIONS - CARL ET LES HOMMES BOÎTES - MADENSUYU - SCARLETT O’HANNA be 22.05 FAUVE fr • Cirque Royal 22.05 ROYAL BLOOD gb - SOLIDS ca 22.05 TOM THE LION gb 23.05 MULATU ASTATKE et - RODRIGO AMARANTE br SUMIE se • Cirque Royal 23.05 ORVAL CARLOS SIBELIUS fr - S. CAREY us 24.05 SUPER DISCOUNT III live fr - ETIENNE DE CRÉCY DJ SET fr AEROPLANE DJ be - COMPUPHONIC DJ be 24.05 SON LUX us 25.05 JUNGLE gb 25.05 THE WAR ON DRUGS us 25.05 SHARON VAN ETTEN us

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LES NUITS BOTANIQUE

Cirque Royal

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08.03 08.03 08.03 09.03 11.03 12.03 13.03

THE JEZABELS au + ABEL CAINE be EMILY JANE WHITE us + XAVIER DUBOIS be FITZ AND THE TANTRUMS us + BRETT SUMMERS be HJALTALíN Is BOY & BEAR au + DANCING YEARS gb • sold out THE VEILS nz CLARE LOUISE be présentation du nouveau CD + HIBOU be FESTIVAL LEZARTS URBAINS 2014 : MELANIN 9 gb, FROESHELEIRS be, 87BUJ be, 14.03 MC METIS fr, OPEN STAGE DES P’TITS BELGES be • coprod. Lezarts Urbains

FESTIVAL LEZARTS URBAINS 2014 : LES DE LA RUE fr, TONINO be, STAGE 15.03 SAGES POÈTESbe-fr & «HIP HOP IS A WEAPON» be «AKTIVISTES» coprod. Lezarts Urbains

15.03 19.03 20.03 21.03 21.03 22.03 25.03 26.03 26.03 27.03 28.03 28.03 30.03 30.03 31.03 31.03 01.04 02.04 02.04 02.04 03.04 03.04 04.04 04.04 05.04 06.04 09.04

THE MEN us THE NOTWIST de + JEL us SOPHIA gb MARIE WARNANT be présentation du nouveau CD WYE OAK us + SYLVAN ESSO us FESTIVAL LEZARTS URBAINS 2014 : LINO & ÄRSENIK fr, FURAX (BASTARD PROD) fr, 13HOR be, ARAL & SAUZÉ be, DOPE ADN be, FAKIR be, LIGNE 81 be, L’OR DU COMMUN be • coprod. Lezarts Urbains MØ dk MOKOOMBA zw + NINA MISKINA be• coprod. Zig Zag World NINA NESBITT gb + OLIVIA SEBASTIANELLI gb LA CHIVA GANTIVA be • nouvel album A WINGED VICTORY FOR THE SULLEN us + 0 fr TWIN FORKS us ALEX HEPBURN gb NATHANIEL RATELIFF us TEMPLES gb ELYSIAN FIELDS us DEZ MONA be SALIF KEITA ml • Cirque Royal BAND OF SKULLS gb + MAMBO be PEGGY SUE gb TIMBER TIMBRE ca TOKYO POLICE CLUB ca REBEKKA KARIJORD no MATTHEW AND THE ATLAS gb LUCIUS us NICK WATERHOUSE us MINISTRI it + GALAPAGHOST be

…ET TOUTE LA SUITE DE L’AGENDA 02.218.37.32 – WWW.BOTANIQUE.BE

RifRaf mars 2014 FR  

Interviews avec The Notwist, François & The Atlas Mountains, Tinariwen, The War On Drugs, Cascadeur, Fauve, Neneh Cherry, patten

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